Kitabı oku: «Jonzac, son église, son château»
Camille Fouché
Jonzac, son église, son château

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066335083
Table des matières
Introduction
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRE PREMIER
CHAPITRE II
Vitraux
Statues
Bienfaiteurs
Vitraux
Statues
CHAPITRE III
HORLOGE
CLOCHES
CHAPITRE IV
CHAPITRE V
CHAPITRE VI
Vicaires
CHAPITRE VII
CHAPITRE VIII
Vicaires
CHAPITRE IX
DEUXIÈME PARTIE
CHAPITRE X
CHAPITRE XI
I. Chronique de Turpin
II. Martyrologe Gallican de Du Saussay
III. Hypothèse de M. Depoin
IV. Nouvelles conclusions
CHAPITRE XII
CHAPITRE XIII
CHAPITRE XIV
CHAPITRE XV
TROISIÈME PARTIE
CHAPITRE XVI
CHAPITRE XVII
CHAPITRE XVIII
CHAPITRE XIX
CHAPITRE XX
CHAPITRE XXI
CHAPITRE XXII

Introduction
Table des matières
Cette étude est une œuvre de vulgarisation.
En ce qui concerne le château de Jonzac et ses seigneurs elle ne dit presque rien qui n’ait déjà été écrit par MM. P. D. Rainguet, D. d’Aussy et B. de Cognac auxquels nous sommes redevable des matériaux que nous avons utilisés. C’est à peine si nos recherches dans les Archives municipales nous ont permis d’apporter quelques précisions sur certains faits oubliés ou mal connus.
Mais, notre antique Eglise n’est pas moins digne d’attention.
Il importait donc de la faire connaître et de mettre en relief l’attachante physionomie des illustres personnages dont les restes constituent son plus précieux trésor et dont la vie forme la trame de sa glorieuse histoire.
Aussi bien, nous a-t-il semblé faire œuvre utile en mettant en lumière ces vieux souvenirs.
Ce travail se divise en trois parties: 1° l’histoire de l’Eglise; 2° l’hagiographie de cette Eglise; 3° l’histoire du Château qui n’est autre que celle de la ville elle-même.
Nos vœux seraient comblés si le lecteur en parcourant ces pages partageait le plaisir que nous avons eu nous-même à les écrire.
C. FOUCHÉ,
Chanoine honoraire,
Archiprêtre-Curé de Jonzac.
Jonzac, 4 octobre 1924.
PREMIÈRE PARTIE
Table des matières
CHAPITRE PREMIER
Table des matières
L’Eglise
Un décret du 17 février 1800 a fait de la petite ville de Jonzac un chef-lieu d’arrondissement. Cette date est le point de départ de son extension et de son embellissement. Comme la Salente de Fénelon elle semble s’être élevée comme par enchantement, tant ses pacifiques habitants ont eu à cœur de justifier un choix déterminé cependant plutôt par sa position géographique que par son importance. Ils ont voulu surtout mériter pour leur cité le titre de «ville» qui jusque là lui avait été contesté.
Son passé n’est pas cependant sans gloire.
Depuis l’occupation romaine, pendant laquelle elle était une des stations militaires de la grande voie de Blaye à Ebéon par Cognac; surtout depuis les temps héroïques où Charlemagne, luttant contre les Sarrasins d’Espagne, a rempli notre Saintonge du bruit de ses exploits jusqu’au jour où son curé monta sur l’échafaud, victime de la fureur des Jacobins, nombreux sont les hauts faits qui forment la trame de sa longue histoire. Les épaisses murailles de son antique château-fort nous renvoient les échos des chevauchées du moyen âge, des tragiques épisodes de la guerre de Cent ans, des patriotiques efforts de la Gabelle, des luttes fratricides de la Réforme et de nombreuses visites royales. L’intéressante physionomie des hauts et puissants seigneurs qui ont vécu à l’ombre de ses murs a été mise en relief par l’abbé Bertrand de Cognac et nous espérons que la plume de quelque érudit chercheur fera un jour complètement revivre le glorieux passé de la gracieuse cité.
Plus modeste est notre ambition.
Nous voudrions simplement interroger l’antique «basilique» qui depuis huit siècles couronne avec tant de majesté le rocher de Montguitmar. Qui sait si ces vieux murs n’ont pas à nous conter des histoires capables de nous émouvoir? Nos églises ne ressemblent-elles pas à des aïeules recueillies, avares de discours, qui sourient, écoutent et ne répondent que si on les interroge avec tendresse et vénération?
Dieu sait combien nous aimons notre vieille Eglise!
Quels mystères va-t-elle donc nous révéler?
Une église est une page d’histoire sur laquelle chaque siècle a apposé sa griffe. Elle est souvent le seul témoin du passé, car les vieilles pierres offrent à l’action destructrice du temps plus de résistance que la mémoire des hommes. Il est donc louable d’étudier les monuments anciens tant que subsiste leur physionomie générale parce qu’ils évoquent des souvenirs qui constituent l’histoire locale et satisfont les dévots du passé.
Cela est vrai surtout de l’église de Jonzac.
Il suffit en effet de jeter un coup d’œil sur sa façade pour déterminer les différentes époques de sa construction et revivre les événements dont elle a été le témoin.
