Kitabı oku: «Le fils naturel, ou Les épreuves de la vertu»

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Denis Diderot

Le fils naturel, ou Les épreuves de la vertu


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066336387

Table des matières

Voici les noms des Personnages réels de la Piece,. avec ceux des Acteurs qui pourroient les. remplacer.

LE FILS NATUREL, OU LES ÉPREUVES DE LA VERTU. COMEDIE.

ACTE PREMIER.

ACTE SECOND.

ACTE III.

ACTE IV.

ACTE V.

DORVAL ET MOI.

Premier Entretien .

Second Entretien .

Troisieme Entretien.

ACTE PREMIER.

ACTE SECOND.

LE

ILS NATUREL,

OU

LES EPREUVES

DE LA VERTU.

COMEDIE

CINQ ACTES, ET EN PROSE,

Avec l’Histoire véritable de la Piece.

Interdùm speciosa locis, moraîaque rectè

Fabula, nullius veneris sine pondere&arte,

Valdiùs oblectat populum, meliùsque moratur

Quàm versus inopes rerum nugœque canorœ.

Horat. Art. Poet.

A AMSTERDAM.

M. DCC. LVII.

LE sixieme Volume de l’Encyclopédie venoit de paroître,&j’étois allé chercher à la campagne du repos&de la santé; lorsqu’un événement, non moins interessant par les circonstances que par les personnes, devint l’étonnement& l’entretien du canton. On n’y parloit que de l’homme rare qui avoit eu, dans un même jour, le bonheur d’exposer sa vie pour son ami,&le courage de lui sacrifier sa passion, sa fortune&sa liberté.

Je voulus connoître cet homme. Je le connus,&je le trouvai tel qu’on me l’avoit peint, sombre&mélancolique. Le chagrin&la douleur, en sortant d’une ame où ils avoient habité trop long-tems, y avoient laissé la tristesse. Il étoit triste dans sa conversation&dans son maintien, à-moins qu’il ne parlât de la vertu, ou qu’il n’éprouvât les transports qu’elle cause à ceux qui en font fortement épris. Alors vous eussiez dit qu’il se transfiguroit. La sérénité se déployoit sur son visage. Ses yeux prenoient de l’éclat&de la douceur. Sa voix avoit un charme inexprimable. Son discours devenoit pathétique. C’étoit un enchaînement d’idées austeres&d’images touchantes qui tenoient l’attention suspendue&l’ame ravie. Mais comme on voit le soir, en automne, dans un tems nébuleux&couvert, la lumière s’échapper d’un nuage, briller un moment,&se perdre en un ciel obscur; bientôt sa gaieté s’éclipsoit,&il retomboit tout-à-coup dans le silence&la mélancolie.

Tel étoit Dorval. Soit qu’on l’eût prévenu favorablement, soit qu’il y ait, comme on le dit, des hommes faits pour s’aimer sitôt qu’ils se rencontreront, il m’accueillit d’une maniere ouverte qui surprit tout le monde, excepté moi;&dès la seconde fois que je le vis, je crus pouvoir, sans être indiscret, lui parler de sa famille, &de ce qui venoit de s’y passer. Il satisfit à mes questions. Il me raconta son histoire. Je tremblai avec lui des épreuves auxquelles l’homme de bien est quelquefois exposé;&je lui dis qu’un ouvrage dramatique dont ces épreuves seroient le sujet, feroit impression sur tous ceux qui ont de la sensibilité, de la vertu,&quelqu’idée de la foiblesse humaine.

Hélas! me répondit-il en soupirant, vous avez eu la même pensée que mon pere. Quelque tems après fou, arrivée, lorsqu’une joie plus tranquille&plus douce commençoit à succéder à nos transports,&que nous goûtions le plaisir d’être assis les uns à côté des autres, il me dit:

Dorval, tous les jours je parle au Ciel de ROSALIE&de toi. Je lui rends graces de vous avoir conservés jusqu’à mon retour, mais sur-tout de vous avoir conservés innocens. Ah! mon fils, je ne jetté point les yeux sur ROSALIE, sans frémir du danger que tu as couru. Plus je la vois, plus je la trouve honnête&belle; plus ce danger me paroît grand. Mais le Ciel qui veille aujourd’hui sur nous, veut nous abandonner demain. Nul de nous ne connoît son sort. Tout ce que nous savons, c’est qu’à mesure que la vie s’avance, nous échappons à la méchanceté qui nous suit. Voilà les réflexions que je fais toutes les fois que je me rappelle ton histoire. Elles me consolent du peu de tems qui me reste à vivre;&si tu voulois, ce seroit la morale d’une Piece dont une partie de notre vie seroit le sujet,&que nous représenterions entre nous.

