Kitabı oku: «Les monumens religieux, militaires et civils du Poitou»

Yazı tipi:

Charles Arnauld

Les monumens religieux, militaires et civils du Poitou


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066318307

Table des matières

Introduction.

Monumens de l’Ere celtique.

Epoque Romaine.

Epoque Romane.

Eglise de Saint-Généroux.

Eglise de Tourtenay.

Saint-Pierre de Melle.

Eglise de Chiché

Saint-Romans-lès-Melle.

Eglise de Limalonges.

Notre-Dame de Champdeniers.

Eglise de Saint-Pompain.

Eglise de Rohan-Rohan ou Frontenay-l’Abattu.

Saint-Savinien de Melle.

Saint-Laurent de Parthenay.

Saint-Paul de Parthenay.

Eglise d’Echiré.

Saint-Hilaire de Melle.

Eglise de Secondigny.

Eglise de Clussay.

Eglise de Vaussais

Eglise de Verrines.

Eglise de Javarsay.

Saint-Laon de Thouars.

Saint-Médard.

Notre-Dame de la Coudre, à Parthenay.

Saint-Croix de Parthenay.

Chappelle du Château de Comines, à Argenton-Château.

Eglise d’Argenton-Château.

Eglise de Marnes.

Saint-Jouin-des-Marnes.

Saint-Pierre de Parthenay-le-Vieux.

Saint-Pierre d’Airvault.

Notre-Dame de Bressuire.

Eglises de Saint-Symphorien de Marigny, de Pamproux, de Melleran, de Siccq, de Praherq, de Mauzé, de Saint-Rémy et de Villiers-sur-Chizé.

Donjons, Tours et Châteaux du douzième au quinzième Siècle.

Donjons de Niort

Tours du Prévôt et du Prince de Galles, à Thouars.

Château Salbart.

Tour de Melzéard.

Château de Javarzay.

Château de Cherveux.

Château de Bressuire.

La Baupinay

Tour de Cerizay, Château de Saint-André.

Tour de Saint-Loup et du Château Germain.

Porte Saint-Jacques, et les restes du Château, à Parthenay.

Tours de Joué et de Picadoré.

Château d’Argenton-Château.

Château de la forêt-sur-Sèvre.

Maisons du quinzième Siècle.

Hôtel du Président, à Thouars.

Les Tours de l’Evêché, à Melle.

Eglises du quinzième Siècle.

Notre-Dame de Niort.

Saint-André de Niort.

Eglise de Celles.

Monumens du seizième Siècle.

Eglise du château de Thouars.

Saint-Maurice d’Oiron.

Eglise de Saint-Aubin.

Chapelle de Meningoute.

Eglises de Saint-Marc-Lalande et de Fenioux.

Hôtel-de-Ville de Niort.

Maison où est née Madame de Maintenon.

Colonnes de Pers et d’Aiffres.

Château de la Mothe-Saint-Héray.

Château d’Oiron.

Château de Coulonges.

Monumens du dix-septième siècle.

Eglise de Saint-Maixent.

Eglise de Puyberland.

Château de Thouars.

Chateaux de la Meilleraye, de Saint-Loup, de Murçay et de la Ville-Dieu.

Sur les Restaurations exécutées aux Églises Saint-Pierre-d’Airvault, Saint-Généroux, Saint-Maurice-d’Oyron et Verrine,

Saint-Pierre d’Airvault.

Saint-Généroux.

Saint-Maurice d’Orion.

Verrines.


Introduction.

Table des matières

LES beaux-arts ont suivi les destinées des peuples, et ils ont eu, comme toutes les choses de ce monde, et leurs jours de pompes, et leurs jours d’adversités. La terre des Deux-Sèvres prit part à toutes ces vicissitudes; aussi, parmi les monumens que nous possédons encore, les uns sont debout, et les autres s’en vont où d’autres sont allés, dans les ruines et l’oubli!

Tout près de La Mothe-Saint-Héray, dans la commune de Bougon, nous avons des tumulus aux pierres amoncelées, où furent ensevelis des colliers, des vases et des haches; car aux habitans de la Gaule il fallait, dans la mort comme dans la vie, des alimens, des parures et des armes. Les dolmens, les tumulus élevés sur le sol des Deux-Sèvres furent longtemps ignorés; que leur a-t-il donc manqué ? les landes de la Bretagne, le désert peut-être, ou les flots de la mer océanique?

Après ces œuvres gigantesques et sans art, le génie de Rome plana sur nos contrées: point de temple ni d’arène pour ce pays sauvage; seulement des routes qui le traversent, des colonnes et des chiffres pour indiquer l’espace, et des stations pour reposer sa tête. Les voies romaines, construites pour l’éternité, ne sont point effacées; on les retrouve encore dans les lieux où les soldats, partis du Capitole, s’arrêtèrent tant de fois. Bien souvent, fatigués d’une course trop longue, ils y déposèrent pour toujours leurs casques et leurs épées, maintenant on les retrouve aux rayons du soleil, exposées par le soc de la charrue et par les hommes, qui cheminent et moissonnent à toute heure.

Les barbares passent et repassent; tout s’en va; mais enfin le système féodal s’organise. Quelques hommes, fatigués de voir le sol qui les a vus naître ravagé par les barbares du Midi, de l’Orient et du Nord, se groupent, se réunissent, et, pour se défendre contre les incursions des farouches Normands, ils élèvent des palissades, des tours et des donjons. C’en est fait maintenant, l’impulsion est donnée, la France va commencer, et bientôt les arts, à leur retour, embelliront ces vieilles forteresses où les comtes et les barons ont fixé leurs demeures. De ces vieux châteaux le souvenir doit nous être sacré. A l’ombre de leurs tours massives le courage revint au monde, les troubadours préludèrent a leurs chants; et la France héroïque, avec ses fiers paladins, ses croyances et sa foi, fut porter sa vaillance aux luttes du désert.

Le donjon de Niort, qu’il ait été construit par Henri ou Richard d’Angleterre, appartient à ces temps où les forteresses sont imposantes, où les tours sont arrondies, où les châteaux se montrent avec orgueil, car ils ont dans leur marche rapide suivi les progrès de l’architecture religieuse. La forteresse qu’on voyait parmi nous avait une immense place d’armes, une église, des ponts-levis, et des tours où les soldats veillaient pour sa défense. A la révolution, la place d’armes, inutile, encombrée, devint un jardin botanique, un riant parterre. Mais tout lasse, tout finit, tout s’efface; un jour, le jardin fut détruit, les arbres, réunis avec tant de soin, disparurent avec les ombrages, les frais gazons, les bassins délicieux.

Encore sur les bords de la Sèvre, mais plus haut, l’on trouve une autre forteresse dont l’histoire mystérieuse et voilée est presque sans passé, sans souvenir. Le château Salbard, si connu par les amis des vieux temps, est pour tous un long rêve où l’imagination volontaire et sans bornes peut errer en liberté de songe en songe; car ses voûtes qui s’écroulent, ses échos tant de fois éveillés par les oiseaux de la nuit, ses tourelles qui s’affaissent, n’ont rien appris du malheureux captif qui vint pour un moment y reposer ses douleurs et ses chaînes.

C’est à la période romane, pendant laquelle la vie circulait avec tant d’énergie, que nous devons la plupart des édifices religieux qui couvrent notre sol, du moins leur origine remonte à cette époque. C’est ainsi qu’à Champdeniers nous avons une église dont les chapiteaux sont garnis de moulures qui glissent et se cachent pour se montrer encore. C’est ainsi qu’à Parthenay l’on rencontre Notre-Dame-de-la-Coudre, où des femmes pieuses prièrent et s’inclinèrent tant de fois; il en reste aujourd’hui des chapiteaux épars, de longues robes, des boucliers, des épées qui se plongent et détruisent; là sont aussi des arcades, des jambes, des éperons; puis enfin dans le jardin qui l’approche, un cheval, des guerriers mutilés; Charlemagne, saint Guillaume peut-être.

Il faut distinguer ensuite Saint-Pierre d’Airvault; à la vue de ses colonnes, de ses chapiteaux, de sa vieille poussière soulevée, agitée par les pas de tant de siècles, à la vue du clocher qui tinta si souvent, l’imagination est profondément saisie, et l’âme, attentive et surprise, écoute avec un saint respect le bruit léger qui semble s’agiter le long de ses murailles; ce murmure, c’est le dernier bruit des générations passées qui venaient avec tant de recueillement s’agenouiller sur des dalles vieillies, c’est le dernier souffle de ces âmes pieuses dont la vie toute entière se livrait à la pensée de Dieu.

Il faut citer aussi Saint-Jouin-des-Marnes, car c’est dans les cloîtres bénédictins que vivaient et se formaient les maîtres-maçons, les tailleurs d’images, qui produisaient des chefs-d’œuvre, et qui, pour prix de leur gloire, voyaient leurs noms disparaître et s’effacer comme l’ombre qui passe sous les voûtes antiques, leur ouvrage et leur dernier asile.

N’oublions pas Saint-Hilaire de Melle; là, des entrelacs, des rinceaux serpentent sur ses murs, où l’on voit de délicieux oiseaux, un énorme cheval, un puissant cavalier, mais détruits: là, des chasseurs, des monstres, des marguerites, des pommes de pin, des diamans, des moulures qui se brisent autour des colonnes; là, une longue procession, des livres, des bâtons pastoraux.

Dans les environs de Melle il faut remarquer, au modeste hameau de Vérine, des restes bien précieux, mais bien tristes; des murs renversés, des chapiteaux battus par les vents, un clocher découvert, une tourelle où grimpent et s’élancent des rameaux qui voudraient la défendre; puis à lenteur, des fossés, des remparts et des tours, emblêmes de cette vieille France où s’agitaient jadis tant d’héroïsme et tant de foi. Ce sont ensuite les églises de Parthenay-le-Vieux, de Saint-Généroux, de Javarzay, qui se distinguent par leur antiquité, par des voûtes élevées, par une coupole dont l’exemple est si rare.

Après, la main des hommes se repose; elle est lasse, elle a tant remué ; elle a prodigué partout tant de force et de vie: aussi le treizième siècle, qui créa dans le nord de la France de magnifiques épopées, le treizième siècle, dont les chefs-d’œuvre ont surpassé peut-être les merveilles et de Rome et d’Athènes, nous a laissé de vagues souvenirs: c’est à Parthenay, la porte Saint-Jacques, peut-être, avec ses tours elliptiques, ses mâchicoulis, ses créneaux.

Au siècle suivant, dans nos contrées tant de fois ravagées par les guerres de l’Angleterre, peu de monumens s’élèvent; durant ces tristes jours, la pensée de l’homme songeait seulement à guérir ses blessures, à réparer le toit de ses pères. Cependant on peut citer à Niort le chœur de Saint-André, ses fenêtres ogivales. Il ne faut pas oublier non plus Notre-Dame de Bressuire, dont une partie fut sans doute construite à cette époque; il faut parler aussi de sa tour élancée, dont le clocher répéta jadis un long cri d’alarme quand Duguesclin s’approcha de ses murs.

Vers ces temps, Pierre de Frottier, pour braver en paix et le duc de Bretagne et le duc de Bourgogne, fait élever, dans les environs de Melle, le château de Melzéard. Quand Richement promit d’accepter l’épée de connétable, Frottier, proscrit et chassé, se retira dans ce formidable asile qu’il avait préparé.

Puis après sur la lisière de la Gâtine s’élève, au commencement du quinzième siècle, une curieuse forteresse. Celle-ci du moins n’est pas sombre et triste comme un donjon du douzième siècle; c’est un beau pavillon, des tours poétiques, d’élégans mâchicoulis où l’affreux badigeon ne vint jamais déposer ses couleurs; les pierres, rembrunies par la main du temps, sont splendides et pures comme les pieds de ces remparts qui se plongent et se baignent dans l’eau qui les entoure. A Cherveux, les pas des écuyers ont retenti souvent. Plus d’une fois sans doute de galans pages y parlèrent, y rêvèrent de gentilles damoiselles, de riches fourrures, de robes de brocart; car de belles marraines avaient promis pour eux d’être fidèles à Dieu, fidèles à l’amour.

Cette époque doit nous être chère, car ce fut alors que s’éleva Notre-Dame de Niort et sa flèche admirable; ce fut alors qu’on prépara pour elle de curieuses dentelles, des festons, des bouquets.

Dans la sauvage Gâtine, au milieu de ses champs solitaires où les pas de l’homme s’impriment pour s’effacer; au milieu des landes, des ajoncs et des bruyères qui croissent et périssent ensemble, l’on érige ensuite l’une des plus curieuses compositions de l’architecture religieuse. Saint-Marc-la-Lande n’est plus une église; les voûtes sont enfoncées, les prêtres dispersés, et la voix des fidèles n’y retentit jamais; pourtant quelle délicieuse façade; partout des broderies, des festons; là, des plis et des replis qui veulent enlacer les colonnes et craignent de les quitter.

Nous touchons à une période qui, sur la terre des Deux-Sèvres, a laissé des châteaux remarquables, une élégante église. Au commencement du seizième siècle, Gabrielle de Bourbon, voulant imiter la Sainte-Chapelle de Paris, fit construire l’église du château de Thouars. Ce curieux monument renferme quatre églises qui s’élèvent les unes sur les autres. La plus basse recevait la dépouille de ces puissans comtes qui trônaient comme des rois. La quatrième, ou chapelle ducale, est le chef-d’œuvre de cet élégant édifice, qui nous montre l’architecture ogivale dans toute sa perfection, dans toute sa grâce; la principale porte, dont le travail est achevé, conserve encore des feuilles de vigne, des raisins, de jolies statues.

Maintenant nous sommes à la renaissance, à cette admirable époque qui fut si féconde. Alors de tous côtés se construisent, sur le sol de la France, de gracieuses compositions; car les grands seigneurs dédaignent les donjons, les détruisent ou les laissent. Aussi d’Estissac, qui voulait imiter tant d’orgueil, fit construire le château de Coulonges, où l’on peut remarquer encore des sculptures charmantes, un escalier rempli d’élégance, de jolies voûtes qui commencent à fléchir et qu’on tremble de ne plus revoir. Le château de Javarzay, plus heureux que Coulonges, a conservé, dans leur intégrité, ses machicoulis, ses tourelles.

Dans les environs de Thouars se trouve ensuite Oiron, dont le magnifique château, bâti sous François Ier, rappelle toutes les splendeurs de sa somptueuse époque. Ce superbe édifice fut destiné, sous Louis XIV, à de royales amours. C’est alors que le grand roi voulut prodiguer à la terre du Poitou ses pompes et ses largesses; dans son faste et sa puissance, il semblait dire: Tout pour la fille des Rochechouart, pour la belle Athénaïs. Alors de splendides plafonds chargés d’or et d’azur, des statues, des noms entrelacés, des tableaux, une galerie dont les fresques poétiques rappelaient en même temps les dieux de la Grèce, ses fables et ses vers.

Auprès du pompeux édifice s’élève une église élégante et parée, trop mondaine peut-être; sous ses voûtes sont des pavés tumulaires, des tombes fastueuses, de riches bas-reliefs; car c’est là qu’ils reposent, les Gouffier, les d’Oiron; car c’est là qu’il repose, le fameux Bonnivet, le célèbre amiral qui sut si bien mourir.

L’Hôtel-de-Ville de Niort, par ses tourelles et ses machicoulis, rappelle la vieille forme de ces hôtels, où délibéraient jadis des hommes tout armés. Les fenêtres semblent aujourd’hui modernes, plus de traverses, plus de croix, de vitres coloriées pour briller au soleil. A l’un des angles du monument s’élève un modeste beffroi; il est lourd, il est massif; qu’importe; c’est le vivant témoin des libertés passées.

Encore, sur les bords de la Sèvre, à la place d’un donjon féodal, un édifice construit au commencement du dix-septième siècle. Le château de La Mothe-Saint-Héray est flanqué de tourelles, entouré de fossés où viennent dormir des ondes toujours limpides: partout l’isolement, le silence et le vide; partout des peintures qui pâlissent, des portraits mutilés, des plafonds qui murmurent seulement au bruit des voyageurs qui passent pour ne plus revenir.

C’est à Saint-Loup qu’on trouve la jolie construction du cardinal de Sourdis. Ce favori des femmes, dans son imagination brûlante, voulut imiter le palais de l’Amour; il le voulut par des peintures qui semblaient dire: Malgré ma mitre, malgré ma crosse, j’ai le droit de tout dire, j’ai le droit de tout faire.

