Kitabı oku: «La Santé par le grand air»

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Adolphe Bonnard

La Santé par le grand air


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066336769

Table des matières

PRÉFACE

AVANT-PROPOS

CHAPITRE PREMIER

CHAPITRE II

Diverses formes des colonies de vacances.

Lieux de séjour.

CHAPITRE III

CHAPITRE IV

CHAPITRE V

L’Œuvre des Trois Semaines.

L’Œuvre des Enfants à la montagne de Saint-Étienne.

Colonie de vacances de l’Œuvre de la Chaussée du Maine.

L’Œuvre catholique des Vacances à la Campagne de Saint-Etienne.

L’Œuvre des Saines Vacances,

L’Œuvre du Soleil pour procurer des vacances aux jeunes ouvrières de Paris.

L’Œuvre municipale Lyonnaise des Enfants à la Montagne.

La Société protectrice de l’Enfance de Lyon.

La Colonie de Douvaine.

L’Œuvre de la Solidarité sociale du II e arrondissement de Lyon.

L’Œuvre de la Société de Saint-Vincent de Paul.

La Colonie Scolaire des Petits Agenais.

La Colonie de la Ligue fraternelle des Enfants de France.

L’Œuvre parisienne des Colonies maternelles Scolaires.

La Colonie Enfantine du Val-Fleuri

Les Colonies de Vacances de la ville de Paris

CHAPITRE VI

Le Poids.

La Taille.

La Circonférence Thoracique.

Le Sang.

La Fiche-Type.

CHAPITRE VII

Le Poids.

La Taille.

La Circonférence Thoracique.

La Spirométrie.

Le Sang.

CHAPITRE VIII

Choix des enfants.

Age des enfants.

Quelle doit être la durée du séjour?

Emploi du temps.

Trousseau du colon.

Surveillance.

Formalités pour envoyer un enfant aux colonies de vacances.

Recommandations aux parents nourriciers.

Recommandations aux parents.

CHAPITRE IX

CHAPITRE X

Rôle des syndicats.

Résultats de la cure d’air à la villa de la Chantade.

CHAPITRE XI

CHAPITRE XII

Prix de revient.

Budget.

Aide fraternelle et non pas aumône.

Ressources diverses.

CHAPITRE XIII

CONCLUSION


PRÉFACE

Table des matières

On célèbre à tout propos les beautés de notre civilisation. On nous explique que l’homme est d’autant plus avancé qu’il a plus de besoins. En regardant les choses de près, on s’aperçoit qu’il faut en rabattre et que le tableau brillant a ses ombres. La liste des méfaits de notre civilisation est assez longue.

On pousse vraiment les choses à l’excès, et la tendance à négliger le nécessaire pour le superflu et l’inutile, est déplorable. Compliquer sa vie au point d’en contracter des maladies mortelles me paraît une folie. Il serait préférable de la simplifier et de s’organiser de façon à vivre sainement et à penser de même. Est-il permis d’espérer que le singulier animal qu’est l’homme réalise un jour cet idéal, lorsqu’on voit ce qui se passe dans nos villes?

L’homme civilisé s’applique, on le dirait, à prendre le contre-pied de la nature. Il est si pressé qu’il invente mille moyens ingénieux pour gagner du temps. Il rogne même sur les heures consacrées à la cuisine et aux repas, il se nourrit à la hâte, mal et industriellement, Le déjeuner tend à devenir l’accessoire et l’apéritif le principal. La mode se répand d’économiser sur la nourriture pour s’habiller mieux et l’on achète les vivres le moins coûteux. Naturellement les marchands font au goût des consommateurs, d’où les potages en rouleaux, les œufs en flacons (jaunes et blancs séparés) et tant d’autres conserves bizarres dont les ménagères font usage au détriment de la santé ; ajoutez à cela nombre d’aliments privés de leurs ferments digestifs par la stérilisation. La crainte des microbes étant devenue plus populaire qu’on n’imagine, il arrive qu’on a tellement peur des mauvais, qu’on ne songe plus qu’à les endormir, au lieu de fortifier les bons. On m’a dit qu’il y en avait de bons.

L’extension de l’industrie a causé l’entassement des êtres humains, et, chose que nul n’aurait pu prévoir, ils ont fini par mener une vie artificielle, contraire à toutes les lois de l’hygiène, et même ils se sont privés de l’air respirable.

Les civilisés ont prétendu pouvoir se passer de la nature et adapter leurs corps et leurs cervelles aux exigences d’un surmenage déraisonnable. A ce métier, corps et cervelles se détraquent.

Les habitants des villes dont les ressources sont suffisantes, réparent les brèches qu’ils font à leur santé, en consacrant chaque année quelques mois à un séjour à la campagne. Un trop grand nombre d’entre eux, car l’ennui des oisifs est insatiable, mènent il est vrai, sur les plages, un train qui ne ressemble pas au repos.

Les travailleurs, les employés, pour qui les vacances sont denrée rare, sont condamnés à passer les chauds étés dans les villes, où leurs enfants s’anémient et s’étiolent. En particulier, les progrès que font les maladies des organes respiratoires sont effrayants.

Il importait de venir en aide aux déshérités de la fortune. En attendant le jour lointain où les villes seront assainies par des espaces libres, ménagés avec discernement, de manière à donner aux êtres humains l’indispensable part d’air et de lumière; en attendant que les mœurs aient changé et que certains d’entre nous renoncent au trompe l’œil d’un faux luxe pour la solidité d’une table réconfortante; en attendant la disparition des aliments falsifiés et des cervelles sophistiquées, il fallait tenter d’enrayer le mal.

Des gens de bien ont cherché les moyens; ils n’en ont pas trouvé de meilleur que de s’occuper d’abord des enfants, et de combattre les premiers symptômes de tuberculose et de chlorose par un séjour à la campagne, durant la belle saison d’été.

L’auteur de ce livre a lui-même prêché d’exemple et il a le grand avantage de parler par expérience. Il nous raconte ce qui a été fait à l’étranger et en France. Il dit en un style clair les essais, les méthodes diverses, les erreurs. Il explique quelle est la meilleure organisation, la surveillance la plus pratique, la nourriture la plus adaptée, les vêtements les plus commodes, pour les personnes à qui l’on rend la santé par le grand air.

Le lecteur trouvera toutes les indications nécessaires dans ce livre, qui est un véritable manuel à l’usage de ceux qui pensent avec raison que la bienfaisance doit être préventive.

La bonté, pratiquée avec bon sens et intelligemment appliquée, devient une sorte de placement avantageux pour la société, puisqu’elle augmente la valeur physique et morale de l’individu, aussi bien de celui qu’on aide que de celui qui aide.

