Kitabı oku: «La place de l'homme dans l'univers»

Yazı tipi:

Alfred Russel Wallace

La place de l'homme dans l'univers

L'unité et la pluralité des mondes


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066336462

Table des matières

INTRODUCTION

PRÉFACE

LA PLACE DE L’HOMME DANS L’UNIVERS

CHAPITRE PREMIER

CHAPITRE II

CHAPITRE III

MESURE DU MOUVEMENT SUIVANT LA LIGNE DE VISION

ETOILES INVISIBLES ET MOUVEMENTS IMPERCEPTIBLES

LES NÉBULEUSES

ASTRONOMIE PHOTOGRAPHIQUE

CHAPITRE IV

LA VOIE LACTÉE

DESCRIPTION DE LA VOIE LACTÉE

LES ETOILES DANS LEURS RELATIONS AVEC LA VOIE LACTÉE

GROUPES D’ETOILES OU NÉBULEUSES EN RAPPORT AVEC LA VOIE LACTÉE

CHAPITRE V

MESURE DES DISTANCES STELLAIRES

LE MOUVEMENT DU SOLEIL A TRAVERS L’ESPACE

QUELQUES RÉSULTATS NUMÉRIQUES DES MESURES SUS-INDIQUÉES

DIMENSION PROBABLE DES ETOILES

CHAPITRE VI

L’UNITÉ DE L’UNIVERS STELLAIRE

L’EVOLUTION DE L’UNIVERS STELLAIRE

LE SOLEIL EST UNE ETOILE-TYPE

LES ALENTOURS DU SOLEIL

HYPOTHÈSES SUR LES NÉBULEUSES ET LES MÉTÉORES

NATURE MÉTÉORIQUE DES NÉBULEUSES

LE D r I. ROBERTS ET LES NÉBULEUSES EN SPIRALE

UNE HYPOTHÈSE RELATIVE A LA FORMATION DES NÉBULEUSES EN SPIRALE

L’EVOLUTION DES ETOILES DOUBLES

AMAS D’ETOILES ET ETOILES VARIABLES

L’EVOLUTION DES ETOILES

CHAPITRE VII

LES ETOILES SONT-ELLES INFINIES EN NOMBRE?

PREUVES TÉLESCOPIQUES DES LIMITES DU SYSTÈME STELLAIRE

LA LOI DE DÉCROISSEMENT DU NOMBRE DES ETOILES

LA QUOTITÉ DE LUMIÈRE INDIQUANT LE NOMBRE DES ETOILES FAIBLES

CHAPITRE VIII

LA VOIE LACTÉE EST UN GRAND CERCLE

LA FORME DE LA VOIE LACTÉE ET NOTRE POSITION DANS SON PLAN

L’AMAS D’ETOILES DU SYSTÈME SOLAIRE

LE MOUVEMENT DU SOLEIL A TRAVERS L’ESPACE

CHAPITRE IX

L’UNIFORMITÉ DE LA MATIÈRE

CHAPITRE X

CHAPITRE XI

FAIBLE VARIATION DE TEMPÉRATURE REQUISE POUR LA CROISSANCE ET LE DÉVELOPPEMENT

NÉCESSITÉ DE LA LUMIÈRE SOLAIRE

L’EAU, ESSENTIELLE A LA VIE ORGANIQUE

L’ATMOSPHÈRE DOIT ÊTRE DE DENSITÉ SUFFISANTE, ET ÊTRE COMPOSÉE DE GAZ APPROPRIÉS

LES GAZ DE L’ATMOSPHÈRE

VAPEUR D’EAU DANS L’ATMOSPHÈRE

ALTERNANCE DU JOUR ET DE LA NUIT

CHAPITRE XII

LA POSITION OBLIQUE DE L’ECLIPTIQUE

PERSISTANCE DES CLIMATS TEMPÉRÉS DURANT LES TEMPS GÉOLOGIQUES

L’EAU, SON TOTAL ET SA DISTRIBUTION SUR LA TERRE

COMMENT FURENT PRODUITES LES PROFONDEURS DE L’OCÉAN

L’EAU, RÉGULATEUR DE LA TEMPÉRATURE

CHAPITRE XIII

LES NUAGES, LEUR IMPORTANCE ET LEUR CAUSE

LES NUAGES ET LA PLUIE DÉPENDENT DE LA POUSSIÈRE ATMOSPHÉRIQUE

ELECTRICITÉ ATMOSPHÉRIQUE

CHAPITRE XIV

LA MASSE D’UNE PLANÈTE ET SON ATMOSPHÈRE

LES AUTRES PLANÈTES SONT-ELLES HABITABLES?

UNE TEMPÉRATURE VARIANT ENTRE DES LIMITES ÉTROITES ET DÉFINIES

L’ARGUMENT TIRÉ DES CONDITIONS EXTRÊMES DE LA TERRE

LES GRANDES PLANÈTES SONT TOUTES INHABITABLES

DERNIER ARGUMENT EN FAVEUR DE L’HABITABILITÉ DES PLANÈTES

LIMITE DE LA CHALEUR SOLAIRE

CHAPITRE XV

SYSTÈMES STELLAIRES DOUBLES ET MULTIPLES

TOUTES LES ETOILES NOUS SONT-ELLES UTILES?

CHAPITRE XVI

APPORT DE CHALEUR UNIFORME DU A LA POSITION CENTRALE

RÉCAPITULATION DES ARGUMENTS

CONCLUSIONS


INTRODUCTION

Table des matières

Cette introduction n’est pas écrite pour rendre raison du plan de l’ouvrage, car le lecteur n’a qu’à parcourir la table des matières pour en être informé aussi clairement qu’il peut le désirer.

Pour démontrer la grande, la haute portée philosophique de cet ouvrage, j’ai cru utile de mettre en corrélation la théorie wallacienne du but humain de l’univers avec le principe de la création continue; celle-ci se présentant actuellement comme une nécessité absolue pour l’explication mécanique de l’univers, doit être admise comme vérité fondamentale servant de point de départ à toute explication scientifique, philosophique ou religieuse de la nature.

L’on sait que Alfred Russel Wallace a découvert en même temps que Charles Darwin la théorie de l’origine des espèces. Né à Usk, dans le Monmouthshire; en 1822, il voyageait en naturaliste depuis quelques années, lorsque, en.1858, se. trouvant aux îles Moluques (Océanie), il tomba malade; pendant la convalescence de cette maladie, en lisant l’ouvrage de Malthus, se présenta nettement devant son esprit la théorie de l’évolution des espèces. Il écrivit un Mémoire qu’il envoya à Darwin. Celui-ci, étant occupé, depuis vingt ans, à documenter une théorie basée sur les mêmes principes, se décida, enfin, à en rédiger un résumé. Les deux mémoires furent présentés ensemble à la Linnean Society, de Londres. Wallace, reconnaissant loyalement la priorité de Darwin, lui en laissa tout l’honneur, content de voir peu à peu, après une lutte acharnée et opiniâtre, triompher la théorie qui était aussi la sienne. Mais à cette lutte, il avait participé par des travaux qui avaient paru dans les journaux périodiques et qui avaient été communiqués aux sociétés scientifiques. Ces travaux, recueillis par l’auteur, parurent en 1870 dans le volume. la Sélection naturelle, dont la traduction française, faite par le savant génevois Lucien de Candolle, fut publiée deux ans après, en 1872.

Dans la préface de la première édition du volume qu’on vient de citer, Wallace disait: — «J’ose espérer que le présent ouvrage prouvera que j’ai compris dès l’origine la valeur et la portée de la loi que j’avais découverte, et que j’ai pu, depuis, l’appliquer avec fruit à quelques recherches originales. Mais ici s’arrêtent mes droits. J’ai ressenti toute ma vie, et je ressens encore avec la plus vive satisfaction, de ce que M. Darwin a été à l’œuvre longtemps avant moi, et de ce que la tâche difficile d’écrire l’Origine des Espèces, ne m’a pas été laissée. J’ai depuis longtemps fait l’épreuve de mes forces, et je sais qu’elles n’y auraient pas suffi.» — Mais il ajoutait: «Un autre motif m’a engagé à ne pas retarder cette publication: il est quelques points importants sur lesquels mes opinions diffèrent de celles de M. Darwin».

Dans une exposition systématique du darwinisme, que Wallace publia en 1889 , il considère dans l’évolution générale du Cosmos, trois marches absolument distinctes, l’état inorganique, l’état organisé avec l’apparition de la sensibilité, et enfin celui de l’apparition du mental humain, et il trouve là l’indication claire de l’existence d’un univers invisible spirituel auquel le monde de la matière est complètement subordonné, et il déclare que les manifestations de la vie dépendent de différents degrés d’influx spirituel. Il ajoute ensuite cette affirmation qui est, selon moi, le principe fondamental de la théorie wallacienne ou du wallacisme, que: Pour nous, le but ultime, la seule raison d’être du monde, est le développement de l’esprit humain associé au corps, c’est ce que j’ai appelé le but humain de l’univers. Wallace est convaincu que l’homme est un fait unique dans l’univers, et il voit en cela une Intelligence suprême coordinatrice de l’ensemble des phénomènes de l’univers, tous dirigés vers ce but unique, la manifestation de l’homme sur la terre.

Déjà, dans sa conclusion de l’ouvrage précédent, traduit par L. de Candolle, en 1872, Wallace avait écrit: — «Ces considérations sont en général tenues pour dépasser de beaucoup les limites de la science; mais elles me paraissent être des déductions plus légitimes des faits scientifiques, que celles qui réduisent l’univers entiers à la matière; bien plus à la matière entendue et définie de façon à être philosophiquement inconcevable. C’est certainement un grand progrès que de se débarrasser de l’opinion qui admet l’existence de trois choses distinctes: d’une part la matière, objet réel existant par lui-même, et qui doit être éternelle, puisqu’on la suppose indestructible et incréée; d’autre part la force, ou les forces de la nature, données ou ajoutées à la matière, ou bien constituant ses propriétés nécessaires: enfin l’intelligence, qui serait, ou bien un produit de la matière et des forces qu’on lui suppose inhérentes, ou bien distincte, quoique coexistant avec elle. Il est bien préférable de substituer à cette théorie compliquée, qui entraîne des dilemmes et des contradictions sans fin, l’opinion bien plus simple et plus conséquente, que la matière n’est pas une entité distincte de la force, et que la force est un produit de l’esprit.

«La philosophie a depuis longtemps démontré notre incapacité de prouver l’existence de la matière, dans l’acception ordinaire de ce terme, tandis qu’elle reconnaît comme prouvée pour chacun sa propre existence consciente. La science a maintenant atteint le même résultat, et cet accord entre ces deux branches des connaissances humaines doit nous donner quelque confiance dans leur enseignement. La manière de voir à laquelle nous sommes arrivés me paraît plus grande, plus sublime et plus simple que toute autre. Elle nous fait voir dans l’univers un univers d’intelligence et de volonté. Grâce à elle, nous pouvons désormais concevoir l’intelligence comme indépendante de ce que nous appelions autrefois la matière, et nous entrevoyons comme possibles une infinité de formes de l’être, unies à des manifestations infiniment variées de la force, tout à fait distinctes de ce que nous appelons matière, et cependant tout aussi réelles.

«La grande loi de continuité que nous voyons dominer dans tout l’univers, nous amène à conclure à des gradations infinies de l’être, et à concevoir tout l’espace comme rempli par l’intelligence et la volonté. D’après cela, il n’est pas difficile d’admettre que dans un but aussi noble que le développement progressif d’intelligences de plus en plus élevées, cette force de volonté primordiale et générale, qui a suffi pour la production des animaux intérieurs, ait été guidée dans de nouvelles voies, convergeant vers des points définis. S’il en est ainsi, ce qui me parait très probable, je ne puis admettre que cela n’infirme en aucun degré la vérité générale de la grande découverte de M. Darwin. Cela implique simplement que les lois du développement organique ont été appliquées à un but spécial, de même que l’homme les fait servir à ses besoins spéciaux. En montrant que l’homme n’est pas redevable de tout son développement physique et mental à la sélection naturelle, je ne crois pas réfuter cette dernière théorie; ce fait est aussi bien compatible avec elle que l’existence du chien barbet ou du pigeon grosse-gorge, dont le développement non plus ne peut pas être attribué à sa seule action.

«Telles sont les objections que je volais opposer à l’opinion qui rapporte la supériorité physique et mentale de l’homme à la cause qui paraît avoir suffi pour la production des animaux. On essayera sans doute de les contester ou de les réfuter; j’ose penser cependant qu’elles résisteront à ces attaques, et qu’elles ne peuvent être vaincues que par la découverte de nouveaux faits ou de nouvelles lois, entièrement différentes de tout ce que nous connaissons aujourd’hui. »

Ces conclusions ont été publiées en 1870; Wallace les a donc «écrites il y a une quarantaine d’années. Pourtant les faits nouveaux que l’on a découverts et les nouvelles lois que l’on en a tire leur sont favorables sans aucune exception. C’est pourquoi j’ai voulu les reporter ici, car elles mettent bien en évidence la base fondamentale de la théorie wallacienne sur laquelle est bâti l’édifice complété par l’ouvrage actuel.

Cette théorie mérite un examen critique sérieux, car, avec quelques restrictions et quelques larges interprétations, le wallacisme pourrait acquérir en philosophie scientifique une place analogue à celle qu’occupe le darwinisme en science expérimentale.

Combien de théories ne semblent-elles pas contradictoires dans la philosophie et dans les sciences! Depuis l’antiquité la plus reculée jusqu’à nos jours, les hommes d’élite, les chercheurs infatigables de la vérité surent rarement se mettre d’accord, soit sur la manière d’envisager les choses, soit sur la direction qu’il faut donner aux recherches théoriques et aux discussions des principes, soit enfin sur le choix des définitions! Pourquoi arrivent-ils si rarement à s’entendre? La raison en est, que chacun donne une importance par trop exclusive à ses vues personnelles, ayant établi son propre système, chacun donne ostensiblement la moindre valeur possible aux problèmes déjà étudiés et résolus par d’autres, ne les traite qu’incidemment et réserve modestement la place meilleure pour ses propres recherches, en exagère l’importance des résultats et emploie tout son talent pour les mettre en évidence. Ainsi, chaque théorie est élaborée, étudiée, élargie, perfectionnée, généralisée, par son auteur, il est rare qu’un autre s’en occupe, s’il y en a un. il ne travaille pas pour la compléter et la défendre, mais pour en montrer les défauts et la démolir. Ce manque de collaboration dans le travail théorique est la cause principale de son énorme infériorité par rapport aux résultats merveilleux et à la marche si rapidement progressive des travaux pratiques.