Puis, sur la route de Saint-Maixent à Parthenay, le château de la Meilleraye s’éleva dans le sein d’une vieille forêt. Alors, c’est Hortense Mancini, la plus belle des femmes; c’est un peintre célèbre qui rêve aux grâcieuses images qu’a tracées son pinceau; c’est la statue de Mazarin, fastueuse et blanche. Maintenant des murs qui s’écroulent, des serpens qui s’y glissent, des pierres qui s’amoncèlent; et le soir, de funèbres oiseaux qui viennent sur le salon des grâces jeter, à la vue des pavillons déserts, un long cri de douleur et de mort.

Le château de Mursay n’offre rien de remarquable; mais les souvenirs s’y foulent et s’y pressent. En effet, Françoise d’Aubigné, toute petite, y fut apportée par madame de Villette, et plus tard, à son retour d’Amérique, après avoir, pauvre teigneuse, mangé le pain de la misère, elle revint à l’ombre des grands arbres, des sauvages coteaux. Alors, madame de Villette est au comble de la joie; c’est Françoise qui dirige tout, qui préside à tout; cependant, triste jeune fille, il lui fallut bientôt, pour la dernière fois, se reposer sur le pan de rochers qui lui semble si cher; assise dans la grotte creusée dans la colline qui descend sur les bords de la prairie, elle regarde son grand chêne, les flots qui roulent si paisibles; elle écoute le murmure lointain de la chaussée des Loups, regarde, écoute encore, s’éloigne et disparaît.

Maintenant nous allons visiter, sur les bords du Thouet, le château commencé, en 1635, par Marie de la Tour-d’Auvergne, épouse de Henri de la Trémouille, duc de Thouars. A la pensée de Richelieu, la fière duchesse dont l’orgueil et la jalousie étaient immenses, prodigua sans regrets les domaines de ses pères et l’amitié du peuple; il fut pressuré ; toujours du travail, toujours des corvées nouvelles: aussi pour dérober le pompeux édifice à la guerre mortelle que lui livrèrent les hommes de la révolution, le district fut obligé d’y transporter le lieu de ses séances et l’orageux séjour de la liberté nouvelle.

A présent il faut arriver à la fin du dix-septième siècle, et nous arrêter à l’abbaye de Celles, où Louis XI fit bâtir une église. C’est là qu’il vint autrefois, fanatique pélerin, s’agenouiller et prier. Après lui les hommes, qui, dans nos contrées, amoncelèrent tant de ruines, vinrent aussi, mais pour voir les voûtes s’écrouler, leur poussière voler au vent. Plus tard un célèbre architecte, un fils de l’Italie, François Le-Duc, surnommé Toscane, répara l’église qui se distingue par de vastes chapelles, des piliers élancés, des voûtes élégantes dont les nombreuses nervures, qui se coupent et se croisent, sont remplies çà et là par des guirlandes, des fleurs et des fruits.

Déjà le terme approche, encore une église, celle de Saint-Maixent et tout sera fini. Là, où elle repose, bien des pierres ont été préparées, élevées, renversées; car la noble abbaye fut souvent exposée aux plus rudes attaques; abandonnée, trahie par l’un de ses abbés, elle passa tour-à-tour du plus fort au plus riche. Longtemps son front voilé tomba de chûte en chûte, de douleurs en douleurs; longtemps foulée aux pieds, elle resta pantelante et détruite; mais enfin les hommes du travail et de la puissance, les religieux de la congrégation de Saint-Maur, debout sur ses débris, les ranimèrent au souffle de leur inspiration. Alors un riche crucifix, de remarquables peintures, de curieuses boiseries, un jubé solitaire où les nuages d’encens fument et tourbillonnent.

L’église de Saint-Maixent semble appartenir à des temps plus anciens; mais par ses pierres taillées avec tant de soin, par ses détails si polis, élégante et coquette, peut-être, elle semble dire: Je suis jeune, bien jeune encore; voyez ces contours, examinez ces parures, elles sont fraîches, elles sont blanches, elles sont si jolies; ne me vieillissez pas.

Tels sont les monumens qui restent dans le département des Deux-Sèvres, et dont je vais tâcher de raconter avec détail les vicissitudes de gloire et de deuil.


Monumens de l’Ere celtique.

Table des matières

DES tombes séculaires, des fragmens de roches debout, alignés, suspendus ou couchés par la main des premiers peuples, tels sont les monumens que je vais d’abord examiner. On peut affirmer sans crainte qu’ils sont l’image des choses les plus antiques; ce sont les plus anciens représentans de l’art humain; ils ont survécu à toutes les révolutions, à toutes les tempêtes; ils ont vu passer tous les siècles, tous les hommes. Quand les habitans primitifs de la Gaule voulaient rendre hommage à la mémoire des guerriers, quand ils voulaient dresser des autels pour y déposer les victimes qu’ils offraient aux dieux de leur pays, ils allaient à la roche voisine chercher des débris informes, pour les élever et les amonceler. Ces monumens, connus par les savans, sous le nom de monumens celtiques, sont très nombreux sur la terre du Poitou; on en rencontre du côté de Loudun, dans l’arrondissement des Sables-d’Olonne, on en voit plusieurs sur la butte de Château-Larcher, il en existe à Champigny-le-Sec, arrondissement de Poitiers; et ensuite près de cette ville, chef-lieu de l’ancienne circonscription poitevine, se trouve la fameuse Pierre-Levée, dont Rabelais a popularisé l’histoire.

La partie du pays des Pictons, qui porte aujourd’hui le nom de département des Deux-Sèvres, comptait, aussi elle, un grand nombre de pierres consacrées par la religion des druides; il y en avait au sein de ses forêts, non loin de ses rivières. Plusieurs ont péri, plusieurs sont restées; je vais successivement raconter leurs positions, leurs formes, les faits, les croyances qui s’y rattachent.

Dans la commune d’Amuré, non loin de ces lacs où s’agitent tant de roseaux, de fleurs et d’insectes aux brillantes couleurs, les Celtes ont déposé deux pierres qui sont dignes d’attention, elles attestent que les bords du marais furent habités dans les temps les plus reculés; elles sont curieuses, elles prouvent que des cérémonies religieuses furent accomplies par les hommes à demi sauvages, dont les barques sillonnaient les grands lacs formés par les eaux de la Sèvre. La première pierre est placée à l’orient, elle s’élève très peu au-dessus du sol, elle a 65 centimètres d’épaisseur, 4 mètres de longueur et 3 mètres 90 centimètres de largeur. La seconde est presque ronde, elle a 3 mètres 90 centimètres de longueur, sur autant de largeur.

Les pierres d’Amuré ont dû venir de loin, car il n’en existe point d’autres dans cette localité qu’on puisse leur comparer; longtemps elles ont été l’objet d’un culte presque sacré, autrefois même les âmes pieuses ne se contentaient pas de leur apporter de ferventes prières, elles leur offraient encore de petites pièces de monnaie, pour rappeler à leur crédulité de merveilleuses traditions. En effet, écoutez à la veillée du soir la grand’mère qui file et qui chante au foyer domestique, elle vous dira: Les pierres qui sont là-bas au-delà du ruisseau, dans le champ solitaire, ce sont les premiers fondemens de notre église, mais les maçons avaient beau travailler, chaque matin, leur ouvrage avait disparu; alors dans son découragement l’un d’eux jeta son marteau bien loin, en lui disant: Va-t-en chercher la place où nous pourrons travailler; le marteau s’arrêta sur l’emplacement de notre pauvre église, qu’il fut alors facile de bâtir et d’achever. Une autre tradition rapporte qu’autrefois on attacha tous les bœufs du village à ces blocs grossiers, mais leurs efforts furent impuissans et les pierres sont restées où on les voit encore.

Sur le chemin de Saint-Jouin à Thouars, sur une hauteur, vis-à-vis le village de Noizé, il existe deux autres pierres posées, dont l’une est beaucoup plus grosse que l’autre. La plus forte a son plan incliné vers l’orient, et de ce côté elle touche à terre, de l’autre elle s’élève sur deux ou trois supports si faibles, que l’on doit, comme je l’ai déjà dit, la regarder plutôt comme une pierre posée que comme un dolmen. Elle a 1 mètre d’épaisseur, 3 mètres 10 centimètres de largeur, et 4 mètres de longueur. La plus petite, qui n’a pas 2 mètres de largeur, sur 4 mètres de longueur, se soulève un peu du côté du sud; elle n’est point soutenue par des piliers, la partie inclinée s’enfonce dans le sol. Une autre pierre qui se trouve sur le chemin d’Oiron à Saint-Jouin n’a rien qui puisse attirer l’attention.

A peu de distance de l’Absie, en sortant du village de la Chapelle-Seguin, sur les bords de la Sèvre-Nantaise, dans une vallée où l’on rencontre à chaque pas d’énormes granits, que les gens du pays nomment Chirons, se trouve une pierre bien curieuse; placée tout auprès de la Morelière, cette pierre est montée sur un large rocher sombre et uni, il suffit d’un homme pour donner un léger mouvement d’oscillation à cette masse puissante, qui conserve toujours son équilibre, et revient au bout de quelques secondes, dans sa solennelle immobilité. Cette pierre branlante ou berçante a 14 mètres 15 centimètres de tour, et 2 mètres 25 centimètres de hauteur.

Près de là, dans la même commune de Largeasse, l’on rencontre un autre bloc non moins remarquable par sa forme et sa grosseur; il est situé aussi sur les bords de la Sèvre, tout près de la métairie connue sous le nom de Chevalerie. Cette pierre, qui a 20 mètres de circonférence, est haute de 4 mètres 20 centimètres; par sa base, elle ressemble à la carêne d’un vaisseau; elle ne s’appuie sur celle qui la supporte que par une partie étroite, angulaire: on dirait qu’elle va tomber et rouler dans le fond du vallon; cependant elle est ferme, immobile, et le sera sans doute longtemps encore.

Il existe dans cette contrée une singulière tradition, partout et çà et là dans les champs, dans les bois, sur le penchant des collines, sur le bord des ruisseaux, l’on remarque des pierres énormes. Autrefois, me dit mon guide, ces Chirons poussaient et croissaient; mais un jour quand tout s’arrêta, les uns étaient enfouis dans les entrailles de la terre, les autres en sortaient à demi, et d’autres enfin, parvenus à leur grosseur naturelle, sont étendus sur le sol. Dans la vallée de la Sèvre-Nantaise, c’est un spectacle imposant de voir tous ces géants de granit, groupés, amoncelés; les uns sont debout, les autres renversés; les uns se sont plongés dans les eaux du torrent, d’autres sont restés sur ses bords; les uns reposent sur la terre, d’autres sur un large plateau. Les ondes qui gémissent en passant, quelquefois les contournent, quelquefois elles ont creusé leur lit sous leurs masses pesantes.

A 8 kilomètres de là, dans la commune de la Chapelle-Saint-Laurent, l’on peut visiter un rocher très renommé connu sous le nom de Chiron de la Vierge, il a 33 ou 34 mètres de longueur sur 21 à 22 mètres de largeur. Sur ce massif qui va toujours en s’amoindrissant du côté du nord-ouest, se trouve une petite excavation que l’on nomme le Pas de la Vierge. Du côté où le roc sauvage se montre au-dessus du sol, il y a quatre ou cinq cavités, car jadis le rocher, dit-on, s’amollit à l’approche du diable poursuivant la vierge, les griffes de son ennemi s’y enfoncèrent et il ne put point monter. Par une matinée d’automne, froide, sombre et pluvieuse, après avoir mesuré ce rocher célèbre qui, dans sa plus forte épaisseur, a 1 mètre 25 centimètres, je regardais et rêvais à ces fortes croyances des temps passés, à ces hommes qui s’agenouillaient partout, quand tout-à-coup un vieux pâtre aux cheveux plats et longs s’approcha de moi, et me dit: Autrefois on venait en foule au Chiron de la Vierge, la ferveur était grande, il s’accomplissait toujours des miracles, aujourd’hui le zèle a cessé, aussi plus de miracles; tout çà depuis les bleus.

Les pélerins, qui vont à Notre-Dame-de-Pitié pour y porter leurs vœux, n’oublient jamais le Pas de la Vierge, toujours ils viennent, fervens ou crédules, s’agenouiller en passant aux pieds de son rocher grisâtre, rempli pour eux de religieux souvenirs.

Après avoir de nouveau traversé un pays couvert de granits qui gisent à l’ombre des chênes, au milieu des ajoncs, des bruyères, on arrive dans le village de Hérisson; c’est là, tout auprès d’une petite rivière murmurante et limpide, que mes regards furent frappés par une pierre branlante connue sous le nom de Merveille de Hérisson. Ce monument est composé de deux roches sombres et noires, vieilles comme le sol qui les porte; sur la première qui s’enfonce dans la terre d’un champêtre verger, s’élève la seconde dont la forme est alongée; aussi quand la main du passant lui imprime un mouvement, elle frémit, se soulève, s’abaisse et se soulève encore pour retomber ensuite dans son habituel repos. Cette pierre branlante ou berçante qui touche seulement, par son milieu, à la pierre qui la supporte, est presque ronde; elle a 4 mètres 90 centimètres de largeur, sur 2 mètres 50 centimètres de hauteur. Sa circonférence est de 16 mètres. Un enfant, de douze ans, peut la faire mouvoir avec assez de facilité. Une tradition rapporte que ce fut un mouton qui, le premier, en fit connaître la mobilité en s’y frottant.

Vainement l’on voudrait dire que les pierres branlantes ont été disposées par la main du hasard, vainement voudrait-on dire que les révolutions, qui ont si souvent bouleversé la face du globe, ont mis à découvert deux roches, disposées d’une manière si heureuse, que l’une d’elles pouvait facilement rester en équilibre et ne jamais tomber. Cette pensée ne peut être admise; en effet, ce n’est pas une seule pierre branlante que l’on peut citer, mais plusieurs; ce n’est pas seulement au milieu de la Vendée, aux bords de ses torrens, au fond de ses vallons, que l’on peut les contempler. On en compte plusieurs en France, en Angleterre, dans la sauvage Écosse.

Ces pierres branlantes frappèrent, en tous temps, les regards. Les sa vans des temps anciens, tous ceux qui s’occupèrent des choses merveilleuses, tous ceux qui songèrent à décrire les objets remarquables de ce monde, n’ont pas oublié d’en parler. Quelle fut la destination de ces pierres placées ainsi les unes au-dessus des autres: il est impossible de l’indiquer d’une manière positive; les renseignemens nous manquent? Ce passé de tant de siècles est enseveli, pour toujours, dans la tombe où repose le dernier des druides, le dernier des bardes. Cependant quelques antiquaires ont pensé que ces masses énormes étaient, chez les Celtes, les interprètes du ciel. Les druides, pour en imposer à la foule, les consultaient quelquefois; et, dans les cas difficiles, le grand-prêtre s’empressait de les pousser, pour connaître, au nombre de leurs mouvemens, la volonté des dieux.

Selon d’autres, les pierres branlantes servaient de juges. Plus d’une fois, des femmes jeunes et belles vinrent, les yeux en pleurs, frémir et trembler aux pieds de ces masses accusatrices. Celle qui était assez heureuse pour leur imprimer un léger mouvement, pouvait rentrer, la tête haute, dans la cabane de ses pères; mais si la pierre restait immobile, malheur à elle.

Maintenant je vais parler des dolmens, et commencer par celui qui se trouve placé dans la commune de Montbrun, près Thouars, et qui est connu sous le nom de Pierre-Levée d’Orbé : c’est un demi-dolmen, de 4 mètres 10 centimètres de longueur, sur 3 mètres 90 centimètres de largeur; sa table va toujours en s’inclinant vers le midi, de ce côté il repose sur le sol. Cette pierre, qui a, dans sa plus forte épaisseur, 45 centimètres, est supportée seulement par trois appuis. A côté se trouvent les débris d’un autre monument celtique; il ne représente plus qu’un amas informe de pierres qui sont les unes debout, les autres à demi couchées, en attendant qu’une destruction plus grande les fasse disparaître. Le dolmen qui existe encore, et les débris de celui qui l’avoisine, ne sont séparés que par un chemin qui traverse la plaine d’Orbé. Plus dune fois, sans doute, les voyageurs se sont reposés sur ces sombres rochers; plus d’une fois, sans doute, ils ont raconté les frivolités de la terre à ces vieux témoins qui virent tant de choses changer et passer.

