Kitabı oku: «Paris-médaillé»
Charles Virmaître
Paris-médaillé

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066323110
Table des matières
PRÉFACE
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
CONCLUSION
APPENDICE
SALON DE 1673
SALON DE 1868
SALON DE 1871.
SALONS DE 1871. A 1881.
SALON DE 1881 A 1889
SALON DE 1889
SALON DE 1890
SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS
1890 EXPOSITION DES ARTISTES INDEPENDANTS
SOCIÉTÉ NATIONALE DES BEAUX-ARTS
SOCIÉTÉ NATIONALE DES BEAUX-ARTS
TABLE DES NOMS CITÉS

PRÉFACE
Table des matières
EN 1841, 1842, le quartier Popincourt était un centre exclusivement ouvrier, il formait une ville dans la ville; aux heures des repas, surtout, le tableau était des plus pittoresques.
Tous les trottoirs étaient envahis par les apprentis mécaniciens, les tireurs de papier peint et les rattacheurs des filatures et usines du quartier.
Tout ce petit monde de travailleurs, mâles et femelles, étaient étendus, en long, en large, sur les dalles, en haillons, nus-pieds, barbouillés de noir, de vert, de rouge, mangeant stoïquement, quelque temps qu’il fit, des pommes de terre frites ou des trognons de salade de romaine, sans assaisonnement.
On ne pouvait faire un pas sans être accueilli par des lazzis, des quolibets salés, essentiellement parisiens, ces messieurs et ces demoiselles étant la fine fleur des Titis du boulevard du Temple, les habitués des Funambules et du Lazzari.
Quand je passais pour me rendre à l’école — trois francs par mois, s’il vous plaît — mon petit panier d’osier au bras, contenant deux tartines de raisiné, de graisse d’oie ou de mélasse, pour ma journée, les gamins, malgré qu’ils fussent habitués à me voir circuler, chaque jour, à la même heure, me criaient:
— Ohé ! v’là l’décoré qui passe, il a un autre ruban!
Et comme, pour plus de commodité (il n’y avait pas de bonne à l’école), ma culotte était fendue par derrière, ma chemise souvent passait, les gamines effrontées ajoutaient:
— La nappe est mise, c’est pas chouette pour porter la croix!
Moi, je passais fièrement, sans daigner détourner la tête; le morceau de fer-blanc attaché sur ma blouse me faisait croire supérieur à ces pauvres petits.
Pourquoi donc avais-je toujours la croix?
Mon père était établi forg0eron, les terrains alors n’étaient pas chers, ma mère élevait des poules, des canards, des lapins; chaque samedi, dans mon panier, elle y glissait quelque chose qu’elle envoyait à la maîtresse d’école, et, le soir... j’avais la croix.
C’était vraiment prodigieux, et je m’explique l’étonnement des apprentis; six œufs, la croix de sagesse; la douzaine, la croix d’écriture; la moitié d’un lapin, la croix d’histoire; le lapin entier, la croix de mérite; un poulet, la croix d’excellence; j’avais donc la croix chaque semaine et j’avais six ans!
Ma mère avait fini par prendre la chose au sérieux, elle ne voulait pas croire que ses petits cadeaux fussent pour quelque chose dans la distribution des croix aux écoliers; elle attribuait cette distinction à mon mérite exceptionnel, je passais dans le quartier pour un petit phénomène, et quand mon brave homme de père, le dimanche, m’emmenait au Lapin sauté ou au Sureau sans pareil, il me montrait avec orgueil à ses camarades d’atelier, en leur disant:
— C’est mon fils!
Tout comme le père Léotard. au Cirque d’hiver.
Ce souvenir lointain m’est revenu en mémoire, en lisant les polémiques ardentes soulevées par l’incident Bouguereau-Meissonier.
Des médailles!
Pas de médailles!
Des médailles, dit M. Bouguereau, pour ceux qui ont besoin d’être encouragés et désignés à la foule par les suffrages d’artistes éminents.
Pas de médailles disent MM. Meissonier et son comité, parce que... nous les avons toutes!
Tous ont raison.
Cette question des médailles, qui n’a l’air de rien en elle-même, est très importante; elle touche au caractère français d’une façon intime.
Est-ce que depuis l’enfant qui se croit un dieu avec sa croix en fer-blanc, jusqu’à M. Meissonier, qui s’imagine, par la grand-croix de la Légion d’honneur, avoir été récompensé pour tous les artistes français, tous n’ont point besoin d’une distinction pour des intérêts différents?
Mon Dieu si.
Il n’y a qu’un malheur, c’est que le ruban est devenu une monnaie entre les mains des gouvernements, qui récompensent le plus souvent, par ce moyen économique (une simple signature), de honteux services et rarement le mérite.
Je ne parle pas de l’armée.
A moins de réformer de fond en comble la société et de déclarer que celui qui ne sera pas décoré sera le seul distingué ; je ne vois pas l’intérêt qu’il y aurait pour personne à abolir les distinctions honorifiques.
Il ne faut, d’abord, pas confondre une distinction accordée par un ministre, sur des sollicitations pressantes, à des protections puissantes, avec les médailles décernées aux artistes, pour ainsi dire publiquement.
Ce ne sont pas les critiques d’art qui désignent les œuvres des artistes au jury ni qui les imposent au public, au monde des connaisseurs.
En matière d’art, la critique s’est avilie par son mercantilisme, trop connu des tributaires, et pas assez, malheureusement, du public, de la masse.
La critique ne sert pas à grand’chose. surtout depuis l’effroyable multiplication des journaux et de la facilité qu’il y a de s’y introduire pour y faire le Salon surtout si c’est à l’œil.
Le Salon écrit est devenu une réclame.
Un artiste préfére dans le Figaro, à qui on accorde une valeur à cause de sa publicité, deux lignes malveillantes, que vingt-cinq lignes dans le Petit Journal et dix lignes dans le Soleil, que cent lignes dans la Presse!
C’est donc bien de la réclame pure et simple!
Je sais bien que les critiques répondent, pour justifier leur existence et prouver leur utilité :
— Mais Manet ne serait pas connu,. Claude Monet n’aurait pas un nom, sans la presse.
Question plus que discutable, parce que les artistes compétents, qui le sont assurément plus que les critiques, ne sont pas encore d’accord aujourd’hui sur la valeur de ces deux peintres.
Mais on peut être un parfait idiot et avoir un nom; on peut être un homme de grand talent et rester ignoré toute sa vie. si l’on n’a pas les moyens.
Il est facile d’avoir un nom, puisque, moyennant vingt francs la ligne, on peut chaque jour faire chanter ses louanges, en première page, dans les trois ou quatre grands journaux qui tiennent le haut du pavé parisien.
Quand je dis qu’il est facile de s’ériger en censeur, de devenir critique d’art, je le prouve:
Il y a deux ans, le directeur d’un grand journal parisien s’était attaché un jeune homme pour faire les Echos. Ce garçon avait travaillé quelque temps dans un atelier de peinture; il avait dû, sur les conseils de son professeur, un homme intègre, abandonner la palette, parce qu’il n’aurait jamais fait qu’un mauvais barbouilleur.
A l’ouverture du salon, le directeur en question le fit appeler:
— Vous êtes peintre, lui dit-il.
— Parfaitement.
— Eh bien, cette année, vous me ferez le Salon.
Voilà le critique en campagne; il commença ses comptes-rendus; je cueille cette perle dans l’un deux:
—...Arrêtons-nous un instant devant le Poète 1109, et devant la Soif 1110. de M. Gérôme; ce n’est pas trop mal, mais M. Gérôme n’a pas tenu ce que nous étions en droit d’espérer. Il suivra sans doute ce conseil: étudiez mieux vos sujets, nous vous attendons à l’année prochaine.
Cela dépasse les bornes de l’outrecuidance.
Voyez-vous d’ici le bon bourgeois de province discutant le Salon, et, finalement, à bout d’arguments, dire ceci:
— Gérôme n’a pas de talent, c’est dans mon journal!
Dans la question des médailles, les «critiques d’art» n’ont pas, pour la plupart, pris parti pour ou contre, ils ont été très réservés.
Cela s’explique facilement.
Ils ne voulaient pas, d’un côté comme de l’autre, donner tort ou raison à personne, parce que les petits tableaux entretiennent l’amitié, qu’ils soient médaillés ou non.
Pourtant, au fond, ils préfèrent les médaillés, ils se vendent plus facilement et plus chers.
A ce sujet, j’ai consulté plusieurs grands marchands de tableaux, ils sont d’un avis unanime.
Ces avis ont une importance extrême, car tous les jours, ils sont à même de constater la différence qu’il y a entre les œuvres d’un peintre médaillé et celui qui ne l’est pas.
Un amateur voit une toile à la vitrine d’un marchand; il entre dans la boutique, son premier mot est celui-ci:
— Cette toile est-elle signée?
Le second:
— Le peintre expose-t-il?
Le troisième:
— Est-il récompensé ?
Suivant la réponse, le prix varie, et cela est absolument juste.
La foule, la masse, clame, acclame, proclame, mais ne discute pas; elle a besoin d’être guidée, surtout en matière d’art; or, si dix, quinze, vingt artistes distinguent une œuvre entre deux ou trois mille, accordent une récompense, il est absolument certain que, tant que le peintre récompensé jouira de ses facultés, il ne fera pas mauvais, qu’au contraire il progressera; dans ce cas, la récompense est plus qu’un encouragement: Médaille, comme noblesse, oblige.
On repond: Oui, c’est très bien de décerner une médaille, mais le récompensé s’endort sur ses lauriers. C’est une erreur, et une grande; la médaille n’est pas un brevet de talent à perpétuité. Je connais plus d’un médaillé, que je ne veux pas nommer, qui sont tombés à fabriquer des tableaux de commerce. Ils ont, un jour d’inspiration, produit une œuvre, le jury leur a décerné justement une récompense, ils n’ont pas eu le souffle, la vigueur de persévérer; ils ont beau être médaillés, ils ne se vendent plus.
Donc, la récompense ne sert qu’à la condition que le récompensé continue à avoir du talent.