Le lecteur verra que le bien n’est pas facile à faire: les premiers intéressés sont parfois rétifs au début; les parents, gâtés par les habitudes de la politique alimentaire, se soustraient volontiers aux engagements qu’ils ont pris. Mais ces difficultés donnent, du piquant aux entreprises, elles en sont le sel: avec un peu de persévérance, on les surmonte. Au reste, l’auteur est plein d’entrain, il plaide la cause utilement et avec une chaleur qui se communique. Nous ne doutons pas qu’il ne convainque et ne décide à l’effort les hommes de bonne volonté encore nombreux dans notre France.

GABRIEL BONVALOT.

AVANT-PROPOS

Table des matières

Les naturalistes prétendent que le milieu crée l’espèce. Ne pourrait-on pas dire, avec non moins d’exactitude, que le milieu social crée l’individu. Soit dans J’ordre moral, soit dans l’ordre physique, l’homme subit sans cesse le contre-coup de l’ambiance dans laquelle il est plongé.

Si parfois nous sommes frappés de la rapidité avec laquelle les idées s’échangent, les opinions se forment et se modifient dans l’atmosphère intellectuelle, combien plus grande serait notre surprise si nous pouvions suivre, avec la même attention, les modifications que font subir à l’être humain les conditions diverses d’aération, d’éclairage, d’habitation, d’alimentation. Ces conditions d’existence sont essentiellement variables et suivent les changements économiques au milieu desquels les peuples évoluent.

En notre siècle de vie à la vapeur, de vie à l’électricité, l’industrie s’est développée aux dépens de l’agriculture; aussi l’agglomération s’est-elle imposée comme une dure nécessité. Les unités vivantes se sont serrées les unes contre les autres, elles ont économisé l’espace, se limitant la quantité d’air à respirer; elles en sont arrivées à vivre sans soleil et même souvent sans lumière.

Si les nouveaux citadins semblent résister quelque temps aux atteintes fatales de ce milieu anti-biologique, c’est qu’ils ont des réserves de forces que leurs ascendants ont puisées dans l’atmosphère vivifiante de la campagne.

Mais rapidement, ces déracinés ne peuvent plus donner naissance qu’à des descendants dégénérés, présentant un terrain physique tout prêt à l’ensemencement de ces moisissures malsaines qu’on appelle la tuberculose, la syphilis, le rachitisme et un terrain moral n’offrant aucune résistance aux tentations de l’alcoolisme.

La civilisation, à côté de découvertes merveilleuses, de transformations inattendues, nous a apporté la déchéance physique contre laquelle nous avons le devoir de lutter, sous peine de voir bientôt un arrêt ou une fâcheuse déviation du progrès social.

En effet, une évolution vers le mieux ne peut être dirigée que par des hommes sains de corps et d’esprit; par des cerveaux bien équilibrés, servis par des organes à la fois solides et souples.

En un mot, à mesure que les propres de la civilisation s’affirment et que révolution sociale se fait; il faut des hommes plus robustes, des hommes dont la poitrine soit plus large et dont l’intelligence soit plus nette.

C’est précisément le contraire qui arrive: l’équilibre entre le travail à produire et l’effort nécessaire pour l’accomplir est depuis longtemps rompu.

La somme de travail indispensable augmente sans cesse et l’énergie s’épuise de plus en plus.

Ce milieu artificiel, queles conditions économiques nouvelles ont créé, est donc mauvais. L’air pur y manqué, on y étouffe; le soleil, ce grand purificateur, y luit trop rarement par suite de l’exiguité des logements, des écoles et des ateliers. A ces causes de déchéance s’ajoutent encore: le surpeuplement, la désertion incessante des campagnes, l’alimentation irrationnelle de l’ouvrier, le travail de la femme dans l’atelier, qui ruine le foyer; le luxe immodéré, fait de parade et de clinquant, qui remplace le confort; enfin le surmenage nécessaire pour faire face aux dépenses de cette vie intensive spéciale, mélange d’alcool, de café-concert et de réunions publiques.

En face de cette situation, créée par des conditions sociales nouvelles, la société a des devoirs nouveaux.

La société, comme l’Etat, est un être vivant dont tous les organes sont solidaires, comme les branches et les feuilles le sont du tronc qui les fait pousser. Dans l’organisme humain, le cerveau ne peut fonctionner utilement si l’estomac n’est pas sain, si l’intestin, tributaire du foie, assimile mal; si les poumons, la moelle, les reins sont mal irrigués par le sang.

De même, une partie de la nation ne peut souffrir, sans que les autres en subissent le choc en retour.

La maladie des uns est la maladie des autres.

Comme l’a dit M. Léon Bourgeois, dans son discours d’ouverture à la commission permanente contre la tuberculose: «Le tuberculeux est presque toujours la victime d’un fait social: la rencontre d’un germe, provenant du milieu où il vit et d’un terrain constitué par l’organisme même du tuberculeux, créé par l’ambiance, et dont les facteurs sont la naissance, l’éducation, les conditions du travail, l’alimentation insuffisante, les conditions en un mot de la vie quotidienne. Ces conditions font du tuberculeux une victime d’un état social et, en retour, il devient pour la société la cause d’un péril, un foyer de danger et de mort. C’est un risque mutuel qui fait que l’individu et la société ne cessent de réagir l’un sur l’autre, en mal comme en bien.»

Nous voici donc en face d’un grand mal social qui depuis longtemps préoccupe bon nombre d’esprits clairvoyants et de citoyens soucieux de l’avenir de leur pays.

Mais que faire? Quel remède apporter à ce malaise?

Que chacun, selon son dévouement d’abord, ses forces ensuite, apporte sa pierre, si petite soit-elle, et un contrefort puissant consolidera bientôt l’édifice lézardé.

Le traitement sera long, car il ne s’agit pas d’une panacée à découvrir, mais d’un ensemble de réformes à réaliser qui modifieront peu à peu les individus et les mœurs de la nation.

Il faut, pour réussir dans cette lutte de longue haleine, une organisation méthodique, une discipline sévère de tous les efforts bienfaisants, soit publics, soit privés.

Ne pouvant embrasser l’horizon, trop vaste pour nous, de toutes les réformes nécessaires, nous nous contenterons d’étudier, aussi complètement que possible, un seul point de l’immense programme social qui se dresse devant nous.

Nous désirons, en écrivant ces quelques pages, mettre le grand public au courant de ce qui a déjà été fait, pour modifier le terrain biologique de l’individu; nous désirons l’intéresser à cette œuvre de régénération nationale, et, le bon exemple aidant, provoquer des concours nouveaux.

On a eu raison de chercher à tirer l’enfant de l’atmosphère malsaine dans laquelle il se développe mal; on a eu raison d’arracher à la ville cette plante délicate, qui pâlit faute d’air et de lumière, pour la transplanter dans un milieu plus riche en oxygène, où elle puisera une sève nouvelle; on a eu raison de chercher à ouvrir à ces jeunes intelligences des horizons nouveaux, bornés jusque-là aux murs du taudis, à la rue étroite privée de soleil, aux cheminées noires de l’usine.