Sur le chemin de Thouars à Saint-Jouin, quand on aperçoit à gauche le parc d’Oiron, et à droite, la butte Montcoué, il faut laisser la route bordée de noyers, et s’enfoncer dans la plaine, où reposent les pierres antiques dressées jadis par la main des druides. Bientôt on découvre près de soi, un curieux dolmen qui se lève majestueux et sombre, tout près des trois autres, qui par leurs médiocres dimensions, semblent former ses satellites; il a 6 mètres 30 centimètres de longueur sur 4mètres 30 centimètres de largeur, il est haut de 2 mètres 10 centimètres, aussi a-t-il fallu composer la table, qui le couvre, de deux grandes pierres, dont les surfaces bosselées et rudes sont garnies de petits trous. L’ouverture de ce remarquable dolmen est à l’orient, pour laisser au soleil qui se lève, la facilité de réchauffer de ses rayons la cendre des morts qui reposent peut-être sous la grotte soutenue par sept pierres d’inégale grosseur. Pour rendre l’édifice plus solide, entre les pierres qui lui servent d’appui, on en a placé de plus petites, il en est d’autres qui servent ensuite à consolider la table. Dans l’un des angles de la grotte factice, on remarque une espèce de réduit, maintenant encombré de pierres; à l’entrée de l’édifice repose un bloc à demi couché, apporté par le bras vigoureux des Celtes, il n’aura point trouvé de place et il sera resté comme un témoignage de la munificence de ceux à qui nous devons l’un des plus beaux dolmens de nos contrées. Près de lui, l’on en voit trois autres; l’un de 3 mètres de long sur 2 de large, est soutenu par trois ou quatre petits supports; l’autre est brisé, renversé, ses modestes débris jonchent la terre, les laboureurs se sont plu à amonceler sur ses ruines les pierres qui gênaient le soc de la charrue, qui passe et repasse aux pieds de ces vieux monumens. Le dernier, dont les dimensions sont ordinaires, 4 mètres de longueur sur 1 mètre 60 centimètres de largeur, est soutenu par quatre piliers, et placé sur une espèce de tertre composé de cailloux amoncelés. Les quatre dolmens dont nous venons de parler, forment entre eux une espèce de carré, ils sont composés de grès et de calcaire, et viennent de la butte Montcoué, c’est elle qui a fourni il n’en faut pas douter, les pierres des édifices dont nous avons raconté la forme et les dimensions. Après avoir atteint cette hauteur, après avoir parcouru du regard les rochers qui la couvrent, après avoir contemplé un vaste horizon, on descend la colline, et l’on voit, dans une vigne, vis-à-vis un bouquet d’arbres verts, un demi dolmen soutenu par deux pierres. Ce demi dolmen dont les dimensions sont médiocres, a plus d’une fois servi d’asile aux vendangeurs, et retenti de leurs joyeux refrains. Quand je le visitai à la fin de l’automne j’y trouvai çà et là des débris, des noix et des raisins.

Non loin de là, sur les bords du Thouet, à l’ombre de grands noyers, qui maintenant y remplacent les chênes druidiques, s’élève un très beau dolmen, cependant il est moins élevé que celui de la route de Thouars à Saint-Jouin. Supporté seulement par quatre pierres, il s’ouvre aux rayons du soleil levant; sa table, qui s’incline vers le couchant, a seulement dans sa plus forte épaisseur 70 centimètres, elle a 3 mètres 60 centimètres de longueur, sur 3 mètres 55 centimètres de largeur. Pour ce dolmen point de butte ni de hauteur, il est dans un champ, aux pieds de deux collines, et tout près d’une rivière, dont le bruit et les ondes ont servi peut-être au culte druidique.

A Limalonges, arrondissement de Melle, sur la route de cette ville à Civray, se trouve un autre monument des Celtes; les habitans du pays le nomment Pierre-Pèse; en effet, le poids de ce dolmen doit être énorme, car sa table a 7 mètres 30 centimètres de longueur, sur 3 mètres de largueur, l’épaisseur varie d’un mètre à 55 centimètres. La table, qui s’incline du sud-ouest vers le nord-ouest, a d’un côté 1 mètre 45 centimètres de hauteur, de l’autre, il s’élève seulement au-dessus du sol de 70 centimètres, sa forme est très curieuse, elle va toujours en s’amoindrissant; aussi peut-on la comparer par sa forme au soufflet d’un forgeron, elle est composée de cinq couches calcaires et soutenue par quatre piliers; il y en a eu réellement six, mais l’un d’eux est brisé et l’autre est trop petit. Sous l’administration du préfet Dupin, en 1808, M. Jozeau, le savant secrétaire de la Société d’Agriculture, a fait des fouilles sous la pierre de Limalonges; à quelques pieds de profondeur, il a trouvé des ossemens humains, entr’autres un humérus, une clavicule et plusieurs rotules. Tous ces débris étaient assez bien conservés, on remarqua surtout l’os d’une mâchoire inférieure, il était absolument intact, les dents n’avaient pas subi la plus légère altération. Au milieu de ces ossemens, on découvrit des armes et des instrumens, c’est-à-dire des os d’une grande dureté, très pointus, tous de grosseur différente, puis deux casse-têtes, aux tranchans aigus, dont les Celtes aimaient à s’armer dans les jours de combats. Ces deux haches sont taillées en forme de coin, l’une est en quartz commun, l’autre plus petite est en espèce de jaspe.

Au milieu, et sur le point le plus élevé d’une vaste plaine, entre la commune de Vanzais et celle de Messé, s’élève ensuite un dolmen connu dans le pays sous le nom de Pierre-Folle, sa longueur est de 3 mètres sur 1 mètre 8 décimètres de largeur, son épaisseur n’est que de 50 centimètres. La table, qui s’incline de l’ouest à l’est, était autrefois supportée de chaque côté par une seule pierre, et formait une grotte impénétrable. Aussi pour procéder aux fouilles qui ont été faites sous ce monument, comme sous celui de Limalonges, M. Jozeau a-t-il été obligé d’enlever quelque chose à l’intégrité du monument. Une fois l’un des supports renversé, les recherches ont été faciles, mais elles ont produit peu de choses; point de haches, point de flèches, seulement quelques débris humains, de petits os tombant en poussière, les autres avaient été dévorés par le temps, détrempés par des terres humides, car la plaine qui les renfermait dans son sein, est souvent inondée par les eaux des hivers.

DOLMEN DE LIMALONGES.


Après les monumens dont je viens de parler, l’antiquaire doit visiter avec soin les environs de Nanteuil, de Saint-Eanne, de la Ville-Dieu, de Bougon, d’Exoudun, de Brieuil; car tous ces lieux furent, dans les temps les plus reculés, foulés par les pas des hommes. C’est aussi dans ces contrées qu’ils prièrent et qu’ils moururent, et que l’on trouve encore aujourd’hui leurs autels et leurs tombes.

A trois kilomètres de Saint-Maixent, près du village de Nanteuil, commence la longue suite des monumens celtiques, dont l’existence resta si longtemps dans l’ombre et dans l’oubli; la première pierre que je vais décrire, a 2 mètres 10 centimètres de longueur, et 3 de largeur; d’un côté elle s’élève au-dessus du sol, de l’autre elle disparaît sous terre aux pieds d’un buisson qui l’ombrage de ses rameaux. Ce monument est placé sur un tertre peu élevé, à quelques pas de la nouvelle grande route. Tout près de là, sur les bords d’un chemin vicinal, l’on rencontre un demi-dolmen qui a 3 mètres 70 centimètres de longueur sur 2 mètres 15 centimètres de largeur. Sa plate-forme, qui s’incline vers l’est, pour s’enfoncer en terre, repose sur un épais coussin qui, du côté du nord-ouest, se soulève d’environ 50 centimètres. En laissant Nanteuil à droite, et en parcourant la plaine de la Croisanière, on arrive à un dolmen incliné, dont les dimensions sont assez remarquables; la table est soutenue par un très petit coussin; elle, aussi, s’élève vers le nord-ouest. Ce monument est placé sur un tertre qui forme un mamelon, d’où l’on plonge dans la vallée de la Sèvre, dont les prairies sont si fraîches et si belles; on voit également près de soi la riche abbaye de Saint-Maixent, au sein de laquelle vécurent autrefois les religieux de la congrégation de Saint-Maur. Debout, sur la pierre de Nanteuil, on peut donc rêver en même temps au culte des druides et aux pieux cénobites dont l’influence, jadis, a remplacé la leur. Sur la surface de ce bloc imposant, se trouve un petit enfoncement où les druides versèrent peut-être bien des fois, du lait, de la bière, ou du cidre, pour les bons génies, qui la nuit, venaient se désaltérer à ces breuvages sacrés.

A une petite distance, on rencontre une pierre posée, de calcaire siliceux, qui n’offre rien d’intéressant; après elle, tout près de l’une des grandes vallées qui creuse si profondément le pays, non loin du chemin qui conduit de Saint-Maixent à la Mothe, les habitans primitifs de la contrée ont placé, il y a bien des siècles, une pierre excessivement curieuse, pour elle point de piliers; mais à son centre s’élève un espèce de mamelon formé par une rainure évidemment tracée par la main des hommes; cette rigole qui a été faite d’une façon bien irrégulière (sa largeur varie de 25 à 40 centimètres), communique à un petit déversoir qui penche au midi comme le monument. Cette pierre ayant une forme arrondie, malgré une échancrure en forme d’angle qui la traverse d’un côté, doit être considérée comme un symbole; c’est là qu’on offrit, peut-être, en l’honneur de la lune, des libations et des victimes, dont le sang coula par la rigole que je viens d’indiquer. A côté de cette pierre mystique se trouve une petite construction qu’il est bon de signaler: c’est un mur en pierres sèches et d’appareil en feuilles de fougère; cette manière de construire, après avoir disparu dans les monumens depuis tant de siècles, se rencontre fréquemment dans les modestes murailles qui, de Saint-Maixent à la Mothe-Saint-Héray, entourent de rians enclos.

Ensuite, avant d’arriver à Saint-Eanne, il faut visiter un demi-dolmen, en calcaire siliceux, qui s’incline au sud, et s’appuie sur une seule pierre couchée à plat. Ce monument, qui touche presque à terre, n’a rien pour fixer l’attention; aussi, peut-on le laisser assez vite, pour traverser de profondes vallées, d’où viennent, il n’en faut pas douter, les pierres consacrées par la piété des Celtes. Tout près de là, vis-à-vis Saint-Eanne, on rencontre une pierre posée, dont la surface est couverte de rocailles. Cette pierre, sans support, sans appui, a été placée là pour perpétuer, sans doute, un grand souvenir, pour rappeler, peut-être, un traité de paix, un combat célèbre. Ainsi, comme on le voit, bien des faits se sont accomplis dans cette contrée; c’était le pays favori d’une grande peuplade, puisqu’on y rencontre des monumens de tous les genres, des pierres symboliques, des tombeaux, des autels.

Autrefois, vis-à-vis Saint-Eanne, il y avait un bloc horizontal de calcaire siliceux; sa forme était triangulaire; son angle le plus aigu s’inclinait vers le sud; on l’appelait Pierre - Kerelle. Enviée par un fermier avide, elle a été, il n’y a pas longtemps, profanée, enlevée; mais sa masse s’est trouvée si pesante, qu’il a fallu la laisser sur la route, dans le fond d’un fossé. Maintenant, loin de la terre qui la soutint si longtemps, elle y reste cachée par les feuilles si vertes, par les fleurs si blanches de l’aubépine. Aujourd’hui que la Pierre-Kerelle a perdu sa place, tout est fini pour sa renommée; cependant elle avait quelque importance, puisqu’elle indiquait un lieu qui fut longtemps sacré.

Sur les hauteurs de la Ville-Dieu-de-Comblé, dans un champ qui domine la vallée, apparaît un dolmen, dont la plate-forme majestueuse et sombre s’élève de plus d’un mètre au-dessus du sol. Elle a 5 mètres de longueur, 2 mètres 40 centimètres de largeur, et 70 centimètres dans sa plus forte épaisseur; elle est soutenue par cinq pierres; les autres supports ne lui touchent plus. Le dolmen de la Ville-Dieu est un monument du plus haut intérêt; par sa position, par sa forme, par sa masse, on peut le considérer comme la métropole du pays, comme l’autel où les druides ont accompli les cérémonies les plus imposantes, comme le piédestal d’où le grand-prêtre pouvait dominer la foule environnante et lui faire connaître sa volonté puissante. Ce monument a de belles proportions; puis, pour ajouter à sa grandeur, on y arrive par une avenue de pierres verticales qui lui servent de porche, ou, si l’on veut, de pérystile. Ce temple est bien grossier, bien informe; mais il est consacré par le souvenir de nos premiers pères, consacré par tous les siècles qui ont passé sur sa face mousseuse.

Ensuite, sur la route de la Ville-Dieu à Soudan, l’on doit visiter un autre monument qui, fatigué par la main des hommes ou par celle du temps, repose sur ses débris. Quelques-uns de ses soutiens sont debout, les autres sont renversés et gîsent sous la pierre supérieure qui semble les écraser de son poids énorme. Ce dolmen, connu sous le nom de Pierre-Chèvre, est dans une vigne et sur un petit tertre: il a 4 mètres de longueur sur 2 mètres 60 centimètres de largeur. Ces monumens ont été pris tout près de là, dans des escarpemens de roches, sur les bords de la rivière. La Pierre-Levée et la Pierre-Chèvre ne sont pas les seuls monumens celtiques de la contrée: le bois de la Ville-Dieu en renferme qui sont vraiment dignes d’attention. D’abord, c’est un bloc assez vaste qui, d’un côté, s’appuie sur la terre, et de l’autre s’élève sur deux petits supports; puis c’est une autre pierre qui repose près d’elle, et pour ainsi dire à ses pieds. La première, porte l’empreinte évidente du travail des hommes; elle a, du côté du levant, une échancrure en forme de fer à cheval. Pour arriver aux deux pierres que je viens d’indiquer, il y avait une petite allée tournante formée par des pierres debout. Ainsi, par les monumens de la Ville-Dieu, par le dolmen qui s’élève sur les bords du Thoué, et par l’un de ceux que l’on rencontre sur la route de Saint-Jouin à Thouars, tout près de la butte Montcoué, il est facile de voir que l’existence des voies sacrées est incontestable. Si les avenues, qui conduisaient aux autels druidiques, n’existent presque nulle part, c’est qu’elles étaient formées par des pierres d’une médiocre dimension. La culture les a renversées, détruites presque partout; cependant les dolmens qui se sont trouvés dans des lieux incultes et dans les bois, ont pu les conserver d’une manière assez complète. Le dolmen de la Ville-Dieu, placé tout près d’un long tumulus qui forme, à l’ombre des chênes, une espèce de carré assez peu élevé, mais long, était, sans doute, un autel funèbre; ses lignes ont été brisées par des fouilles qui ont fourni beaucoup de belles pierres. Les Gaulois rendaient, il n’en faut pas douter, de grands honneurs aux morts, puisqu’on trouve presque toujours des autels et des menhirs auprès de leurs monumens funéraires; ils les élevaient pour indiquer aux passans que là reposaient des cendres regrettées; ils les élevaient pour venir eux-mêmes y faire des cérémonies et des libations.

Maintenant il faut parler de Bougon, de cette mine féconde qui renferme les monumens les plus remarquables. A l’extrémité de l’une des tombelles dont je vais bientôt parler, se trouve un beau monument composé de trois pierres debout et d’une pierre horizontale. Ce dolmen fut un autel en même temps qu’un tombeau; jadis, on y a fait des fouilles, et les antiquaires des temps passés ont trouvé, dit-on, un vase, des charbons et des cendres. Après avoir laissé, pour un moment, les tumulus de Bougon, il faut traverser le village et donner quelques regards à une pauvre chapelle dont les voûtes sont enfoncées, mais dont la porte romane se distingue par des moulures brisées, des billettes, des étoiles et des pommes de pin. Le petit clocher est tout-à-fait pittoresque.

Non loin de lui, tout près d’un moulin à vent, l’on rencontre deux dolmens: l’un d’eux est encombré de pierres; il y en a dessus, dessous et à l’entrée, sa table est brisée; l’un des fragmens repose à terre.

