Kitabı oku: «Recherches physiologiques sur la vie et la mort»

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Xavier Bichat

Recherches physiologiques sur la vie et la mort


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066325961

Table des matières

PREMIÈRE PARTIE.

ARTICLE PREMIER.

§ I. Division de la vie en animale et organique.

§ II. Subdivision de chacune des vies, animale et organique, en deux ordres de fonctions.

ARTICLE SECOND.

§ I. Symétries des formes extérieures dans la vie animale.

§ II. Irrégularité des formes extérieures dans la vie organique.

§ III. Conséquences qui résultent de la différence des formes extérieures dans les organes des deux vies.

ARTICLE TROISIÈME.

§ I. De l’harmonie d’action dans la vie animale.

§ II. Discordance d’action dans la vie organique.

ARTICLE QUATRIÈME.

§ I. Continuité d’action dans la vie organique.

§ II. Intermittence d’action dans la vie animale.

§ III. Application de la loi d’intermittence d’action à la théorie du sommeil.

ARTICLE CINQUIÈME.

§ I. De l’habitude dans la vie animale .

§ II. L’habitude émousse le sentiment.

§ III. L’habitude perfectionne le jugement.

§ IV. De l’habitude dans la vie organique.

ARTICLE SIXIÈME.

§ I. Tout ce qui est relatif à l’entendement appartient à la vie. animale.

§ H. Tout ce qui est relatif aux passions appartient à la vie organique.

§ III. Comment les passions modifient les actes de la vie animale, quoiqu’elles aient leur siége dans la vie organique.

§ IV. Du centre épigastrique; il n’existe point dans le sens que les auteurs ont entendu.

ARTICLE SEPTIÈME.

§ I. Différence des forces vitales d’avec les lois physiques.

§ II. Différence des propriétés vitales, d’avec celles de tissu.

§ III. Des deux espèces de sensibilités, animale et organique.

§ IV. Du rapport qui existe entre la sensibilité de chaque organe, et les corps qui lui sont étrangers.

§ V. Des deux espèces de contractilités, animale et organique.

§ VI. Subdivision de la contractilité organique en deux variétés.

§ VII. Extensibilité et contractilité de tissu.

§ VIII. Résumé des propriétés des corps vivans.

ARTICLE HUITIÈME.

§ I. Le premier ordre des fonctions de la vie animale est nul chez le fœtus.

§ II. La locomotion existe chez le fœtus, mais elle appartient chez lui à la vie organique.

§ III. Développement de la vie animale; éducation de ses organes.

§ IV. Influence de la société sur l’éducation des organes de la vie animale.

§ V. Lois de l’éducation des organes de la vie animale.

§ VI. Durée de l’éducation des organes de la vie animale.

ARTICLE NEUVIÈME.

§ I. Du mode de la vie organique chez le fœtus.

§ II. Développement de la vie organique après la naissance.

ARTICLE DIXIÈME.

§ I. La vie animale cesse la première dans la mort naturelle.

§II. La vie organique ne finit pas dans la mort naturelle comme dans la mort accidentelle.

SECONDE PARTIE.

ARTICLE PREMIER.

ARTICLE SECOND.

§ I. Déterminer comment la cessation des fonctions du cœur à sang rouge interrompt celles du cerveau.

§ II. Déterminer comment la cessation des fonctions du cœur à sang noir interrompt celles du cerveau.

ARTICLE TROISIÈME.

§ I. Déterminer comment le cœur à sang noir cessant d’agir, l’action du poumon est interrompue.

§ II. Déterminer comment le cœur à sang rouge cessant d’agir, l’action du poumon est interrompue.

ARTICLE QUATRIÈME.

§ I. Déterminer comment la cessation des fonctions du cœur à sang rouge interrompt celles de tous les organes.

ARTICLE CINQUIÈME.

ARTICLE SIXIÈME.

§ I. Déterminer comment le cœur cesse d’agir par l’interruption des phénomènes mécaniques du poumon.

§II. Déterminer comment le cœur cesse d’agir par l’interruption des phénomènes chimiques du poumon.

ARTICLE SEPTIÈME.

ARTICLE HUITIÈME.

§ I. Exposer les phénomènes de la production du sang noir dans l’interruption des fonctions chimiques du poumon.

§ II. Le sang resté noir par l’interruption des phénomènes chimiques du poumon, pénètre tous les organes, et y circule quelque temps dans le système vasculaire à sang rouge.

§ III. Le sang noir n’est point propre à entretenir l’activité et la vie des organes, qu’il pénètre dès que les fonctions chimiques du poumon ont cessé.

ARTICLE NEUVIÈME.

§ I. Remarques sur les différences que présentent les diverses asphyxies.

§ II. Dans le plus grand nombre des maladies, la mort commence par le poumon.

ARTICLE DIXIÈME.

§ I. Déterminer si c’est directement que le poumon. cesse d’agir par la mort du cerveau.

§ II. Déterminer si c’est indirectement que le poumon cesse d’agir par la mort du cerveau.

ARTICLE ONZIÈME.

§ I. Déterminer si c’est immédiatement que le cœur cesse d’agir, par l’interruption de l’action cérébrale.

§ II. Déterminer si, dans les lésions du cerveau; la mort du cœur est causée par celle d’un organe intermédiaire.

ARTICLE DOUZIÈME.

§ I. Déterminer si l’interruption des fonctions organiques est un effet direct de la cessation de l’action cérébrale.

§ II. Déterminer si l’interruption des fonctions de la vie organique, est un effet indirect de la cessation de l’action cérébrale.

ARTICLE TREIZIÈME.

PREMIÈRE PARTIE.

Table des matières

ARTICLE PREMIER.

Table des matières

Division générale de la Vie.

ON cherche dans des considérations abstraites la définition de la vie; on la trouvera, je crois, dans cet apperçu général: la vie est l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort.

Tel est en effet le mode d’existence des corps vivans, que tout ce qui les entoure tend à les dé- truire. Les corps inorganiques agissent sans cesse sur eux; eux-mêmes exercent les uns sur les autres une action continuelle; bientôt ils succomberoient s’ils n’avoient en eux un principe permanent de réaction. Ce principe est celui de la vie; inconnu dans sa nature, il ne peut être apprécié que par ses phénomènes: or, le plus général de ces phénomènes est cette alternative habituelle d’action de la part des corps extérieurs, et de réaction de la part du corps vivant, alternative dont les proportions varient suivant l’âge.

Il y a surabondance de vie dans l’enfant, parce que la réaction surpasse l’action. L’adulte voit l’équilibre s’établir entr’elles, et par là même cette turgescence vitale disparoître. La réaction du principe interne diminue chez le vieillard, l’action des corps extérieurs restant la même; alors la vie languit et s’avance insensiblement vers son terme naturel, qui arrive lorsque toute proportion cesse.

La mesure de la vie est donc, en général, la différence qui existe entre l’effort des puissances extérieures, et celui de la résistance intérieure. L’excès des unes annonce sa foiblesse; la prédominance de l’autre est l’indice de sa force.

§ I. Division de la vie en animale et organique.

Table des matières

Telle est la vie considérée dans sa totalité ; examinée plus en détail, elle nous offre deux modifications remarquables. L’une est commune au végétal et à l’animal, l’autre est le partage spécial de ce dernier. Jetez en effet les yeux sur deux individus de chacun de ces règnes vivans, vous verrez l’un n’exister qu’au dedans de lui, n’avoir avec ce qui l’environne que des rapports de nutrition, naître, croître et périr fixé au sol qui en reçut le germe; l’autre allier à cette vie intérieure dont il jouit au plus haut degré, une vie extérieure qui établit des relations nombreuses entre lui et les objets voisins, marie son existence à celle de tous les autres êtres, l’en éloigne ou l’en rapproche suivant ses craintes ou ses besoins, et semble ainsi, en lui appropriant tout dans la nature, rapporter tout à son existence isolée.

On diroit que le végétal est l’ébauche, le canevas de l’animal, et que, pour former ce dernier, il n’a fallu que revêtir ce canevas d’un appareil d’organes extérieurs, propre à établir des relations.

Il résulte de là que les fonctions de l’animal forment deux classes très-distinctes. Les unes se composent d’une succession habituelle d’assimilation et d’excrétion; par elles il transforme sans cesse en sa propre substance les molécules des corps voisins, et rejette ensuite ces molécules, lorsqu’elles lui sont devenues hétérogènes. Il ne vit qu’en lui, par cette classe de fonctions; par l’autre, il existe hors de lui: il est l’habitant du monde, et non, comme le végétal, du lieu qui le vit naître. Il sent et aperçoit ce qui l’entoure, réfléchit ses sensations, se meut volontairement d’après leur influence, et le plus souvent peut communiquer par la voix, ses désirs et ses craintes, ses plaisirs ou ses peines.

J’appelle vie organique l’ensemble des fonctions de la première classe, parce que tous les êtres organisés, végétaux ou animaux, en jouissent à un degré plus ou moins marqué, et que la texture organique est la seule condition nécessaire à son exercice. Les fonctions réunies de la seconde classe forment la vie animale, ainsi nommée, parce qu’elle est l’attribut exclusif du règne animal.

La génération n’entre point dans la série des phénomènes de ces deux vies, qui ont rapport à l’individu, tandis qu’elle ne regarde que l’espèce: aussi ne tient-elle que par des liens indirects à la plupart des autres fonctions. Elle ne commence à s’exercer que lorsque les autres sont depuis long-temps en exercice; elle s’éteint bien avant qu’elles ne finissent. Dans la plupart des animaux, ses périodes d’activité sont séparées par de longs intervalles de nullité ; dans l’homme, où ses rémittences sont moins durables, elle n’a pas des rapports plus nombreux avec les fonctions. La soustraction des organes qui en sont les agens, est marquée presque toujours par un accroissement général de nutrition. L’eunuque jouit de moins d’énergie vitale; mais les phénomènes de la vie se développent chez lui avec plus de plénitude. Faisons donc ici abstraction des lois qui nous donnent l’existence, pour ne considérer que celles qui l’entretiennent: nous reviendrons sur les premières.

§ II. Subdivision de chacune des vies, animale et organique, en deux ordres de fonctions.

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Chacune des deux vies, animale et organique, se compose de deux ordres de fonctions qui se succèdent et s’enchaînent dans un sens inverse.

Dans la vie animale, le premier ordre s’établit de l’extérieur du corps vers le cerveau, et le second, de cet organe vers ceux de la locomotion et de la voix. L’impression des objets affecte successivement les sens, les nerfs et le cerveau. Les premiers reçoivent, les seconds transmettent, le dernier perçoit cette impression qui, étant ainsi reçue, transmise et perçue, constitue nos sensations.

L’animal est presque passif dans ce premier ordre de fonctions; il devient actif dans le second, qui résulte des actions successives du cerveau où naît la volition à la suite des sensations, des nerfs qui transmettent cette volition, des organes locomoteurs et vocaux, agens de son exécution. Les corps extérieure agissent sur l’animal par le premier ordre de fonctions; il réagit sur eux par le second.

Une proportion rigoureuse existe en général entre ces deux ordres: où l’un est très-marqué, l’autre se développe avec énergie. Dans la série des animaux, celui qui sent le plus, se meut aussi davantage. L’âge des sensations vives est celui de la vivacité des mouvemens; dans le sommeil ou le premier ordre est suspendu, le second cesse, ou ne s’exerce que par secousses irrégulières. L’aveugle qui ne vit qu’à moitié pour ce qui l’entoure, enchaîne ses mouvemens avec une lenteur qu’il perdroit bientôt si ses communications extérieures s’agrandissoient.

Un double mouvement s’exerce aussi dans la vie organique; l’un compose sans cesse, l’autre décompose l’animal. Telle est en effet, comme l’ont observé les anciens, et d’après eux plusieurs modernes, sa manière d’exister, que ce qu’il étoit à une époque, il cesse de l’être à une autre; son organisation reste toujours la même, mais ses élémens varient à chaque instant. Les molécules nutritives, tour à tour absorbées et rejetées, passent de l’animal à la plante, de celle-ci au corps brut, reviennent à l’animal, et en ressortent ensuite.

La vie organique est accommodée à cette circulation continuelle de la matière. Un ordre de fonctions assimile à l’animal les substances qui doivent le nourrir; un autre lui enlève ces substances devenues hétérogènes à son organisation, après en avoir fait quelque temps partie.

Le premier, qui est l’ordre d’assimilation, résulte de la digestion, de la circulation, de la respiration et de la nutrition. Toute molécule étrangère au corps reçoit, avant d’en devenir l’élément, l’influence de ces quatre fonctions.

Quand elle à ensuite concouru quelque temps à former nos organes, l’absorption la leur enlève, et la transmet dans le torrent circulatoire, où elle est charriée de nouveau, et d’où elle sort par l’exhalation pulmonaire ou cutanée, et par les diverses secrétions dont les fluides sont tous rejetés au dehors.

L’absorption, la circulation, l’exhalation, la secrétion forment donc le second ordre des fonctions de la vie organique, ou l’ordre de désassimilation.

Il suit de là que le système sanguin est un système moyen, centre de la vie organique, comme le cerveau est celui de la vie animale, où circulent confondues les molécules qui doivent être assimilées, et celles qui, ayant déjà servi à l’assimilation, sont destinées à être rejetées; en sorte que le sang est composé de deux parties, l’une récrémentitielle qui vient surtout des alimens, et où la nutrition puise ses matériaux, l’autre excrémentilielle, qui est comm le débris, le résidu de tous les organes, et qui fournit aux sécrétions et aux exhalations extérieures. Cependant ces dernières, fonctions servent aussi quelquefois à transmettre au dehors les produits digestifs, sans que ces produits aient concouru à nourrir les parties. C’est ce qu’on voit dans l’urine et la sueur, à la suite des boissons copieuses. La peau et le rein sont alors organes excréteurs, non de la nutrition, mais bien de la digestion. C’est ce qu’on observe encore dans la production du lait, fluide provenant manifestement de la portion du sang qui n’a point encore été assimilée par le travail nutritif.

