Kitabı oku: «Histoire de la statue miraculeuse de Notre-Dame de Bonne-Délivrance»
Abbé Desoye
Histoire de la statue miraculeuse de Notre-Dame de Bonne-Délivrance
Chapelle des Religieuses hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve, Paris

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066336486
Table des matières
EXERCICES DE PIÉTÉ A L’HONNEUR DE NOTRE-DAME DE BONNE-DÉLIVRANCE.
MÉDITATION
PRÉLUDES.
I.
II.
III.
MESSE
ORAISON.
OREMUS.
LECTIO LIBRI JUDITH. (Cap- XIII.)
GRADUALE.
SEQUENTIA.
LEÇON DU LIVRE DE JUDITH.
GRADUEL.
PROSE.
SUITE DU SAINT ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU.
SEQUENTIA SANCTI EVANGELIT SECUNDUM MATTHÆUM.
OFFERTORIUM.
SECRETA.
PRÆFATIO DE BEATA VIRGINE COMMUNIO.
OFFERTOIRE.
SECRÈTE.
PRÉFACE DE LA SAINTE VIERGE. COMMUNION.
POSTCOMMUNlON.
POSTCOMMUNIO.
LITANIES
ACTE DE FILIATION
MANUEL DE LA CONFRÉRIE DE LA BONNE-MORT.
INDULGENCES
RÈGLES POUR LES ASSOCIÉS A LA CONFRÉRIE DE LA BONNE-MORT.
PRÉPARATION ÉLOIGNÉE A LA MORT.
CONSIDÉRATIONS
I.
II.
III.
EXERCICE
PREMIÈRE PRIÈRE.
DEUXIÈME PRIÈRE.
TROISIÈME PRIÈRE.
QUATRIÈME PRIÈRE.
PRIÈRE
LITANIES DE LA BONNE MORT,
PRIÈRE
PRIERE
PRIÈRE
PRIÈRE
TESTAMENT SPIRITUEL
PRÉPARATION PROCHAINE A LA MORT.
RÉFLEXIONS
PRATIQUES
PRIÈRE
EFFUSION D’ESPÉRANCE
I.
II.
EFFUSION D’ESPÉRANCE
I.
II.
III.
IV.
V.
VI.
EFFUSION D’ESPÉRANCE
I.
II.
SENTIMENTS DE PIÉTÉ
I.
II.
III.
IV.
ACTES DU CHRÉTIEN MOURANT,
ACTE DE FOI.
ACTE DE DÉSIR DE VOIR DIEU.
ACTE DE CONTRITION.
ACTE D’AMOUR.
ACTE DE SOUMISSION.
COURTES PRIÈRES
Contre les terreurs de la mort.
Contre les terreurs de la conscience.
Dans les grandes douleurs.
En adorant et baisant la croix.
PRIÈRES DE L’ÉGLISE
ORAISON Proficiscere, anima Christiana.
ORAISON Deus clemens.
ORAISON Commendo te.
ORAISON Suscipe, Domine.
ORAISON Commendamus tibi.
NOTICE SUR LE PÈRE ANGE LEPROUST, RELIGIEUX AUGUSTIN,
ABRÉGÉ DE LA VIE DE SAINT THOMAS DE VILLENEUVE.

A Marie,
Consolatrice des affligés
et
salut des infirmes,
Gloire, Reconnaisssance et Amour.

Sur les bords de l’Océan, parmi les rochers solitaires, on voit s’élever la chapelle gothique dédiée à celle qu’on appelle l’Etoile de la mer. C’est cette vierge du rivage natal que le marin implore quand la tempête assaille son bâtiment, et qu’il n’a plus d’espoir dans ses manœuvres, et lorsque, arrivé au port, la reconnaissance le presse d’aller à la sainte chapelle, on le voit s’agenouiller dévotement devant la madone, et déposer à ses pieds son offrande.
Entrez dans l’un de ces humbles sanctuaires, et voyez ces ex-voto sans nombre suspendus aux murailles; ici un gouvernail, un mât, une voile; là, une ancre de sauvetage, une planche libératrice: Tels sont les trophées de la puissance et de la bonté de Marie! Oh! combien sont touchants ces asiles de la foi simple et naive; ces phares de la délivrance vers lesquels le navigateur dans la détresse tourne ses vœux et ses mains suppliantes!
Mais la terre a aussi ses orages.
Considérez nos cités tumultueuses, voyez Paris, ce champ de bataille entre le génie du bien et du mal; Paris, point central d’où partent et où aboutissent les tempêtes politiques qui agitent la France et le monde. Que de naufrages sur cette mer orageuse! Et combien plus touchants sont les sanctuaires élevés à la patronne des navigateurs sur ce redoutable océan des choses humaines!
Oui, Paris possède de glorieux monuments de la protection de Marie. Le plus renommé dans l’histoire est cette antique métropole dédiée à NOTRE-DAME, refuge des peuples dans les calamités publiques; où, durant le cours de la monarchie, nos rois vinrent si souvent demander à la libératrice de la France les faveurs du ciel, et placer leur royaume sous sa providence tutélaire. Près de là c’est Notre-Dame des Victoires, titre bien mérité par les conquêtes merveilleuses et touchantes du cœur immaculé de Marie. Dans le quartier orageux des écoles, à l’église Saint-Severin, c’est Notre-Dame de Bonne-Espérance; à Saint-Sulpice, Notre-Dame de Liesse ou de Joie; à l’Abbaye-aux-Bois, Notre-Dame des Sept-Douleurs; puis Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, Notre-Dame de Lorette, et Notre-Dame de Paix au couvent des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, chez les apôtres de l’Océanie .
Mais, parmi ces sanctuaires, il en est un, autrefois célèbre, et qui, renversé par la tempête révolutionnaire, a été réédifié et consacré, depuis quelques années seulement, à la patronne de la France, qui semble l’avoir adopté pour le lieu de ses faveurs les plus intimes, et comme un asile de plus ouvert à ceux qui souffrent: c’est la chapelle de Noire-Dame de Bonne-Délivrance, érigée chez les religieuses hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve.
Solitaire et retiré, ce modeste oratoire ne se ressent nullement de l’agitation qui l’entoure, et le tumulte de la grande cité vient expirer au pied de son enceinte. Semblable à la fleur qui se cache et ne répand pas au loin ses parfums, il n’est pas fréquenté par la foule; il n’est connu que d’un petit nombre de chrétiens d’élite qui viennent y chercher le repos du cœur, et y respirer la douce odeur de la piété ; mais il est surtout visité par les âmes affligées de peines intérieures et agitées par le vent des tentations. Car, ce que le monde est en grand, le cœur humain l’est en moindre proportion, une mer orageuse sur laquelle s’élèvent souvent de furieuses tempêtes. Or, c’est dans ce sanctuaire privilégié que les âmes tourmentées par ces sortes d’épreuves en ont souvent obtenu la délivrance, et que les regards de Marie ont plus d’une fois dissipé les nuages du désespoir. A l’ombre de son autel, décoré par des mains pures, la prière monte plus fervente vers le ciel, et en fait descendre des trésors d’espérance et des consolations surnaturelles.