A quelques pas de là, dans un épais buisson, il reste à visiter un autre dolmen qui semble vouloir se dérober aux regards: depuis quelques années il avait presque entièrement disparu sous les épines et les rocailles; pour le découvrir, il a fallu consulter de vieilles traditions. Un peu plus loin, dans une plaine assez vaste, mais toujours dans la commune de Bougon, les Gaulois ont érigé, jadis, un autel composé d’une pierre horizontale, soutenue par trois piliers verticaux qui pénètrent profondément dans le sol. Il y a quelques années, on a fait sous cette pierre antique, dont l’ouverture est à l’est ainsi que l’inclinaison, des fouilles qui n’ont rien produit. Cependant elles ont fait connaître que les supports pouvaient s’enfoncer en terre d’environ 1 mètre 30 centimètres. Après avoir porté des regards d’intérêt sur cet élégant dolmen, il faut entrer dans des vignes, où repose une pierre problématique. Fut-elle placée là par la main des Celtes? J’en doute; il est plus croyable qu’elle est l’œuvre du hasard et du temps.

Quand on arrive à Exoudun par la plaine, en venant de Bougon, on rencontre, à gauche, à l’entrée du village, un monument en ruine; la pierre qui le recouvrait a perdu ses supports; elle semble avoir glissé, car elle gît aux pieds de l’un de ses appuis restés debout. Le dolmen d’Exoudun a 4 mètres 40 centimètres de long sur 4 mètres de large.

Malgré la longue énumération que je viens de faire, la série des monumens celtiques n’est pas encore épuisée: pour la terminer, il faut citer la pierre d’Avon et le demi-dolmen situé dans une plaine, un peu au-delà de Brieuil, dans les environs d’un moulin à vent, et tout près du chemin qui conduit à Chenay. Ce dolmen incliné, dont la longueur est de 2 mètres 80 centimètres, se soulève, au midi, de 80 centimètres, et se compose de trois pierres verticales et d’une autre qui s’appuie sur elles. D’après les renseignemens fournis par les auteurs de l’antiquité, le demi-dolmen de Brieuil fut, sans doute, arrosé par des flots de sang; c’est du haut des autels inclinés que les Gaulois frappaient leurs victimes.

Quelle fut la destination des monumens celtiques que nous venons d’examiner, leur usage le plus spécial? D’après les recherches de plusieurs antiquaires, quelques-uns ont reçu la dépouille mortelle d’illustres guerriers; presque tous ont servi d’autels, et le sang des victimes les inonda souvent. Des fouilles ont été faites sous les dolmens; qu’ont-elles produit en France, en Angleterre? Quelquefois rien; mais quelquefois aussi des haches de silex, des flèches et des ossemens humains. D’ailleurs, les motifs et les circonstances qui firent élever les monumens de ce genre, durent souvent changer, comme semblent le prouver les formes différentes que l’on observe dans leurs constructions. En effet, en examinant de nouveau, par la pensée, les monumens que l’on peut visiter de Saint-Maixent à Brieuil, on verra qu’ils se distinguent tous par quelque différence. La table des uns est horizontale, celle des autres est inclinée; sur la surface de l’un on voit un cercle, une rigole; sur la surface de l’autre les inégalités causées par le temps; l’un est supporté par plusieurs piliers, l’autre repose sur la terre. Tout prouve que ces diverses pierres furent érigées pour des causes différentes, et virent s’accomplir des cérémonies qui durent souvent varier et changer. Ce qu’il y a de certain, c’est que les dolmens servaient, dans la Gaule, à l’accomplissement des cérémonies sacrées. C’est sur leurs tables agrestes que les druides consultaient les victimes qu’ils venaient d’immoler; c’est de là qu’ils parlaient au peuple pour le frapper et l’émouvoir. Presque tous ces monumens que nous voyons aujourd’hui en plein air, aux rayons du soleil, étaient autrefois placés à l’ombre des chênes, dans l’immense forêt qui portait le nom de Vauclair: c’est là qu’ils entendirent la grande voix des cérémonies religieuses; c’est là qu’ils virent de nombreuses assemblées; maintenant ils sont seuls.

L’érection de plusieurs dolmens remonte aux temps les plus éloignés; car les premiers autels, élevés à la divinité, furent presque partout des pierres sans travail et sans art. Il est dit dans l’Exode: «Si vous élevez un autel,

«vous ne le bâtirez point de pierres taillées, ou, si vous employez le ciseau,

«il sera souillé.» 1500 ans avant Jésus-Christ, Moïse recommandait aux Hébreux: «Lorsque vous passerez le Jourdain, vous érigerez de grandes

«pierres, vous les élèverez sur le mont Hebel et vous les enduirez de chaux;

«vous dresserez là au Seigneur, votre Dieu, un autel de pierres que le fer

«n’ait point touchées; qu’elles soient brutes et non polies; et vous offrirez

«des victimes à Dieu.» Cette loi fut religieusement suivie par Josué :

il chercha des rocs informes qu’il dressa sans les tailler. Les faits que nous venons de rappeler attestent, de la manière la plus authentique, que les peuples anciens dédaignaient les pierres façonnées; il fallait un rocher sauvage pour obtenir leur préférence et leur choix.

Longtemps les pierres grossières obtinrent aussi, parmi les Grecs, un culte sacré : au temps même des Colonis, des Phydias, au temps où les dieux de la Grèce étaient représentés par des chefs-d’œuvre, les hommes de la campagne, toujours plus crédules, portaient leurs prières et leurs hommages à des blocs informes. Aussi, quand le Christianisme vint inspirer au monde des croyances plus pures, la religion des pierres fut un obstacle immense; toujours les hommes voulaient, par habitude, retourner à elles pour les couvrir d’huile, pour les couronner de fleurs. Devenus chrétiens, ils y portaient des cierges pour continuer leurs vieilles croyances. Aussi, les prélats, assemblés en concile, s’en occupèrent souvent; en 452, ce fut, à la deuxième réunion d’Arles, l’objet de graves inquiétudes et d’un décret. Deux siècles après la lutte était grande encore: les peuples tenaient à leurs anciens souvenirs, et ils se rendaient, comme leurs pères, à des blocs séculaires pour leur porter leurs vœux et leurs offrandes. Le deuxième canon du concile de Nantes, tenu en 658, prouve surtout, d’une manière évidente, que les habitans de nos contrées ne pouvaient renoncer aux habitudes qui leur avaient été longtemps si chères. Il y est dit: «Les ministres et les évêques doivent employer tous leurs soins

«à faire extirper et consumer par le feu ces arbres consacrés au démon, à

«qui le peuple rend des hommages superstitieux, et pour lesquels il a

«tant de vénération, qu’il n’oserait en couper une branche ou un seul

«rejeton. Il y a aussi, dans des lieux abandonnés et couverts, certaines

«pierres à qui le menu peuple, trompé par les mauvais esprits, rend ses

«adorations, apporte ses vœux et ses présens: il faut les enlever toutes,

«jusqu’à leurs bases qui sont enfoncées en terre, et les jeter dans des

«endroits où les adorateurs ne puissent plus jamais les retrouver.» Deux capitulaires de Charlemagne, l’un de 789 et l’autre de 794, défendent également aux peuples d’adorer les arbres et les pierres. Dans l’un d’eux il est dit: «A l’égard des arbres, des pierres et des fontaines, où quelques

«insensés vont allumer des flambeaux et pratiquer d’autres superstitions,

«nous ordonnons que cet abus si criminel et si exécrable aux yeux de

«Dieu, soit aboli et détruit partout où il se trouvera établi.»

Néanmoins ce culte s’est conservé jusqu’à nos jours, malgré l’influence des siècles, malgré les lumières réunies par des luttes diverses; en effet, comme je l’ai déjà dit, chaque année de nombreux pélerins vont s’agenouiller au rocher connu sous le nom de Pas-de-la-Vierge. A la révolution, les vieilles femmes d’Amuré portaient leurs offrandes aux deux pierres qu’on y voit. Les cérémonies druidiques se sont également continuées longtemps dans les environs de Saint-Maixent. Au seizième siècle, les habitans de cette petite ville pratiquaient encore les plus antiques cérémonies: c’est ainsi que, la veille du mois de janvier 1579, «il y eut, dit Guillaume

«Leriche, grande congratulation au peuple plus qu’au dernier, au guy

«l’an neuf, pour un peu de pain qu’il y avait.» L’année suivante, on se lassa, sans doute, des abus commis au nom des cérémonies de la Gaule; il fut défendu de chanter et d’aller aux portes demander des étrennes, en criant: Au guy l’an neuf Le 1er janvier 1583, dit encore Leriche dans ses mémoires restés manuscrits: «D’après la défense de courir, la nuit, «pour aller demander l’au guy l’an neuf, il n’y a eu ni querelles ni «noises parmi les enfans de cette ville.»

Le culte des fontaines, ce vieux souvenir de la Gaule, exista, aussi lui, pendant plusieurs siècles, ou plutôt il existe encore, comme on peut s’en convaincre en songeant aux pélerinages qui s’accomplissent, chaque année, dans l’Ile de Magné, à la chapelle de Sainte-Macrine, près Niort. La religion des druides s’est conservée parmi nous avec une facilité d’autant plus grande, qu’elle y avait un grand nombre de monumens. Indépendamment de ceux que nous avons passés en revue, il en existait plusieurs autres dans le département des Deux-Sèvres, comme l’indiquent, d’une manière évidente, les noms de plusieurs localités. Parmi les dénominations qui rappellent les plus anciennes constructions, on peut citer celles de Pierre-Fitte, de Pierre-Mauvaise et de Pierre-Levée. Il est certain que les Gaulois avaient érigé quelque monument dans ce dernier endroit, puisqu’on y a rencontré assez souvent des haches de silex. Il y avait également quelques pierres sacrées dans les environs d’Ardin; car on a trouvé, dans cette localité, douze ou quinze haches: elles étaient en bronze, par conséquent beaucoup moins anciennes que celles en caillou.

Maintenant je reviens à Soudan, pour visiter un cimetière gaulois, nommé Carneillou par les antiquaires; il était formé par des pierres brutes, posées sur la surface du sol. Le champ funéraire de Soudan n’existe plus; les pierres ont été presque toutes détruites; cependant le souvenir en restera longtemps encore, car ce lieu conserve une désignation qui rappelle un peu sa première destination; il est connu, dans le pays, sous le nom de Cimetière du Diable. Les monumens de ce genre sont loin de remonter à une époque aussi éloignée que les buttes de terre factices connues sous le nom de tumulus: ils ont immédiatement précédé les tombeaux de l’époque gallo-romaine; c’est pourquoi l’on a trouvé quelquefois sous ces blocs des objets très précieux.

INTERIEUR DU TUMULUS DE BOUGON,

Vue prise de l’angles.


Il faut revenir encore aux tumulus, à ces monticules factices élevés pour conserver la mémoire des morts. Les monumens de ce genre se trouvent en général dans les contrées sauvages, dans les terres que le soc de la charrue n’a jamais visitées; cependant quelques-uns par leurs masses imposantes ont pu se dérober à toutes les menaces, à toutes les ruines. C’est ainsi que les tombelles de Bougon, près la Mothe-Saint-Héray, arrondissement de Melle, sont restées debout; combien il eût fallu de pénibles travaux pour les renverser et les détruire! Les monticules dans lesquels on a fait des fouilles sont situés au nord-est de Bougon; ils sont au nombre de trois. Le premier est une petite butte allongée dans laquelle on n’a rien trouvé. Le deuxième tumulus, dont la hauteur est de 6 mètres, et la circonférence d’environ 200 mètres, gît à l’ombre des rameaux d’un groupe de chênes séculaires; à ses pieds, du côté du nord-ouest, s’enfonce une petite vallée creusée probablement par les hommes dont la puissance érigea ces monumens funèbres. Près de là, se trouvent, à fleur de terre, les débris d’une allée formée par des pierres alignées: ce sont, je pense, les restes de l’avenue qui conduisait aux tombeaux; c’est, peut-être aussi, la voie sacrée parcourue par les grands-prêtres, qui venaient accomplir des cérémonies, et faire des libations en l’honneur des morts.

Le troisième tumulus, celui qui renfermait des choses si précieuses, s’élève à quelques pas de là ; il est haut de 5 mètres 40 centimètres, et sa circonférence est seulement de 150 mètres; l’amoncelement qui le forme, est beaucoup moins considérable du côté du midi que du côté du nord. Depuis quelque temps il attirait toute notre attention: aussi, de concert avec M. Baugier, je résolus de tenter la fortune et d’essayer des fouilles. Le deuxième jour, après les lentes alternatives de l’espoir et de la crainte, les ouvriers percèrent une couche de moellons amoncelés, dans laquelle nous aperçûmes une pierre énorme, longue, épaisse. Tout-à-coup la terre s’éboule; on cherche, on creuse encore; l’ouverture est prête, on s’y glisse. Partout des os, des cadavres et des vases; les uns brisés, les autres intacts; là, des piliers debout, des piliers renversés, des murailles en pierres sèches, dont quelques-unes sont écroulées, ruinées par les pluies et le temps; sous les pieds, de la terre humaine, sur la tête, un bloc énorme. Quelle construction gigantesque! que de siècles sont passés sur elle!

Enfin, revenus de notre surprise, j’examinai ce curieux tombeau qui ressemble à une grotte; il est formé par plusieurs pierres debout, deux à l’est, deux au nord, deux à l’ouest, deux au midi; et deux autres, placées vers le milieu de la caverne, la divisent en deux parties. Quelques-uns de ses supports, tous séparés par des pierres sèches, ont beaucoup souffert; autrefois on arrivait à la porte de la grotte par une allée formée par des pierres debout et des pierres horizontales. Cette grotte, qui a 7 mètres 48 centimètres de l’est à l’ouest, et 5 mètres 40 centimètres du nord au sud, est couverte par une pierre unique, de calcaire siliceux, dont l’épaisseur est de 90 centimètres. La hauteur intérieure est de 2 mètres 25 centimètres. Ce qu’il faut remarquer encore, avant de passer à l’examen des objets qu’elle renfermait, ce sont quelques lignes tracées sur l’un des piliers qui soutiennent la grotte et la séparent en deux. Ces dessins, placés dans le compartiment de droite, au haut de la pierre qui touche à la voûte, représentent peut-être une figure allégorique; mais comment débrouiller cette page si vieille, tracée par les druides, qui seuls la connaissaient, et qui enveloppaient toujours d’un silence profond leur savoir et leurs sciences.

Cette tombe sauvage, où la mort avait amoncelé tant de victimes, fut autrefois le somptueux charnier que les chefs d’une puissante peuplade élevèrent, pour servir d’asile et de repos à tous les cadavres que nous avons rencontrés sur une couche épaisse de terre grasse et noire, formée par les premiers morts déposés dans l’antique sépulcre. Cette terre humaine remonte à la plus haute antiquité ; il a fallu, pour la former réunir bien dès hommes; aussi, l’on peut dire qu’elle représente les sociétés humaines les plus éloignées de l’époque où nous vivons. Les squelettes d’hommes, qui reposaient sur elle, étaient placés tout autour de la grotte, la tête appuyée le long de ses parois. Après un examen attentif, nous avons vu que les cadavres reposaient sur des dalles de pierre, et que les jambes avaient été repliées sur le corps; les os des pieds et des mains étaient mêlés, confondus ensemble, Presque toutes les mâchoires ont des dents cariées; ainsi, les premiers habitans des Gaules avaient, comme nous, à supporter d’incroyables douleurs. Un fragment de crâne offre une assez large blessure, dont les bords sont parfaitement cicatrisés; quand on songe aux désordres qui durent en résulter, il est facile de voir que la chirurgie des temps les plus reculés n’était pas impuissante, et qu’elle avait des moyens efficaces pour détruire les inflammations du cerveau, pour réparer les fractures les plus graves.


Un habile médecin, avec la sagacité et l’érudition qui le distinguent, a comparé tous les os; il à établi les rapports qui existent entre eux et le squelette entier. Pour arriver à ce but, il a mesuré tous les fémurs, tibia, péronés, humérus, cubitus et radius trouvés dans le sépulcre de Bougon, d’où il résulte que les Celtes de nos contrées avaient, terme moyen, 5 pieds 2 pouces. Ainsi se trouvent détruites, quant à notre pays, les suppositions par lesquelles, on voulait prouver que les hommes avaient autrefois une taille gigantesque.

Sur les têtes du pays de Bougon, dit M. Sauzé, le nez a toujours de belles proportions, les pommettes sont peu saillantes, et les dents sont implantées perpendiculairement sur les mâchoires; d’après la manière dont les incisives sont placées, il est visible que le menton était plus rentrant que saillant. Le cervelet était très petit; les lobes postérieurs et moyens du cerveau étaient bien développés; ces derniers présentent toujours un renflement considérable à la partie latérale inférieure. Ce sont, surtout, les lobes antérieurs qui fournissent le caractère le mieux dessiné ; le front n’est pas fuyant, surbaissé ; il est assez élevé, au contraire, mais il est rétréci latéralement et très étroit.