Il n’y a point entre les deux ordres des fonctions de la vie organique le même rapport qu’entre ceux de la vie animale; l’affoiblissement du premier n’entraîne pas la diminution du second: de là la maigreur, le marasme, états dans lesquels l’assimilation cesse en partie, la désassimilation s’exerçant au même degré.

Ces grandes différences placées entre les deux vies de l’animal, ces limites non moins marquées qui séparent les deux ordres des phénomènes dont chacune est l’assemblage, me paroissent offrir au physiologiste la seule division réelle qu’il puisse établir entre les fonctions.

Abandonnons aux autres sciences les méthodes artificielles; suivons l’enchaînement des phénomènes pour enchaîner les idées que nous nous en formons, et alors nous verrons la plupart des divisions physiologiques n’offrir que des bases incertaines à celui qui voudroit y élever l’édifice de la science.

Je ne rappellerai point ici ces divisions; la meilleure manière d’en démontrer le vide, c’est, je crois, de prouver la solidité de celle que j’adopte. Parcourons donc en détail les grandes différences qui isolent l’animal vivant au dehors, de l’animal existant au dedans, et se consumant dans une alternative d’assimilation et d’excrétion.

ARTICLE SECOND.

Table des matières

Différences générales des deux vies par rapport aux formes extérieures de leurs organes respectifs.

LA plus essentielle des différences qui distinguent les organes de la vie animale de ceux de la vie organique, c’est la symétrie des uns et l’irrégularité des autres. Quelques animaux offrent des exceptions à ce caractère, surtout pour la vie animale: tels sont, parmi les poissons, les soles, les turbots, etc. diverses espèces, parmi les animaux non vertébrés, etc., etc. mais il est exactement tracé dans l’homme, ainsi que dans les genres voisins du sien par la perfection. Ce n’est que là où je vais l’examiner; pour le saisir, l’inspection seule suffit.

§ I. Symétries des formes extérieures dans la vie animale.

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Deux globes parfaitement semblables reçoivent l’impression de la lumière. Le son et les odeurs ont chacun aussi leur organe double analogue. Une membrane unique est affectée aux saveurs, mais la ligne médiane y est manifeste; chaque segment indiqué par elle est semblable à celui du côté opposé. La peau ne nous présenteras toujours des traces visibles de cette ligne, mais par-tout elle y est supposée. La nature, en oubliant pour ainsi dire de la tirer, plaça d’espace en espace des points saillans qui indiquent son trajet. Les rainures de l’extrémité du nez, du menton, du milieu des lèvres, l’ombilic, le raphé du périnée, la saillie des apophyses épineuses, l’enfoncement moyen de la partie postérieure du cou, forment principalement ces points d’indication.

Les nerfs qui transmettent l’impression reçue par les sons, tels que l’optique, l’acoustique, le lingual, l’olfactif, sont évidemment assemblés par paires symétriques.

Le cerveau, organe ou l’impression est reçue, est remarquable par sa forme régulière; ses parties paires se ressemblent de chaque côté, tels que la couche des nerfs optiques, les corps cannelés, les hippocampes, les corps frangés, etc. Les parties impaires sont toutes symétriquement divisées par la ligne médiane, dont plusieurs offrent des traces visibles, comme le corps calleux, la voûte à trois piliers, la protubérance annulaire, etc., etc.

Les nerfs qui transmettent aux agens de la locomotion et de la voix, les volitions du cerveau, les organes locomoteurs formés d’une grande partie du système musculaire, du système osseux et de ses dépendances, le larynx et ses accessoires, doubles agens de l’exécution de ces volitions, ont une régularité, une symétrie qui ne se trahissent jamais.

Telle est même la vérité du caractère que j’indique, que les muscles et les nerfs cessent de devenir réguliers, dès qu’ils n’appartiennent plus à la vie animale. Le cœur, les fibres musculaires des intestins, etc., en sont une preuve pour les muscles; pour les nerfs, le grand sympathique, par-tout destiné à la vie intérieure, présente dans la plupart de ses branches une distribution irrégulière: les plexus soléaire, mésentérique, hypogastrique, splénique, stomachique, etc., en sont un exemple.

Nous pouvons donc, je crois, conclure, d’après la plus évidente inspection, que la symétrie est le caractère essentiel des organes de la vie animale de l’homme.

§ II. Irrégularité des formes extérieures dans la vie organique.

Table des matières

Si nous passons maintenant aux viscères de la vie organique, nous verrons qu’un caractère exactement opposé leur est applicable. Dans le système digestif, l’estomac, les intestins, la rate, le foie., etc., sont tous irrégulièrement disposés.

Dans le système circulatoire, lé cœur, les gros vaisseaux, tels que la crosse de l’aorte, les veines caves, l’azygos, la veine porte, l’artère innominée, n’offrent aucune trace de symétrie. Dans les vaisseaux des membres, des variétés continuelles s’observent, et, ce qu’il y a de remarquable, c’est que dans ces variétés la disposition d’un côté n’entraîne point celle du côté opposé.

L’appareil respiratoire paroît au premier coup d’œil exactement régulier; cependant si l’on remarque que la bronche droite est différente de la gauche par sa longueur, son diamètre et-sa direction; que trois lobes composent l’un des poumons, que deux seulement forment l’autre; qu’il y a entre ces organes une inégalité manifeste de volume; que les deux divisions de l’artère pulmonaire ne se ressemblent ni par leur trajet, ni par leur diamètre; que le médiastin sur lequel tombe la ligne médiane, s’en dévie sensiblement à gauche, nous verrons que la symétrie n’étoit ici qu’apparente, et que la loi commune ne souffre point d’exception.

Les organes de l’exhalation, de l’absorption, les membranes séreuses, le canal thorachique, le grand vaisseau lymphatique droit, les absorbans secondaires de toutes les parties ont une distribution par-tout inégale et irrégulière.

Dans le système glanduleux, nous voyons les cryptes ou follicules muqueux partout disséminés sans ordre sous leurs membranes respectives. Le pancréas, le foie, les glandes salivaires même, quoiqu’au premier coup d’œil plus symétriques, ne se trouvent point exactement soumise à la ligne médiane. Les reins diffèrent l’un de l’autre par leur position, le nombre de leurs lobes dans l’enfant, la longueur et la grosseur de leur artère et de leur veine, et surtout par leurs fréquentes variétés.

Ces nombreuses considérations nous mènent évidemment à un résultat inverse du précédent; savoir, que l’attribut spécial des organes de la vie intérieure, c’est l’irrégularité de leurs formes extérieures.

§ III. Conséquences qui résultent de la différence des formes extérieures dans les organes des deux vies.

Table des matières

Il résulte de l’aperçu qui vient d’être présenté, que la vie animale est pour ainsi dire double, que ses phénomènes, exécutés en même temps des deux côtés, forment dans chacun de ces côtés un système indépendant du système opposé, qu’il y a, si je puis m’exprimer ainsi, une vie droite et une vie gauche, que l’une peut exister, l’autre cessant son action, et que sans doute même elles sont destinées à se suppléer réciproquement.

C’est ce qui arrive dans ces affections maladives si communes, où la sensibilité et la motilité animale, affoiblies ou même entièrement anéanties dans une des moitiés symétriques du corps, ne se prêtent à aucune relation avec ce qui nous entoure; où l’homme n’est d’un côte guère plus que ce qu’est le végétal, tandis que de l’autre côté il conserve tous ses droits à l’animalité, par le sentiment et le mouvement qui lui restent. Certainement ces paralysies partielles, dans lesquelles la ligne médiane est le terme où finit, et l’origine où commence la faculté de sentir et de se mouvoir, ne doivent point s’observer avec autant de régularité dans les animaux qui, comme l’huître, ont un extérieur irrégulier.

La vie organique, au contraire, fait un système unique où tout se lie et se coordonne, où les fonctions d’un côté ne peuvent s’interrompre sans que, par une suite nécessaire, celles de l’autre ne s’éteignent. Le foie malade à gauche influe à droite sur l’état de l’estomac; si le colon d’un côté cesse d’agir, celui du côté opposé ne peut continuer son action; le même coup qui arrête la circulation dans les gros troncs veineux et la portion droite du cœur, l’anéantit aussi dans la portion gauche et les gros troncs artériels spécialement placés de ce côté , etc., d’où il suit qu’en supposant que tous les organes de la vie interne, placés d’un côté, cessent leurs fonctions, ceux du côté opposé restent nécessairement dans l’inaction, et la mort arrive alors.

Au reste, cette assertion est générale; elle ne porte que sur l’ensemble de la vie organique, et non point sur tous ses phénomènes isolés; quelques-uns, en effet, sont doubles et peuvent se suppléer, comme le rein et le poumon en offrent un exemple.

Je ne rechercherai point la cause de cette remarquable différence qui, dans l’homme et les animaux voisins de lui, distingue les organes des deux vies; j’observerai seulement qu’elle entre essentiellement dans l’ordre de leurs phénomènes, que la perfection des fonctions animales doit être liée à la symétrie généralement observée dans leurs organes respectifs, en sorte que tout ce qui troublera cette symétrie, altérera plus ou moins ces fonctions.

C’est de là sans doute que naît cette autre différence entre les organes des deux vies, savoir, que la nature se livre bien plus rarement à des écarts de conformation dans la vie animale que dans la vie organique. Grimaud s’est servi de cette observation, sans indiquer le principe auquel tient le fait qu’elle nous présente.

C’est une remarque qui n’a pu échapper à celui dont les dissections ont été un peu multipliées, que les fréquentes variations de forme, de grandeur, de position, de direction des organes internes, comme la rate, le foie, l’estomac, les reins, les organes salivaires, etc. Telles sont ces variétés dans le système vasculaire, qu’à peine deux sujets offrent-ils exactement la même disposition au scalpel de l’anatomiste. Qui ne sait que les organes de l’absorption, les glandes lymphatiques en particulier, se trouvent rarement assujettis, dans deux individus, aux mêmes proportions de nombre, de volume, etc.? Les glandes muqueuses affectent-elles jamais une position fixe et analogue?

Non-seulement chaque système, isolément examiné, est assujetti ainsi à de fréquentes aberrations, mais l’ensemble même des organes de la vie interne se trouve quelquefois dans un ordre inverse de celui qui lui est naturel. On apporta, l’an passé, dans mon amphithéâtre, un enfant qui avoit vécu plusieurs années avec un bouleversement général des viscères digestifs, circulatoires, respiratoires et secrétoires. A droite se trouvoient l’estomac, la rate, l’S du colon, la pointe du cœur, l’aorte, le poumon à deux lobes, etc. On voyoit à gauche le foie, le cœcum, la base du cœur, les veines caves, l’azygos, le poumon à trois lobes, etc.

Tous les organes placés sous la ligne médiane, tels que le médiastin, le mésentère, le duodénum, le pancréas, la division des bronches, affectoient aussi un ordre renversé. Plusieurs auteurs ont parlé de ces déplacemens de viscères, dont je ne connois pas cependant d’exemple aussi complet.

Jetons maintenant les yeux sur lés organes de la vie animale, sur les sens, les nerfs, le cerveau, les muscles volontaires, le larynx; tout y est exact, précis, rigoureusement déterminé dans la forme, la grandeur et la position. On n’y voit presque jamais de variétés de conformation; s’il en existe, les fonctions sont troublées, anéanties; tandis qu’elles restent les mêmes dans la vie organique, au milieu des altérations diverses des parties.

Cette différence entre les organes de deux vies tient évidemment à la symétrie des uns, que le moindre changement de conformation eût troublée, et à l’irrégularité des autres, avec laquelle s’allient très-bien ces divers changemens.

Le jeu de chaque organe est immédiatement lié, dans la vie animale, à sa ressemblance avec celui du côté opposé, s’il est double, ou à l’uniformité de conformation de ses deux moitiés symétriques, s’il est simple. D’après cela on conçoit l’influencé des changemens organiques sur le dérangement des fonctions.

Mais ceci deviendra plus sensible, quand j’aurai indiqué les rapports qui existent entre la symétrie ou l’irrégularité des organes, et l’harmonie ou la discordance des fonctions.

ARTICLE TROISIÈME.

Table des matières

Différence générale des deux vies, par rapport au mode d’action de leurs organes respectifs.

L’harmonie est aux fonctions des organes, ce que la symétrie est à leur conformation; elle suppose une égalité parfaite de force et d’action, comme la symétrie indique une exacte analogie dans les formes extérieures et la structure interne. Elle est une conséquence de la symétrie; car deux parties essentiellement semblables par leur structure, ne sauroient être différentes par leur manière d’agir. Ce simple raisonnement nous mèneroit donc à cette donnée générale, savoir, que l’harmonie est le caractère des fonctions extérieures, que la discordance est au contraire l’attribut des fonctions organiques; mais il est nécessaire de se livrer sur ce point à de plus amples détails.

§ I. De l’harmonie d’action dans la vie animale.

Table des matières

Nous avons vu que la vie extérieure résultoit des actions successives des sens, des nerfs, du cerveau, des organes locomoteurs et vocaux. Considérons l’harmonie d’action dans chacune de ces grandes divisions.

La précision de nos sensations paroît être d’autant plus parfaite, qu’il existe entre les deux impressions dont chacune est l’assemblage, une plus exacte ressemblance. Nous voyons mal, quand l’un des yeux, mieux constitué, plus fort que l’autre, est plus vivement affecté, et transmet au cerveau une plus forte image. C’est pour éviter cette confusion, qu’un oeil se ferme quand l’action de l’autre est artificiellement augmentée par un verre convexe: ce verre rompt l’harmonie des deux organes; nous n’usons que d’un seul, pour qu’ils ne soient pas discordans. Ce qu’une lunette produit artificiellement, le strabisme nous l’offre dans l’état naturel. Nous louchons, dit Buffon, parce que nous détournons l’œil le plus foible de l’objet sur lequel le plus fort est fixé, pour éviter la confusion qui naîtroit dans la perception de deux images inégales.