«Une Piece, mon pere!.....»

Oui, mon enfant. Il ne s’agit Point d’élever ici des treteaux, mais de conserver la mémoire d’un événement qui nous touche,& de le rendre comme il s’est passé... Nous le renouvellerions nous-mêmes, tous les ans, dans cette maison, dans ce salon. Les choses que nous avons dites, nous les redirions. Tes enfans en feroient autant,&les leurs,& leurs descendans. Et je me survivrois à moi-même,&j’irois converser ainsi, d’âge en âge y avec tous mes neveu..... Dorval, penses-tu qu’un ouvrage qui leur transmettroit nos propres idées, nos vrais sentimens, les discours que nous avons tenus dans une des circonstances les plus importantes de notre vie, ne valût pas mieux que des portraits de famille qui ne montrent de nous qu’un moment de notre visage.

«C’est-à-dire que vous m’ordonnez de » peindre votre ame, la mienne, celles » de Constance, de Clairville,&de Rosa» lie. Ah, mon pere, c’est une tâche au-dessus de mes forces,&vous le savez bien»!

Ecoute; je prétends y faire mon rôle une fois avant que de mourir;&pour cet effet j’ai dit à ANDRÉ de ferrer dans un coffre les habits que nous avons apportés des prisons.

«Mon pere.».

Mes enfans ne m’ont jamais opposé de refus; ils ne voudront pas commencer si tard.

En cet endroit, Dorval détournant son visage,&cachant ses larmes, me dit du ton d’un homme qui contraignoit sa douleur ... la piece est faite ... Mais celui qui l’a commandée n’est plus ... Après un moment de silence, il ajoûta ..... Elle étoit restée-là cette Piece,&je l’avois presque oubliée; mais ils m’ont répété si souvent que c’étoit manquer à la volonté de mon pere, qu’ils m’ont persuadé;& Dimanche prochain nous nous acquittons pour la premiere fois d’une chose qu’ils s’accordent tous à regarder comme un devoir.

Ah, Dorval, lui dis-je, si j’osois!... Je vous entends, me répondit-il; mais croyez-vous que ce soit une proposition à faire à Constance, à Clairville,&à Rosalie. Le sujet de la Piece vous est connu; &vous n’aurez pas de peine à croire qu’il y a quelques scenes où la présence d’un étranger gêneroit beaucoup. Cependant c’est moi qui fais ranger le salon. Je ne vous promets point. Je ne vous refuse pas. Je verrai.

Nous nous séparâmes Dorval&moi. C’étoit le lundi. Il ne me fit rien dire de toute la semaine. Mais le Dimanche matin il m’écrivit..... Aujourd’hui, à trois heures précises, à la porte du Jardin..... Je m’y rendis. J’entrai dans le salon par la fenêtre;&Dorval qui avoit écarté tout le monde me plaça dans un coin, d’où, sans être vû, je vis&j’entendis ce qu’on va lire, excepté la derniere scene. Une autre fois je dirai pourquoi je n’entendis pas la derniere scene.


Voici les noms des Personnages réels de la Piece, avec ceux des Acteurs qui pourroient les remplacer.

Table des matières


LYSIMOND, pere de Dorval & de Rosalie, M. Sarrazin.
DORVAL, fils naturel de Lysimond, & ami de Clairville, M. Grandval.
ROSALIE, fille de Lysimond, Melle. Gaussin.
JUSTINE, suivante de Rosalie, Melle. Dangeville.
ANDRÉ, domestique de Lysimond, M. Le Grand.
CHARLES, valet de Dorval, M. Armand.


CLAIRVILLE, ami de Dorval & amant de Rosalie, M. Lequin.
CONSTANCE, jeune veuve, sœur de Clairville, Melle. Clairon.

SYLVESTRE, valet de Clairville, .......

Autres Domestiques de la maison de Clairville.

La Scene est à Saint-Germain-en-Laye.

L’action commence avec le jour,&se passe dans un salon de la maison de Clairville.

LE
FILS NATUREL,
OU LES ÉPREUVES DE LA VERTU. COMEDIE.

Table des matières

ACTE PREMIER.

Table des matières

SCENE I.

La Scene est dans un salon. On y voit un clavecin, des chaises, des tables de jeu; sur une de ces tables un trictrac; sur une autre quelques brochures; d’un côté un métier à tapisserie,&.... dans le fond un canapé,&c.