Aussi, les affligés et les infirmes se plaisent à s’y réfugier pour y solliciter la guérison de leurs maladies morales et corporelles. Tantôt on y surprend une épouse contristée qui s’efforce, par d’instantes prières, de regagner à Jésus-Christ le cœur d’un mari indifférent ou irréligieux. Tantôt c’est une autre Monique qui, lasse de reprocher en vain à un nouvel Augustin ses précoces égarements, vient réclamer le secours de celle qui a reçu le pouvoir victorieux de changer les cœurs. Quelquefois c’est une jeune âme qui flotte entre Dieu et le monde, et qui demande à Marie, avec une pieuse anxiété, dans quelle voie elle doit marcher, et implore avec larmes la lumière du ciel. Souvent ce sont des femmes âgées qui vivent dans l’hospice voisin, et qui se sont traînées péniblement aux pieds de Notre-Dame de Bonne-Délivrance pour faire brûler un cierge en son honneur, et lui demander la grâce de porter avec résignation les derniers jours d’une existence pénible. Plus loin, c’est un malade qui conjure par ses soupirs plus que par ses paroles la Vierge puissante de lui tendre cette main d’où s’échappent tant de guérisons. En un mot, c’est là que la voix suppliante de ceux qui souffrent aime à se joindre aux doux accents de religieuses ferventes qui psalmodient l’office de la sainte Vierge ou qui récitent les litanies de Notre-Dame de Bonne-Délivrance, afin d’obtenir de cette consolatrice des affligés un remède à leurs douleurs.
Mais quel est donc le monument merveilleux qui s’offre à la piété catholique dans ce sanctuaire privilégié ? Est-ce un chef-d’œuvre de l’art, objet de l’admiration du siècle? Non, c’est une statue de pierre taillée avec la plus grande simplicité et mise en couleur par un pinceau naïf et peu savant. Elle représente une Vierge au teint noir , tenant sur son bras gauche l’enfant Jésus, et qu’on invoque sous le titre de Notre-Dame de Bonne-Délivrance. Cette image est enrichie de nombreux ex-voto; ce sont des cœurs dorés et argentés, emblèmes des guérisons morales opérées par la consolatrice invisible des affligés, et qui sont un gage authentique de la reconnaissance de ceux dont elle a écouté la prière à l’heure de la tentation. Or, quelle est l’origine de cette statue? sur quoi est fondé le culte qu’on lui rend? quels sont les souvenirs qui s’y rattachent? Telle est l’histoire que nous entreprenons de raconter.
Il existait avant nos orages politiques une église collégiale située dans la rue Saint-Jacques, vis-à-vis le grand couvent des Jacobins, et qui portait le nom de Saint-Etienne des Grès. Cette église, dont la fondation remonte à la plus haute antiquité , était renommée par un pieux pèlerinage. On y voyait une statue de la Vierge au teint noir, qu’on honorait sous le titre touchant de Notre-Dame de Bonne-Délivrance, et qui était devenue l’objet de la dévotion des fidèles par les grâces singulières dont elle était l’instrument. Des ombres épaisses environnent l’origine de cette miraculeuse image; on croit seulement que la chapelle dans laquelle elle était vénérée fut érigée à la fin du onzième siècle.
C’était l’époque où toutes les classes de la société mettaient en commun leurs efforts et leurs richesses pour payer à la vierge Marie le tribut de leur amour, et où la construction des édifices sacrés entrepris pour sa gloire était le grand objet de la dévotion des chrétiens. Alors la mère de Dieu versait ses bienfaits sur les peuples animés d’une foi vive, et les peuples; par reconnaissance, lui bâtissait des sanctuaires. C’est sans doute ce sentiment d’un juste retour pour de hautes faveurs qui éleva l’oratoire de Notre-Dame de Bonne-Délivrance.
Or, en ce temps-là, l’église Saint-Etienne des Grès se trouvait isolée dans la campagne et entourée de vignes. Sa situation solitaire permettait donc au peuple de la Cité de venir satisfaire sa dévotion pour Marie avec plus de ferveur. Les épouses chrétiennes qui se trouvaient près de leur terme s’y rendaient probablement pour solliciter une heureuse délivrance; les jeunes mères y apportaient peut-être aussi leurs nourrissons malades, et priaient la mère de tous ceux qui souffrent de les guérir; les bourgeois de Paris gravissaient sans doute la sainte colline pour confier à la Vierge noire leurs intérêts en péril. Cependant, il ne nous reste aucun titre de la célébrité de ce pèlerinage dans ces temps reculés; c’est seulement vers le milieu du seizième siècle que l’histoire nous fournit des documents certains sur ce lieu de dévotion, à l’occasion d’une confrérie fameuse qui y prit naissance.
C’était le temps où l’hérésie de Luther et le schisme de Henri VIII commençaient à déchirer l’Eglise. L’esprit d’association, l’une des œuvres du christianisme qui tendent à resserrer les liens de l’unité catholique, s’empara alors des fidèles comme par un instinct providentiel. On sentit le besoin de s’enrôler sous la bannière de celle qui a vaincu toutes les hérésies, pour conserver le dépôt sacré de la foi, pour prévenir les dissensions qu’engendre l’erreur, et pour s’occuper du soulagement des infortunes. Parmi toutes les confréries qui se formèrent alors à Paris, la plus célèbre est celle de Notre-Dame de Bonne-Délivrance, dans l’église de Saint-Etienne des Grès.
Voici comment un chroniqueur naïf en raconte l’institution:
«Sensuyvent les ordonnances faictes pour l’érection de la confrérie de la charité de Nostre-Dame de Bonne-Délivrance, en l’honneur de Dieu nostre créateur et de la glorieuse vierge Marie sa très digne mère, et pour entretenir en dévotion singulière tous vrays chrestiens et chrestiennes.
«Le dymanche, vingtième jour d’apvril, l’an 1533, messire Jean Olivier, prestre et chanoyne de Sainct-Estienne des Grecs, homme grandement pieux, dévot à Nostre-Dame, de bonnes moeurs et menant une vie fort honnête; et maistre Le Pigny, et Quentin Froissant, gens. de bien et fort affectionnés au service de la reyne des anges, tous deux jurés bourgeois de Paris; s’adjoignirent pour commencer l’établissement d’une société saincte, sous le titre de Confrérie royale de la charité de Nostre-Dame de Bonne-Délivrance, dans une chapelle de l’église Sainct-Estienne des Grecs, assyse hors du chœur et le joignant du côté de main gauche en entrant dans icelle église, ayant vue sur la rue Sainct-Estienne et au chevet de la dicte église; le tout sous le bon plaisir de Mgr. le révérendissime cardinal du Bellay, évesque de l’Eglise de Paris, et par la permission de messieurs du chapitre de Nostre-Dame; pour y faire leurs assemblées spirituelles, et s’encourager mutuellement à la vertu par des actes de dévotion, pratiquer les bonnes œuvres, et délyvrer les prisonniers.
«Tous ceux et celles qui auront dévotion et se voudront faire enregistrer au registre de ladicte confrérie royale seront participants, à toujours, aux bienfaicts, prières, oraisons et divers servyces qui se feront et se célébreront, en donnant pour l’homme et la femme, le jour de l’entrée, dix deniers tournois, pour chaque semaine de l’an.
«Nul ne sera admis dans cette confrérie royale s’il ne s’est, par une humble confession de ses péchés, réconcilié avec Dieu son créateur, et si en mesme temps il ne promet d’obéir aux supérieurs de la congrégation, et d’assister, selon les règles de la charité, les confrères malades, et faire une aumône pour la délyvrance des prisonniers, etc. .»
