Kitabı oku: «Essai sur le paysage»
Charles-Louis-François Le Carpentier
Essai sur le paysage

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066337971
Table des matières
AVANT-PROPOS.
INTRODUCTION.
DE L’ORIGINE DU PAYSAGE.
DU PAYSAGE EN GÉNÉRAL.
Division des différents genres du Paysage.
Des dispositions et de la manière d’étudier le Paysage.
Méthode pour se règler dans le cours de ses études.
Les Saisons et les Heures du jour.
Manière d’envisager un site et de se placer pour le bien rendre.
Le genre héroïque.
DE LA MER ET DE SES EFFETS.
LES SAISONS.
LE PRINTEMPS.
L’ÉTÉ.
L’AUTOMNE.
L’HIVER.
LES ARBRES.
DES ROCHERS, DES MONTAGNES ET DES EAUX.
DU CIEL ET DE L’EAU.
Diverses manières de dessiner et de peindre le Paysage.
L’étude du Dessin.
Le Lavis.
L’Aquarel.
La Gouache.
La peinture à détrempe ou à la colle.
La Peinture à l’huile.
Le Pastel.
NOTICES SUR LES PEINTRES DONT LES NOMS SE TROUVENT CITÉS DANS CET OUVRAGE.
AVANT-PROPOS.
Table des matières
J’ÉTAIS loin de penser, quand j’ai recueilli les divers fragments qui forment cet Essai sur le paysage, fruit de plusieurs années d’études et d’observations, qu’il serait destiné à voir le jour. Je n’avais travaillé que pour ma propre satisfaction et pour m’instruire moi-même dans un genre que j’aimai dès mes plus tendres années, et qui a fait les délices de ma vie.
Des amis auxquels j’en avais lu quelques morceaux, m’engagèrent à le publier; mais occupé depuis long-temps d’un autre Ouvrage sur la peinture, beaucoup plus étendu, j’avais laissé celui-ci pour donner tous mes soins au premier qui touchait à sa fin
Enfin sollicité de nouveau, je me suis décidé à le faire paraître. J’ai cru devoir céder aux instances de mes amis qui m’ont assuré qu’il peut devenir de quelqu’utilité aux personnes qui veulent cultiver le genre du paysage, et sur-tout aux amateurs qui habitent la campagne, comme étant plus à portée de vérifier mes remarques et d’adopter, s’ils le jugent à propos, mes observations, lesquelles sont fondées sur une longue expérience.
J’ai fait en sorte de parler le plus clairement possible d’une partie des arts dans laquelle il est indispensable d’employer souvent les termes techniques assignés à l’art de la peinture.
J’ai cru aussi qu’il ne serait pas; inutile de placer à la fin de l’ouvrage une courte notice, ou nomenclature historique des peintres qui se trouvent cités dans le cours de cet Essai.
On ne sera peut-être pas faché de faire connaissance avec des hommes qui ont acquis de la célébrité, et d’apprendre par quels moyens ils sont arrivés à la perfection.

INTRODUCTION.
Table des matières
C’EST en présence de la nature, c’est au milieu de la campagne, que j’essaie de tracer ce faible Ouvrage, fruit de mes loisirs.
Je vais parler du paysage, l’un des genres si intéressants de la peinture, le paysage qui s’empare en souverain de toutes les richesses de la nature, qui semblent créées pour lui y ce genre qui étend son domaine sur le globe entier, et qui forme une des plus belles parties de l’art de peindre.
ESSAI
SUR
LE PAYSAGE.
Table des matières
DE L’ORIGINE DU PAYSAGE.
Table des matières
LES Anciens paraissent s’être peu livrés à peindre des paysages, si l’on en juge par leurs productions en peinture échappées aux ravages du temps et aux diverses causes qui ont hâté leur destruction.
Il n’est guères possible de se former aucune idée de leur goût en ce genre, par les fragments découverts dans les Catacombes, dans les ruines des principaux édifices de Rome, ainsi que dans les fouilles faites à Herculanum et à Portici; le peu de paysages qui s’y rencontrent, ressemblent bien plutôt à des fictions mensongères qu’à l’imitation de la nature ou à la représentation des sites qu’ils ont habités.
On n’y trouve nuls plans, nulles proportions, et aucune connaissance de la perspective. Les conceptions des anciens en ce genre semblent être une imitation du goût égyptien ou même du goût indien, par les rapports qui se trouvent avec les idées connues de ces peuples; on y pourrait trouver peut-être quelque ressemblance avec les peintures des Chinois. Ce sont plutôt des espèces d’arabesques où une architecture idéale se trouve groupée avec quelques arbres de formes bizarres, et à des figures d’animaux qui nous sont également étrangers.
A peine découvre-t-on des traces de paysage au moment de la renaissance des arts en Italie. Ce n’est que vers le quinzième siècle que l’on commence à apercevoir quelques paysages, encore sont-ils maigres, d’un faire sec et remplis, de détails minutieux: on en peut juger par les fonds de paysage employés dans les tableaux des meilleurs peintres d’histoire de ce siècle. Les ouvrages du premier âge de Raphaël lui-même en ce genre sont pleins de petites formes et de maigres détails.
Le genre du paysage était à peu près inconnu ou très-négligé en France, tandis que l’Italie, la Flandre et la Hollande pouvaient se vanter de posséder des peintres qui avaient déjà fait des progrès dans ce genre.
En Lombardie, le Giorgion, le Titien, le Mutian peignirent des paysages de la plus belle couleur. Chez les Flamands, Jean Schoorel entreprit le voyage de la Syrie et de la Terre-Sainte pour y faire des études dont il enrichit par la suite ses tableaux. Pierre Breughels, dit le vieux, fut aussi un des premiers paysagistes connus de l’école de Flandre. Vanden-Velde le vieux, et le premier de cette longue famille d’artistes du même nom, Bartholomée Bréemberg, Elsheimer, Paul Bril et plusieurs autres de la même école portèrent en Italie un talent déjà formé pour le paysage, qu’ils y furent perfectionner: ces trois derniers restèrent dans ce beau pays où l’étude des monuments antiques leur donna un grand goût de paysage. On ne peut reprocher à ces premiers paysagistes que l’usage trop abusif du bleu et du vert, qui répand dans leurs tableaux une sorte de crudité.