Même les savants qui passent en revue, pour en faire l’historique, les principales théories, les choisissent de manière qu’elles puissent se détruire mutuellement. Ils semblent heureux de pouvoir amener la conclusion, qu’il n’y a de vrai que le doute et le fait brutal. Si cette conclusion n’était pas trop artificiellement obtenue, ce ne serait pas très encourageant! L’élimination des erreurs est nécessaire, mais n’est pas suffisante; il faut compléter ce travail par une recherche désintéressée et consciencieuse des vérités qui se trouvent dans les oeuvres des autres, il faut collaborer pour les mettre en évidence, s’entr’aider pour les divulguer et les soutenir. C’est en suivant cette méthode que j’ai écrit cette introduction, aussi je ne touche pas aux points que je juge faibles de la théorie wallacienne, mais j’appuie, par contre, avec toutes mes forces ceux qui donnent, selon moi, une grande valeur à cette théorie que je considère perfectible, apte à devenir générale et fondamentale pour toute vraie science, pour toute vraie philosophie et pour toute vraie religion.

La nécessité toujours plus manifeste d’une telle théorie n’a pas besoin d’être démontrée, il suffit de faire la remarque du grand nombre d’articles, de revues scientifiques, de conférences et de toutes sortes de publications qui traitent ce sujet. Ce sont des savants, des géologues, des zoologues, des médecins, des chimistes, des mathématiciens et surtout des physiciens, ce sont des philosophes, des psychologues, des sociologues, des économistes, des littérateurs, des romanciers, voire même des poètes.

La grande envergure de la théorie wallacienne se manifeste immédiatement. En effet, dès que l’on pense à la place de l’homme dans l’univers, l’on se demande qu’est-ce que l’univers par rapport à l’homme dans la création, c’est-à-dire par rapport à une œuvre qui a certainement un but. Est-ce l’univers qui sert à l’homme ou vice versa? Nous n’en savons rien, mais ce qui est certain, c’est que l’homme seul a conscience de l’univers, et qu’en outre, l’univers, tel qu’il est connu par l’homme, n’existe que dans l’homme, tandis que l’univers réel n’est qu’une complication inconnue de mécanismes, tous absolument imperceptibles et inconnaissables directement, toujours et partout, pour les sens de l’homme.

L’univers est créé exclusivement pour l’homme. Pourquoi? Parce que, comme on vient de le dire, uniquement l’homme, d’entre tous les êtres, peut en prendre possession consciemment, lui seul en connaît l’existence, sait de l’univers, de sa nature, observe, étudie et découvre les lois des phénomènes qui sont ses propres sensations.

L’intelligence, que la liaison divine accorde aux hommes qui doivent guider les autres, pénètre le champ ultrasensible et se guidant par des hypothèses que son intuition géniale sait imaginer, parvient à établir, à mesurer, à dessiner les trajectoires des mouvements moléculaires et atomiques, avec la même précision à laquelle elle est parvenue en établissant les trajectoires des planètes de notre système solaire. De cette façon, avançant toujours dans sa marche victorieuse, elle pose et trouve la solution des difficiles problèmes qui fournissent des notions toujours plus profondes de la connaissance de tout ce qui existe.

C’est ainsi que l’ancien concept de l’interprétation biblique d’une création qui eut lieu à une certaine époque, localisée dans le temps et dans l’espace, concept qui. domine, sans y être mentionné, tout cet ouvrage de Wallace et qui lui a fait pousser trop loin certaines inductions scientifiques, va être remplacé par celui d’une création continue. Etant données les conséquences d’une importance capitale qui découlent de ce nouveau concept et placent sous un point de vue nouveau la théorie wallacienne, il sera discuté dans cette introduction, avec profit pour les lecteurs du volume.

La loi physique fondamentale, qui doit remplacer celle d’inertie et qui conduit à la nécessité d’une création continue du mouvement et de l’énergie, est celle-ci: «Tout déplacement dans l’espace est dû à une poussée continue, car il cesse avec elle». Cela étant, les mouvements ultimes dans le vide absolu sont impossibles, ne pouvant pas se produire d’eux-mêmes, ni être produits. Comme l’on considère ici les mouvements ultimes des particules intégrantes de tout ce qui existe physiquement, nul mouvement autre existe pour produire la poussée nécessaire, il faut donc une cause surnaturelle qui crée incessamment ces mouvements avec l’énergie qu’ils possèdent, car dès qu’ils cessent d’être créés, ils cessent d’être, ne pouvant se déplacer eux-mêmes sans créer continuellement leur propre énergie. Ce qui est inadmissible. Seulement, une volonté peut être créatrice, celle de Dieu. Cette nécessité mécanique de l’action continue incessante d’un fiat créateur, constitue une démonstration scientifique de l’existence de Dieu. L’affirmation de l’existence de Dieu n’est donc plus une simple croyance mystique, elle est une certitude scientifique, aucune science ne pouvant refuser de l’admettre comme vérité fondamentale, comme le principe immuable que l’on doit adopter et sur lequel doivent nécessairement s’appuyer par leur base toutes nos connaissances.

Cette création continue des mouvements ultimes des unités élémentaires matérielles, fournit au mécanisme universel ce dont il manquait, et tout en plaçant l’existence de la nature à l’arbitre de Dieu, ne le fait pas intervenir directement dans chaque phénomène, l’énergie cinétique créée étant une entité à soi, ce sont des innombrables entités qui se succèdent instantanément et réalisent ainsi le mouvement, et dans leur ensemble l’activité universelle. Dieu est donc en dehors et au-dessus des choses, car il n’est pas possible de confondre ici le Créateur avec la chose créée. Tandis qu’en s’arrêtant, comme l’ont fait plusieurs philosophes, à la volition divine, sans tenir compte de son activité créatrice incessante, on tombait dans l’idée panthéiste du Dieu se confondant avec la nature, ou dans le matérialisme qui divinise l’inconscient.

D’autre part, les spiritualistes et les spiritualistes religieux, trouvent dans le nouveau concept de la création continue la réponse-à plusieurs questions qui semblaient n’en admettre aucune. Celle, par exemple, du libre arbitre de l’homme, qui n’entrave plus en rien la liberté de Dieu, et la raison qui en dérive de la nécessité du bien et du mal. L’on a là, en effet, une explication qui admet l’action incessante de Dieu dans la nature, sans qu’il en fasse partie; du moment qu’elle n’est qu’une chose dont il crée à chaque instant le moteur qui la fait exister. La continuité de l’action divine n’est donc pas une liaison, car il ne peut pas y en avoir entre le Créateur et la chose créée, comme il y en a entre le producteur et la chose produite, qui a nécessairement en elle une partie de ce qui appartient au producteur.

Il y a donc une infinité d’univers qui se remplacent ou se superposent à chaque instant incessamment, chacun d’eux étant l’instant d’une création par un Créateur éternellement créant. Le concept transcendant d’une telle puissance semble bien répondre complètement au sentiment intime qu’éprouve l’homme de l’existence, non pas abstraite mais réelle, d’un Dieu personnel, sentiment qui ne peut nullement être expliqué comme un. simple effet d’atavisme, car cette explication ne donne aucune raison de son origine.

Dans le texte que j’ai reporté plus haut du précédent ouvrage de Wallace, traduit par Lucien de Candolle, j’ai souligné ces quelques phrases: «que la matière n’est pas une entité distincte de la force et que la force est un produit de l’esprit». «Produit », dit Wallace, mais il faut entendre créé, car l’esprit ne peut produire le matériel qu’en le créant. «La manière de voir à laquelle nous sommes arrivés me paraît plus grande, plus sublime, et plus simple que toute autre. Elle nous fait voir dans l’univers un univers d’intelligence et de volonté.» Et plus loin: «La grande loi de continuité que nous voyons dominer dans tout l’univers, nous amène à conclure à des gradations infinies de l’être et à concevoir tout l’espace comme rempli par l’intelligence et la volonté ». Volonté qu’il appelle: «force de volonté primordiale et générale». L’on voit que si Wallace ne parle pas de création continue, c’est bien à celle-ci que sa théorie générale nous amène directement. Voici, en effet, un autre fragment du même ouvrage, qui confirme cette conclusion: «Quelque délicate que soit la construction d’une machine, quelque ingénieuses que soient les détentes qui servent à mettre en mouvement un poids ou un ressort avec le minimum d’effort, un certain degré de force extérieure sera toujours nécessaire. De même, dans la machine animale, si minimes que soient les changements qui doivent s’opérer dans les cellules et les fibres du cerveau, pour faire agir, par l’intermédiaire des courants nerveux, les forces tenues en réserve dans certains muscles, ici encore un certain degré de force est nécessaire. Si l’on dit que ces changements sont automatiques et provoqués par des causes extérieures, alors on annule une portion essentielle de notre sens intime, savoir, une certaine liberté dans la volonté, et l’on ne saurait concevoir comment, dans de tels organismes purement automatiques, il aurait pu naître un sens intime ou une apparence quelconque de volonté. S’il en était ainsi, ce qui semble être notre volonté serait une illusion, et l’opinion de M. Huxley, que «notre volition compte pour quelque chose parmi les conditions qui déterminent le cours des événements», serait erronée, car notre volition ne serait plus alors dans la chaîne des phénomènes qu’un anneau ni plus ni moins important que tout autre.

Ainsi, nous trouvons dans notre propre volonté, bien qu’en quantité minime, l’origine d’une force, tandis que nous ne constatons nulle autre part aucune cause élémentaire de force: il n’est donc pas absurde de conclure que toute force existante se ramène peut-être à la force de la volonté, et que, par conséquent, l’univers entier ne dépend pas seulement de la volonté d’intelligences supérieures, ou d’une Intelligence suprême, mais qu’il est cette volonté même .» C’est-à-dire qu’il est, par cette volonté, qu’il est une volition divine réalisée, donc une création. Car la volonté est la puissance par laquelle on veut, et l’univers ne peut pas être la puissance par laquelle Dieu veut, mais la chose voulue par Dieu.

En science comme en philosophie, il faut être précis dans le langage, il faut énoncer exactement l’idée de façon que l’on ne puisse se tromper dans l’interprétation. Leibniz l’avait bien reconnu, lorsqu’il écrivait à Malebranche: «Si on donnait des définitions, les disputes cesseraient bientôt».

Voici comment Ad. Franck, dans son dictionnaire philosophique, définit la création: «On appelle ainsi l’acte par lequel la puissance infinie, sans le secours d’aucune matière préexistante, a produit le monde et tous les êtres qu’il renferme. La création une fois admise, il est impossible que la définition que nous en donnons ne le soit pas, car elle exclut précisément toutes les hypothèses contraires à la création; elle suppose que Dieu est non pas la substance inerte et indéterminée, mais la cause de l’univers, une cause essentiellement libre et intelligente; que l’univers, d’un autre côté, n’est ni une partie de Dieu, ni l’ensemble de ses attributs et de ses modes, mais qu’il est son œuvre dans la plus complète acception du mot; qu’il est tout entier, sans le concours d’aucun autre principe, l’effet de sa volonté et de son intelligence suprême. C’est à ce litre que l’univers est souvent appelé du même nom que l’acte même dont il est pour nous la représentation visible». Et à propos de la création continue, Ad. Franck écrivait: «L’acte créateur, indépendant de toutes les conditions de l’espace et du temps, qui n’existent que par lui, doit être conçu comme éternel, ou il n’est rien. Ce résultat n’alarmera aucune conscience, quand on saura qu’il a pour lui l’autorité de saint Clément d’Alexandrie, de saint Augustin, de Leibniz. Enfin, il est exprimé de la manière la plus précise et la plus claire, dans ces lignes de Fénelon (Traité de l’existence de Dieu, IIe partie, ch. V, art. 4): «Il est (on parle «de Dieu), il est éternellement créant tout ce qui doit être créé «et exister successivement...»

La conclusion de l’article de M. Ad. Franck est frappante aussi de netteté et de précision: «Tous sont également obligés de croire que l’action divine est nécessaire à la conservation des êtres. Or, qu’est-ce que la conservation des êtres, sinon, comme on l’a dit, une création continue? Enfin, si nous consultons notre expérience, ne trouvons-nous pas en nous une multitude de phénomènes qui ne viennent ni de notre volonté, ni de l’action du monde extérieur? D’où nous viendraient donc, si ce n’est de Dieu et d’une communication incessante de sa propre essence, l’amour du bien, l’horreur du mal, le désir du grand, du beau, du vrai et surtout cette divine lumière de la raison qui se montre à chacun de nous dans une mesure différente, qui se multiplie et se renouvelle en quelque sorte avec les individus de notre espèce, et cependant est toujours une, toujours la même, immuable, éternelle et infaillible? Ainsi le fait de la création n’est pas seulement établi par l’absurdité des doctrines qui ont tenté de le nier; il ressort directement des principes les plus évidents de la raison; il tombe, en quelque sorte, sous l’œil de la conscience, et maintient, sans les sacrifier l’un à l’autre et sans les séparer par la barrière incompréhensible du néant, la distinction du fini et de l’infini, de Dieu et de l’Univers». Un peu avant, il avait écrit: «La création est un fait que nous sommes obligés d’admettre, puisqu’il contient notre propre existence, mais qu’il nous est refusé d’expliquer et de comprendre. Faut-il donc nous en étonner, quand il n’en est pas autrement des faits les plus constants de l’ordre naturel? Avons-nous une idée bien plus nette des phénomènes de la vie, de la génération et de la reproduction, de la sensibilité et, enfin, de cette volonté elle-même dont nous avons tant parlé ? Comprenons-nous davantage. dans l’ordre intellectuel, les rapports de la substance aux phénomènes, et de la diversité, de la multiplicité de ces phénomènes, avec l’identité de l’être?»

Voilà donc la création continue défendue philosophiquement et appuyée par des autorités religieuses. Mais il y a encore une autorité illustre qu’il ne faut pas oublier ici, celle de Descartes. M. Ed. Goblot le cite à propos de la création, qu’il appelle continuée: «Selon Descartes, l’imparfait, c’est-à-dire le monde, n’a pas en lui-même sa raison d’être: pour qu’il soit, il faut que l’être parfait veuille qu’il soit; pour qu’il subsiste, il faut que l’être parfait continue à vouloir qu’il soit. L’acte créateur n’est pas un fiat instantané, accompli à l’origine une fois pour toutes, c’est un acte permanent. Et pour que le monde cessât d’être, il ne faudrait pas que Dieu voulût l’anéantir, il suffirait qu’il cessât de le créer. Le monde retomberait dans le néant, si Dieu cessait seulement de le soutenir. L’acte créateur n’est pas seulement pour l’être créé, la raison de commencer, c’est la raison d’être ».

Ainsi, l’intuition géniale de ces grands penseurs avait entrevue une vérité que plusieurs siècles de progrès scientifiques devaient finalement établir.

L’intelligence humaine n’est pas une puissance, spirituelle pure, vivant d’une vie propre indépendante, elle est le résultat de la collaboration de deux. agents hétérogènes irréductibles, mais absolument inséparables dans le travail qu’ils font pour la produire, la raison et l’organisme vivant. L’intelligence doit donc posséder les facultés, qualités ou propriétés qui résultent de cette liaison, celles qui peuvent coexister, c’est-à-dire qui sont conciliables entre elles. Chacun des deux agents a une fonction propre franchement distincte de celle de l’autre, l’un agit comme puissance l’autre comme moyen. La puissance est une, identique en tous, c’est la raison, mais elle utilise un moyen multiforme et très complexe dans ses limites matérielles, l’organisme individuel; il en résulte une variété innombrable d’intelligences personnelles dont le caractère commun plus évident est d’être bornées, toutes, indistinctement, quelles que soient les différences des étendues individualisatrices.