Telle fut l’humble origine de la confrérie de Notre-Dame de Bonne-Délivrance qui devait bientôt acquérir tant de célébrité. En effet, Marie fut si touchée du zèle de ses trois premiers serviteurs, qu’elle ne tarda pas à montrer combien le sanctuaire de Saint-Etienne des Grès lui était agréable. Ses mains laissèrent découler sur les fidèles qui se faisaient enrôler sous sa bannière libératrice des largesses signalées qui de jour en jour y attirèrent un plus grand nombre de pèlerins. Mais laissons un autre historien de Saint-Etienne des Grès décrire lui-même les progrès de la pieuse institution:
«Cette confrérie royale de la Charité de Notre-Dame de Bonne-Délivrance reçut dès son origine des marques si sensibles de la protection divine, que la collégiale de Saint-Etienne devint en peu de temps renommée par le culte de la sainte Vierge. En effet, à peine en eut-on jeté les fondements, que tout le monde y accourut de toutes parts. Elle fit de si grands progrès, que, sans aucuns biens-fonds, cette première société de trois personnes réunit sous une même congrégation plus de douze mille confrères de l’un et de l’autre sexe, qui entretinrent le culte de Marie avec autant d’éclat que d’édification, non-seulement à toutes ses fêtes, mais encore tous les jours de l’année. Qu’est-ce qui lui a donné cet accroissement? C’est le seul titre de Notre-Dame de Bonne-Délivrance. Ce seul mot de Bonne-Délivrance y appelle tous les jours tous ceux qui sont en perplexité d’esprit, opiniâtreté de volonté, infirmité de corps, tyrannie des passions, oppression des ennemis, ou dans quelque traverse que ce soit. La seule prononciation de ce titre royal est comme un cri public, ou signal général pour tous les affligés à se réfugier aux pieds de la sacrée Vierge et se vouer à cette sainte confrérie. Elle est particulièrement le refuge des prisonniers pour dettes; mais aussi les femmes qui se trouvent près de leur terme, menacées de la mort et voyant leur fruit en danger, font vœu à Notre-Dame de Bonne-Délivrance; mais c’est surtout le recours de ceux qui se trouvent à l’article de la mort, effrayés des rigoureux jugements de Dieu, de la vision des démons et des tentations du désespoir. C’est pour tous un abri tranquille où l’on vit en paix dans les contre-temps les plus fâcheux de la vie et au milieu des orages de ce monde; enfin, c’est le rendez-vous de tous ceux qui, plongés dans les ténèbres, désirent voir le soleil de la liberté .»
Cette narration prouve que, dès les premières années de son institution, la confrérie de Notre-Dame de Bonne-Délivrance avait pris une grande extension. Aussi, le souverain pontife Grégoire XIII, voulant favoriser de plus en plus son heureux développement, lui accorda un bref de confirmation et l’honora de grandes indulgences.
Ces faveurs contribuèrent en effet à lui donner un nouvel accroissement, et attirèrent bientôt sous sa bannière une milice nouvelle et généreuse. En ce temps-là, la jeunesse était portée au culte de Marie par une inclination vive et tendre. Les étudiants des colléges, où tant de bourses étaient données au nom de la sainte Vierge, ne répudiaient pas, comme aujourd’hui, en entrant dans la carrière des sciences, toute pratique du christianime. Fidèles aux pieuses traditions du foyer domestique auquel la religion présidait alors avec un doux empire, ils ne rougissaient pas de s’enrôler au service de la Reine des vierges, et de mettre sous sa garde l’honneur de leurs premières années. Alors, ils se réunissaient en commun pour dire le chapelet, et se. levaient avant le jour pour réciter l’office de Notre-Dame. La Providence voulut donc que la confrérie de Notre-Dame de Bonne-Délivrance prît naissance au centre même des écoles de Paris, afin qu’elle fût l’asile de la jeunesse nombreuse qui s’y rendait de toutes les parties de l’Europe pour étudier sous les grands maîtres, et surtout dans le collége des jésuites qui était fréquenté par la fleur des étudiants.
Or, parmi ces charmants modèles du jeune âge, on distinguait, en 1578, un enfant de onze ans qui venait d’arriver de Savoie, accompagné de son précepteur, pour achever le cours de ses études. C’est entre les mains des disciples d’Ignace qu’il venait se remettre, parce qu’il avait entendu dire qu’ils étaient envoyés du ciel pour guider les jeunes générations dans le chemin de la vertu et de la science. Le pieux jeune homme, que le lecteur a déjà nommé François de Sales, suivit donc leurs leçons avec toute la distinction de son précoce génie. Mais il ne s’appliquait pas tellement à l’étude, qu’il ne réservât une partie considérable de son temps pour les exercices de piété. C’est le sanctuaire de Saint-Etienne des Grès qu’il avait choisi pour s’y livrer avec plus de recueillement et de ferveur. Ses plus délicieux moments étaient ceux qu’il passait aux pieds de l’image miraculeuse de Marie; c’est là que dans de naïfs épanchements il racontait à sa céleste mère tout ce qui se passait dans son âme innocente; là qu’il se nourrissait du souvenir de ses bienfaits, et du sentiment de la reconnaissance qu’ils faisaient naître dans son cœur.
Un jour, dans l’un de ces pieux pèlerinages, il se sentit inspiré de se consacrer à la Reine des anges par le vœu de chasteté perpétuelle. Ayant obtenu l’agrément de son guide spirituel, il accomplit cette donation de lui-même au pied de l’autel de Notre-Dame de Bonne-Délivrance.
«Là, prosterné contre terre, dit un
«historien de sa vie, après avoir longtemps
«gémi devant Dieu avec une ferveur extraordinaire,
«il lui offrit le sacrifice de son corps,
«et le pria d’agréer que, suivant le conseil de
«l’Apôtre, il renonçât pour toujours au
«mariage. Il se dédia ensuite à la sainte Vierge
«qu’il prit pour sa mère et son avocate, et la
«supplia de lui obtenir les grâces qui lui
«étaient nécessaires pour garder la
«continence »
Il est vraisemblable que c’est à cette époque, sinon dès son arrivée à Paris, que le jeune François de Sales entra dans la confrérie de Notre-Dame de Bonne-Délivrance. Nous savons par ses écrits qu’il aimait les livrées de ces sortes d’association, même celles des plus humbles hameaux. «J’entre, dit-il, dans toutes
«les confréries que je rencontre, parce qu’il
«n’y a rien à perdre et tout à gagner par la
«communication des prières et des bonnes œuvres.
«Les prières de ces gens simples me seront
«bien utiles. J’espère bien que je n’irai
«pas en enfer; mais je crains le feu du purgatoire;
«je pourrais y rester longtemps, et j’ai
«confiance que ces bonnes gens m’en tireront
«par leurs prières.»
Dès que le fervent congréganiste eut fait vœu de chasteté, il prit la résolution de communier tous les huit jours. Il sentait qu’il avait besoin de se nourrir fréquemment du pain des forts pour résister à ses passions naissantes, et pour soutenir les épreuves qu’il prévoyait devoir rencontrer en avançant dans le chemin de la vie. En effet, la tentation ne tarda pas à l’assaillir; mais elle se présenta du côté qu’il l’attendait le moins. Comme ce trait d’histoire a contribué à la célébrité du sanctuaire et de l’image de Notre-Dame de Bonne-Délivrance, nous laisserons un illustre ami de notre aimable saint le décrire dans toutes ses circonstances:
«Parmi les tentations qui éprouvent notre foi, dit l’évêque de Belley, celle qui regarde la prédestination est une des plus pénibles, car c’est un abîme où toute la sagesse humaine est dévorée.
«Dieu, destinant notre bienheureux à la charge et conduite des âmes, a permis qu’il fût rudement tenté de ce côté-là, afin qu’il apprît par sa propre expérience à être infirme avec les infirmes.
«Comme il achevait ses études à Paris, n’ayant alors que seize ans, le mauvais esprit jeta dans son imagination qu’il était du nombre des réprouvés. Cette tentation fit une telle impression sur son âme, qu’il en perdait le repos, et ne pouvait ni boire ni manger. Il desséchait à vue d’œil, et tombait en langueur;
«Son précepteur, qui le voyait dépérir tous les jours, ne pouvant prendre goût ni plaisir rien, lui demandait souvent le sujet de sa mélancolie; mais le démon qui l’avait rempli de cette illusion était de ceux que l’on appelle muets, à raison du silence qu’ils font garder à ceux qu’ils affligent.