Parmi les fragmens humains se sont trouvés les os d’un enfant, et près de lui, ceux d’un chien, son ami, le compagnon de ses jeux, de ses premiers plaisirs; car les Celtes avaient pour habitude d’inhumer avec eux les objets qu’ils avaient aimés, tous les animaux qui leur avaient été chers. Cette coutume provenait des croyances inspirées par leurs prêtres, qui regardaient seulement la mort comme un passage; en sortant de ce monde, ils croyaient partir pour une autre patrie, dans laquelle ils devaient retrouver leurs forêts antiques, leurs fontaines sacrées; aussi voulaient-ils emporter, au jour du grand départ, des chiens de chasse, des vases, des instrumens, des armes, des chevaux de bataille. Le dogme d’un autre monde était si profondément empreint dans les idées celtiques, que, plus d’une fois, les hommes de la Gaule se prêtèrent de l’argent, avec la seule condition de le remettre dans cet autre monde qu’ils allaient habiter.

Les vases que l’on avait placés ça et là, tout près des cadavres, dont l’un gisait, à l’entrée de la grotte, sur une grosse pierre, sont tous de forme très variée. Il y en a quatre parfaitement conservés; l’un d’eux ressemble à une petite gamelle de 10 centimètres de hauteur sur 15 de largeur; il est, à l’intérieur, légèrement coloré de rouge; la pâte en est très noire, et l’on voit, à sa surface, deux petites cavités laissées par l’empreinte des doigts. Un autre pot, de même forme et de même grandeur, est couvert, sur toutes ses surfaces, d’une couleur de rouille, dont les tons sont assez vigoureux. Ce vase, qui est, d’un côté, légèrement ébréché, est composé d’une terre qui semble moins grossière; aussi la cuisson en est plus achevée. Le plus beau de tous est le numéro 6, qui ressemble à une large gourde, dont on aurait coupé la portion supérieure; dans sa partie sphérique, ses flancs se soulèvent beaucoup plus, pour s’abaisser ensuite simultanément du côté de la base et de l’orifice. Le numéro 4? dont l’ouverture est très prononcée, va toujours en diminuant du côté de la partie inférieure; dans le haut il est entouré de deux lignes, tracées sans doute par la pointe de quelque instrument en os. Le numéro 3 se distingue par des formes plus élégantes dans les contours; le bourrelet, qui lui reste, est percé d’un trou horizontal, ce qui fait supposer qu’il fût suspendu, et servît à contenir des parfums. Le Musée de Niort renferme, en outre, un vase très élevé, qui va toujours en s’élargissant du côté de l’orifice; il a 25 centimètres de hauteur sur 19 de largeur: c’est le numéro 2.

Le curieux gobelet, numéro 1er, qui fut, je le pense, plongé bien des fois dans les fontaines de la Sèvre, n’est pas plus large en haut qu’en bas; son diamètre est de 9 centimètres, sa hauteur de 11; au lieu d’anse, il a deux cavités pour y placer les doigts, afin d’empêcher à la coupe, qui servit peut-être aux libations funèbres, de glisser et de tomber. Parmi les fragmens il faut remarquer celui qui ressemble à nos pots à fleur. Depuis sa base jusqu’à son orifice, il va toujours en s’élargissant; sa hauteur est de 15 centimètres, et son diamètre le plus grand a la même dimension; il a, de l’un et de l’autre côté, une proéminence qui semble annoncer le commencement des anses. Un autre vase rappelle par sa forme l’enfance de l’art; ses flancs sont peu prononcés; il est tout de côté, chargé d’une épaisse couche de chaux, et sur ses bords s’élèvent des stalactites: s’il avait des anses, il ressemblerait à ces pots domestiques, dans lesquels on fait chauffer l’eau ou cuire les légumes; il a 15 centimètres de largeur sur 17 de hauteur. Parmi les débris de quelques vases, il ne reste que des fragmens qui sont couverts de petites bandes, et qui forment des intervalles remplis par des points. La poterie parée de quelques ornemens était la plus précieuse, et, en général, fort petite; elle servait à recevoir des aromates, des parfums, de la verveine odorante, qui jouaient un rôle dans les cérémonies celtiques.

POTERIE du TUMULUS de BOUGON.


ARMES, USTENSILES, INSTRUMENTS ET ORNEMENS,

trouvés dans le Cumulus de Bougou.


Près du collet de deux autres débris, on voit un bourrelet, percé de haut en bas d’un petit trou circulaire, par où l’on devait passer une corde ou tout autre lien, qui servait à le suspendre. Il ne faut pas oublier, non plus, un petit fragment qui ressemble aux restes d’une assiette, et dont les bords se distinguent par des moulures et des points: la terre de tous ces vases a été recueillie et préparée sans soins; aussi de petits cailloux se montrent à tout instant dans les cassures, qui sont si peu cuites qu’elles retournent en poussière après un léger frottement. Aucun de ces vases n’a subi les apprêts du tour qu’on ne connaissait point encore; ils ont été faits à la main, et unis par des instrumens grossiers; aussi les facettes sont loin d’être toujours bien lisses.

Après cette précieuse poterie, le tumulus de Bougon renfermait deux haches en silex (numéros 11 et 12). Pour s’en former une idée exacte, il faut songer à un coin qui finit, d’un côté, par une pointe arrondie, et de l’autre par un tranchant en forme de courbe. Leur fini n’a rien de remarquable; ni l’une ni l’autre n’a reçu les derniers soins de ces mains patientes qui donnaient à ces pierres des contours si polis; on y voit même plusieurs inégalités et la place des fortes écailles enlevées par les coups du marteau. Les haches de la Gaule ressemblent parfaitement aux casse-têtes de l’Amérique: aussi ce sont eux qui, les premiers, ont fait penser aux antiquaires que des cailloux, tranchans par un bout et pointus par l’autre, avaient servi dans les premiers combats livrés sur la terre des Gaules. Dans ces temps primitifs, les instrumens étaient si peu variés, que l’on peut supposer facilement que les haches de silex furent employées non seulement dans un jour de bataille, mais encore dans toutes les occasions où l’on avait besoin de couper ou de trancher.

Parmi les objets rencontrés dans nos fouilles, il faut citer l’instrument, numéro 13: d’un côté, il s’aplatit en forme de hache, et de l’autre il s’arrondit absolument comme un marteau d’aujourd’hui; dans la partie supérieure, il est percé d’un trou par où passait le manche, à l’aide duquel on pouvait s’en servir. La perfection de cet instrument, son élégance, si je puis me servir de cette expression, le tranchant qui se trouve à l’une de ses extrémités, l’espèce de masse que l’on aperçoit à l’autre, me font croire qu’il fût autrefois un instrument sacré. La massue servait à frapper les victimes, le tranchant à diviser ses restes: alors on devrait croire que, dans la tombelle de Bougon, reposait un grand-prêtre qui conservait avec lui le marteau sacré, à l’aide duquel il devait, dans une autre vie, immoler de nouvelles victimes, Les haches de Bougon avaient, à n’en pas douter, leurs manches; sans cela, elles n’auraient pu être utiles à cette vie nouvelle dans laquelle les Celtes étaient censés les reprendre. Si les tumulus, si les dolmens, où l’on a découvert des instrumens de ce genre, ne renferment jamais de manches, c’est qu’ils ont été détruits par le temps.

Parmi les richesses découvertes à Bougon, il faut remarquer des instrumens en os, terminés en pointe; l’extrémité opposée est arrondie pour appuyer dans la paume de la main, sans la blesser (numéros 8 et 9); les autres sont aussi ronds à l’une de leurs extrémités, de l’autre ils sont aplatis et tranchans (numéro 10): ils sont au nombre de 12 ou 13. Un autre instrument, également en os et long de près de 33 centimètres, est très mince et très grêle. Il faut citer encore une dent d’ours, percée d’un trou à sa naissance, et qui servit, sans doute, de pendant d’oreille; plusieurs dents de sanglier qui prouvent, peut-être, que des chasseurs furent enterrés dans la tombe que nous examinons. Avant de passer aux instrumens de silex, il faut mentionner aussi deux grains en nacre, et un os inconnu percé d’un petit trou circulaire.

Dans le nombre des instrumens de silex, trouvés à Bougon, l’un d’eux ressemble à une scie (voir le numéro 4): ses deux tranchans sont garnis de petites dents; les autres (numéros 1 et 2) sont des couteaux unis et plats d’un côté ; la pointe est émoussée, mais les tranchans sont très aigus; leur forme est elliptique, et, sur leurs revers garnis chacun d’une nervure, sont deux plans inclinés. Après ces couteaux, il existe plusieurs petits fragmens de silex qui furent tous employés par les Celtes, mais dont il est impossible d’indiquer l’usage particulier; leurs formes sont très diverses: les uns sont triangulaires, les autres allongés; tous sont tranchans (numéros 3, 5, 6 et 7).

Il faut distinguer ensuite un collier, composé de plusieurs coquilles apportées sur les rives de la Gaule par les flots de l’Océan. Ce collier prouve que, pour paraître dignement dans l’autre monde, il fallait apporter avec soi non seulement des vases et des armes, mais encore des parures. Il faut remarquer aussi que les coquilles du collier n’ont point été percées par un instrument; les trous ont été faits par le frottement, ce qui atteste l’époque éloignée à laquelle il remonte (numéro 15). Le tumulus de Bougon renfermait un autre collier (numéro 16), dont les grains sont formés par des anneaux d’une poterie très molle; ils sont au nombre de 10 ou 12.

Rien ne manquait aux Celtes ensevelis dans la tombelle de Bougon, puisqu’on y a trouvé l’oursin fossile, cet œuf si célèbre, nommé par les Romains Anguinum. La rencontre de cet amulette prouve, d’une manière évidente, que les anciens habitans de la Gaule croyaient continuer dans l’autre monde les contestations commencées dans celui-ci, puisqu’ils emportaient le puissant protecteur qui, selon leurs croyances, faisait gagner les procès de celui qui pouvait le porter avec lui.

Ainsi, dans la grotte funèbre, reposaient ensemble, sur un pavé formé de plusieurs dalles assez bien unies et posées à la surface du sol environnant, de la terre humaine, des cadavres, des instrumens de pierre, des vases de forme différente, des couteaux de silex, des parures en terre, et en coquillages; pas une médaille, pas le plus petit fragment de bronze ou de fer. Tout prouve que cette construction sépulcrale remonte aux temps les plus anciens. Si de là nous arrivons aux jours des incursions, au temps où les Gaulois, armés de fortes épées, parcouraient le monde, que d’années! que de siècles ont dû passer et passer! Il est donc évident que l’époque, où fut élevé le monticule de Bougon, est si enfoncée dans la nuit des temps, qu’il est impossible de la fixer.

La découverte de ce tumulus est d’autant plus importante, qu’elle fait connaître non seulement les arts, les instrumens de toute une époque, mais encore une nombreuse peuplade et le profond respect qu’elle portait à la cendre des morts. Il est donc certain maintenant que le pays de Bougon fût, jadis, occupé par une nation puissante; il est certain que ceux qui la composaient, croyaient à une autre vie. L’on peut dire ensuite: «L’état non

«civilisé de ces hommes ne les sauvait point de cruelles souffrances fleur

«taille n’était pas plus élevée que la nôtre; ils avaient des vases grossiers,

«des haches de cailloux, mais d’habiles médecins pour guérir leurs

«blessures; ils possédaient assez de force, de patience ou d’adresse, pour

«élever une masse gigantesque comme la pierre qui forme la voûte de leur

«tombeau.» Si par la pensée on se reporte aux jours de la construction, si l’on voit toute une nation traînant, élevant ces pierres énormes avec d’incroyables efforts, une invincible persévérance; si l’on se représente les druides visitant ces monumens, ces buttes, ces cavernes; si l’on songe que ces lieux étaient, jadis, placés dans l’immensité des bois, à l’ombre des vieux chênes, dont les vastes rameaux se balançaient dans les airs et dominaient ces champs funèbres; si l’on pense que les premiers habitans de nos contrées venaient y déposer leurs compagnons détruits, et leur porter avec un soin religieux des vases, des instrumens, des parfums, la hache des sacrifices, un chien fidèle, on éprouve, malgré soi, de vives émotions.

Il existe, en outre, beaucoup d’autres tumulus dans les environs de Bougon, de la Mothe et de la Ville-Dieu; il y a aussi dans d’autres parties du département quelques monticules qui sont peut-être des tombeaux celtiques.


Epoque Romaine.

Table des matières

APRÈS l’invasion des Romains, après ce duel terrible dans lequel périrent vainement tant de guerriers et tant d’héroïsme, les fils de la Gaule virent s’élever de tous côtés les impérissables chemins qui devaient imprimer sur le sol de la conquête la terreur et la civilisation. La circonscription territoriale dont je m’occupe dans ce moment, avait eu part, comme toutes les autres, aux largesses des vainqueurs; elle était traversée par la route de Saintes à Poitiers et par celles de Poitiers à Nantes, et de Nantes à Angers. Il en existait aussi quelques autres moins importantes qui servaient à parcourir la Gâtine et à gagner les bords de l’Océan.

La grande voie romaine de Saintes à Poitiers entrait par Aulnay dans l’ancien pays des Pictons; de là elle se dirigeait vers Brioux, aujourd’hui chef-lieu de canton dans l’arrondissement de Melle. Brioux était un lieu de repos, et plus d’une fois les légions romaines y laissèrent des malades et des morts. Avant la révolution, l’archéologue pouvait visiter avec intérêt la cour de l’ancien prieuré, où on lisait sur une large pierre:

QUINTUS-JULIUS

Q. F. TER CETRUS

DOMO ARE MILES

LEG. XVIII. VOL.

H. S. E.

De temps en temps on découvre à Brioux des objets qui rappellent le passage du peuple-roi; tantôt c’est un tombeau cloisonné en briques romaines et à plusieurs compartimens, qui renferme des cadavres tous séparés les uns des autres; tantôt ce sont des épées, des médailles, des vases et des boucles, qui prouvent qu’on rendait aux morts de grands honneurs, et qu’on leur laissait leurs vêtemens et leurs armes. Ces formidables épées, jadis si brillantes aux rayons du soleil, sont maintenant sombres et ternes: rongées par le temps et la rouille de tant de siècles, elles se brisent dans la main de celui qui les touche. Ce qui doit surtout exciter vivement les regrets, c’est la perte d’une magnifique armure: ses curieuses ciselures, la rendaient digne d’attention; mais, au bout de quelques jours, sa forme élégante, ses précieux dessins brisés et vendus, ont disparu dans le creuset d’un avide fondeur. Au temps des Romains, Brioux portait le nom de Mansion ou Station; c’était une importante localité où passèrent bien longtemps beaucoup d’hommes et de chevaux; longtemps elle servit d’asile aux soldats qui parcouraient l’empire; c’est là qu’ils s’arrêtaient, c’est là qu’ils se reposaient; les courriers y trouvaient aussi non seulement le repos de quelques heures, mais encore des relais, pour continuer leur route. Les mansions étaient toujours placées dans des lieux assez considérables: aussi, dans le pays que l’on nomme à présent département des Deux-Sèvres, nous en trouvons seulement trois: Brioux, Rom et une autre sous le nom de Ségora; mais aujourd’hui l’on ignore où elle était placée.

Outre les mansions toujours établies à des distances égales, il y avait des mutations représentées par nos postes et nos relais; c’est là que les chefs de l’empire trouvaient à leur disposition tous les moyens de traverser avec une incroyable rapidité le pays des vaincus. Ces lieux de change et de mutation, si utiles à ceux qui voulaient parcourir l’empire, furent établis, selon quelques historiens, par Auguste. Quelques autres prétendent qu’ils commencèrent seulement sous l’empire d’Adrien et de Trajan.

L’espace compris entre les mansions était toujours disposé de manière à ce qu’on pût le traverser en un jour; aussi, dans les anciens auteurs, le mot mansio signifie quelquefois journée. Quand les envoyés des empereurs parcouraient les provinces, ils s’arrêtaient souvent dans les mansions; car c’est là qu’ils trouvaient des chars, des chevaux, des bêtes de somme, en un mot toutes les choses indispensables à ceux qui voyagent.