Lors de l’importante réparation, faite de 1849 à 1854, cette façade fut maintenue dans son état primitif. Malgré son délabrement, elle fournit des indications précieuses: le centre qui correspond par ses dimensions à la nef principale constituait dans le principe l’église tout entière. Cette partie est du XIIe siècle; les bas-côtés, au contraire, sont du XVe. — «Quelques personnes, dit à ce suiet P. D. Rainguet, se sont demandées s’il n’était point de limite au culte de l’antique et si, malgré une détérioration trop évidente, il importait d’enchasser dans une construction moderne une portion quelconque d’édifice minée par le temps et défigurée par la main souvent plus dévastatrice de l’homme ».
Ne nous en plaignons pas; car cet amour de l’antiquité nous permet du moins de fixer aujourd’hui l’époque des différentes restaurations du vieux monument.
L’église de Jonzac se compose d’une vaste nef et de deux bas-côtés. Sa longueur totale est de 37 mètres en œuvre et sa largeur de 22 mètres.
Ces trois nefs dont la principale se prolonge au-delà des collatéraux de la longueur d’une travée ont été — comme il est facile de le constater — restaurées dans la suite des siècles, selon les besoins des temps et surtout selon les ressources dont on disposait. Le peu de symétrie des contreforts, les mutilations dont les murs portent les traces, les vestiges des fenêtres aujourd’hui fermées sont autant de preuves des modifications que le temps et les circonstances ont fait subir au vieil édifice.
La plus importante de ces réparations fut faite de 1849 à 1854. On s’efforça de mettre en harmonie le grand portail de la façade avec la construction d’un clocher qui, depuis le commencement du siècle dernier, avait fait l’objet des vœux de la population. Ce désir était d’ailleurs bien justifié et il semblait naturel que la petite cité moyennageuse, devenue tout à coup un centre administratif important, fût dotée de monuments dignes de son nouveau titre. Un décret du 17 février 1800 avait en effet érigé Jonzac en sous-préfecture; le château-fort était devenu la demeure du représentant du gouvernement; la mairie et la justice de paix y avaient aussi trouvé asîle; la chapelle des Carmes avait été transformée en palais de Justice et les habitants, pris d’une noble émulation, avaient rivalisé de zèle pour donner à leur cité l’aspect d’une ville moderne. On eût dit la Salente de Fénelon sortant du sol comme par enchantement sous l’impulsion puissante d’un nouvel Idomenée.
L’autorité religieuse avait ajouté encore à l’importance de la petite ville en lui donnant un Curé.
En exécution du Concordat qui venait d’être conclu, Jonzac était en effet devenu une Cure de seconde classe et l’évêque de La Rochelle, Mgr Couet du Vivier de Lorry, en avait choisi le titulaire parmi les nobles victimes de la Révolution dont Taillet avait fait un si magnifique éloge; et, le 2 vendémiaire, an XI, René-Antoine de St-Légier, ancien chanoine de Saintes, avait été nommé à la Cure de Jonzac dont il ne put cependant prendre possession qu’après avoir, sur l’ordre de Mgr Michel-François Demandox, prêté le serment de fidélité au gouvernement dans la cathédrale St-Pierre de Saintes, le 6 prairial suivant.
Le modeste Campanile ne suffisait donc plus...
Etait-ce d’ailleurs un Campanile que les deux pilliers informes placés au chevet de l’Eglise pour soutenir la cloche? En 1830, ce massif de maçonnerie était même dans de telles conditions que pour sonner, il fallait «laisser à la toiture une ouverture par laquelle la pluie tombait sur le maître-autel».
On vota alors une somme de 500 francs pour obvier à ce grave inconvénient. Mais, c’était une mesure provisoire; le clocher faisait toujours l’objet des préoccupations et des vœux de tous. Et cependant il fallut attendre vingt ans encore et se résigner à conserver ce que pour satisfaire l’amour-propre l’on décorait du nom de Campanile.
Il fallait donc un clocher, mais un clocher qui ne fût pas seulement «un doigt levé nous montrant le ciel», mais un monument architectural digne de la vieille Eglise et répondant au sentiment de légitime orgueil dont le chauvinisme local était alors pénétré.
La réparation de 1849-1854 a-t-elle réalisé ces espérances?
En tout cas, le but fut poursuivi avec une persévérance digne des plus grands éloges. Le 28 septembre 1854, l’Evêque de La Rochelle, Mgr Clément Villecourt, vint consacrer l’Eglise complètement restaurée et, en félicitant la Municipalité d’avoir par sa persévérance réalisé la pensée de tous, il put à bon droit rendre hommage à l’architecte, M. Fontorbe, à son auxiliaire M. Robin, et à l’entrepreneur, M. Elie Coudin, pour l’œuvre accomplie. Ils avaient réussi, en remplaçant le vieux Campanile par un clocher de style roman, placé au-dessus de la porte principale, à faire de cette construction nouvelle et de l’antique façade un tout harmonieux.
Ce ne fut cependant qu’en 1877, sur l’initiative de M. le Dr Gauron, que les fenêtres ogivales des collatéraux furent achevées par M. Ruth.
Hâtons-nous cependant d’ajouter que cette passion de l’harmonie obligeant l’architecte à supprimer une travée de la grande nef pour y placer le clocher a détruit les proportions de l’édifice qui, elles, étaient parfaitement harmonisées.
C’est tout à fait regrettable.
Du reste, l’extérieur du monument, à l’exception de la façade, donne plutôt une fâcheuse impression et il faut déplorer qu’une raison d’économie sans doute, ait fait placer les trois nefs sous une toiture uniforme, donnant ainsi à l’extérieur de cette église l’aspect d’une vaste halle.
