Kitabı oku: «Chansons et rondes enfantines»
Théophile Marion Dumersan
Chansons et rondes enfantines
Recueillies et accompagnées de contes, notices, historiettes et dialogues

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066334109
Table des matières
AVANT-PROPOS.
AUX PARENTS.
AH! MON BEAU CHATEAU!
LE BEAU CHATEAU. CONTE.
OU EST LA MARGUERITE?
LA MARGUERITE. CONTE.
LA TOUR PRENDS GARDE.
QUE T’AS DE BELLES FILLES!
GIROFLÉ GIROFLA.
LE CHEVALIER DU ROI.
QU’EST-C’ QUI PASSE ICI SI TARD?
DIALOGUE.
IL ÉTAIT UNE BERGÈRE.
GUILLERI.
DIALOGUE.
LE PETIT MARI.
DIALOGUE.
DONNEZ-MOI VOTRE FILLE.
MARIANNE.
LE LAURIER DE FRANCE.
LE FURET DUBOIS JOLI.
EN REVENANT DE LA FOIRE.
CÈCILIA.
LA VIEILLE.
PROMENONS-NOUS DANS LES BOIS.
COQUELICOT, MESDAMES!
QUAND BIRON VOULUT DANSER.
BIQUETTE ET LE LOUP.
LE PONT D’AVIGNON.
POLICHINELLE.
LE PAUVRE ET LE RICHE.
J’AIMERAI QUI M’AIME.
L’ALOUETTE ET LE PINSON
LE ROI DE SARDAIGNE.
LES FILLES A MARIER.
LA BONNE AVENTURE ENFANTINE.
TROIS CENTS SOLDATS.
RIEZ, MES ENFANTS.
ÉPILOGUE.
LES BOUQUINS.

AVANT-PROPOS.
Table des matières
POUR recueillir ces chansons, je n’ai pas remué la poussière des vieux livres, ni fouillé dans les recoins obscurs des bibliothèques. L’écriture et l’imprimerie n’ont pas cru ces traditions enfantines dignes d’être conservées, et cependant elles sont parvenues jusqu’à nous.
Elles ont passé de bouche en bouche, depuis bien des années, comme jadis les poésies d’Homère, comme il y a quatre siècles, les vaux-de-vire d’Olivier Basselin.
Je suis allé chercher ces traditions sous les arbres et sur les gazons de nos jardins publics, où l’âge innocent prend ses joyeux ébats. Je les ai transcrites sous la dictée des gentils enfants qui les chantaient en jouant.
Ces naïves compositions ne sont pas brillantes de poésie; mais elles ont la grâce de la naïveté, et l’originalité de leurs refrains mérite une place dans l’histoire de la chanson française.
Ce sont de petites ballades qui ont une forme dramatique.
Ce sont de petites scènes qui donnent l’idée des premiers essais de la comédie.
Les premiers jeux scéniques attribués à Thespis, et nés dans les fêtes champêtres de la Grèce, n’avaient pas une forme plus savante.
C’est l’art à sa naissance, qui suffit pour amuser et intéresser les enfants, et dans lequel on voit déjà le germe des compositions que notre théâtre et notre poésie ont perfectionnées.

AUX PARENTS.
Table des matières
IL n’est point de chose, si frivole qu’elle paraisse, qui ne renferme un sens mystérieux et utile, et dont on ne puisse tirer une instruction ou une moralité.
Comme il n’est point de fleur si simple et si petite qu’elle soit, qui n’ait son parfum et sa propriété.
Les jeux de l’enfance sont les imitations des actions des hommes.
C’est parles jeux du premier âge que les enfants préludent à ceux de la jeunesse, et par ceux d’un âge plus avancé, qu’ils jouissent des derniers plaisirs innocents que remplaceront bientôt les scènes sérieuses de la vie.
Instruire les enfants en les amusant, c’est la méthode la plus sûre pour les maîtres et pour les parents, et la plus agréable pour ces jeunes créatures auxquelles le seul mot d’étude fait peur.
Ce n’est pas seulement en classe, qu’il faut enseigner les enfants.
C’est dans tous les instants de la vie.
C’est dans les conversations, dans les promenades, et plus encore dans les jeux.
Aussi l’instituteur habile, les parents éclairés et intelligents, doivent savoir se mêler aux récréations, et se faire enfants pour diriger l’enfance.
Dans le choix des jeux, dans la manière dont jouent les enfants, leur caractère se révèle, le germe de leurs petites passions se laisse apercevoir.
C’est donc là qu’il faut les étudier pour les bien connaître.
Et pourquoi dédaignerait-on de partager ces amusements simples et naifs qui ont fait le charme de nos premières années?
Ils nous reportent au temps le plus heureux de la vie, à celui où sans souvenirs et sans prévoyance, nous jouissions du moment présent, ignorants et insoucieux de celui oui allait lui succéder.

