Kitabı oku: «Rêves d'artiste»
Ary Renan
Rêves d'artiste

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066322854
Table des matières
AVANT-PROPOS
POÉSIES ORIENTALES
ORGUEIL
ANARGALI
LE CALENDER
ISLAM
LE MÉDRESSEH
L’ANNEAU DU KHALIFE
A BYZANCE
RUISSEAU D’ORIENT
LE JOURDAIN
SONNET JAPONAIS
EXTRÊME-ORIENT
ARMOR
LE LOINTAIN VOYAGE
LE CHANT DE L’ARGONAUTE
LE MIRAGE
NAUFRAGE
L’ÉPAVE
AGONIE
UN SOIR A PLOUMANACH
LE PHARE
QUAND LE JUSANT DÉFERLE...
VERS L’IDÉAL
ROSE DES VENTS
SONNETS D’AMOUR
CRÉPUSCULE
PARFUM D’AMOUR
NOUS AVONS TOUT CONNU.
EXALTATION
LES YEUX
VERGER SILENCIEUX
LE RAVIN D’HESPÉRIE
L’ESQUIF ENCHANTÉ
LA FLEUR MORTELLE
ÉTERNITÉ
PRENDS MON CŒUR DANS TA MAIN...
MEMOR
SOUVENIR
SONNETS DE LA MORT
LA PHALÈNE
A LA MORT
INVOCATION AU SOMMEIL
LE LÉTHÉ
I LES ÉPOUX
II LES AMANTS
III LES VIERGES
SOIS TENDRE...
EN AVRIL1900
AZRAËL
SONNETS ANTIQUES
PANTHÉISME
HELLAS
APPEL AUX DIEUX
LES HARPIES
JEUX DIVINS
A SABINUS
A LOLLIUS
VARIA
RAGUSE
LE CRISTAL
L’ÉMAILLEUR
A MON MAITRE
LA LOI DES MONDES
PRÉSAGE SIBYLLIN
LE RÊVE
LES SAINTS AGENOUILLÉS
LES TROIS CHEVALIERS
LE PREMIER CHEVALIER
LE DEUXIÈME CHEVALIER
LE TROISIÈME CHEVALIER
BARDE BRETON
NÉMÉSIS
PETITS POÈMES EN PROSE
CERCLES DE PAPILLONS NOIRS
PERSÉE CONTE MYTHOLOGIQUE

ARY RENAN
1857-1900
AVANT-PROPOS
Table des matières
Les vers qui suivent ont été écrits par Ary Renan dans les dernières années d’une vie qui devait être brisée prématurément par une lente agonie et une mort douloureuse. Les fées des mers du Nord avaient mis bien des dons dans le berceau de ce peintre et de ce poète, héritier d’un grand nom, condamné cependant à de si grandes souffrances et au regret amer de voir la vie lui échapper, sans qu’il ait pu remplir sa destinée.
Ces poésies n’ont donc pas la forme achevée qu’Ary Renan eût aimé à leur donner. Il n’a pas terminé son œuvre dans le détail; elle se présente comme une mélancolique image de cette carrière interrompue. Mais, comme la vie du poète lui-même, ces courtes pièces sont pleines d’aspirations et tout imprégnées du sentiment du beau.
Les vers d’Ary Renan ont été rassemblés dans une pensée de tendresse réparatrice pour celui à qui l’outil a été arraché avant la fin du jour; à ceux qui sentent et qui aiment, ils donneront parfois un écho de leurs secrètes sensations; à ceux qui ont connu Ary Renan, ils rappelleront sans doute l’esprit ailé et la figure douloureusement ardente de leur ami.
POÉSIES ORIENTALES
Table des matières
ORGUEIL
Table des matières
Les brahmanes m’ont dit: «Médite les Soutras;
L’accès du grand Repos s’ouvre à la rêverie.»
Ceux dont la robe est longue et la mitre fleurie
M’ont offert le plaisir et m’ont tendu les bras.
Puis les nobles m’ont dit: «Suis-nous; tu choisiras
La caste parmi nous, avec la draperie
Qui te sied...» J’écoutais, dans la léproserie
Le tchandala chanter: «Aime, et tu souffriras.»
Et j’ai choisi d’aimer et de souffrir dans l’ombre;
J’ignore mes péchés; on dit qu’ils sont sans nombre;
Mais la sagesse et l’or n’ont point séché mon cœur.
Marchant sous l’anathème et chargé d’hérésie,
Du lotus éternel j’ai respiré l’odeur,
Et dans ma tasse en bois j’ai goûté l’ambroisie.