Il y a donc une cause, inhérente à sa nature d’être organisé, qui empêche que l’homme puisse se former un concept quelconque de l’essence intime réelle, soit de la matière en tant que quid en mouvement changeant de place dans l’espace, soit de l’énergie inhérente au mouvement de ce même quid, soit enfin de toutes les formes cinéto-énergétiques que les groupements et les modifications des mouvements font naître.

Ces formes cinéto-énergétiques sont celles des mécanismes physiques réels, producteurs des phénomènes, sont aussi celles des mécanismes physiologiques ou organiques qui réagissant aux actions des premiers, présentent à la raison les sensations phénoménales que celle-ci reçoit sous forme d’aperceptions intellectuelles où d’idées dans la pensée.

Le quid matière est ce qui est limité dans l’espace vide illimité, sa propriété unique et essentielle est l’impénétrabilité absolue.

Le quid énergie est la pression que la matière en mouvement exerce, elle est donc la tendance que le mouvement a de continuer. Or, aucune mécanique, aucune physique, ne peut expliquer la nature de cette tendance. Son essence et son origine sont donc en dehors du champ des sciences expérimentales. Mais comme cette tendance est certaine, étant mesurable, et elle est en outre nécessaire, la science est forcée de reconnaître l’existence d’une cause première d’ordre métaphysique de ce mouvement, sans lequel aucune science de la nature n’est possible, cette cause ne peut être qu’une création continue.

Il y a donc un fait d’ordre métaphysique qui doit être admis scientifiquement comme vérité fondamentale, car ce fait est le point de départ nécessaire pour toute explication physico-mécanique, soit des phénomènes partiels, soit de l’ensemble de l’univers et des lois qui le régissent.

L’univers est donc le résultat d’une énergie continuellement créée, car dans le vide absolu le mouvement ne peut ni se produire, ni se conserver, c’est-à-dire subsister un seul instant. On peut résumer ces explications en disant:

Le mouvement est ce qui est continuellement produit ou créé.

Le monde est une énergie continuellement renouvelée par création.

Certainement, cette puissance créatrice incessamment active, créant l’énergie physique sous forme de mouvement matériel, doit le diriger à un but, elle est donc volontaire, intelligente et consciente. C’est la démonstration scientifique de l’existence nécessaire d’un Dieu personnel, dont l’activité éternelle est incessamment créatrice et dont la volonté est la loi de l’univers.

Le principe de la création continue fournit à la science un point de départ qui brille d’une vive lumière au milieu des ténèbres de l’inconnaissable mystère, et qui possède une qualité précieuse, pour un point de départ, celle de sa fixité absolue.

La traduction de cet ouvrage d’Alfred Russel Wallace est donc un vrai et éminent service rendu au public instruit de langue française, d’autant plus qu’elle est très bien faite. Mme William Barbey a su rendre toute la pensée de l’illustre auteur, tout en lui conservant, dans une langue qui a une allure si différente, cette spéciale fluidité de style qui entraîne et charme le lecteur. Tous ceux qui cherchent la vérité dans ces hautes régions de la science et de la philosophie, s’uniront à moi pour présenter des hommages reconnaissants à la studieuse et habile traductrice.

Champel, près Genève,

Thomas TOMMASINA.

Septembre 1907.

NOTE DE LA TRADUCTRICE

Nous ne pouvons terminer ce travail sans offrir ici l’expression de notre plus vive gratitude à M. le docteur Pidoux, de l’Observatoire de Genève.

Notre collaborateur a consenti à relire notre manuscrit et à revoir les épreuves. Sa parfaite compétence en ces matières donne à sa collaboration une valeur qui n’est dépassée que par son extrême obligeance.

C. BARBEY-BOISSIER.

Valleyres, ce 17 septembre 1907.

PRÉFACE

Table des matières

Cet ouvrage a suivi de près un article sur le même sujet, que je fis paraître simultanément dans la Fortnightly Review et dans le New-York Independant.

Je fus amené à traiter mon sujet, en composant quatre nouveaux chapitres sur l’Astronomie, pour une nouvelle édition du Wonderful Century (Le Siècle merveilleux). Je découvris alors ceci, c’est que la plupart des auteurs qui ont traité de l’astronomie générale, en commençant par sir John Herschel, jusqu’au professeur Simon Newcomb et sir Norman Lockyer, ont déclaré, comme étant un fait indéniable, que notre soleil est situé dans le plan du grand anneau de la Voie lactée, et qu’il est également très rapproché du centre de cet anneau.

Les recherches les plus récentes ont également montré que l’on ne peut prouver l’existence d’aucune étoile ou nébuleuse située fort au delà de la Voie lactée, laquelle, dans cette direction tout au moins, paraît constituer la limite du monde stellaire.

Revenant à la Terre et aux autres planètes du système solaire, je constatai que les recherches les plus récentes conduisent à la conclusion suivante, à savoir qu’aucune autre planète ne paraît être le siège de la vie organique, si ce n’est peut-être d’un ordre très inférieur. J’avais étudié durant de longues années le problème du calcul des temps géologiques, ainsi que celui des climats tempérés, et des conditions généralement uniformes qui ont prédominé durant toutes les époques géologiques. En remarquant le grand nombre de causes qui concourent à maintenir une telle uniformité, ainsi que l’équilibre si délicat des conditions requises, je fus de plus en plus convaincu de l’hypothèse probable ou possible de la non-habitabilité des autres planètes.

Ayant lu un grand nombre d’ouvrages concernant la question dite «la pluralité des mondes», j’étais fort au courant de la façon superficielle dont ce sujet avait été traité jusqu’alors, même de la part d’auteurs éminents, et cette étude m’amena à faire ressortir avec évidence les points de vue astronomique, physique et biologique, afin de montrer clairement ce qui était prouvé, et jusqu’où l’on pouvait conclure.

Le présent ouvrage est le résultat de mes efforts, et j’ose espérer que les lecteurs attentifs estimeront qu’il valait la peine d’être écrit. Il est presque entièrement basé sur le merveilleux édifice des faits et des conclusions de l’astronomie nouvelle, unis aux travaux des physiciens, chimistes et biologistes modernes.

Son originalité réside dans le fait qu’il résume les différents résultats de la science moderne en un tout bien lié, destiné à mettre en lumière le grand problème, si rempli d’intérêt pour tous. Il s’agit en effet de démontrer si, oui ou non, les résultats variés de la science moderne tendent à prouver que notre terre est la seule planète habitée, non seulement dans le système solaire, mais dans tout l’univers stellaire. Il est évident, disons-le d’emblée, qu’il est impossible de démontrer d’une façon absolue, dans un sens ou dans l’autre, ce que nous avançons. Mais, privés tels que nous le sommes de toute preuve directe, il est rationnel de rechercher les probabilités, et celles-ci doivent être déterminées, non point par nos sympathies en faveur de tel ou tel point de vue particulier, mais par l’examen absolument impartial et sans prévention des faits mis en évidence.

Mon livre étant écrit pour les gens du monde, dont la plupart n’ont aucune notion ni du sujet ni des merveilleux progrès de l’astronomie nouvelle, j’ai cru devoir donner le résumé de toutes les branches qui peuvent se rapporter au point spécial ici en cause.

Cette partie de l’ouvrage comprend les six premiers chapitres. Ceux qui possèdent une idée générale de la littérature astronomique moderne, telle qu’elle est traitée dans les ouvrages populaires, peuvent commencer au chapitre sept, qui renferme le début de l’important assemblage de faits et d’arguments que j’ai pu réunir.

Je dois avertir ceux de mes lecteurs qui auraient pu être influencés par des critiques contraires à mon point de vue, que, dans tout le cours de mon travail, qu’il s’agisse de faits, ou des conclusions que l’on peut tirer de ces faits, je ne les donne jamais de ma propre autorité, mais bien d’après les meilleurs astronomes, mathématiciens, et autres savants, dont j’ai pu étudier les travaux, et dont je cite les noms, ainsi que les références, aussi souvent qu’il m’est possible de le faire. Ce que je crois avoir mis en lumière, c’est le lien qui coordonne les différents faits et phénomènes qu’ils ont étudiés; c’est d’avoir exposé clairement les hypothèses par lesquelles ils les appuient, ou les résultats que l’évidence semble indiquer; d’avoir fixé la ligne de démarcation entre des opinions ou des théories opposées, et, enfin, en combinant les résultats des différents domaines de la science si largement séparés jusqu’ici, d’avoir montré combien ils se rapportent tous au grand problème que j’ai cherché, dans une certaine mesure, à élucider.

Après avoir accumulé une masse considérable de laits et d’arguments tirés de sciences fort distinctes, j’ai dû donner un résumé assez volumineux de tout le débat, en terminant par l’exposé final de mes conclusions en six courtes thèses. Puis, je discute brièvement les deux points de vue du problème total, le point de vue matérialiste et le spiritualiste; enfin, je conclus par quelques observations générales sur les problèmes insondables évoqués par l’aspect de l’Infini, problèmes que quelques-uns de mes adversaires m’accusent d’avoir voulu résoudre, mais qui, je tiens à le dire, restent au-dessus et au delà des questions ici débattues, ainsi que des plus hautes conceptions de l’intelligence humaine.

Broadstone Dorset.

Septembre 1903.

LA PLACE DE L’HOMME DANS L’UNIVERS

Table des matières

CHAPITRE PREMIER

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Idées primitives au sujet de l’Univers et de ses relations avec l’Homme.

Lorsque l’homme eut l’intelligence suffisamment développée pour pouvoir méditer sur sa propre nature, ainsi que sur celle de la terre qu’il habitait, il dut être profondément impressionné par le spectacle nocturne des cieux étoilés.

L’éclat intense et étincelant de Sirius et de Véga, la lumière plus condensée, plus douce, de Jupiter et de Vénus, l’étrange groupement des étoiles brillantes en constellations, pour lesquelles il trouva des noms fantastiques, indiquant leur ressemblance avec divers animaux ou formes terrestres; l’existence d’un nombre apparemment infini d’étoiles plus ou moins brillantes, éparpillées dans toute l’étendue des cieux, plusieurs d’entre elles n’étant visibles que durant les nuits les plus claires et avec une vue perçante, toutes ces merveilles, dis-je, inaccessibles à cette époque aux recherches de l’homme, durent ouvrir un champ d’une étendue infinie à son imagination.

Les relations entre les mouvements des étoiles, d’une part, et ceux du soleil et de la lune de l’autre, furent l’un des premiers problèmes posés à l’astronome, problème qui ne fut résolu qu’à la suite d’observations minutieuses et persévérantes; elles démontrèrent que l’invisibilité des étoiles durant le jour est uniquement due à l’éclat de la lumière du soleil, et ce fait fut prouvé, à une époque reculée, par l’observation des étoiles brillantes vues du fond d’un puits et en plein jour. On découvrit aussi que, durant les éclipses totales de soleil, les étoiles les plus brillantes devenaient visibles; cette remarque, jointe à celle de la position fixe de l’étoile polaire, ainsi qu’au trajet des étoiles circumpolaires qui ne se couchent jamais, sous les latitudes de la Grèce, de l’Egypte et de la Chaldée, amenèrent l’homme à concevoir l’hypothèse suivante: la terre est suspendue dans l’espace; une sphère de cristal, séparée d’elle par une distance inconnue, évolue sur un axe indiqué par l’étoile polaire, et entraîne avec elle l’armée tout entière des corps célestes.

Ce fut là la théorie d’Anaximandre (540 av. J.-C.); elle servit de point de départ aux théories plus complexes, lesquelles, avec diverses variantes et modifications, eurent cours jusqu’à la fin du XVIe siècle.

On présume que les anciens Grecs reçurent quelques notions astronomiques des Chaldéens, lesquels paraissent avoir été les premiers observateurs systématiques des corps célestes au moyen d’instruments. On leur attribue la découverte du cycle de dix-huit ans et dix jours, qui ramène le soleil et la lune, vus de la terre, dans la même position relative.

Il est possible que les Egyptiens aient tiré leurs connaissances de la même source, mais il n’est point prouvé qu’ils aient été de grands observateurs; et l’orientation, les proportions, les angles si exacts des grandes Pyramides et de leurs corridors intérieurs, paraissent indiquer qu’ils sont l’œuvre d’un architecte chaldéen.

Toute la vie terrestre est sous la dépendance évidente du soleil, qui lui dispense la chaleur et la vie, d’où l’origine de la conviction que la terre n’est qu’un simple satellite du soleil; et de même que la lune éclaire la nuit, que les étoiles, considérées dans leur ensemble, donnent une proportion appréciable de lumière, il semblait tout à fait rationnel d’admettre que tous ces luminaires, le soleil, la lune, les étoiles et les planètes, ne fussent que des auxiliaires du système terrestre, créés uniquement pour le plus grand avantage de ses habitants.

Empédocle (444 av. J.-C.), passe pour avoir, le premier, séparé les planètes des étoiles fixes, en observant leurs mouvements très particuliers, tandis que Pythagore et ses disciples déterminèrent exactement l’ordre de leurs distances à partir de Mercure jusqu’à Saturne.

Aucun effort ne fut tenté pour expliquer ces mouvements jusqu’au siècle suivant, époque à laquelle Eudoxus, de Cnide, un contemporain de Platon et d’Aristote, vint résider quelque temps en Egypte, où il devint un habile astronome. Il observa et expliqua le premier, d’une façon systématique, les divers mouvements des corps célestes, d’après l’hypothèse d’un mouvement circulaire et uniforme autour de la terre, prise comme centre, et cela au moyen d’une série de sphères concentriques, évoluant chacune avec une vitesse propre et sur un axe différent, tout en restant assez unies entre elles pour participer à la rotation commune autour de l’axe polaire.

La lune, par exemple, fut censée être supportée par trois sphères; la première évoluant sur une ligne parallèle à l’équateur, et causant ainsi le mouvement diurne; la seconde évoluant parallèlement à l’écliptique et produisant les différentes phases de la lune pendant un mois; la troisième enfin tournant avec la même rapidité, mais dans une position plus oblique, et démontrant l’inclinaison de l’orbite de la lune sur celle de la terre.

De même, chacune des cinq planètes possédait quatre sphères, deux d’entre elles évoluant de la même façon que les deux premières de la lune; la troisième, se mouvant dans le plan de l’écliptique, devait expliquer le mouvement rétrograde des planètes; la quatrième, enfin, par sa position oblique sur l’écliptique, était nécessaire pour expliquer les mouvements divergents résultant de l’obliquité différente de l’orbite de chaque planète comparée à celle de la terre. C’était là le célèbre système de Ptolémée, réduit à sa forme la plus simple, afin de faire comprendre à l’esprit humain les mouvements les plus importants des corps célestes. Mais il arriva, dans la suite des âges, que les astronomes grecs et arabes découvrirent de légères divergences, ducs aux différentes variations excentriques des orbites de la lune et des planètes, ainsi que les différences de mouvement qui en résultaient. Il fallut alors, pour expliquer celles-ci, ajouter d’autres sphères, ainsi que des anneaux de moindre dimension, évoluant parfois sur un plan excentrique. A la fin, il n’y eut pas moins de soixante de ces sphères, épicycles et excentriques, imaginés pour expliquer les divergences observées par les instruments primitifs, ainsi que les vitesses déterminées par les clepsydres bien imparfaits employés dans ces temps reculés.