Quand on parle de médaille, tout le monde sourit, parce qu’en France tout le monde est médaillé.
Les marchands de fromages, les marchands de cochons, ont des médailles, des récompenses aux Concours Agricoles, il y a même une décoration spéciale! le Mérite Agricole, ce qui fait qu’on peut dire à un éleveur, sans le froisser:
— Tu portes le ruban que ton cochon a gagné.
Les médecins et les pharmaciens ont des médailles pour la préparation d’un onguent contre la gale ou d’une solution pour détruire le ver solitaire.
Les vieux ouvriers qui ont été bien sages pendant trente ou quarante ans, reçoivent en récompense des médailles.
Les commissionnaires, les députés, les marchands des quatre-saisons, les sénateurs, les forts de la Halle, les conseillers municipaux, les chiffonniers, les marchands d’habits, les joueurs d’orgue ambulants, les chanteurs des rues, les marchands de peaux de lapins ont tous des médailles.
Les coiffeurs, les tailleurs, ont des académies qui leur décernent des médailles!
Les sociétés de secours mutuels, les gymnastes, les sociétés de tir, les orphéons, les fanfares, les sociétés chorales, les philarmonies ont des médailles, des palmes, des couronnes.
Les sociétés de sauveteurs sont chamarrées de médailles, à part la médaille officielle au ruban tricolore, car celle-là se gagne, ils les achètent; les diplômes coûtent de huit à douze francs en Belgique. Le jour de la Saint-Nicolas, ils se pavanent fièrement, la poitrine couverte de rubans multicolores; il n’y en a pas, parmi eux, un sur dix qui ait sauvé une mouche tombée dans une jatte de lait.
Les lutteurs ont des médailles.
Soulouque lui-même, à son avènement, avait créé une décoration; seulement, comme ses soldats n’avaient pour tout vêtement qu’un caleçon de bain, il eut été difficile de la leur attacher sur la poitrine.
Les charcutiers, les bouchers, les marchands de poudre à punaise, et pour ainsi dire toutes les professions, sont médaillées.
Il existe un entrepreneur d’expositions industrielle, maritime, culinaire, gastronomique et internationale, qui a un tarif:

Eh bien! croirait-on que cet individu, qui a eu l’idée géniale de se faire des rentes avec la vanité humaine et l’imbécilité de ses contemporains, refuse du monde à ses expositions par l’appât qu’ont les exposants, même en la payant, d’obtenir une récompense.
Cela fait si bien sur un prospectus ou sur la glace d’une devanture: sept diplômes d’honneur pour mes biberons incassables; médaille d’or pour la spécialité des andouilles; médaille d’argent pour mes irrigateurs à musique; mention honorable pour linceul perfectionné.
Les instituteurs et les gens de lettres ont les palmes académiques, mais cela n’implique pas que ceux qui les portent exercent ces deux professions; on les décerne à des entrepreneurs de bâtisses, à des gargotiers, à des gniafs, à tous les pleurards possibles et impossibles qui consentent à les mendier.
J’en connais un qui a obtenu les palmes pour avoir reconduit à son domicile un député abominablement pochard, qui tournait depuis deux heures autour du bassin de la place Pigalle, prétendant que les fils de fer qui entourent la fontaine l’empêchaient de trouver sa route!
C’est toutefois moins extraordinaire qu’un camelot, condamné jadis pour avoir, dans un méchant canard, travesti ce vers de Polyeucte:
Et le désir s’accroît quand les faits se reculent.
Il a les palmes académiques pour services rendus à la littérature!
Et bien, ce crétin est dépassé par ceci, que je garantis authentique:
Le père d’un de nos journalistes les plus en vue était inspecteur de balayage; sa mission consistait à suivre gravement les balayeuses mécaniques qui, chaque matin, font la toilette des rues de Paris.
Ce brave homme avait une toquade: les palmes académiques; il en perdait le boire et le manger. Il affirmait avoir des titres à la reconnaissance du gouvernement pour avoir, pendant trente années, présidé au balayage du crottin.
Il était sans cesse sur le dos de son fils.
— Toi qui est bien en cour, fais-moi avoir les palmes, lui disait-il; je vais partir au pays, cela fera bien.
C’était tous les jours la même scie.
Enfin, on approchait du mois de janvier; on était, je crois me souvenir, au 25 décembre. Le journaliste, lassé par le bonhomme, pria un de ses amis d’aller voir le ministre de l’Instruction publique et de lui demander les palmes académiques pour son père.
L’ami alla au ministère.
— Mais les listes sont closes, lui dit le ministre; d’ailleurs, qu’a-t-il fait?
— Il a balayé pendant trente ans les rues de Paris!
— C’est un titre insuffisant.
— Oh! il en a un autre, il est le père de son fils, M. X...
— Ça, c’est une raison, mais, je vous le répète, les listes sont closes, ce sera pour le 14 juillet prochain.
Le messager revint porter la réponse au journaliste. Le père était présent, attendant avec anxiété.
— Comment, dit-il à son fils, toi, qui soutiens le gouvernement, tu n’as pas plus d’influence que ça; c’est à dégoûter de la servilité. Voyons, vas-y toi-même.
L’ami retourna le lendemain au ministère; il embêta le ministre à un tel point que celui-ci, impatienté, ouvrit un tiroir de son bureau, y prit un écrin qui contenait les fameuses palmes et les lui donna en lui disant:
— Les listes sont closes, mais qu’il porte quand même les palmes, on ne lui dira rien, sa nomination paraîtra à l’Officiel le 14 juillet prochain.
En effet, à cette date, on lisait dans le Journal officiel:
Palmes académiques: Agénor X...; trente années de services consécutifs dans... l’enseignement.
La mention n’ajouta pas... de balayage.
Cette course au ruban s’explique par le besoin qu’éprouvent les imbéciles à vouloir paraître être quelque chose, dans l’espérance qu’on les prendra pour quelqu’un; mais peut-on comparer toutes ces médailles à celles décernées aux artistes peintres?
Assurément non!
Les récompenses décernées aux artistes ne se portent pas, donc la vanité puérile n’est pas le mobile qui fait chercher à les obtenir, et on ne saurait trop en décerner si elles sont un stimulant nécessaire pour faire sortir de la foule des talents destinées à illustrer la France et les arts.
I
Table des matières
Les corportions, jurandes et maîtrises. — La confrérie de Saint-Luc. — La première exposition libre. — La première Académie. — L’origine des expositions. — De 1663 à 1767. — Le premier jury, 1748. — Les premiers livrets, 1673. — La Révolution de 1793. — La Commune générale des arts. — Les divers Salons sous le Consulat, l’Empire, la Restauration et Louis-Philippe. — Le Salon de 1848. — Les premières médailles. — En 1871. — Beaucoup de bruit pour rien. — Une lettre de Gustave Courbet. — La fédération artistique. — Le Suffrage universel. — Décret de 1881. — Le Salon aux mains des artistes. — Le premier comité des 90. — Discours de M. Turquet.
L’IDÉE d’association remonte au moyen âge. De là naquirent les corporations, les jurandes, les maîtrises, qui, sous différents titres, étaient des sociétés de secours et d’encouragement; le compagnonnage, malheureusement disparu, a laissé des traces profondes dans les souvenirs des anciens.
Il était naturel que les artistes d’alors imitassent l’exemple des ouvriers des différents corps d’états; ils se groupèrent sous la protection de différentes sociétés. Malheureusement, toutes les choses excellentes en elles-mêmes deviennent mauvaises par l’abus d’autorité qu’en font les dirigeants; c’est pourquoi, plus tard, l’Académie de France se constitua pour lutter contre les abus et les prétentions excessives des confréries et des maîtrises.
Les conditions à remplir pour faire partie des confréries, corporations et maîtrises, étaient celles-ci:
Il fallait deux degrés pour arriver à la maîtrise:
1° Cinq années d’apprentissage;
2° Cinq années de compagnonnage.
La maîtrise s’obtenait au bout de dix ans, sur la présentation du chef-d’œuvre.
Les avantages retirés par les membres de ces associations étaient considérables.
Au point de vue individuel, les dix années d’apprentissage et de compagnonnage développaient toutes les facultés natives par un travail ininterrompu et une direction généralement intelligente.
Les chefs-d’œuvre conservés jusqu’à nos jours, principalement ceux de la corporation des orfèvres, témoignent de l’adresse, du goût et du génie des artisans formés par les corporations.
Chacun des membres de ces sociétés recueillait de l’association des avantages matériels, et, comme ces sociétés, les maîtrises avaient seules le droit d’exploiter le genre d’industrie qui leur était particulier; elles formaient une personne civile, avaient des biens mobiliers et immobiliers, contractaient, acquéraient et plaidaient.
De nos jours, certaines rues ont conservé le nom qui était affecté à ces corporations: la rue des Orfèvres, la rue des Marchands, la rue de la Lingerie, la rue de la Ferronnerie, etc.
Une de ces maîtrises, dont les membres étaient en grande partie des artistes, s’était formée en confrérie et avait pris pour patron Saint Luc.
Ce nom est spécialement, en Italie et dans les Flandres, le patron des corporations artistiques.
Cette confrérie se trouve, depuis 1748. mêlée intimement à l’histoire de l’ancienne Académie royale de peinture et de sculpture, et aussi à l’histoire des expositions.
La Confrérie de Saint-Luc, rivale naturelle de l’Académie royale en voie de formation, et qui, par conséquent, allait lui ôter une partie de ses privilèges, fit tous ses efforts pour empêcher la fondation de cette Académie, et, pour lutter contre elle, elle organisa des expositions.
En 1751. elle parvint à en ouvrir une; dans l’intervalle de vingt-trois ans, jusqu’en 1774, elle en eut sept,
Les Compagnons de Saint-Luc étaient seuls admis à faire figurer leurs ouvrages dans ces expositions, qui eurent un grand succès.
La Confrérie de Saint-Luc, quoique soutenue par de hautes protections, avait à sa charge tous les frais des dites expositions, frais qui étaient très lourds.
En 1776. les maîtrises, confréries et jurandes furent supprimées.