Mai1891.
ANARGALI
Table des matières
Dans le palais hindou, la belle Anargali,
La favorite, est lasse, et le roi qui l’adore
Regarde en frémissant couler sur la mandore
Les pleurs de son amante au visage pâli.
Près des étangs sacrés où chante un bengali,
Imprudente, elle a vu le prince de Lahore
Causer avec son maître; et le blond soleil dore
Pour la dernière fois la perle de Delhi.
Comme on coupe un épi, le roi l’a condamnée,
Sous le poignard fatal, elle s’est inclinée;
Et le roi, regrettant celle qu’il aime encor,
Devant un tombeau blanc ceint d’une colonnade,
Où le nom de la morte est inscrit en traits d’or,
Chaque nuit va porter une rouge grenade.
Beyrouth, 1884.
LE CALENDER
Table des matières
Je suis le calender obscur, mais fils de roi,
Qui regarde partir les chefs de caravane,
Et s’endort en chantant un distique profane
Dont le sens reste obscur à qui n’a pas la foi.
Plus pauvre qu’un derviche ou qu’un noir sans emploi,
Je cueille au bord du fleuve une simple banane,
Et j’aide à décharger les fruits de Taprobane,
Les perles de Bouchir, et l’ambre de Goa.
Les marchands font alors sonner leur bourse pleine,
Et regardent partout si nul sequin ne traîne;
Puis, quand ils sont couchés, je m’en vais sur le port,
Caresser dans la nuit les seins de mon amante
Et voir glisser dans l’ombre où la terre s’endort
Le sillon lumineux d’une étoile filante.
1897.
ISLAM
Table des matières
Auprès des Pharaons, dans leur temple écroulé,
Sordide et saint parmi les plus saints, le stylite
Domine d’un regard le nôme hermopolite
Qui jaunit au soleil sous l’or des champs de blé.
Assis sur la colonne, au long fût cannelé,
Il ne s’aperçoit pas que la Foi périclite;
Et chaque nuit, sans peur, du haut du monolithe,
Il voit briller Isis sur le Nil étoilé.
Chaque jour, calme et pur, sur le bloc de porphyre,
Les yeux tout grands ouverts, il fait ses oraisons
Et sa prière vole aux brûlants horizons;
Mais quand il voit au loin le croissant de l’Hégire,
Il tressaille de crainte et met ses bras en croix,
Car la terre d’Egypte a tremblé par trois fois.
Tunisie, 1891.
LE MÉDRESSEH
Table des matières
Les céramistes ont dans une argile ingrate
Découpé savamment mille ornements divers
Qui s’inscrivent dans l’or, et les ont recouverts
De couleurs que le four cuira sans disparate.
D’après les procédés des Persans de l’Euphrate,
Ils ont broyé les bleus, les ocres et les verts
Et sur le minaret qui brave les hivers
Fait courir des rinceaux entre chaque sourate.
Bou-Médine repose en ce blanc Médresseh
Sage docteur, il a dans Tlemcen professé
Le dogme d’Aristote et la sainte croyance.
Suivant le dernier vœu du vénéré mollah,
Les fidèles liront auprès du nom d’Allah
Son nom d’azur sans tache écrit sur la faïence.
Tlemcen, 1891.
L’ANNEAU DU KHALIFE
Table des matières
Haroun, khalife auguste et par les musulmans
Tenu pour un grand sage, avait une amulette,
Un anneau sans valeur, pris au doigt d’un squelette,
Cadeau fort délicat d’un de ses nécromants.
Par caprice, il avait juré ses grands serments
De ne le point donner; en faisant sa toilette,
Il le passait d’abord dans une cordelette
Et le portait au col avec ses talismans.
Or, il s’en dessaisit une nuit dans un bouge,
Pour l’amour d’une femme, une brune à l’œil rouge,
Qui jouait du tambour aux portes du sérail.
C’était Sémiramis, à ce que dit la fable,
Qui venait racheter son bel anneau d’émail
Autrefois par mégarde égaré dans le sable.
A BYZANCE
Table des matières
Les mercenaires goths et les silentiaires,
Portant des verges d’or et de luisants faisceaux,
Dans le sigma de marbre aux antiques arceaux,
Attendent l’empereur, debout près des barrières.
Et l’on voit au travers des cyprès séculaires
Qui sur la Corne d’or découpent leurs fuseaux,
Les antennes briller aux mâts blancs des vaisseaux,
Comme des croix d’argent dans de verts cimetières.