Je sais que beaucoup d’autres causes concourent à produire cette affection, mais la réalité de celle-ci ne peut être mise en doute. Je sais aussi que chaque oeil peut isolément agir dans divers animaux; que deux images diverses sont transmises en même temps par les deux yeux de certaines espèces; mais cela n’empêche pas que lorsque ces organes réunissent leur action sur le même objet, les deux impressions qu’ils transmettent au cerveau ne doivent être analogues. Un jugement unique en est en effet le résultat: or, comment ce jugement pourra-t-il être porté avec exactitude, si le même corps se présente en même temps, et avec des couleurs vives, et avec un foible coloris, suivant qu’il se peint sur l’une ou l’autre rétine?

Ce que nous disons de l’œil s’applique exactement à l’oreille. Si dans les deux sensations qui composent l’ouïe, l’une est reçue par un organe plus fort, mieux développé, elle y laissera un impression plus claire, plus distincte; le cerveau, différemment affecté par chacune, ne sera le siége que d’une perception imparfaite. C’est ce qui constitue l’oreille fausse. Pourquoi tel homme est-il péniblement affecté d’une dissonance, tandis que tel autre ne s’en aperçoit pas? C’est que chez l’un, les deux perceptions du même son se confondant dans une seule, celle-ci est précise, rigoureuse, et distingue le moindre défaut du chant, tandis que chez l’autre, les deux oreilles offrant des sensations diverses, la perception est habituellement confuse, et ne peut apprécier le défaut d’harmonie des sons. C’est par la même raison que vous voyez tel homme coordonner toujours l’enchaînement de sa danse à la succession des mesures, tel autre au contraire allier constamment aux accords de l’orchestre la discordance de ses pas.

Buffon a borné à l’œil et à l’ouïe ses considérations sur l’harmonie d’action; poursuivons-en l’examen dans la vie animale.

Il faut dans l’odorat, comme dans les autres sens, distinguer deux impressions, l’une primitive qui appartient à l’organe; l’autre consécutive qui affecte le sensorium: celle-ci peut varier, la première restant la même. Telle odeur fait fuir certaines personnes du lieu où elle en attire d’autres; ce n’est pas que l’affection de la pituitaire soit différente, mais c’est que l’ame attache des sentimens divers à une impression identique, en sorte qu’ici la variété des résultats n’en suppose point dans leur principe.

Mais quelquefois l’impression née sur la pituitaire diffère réellement de ce qu’elle doit être pour la perfection de la sensation. Deux chiens poursuivent le même gibier; l’un n’en perd jamais la trace, fait les mêmes détours et les mêmes circuits; l’autre le suit aussi, mais s’arrête souvent, perd le pied, comme on le dit, hésite et cherche pour le retrouver, court et s’arrête encore. Le premier de ces deux chiens reçoit une vive impression des émanations odorantes; elles n’affectent que confusément l’organe du second. Or, cette confusion ne tient-elle point à l’inégalité d’action des deux narines, à la supériorité d’organisation de l’une, à la foiblesse de l’autre? les observations suivantes paroissent le prouver.

Dans le coryza qui n’affecte qu’une narine, si toutes deux restent ouvertes, l’odorat est confus; fermez celle du côté malade, il deviendra distinct. Un polypedéveloppé d’un côté, affoiblit l’action de la pituitaire correspondante, celle de l’autre restant la même; de là, comme dans le cas précédent, défaut d’harmonie entre les deux organes, et par-là même, confusion dans la perception des odeurs. La plupart des affections d’une narine isolée ont des résultats analogues et qui peuvent être momentanément corrigés par le moyen que je viens d’indiquer; pourquoi? parce qu’en rendant inactive une des pituitaires, on fait cesser sa discordance d’action avec l’autre.

Concluons de ceci que, puisque toute cause accidentelle, qui rompt l’harmonie de fonctions des organes, rend confuse la perception des odeurs, il est probable que quand cette perception est naturellement inexacte, il y a dans les narines une inégalité naturelle de conformation, et par-là même de force.

Disons du goût ce que nous avons dit de l’odorat: souvent l’un des côtés de la langue est seul affecté de paralysie, de spasme. La ligne médiane sépare quelquefois une portion insensible de l’autre qui conserve encore toute sa sensibilité. Pourquoi ce qui arrive en plus n’arriveroit-il pas en moins? pourquoi l’un des côtés, en conservant la faculté de percevoir les saveurs, n’en jouiroit-il pas à un moindre degré que l’autre? Or, dans ce cas, il est facile de concevoir que le goût sera irrégulier et confus, parce qu’une perception précise ne sauroit succéder à deux sensations inégales et qui ont le même objet. Qui ne sait que dans certains corps où quelques-uns ne trouvent que d’obscures saveurs, les autres rencontrent mille causes subtiles de sensations pénibles ou agréables?

La perfection du toucher est, comme celle des autres sens, essentiellement liée à l’uniformité d’action des deux moitiés symétriques du corps, des deux mains en particulier. Supposons un aveugle naissant avec une main régulièrement organisée, tandis que l’autre, privée des mouvemens d’opposition du pouce, et de flexion des doigts, formeroit une surface roide et immobile; cet aveugle-là n’acquerroit que difficilement les notions de grandeur, de figure, de direction, etc., parce qu’une même sensation ne naîtra pas de l’application successive des deux mains sur le même corps. Que toutes deux touchent une petite sphère, par exemple; l’une, en l’embrassant exactement par l’extrémité de tous ses diamètres, fera naître l’idée de rondeur; l’autre, qui ne sera en contact avec elle que par quelques points, donnera une sensation toute différente. Incertain entre ces deux bases de son jugement, l’aveugle ne saura que difficilement le porter; il pourra même faire correspondre à cette double sensation un jugement double par la forme extérieure du même corps. Ses idées seroient plus précises s’il condamnoit l’une de ses mains à l’inaction, comme celui qui louche détourne de l’objet l’œil le plus foible, pour éviter la confusion, inévitable effet de la diversité des deux sensations. Les mains se suppléent donc réciproquement; l’une confirme les notions que l’autre nous donne: de là l’uniformité nécessaire de leur conformation.

Les mains ne sont pas les agens uniques du toucher; les plis de l’avant-bras, de l’aisselle, de l’aine, la concavité du pied, etc., peuvent, en embrassant les corps, nous fournir aussi des bases réelles, quoique moins parfaites, de nos jugemens sur les formes extérieures. Or, supposons l’une des moitiés du corps tout différemment disposée que l’autre, là même incertitude dans la perception en sera le résultat.

Concluons de tout ce qui vient d’être dit, que dans tout l’appareil du système sensitif extérieur, l’harmonie d’action des deux organes symétriques, ou des deux moitiés semblables du même organe, est une condition esséntielle à la perfection des sensations.

Les sens externes sont les excitans naturels du cerveau, dont les fonctions dans la vie animale succèdent constamment aux leurs, et qui languiroient dans une inaction constante, s’il ne trouvoit en eux le principe de son activité. Des sensations dérivent immédiatement la perception, la mémoire, l’imagination, et par-là même le jugement: or il est facile de prouver que ces diverses fonctions, communément désignées sous le nom de sens internes, suivent dans leur exercice la même loi que les sens externes, et que, comme ceux-ci, elles sont d’autant plus voisines de la perfection, qu’il y a plus d’harmonie entre les deux portions symétriques de l’organe où elles ont leur siège.

Supposons en effet l’un des hémisphères plus fortement organisé que l’autre, mieux développé dans tous ses points, susceptible par-là d’être plus vivement affecté, je dis qu’alors la perception sera confuse, car le cerveau est à l’ame ce que les sens sont au cerveau; il transmet à l’ame l’ébranlement venu des sens, comme ceux-ci lui envoient les impressions que font sur eux les corps environnans. Or, si le défaut d’harmonie dans le système sensitif extérieur trouble la perception du cerveau, pourquoi l’ame ne percevroit-elle pas confusément, lorsque les deux hémisphères inégaux en force ne confondent pas à une seule, la double impression qu’ils reçoivent?

Dans la mémoire, faculté de reproduire d’anciennes sensations, dans l’imagination, faculté d’en créer de nouvèlles, chaque hémisphère paroît en reproduire ou en créer une. Si toutes deux ne sont parfaitement semblables, la perception de l’ame qui doit les réunir, sera inexacte et irrégulière. Or il y aura inégalité dans les deux sensations, s’il en existe dans les deux hémisphères où elles ont leur siège.

La perception, la mémoire et l’imagination sont les bases ordinaires du jugement. Si les unes sont confuses, comment l’autre pourra-t-il être distinct?

Nous venons de supposer l’inégalité d’action des hémisphères, de prouver que le défaut de précision dans les fonctions intellectuelles doit en être le résultat; mais ce qui n’est encore que supposition devient réalité dans une foule de cas. Quoi de plus commun que de voir coïncider avec la compression de l’hémisphère d’un côté par le sang, le pus épanché, un os déprimé, une exostose développée à la face interne du crâne, etc., de nombreuses altérations dans la mémoire, la perception, l’imagination, le jugement?

Lors même que tout signe de compression actuelle a disparu, si, par l’influence de celle qu’il a éprouvée, l’un des côtés du cerveau reste plus foible, ces altérations ne se prolongent-elles pas? diverses aliénations n’en sont-elles pas les funestes suites? Si les deux côtés restoient également affectés, le jugement seroit plus foible, mais il seroit plus exact. N’est-ce pas ainsi qu’il faut expliquer plusieurs observations souvent citées, où un coup porté sur une des régions latérales de la tête, a rétabli les fonctions intellectuelles troublées depuis long-temps à la suite d’un autre coup reçu sur la région opposée?

Je crois avoir établi qu’en supposant l’inégalité d’action des hémisphères, les fonctions intellectuelles doivent être troublées. J’ai indiqué ensuite divers cas maladifs où ce trouble est le résultat évident de cette inégalité. Nous voyons ici l’effet et la cause; mais là où le premier sens est apparent, l’analogie ne nous indique-t-elle pas la seconde? Quand habituellement le jugement est inexact, que toutes les idées manquent de précision, ne sommes-nous pas conduits à croire qu’il y a défaut d’harmonie entre les deux côtés du cerveau? Nous voyons de travers, si la nature n’a mis de l’accord dans la force des deux yeux. Nous percevons et nous jugeons de même, si les hémisphères sont naturellement discordans: l’esprit le plus juste, le jugement le plus sain, supposent en eux l’harmonie la plus complète. Que de nuances dans les opérations de l’entendement! ces nuances ne correspondent-elles point à autant de variétés dans le rapport de forces des deux moitiés du cerveau? Si nous pouvions loucher de cet organe comme des yeux, c’est-à-dire ne recevoir qu’avec un seul hémisphère les impressions externes, n’employer qu’un seul côté du cerveau à prendre des déterminations, à juger, nous serions maîtres alors de la justesse de nos opérations intellectuelles; mais une semblable faculté n’existe point.

Poursuivons l’examen de l’harmonie d’action dans le système de la vie animale. Aux fonctions du cerveau succèdent la locomotion et la voix; la première semble, au premier coup d’œil, faire exception à la loi générale de l’harmonie d’action. Considérez en effet les deux moitiés verticales du corps, vous verrez l’une constamment supérieure à l’autre, par l’étendue, le nombre, la facilité des mouvemens qu’elle exécute. C’est, comme on le sait, la portion droite qui l’emporte communément sur la gauche.

Pour comprendre la raison de cette différence, distinguons dans toute espèce de mouvement la force et l’agilité. La force tient à la perfection d’organisation, à l’énergie de nutrition, à la plénitude de vie de chaque muscle; l’agilité est le résultat de l’habitude et du fréquent exercice.

Remarquons maintenant que la discordance des organes locomoteurs porte, non sur la force, mais sur l’agilité des mouvemens. Tout est égal dans le volume, le nombre de fibres, les nerfs de l’un et l’autre des membres supérieurs ou inférieurs; la différence de leur système vasculaire est presque nulle. Il suit de là que cette discordance n’est pas, ou presque pas, dans la nature; elle est la suite manifeste de nos habitudes sociales, qui, en multipliant les mouvemens d’un côté, augmentent leur adresse, sans trop ajouter à leur force.

Tels sont en effet les besoins de la société, qu’ils nécessitent un certain nombre de mouvemens généraux qui doivent être exécutés par tous dans la même direction, afin de pouvoir s’entendre. On est convenu que cette direction seroit celle de gauche à droite. Les lettres qui composent l’écriture de la plupart des peuples, sont dirigées dans ce sens. Cette circonstance entraîne la nécessité d’employer, pour former ces lettres, la main droite, qui est mieux adaptée que la gauche à ce mode d’écriture, comme celle-ci conviendroit infiniment mieux au mode opposé, ainsi qu’il est facile de s’en convaincre par le moindre essai.

La direction des lettres de gauche à droite impose la loi de les parcourir des yeux de la même manière. De l’habitude de lire ainsi, naît celle d’examiner la plupart des objets suivant le même sens.

La nécessité de l’ensemble dans les combats a déterminé à employer généralement la main droite pour saisir les armes; l’harmonie qui dirige la danse des peuples les plus sauvages, exige dans les jambes un accord qu’ils conservent en faisant toujours porter sur la droite leurs mouvemens principaux. Je pourrois ajouter à ces divers exemples une foule d’autres analogues,

Ces mouvemens généraux, convenus de tous dans l’ordre social, qui romproient l’harmonie d’une foule d’actes, si tout le monde ne les exécutoit pas dans le même sens, ces mouvemens nous entraînent inévitablement, par l’influence de l’habitude, à employer pour nos mouvemens particuliers, les membres qu’ils mettent en action. Or, ces membres étant ceux placés à droite, il résulte que les membres de ce côté sont toujours en activité, soit pour les besoins relatifs aux mouvemens que nous coordonnons avec ceux des autres individus, soit pour les besoins qui nous sont personnels.

Comme l’habitude d’agir perfectionne l’action, on conçoit la cause de l’excès d’agilité du membre droit sur le gauche. Cet excès n’est presque pas primitif; l’usage l’amène d’une manière insensible.