En 1648, plusieurs hommes de valeur, à la tête desquels était Lebrun, séduits par les résultats obtenus par les académies italiennes, conçurent l’idée de se grouper afin de résister aux prétentions sans cesse envahissantes des confréries et des maîtrises.
Ils obtinrent la protection du roi Louis XIV, qui leur donna l’autorisation de fonder une académie.
Cette forme particulière d’association devenait, par sa concentration, une réunion d’artistes plus choisie. Elle prospéra si bien, qu’on lui doit la plupart des grandes institutions en faveur des beaux-arts qui subsistent aujourd’hui: l’Ecole des Beaux-Arts et l’Ecole de France, à Rouen.
L’ancienne Académie royale a servi de modèle à toutes les académies d’art que l’Angleterre, l’Autriche, l’Espagne, la Russie, le Danube, en un mot, l’Europe entière, organisèrent au dix-huitième siècle, et dont la plupart sont encore prospères aujourd’hui.
Cette Académie était très libérale; elle était ouverte et accessible à tous les talents: elle acceptait même les étrangers.
Les expositions, leur origine, leur développement, sont intimement liés à l’existence des confréries et académies.
Pour étudier l’histoire des expositions, il faut remonter à l’Académie royale de peinture et de sculpture, fondée en 1648.
L’Académie royale avait, entre autres prérogatives, celle de faire les Salons.
L’idée de ces solennités remonte à 1663. Ce ne fut qu’en 1767 qu’elle se réalisa pour la première fois.
En 1748 apparaît, pour la première fois, un jury dont la mission était d’éliminer, après un examen attentif, les ouvrages qui lui semblaient inconvenants ou par trop faibles.
Ce jury était composé :
Du directeur de l’Académie,
De deux recteurs,
De deux adjoints,
De douze membres élus par les académiciens et pris parmi les professeurs et les conseillers de la Compagnie.
Ce jury ainsi constitué fonctionnait encore à la veille de la Révolution.
La durée des expositions était d’un mois; la date d’ouverture était variable; mais elle fut définitivement fixée par une flatterie délicate au 25 août, jour de la Saint-Louis, fête du roi, car c’était le roi qui faisait, sur sa cassette particulière, les frais des expositions, l’Académie, qui les supportait primitivement, n’ayant pu continuer à le faire.
Les livrets, dont l’origine remonte à 1673, se vendaient douze sols au profit de la Compagnie. Ces livrets n’avaient que quatre pages. (Voir à l’Appendice.)
Il n’était pas distribué de récompenses.
Les premiers Salons furent tenus tantôt au Louvre, dans le local affecté à l’Académie, tantôt au Palais-Royal.
A partir de 1737, ils occupèrent le salon carré du Louvre, où ils s’ouvrirent tous les deux ans; et même tous les ans, pendant plus d’un siècle.
Ce Salon était loin de présenter l’aspect opulent qu’il a de nos jours: il faut croire que son apparence était des plus misérables, si l’on s’en rapporte aux vers suivants qui circulaient alors dans Paris:
Il est au Louvre un galetas
Où, dans un calme solitaire,
Les chauves-souris et les rats,
Viennent tenir leur cour plénière;
C’est là qu’Apollon sur leurs pas,
Des Beaux-Arts ouvrant la barrière,
Tous les deux ans, tient ses Etats
Et vient placer son sanctuaire.
En 1776 eut lieu la première tentative d’exposition libre connue sous le nom d’Exposition du Colysée; c’était une manifestation posthume de l’Académie de Saint-Luc, qui venait d’être supprimée; elle eut un succès considérable, mais elle ne put être renouvelée, à cause de l’opposition qui se produisit de la part de l’Académie royale.
La Révolution ne se borna pas à bouleverser l’ordre politique, elle s’occupa aussi des artistes.
En 1791, l’Assemblée nationale admit tous les artistes, Français ou Etrangers, membres ou non de l’Académie, à exposer leurs ouvrages au Louvre.
Les quatre sections, Peinture, Sculpture, Gravure et Architecture, furent appelées à figurer pour la première fois dans les expositions.
Le ministre compétent fit les frais de ce Salon, comme de ceux qui suivirent.
Une très curieuse remarque: le Salon de 1793 fut formé des ouvrages exposés par les artistes qui composaient la Commune générale des Arts, c’est-à-dire par tous les artistes; nous verrons plus loin que les fils de 1871 ne firent qu’imiter leurs pères de 1793.
Le Salon de 1795 présentait cette nouveauté, c’est que, divisé par sections, dans chacune d’elles les ouvrages étaient classés par ordre alphabétique.
Les dessins exécutés d’après les grands maîtres furent réunis dans la section de la Gravure; il en fut de même qour les expositions qui suivirent jusqu’en 1798.
C’est au Salon de 1799 que les récompenses firent leur apparition, non point sous forme de médailles, mais les artistes dont les toiles avaient été appréciées furent honorés, comme distinction, de travaux d’encouragement.
Au Salon de 1800, il n’est pas question de récompenses officielles.
Pendant la période décennale de 1791 à 1800, les Salons dépendirent tantôt du ministère de l’Intérieur, tantôt du ministère de l’Instruction publique.
Tout s’y faisait administrativement; ils constituèrent les premières Expositions d’Etat et inaugurèrent le régime qui, avec différentes modifications, a prévalu-pendant de longues années.
Le Premier Consul, en 1803, donna à l’Institut le droit de diriger les expositions.
Sons l’Empire, de 1803 jusqu’en 1815, les récompenses commencèrent à être décernées à la fin de chaque Salon; c’est à cette époque que remonte le Prix décennal.
De 1815 à 1830, la Restauration, voulant équilibrer plus justement les influences dans le jury, à qui on reprochait de n’être pas suffisamment impartial, adjoignit à l’Institut un certain nombre d’administrateurs et d’amateurs choisis.
A cette époque, c’était l’administration qui décernait les récompenses.
Les médailles étaient divisées en trois classes.
Sous le règne de Louis-Philippe, de 1830 à 1847, les Salons devinrent annuels. Le jury était composé des quatre sections de l’Académie des Beaux-Arts: Peinture, Sculpture, Architecture et Gravure.
Sous la République de 1848, les premières bases des associations d’artistes furent jetées; mais devant des difficultés sans nombre, on dut y renoncer presque aussitôt.
Ledru-Rollin décida alors une exposition libre. 5181 ouvrages furent exposés; la commission de placement fut élue par les artistes; l’essai réussit mal; il y eut un mécontentement général; et l’opinion demanda le retour à un jury; c’est, du reste, à partir de 1848 que les médailles furent décernées par le jury.
. En 1850, nouvel essai. L’administration composa deux jurys: l’un pour l’admission et l’autre pour juger les œuvres dignes d’être récompensées. Ce système ne produisit pas grand’chose de bon, car en 1852 et 1858, elle dut équilibrer les deux influences en réservant moitié des voix aux artistes et moitié à l’administration.
En 1853, le Salon qui, jusque-là, s’était tenu au Louvre et aux Tuileries, eut lieu aux Menus-Plaisirs.
En 1855, le Salon eut lieu dans un bâtiment provisoire, avenue Montaigne.
En 1857, on rendit le Salon à l’Institut.
C’est depuis 1858 que l’exposition de Peinture, qui prit le nom de Salon, a lieu chaque année au Palais de l’Industrie, du 1er mai au 30 juin.
En 1864, l’Institut fut remplacé par un jury élu, pour les trois quarts, par les artistes; l’autre quart choisi par l’administration.
L’unité des médailles fut décidée.
C’est en 1870 que le ministère des Beaux-Arts fut créé.
Le jury fut alors exclusivement composé d’artistes élus par tous les exposants.
En 1871, sous la Commune, la Fédération des artistes voulait jouer un rôle politique; Courbet avait organisé des réunions à l’Ecole de Médecine pour préparer les élections; les élus voulurent siéger au Louvre, mais ils en furent empêchés par M. Barbet de Jouy, conservateur des Musées. Ils se réunissaient souvent et passaient leur temps à critiquer l’administration, tout en essayant de l’imiter. Ils discutaient des programmes, des règlements, nommaient des commissions, des sous-commissions, des quarts de commissions, des délégués, des sous-délégués; tout le monde voulait être quelque chose; Courbet voulait fonder un journal, l’Officiel des Arts.
Ce n’étaient pas des fonctions à l’œil; ils s’attribuaient des indemnités sous toutes les formes: tant par séance, tant par rapport, tant par délégation, tant pour frais de bureau et même pour des pains à cacheter. Courbet leur avait apporté 6,000 francs, mais cette somme avait été vivement engloutie; à l’entrée des troupes françaises dans Paris, il leur était dû une assez forte somme, que le gouvernement s’empressa de ne pas leur payer; il est juste de dire qu’ils ne songèrent pas à réclamer leurs jetons de présence.
En matière d’art, ils ne firent absolument rien que d’accoucher de cette théorie: que la Commune était, en matière d’art, le pouvoir exécutif, et la Fédération le pouvoir législatif.
On lit dans le Journal officiel de la Commune, du jeudi 6 avril 1871, l’appel suivant, adressé par Gustave Courbet, président des artistes, autorisé par la Commune; il les invitait à se réunir, le vendredi suivant, dans le bâtiment de l’Ecole de Médecine:
La revanche est prise, Paris a sauvé la France du déshonneur et de l’abaissement. Ah! Paris. Paris a compris, dans son génie, qu on ne pouvait combattre un ennemi attardé avec ses propres armes. Paris s’est mis sur son terrain, et l’ennemi sera vaincu comme il n’a pu nous vaincre. Aujourd’hui, Paris est libre et s’appartient, et la province est en servage. Quand la France fédérée pourra comprendre Paris, l’Europe sera sauvée.
Aujourd’hui, j’en appelle aux artistes, j’en appelle à leur intelligence, à leur sentiment, à leur reconnaissance. Paris les a nourris comme une mère, et leur a donné leur génie. Les artistes, à cette heure, doivent, par tous leurs efforts (c’est une dette d’honneur) concourir à la reconstitution de son état normal et au rétablissement des arts, qui sont sa fortune. Par conséquent, il est de toute urgence de rouvrir les Musées et de songer sérieusement à une exposition prochaine; que chacun, dès à présent, se mette à l’œuvre, et les artistes des nations amies répondront à notre appel.
