Kitabı oku: «Giotto»
Alice Meunier
Giotto

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066307523
Table des matières
PRÉFACE
I
II
III
IV
V
BIBLIOGRAPHIE
PRÉFACE
Table des matières
L’AUTEUR de ce livre, Mlle Alice Meunier, apporte à la collection des «Maîtres anciens et modernes» son amour de l’Italie et de l’art italien. Elle a vécu par delà les Alpes de nombreux jours. A Rome, qui est à l’aboutissement de ce monde renaissant, et dans toutes ces villes, de Pise à Florence, de Padoue à Sienne, de Pérouse à Assise, devant les monuments si simples d’aspect, et devant les fresques, richesse de la décoration intérieure, elle a contracté la fièvre de l’enthousiasme, elle a senti grandir en elle la foi au culte de l’art. C’est le sentiment le plus fort et le plus haut qui puisse satisfaire l’élite humaine. Par lui, on oublie les luttes et les misères de la vie, on peut apaiser les chagrins, supporter ce qui est trivial, ennoblir la douleur.
Le but principal de cette collection, consacrée aux artistes, est d’enseigner à tous cette manière de donner un intérêt passionné à l’existence, de l’élever au-dessus de la vulgarité toujours prête à l’envahir. Les artistes sont les dispensateurs de cette religion de l’art, qui offre à tous ceux qui sauront la servir des modèles de beauté et de sensibilité. L’art double la vie, l’amplifie et l’exalte, lui donne à la fois la passion et la sagesse. Voici donc Giotto, qui est l’un des premiers, sinon le premier, parmi les initiateurs que furent les artistes italiens. Vous allez lire le récit de sa vie et l’exacte énumération de ses œuvres. Je ne puis, en préface à ce récit vivant, que manifester l’émotion profonde ressentie devant la première apparition de l’œuvre du grand artiste lors d’un voyage à travers l’Italie, alors que je ne connaissais de Giotto que le Saint François exposé au Louvre, dans la petite salle des Primitifs italiens.
Ce ne fut pas le peintre que je connus le premier, mais l’architecte et le sculpteur, et Giotto, dès l’abord, se révéla comme l’un de ces grands hommes universels qui précédèrent les temps de la Renaissance. Le Campanile de Giotto! La mémoire garde à jamais le surgissement de la haute tour quadrangulaire élevée si proche de Sainte-Marie-des-Fleurs qu’il n’y a guère, entre elle et la cathédrale, que l’étroit passage d’une ruelle. Elle est, comme le Baptistère, comme la Cathédrale, recouverte de revêtements de marbre, où des formes géométriques, rectangulaires, carrées, losangées, circulaires, sont tracées par des bandes de marbre grises et rouges. Charles-Quint demandait pour le Campanile un écrin, et il a, en effet, les apparences d’un objet précieux. Mais ni la force ni la grandeur ne lui manquent. Il monte d’un seul élan, malgré les détails qui l’enrichissent, à une bauleur de 85 mètres, que Giotto voulait allonger jusqu’à 94 mètres par un clocher en pyramide. La première pierre fut posée le 18 juillet 1334. Giotto fut choisi pour succéder à Arnolfo di Cambio, architecte de Sainte-Marie-des-Fleurs. Le chroniqueur florentin Giovanni Villani s’exprime ainsi: «La direction des travaux fut confiée à maître Giotto, notre concitoyen, le plus souverain maître en peinture de son temps, et celui qui sut le mieux reproduire les figures et les gestes d’après nature.»
C’est un peintre, en effet, et l’on verra dans ce livre, par le détail, l’œuvre qu’il a élaborée aux murailles d’Assise, de Padoue, de Florence, œuvre forte et hardie, audacieuse et tranquille, qui proclame, contre les formes religieuses byzantines, la variété de la nature, le droit d’observation et de création, la mise en liberté de l’art. Ces définitions s’appliquent aussi aux sculptures pareilles à des tableaux en bas-reliefs encadrés par les losanges et les hexagones tracés par Giotto, architecte décorateur, aux étages inférieurs du Campanile. Ce sont des scènes représentatives de la réalité, des symboles et des figurations exactes, la Science, la Tempérance, la Force, le Travail, l’Astronomie, l’Equitation, l’Agriculture, le Commerce, le Tissage, la Céramique, le Métal, la Peinture, la Sculpture, la Philosophie, la Musique, la Grammaire, l’Arithmétique, la Navigation, avec des personnages tels que Ptolémée, Apelle, Phidias, Platon, Aristote, etc.