Les Carraches, le Dominiquin et l’Albane se distinguèrent aussi à Rome et à Bologne par des paysages d’un style mâle et large en même temps. Peut-être moins observateurs des détails de la nature que des grandes masses et du grandiose qu’elle leur présentait, également admirateurs du Titien, ils suivirent la route que leur avait tracée ce grand maître du coloris. Salvator Rosa, l’un des peintres peut-être le plus original de l’Italie, étonna par la grande manière de ses tableaux de paysages, qui tenaient de la bizarrerie et de la singularité de son caractère; tout ce qu’enfanta Salvator fut grand et majestueux; ses arbres d’un style noble avaient un grand caractère, son feuiller large et bien touché, ses rochers qui paraissent inaccessibles à l’homme, sont d’une forme gigantesque et d’un aspect extraordinaire.
A la renaissance des arts en France, on ne vit point de paysagistes parmi les peintres venus d’Italie; le genre seul de l’histoire parut avec toute sa splendeur dans les sublimes conceptions des peintres florentins que François Ier. avait appelés à sa Cour. Le Primatice le Rosso, Andre del Sarte, et beaucoup d’autres de la même école, nourris des grands principes de Michel-Ange, avaient donné aux peintres français, dans le genre de l’histoire, l’exemple du beau et du sublime, dont le bon goût se serait conservé sans les désastres des règnes suivants qui en firent perdre jusqu’à la tradition.
Qui n’est intimement persuadé que, sans les malheurs politiques du seizième siècle, l’école française n’eut pas conservé le faisceau de lumières apporté d’Italie par ces hommes célèbres?
Ce fut vers le règne d’Henri IV que la France vit paraître les premiers peintres en paysages; mais ces artistes affectèrent dans leurs tableaux un goût verdâtre et monotone qui, dans la suite, a poussé au noir.
Sous le règne suivant, plusieurs paysagistes de l’école de Flandre s’arrêtèrent à Paris en allant visiter l’Italie, c’est ainsi qu’Herman Swanevelt, Van Goyen, Vander Kabel et autres peintres du même pays, laissèrent des souvenirs bien intéressants dans le genre du paysage.
Louis XIII, qui aimait les arts, excité par la vue des chef-d’œuvres de ces artistes passagers, résolut d’en fixer en France, Il fit venir de Bruxelles l’un des plus habiles paysagistes de l’école flamande, Jacques Fouquieres, lequel se rendit aux ordres du Monarque dont il fut comblé de biens. Le Roi l’ennoblit, lui donna la direction des embellissements de ses palais et de ses maisons royales. Les lambris du Louvre furent ornés de ses paysages, qu’il exécutait d’une manière large et avec un certain grandiose: ses sites étaient simples, mais traités avec noblesse; souvent il prenait plaisir à représenter des entrées et des sorties de forêts. Il avait l’art d’agrandir ses masses, de varier ses lignes, de donner à ses arbres un caractère grand et majestueux; le temps et la fumée avaient déjà fort endommagé les tableaux de Fouquieres, auxquels, à l’exemple de Breughels son maître, on pouvait aussi faire le reproche d’avoir un peu abusé du vert et du bleu. Les tableaux de Fouquieres ont totalement disparu par les changements opérés dans les salles du vieux Louvre. Ces appartements ont été changés en superbes et vastes galeries, où ont été conservés les chef-d’œuvres en sculpture de la Grèce et de Rome. Ce maître n’est plus guères connu que par quelques tableaux de chevalet et par les eaux-fortes qu’il a gravées d’après ses tableaux, ainsi que par les estampes qu’en ont laissées plusieurs graveurs contemporains, lesquelles se conservent avec soin dans les porte-feuilles des curieux.
Fouquieres eut la gloire de former à Bruxelles un élève distingué, Jean-Baptiste Champagne, qui était parvenu à l’égaler dans le paysage,
Plusieurs autres grands paysagistes de la même école vinrent successivement à Paris et enrichirent de leurs productions les galeries du Roi et les cabinets des riches particuliers. A cette époque, le Poussin faisait l’admiration de l’Italie par ses sublimes conceptions en paysages héroïques, dont il envoyait partie en France à ses amis et aux plus célèbres amateurs de Paris, qui seuls jouissaient de ces merveilles de l’art, mais qui n’opérèrent rien pour l’avancement de l’école dans le genre du paysage.
Laurent de la Hyre, peintre d’histoire, renommé, s’occupa un des premiers à peindre le paysage; ses tableaux approchèrent de ceux du Lorrain pour le style et l’effet surprenant.
Sous le règne suivant, dans ce siècle de merveilles en tous genres, parurent quelques paysagistes nationaux. Jean Forest se distingua dans le genre du paysage; mais ce peintre qui avait été à Venise pour étudier les ouvrages du Titien, du Giorgion, et plus encore inspiré par la couleur vigoureuse de Lafosse son beau-frère, voulut imprimer à ses paysages des tons chauds et dorés qui tenaient plus à l’idéal de l’art qu’à la nature. Les tableaux de Forest ont poussé au noir, peut-être par l’emploi de mauvaises couleurs. Ce peintre composait ses paysages d’une grande manière, car tout fut grand dans ce siècle; ses sites étaient d’un style noble et très-variés, il les embellissait par de beaux monuments d’architecture. On regrette de ne plus jouir, après un siècle, des productions de cet habile homme, que l’on ne rencontre que rarement, mais dont le nom, rappelé par quelques gravures de son temps, se trouve dans les annales des arts et dans le souvenir des curieux.
Plusieurs autres paysagistes français s’occupèrent en même temps de ce genre de peinture; mais presque tous leurs tableaux éprouvèrent le même sort, ou furent destinés pour la plupart à décorer les palais, d’où la mode qui régit tout à son gré ne tarda pas à les bannir; ainsi disparurent en France, en Hollande, en Flandre et en Allemagne, beaucoup de chef-d’œuvres dans le genre du paysage.
Francisque Milet, peintre très-habile, arriva d’Anvers à Paris, fort jeune encore, où la vue de quelques tableaux du Poussin parut fixer son goût. Il copia tout ce qu’il put rencontrer de paysages de cet artiste sublime, et parvint tellement à l’imiter que souvent ses tableaux furent pris pour ceux du Poussin. Je reviendrai sur ce peintre dans le courant de cet ouvrage.
Un autre grand paysagiste de la même école, Vander-Meulen, fut appelé à Paris par Louis XIV.
Lebrun premier peintre du Roi, fut chargé d’aller à Bruxelles, pour engager le célèbre Vander-Meulen à se rendre auprès du Monarque, qui le reçut avec toute la bonté et tout l’intérêt qu’il témoignait aux hommes d’un mérite distingué.