Tout autre est l’impression quand on pénètre dans l’édifice: on ne peut s’empêcher de lui appliquer ce mot de l’Ecriture: omnis gloria filiœ Sion ab intùs, toute la gloire de la fille de Sion est à l’intérieur.
Jonzac. Intérieur de l’Eglise St-Gervais et St-Protais.

L’ensemble est parfait. On se croirait dans une crypte du XIIe siècle aux voûtes surbaissées sur lesquelles toutefois le temps n’aurait pas marqué son empreinte... Une colonnade romane formant six travées, sépare la nef principale de ses bas-côtés et indique tout à la fois ce que devait être l’Eglise primitive et quelle importance avait dû avoir la restauration du XVe siècle.
Pas de transept. Chacun des collatéraux était comme il l’est encore terminé par un mur plat percé d’une large fenêtre romane. Il devait en être ainsi de la nef principale, du moins au moment de la construction des nefs latérales; car les murs de prolongement du chœur sont également de construction romane, percés à droite et à gauche d’une fenêtre de même style et les contreforts qui les terminent indiquent suffisamment que la restauration du chœur et celle des bas-côtés sont de la même époque. Quant à la Rosace remplaçant la fenêtre du fond dans la grande nef, elle date de 1850. Pour agrandir le santcuaire et placer l’autel, on abattit le mur du fond où se trouvait le campanile et on le remplaça par un parpaing dans lequel on perça la Rosace dont il est question.
Peut-on cependant conclure quel’Eglise primitive dont les proportions correspondent à celles de la grande nef actuelle ne se terminait pas par une abside? Nous ne le pensons pas. Le rétrécissement du chœur et la partie du mur précédant les faisceaux de colonnes qui marquent l’entrée du sanctuaire actuel semblent au contraire être l’indice d’une ancienne abside. Cependant, cette hypothèse ne pourrait être admise que pour la construction du XIIe siècle; car les murs actuels semblent bien appartenir à la réparation du XVe, lorsqu’on adjoignit des bas-côtés à l’église primitive.
Mais que reste-t-il des constructions des XIIe et XVe siècles?
Quelques chapiteaux de la nef de gauche: deux couronnent les premières colonnes de la même nef et représentent Adam et Eve tenant la pomme du paradis terrestre; un troisième, surmonte la dernière colonne de droite de la même nef et nous montre un oiseau de proie «bourrant le crâne» d’un patient. Peut-être quelques centimètres de murs et le faisceau de colonnes marquant l’entrée du chœur... C’est tout!!
Le symbolisme est facile à saisir; mais, ce qui est plus évident encore, c’est, à côté de l’action destructrice du temps, l’admirable persévérance de l’homme relevant sans cesse des ruines pour affirmer son immortalité. Ces vestiges des anciens âges semblent dire avec Malherbe:
Je suis vaincu du Temps, je cède à ses outrages,
Mon esprit toutefois, exempt de sa rigueur,
A de quoi témoigner en ces derniers ouvrages
Sa première vigueur.
Les réparations intelligemment faites à ce vieux monument au milieu du siècle dernier lui ont conservé son caractère primitif; la réfection des fenêtres ogivales de la façade des nefs latérales par M. Ruth en 1877, l’ont précisé pour cette partie de l’édifice; et on peut ajouter que la légère peinture dont on a recouvert les murs vers 1895 lui a donné le cachet d’antiquité qui convient à son style.
Enfin, si cet édifice n’est pas digne de passionner un archéologue, du moins, rien n’y peut choquer le goût le plus délicat, et le clair-obscur qui règne sous ses voûtes en fait un sanctuaire propre à élever l’âme et à fortifier la foi du croyant au Dieu caché qui, sous les espèces eucharistiques, substantiellement y réside.
Mais, qu’est-ce qui avait rendu nécessaires ces importantes réparations?
Pourquoi, indépendamment de l’action destructrice du temps, l’antique édifice a-t-il subi toutes les transformations dont il porte les traces!
Il ne semble pas difficile de le conjecturer.
C’est bien sur la colline de Montguitmar que s’établirent les premiers habitants de Jonzac. Ce lieu convenait à merveille pour une station militaire: un rocher assez facile à défendre; au bas de ce rocher, un cours d’eau suffisant pour satisfaire aux nécessités de la vie. Les Romains ne s’y étaient pas trompés. Au centre de cette agglomération que notre imagination peut nous représenter toujours grandissante, un lieu de culte pour rendre à la divinité l’hommage qui lui est dû et satisfaire au besoin de surnaturel qui se trouve en toute créature humaine.
Ce lieu de culte, ce fut un Temple, à l’époque gallo-romaine; ce Temple devint une chapelle après l’établissement du christianisme; c’était une chapelle encore, mais de proportions assez vastes pour être considérée comme une église, lorsque, au VIIIe siècle, Jonzac était un fief relevant de St-Germain de Lusignan et que Charlemagne en faisait don à l’Abbaye de St-Germain des prés à Paris.
Mais déjà Jonzac et son église avaient une certaine importance, puisque c’est cette ville et son église que choisit ce prince, à son retour de sa campagne d’Espagne, en 779, pour y réunir un Concile et y faire déposer les restes de St Anthème, évêque de Poitiers, massacré en haine de la foi, à Cordies par un parti de Sarrasins, quelques années après leur défaite à Poitiers.