Fortifier le corps, développer l’intelligence, rendre meilleur, tel est le triple but des œuvres du grand air que nous allons étudier.

CHAPITRE PREMIER

Table des matières

LA CLASSE OUVRIÈRE DES VILLES

Exode rural et tuberculose. — Encombrement des villes. — Oxyde de carbone et chauffage. — Alimentation irrationnelle de l’ouvrier. — Alcoolisme. — Intéressante statistique des enfants assistés placés à la campagne.

Avant d’étudier l’organisation des œuvres du grand air, et particulièrement celle des colonies de vacances, il nous a paru utile de jeter un coup d’œil sur la situation sanitaire de la classe ouvrière des villes, pour laquelle ces œuvres ont été fondées.

Cette étude nous permettra d’entrevoir tous les services qu’elles pourront rendre lorsqu’elles se seront généralisées. Elle nous permettra aussi d’apprécier tout le mérité des hommes de bien qui en ont eu l’idée première, qui les ont fondées et dirigées. Il a fallu, en effet, aux promoteurs de ces œuvres, une prévoyance rare, un amour sincère de leur pays, un sentiment très haut de la justice et une conscience très nette de leurs devoirs de solidarité sociale.

Fournir aux travailleurs ce levier puissant, indispensable, qui est la santé, n’est-ce pas la meilleure action qu’on puisse faire? Qui pourrait nous dire le nombre d’ouvriers honnêtes et vaillants qui sont tombés, eux et leur famille, dans la déchéance et l’abandon complet d’eux-mêmes, parce que la santé un moment leur a fait défaut?

Par leur exemple, ces hommes d’initiative bienfaisante ont fait comprendre à ceux que la fortune a comblés, qu’ils avaient des devoirs à remplir envers leurs frères malheureux, envers les vaincus de la vie; qu’enfin, il y avait comme une injustice à réparer envers les enfants du peuple, innocentes victimes de transformations sociales mal préparées.

Le Dr Lancry, le propagateur aussi éloquent que convaincu des jardins ouvriers , commence ainsi son rapport au Congrès d’hygiène sociale d’Arras.

«Une comparaison. — Si, au temps des Contes de Perrault, quelque génie malfaisant s’était imaginé de pousser et de faire vivre, dans les eaux saumâtres d’un estuaire, quelques-uns des bancs de poissons qui vivent en haute mer, quel aurait été le résultat de cette fantaisie? Aurions-nous vu, sous l’influence de la sélection naturelle, de la concurrence vitale,. de l’adaptation des organes, se produire des espèces nouvelles et perfectionnées? Ou bien ces malheureux poissons, arrachés à leur milieu normal et aux conditions d’existence désirées par la nature, ne se seraient-ils pas vus, peu à peu, atteints d’étiolement, envahis de neurasthénie, minés de consomption, puis diminués dans le nombre et la vitalité de leur progéniture, finalement frappés de dépopulation et voués à la disparition des individus et à l’extinction de la race?

«Emigration des campagnes. — Ce n’est pas, hélas, sur les poissons de la mer, mais sur nos si belles populations rurales françaises, que le génie malfaisant dont je viens de parler, a exercé sa funeste influence. Depuis une cinquantaine d’années surtout, nous avons vu nos paysans abandonner la terre bienfaisante qui leur convient et qui les avait faits ce qu’ils étaient: des hommes capables de soutenir pendant vingt-cinq années les guerres continuelles de la Révolution et de l’Empire, pour venir sur l’asphalte et les pavés, entre des séries de murailles ajourées de portes et de fenêtres, en des habitations veuves de soleil et de verdure, dans une atmosphère meurtrière, même aux plantes, essayer de créer une race humaine supérieure, dont le superhomme serait le type et le parisien aborigène l’échantillon... si le parisien aborigène,le parisien issu d’aïeux parisiens, n’était pas un mythe!»

Cette désertion en masse des campagnes dont le Dr Lancry nous expose les dangers d’une façon si pittoresque, nous est également révélée, dans toute sa cruelle réalité, par les statistiques publiées pendant ces soixante dernières années.

Comparons, en effet, comme l’a fait le Dr Boureille , les données fournies par les recensements de 1832 et de 1891.

En 1832, c’est la France de Louis-Philippe: les routes sont rares et très mal entretenues, les moyens de communications lents et coûteux, aussi le provincial reste-t-il chez lui; son horizon est borné à son département, souvent à son arrondissement. Le paysan reste attaché à la terre qui le nourrit, sort rarement de sa commune. Aussi, c’est à peine si les départements les plus voisins de Paris donnent quelques immigrants. La Normandie, l’Ile de France, la Champagne, font tous les frais du mouvement vers la grande ville.

Mais en 1891, tout est changé : les chemins de fer, le télégraphe, le téléphone font communiquer constamment des régions qui jadis s’ignoraient; les distances sont supprimées; Paris n’est plus qu’à 12 heures de Marseille; Paris et les grandes villes ont attiré la France, aussi la première zone d’immigration s’est-elle étendue aux provinces les plus reculées.

Cette venue à Paris, dit le Dr Boureille, est montée du simple au double, au triple, au quintuple. Dans certains cas, elle a décuplé et plus. L’ensemble de la Bretagne (5 départements) passe de 11.500 à 88.100 en 60 ans. Les Pyrénées (6 départements) fournissent à Paris 32.500 habitants en 1891, contre 5.600 en 1832. Le Berry et le Nivernais, 82.000 contre 7.900. Enfin, en un demi-siècle, 21 départements décuplent leur exode vers Paris: 270.000 en 1891 contre 32.000 en 1832.

Cette immigration continue s’étend naturellement à toutes les grandes villes de France. «En 1846, en France, écrit Vanderwelde, 24 0/0 de la population totale habitaient dans les villes, aujourd’hui la proportion est de 37 0/0, et on calcule que, tous les cinq ans, près de 300.000 Français viennent, de la campagne, s’établir dans les villes.»

Pour loger tous ces nouveaux arrivants, les villes ont dû s’agrandir, se doubler, se tripler; malheureusement, l’espace étant restreint, et le terrain étant revenu fort cher, c’est en hauteur qu’elles se sont développées. Des maisons de 6 et 7 étages se sont dressées sans que les rues se soient élargies proportionnellement, de sorte que, la moitié au moins des appartements ne peuvent recevoir la lumière bienfaisante du soleil, et, à peine, la quantité d’air suffisante.

Qui ne s’est senti ému en parcourant les rues noires, au relent de moisi, de certains quartiers ouvriers? Qui ne s’est senti le cœur serré, en entrant dans ces logements, dans ces chambres obscures, donnant sur des courettes humides, étroites, que n’a jamais égayés un rayon de soleil?