Vander-Meulen, jeune encore, brillait déjà dans le genre du paysage qu’il avait l’art d’orner de chasses et de marches de cavalerie; on sait que Vander-Meulen dessinait et peignait parfaitement les chevaux, Lebrun plein de la gloire du Roi son bienfaiteur, et qui se connaissait en grands talents, trouva dans le jeune Vander-Meulen un peintre digne de perpétuer les conquêtes du Monarque, il le présenta à Louis XIV en qualité de peintre de batailles. Le Roi l’aima toujours, le combla de biens et d’honneurs. On sait que les chef-d’œuvres de ce grand peintre firent l’ornement de toutes les maisons royales: les salles de l’Hôtel des Invalides répétèrent les exploits du Roi conquérant aux yeux des braves qui y avaient contribué.
Une famille entière de paysagistes honora ce siècle d’une quantité prodigieuse de compositions pleines de génie; Pérelle et ses deux fils dont l’œuvre monte à plus de trois mille pièces de toutes formes et de toutes grandeurs. Ces artistes, doués du génie le plus fécond, avaient été se perfectionner pendant un long séjour en Italie et s’y formèrent un excellent goût de paysage. Ils ne cessèrent d’enrichir les arts de productions charmantes, fruits de leur brillante imagination et des longues études qu’ils avaient faites dans leurs voyages.
On regrette, en considérant les beaux dessins et les estampes admirables de ces trois graveurs, qu’aucun d’eux ne se soit appliqué à la peinture, au moins ne connaît-on aucuns tableaux sous le nom de ces maîtres; peut-être sont-ils inconnus ou passent-ils sous un nom étranger.
Patel, élève du Vouet, qui fut aussi perfectionner ses talens en Italie, se fit connaître par des tableaux d’un goût suave et harmonieux, par des compositions pleines de charmes et d’un fort bon style tout à la fois. La France doit regretter la grande quantité de ses tableaux passés en Angleterre, où ils sont payés chèrement, et placés dans les meilleures collections.
Les peintres qui s’adonnèrent au genre du paysage en France dans le dix-septième siècle, l’imagination remplie des merveilles qui s’opéraient sous leurs yeux, furent loin de s’occuper de l’étude simple de la nature, ils se crurent obligés de donner un style héroïque à leurs paysages et s’abandonnèrent souvent à la fougue de leur imagination.
Les conquêtes du Roi en Hollande et en Flandre procurèrent à la France beaucoup de tableaux de paysages de ces deux écoles, mais qui, resserrés dans les galeries des Princes, et dans les cabinets des riches financiers, ne tournèrent point au profit des arts.
Cette mine féconde fut ensuite exploitée de nouveau par la spéculation mercantile. Les tableaux de ces deux écoles se vendirent en France au poids de l’or, et il fallait être fort riche pour pouvoir les acquérir. Mais loin d’augmenter le goût des amateurs pour l’école nationale, ils en furent détournés chaque jour par les marchands eux-mêmes, qui redoutaient des juges dangereux pour ce commerce inconnu.
Tout cela était peu propre à former et à encourager les paysagistes français par le peu d’accueil qu’obtenaient leurs tableaux. On vit cependant quelques artistes courageux faire paraître des paysages aux diverses expositions publiques. Le goût du paysage reprit peu à peu; de vrais amateurs de la peinture qui ne partageaient pas ces sentiments, encouragèrent les peintres de paysages.
Vernet arrive en France avec un grand talent formé pendant un séjour de vingt années en Italie. On se souvient avec quelle avidité ses ouvrages furent achetés à Rome par tous les étrangers que son assiduité au travail pouvait à peine satisfaire. Il transporte à Paris l’Océan avec toutes ses fureurs, il effraye par la vérité, l’horreur de ses tempêtes et les suites affreuses des naufrages.
Les paysages et les marines de Vernet captivèrent tous les suffrages de la nation; l’Académie royale le reçoit dans son sein. La grande facilité qu’il avait acquise par ses longues études lui fit produire une infinité de chef-d’œuvres. Les artistes, les gens de goût voulurent posséder ses heureuses conceptions. La gravure s’empresse aussitôt de les multiplier; son nom vole de bouche en bouche, la France prit de ce moment le goût du paysage et des marines.
On sait quel succès obtint la gravure de trois de ses principaux tableaux sous le burin savant de Baléchou. Tout le monde désira placer dans son cabinet ou dans son salon, la Tempête, le Calme et les Baigneuses. Jamais suite degra vures ne se répandit aussi promptement et n’obtint autant de succès. Il y a peu de maisons où l’on ne trouve ces trois estampes, qui dans la suite ont été portées à un très-haut prix.
Les ports de France ne tardèrent pas à se multiplier par les talents distingués de deux des plus célèbres graveurs du dix-huitième siècle. On les voit par tout, et rien de plus connu que les ports de France de Vernet, nom qui est passé dans toutes les bouches et que de nouveaux talents héréditaires perpétuent avec honneur.
Ce ne fut pas sans surprise que l’on vit la représentation de cet élément terrible, dont Vernet a saisi toute la vérité au point d’effrayer le spectateur.
Cet habile peintre fit passer en revue les diverses variétés de la mer; le plus beau calme parut à côté de la tempête la plus horrible.
Toutes les bizarreries de la nature furent également rendues par le talent du fertile Vernet. Il transporta sur la toile avec la plus étonnante vérité les formes diverses et l’âpreté des rochers, ces digues énormes qu’elle a placées pour arrêter les fureurs de l’Océan.
Ses compositions s’enrichirent des études qu’il avait faites de la cime élevée des Alpes et des Apennins, où se forment les cataractes qui s’échappent du haut de ces montagnes inaccessibles et retombent avec fracas dans des gouffres profonds. Des villes de formes pittoresques, de superbes aqueducs et les plus beaux monuments de l’antiquité contribuèrent à varier ces scènes immenses auxquelles le pinceau de cet habile peintre a imprimé un si grand caractère.
Un nouveau prodige en paysage enrichit presqu’au même moment l’école française par ses productions tout à la fois faciles, fortes et gracieuses. Un peintre très-jeune encore, venu des bords du Rhin, arrive à Paris avec un talent admirable. Il étonne tous les artistes, par la vérité, par la fraîcheur de son coloris et par la franchise de sa touche.