La revanche est prise, le génie aura son essor; car les vrais Prussiens n’étaient pas ceux qui nous attaquaient d’abord. Ceux-là nous ont servi, en nous faisant mourir de faim physiquement, à reconquérir notre vie morale et à élever tout individu à la dignité humaine.
Ah! Paris, Paris, la grande ville, vient de secouer la poussière de toute féodalité. Les Prussiens les plus cruels, les exploiteurs du pauvre étaient à Versailles. La révolution est d’autant plus équitable qu’elle part du peuple. Ses apôtres sont ouvriers, son Christ a été Proudhon. Depuis dix-huit cents ans, les hommes de cœur mouraient en soupirant; mais le peuple héroïque de Paris vaincra les mistagogues et les tourmenteurs de Versailles; l’homme se gouvernera lui-même, la fédération sera comprise, et Paris aura la plus grande part de gloire que jamais l’Histoire ait enregistrée.
Aujourd’hui, je le répète, que chacun se mette à l’œuvre avec acharnement: c’est le devoir que nous avons tous vis-à-vis de nos frères soldats, ces héros qui meurent pour nous. Le bon droit est avec eux. Les criminels ont réservé leur courage pour la sainte cause.
Oui, chacun se livrant à son génie, sans entrave, Paris oubliera son importance, et la ville internationale européenne pourra offrir aux arts, à l’industrie, au commerce, aux transactions de toutes sortes, aux visiteurs. de tous pays, un ordre impérissable, l’ordre par les citoyens, qui ne pourra pas être interrompu par les ambitions monstrueuses de prétendants monstrueux.
Notre ère va commencer; coïncidence curieuse! c’est dimanche prochain le jour de Pâques: est-ce ce jour-là que notre résurrection aura lieu?
Adieu le vieux monde et sa diplomatie!
GUSTAVE COURBET
Voici les noms de la Fédération des artistes, élus au Louvre, le 17 avril 1871, tels qu’ils furent publiés dans le Journal officiel de la Commune, le 12 avril 1871:
FÉDÉRATION DES ARTISTES DE PARIS
PEINTRES
Bonvin.
Corot.
Courbet.
Daumier.
Durbec (Armand).
Dubois (Hippolyte).
Feyen-Perrin.
Gautier (Amand).
Glück.
Héreau (Jules).
Lançon.
Leroux (Eugène).
Manet (Edouard).
Millet (François).
Oulevay.
Picchio.
SCULPTEURS
Becquet.
Chapuy (Agénor).
Dalou.
Lagrange.
Lindeneher (Edouard).
Moreau-Vauthier.
Moulin (Hippolyte).
Ottin.
Poitevin.
Deblézer.
ARCHITECTES
Boileau fils.
Delbrouck.
Nicolle.
Oudinot (Achille).
Raulin.
GRAVEURS-LITHOGRAPHES
Bellenger (Georges).
Bracquemond.
Flameng.
Gill (André).
Huot.
Pothey.
ARTISTES INDUSTRIELS
Aubin (Emile).
Boudier.
Chabert.
Chesneau.
Fuzier.
Meyer.
Ottin fils.
Pottier (Eugène).
Reiber.
Riester.
Cette commission entra immédiatement en fonctions.
Le Salon qui devait régénérer l’art français n’eut pas lieu.
En 1872 et 1873, l’élection du jury fut confiée aux artistes récompensés; en 1879, on donna le droit d’élection à ceux qui avaient exposé trois fois.
En 1880, une mesure plus libérale fut appliquée aux artistes, car il suffit d’avoir exposé une fois au Salon, pour que l’artiste eùt le droit de voter.
Sur un vœu émis par le Conseil supérieur des Beaux-Arts, dans sa séance du 13 décembre 1.880, sur la proposition du sous-secrétaire d’Etat du ministère des Beaux-Arts, le président du Conseil, Ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, prit l’arrêté suivant:
ARTICLE 1er. — Les artistes Français, peintres, sculpteurs, graveurs, architectes, ayant été admis une fois à l’exposition annuelle des artistes vivants, sont convoqués pour le mercredi 12 janvier, à l’effet d’élire un Comité de 90 membres, qui réglera, D’ACCORD AVEC L’ADMINISTRATION DES BEAUX-ARTS, les conditions suivant lesquelles se fera l’exposition de 1881.
ART. 2. — Le Comité sera élu par section, au scrutin de liste, à la majorité relative des votants.
La première section, dite de peinture comprendra la peinture, le dessin, les pastels, aquarelles, émaux, cartons de vitraux et vitraux, et élira 50 membres.
La deuxième section, dite de sculpture, comprendra la sculpture, la gravures en médailles et sur pierres fines et élira 20 membres.
La troisième section, dite d’architecture, élira 10 membres.
La quatrième section, dite de gravure, comprendra la gravure et la lithographie, et élira 10 membres.
ART. 3. — Le scrutin ouvrira au Palais des Champs-Elysées, le mercredi 12 janvier, à 8 heures du matin et sera clos à 4 heures du soir.
Les artistes électeurs seront admis à voter sur la présentation de leur carte électorale et apposeront leur signature sur un registre spécial. Chacun déposera dans l’urne de sa section un bulletin portant le nom des membres choisis par lui.
Les électeurs qui, domiciliés hors de Paris, ou absents momentanément de cette ville, ne pourraient venir en personne voter au jour indiqué plus haut, pourront adresser par la poste, et jusqu’au 11 janvier, à M. le sous-secrétaire d’Etat des Beaux-Arts, au Palais des Champs-Elysées, un pli cacheté signé d’eux, contenant leur carte électorale et leur bulletin de vote également cacheté.
Ces votes seront mentionnés sur le registre des électeurs.
ART. 4. — Le dépouillement du scrutin aura lieu le jour même du vote, à 4 heures du soir, après la clôture des urnes; il sera fait par des fonctionnaires de l’Administration des Beaux-Arts et en présence des artistes qui voudraient assister à cette opération.
En cas de non acceptation d’un ou de plusieurs des membres élus, ils seront remplacés par les membres qui viendront après dans l’ordre des suffrages.
ART. 5. — Le sous-secrétaire d’Etat au Ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts est chargé de l’exécution du présent décret.
Fait à Paris, le 27 décembre 1880.
JULES FERRY.
A la suite de ce décret, il fut procédé, le mercredi 12 janvier, à l’élection des membres du Comité des 90.
Il nous a paru intéressant de reproduire ces noms, qui empruntent une importance en raison des faits qui se passent aujourd’hui.
SECTION DE PEINTURE
50 membres à élire
MM. Bonnat. — Henner. — Puvis de Chavannes. — Jules Lefebvre. — J.-P. Laurens. — Harpignies. — Vollon. — J. Breton. — Carolus-Duran. — BASTIEN-LE-PAGE. — Busson. — Bouguereau. — Delaunay. — Barrias. — DE NEUVILLE. — CABANEL. — FEYEN-PERRIN. — BAUDRY. — Duez. — De Vuillefroy. — G. BOULANGER. — Ribot. — Roll. — Hannoteau. — Cormon. — Moreau. — Gervex. — Humbert. — Mazerolle. — LALANNE. — Guillemet. — Français. — Fantin-Latour. — Benjamin Constant. — PROTAIS. — Detaille. — Luminais. — Bin. — Emile Lévy. — Rapin. — Lansyer. — BONVIN. — BUTIN. — Cazin. — Van Marcke. — Lerolle. — GUILLAUMET. — Lavieille. — J. Dupré. — Henri Lévy.
MM. J. Breton, Delaunay, Baudry, Ribot, Guillaumet, n’ayant pas accepté , ont été remplacés par MM. Pelouse. — L.-O. Merson. — Bernier. — Pille. — T.-Robert Fleury.
M. L.-O. Merson, ayant refusé, a été remplacé par M. COT.
SCULPTURE
20 membres à élire
MM. P. Dubois. — Chapu. — Mercié. — Frémiet. — Falguière. — SCHŒNEWERK. — Math. Moreau. — Thomas. — HIOLLE. — Cavellier. — Guillaume. — Barrias. — Delaplanche, — Millet. — Degeorge. — Captier. — Dumont. — Galbrürmer. — Tony Noel. — Allar.
MM. Dumont, n’ayant pas accepté, fut remplacé par M. Iselin.
ARCHITECTURE
10 membres à élire
MM. Vaudremer. — Lisch. — BALLU. — Boeswilwald. — RUPRICH-ROBERT. — Baudot. — Ch. Garnier. — Bailly. — Coquart. — BRUNE.
GRAVURE ET LITHOGRAPHIE
10 membres à élire
MM. Jules Laurens. — Bracquemond. — Didier. — GAILLARD, — Laguillermie. — Gilbert. — Boilvin. — Rousseau. — Henriquel Dupont. — J. Robert .
M. Gaillard, n’ayant pas accepté, fut remplacé par M. Leveillé.
Le 17 janvier 1881, le Comité de 90 membres nommé par les artistes, se réunit pour la première fois au Palais de l’Industrie.
A l’ouverture de la séance, M. Edmond Turquet, sous-secrétaire d’Etat, lut la déclaration suivante; en remettant le Salon aux mains des artistes:
Le Conseil supérieur des Beaux-Arts, vous le savez déjà, reconnaissant la nécessité de rendre aux expositions officielles l’éclat et l’intérêt qu’on est en droit de leur demander, a émis le vœu que, dorénavant, ces expositions, comprenant la production choisie de plusieurs années, n’eussent lieu qu’à des dates éloignées.
Tout en s’efforçant d’assigner ses véritables limites à la haute protection que l’Etat peut exercer vis-à-vis de l’art, le Conseil ne pouvait oublier les intérêts des artistes, dont l’activité, chaque jour croissante, honore et enrichit notre pays. Ces intérêts, respectables et multiples, ne peuvent, on l’a reconnu, trouver leur satisfaction entière que dans les expositions annuelles, d’un accès plus facile. Le Conseil a donc pensé qu’il fallait maintenir le principe de ces expositions: mais il a en même temps reconnu que l’Etat n’avait pas à y intervenir directement, et que nul ne pouvait, aussi bien que les intéressés, les organiser au mieux de leurs intérêts. Il a proposé à M. le Ministre d’en offrir la gestion libre et complète, la gestion matérielle et pratique à tous les artistes français.