Les physiologistes ont calculé qu’il fallait à l’homme environ 10 mètres cubes d’air pur, par heure, pour vivre. Où les trouver ces 10 mètres cubes d’air pur dans ces milliers de petits logements, où vivent entassées 5, 6 et parfois 10 personnes, où il n’y a place que pour 3 ou 4? Cet encombrement, uni à la misère, est un des facteurs les plus puissants de mortalité. Dans les quartiers riches de Paris, percés de larges boulevards (Champs-Élysées), la mortalité pour 10. 000 habitants est de 10, tandis que, dans les quartiers pauvres (Plaisance), elle atteint le chiffre fantastique de 104!!!

Le manque d’air pur est encore aggravé par cette détestable habitude qu’a l’ouvrier, de n’ouvrir presque jamais les fenêtres de son logement. L’atmosphère y est irrespirable, surchauffée, empoisonnée par des poêles de fonte ou des fourneaux mal joints, qui laissent échapper à jet continu, de l’oxyde de carbone. Comme nous le verrons plus loin pour l’alimentation, le chauffage est irrationnel au dernier point. On cherche à produire le maximum de chaleur avec un minimum de combustible, problème qui ne peut se résoudre sans augmenter beaucoup la production d’oxyde de carbone. Les poêles mobiles donnent 15 à 16 0/0 de ce gaz essentiellement meurtrier, puisque l’air qui en contient seulement un millième à 1/10.000 est déjà toxique. Que d’empoisonnements lents ont causés tous ces engins à combustion lente (phares, calorifères à air chaud), dont la canalisation n’est jamais et ne peut jamais être étanche!

Il y a déjà dix ans qu’Henri Moissan dénonçait à l’Académie de médecine ce nouveau péril urbain; mais, sourd aux avertissements de la science, on se chauffe toujours davantage, on dépense de moins en moins, on s’intoxique de plus en plus, et tout le monde est satisfait.

Un autre élément de déchéance physique, c’est la mauvaise alimentation, ou plutôt l’alimentation irrationnelle de la classe ouvrière.

Le lecteur nous excusera d’insister un peu longuement sur ce sujet, car l’alimentation défectueuse nous paraît constituer un facteur de prédispositions aussi important, sinon plus que le précédent. On a écrit des milliers et des milliers de brochures contre l’alcoolisme, on semble avoir tout dit, tandis que la campagne en faveur de l’alimentation bien comprise semble à peine ébauchée.

M. Paul Diffloth, dans un excellent article , nous donne à ce sujet des renseignements des plus intéressants.

«L’accroissement réel des salaires a porté ses effets améliorateurs uniquement vers la recherche des plaisirs factices et du faux luxe, sans qu’aucune partie de cet argent ait servi à accroître la qualité des denrées alimentaires; l’ouvrier moderne, dont la paye a doublé depuis 1840, consacre à son alimentation une somme relativement beaucoup plus faible que son ancêtre, manouvrier sous la Restauration.

«Les cours du pain, de la viande, des légumes, n’ontpas suivi parallèlement l’élévation des salaires; comme des charges plus lourdes pesaient sur les producteurs et que des impôts de jour en jour grossissants grevaient la matière première, le producteur a dû lutter contre cette dépression ou cette stagnation des prix de vente, en réduisant ses frais et ses dépenses par l’emploi de matières d’une valeur évidemment plus faible, ou par la surproduction.

«La recherche du meilleur marché, qui caractérise la mentalité de l’homme actuel, a donc conduit, en dehors des fraudes et des falsifications, à la livraison sur le marché de denrées alimentaires auxquelles des conditions de production toutes spéciales conféraient un pouvoir nutritif incontestablement inférieur.»

Pour la production de la viande, on connaissait autrefois l’engraissement au pâturage dit extensif; à côté de ce mode d’exploitation zootechnique, s’est placé l’engraissement à l’étable, dit intensif, utilisant les résidus industriels: pulpes, drèches, tourteaux et déchets divers.

Evidemment c’est toujours de la viande grasse, mais les dépôts adipeux, constitués par une graisse jaune, fluide, molle, ne rappellent que de fort loin la graisse blanche, ferme, des bœufs d’herbe. Tous les agriculteurs connaissent du reste les maladies (caillette, flacherie) que provoque chez les moutons, porcs, vaches, l’usage des tourteaux, des drèches et des résidus innomables de l’industrie,

La production des œufs a suivi la même orientation. L’alimentation des poules avec les grains est devenue ruineuse; on a donc cherché encore des résidus industriels, susceptibles de permettre l’exploitation rémunératrice des poules pondeuses: tourrillons de brasserie, farine de viande, larves de vers à soie, déchets de sardines.

En vain, observe-t-on le goût spécial des œufs ainsi produits et leur difficile digestibilité ; en vain, les techniciens remarquent-ils l’altération du gésier et des intestins des poules nourries aux farines de viande; le consommateur achète l’œuf «bon marché » et se déclare satisfait.

«Les œufs parcourent souvent de grandes distances par suite du développement des voies de communication. Ils arrivent maintenant de Turquie, de Russie, les jaunes et les blancs séparés; dans un flacon sont réunis les jaunes, dans un autre les blancs; le contenu de chaque flacon est soigneusement préservé des fermentations par des antiseptiques ou des conservateurs; au moment de servir l’omelette savoureuse, on mélange à nouveau jaune et blanc.»

Le pain lui-même n’a pas sa valeur nutritive ancienne. Le levain de nos pères est remplacé par un mélange de bicarbonate de soude et d’acide chlorhydrique (Liebig).

Les légumes sont produits intensivement sur des sols fumés abondamment au nitrate de soude, qui développe la végétation herbacée, et insuffisamment aux phosphates de chaux qui donnent des qualités nutritives. L’abus des pommes de terre a déterminé du reste des états de dégénérescence, parfaitement étudiés par le Dr Henri Barbier.

Ce dernier incline à penser que la substitution des pommes de terre, pauvres en matière azotée et en phosphore, aux grains, haricots, lentilles, a déterminé une déminéralisation évidente; une prédisposition morbide, expliquant partiellement les progrès de la tuberculose.

Que dire des vins frelatés, des beurres plâtrés, congelés, laqués, des confitures sans sucre ni fruit! Que dire des laits industriels, des laits chimiques, ou seulement des laits fournis par des vaches nourries dans l’intérieur de la ville avec tous les déchets de ménages!

A côté de cette notion, écrit encore M. Diffloth, de la recherche du bon marché, se place une autre préoccupation de l’homme moderne: c’est celle du moindre souci, du plus faible travail en préparation culinaire.

Actuellement — et c’est à la femme que ce reproche s’adresse — on s’efforce de réduire au minimum les soins de préparation des repas; tous les mets sont livrés «préparés», «cuits», prêts à être «consommés».