Loutherbourg rivalise Vernet à l’exposition de ses tableaux de marines, traités d’un genre tout différent, niais dont la vérité ne glaça pas moins d’effroi. Vernet étonna par ses tempêtes de la Méditerrannée, Loutherbourg peignit, avec une extrême vérité, toutes les horreurs de la mer Baltique.
En admirant, ses tableaux, on craint presque d’être mouillé par l’écume qui s’élève des vagues dont on croit sentir l’humidité.
Loutherbourg peignit aussi des paysages avec naïveté et d’une grande fraîcheur, ornés de scènes familières de pâtres, de troupeaux, d’animaux de toute espèce qu’il traitait avec grâce; il ne réussit pas moins dans ses tableaux de chasses et de batailles.
La gravure publia également les agréables conceptions de cet habile peintre, que l’Angleterre nous a ravi.
Le Prince, artiste dont la verve n’était pas moins féconde, arrive à Paris, de retour de son voyage en Sibérie. Il reparaît après une longue absence, avec une collection d’études et une infinité de costumes absolument nouveaux pour la France.
Ce peintre qui avait pénétré jusqu’aux bornes de l’Asie étale aux expositions du Louvre les modes, les usages, les caractères différents de cette variété de nations qui couvrent l’immense Russie, depuis la Newa, le Mont Caucase, jusqu’aux bords de la mer Caspienne, et l’on vit paraître pour la première fois les costumes civils, militaires, la représentation des cérémonies religieuses, les foires, les marchés et les exercices de ces peuples divers; tout ce que ces contrées lointaines offrent de singulier passa en revue dans les tableaux de le Prince; mais ce n’est que comme peintre de paysages qu’il doit occuper dans cet ouvrage une place distinguée.
Les premiers paysages que présenta le Prince, quoique touchés avec la plus grande finesse, se ressentaient de la teinte et de la manière de l’école qui l’avait nourri, et que ses voyages lointains n’avaient pu effacer.
Cet homme plein de génie s’aperçut bientôt qu’un coloris brillant, qu’une touche fine et spirituelle, sans la vérité de la nature, ne pouvaient lui assurer une réputation durable. Il ne veut plus voir que la nature; il achète une habitation agréable, dans une belle situation, sur les bords de la Marne, où il allait passer une partie de l’année. C’est là que, la palette à la main, il s’occupait à peindre et à observer les beaux effets qu’elle présente.
A chaque nouvelle exposition, les éloges du public vinrent couronner ses heureux efforts. Ce n’est plus le Prince arrivant de Russie, c’est l’élève de la nature que l’on admire.
Il ne manquait à ce laborieux et fertile génie qu’une meilleure santé qui, délabrée par les fatigues de ses voyages, ne pouvait lui promettre une longue existence; la mort vint le ravir aux arts encore dans la force de son âge.
Fragonard, autre peintre très-ingénieux, fait pour briller dans toutes les parties de la peinture, s’était formé en Italie un genre de paysage enchanteur.
Cet artiste, dont le pinceau saisissait toutes les formes et tous les tons, peignit avec le plus grand succès quelques jolis tableaux dans le goût de l’école flamande; il imita souvent Ruisdaal à tromper, ainsi que plusieurs autres peintres; ses imitations et ses propres paysages furent vendus très-cher, et eurent la plus grande vogue.
D’autres peintres, animés par ces nouveaux chef-d’œuvres, se livrèrent à l’étude du paysage; mais il était réservé à un artiste célèbre, nourri de la lecture des poëtes et des anciens, de régénérer le paysage historique. De retour d’Italie, où il avait formé son goût par l’étude des monuments et des beaux sites, il fait de nombreux élèves, qui, à son exemple, se sont livrés au paysage, et ont été continuer leurs études dans ce pays fertile en grands souvenirs; leurs tableaux font en ce moment l’honneur de l’école française dans le genre du paysage, qu’ils ont porté à un très-haut degré.
Plusieurs autres paysagistes français et étrangers établis en France brillent avec succès aux diverses expositions. Ainsi la France s’est emparée du sceptre du paysage, soit dans le genre héroïque, soit dans le genre pastoral ou naïf.
Je ne m’étendrai pas plus au long sur l’éloge de ces peintres, dont le public apprécie chaque jour les heureux talents.
DU PAYSAGE EN GÉNÉRAL.
Table des matières
DE tous les genres de la peinture, le paysage est sans contredit celui qui présente plus de charmes et plus d’attraits. Le paysage moins susceptible de régularité, n’exige point cette longue série d’études et de principes exacts essentiellement nécessaires pour bien traiter l’histoire et toutes les autres parties de l’art qui ont pour objet la représentation du corps ou de la figure humaine.
Celui qui a reçu de la nature l’heureuse influence de l’observation, et cette légère teinte de mélancolie qui fait trouver le bonheur au sein de la solitude, celui qui éprouve le besoin, je dirai même une douce volupté à se trouver seul au milieu des campagnes et des bois, dans le silence de la nature, celui-là est né paysagiste.
Loin du commerce du monde, le génie du peintre de paysages s’empare de tout ce qui l’environne, la nature entière devient son patrimoine, elle paraît faite exclusivement pour lui. Tout le charme, tout l’enchante; à chaque pas, de quelque côté qu’il porte ses regards, il aperçoit de nouvelles beautés. Souvent dans son extase, on le croirait un être inanimé, quand tout à coup revenant de sa rêverie, il enrichit son porte-feuille et sa mémoire de tout ce qu’il vient d’observer.
La vie entière du peintre de paysages doit être une étude continuelle; c’est ainsi qu’il peut espérer de plaire et d’assurer sa réputation.
Il est bien difficile de ne pas se laisser entraîner au plaisir de peindre le paysage: la vue des beautés, des bizarreries même de la nature excite dans l’ame du peintre une émotion surnaturelle, une admiration auxquelles il ne peut résister, bien loin de ressembler à ces êtres froids et insensibles auxquels le ciel paraît toujours bleu, et pour qui les arbres sont uniquement verts.
Le genre du paysage a tant de charmes, que souvent, sous le beau ciel de l’Italie, on a vu des peintres livrés à l’étude sérieuse de l’histoire, qui, frappés tout à coup, et par une sorte d’enchantement, de la beauté des monuments antiques et des sites variés de cet heureux pays, se sont abandonnés par un attrait irrésistible à la représentation de ces objets pleins de délices. Combien pourrais-je citer d’exemples d’artistes qui oublièrent pour l’amour du paysage ce qui devait faire le principal but de leurs méditations!
Division des différents genres du Paysage.