«Il se vit en même temps privé de toute la suavité du divin amour, mais non pas de la fidélité avec laquelle, comme avec un bouclier impénétrable, il tâchait de repousser, quoique sans s’en apercevoir, les traits enflammés de l’ennemi. Les douceurs et le calme qu’il avait goûtés avec tant de contentement, avant cet orage, lui revenaient en la mémoire et redoublaient sa peine. C’était donc en vain, se disait-il à lui-même, que la bienheureuse espérance m’allaitait de l’attente d’être enivré de l’abondance des douceurs de la maison de Dieu, et noyé dans les torrents de ses voluptés. O aimables tabernacles de la maison de Dieu! nous ne vous verrons donc jamais, et nous n’habiterons jamais ces admirables demeures du palais du Seigneur!
«Il demeura un mois entier dans ces angoisses et amertumes de cœur, qu’il pouvait comparer aux douleurs de la mort et aux périls de l’enfer. Il passait les jours dans des gémissements douloureux, et, les nuits, il arrosait son lit de ses larmes.
«Enfin, étant par une inspiraition divine entré dans l’Eglise Saint-Etienne des Grès pour invoquer la grâce de Dieu sur sa misère, et s’étant mis à genoux devant l’image de la sainte Vierge, il pria cette mère de miséricorde d’être son avocate auprès de Dieu, et de lui obtenir de sa bonté, que, s’il était assez malheureux pour en être séparé éternellement, il pût au moins l’aimer de tout son cœur pendant sa vie.
«Voici la prière qu’il récita tout baigné de larmes, et le cœur pressé d’une douleur inexprimable:
«Souvenez-vous, ô très-pieuse vierge Marie,
«qu’on n’a jamais ouï dire qu’aucun ait été
«délaissé de tous ceux qui ont eu recours à votre
«protection, imploré votre secours, et
«demandé vos suffrages. Animé de cette
«confiance, ô Vierge! mère des vierges, je cours et
«viens à vous: et gémissant sous le poids de
«mes péchés, je me prosterne à vos pieds. O
«mère du Verbe! ne méprisez pas mes prières,
«mais écoutez-les favorablement, et faites que
«Dieu m’exauce et me pardonne mes fautes
«par votre intercession. Ainsi soit-il.»
«Il ne l’eut pas plutôt achevée, qu’il ressentit l’effet du secours de Notre-Dame et le pouvoir de son assistance envers Dieu, car en un instant ce dragon qui l’avait rempli de ses funestes illusions le quitta, et il demeura inondé d’une telle joie et consolation, que la lumière surabonda où les ténèbres avaient abondé .»
Telle est la terrible tentation dont François de Sales obtint la délivrance dans le sanctuaire de Saint-Etienne des Grès. Une telle faveur ne pouvait rester secrète. L’heureux jeune homme la publia lui-même avec reconnaissance pour la gloire de sa libératrice, et ce miracle de la bonté de Marie augmenta la renommée de son antique image et lui mérita plus que jamais le titre de Notre-Dame de Bonne-Délivrance. Aussi, après cet insigne bienfait, notre jeune saint lui voua-t-il un culte plus assidu et plus filial, et, jusqu’aux derniers moments de son séjour à Paris, il en fit le but constant de ses pèlerinages.
Au reste, elle était un objet de dévotion pour les plus saints personnages de cette époque, parmi lesquels on doit placer Vincent de Paul et le père Claude Bernard, surnommé le pauvre prêtre. Ce dernier reçut lui-même à ses pieds une grâce non moins signalée que celle dont fut favorisé saint François de Sales. Après une jeunesse fort orageuse passée dans la dissipation du plaisir et les désordres qui en sont la suite, touché de la grâce, il commençait à se convertir. Mais il lui survint, dans la maison où il demeurait, une occasion de rechute, la plus dangereuse à laquelle il eût été jamais exposé, et qu’il ne pouvait éviter que par une prompte fuite. Il court se jeter aux pieds de Notre-Dame de Bonne-Délivrance, conjure la sainte Vierge de le secourir, et promet, s’il obtient cette grâce, de se livrer entièrement au service de Dieu et du prochain. Sa prière à peine-finie, il se sent exaucé, et de retour chez lui, il reconnaît que, par une circonstance extraordinaire, évidemment ménagée par la divine Providence, l’occasion a subitement disparu. Bernard, pénétré de la plus vive reconnaissance, exécute aussitôt sa promesse. Il l’accomplit avec tant de courage et de fidélité, qu’il parvint en peu de temps à la pratique des plus sublimes vertus. Redevable de cette faveur éclatante à la protection visible de Marie, il lui en prouva sa tendre gratitude, non-seulement par un dévouement tout spécial à son service, mais encore en travaillant sans relâche à la faire honorer par tous les moyens que son zèle industrieux pouvait lui suggérer. Celui qui lui servit le plus efficacement à ranimer dans tous les cœurs la dévotion à Marie, fut la prière miraculeuse, aimée de saint François de Sales, et composée, dit-on, par saint Bernard, le souvenez-vous, ô très-pieuse. Vierge, Il la fit imprimer en différentes langues, et en distribua plus de deux cent mille exemplaires pendant sa vie . Depuis cette époque, les pieux fidèles venaient constamment la réciter à Saint-Etienne des Grès devant l’image de la sainte Vierge, qui montra de plus en plus, par des témoignages éclatants, combien ce sanctuaire était cher à son cœur maternel.
Sa renommée toujours croissante parvint jusqu’au souverain pontife Clément VIII, qui confirma et augmenta les indulgences accordées par son prédécesseur d’heureuse mémoire à la confrérie de Notre-Dame de Bonne-Délivrance; il fut imité par les papes Paul V, Grégoire XV, et Urbain VIII, qui l’enrichirent tour à tour des trésors de l’Eglise.
A dater de cette époque, ce ne fut pas seulement le peuple et les simples bourgeois qui s’empressèrent d’en faire partie, mais des femmes du monde, des hommes d’armes, des princes et des seigneurs puissants dans le siècle: la piété y associa même plusieurs de nos rois et de nos reines, qui ne rougissaient pas de porter les livrées de la Vierge, protectrice de la France, et d’incliner devant son humble image leurs têtes couronnées. Voici les noms des principaux personnages, qui figuraient sur le registre de cette confrérie vraiment royale, avec la mention des actes de leur munificence, tels qu’ils sont rapportés dans le Livre de celte institution.
«Louis XIII, ayant mis son royaume sous la protection de la reine du ciel, se fit inscrire dans cette confrérie, et de plus il voulut donner des marques de sa libéralité royale par le présent d’argenterie qu’il a fait distribuer aux maîtres et gouverneurs, pour l’ornement de la chapelle.
«Anne d’Autriche s’y fit inscrire le 4 mars 1622, et, imitant la piété de ce monarque, a fait présent à la chapelle d’un très-riche ornement complet de velours rouge, de chandeliers d’argent fleurdelisés, d’un bénitier d’argent, qui sont existants dans le trésor de là confrérie. Elle y fit inscrire Louis XIV encore enfant, le 13 mars 1643, et la coutume s’est introduite, depuis ce temps-là, d’y associer les enfants de France dès leur naissance.
«Gaston, duc d’Orléans, frère de Louis XIII, a été offert à notre bienheureuse mère, et inscrit au nombre des confrères, le 15 octobre 1632.
«Le duc d’Anjou et d’Orléans, frère unique de Louis XIV, au mois de mars 1647. A cette occasion, Anne d’Autriche donna une magnifique lampe d’argent du poids de 54. marcs, aux armes du prince.
«Le grand Condé se fit inscrire sur le registre royal, le 20 janvier 1648. La princesse de Condé, mais 1650.
«Le prince et la princesse de Conti, février 1661.