Que Giotto succède à Cimabue, qu’il ait été découvert par lui, qu’il l’ait eu pour maître, c’est admis, et on peut l’admettre. Mais il fait, en réalité, une révolution contre Cimabue. Avec Brunelleschi, avec Donatello, il découvre la nature par la divination subite de l’Antiquité retrouvée. Sur la vue des quelques œuvres intactes, des ruines, des fragments, ces grands artistes ont appris la science et la mesure, les proportions et le modelé, la plus grande vérité des choses. Ces conquêtes nous paraissent simples aujourd’hui, mais pour s’emparer de ce monde presque disparu, fragmenté, brisé par la haine, enfoui sous la poussière du temps, il fallait des hommes de génie au cœur simple, à l’intelligence directe, à l’esprit de haut vol. Le trio du peintre, de l’architecte, du sculpteur, fut ainsi. Dé Giotto, qui vint le premier, on sait qu’il travailla comme mosaïste à Saint-Pierre et à Saint-Jean-de-Latran, qu’il connut la beauté des temples antiques et des basiliques chrétiennes, la richesse des matériaux employés par les Césars et par les Papes. Ajoutez l’influence de Giovanni Pisano, de François d’Assise, peut-être de Dante, et ceci dit, il fallait un Giotto pour s’assimiler, sans déperdition de sa propre individualité, ce flux d’art et de vie qui lui arrivait de tous côtés. Les hommes qui possèdent le don de Giotto ne distinguent pas entre les apports de l’art et de la vie, ou s’ils distinguent, ce n’est que pour trouver dans l’art la preuve de la vie, et une raison de plus de prendre à la nature tout ce qu’ils pourront apercevoir et ravir de richesse et de nouveauté.
L’observation des êtres, de leurs mouvements, de leurs sentiments, de leurs passions, domine l’œuvre de Giotto, qui est un défilé sans fin de formes et de gestes, une arrivée en foule de pensées nées de tous les actes et de toutes les intentions de la vie. C’est ainsi pour les bas-reliefs du Campanile, conçus, dessinés par Giotto, exécutés par Andrea Pisano. C’est ainsi pour les fresques de la vie de saint François et des scènes du Nouveau-Testament dans les deux églises d’Assise. C’est ainsi pour l’histoire de la Vierge et de Jésus aux murailles de l’Arena à Padoue. C’est ainsi pour une nouvelle vie de saint François dans la chapelle Bardi et la vie de Jean-Baptiste dans la chapelle Peruzzi, de l’église de Santa-Croce à Florence.
On lira dans ce livre la description complète et l’appréciation enthousiaste et judicieuse de ces grandes œuvres, à la suite d’une étude des origines de l’art de Giotto, recherchées dans l’art de l’Antiquité et du Moyen âge et dans le mouvement franciscain. Mlle Alice Meunier a su écrire ce récit de la vie de l’artiste et cette étude de la nouveauté de son art avec la force, la simplicité, la pure lumière qui émanent des admirables fresques d’Assise, de Padoue, de Florence, et des bas-reliefs du Campanile. Elle a su mettre d’accord sa pensée, son style, son respectueux commentaire, avec l’œuvre grandiose qu’elle admire et qu’elle a célébrée avec l’émotion d’une néophyte.
GUSTAVE GEFFROY.
I
Table des matières
La peinture dans l’antiquité et au moyen âge. Le mouvement franciscain.
IL nous reste peu de chose de la peinture antique. Les couleurs résistent encore plus mal que les marbres aux attaques des éléments. Leur conservatrice, c’est la terre, et nous n’en avons que ce que les fouilles de nos archéologues lui ont fait rendre.