Et le sinistre essaim des corneilles du port
Vers les dômes blanchis prolongeant son essor,
Jetant son triste appel aux flots bleus du Bosphore,
Vole autour du portail de l’hagia Sophia
Jusqu’au stylite obscur auquel Dieu confia
Qu’il avait condamné Phocas le Nicéphore.
RUISSEAU D’ORIENT
Table des matières
Païenne Banias, Kedesch, verte vallée,
Pays de Dan, où va ce flot de pur cristal
Qu’épanche en pleurs glacés la neige immaculée
Au flanc du roc natal?
Il part en bouillonnant, jaillit dans la prairie,
Décrit un long méandre, hésite, et part encor
Pour enlacer Safed et la cité fleurie
De son grand ruban d’or.
Miroir d’or et d’azur, grand lac mélancolique
Où se reflète en paix, au creux d’un doux ravin,
Magdala, Nazareth, la terre apostolique,
Le rivage divin.
Sur ce divin rivage à l’humble solitude,
Oh! s’il pouvait enfin mettre un terme à son cours,
Dans ce bassin d’amour et de béatitude
S’arrêter pour toujours!
Pour toujours s’arrêter, ou se perdre sans gloire
En des vergers bénis, dans le trou d’un rocher,
Ruisseau clair et profond où les chèvres vont boire
Et les bergers pêcher!
LE JOURDAIN
Table des matières
Des flancs de l’Hermon vert, roi des monts de Syrie,
Inaccessible temple et redouté saint lieu,
Le Jourdain jaillit seul, éblouissant et bleu,
Œil clair ouvert au fond d’une morne prairie.
Il court, baigne une nuit, sur la berge fleurie,
Magdala qui sommeille, et dans la cuve en feu
Qu’a maudite à jamais la vengeance de Dieu,
Va se fondre au travers de la steppe flétrie.
Mais, suivant un destin éternel et fatal,
L’eau qu’Ammôn boit retourne aux flancs du mont natal,
Par les rayons de Baal aussitôt distillée;
Et chaque hiver nouveau du ciel oriental
Versant la même neige au roc monumental
Rend un nouveau Jourdain aux champs de Galilée.
SONNET JAPONAIS
Table des matières
Les premiers feux du jour percent la brume grise,
Dans le golfe nacré comme un camélia,
Au pied des bambous verts et du magnolia,
La jonque ouvre sa voile et la vague s’irise.
La vierge frissonnante aux baisers de la brise
Orne son front cuivré des fleurs du dahlia,
De l’asphodèle pâle et de l’hortensia
Et s’abandonne au flot que le vent pulvérise.
Près des étangs pareils à de grands miroirs d’or,
Les cigognes du lac qui prennent leur essor
Troublent les oraisons du saint anachorète,
Et jetant au passage un long cri frémissant
Vont percer le bandeau d’émail incandescent
Dont le volcan Fuji ceint sa terrible crête.
EXTRÊME-ORIENT
Table des matières
Les cloches des couvents ont tu leur plainte lente;
La brise a détaché des pétales de fleurs;
Le sommet du Fuji se perd dans les vapeurs,
La paix du soir descend sur la vierge indolente.
La brise a détaché des pétales de fleurs,
Souffles tièdes et doux, chargés d’odeurs de menthe!
La paix du soir descend sur la vierge indolente,
Mais d’où sort ce parfum aux subtiles langueurs?
Souffles tièdes et doux, chargés d’odeurs de menthe!
O grand nymphéa blanc, aux troublantes pâleurs,
De toi sort ce parfum aux subtiles langueurs!
Le disque de la lune argente l’eau dormante.
O grand nymphéa blanc, aux troublantes pâleurs,
Oscille doucement sur ta feuille nageante;
Le disque de la lune argente l’eau dormante
Et ta corolle ouverte où s’égrènent des pleurs!
ARMOR
Table des matières
Sur les flots gris d’Armor, mer de mélancolie,
Parfois le flux, sans bruit, d’un invisible ourlet,
Borde les sables fins et les champs de galet
Comme si sa fureur était tout abolie.
Fantômes gris errant sur des contours de lait,
Les barques languissant sous leur toile mollie,
Leurs cordages épais grinçant dans la poulie,
Vont dans le brouillard blanc, sans écho, sans reflet.
Et comme les moussons qui portent aux navires
Les souffles parfumés des lointains archipels,
Voici venir à nous les sons des grandes lyres,
Les élans chaleureux et les vagues appels
Des continents d’azur et des pays de gloire,
Qui montent jusqu’au ciel en mirage illusoire.
Perros, 1892.
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