«Marie de Bourbon, fille de France, tante du roi et de la reine d’Angleterre, octobre 1662.
«Marie - Thérèse d’Autriche, épouse de Louis XIV, le 7 août 1665. Elle a offert Louis, dauphin, à Notre-Dame, et l’a fait inscrire dans la confrérie, le 5 juin 1664.
«Marie-Christine de Bavière, dauphine de France, aïeule de Louis XV, le 2 février 1684, Elle a fait don d’une lampe d’argent, etc. .»
Ce serait sortir des bornes dans lesquelles nous nous sommes renfermés, que de mentionner tous les personnages de distinction qui se firent agréger à la confrérie de Notre-Dame de Bonne-Délivrance. Il suffit de dire que les princes les plus illustres de la monarchie ne croyaient pas indigne d’eux d’y inscrire leurs noms, et de se confondre avec le peuple fidèle sous la bannière de Marie. Leur piété généreuse n’oubliait rien de ce qui pouvait contribuer à embellir son sanctuaire. Les uns donnaient des riches vêtements et des robes précieuses, pour couvrir la sainte image aux grandes solennités; d’autres versaient dans le trésor de la confrérie d’abondantes aumônes, qui étaient consacrées à la délivrance des prisonniers pour dettes. Une quête avait lieu à tous les offices pour cette belle œuvre, et, chaque année, les maîtres et gouverneurs de la confrérie, comme d’autres Pères de la Rédemption, se rendaient dans les diverses prisons de Paris, munis des dons de la charité chrétienne, en faisaient ouvrir les portes aux infortunés, que la misère y avait précipités, et les rendaient à leur famille attendrie et reconnaissante.
Au reste, le zèle et l’empressement des fidèles de tout âge et de tout rang, pour le sanctuaire de Marie, étaient bien justifiés par la solennité des offices religieux qu’on y célébrait, et dont la multiplicité et la durée effrayeraient aujourd’hui notre tiédeur et notre mollesse mondaine. Nous croyons devoir entrer dans le détail de ces pieuses pratiques, et notamment reproduire la description naïve de la célèbre procession de Notre-Dame de Bonne-Délivrance, que nous a laissée un historien déjà cité. Le lecteur pourra juger par là quelle était la ferveur de nos pères, et la simplicité de foi de ces temps heureux, et déjà si loin de nous.
ORDRE DU SERVICE DIVIN ÉTABLI DANS LA CHAPELLE DE NOTRE-DAME DE BONNE-DÉLIVRANCE, POUR LES CONFRÈRES ET FIDELES CHRÉTIENS.
«Premièrement, sera dict et célébré par chaque dimanche de l’an, après la messe de chœur, une haulte messe solennelle de Nostre-Dame, à diacre et soubz diacre avec chappiers et orgues, excepté les dimanches auxquels adviennent festes doubles et solennelles, auque cas sera célébré du jour. Et en icelle le célébrant, après l’offrande faicte, dira De profundis; et la dicte messe célébrée dira encore Deprofur. dis avec l’oraison pour les trépassés.
«Item, tous les premiers dimanches par chaque moys, à 4 heures de relevée, après vespres et complies de chœur, se dict un salut solennel où se chantent les vespres de Nostre-Dame, Magnificat, avec encens, une procession à l’entour de l’église où sont chantées les litanies de la saincte Vierge. L’on baille aux chanoynes et anciens maistres chacun un cierge de confrère allumé. Et après icelle procession, se chante Salve Regina, ou autre hymne selon le temps, Domine, non secundum, l’Exaudiat et oraison pour le roi, Languentibus et De profundis.
«Item, sera dict et chanté par chaque dimanche et festes commandées de l’an, vigile à neuf psaumes et neuf leçons incontinent après vespres et complies de chœur dictes; pourveu que mesdicts seigneurs chefciers et chanoynes n’aient obit, auquel cas ces dictes vigiles seront dictes, le lundi matin après matines du chœur.
«Item, sera dict et célébré par chaque lundi de l’an, si feste solennelle n’advient, laudes et haulte messe de Requiem à diacre, soubz diacre et deux chappes. En ce dict jour, l’autel de Nostre-Dame est privilégié pour toute l’année,
«Item, par chaque mardi de l’an sera dicte une haulte messe de sainct Roch, avec commémoration de monsieur sainct Sébastien, à diacre et soubz diacre. Item, outre, le dict jour, sera dicte une messe basse de Nostre-Dame de Pitié, avec De profundis comme dessus.
«Item, par chaque mercredi de l’an, sera célébrée une messe haulte du Sainct-Esprit, avec De profundis comme dessus.
«Item, par chaque jeudi de l’an, sera célébrée une haulte messe solennelle du très-sainct sacrement de l’autel.
«Item, outre, le dict jour, sera dicte une messe basse de monsieur sainct Estienne, patron de la dicte église, avec De profundis comme dessus,
«Et ce dict jour, se dict et chante un, salut solennel du sainct sacrement, après les vespres de chœur. Item, tous les premiers jeudis du moys, se faict une procession solennelle à l’entour de la dicte église où est porté le Corpus Christi.
«Item, par chaque vendredi de l’an sera dicte une haulte messe de la saincte croix de nostre Sauveur, De profundis comme dessus, et à la fin sera dicte la Passion.
«Item, par chaque samedi de l’an sera célébrée une haulte messe solennelle de Nostre-Dame, et à l’issue de la dicte messe, sera dict le Stabat mater.
«Les dictes messes et services à l’intention des dicts confrères et sœurs; et faut noter qu’à tous et chacun des dicts jours cy-dessus nommés, se dict une messe basse à l’intention de tous les bienfaicteurs de la dicte confrérie royale.
«Item, par chaque feste de Nostre-Dame sera célébré service et office solennel, en commençant par les premières vespres, matines, deux haultes messes solennelles avec offrande et pain bény, et qui se continue pendant l’octave de la mi-aoust; soir et matin, exposition du très sainct sacrement de l’autel et prédication.
«Item, le baston d’icelle confrérie royale de la Charité de Nostre-Dame de Bonne-Délivrance sera délivré au nouveau bastonnier et bastonnière, le jour de l’Assomption de Nostre-Dame en aoust, en faisant les services et frais accoutumés.
«Item, les dicts services et offices solennels, en commençant par les vigiles, se font par chaque feste des patrons de la confrérie, c’est à savoir ès festes de monsieur sainct Pierre, sainct Jehan-Baptiste, sainct Estienne, sainct Denis, sainct Roch, sainct Sébastien, saincte Geneviève, et madame saincte Barbe .
«Item, et pour chacun des confrères et sœurs d’icelle confrérie, qui vont de vie à tré-pas, on faict dire et chanter vespres des morts, vigiles à neuf psaumes et leçons avec laudes et recommendaces, trois haultes messes, la prose Dies irœ, dies illa et Libera à la fin. Il y a quatre cierges ardens aux dépents de la dicte confrérie, et les administrateurs en charge font porter le poêle, appartenant à la dicte confrérie pour servir aux enterremens.
«Item, le premier jour de mai et le 24 aoust, feste de sainct Barthelemy, se faict une procession générale et solennelle, laquelle part de l’église Sainct-Estienne des Grecs, à huit heures précises du matin, pour aller dans une paroisse de la ville ou des faubourgs, qui est choisie tous les ans, et où assistent tous les confrères et sœurs, avec un nombreux clergé, et où l’on chante haulte messe solennelle. L’ordre de la quelle procession est tel que s’en suit.»
ORDRE DE LA PROCESSION DE LA SAINCTE CONFRÉRIE DE NOTRE-DAME DE BONNE-DÉLIVRANCE.