«Il y a eu tout d’abord les conserves de légumes — plus verts que nature; l’extrait de viande, puis le consommé concentré, la glace de viande. Ceci était bien, mais insuffisant: nous arrivons à l’heure actuelle au lait en poudre, aux extraits de café, aux conserves de volailles, de gibiers, aux crèmes préparées instantanément; les légumes sont d’avance décortiqués, hachés. Nous demandons sincèrement au lecteur qu’il veuille bien arrêter son esprit à ces considérations, et saisir l’ironie résidant dans ces simples mots, que les épiciers font flamboyer à toute heure du jour: Potages en rouleau, soupes en boites, bouillons en flacons (?).»

Puis la crainte du microbe a amené l’hygiéniste en chambre, ce demi-savant dont l’instruction est faite de coupures de journaux d’hygiène populaire, à user des mets stérilisés. Il y avait déjà le lait stérilisé ; nous avons eu le bouillon stérilisé, les conserves stérilisées; on a même osé parler de lait en poudre stérilisé à 120° dans l’allaitement artificiel des nouveau-nés, niant ainsi le rôle évident des ferments digestifs.

«Il faut pénétrer l’ouvrier, conclut l’auteur, l’employé, le bourgeois, de cette vérité que le premier devoir est de se bien nourrir et de bien nourrir ses enfants; les plaisirs, le luxe, le superflu viennent ensuite. Un grand progrès sera réalisé le jour où l’on ne verra plus ce tableau «éminemment parisien » : l’ouvrier des faubourgs promenant le dimanche sa femme, ses enfants habillés à la dernière (?) mode, guindés dans des vêtements ridicules, empêchant tout jeu, toute liberté, et dînant hâtivement de viande malsaine, de légumes achetés chez le fruitier d’à côté, pour dépenser au music-hall ou au théâtre, quand ce n’est pas au café, la majeure partie de sa paye.»

Comme la plupart de ceux qui ont pénétré dans le monde des travailleurs, nous avons été frappé, chez les ouvriers, de l’ignorance absolue des choses du ménage. Nous avons vu fréquemment de grandes jeunes filles, prêtes à se marier, prêtes à fonder une famille, ne pas savoir faire une soupe, cuire une côtelette, balayer, raccommoder leur linge. Aussi que de services sont appelées à rendre les Ecoles Ménagères, installées depuis quelque temps dans la plupart des centres industriels. On y enseigne les éléments d’hygiène domestique, l’aération surtout, la propreté des habitations, l’économie, en même temps que la préparation saine des aliments; l’art de donner à la maison un air confortable et avenant, tout en restant simple; enfin toutes choses qui font que le ménage ouvrier se trouve bien chez lui.

A ce point de vue, mieux et plus que toutes les ligues de tempérance, la femme peut combattre les ravages de l’alcoolisme, en sachant retenir son mari au logis.

Il est évident, que l’ouvrier mal nourri ira chercher sur le zinc le stimulant, l’excitant passager, dont il a besoin pour fournir son labeur quotidien. Puis, l’excitant deviendra un besoin impérieux et enfin une nécessité qui mène quelquefois lentement, mais toujours sûrement à la déchéance physique et morale.

Telles sont donc les multiples et malfaisantes influences, sous l’empire desquelles les enfants de la classe ouvrière naissent et grandissent: prédispositions héréditaires néfastes, allaitement mercenaire ou anormal, manque de soleil, air vicié, dû à l’encombrement; nourriture insuffisante, irrationnelle ou frelatée, travail exagéré, surmenage, habitudes précoces d’intempérance.

La nature a mis le remède à côté du mal; le remède, c’est le retour à la vie naturelle, à la vie physiologique; le retour au milieu biologique pour lequel nos organes ont été faits.

. Si l’on doutait encore de l’effet curateur du grand air, il n’y aurait qu’à consulter les statistiques si instructives, fournies par le service des enfants assistés, qui envoie tous ses pupilles à la campagne chez les paysans.

Pourtant, s’il est des enfants prédisposés à la tuberculose par leurs antécédents héréditaires ou acquis, ce sont bien ceux-là.

Pères et mères fréquemment syphilitiques, alcooliques la plupart du temps, tuberculeux souvent, dans la misère noire toujours. Malgré ces tares accumulées, nous n’avons constaté, pour notre compte personnel, depuis 12 années que nous inspectons régulièrement les enfants de la circonscription de Tournon, que trois ou quatre cas de tuberculose osseuse ou pulmonaire.

C’est ce que démontre, du reste, la statistique suivante qu’a bien voulu nous fournir M. Goyet, inspecteur des enfants assistés du Rhône:


Remarquons bien que dans le chiffre des décès sont compris, non seulement ceux causés par la tuberculose pulmonaire, mais encore ceux qui sont dus à toutes les autres manifestations de cette affection.

Ils se répartissent de la façon suivante:


Le professeur Grancher a été lui-même frappé de là rareté de la tuberculose parmi les enfants assistés de la Seine:

«Qui ne connaît, dit-il, les statistiques des enfants assistés du département de la Seine? Ces enfants, pris au hasard, dans le milieu social le plus pauvre, le plus misérable, et où la tuberculose latente est assurément très fréquente, deviennent robustes à la campagne et, parvenus à l’adolescence, forment une génération vigoureuse où la tuberculose ne compte que des unités (18 pour 20.000)!»

Et le professeur Grancher ajoute, à propos des recherches si intéressantes qu’il a poursuivies sur les écoliers parisiens:

«Nous continuerons avec l’espoir que le Conseil municipal de la ville de Paris nous aidera à étendre, à généraliser même, à toutes ses écoles, cette recherche, ce dépistage des enfants atteints de tuberculose pulmonaire à l’état naissant.

«Nous espérons aussi que la ville de Paris nous aidera à faire le traitement préventif de ces enfants que la phtisie menace. Les intérêts humanitaire et financier sont ici d’accord pour engager nos édiles à ne pas attendre que la maladie ait progressé. En effet, si l’Assistance publique succombe aujourd’hui sous le fardeau des milliers et milliers de phtisiques qu’elle ne peut secourir, c’est parce qu’elle attend, pour y porter remède, que le mal ait achevé son évolution souterraine.

«Mieux vaut aller au-devant de lui, mieux vaut prendre l’offensive que d’attendre l’arme au pied. En matière de tuberculose, la défensive est une mauvaise tactique, et c’est un acte d’imprévoyance que le budget paiera fort cher; car il devra, plus tard, dépenser des sommes énormes en faveur des phtisiques avérés, et pour un résultat très médiocre.»

C’est sous l’impression de ces paroles que nous commencerons l’étude des œuvres du grand air.