Et, quoique de grands penseurs eussent, à différentes époques, rejeté ce système encombrant, cherchant à le remplacer par des notions plus correctes, leurs idées n’eurent aucune influence sur le public, ni même sur les astronomes et mathématiciens de leur temps, si bien que le système de Ptolémée obtint gain de cause jusqu’à Copernic, et ne fut définitivement mis de côté que lors de la publication des Lois de Képler et des Dialogues de Galilée, ouvrages qui forcèrent l’opinion publique à adopter des théories plus simples et plus intelligibles.

De nos jours, nous sommes tellement habitués à considérer les principaux faits astronomiques comme de simples notions élémentaires, que nous avons peine à nous représenter l’état d’ignorance qui prévalait parmi les peuples les plus civilisés durant l’antiquité et le moyen âge.

Tout au début, la forme sphérique de la terre ne fut admise que par un petit nombre d’hommes; elle n’arriva ensuite à être assez bien démontrée qu’à une époque plus récente.

La mesure approximative des dimensions de notre globe eut lieu tôt après; enfin, lorsqu’on eut perfectionné les observations instrumentales, la distance et les dimensions de la lune furent mesurées avec assez d’exactitude pour prouver qu’elle était de beaucoup plus petite que la terre.

Mais ce fut là, avant la découverte du télescope, l’extrême limite et le dernier effort des mesures et des observations astronomiques.

Jusqu’alors, on ne savait rien de la distance et de la grandeur réelles du soleil, sinon qu’il était beaucoup plus éloigné de nous et bien plus grand que la lune; il est intéressant, cependant, de constater que, durant le siècle qui précéda l’ère chrétienne, Posidonius évalua la circonférence de la terre à 240.000 stades, équivalant environ à 45.160 kilomètres, appréciation remarquablement exacte, si l’on tient compte des données si imparfaites qu’il avait à sa disposition.

Il passe pour avoir calculé la distance du soleil, ne la réduisant que d’un tiers, de ses dimensions réelles; mais ceci ne doit avoir été qu’une coïncidence fortuite, car il ne possédait aucun moyen de mesurer les angles avec une approximation supérieure au degré ; tandis que, pour déterminer la distance du soleil, l’emploi d’instruments mesurant l’arc d’une seconde est indispensable..

Avant l’invention du télescope, les dimensions des planètes étaient totalement inconnues, tandis que la seule certitude que l’on possédait à l’égard des étoiles, c’est qu’elles étaient situées à une grande distance de notre terre.

Telle était la limite de la connaissance des anciens, quant aux dimensions et à la constitution de l’univers à l’époque où ils vivaient; cet univers, il faut s’en souvenir, avait comme centre la terré ; nous ne devons donc pas être surpris de la croyance universelle qu’il existait seulement pour la terre et pour ses habitants.

Dans les temps antiques, l’univers était considéré comme étant à la fois la demeure des dieux et la demeure accordée aux hommes; même après l’avènement du christianisme, cette conviction ne subit que très peu de changements. Durant ces deux périodes, on considérait comme un impie celui qui aurait affirmé que les planètes et les étoiles n’existaient pas pour le seul bien et avantage de l’homme, mais qu’elles possédaient d’autres habitants, qui pouvaient, dans certains cas, lui être supérieurs sous le rapport de l’intelligence.

Mais apparemment, durant la période entière dont nous parlons, personne n’eût été assez hardi pour suggérer qu’il existât d’autres mondes peuplés, et ce fut sans nul doute à cause de l’opinion prédominante que nous occupions le monde entier, centre par excellence de tout l’univers ambiant, qui n’existait que pour nous, que les découvertes de Copernic, de Tycho-Brahé, de Képler et de Galilée excitèrent un tel antagonisme, et furent considérées comme inadmissibles et impies. Elles semblaient bouleverser de fond en comble tout l’ordre de choses établi et tendre à diminuer l’homme, en déplaçant la terre, sa demeure, de la position centrale et prédominante qu’elle avait possédée jusqu’alors.

CHAPITRE II

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Les Idées modernes concernant les relations de l’Homme avec l’Univers.

Les notions qui régnaient généralement jusqu’au temps de Copernic, sur la position subordonnée du soleil, de la lune et des étoiles vis-à-vis de la terre, commencèrent à faiblir, lorsque les découvertes de Képler, et les révélations du télescope démontrèrent que notre terre ne se distingue des autres planètes ni par sa grandeur, ni par sa position.

L’idée que les autres planètes pourraient bien être habitées, naquit alors d’emblée; et lorsque la puissance croissante du télescope et des instruments astronomiques en général révéla les merveilles du système solaire, et le nombre indéfini des étoiles fixes, la croyance à l’habitation des mondes devint aussi générale qu’avait été l’opinion contraire dans les siècles précédents; elle subsiste encore de nos jours sous des formes quelque peu modifiées.

Mais l’on peut affirmer que cette croyance, tant ancienne que récente, puise sa source bien plus dans des idées censées religieuses, que dans l’examen scientifique et sérieux de l’ensemble des faits, qu’il s’agisse d’astronomie, de physique ou de biologie, et nous sommes d’accord avec le défunt docteur Whewell, qui affirme que la croyance à l’habitation des autres planètes a été généralement affirmée, non point comme une conséquence de raisons physiques, mais en dépit de ces dernières. Et il ajoute: «Il fut tenu pour certain que Vénus, ou que Saturne, étaient habitées, non point parce que l’on y constatait quelque structure organique qui pouvait convenir à l’existence animale à la surface de ces planètes, mais parce que l’on estimait que la grandeur, la bonté, la sagesse du Créateur, ou quelque autre de ses attributs, seraient manifestement imparfaits, si ces planètes n’étaient pas habitées par des êtres vivants».

Les gens qui de nos jours s’appuient sur le fait que bien des astronomes éminents ont déclaré croire à «la pluralité des mondes», supposent tout naturellement qu’il existe de puissants arguments en faveur de cette thèse, et qu’elle doit être appuyée par des faits très concluants. Leur surprise sera probablement grande, lorsqu’ils apprendront qu’il n’en est rien, et que les arguments desdits astronomes sont, pour la plupart, aussi faibles que superficiels. Il est vrai que, depuis quelques années, divers auteurs ont osé signaler les nombreuses difficultés qui s’élèvent contre cette croyance, mais ceux-là même n’ont point étudié sous toutes ses faces la question, comme elle le méritait, ce qui fait que telle qu’elle est exposée de nos jours, l’on se contente de dire que, pour ce qui concerne certaines planètes, la vie peut y être considérée comme probable.

On suppose encore que les millions de systèmes planétaires, censés exister, sont peuplés d’animaux de toutes espèces, de créatures humaines, et peut-être supérieures à l’homme.

Ayant l’intention de prouver, dans le présent ouvrage, que toutes les probabilités tendent à une conclusion absolument contraire, je désire passer rapidement en revue les auteurs qui ont traité ce sujet, en parlant des arguments dont ils se sont servis, et des faits qu’ils ont exposés.

Pour ce qui concerne les plus anciens d’entre eux, j’emprunterai le texte du docteur Whewell, lequel, dans son Dialogue sur la pluralité des mondes, — qui sert de supplément à son ouvrage bien connu sur le sujet, — cite tous les auteurs importants qui lui sont familiers.

Les premiers sont les grands astronomes Képler et Huyghens, avec le savant évêque Wilkins, lesquels croyaient que la lune pouvait ou devait être habitée, et, parmi ceux-ci, Wilkins, au dire de Whewell, passe bien pour avoir été le plus sérieux dans son argumentation.

Puis vient Isaac Newton, qui a abondamment argué en faveur de l’habitabilité du soleil. Mais le premier ouvrage de fond écrit sur le sujet est celui dû à Fontenelle, secrétaire de l’Académie des sciences à Paris, qui publia, en 1686, ses Conversations sur la pluralité des mondes. L’ouvrage se compose de cinq chapitres; le premier explique la théorie de Copernic; le second affirme que la lune est un monde habitable; le troisième donne des détails sur la lune, et déclare que les autres planètes sont également habitées; le quatrième décrit en détail les mondes des cinq planètes; le cinquième, enfin, affirme que les étoiles fixes sont des soleils, et que chacune d’elles éclaire un monde.

Ce livre était si bien écrit et le sujet paraissait si attrayant, qu’il fut traduit dans la plupart des langues de l’Europe, et que l’astronome Lalande publia l’une des éditions françaises. Il parut trois traductions anglaises, et l’une d’elles eut six éditions, jusqu’à l’an 1737.

L’influence de cet ouvrage fut considérable et contribua sans doute à faire accepter cette théorie par des savants. tels que sir William Herschel, le docteur Chalmers, le docteur Dick, le docteur Isaac Taylor et M. Arago, malgré que tout le système fût basé sur une. pure hypothèse, et qu’aucun fait ne pût être prouvé dans un sens ou dans l’autre.

Tel était l’état de l’opinion publique, lorsqu’en 1853 parut un ouvrage anonyme, sous le titre quelque peu équivoque de: la Pluralité des mondes. Un Essai.

Dans cet écrit, le docteur Whewell émettait pour la première fois des doutes sur la théorie généralement adoptée, et démontrait que toute la somme des preuves que nous possédons tendait à conclure que quelques planètes ne sont certainement pas habitables, que d’autres ne le sont probablement pas, tandis que, dans aucune d’entre elles, l’on ne découvre cette similitude étroite avec les conditions terrestres, qui paraissent si essentielles à l’existence des hommes ou des animaux supérieurs.

Le livre, bien écrit, dénotait pour le temps une connaissance approfondie de la science, mais il était fort diffus, et l’auteur s’efforçait surtout d’y démontrer que ses vues n’étaient point opposées à la religion. L’un de ses plus solides arguments était basé sur la proposition suivante, à savoir que «l’orbite terrestre est située dans la zone tempérée du système solaire», et que ce n’est que là qu’il est possible de retrouver les variations modérées de la chaleur et du froid, de la sécheresse et de l’humidité qui conviennent à la vie animale.

Il suppose que les planètes extérieures du système ne contiennent que de l’eau, des gaz et des vapeurs, ainsi que l’indique leur faible densité, ce qui les rend par cela même tout à fait impropres à la vie terrestre; de même, celles qui sont plus rapprochées du soleil sont également inhabitables, la forte chaleur solaire les privant d’eau à leur surface.

Le docteur Whewell consacre beaucoup de pages pour prouver qu’il n’existe point de vie animale sur la lune, et, tenant le fait pour avéré, il l’emploie comme argument contre ses adversaires. Car ceux-ci insistent toujours sur l’idée que la terre étant habitée, les autres planètes le sont aussi, à quoi il répond: «Nous savons que la lune est inhabitée, malgré qu’elle ait tous les avantages de la proximité du soleil que possède la terre; pourquoi donc les autres planètes ne seraient-elles pas également inhabitées? »

Il considère Mars, et admet que cette planète est, autant que nous pouvons en juger, très semblable à la terre; il est donc possible qu’elle soit habitée, ou, selon l’expression de l’auteur, «qu’elle ait été jugée digne de posséder des êtres humains de par le Créateur».

Mais, d’autre part, il insiste sur les petites dimensions de Mars, sur la rigueur de son climat, provenant de sa distance du soleil, et aussi sur le fait que la fonte annuelle de ses deux calottes polaires glacées doit la maintenir froide toute l’année.

Si des animaux existent sur cette planète, ils appartiennent probablement à un type inférieur, tels les sauriens et les iguanodons de nos mers, durant la période crétacée. «Mais, ajoute-t-il, si même pour notre globe, il fallut une longue préparation, qui dura des millions d’années, pour arriver à l’homme, nous ne pouvons songer a discuter sur l’existence d’êtres intelligents dans la planète Mars, jusqu’à ce que nous soyons absolument certains qu’il y existe des êtres vivants.»

Whewell consacre plusieurs chapitres à adoucir les perplexités de certaines personnes pieuses oppressées par l’immensité et la complexité de l’univers matériel, tel qu’il est révélé par l’astronomie moderne; elles le sont peut-être davantage par l’insignifiance presque complète de l’homme et de la terre, sa demeure, petitesse qui s’accentue encore, s’il est vrai que, non seulement les planètes du système solaire, mais encore celles qui évoluent autour de myriades de soleils sont également des foyers de vie. Cesdites personnes sont encore troublées par le fait que ces mêmes théories sont exploitées par les sceptiques, dans leurs attaques contre le christianisme.

Ces auteurs insistent sur la folie et l’absurdité qu’il y a à supposer que le Créateur de cette masse incommensurable de soleils et de systèmes, remplissant des espaces infinis, puisse s’intéresser spécialement à une créature aussi misérable et infime qu’est l’homme, ce spécimen incomplet d’un des mondes inférieurs, satellite d’un soleil de second ou de troisième ordre. Bien plus, l’histoire de cet être humain n’est qu’une longue série de guerres, de tyrannie, de torture et de mort. Pour en revivre l’horreur, il suffit de lire l’Histoire des Juifs, de Josèphe; la Décadence et la Chute de l’empire romain, ou encore le Martyre de l’humanité, ou enfin ces deux vers, dans lesquels un poète plein de sens et de cœur a résumé la pensée suprême de son âme: «La cruauté de l’homme envers l’homme cause des lamentations infinies».

Et ce serait, disent-ils, pour un être pareil que Dieu aurait spécialement révélé sa volonté il y a des milliers d’années? Après quoi, constatant que ses ordres étaient méconnus, il aurait décidé, à son profit, le sacrifice suprême de son Fils unique, afin de sauver une petite partie de ces «misérables pécheurs» du châtiment bien mérité de leurs crimes sans nom?

«En vérité, disent ces raisonneurs, une telle croyance est trop ridicule pour être adoptée par aucun être raisonnable, et elle le paraît encore davantage, si nous gardons l’opinion que beaucoup d’autres mondes sont habités.»

Il est fort malaisé à l’homme pieux de répondre de façon concluante à de telles attaques; plusieurs même y ont renoncé, et ont perdu par là même toute foi aux dogmes de la chrétienté orthodoxe. L’esprit de ces infortunés se sent réellement acculé à un dilemme. Car, s’il existe des myriades d’autres mondes, il semble impossible d’admettre que chacun d’eux soit l’objet d’une révélation et d’un sacrifice spécial. Si, d’autre part, nous sommes les seuls êtres intelligents créés dans l’univers matériel, le seul produit supérieur émanant de la Toute-Sagesse, ces hommes ne peuvent comprendre la disproportion apparente entre le Créateur et la créature, et sont parfois poussés vers l’athéisme, incapables qu’ils sont de concilier un résultat aussi lamentable avec la puissance infinie de Dieu.

Whewell raconte que le grand orateur Chalmers s’efforça, dans ses Discours astronomiques, de résoudre ces difficultés, mais sans y parvenir d’une façon satisfaisante. Lui-même cherche à atteindre le même but dans son ouvrage. Son idée dominante, c’est que nos connaissances de l’univers sont trop imparfaites, pour que nous puissions résoudre le sujet en question, et que toute notion basée sur les desseins du Créateur; à l’égard du vaste système qui nous entoure, est forcément erronée.