C’est pour donner suite à ce vœu que j’ai invité tous les artistes français, dont le nom est inscrit sur les livrets du Salon, à nommer un Comité de quatre-vingt-dix membres, et que je viens aujourd’hui vous confirmer, au nom de M. le Ministre, les pouvoirs qui vous sont donnés par l’élection de vos confrères.
La mission que vous avez à remplir est simple et précise. Vous avez à prendre en main la gestion libre et entière, matérielle et artistique des expositions annuelles, aux lieu et place de l’Administration. L’État n’interviendra plus dans vos affaires qu’à titre gracieux, si vous le désirez, par la cession temporaire d’un local, dans les conditions déjà faites à d’autres sociétés.
Vous aurez tous les bénéfices de l’entreprise; vous en aurez, comme il est juste aussi, toutes les charges. Les recettes seront encaissées par vous, les dépenses seront réglées par vous; vous serez seuls les maîtres de fixer le nombre et la valeur des récompenses que vous jugerez à propos de décerner au nom de votre association. S’il y a quelques difficultés dans une première organisation, elles sont moindres qu’on ne se l’imagine; en tous cas, ce ne sont point des difficultés de nature à effrayer une association qui compte dans son sein tant d’hommes supérieurs accoutumés à diriger des entreprises autrement longues et compliquées, ni à vous faire renoncer aux avantages considérables d’une liberté qui permettra à votre corporation de conquérir, en peu de temps, une situation aussi indépendante que celle dont jouissent déjà, grâce à des efforts pareils, la Société des Gens de lettres et la Société des Auteurs dramatiques.
Vous avez encore tout le temps nécessaire pour vous organiser, c’est-à-dire pour établir votre acte de société, choisir votre Conseil d’administration, former votre capital social, élaborer votre Règlement, nommer votre personnel. Il suffit que vous soyez prêts à agir le 1er février. Dès que vous m’aurez présenté vos propositions, je m’empresserai de les soumettre à M. le Ministre de l’Intruction publique et des Beaux-Arts, à M. le Ministre des Travaux publics et à M. le Ministre des Finances, qui auront, chacun en ce qui le concerne, à prendre les mesures nécessaires, et qui seront heureux, j’en suis assuré, de prêter leur concours le plus bienveillant à votre initiative. Je vous prie de me faire connaître les décisions que vous aurez prises le 31 janvier au plus tard.
Ai-je besoin d’ajouter que le concours de l’Administration, dans les questions d’un ordre général et élevé, vous fera d’ autant moins défaut, que son intervention n’aura plus à s’exercer dans des questions inférieures de détail? La franchise avec laquelle je vous parle doit vous être un sûr garant de l’intérêt que je vous porte.
Si l’État reprend sa liberté, en vous rendant la vôtre, ce n’est point pour se séparer de vous. Notre conviction profonde est que nous marcherons d’autant mieux d’accord que nous marcherons plus librement côte à côte, et que la dignité des artistes, aussi bien que celle de l’État, sera mieux sauvegardée par l’exacte définition de leurs rôles respectifs. Le soin de faire des acquisitions et des commandes utiles à nos musées et édifices publics, celui de désigner au Président de la République les artistes éminents qui méritent des récompenses honorifiques, nous parait une tâche assez honorable à remplir pour que nous n’en désirions pas d’autre.
Je suis d’ailleurs tout a fait rassuré sur l’issue ds vos délibérations par la composition de votre Comité. Le suffrage intelligent des artistes ne pouvait confier le soin de diriger leurs affaires à des maîtres plus respectés, ni à des plus dignes Confrères. Vos résolutions auront une gravité et une autorité qui s’imposeront à tous. L’expérience a suffisamment démontré qu’il n’y avait point de transaction possible entre la gestion complète par l’Etat ou la gestion libre par les artistes.
II
Table des matières
Le Salon aux mains des artistes. — Le rapport de MM. Tony-Robert Fleury et Humbert. — Comparaison des sociétés artistiques de l’Europe. — La Société des Artistes français. — MM. Bouguereau et Bailly. — Ce que rapporte le Salon annuellement. — Les secours. — La maison de retraite. — La scission des artistes.
VOILA le Salon aux mains des artistes français. C’était un grand pas que celui de l’affranchissement des artistes de la tutelle de l’État; mais tout était à organiser pour mener à bien la nouvelle situation, et constituer sur des bases solides la Société des Artistes français.
Dans la séance du Comité, le 21 novembre 1881, M. Humbert fit la proposition suivante:
— Il sera nommé une commission d’études chargée de faire un rapport au Comité.
Ce rapport renfermera:
1° Un résumé historique de la question, c’est-à-dire, à titre de document, un rapide aperçu sur les associations artistiques qui ont existé dans le passé ;
2° Un exposé de la forme et de la constitution des sociétés analogues qui fonctionnent de nos jours, dans différents pays étrangers, tels que l’Angleterre, la Bavière, l’Autriche, etc;
3° Un compte-rendu détaillé des différents genres d’associations ou de sociétés qui, sous la forme financière, commerciale ou syndicale, sont autorisées par la loi française.
Ce rapport ne contiendra point de conclusions et indiquera seulement les différentes voies à suivre, sans parti pris dans un sens quelconque.
MM. Tony-Robert Fleury et Humbert furent nommés rapporteurs.
Ce rapport, qui comporte près de quatre-vingts pages, était un chef-d’œuvre de clarté et de précision; il se terminait ainsi:
«Nous avons suivi le programme tracé par vous: nous vous avons exposé ce qu’ont été, dans le passé, les associations artistiques, et nous avons cru, pour compléter cette étude, devoir vous indiquer l’origine de nos expositions et les changements successifs qui se sonts produits.
» Nous vous avons ensuite montré comment fonctionnent de nos jours un grand nombre de sociétés en Europe et en France, parmi lesquelles certaines vous frapperont tout d’abord.
» Deux surtout devront attirer tout spécialement votre attention: l’Académie royale de Londres et la Société des Artistes de Vienne. Ces deux sociétés offrent deux types très caractérisés, et arrivent, par des voies différentes, à une grande prospérité. Enfin, nous vous avons présenté un résumé aussi concis que possible des formes que peuvent légalement adopter les associations dans notre pays; ce résumé, nous le devons tout entier à l’extrême obligeance de notre conseil judiciaire.
» A vous, messieurs, de tirer de cette étude, forcément bien incomplète, et que nous nous sommes simplement efforcés de faire aussi claire que possible, les éléments de la constitution qui devra régir la future Société des Artistes français.
» Vous permettrez pourtant à votre Commission d’études, comme d’ailleurs vous l’y avez encouragée, de vous faire remarquer que, des différentes formes présentées dans ce rapport, il s’en dégage deux absolument distinctes et également susceptibles pourtant d’amendements capables de les approprier au but que nous devons poursuivre.
» Au point de vue de la constitution, les deux voies sont: celle suivie d’une part par les sociétés restreintes, et, d’autre part, celle adoptée par les sociétés largement ouvertes.
» Avec la constitution des sociétés restreintes, telle que celle de l’Académie royale de Londres et d’un grand nombre de petites sociétés, faites surtout dans le but de constituer arbitrairement des groupes puissants, et de défendre les intérêts d’un nombre d’adhérents relativement minimes, vous constaterez, comme nous, que des résultats très considérables ont été atteints.
» Avec la constitution plus large et plus libérale de la Société de Vienne et d’une foule d’autres sociétés très ouvertes, vous pourrez également avoir des résultats aussi assurés. Une constitution analogue à celle de ces sociétés vous permettrait de faire participer aux bienfaits de l’association la presque totalité des artistes, et d’assurer ainsi une satisfaction sérieuse, efficace, à leurs intérêts légitimes, sans toutefois porter atteinte aux intérêts de l’art. Cette question si importante, et d’un ordre supérieur, semble devoir se résoudre par le moyen des expositions sérieusement organisées, faites dans un esprit de justice absolue, d’impartialité complète envers les différentes tendances artistiques, de façon à maintenir et à affirmer la suprématie de l’école française.
» Dans la constitution des sociétés restreintes, vous avez des avantages et des inconvénients qu’il est de notre devoir de vous signaler.
» Quelques hommes, réunis en vertu de leur volonté propre et de certaines affinités artistiques, peuvent former le noyau d’une société et admettre qui bon leur semble.
» Le talent seul étant une source de succès et de revenus peut diriger le choix des sociétaires pour leurs nouveaux collègues.
» Dans ces conditions un peu particulières, une société arbitrairement formée peut certainement arriver à prospérer.
» A côté de ces avantages, nous devons signaler l’inconvénient de faire une classe de privilégiés, la difficulté de savoir où commencer, où s’arrêter pour le choix des membres titulaires de la Société. Ce qu’il est facile de faire avec un petit nombre d’associés, peut-il se réaliser aussi aisément avec une société nombreuse?
» Nous avons, il est vrai, l’exemple de l’Académie de Londres, dont on ne peut pas nier le succès, mais ne faut-il pas tenir compte des habitudes aristocratiques du peuple anglais, et cette forme de société restreinte pourrait-elle s’adapter à nos mœurs?
» Enfin, une commission comme la nôtre, issue d’un vote si large, ne doit-elle pas tenir compte des intérêts de ceux qui l’ont élue? C’est ce que le Comité aura à juger.
» Un autre point bien important, sur lequel l’attention de votre Commission d’étude s’est tout naturellement portée, est la source où les sociétés prospères puisent les sommes d’argent nécessaires pour se constituer.
» Au point de vue financier, il y a également deux systèmes généralement adoptés à l’étranger; un se rencontre rarement et seulement dans les statuts des associations restreintes dont nous venons d’essayer de déterminer le caractère particulier.
» C’est la base financière adoptée l’année dernière par la société provisoire chargée d’organiser le Salon, c’est la société avec le fonds social et les actions portant intérêts et dividendes. Par une clause spéciale, en 1881, l’intérêt et le dividende avaient été refusés par les sociétaires.