Cette étude aura surtout pour objectif l’organisation des colonies scolaires qui s’adressent à l’enfant, sur lequel doit tout d’abord s’exercer la lutte antituberculeuse; nous dirons quelques mots des œuvres qui viennent au secours des jeunes ouvriers et des jeunes ouvrières malades. Nous aurions aussi voulu étudier les jardins ouvriers, que les services déjà rendus placent parmi les œuvres les plus importantes du grand air. Nous y reviendrons plus tard; pour le moment, il nous a paru plus sage de ne pas trop étendre notre horizon.

CHAPITRE II

Table des matières

LES COLONIES SCOLAIRES

Colonies scolaires. — Colonies d’internat. — Placement familial. — Colonies urbaines. — Colonies sanitaires. — Voyages scolaires. — Fermes infirmeries. — Holidays camps. — Les avantages, les inconvénients de chaque système. — Lieux de séjour: colonies maritimes, colonies de montagnes, colonies de plaines.

Diverses formes des colonies de vacances.

Table des matières

Nous nous proposons d’étudier, avec quelques détails, les différentes formes qu’ont prises les colonies de vacances à l’usage des écoliers.

Suivant le mode de placement, on peut les ranger en trois catégories principales: colonies d’internat, demi-colonies, placement familial.

1° Colonies d’internat. — Les enfants choisis sont logés, soit dans des établissements d’instruction (groupe scolaire, école, séminaire), disponibles pendant les vacances, soit, si l’œuvre est assez riche, dans des immeubles spécialement construits pour les recevoir,

En Belgique, on trouve un grand nombre de villas spacieuses, d’aspect gai, confortables, modèles de constructions hygiéniques, uniquement destinées à recevoir, pendant les vacances scolaires, les enfants des grands centres ouvriers; on les appelle villas scolaires, ou du nom plus gracieux, de villas des enfants.

2° Placement familial. — Les enfants, au lieu d’être groupés dans des immeubles spéciaux, sont répartis par groupes de 3, 4, 6 dans des familles de paysans, soigneusement choisies, et recommandables par leur moralité et leur honorabilité parfaite.

3° Colonies urbaines ou demi-colonies. — Les écoliers sont emmenés chaque matin par des personnes dévouées en dehors de la ville, soit dans des fermes, soit dans des jardins mis à leur disposition par de généreux bienfaiteurs. Après une journée passée en plein air, ils sont ramenés chaque soir chez leurs parents.

«A Berlin, dit le Dr Landouzy, de midi à huit heures, les enfants sont emmenés hors la ville, dans les.bois et près des lacs entourant la ville, transportés gratuitement par trains spéciaux, tramways électriques, bateaux à vapeur et omnibus. Ils débarquent devant l’abri spécial, le baraquement léger installé spécialement pour eux dans la forêt ou près d’un lac. Le goûter, lait et tartines, est servi sur de longues tables; puis ce sont les jeux, les promenades, les bains, les chœurs chantés. A sept heures, sur les mêmes tables, se dresse le souper; à huit heures on retourne à la ville pour recommencer le lendemain, car c’est, chaque jour, pendant les vacances, que les enfants sont ainsi conduits hors la chaleur et l’odeur malsaine des villes, retrempés dans l’air pur, exercés en pleine nature.»

Il en existe également à Leipzig, à Zurich (Stadtcolonien) qui ont donné d’excellents résultats. A Leipzig, on a vu, en 3 semaines, le poids des enfants ainsi traités augmenter de 750 gr.

On peut encore citer, à côté de ces trois types principaux: les colonies sanitaires de vacances, dirigées par le Dr Delvaille de Bayonne.

Dans ces colonies spéciales, sont envoyés les enfants trop chétifs pour être placés chez l’habitant à la campagne, ou dans les colonies d’internat. Ils sont installés, au bord de la mer, dans un chalet approprié, y suivent un régime spécial et même un traitement médical si leur état l’exige.

Il faut encore faire une distinction entre la colonie de vacances et le voyage scolaire, qui fait encore partie des œuvres du grand air. Les colonies prennent les enfants débiles et tâchent de les réconforter en les gavant d’air pur; leur rôle est de prévenir, par une hygiène bien réglée, le développement des maladies qu’engendre la continuité d’une hygiène mauvaise, greffée sur un travail trop assidu.

Le voyage scolaire s’adresse surtoutaux enfants assez vigoureux pour supporter les fatigues de la route; il est comme le couronnement des études pour les élèves de première classe; c’est une tournée d’agrément et d’instruction.

C’est le cas des «Petits Agenais» en excursion dans les Pyrénées, sous la direction de M. Mombrun.

A citer encore les fermes infirmeries que le pasteur Comte, de Saint-Etienne, a inaugurées l’année dernière dans les hautes montagnes de l’Ardèche. Elles sont destinées à recueillir les jeunes enfants malades, atteints d’affections chroniques, dont ne veulent pas se charger les colonies de vacances ordinaires.

A noter en finissant l’installation, par un certain nombre d’œuvres anglaises, de «camps», ou «holidays camps», ou «summer camps».

Ces camps consistent en baraques légères, ou en tentes militaires, installées au bord de la mer ou en pleine campagne, dans des endroits réputés pour leur salubrité ou leur pittoresque.

Les baraques et les tentes sont fournies en partie par l’autorité militaire.

Ces différents systèmes ont leurs avantages et leurs inconvénients, comme ils ont leurs partisans et leurs adversaires. On considère les colonies d’internat comme présentant plus de sécurité matérielle et morale. Les directeurs ont constamment les enfants sous les yeux, et, en admettant qu’ils soient des éducateurs dans le sens le plus élevé du mot, ils ont une influence morale plus utile et plus complète. La vie en commun est souvent aussi des plus profitables; les enfants apprennent à se connaître, à s’aimer, et quelquefois à supporter leurs défauts de caractère, à être indulgents les uns pour les autres, à s’entr’aider. Ils se forment également à la discipline, à l’obéissance.

Le placement sous le même toit permet encore de leur donner une nourriture meilleure, ce qui a sa valeur puisqu’il s’agit de sujets débiles.

M. Bion, l’initiateur des colonies scolaires en Suisse, préfère le type de la colonie groupée et indépendante.

Dans les congrès de Berlin 1881 et de Genève 1882, la plupart des délégués se sont prononcés pour ce dernier système. La Belgique l’a également adopté d’une façon presque absolue. En France, à Paris, à Bordeaux, à Bayonne, à Marseille, les colonies sont groupées.

Le placement familial, pratiqué surtout en Angleterre et en Allemagne, a le très grand avantage d’être bien moins onéreux que le placement en colonie; pas de frais d’installation, pas de location d’immeubles. Par contre, que de difficultés pour trouver en nombre suffisant des placements sûrs, des maisons de paysans propres! La nourriture est aussi moins bonne, moins délicate; il faut donc que le petit citadin adapte son estomac aux aliments bien plus grossiers de la campagne, ce qui fait que, pendant les huit premiers jours de son déplacement, il subit une période d’acclimatation souvent pénible.