«Premièrement, pendant que monsieur le chefcier, revêtu en la manière qui en suit, assisté de diacre et soubz diacre, tous à genoux au pied de l’autel, chante le Veni creator; devant que de sortir de l’église Sainct-Estienne, il y a un jeune homme, revestu d’une aube de belle toile blanche, bien plissée, ayant un chapelet pendant à sa ceinture, un écusson sur la poytrine, où est l’image de l’assomption de Nostre-Dame, de relief, en broderies, un chapeau (une couronne) de fleurs sur sa teste, nuds pieds, lequel porte une riche bannière de velours cramoisy, ornée de l’image de Nostre-Daine, entourée d’anges, le tout en broderies d’or de relief, parsemé de fleurs de lys d’or et franges de soye et d’or.
«Suit après celui qui porte la croix d’argent doré, enrichie de pierveries, ainsi revestu: orné et nuds pieds, avec deux enfans de chœur, ayant aubes et précédans, portant chacun un grand chandelier d’argent, avec un cierge de cire blanche allumé, et un chapeau de fleurs sur la tête.
«Puis, le beau baston de la confrérie de Nostre-Dame, ayant deux anges, qui tiennent chacun un cierge allumé, le tout doré de fin or, et la hante couverte de fleurs de lys d’or sur un champ d’azur, porté par un jeune homme revestu d’aube de fin lin, nuds-pieds, et le reste ainsi que le premier. Ce baston est accompagné de deux torches allumées; et les porteurs revestus de surplis et tuniques, chacun un chapeau de fleurs sur la teste.
«Marche devant ledit baston un crieur public, reves tu d’une riche tunique de velours cramoisy, toute parsemée de fleurs de lys d’or, de relief, et les franges de soye et d’or, ayant un chapeau de fleurs en teste, et tenant en sa main droite une verge et de l’autre un grand bouquet.
«Derrière le dict baston, va la bastonnière vestue de beaux habits, ayant un riche chapeau de belles perles sur la teste.
«Va après une croix d’argent doré, portée par deux anges d’argent, ornée de pierres précieuses, en laquelle il y a du précieux bois de la vraye croix de nostre Sauveur; le pied d’icelle. ou soubassement d’argent bien efflabouré.
«Suit une belle image de Nostre-Dame, environnée de rayons de soleil et d’anges avec son piédestal, le tout d’argent.
«Derrière la dicte image, il y a deux jeunes hommes, et aussi deux autres devant icelle, revestus d’aubes blanches bien plissées, ayant chacun un chapeau de fleurs sur leur teste, un chapelet à leur costé, une plaque sur leur poitrine où est l’image de l’assomption de Nostre-Dame, en. broderies de relief, nuds pieds, lesquels portent chacun un gros cierge de cire blanche allumé, pesant 25 livres, et à chaque cierge une couronne, avec un écusson de l’image de l’assomption de Nostre-Dame, comme dessus attaché.
«Après, suit l’image de Monsieur sainct Pierre, laquelle est toute d’argent, tenant une clef d’argent.
«Celle de sainct Jehan-Baptiste, avec un agneau, le tout d’argent.
«L’image de Monsieur sainct Roch, avec l’ange et le chien, tout étant d’argent.
«Celle de sainct Sébastien; attaché à un arbre, ayant au-dessus de la teste un ange qui le couronne, le tout d’argent.
«Lesquelles sainctes reliques marchent avec un bel ordre; et avec une distance bien séante, modestie et gravité convenables. Elles sont portées chacune sur un brancard, orné de parements de damas blanc, rouge, verd et jaune, sur les épaules de deux jeunes hommes, revestus d’aubes de fine toile, bien plissées, nuds pieds, et le surplus ainsi que cy-dessus.
«Devant icelles vont des bedeaux, revestus l’un d’une belle grande robe violette, l’autre d’une robe mi-partie de blanc et de bleu, et le troisième d’une robe mi-partie de bleu et de tanné, ayant des chapeaux de fleurs sur leurs testes, et en leurs mains une verge, avec un grand bouquet de fleurs, et sur le bras gauche chacun une grande plaque d’argent où sont les images de Nostre-Dame et de sainct Estienne, en bosse et de relief d’argent.
«Icelles sainctes reliques sont accompagnées de quantité de torches et de luminaires.
«Chemynent après, en rang de chaque costé, trente jeunes hommes revestus d’aubes de fin lin, plissées modestement et décemment, d’un pas grave, nuds pieds, ayant chacun un chapeau de fleurs dessus la teste, un chapelet au costé, un écusson sur la poitrine où est l’image de l’assomption de Nostre-Dame, de relief, en broderies, et en la main un cierge de cire blanche, ardent, avec un grand bouquet.
«Ensuite est le vénérable clergé, composé d’un bon nombre de gens d’église, revestus de surplis et chappes de damas de diverses couleurs et de velours, allants en deux rangs; et des deux côtés au-dessus marchent messieurs les chanoynes au nombre de dix, et derrière, le révérend chefcier, portant une croix d’or ou reliquaire en la main, revestu de surplis, estole, et d’une riche chappe, et deux chanoynes, l’un faisant le diacre, revestu d’aube, d’estole, et d’un riche précédant, et l’autre le soubz diacre, revestu d’aube, fanon, et d’une riche tunique, qui vont devant lui, tous ayant un chapeau de fleurs en la teste, et un grand bouquet de fleurs en la main, et en ce bel ordre on s’achemyne en quelque église, où là se célèbre la messe par le sieur chefcier, et y fait on la prédication, et puis on revient de mesme en l’église Sainct-Estienne des Grecs.
«Suyvent finalement les quatre maistres de la confrérie qui sont en charge, et les autres qui sont hors de charge, ayant chacun un cierge de cire blanche, ardent, en la main, avec un grand bouquet de fleurs; puis une grande multitude de peuple d’un et d’autre sexe, en grande dévotion.
«Messieurs de la ville donnent à la dicte confrérie royale, tous les ans, douze grands flambeaux de cire blanche, ornés des armes de la ville; et envoyent aussi plusieurs officiers, archers et gardes de la ville pour maintenir le bon ordre, et empescher la confusion par la foule qui est toujours très-nombreuse .»
Telle était la pompe pleine de naïveté du culte de Notre Dame de Bonne-Délivrance. Ces solennités de la foi antique fleurirent jusqu’à l’époque funeste où une audacieuse philosophie jeta le fondement de ses impiétés, c’est-à-dire vers le milieu du dix-huitième siècle. Alors les auteurs de la grande révolution, qui bouleversa plus tard tout l’édifice social et religieux, s’essayaient déjà à en détacher quelques pierres, et, par leurs doctrines, accomplissaient peu à peu cet événement dans les idées et les mœurs de nos pères. La célèbre confrérie fondée en 1533 devint l’objet de la critique et du dédain de la sagesse orgueilleuse du siècle, dont l’influence commençait à s’exercer sur ceux qui tenaient les rênes du gouvernement. En butte à des attaques nombreuses, elle devait succomber sous le poids de la calomnie et des intrigues de ses ennemis. Le parlement de Paris rendit un arrêt qui la supprima, le 6 février 1737; après deux siècles d’existence et de gloire.
ÉGLISE ST ÉTIENNE DES GRÉS, et Procession de N D de Bonne Délivrance

Mais il n’était pas donné à la puissance humaine de supprimer en même temps la confiance et l’amour des enfants de Marie pour leur mère. Le sanctuaire de Notre-Dame de Bonne-Délivrance continua donc à être l’objet de la dévotion des fidèles, et le but de leurs pieux pèlerinages. On y venait prier sans bruit et sans pompe, comme on le fait aujourd’hui dans son nouveau sanctuaire, et cet hommage de la foi humble et silencieuse n’en était que plus cher au cœur de celle qui mit toute sa gloire dans la perfection et l’excellence des sentiments intérieurs .