Il est même probable que, dès ce temps-là, l’église de Jonzac avait un certain caractère architectural. C’est peut-être pour ce motif que quelques auteurs l’ont décorée du nom de Basilique.
En tout cas, ce fut sur les ruines de cet antique monument que fut édifiée l’Eglise romane du XIIe siècle dont les proportions correspondaient à celles de la grande nef actuelle.
Avec le temps la population s’accrut: la vieille Eglise devint insuffisante; et, au XVe siècle, on y ajouta les bas-côtés qui lui ont donné l’aspect et les dimensions que nous lui voyons aujourd’hui.
Deux cents ans plus tard, pendant les guerres de Religion, à l’action destructrice du temps vint s’ajouter l’action dévastatrice des hommes. La prise de Jonzac par les Réformés lui fut fatale. Agrippa d’Aubigné se vante «d’avoir ravagé la petite ville et d’avoir passé au fil de l’épée tous les habitants qui n’avaient pu se réfugier dans le château». L’Eglise fut saccagée, et, selon leur habitude, les protestants vainqueurs en abattirent les voûtes.
Après la paix, on se mit à réparer le désastre, mais seulement dans la mesure possible: les voûtes abattues furent simplement remplacées par un tillis en bois! C’est ce tillis, qui, maintes fois rapiécé, menaçait ruine lorsqu’eut lieu de 1849 à 1854 la réparation considérable qui s’imposait.
CHAPITRE II
Table des matières
Objets précieux contenus dans l’Eglise
Tout d’ailleurs dans l’église de Jonzac est en parfait état de conservation et les trésors qu’elle renferme, indépendamment des objets d’art qui en font l’ornement, la rendent véritablement intéressante.
Elle possède en effet:
1° Des reliques de saint Gervais et de saint Protais;
2° Le corps de saint Anthème.
Nous consacrons à chacun de ces saints personnages un chapitre spécial.
On y remarque aussi:
1° Un rétable de style romano-byzantin, dans la nef de droite. Dans ce rétable se trouve une excellente copie du tableau de Lancoln, représentant le Christ en croix. Il fut donné à l’église par le gouvernement après une demande du conseil municipal en 1853. L’autel de même style est l’autel privilégié ; il était autrefois dédié à saint Nicolas; il est aujourd’hui sous le vocable du Sacré-Cœur.
2° Dans la nef latérale de gauche un autre rétable de la Renaissance avec un autel de même style, dédié à la Sainte Vierge.
3° Le grand orgue, construit par la maison Maille, de Bordeaux, instrument superbe de 17 jeux, acquis par souscription pendant que M. de Larrard était curé de Jonzac.
Ajoutons à tous ces objets de valeur:
1° Une toile représentant la mise au tombeau, offerte par Napoléon III;
2° Un Ecce Homo;
3° Une assomption de la Vierge;
4° Une sainte Rose de Lima, peinture de l’Ecole italienne, don de M. Emon, ancien membre de l’université, «homme de goût et de talent qui habita Jonzac pendant plusieurs années.»
Les quatre confessionnaux, les stalles du chœur, le banc d’œuvre, contruits entre 1855 et 1860, sont aussi dignes de remarque.
Vitraux
Table des matières
Enfin, des vitraux d’art complètent l’ornementation de l’antique sanctuaire et en racontent l’histoire.
1° Au-dessus du maître-autel: l’apparition à saint Ambroise de saint Gervais et de saint Protais, patrons de la paroisse;
2° Saint Anthème, évêque de Poitiers, martyr, dont le corps fut transporté dans l’église de Jonzac par Charlemagne.
3° Antoine de Beaupoil de St-Aulaire, chanoine de St-Hilaire de Poitiers, massacré à St-Firmin, à Paris, le 4 septembre 1792, né à la Dixmerie et baptisé dans l’Eglise de Jonzac, le 2 février 1766.
4° Saint Nicolas, évêque de Myre, sous le vocable duquel était placée la chapelle desservant la partie de la ville bâtie sur la rive gauche de la Sévigne et qui fut remplacée au XVIIe siècle par la Chapelle des Carmes, aujourd’hui palais de Justice.
7° Saint Germier dont l’ordination au Diaconat — croyait-on — avait eu lieu dans l’église de Jonzac .
8° Saint Louis qui, selon toute probabilité, visita l’Eglise après le traité de Pons.
9° Saint Henri, patron d’une bienfaitrice.
10° Saint Gabriel, également patron d’une bienfaitrice.
11° Saint Joseph, don de la même bienfaitrice.
12° La sainte Vierge.
13° Le Sacré-Cœur de Jésus;
14° L’apparition de la sainte Vierge à Lourdes.
15° L’apparition du Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie, à Paray-le-Monial.
Statues
Table des matières
Faut-il parler des nombreuses statues que la piété des fidèles a placées sous notre Eglise? Ce ne sont pas — avouons-le — des œuvres d’art, mais n’est-il pas juste d’en faire ici l’énumération, ne serait-ce que pour exprimer notre gratitude à l’égard des donateurs? Ne traduisent-elles pas d’ailleurs l’effort généreux d’âmes pieuses qui en satisfaisant leur dévotion ont ainsi complété l’ornementation de l’antique sanctuaire?