En sortant de Brioux, par la grande route qui conduit à Melle, il faut tourner à droite, dans un chemin qui porte le nom de Chemin-Chaussé ; c’est là que commence pour nous la voie romaine de Saintes à Poitiers; après des traces incertaines, on rencontre, vis-à-vis le château de Melzéard, une ligne droite formée par plusieurs pierres qui sont alignées et debout, pour soutenir l’antique chaussée; elles sont au nombre de 15. Après une petite interruption, elles recommencent pour disparaître et reparaître de temps en temps. Vis-à-vis Pezay-le-Tort, j’ai pu examiner la route et la creuser: la couche la plus profonde, que j’aie pénétrée, est composée de pierres mises au hasard et sans mortier; la seconde est une couche de ciment, de 33 centimètres d’épaisseur environ, garnie d’un peu de sable. Ainsi la chaussée de ce grand chemin était formée de cailloux, de ciment et d’un summum dorsum en sable. Cette voie qui suit presque toujours le point le plus élevé de la plaine, n’a laissé que de bien faibles traces de Puyberland à Sainte-Soline; mais en sortant de ce dernier village, on rencontre en même temps, à droite et à gauche, les larges pierres qui servaient à soutenir la chaussée; j’ai donc pu mesurer sa largeur. J’ai trouvé qu’elle avait seulement 6 mètres environ; c’était d’ailleurs la largeur ordinaire. A commencer de Sainte-Soline, la voie romaine se nomme indistinctement Chemin-Chaussé, ou Chemin des Romains. Un peu plus loin, les traces de la voie sont assez bien conservées: on voit des deux côtés les pierres qui formaient la bordure; aujourd’hui elles sont dans les champs, ce qui semble prouver que ces anciennes routes ont été souvent détruites par le soc de la charrue.

Près du bourg de Rom, dans lequel passait la voie romaine, se voyait jadis un vaste cimetière rempli de tombeaux, pareils par la forme à ceux de Civeaux; comme eux ils étaient destinés à des chrétiens morts depuis longtemps. Ce qui le prouve d’une manière évidente, c’est que l’on voyait sur un grand nombre de ces tombeaux des croix à traverses fort larges: quelques-unes de ces tombes étaient faites en dos d’âne; la plupart étaient plates. L’une portait les empreintes d’une cognée de charpentier, avec une doloire à côté, sans aucune inscription: sur une autre on avait gravé une équerre, un marteau, un compas et une règle. Toutes les tombes chargées d’inscriptions n’étaient pas anciennes; il est probable que les premières avaient disparu; des mains paresseuses ou avares les avaient effacées pour recouvrir, sans tribut, les restes de leurs parens, pour y graver quelques lignes de regrets et d’adieu.

Un archiprêtre de Rom ayant fait défricher une partie de ce cimetière pour le livrer à la culture, plusieurs tombeaux furent enlevés à la terre qui les renfermait depuis si longtemps. Le dépôt mortuaire de Rom était bien vaste, car les rues et les jardins du bourg étaient autrefois remplis de tombeaux; aujourd’hui encore, dans les environs de l’église, on en trouve sous les murailles des vergers et des maisons. On a donc eu tort de tant parler des tombeaux de Ciseaux, comme si ce bourg eut été le seul endroit du Poitou qui renfermât un grand nombre de ces sarcophages, dont la découverte exerça souvent sur la foule tant de surprise et d’étonnement.

En arrivant à Rom, la voie romaine se doublait, sans doute: l’une de ses branches se dirigeait vers Poitiers, en passant dans nos contrées, par les villages de la Chaussée, de la Forêt; l’autre allait à Couhé. De Rom il partait un autre chemin qui se dirigeait vers les hauteurs de la Mothe-Saint-Héray; il laissait Vançais sur la gauche, et passait par Bagnaux, Exoudun, Exireuil. Avant d’arriver à Vançais, j’ai trouvé des traces très fréquentes de cette voie romaine; après ce village, on en trouve encore dans plusieurs endroits. La bordure des deux côtés de la chaussée est assez bien conservée: j’ai mesuré sa largeur; elle varie de 3 à 4 mètres; aussi doit-on la regarder seulement comme une voie secondaire: à Rom elle se nomme Chemin-Chaussé ; à Bagnaux, Grand-Chemin de Rom. De la Mothe-Saint-Héray elle allait à Saint-Georges de Boismé, à la Boucherie, à la Fontaine, commune de Saint-Pardoux, à Lingrimière, à la Caillerie et à l’Absie; elle passait dans la forêt de Chantemerle et à Saint-Pierre-du-Chemin. Cette voie romaine, qui traversait toute la Gâtine, porte dans le pays le nom de Chemin-Ferré ; elle n’abandonne jamais les hauteurs, et tâche toujours d’éviter les ruisseaux. On a reconnu qu’elle était formée par un cailloutage, des pierres et du ciment: un rang de pierres debout soutenait la chaussée; c’est de là que viennent, il n’en faut pas douter, les noms de Chemin-Haussé, de Chemin-Chaussé. Du côté de l’Absie, la bordure était formée par des blocs de terre cuite ressemblant à des tuiles par la couleur et la consistance. Aujourd’hui encore, sur la place de l’Absie, partout où l’on cherche, partout où l’on creuse, l’on trouve des restes qui rappellent que les Romains y passèrent, que les Romains y restèrent; car là sont des blocs de ciment, des briques et plusieurs autres débris.

L’autre chemin qui traversait la portion du Poitou, qui se trouve dans les Deux-Sèvres, était un fragment de la grande voie romaine qui conduisait de Poitiers à Nantes; elle passait à Airvault, qui formait, peut-être, la mansion connue sous le nom de Ségora, et que les antiquaires ont placée tantôt à Airvault, tantôt à Bressuire, et même à Secondigny. En sortant d’Airvault, la voie de Poitiers à Nantes traversait le Thouet sur un pont qui n’existe plus; après l’avoir franchi, la grande route gagnait Bressuire par la direction la plus directe. Au temps du savant bénédictin dom Fonteneau., les traces de ce chemin subsistaient presque partout. Entre Bressuire, Châtillon et Mortagne, il n’en était pas ainsi: la route était dans un état déplorable et presque détruite; cependant, au quinzième siècle, on s’en servait encore: à cette époque elle fut parcourue par le frère de Louis XI, lors de son voyage de Poitiers à Nantes.

L’Itinéraire d’Antonin et la Table théodosienne sont muets sur la voie romaine de Poitiers à Angers; néanmoins son existence est certaine, elle est prouvée par les débris qui subsistent encore et par des chartres qui la nomment le Grand-Chemin de la Chaussée. Cette voie passait au village des Marnes, non loin de la célèbre abbaye de Saint-Jouin; elle allait ensuite au moulin de Montguinier situé dans la paroisse où l’on voit aujourd’hui la vieille église de Saint-Généroux. Après avoir traversé tous ces lieux, dont les noms sont si connus dans l’Histoire du Poitou, elle arrivait aux endroits nommés la Roche-de-Luzay et Monceau Après être parvenue au gué de Thouarcé qu’elle franchissait sur un pont aujourd’hui détruit, elle passait du côté de Coulonges-en-Thouarçais, puis se dirigeait sur Angers.

Un aveu du 6 mars 1568 parle en ces termes de cette voie romaine et de son pont: «Item, Mathurin et Guillaume les Audouars, tiennent de moi

«sous Ledit hommage, une pièce de terre plantée en bois, assavoir, au

«Monceau, contenant six boisselées environ, tenant d’une part au chemin

«appelé le Grand-Chemin de la Chaussée, par lequel on va dudit lieu du

«Monceau au pont de Volubine (à présent Vaulebine).»

Il existait ensuite une autre voie de traverse, ou grand chemin de communication, qui venait du côté de Saint-Maixent et conduisait vers Fontenay: on en trouve des traces assez fréquentes dans le village de Breloux, où souvent l’on a rencontré des restes légués par la puissance romaine; tantôt ce sont des briques, des monceaux de ciment, tantôt des restes de colonne. De Breloux la voie romaine suivait sa première direction, et passait par Saint-Maxire, Villiers-en-Plaine et Saint-Pompain.

Il y avait un autre chemin, qui partait de celui-ci, entre Fontenay et Saint-Pompain; il passait par les communes de Coulon et de Magné, traversait un bras de la Sèvre au gué de Menevaut, et se dirigeait vers le pont près d’Epannes et vers Usseau. M. Lary, à qui nous devons la découverte de cette nouvelle voie qui conduisait à Saintes, a rencontré dans plusieurs endroits des vestiges qui prouvent son existence d’une manière incontestable. C’est ainsi qu’au-dessus de Coulon, près de la métairie appelée Maupasset, il a découvert, sous le sol d’une vaste prairie, une chaussée d’environ 10 mètres de largeur.

Les voies romaines étaient construites avec le plus grand soin: après avoir creusé le sol à 1 mètre 40 centimètres, on mettait de larges pierres pour servir de base aux futures constructions. Cette première couche s’appelait, chez les Romains, statumen; la deuxième couche renfermait des cailloux, de la chaux et des briques qu’on mêlait ensemble; la troisième était un mélange, non moins solide, de gravier, de cailloux, de chaux ou de terre grasse; enfin, la dernière, ou summum dorsum, était composée de larges dalles; mais, quand ce n’était que des pierres brisées et de la chaux mêlées ensemble, elle portait le nom de pavimentum.

Sur les bords de ces vastes chemins qui parcouraient l’empire, on voyait, de mille en mille pas, des bornes milliaires pour indiquer les lieux parcourus et les noms de ceux qui les avaient élevées. Ces routes militaires, dont les rayons s’étendaient si loin, sortaient toutes de Rome pour rentrer dans Rome et au milieu du forum, leur commune origine. C’est là que s’élevait la plus célèbre des colonnes milliaires: elle était splendide, couverte d’or; elle reflétait les rayons du soleil; aussi la nommait-on milliarum aureum.


Epoque Romane.

Table des matières

BIENTÔT les hommes qui avaient créé les immenses chemins, connus sous le nom de voie romaine sentirent quelque chose qui tremblait, qui craquait sous leurs pas. Leur civilisation avait tout usé, et sur la face de leur monde vieilli, les cœurs se dissolvaient; plus de foi, d’énergie, de croyances. Quelques hommes, venus d’un coin de la Judée, avaient bien semé çà et là des germes d’avenir, mais leurs disciples étaient tombés sur la route, détruits, martyrisés. Enfin, de vigoureux athlètes étant sortis des entrailles de la terre, deux géans, le passé, l’avenir, se ruèrent l’un contre l’autre. L’étreinte fut terrible; dans la lutte, la religion nouvelle s’empara tout-à-coup de la pourpre impériale; alors son front si longtemps voilé, brilla d’une victorieuse auréole, et toutes les existences qui vivaient et disparaissaient sans espoir, se ranimèrent au souffle d’émotions plus saintes.

A tous ces hommes qui avaient créé un nouvel univers, à toutes ces âmes qui surgissaient si jeunes et si vivaces, il fallut des autels et des temples; alors les rudes travailleurs qui avaient tant souffert, tant lutté, se précipitèrent vers les lieux qu’on nommait basiliques, car leur grandeur convenait au culte, qui convoquait à ses fêtes le peuple tout entier. Parvenue à la porte de ces temples improvisés, la foule se sépara; d’un côté l’on vit les hommes et de l’autre les femmes. Au milieu, dans l’allée principale, se placèrent les catéchumènes, les néophites, en un mot tous ceux qui venaient s’abreuver à des sources plus pures. Au-dessus, dans les galeries, les veuves et les vierges s’agenouillèrent pour prier et pleurer. Dans l’espace compris entre les allées et l’hémicycle, se mirent les ecclésiastiques et les chantres pour y faire entendre des hymnes admirables. Dans l’hémicycle, ou le fer à cheval, qui se trouvait à l’extrémité de l’édifice, se posèrent ensuite les évêques et les prêtres: cependant les basiliques ne suffirent pas longtemps. Quand des convictions ardentes eurent pétri, façonné tout un monde, il fallut à leur conquête universelle des édifices plus grands; dans les villes, dans les hameaux, dans le fond des forêts, au sommet des rochers, les pierres, façonnées avec une incroyable rapidité, formèrent partout des allées, des colonnes, des chapiteaux, des églises. Ensuite, pour rappeler à ces âmes mystiques la mort de Jésus-Christ, sa gloire et son martyre, les murs latéraux s’élargirent à l’extrémité des allées; c’est alors que les temples représentèrent par leur forme la croix immortelle sur laquelle avait péri le puissant fondateur de la religion catholique.

Ce fut seulement pendant les cinquième et sixième siècles que le christianisme éleva, sur le sol des Gaules, des monumens religieux d’une assez grande importance. Malheureusement, tous les édifices de cette époque ont disparu; l’âge, le temps, les révolutions les ont renversés, roulés dans la poussière. Au septième et au huitième siècle, la construction des églises rappelait encore l’architecture des Romains; comme aux édifices bâtis par leurs mains puissantes, partout des fenêtres et des portes, dont les arcs arrondis retombaient sur des pilastres; partout aux murs extérieurs le petit appareil, des losanges, des carrés, des triangles; là, des pierres aussi hautes que larges; là, des pierres plus larges que hautes; puis, pour ajouter au contraste, partout une épaisse couche de ciment colorié pour leur servir de cadre, pour briller autour d’elles. Les premières constructions du christianisme ont une si grande ressemblance avec les édifices bâtis par les fils de l’Italie, que leur architecture fut nommée par les écrivains du temps opus romanum; de là le nom d’architecture romane. En effet, l’appareil était le même; la forme seule avait un peu changé par l’addition de deux absides vis-à-vis les allées et par l’élargissement des murs latéraux, pour former les bras de la croix, que l’on nomme transsepts, de deux mots latins trans septum, environné au-delà.

FAÇADE LATÉRALE DE St.-GÉNÉROUX.


Les antiquaires de notre temps, et à leur tête M. de Caumont, ont donné à l’architecture religieuse des premiers temps le nom de roman primordial. Cette période qui s’étend du cinquième au dixième siècle a laissé peu de monumens; cependant la terre des Deux- Sèvres peut offrir aux archéologues une église qui, par sa forme et son appareil, doit exciter le plus vif intérêt, car elle remonte à une époque bien éloignée; elle est placée dans l’arrondissement de Parthenay, et porte le nom de Saint-Généroux.

Eglise de Saint-Généroux.

Table des matières

Le monastère d’Ansion, si connu depuis sous le nom de Saint-Jouin, renfermait, aux cinquième et sixième siècles, de pieux cénobites, dont les âmes ardentes regrettaient les luttes du désert, les douleurs du martyre. En 499, il y avait à peu près dix ans que l’un de ces fervens cénobites s’agenouillait sur les dalles de son église; son front, qui conservait quelque chose de sa noble origine, se plissait sous le poids des pensées, car il fallait à cette âme romaine des bois sauvages et silencieux; son front se vieillissait, car il désirait un lieu solitaire pour bâtir une cellule, car il aurait voulu, par de longs sacrifices, ressembler à ces vigoureux athlètes, qui, les premiers, étaient allés s’enfoncer dans le creux d’un rocher ou lutter sur la grève déserte.

Décidé par de nouveaux efforts, saint Généroux laissa tout-à-coup l’église de Saint-Jouin et le cloître qui l’abrita si longtemps; il partit au commencement du sixième siècle, pour aller, loin des hommes, du bruit et des regards, ensevelir dans quelque coin désert sa glorieuse vie qu’il voulait user, goutte à goutte, au service de Dieu. Sa course fut peu longue; bientôt il fallut qu’il s’arrêtât sur les bords d’une rivière qui murmurait à ses pieds; frappé par le bruit monotone et paisible du Thouet, charmé par les sombres rochers qui s’élèvent sur sa tête, il se repose un moment et dépose sans regrets son bâton voyageur. Maintenant il est seul; il peut, sur les coteaux déserts, écouter les vents qui murmurent; il peut se livrer, en paix, à de nobles méditations, à de saintes extases.

Bientôt de pieux pélerins vinrent le visiter pour vivre sous sa loi et s’abreuver, comme lui, aux sources de la solitude. Quand il eut donné à ces nouveaux prosélytes des cellules, une église, il fallut, malgré lui, les abandonner et revenir à Saint-Jouin, pour édifier, par son exemple, son premier monastère.

Quand saint Généroux fut sorti de ce monde, les pieux compagnons de sa solitude réclamèrent sa dépouille: ils l’obtinrent et la rapportèrent dans l’église élevée par ses soins; les miracles qui s’opérèrent, dit-on, sur la cendre du saint abbé, la rendirent célèbre; aussi des maisons s’élevèrent bientôt autour de la miraculeuse relique, et formèrent un petit bourg, chef-lieu d’une paroisse, qui porte le nom du pieux cénobite, dont j’ai raconté l’histoire.