Il faut donc prendre notre parti de cette ignorance forcée, et admettre que le Créateur poursuit un but, malgré qu’il nous reste inconnu. Et, à ceux qui rétorquent que, dans les autres mondes, il règne peut-être des lois naturelles qui peuvent les rendre aussi habitables pour des êtres intelligents que notre monde l’est pour nous, Whewell répond ce qui suit: «S’il faut supposer de nouvelles lois naturelles, afin de rendre chaque planète habitable, il faut renoncer à toute enquête rationnelle, et admettre et croire que les animaux peuvent vivre sur la lune sans eau et sans air, de même que sur le soleil, où règne une chaleur qui vaporise même les minéraux et les métaux».

Il conclut par un argument qui nous paraît assez fort, étant basé sur la dignité de l’homme, laquelle communique une vraie supériorité à la planète qui l’a produit. «Si, dit-il, l’homme n’est pas seulement capable de vertu et de responsabilité, d’amour et de dévouement universel, mais s’il est aussi immortel; si son âme doit durer éternellement et ne jamais mourir; alors, certainement, nous pouvons dire qu’une seule âme surpasse en valeur la création tout entière. »

Puis, s’adressant au public religieux, il insiste sur le fait que s’il croit que Dieu a racheté l’homme par le sacrifice de son Fils et lui a révélé sa volonté, une seule conclusion s’impose, à savoir, que l’homme est le meilleur résultat de l’univers.

«L’élévation des millions de créatures morales, religieuses et spirituelles, à une destinée ainsi préparée, consommée et développée, est digne de Celui qui possède toutes les capacités du temps, de l’espace et de la matière.

Suit un chapitre sur l’ «Unité du monde», puis un dernier sur le «Futur», qui n’ajoute pas grand’chose à la force de son argument.

La publication de ce livre remarquable, quoique un peu diffus, qui venait heurter les croyances populaires, fut suivie d’une protestation indignée, et cela de la part d’un savant fort érudit dans les sciences physiques, sir David Brewster; ce dernier, disons-le cependant, était, sous le rapport de la culture générale et du talent littéraire, fort inférieur à l’auteur qu’il attaquait.

Le livre qu’il lui opposa porte ce titre suggestif: Il n’existe pas seulement un Monde; le Crédo du philosophe et l’Espérance du chrétien.

Tout en étant écrit avec force et conviction, il fait principalement appel aux préjugés religieux, et affirme que chaque planète et chaque étoile sont des créations spéciales, et que les particularités de chacune furent créées pour un but différent.

«Si, dit-il, la lune devait simplement servir de lampe à la terre, quelle nécessité y avait-il de varier sa surface par des montagnes et des volcans éteints, et de l’avoir formée de larges continents, qui réflètent la lumière, puis de mers intérieures? Si elle eût été un simple bloc, elle eût bien mieux rempli son but.» Donc, pense-t-il, elle est préparée pour des habitants, et il en infère que tous les autres satellites sont également habités. Sir Brewster dit encore: «Lorsqu’on découvrit que Vénus était de mêmes dimensions que la terre, ayant des montagnes et des vallées, des jours et des nuits, des années semblables aux nôtres, l’absurdité de nier son habitabilité, alors qu’aucun autre but rationnel ne pouvait expliquer sa raison d’être, devint patente. On fut alors forcé de croire que, comme la terre, elle était le siège d’une vie animale et végétale. Puis, lorsqu’on découvrit que Jupiter était assez colossal pour nécessiter la lumière de quatre lunes, l’argument par analogie de son habitabilité fut renforcé par le fait qu’il s’étendait à deux planètes».

De cette façon, chaque nouvelle planète, présentant quelque rapport avec les précédentes, ajoute un nouveau poids à l’argument précité, ce qui fait, dit-il, «que si nous prenons en considération toutes les planètes munies d’une atmosphère, de nuages, de neiges arctiques et de vents alizés, la probabilité de leur habitation devient très forte. Quant à supposer, d’autre part, que des planètes puissent avoir des lunes et point d’habitants, des atmosphères et aucune créature pour y vivre, des courants d’air ne pouvant rafraîchir aucun vie, l’idée est si absurde qu’elle ne peut être soutenue».

L’ouvrage contient encore plus d’un argument d’une insigne faiblesse. Par exemple, après avoir décrit les étoiles doubles, il ajoute: «Personne ne voudra croire que des soleils aient été placés dans le ciel, pour le seul but d’évoluer autour d’un centre de gravité commun». Puis, au moment de clore son chapitre sur les étoiles, il dit: «Partout où règne la matière, là doit régner la vie: vie physique pour jouir de sa propre plénitude, vie morale pour adorer son Créateur, et vie intellectuelle pour annoncer sa sagesse et son pouvoir».

Et encore: «Une maison sans locataires, une ville sans citoyens, présente à nos esprits la même idée qu’une planète sans vie et qu’un univers sans habitants, c’est-à-dire une absurdité sans nom».

De pareils arguments, qui ne sont que des pétitions de principe, abondent dans ce livre, à la surprise du lecteur. Il va jusqu’à citer les Psaumes, dans l’Ancien Testament, pour étayer ses vues: «Lorsque je contemple les cieux, ouvrage de tes mains, la lune et les étoiles que tu a disposées, qu’est-ce que l’homme, que tu te souviennes de lui?» texte qui lui suggère la remarque suivante: «Nous ne pouvons douter qu’il — David — n’ait été inspiré par l’étendue, les distances et les origines des sphères glorieuses qui fixèrent son admiration».

Après d’autres citations tirées des prophètes, qui lui semblent appuyer ses dires, il émet la curieuse théorie que les planètes, ou plusieurs d’entre elles, tout au moins, doivent servir de futures demeures à l’homme. «Car, dit-il, l’homme, dans son existence future, possédera, comme actuellement, une nature spirituelle renfermée dans un corps matériel. Donc, il doit habiter une planète matérielle, sujette à toutes les lois de la nature.»

Et il conclut ainsi: «Si donc il n’y a pas assez de place, sur notre globe, pour les millions et millions d’êtres qui ont vécu et qui sont morts à sa surface, nous ne pouvons douter que leur future demeure ne doive être sur quelques-unes des planètes primaires ou secondaires du système solaire dont les habitants n’existent plus, et qui attendent depuis longtemps, ainsi que le fit jadis notre globe, l’avènement de la vie intellectuelle».

Quittons sans regret ces rêveries pour mentionner les seuls ouvrages modernes qui traitent ce sujet, à savoir: D’autres Mondes que le nôtre, du défunt Richard A. Proctor, ainsi qu’un livre publié cinq ans plus tard, sous ce titre: Notre Place parmi les infinis.

Ecrit par l’un des astronomes les plus éminents de son temps, aussi remarquable par l’exactitude de son raisonnement que par la clarté de son style, nous restons toujours sous le charme, quoique nous ne puissions pas souscrire à toutes les conclusions de l’auteur.

Dans son premier ouvrage, il affirme, comme sir David Brewster, la probabilité fondamentale de l’habitation des planètes, et cela d’après les mêmes raisons théologiques.

M. Proctor est tellement sûr de son fait qu’il parle sans cesse des planètes comme devant être habitées jusqu’à preuve du contraire, cherchant à rejeter la négation sur ses adversaires, tandis qu’il n’essaie pas de prouver son assertion, si ce n’est par de pauvres hypothèses sur les intentions du Créateur.

Partant de ce point, il essaie de démontrer comment les difficultés signalées par Whewell peuvent être surmontées, et se sert dans ce but de faits astronomiques et physiques bien contrôlés. Mais il est parfaitement loyal, et arrive à la conclusion que Jupiter et Saturne, Vénus et Neptune, ne peuvent être habitables; il affirme tout simplement le fait. Mais il suppose que les satellites de Jupiter et de Saturne pourraient l’être. Une grande erreur de son argumentation, c’est qu’il se contente de vouloir prouver que la vie existe actuellement, tout en passant sous silence la question de savoir si la vie aurait pu se développer à partir de ses rudiments les plus primitifs, jusqu’aux plus hauts vertébrés et jusqu’à l’homme; cela, comme je l’indiquerai plus tard, est le nœud de tout le problème.

Pour ce qui concerne les autres planètes, après les avoir soigneusement examinées, il arrive à la conclusion que si Mercure est protégé par une atmosphère chargée de vapeurs d’une espèce particulière, il est possible, mais non probable, qu’elle renferme des types supérieurs de vie animale.

Il trouve, en Vénus et en Mars, tant d’analogies avec notre terre, qu’il en conclut qu’elles ne sauraient être privées d’habitants.

Passons aux étoiles fixes. Nous savons maintenant, par le moyen des observations spectroscopiques, que ce sont des soleils, tout pareils au nôtre, et, comme lui, émettant de la lumière et de la chaleur, M. Proctor dit ceci:

«Les vastes réservoirs de chaleur, ainsi constitués par les étoiles, suggèrent non seulement l’idée de l’existence de mondes circulant le long de leurs orbites, et pour lesquels sont préparés ces foyers de chaleur, mais ils indiquent les diverses formes d’énergie dans laquelle cette chaleur peut se transformer. Nous savons que les rayons solaires recueillis par la terre se retrouvent dans les formes animales et végétales de la vie; qu’ils existent dans tous les phénomènes de la nature, dans le vent, la pluie et les nuages, dans le tonnerre et la foudre, la tempête et la grêle; et que, les travaux humains eux-mêmes sont accomplis aux dépens de l’énergie fournie par ces mêmes rayons. Donc, le fait que les étoiles rayonnent de la chaleur sur les mondes qui évoluent autour d’elles, suggère de suite la pensée que, sur les mondes, la vie animale et végétale doit aussi exister».

Remarquons ceci, c’est qu’au début de ce passage, la présence des mondes ou des planètes est «supposée», tandis que, plus loin, l’auteur parle «des mondes ou des planètes qui tournent autour des étoiles» comme d’un fait certain, entraînant avec lui l’existence d’une vie végétale et animale.

Une suggestion dépendant d’une suggestion précédente n’est pas une base bien sérieuse pour une conclusion aussi grave.

Dans le second ouvrage mentionné plus haut, se trouve un chapitre intitulé : «Une nouvelle théorie de la vie dans les autres mondes», où l’auteur donne ses opinions raisonnées sur la question, qu’il résume dans sa préface, en disant: «L’évidence favorise ma théorie au sujet de la rareté relative des mondes».

S’occupant tout d’abord de la terre, il montre que la période durant laquelle la vie y existe, est bien minime, comparée au temps qu’il lui a fallu pour se former et se refroidir, afin que l’atmosphère s’y condensât suffisamment. pour constituer la terre et l’eau à sa surface.

Et si nous considérons la durée pendant laquelle la terre a été occupée par l’homme, nous voyons qu’elle atteint à peine la millième partie de la période de son existence en tant que planète. Il s’ensuit que si nous étudions seulement les planètes qui nous paraissent susceptibles de posséder des êtres vivants, il y a peut-être une chance sur cent pour qu’elles se trouvent dans la phase spéciale où la vie a commencé à se développer, et où elle a atteint un degré d’avancement pareil au nôtre.

Pour ce qui concerne les étoiles, l’argument atteint encore plus de force, parce que la durée requise pour leur formation nous est inconnue, ainsi que les conditions nécessaires pour la formation des systèmes planétaires qui les entourent.

A. cela j’ajoute que nous ignorons également si lesdits soleils peuvent produire des planètes, lesquelles seraient capables, par leur position, leurs dimensions, leur atmosphère, et par d’autres conditions physiques, de devenir des centres de vie animale. Comme nous le verrons plus loin, ce point spécial a été omis par tous les auteurs, y compris M. Proctor. Sa conclusion est donc celle-ci, c’est que, malgré que les mondes animés de même façon que notre terre puissent être de nombre restreint, étant donné cependant que l’univers est infini comme étendue, ils doivent être réellement très nombreux.

Il a fallu donner cette esquisse des auteurs qui ont spécialement traité de la pluralité des mondes, parce que lesdits ouvrages ont été beaucoup lus, et ont influencé l’opinion des gens cultivés dans le monde entier.

Bien plus, M. Proctor, dans son dernier ouvrage sur le sujet, parle de cette théorie comme «faisant partie de l’astronomie moderne», et, en effet, les ouvrages populaires la discutent encore.

Mais tous suivent la même argumentation que celle dont nous avons parlé, et, chose curieuse, tandis qu’ils omettent plusieurs conditions essentielles, ils en introduisent d’autres sans valeur, telles que celle-ci: c’est que l’atmosphère doit renfermer la même proportion d’oxygène que la nôtre.

Ces auteurs s’imaginent que si quelqu’un de nos quadrupèdes ou de nos oiseaux, transporté sur une autre planète, ne pouvait pas y vivre, aucun animal d’organisation spéciale ne pourrait y exister également. Ils ignorent absolument ce fait certain, c’est que, étant donné que l’oxygène est nécessaire à la vie, quelle que soit la proportion dudit oxygène sur ces planètes, les créatures vivantes qui s’y trouveraient seraient organisées en vue de cette proportion, laquelle pourrait être, soit très inférieure, soit très supérieure à celle de la terre.

Ce volume montrera combien cette question a été insuffisament traitée, malgré qu’elle abonde en considérations importantes qui auraient dû être étudiées avec soin. Le fait qu’elles aboutisent toutes à la même conclusion — conclusion qu’aucun auteur, à ma connaissance, n’a encore indiquée, — mériterait l’examen consciencieux de tous les penseurs non prévenus.

Il n’est pas possible de prouver l’entière évidence de ce sujet, mais j’ose croire que la convergence de tant de probabilités vers une théorie pleinement définie, intimement unie qu’elle est avec la nature et la destinée de l’homme, rend cette théorie bien plus certaine que les vagues possibilités et les suggestions théologiques, suprême argument des auteurs précédents.

Afin de rendre intelligible à tous mes lecteurs cultivés chaque degré de son argumentation, il sera nécessaire de m’en référer continuellement à l’extension merveilleuse de notre connaissance de l’univers, obtenue durant le dernier demi-siècle, et appelée la Nouvelle Astronomie. Le chapitre suivant sera donc consacré à l’exposé populaire des nouvelles méthodes, afin que les résultats obtenus, dont nous parlerons dans la suite de l’ouvrage, soient non seulement acceptés mais clairement démontrés.

CHAPITRE III

Table des matières

Astronomie moderne.

On a fait dans la seconde partie du XIXe siècle des découvertes qui ouvrent des horizons tout nouveaux sur le monde astronomique, et que l’on ne peut comparer, comme importance, qu’à la découverte du télescope, il y a plus de deux siècles.

Pendant plus de deux mille ans, l’ancienne astronomie fut simplement mécanique et mathématique, restant limitée à l’observation et au mesurage des mouvements apparents des corps célestes, ainsi qu’à l’essai de déduire, à l’aide de ces mouvements apparents, les mouvements réels, et, par suite, la structure actuelle du système solaire.