L’Eglise de Jonzac possède, en effet, indépendamment d’une Croix monumentale avec le Christ de Bouchardon, souvenir de la Mission de 1876:
Un chemin de Croix en stuc, de style roman, polychromé ; les statues de saint Gervais et de saint Protais, jeunes gens de 18 et 20 ans, représentés sous la figure de vieillards à barbe de fleuve (!); celles de saint Pierre et de saint Eutrope; celles de N.-D. de Lourdes et de saint Joseph; de N.-D. des Victoires, de saint François d’Assise, de saint Dominique, de saint Michel, de saint Antoine de Padoue, de sainte Geneviève, du Sacré-Cœur, de sainte Jeanne d’Arc, sans compter celles qui ornent le rétable de l’autel privilégié.
Enfin, six lustres dont trois en cristal, de nombreuses girandoles et une mosaïque représentant une vierge mère.
Bienfaiteurs
Table des matières
Malgré le proverbe: «Ne dites jamais de bien de vous parce qu’on ne le croira pas, ni de mal parce qu’on le croira trop», la justice nous fait un devoir de faire connaître, autant que nos recherches nous le permettent, l’origine de ces vitraux et de ces statues.
Vitraux
Table des matières
1° Le Sacré-Cœur et la Sainte Vierge, de la maison Gesta, de Toulouse, ont été acquis par souscription sur l’initiative de la famille Gallut et grâce à la vente d’une photographie de M. Clément, curé de la paroisse, prise par M. Gallut.
2° Saint Gabriel et saint Joseph, de la maison Dagrant, de Bordeaux, sont un don de Mme Gauron-Fournier.
3° Saint Louis et saint Henri, également de la maison Dagrant de Bordeaux, sont un souvenir du mariage de Mlle Henriette Cormelié avec M. Louis Preston-Hollander. C’est un don deces deux familles. Ils ont coûté 2.000 francs.
4° Les cinq autres, également de la maison Dagrant dont la dépense, en raison de l’augmentation de la main-d’œuvre s’est élevée à 8.000 francs, sont un don de M. le chanoine Fouché, curé de la paroisse. Il a été aidé dans cette œuvre par Mme Robin, du château de Lussac, pour une somme de 500 fr., destinée spécialement au vitrail de saint Anthême; et, pour des sommes moins considérables, par Mme Broine jeune et Mme Tarin; et, à l’occasion de leur mariage, par MM. Jules Gautret-Dufort, Coutin-Ménard, Guibourgeau-Compagnon, Compagnon-La roche, Bernardin-Bonneau, enfin, par Me Chevalier-Barabeau.
Les vitraux de la façade ont été donnés: l’apparition du Sacré-Cœur par Mgr Thomas, et une souscription; l’apparition de N.-D. de Lourdes par par M. de Larrard, curé de la paroisse et une souscription. Chaque panneau porte les armes des donateurs et celles de la ville.
Statues
Table des matières
La statue de Jeanne d’Arc est un don de Mlle Laure Caillaud; celle du Sacré-Cœur un don de Mlles Lys. La statue de N.-D. de Lourdes est un don de M. Morandière; celle de saint Joseph un don de Mlle Manseau.
Le chemin de Croix a été offert par Mr Bascle; la lampe du sanctuaire par Mme Bonnemaison, sœur de Mme Boussiron, ainsi que la statue de N.-D. des Victoires.
Les lustres ont été offerts: 1° le grand lustre par Mme Boussiron; 2° celui du Sacré-Cœur par Mme Dumontet; 3° celui de la sainte Vierge par Mme Lafont; 4° les trois autres par M. Fouché, curé de la paroisse.
Enfin, la mosaïque représentant la Vierge mère, est un don de Mme Valet-Fougerat.
Des candélabres avaient été aussi offerts à l’occasion du mariage Dufour-Bernardin. Nous connaissons trop la générosité et l’esprit chrétien des habitants de Jonzac pour ne pas ajouter que si les listes de souscriptions avaient été conservées nous y verrions figurer tous les noms des principales familles de la Cité.
Enfin, S. S. le pape Pie IX, doit être rangé parmi les bienfaiteurs de notre église, puisqu’il lui a donné : 1° une chasuble en velours rouge brodée d’or; 2° une étole en drap d’argent également brodée d’or. Ces deux ornements sont d’une grande valeur et portent les armes de Pie IX. Ils ont été donnés à l’église de Jonzac, croit-on, après une demande faite par M. Belnet.
A tous ces bienfaiteurs, accordez, Seigneur, la récompense qu’ils ont cru s’assurer en embellissant votre demeure et en contribuant à la splendeur de votre culte!
CHAPITRE III
Table des matières
Le Clocher
La justice nous fait un devoir de consacrer au clocher un chapitre spécial. L’histoire de sa construction ne manque pas d’intérêt, car elle est liée à la réparation de l’église elle-même et elle met en relief l’action persévérante de la municipalité luttant contre des difficultés sans nombre pour doter la petite ville des monuments qui font aujourd’hui son plus bel ornement.
Il fut construit lors de l’importante réparation faite à l’église de 1849 à 1854. Il remplaçait non pas un campanile, mais un massif de maçonnerie informe, recouvert d’une toiture en 1830, placé au chevet de l’église, qui non sans raison avait depuis longtemps été jugé insuffisant.
Pourquoi faut-il qu’on se soit obstiné à faire de ce clocher un tout avec la façade? Le but sera atteint plus tard lorsque sa base quadrangulaire et sans aucun ornement aura été suffisamment patinée par le temps; mais, placé en avant de la grande nef, il en prend une travée et fait perdre à l’édifice l’harmonie de ses proportions. Il est donc profondément regrettable que cette considération ait échappé à l’architecte.