ENFANTS qui lirez ce livre écrit pour vous, ne vous effrayez pas de ces premières lignes tracées pour ceux qui doivent vous surveiller et vous conduire.
Ne craignez pas qu’en leur conseillant de ne pas vous quitter, même dans vos divertissements, leurs yeux sévères ne les troublent.
Vous devez les aimer assez pour jouer avec eux comme avec vos compagnons de plaisirs.
Vous étudierez ensuite avec eux comme avec vos amis.
Je ne suis point, moi, un grave et sévère professeur, je suis un vieil enfant.
Je me rappelle avec délices le temps où j’étais jeune comme vous, où je folâtrais comme vous.
Je viens encore jouer avec vous, comme mon vieux père jouait avec moi.
L’âge qui blanchit les cheveux et qui ride le visage, ne refroidit pas un cœur sensible.
La vieillesse aime l’enfance, parce que l’enfance est le miroir dans lequel elle revoit l’image de ses premiers beaux jours.
L’enfance doit aimer la vieillesse, en songeant que lorsqu’elle y arrivera, elle sera bien aise d’être aimée aussi.
J’ai donc fait ce livre, mes enfants, pour y consacrer les traditions enfantines qui n’ont jamais été recueillies, et qui, je ne sais comment, se sont perpétuées de siècle en siècle dans vos bouches, par la seule mémoire.
Leur origine est perdue dans la nuit des temps, les recherches les plus savantes auraient de la peine à la retrouver.
Maintenant, ces traditions passeront à l’avenir, et ce recueil les conservera pour la postérité.
Les grands esprits souriront peut être, et regarderont d’un œil dédaigneux ce recueil de chansonnettes, de rondes, de ballades, dont la poésie est peu élégante, et dont la naïveté fait tout le mérite.
Mais, peut-être, deviendront-ils plus indulgents, quand ils verront que ces chansons qui vous plaisent tant, peuvent aussi jeter dans vos esprits et dans vos cœurs, des leçons utiles sans pédantisme, une morale douce et une instruction amusante.
On vous a fait apprendre des fables de Lafontaine.
Elles ont dû vous charmer autant par la grâce et la naïveté, que par les maximes utiles qu’elles contiennent.
Vous avez vu l’étourderie de la cigale, la prévoyance de la laborieuse fourmi, la sotte vanité du corbeau.
La cruauté du loup, la mort du pauvre petit agneau, vous ont appris avec quel soin il faut fuir la rencontre des méchants.
Si toutes nos chansons enfantines ne nous donnent pas un résultat moral aussi certain, nous pourrons y puiser d’autres leçons, et trouver dans les notices que nous y joindrons toutes sortes de choses curieuses, et susceptibles de vous intéresser.
Une phrase, un mot, vous fera voir ce qu’on peut tirer du sujet le plus simple, et quelles connaissances on peut y puiser.
Cela vaudra bien ces contes de fées et de génies, productions absurdes qui gâtent l’esprit, et qui ne disent jamais rien au cœur.
Quand vous aurez chanté ces chansonnettes dont les airs sont si gracieux, que vous aurez dansé sur leurs. refrains, vous pourrez les essayer sur le piano, et vous exercer sur ces compositions mélodieuses et faciles.
Les mamans et les grandes sœurs pourront en faire de jolis quadrilles, et en égayer les bals de famille et de société, où ces gentilles compositions jetteront une aimable variété.
Et quand vous serez à votre tour pères et mères de famille, ce recueil qui aura amusé votre jeunesse, amusera celle de vos enfants.
Vous vous rappellerez en les voyant se livrer à une innocente gaîté, celle dont vous avez joui, et vous direz avec satisfaction ce joli refrain d’un vieux poète:
Des simples jeux de son enfance,
Heureux qui se souvient longtemps.

AH! MON BEAU CHATEAU!
Table des matières

Le beau Château.