» Le second système a un caractère plus général et a été adopté en Europe par presque toutes les grandes sociétés constituées en dehors de l’appui direct de l’État.
» Les ressources de ces sociétés proviennent uniquement des entrées, des cotisations, des dons et legs, et enfin du produit des expositions.
» Ces grandes associations ont parfaitement réussi à l’étranger; elles donnent à chacun de leurs associés appui et protection, et nous offrent, par leur stabilité et leur prospérité, un exemple méritant à juste titre d’être remarqué. La loi française peut-elle nous protéger si nous suivons cette voie? La question semble tranchée négativement par votre conseil judiciaire.
» Dans les statuts d’associations étrangères analysés par votre Commission d’études, vous retrouverez toujours deux mêmes bases financières.....
» Deux voies s’ouvrent donc devant vous, les sociétés largement ouvertes et les sociétés restreintes; ces deux voies, nous vous en avons tracé à grands traits les avantages et les inconvénients.
» C’est à votre sagesse et à votre prudence de vous guider. Vous devez vous rendre compte exactement du but que vous voulez poursuivre, et choisir les moyens les plus sûrs pour arriver à la durée et à la prospérité de votre nouvelle société.
» La loi française doit intervenir pour donner à votre constitution la forme sérieuse et solide, qui assurera pour toujours son existence, sa liberté et ses droits.»
A la suite de ce rapport, la Société fut constituée et aussitôt les adhésions des artistes les plus éminents lui arrivèrent en foule, il n’y a qu’à ouvrir l’Annuaire de la Société des Artistes français.
Quels sont les bienfaits résultant de ce groupement dû à l’initiative, à l’énergie et au désintéressement d’hommes dévoués?
Avant que la Société des Artistes français ne fût constituée, les artistes peintres, sculpteurs et graveurs étaient livrés à eux-mêmes; isolés, ils étaient sans force et sans action; les jours de malheurs, et ils sont, hélas! fréquents chez les jeunes, quelquefois même chez les anciens, pour pouvoir sortir d’embarras, pour pouvoir exposer, ils étaient forcés de prostituer leur talent naissant, de faire du «commerce» ou de solliciter, en s’humiliant, un secours du ministère des Beaux-Arts, secours qui leur était accordé parcimonieusement et après mille démarches. Avec la Société, ce n’était pas la fortune qui leur arrivait; mais c’était la certitude qu’en y entrant, ils trouveraient une aide, un appui, une protection efficace, et qu’une solidarité étroite leur montrerait l’avenir plus souriant, en leur aplanissant les difficultés de la route à parcourir pour arriver à la gloire, à la célébrité ; c’est ce que tous comprirent, et tous les honnêtes, les laborieux entrèrent dans la Société des Artistes français, qui ne tarda pas à prospérer sous l’habile direction et sous l’impulsion constante de MM. Bailly, Bouguereau, Guillaume, Tony-Robert Fleury, Benjamin-Constant, de Vuillefroy, Thomas, Ch. Garnier, Laurens, etc., ses fondateurs.
La Société dure depuis neuf années.
Voici les résultats:
Le Salon rapporte, en moyenne, annuellement à la Société des Artistes français, la somme de 45,000 francs.
La rente de ses économies s’élève au chiffre de 22,000 francs environ, la cotisation des membres de la Société, à 12 francs l’une, en moyenne 30,000 francs. Ce qui donne annuellement, recettes du Salon, cotisations et revenus, un bénéfice de 97,000 francs.
Sur cette somme de 97,000 francs, elle prend le cinquième, soit 19,400 francs, qu’elle distribue annuellement en secours, à ses sociétaires dans l’embarras, soit pour qu’ils puissent exposer, soit pour les sauver d’une gêne momentanée; il va sans dire que ces «secours» sont distribués avec le plus grand discernement et avec une entière discrétion; d’ailleurs, ce ne sont pas en réalité des «secours», puisque les sociétaires payent une cotisation annuelle, ce sont plutôt des encouragements fraternels, qui n’ont rien de commun avec les secours distribués par les sociétés de secours mutuels, lesquelles exigent des reçus, des feuilles de demandes, des visas, des visiteurs, des renseignements, un tas de paperasses à n’en plus finir, qui portent à la connaissance de tous les sociétaires le secours accordé et le endent, par cette minutie, toujours amer.
Une preuve à l’appui:
A la dernière assemblée générale de la Société ries Artistes français, 1880, un sociétaire, M. Maziès, demanda que les comptes de la Société fussent détaillés publiquement afin que l’on sût à qui les services avaient été rendus, et s’ils avaient été distribués avec, discernement.
L’assemblée générale, par un vote unanime, en approuvant les comptes de la Société, confirma l’opinion du Comité, que les noms des sociétaires ayant reçu des secours ne devaient pas être dévoilés, et que personne autre que les membres du Comité, liés par le secret professionnel et surtout par le sentiment de camaraderie. ne devait les connaître.
La Société, après ces encouragements distribués, possède encore disponible une somme de 77,600 francs, qu’elle divise en deux parts: une pour la caisse de retraite, soit 38,800 francs; les 38,800 francs restant sont pour le fonds de roulement et le fonds de garantie.
Le fonds de garantie est une sage prévoyance, car le Salon de 1889 s’est soldé par un déficit de 45,000 francs environ, qu’il a fallu régler avec ce fonds.
Ce déficit s’explique par l’Exposition universelle, le Salon était, comme les années précédentes, excellent, mais la foule se portait au Champ de Mars.
Ces secours se répartissent ainsi:
Aux artistes, environ 20,000 francs.
A l’Orphelinat des Arts sur son fonds de garantie, 3,000 francs.
En frais d’enterrement et de secours aux veuves, 3,000 francs.
La Société dépense en outre environ douze mille francs par an pour la défense de la propriété artistique, car elle se met aux lieu et place du sociétaire et paie tous les frais de justice .
Ce n’est pas tout.
La Société des Artistes français se joint au public lorsqu’une grande catastrophe afflige la France. Pour les blessés du Tonkin elle a donné une somme de 25,000 francs; pour les victimes de l’incendie de l’Opéra-Comique, 20,000 francs; à l’Assistance publique, 2,000 francs.
Elle a une somme de 60,000 francs pour fonder une maison de retraite; en attendant qu’elle ait la somme nécessaire à cette fondation, la société a, à elle, trois lits à la maison Galignanis.
Outre ses ressources personnelles, la Société des Artistes français reçoit des dons et des legs qui leur sont faits par d’anciens artistes:
M. Beraud (Jean), 500 francs.
Mlle Bashkirtseff (Marie), rente sur l’Etat français 3 p. 100 de 500 francs destinée à fonder un prix annuel qui portera le nom de Prix Marie Bashkirtseff.
M. Duffer, deux lits à l’hospice Saint-Michel de Saint-Mandé.
M. Bastien-Lepage (Em.), produit de l’exposition des œuvres de Bastien-Lepage (J.), son frère, décédé, 1,894 francs.
On peut voir, par ce rapide exposé, quel rôle important joue la Société des Artistes français dans le monde artistique, tant au point de vue moral qu’au point de vue matériel, et qu’elle ne s’est jamais éloignée du programme qui a présidé à sa fondation.
Tout allait donc pour le mieux lorsqu’éclata la scission des artistes, scission qui fit un tapage énorme dans la presse française et qui fut si singulièrement jugée et appréciée.
III
Table des matières
Discours de M. Tony-Robert Fleury. — L’Article 7. — Exempts et hors concours. — Place aux Jeunes — Qui a le monopole du patriotisme — Ingénieux, mais faux. — La protestation de M. Meissonier. — Les dissidents. — M. Meissonier et M. Tirard. — Réponse à la protestation. — La Société des Artistes français. — Pensée de conciliation. — M. Meissonier ne veut pas. — La société nouvelle est fondée.
Tous les ans, à la fin de Décembre, les artistes de la Société des Artistes français se réunissent salle Saint-Jean, au palais de l’Industrie pour entendre les rapports sur les travaux de la société. L’année dernière, en 1889, M. Bouguereau présidait, en remplacement de M. Bailly, empêché par une indisposition; il était assisté de M. Guillaume, vice-président, de MM. Tony-Robert Fleury, secrétaire, et Daumet, trésorier.
La séance n’était pas encore ouverte, que l’assemblée, paisible d’ordinaire, discutait avec animation, on entendait des chuchotements précurseurs d’un orage prochain.
Quelles étaient donc les causes de ce tumulte passionné et inaccoutumé ?
Nous allons le savoir.
La lecture des rapports sur les travaux de fin d’année fut écoutée distraitement; M. Tony-Robert Fleury arriva alors au dernier sur les travaux de la société :
«Cette année, dit-il, toutes les préoccupations de l’esprit public se sont portées sur l’Exposition universelle. Le gouvernement avait choisi une date mémorables entre toutes pour en faire l’anniversaire d’une grande manifestation pacifique. La France s’est montrée au monde, recueillie, laborieuse, pleine de force et de vitalité ; elle a conservé aux yeux de l’univers la grande place qu’elle occupait depuis le commencement du siècle.
» Vous avez contribué largement au succès de cette Exposition par l’envoi de vos œuvres, et la section des Beaux-Arts a été remarquable entre toutes. Vous avez su maintenir l’art français à une place hors ligne, et un rayon de cette gloire qui vient d’illuminer la patrie rejaillit sur tous à juste droit.
» Il y a quelques jours, le bureau du comité portait au nom de la Société des Artistes français les félicitations les plus chaleureuses à M. Meissonier à l’occasion de la suprême distinction que le gouvernement de la République venait de lui accorder.
» Cette haute récompense, s’adressant à un des plus vaillants, à un de nos plus grands artistes, devait être saluée par les acclamations de tous, comme la preuve éclatante du glorieux triomphe de l’École française et la juste récompense d’une admirable carrière.»