Cette remarquable différence dans les deux moitiés symétriques du corps n’est donc point, dans la nature, une exception de la loi générale de l’harmonie d’action des fonctions externes. Cela est si vrai, que l’ensemble des mouvemens exécutés avec tous nos membres, est d’autant plus précis qu’il y a moins de différence dans l’agilité des muscles gauches et droits. Pourquoi certains animaux franchissent-ils avec tant d’adresse des rochers où la moindre déviation les entraîneroit dans l’abîme, courent-ils avec une admirable précision, sur des plans à peine égaux en largeur à l’extrémité de leurs membres? Pourquoi la marche de ceux qui sont les plus lourds, n’est-elle jamais accompagnée de ces faux pas si communs dans la progression de l’homme? C’est que chez eux la différence étant presque nulle entre les organes locomoteurs de l’un et l’autre côtés, ces organes sont en harmonie constante d’action.

L’homme le plus adroit dans ses mouvemens de totalité, est celui qui l’est le moins dans les mouvemens isolés du membre droit: car, comme je le prouverai ailleurs, la perfection d’une partie ne s’acquiert jamais qu’aux dépens de celle de toutes les autres. L’enfant qu’on élèveroit à faire un emploi égal de ses quatre membres, auroit dans ses mouvemens généraux une précision qu’il acquerroit difficilement pour les mouvemens particuliers de la main droite, comme pour ceux qu’exigent l’écriture, l’escrime, etc.

Je crois bien que quelques circonstances naturelles ont influé sur le choix de la direction des mouvemens généraux qu’exigent les habitudes sociales: tels sont le léger excès de diamètre de la souclavière droite, le sentiment de lassitude qui accompagne la digestion, et qui, plus sensible à gauche à cause de l’estomac, nous détermine à agir pendant ce temps du côté opposé ; tel est l’instinct naturel qui, dans les affections vives, nous fait porter la main sur le cœur, où la droite se dirige bien plus facilement que la gauche. Mais ces causes sont presque nulles, comparées à la disproportion des mouvemens des deux moitiés symétriques du corps, et sous ce rapport il est toujours vrai de dire que leur discordance est un effet social, et que la nature les a primitivement destinées à l’harmonie d’action.

La voix est, avec la locomotion, le dernier acte de la vie animale, dans l’enchaînement naturel de ses fonctions. Or, la plupart des physiologistes, Haller en particulier, ont indiqué, comme cause de son défaut d’harmonie, la discordance des deux moitiés symétriques du larynx, l’inégalité de force dans les muscles qui meuvent les aryténoïdes, d’action dans les nerfs qui vont de chaque côté à cet organe, de réflexion des sons dans l’une et l’autre narines, dans les sinus droits et gauches. Sans doute la voix fausse dépend souvent de l’oreille: quand nous entendons faux, nous chantons de même; mais quand la justesse de l’ouïe coïncide avec le défaut de précision des sons, la cause en est certainement dans le larynx.

La voix la plus harmonieuse est donc celle que les deux parties du larynx produisent à un degré égal, où les vibrations d’un côté, exactement semblables par leur nombre, leur force, leur durée, à celles du côté opposé, se confondent avec elles pour produire le même son, de même que le chant le plus parfait seroit celui que produiroient deux voix exactement identiques par leur portée, leur timbre et leurs inflexions.

Des nombreuses considérations que je viens de présenter, découle, je crois, ce résultat général, savoir, qu’un des principes essentiels de la vie animale, est l’harmonie d’action des deux parties analogues, ou des deux côtés de la partie simple, qui concourent à un même but. On voit facilement, sans que je l’indique, le rapport qui existe entre cette harmonie d’action, caractère des fonctions, et la symétrie de forme, attribut des organes de la vie animale.

Je préviens au reste, en finissant ce paragraphe, qu’en y indiquant les dérangemens divers qui résultent, dans la vie animale, du défaut d’harmonie des organes, je n’ai prétendu assigner qu’une cause isolée de ces dérangemens; je sais, par exemple, que mille circonstances autres que la discordance des deux hémisphères du cerveau, peuvent altérer le jugement, la mémoire, etc. etc.

§ II. Discordance d’action dans la vie organique.

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A côté des phénomènes de la vie externe, plaçons maintenant ceux de la vie organique; nous verrons que l’harmonie n’a sur eux aucune influence. Qu’un rein plus fort que l’autre sépare plus d’urine; qu’un poumon mieux développé admette, dans un temps donné, plus de sang veineux, et renvoie plus de sang artériel; que moins de force organique distingue les glandes salivaires gauches d’avec les droites; qu’importe? la fonction unique à laquelle concourt chaque paire d’organes, n’est pas moins régulièrement exercée. Qu’un engorgement léger occupe l’un des côtés du foie, de la rate, du pancréas; la portion saine supplée, et la fonction n’est pas troublée. La circulation reste la même au milieu des variétés fréquentes du système vasculaire des deux côtés du corps, soit que ces variétés existent naturellement, soit qu’elles tiennent à quelques oblitérations artificielles de gros vaisseaux, comme dans l’anévrisme.

De là ces nombreuses irrégularités de structure, ces vices de conformation qui, comme je l’ai dit; s’observent dans la vie organique, sans qu’il y arrive pour cela discordance des fonctions. De là cette succession presque continue de modifications qui, agrandissant et rétrécissant tour à tour le cercle de ces fonctions, ne les laisse presque jamais dans un état fixe. Les forces vitales et les excitans qui les mettent en jeu, sans cesse variables dans l’estomac, les reins, le foie, les poumons, le cœur, etc. y déterminent une instabilité constante dans les phénomènes. Mille causes peuvent à chaque instant doubler, tripler l’activité de la circulation et de la respiration, accroître ou diminuer la quantité de bile, d’urine, de salive secrétées, suspendre ou accélérer la nutrition d’une partie; la faim, les alimens, le sommeil, le mouvement, le repos, les passions, etc. impriment à ces fonctions une mobilité telle, qu’elles passent chaque jour par cent degrés divers de force ou de foiblesse.

Tout, au contraire, est constant, uniforme, régulier dans la vie animale. Les forces vitales des sens ne peuvent, de même que les forces intérieures, éprouver ces alternatives de modifications, ou du moins à un degré aussi marqué. En effet, un rapport habituel les unit aux forces physiques qui régissent les corps extérieurs: or, celles-ci restant les mêmes dans leurs variations, chacune de ces variations anéantiroit le rapport, et alors les fonctions cesseroient.

D’ailleurs si cette mobilité qui caractérise la vie organique, étoit aussi l’attribut des sensations, elle le seroit, par-là même, de la perception, de la memoire, de l’imagination, du jugement, et conséquemment, de la volonté. Alors que seroit l’homme? entraîné par mille mouvemens opposés, jouet perpétuel de tout ce qui l’entoureroit, il verroit son existence, tour à tour voisine de celle des corps bruts, ou supérieure à celle dont il jouit en effet, allier à ce que l’intelligence montre de plus grand, ce que la matière nous présente de plus vil.


ARTICLE QUATRIÈME.

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Différences générales des deux vies, par rapport à la durée de leur action.

Je viens d’indiquer un des grands caractères qui distinguent les phénomènes de la vie animale d’avec ceux de la vie organique. Celui que je vais examiner n’est pas, je crois, d’une moindre importance; il consiste dans l’intermittence périodique des fonctions externes, et la continuité non interrompue des fonctions internes.

§ I. Continuité d’action dans la vie organique.

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La cause qui suspend la respiration et la circulation, suspend et même anéantit la vie, pour peu qu’elle soit prolongée. Toutes les sécrétions s’opèrent sans interruption, et si quelques périodes de rémitence s’y observent, comme dans la bile, hors le temps de la digestion, dans la salive, hors celui de la mastication, etc. ces périodes ne portent que sur l’intensité et non sur l’entier exercice de la fonction. L’exhalation et l’absorption se succèdent sans cesse; jamais la nutrition ne reste inactive, le double mouvement d’assimilation et de désassimilation dont elle résulte, n’a de terme que celui de la vie.

Dans cet enchaînement continu des phénomènes organiques, chaque fonction est dans une dépendance immédiate de celles qui la précèdent. Centre de toutes, la circulation est toujours immédiatement liée à leur exercice; si elle est troublée, les autres languissent; elles cessent quand le sang est immobile. Tels dans leurs mouvemens successifs, les nombreux rouages de l’horloge s’arrêtent-ils dès que le pendule qui les met tous en jeu, est lui-même arrêté. Non-seulement l’action générale de la vie organique est liée à l’action particulière du cœur, mais encore chaque fonction s’enchaîne isolément à toutes les autres: sans sécrétion, point de digestion; sans exhalation, nulle absorption; sans digestion, défaut de nutrition.

Nous pouvons donc, je crois, indiquer comme caractère général des fonctions organiques, leur continuité et la mutuelle dépendance ou elles sont les unes des autres.

§ II. Intermittence d’action dans la vie animale.

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Considérez, au contraire, chaque organe de la vie animale dans l’exercice de ses fonctions, vous y verrez constamment des alternatives d’activité et de repos, des intermittences complètes, et non des rémittences comme celles qu’on remarque dans quelques phénomènes organiques.

Chaque sens fatigué par de longues sensations, devient momentanément impropre à eu recevoir de nouvelles. L’oreille n’est point excitée par les sons, l’œil se ferme à la lumière, les saveurs n’irritent plus la langue, les odeurs trouvent la pituitaire insensible, le toucher devient obtus, par la seule raison que les fonctions respectives de ces divers organes se sont exercées quelque temps.

Fatigué par l’exercice continué de la perception, de l’imagination, de la mémoire ou de la méditation, le cerveau a besoin de reprendre, par une absence d’action proportionnée à la durée d’activité qui a précédé, des forces sans lesquelles il ne pourroit redevenir actif.

Tout muscle qui s’est fortement contracté, ne se prête à de nouvelles contractions, qu’après être resté un certain temps dans le relâchement. De là les intermittences nécessaires de la locomotion et de la voix.

Tel est donc le caractère propre à chaque organe de la vie animale, qu’il cesse d’agir par-là même qu’il s’est exercé , parce qu’alors il se fatigue, et que ses forces épuisées ont besoin de se renouveler.

L’intermittence de la vie animale est tantôt partielle, tantôt générale: elle est partielle quand un organe isolé a été long-temps en exercice, les autres restant inactifs. Alors cet organe se relâche; il dort tandis que tous les autres veillent. Voilà sans doute pourquoi chaque fonction animale n’est pas dans une dépendance immédiate des autres, comme nous l’avons observé dans la vie organique. Les sens étant fermés aux sensations, l’action du cerveau peut subsister encore; la mémoire, l’imagination, la réflexion y restent souvent. La locomotion et la voix peuvent alors continuer aussi; celles-ci étant interrompues, les sens reçoivent également les impressions externes.

L’animal est maître de fatiguer isolément telle ou telle partie. Chacune devoit donc pouvoir se relâcher, et par-là même réparer ses forces d’une manière isolée: c’est le sommeil partiel des organes.

§ III. Application de la loi d’intermittence d’action à la théorie du sommeil.

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Le sommeil général est l’ensemble des sommeils particuliers; il dérive de cette loi de la vie animale qui enchaîne constamment dans ses fonctions, des temps d’intermittence aux périodes d’activité, loi qui la distingue d’une manière spéciale, comme nous l’avons vu, d’avec la vie organique: aussi le sommeil n’a-t-il jamais sur celle-ci qu’une influence indirecte, tandis qu’il porte tout entier sur la première.

De nombreuses variétés se remarquent dans cet état périodique auquel sont soumis tous les animaux, Le sommeil le plus complet est celui où toute la vie externe, les sensations, la perception, l’imagination, la mémoire, le jugement, la locomotion et la voix sont suspendus: le moins parfait n’affecte qu’un organe isolé ; c’est celui dont nous parlions tout à l’heure.

Entre ces deux extrêmes, de nombreux intermédiaires se rencontrent: tantôt les sensations, la perception, la locomotion et la voix, sont seules suspendues, l’imagination, la mémoire, le jugement restant en exercice; tantôt, à l’exercice de ces facultés qui subsistent, se joint aussi l’exercice de la locomotion et de la voix. C’est là le sommeil qu’agitent les rêves, lesquels ne sont autre chose qu’une portion de la vie animale, échappée à l’engourdissement où l’autre portion est plongée.

Quelquefois même trois ou quatre sens seulement ont cessé leur communication avec les objets extérieurs: telle est cette espèce de somnambulisme où, à l’action conservée du cerveau, des muscles et du larynx, s’unit celle souvent très-distincte de l’ouïe et du tact.

N’envisageons donc point le sommeil comme un état constant et invariable dans ses phénomènes. A peine dormons-nous deux fois de suite de la même manière; une foule de causes le modifient en appliquant à une portion plus ou moins grande de la vie animale, la loi générale de l’intermittence d’action. Ses degrés divers doivent se marquer par les fonctions diverses que cette intermittence frappe.

Le principe est par-tout le même, depuis le simple relâchement qui dans un muscle volontaire succède à la contraction, jusqu’à l’entière suspension de la vie animale. Par-tout le sommeil tient à cette loi générale d’intermittence, caractère exclusif de cette vie; mais son application aux différentes fonctions externes varie infiniment.

Il y a loin sans doute de ces idées sur le sommeil, à tous ces systèmes rétrécis où sa cause, exclusivement placée dans le cerveau, le cœur, les gros vaisseaux, l’estomac, etc. présente un phénomène isolé, souvent illusoire, comme base d’une des grandes modifications de la vie.

Pourquoi la lumière et les ténèbres sont-elles, dans l’ordre naturel, régulièrement coordonnées à l’activité et à l’intermittence des fonctions externes? C’est que, pendant le jour, mille moyens d’excitation entourent l’animal, mille causes épuisent les forces de ses organes sensitifs et locomoteurs, déterminent leur lassitude, et préparent un relâchement que la nuit favorise par l’absence de tous les genres de stimulans. Aussi dans nos mœurs actuelles, où cet ordre est en partie interverti, nous rassemblons autour de nous, pendant les ténèbres, divers excitans qui prolongent la veille, et font coïncider avec les premières heures de la lumière, l’intermittence de la vie animale, que nous favorisons d’ailleurs en éloignant du lieu de notre repos tout moyen propre à faire naître des sensations.