Les jeunes filles forment deux ronds vis-à-vis l’un de l’autre, et, chantent en dansant. On cède une jeune personne qui va rejoindre le premier rond, et le jeu continue jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une seule personne du deuxième rond. Quand la dernière jeune personne est restée seule, le grand rond l’entoure et le jeu finit.
1er ROND.
Ah! mon beau château
Ma tant’ tire, lire, lire
Ah! mon beau château,
Ma tant’ tire, lire, lo.
2e ROND.
Le nôtre est plus beau,
Ma tant’ tire, lire, lire,
Le nôtre est plus beau,
Ma tant’ tire, lire, lo.
1er ROND.
Nous le détruirons,
Ma tant’ tire, lire, lire,
Nous le détruirons,
Ma tant’ tire, lire, lo.
2e ROND.
Laquell’ prendrez-vous?
Ma tant’ tire, lire, lire,
Laquell’ prendrez-vous?
Ma tant’ tire, lire, lo.
1er ROND.
(en montrant une jeune fille).
Celle que voici,
Ma tant’ tire, lire, lire,
Celle que voici,
Ma tant’ tire, lire, lo.
2e ROND.
Que lui donn’rez-vous?
Ma tant’ tire, lire, lire.
Que lui donn’rez-vous?
Ma tant’ tire, lire, lo.
1er ROND.
De jolis bijoux,
Ma tant’ tire, lire, lire,
De jolis bijoux,
Ma tant’ tire, lire, lo.
2e ROND.
Nous en voulons bien,
Ma tant’ tire, lire, lire,
Nous en voulons bien,
Ma tant’ tire, lire. lo.


LE BEAU CHATEAU. CONTE.
Table des matières
DEUX seigneurs châtelains qui étaient voisins, possédaient chacun un fort beau château.
Le sire Enguerrand et le sire de Fayel, fiers tous les deux du château qu’ils avaient hérité de leurs ancêtres, ne se rencontraient jamais sans que chacun se vantât que son château était plus beau que celui de son voisin.
L’un voulait faire admirer ses tourelles gothiques, ses fossés et son pont-levis; l’autre prétendait que l’architecture moderne de son château était plus élégante.
Bientôt, ces deux seigneurs se brouillèrent, et comme dans ce temps là, les châtelains avaient le droit d’armer leurs vassaux, ils se déclarèrent la guerre.
Les pauvres paysans turent obligés de prendre les armes pour soutenir les prétentions de leurs seigneurs.
Il fallut qu’ils abandonnassent leurs chaumières, leurs femmes et leurs enfants, leurs travaux champêtres et le soin de leurs récoltes, pour aller guerroyer sous la bannière de leurs maîtres.
Ces bonnes gens ne se haïssaient point, et n’avaient aucune raison de s’en vouloir, mais il fallait qu’ils s’entretuassent pour prouver qu’un château était plus beau que l’autre.
Le seigneur Enguerrand se mit à la tête de ses vassaux.
Le seigneur de Fayel se mit à la tête des siens.
Comme Enguerrand était le plus fort et le plus puissant, et que ses vassaux étaient les plus nombreux, il se croyait sûr de la victoire, et il envoya sa troupe pour abattre le château du seigneur de Fayel.
Mais si ses ennemis étaient moins nombreux, ils étaient braves, et défendirent le château de leur maître.
Alors, Enguerrand eut recours à la ruse et à la séduction, il gagna les soldats de Fayel par des caresses et des présents, ceux-ci désertèrent tous l’un après l’autre, et laissèrent leur maître seul et sans défense.
Le pauvre sire de Fayel fut fait prisonnier, et le sire Enguerrand fit abattre son château.
Comme il n’y avait plus de comparaison à établir, et que le château d’Enguerrand était demeuré seul, il fut évidemment le plus beau.
Mais l’injustice ne reste jamais impunie.

Un autre châtelain vint à son tour assiéger le château d’Enguerrand, avec des forces supérieures aux siennes, il s’en empara, et le fit abattre, afin que le sien fut ainsi le plus beau de la contrée.
Fayel délivré de la prison, rencontra Enguerrand qui errait tristement sur les ruines de son château démoli.
Vous voyez, lui dit-il, où vous ont conduit votre jalousie et votre vanité. Si vous n’aviez pas abattu mon château, on n’aurait pas abattu le vôtre.
Nous ne serions pas tous les deux errants et fugitifs.
Enguerrand convint de ses torts.