M. Tony-Robert-Fleury rendit ensuite hommage aux camarades décédés, dont la liste est malheureusement longue, puis il termina en faisant un chaleureux appel à la concorde:
«Si jamais, dit-il, quelque événement grave venait à se produire, si l’union que nous devons tous chercher à faire se trouvait compromise, n’oublions pas les bienfaits et la force de l’association, pensons au chemin parcouru depuis quelques années, pensons aux difficultés surmontées en commun. Pensons avec calme au moyen de nous entendre, et groupons-nous tous, mes chers collègues, pour défendre cette société que nous avons fondée dans un élan d’enthousiasme pour sauvegarder nos intérêts, notre dignité et nos libertés!»
Cette péroraison fut accueillie par d’unanimes applaudissements.
Alors M. Bouguereau, au nom du comité, soumit à l’Assemblée la question posée à l’article 7 de l’ordre du jour.
Voici cet article:
Le comité demande à l’assemblée générale de vouloir bien décider par oui ou par non, si les récompenses décernées à la suite de l’Exposition universelle compteront au point de vue des expositions annuelles, c’est-à-dire donneront le droit de HORS CONCOURS ET D’EXEMPT?
Quelle pensée guidait le comité en soulevant cette question?
Voulait-il protester contre la répartition des médailles faites par le jury de l’exposition universelle, répartition, comme on le verra plus loin, faite dans de telles conditions qu’elle souleva un tolle général dans le monde artistique et parmi les amateurs éclairés?
Non, le Comité de la Société des Artistes français en présence de la situation que les récompenses décernées aux étrangers à l’Exposition universelle lui créaient vis-à-vis des jeunes, soulevait cette question par la raison que voici:
Quand la Société des Artistes français prit le Salon des mains de l’Etat. il y avait d’exempts, hors concours, pour la pointure, six cent trente trois Français et cent quatre-vingt-huit étrangers seulement.
Depuis neuf ans — cette année 1890 est la dixième — que les artistes dirigent leur Salon, il est distribué en moyenne quatre-vingt-cinq médailles par an: elles se répartissent ainsi: peinture, quarante: sculpture vingt et une architecture, douze: gravure, douze: cela porte actuellement le chiffre des exempts et hors concours a quinze cent, quatre-vingt-six: si on ajoute à ce chiffre les quatre cent quatre-vingt-treize médailles de l’Exposition universelle de 1889. décernées aux étrangers, on obtient le total de 2,079 excempts et hors concours.
Comme ils ont le droit d’exposer chacun deux ouvrages, s’ils en usaient, on arriverait aux chiffres de 4,138 ouvrages reçus d’emblée, sans examen.
En 1876, il y eut 2,095 ouvrages exposés pour la peinture; en 1881, 2,248 et en 1888, 3,586; cela donne une moyenne par année de 2,310 ouvrages exposés au Salon; il y aurait donc eu 1,848 exempts et hors concours de trop, qui n’auraient pu trouver place!
C’est le contraire qu’il faudrait; car d’après l’avis des membres du Comité, 1,500 places seraient nécessaires pour les jeunes.
La pensée du Comité, en soumettant à l’assemblée des artistes l’article 7, était donc inspirée par une idée généreuse, par l’idée de produire des ouvrages nouveaux qui eussent aussi bien profité à l’Art qu’aux artistes; elle n’était pas, comme on l’a dit et fait publier, inspirée par un manque de déférence envers l’Etat et par un esprit de coterie étroit et mesquin, par un manque de patriotisme, en protestant contre des récompenses décernées, en somme, par la France, à ceux qui étaient volontairement venus exposer chez nous.
Le patriotisme est un grand mot, qui n’avait rien à voir en cette affaire; cette corde-là doit vibrer pour des faits plus graves, il ne faut pas l’user, nous n’en aurons pas trop pour l’avenir.
Ceux qui s’en sont servi savaient d’ailleurs bien ce qu’ils faisaient en la faisant vibrer.
L’article 7 était complexe; si l’on n’admettait pas les médaillés de l’Exposition universelle à jouir du bénéfice d’être exempts et hors concours, seraient-ils inscrits sur le livre du Salon annuel?
Les décisions du jury présidé par M. Meissonier, valaient-elles moins que celles du jury présidé par M. Bouguereau?
Ici une grave question se pose d’elle-même, car il y avait une grande différence entre les deux jurys.
Le Jury de l’Exposition universelle jugeait au nom de l’Etat.
Le Jury du Salon juge au nom de l’Association des Artistes français.
La Société des Artistes français est reconnue d’utilité publique, mais elle a le droit absolu, rigoureusement absolu, de régler à sa guise l’organisation de son exposition, la distribution de ses médailles, la rédaction de son livret, et si elle ne veut pas être solidaire de l’Etat, c’est son droit strict.
Il ne faut pas lui opposer les précédentes Expositions universelles de 1867 et de 1878, puisque le Salon alors était une institution officielle, organisée et administrée par l’Etat; la Société est libre.
Revenons au fameux article 7. Comme son aîné du décret d’expulsion, il souleva des tempêtes, des protestations violentes, et finalement, M. Meissonier prit la parole:
«Mes chers confrères, je tiens à vous dire que la haute distinction qui m’a été décernée est une décoration accordée à vous tous, et qu’elle constitue une manifestation qui met les Arts au niveau des plus belles choses.
» Je voudrais vous expliquer que les nouvelles récompenses ne peuvent causer aucun préjudice aux membres non exempts de la Société des Artistes français; les exempts qui ont, il est vrai, droit à l’envoi de deux œuvres au Salon, ne les ont jamais toutes envoyées. Il m’a suffi de relire les chiffres des trois dernières années pour m’en convaincre.
» En ce qui concerne la peinture, voici quels ont été ces chiffres: en 1887, il y avait 875 exempts; ils n’ont envoyé en tout que 621 toiles et 91 dessins; enfin, en 1889, il y en avait 929, ils n’ont envoyé que 562 toiles et 89 dessins.
» Vous voyez que les exemptions nouvelles sont moins effrayantes qu’on n’avait voulu le faire croire; pour l’architecture et la sculpture, on peut, sans crainte de s’écarter trop de la vérité, se baser sur ces proportions.
» On a fait aussi ressortir ce chiffre de 493 étrangers, et on s’en est servi comme d’un épouvantail. Mais un tel chiffre ne peut se retrouver avant une dizaine d’années. Il faut une Exposition universelle pour l’occasionner. Les étrangers ne retrouveront pas tous les ans. des gouvernements et des syndicats qui payeront les frais de transport de leurs œuvres.»
M. Meissonier ne put continuer son exposé ingénieux, plus spécieux que véritable, il fut interrompu par des cris, par un tapage infernal; il n’y avait pourtant qu’une réponse simple à lui faire:
— Vous dites que les exempts ne profitent pas de leur droit, mais s’ils en profitaient?
Il descendit de l’estrade, et quelques minutes plus tard il y reparaissait; il donna lecture de la protestation suivante:
Mes chers confrères,
Puvis de Chavannes, Carolus Duran, Cazin, Duez, Dagnan-Bouveret, Gervex, Roll, Waltner et moi, nous nous sommes séparés du Comité, et, comme nous tenions de vous l’honneur d’en faire partie, nous devons vous donner les motifs de notre démission.
Quand les artistes ont été conviés à la grande Exposition de 1889, ils y ont envoyé leurs œuvres avec la conviction absolue que les récompenses décernées dans ce glorieux concours international seraient assimilées aux récompenses obtenues dans la précédente Exposition universelle.
Or, quand rien n’avait démenti cette conviction, quand les médailles ont été publiquement décernées, le Comité a voulu remettre en question leur valeur. C’était tromper la confiance dans laquelle nous étions, dans laquelle il nous avait laissés; nous n’avons pas voulu y consentir, et c’est pourquoi nous avons donné notre démission.
Aujourd’hui, que le Comité auquel vous avez donné mission de résoudre toutes les questions, se récuse devant celle-ci, et, ne voulant pas assumer la responsabilité de sa solution, vous offre de la résoudre vous-mêmes, convaincus qu’elle ne devait même pas être posée, nous nous retirons et nous déclarons que nous ne prendrons pas part au vote.
Mais, avant de vous quitter, laissez-moi vous dire, mes chers confrères, qu’il serait déplorable que des artistes réunis en masse comme vous l’êtes ici; que des hommes de cœur, d’honneur, français avant tout, ne pussent s’élever dans une région assez haute pour comprendre qu’au-dessus d’intérêts particuliers de groupes, de Sociétés, il y a un sentiment patriotique qui doit dominer tout, après le triomphe de l’Exposition: c’est que la France, par aucune fraction de ses enfants, ne doit chercher à diminuer la valeur des récompenses que les étrangers recevaient avec reconnaissance publiquement de nos mains.
G. MEISSONIER.
26 décembre 1889.
Cette protestation fut accueillie par quelques rares applaudissements, au milieu d’un tumulte extraordinaire; ce fut en vain que MM. Tony-Robert Fleury et Ch. Garnier essayèrent de ramener le calme au milieu de l’assemblée; ils n’y purent parvenir.
Enfin, il fut procédé au vote.
Voici le résultat du scrutin: sur 607 présents et 494 votants, il y eut 405 non, 82 oui et 7 bulletins nuls.
Pendant le vote, les membres du Comité démissionnaires se rendirent chez Ledoyen; des amis battirent le rappel, la générale, pour grouper le plus de dissidents possible autour de M. Meissonier. A la protestation reproduite plus haut, ils ajoutèrent ce paragraphe:
«A la suite de cette protestation, M. Meissonier est sorti de la salle, déclarant de nouveau qu’il n’admettait, à aucun point de vue, qu’un vote pût avoir lieu sur une question qui engage notre honneur national; il a été suivi par les soussignés.»