Table des matières
LE paysage doit se diviser en quatre parties ou genres bien distincts, quoique désignés sous la même et seule dénomination:
1 Le paysage héroïque, qui doit occuper le premier rang, parce qu’il semble se rapprocher du genre de l’histoire, et qu’il exige de grandes connaissances de celui qui veut s’y livrer avec distinction;
2 Le genre pastoral, lequel retrace les mœurs antiques avec cette simplicité noble toutefois, dont Théocrite et Virgile ont laissé des peintures si séduisantes dans leurs divins écrits;
3 L’imitation pure et simple de la nature, telle que l’ont traitée plusieurs peintres flamands et hollandais, soit en paysages proprement dits, soit qu’ils les aient embellis par la représentation de figures ou d’animaux;
4 Le genre des marines qui a été rendu avec tant de succès et avec une effrayante vérité par plusieurs habiles peintres des mêmes écoles.
Je développerai dans la suite de cet ouvrage ce qui caractérise chacun de ces genres en particulier; j’y joindrai des exemples tirés des ouvrages des peintres qui y auront brillé au premier rang; je rendrai cette division bien intelligible, même pour les personnes qui n’exercent pas la peinture, mais qui la chérissent par goût et par un instinct naturel.
Des dispositions et de la manière d’étudier le Paysage.
Table des matières
CELUI qu’un doux penchant entraîne vers l’étude du paysage, et qui veut s’y livrer avec succès, ne doit s’attacher à aucune manière. Il doit renoncer à toute méthode d’école, j’entends lorsqu’il aura reçu les principes nécessaires pour se conduire lui-même vers l’étude et l’imitation de la nature.
Son premier soin est d’examiner de quels moyens les grands maîtres en ce genre se sont servis pour la rendre avec intérêt dans leurs conceptions, puis il doit aller à son tour prendre les leçons de ce guide de tous les arts. Qu’il profite cependant des conseils et des avis des hommes habiles, consommes dans l’art, mais qu’il copie peu de tableaux.
Le peintre de paysages doit s’attacher à scruter le faire de chaque maître, qu’il étudie sur tout les tableaux de ceux qui ont su allier heureusement une façon de peindre large et agréable avec la naïve vérité de la nature.
Je veux qu’il cherche à observer dans leurs ouvrages ce qui paraît être plus analogue à son génie, qu’il en saisisse à propos les beautés, et que, semblable à l’abeille, il se nourrisse de ce qu’il y a de meilleur dans leurs productions.
Le jeune élève doit bien se garder d’imiter ces artistes peu courageux et casaniers qui s’imaginent trouver le secret de leur art en copiant servilement et souvent avec froideur dans les cabinets et dans les galeries, les chef-d’œuvres des grands peintres qui ont acquis de la célébrité, mais par une route bien différente.
C’est ainsi que ces peintres citadins croyent pouvoir se passer du miroir de la nature, et qui devenus serviles imitateurs ne produisent que de froides copies, souvent très-imparfaites. O imitatores, Servum pecus! Peut-être obtiennent-ils l’assentiment et même l’admiration d’une certaine classe d’amateurs et de quelques coteries à la mode; mais ces tableaux loués d’abord avec exagération, vont tapisser les immenses dépôts des marchands et finissent par aider à tromper les faux connaisseurs.
Le peintre au contraire qui a eu le courage de consulter la nature, a toujours le mérite de paraître original; le paysage d’ailleurs est celui de toutes les parties de la peinture qui offre plus de variété, et auquel l’artiste studieux peut toujours assigner un air de nouveauté qui plait même au vulgaire, peu instruit.
Méthode pour se règler dans le cours de ses études.
Table des matières
LE paysagiste doit mettre beaucoup d’ordre et de soin dans ses études, et ne pas s’accoutumer, dès le commencement de sa carrière pittoresque, à ne faire que de légers croquis ou de simples aperçus des objets dont il doit conserver le fidelle souvenir.
Que d’artistes sont restés fort au dessous de leur talent et qui se seraient fait une grande réputation, pour avoir pris de trop bonne heure cette habitude d’étudier et de courir précipitamment d’objets en objets, ils ont ainsi abusé de leur facilité, pour faire en apparence une prompte et riche moisson de dessins, dont l’abondance n’a fait que les appauvrir.
Si ces études faites à la hâte et prises pour ainsi dire à la volée, meublent promptement leurs porte-feuilles, elles les mettent ensuite dans un embarras extrême, en ne leur laissant que de faibles souvenirs. Ces études dépourvues des véritables effets de lumière que donne la nature, obligent l’artiste d’en imaginer qui manquent de force et de vérité; écueil dangereux qui le conduit à la manière, et qui finit par discréditer ses ouvrages.
Cette pratique de croquer et de faire de simples aperçus ne peut convenir qu’au peintre consommé, qui a passé sa vie entière à étudier sérieusement et à toujours observer; alors la forte habitude qu’il a de la nature, lui rappelle sur un simple trait fait adroitement ce qu’il a vu; il le reporte sur la toile avec cette vérité que donnent seules l’expérience et de longues études.
Ce n’est qu’après avoir acquis cette grande habitude de la mémoire, qu’il faut user de ces moyens, mais toujours avec sobriété: on peut citer Vernet comme un prodige et comme un exemple frappant d’une mémoire extraordinaire.
Ce peintre fécond, avec un trait, un simple souvenir, faisait naître un tableau qui avait toute la vérité, tout l’effet de la nature; mais combien peu d’hommes ont reçu ce don précieux qu’il possédait au suprême degré.
L’étude de la perspective est sur-tout indispensable pour le paysagiste; elle lui sert de guide et de boussole pour le conduire, et pour placer tous les objets en une juste proportion dans les divers plans de son tableau. Elle lui sert à éviter les erreurs dans lesquelles il tomberait, sans cette science régulatrice.
On a vu de grands peintres négliger cette. étude, et croire que la vue seule de la nature pouvait servir à les guider; aussi ont-ils laissé dans leurs ouvrages des fautes impardonnables.
On ne peut assez recommander aux jeunes gens l’étude de la perspective, qui n’a de rebutant que les premiers pas que l’on y fait, mais qui procure bientôt autant de satisfaction qu’elle avait d’abord fait éprouver de dégoût à ceux qui ont eu le courage d’en surmonter les difficultés.
Combien le peintre de paysages doit observer les règles de la perspective aérienne, qui sert à répandre une illusion si douce sur les objets même les plus éloignés!