Mais enfin, arrivèrent les jours mauvais et le triomphe définitif de l’impiété. La reine des vierges devait être dépossédée des sanctuaires que la foi des anciens âgés lui avait élevés; et son image immaculée remplacée sur nos autels par l’idole impure de la raison en délire. Avant la ruine de Jérusalem, la Providence annonça, par des signés effrayants, les malheurs qui allaient fondre sur la Palestine; elle en usa de même dans ces derniers temps. Elle fit prédire, par des signes non équivoques, les crimes et les châtiments de la révolution. La métropole de Paris avait été effrayée d’avance à l’annonce déjà profanation qui devait désoler son enceinte et jusqu’à son autel. On se rappellera toujours le mouvement surnaturel d’un célèbre orateur, le P. Beauregard, jésuite, qui fit retentir les voûtes de Notre-Dame de ces paroles prophétiques
«Oui, vos temples, Seigneur, seront dépouillés- et détruite vos fêtes abolies, votre nom blasphémé, votre culte proscrit. Mais qu’entends-je, grand Dieu! Que vois je? Aux saints cantiques qui faisaient retentir ces voûtes sacrées en votre honneur, succèdent des chants lubriques et profanes. Et toi, divinité infâme du paganisme, impudique Vénus! tu viens ici même prendre audacieusement la place du Dieu vivant, t’asseoir sur le trône du Saint des saints, et recevoir l’encens coupable de tes nouveaux adorateurs .»
De son côté, Marie elle-même avertit plus d’une fois ses fidèles serviteurs de se préparer au temps de l’épreuve, et de fléchir la colère du ciel si justement irrité. On vit dans divers lieux ses images répandre des larmes, ouvrir et fermer les yeux, comme pour annoncer que les regards de la miséricorde divine allaient se détourner de son peuple, et le livrer entre les mains des instruments de sa justice. Dans une communauté de Paris, fondée au dix-septième siècle, par Marie-Thérèse d’Autriche, épouse de Louis XIV, pour obtenir du ciel la prospérité du royaume et de la famille royale, une statue de la sainte Vierge, antique objet de dévotion, annonça par ses pleurs les crises les plus sanglantes de la révolution, et spécialement le supplice de l’infortuné Louis XVI. Ce phénomène surnaturel se manifesta en d’autres contrées. A Ancône, à Rome et dans plusieurs villes d’Italie, on vit, à l’approche des armées révolutionnaires, les images de Marie vénérées dans les églises et sur les places publiques, répandre des larmes abondantes en présence de la multitude consternée .
Tels furent les signes lugubres qui annoncèrent les dévastations sacriléges des ennemis de la foi, et l’abomination de la désolation qu’ils traînaient après eux. L’église de Saint-Etienne des Grès présentait à leur cupidité un appât trop séduisant pour échapper à. leurs fureurs. Elle fut donc dépouillée de toutes les richesses que la foi des princes et des fidèles y avait réunies depuis plusieurs siècles. On enleva l’or, l’argent, le fer, les grilles, les marbres, les boiseries; on arracha tous les ouvrages de l’art qui décoraient les murs, et ces dépouilles sacrées furent mises en adjudication publique. Puis, l’édifice lui-même, dont la fondation remontait aux premiers siècles du christianisme, tomba avec sa célèbre chapelle sous le marteau des démolisseurs .
Cependant, par un privilége qui tient du prodige au milieu de ces dévastations sacrilèges, la statue de Notre-Dame de Bonne-Délivrance fut respectée et sauvée. La Providence suscita, pour l’arracher aux mains des profanateurs, une veuve chrétienne, qui lui était très-dévote, et qui, dans les derniers temps, s’était consacrée à la propagation de son. culte, la comtesse de Carignan Saint-Maurice. Cette pieuse dame; ayant appris que le mobilier de la paroisse Saint-Etienne allait être mis en vente, se sentit inspirée de soustraire l’image vénérée de Marie aux outrages d’une exposition publique. Elle alla donc trouver secrètement, le 16 mai 1791, les officiers municipaux préposés à la garde de l’église, et ayant fait. briller à leur yeux de quoi tenter leur cupidité, elle les décida à lui remettre l’objet précieux, que son cœur convoitait si vivement. Dès quelle en fut propriétaire, elle le fit transporter à l’hôtel Traversière quelle habitait rue Notre-Dame-des-Champs, et qui fait aujourd’hui partie du collége Stanislas.
La dévote comtesse lui dédia dans ses appartements un petit oratoire qu’elle orna avec le plus grand soin, et où l’on célébrait en secret les saints mystères. Elle ne cessait de porter à ses pieds des vœux ardents pour le salut de la France, alors en proie à toutes les horreurs de l’anarchie. De fervents catholiques s’unissaient à elle et venaient souvent en pèlerinage à Notre-Dame de Bonne-Délivrance. Ils étaient soutenus et dirigés par M. l’abbé Bailly, mort depuis évêque de Poitiers, après un épiscopat beaucoup trop court, au gré des peuples, confiés à ses soins. Ce digne ecclésiastique s’était réfugié à l’hôtel Traversière, espérant trouver sous la protection tutélaire de Marie un abri contre les fureurs de la persécution. En effet, on rapporte différents traits qui prouvent que la sainte image fut pour la maison de madame de Saint-Maurice ce que l’arche d’alliance avait été pour celle d’Obédedon, un gage de salut et de bénédiction au milieu de la plus grande terreur.
Cependant la vénérable servante de Marie ne pouvait éviter plus longtemps le sort glorieux réservé à tous ceux pour qui le nom, la fortune et la piété étaient alors autant de crimes dignes de l’échafaud. Elle fut arrêtée comme suspecte et incarcérée dans une maison de la rue de Sèvres, appelée les Oiseaux, et qui avait été transformée en prison supplémentaire. Là se trouvaient détenues plusieurs religieuses hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve, avec lesquelles le malheur et la religion lui firent contracter des liaisons intimes, et spécialement avec la révérende mère Walsh de Valois, supérieure générale de cette congrégation. Cette digne religieuse se faisait admirer de toutes les compagnes de sa captivité par sa fermeté d’âme, par sa patience et son empressement à adoucir, autant qu’il était en son pouvoir, les rigueurs de leur situation. Madame de Saint-Maurice eut une part plus tendre à ses soins charitables, et elle en conçut une reconnaissance qu’elle se promit de satisfaire dès qu’elle aurait recouvré sa liberté. Cet heureux moment arriva plus tôt qu’elle ne pensait. Le 4 octobre 1794, les portes de la prison s’ouvrirent pour elle et pour ses amies d’infortune, et cette faveur inattendue fut attribuée à la protection de Notre-Dame de Bonne-Délivrance, qu’elle n’avait cessé d’invoquer durant sa captivité.
Or, à cette époque, la spoliation des maisons religieuses était consommée depuis longtemps. Cependant, par une permission singulière de la Providence, celle des hospitalières de Saint-Thomas avait échappé à l’attention des agents de la tyrannie, et les charitables filles qui l’habitaient continuaient, sous le costume séculier, à panser les plaies des pauvres infirmes qui avaient recours à leurs soins. Mais cette heureuse exception semblait ne devoir pas durer. En effet, au commencement de l’année 1795, elles furent dénoncées au club de leur district comme religieuses déguisées, et une motion fut faite pour mettre en adjudication les bâtiments de leur communauté. Déjà les affiches étaient placardées, lorsque madame de Saint-Maurice, apprenant le danger que couraient ses chères religieuses, et sentant que le moment était tenu d’acquitter envers elles la dette de la reconnaissance, se détermine à accomplir un grand sacrifice pour détourner l’orage. Elle se jette aux pieds de sa statue chérie, et fait vœu de la donner à la société des filles de Saint-Thomas si Marie daigne montrer sa puissance en conservant à la religion et à l’humanité le chef-lieu d’un ordre voué aux soins corporels et spirituels des malades. De leur côté, la mère de Valois et ses filles, informées de cette résolution généreuse qui les pénètre de reconnaissance, commencent elles-mêmes une neuvaine de prières à Notre-Dame de Bonne-Délivrance... Et, quelques jours après, les affiches menaçantes sont arrachées par une main qui est restée inconnue, et l’héritage de la charité chrétienne est sauvé.