Le progrès commença lorsque Képler établit ses trois fameuses lois; et, plus tard, lorsque Newton montra que ces lois étaient les conséquences nécessaires de la loi de la gravitation; les savants et mathématiciens prouvèrent, à leur tour, que chaque nouvelle irrégularité dans le mouvement des planètes s’explique par l’application plus exacte des mêmes lois; ce fut alors que cette branche de l’astronomie atteignit son apogée et ne laissa, pour ainsi dire, plus rien à désirer.

Puis, à mesure que le télescope se perfectionna, l’intérêt se fixa sur la surface des planètes et de leurs satellites, qui furent examinés avec la plus grande attention, afin d’arriver à connaître leur constitution physique et leur histoire passée. Une étude également minutieuse fut consacrée aux étoiles et aux nébuleuses, à leur distribution et à leur groupement; on fit des cartes célestes et des astronomes enthousiastes répandirent dans le monde entier des catalogues compliqués.

D’autres se vouèrent à la tâche laborieuse de déterminer les distances des étoiles, et arrivèrent, au milieu de ce siècle, à le faire pour plusieurs d’entre elles.

Ainsi, au milieu du dix-neuvième siècle, il devint probable que l’astronomie future reposerait surtout sur les progrès du télescope, ainsi que sur les différents instruments de mesure, au moyen desquels on pourrait obtenir des déterminations de distances plus exactes.

L’auteur de la Philosophie positive, Auguste Comte, fut lui-même si fort persuadé de ce qui précède, qu’il critiqua tout examen futur des étoiles, en disant que ce n’était qu’un gaspillage de temps, incapable d’amener un résultat utile ou intéressant. Il ajoute que les étoiles, ne nous étant accessibles que par la vue, nous resteront toujours imparfaitement connues; de ce fait, un problème aussi simple que celui de leur température ne pourra jamais être résolu. Notre connaissance des étoiles restera négative, en ce sens que nous ne pourrons jamais que constater qu’elles n’appartiennent pas à notre système.

En dehors de ce système, il n’existe, en astronomie, que de l’obscurité et de la confusion, et il conclut ainsi: «C’est donc en vain que l’on a cherché, pendant un demi-siècle, à distinguer deux astronomies, l’une solaire, l’autre sidérale.

«Chez ceux pour qui la science consiste en lois réelles et non én faits incohérents, la seconde n’existe que de nom, la première seule constitue une véritable astronomie, et je ne crains pas de dire qu’il en sera toujours ainsi.»

M. Comte ajoute encore: «Tous les efforts tentés dans ce sens depuis un demi-siècle n’ont fait qu’accumuler un tas de faits empiriques et sans cohésion qui ne peuvent séduire qu’une curiosité irraisonnée». Et cependant, une éclatante découverte survenue trois ans après la mort de Comte, en 1860, allait donner le démenti à ses assertions.

Je veux parler de la méthode de l’analyse spectrale, laquelle, appliquée aux étoiles, a révolutionné l’astronomie, et nous a fourni précisément cette connaissance que Comte déclarait être pour toujours hors de notre portée.

Par ce moyen, nous avons acquis des notions exactes sur la physique et la chimie des étoiles et des nébuleuses, de telle façon qu’actuellement nous connaissons mieux la nature, la constitution et la température des soleils énormément éloignés de nous, et que nous désignons sous le nom d’étoiles, que nous ne connaissons les planètes de notre propre système.

Cette découverte a également révélé l’existence de nombreuses étoiles invisibles, et nous a permis de déterminer leurs orbites, leur durée de révolution, et même, approximativement, leur masse relative.

L’astronomie stellaire est devenue, de nos jours, la plus captivante partie de cette grande science, et celle qui permet d’espérer le plus grand nombre de découvertes futures.

Comme je devrai m’en référer souvent aux résultats obtenus par ce puissant instrument, il importe de donner ici un court résumé de sa nature et des principes sur lesquels il repose.

Qu’est-ce que le spectre solaire? C’est une bande de lumière colorée que l’on voit dans l’arc-en-ciel et partiellement dans la goutte de rosée, mais plus complètement encore lorsqu’un rayon de soleil passe au travers d’un prisme, c’est-à-dire d’un fragment de verre de section triangulaire.

Il en résulte, qu’au lieu d’une tache blanche, nous avons une bande étroite de couleurs brillantes qui se succèdent dans un ordre régulier, allant du violet au bleu, puis au vert, puis au jaune et enfin au rouge. Nous voyons ainsi. que la lumière n’est pas une simple et uniforme radiation du soleil, mais qu’elle est formée d’un grand nombre de rayons séparés, chacun d’eux produisant à notre œil la sensation d’une couleur distincte.

On explique maintenant l’origine de la lumière comme étant due aux vibrations de l’éther, cette substance mystérieuse qui, non seulement pénètre tous les corps, mais qui remplit l’espace, en tous cas jusqu’aux étoiles visibles les plus lointaines et jusqu’aux nébuleuses.

Les vagues ou vibrations extrêmement ténues de l’éther produisent tous les phénomènes de chaleur, de lumière et de couleur, aussi bien que les actions chimiques auxquelles la photographie doit ses étonnants résultats.

On a mesuré par d’ingénieux procédés les dimensions et la durée de vibration de ces vagues, et il se trouve qu’elles diffèrent considérablement; la lumière rouge, par exemple, qui est la moins réfractée, possède une longueur d’onde d’environ 778 millionièmes de millimètre, tandis que les rayons violets, à l’autre extrémité du spectre, n’atteignent que la moitié de cette longueur, soit 403 millionièmes de millimètre.

Le taux de la vitesse des vibrations est de 302 millions de millions par seconde pour les rayons rouges les plus accentués,et de 757 millions de millions pour le rayon violet à l’autre extrémité du spectre.

Nous donnons ces chiffres pour montrer la merveilleuse délicatesse et la rapidité de ces ondes de lumière et de chaleur, dont dépendent, non seulement toute notre vie terrestre, mais celle de bien d’autres mondes et d’autres soleils.

Mais les couleurs du spectre n’en sont pas la partie la plus importante.

Dès le début du XIXe siècle, un examen attentif prouva que ce spectre était sillonné partout de lignes noires, d’épaisseurs diverses, parfois seules, parfois groupées ensemble.

Plusieurs savants les étudièrent, les reproduisirent sur des dessins ou des cartes; en combinant plusieurs prismes, de manière à ce que le rayon solaire pût les traverser successivement, l’on obtint un spectre de plusieurs mètres de longueur, sur lequel on peut compter jusqu’à 3.000 de ces traits noirs. Mais leur composition et leur cause restaient un mystère, lorsqu’en 1860, le physicien Kirchhoff découvrit le secret et fournit aux chimistes et aux astronomes un instrument de recherches tout à fait inattendu.

L’on avait déjà remarqué que les éléments chimiques et leurs composés, lorsqu’ils sont chauffés jusqu’à incandescence, produisaient des spectres consistant en bandes et en lignes colorées, toujours constantes pour chaque élément, de telle façon qu’on pouvait toujours les reconnaître par leur spectre caractéristique, et l’on remarquait aussi que certaines de ces bandes, par exemple la jaune, produite par le sodium, correspondait comme position à certaines lignes noires du spectre solaire.

Kirchhoff découvrit que, lorsque la lumière d’un corps incandescent passe à travers la même substance à l’état de vapeur ou de gaz, une partie de la lumière est assez absorbée pour rendre noires les lignes ou bandes colorées. Le mystère qui durait depuis plus d’un demi-siècle fut enfin résolu; les milliers de lignes noires du spectre solaire furent reconnues être causées par le fait que la lumière, émanant de la surface incandescente du soleil, traversait les vapeurs surchauffées régnant au-dessus d’elle, transformant par là les bandes colorées de leur spectre en lignes sombres.

Chimistes et physiciens se mirent immédiatement à analyser le spectre des divers éléments, fixant la position des bandes colorées au moyen de mesures exactes, et les comparant avec les lignes noires du spectre solaire. Les résultats furent des plus satisfaisants. Pour un grand nombre d’éléments les bandes colorées correspondirent exactement avec un groupe de lignes noires dans le spectre solaire, prouvant ainsi que les mêmes éléments terrestres existent dans cet astre. Parmi les corps découverts de cette façon, les premiers furent l’hydrogène, le sodium, le fer, le cuivre, le magnésium, le zinc, le calcium, ainsi que beaucoup d’autres.

On a découvert jusqu’ici près de quarante éléments dans le soleil, et il est plus que probable que tous nos éléments s’y trouvent représentés, mais comme quelques-uns d’entre eux sont très rares et n’y figurent qu’en très faible quantité, l’on ne peut pas les retrouver dans le spectre solaire.

Certaines des lignes noires constatées dans le soleil ne purent être identifiées avec aucun élément connu, et comme cette circonstance paraissait indiquer l’existence d’un élément particulier au soleil, on le désigna sous le nom de Hélium. Mais tout récemment, on l’a trouvé dans un minéral d’espèce rare.

Un grand nombre d’éléments sont représentés par une quantité de lignes, d’autres par un petit nombre. C’est ainsi que le fer en compte plus de 2.000, tandis que le plomb et le potassium n’en comptent qu’une chacun.

Le spectroscope fut aussi précieux pour le chimiste, comme moyen de découvrir de nouveaux éléments, que pour l’astronome, en lui permettant de déterminer les corps célestes. Il devint alors capital, de fixer avec un soin extrême la position de toutes les lignes noires sur le spectre solaire, aussi bien que celles des lignes brillantes représentant tous les éléments, et ceci afin de pouvoir établir une comparaison exacte entre les différents spectres.

Au début, cela fut fait au moyen de dessins à une grande échelle, montrant la position exacte de chaque ligne brillante ou sombre. Mais ce moyen fut jugé incommode et insuffisant, et l’on décida alors d’adopter l’échelle naturelle des longueurs d’onde des différentes parties du spectre solaire, au moyen des réseaux de diffraction.

Un réseau de diffraction consiste en une surface polie de métal dur sillonnée de lignes parallèles et rapprochées atteignant parfois le chiffre de 20.000, sur une largeur de 2 centimètres et demi. Lorsque la lumière solaire vient à tomber sur l’une de ces tablettes, elle s’y réflète et par le mélange des rayons provenant des espaces entre les sillons, cette lumière s’étale en un magnifique spectre, lequel, lorsque les lignes sont très serrées, atteint plusieurs mètres de longueur.

Dans ce spectre de diffraction l’on peut discerner bien des lignes noires qui ne s’aperçoivent pas autrement, et elles produisent un spectre bien plus uniforme que celui formé par des prismes de verre, dans lequel de minimes différences dans la composition du verre sont cause que quelques rayons sont réfractés davantage et d’autres moins.

Le spectre produit par les réseaux de diffraction est double, c’est-à-dire qu’il est étalé des deux côtés de la ligne centrale du rayon qui reste blanche; les lignes colorées et les lignes noires sont si nettement reproduites, qu’elles peuvent être projetées à grande distance sur un écran, donnant ainsi au spectre une longueur considérable.

Les longueurs d’onde sont obtenues en calculant la distance entre les lignes, la distance de l’écran et la distance de la première paire de lignes noires de chaque côté de la ligne colorée centrale.

Toutes ces distances peuvent être mesurées avec une extrême exactitude, au moyen de microscopes munis de micromètres et d’autres adjonctions; il en résulte une exactitude qui ne peut être égalée par aucun autre procédé de mesure.

Les longueurs d’onde étant si minimes, il a semblé opportun de fixer une unité encore inférieure de mesure, et, le millimètre étant la plus petite unité de système métrique, on a adopté, pour l’unité de mesure des longueurs d’onde, le dix-millionième de millimètre, de sorte que, dans cette nouvelle unité, les longueurs d’onde des lignes bleues et rouges (de l’hydrogène) sont 4861 et 6563.

L’échelle infiniment exiguë des longueurs d’onde, une fois déterminée par la mesure la plus exacte, est de grande importance. Une fois déterminée, la longueur d’ondulation de deux lignes quelconques d’un spectre, l’espace qui les sépare peut être reproduit sur un diagramme de n’importe quelle longueur, et toutes les lignes qui se reproduisent dans tout autre spectre entre ces deux lignes, peuvent être marquées exactement dans leurs positions respectives.

Maintenant, étant donné que le spectre visible compte environ 300.000 raies, chacune possédant sa longueur d’onde et par cela même une réfrangibilité différente, ledit. spectre doit être étendu sur une assez vaste échelle pour atteindre la longueur de 75 millimètres, espace suffisant pour être discerné à l’œil nu.

La possession d’un instrument d’une délicatesse aussi parfaite et en même temps d’une puissance assez grande pour pénétrer dans la constitution intime des astres les plus reculés de l’espace, permit, durant le dernier quart de siècle, l’établissement d’une nouvelle science, la physique des astres, autrement dit, de la «Nouvelle Astronomie ». Indiquons maintenant les principaux résultats qu’elle a obtenus.

La première grande découverte faite par l’analyse spectrale, après l’interprétation du spectre solaire, fut la nature réelle des étoiles fixes. Les astronomes les avaient considérées pendant longtemps comme des soleils, mais c’était là une hypothèse dont l’exactitude ne pouvait être basée sur aucune preuve. Cette opinion était fondée sur deux faits: l’énorme distance qui nous en sépare est si considérable que le diamètre entier de l’orbite terrestre ne produit aucun changement apparent dans leurs positions relatives; leur éclat intense ne peut provenir, à de pareilles distances, que du fait d’une dimension et d’un rayonnement comparables à ceux de notre soleil.

Le spectroscope prouve d’emblée la justesse de cette opinion. Après un examen successif de tous les astres, les spectres obtenus parurent être du même type général que celui du soleil: une bande colorée sillonnée de lignes noires. Les premières étoiles examinées par Sir William Huggins démontrèrent l’existence de neuf ou dix de nos éléments. Bientôt les principales étoiles des cieux furent étudiées au moyen du spectre, et l’on se décida à les répartir entre trois ou quatre groupes. Le premier est le plus nombreux; il contient plus de la moitié des étoiles visibles, et une proportion plus forte encore d’étoiles brillantes, telles que Sirius, Véga, Régulus et Alpha de la Croix du Sud.

Elles sont caractérisées par une lumière blanche ou bleuâtre, riche en rayons ultra-violets, et leur spectre se distingue par l’étendue et l’intensité de quatre bandes sombres dues à l’absorption de l’hydrogène, tandis que les lignes noires indiquant des vapeurs métalliques, sont relativement rares, malgré qu’un examen attentif en fasse découvrir des centaines.

Le groupe suivant, auquel appartiennent Capella et Arcturus, est aussi très nombreux, et forme le type solaire des étoiles. Leur lumière est jaunâtre et leur spectre est partout sillonné d’innombrables lignes noires correspondant plus ou moins avec celles du spectre solaire.

Le troisième groupe consiste en étoiles rouges et variables, caractérisées par des spectres cannelés.

Lesdits spectres se présentent sous forme de colonnes doriques cannelées vues en perspective, le côté rouge étant le plus illuminé.