Nous pouvons, pendant un certain temps, soustraire les organes de la vie animale à la loi d’intermittence, en multipliant autour d’eux les causes d’excitation; mais enfin ils la subissent, et rien ne peut, à une certaine époque, en suspendre l’influence. Épuisés par une veille prolongée, le soldat dort à côté du canon, l’esclave sous les verges qui le frappent, le criminel au milieu des tourmens de la question, etc. etc.

Distinguons bien, au reste, le sommeil naturel, suite de la lassitude des organes, de celui qui est l’effet d’une affection du cerveau, de l’apoplexie ou de la commotion, par exemple. Ici les sens veillent, ils reçoivent les impressions, ils sont affectés comme à l’ordinaire; mais ces impressions ne pouvant être perçues par le cerveau malade, nous ne saurions en avoir la conscience. Au contraire, dans l’état ordinaire, c’est sur les sens, autant et même plus que sur le cerveau, que porte l’intermittence d’action.

Il suit de ce que nous avons dit dans cet article, que, par sa nature, la vie organique dure beaucoup plus que la vie animale. En effet, la somme des périodes d’intermittence de celle-ci est presque à celle de ses temps d’activité, dans la proportion de la moitié ; en sorte que sous ce rapport nous vivons au dedans presque le double de ce que nous existons au dehors.


ARTICLE CINQUIÈME.

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Différences générales des deux vies, par rapport à l’habitude.

C’EST encore un des grands caractères qui distinguent les deux vies de l’animal, que l’indépendance où l’une est de l’habitude, comparée à l’influence que l’autre en reçoit.

§ I. De l’habitude dans la vie animale.

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Tout est modifié par l’habitude dans la vie animale; chaque fonction, exaltée ou affoiblie par elle, semble, suivant les diverses époques où elle s’exerce, prendre des caractères tout différens: pour bien en estimer l’influence, il faut distinguer deux choses dans l’effet des sensations, le sentiment et le jugement. Un chant frappe notre oreille; sa première impression est, sans que nous sachions pourquoi, pénible ou agréable; voilà le sentiment. S’il continue, nous cherchons à apprécier les divers sons dont il est l’assemblage, à distinguer leurs accords; voilà le jugement. Or, l’habitude agit d’une manière inverse sur ces deux choses. Le sentiment est constamment émoussé par elle, le jugement, au contraire, lui doit sa perfection. Plus nous voyons un objet, moins nous sommes sensibles à ce qu’il a de pénible ou d’agréable, et mieux nous en jugeons tous les attributs.

§ II. L’habitude émousse le sentiment.

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Je dis d’abord que le propre de l’habitude est d’émousser le sentiment, de ramener toujours le plaisir ou la douleur à l’indifférence, qui en est le terme moyen. Mais avant que de prouver cette remarquable assertion, il est bon d’en préciser le sens. La douleur et le plaisir sont absolus ou relatifs. L’instrument qui déchire nos parties, l’inflammation qui les affecte, causent une douleur absolue; l’accouplement est un plaisir de même nature. La vue d’une belle campagne nous charmer c’est là une jouissance relative à l’état actuel où se trouve l’ame; car pour l’habitant de cette campagne, depuis long-temps sa vue est indifférente. Une sonde parcourt l’urètre pour la première fois; elle est pénible pour le malade; huit jours après il n’y est pas sensible; voilà une douleur de comparaison. Tout ce qui agit sur nos organes èn détruisant leur tissu, est toujours cause d’une sensation absolue; le simple contact d’un corps sur le nôtre, n’en produit jamais que de relatives.

Il est évident, d’après cela, que le domaine du plaisir ou de la douleur absolus, est bien plus rétréci que celui de la douleur ou du plaisir relatifs; que Ces mots, agréable et pénible, supposent presque toujours une comparaison entre l’impression que reçoivent les sens, et l’état de l’ame qui perçoit cette impression. Or, il est manifeste que le plaisir et la douleur relatifs sont seuls soumis à l’empire de l’habitude; eux seuls vont donc nous occuper.

Les preuves se pressent en foule pour établir que toute espèce de plaisir ou de peine relatifs, est sans cesse ramenée à l’indifférence par l’influence de l’habitude. Tout corps étranger, en contact pour la première fois avec une membrane muqueuse, y détermine une sensation pénible, douloureuse même, que chaque jour diminue, et qui finit enfin par devenir insensible. Les pessaires dans le vagin, les tampons dans le rectum, l’instrument destiné à lier un polype dans la matrice ou le nez, les sondes dans l’urètre, dans l’œsophage ou la trachée-artère, les stylets, les sétons dans les voies lacrymales, présentent constamment ce phénomène. Les impressions dont l’organe cutané est le siège, sont toutes assujetties à la même loi. Le passage subit du froid au chaud ou du chaud au froid entraîne toujours un saisissement incommode, qui s’affoiblit et cesse enfin si la température de l’atmosphère se soutient à un degré constant. De là les sensations variées qu’excite en nous le changement de saisons, de climats, etc. Des phénomènes analogues sont le résultat de la perception successive des qualités humides ou sèches, molles ou dures des corps en contact avec le nôtre. En général, toute sensation très-différente de celle qui précède, fait naître un sentiment que l’habitude use bientôt:

Disons du plaisir ce que nous venons de dire de la douleur. Le parfumeur placé dans une atmosphère odorante, le cuisinier, dont le palais est sans cesse affecté par de délicieuses saveurs, ne trouvent point dans leurs professions les vives jouissances qu’elles préparent aux autres, parce que chez eux l’habitude de sentir a émousse la sensation. Il en est de même des impressions agréables dont le siège est dans les autres sens. Tout ce qui fixe délicieusement la vue, ou frappe agréablement l’oreille, ne nous offre que des plaisirs dont la vivacité est bientôt anéantie. Le spectacle le plus beau, les sons les plus harmonieux sont successivement la source du plaisir, de l’indifférence, de la satiété, du dégoût et même de l’aversion, par leur seule continuité. Tout le monde a fait cette remarque, que les poètes et les philosophes se sont appropriée, chacun à sa manière.

D’où naît cette facilité qu’ont nos sensations de subir tant de modifications diverses et souvent opposées? Pour le concevoir, remarquons d’abord que le centre de ces révolutions de plaisir, de peine et d’indifférence, n’est point dans les organes qui reçoivent ou transmettent la sensation, mais dans l’ame qui la perçoit: l’affection de l’œil, de la langue, de l’ouïe, est toujours la même; mais nous attachons à cette affection unique des sentimens variables.

Remarquons ensuite que l’action de l’ame dans chaque sentiment de peine ou de plaisir, né d’une sensation, consiste en une comparaison entre cette sensation et celles qui l’ont précédée, comparaison qui n’est point le résultat de la réflexion, mais l’effet involontaire de la première impression des objets. Plus il y aura de différence entre l’impression actuelle et les impressions passées, plus le sentiment en sera vif. La sensation qui nous affecte le plus, est celle qui ne nous a jamais frappés.

Il suit de là qu’à mesure que les sensations se répètent plus souvent, elles doivent faire sur nous une moindre impression, parce que la comparaison devient moins sensible entre l’état actuel et l’état passé. Chaque fois que nous voyons un objet, que nous entendons un son, que nous goûtons un mets, etc. nous trouvons moins de différence entre ce que nous éprouvons et ce que nous avons éprouvé.

Il est donc de la nature du plaisir et de la peine de se détruire d’eux-mêmes, de cesser d’être, parce qu’ils ont été. L’art de prolonger la durée de nos jouissances, consiste à en varier les causes.

Je dirois presque, si je n’avois égard qu’aux lois de notre organisation matérielle, que la constance est un rêve heureux des poètes, que le bonheur n’est que dans l’inconstance, que ce sexe enchanteur qui nous captive auroit de foibles droits à nos hommages, si ses attraits étoient trop uniformes, que si la figure de toutes les femmes étoit jetée au même moule, ce moule seroit le tombeau de l’amour, etc. Mais gardons-nous d’employer les principes de la physique à renverser ceux de la morale; les uns et les autres sont également solides, quoique parfois en opposition. Remarquons seulement que souvent les premiers nous dirigent presque seuls; alors l’amour que l’habitude tente d’enchaîner, fuit avec le plaisir et nous laisse le dégoût; alors le souvenir met un terme toujours prompt à la constance, en rendant uniforme ce que nous sentons et ce que nous avons senti: car telle paroît être l’essence du bonheur physique, que celui qui est passé, émousse l’attrait de celui dont nous jouissons. Voyez cet homme que l’ennui dévore aujourd’hui à côté de celle près de qui les heures fuyoient jadis comme l’éclair; il seroit heureux s’il ne l’avoit point été, ou s’il pouvoit oublier qu’il le fut autrefois. Le souvenir est, dit-on, le seul bien des amans malheureux: soit; mais avouons qu’il est le seul mal des amans heureux.

Reconnoissons donc que le plaisir physique n’est qu’un sentiment de comparaison, qu’il cesse d’exister là où l’uniformité survient entre les sensations actuelles et les impressions passées, et que c’est par cette uniformité que l’habitude tend sans cesse à le ramener à l’indifférence: voilà tout le secret de l’immense influence qu’elle exerce sur nos jouissances.

Tel est aussi son mode d’action sur nos peines. Le temps s’enfuit, dit-on, en emportant la douleur; il en est le sûr remède. Pourquoi? c’est que plus il accumule de sensations sur celle qui nous a été pénible, plus il affoiblit le sentiment de comparaison établi entre ce que nous sommes actuellement, et ce que nous étions alors. Il est enfin une époque ou ce sentiment s’éteint; aussi n’est-il pas d’éternelles douleurs; toutes cèdent à l’irrésistible ascendant de l’habitude.

§ III. L’habitude perfectionne le jugement.

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Je viens de prouver que tout ce qui tient au sentiment, dans nos relations avec ce qui nous environne, est affoibli, émoussé, rendu nul par l’effet de l’habitude. Il est facile maintenant de démontrer qu’elle perfectionne et agrandit tout ce qui a rapport au jugement porté d’après ces relations.

Lorsque, pour la première fois, la vue se promène sur une vaste campagne, l’oreille est frappée par une harmonie, le goût ou l’odorat sont affectés d’une saveur ou d’une odeur très-composée, des idées confuses et inexactes naissent de ces sensations; nous nous représentons l’ensemble; les détails nous échappent. Mais que ces sensations se répètent, que l’habitude les ramène souvent, alors notre jugement devient précis, rigoureux; il embrasse tout; la connoissance de l’objet qui nous a frappés devient parfaite, d’irrégulière qu’elle étoit.

Voyez cet homme qui arrive à l’Opéra étranger à toute espèce de spectacle; il en rapporte des notions vagues. La danse, la musique, les décorations, le jeu des acteurs, l’éclat de l’assemblée, tout s’est confondu, pour lui, dans une espèce de chaos qui l’a charmé. Qu’il assiste successivement à plusieurs représentations, ce qui, dans ce bel ensemble, appartient à chaque art, commence à s’isoler dans son esprit, bientôt il saisit les détails: alors il peut juger, et il le fait d’autant plus sûrement, que l’habitude de voir lui en fournit des occasions plus fréquentes.

Cet exemple nous offre en abrégé le tableau de l’homme commençant à jouir du spectacle de la nature. L’enfant qui vient de naître, et pour qui tout est nouveau, ne sait encore percevoir dans ce qui frappe ses sens, que les impressions générales. En émoussant peu à peu ces impressions qui retiennent d’abord toute l’attention de l’enfant, l’habitude lui permet de saisir les attributs particuliers des corps; elle lui apprend ainsi insensiblement à voir, à entendre, à sentir, à goûter, à toucher, en le faisant successivement descendre dans chaque sensation, des notions confuses de l’ensemble, aux idées précises des détails. Tel est en effet un des grands caractères de la vie animale, qu’elle a besoin, comme nous le verrons, d’une véritable éducation.

L’habitude en émoussant le sentiment, ainsi que nous l’avons vu, perfectionne donc constamment le jugement, et même ce second effet est inévitablement lié au premier. Un exemple rendra ceci évident: je parcours une prairie émaillée de fleurs; une odeur générale, assemblage confus de toutes celles que fournissent isolément ces fleurs, vient d’abord me frapper: distraite par elle, l’ame ne peut percevoir autre chose; mais l’habitude affoiblit ce premier sentiment; bientôt il s’efface; alors l’odeur particulière de chaque plante se distingue, et je puis porter un jugement qui étoit primitivement impossible.

Ces deux modes opposés d’influence que l’habitude exerce sur le sentiment et le jugement, tendent donc, comme on le voit, à un but commun; et ce but est la perfection de chaque acte de la vie animale.

§ IV. De l’habitude dans la vie organique.

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Rapprochons maintenant de ces phénomènes, ceux de la vie organique; nous les verrons constamment soustraits à l’empire de l’habitude. La circulation, la respiration, l’exhalation, l’absorption, la nutrition, les sécrétions ne sont jamais modifiées par elle. Mille causes menaceroient chaque jour l’existence, si ces fonctions essentielles pouvoient en recevoir l’influence.

Cependant l’excrétion des urines,des matières fécales peut quelque fois se suspendre, s’accélérer, revenir selon des lois qu’elle a déterminées; l’action de l’estomac dans la faim, dans le contact des diverses espèces d’alimens, y paroît aussi subordonnée; mais remarquons que ces divers phénomènes tiennent presque le milieu entre ceux des deux vies, se trouvent placés sur les limites de l’une et de l’autre, et participent presqu’autant à l’animale qu’à l’organique. Tous en effet se passent sur les membranes muqueuses, espèces d’organes qui, toujours en rapport avec des corps étrangers à notre propre substance, sont le siège d’un tact interne, analogue en tout au tact extérieur de la peau sur les corps qui nous entourent. Ce tact devoit donc être assujetti aux mêmes modifications: doit-on s’étonner, d’après cela, de l’influence que l’habitude exerce sur lui?

Remarquons d’ailleurs que la plupart de ces phénomènes relatifs au premier ou au dernier séjour des alimens dans nos parties qu’ils doivent réparer, phénomènes qui commencent, pour ainsi dire, et terminent la vie organique, entraînent après eux divers mouvemens essentiellement volontaires, et par conséquent du domaine de la vie animale.