Lorsque Jonzac fut érigé en sous-préfecture, l’église était dans un état de délabrement complet: elle menaçait ruine, disent les délibérations du Conseil municipal. De plus, il n’y avait pas de clocher! Deux piliers, ou plutôt un massif de maçonnerie informe, placé au chevet de l’église et soutenant la cloche en tenaient lieu. C’était tout. Quelle humilitation pour la coquette petite ville!
Il fallait donc se mettre à l’œuvre, mais avec cette lenteur qu’expliquent le manque de ressources et le tempérament du Jonzacais. La municipalité d’ailleurs, avait tant à faire pour donner à la ville un aspect «digne d’une sous-préfecture» ! Ces mots qui reviennent sans cesse dans ses délibérations traduisent exactement les sentiments de la population. L’acquisition et l’aménagement du château pour en faire successivement l’hôtel-de-ville et la sous-préfecture; la restauration du Minage; l’établissement de religieuses pour le soin des malades, en attendant la fondation d’un hôpital; les réparations à faire à l’église qui «menaçait ruine» ; tout cela avait fait simultanément pendant un demi-siècle l’objet de la sollicitude de la municipalité. On ne lit pas sans émotion ses délibérations constatant avec amertume la multiplicité des besoins et l’insuffisance des ressources.
Il fallait une intervention providentielle pour atteindre le but désiré. Elle se produisit par un legs testamentaire fait à la commune et à la Fabrique! Le 29 avril 1820, étaient acceptés les 20.000 francs légués à la ville par Mme Ve Pelligneau née Blancfontenille, et les 10.000 francs donnés à l’église. Les conditions étaient de contribuer à la fondation d’un hôpital, à l’entretien de deux sœurs «grises» pour le soin des malades et aux réparations de l’église.
Ce fut l’amorce nécessaire. Cette idée va se poursuivre; mais dans la petite ville on procède avec une sage lenteur: il faudra un quart de siècle pour qu’elle soit mise à exécution!
Il est curieux d’en suivre le développement:
Le 6 février 1818, le conseil municipal constate que l’église «menace ruine», la voûte (le tillis) surtout. Le devis des travaux urgents à exécuter, demandé déjà à l’architecte, le 14 avril 1817, s’élève à 8.462 francs. Il est approuvé et accepté ; mais ce n’est que le 11 juillet 1821 qu’un impôt extraordinaire est voté pour le paiement de l’entrepreneur, M. Rousselet.
Entre temps, l’idée de la construction du clocher se précise: un devis de 15.000 francs est présenté au conseil municipal, le 18 mai 1825, par la Fabrique qui a voté quelques fonds et offre le legs Pelligneau. Mais tout en en reconnaissant la nécessité, la municipalité rejette cette demande, faute de ressources.
Heureux atermoiements!
Le temps a fait son œuvre!
Ce n’est plus maintenant un clocher qu’il faut bâtir, c’est une réparation complète de l’église qui s’impose; car ce qui a été fait jusque là n’a servi de rien. Et cette réparation générale, à plusieurs reprises entrevue, l’action du temps la rend de jour en jour plus nécessaire. Il faut donc absolument se mettre à l’œuvre; tout le monde le comprend... Mais vingt ans vont s’écouler encore avant que le projet soit exécuté.
Le 15 février 1844, lecture est faite du testament Pelligneau; la fabrique abandonne à la commune les dix mille francs qui lui ont été légués; et, enfin, le 2 avril suivant, le conseil décide qu’un clocher en pierre sera bâti et l’église réparée! En conséquence, on fait appel au talent de M. Fontorbe, architecte à Rochefort, qui présente un devis de 59.150 francs!
Faut-il attendre encore? Impossible! on lui fait retrancher quelques milliers de francs pour des détails qui ne sont pas jugés indispensables et il est statué que pour l’exécution de ces travaux il sera affecté : un emprunt de 36.000 francs; les fonds libres de la commune s’élevant à 22.000 francs, les 10.000 francs de la fabrique et le secours de 10.000 francs obtenu du gouvernement, en tout 78.000 francs.
On est en 1849. Le clocher s’élève et l’église sort de ses ruines. On en fait un monument digne du culte. L’architecte, M. Fontorbe, de Rochefort et l’entrepreneur des travaux, M. Elie Coudin, sont des hommes consciencieux; aussi, à la grande satisfaction de tous, le devis primitif n’est pas dépassé et on peut exécuter des travaux supplémentaires! Dans sa séance du 9 février 1851, la somme de 5.252 francs est votée à cet effet et l’on répare le chœur; le mur du fond est remplacé par un parpaing et la fenêtre par la rosace que nous voyons aujourd’hui. Malgré tous ces travaux, il reste encore, — chose étrange! — une somme de 1.257 francs, et, sur les indications de l’architecte, on décide de l’employer à réparer la façade.
On ne s’en tient pas là. On complète l’Œuvre en allouant à la fabrique une somme de mille francs pour l’aider à acheter le maître-autel!
Rendons un hommage reconnaissant à ces amis de la cité qui, soit au Conseil de fabrique, soit au conseil municipal, ont su pendant près d’un demi-siècle poursuivre la même idée et en assurer la réalisation!