Eh bien, lui dit Fayel, faisons la paix, embrassons-nous, et réunissons-nous pour réparer notre perte.
Nous sommes aimés de nos vassaux.
Des deux souverainetés n’en faisons qu’une. Faisons bâtir un seul château que nous habiterons ensemble.
Réparons les maux que nous avons causés à ces pauvres paysans en les excitant à la guerre.
Les querelles des grands font le malheur des petits.
Que notre amitié cimente celle des hommes qui vivent sous nos lois.
Enguerrand touché des sentiments de Fayel qui avait été l’offensé, et qui consentait à oublier son injure, l’embrassa et adopta son projet.
Leurs vassaux réunis, leur construisirent un joli château.
Ce château n’avait pas de tours, de fossés ni de ponts-levis, comme celui d’Enguerrand.
Il n’avait pas non plus la splendide élégance de celui de Fayel.
Il était simple, agréable et commode.
Les deux ennemis devenus amis, l’habitèrent tranquillement et y furent heureux.
Chacun des deux épousa la sœur de son ami.
Ils eurent de jolis enfants qui furent élevés ensemble, et qu’ils voyaient avec plaisir danser sur le gazon fleuri dans le parc du château.
Un vieux ménestrel du village composa une ballade qu’ils dansaient et chantaient, et il les accompagnait avec sa mandore.
C’était la ballade ah! mort beau château, qu’ils apprirent à leurs enfants, qui les apprirent aux leurs, et qui s’est conservée jusqu’à nos jours.
Et les gens du pays écoutaient le vieux ménestrel qui leur disait:
» Cette chanson est l’image de ce qui se passe dans le monde.
» On ne se contente pas de ce qu’on a, on est jaloux de ce qui appartient aux autres.
» Ainsi, les nations rivales se font la guerre.
» Après avoir été divisées, elles font la paix.
» On s’embrasse.
» On aurait bien mieux fait de commencer par là.

OU EST LA MARGUERITE?
Table des matières


LA MARGUERITE.
Une jeune fille se met à genoux, plusieurs autres l’entourent et élèvent sa robe au-dessus de sa tète, ce qui forme une espèce de tour.
Une autre enfant représentant le franc cavalier, s’avance en chantant:
Où est la Marguerite?
Ho gai! ho gai! ho gai!
Où est la Marguerite?
Ho gai! franc cavalier.
LE GROUPE LUI RÉPOND.
Elle est dans son château.
Ho gai! ho gai! ho gai!
Elle est dans son château,
Ho gai! franc cavalier.
LE CAVALIER.
Ne peut-on pas la voir?
Ho gai! ho gai! ho gai!
Ne peut-on pas la voir?
Ho gai! franc cavalier.
LE GROUPE.
Les murs en sont trop hauts
Ho gai! ho gai! ho gai!
Les murs en sont trop hauts,
Ho gai! franc cavalier.
LE CAVALIER.
J’en abattrai un’ pierre,
Ho gai! ho gai! ho gai!
J’en abattrai un’ pierre,
Ho gai! franc cavalier
Ici, le cavalier enmène une jeune fille du groupe,
LE GROUPE.
Une pierre ne suffit pas,
Ho gai! ho gai! ho gai!
Une pierre ne suffit pas,
Ho gai! franc cavalier.
LE CAVALIER.
J’en abattrai Jeux pierre,
Ho gai! ho gai! ho gai!
J’en abattrai deux pierres,
Ho gai! franc c alier.
Il enmène encore une autre personne du groupe.
LE GROUPE.
Deux pierres ne suffis’nt pas,
Ho gai! ho gai! ho gai!
Deux pierres ne suffisait pas,
Ho gai! franc cavalier.
LE CAVALIER.
J’en abattrai trois pierres,
Ho gai! ho gai! ho gai!
J’en abattrai trois pierres,
Ho gai! franc cavalier.
Même jeu et même réponse qui se continue jusqu’ à ce que l’on ait enmené toutes les jeunes filles qui tenaient en l’air la robe de la Marguerite, celle qui reste la dernière la tient à elle seule et fermée au-dessus de la tête de la jeune fille.
LE CAVALIER SANS CHANTER.
Qu’est-ce qu’il y a la dedans?
RÉPONSE.
Un petit paquet de linge à blanchir.
LE CAVALIER.
Je vais chercher mon petit couteau pour le couper.
La jeune fille lâche la robe qui laisse à découvert la Marguerite, celle-ci se lève et s’enfuit, les jeunes filles courent après elle, et le jeu finit.