Ainsi, on continua à laisser dans l’oubli les humbles servantes des pauvres, et les lois d’expropriation sacrilége qui avaient frappé tous les monastères de Paris épargnèrent, par un privilége sans exemple, celui des filles de Saint-Thomas, dont elles sont encore en possession.
Enfin des jours de salut allaient succéder aux nuits ténébreuses de l’impiété, et l’aurore de la paix vint consoler la terre. Dès que la sécurité publique permit d’ouvrir les églises et de relever les autels, la pieuse comtesse songea à l’accomplissement de son vœu; mais il se passa encore quelque temps avant qu’elle se décidât à le réaliser. En effet, l’ancienne chapelle du couvent de Saint-Thomas n’avait ni les proportions ni l’élégance dignes du précieux dépôt qu’elle lui destinait; elle voulait préalablement qu’on en construisît une nouvelle, et comme les ressources de la congrégation s’étaient épuisées dans les temps désastreux qu’on venait de traverser, elle fut la première à verser une partie des fonds nécessaires pour commencer l’entreprise.
En attendant qu’on pût réunir le reste, elle crut devoir soumettre son projet au souverain pontife Pie VII, et solliciter son approbation. Pour cet effet, elle eut recours au cardinal Caprara, légat du saint-siége en France, et lui remit la supplique suivante:
«Très-saint Père,
«Madame de Carignan, comtesse de Saint-Maurice, a acquis des officiers municipaux de la commune de Paris la statue de la sainte Vierge, vénérée dans l’église collégiale de Saint-Etienne des Grès de la même ville, détruite au commencement de la révolution.
«C’est devant cette statue de la Vierge que saint François de Sales, faisant ses études au collège des Jésuites de Paris, allait souvent faire ses prières pour obtenir de Dieu, par l’entremise de Marie, le don de continence Les souverains pontifes Grégoire XIII et Urbain VIII, d’heureuse mémoire, avaient accordé de grandes indulgences à la célèbre confrérie établie en cette église sous le nom de Notre-Dame de Bonne-Délivrance; tous ces titres et bulles sont perdus, l’histoire seule en fait mention.
«Madame de Carignan Saint-Maurice, très-saint Père, désirerait placer cette statue, restaurée par ses soins, dans l’oratoire des religieuses hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve, ordre de saint Augustin, établies à Paris, rue de Sèvres. Où pourrait-elle être mieux placée qu’au milieu de celles qui sont les plus fidèles imitatrices des vertus de Marie, et qui en ont été protégées d’une manière si singulière?
«Mais, très-saint Père, cette bonne œuvre manquerait son but essentiel si elle n’obtenait de Votre Sainteté le sceau de son approbation; c’est dans cette vue religieuse, et afin de perpétuer à jamais le culte de Marie, que madame de Carignan Saint-Maurice vous supplie, très-saint Père, de vouloir bien accorder une indulgence plénière à toutes les personnes qui, aux conditions requises, entendront la messe et communieront dans la chapelle où sera exposée cette statue de la sainte Vierge, à toutes les fêtes solennelles consacrées au culte de Marie, et une indulgence de cent jours en faveur des fidèles qui, tous les samedis de l’année, visiteront cette chapelle et y réciteront la prière connue sous le non! de Memorare.
a Très-saint Père, en accueillant là prière de madame de Carignan Saint-Maurice, vous exaucerez le vœu le plus doux à son cœur, celui dé propager, autant qu’il est en elle, le culte de Marie.
«Je suis, avec la vénération la plus profonde,
très-saint Père,
de Votre Sainteté,
la plus humble et la plus soumise de vos
enfants,
«CARIGNAN SAINT-MAURICE.
«Ce 30 janvier 1805.»
Le cardinal Caprara approuva, au nom de Sa Sainteté, les pieuses dispositions de la comtesse de Saint-Maurice, et accorda par le rescrit suivait la plupart des indulgences qu’elle sollicitait pour le sanctuaire de Notre-Dame de Bonne-Délivrance.
«Le très-saint Père accorde l’indulgence plénière et la rémission de tous les péchés à tous les fidèles de l’un et l’autre sexe qui, vraiment contrits et s’étant confessés, communieront dans ledit oratoire (pourvu qu’il soit approuvé de l’ordinaire et qu’on y ait dressé un autel en l’honneur de la bienheureuse vierge Marie) les jours de la Conception, de la Nativité, de la Purification, de l’Annonciation et de l’Assomption de la sainte Vierge, et visiteront dévotement ladite chapelle, chaque année, les jours marqués ci-dessus, depuis les premières vêpres jusqu’au coucher du soleil, afin d’y prier pour la paix entre les princes chrétiens, l’extirpation des hérésies et l’exaltation de notre mère la sainte Eglise.
«Sa Sainteté accorde aussi sept années et autant de quarantaines aux fidèles qui rempliront les mêmes conditions aux autres fêtes de la mère de Dieu; de plus, le souverain pontife, d’après l’usage de la sainte Eglise, les délivre de cent jours de pénitence, de quelque manière qu’elle leur ait été imposée, chaque fois qu’ils prieront Dieu dévotement devant ledit autel, le samedi de l’année.
«En outre, veut le très-saint Père, par grâce spéciale, que lesdites indulgences conservent à perpétuité la même valeur que si elles avaient été accordées par lettres apostoliques en forme de bref..
«J. B. Card. CAPRARA.
«Paris, le 12 février 1805.»
Telles furent les faveurs spirituelles dont le saint-siége enrichit le nouveau pèlerinage de Notre-Dame de Bonne-Délivrance.
Cependant la mère de Valois, malgré le désir qui l’animait d’élever à Marie un nouveau sanctuaire, n’avait pu se procurer les ressources suffisantes pour une telle entreprise. Après un nouveau délai d’un an, madame de Saint-Maurice se décida à remplir son engagement. Le 1er juillet 1806, veille de la Visitation de la sainte Vierge, l’une des fêtes patronales de la congrégation de Saint-Thomas, fut le jour fixé pour la cérémonie si longtemps attendue. A quatre heures du soir, la statue miraculeuse de Marie fut transportée de l’hôtel Traversière au couvent de Saint-Thomas de Villeneuve, et madame de Saint-Maurice, avec une piété vraiment généreuse, mais non sans répandre des larmes que lui arrachait un sacrifice qui coûtait beaucoup à son cœur, lit solennellement la remise de son précieux dépôt aux religieuses pénétrées de reconnaissance, et qui répétaient en elles-mêmes ces paroles des anciens d’Israël: Introduisez au milieu de nous l’arche de l’alliance du Seigneur et qu’elle s’y repose pour nous donner le salut et la paix . Ensuite l’image bien-aimée fut portée dans la chapelle, pendant qu’on chantait les litanies de la sainte Vierge, et placée sur un autel préparé pour la recevoir, en attendant la construction d’un monument plus conforme aux vœux des religieuses et de la pieuse donatrice.
Là, Notre-Dame de Bonne Délivrance devint l’objet d’un culte fervent, et le but de nombreux pèlerinages. De dévots fidèles accoururent à son oratoire pour solliciter les largesses de celle dont ils avaient entendu célébrer l’antique bienfaisance; et les grâces signalées que plusieurs y reçurent firent renaître une dévotion jadis si féconde en merveilles.
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