Le clocher contient actuellement une horloge et trois cloches dont il est parlé ci-après:
HORLOGE
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L’horloge date de 1852. Dans sa délibération du 13 mai 185, le Conseil municipal constate que l’ancienne horloge était irréparable, il donne mandat au maire de faire des démarches à Paris pour en acquérir une nouvelle, et, à cet effet, est votée une somme de 1.400 francs. Au mois de septembre suivant, l’horloge était placée dans le clocher.
CLOCHES
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Lorsque P. D. Ranguet publiait en 1864, son étude sur l’arrondissement de Jonzac, il pouvait écrire en toute vérité : «le clocher récèle deux cloches, l’une de 750 kilogrammes est moderne; l’autre du poids de 350 kilogrammes seulement est ancienne et porte l’inscription suivante en caractères gothiques:
«L’an mil cinq cent dix-huit fut fait ce présent. St Denis de Pille.
Est-ce cette vieille cloche qui fut refondue en 1810? En tout cas, en 1896, on fit refondre la plus ancienne de celles que recélait alors le clocher; de sorte que des trois cloches qui s’y trouvent actuellement, la plus ancienne est de 1835.
Voici les inscriptions de chacune de ces cloches:
1re Cloche. — J’ai été bénite en 1835 par M. Victor Fournier, vicaire de Jonzac. J’ai eu pour parrain M. Jacques Julien Blancfontenille, ainé, avocat, maire de Jonzac, et pour marraine Dame Marie Marguerite Athanase Emond, épouse de M. Geneuil docteur médecin; MM. Jean-Baptiste Bascle et Vaquier, adjoints au maire.
Augustin Martin; son fils Auguste, fondeurs.
Ce que nous lisons au registre des délibérations du Conseil municipal complète cette inscription:
La vieille cloche de l’église de Jonzac a été refondue le mardi 26 mai 1835 dans le jardin de la maison curiale. Elle pesait 1.045 livres. Par suite de l’addition de matière, la cloche neuve pèse 1.653 livres.
Il s’était présenté pour cette opération trois fondeurs: un de La Rochelle, un de Barbezieux, un troisième de Bréval (Haute-Saône). Ce dernier fut agréé par le Conseil municipal.
Il fut donc payé aux frères Martin, fondeurs à Bréval (Haute-Saône), savoir:

Au comptant: 521 fr. 55.
Au 1er juin 1 836: 521 fr. 55.
Au 1er juin 1837: 512 fr. 55.
2e Cloche. — J’ai été bénite le 19 avril 1896, Léon XIII étant Pape, Mgr Bonnefoy, évêque de La Rochelle et M. l’abbé Trébuchet, chanoine honoraire, archiprêtre-curé de Jonzac, MM. Bardet et Arnauld, vicaires.J’ai eu pour parrain, M. André Estignard et pour marraine Mme Lucile Gabrielle Fernande Larquier-Gauron. — Je me nomme Gabrielle. Saint Gervais et Saint Protais, patrons de la paroisse. — (G. Bollée, fondeur à Orléans 1896).
3e Cloche. — J’ai été bénite le 19 avril 1896 Léon XII étant Pape, Mgr Bonnefoy, évêque de La Rochelle, M. Trébuchet, chanoine honoraire, archiprêtre-curé de Jonzac, MM. Bardet et Arnauld vicaires.
J’ai eu pour parrain, M. Henri Marie Alexandre Cormelié et pour marraine Mme Jeanne Françoise Nelly Ménard-Bernard.
Je me nomme Blanche-Marie.
Gabrielle pèse 500 kilogrammes; Blanche-Marie, 308 kilogrammes. Les trois cloches donnent ensemble l’accord mi-sol-si.
Une bénédiction de cloche a toujours pour les foules un puissant attrait. Il ne faut donc pas s’étonner si la cérémonie du dimanche 19 avril 1896 a donné lieu à une magnifique manifestation. La foule, dit le Bulletin religieux du diocèse, remplissait l’église et débordait sur la place. Les cloches furent bénites par M. le vicaire général Jourdan et, la messe célébrée par M. le chanoine Eyssautier supérieur de l’Institution de Pons, vicaire général honoraire, assisté de MM. Bobrie et Baillet, enfants de la paroisse.
Voici ce qu’ajoute au point de vue historique le Bulletin religieux:
«La population s’est montrée digne de sa vieille réputation de générosité et a compris l’appel du pasteur de la paroisse et la municipalité a voulu aussi concourir pour sa part à l’exécution du projet formé par M. l’abbé Trébuchet, archiprêtre de Jonzac. Les noms gravés sur les cloches en disent long; mais nous devons ajouter que c’est d’abord et surtout la famille Larquier qui, sur le désir de feu Madame Gauron, a, par sa libéralité, permis à M. le curé de doter la paroisse d’une si belle sonnerie.»
CHAPITRE IV
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Histoire
L’église de Jonzac était à l’origine une simple chapelle faisant partie de la paroisse de Saint-Germain de Lusignan. Elle subit le sort de celle-ci, lorsque Charlemagne en fit don à l’abbaye de Saint-Germain des près à Paris. Elle devint dans la suite un Prieuré-cure.
Au point de vue hiérarchique elle dépendait de l’archiprêtré d’Archiac et était placée sous le patronage du Prieur de St Vivien de Saintes qui en nommait le titulaire. L’évêque de Saintes donnait seulement les pouvoirs de Juridiction. Il en fut ainsi jusqu’à la Révolution.