Le dernier groupe consiste en étoiles peu nombreuses et relativement petites, avec un spectre également cannelé, mais dont la lumière paraît venir d’une direction opposée.

Ces groupes furent créés par le Père Secchi, l’astronome romain, en 1867, et ont été adoptés avec certaines modifications par M. Vogel, de l’Observatoire astrophysique de Postdam.

L’interprétation exacte de ces différents spectres et quelque peu incertaine, mais l’on ne peut douter que ces différences coïncident, soit avec des différences de température, soit avec des variations dans la composition et l’étendue des atmosphères ambiantes. Les étoiles à spectre cannelé indiquent la présence de vapeurs métalloïdes ou résultant de leurs combinaisons, tandis que les cannelures renversées indiquent la présence du carbone ou des hydrocarbures.

Ces conclusions résultent d’expériences soigneusement faites au laboratoire; on les fait actuellement marcher de concert avec l’examen spectral des étoiles et d’autres corps célestes; de sorte que, quelles que soient les anomalies que puissent présenter parfois leurs spectres, celles-ci s’expliquent toujours par le fait de certaines conditions de température ou de composition chimique. Même en admettant que dans l’étude des détails, l’on se heurte à des difficultés, un fait capital demeure, à savoir que les étoiles sont de véritables soleils, différant sans doute en dimensions, leurs phases de développement étant indiquées par la couleur et par l’intensité de leur lumière ou de leur chaleur, mais toutes possédant une photosphère ou une surface émettant de la lumière entourée d’une atmosphère de composition et de densité variées.

Bien d’autres détails, tels que les couleurs souvent opposées des étoiles doubles, la variabilité occasionnelle de leurs spectres, leurs rapports avec les nébuleuses, les différents stages de leur développement, et d’autres problèmes d’intérêt égal, ont sollicité l’attention des astronomes, des spectroscopistes et des chimistes; mais il n’y a pas lieu de s’attacher ici à ces questions difficiles.

L’esquisse que nous donnons ici sur la nature de l’analyse du spectre, appliquée aux étoiles, est destinée à rendre intelligible, pour tout lecteur cultivé, son principe et sa méthode d’observation, ainsi que les résultats merveilleusement précis obtenus par cette voie. Les astronomes sont tellement convaincus de cette exactitude, qu’il ne leur faut pas moins que la parfaite concordance dans les lignes colorées du spectre d’un élément au laboratoire, avec les lignes noires du spectre du soleil ou d’une étoile, pour que la présence de cet élément soit acceptée par eux d’une façon décisive. Ainsi que le dit si bien Miss Clarke: «Les coïncidences spectroscopiques n’admettent aucun compromis. Elles sont, ou absolues ou sans valeur».

MESURE DU MOUVEMENT SUIVANT LA LIGNE DE VISION

Table des matières

Il nous faut maintenant décrire une autre application du spectroscope, plus remarquable encore. C’est la méthode qui consiste à mesurer la vitesse de tous les corps célestes visibles, soit qu’ils s’éloignent ou se rapprochent de nous, vitesse désignée sous le nom de «mouvement radial» ou par l’expression «suivant la ligne de vision».

Et ce qui est le plus extraordinaire, c’est que cette faculté de mensuration est indépendante de la distance, de telle façon que la valeur de la vitesse, en kilomètres par seconde, de la plus éloignée des étoiles fixes, si elle est suffisamment brillante pour émettre un spectre distinct, peut être mesurée avec autant d’exactitude qu’une étoile ou une planète beaucoup plus rapprochée.

Afin de démontrer la possibilité de la chose, il nous faut revenir à la théorie des ondes lumineuses; ici, l’analogie avec d’autres mouvements ondulatoires nous aidera à mieux saisir le principe d’où ces calculs dépendent.

Si, par un jour calme, nous comptons le nombre des vagues qui passent chaque minute à côté d’un vapeur à l’ancre, et si nous nous avançons ensuite dans la direction d’où viennent ces vagues, nous verrons que leur nombre augmente dans le même espace de temps donné. De même, si placé à côté d’une voie ferrée, nous voyons arriver en sifflant une locomotive, nous remarquons que ce sifflet change de son en approchant de nous; en s’éloignant, le son sera plus faible, malgré que la locomotive soit exactement à la même distance qu’elle était de nous avant son arrivée. Cependant, à l’oreille du mécanicien, il n’y a aucune différence de son, la cause de la variation étant due au fait que les ondes sonores nous arrivent en succession plus rapide, lorsque nous nous rapprochons de la source desdites ondes, que lorsque nous nous en éloignons.

Maintenant, de même que le degré d’acuité d’une note dépend de la rapidité avec laquelle les vibrations de l’air se succèdent à notre oreille, de même la couleur d’une portion spéciale du spectre dépend de la vitesse avec laquelle les ondes éthérées produisant la couleur atteignent notre nerf optique; cette rapidité augmentant d’autant plus que l’on se rapproche de la source de la lumière, tandis qu’elle diminue lorsqu’on s’en éloigne, il en résultera une légère déviation des bandes colorées, et par là même, des lignes noires, lorsqu’elles seront comparées à leur position dans le spectre solaire ou dans tout autre foyer de lumière fixe; il faut pour cela qu’il survienne un ébranlement suffisant pour produire une légère déviation.

Un tel changement de coloration devait nécessairement se produire; cela a été démontré par le professeur Doppler, de Prague, en 1842, et par Fizeau, à Paris; dès lors, ce changement a été désigné sous le nom de «principe Doppler-Fizeau ». Mais les changements de coloration étaient dans ce temps là si minimes que l’impossibilité de les mesurer leur enlevait toute importance pratique en astronomie.

Mais lorsque les lignes noires eurent été soigneusement reproduites, et que leurs positions eurent été exactement déterminées, l’on vit qu’il y avait moyen de mesurer les changements produits par le mouvement dans la ligne de vision, puisque la position de l’une quelconque des lignes noires ou colorées du spectre des corps célestes pouvait être comparée avec celle des lignes correspondantes produites artificiellement dans le laboratoire. Cela fut effectué, en premier lieu, en 1868, par sir William Huggins. A l’aide d’un très puissant spectroscope construit dans ce but, il découvrit l’existence de ces variations dans bien des étoiles, permettant de calculer la vitesse de leur mouvement radial.

La distance actuelle de certaines de ces étoiles ayant été mesurée, et leur mouvement propre étant actuellement déterminé, le mouvement radial vient compléter les données nécessaires pour établir leur mouvement réel dans l’espace.

L’exactitude de cette méthode, obtenue dans des conditions favorables et au moyen des meilleurs instruments, est très grande. Elle peut être vérifiée, chaque fois que nous pourrons, par une autre méthode, calculer le mouvement réel. Ainsi, la vitesse avec laquelle Vénus se rapproche ou s’éloigne de nous se calcule très exactement, si, d’autre part, nous pouvons calculer le mouvement réel au moyen d’autres preuves.

Or, le mouvement radial de Vénus fut déterminé à l’Observatoire de Lick, en août et septembre 1890, par des observations spectroscopiques, ainsi que par des calculs, et donnèrent les résultats suivants:


résultats montrant ainsi que l’erreur maximum n’atteignait pas 2 kilomètres par seconde.

Pour ce qui concerne les étoiles, la sûreté de cette méthode a été éprouvée par des observations de la même étoile, faites à six mois de distance, lorsque la terre se meut dans deux directions opposées. Le mouvement de la terre dans son orbite étant connu, il doit se retrouver, en sens contraire, dans le mouvement apparent de l’étoile le long de la ligne de vision.

Des observations du même genre furent faites par le Dr Vogel, directeur de l’Observatoire astrophysique de Potsdam, démontrant, dans le cas de trois étoiles, pour lesquelles il fut pris dix observations, une simple erreur d’environ 3 kilomètres par seconde; mais les mouvements stellaires étant plus rapides que ceux des planètes, l’erreur proportionnelle n’est pas plus grande que dans l’exemple cité plus haut.

Ce qui donne son importance à se mode de déterminer le mouvement réel des étoiles, c’est qu’il nous fait connaître la valeur de ces diverses vitesses; leur variation, dans la suite des temps, nous permettra de connaître quelque peu la nature de ces changements, ainsi que des lois dont ils dépendent.

ETOILES INVISIBLES ET MOUVEMENTS IMPERCEPTIBLES

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Mais il existe un autre résultat de la détermination du mouvement radial, encore plus imprévu et plus merveilleux que le précédent, et qui a plongé dans une direction toute nouvelle notre connaissance des étoiles. Il est devenu possible, de ce chef, de déterminer l’existence d’étoiles invisibles et de mesurer leurs mouvements, autrement inappréciables. Il s’agit d’étoiles qui sont invisibles avec les puissants télescopes modernes, et dont les orbites sont si étroites qu’aucun télescope ne peut les découvrir.

Nous devons à sir W. Herschel la découverte d’étoiles doubles ou binaires, formant des systèmes évoluant autour de leur centre commun de gravité, et l’on en connaît un grand nombre; mais, la plupart du temps, leur période d’évolution est longue, la plus courte étant d’environ douze ans, tandis qu’un grand nombre atteignent plusieurs centaines d’années.

Ce sont, il va sans dire, toujours des étoiles doubles visibles, mais l’on en connaît actuellement beaucoup dont une seulement est visible, tandis que la seconde, ou bien n’est pas lumineuse, ou se trouve si rapprochée de sa compagne qu’elles paraissent ne former qu’une seule et même étoile, même à l’aide des plus puissants télescopes.

Plusieurs des étoiles variables appartiennent à la classe précédente, comme, par exemple, Algol, dans la constellation de Persée, dont l’éclat diminue de la seconde à la quatrième grandeur, en quatre heures et demie, et reprend son ancien éclat dans le même laps de temps, jusqu’à la nouvelle période d’obscurcissement, qui revient régulièrement tous les deux jours et vingt et une heures. Le nom d’Algol dérive de l’Arabe: «Al Ghoul, le ghoul familier des Mille et une Nuits arabes, ainsi nommé le démon», d’après sa façon d’agir étrange et fantasque.

On supposa pendant longtemps que cet obscurcissement était dû à un compagnon sombre, qui éclipsait partiellement l’étoile brillante à chaque révolution prouvant que le plan de l’orbite du couple était presque exactement dirigé suivant notre vision.

L’application du spectroscope fit de cette conjecture une certitude. Pendant une même période de temps, avant et après l’obscurcissement, on trouva un mouvement radial, soit en deçà, soit au delà de nous, au taux d’environ 42 kilomètres par seconde.

Au moyen de ces quelques rares données et des lois de gravitation qui fixent la période de révolution des planètes à des distances variables de leurs centres de révolution, le professeur Pickering, de l’Observatoire de Harward, put arriver aux chiffres suivants, qui ne doivent pas s’éloigner beaucoup de la réalité :


Si l’on tient compte du fait que ces chiffres ont trait à une paire d’étoiles, dont l’une seulement a été vue jusqu’ici, et que l’on ne peut pas même découvrir à l’aide des plus puissants télescopes le mouvement orbital de l’étoile visible; si, de plus, nous faisons entrer en ligne de compte les énormes distance qui nous séparent de ces corps, ces beaux résultats de l’observation spectroscopique seront hautement appréciés.

A côté d’une découverte merveilleuse, effectuée par d’aussi simples moyens, les faits découverts sont en eux-mêmes étonnants.

Tout ce que nous savions jusqu’ici des étoiles, au moyen de l’observation télescopique, c’est que, malgré qu’elles parussent semées avec abondance dans les cieux, de grandes distances les séparaient les unes des autres.

Il en est ainsi des étoiles doubles, vues au télescope, et cela, par le fait de leur énorme éloignement de nous. On estime actuellement que, même les étoiles de première grandeur sont, dans la moyenne, distantes de quatre-vingts millions de kilomètres.

Il est avéré actuellement que, même lorsqu’il s’agit d’étoiles de première grandeur, celles-ci sont distantes de nous d’environ 132 billions de kilomètres, tandis que les étoiles doubles les plus rapprochées l’une de l’autre, telles que les plus grands télescopes peuvent séparer, sont distantes d’une demi-seconde. Ces dernières, à cette distance, sont séparées par un espace de 2.400 millions de kilomètres.

Or, dans le cas d’Algol et de son compagnon, nous avons deux corps plus grands que notre soleil, qui ne sont séparés que par une distance de 3.600.000 kilomètres, distance qui ne dépasse guère leurs diamètres réunis.

Nous n’avions point prévu une rotation si rapprochée de ces grands corps, et sachant maintenant que le voisinage de notre soleil — et probablement de tout l’univers — est rempli de substances météoriques et cométaires, il paraît probable que, dans le cas d’une grande proximité entre deux soleils, la somme de ces matières deviendrait considérable et produirait, par des collisions répétées, une augmentation de leur masse, puis leur fusion définitive en un corps gigantesque. On dit qu’un astronome persan donna, au Xe siècle, le nom d’étoile rouge à Algol, tandis que de nos jours, elle est devenue blanche, ou tout au moins jaunâtre. Cela tend à indiquer une augmentation de température causée par la collision ou par la friction, et peut-être par le rapprochement de cette paire d’étoiles.

Un nombre considérable d’étoiles ayant un compagnon obscur ont été découvertes à l’aide du spectroscope, malgré que leur rotation ne soit pas dans notre plan visuel, et que, par conséquent, il n’y ait pas d’obscurcissement périodique. Afin de découvrir ces couples d’étoiles, le spectre d’un grand nombre d’entre elles est pris sur des plaques photographiques, chaque soir, pendant une ou plusieurs années. Ces plaques sont ensuite soigneusement examinées avec un fort grossissement, pour y découvrir un déplacement périodique des lignes; il est étonnant de constater le nombre de fois où l’on a trouvé, et où l’on a pu déterminer la période de révolution d’un couple d’étoiles.

Mais, outre la découverte d’étoiles doubles, dont l’une est sombre et l’autre brillante, bien des groupes d’étoiles brillantes ont été constatés par les mêmes procédés; cependant, dans ce dernier cas, la méthode sera un peu différente.

Chaque étoile constituante étant lumineuse, donnera un spectre distinct, et les meilleurs spectroscopes sont si puissants qu’ils peuvent séparer ces spectres, lorsque leurs étoiles sont à leur distance maxima, alors qu’aucun télescope connu, ou possible, ne peut séparer les étoiles constituantes.

La division obtenue par le spectre se montre généralement par le fait que les lignes les plus visibles deviennent d’abord doubles, puis simples, indiquant que le plan de révolution est plus ou moins oblique par rapport à nous, de telle sorte que si les deux étoiles étaient visibles, elles sembleraient s’écarter l’une de l’autre, puis se rapprocher à chaque révolution. Ensuite, à mesure que chaque étoile se rapproche ou s’éloigne de nous, la vitesse parallèle de chacune d’elles peut être déterminée, la masse relative nous étant indiquée de ce fait. On a découvert de la sorte des systèmes non seulement doubles, mais encore triples et multiples. Les étoiles constatées doubles au moyen de ces deux méthodes sont si nombreuses, que l’un des meilleurs observateurs estime qu’une étoile environ sur treize montre des inégalités dans son mouvement radial, et qu’elle est, par conséquent, une étoile double.