LA MARGUERITE. CONTE.
Table des matières
IL était une fois une jeune princesse belle comme le jour.
On l’avait appelée Marguerite, qui est le nom d’une fleur et d’une perle, parce qu’elle était fraîche comme la fleur et brillante comme la perle.
Marguerite avait eu le malheur de perdre ses parents, lorsqu’elle était encore dans l’âge le plus tendre.
Son père avait été, de son vivant, le meilleur seigneur et le plus brave chevalier de la contrée.
Sa mère avait été aussi belle que vertueuse.
Il est bien malheureux pour une jeune fille, d’être privée de ceux qui doivent veiller sur son enfance, protéger sa jeunesse, et la guider dans le chemin si difficile de la vie, dont le bonheur dépend des premiers pas qu’on y fait.
Heureusement pour Marguerite, elle n’était pas sans protection.
Une bonne fée avait toujours veillé sur sa famille.
Ce n’était pas une de ces fées comme on en voit dans les contes dont les bonnes et les nourrices bercent les enfants, et qui se métamorphosent en chattes ou en grenouilles, qui viennent dans des chars attelés de papillons et de chauves-souris, et qui douent les Jeunes princesses de toutes sortes de qualités, qu’elles n’ont pas la peine d’acquérir par l’étude ou l’éducation.

C’était une bonne fée renommée par sa sagesse, et qu’on appelait Prudente.
Voyant que sa pauvre petite filleule, Marguerite, n’avait plus ni père ni mère, elle prit la forme d’une vieille gouvernante, elle ne la quitta plus, et elle prit le nom de Bonne.
Marguerite ne se doutait pas qu’elle avait auprès d’elle une fée. Bonne ne voulut avoir sur elle d’autre ascendant que celui de la con fiance et de l’amitié.
Mais elle voulut aussi prendre les précautions nécessaires pour préserver sa filleule des dangers qu’elle pouvait courir.
Car, si nous avons de bons génies qui veillent à notre bonheur, il y en a aussi de mauvais qui cherchent à nous entraîner au mal, et qui nous conduisent à notre perte.
Bonne avait fait un enchantement autour du château qu’elle habitait avec Marguerite, et cet enchantement empêchait que personne pût y pénétrer sans sa permission.
Les femmes de chambre, les pages, les valets, les jardiniers, les cuisiniers, étaient des génies subalternes aux ordres de la fée Prudente, et qui n’agissaient que selon ses volontés.
Marguerite croissait en sagesse et en grâce sous les yeux de sa bonne institutrice, et lorsqu’elle eut atteint l’âge de seize ans, c’était une merveille autant par la perfection du corps que par les charmes de l’esprit.

A cette époque, Bonne songea qu’il fallait donner à Marguerite un époux qui fut digne de posséder un pareil trésor.
Le pouvoir des fées est borné comme toutes les puissances de ce monde. Il ne faut pas croire qu’avec leur baguette, elles puissent changer l’ordre de l’univers, et faire tout ce qui leur plaît.
Si elles opèrent des merveilles, c’est par la connaissance qu’elles ont des secrets de la nature, et parce qu’étant d’une race supérieure à celle des hommes, elles ont une intelligence plus grande et une expérience proportionnée à la longueur de l’existence que Dieu leur a accordée.
Ces êtres privilégiés sont aujourd’hui très rares, car nos aïeux en ont souvent parlé, et maintenant on doute même de leur existence; mais il est possible, qu’amis de la candeur et de l’innocence, ils se soient retirés dans des lieux solitaires pour n’être pas témoins de la perversité du monde.

Quoiqu’il en soit, Bonne voulant marier sa filleule, avait envoyé son portrait à tous les chevaliers du voisinage, en leur faisant savoir qu’il y avait dans le château, une princesse dont les talents, les qualités et la fortune égalaient la beauté.
Ils étaient invités à se rendre tous le même jour devant la porte du château, qui ne s’ouvrirait que pour celui qui serait digne d’être l’époux de Marguerite.
Il y avait surtout, pour cela une condition à remplir: mais cette condition était un secret qu’il fallait deviner, et on laissait à chacun le soin de chercher à se distinguer par la qualité qu’il croirait la plus propre à mériter un prix aussi flatteur que celui qu’on lui promettait.
Les prétendants ne manquèrent pas, et au jour fixé, beaucoup de chevaliers se présentèrent devant le château qui renfermait Marguerite.
La jeune princesse, placée derrière la fenêtre d’une tourelle, pouvait les voir sans en être vue. Bonne était bien aise de juger par elle-même, si Marguerite distinguerait un des chevaliers, et si son cœur parlerait pour l’un d’eux, plutôt que pour les autres.