Je ne parle point ici d’une foule d’autres modifications dans les forces, les goûts, les desirs, etc. modifications qui tirent leur source de l’habitude. Je renvoie aux ouvrages nombreux qui en ont considéré l’influence sous des points de vue différens de celui que je viens de présenter.


ARTICLE SIXIÈME.

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Différences générales des deux vies, par rapport au moral.

IL faut considérer sous deux rapports les actes qui, peu liés à l’organisation matérielle des animaux, dérivent de ce principe si peu connu dans sa nature, mais si remarquable par ses effets, centre de tous leurs mouvemens volontaires, et sur lequel on eût moins disputé si, sans vouloir remonter à son essence, on se fût contenté d’analyser ses opérations. Ces actes que nous considérons surtout dans l’homme où ils sont à leur plus haut point de perfection, sont ou purement intellectuels et relatifs seulement à l’entendement, ou bien le produit immédiat des passions. Examinés sous le premier point de vue, ils sont l’attribut exclusif de la vie animale; envisagés sous le second, ils appartiennent essentiellement à la vie organique.

§ I. Tout ce qui est relatif à l’entendement appartient à la vie. animale.

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Il est inutile, je crois, de s’arrêter longuement à prouver que la méditation, la réflexion, le jugement, tout ce qui tient en un mot à l’association des idées, est le domaine de la vie animale. Nous jugeons d’après les impressions reçues autrefois, d’après celles que nous recevons actuellement, ou d’après celles que nous créons nous-mêmes. La mémoire, la perception et l’imagination sont les bases principales sur lesquelles appuient toutes les opérations de l’entendement; or, ces bases reposent elles-mêmes sur l’action des sens.

Supposez un homme naissant dépourvu de tout cet appareil extérieur qui établit nos relations avec les objets environnans; cet homme-là ne sera pas tout à fait la statue de Condillac; car, comme nous le verrons, d’autres causes que les sensations peuvent déterminer en nous l’exercice des mouvemens de la vie animale; mais au moins, étranger à tout ce qui l’entoure, il ne pourra point juger, parce que les matériaux du jugement lui manqueront; toute espèce de fonction intellectuelle sera nulle chez lui; la volonté, qui est le résultat de ces fonctions, ne pourra avoir lieu; par conséquent cette classe si étendue de mouvemens qui a son siège immédiat dans le cerveau, et qui est une suite des impressions que celui-ci a reçues des objets extérieurs, ne sera point son partage.

C’est donc par la vie animale que l’homme est si grand, si supérieur à tous les êtres qui l’entourent; par elle il appartient aux sciences, aux arts, à tout ce qui l’éloigne des attributs grossiers sous lesquels nous nous représentons la matière, pour le rapprocher des images sublimes que nous nous formons de la spiritualité. L’industrie, le commerce, tout ce qui est beau, tout ce qui agrandit le cercle étroit où restent les animaux, est l’apanage de la vie extérieure.

La société actuelle n’est autre chose qu’un développement plus régulier, une perfection plus marquée dans l’exercice des diverses fonctions de cette vie, lesquelles établissent nos rapports avec les êtres environnans; car, comme je le prouverai en détail, c’est un de ses caractères majeurs de pouvoir s’étendre, se perfectionner, tandis que dans la vie organique chaque partie n’abandonne jamais les limites que la nature lui a posées. Nous vivons organiquement d’une manière toute aussi parfaite, toute aussi régulière dans le premier âge que dans l’âge adulte; mais comparez la vie animale du nouveau né à celle de l’homme de trente ans, et vous verrez la différence.

D’après ce que nous venons de dire, on peut considérer le cerveau, organe central de la vie animale, comme centre de tout ce qui a rapport à l’intelligence et à l’entendement. Je pourrois parler ici de sa proportion de grandeur dans l’homme et dans les animaux, où l’industrie semble décroître à mésure que l’angle facial devient aigu, et que la cavité cérébrale se rétrécit; des altérations diverses dont il est le siége, et qui toutes sont marquées par des troubles notables dans l’entendement. Mais tous ces rapports sont assez connus, il suffit de les indiquer. Passons. à cet autre ordre de phénomènes qui, étrangers, comme les précédens, aux idées que nous nous formons des phénomènes matériels, ont cependant un siège essentiellement différent.

§ H. Tout ce qui est relatif aux passions appartient à la vie organique.

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Mon objet n’est point ici de considérer les passions sous le rapport métaphysique. Qu’elles ne soient toutes que des modifications diverses d’une passion unique; que chacune tienne à un principe isolé, peu importe: remarquons seulement que beaucoup de médecins, en traitant de leur influence sur les phénomènes organiques, ne les ont point assez distinguées des sensations. Celles-ci en sont l’occasion, mais elles en diffèrent essentiellement.

La colère, la tristesse, la joie n’agiteroient pas, il est vrai, notre ame, si nous ne trouvions dans nos rapports avec les objets extérieurs, les causes qui les font naître. Il est vrai aussi que les sens sont les agens de ces rapports, qu’ils communiquent la cause des passions, mais ils ne participent nullement à l’effet; simples conducteurs dans ce cas, ils n’ont rien de commun avec les affections qu’ils produisent. Cela est si vrai, que toute espèce de sensations a son centre dans le cerveau, car toute sensation suppose l’impression et la perception. Ce sont les sens qui reçoivent l’impression, et le cerveau qui la perçoit; en sorte que là où l’action de cet organe est suspendue, toute sensation cesse. Au contraire, il n’est jamais affecté dans les passions; les organes de la vie interne en sont le siège unique.

Il est sans doute étonnant que les passions qui entrent essentiellement dans nos relations avec les êtres placés autour de nous, qui modifient à chaque instant ces relations, sans qui la vie animale ne seroit qu’une froide série de phénomènes intellectuels, qui animent, agrandissent, exaltent Sans cesse tous les phénomènes de cette vie; il est, dis-je, étonnant que les passions n’aient jamais leur terme ni leur origine dans ses divers organes; qu’au contraire les parties servant aux fonctions internes, soient constamment affectées par elles, et même les déterminent suivant l’état où elles se trouvent. Tel est cependant ce que la stricte observation nous prouve.

Je dis d’abord que l’effet de toute espèce de passion, constamment étranger à la vie animale, est de faire naître un changement, une altération quelconque dans la vie organique. La colère accélère les mouvemens de la circulation, multiplie, dans une proportion souvent incommensurable, l’effort du cœur; c’est sur la force, la rapidité du cours du sang, qu’elle porte son influence. Sans modifier autant la circulation, la joie la change cependant; elle en développe les phénomènes avec plus de plénitude, l’accélère légèrement, la détermine vers l’organe cutané. La crainte agit en sens inverse; elle est caractérisée par une foiblesse dans tout le système vasculaire, foiblesse qui, empêchant le sang d’arriver aux capillaires, détermine cette pâleur générale qu’on remarque alors sur l’habitude du corps, et en particulier à la face. L’effet de la tristesse, du chagrin est à peu près semblable.

Telle est même l’influence qu’exercent les passions sur les organes circulatoires, qu’elles vont, lorsque l’affection est très-vive, jusqu’à arrêter le jeu de ces organes: de là les syncopes dont le siége primitif est toujours, comme je le prouverai bientôt, dans le cœur, et non dans le cerveau, qui ne cesse alors d’agir que parce qu’il ne reçoit plus l’excitant nécessaire à son action. De là même la mort, effet quelquefois subit des émotions extrêmes; soit que ces émotions exaltent tellement les forces circulatoires, que, subitement épuisées, elles ne puissent se rétablir, comme dans la mort produire par un accès de colère; soit que, comme dans celle occasionnée par une violente douleur, les forces, tout à coup frappées d’une excessive débilité, ne puissent revenir à leur état ordinaire.

Si la cessation totale ou Instantanée de la circulation n’est pas déterminée par cette débilite, souvent les parties en conservent une impression durable, et deviennent consécutivement le siége de diverses lésions organiques. Desault avoit remarque que les maladies du cœur, les anévrismes de l’aorte se sont multipliés dans la révolution, à proportion des maux qu’elle a enfantés.

La respiration n’est pas dans une dépendance moins immédiate des passions: ces étouffemens, cette oppression, effet subit d’une douleur profonde, ne supposent-ils pas dans le poumon un changement notable, une altération soudaine? Dans cette longue suite de maladies chroniques ou d’affections aiguës, triste attribut du système pulmonaire, n’est-on pas souvent obligé de remonter aux passions du malade, pour trouver le principe de son mal?

L’impression vive ressentie au pylore dans les fortes émotions, l’empreinte ineffaçable qu’il en conserve quelquefois, et d’où naissent les squirres dont il est le siège, le sentiment de resserrement qu’on éprouve dans toute la région de l’estomac, au cardia en particulier; dans d’autres circonstances, les vomissemens spasmodiques qui succèdent quelquefois tout à coup à la perte d’un objet chéri, à la nouvelle d’un accident funeste, à toute espèce de trouble déterminé par les passions; l’interruption subite des phénomènes digestifs par une nouvelle agréable ou fâcheuse, les affections d’entrailles, les lésions organiques des intestins, de la rate, observées dans la mélancolie, l’hypocondrie, maladies que préparent et qu’accompagnent presque toujours de sombres affections, tout cela n’indique-t-il pas le lien étroit qui enchaîne à l’état des passions celui des viscères de la digestion?

Les organes secrétoires n’ont pas avec les affections de l’ame une moindre connexion. Une frayeur subite suspend le cours de la bile, et détermine la jaunisse; un accès de colère est l’origine fréquente d’une disposition, et même d’une fièvre bilieuse; les larmes coulent avec abondance dans le chagrin, dans la joie, quelquefois dans l’admiration; le pancréas est fréquemment malade dans l’hypocondrie, etc.

L’exhalation, l’absorption, la nutrition ne paroissent pas recevoir des passions une influence aussi directe que la circulation, la digestion, la respiration et les sécrétions; mais cela tient sans doute à ce que ces fonctions n’ont point, comme les autres, de foyers principaux, de viscères essentiels dont nous puissions comparer l’état avec celui ou se trouve l’ame. Leurs phénomènes généralement disséminés dans tous les organes, n’appartenant exclusivement à aucun, ne sauroient nous frapper aussi vivement que ceux dont l’effet est concentré dans un espace plus étroit.

Cependant les altérations qu’elles éprouvent alors ne sont pas moins réelles, et même au bout d’un certain temps elles deviennent apparentes. Comparez l’homme dont la douleur marque toutes les heures, à celui dont les jours se passent dans la paix du cœur et la tranquillité de rame, vous verrez quelle différence distingue la nutrition de l’un d’avec celle de l’autre.

Rapprochez le temps où toutes les passions sombres, la crainte, la tristesse, le désir de la vengeance, sembloient planer sur la France, de celui ou la sûreté, l’abondance y appeloient les passions gaies, si naturelles aux Français; rappelez-vous comparativement l’habitude extérieure de tous les corps dans ces deux temps, et vous direz si la nutrition ne reçoit pas l’influence des passions. Ces expressions, sécher d’envie, être rongé de remords, être consumé par la tristesse, etc., etc., n’annoncent-elles pas cette influence, n’indiquent-elles pas combien les passions modifient le travail nutritif?

Pourquoi l’absorption et l’exhalation ne seroient-elles pas aussi soumises à leur empire, quoiqu’elles le paroissent moins? les collections aqueuses, les hydropisies, les infiltrations de l’organe cellulaire, vices essentiels de ces deux fonctions, ne peuvent-elles pas dépendre souvent de nos affections morales?

Au milieu de ces bouleversemens; dé ces révolutions partielles ou générales, produits parles passions dans les phénomènes organiques, considérez les actes de la vie animale; ils restent constamment au même degré, ou bien, s’ils éprouvent quelques dérangemens, la source primitive en est constamment, comme je le montrerai, dans les fonctions internes.

Concluons donc de ces diverses considérations, que c’est toujours sur la vie organique, et-non sur la vie animale, que les passions portent leur influence: aussi tout ce qui nous sert à les peindre se rapporte-t-il à la première et non à la seconde. Le geste, expression muette du: sentiment et de l’entendement, en est une preuve remarquable: si nous indiquons quelques phénomènes intellectuels relatifs à la mémoire, à l’imagination, à la perception, au jugement, etc., la main se porte involontairement sur la tête: voulons-nous exprimer l’amour, la joie, la tristesse, la haine; c’est sur la région du cœur,de l’estomac, des intestins, qu’elle se dirige.

L’acteur qui feroit une équivoque à cet égard, qui, en parlant de chagrins, rapporteroit les gestes à la tête, ou les concentrerait sur le cœur pour annoncer un effort de génie, se couvriroit d’un ridicule que nous sentirions mieux encore que nous ne le comprendrions.

Le langage vulgaire distinguoit les attributs respectifs des deux vies, dans le temps ou tous les savans rapportoient au cerveau, comme siége de l’ame, toutes nos affections. On a toujours dit, une tête forte, une tête bien organisée, pour énoncer la perfection de l’entendement; un bon cœur, un cœur sensible, pour indiquer celle du sentiment. Ces expressions, la fureur circulant dans les veines, remuant la bile; la joie faisant tressaillir les entrailles; la jalousie distillant ses poisons dans le cœur, etc. etc. ne sont point des métaphores employées par les poètes, mais l’énoncé de ce qui est réellement dans la nature. Aussi toutes ces expressions, empruntées des fonctions internes, entrent-elles spécialement dans nos chants, qui sont le langage des passions de la vie organique par conséquent, comme la parole ordinaire est celui de l’entendement, de la vie animale. La déclamation tient le milieu, elle anime la langue froide du cerveau, par la langue expressive des organes intérieurs du cœur, du foie, de l’estomac, etc.