LES NÉBULEUSES

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Un autre grand résultat de l’analyse spectrale, et peut-être le plus grand de tous, est la démonstration du fait qu’il existe de véritables nébuleuses, et qu’elles ne sont point, comme on le supposait autrefois, des amas d’étoiles, trop serrées pour être séparées. Elles possèdent des spectres gazeux, ou gazeux et stellaires tout à la fois, et cela, joint au fait que les nébuleuses sont fréquemment groupées autour d’étoiles nébuleuses ou de réunions d’étoiles, prouve que les nébuleuses ne sont point séparées dans l’espace stellaire, mais qu’elles constituent des parties essentielles d’un vaste univers étoilé.

De plus, nous avons de sérieuses raisons de croire qu’elles constituent réellement la matière primitive des étoiles, et que nous pouvons, dans leurs agrégations et leurs condensations, suivre le véritable cours de l’évolution des étoiles et des soleils.

ASTRONOMIE PHOTOGRAPHIQUE

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L’astronomie nouvelle possède un autre instrument de recherches, lequel, employé seul ou combiné avec le spectroscope, a produit et produira à l’avenir une somme de connaissances, au sujet de l’univers stellaire, impossible à acquérir par d’autres moyens.

Nous avons déjà indiqué comment il a été possible de découvrir les étoiles nouvelles et doubles, au moyen des plaques photographiques sur lesquelles, soir après soir, vient s’enregistrer au moyen de leur spectre, chaque ligne, sombre ou colorée, dans sa position exacte, de façon à pouvoir être agrandie et comparée avec d’autres de séries diverses, permettant la constatation et la mesure des plus petits changements. Sans la conservation de ces documents, la plus grande partie des découvertes spectroscopiques n’auraient pu être faites.

Mais il existe deux autres emplois de la photographie, lesquels, malgré leur nature toute différente, pourront, comme résultat final, acquérir une importance capitale.

Le premier consiste à obtenir, par l’usage de la plaque photographique, qui leur permet de se reproduire elles-mêmes, avec une grande exactitude, la position précise de dizaines, de centaines et même de milliers d’étoiles; un nombre indéfini de copies peuvent être tirées de ces cartes stellaires.

Ce mode d’agir supprime du coup l’ancienne méthode consistant à fixer la position de chaque étoile par des calculs répétés, au moyen d’instruments compliqués, ainsi que leur inscription dans de longs et coûteux catalogues.

On estime la chose si importante que l’on construit maintenant des appareils spécialement destinés à la photographie stellaire; ceux-ci, montés sur des supports équatoriaux, tournent lentement de telle façon que l’image de chaque étoile puisse rester stationnaire sur la plaque pendant plusieurs heures.

Il y a maintenant un accord conclu entre tous les grands observatoires du monde entier, pour exécuter la photographie complète de l’espace céleste avec des instruments identiques, et cela, afin d’obtenir des cartes à la même échelle de tout le système stellaire. Ces dernières serviront de point de repère fixe aux futurs astronomes, qui pourront, par ce moyen, déterminer les mouvements propres des étoiles de toute grandeur avec une exactitude impossible à atteindre autrement.

Le second usage important de la photographie dépend du fait qu’en augmentant la durée de pose, nous renforçons le pouvoir lumineux des étoiles faibles, en intégrant leur lumière pendant assez longtemps pour impressionner la plaque.

Vous apprendrez avec surprise qu’une bonne chambre à portraits, munie d’une lentille de dix ou douze centimètres de diamètre, et montée de telle façon qu’elle puisse subir une exposition de plusieurs heures, montrera des étoiles si petites qu’elles sont même invisibles avec le grand télescope de Lick.

De cette façon, la plaque révélera souvent des étoiles doubles ou de petits groupes d’étoiles invisibles par d’autres moyens.

Les ouvrages d’astronomie reproduisent constamment de semblables photographies d’étoiles, que, malgré leur fidélité, plusieurs personnes n’apprécient pas à leur juste valeur; cela provient de ce que chaque étoile est représentée par un cercle lumineux, parfois assez considérable, ayant un contour plutôt vague, et non comme un simple point lumineux, tel que l’indique un bon télescope.

Mais le point capital, dans ces photographies, ne consiste pas tant dans la petitesse, que dans La rondeur de ces reproductions d’étoiles; cela prouvant l’extrême précision. avec laquelle l’image de chaque étoile a été conservée par le mouvement d’horlogerie de l’instrument, sur le même point de la plaque, durant toute l’exposition.

On peut voir, par exemple, dans la photographie de la belle nébuleuse d’Andromède, prise le 29 décembre 1888, par le docteur Isaac Roberts, au moyen d’une exposition de quatre heures environ, à peu près mille étoiles, grandes et petites, chacune d’elles étant représentée par une tache circulaire blanche d’une dimension correspondant à la grandeur de l’étoile.

Ces taches rondes peuvent être divisées très exactement par les fils en croix du micromètre, ce qui fait que, soit la distance qui sépare les centres de n’importe quelle paire d’étoiles, soit la direction de la ligne joignant leurs centres, peuvent être déterminées avec autant d’exactitude que si chacune d’elles était représentée par un seul point. Mais comme un point blanc serait presque invisible sur les cartes, et ne pourrait fournir aucune donnée certaine de la dimension probable de l’étoile, des erreurs seraient très fréquentes, et obligeraient l’observateur d’entourer chaque étoile d’un cercle, pour indiquer sa grandeur, et pour la rendre plus visible. Il faut donc admettre que le défaut supposé n’est qu’un avantage de plus. La photographie sus-mentionnée est superbement reproduite dans l’Astronomie ancienne et moderne, de Proctor, publiée avant sa mort.

Mais, outre la somme de connaissances obtenue par les moyens brièvement indiqués ci-dessus, la lumière s’est faite, et largement, sur la distribution des étoiles dans leur ensemble, et, de là, sur la nature et l’étendue de l’univers stellaire, par l’étude consciencieuse des documents obtenus par les anciennes méthodes et par l’application de la doctrine des probabilités quant aux faits observés. C’est par ce moyen seulement, que des résultats très frappants ont été acquis, ceux-ci étant confirmés par les méthodes plus récentes, ainsi que par l’emploi d’instruments nouveaux dans la mesure des distances stellaires.

Les faits concernant très spécialement le sujet capital de ce livre seront étudiés de près dans le chapitre suivant.

CHAPITRE IV

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La Distribution des Etoiles.

Lorsque nous regardons les cieux par une nuit claire et sans lune, du haut d’un lieu élevé, d’où nous pouvons découvrir l’horizon, le spectacle est infiniment grandiose.

L’éclat intense de Sirius, Capella, Véga et d’autres étoiles de première grandeur, leur groupement remarquable en constellations, dont Orion, la Grande-Ourse, Cassiopée et les-Pléiades offrent des exemples familiers; l’espace qui les sépare, rempli par un réseau scintillant de myriades de points lumineux, qui vont s’éteignant jusqu’aux limites de l’horizon, paraît, de prime abord, rendre impossible leur classement méthodique.

Cette entreprise fut cependant accomplie par Hipparque 134 ans av. J.-C.); il dénombra et fixa la position de plus de mille étoiles, et c’est là, jusqu’à la cinquième grandeur, le nombre des étoiles visibles, sous la latitude de la Grèce.

Une énumération récente de toutes les étoiles visibles à l’œil nu, dans les circonstances les plus favorables, a été faite par l’astronome américain Pickering. Leur total, pour l’hémisphère nord, atteint 2.509, et pour l’hémisphère sud, 2.824, indiquant, pour ce dernier, une richesse un peu supérieure.

Mais cette différence est entièrement due à une prédominance d’étoiles entre la grandeur 5 1/2 et 6, c’est-à-dire à la limite de la vision, tandis que celles inférieures à la grandeur 5 1/2 dépassent de 85 celles de l’hémisphère nord. Le professeur Newcomb estime qu’en réalité le nombre d’étoiles visibles d’un hémisphère ne dépasse pas l’autre.

En résumé, le nombre total des étoiles visibles, d’après les calculs ci-dessus, est de 5.333, comprenant les étoiles jusqu’à la grandeur 6,2, tandis que l’on s’accorde généralement pour fixer la limite de la vision à 6.

En récapitulant tous ces documents, l’astronome italien Schiaparelli conclut que le nombre total d’étoiles, jusqu’à la sixième grandeur, est de 4.303; elles lui paraissent assez régulièrement réparties entre les hémisphères nord et sud.

LA VOIE LACTÉE

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Outre, les étoiles, nous avons dans le ciel une bande lumineuse traversant les deux hémisphères, et qui, pareille à une écharpe déployée, porte le nom de Voie lactée ou Galaxie. Elle s’étale à travers les cieux comme une arche magnifique, surtout durant les mois d’automne, sous notre latitude. Cette arche qui, à première vue, ressemble à un grand anneau de lumière faisant le tour du ciel, est fort irrégulière, vue en détail; tantôt simple, tantôt double, émettant parfois des branches latérales, et souvent lacérée en son milieu par des fentes, des trous noirs, des vides, à travers lesquels on peut apercevoir le ciel sans aucune étoile.

Lorsqu’on observe la Voie lactée avec une jumelle d’opéra ou avec un petit télescope, l’on aperçoit sur le fond lumineux une quantité d’étoiles, dont le nombre va croissant avec le calibre du télescope, jusqu’à ce que, au moyen des plus grands et des plus modernes de ces instruments, l’on puisse se rendre compte que la Voie lactée fourmille d’étoiles; elle est très irrégulière: ici parsemée d’amas d’étoiles, là, au contraire, déchirée de trous et de fentes, mais présentant toujours un fond quelque peu nébuleux, comme s’il y avait encore là des myriades d’étoiles visibles seulement pour une puissance optique encore supérieure.

Les rapports existant entre cette vaste écharpe d’étoiles et le reste du système stellaire excitent depuis longtemps l’intérêt des astronomes, et plusieurs en ont recherché la solution.

Au moyen du jaugeage, c’est-à-dire en comptant combien d’étoiles passent dans le champ du télescope en un temps déterminé, sir William Herschel le premier, par un effort systématique, essaya de déterminer la forme de l’univers stellaire. Il trouva que le nombre des étoiles augmente rapidement, lorsqu’on se rapproche de la Voie lactée, venant de n’importe quelle direction. Dans la Voie lactée elle même, le nombre des étoiles visibles devenant au moins double, il eut alors l’idée que la forme du système était celle d’un grand anneau, fortement comprimé, mais moins dense près du centre où notre soleil est situé. Pour emprunter une image familière, il comparait la Voie lactée à un disque plat, ou à une meule de moulin d’épaisseur irrégulière, et fendue en deux parties du côté où elle paraît double.

La quantité énorme d’étoiles qui la composent est censée être due au fait que nous l’examinons de champ ou par la tranche, au travers d’une énorme épaisseur d’étoiles; tandis que si, placés à angle droit par rapport à sa direction, nous regardons vers ce que l’on nomme le pôle de la Voie lactée, et de même, si nous la regardons obliquement, nous découvrons l’espace à travers une couche d’étoiles bien plus mince, lesquelles paraissent alors être plus distantes les unes des autres.

Mais, dans les dernières années de sa vie, sir William Herschel se rendit compte que ce n’était point là la véritable explication des particularités constatées dans la Voie lactée.

Ses taches et ses lignes brillantes, ses ouvertures et fentes noires, ses étroits rayons lumineux, souvent bordés de. bandes foncées, rendent inadmissible la théorie par laquelle cet anneau lumineux aurait la forme d’un disque comprimé, qui s’étendrait dans un plan, sur un espace beaucoup plus grand que son épaisseur apparente.

En examinant un groupe très lumineux, Herschel estima que son télescope avait pénétré jusqu’à des régions vingt fois plus éloignées que les étoiles les plus brillantes qui forment les portions avoisinant de près la Voie lactée.

Maintenant, prenons l’exemple des nuées de Magellan, dans l’hémisphère sud, deux taches nébuleuses et arrondies, à quelque distance de la Voie lactée, dont elles semblent avoir été détachées. Sir John Herschel lui-même a montré que l’interprétation sus-indiquée ne peut leur convenir, parce que, dans ce cas, il nous faudrait supposer que ces nuées ne sont point des masses arrondies, mais bien de très longs cônes ou cylindres, situés de telle façon que nous les voyons de pointe.

Tout au plus, admet-il exceptionnellement cette hypothèse, mais jamais pour un nombre considérable de corps lumineux. Or, dans la Voie lactée, il existe des centaines et même des milliers d’amas de matière ou très lumineux ou très sombres; si donc la forme de la Voie lactée est celle d’un “disque beaucoup plus large qu’épais, et que nous voyons de profil, il faut admettre que toutes ces taches, que tous ces sillons tortueux soit de lumière intense, soit d’un noir foncé, ne sont en réalité que de très longs cylindres, ou des tunnels, ou des lames profondément recourbées, ou d’étroites fissures. De plus, chacune de. celles que l’on retrouve, disséminées sur toute l’étendue de ce vaste cercle de lumière, devrait être arrangée de telle façon qu’elle se présente à nous par sa pointe, ou que son axe fût dirigé exactement vers le soleil.

Cet argument, admirablement exposé par feu M. A.-R. Proctor, dans son très instructif volume, Notre Place dans l’infini, est maintenant généralement admis par les astronomes, et la conclusion logique en est que la Voie lactée a la forme d’un vaste anneau irrégulier, dont la section est à peu près circulaire dans toutes ses parties; tandis que les fentes ou déchirures innombrables qui nous permettent de voir l’obscurité de l’au delà, au travers de la Voie lactée, font supposer que, dans cette direction, son épaisseur est moindre au lieu d’être supérieure à son étendue apparente, c’est-à-dire que nous la voyons à sa partie large au lieu de l’étroite.

Avant d’étudier les relations qui existent entre l’ensemble des étoiles disséminées dans toute la voûte des cieux et cette grande écharpe d’étoiles télescopiques, nous voulons donner une description un peu complète de la Voie lactée, tout d’abord, parce qu’elle n’est pas suffisamment indiquée sur les cartes célestes, puis, pour montrer sa structure merveilleuse et compliquée, puis enfin, parce qu’elle constitue le phénomène fondamental sur lequel repose l’argumentation du présent volume.

Je me servirai, dans ce but, de la description donnée par sir John Herschel dans ses Eléments d’astronomie, soit parce que, de tous les astronomes au siècle dernier, il l’a étudiée dans les deux hémisphères avec le plus de soin, à l’œil nu, aussi bien qu’à l’aide des meilleurs télescopes, soit parce que, parmi la foule d’ouvrages modernes parus dans les trente dernières années, son remarquable livre est relativement peu connu.

Cette description soignée et précise sera également utile à ceux de mes lecteurs qui désirent faire plus intime connaissance avec ce magnifique corps céleste, en examinant les formes étranges et les beautés de sa structure, soit à l’œil nu, soit à l’aide d’une bonne jumelle de théâtre, ou d’un petit télescope muni d’une lentille de bonne qualité.

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Yaş sınırı:
0+
Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
369 s. 16 illüstrasyon
ISBN:
4064066336462
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
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