Le paysagiste doit étudier et observer toute sa vie; il ne doit jamais laisser échapper une occasion de consulter la nature: toujours le crayon à la main, il faut qu’une promenade utile soit le délassement du travail de la journée. Quitte-t-il sa palette et son atelier, le soleil couchant l’appelle à la campagne, ou sur le bord des eaux. C’est à cette heure du jour, moment du repos de la nature, qu’elle lui offre de grandes lecons d’harmonie.
Les Saisons et les Heures du jour.
Table des matières
Toutes les saisons de l’année sont propices à l’étude du paysage; elles offrent chacune une variété d’études et d’observations, qui ne laissent jamais oisif celui qui se plait à consulter la nature.
Si chaque heure du jour présente aussi divers tableaux d’une grande variété, il faut convenir cependant qu’il est des saisons et des moments de la journée dont les effets sont plus favorables à la peinture.
Le matin et le soir doivent fixer principalement l’attention du peintre de paysages. Le matin par sa belle fraîcheur, par ses beaux tons vagues et argentins; le soir par la beauté et la richesse des tons de couleur. Le milieu de la journée présente une clarté vive et générale, qu’il est assez difficile de rendre avec succès.
Est-il un spectacle plus délicieux que la moment du lever du soleil, lorsque les vapeurs qui s’exhalent de la terre se colorent d’une légère teinte de rose, dernières traces de l’aurore qui s’enfuit à la présence du soleil? A peine aperçoit-on les lointains encore enveloppés dans le vague; les arbres, les côteaux s’éclairent par degrés, et participent de cette fraîcheur qui annonce le réveil de la nature.
Le soleil encore enveloppé de nuages fait de vains efforts pour lancer la totalité de ses rayons éblouissants, dont quelques-uns percent et semblent s’échapper à travers la vapeur.
Triomphe-t-il enfin des obstacles qui s’opposent à sa clarté, les vapeurs sont dissipées, son disque radieux éclaire toute la campagne: voilà le moment du peintre. Cette scène du matin se varie à l’infini, et produit toujours de beaux effets. Les grands paysagistes d’Italie en ont souvent produit des tableaux fort intéressants; Claude le Lorrain, Herman-Swanepelt, le Guaspre, Vernet formé à leur exemple, ont rendu ce beau moment avec une vérité surprenante.
En Hollande, Berchem, Wouvermans Adrien Vanden-Velde, Carle Du jardin, Vinants, Both d’Italie, Moucheron ont, enrichi les arts de magnifiques et précieux tableaux du matin. Plusieurs paysagistes allemands, parmi lesquels il ne faut pas oublier Dyetrici, ont également réussi à rendre la fraîcheur du matin et ces tons tendres et vaporeux, si agréables à la vue. C’est dans le silence des campagnes qu’il faut saisir ces effets admirables pendant le sommeil de l’oisif et paresseux citadin.
Il est plus difficile à la peinture de rendre la vive clarté du midi, où le ciel., d’un azur pur et brillant, n’est traversé que par quelques nuages, qui par leur blancheur éblouissante ressemblent à des montagnes de neige. Il faut des ombres à la peinture, et l’on ne peut espérer d’effet à cette heure du jour, à moins que des nuages précurseurs, de la pluie, venant à obscurcir l’atmosphère, ne produisent un effet souvent très-vif et très-piquant par la lumière qui s’échappe avec vivacité à travers les masses sombres du ciel.
C’est sur-tout au moment où les nuages poussés rapidement par le vent, portent leurs ombres ambulantes sur les plaines et sur les coteaux.
Combien de fois suis-je resté en extase, tranquille observateur de ces beaux accidents de lumière, que Rembrant, Jacques et Salomon Ruisdaal ont si bien saisis dans leurs tableaux immortels,
La mémoire du peintre de paysages doit s’approprier à son tour ces effets si pittoresques, pour les retracer sur la toile.
Le coucher du soleil offre une richesse inépuisable de tons étincelants. Toute la rature se colore d’un ton violâtre et pur pure, les lointains de teintes jaunâtres et orangées vont se perdre avec l’horison qui présente un ardent foyer de lumière. Toutes les montagnes, les plaines, les diverses fabriques, les arbres ont perdu la couleur du jour pour s’emparer de la teinte du soir, et se peignent dans les eaux.
Il est à remarquer que le soir les ombres et les reflets conservent une couleur d’un vert prononcé, ce qui s’aperçoit aisément lorsque les eaux ont acquis la couleur générale du ciel. Il est facile de se convaincre de cette vérité quand un bateau ou tout autre objet se trouve sur une rivière. Les reflets répétés dans l’eau, paraissent d’un vert pur, par l’opposition du ton jaune ou orangé qui le colore.
Dans ces moments du calme précurseur du sommeil de la nature, les eaux inspirent une sorte de mélancolie douce qui plait à l’imagination du peintre qui, tout plein de ces pensées, s’aperçoit à peine de la chute du jour, si la lumière de l’astre des nuits qui déjà frémit dans l’onde en longs sillons, ne venait captiver de nouveau son attention. Le disque brillant de la lune, souvent entoure d’une auréole d’un gris jaunâtre, lorsquelle est traversée par les nuages dont elle se dégage pour paraître plus lumineuse, colore d’un ton légèrement orangé ceux qui avoisinent le plus sa lumière.
La scène est changée, tous les objets ont à peine conservé quelque légère teinte du jour.
Leurs formes se détachent sur la faible clarté du ciel, les seuls monuments qui se trouvent fortement éclairés par la lumière vive de la lune, conservent encore une partie de la couleur qui les animait dans le jour.
Plusieurs habiles peintres de l’école flamande et hollandaise se sont fait un nom distingué par leurs talents à peindre avec une très-grande vérité des tableaux de clairs de lune. Vander-Neer, hollandais, est regardé comme le plus célèbre en ce genre; plusieurs autres ont rivalisé avec lui, quoiqu’avec moins de célébrité. En France, Vernet s’est montré au premier rang dans cette partie de la peinture qu’il a su ennoblir par divers accidents de feux et par des scènes intéressantes, ce qui lui donne un grand avantage sur le peintre que j’ai cité.
Le peintre de paysage historique trouve encore ici à exercer son génie. La mort de Pyrame et Thisbé lui offre le sujet d’un intéressant tableau. Celui des visites nocturnes de Diane près de son cher Endymion est du plus grand intérêt pour le paysagiste dont le génie sait s’emparer des charmantes illusions de la fable et de la poësie.