Le placement chez le paysan a peut-être aussi l’avantage de ne pas trop changer le fils de l’ouvrier de son milieu ordinaire; de ne pas lui procurerun bien-être passager qu’il pourra regretter une fois rentré chez lui. Il peut aussi tirer un certain avantage du contact plus immédiat avec les choses de la. terre; le contact journalier du travailleur des champs lui apprendra, sinon à aimer les travaux de la campagne, du moins à ne pas les considérer comme indignes de lui.

C’est en somme une de ces questions qu’on ne peut trancher d’une façon absolue; le choix qu’on fera dépendra de la région dans laquelle on se trouve, de l’esprit et des habitudes des populations, du climat, des conditions économiques du pays, qu’il ne faut jamais négliger.

Lieux de séjour.

Table des matières

Il est évident que, pour installer des colonies de vacances, on doit faire choix de régions salubres, éloignées des villes, de façon à y avoir un air parfaitement pur. Il faut pourtant que le pays choisi ne soit pas trop éloigné, afin d’éviter un voyage trop long et trop onéreux pour le budget toujours maigre des colonies de vacances.

On distingue:

1° Les colonies maritimes;

2° Les colonies de montagnes;

3° Les colonies de plaines.

Certaines œuvres, comme celle des trois semaines. de M. et Mme Lorriaux, entretiennent des groupes de colons à la mer et à la plaine. D’autres, moins puissantes, n’ont que des colonies de montagne.

Il serait à souhaiter que toutes les œuvres puissent placer les enfants suivant les indications de leur tempérament: les scrofuleux, à la mer, les prédisposés à la tuberculose, à la montagne. Certaines fillettes anémiques, chlorotiques renaîtraient, comme par enchantement, dans les climats d’altitude, tandis qu’elles verraient leur malaise s’aggraver au bord de la mer.

L’œuvre des Saines Vacances a son principal établissement sur les côtes de l’océan. Les colonies de Saint-Étienne et de Lyon placent leurs pupilles sur les hauts plateaux des Cévennes, à une altitude moyenne de 600 à 800 mètres.

Les colonies des différents arrondissements de Paris se sont installées en plaine, dans les départements de la Nièvre, de l’Yonne, du Loiret. L’œuvre du soleil emmène un certain nombre d’ouvrières parisiennes dans la Creuse.

Le syndicat de l’Aiguille lyonnaise a choisi une station d’altitude dans les montagnes de l’Auvergne.

CHAPITRE III

Table des matières

RÔLE DE PRÉSERVATION DES ŒUVRES DU GRAND AIR

Les œuvres du grand air ont surtout un rôle de préservation. — Il vaut mieux prévenir que guérir. — De la prédisposition. — Signes précoces de la tuberculose. — Hypertrophie ganglionnaire chez les enfants. — Sa signification. — Travaux de Grancher. — Chloro-tuberculose. — Radiographie.

Les œuvres du grand air doivent avant tout jouer un rôle préservatif. C’est le but qu’elles doivent poursuivre sans relâche. Ne prendre que des sujets simplement prédisposés, ou si légèrement atteints, qu’ils puissent être rapidement remis en bonne voie: tel est le principe dont on ne doit jamais s’écarter dans le choix des enfants ou des jeunes gens qu’on envoie à la campagne. Les malades, les infirmes, eux aussi, sont intéressants, et demanderaient leur part de bon soleil et d’air pur de la montagne; mais c’est là le rôle des sanatoria et des hôpitaux de campagne.

Un jour viendra peut-être où la société mieux organisée saura donner, à tous ceux qui en auront besoin, ces deux précieux éléments de guérison.

En attendant cet âge d’or de la bienfaisance, en attendant que la solidarité sociale ait donné son plein effet, les colonies doivent se cantonner dans ce rôle de préservation déjà assez fécond. Inutile de dire que c’est contre la maladie la plus meurtrière de notre époque, la tuberculose, que doivent porter tous nos efforts. Véritable maladie sociale, cette redoutable affection enlève par heure 17 de nos concitoyens, 411 par jour et 150.000 par an!

Les victimes de cet affreux minotaure sont presque toujours des sujets jeunes qui, soignés à temps, auraient pu guérir et apporter à leur pays le tribut de leur travail et leur part de prospérité.

Il importe donc de pouvoir atteindre la tuberculose à sa naissance, dans son œuf, et même avant sa germination. Plus tôt même si c’est possible, car l’idéal serait encore de traiter le terrain, de telle sorte qu’il devienne improductif si l’ensemencement du bacille de la tuberculose venait à se produire. On doit savoir en effet, et à chaque instant on en voit la preuve autour de soi, qu’il est des organismes qui, soumis aux mêmes causes de contagion, restent complètement indemnes, tandis que d’autres sont rapidement atteints. Celte différence tient à la nature du terrain physique, comme il est des terres où les moisissures se multiplient, et d’autres où ne poussent que des arbres vigoureux. Le sujet dont l’organisme se prête ainsi à l’éclosion du bacille est ce qu’on appelle un prédisposé.

Le prédisposé peut souvent se reconnaître à certains symptômes extérieurs, à un habitus spécial qu’il importe de bien connaître.

A ce propos, nous estimons qu’il est des notions médicales qu’on ne saurait trop vulgariser; les signes précoces de la tuberculose sont de ceux-là.

Dans certains dispensaires antituberculeux, on choisit des ouvriers intelligents et dévoués; on les instruit sur les symptômes précoces de la tuberculose; sur les dangers de la contagion, ce qui leur permet ensuite, à l’usine, de dépister les tuberculeux parmi leurs camarades, et de les amener doucement à se laisser examiner et soigner par les médecins de l’œuvre.

C’est, paraît-il, une méthode qui a toujours donné d’excellents résultats. Dans ce chapitre, nous avons aussi l’intention, sans avoir la prétention de faire un cours de médecine, ce qui, du reste, serait fort déplacé, de donner quelques notions sur cet état spécial qu’on appelle la prédisposition; nous énumérerons ensuite les symptômes les plus frappants de la tuberculose pulmonaire au début. Ce seront autant de renseignements utiles pour ceux qui voudront bien remplir, auprès des directeurs et des médecins des colonies de vacances, le rôle, essentiellement précieux, d’indicateurs bénévoles. D’une façon générale, le terrain tuberculeux est préparé par l’hérédité, soit scrofuleuse, soit tuberculeuse, ou encore, par l’alcoolisme des ascendants. Des parents tuberculeux n’engendrent pas fatalement des enfants tuberculeux, mais ils leur lèguent une disposition spéciale, contre laquelle ils doivent sans cesse lutter par l’hygiène.