La colère, l’amour inoculent pour ainsi dire, aux humeurs, et à la salive en particulier, un vice radical qui rend dangereuse la morsure des animaux agités par ces passions, lesquelles distillent vraiment dans les fluides un funeste poison, comme l’indique l’expression commune. Les passions violentes de la nourrice impriment à son lait un caractère nuisible, d’où naissent souvent diverses maladies pour l’enfant. C’est par les modifications que le sang de la mère reçoit des émotions vives qu’elle éprouve, qu’il faut expliquer comment ces émotions influent sur la nutrition, la conformation, la vie même du fœtus, auquel le sang parvient par l’intermède du placenta.

Non-seulement les passions portent essentiellement sur les fonctions organiques, en affectant leurs viscères d’une manière spéciale, mais l’état de ces viscères, leurs lésions, les variations de leurs forces concourent, d’une manière marquée, à la production des passions. Les rapports qui les unissent avec les tempéramens, les âges, etc. établissent incontestablement ce fait.

Qui ne sait que l’individu dont l’appareil pulmonaire est très-prononcé, dont le système circulatoire jouit de beaucoup d’énergie, qui est, comme on le dit, très-sanguin, a dans les affections une impétuosité qui le dispose surtout à la colère, à l’emportement, au courage; que là où prédomine le système bilieux, certaines passions sont plus développées, telles que l’envie, la haine, etc.; que les constitutions où les fonctions des lymphatiques sont à un plus haut degré, impriment aux affections une lenteur opposée à l’impétuosité du tempérament sanguin.

En général, ce qui caractérise tel ou tel tempérament, c’est toujours telle ou telle modification, d’une part dans les passions, de l’autre part dans l’état des viscères de la vie organique et la prédominance de telle ou telle de ses fonctions. La vie animale est presque constamment étrangère aux attributs des tempéramens.

Disons la même chose des âges. Dans l’enfant, la foiblesse d’organisation coïncide avec la timidité , la crainte; dans le jeune homme, lé courage, l’audace se déploient à proportion que les systèmes pulmonaire et vasculaire deviennent supérieurs aux autres; l’âge viril, où le foie et l’appareil gastrique sont plus prononcés, est l’âge de l’ambition, de l’envie, de l’intrigue, etc.

En considérant les passions dans les divers climats, dans les diverses saisons, le même rapport s’observeroit entr’elles et les organes des fonctions internes; mais assez de médecins ont indiqué ces analogies; il seroit superflu de les rappeler.

Si de l’homme en santé nous portons nos regards sur l’homme malade, nous verrons les lésions du foie, de l’estomac, de la rate, des intestins, du cœur, etc., déterminer dans nos affections une foule de variétés, d’altérations, qui cessent d’avoir lieu dès l’instant où la cause qui les entretenoit cesse elle-même d’exister.

I!s connoissoient, mieux que nos modernes mécaniciens, les lois de l’économie, les anciens qui croyoient que les sombres affections s’évacuoient par les purgatifs avec les mauvaises humeurs. En débarrassant les premières voies, ils en faisoient disparoître la cause de ces affections. Voyez en effet quelle sombre teinte répand sur nous l’embarras des organes gastriques.

Les erreurs des premiers médecins sur l’atrabile, prouvoient la précision de leurs observations sur les rapports qui lient ces organes à l’état de l’ame.

Tout tend donc à prouver que la vie organique est le terme où aboutissent, et le centre d’où partent les passions. On demandera sans doute ici comment les végétaux qui vivent organiquement, ne nous en présentent aucun vestige? c’est que, outre qu’ils manquent de l’excitant naturel des passions, savoir, de l’appareil sensitif extérieur, ils sont dépourvus des organes internes qui concourent plus spécialement à leur production, tels que l’appareil digestif, celui de la circulation générale, celui des grandes secrétions, que nous remarquons chez les animaux; ils respirent par trachées, et non par un foyer concentré, etc.

Voilà pourquoi les passions sont si obscures, et même presque nulles dans le genre des zoophytes, dans les vers, etc.; pourquoi, à mesure que dans la série des animaux, la vie organique se simplifie davantage, perd tous ses organes importans, les passions décroissent proportionnellement.

§ III. Comment les passions modifient les actes de la vie animale, quoiqu’elles aient leur siége dans la vie organique.

Table des matières

Quoique les passions soient l’attribut spécial de la vie organique, elles ont cependant sur les mouvemens de la vie animale une influence qu’il faut examiner. Les muscles volontaires sont fréquemment mis en jeu par elles; tantôt elles en exaltent les mouvemens, tantôt elles semblent agir sur eux d’une manière sédative.

Voyez cet homme que la colère, la fureur agitent; ses forces musculaires doublées, triplées même, s’exercent avec une énergie que lui-même ne peut modérer: où chercher la source de cet accroissement? elle est manifestement dans le cœur.

Cet organe est l’excitant naturel du cerveau par le sang qu’il lui envoie, comme je le prouverai fort au long dans la suite de cet ouvrage, en sorte que, selon que l’excitation est plus ou moins vive, l’énergie cérébrale est plus ou moins grande, et nous avons vu que l’effet de la colère est d’imprimer à la circulation une extrême vivacité, de pousser par conséquent vers le cerveau une grande quantité de sang dans un temps donné. Il résulte de là un effet analogue à celui qui survient toutes les fois que la même cause se développe, comme dans les accèsde fièvre ardente, dans l’usage du vin à un certain degré, etc.

Alors, fortement excité, le cerveau excite avec force les muscles qui sont soumis à son influence; leurs mouvemens deviennent, pour ainsi dire, involontaires: ainsi la volonté est-elle étrangère à ces spasmes musculaires déterminés par une cause qui irrite l’organe médullaire, comme une esquille, du sang, du pus dans les plaies de tête, le manche du scalpel ou tout autre instrument dans nos expériences.

L’analogie est exacte; le sang abordant en plus grande quantité qu’à l’ordinaire, produit sur le cerveau l’effet de ces excitans divers. Il est donc, pour ainsi dire, passif dans ces divers mouvemens. C’est bien de lui que partent, comme à l’ordinaire, les irradiations nécessaires; mais ces irradiations y naissent malgré lui, et nous ne sommes pas maîtres de les suspendre.

Aussi, remarquez que dans la colère, un rapport constant existe entre les contractions du cœur et celles des organes locomoteurs: quand les unes augmentent, les autres s’accroissent; si l’équilibre se rétablit d’un côté, bientôt nous l’observons de l’autre. Dans tout autre cas, au contraire, aucune apparence de ce rapport ne se manifeste; l’action du cœur reste la même au milieu des nombreuses variations du système musculaire locomoteur. Dans les convulsions ou les paralysies, dont ce système est le siège, la circulation ne s’accélère ni ne se ralentit jamais.

Nous voyons dans la colère le mode d’influence qu’exerce la vie organique sur la vie animale. Dans la crainte où, d’une part, les forces du cœur affoiblies poussent au cerveau moins de sang, et par-là même y dirigent une cause moindre d’excitation; où, d’autre part, on remarqué un affoiblissement d’action dans les muscles extérieurs, nous saisissons aussi l’enchaînement de la cause à l’effet. Cette passion offre au premier degré le phénomène que présentent au dernier les vives émotions qui, suspendant tout à coup l’effort du cœur, déterminent une cessation subite de la vie animale, et par-là même la syncope.

Mais comment appliquer les modifications mille fois variées qu’apportent à chaque instant les autres passions dans les mouvemens qui appartiennent à cette vie? comment dire la cause de ces nuances infinies qui se succèdent si souvent avec une inconcevable rapidité dans le mobile tableau de la face? comment expliquer pourquoi, sans que la volonté y participe, le front se ride ou s’épanouit, les sourcils se froncent ou se déploient, les yeux s’enflamment ou lauguissent, brillent ou s’obscurcissent, la bouche se relève ou s’abaisse, etc....?

Tous les muscles, agens de ces mouvemens, reçoivent leurs nerfs du cerveau, et sont ordinairement volontaires. Pourquoi, dans les passions, cessent-ils donc de l’être? pourquoi rentrent-ils dans la classe des mouvemens de la vie organique, qui tous s’exercent sans que nous les dirigions, ou même que nous en ayons la conscience? voici, je crois, l’explication la plus probable de ce phénomène.

Des rapports sympathiques nombreux unissent tous les viscères internes avec le cerveau ou avec ses différentes parties. Chaque pas fait dans la pratique nous offre des exemples d’affections de cet organe, nées sympathiquement de celles de l’estomac, du foie, des intestins, de la rate, etc. Cela posé, comme l’effet de toute espèce de passion est de produire une affection, un changement de force dans l’un de ces viscères, il sera aussi d’exciter sympathiquement, ou le cerveau en totalité, ou seulement quelques-unes de ses parties, dont la réaction sur les muscles qui en reçoivent des nerfs, y détermineront les mouvemens qu’on observe alors. Dans la production de ces mouvemens, l’organe cérébral est donc pour ainsi dire passif, tandis qu’il est actif lorsque la volonté préside à ses efforts.

Ce qui arrive dans les passions est semblable à ce que nous observons dans les maladies des organes internes, qui font naître sympathiquement des spasmes, une foiblesse, ou même la paralysie des muscles locomoteurs.

Peut-être les organes internes n’agissent-ils pas sur les muscles volontaires par l’excitation intermédiaire du cerveau, mais par des communications nerveuses directes; qu’importe le comment? ce n’est pas de la question tant agitée du mode des communications sympathiques qu’il s’agit ici.

Ce qui est essentiel, c’est le fait lui-même: or, dans ce fait, voici ce qui est évident: d’une part, affection d’un organe intérieur par les passions; de l’autre, mouvement déterminé à l’occasion de cette affection, dans des muscles sur lesquels cet organe n’a aucune influence dans la série ordinaire des phénomènes des deux vies. C’est bien là sûrement une sympathie; car entre elle et celles que nous présentent les convulsions, les spasmes de la face, occasionnés par la lésion du centre phrénique, par une plaie à l’estomac, etc. la différence n’est que dans la cause qui affecte l’organe interne.

L’irritation de la luette, du pharynx, agite convulsivement le diaphragme; l’action trop répétée des liqueurs fermentées sur l’estomac donne des tremblemens: pourquoi ce qui arrive dans un mode d’affection des viscères gastriques, n’arriveroit-il pas dans un autre? Que l’estomac, le foie, etc. soient irrités par une passion ou par une cause matérielle, qu’importe? c’est de l’affection, et non de la cause qui la produit, que naît la sympathie.

Voilà donc, en général, comment les passions arrachent à l’empire de la volonté des mouvemens naturellement volontaires, comment elles s’approprient, si je puis m’exprimer ainsi, les phénomènes de la vie animale, quoiqu’elles aient essentiellement, leur siège dans la vie organique.

Quand elles sont très-fortes, l’affection très-vive ds eroganes internes produit si impétueusement les mouvemens sympathiques des muscles, que l’action ordinaire du cerveau est absolument nulle sur eux. Mais la première impression étant passée, le mode ordinaire de locomotion revient.

Un homme apprend, par lettre et devant une assemblée, une nouvelle qu’il a intérêt de cacher; tout à coup son front se ride, il pâlit, ou ses traits s’animent suivant la passion qui est mise en jeu: voilà des phénomènes sympathiques nés de quelques viscères abdominaux subitement affectés par cette passion, et qui, par conséquent, appartiennent à la vie organique. Bientôt cet homme se contraint; son front s’épanouit; sa rougeur renaît ou ses traits se resserrent, quoique le sentiment intérieur subsiste: c’est le mouvement volontaire qui l’a emporté sur le sympathique; c’est le cerveau dont l’action a surmonté celle de l’estomac, du foie, etc.; c’est la vie animale qui a repris son empire.

Il y a dans presque toutes les passions, mélange ou succession des mouvemens de la vie animale à ceux de la vie organique, en sorte que, dans presque toutes, l’action musculaire est en partie dirigée par le cerveau, suivant l’ordre naturel, et a en partie son siége dans les viscères organiques, comme le cœur, le foie, l’estomac, etc. Ces deux foyers, tour à tour prédominés l’un par l’autre, ou restant en équilibre, constituent, par leur mode d’influence, toutes les variétés nombreuses que nous présentent nos affections morales.

Ce n’est pas seulement sur le cerveau, mais encore sur toutes les autres parties, que les viscères affectés par les passions exercent leur influence sympathique: la peur affecte primitivement l’estomac, comme le prouve le resserrement qu’on ressent alors dans cette région. Ainsi affecté, l’organe réagit sur la peau avec laquelle il a tant de rapport, et celle-ci devient alors le siège d’une sueur froide et subite, si fréquente dans cette affection de l’ame. Cette sueur est de la nature de celles qu’on détermine par l’action d’une substance qui, comme le thé, agit d’abord sur l’estomac, lequel réagit ensuite sympathiquement sur l’organe cutané. Ainsi un verre d’eau froide, un air très-frais suppriment-ils cette excrétion, par le rapport qu’il y a entre cet organe et les surfaces muqueuses de l’estomac ou des bronches. Il faut bien distinguer les sueurs sympathiques, de celles dont la cause agit directement sur la peau, comme la chaleur, l’air, etc.

Quoique le cerveau ne soit pas, d’après cela, le but unique de la réaction des viscères internes affectés par les passions, il est cependant le principal, et sous ce rapport on peut toujours le considérer comme un foyer toujours en opposition avec celui que représentent les organes internes.

§ IV. Du centre épigastrique; il n’existe point dans le sens que les auteurs ont entendu.

Table des matières

Les auteurs n’ont jamais varié sur le foyer cérébral; tous les mouvemens volontaires ont toujours été envisagés par eux comme un effet de ses irradiation. Mais ils ne sont pas également d’accord sur le foyer épigastrique; les uns le placent dans le diaphragme, d’autres au pylore, quelques-uns dans le plexus solaire du grand sympathique .

Tous me semblent errer sur ce point, en ce qu’assimilant le second au premier foyer, ils croient que les passions, comme les sensations, se rapportent constamment à un centre unique et invariable.

Ce qui les a conduits à cette opinion, c’est le sentiment d’oppression qui se fait sentir au voisinage du cardia dans les affections pénibles.