De la peinture grecque, nous ne savons que des noms, des légendes. De la peinture romaine décorative, nous possédons de bons spécimens, peut-être dus à des Grecs, car ils travaillaient volontiers pour leurs vainqueurs, et le Romain de pure race n’était pas apte aux arts. On cite, à Pompéi, la maison des Vetii; à Rome, la maison de Livie, la maison d’Or de Néron, etc. Encadrements de lignes capricieuses, mais toujours revenant à la symétrie, où la figure humaine s’achève en ramifications de plantes, où des masques de satyres et de ménades grimacent parmi des guirlandes, où des vases se perdent dans des volutes de feuillage; petits paysages fins comme des miniatures; coupes de cristal aux transparences impalpables; fleurs, fruits, scènes de la mythologie ou de la rue, aux groupements savants, aux architectures solides: tout nous prouve que les anciens n’ignoraient rien de la perspective, du modelé, du clair-obscur. Raphaël, sur le conseil de Jean d’Udine, ne dédaigna pas d’imiter, dans les Loges du Vatican et la Villa Madame, les peintures des Thermes de Titus découvertes de son temps. D’ailleurs, les artistes de Rome ne furent pas seulement des décorateurs, en quelque sorte patrons des modernes Italiens qui peignent des trompe-l’œil sur les façades ou des draperies et des ciels azurés dans les intérieurs; ils furent aussi des peintres de genre et des peintres d’histoire, comme en témoignent les Noces Aldobrandines et les Processions d’Enfants de la bibliothèque du Vatican.
La fin du paganisme causa dans l’art un grand désarroi, les sujets mythologiques se trouvant interdits. Ils s’étaient cependant glissés aux Catacombes, avec Orphée, mais comme symboles, comme langue hiéroglyphique, pour laquelle il n’était pas besoin d’artistes, quoique certaines compositions, par exemple celle de la voûte d’une chapelle aux catacombes de saint Calliste, fassent preuve d’une véritable science. Après l’édit de Milan (édit de tolérance et de liberté pour les deux cultes) les chrétiens crurent hâter la chute de l’idolâtrie en brûlant ce qu’on avait adoré. Lorenzo Ghiberti le déplore dans ses Commentaires, dédiés à la Terre-Mère d’Italie, où il passe en revue les sculpteurs et les peintres anciens et la somme de science qu’il faut à l’artiste véritable: «Donc, au temps de Constantin, empereur, et de Sylvestre, pape, la foi chrétienne triomphe. L’idolâtrie est persécutée au point que toutes les statues et les peintures de si antique et parfaite dignité furent détruites et lacérées; et aussi consumés avec les statues et les peintures, les volumes et les commentaires, et les lignes et les règles qui donnaient l’enseignement d’un art si excellent et si délicat. Et, pour arracher toutes les anciennes coutumes d’idolâtrie, tous les temples durent être blanchis. En ce temps, on menaça de grandes peines quiconque ferait aucune statue ou aucune peinture. Ainsi finit l’art statuaire et la peinture, et toutes les doctrines dont ils sont le résultat. L’art fut détruit et les temples blanchis pendant environ six cents ans. Les Grecs commencèrent, très débilement, l’art de la peinture; mais autant les anciens furent habiles, autant en cet âge on fut grossier et ignorant .»
MADONE D’OGNISSANTI
Florence. Musée des Offices.

Comme tous ceux qui généralisent, Ghiberti exagère, car le christianisme entra doucement dans les temples, dont il conserva certaines fêtes et bien des cérémonies; dans les familles, où l’on put voir, comme l’écrit saint Jérôme dans ses lettres, un grand-père, flamine de Jupiter, faire sauter sur ses genoux des petits enfants chrétiens. Si des temples furent «blanchis», on construisit des églises ornées de mosaïques charmantes, comme le baptistère de Constance, dont la voûte en berceau de l’ambulatorium est décorée de rinceaux élégants, de paons aux queues multicolores et de petits vendangeurs, anges ou amours, qui pressent avec tant de conviction le raisin d’où jaillit le vin, le sang du calice. Ghiberti, d’ailleurs, ignorait l’église inférieure de Saint-Clément, couverte de fresques peintes du VIIIe au XIe siècle, pour la bonne raison qu’elle était enfouie sous ses décombres, dans lesquels, au commencement du XIe siècle, le pape Pascal II, après en avoir retiré le Ciborium et des placages de marbre et de porphyre, planta les fondations de la nouvelle basilique.