Une demi-heure plus tard, cette protestation était revêtue des signatures suivantes:
MM. Gervex, Roll, Duez, Carolus Duran, Dagnan-Bouveret, Puvis de Chavannes, Cazin, Emile Adan. Galland, Félix Régamey, Eugène Carrière, Fantin-Latour, Besnard, J.-J. Rousseau, Adolphe Mégret, Roger Jourdan, Dalou, Damoye, Gustave Courtois, Ytasse, Marchal, Léon Couturier, Waltner, Loustaunau, Maurice Courant, L. Gros, Ch. Fauvel, René Billotte, Montenard, G. Bastien-Lepage, Emile Barau, Linguet, V. Binet, A. Dagnaux, A. Sautai, Rixens, Charles Meissonier, Paul Delance, Agache, E. Rosset-Granger, Lecreux, H. Cain, Girardot, Adolphe Binet, Henri Wallet, Léon Lasserre, Paul Hermel, de La Perche-Boyer, Gueldry, Pierre, Bourdin, Pierre Carrier-Belleuse, Tristan Lacroix, Le Villain, Emile Benner, Jean Benner, G. Bretennier, André Marty, Chevallier, Burgers, E. Tournier, H. Coeylas.
A la suite de ces faits, il fut décidé qu’une délégation, composée de MM. Puvis de Chavannes, Dalou, Roll, Cazin, Galland et Meissonier, se rendrait chez M. Tirard, commissaire général de l’Exposition universelle pour lui exprimer leurs regrets des incidents amenés par le vote du fameux article 7.
M. Meissonier insista auprès de M. Tirard sur ce point, que ses amis et lui considéraient le vote de la veille comme un manquement aux convenances et comme étant de nature à porter atteinte à l’honneur national.
M. Tirard répondit qu’il était sensible à la démarche des délégués et déclara qu’il l’approuvait pleinement; il les autorisa à rendre compte de leur démarche à leurs mandataires; la même délégation se rendit ensuite chez M. Fallières pour lui expliquer les raisons qui avaient guidé les protestataires et amener la dissidence. M. Meissonier déclara au ministre que lui et ses amis étaient décidé à fonder une nouvelle Société et qu’il espérait avoir l’appui du ministre.
M. Fallières répondit que la Société en voie de formation avait d’avance toutes ses sympathies.
De leur côté MM. Tony-Robert Fleury et Albert Maignan avaient adressé aux journaux la note suivante, en réponse à la protestation de M. Meissonier:
Notre désir, avant tout, est de rétablir la vérité et d’empêcher que les faits ne soient dénaturés. On met en avant la question de patriotisme; le patriotisme des artistes n’est pas en cause, ils sont fiers d’avoir pris part avec honneur, à la plus belle des Expositions universelles, et ils s’en voudraient de manquer aux sentiments de bonne confraternité vis-à-vis des étrangers. Ils n’ont pas eu un seul instant la pensée de manquer de reconnaissance envers l’Etat, qui les a toujours soutenus et qui leur donne gracieusement la possibilité d’installer leur. Salon. Il n’est pas question de détruire et même de diminuer les récompenses de l’Exposition; tout se réduit à savoir si ces récompenses doivent compter dans le Salon annuel. L’assemblée d’hier a voté la négative à une majorité énorme.
Quoiqu’on en ait dit, il n’y a eu aucune pression, il n’y avait pas d’animosité contre M. Meissonier, qui a été acclamé avec enthousiasme quand son talent et sa personne seuls ont été en cause. L’assemblée a eu le tort d’être bruyante, et des deux côtés le calme eût été plus correct; mais il est incontestable que l’assemblée voulait fermement ce qu’elle a voté, les chiffres sont là pour le prouver. Le vote s’est fait avec le plus grand ordre, et il serait, inexact de croire que les abstentions grossissent le nombre des dissidents, puisque la plupart des membres du comité n’ont pas pris part au vote, ne voulant pas être juge et partie. Il n’y a pas de lutte contre le jury de l’Exposition: la preuve, c’est que les membres de ce jury sont moins nombreux dans les dissidents que dans le comité même qui a posé cette question, si malheureusement grossie.
TONY-ROBERT FLEURY,
ALBERT MAIGNAN.
Le comité de la Société des Artistes français tint une séance le 31 décembre, sous la présidence de M. Guillaume.
Etaient présents:
MM. Guillaume, Bouguereau, Ch. Garnier, J. Jacquet. T. Robert-Fleury, Daumet, Bernier, Bonnat, Cormon, Detaille, Français, Frappa, Gérôme, Guillemet, de Gatines, Harpignies, Humbert, J.-P. Laurens, Jules Laurens, Jules Lefebvre, Luminais, Albert Maignan, Pille, Rixens, Sautai, Vayson, Yon, Aubé, Bartholdi, J. Blanchard, Boisseau, Caïn, A. Dubois, Doublemard, Ch. Gauthier, Guilbert, Et. Leroux, Mathurin-Moreau, Corroyer, Lisch, Lheureux, Pascal, Didier, Gilbert, Huyot, Laguillermie, Lalauze, J. Robert, Sirouy..
En l’absence de M. Bailly, président, M. Guillaume, premier vice-président, ouvrit la séance et exposa au Comité qu’il importait de détruire quelques opinions erronées qui seraient de nature à faire mal juger la Société des Artistes français.
Ainsi, d’abord, il semblerait qu’elle aurait, par les résolutions prises dans la dernière assemblée générale, la pensée de déprécier l’Exposition universelle.
M. Guillaume demanda au comité de déclarer, au nom de la Société des Artistes français. si tel était son avis, qu’il n’avait jamais eu l’idée de méconnaître le caractère de l’Exposition universelle, ni la compétence, ni l’équité des jurys institués par l’Etat, ni la valeur des récompenses décernées par ces jurys. En agissant dans les sentiments qu’on lui prête, il eût commis un acte antipatriotique.
Sur ce point, le comité déclara, à l’unanimité, que de tels sentiments n’ont pas été les siens.
En second lieu, on n’a pas hésité à attribuer à la Société tout entière, un sentiment d’hostilité vis-à-vis des étrangers. Or, les étrangers, toujours admis à nos Expositions sur un pied d’égalité parfaite avec nos nationaux, se sont acquis, à l’Exposition universelle, des droits nouveaux à notre sympathie. Ils sont venus spontanément nous apporter leur concours et augmenter l’éclat de notre manifestation nationale.
Sur ce point encore, le Comité, à l’unanimité et par acclamation, proteste de ses sentiments de confraternité envers les étrangers et les remercie.
Enfin, ajouta le vice-président, on prétend que la Société des Artistes français se refuse d’inscrire à ses livrets les récompenses décernées à l’occasion de l’Exposition universelle.
Sur ce troisième point encore, le Comité déclara qu’en présence de propositions diverses qui lui étaient soumises, il s’est absolument refusé à se prononcer pour la négative.
Après ces trois déclarations, le président rend compte de la visite que le bureau a faite le matin même à M. le ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts. M. Bailly, malgré le très mauvais état de sa santé, s’était transporté au ministère; il exposa à M. le ministre, clairement et dans leur ordre, les faits qui ont été la cause des dissentiments qui se sont produits dans la Société ; que le comité, dans un intérêt général, avait été frappé du grand nombre de récompenses de l’Exposition universelle, non pour les contester, mais parce que chacune d’elles apportait avec elle un droit d’exemption. Or, il était à craindre que si une partie notable des exempts venait à profiter de son privilège, la place légitimement due aux artistes non récompensés se trouvât extrêmement réduite. Il s’agissait de parer à ce grave inconvénient, et c’était pour prendre une résolution à ce sujet que le comité avait été convoqué.
Le comité n’ayant pu s’entendre sur les solutions proposées, et considérant que la totalité des sociétaires était intéressée dans la question, décida par un vote de s’en rapporter à l’assemblée générale dont la réunion annuelle et statutaire était prochaine.
Il ne s’agissait donc que de prévisions légitimes et de mesures d’ordre.
On sait le reste; quand aux sentiments d’opposition à l’Etat prètés à la Société, en cette grave occasion, il faut avouer qu’ils seraient inqualifiables au moment même où le ministre lui accordait le Palais de l’Industrie et l’encourageait à poursuivre son œuvre.
Le ministre écouta M. Bailly avec une grande bienveillance, dit qu’il n’avait pas à intervenir dans les difficultés qu’il espérait voir bientôt s’aplanir, qu’il ne songeait pas à retirer la concession du palais en vue de la prochaine exposition, mais qu’en ce moment il appartenait à la Société elle-même de prendre les mesures qu’elle jugerait les plus propres à concilier tous les esprits.
En conséquence de cet exposé, le vice-président pria ceux des membres du Comité qui auraient à faire, des propositions de nature à obtenir des résultats, de vouloir bien les présenter.
M. Charles Garnier affirma que le moyen le plus efficace d’arriver à une conciliation serait de supprimer les exemptions quelles qu’elles soient, et demanda qu’une proposition dans ce sens fût mise aux voix.
Après l’échange de quelques idées présentées par MM. Frappa, Bartholdi et Et. Leroux, la proposition de M. Ch. Garnier fut adoptée à l’unanimité.
Pour assurer l’application de cette mesure, dans le sens le plus libéral qu’elle puisse avoir, le Comité émit le vœu que les sections soient appelées prochainement à étudier un nouveau mode de formation et de fonctionnement des jurys.
A la suite de ces différents votes et déclarations, le Comité approuva, comme exprimant les sentiments dont il est animé, le résumé suivant, qui lui était proposé par M. Charles Garnier:
«Après les délibérations qui viennent d’avoir lieu, aucune exception ne devant plus être faite, et le talent seul devant conserver les prérogatives qui lui sont dues, le Comité espère que la scission qui s’est produite cessera d’exister, et que tous les artistes resteront convaincus que la seule préoccupation de la Société est de se régler d’après les lois d’équité comme de justice.»
Pour conclure, le Comité protesta énergiquement contre l’accusation que l’on adressait à la Société d’avoir manqué à un devoir sacré de patriotisme, le patriotisme ne pouvant être revendiqué par quelques-uns, mais appartenant à tous les artistes français, quelle que soit leur école.
A la suite de la résolution prise par le Comité de la Société des Artistes français, MM. Guillaume, Charles Garnier et Bonnat rendirent visite à M. Meissonier pour lui demander de faire nommer une commission qui, d’accord avec eux, étudierait les moyens à employer pour amener la solution du conflit.
M. Meissonier refusa catégoriquement d’entrer en pourparlers avec l’ancienne Société.
«La nouvelle Société, dit-il, est fondée; les statuts vont être approuvés, il est trop tard pour parlementer.»
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