D’une façon générale, les prédisposés sont des individus maigres, élancés, de croissance trop rapide. Leur poitrine est plus élargie à la hase qu’au sommet; les clavicules et les omoplates sont saillantes; les dépressions sus-claviculaires, profondes et parfois inégales; le dos voûté, les membres grêles. Le système pileux est ordinairement très développé ; les cheveux sont longs et soyeux; les yeux, d’un éclat particulier, peuvent présenter de l’inégalité pupillaire. Ce dernier symptôme, indiqué par Destré, serait dû aux adénites trachéo-bronchiques. Le rapport du périmètre thoracique avec la taille est ordinairement inférieur à 1/2 .

On a également remarqué que les individus blonds-roux (blond vénitien), étaient plus disposés que les blonds ou que les bruns à contracter la tuberculose.

Passons maintenant aux symptômes du début.

L’amaigrissement progressif a une grande importance, surtout s’il arrive en l’absence de toute altération du tube digestif, ou de diabète. Ce symptôme est particulièrement important chez l’enfant. Les renseignements soigneusement pris, et souvent arrachés, car le tuberculeux, la plupart du temps, ne veut pas être malade, permettent d’apprendre qu’il s’enrhumait fréquemment l’hiver, qu’il toussait, que, depuis quelque temps, il éprouvait une fatigue générale, une dépression des forces, un certain abattement moral.

Presque toujours les malades toussent; c’est une petite toux sèche, brève, saccadée, parfois quinteuse, survenant le malin au réveil, peu fréquente dans la journée, revenant le soir; la voix devient voilée, comme enrouée.

Le malade perd aussi souvent l’appétit; des vomissements surviennent, au grand détriment du malade.

Il est également très important de savoir que les tuberculeux, même tout à fait au début, présentent une élévation de température.

La fièvre tuberculeuse revêt trois types principaux:

Le premier type est caractérisé par ce fait que les malades ne présentent pas en réalité d’élévation thermique, et cependant ils ont un grand malaise, de l’abattement, de la fatigue surtout le soir, des frissons, une sensation de chaleur. Cet état se manifeste tous les jours, vers 5 heures du soir, quelle que soit la fatigue du sujet.

Le second type ou état subfébrile, fréquent au début de la maladie, est caractérisé par une température normale, le matin, 37° ou 37°2, le soir, par une élévation atteignant 38°5, 39°.

Enfin, le troisième type est constitué par un état de fièvre continue; on ne le rencontre qu’à une période avancée.

A ces symptômes du début, s’en ajoutent d’autres, très importants, fournis par l’auscultation et la percussion du poumon; mais ausculter et percuter sont choses difficiles, qui sont du ressort du médecin-praticien.

Il est pourtant un autre point sur lequel le public ne saurait être trop éclairé, c’est sur la relation, souvent étroite, qui existe entre la tuberculose pulmonaire et la présence de ganglions, soit du cou, soit des aisselles ou des aines. Beaucoup d’enfants en présentent et l’on n’y prête pas une attention suffisante.

Tantôt ce sont de toutes petites boules, un peu aplaties aux extrémités, roulant sous le doigt, indépendantes de la peau, parfois en chapelet; tantôt ce sont des boules de la grosseur d’une noisette, même d’une noix, d’un seul ou des deux côtés du cou, les unes dures, les autres ramollies. Ces ganglions hypertrophiés qu’on aperçoit ne sont malheureusement pas les seuls qui existent dans la plupart des cas. Il en est d’autres profondément situés autour des bronches, dans le poumon même, qui font suite à ceux visibles à l’extérieur.

Ces ganglions s’infectent de proche en proche par des microbes venus de l’extérieur et portent souvent les bacilles de la tuberculose dans les profondeurs du tissu pulmonaire lui-même. Il arrive heureusement que la propagation se fait parfois avec une extrême lenteur; les bacilles restent engourdis, enfermés dans les tissus ganglionnaires pendant de longues années, 3, 5, 10 années et même davantage; mais qu’une cause de dépression survienne: excès de travail intellectuel ou matériel, écarts de conduite, peine morale, et les microbes somnolents se réveillent; ils se multiplient aussitôt avec une effrayante rapidité ; l’organisme en est imprégné, et l’on assiste à l’évolution, presque toujours fatale, de la tuberculose pulmonaire, de la tuberculose, mésentérique, ou de la méningite tuberculeuse.

Si donc, comme le dit si bien le Pr Grancher, on pouvait dépister cette adénopathie chez les enfants de l’école primaire, et la traiter comme il convient, on aurait chance de préserver au moins une grande partie de ces écoliers du mal qui les guette, dans un avenir plus ou moins éloigné.

Le Pr Grancher et ses élèves, tous praticiens distingués, se sont donné à tâche d’examiner la population scolaire d’un certain nombre d’écoles de Paris, au point de vue de la tuberculose ganglio-pulmonaire.

Sur 438 garçons examinés, 14 0/0 ont été reconnus atteints, à des degrés divers, de lésions tuberculeuses ou fortement suspects. Sur 458 fillettes, 131 ont été retenues pour un second examen, et 79 définitivement ont été reconnues malades, soit 17 0/0; au total, sur 896 enfants, garçons et filles, 141 sont en état de tuberculose latente ganglio-pulmonaire.

Quelle, belle moisson pour les œuvres!

Il est une autre affection qui doit attirer toute l’attention des personnes qui s’intéressent aux enfants, et particulièrement aux jeunes filles, c’est la chlorose, vulgairement appelée anémie ou pâles couleurs. Cette maladie crée en effet un terrain essentiellement favorable à l’éclosion de la tuberculose. Les deux affections évoluent ensemble, l’une masquant l’autre; on connaît en effet la chloro-tuberculose.

Donc, même recommandation que précédemment à tous ceux et à toutes celles qui, par état, vivent au contact des enfants. L’éducateur ne sortira pas de son rôle, car ce rôle ne consiste pas seulement à bourrer la mémoire des enfants de notions sur les choses les plus variées, mais surtout à former des hommes et des femmes bien équilibrés de corps et d’esprit.

Radiographie et tuberculose. — On a beaucoup parlé, surtout pendant ces dernières années, de la radiographie du poumon comme pouvant rendre de grands services pour le diagnostic précoce de la tuberculose pulmonaire. Ce serait là assurément un moyen de diagnostic des plus précieux pour le praticien, malheureusement, il faut l’avouer, la question n’est pas tout à fait au point. Tout en reconnaissant qu’elle peut donner d’utiles indications dans les cas douteux, elle ne saurait encore, à notre avis, être employée d’une façon uniforme et fournir, à elle seule, des données certaines.

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Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
181 s. 53 illüstrasyon
ISBN:
4064066336769
Yayıncı:
Telif hakkı:
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