Mais remarquons que dans les organes internes, le sentiment né de l’affection d’une partie est toujours un indice infidèle du siège et de l’étendue de cette affection: par exemple, la faim porte son influence sur la totalité de l’estomac, et cependant le cardia semble seul nous en transmettre la sensation. Une large surface enflammée dans la plèvre ou le poumon, ne donne lieu le plus souvent qu’à une douleur concentrée sur un point. Combien de fois à la tête, à l’abdomen, etc. une douleur fixe et occupant un petit espace, ne coïncide-t-elle pas avec une affection largement disséminée, et ayant même un siège tout différent de celui que nous présumons! Il ne faut donc jamais considérer le lieu où nous rapportons le sentiment, comme le sûr indice du lieu précis qu’occupe l’affection, mais seulement comme un signe qu’elle se trouve là, ou dans le voisinage.

Il suit, d’après cela, que pour juger l’organe avec lequel telle ou telle passion est en rapport, on doit recourir, non pas au sentiment, mais à l’effet produit dans les fonctions de l’organe, par l’influence de la passion. Or, en partant de ce principe, il est aisé de voir que ce sont tantôt les organes digestifs, tantôt le système circulatoire, quelquefois les viscères appartenant aux secrétions, qui éprouvent un changement, un trouble dans nos affections morales.

Je ne reviendrai pas sur les preuves qui établissent cette vérité ; mais, en m’appuyant sur elle, comme étant démontrée, je dirai qu’il n’y a point pour les passions, de centre fixe et constant, comme il en existe un pour les sensations; que le foie, le poumon, la rate, l’estomac, le cœur, etc. tour à tour affectés, forment tour à tour ce foyer épigastrique si célèbre dans nos ouvrages modernes; que si nous rapportons, en général, dans cette région l’impression sensible de toutes nos affections, c’est que tous les viscères importans de la vie organique s’y trouvent concentrés; que si la nature eût séparé ces viscères par deux grands intervalles, en plaçant, par exemple, le foie dans le bassin, l’estomac au cou, le cœur et la rate restant à leur place ordinaire, alors le foyer épigastrique disparoîtroit, et le sentiment local de nos passions varieroit suivant l’organe sur lequel elles porteroient leur influence.

Camper, en déterminant l’angle facial, a donné lieu à de lumineuses considérations sur l’intelligence respective des animaux. Il paroît que non-seulement les fonctions du cerveau, mais toutes celles en général, de la vie animale, qui y trouvent leur centre commun, ont à peu près cet angle pour mesure de perfection.

Il seroit bien curieux d’indiquer aussi une mesure qui, prise dans les parties servant à la vie organique, pût fixer le rang de chaque espèce sous le rapport des passions. Pourquoi le sentiment est-il porté à un si haut point chez le chien? pourquoi la reconnoissance, la tristesse, la joie, la haine, l’amitié, etc. l’agitent-elles avec tant de facilité ? c’est, de ce côté, qu’il est supérieur aux autres animaux: a-t-il dans la vie organique quelque chose de plus parfait? Le singe nous étonne par son industrie, sa disposition à l’imitation, son intelligence; c’est par la supériorité de sa vie animale qu’il laisse loin de lui les espèces les mieux organisées? D’autres animaux, comme l’éléphant, nous intéressent par leur attachement, leurs affections, leurs passions, et nous charment par leur adresse, l’étendue de leur perception, de leur intelligence. Chez eux le centre cérébral et les fonctions intérieures ou organiques sont perfectionnés au même degré ; la nature semble avoir également reculé les bornes de leurs deux vies.

Un rapide coup d’œil jeté sur la série des animaux, nous montrera, ainsi, tantôt les phénomènes relatifs aux sensations prédominant sur ceux qui naissent des passions, tantôt ceux-ci l’emportant sur les premiers, quelquefois l’équilibre étant établi entr’eux, et suivant ces diverses circonstances, la vie organique et animale supérieures, inférieures, ou égales l’une à l’autre.

Ce que nous observons dans la longue chaîne des êtres animés, nous le remarquons dans l’espèce-humaine prise isolément. Chez l’un, les passions qui dominent, sont le principe du plus grand nombre des mouvemens; l’influence de la vie animale, à chaque instant surpassée par celle de l’organique, laisse naître sans cesse des actes auxquels la volonté est prequ’étrangère, et qui, trop souvent, entraînent après eux les regrets amers, qui se font sentir lorsque la vie animale reprend son empire. Dans l’autre, c’est cette vie qui est supérieure à la première; alors tous les phénomènes relatifs aux sensations, à la perception, à l’intelligence, semblent s’agrandir aux dépens des passions qui restent dans un silence auquel l’organisation de l’individu les condamne. Alors la volonté préside à tout; les muscles locomoteurs sont dans une continuelle dépendance du cerceau, tandis que dans le cas précédent ce sont principalement les organes gastriques et pectoraux qui les mettent en jeu.

L’homme dont la constitution est la plus heureuse et en même temps la plus rare, est celui qui a ses deux vies dans une espèce d’équilibre, dont les deux centres, cérébral et épigastrique, exercent l’un sur l’autre une égale action, chez qui les passions animent, échauffent, exaltent les phénomènes intellectuels, sans en envahir le domaine, et qui trouve dans son jugement un obstacle qu’il est toujours maître d’opposer à leur impétueuse influence.

C’est cette influence des passions sur les actes de la vie animale, qui compose ce qu’on nomme le caractère, lequel, comme le tempérament, appartient manifestement à la vie organique: aussi en a-t-il les divers attributs, tout ce qui en émane est, pour ainsi dire, involontaire. Nos actes extérieurs forment un tableau dont le fond et le dessin sont à la vie animale, mais sur lequel la vie organique répand la nuance et le coloris des passions. Or, cette nuance, ce coloris, c’est le caractère.

Tous les philosophes ont presque remarqué cette prédominance alternative des deux vies, Platon, Marc-Aurèle, Saint-Augustin, Bacon, Saint-Paul, Leibnitz, Vanhelmont, Buffon, etc. ont reconnu en nous deux espèces de principes; par l’un nous maîtrisons tous nos actes moraux, l’autre semble les produire involontairement. Qu’est-il besoin de vouloir, comme la plupart d’entr’eux, rechercher la nature de ces principes? observons les phénomènes, analysons les rapports qui les unissent les uns aux autres, sans remonter à leurs causes premières.


ARTICLE SEPTIÈME.

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Différences générales des deux vies, par rapport aux forces vitales.

LA plupart des médecins qui ont écrit sur les propriétés vitales, ont commencé par en rechercher le principe; ils ont voulu descendre de l’étude de sa nature à celle de ses phénomènes, au lieu de remonter de ce que l’observation indique, à ce que la théorie suggère. L’ame de Stahl, l’archée de Vanhelmont, le principe vital de Barthez, la force vitale de quelques-uns, etc. tour à tour considérés comme centre unique de tous les actes qui portent le caractère de la vitalité, ont été tour à tour la base commune où se sont appuyées,en dernier résultat, toutes les explications physiologiques. Chacune de ces bases s’est successivement écroulée, et au milieu de leurs débris sont restés seuls les faits que fournit la rigoureuse expérience sur la sensibilité et la motilité.

Telles sont, en effet, les étroites limites de l’entendement humain, que la connoissance des causes premières lui est presque toujours interdite. Le voile épais qui les couvre, enveloppe de ses innombrables replis quiconque tente de le déchirer.

Dans l’étude de la naturel, les principes sont, comme l’a observé un philosophe, certains résultats généraux des causes premières, d’où naissent d’innombrables résultats secondaires: l’art de trouver l’enchaînement des premiers avec les seconds, est celui de tout esprit judicieux. Chercher la connexion des causes premières avec leurs effets généraux, c’est marcher en aveugle dans un chemin où mille sentiers mènent à l’erreur.

Que nous importe d’ailleurs la connoissance de ces Causes? est-il besoin dè savoir ce que sont la lumière, l’oxigène, le calorique, etc. pour en étudier les phénomènes? de même, ne peut-on, sans connoître je principe de la vie, analyser les propriétés des organes qu’elle anime? Faisons dans la science des animaux, comme les métaphysiciens modernes dans celle de l’entendement; supposons les causes, et ne nous attachons qu’à leurs grands résultats.

§ I. Différence des forces vitales d’avec les lois physiques.

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En considérant sous ce rapport les lois vitales, le premier aperçu qu’elles nous offrent, c’est la remarquable différence qui les distingue des lois physiques. Les unes, sans cesse variables dans leur intensité, leur énergie, leur développement, passent souvent avec rapidité du dernier degré de prostration au plus haut point d’exaltation, s’accumulent et s’affoiblissent tour à tour dans les organes, et prennent, sous l’influence des moindres causes, mille modifications diverses. Le sommeil, la veille, l’exercice, le repos, la digestion, la faim, les passions, l’action des corps environnant l’animal, etc. tout les expose à chaque instant à de nombreuses révolutions. Les autres, au contraire, fixes, invariables, constamment les mêmes dans tous les temps, sont la source d’une série de phénomènes toujours uniformes. Comparez la faculté vitale de sentir, à la faculté physique d’attirer, vous verrez l’attraction être toujours en raison de la masse du corps brut ou on l’observe, tandis que la sensibilité change sans cesse de proportion dans la même partie organique et dans la même masse de matière.

L’invariabilité des lois qui président aux phénomènes physiques, permet de soumettre au calcul toutes les sciences qui en sont l’objet; tandis qu’appliquées aux actes de la vie, les mathématiques ne peuvent jamais offrir de formules générales. On calcule le retour d’une comète, les résistances d’un fluide parcourant un canal inerte. la vitesse d’un projectile, etc.; mais, calculer avec Borelli la force d’un muscle, avec Keil la vitesse du sang, avec Jurine, Lavoisier, etc. la quantité d’air entrant dans le poumon, c’est bâtir sur un sable mouvant un édifice solide par lui-même, mais qui tombe bientôt faute de base assurée.

Cette instabilité des forces vitales, cette facilité qu’elles ont de varier à chaque instant en plus ou en moins, impriment à tous les phénomènes vitaux un caractère d’irrégularité qui les distingue des phénomènes physiques, remarquables par leur uniformité : prenons pour exemple les fluides vivans et les fluides inertes. Ceux-ci, toujours les mêmes, sont connus quand ils ont été analysés une fois avec exactitude; mais qui pourra dire connoître les autres, d’après une seule analyse, ou même d’après plusieurs, faites dans les mêmes circonstances? On analyse l’urine, la salive, la bile, etc. prises indifféremment sur tel ou tel sujet, et de leur examen résulte la chimie animale: soit, mais ce n’est pas là la chimie physiologique, c’est, si je puis parler ainsi, l’anatomie cadavérique des fluides. Leur physiologie se compose de la connoissance des variations sans nombre qu’éprouvent les fluides suivant l’état de leurs organes respectifs.

L’urine n’est point après le repas ce qu’elle est après le sommeil; elle contient, dans l’hiver, des principes qui lui sont étrangers dans l’été, où les excrétions principales se font par la peau; le simple passage du froid au chaud peut, en supprimant la sueur, en affoiblissant l’exhalation pulmonaire, faire varier sa composition. Il en est de même des autres fluides: l’état des forces vitales dans les organes qui en sont la source, change à chaque instant. Ces organes doivent donc eux-mêmes éprouver des changemens continuels dans leur mode d’action, et par conséquent faire varier les substances qu’ils séparent du sang.

Qui osera croire connoître la nature d’un fluide de l’économie vivante, s’il ne l’a analysé dans l’enfant, l’adulte et le vieillard, dans la femme et dans l’homme, dans les saisons diverses, pendant le calme de l’ame et l’orage des passions qui, comme nous l’avons vu, en influencent si manifestement la nature, à l’époque des évacuations menstruelles, etc.? Que seroit-ce, s’il falloit connoître aussi les altérations diverses dont ces fluides sont susceptibles dans les maladies?

L’instabilité des forces vitales a été l’écueil où sont venus échouer tous les calculs des physiciens médecins du siècle passé. Les variations habituelles des fluides vivans, qui dérivent de cette instabilité, pourroient bien être un obstacle non moins réel aux analyses des chimistes médecins de celui-ci.

Il est facile de voir, d’après cela, que la science des corps organisés doit être traitée d’une manière toute différente de celles qui ont les corps inorganiques pour objet. Il faudroit, pour ainsi dire, y employer un langage différent; car la plupart des mots que nous transportons des sciences physiques dans celle de l’économie animale ou végétale, nous y rappellent sans cesse des idées qui né s’allient nullement avec les phénomènes de cette science.

Si la physiologie eût été cultivée par les hommes avant la physique, comme celle-ci l’a été avant elle, je suis persuadé qu’ils auroient fait de nombreuses applications de la première à la seconde, qu’ils auroient vu les fleuves coulant par l’action tonique de leurs rivages, les cristaux se réunissant par l’excitation qu’ils exercent sur leur sensibilité réciproque, les planètes se mouvant parce qu’elles s’irritent réciproquement à de grandes distances, etc. Tout cela paroîtroit bien éloigné de la raison, à nous qui ne voyons que la pesanteur dans ces phénomènes; pourquoi ne serions-nous pas aussi voisins du ridicule, lorsque nous arrivons avec cette même pesanteur, avec les affinités, les compositions chimiques, et un langage tout basé sur ces données fondamentales, dans une science où elles n’ont que la plus obscure influence? La physiologie eût fait plus de progrès, si chacun n’y eût pas porté des idées empruntées des sciences que l’on appelle accessoires, mais qui en sont essentiellement différentes.

La physique, la chimie, etc. se touchent, parce que les mêmes lois président à leurs phénomènes; mais un immense intervalle les sépare de la science des corps organisés, parce qu’une énorme différence existe entre ces lois et celles de la vie. Dire que la physiologie est la physique des animaux, c’est en donner une idée extrêmement inexacte; j’aimerois autant dire que l’astronomie est la physiologie des astres.

Mais c’est trop s’arrêter à une simple digression; revenons aux forces vitales, considérées sous le rapport des deux vies de l’animal.

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Litres'teki yayın tarihi:
11 ekim 2024
Hacim:
338 s. 14 illüstrasyon
ISBN:
4064066325961
Yayıncı:
Telif hakkı:
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