Les seigneurs et les dames du voisinage, et même les villageois des alentours, attirés par la curiosité, s’étaient rendus sur l’esplanade qui entourait le château, et Bonne y avait fait dresser des tentes et servir des rafraîchissements, pour l’agrément et la commodité de toute cette compagnie.
Les chevaliers arrivèrent montés sur leurs plus beaux chevaux, les uns armés de toutes pièces, les autres revêtus de leurs habits les plus élégants, ils étaient suivis de leurs écuyers et de leurs pages. Ce cortége brillant faisait plaisir à voir.
Chacun des chevaliers était précédé d’un homme d’armes qui portait sa bannière, sur laquelle étaient peintes où brodées ses armoiries.
Les juges du camp, placés sur une estrade, devaient interroger les chevaliers, leur demander leur nom, et quel droit chacun croyait avoir à la main de la riche et belle Marguerite.
L’un venta sa bravoure,
L’autre sa générosité,
Celui-ci sa richesse,
Celui-là ses talents.
Il fallut qu’ils fissent leurs preuves. Ceux qui se vantaient de courage et d’adresse dans l’exercice des armes, exécutèrent un tournoi, dont le vainqueur se présenta devant la porte du château.
Selon l’avis qui avait été proclamé par un hérault d’armes, le pont-levis devait se baisser de lui-même, pour laisser entrer celui dont le mérite pouvait rompre l’enchantement qui rendait inaccessible le château de Marguerite.
Le vainqueur s’avança donc, se croyant sûr d’obtenir le prix de sa victoire.
Mais le pont-levis ne s’abaissa point.
Un autre chevalier déposa devant la porte des présents magnifiques.
Le pont-levis resta immobile.
Un troisième, dont la parure élégante rehaussait la bonne mine, fit avec son cheval les passes les plus gracieuses. Ce galant chevalier croyait que sa seule présence séduirait les yeux de Marguerite.
Le pont-levis ne bougeait toujours pas.
Un quatrième chevalier, prit son luth, et accompagnant sa voix mélodieuse, il chanta un lai-d’amour qu’il avait composé lui-même.
Le pont-levis restait toujours à la même place, et le fossé profond défendait l’accès du château.
Un chevalier plus hardi que les autres, s’avança avec ses hommes d’armes, et dit: puisque l’on ne Peut pas être reçu de bonne grâce dans ce château, Il faut y entrer de force. Je vais l’abattre, et n’y pas laisser pierre sur pierre.
Mais un jeune chevalier qui s’était tenu caché dans la foule, s’avança alors, et lui dit: déloyal chevalier, tu n’emploieras pas la violence. Tu dois respecter l’asile de l’innocence et de la beauté ; et si tu touches à une pierre de ce château, je te défie au combat.
Le chevalier qui parlait ainsi, avait des armes sans couleurs, il ne portait point d’armoiries dans son écusson, il n’avait qu’une simple devise écrite sur son bouclier, elle ne portait que ces deux mots:
FRANC CAVALIER.
On fut surpris de son audace. Le premier juge du camp lui fit dire de s’avancer, et de venir lui parler. Il fit retirer les curieux qui auraient bien voulu entendre leur conversation.
Le franc cavalier s’avança modestement.
— Où sont vos écuyers et vos pages? lui demanda le juge.
— Je n’en ai point, répondit le franc cavalier.
— Quel est votre nom?
— Isolier.
— Etes-vous issu de haute lignée?
— Je ne connais point mes parents.
— Quoi! vous ne seriez point noble, et vous vous seriez permis de venir vous mêler aux plus illustres chevaliers de la province, et de prétendre à la main de la princesse Marguerite?
— Le bon hermite qui m’a élevé a mis dans mon cœur l’amour de la vertu et la noblesse des sentiments.
— Vous n’avez pas d’autres titres à faire valoir?
Ücretsiz ön izlemeyi tamamladınız.