Le Prieuré royal de St-Vivien de Saintes appartenait à l’Ordre des chanoines réguliers de Saint-Augustin de Chancelade. Il avait le privilège de nommer à quinze bénéfices ecclésiastiques parmi lesquels se comptait Jonzac. Une cure était en effet un bénéfice: elle comprenait l’Eglise, le presbytère, les fondations pieuses, les terres données «en franche aumône» et les droits que la loi autorisait à percevoir.
Bien que le nominateur fût un religieux, il ne s’ensuivait pas nécessairement que les bénéficiaires fussent des moines. C’est ainsi que les prieurs-curés de Jonzac ont été tantôt des prêtres séculiers, tantôt des chanoines réguliers. Toutefois, il est à remarquer que, pendant tout le XVIIIe siècle, ils appartenaient à l’ordre des Augustins.
En quoi consistaient exactement les revenus de ce bénéfice?
Il serait peut-être aujourd’hui difficile de l’établir et jusqu’ici nos recherches ont donné peu de résultats.
Après la mort sur l’échafaud révolutionnaire, en 1794, du dernier prieur, Simon-Pierre de Ribeyreys, on déclara qu’il ne laissait personnellement que des meubles qui furent vendus au profit de la nation. Le presbytère ainsi que les autres biens de la cure furent confisqués, en vertu de l’inique jugement qui le condamnait à mort. C’était une maison peu confortable qu’il avait lui-même fait rebâtir et dans laquelle cependant se logea provisoirement le sous-Préfet dès que Jonzac devint chef-lieu d’arrondissement .
Mais, sur quoi étaient établis ces revenus?
D’après le Pouillé du diocèse de 1683, ces revenus étaient de 1.200 livres; mais, au moment de la Révolution, ils étaient de 4000 livres.
Lorsqu’en 1326, pour subvenir aux pressants besoins de l’église romaine, le Pape, Jean XXII ordonna une levée de subsid s dans la province de Bordeaux, la part contributive du prieur de Jonzac fut de VI florins d’or. Cela suppose un certain revenu, car le quantum de chaque bénéfice dans cet impôt forcé était matière à débat. Dans le diocèse de Saintes en particulier cette opération financière fut longue et pénible. Il faut donc conclure que si la contribution du prieur de Jonzac fut si élevée, c’est que sa situation n’était pas mauvaise.
«L’église de Jonzac est, nous l’avons dit, sous le vocable de St Gervais et St Frotais, martyrs du 1er siècle, et tout porte à croire que c’est sous le patronage de ces deux saints qu’avaient été successivement placés les édifices sur l’emplacement desquels a été construit le monument actuel.
A ce sujet, il n’y a pas lieu, semble-t-il, d’admettre l’hypothèse du savant auteur de la Chronologie des Evêques de Saintes insinuant que c’est à Charlemagne qu’il faudrait attribuer cette dédicace. «Il n’est pas sans intérêt, dit-il, de relever que l’église de Jonzac a pour patrons Gervais et Protais, martyrs du 1er siècle, à Milan, dont les statues se trouvent au portail de St-Pierre de Saintes. Sans doute Charlemagne qui conquit la Lombardie ne fut point étranger à l’apport de ces saints à Jonzac et à Saintes. Le Prélat diocésain était alors Aton, proche parent de la reine Hildegarde, et intime ami d’Alcuin, familier de Charlemagne.»
Ces raisons ne sont pas sans valeur. Mais, si la parenté de l’évêque de Saintes avec la reine peut permettre de supposer l’apport de reliques de saint Gervais et de saint Protais dans la cathédrale de Saintes, on pourrait toujours se demander pourquoi pareille faveur aurait été réservée à Jonzac?
Rangeons-nous plutôt à l’opinion émise par Mgr Barthe dans sa savante étude sur saint Anthême:
«Cette hypothèse, dit-il, serait impressionnante s’il était démontré que l’église gallicane ignorait le culte des deux martyrs de Milan avant que Charlemagne, de retour de son expédition de Lombardie (772), l’eût propagé dans son royaume. Or, saint Grégoire de Tours nous apprend que le culte et les reliques des deux martyrs milanais étaient répandus déjà de son temps (580) dans toute la Gaule, horum reliquiœ.. per totuni ambitum, Deo propitio, (miracles à l’appui) dilatatœ sunt. Quant aux statues du portail de Saint-Pierre (de Saintes), il est bon de rappeler que si l’évêque Pierre de Confolens a été le fondateur de cette magnifique église, il ne fut pas seul à l’embellir; ses successeurs y prirent leur part, notamment Guillaume II, dit Gardras. Ce prélat appartenait à une famille de seigneurs des environs de Jonzac. Il a pu offrir au saint particulièrement honoré dans son pays natal, un culte d’honneur dans sa cathédrale, et c’est ce qui expliquerait d’abord, le culte de saint Gervais dans la cathédrale du XIIe siècle, ensuite la présence de sa statue au grand portail sculpté au XVe siècle.»
Il ne semble donc pas douteux que l’église de Jonzac était déjà sous le vocable de saint Gervais et saint Protais lorsque Charlemagne y déposa le corps de saint Anthême en 779.
Il ne serait peut-être pas téméraire d’affirmer que cette église fut placée sous le patronage de ces deux saints dès que leur culte se fut répandu dans les Gaules. Qui sait si cette dédicace ne coïncide pas avec une réparation importante ou une reconstruction de l’édifice primitif?
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