C’est là que s’élève maintenant l’église la plus ancienne du département des Deux-Sèvres; elle est, à l’intérieur, divisée en trois parties, par des piliers absolument carrés; ce sont des prismes sur lesquels on n’aperçoit pas la plus petite trace de chapiteaux, mais seulement des corniches, qui forment des saillies du côté des travées. Pour tout ornement, l’un des piliers porte, à deux de ses angles, des moulures rondes, surmontées à 2 mètres 50 centimètres de hauteur, d’une tête et d’un petit chapiteau.

Les six arcades, qui séparent le chœur de la nef et forment une galerie à jour entre les deux corps de l’édifice, ne se rencontrent pas habituellement dans les églises; elles produisent dans la pensée de celui qui les contemple de singulières images; c’est ainsi qu’à une certaine distance on pourrait les prendre pour un arc de triomphe

Les arcatures, qui se trouvent à l’extrémité de la nef et du latéral de droite, sont surmontées de petites arcatures, divisées par des colonnettes, dont les chapiteaux sont des cônes renverses; les corbeilles sont si chargées de badigeon, que l’on distingue à peine les ornemens qui les couvrent. L’arcade, qui se trouve à la fin du collatéral de gauche, est également surmontée d’une arcade double, qui n’est pas divisée par une colonne, mais par un simple massif.

Les murs latéraux ne sont point soutenus par des contre-forts ou des colonnes, qui montent ordinairement vers les voûtes; cependant, en arrivant aux transsepts, on peut voir deux massifs carrés, qui font partie des murs extérieurs. Ces massifs sont surmontés de tailloirs presque unis, sur lesquels retombe l’arcature, qui termine les latéraux. Le mur du nord est tout nu et entièrement plein; celui du midi est percé de fenêtres sans moulures, sans cordons; point de voûtes aux parties latérales, point de voûtes non plus pour la nef; seulement, au-dessus d’elles, des planches et des poutres.

Les bras de la croix ont été faits après coup, et n’ont plus le cachet original: celui de droite est en ruines; celui de gauche se soutient encore. On y entre par une grande ouverture cintrée, retombant sur des corniches unies; c’est au-dessus que s’entrouvrent deux fenêtres rondes, pareilles à celles que l’on voit au mur du midi.

Les murs latéraux de l’abside principale, à l’intérieur, sont soutenus, de l’un et de l’autre côté, par des contre-forts saillans seulement de 10 centimètres; ils sont couronnés par de simples corniches, qui parcourent ensuite toute l’étendue de l’abside. - Les deux ouvertures primitives des absides latérales ont été bouchées: on n’aperçoit plus que leurs cintres; on entre cependant dans celle de gauche par une porte moderne, qui ouvre dans le chœur; elle sert de sacristie.

La curieuse église de Saint-Généroux n’a, dans son intérieur, que 28 à 29 mètres de longueur sur 11 mètres 60 centimètres de largeur. La porte, par laquelle on y pénètre, se touve dans le mur du midi; cette porte est tout-à-fait simple, sans moulures, sans colonnes, sans chapiteaux. L’appareil de ce côté de l’église est sans intérêt jusqu’aux fenêtres; c’est là que commencent trois rangs de pierres longues et peu épaisses, qui sont séparées par des couches de mortier. Entre chaque fenêtre il faut remarquer des incrustations qui composent un triangle entouré de pierres assez fortes, qui forment les jambages des fenêtres. Chacune de ces ouvertures est cintrée, sans colonnes, sans ornemens; elles sont seulement surmontées d’un cordon soutenu par des billettes et de petits modillons. Entre chaque couronnement de fenêtre, se trouvent des triangles, dont plusieurs ont beaucoup souffert; ils ressemblent à ceux que l’on voit à Poitiers, dans le petit monument si connu sous le nom de temple Saint-Jean. L’espace, compris entre ces triangles et le cordon des fenêtres, est d’appareil réticulé ; les pierres sont séparées les unes des autres par du ciment rouge qui produit un effet pittoresque. Cet appareil est surmonté d’un rang de pierres plus longues que hautes, sur lesquelles reposent deux rangs en feuilles de fougère; puis ensuite viennent deux rangs de pierres qui supportent une corniche, dont quelques parties sont ornées de losanges de dents de scie: c’est dans cette façade, un peu avant d’arriver aux ruines de la croix, que l’on a mis un carré long, entièrement rempli d’appareil réticulé.

INTÉRIEUR de L’ÉGLISE de St.-GÉNÉROUX


Les deux absides latérales de Saint-Généroux n’offrent rien de remarquable; elles ont beaucoup souffert; d’ailleurs, cette addition au monument primitif n’a jamais été soignée; celle du milieu, qui s’élève beaucoup plus haut que les autres, est digne d’attention. Son extrémité était autrefois percée d’une grande arcature surmontée d’un cordon. Les deux ouvertures latérales sont entourées d’une saillie ronde, qui jadis les encadrait dans tout leur entier. Ce fut là, sans doute, le commencement, l’origine des roses qui devaient, plus tard, occuper de si belles places dans l’architecture du moyen-âge. Les trois arcades dont nous venons de parler, sont placées dans un mur très orné et chargé de figures diverses, placées entre ces mêmes arcades et au-dessus du cordon qui parcourt les trois absides. On y voit l’appareil réticulé dont on croirait, au premier coup d’œil, toutes les pierres séparées par du mastic rouge qui rappelle les briques. L’abside est entourée par une large zône formée par quatre rangs de pierres qui paraissent toutes taillées de la même manière. Au-dessus s’élèvent trois rangs de petites pierres qui sont semblables et rangées avec beaucoup de soin, beaucoup d’ordre, mais elles sont séparées par du ciment ordinaire; le reste du mur jusqu’à la corniche est composé d’appareil en feuilles de fougère: il faut en excepter pourtant la rangée sur laquelle retombe la corniche. Il est une chose qu’il faut remarquer dans l’église de Saint-Généroux, c’est que les dessins ne sont pas tous formés de pièces distinctes; ils sont souvent tracés sur des pierres de moyen appareil par des rainures remplies avec du ciment rouge, de manière à dessiner de petits contours. Il est évident que la partie circulaire des absides est une addition moins ancienne; car il est facile de voir qu’elles ne se lient pas d’une manière complète avec les murs qui les commencent.

ABSIDEde L’ÉGLISE de St.-GÉNÉROUX.


Le mur qui ferme l’église, au-dessus des absides et qui se termine en pignon triangulaire, contient, à ses deux extrémités inférieures, un petit triangle rempli d’appareil réticulé ; il renferme aussi, tout à côté, deux petites arcatures cintrées et géminées, dont l’intérieur est bouché. Au-dessus de ces arcs, l’architecte avait placé un rang de briques, deux rangs d’appareil en feuilles de fougère, puis enfin trois rangs de pierres peu épaisses mais allongées: au sommet du fronton, de chaque côté seulement, se trouve le petit appareil au-dessus duquel on aperçoit encore quelques pierres symétriquement rangées. La partie du milieu appartient à quelque mauvaise réparation.

Le mur qui clôt l’église nord est pareil à celui du midi, mais il est beaucoup plus dégradé, plus mutilé ; les saillies qui forment les triangles et les ornemens des fenêtres ont presque partout disparu.

Telle est la petite église de Saint-Généroux dont quelques savans font remonter la construction jusqu’à l’époque qui précéda l’invasion des Normands: cette opinion est celle de dom Fonteneau, de cet infatigable bénédictin qui compulsa si longtemps les chartes du Poitou. Il prétend que cette curieuse église fut la seule dans nos contrées qui se déroba aux destructions de ces hordes du nord qui vinrent sur le sol de la France, pour tout ravager, pour tout détruire. D’autres archéologues pensent que l’église de Saint-Généroux fut seulement construite dans le dixième siècle; quant à moi, en comparant Saint-Généroux avec les autres monumens religieux de nos contrées, je crois que cette église doit remonter au septième ou au huitième siècle. En effet, l’église de Saint-Pierre de Melle, dont les curieuses absides sont surchargées d’ornemens, fut construite au onzième siècle; l’église d’Airvault qui montre, dans quelques-unes de ses parties, d’admirables proportions, fut commencée en 1095 et achevée peu d’années après. Quelle différence pourtant entre les trois églises que je viens de citer! Ce qu’il y a de certain, c’est que l’église de Saint-Généroux est, avec les débris si précieux dont je vais parler tout-à-l’heure, le plus ancien monument religieux de notre pays.

Eglise de Tourtenay.

Table des matières

La petite église de Tourtenay, placée à l’extrémité septentrionale du département des Deux-Sèvres, possède, dans quelques-unes de ses parties, les restes les plus curieux: c’est un fronton triangulaire, dont l’appareil est digne de toute l’attention. A sa base, ce fronton commence par des briques et des pierres; mais ensuite l’on voit symétriquement posées des pierres et des briques taillées en rond; les espaces, laissés par ces briques et ces pierres, sont remplis par d’autres pierres qui ressemblent à des croix. Après, ce sont des briques debout; puis ensuite recommencent, au sommet du pignon, les compartimens ronds qui sont tantôt en pierres, tantôt en briques. L’espace, laissé par les cercles, est encore occupé par des moulures en croix.

Le mur du nord offre ensuite beaucoup d’intérêt: la partie du bas a été refaite; mais la partie supérieure, comprise entre les contre-forts, est vraiment remarquable, et remonte au sixième ou au septième siècle. Les pierres n’y sont pas toujours uniformes; elles sont séparées par une épaisse couche de ciment rouge. Les fenêtres sont cintrées, peu larges, mais longues.

L’église de Tourtenay, qui n’a qu’une seule nef, n’avait point d’abside dans l’origine; c’était un carré long, de 13 à 14 mètres de longueur, sans voûtes, ce qui prouve sa vieille origine. Par la suite, l’édifice a été allongé, repris, et par conséquent gâté ; on lui a donné, en outre, un clocher, dont la forme et la construction sont tout à fait modernes. La façade du couchant a été reconstruite en entier, et n’offre rien que l’on puisse regarder. Le mur du midi est en petites pierres taillées, et disposées avec assez de soin. Puisse l’amour des innovations ne pas détruire ce qui reste d’ancien dans l’église de Tourtenay! Puisse la terre des Deux-Sèvres conserver ce vieux débris et celui de Saint-Généroux, qui nous font connaître comment les premiers chrétiens construisaient les monumens qu’ils élevaient! Ces églises primitives n’avaient point d’absides, par conséquent point de chapelles autour du chœur; elles formaient des carrés longs, dont les murs n’étaient point soutenus par des contre-forts. Les fenêtres étaient rondes, les murs en petit appareil. Le ciment, qui séparait les pierres et les différens dessins, produisait un effet tout-à-fait pittoresque.

L’église de Saint-Généroux et les restes de Saint-Fort, à Tourteriay, sont les seuls monumens qui rappellent parmi nous le roman primordial. Ce genre d’architecture n’avait, comme je l’ai déjà dit, dans les premières églises de nos contrées, ni absides, ni transsepts: je pense, toutefois, qu’il n’en était ainsi que dans les chapelles et les églises de campagne, les seules qui nous restent. Cette première période architectonique, qui s’étend du cinquième au dixième siècle, n’est représentée, dans toutes les parties de la France, que par de rares fragmens. Il en est ainsi, parce que les monumens de cette époque ont disparu, presque tous, sous la main du temps; il en est ainsi, parce que les temples primitifs ont péri durant les invasions des Normands.

ROMAN SECONDAIRE. — STYLE BYSANTIN.

La période, pendant laquelle les barbares du nord se ruèrent sur nos contrées pour tout renverser, pour tout détruire, les villes, les monumens et les produits des arts, jeta dans l’esprit des peuples le plus profond découragement. A la vue de tant de ruines, la désolation fut grande, et la foule pensa qu’on allait bientôt arriver à la destruction universelle.

Vers la fin du dixième siècle, l’on croyait donc que la terre était déjà décrépite et vieille: cette pensée était alors naturelle, car tout semblait se réunir pour la propager de plus en plus. Une peste effroyable et terrible moissonnait à pleines mains les hommes de l’Aquitaine: des chairs fétides et pourries se séparaient des os et tombaient en lambeaux; partout l’on courait aux églises pour prier Dieu et pour invoquer les saints. Malgré tant de zèle, l’affreuse maladie continuait, tout périssait. Pour comble d’adversités, la disette se joignit à tous ces maux: la faim frappait à toutes les portes; les pauvres se mouraient, les entrailles des riches se torturaient, et leurs fronts amaigris s’inclinaient vers la terre.

Effrayés par tant de chûtes et par tant de misères, les populations pensaient que la fin des temps était arrivée; on y croyait à l’ombre des épaisses murailles construites par les seigneurs; on y croyait dans les cloîtres, dans les villes, dans les hameaux, au fond des riches abbayes, dans les cabanes bâties par la gente corvéable. Le désespoir était si grand, que partout l’on donnait aux églises, partout l’on déposait sur la table des autels des dons de toute sorte. Toutes ces chartes de donation étaient faites de la même manière: «Le soir du monde approche, y disait-on;

«chaque jour entasse de nouvelles ruines; moi, comte ou baron, je

«donne à telle église, pour le repos de mon âme, des rentes, des prés,

«des maisons.» Ou bien l’on disait: «Considérant que le servage est

«contraire à la liberté chrétienne, j’affranchis un tel, mon serf de corps,

«lui, ses enfans et ses hoirs (MICHELET, tom. II, p. 138).»

C’est ainsi que les hommes ne songent plus aux choses de la terre qu’ils sont obligés de quitter; ils ne pensent qu’à donner aux moines, aux abbayes, aux églises, les biens qu’ils ne doivent plus garder; ils veulent, par des offrandes, préparer leur arrivée dans le monde nouveau qu’ils vont visiter bientôt. Aussi, à la fin du neuvième siècle et pendant le dixième, le flambeau des arts s’éteignit: plus de chapelles, plus d’églises; à quoi bon se fatiguer, se peiner, le jour du départ est si proche.

Cependant, malgré l’attente universelle, le moment de la destruction ne vint pas: le dixième siècle passa, et cette terre que l’on croyait si vieille, n’avait pas chancelé ; alors l’espérance fit place aux douleurs; les hommes sortirent de leur longue agonie pour se jeter avec ivresse dans l’avenir qui semblait leur sourire.

Autant le sommeil avait été profond, autant le réveil fut rapide; tout s’agite, tout s’émeut à la voix de ces hommes si longtemps découragés; ils travaillent en même temps aux arts et à la civilisation. Tout marche, de concert, à la création d’un nouvel univers. En effet, comme le dit M. Guizot dans son Cours d’Histoire moderne professé en 1829, c’est à partir de la fin du dixième siècle que l’être social, qui porte le nom de France, est, pour ainsi dire, formé ; il existe, on peut assister à son développement propre et extérieur. Ce développement mérite, pour la première fois, le nom de civilisation française. Jusque-là, on n’aperçoit encore que la civilisation gauloise, franque, gallo-romaine et gallo-franque. C’est du cinquième au dixième siècle que s’est opéré le travail de fermentation et d’amalgame des trois grands élémens de la civilisation moderne, l’élément romain, l’élément chrétien et l’élément germain; et c’est seulement à la fin du dixième siècle que la fermentation a cessé, que l’amalgame a été à peu près accompli.

Si la civilisation se forme, si la littérature se ranime, le réveil architectonique n’est pas moins sensible; partout on voit s’élever avec une incroyable persévérance des monumens religieux, dignes de l’attention de tous les siècles par leur nouveau genre et par leurs proportions beaucoup plus étendues. Non seulement on construit des édifices, là où il n’y en eût jamais, mais encore on renverse les anciens pour les rebâtir suivant la méthode plus jeune.