Les barbares furent bien plus coupables que les chrétiens de la destruction des œuvres d’art. La grotte de Bethléem retentit des lamentations de saint Jérôme sur Rome saccagée et c’étaient des barbares aussi stupides que Genséric, ces Normands de Robert Guiscard qui, pour venger Grégoire VII chassé de Rome par l’empereur Henri IV, s’acharnèrent sur l’église constantinienne de Saint-Clément.
HOMMAGE RENDU AU JEUNE FRANÇOIS
(Assise. Église Supérieure).

L’atmosphère inquiète de la fin d’un monde, la misère des temps où la ville éternelle ne comptait plus que 20.000 âmes, étaient bien contraires à l’éclosion des arts. La peinture fut remplacée par la mosaïque. Des Grecs, expulsés de Constantinople par les iconoclastes avaient apporté en Italie leur traditionalisme. Ils fournirent aux églises et aux couvents les crucifix, les images de la Madone et des saints, toujours les mêmes, et qui suffisaient à la dévotion, tout en perdant peu à peu de leurs qualités d’origine, jusqu’à devenir, au IXe siècle, véritablement sauvages.
Le XIIIe siècle, qui nous donne Giotto, fut tourmenté, violent et fécond. Les grandes croisades sont finies, laissant le tombeau du Christ aux infidèles; la puissance pontificale, qui s’affirme avec hauteur, est en lutte avec l’empereur; la foi est ardente, mais attaquée; les hérésies surgissent de toutes parts. Vaudois, Albigeois, Patarins, Cathares, tous cherchent à ébranler l’Église, la société, la famille. Mais, en même temps, apparaissent des saints armés de science et de vertu et qui ont l’intuition du besoin populaire de rester dans la tradition apostolique: saint Louis, chevalier et roi, saint Dominique, fondateur de l’ordre enseignant; saint François, amant de la pauvreté ; saint Thomas, qui renferme dans la Somme toute la doctrine chrétienne et toute la science de la Sorbonne. C’est leur impulsion, bien plus que le faste des princes et des républiques, qui fait frémir, éclore les germes d’art sommeillant depuis si longtemps dans le sein de l’humanité. L’architecture avait déjà pris son essor avec les cathédrales gothiques: d’ailleurs, elle n’avait pas cessé de produire, mais le roman, avec ses pesanteurs de forteresse, restait trop attaché à la terre; le gothique s’élanca vers le ciel. Et, surtout, la Renaissance, la Renaissance totale, avec la sculpture et la peinture, se fait en Italie, en Toscane.
La Toscane, c’est l’Étrurie qui, dans l’antiquité, avait été l’initiatrice de l’Italie aux arts. Elle les avait reçus d’Égypte et de Grèce, avait orné ses villes de statues innombrables, élevé à ses morts de somptueux tombeaux, paré ses femmes de délicats bijoux et instruit Rome de la civilisation. Mais l’élève était dure, ingrate, jalouse peut-être d’une suprématie intellectuelle. Elle détruisit l’Étrurie, comme elle avait détruit le Latium, comme elle supprimera tous les peuples, maîtres anciens de la péninsule. Les vaincus perdront jusqu’à leur langue. C’est grande érudition que de retrouver quelques mots, une phrase d’étrusque. L’anéantissement, ou, pour parler plus justement, l’assimilation à Rome dura près de mille ans, puis le flot barbare passa, emportant tout, sauf le sol. Ce sol avait, en Toscane, des vertus particulières. Les arts y refleurirent avec intensité. Ce fut là que commença la Renaissance, avec Dante, père de la langue italienne, qu’il met au jour dans ses poèmes; avec Giotto, père de la peinture moderne.