Manière d’envisager un site et de se placer pour le bien rendre.
Table des matières
LORSQUE l’on veut dessiner un paysage d’après nature, il faut éviter d’en placer le point de vue trop élevé, ce qui est moins agréable que lorsqu’il se trouve à la hauteur de l’œil du dessinateur, à l’horison, où il faudrait le supposer placé sur une haute élévation qui lui laisserait apercevoir une très-grande étendue, et par conséquent le point de vue deviendrait très-élevé.
Il est des circonstances où l’on est obligé d’entreprendre de ces sortes de dessins; mais il est un juste milieu à garder, car si l’on plaçait ce point de vue beaucoup trop haut, il ne resterait que peu ou point de place pour le ciel, ce qui deviendrait alors un plan topographique, et il faut y être absolument obligé pour entreprendre de semblables points de vue.
Le succès d’un paysage dépend souvent de la manière dont le peintre l’a d’abord envisagé sur la nature. Tel site tres-simple, qui, au premier aperçu, n’offre rien de saillant ni de pittoresque, lorsqu’il est rendu par un artiste bien inspiré, produit souvent un tableau plein d’intérêt. Un simple tertre, éclairé vivement des rayons du soleil, soutenu de quelques masses d’arbres, une pauvre cabane, se font admirer lorsqu’ils sont rendus avec vérité.
Presque la totalité des tableaux de Ruisdaal et d’Hobbéma qui sont la traduction naïve et fidelle de la nature, produisent un certain charme qui enchante,; on ne peut se lasser d’en admirer la franchise et la naïveté, quoiqu’ils ne présentent rien qui parle à la pensée; mais ces peintres ont su se placer du côté favorable; ils ont saisi à propos les beaux effets de lumière sans lesquels on manque totalement le but de la peinture.
Il est d’autres peintres de l’école flamande qui ont trouvé l’art de répandre un plus vif intérêt dans leurs productions par la représentation en grand des vues simples mais très-étendues de ce pays. Van-Artois et son élève Huysmans, de Malines, brillent au premier rang dans les tableaux de paysages d’une très-grande proportion et d’une grande étendue de pays. Ces géants de la peinture ont introduit dans leurs tableaux des accidents de lumière admirables, qui y répandent une vivacité et des effets surprenants.
Leur manière de peindre, sur-tout celle d’Huysmans, est large, facile et moelleuse. Ce peintre réussit particulièrement à représenter les terres écorchées par le passage des torrents, où le jaune et le blanc mêlés au gris du silex, se disputent la lumière du soleil. Des arbres à demi-déracinés, suspendus par la pointe de faibles racines, des plantes de toute espèce couronnent ces masses argilleuses et y laissent pancher leurs différents feuillages mêlés aux ronces et aux lianes pendantes sur la terre.
Tout ce que la campagne produit en grandes plantes meuble les premiers plans de leurs savants tableaux. Il est peu d’ouvrages de ces maîtres dont la vue ne fût utile aux jeunes peintres qui se destinent à l’étude du paysage; je les appellerais presque des dictionnaires universels à l’usage de cette partie de la peinture.
Combien les bords des rivières, les canaux, les prairies, les forêts, les plaines, les vallées, ou l’œil s’égare à l’infini, n’offrent-ils pas d’intéressantes études? Les grandes forêts, séjour du silence et de la mélancolie, présentent à chaque pas des aspects toujours pittoresques, sur-tout lorsque les rayons du soleil venant à percer leur obscurité, frappent de sa brillante lumière des groupes d’arbres aussi vieux que le monde, et qui se présentent sous mille formes différentes.
Quoi de plus enchanteur que l’aspect d’une vallée où les côteaux se suivent, s’enchaînent et se croisent à perte de vue, et auxquels le lever et le coucher du soleil prêtent toujours des formes variées et piquantes? Le cours sinueux des eaux qui la traversent, semble souvent se dérober à l’œil pour reparaître plus brillant par l’éclat du soleil.
A chaque pas le paysagiste trouve des jouissances nouvelles. Quel plus vaste champ que ces immenses prairies couvertes de nombreux troupeaux, dont les couleurs variées se détachent si agréablement sur le gazon verdoyant! Quelles études pour le peintre qui se plait à observer le mouvement, le repos, les attitudes différentes de ces paisibles créatures de formes si pittoresques, placées sur la terre pour les besoins de l’homme!
Qu’il est heureux celui qui loin du commerce du monde, sait trouver une douce satisfaction au milieu des troupeaux étonnés de sa présence! Vous sûtes en jouir délicieusement, peintres célèbres et laborieux l’honneur de l’école hollandaise, qui avez brillé au premier rang dans cette partie de la peinture, Paul Potter, Adrien Vanden-Velde, Carle Dujardin, jeunes peintres si célèbres, qui fûtes enlevés aux arts à la fleur de votre âge!
Berchem, le favori de la nature, qui trouva l’art de répandre tant de grâces sur un genre qui en paraissait le moins susceptible, ce peintre fécond peignit peut-être avec moins de naïveté que les trois premiers, mais il eut l’avantage d’ennoblir ses compositions par la présence de vastes monuments, de rochers de formes pittoresques, par des détails riches de touche et de couleurs, terminés par des fonds de la plus grande étendue, joints à l’entente parfaite de la perspective aérienne. Ajoutez aux talents de Berchem l’art de peindre les ciels avec une légèreté et une vapeur qui enchantent, et de donner à ses nuages les formes les plus variées: on pourrait joindre à ces noms célèbres ceux de Roos, de Van-Romayn, de Van-Blom, qui se sont adonnés avec succès au même genre.
Ces heureux peintres trouvèrent le bonheur dans la pratique de leur art, la plupart d’entre eux vécurent peu connus et assez mal récompensés; mais la postérité les a déjà vengés de l’oubli de leur siècle. La première jouissance de l’artiste est dans la pensée de plaire et de faire éprouver aux autres les vives sensations qu’il a déjà savourées lui-même; car, n’en doutez pas, les amis des beaux arts et de la nature applaudiront d’autant plus à vos efforts qu’ils la retrouveront entièrement dans vos productions.
Si la Hollande eut ses peintres d’animaux, on vit aussi sur le sol brûlant de l’Italie un artiste ingénieux et plein de verve, embrasser le même genre avec des moyens tout différents.