La rénovation fut universelle, car les écrivains du temps, les chroniqueurs toujours si peu prodigues de ces sortes de souvenirs, se sont empressés de signaler le mouvement du onzième siècle en faveur des arts. «Voyez, dit

«Guillaume Malmesbury, s’élever de tous côtés des églises et des monastères

«dans un nouveau style d’architecture.» L’enthousiasme était si grand, que les hommes puissans croyaient n’avoir rien fait et avoir perdu leur journée s’ils n’avaient ordonné quelque chose en faveur d’une église, d’un monastère. «Aussi, dans ces temps, dit Guillaume de Jumièges, les

«prêtres étaient entourés d’un profond respect; les riches et les grands se

«disputaient l’honneur de bâtir des églises et d’enrichir les moines qui

«priaient pour eux. Le mouvement fut si grand en faveur des nouvelles

«constructions, que près de trois ans après l’an 1000, dans presque tout

«l’univers, surtout dans l’Italie et les Gaules, les basiliques des églises

«furent renouvelées, quoique la plupart fussent encore assez belles pour

«n’en avoir nul besoin; et cependant les peuples chrétiens semblaient

«rivaliser à qui éleverait les plus magnifiques. On eut dit que le monde

«se secouait et dépouillait sa vieillesse pour revêtir la robe blanche des

«églises (GLABER, liv. III, ch. IV, apud Script. rer. Franc., tom. X, p. 29).»

La terre du Poitou prit part à ce mouvement universel qui surgissait non seulement en France, mais encore en Angleterre. Ce fut alors que l’on vit, dans nos contrées, employer pour toutes les églises le système bysantin, c’est-à-dire le mode de construction employé par les architectes du Bas-Empire, dont le siége était à Bysance; de là le nom d’architecture bysantine qu’on pourrait également nommer gréco-romane C’est ainsi que M. Ludovic Vitet explique l’origine d’un système qui a doté nos contrées de monumens si curieux, si riches de détails.

D’où vient et comment naquit cette architecture nouvelle? Peut-être pourrait-on l’apprendre en étudiant l’histoire et l’esprit des peuples de la Syrie, de la Perse, et surtout de l’Ionie, cette terre si féconde en inventions, et, dès les anciens temps, plus d’une fois rebelle aux règles du goût sévère et symétrique. Mais ne nous arrêtons pas à cette recherche. Disons seulement qu’au temps de Constantin, le génie oriental commençait à secouer ses aîles; déjà, vers le deuxième siècle, il s’était joué, comme un enfant timide, dans les colonnades incorrectes, mais brillantes de Balbek et de Palmyre; puis, grandissant chaque jour, il avait peu à peu conquis son indépendance. Libre, hardi, original, il s’affranchit enfin sous Justinien, lorsque, d’après les dessins d’Isodore de Milet, on vit s’élever à Constantinople le temple de Sainte-Sophie. De ce jour le goût oriental reçut sa sanction dans l’empire bysantin. L’architecture romaine, délaissée depuis longtemps, fut désormais proscrite, et le style néo-grec régna sans rival dans toutes les contrées de l’Orient. Sous cette nouvelle forme qui, à la vérité, fait gémir les admirateurs exclusifs de la pureté antique, mais qui a droit aux hommages plus indulgens des vrais amis du beau, le génie des vieux architectes de la Grèce se réveille, moins correct, moins sévère, mais brillant de jeunesse et de vie, plus téméraire, plus merveilleux. Pour la seconde fois les Grecs prirent le sceptre de ce grand et bel art de bâtir. Ce fut d’eux que les Arabes en reçurent le secret, ce fut par eux que les premières leçons en parvinrent à l’Europe entière.

Saint-Pierre de Melle.

Table des matières

Ce monument est une curieuse construction qui rappelle dans toute son exactitude le style qui nous fut apporté de l’Orient, et que les archéologues connaissent sous le nom d’époque bysantine. La porte principale de Saint-Pierre de Melle est placée dans la façade du midi; elle a des voussures et des archivoltes unies; elle est surmontée d’une saillie supportée par de curieux modillons. L’espace compris entre ces modillons est rempli par quelques signes du Zodiaque; on y voit, entre autres, deux Sagittaires qui sont placés à chaque extrémité ; on peut distinguer encore le Bélier, les Poissons; les autres signes ne sont pas reconnaissables. Les modillons sont les symboles des quatre évangélistes? avec leurs noms: le premier évangéliste, à gauche, est saint Luc que l’on reconnaît à un bœuf assez grossier, dont la tête est entourée d’une auréole; le deuxième est saint Jean, représenté par un oiseau nimbé qui ressemble bien peu à un aigle. Le troisième modillon, qui se trouve au milieu des quatre évangélistes, est horriblement mutilé ; cependant j’ai cru deviner que c’était la statue d’un Christ, dont la main était élevée vers le ciel. Saint Mathieu est un ange revêtu d’une robe avec des diamans; il porte aussi des ailes, et autour de sa tête la glorieuse auréole. Saint Marc est un lion qu’il est assez difficile de reconnaître. La frise qui s’élève sur ces modillons est ornée de feuillages entrelacés.

Portail latéral de St Pierre de Melle.


Au-dessus de la porte s’entrouvre une arcature qui renferme une statue de Jésus-Christ entouré de deux anges. Les formes du Christ sont excessivement plates; les draperies sont raides et semblent presser le corps; la tête, qui a été brisée, était entourée d’un nimbe. Jésus-Christ est assis; ses bras sont abaissés; il a sous ses pieds la chaufferette dont il est parlé dans les livres saints. La statue de Jésus-Christ était, jadis, accompagnée de deux anges debout, dont il ne reste plus que les corps; les têtes et les jambes ont disparu. Quand ce religieux tableau fut composé, la statuaire était encore dans l’enfance; néanmoins il est intéressant, puisqu’il fait connaître quel était l’état de l’art dans nos contrées, au onzième siècle. De chaque côté de la niche sont de petites colonnes garnies de moulures qui se brisent; les corbeilles de leurs chapiteaux sont ornées de feuillages; les voussures sont unies; l’archivolte est entourée d’un cordon, où l’on a mis des losanges et des ornemens en reliefs, qui ressemblent à des têtes de clous, ou plutôt de diamans.

Dans la façade où se trouve la porte que je viens de décrire, les fenêtres sont petites; elles ont seulement 60 centimètres de large, sur 2 mètres 15 centimètres de hauteur. Le cordon, qui encadre la première, dans sa partie supérieure, est orné d’une moulure très rare: ce sont de petits triangles aigus, dessinés alternativement en creux et en relief. Le couronnement de la deuxième fenêtre porte de petits animaux, qui ouvrent la gueule et montrent les dents, et sur lesquels passe une moulure qui n’est que la continuation de la queue du premier animal. Leur file commence à chaque extrémité du cordon sur lequel ils semblent marcher les uns vers les autres; aussi se rencontrent-ils face à face à son centre. Les ornemens qui entourent les deux autres fenêtres sont des feuillages et des ondulations.

Dans cette partie de l’édifice, les modillons qui soutiennent une corniche unie, n’ont point d’ornemens. Les contreforts sont peu saillans; la fenêtre de la croix est plus large et plus haute que les autres; il y a des colonnes, des chapiteaux, des tailloirs garnis d’ondulation, de feuillages, de têtes de diamans; les voussures et les archivoltes sont unies; l’encadrement est paré de petites moulures rondes placées les unes à côté des autres.

L’église est terminée par trois absides ou chapelles: c’est là que l’architecture du temps a prodigué toutes ses richesses. La première abside latérale est percée de fenêtres cintrées, de 30 centimètres environ de large; la première arcature est flanquée de quatre colonnettes, surmontées de chapiteaux, dont les angles se terminent en boule ou volute; l’on y voit aussi des têtes de clous, de petits ornemens en relief, dont les moulures semblent se tordre. La fenêtre est surmontée de plusieurs tores ou boudins séparés par trois rangs de têtes de diamans. La deuxième fenêtre n’a que deux colonnes à ses parois latérales; elle est décorée de billettes et de plusieurs rangs de tores. Les deux fenêtres dont je viens de parler sont séparées l’une de l’autre par des colonnes cylindriques. Le toit retombe sur une corniche unie, soutenue par des modillons, où l’on distingue des têtes diverses, des billettes, et un personnage jouant de la harpe.

L’abside principale a cinq fenêtres très petites qui sont ornées de colonnes; de chapiteaux, tous de feuillage, excepté un seul qui est historié ; elle a ensuite pour parure des dessins très variés. La fenêtre du milieu est surtout remarquable par la richesse, l’abondance et la profusion de ses nombreux détails; cependant ils pèchent par défaut d’élégance; il y a quelque chose d’un peu lourd et de maniéré. La quatrième fenêtre est décorée à peu près de la même façon. La largeur de ces fenêtres varie; elle est tantôt de 48, tantôt de 60 centimètres, et la hauteur est un peu au-dessous de 2 mètres. L’archivolte de la cinquième fenêtre que l’on aperçoit à peine, est composée de petits rouleaux montés les uns au-dessus des autres; ils sont disposés de façon à présenter, à la surface de l’archivolte, des espèces de ronds. Cette abside est surmontée d’une corniche ornée de moulures, en forme de fer à cheval, qui tombent sur des billettes. Les modillons sont fantastiques: ce sont de petits personnages, dont l’un a la tête en bas, un autre porte une longue barbe, des moustaches; son voisin tient son menton dans sa main près d’un autre qui joue de la harpe. Les murs sont soutenus par des colonnes surmontées de chapiteaux: à l’un d’eux il faut remarquer deux paons qui font la roue. La troisième abside n’a qu’une fenêtre: elle est ornée de deux rangs de tores, dont l’un est coupé par des langues aigues, en forme de coins, qui semblent presser ses diverses parties. A cette abside comme aux autres ce sont des colonnes rondes, des chapiteaux de feuillage, des modillons bizarres. Le mur du nord n’offre absolument rien à voir: la corniche est unie; les modillons sont comme des bouts de soliveaux; l’appareil est semblable à celui que l’on voit à la façade du midi; les contreforts sont peu saillans.

Ornemens de l’abside et Chapitaux de la nef de St Pierre de Melle.


Il y a peu de chose à dire de la façade qui regarde le couchant. De ce côté, depuis le bas jusqu’au haut, les surfaces sont unies: cette simplicité est seulement brisée par les cordons des fenêtres et par les contreforts. De ce côté encore se trouve une porte flanquée de deux colonnes et de deux chapiteaux, dont l’un est historié.

L’intérieur de l’église de Saint-Pierre est divisé en trois parties: c’est une croix latine, dont les piliers sont formés par des colonnes groupées par huit, et dont les bases attiques sont très remarquables; quelques-uns des chapiteaux de ces colonnes sont tout-à-fait unis, d’autres ont à leurs angles des feuilles retournées; on y voit aussi des sujets de bas-reliefs; c’est là que se trouve couché, dans son cercueil, un mort tenu par deux porteurs; un ange est placé au-dessus de lui pour recevoir son âme et l’emporter dans les bras du Seigneur. A d’autres chapiteaux, les sculpteurs ont dessiné des entrelacs, une énorme figure, un monstre, un ange aux longues ailes: on peut voir encore, à l’une des corbeilles de la nef, Adam et Eve dans le paradis terrestre. Les chapiteaux de la principale abside sont si badigeonés, qu’on y distingue avec peine des têtes d’hommes, des corps d’animaux. L’espace compris entre les travées varie de 2 mètres 40 centimètres à 2 mètres 50 centimètres.

Les voûtes de la nef sont un peu ogivales: elles n’ont point de nervures; elles sont seulement soutenues par des arcs-doubleaux qui retombent sur des tailloirs et des chapiteaux unis.

Les bas-côtés, comme dans toutes les églises romanes, sont très étroits; à droite ils ont 1 mètre 90 centimètres, 1,95 et 2,10. La largeur du latéral de gauche varie de 2 mètres 10 centimètres à 2 mètres 50 centimètres. Les fenêtres, à l’intérieur, n’ont pas le plus petit ornement. Les murs des bas-côtés sont soutenus par des colonnes rondes, dont quelques chapiteaux sont dignes d’attention. Dans le latéral de gauche, les voûtes sont en berceau et renforcées, de distance en distance, par des arcs-doubleaux assez larges: c’est à l’un des chapiteaux de cette partie de l’église que grimacent des monstres attachés par le milieu du corps; ils sont remarquables par leurs énormes griffes.

Le clocher de Saint-Pierre est placé sur le chœur: c’est un carré percé de fenêtres sur chaque face, si ce n’est du côté de l’orient, où le mur, qui a été refait, est entièrement plein. Sur les autres faces, il y a trois arcatures cintrées, deux bouchées et une ouverte. Les arcatures sont séparées par des colonnes rondes: il y en a une plus grosse à chaque angle de la tour; les chapiteaux sont variés; la corniche est unie ainsi que les voussures et les archivoltes.

Telle est la curieuse église de Saint-Pierre: elle appartient presque tout entière au onzième siècle. C’est le type le plus complet, dans nos contrées, du style bysantin; outre le mérite de son architecture, elle se fait distinguer par son ensemble; on dirait que tout l’édifice a été construit par les mêmes ouvriers, et il est rare de trouver un monument religieux qui n’ait pas subi d’altération. Avant de laisser cette église, il faut visiter un tombeau placé dans le mur extérieur, du côté gauche. Longtemps les restes ensevelis dans cette tombe furent négligés: ils étaient dans le cimetière voisin de l’église; mais enfin Jacques-René-Marie Aymé, élu capitaine-bachelier en 1808, les ayant fait transporter sous les voûtes de Saint-Pierre, leur consacra les 14 vers qu’on va lire:

QUEM TEGIT ALBENTI TUMULO LAPIS ISTE SEPULTUM?

NON OMNIS PERIIT, QUAMVIS POST FUNERA MELLÆ,

NEC SOBOLEM CÆLEBS, NEC NOMEN LIQUERIT ULLUM;

VIVET IN ÆTERNUM SOLEMNI MUNERE NOTUS,

VERE NOVO, QUOTIÈS VETERUM DE MORE PARENTUM

INUPTI JUVENES, LEGATA AD PRATA VOCATI,

TER SALICE OBLATA, REGEM SACRARE PARABUNT;

ET QUOTIÈS AD FESTA, CHORIS SALTANTIBUS IBIT

ÆQUALES DUCENS VIRGO REGINA PUELLAS,

NOS MEMORI AD TUMULUM VENIEMUS VOCE CANENTES:

SALVE, 0 LÆTITIÆ DATOR, 0 PATER ALME JOCORUM,

SALVE ITERUM; DUM VINA VIRI CHOREASQUE JUVENTUS,

DUM PATRIAM CIVES, DUM PROLEM MATER AMABIT,

SEMPER ERUNT CELEBRATA PIÆ TUA MUNERA MELLÆ.

Telle est l’inscription que l’on voit sur les restes du fondateur de la bachelerie de Melle. Tout ce qu’on sait de lui, c’est qu’il était riche, et qu’en digne représentant des temps passés, son âme indépendante et libre se livrait avec une égale ardeur aux joies de la terre et aux croyances religieuses; aussi, dans son testament, les hommes de la prière et les hommes de l’allégresse ne furent point oubliés; dans ses largesses il leur légua tout: aux uns sa fortune entière; aux autres le produit d’un pré, qui par la suite porta le nom de Bachelier. C’est dans ce pré que se réunissent, chaque année, les jeunes gens du pays: là, le héros de la fête écoulée se promène, une branche d’arbre à la main, sans toutefois l’offrir à personne; mais celui qui veut remplir le vœu du fondateur, saisit le rameau, le fixe en terre, fait dire une messe le jour de la Pentecôte; et, ce devoir accompli, tous les jeunes gens se livrent aux plaisirs de la danse. Si, une fois seulement, les cérémonies consacrées par l’usage n’étaient pas observées, la fondation ne pourrait plus exister: c’est ainsi qu’à la fin du dix-huitième siècle, les jeunes filles de Melle ont perdu, par leur négligence, le droit qu’elles avaient à une charretée de foin dans le pré Bachelier; ce foin servait à payer les joueurs de violon.

Le nom de bénédictin, qui se rencontre si souvent dans les Annales poitevines, doit se répéter encore au sujet de Saint-Pierre-de-Melle, car cette église était celle d’un prieuré desservi par les disciples de Saint-Benoît; aujourd’hui, il ne reste plus rien de leur antique demeure, elle a disparu durant les guerres de religion sous la main de ces hommes qui ont tant détruit et qui n’ont pas craint de s’attaquer à la statue du Christ dont j’ai raconté l’état déplorable; c’est par eux que la tête du Sauveur a disparu de la porte de Saint-Pierre, c’est par eux qu’ont été mutilés les deux anges qui sont à ses côtés, c’est alors aussi que la tour a perdu le toit pyramidal qui s’élevait au-dessus d’elle.

Ücretsiz ön izlemeyi tamamladınız.

Türler ve etiketler

Yaş sınırı:
0+
Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
357 s. 63 illüstrasyon
ISBN:
4064066318307
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
İndirme biçimi:

Benzer kitaplar