Le Benedette Castiglione se fit une gloire immortelle par la manière savante avec laquelle il peignit des animaux de toute espèce. Son génie plein de feu et d’enthousiasme en ennoblit les formes différentes, il les introduisit dans des sujets d’histoire où souvent ils jouent le principal rôle, et il assigna pour ainsi dire à ses animaux un caractère tout à fait historique.
On dirait en examinant les tableaux du Benedette, qu’il les composait la Genèse à la main. Son génie pénétré des antiques traditions patriarcales des premiers âges du monde, et de la pensée de ces hommes fortunés qui trouvaient le bonheur au sein d’une vie nomade et paisible, environnés de leurs troupeaux, leur unique richesse, les a peints avec la plus grande vérité.
On croit les voir gravir encore les sentiers tortueux des montagnes de la Mésopotamie, ou traverser les plaines immenses de la fertile Egypte. C’est ainsi que l’imagination du peintre et du poëte a le droit de tout embellir, même les objets les plus simples, lorsque le génie sait leur imprimer une sorte de grandiose et de majesté.
........... Pictoribus atque poëtis
Quidlibet audendi semper fuit œqua potestas.
Plusieurs siècles avant le Benedette, des peintres vénitiens, les Bassans, avaient fait preuve de grands talents dans la représentation d’animaux de toute espèce, et dans le genre vraiment pastoral.
Le genre pastoral ou naïf peut se diviser en deux parties: la première, des peintres qui, nourris de la lecture des poëtes champêtres, se sont adonnés à représenter des scènes de bergers à la manière antique. Ce genre se rapproche assez souvent du genre historique.
Stella parmi nous est le meilleur peintre du style pastoral. Ses tableaux sont des modèles en ce genre, et il parut inspiré par les Églogues de Virgile. Stella semble s’être transporté au siècle où le Cygne de Mantoue chantait sur sa lyre les hymnes champêtres des bergers d’Italie. On croirait le voir, composant ses tableaux, assis parmi eux sous l’épais feuillage d’un vieux hêtre.
Il n’a pas moins mis de grâce à peindre les fêtes, les cérémonies des villageois italiens où. règne un style simple, naïf et noble tout à la fois.
Il est d’autres tableaux qui tiennent le milieu entre le pastoral et le genre naïf de la nature. Ceux de Claude le Lorrain, le père de l’harmonie, semblent se présenter d’abord comme les vrais modèles de ce genre mixte. Ce grand peintre qui doit être regardé comme le Raphaël du paysage, a trouvé le moyen d’ennoblir ses ouvrages par la représentation de grands monuments d’architecture, auxquels il sut allier toute la simplicité et toute la vérité de la nature. Personne n’a porté comme lui au suprême degré la dégradation des couleurs et la science de la perspective aérienne. Tout est grand, tout est noble dans les tableaux du Lorrain, ses conceptions ont toujours un air de mélancolie qui porte à une rêverie douce et agréable.
Herman d’Italie et le Bourguignon, ses élèves, doivent se placer à côté de lui, ces deux peintres ayant souvent approché de leur maître. On pourrait y joindre Patel le père, élève du Vouet, dont les ouvrages respirent la simplicité des mœurs antiques.
L’autre genre pastoral ou naïf est celui dont les écoles flamande et hollandaise nous ont laissé de beaux modèles. Leurs tableaux enchanteurs, quoique très-simples, intéressent le spectateur par l’exacte imitation de la nature, la belle couleur et l’effet admirable du clair obscur. Paul Potter, Carle Du jardin, Adrien Vanden-Velde, Berchem, Wouvermans, Pynaker, Asselin, Jean et André Both, Jean Miel, Everdingen, Corneille Poelembourg, Pierre de Laar, Albert Kuip, brillent parmi une foule d’habiles peintres des mêmes écoles.
Je place Jacques et Salomon Ruisdaal à la tête de ceux qui ne se sont uniquement attachés qu’à la plus fidelle imitation de la nature, sans y avoir presque rien changé. Les objets les plus simples leur ont fourni de délicieux paysages; souvent ce n’est qu’une portion de terrein lumineux, opposé à un ciel chargé et couvert, soutenu d’arbres d’un ton brillant et vigoureux; tantôt c’est une simple chute d’eau qui s’échappe à travers les ronces et les cailloux; ici c’est un moulin de couleur argilleuse qui se détache sur un ciel clair et argentin, à travers duquel brille le plus bel azur. Ces deux peintres et quelques-uns de leurs imitateurs se sont uniquement occupés de traduire la nature telle qu’elle se montrait à leurs yeux; ils n’ont pas même songé à orner leurs tableaux de figures ni d’animaux, et ont souvent été obligés d’avoir recours à des mains étrangères.
Je me suis bien gardé de placer Herman Swanevelt, quoique né en Hollande, sur la même ligne des peintres de cette école, avec Ruisdaal et tous ceux qui se sont adonnés à la simple imitation de la nature. Herman, ayant passé sa vie entière en Italie à dessiner et à méditer les monuments et les beaux sites, avait acquis un style bien plus élevé que ses compatriotes. J’ai parlé dans ma Galerie de cet habile peintre dont l’œuvre considérable est répandu dans tous les porte-feuilles des amateurs et dans les principales collections.
Si le genre pastoral veut être traité avec une sorte de noblesse, avec cet instinct naturel qui n’est autre chose que le goût, ce tact délicat accordé à un très-petit nombre d’hommes, quelles études et quelles réflexions ne doit pas faire le peintre que son génie destine à représenter les grandes scènes de la nature?
Quelles observations pour bien rendre ces masses imposantes de montagnes et de rochers qui semblent placés sur le globe pour fixer l’admiration et faire l’étonnement de l’homme! Que d’études pour parvenir à dessiner ces vastes débris auxquels les peuples anciens ont assigné tant de grandeur et de majesté! Avec quel art il faut traiter les différentes espèces d’arbres, indiquer la variété, les formes, la couleur qui les caractérisent et qui les distinguent les uns des autres! Combien il faut d’adresse et de discernement pour bien combiner les lignes, les varier, afin d’ éviter la monotonie et la répétition des mêmes formes dans un genre qui n’a droit de plaire qu’autant qu’il se rapproche le plus de la nature; on sait qu’il veut être traité avec noblesse, et qu’il ne peut souffrir de médiocrité Le peintre, au contraire, qui se borne à la simple imitation de la nature, est toujours sûr de plaire par la vérité des détails, l’œil de l’homme le moins connaisseur, étant accoutumé à comparer des objets semblables à ses tableaux: mais on a droit d’exiger bien plus de celui qui se livre au genre héroïque.
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