DORVAL seul.

Il est en habit de campagne, en cheveux né gligés; assis dans un fauteuil, à côté d’une table sur laquelle il y a des brochures. Il paroît agité. Après quelques mouvemens violens, il s’appuie sur un des bras de son fauteuil, comme pour dormir. Il quitte bientôt cette situation. Il tire sa montre, &dit:

A Peine est-il six heures.

Il se jette sur l’autre bras de son fau teuil; mais il n’y est pas plûtôt qu’il se releve,&dit,

Je ne saurois dormir.

Il prend un livre qu’il ouvre au hasard,& qu’il referme presque sur le champ,&dit:

Je lis sans rien entendre

Il se leve. Il se promene,&dit:

Je ne peux m’éviter.... Il faut sortir d’ici... Sortir d’ici! Et j’y suis enchaîné! J’aime!... (comme effrayé)&qui aimai-je?... J’ose me l’avouer; malheureux, &je reste. (Il appelle violemment) Charles. Charles.

SCENE II. (Cette Scene marche vîte.)

DORVAL, CHARLES.

(Charles croit que son maître demande son chapeau&son épée; il les apporte, les pose sur un fauteuil,&dit:

CHARLES.

Monsieur, ne vous faut-il plus rien ?

DORVAL.

Des chevaux; ma chaise.

CHARLES

Quoi, nous partons!

DORVAL.

A l’instant. (Il est assis dans le fauteuil; &tout en parlant, il ramasse des livres, des papiers, des brochures, comme pour en faire des paquets).

CHARLES.

Monsieur, tout dort encore ici.

DORVAL.

Je ne verrai personne.

CHARLES,

Cela se peut-il?

DORVAL.

Il le faut.

CHARLES.

Monsieur....

DORVAL.

(Se tournant vers Charles, d’un air triste &accablé.) Eh bien, Charles!

CHARLES.

Avoir été accueilli dans cette maison, chéri de tout le monde, prévenu sur tout, &s’en aller sans parler à personne; permettez, Monsieur

DORVAL.

J’ai tout entendu. Tu as raison. Mais je pars.

CHARLES.

Que dira Clairville votre ami? Constance sa sœur, qui n’a rien négligé pour vous faire aimer ce séjour? (d’un ton plus bas) Et Rosalie?.... vous ne les verrez point?

DORVAL

(Soupire profondément, laisse tomber sa tête sur ses mains,&Charles continue.

CHARLES.

Clairville&Rosalie s’étoient flatés de vous avoir pour témoin de leur mariage. Rosalie se faisoit une joie de vous présenter à son pere. Vous deviez les accompagner tous à l’autel.

DORVAL

(soupire, s’agite,&c.)

CHARLES.

Le bonhomme arrive,&vous partez. Tenez, mon cher maître, j’ose vous le dire, les conduites bisarres sont rarement sensées........ Clairville! Constance! Rosalie!

DORVAL

(Brusquement, en se levant): Des chevaux, ma chaise, te dis-je.

CHARLES.

Au moment où le pere de Rosalie arrive d’un voyage de plus de mille lieues! à, la veille du mariage de votre ami!

DORVAL

(en colere... à Charles). Malheureux!... (à lui-même, en se mordant la levre&se frappant la poitrine) que je suis..... Tu perds le tems,&je demeure.

CHARLES

Je vais.

DORVAL.

Qu’on se dépêche.

SCENE III.

DORVAL seul.

(Il continue de se promener&de rêver).

PArtir sans dire adieu! il a raison; cela seroit d’une bisarrerie d’une inconséquence.... Et qu’est-ce que ces mots signifient? Est-il question de ce qu’on croira, ou de ce qu’il est honnête de faire? .... Mais après tout, pourquoi ne verrois-je pas Clairville&sa sœur? ne puis-je les quitter&leur en taire le motif?..... Et Rosalie? je ne la verrai point?... Non.... l’amour&l’amitié n’imposent point ici les mêmes devoirs, sur-tout un amour insensé qu’on ignore& qu’il faut étouffer. Mais que dira-t-elle? que pensera-t-elle?... Amour, sophiste dangereux, je t’entends.

(Constance arrive en robe de matin, tourmentée de son côté par une passion qui lui a ôté le repos. Un moment après, entrent des Domestiques qui rangent le salon,&qui ramassent les choses qui sont à Dorval..... Charles qui a envoyé à la Poste pour avoir des chevaux, rentre aussi).

SCENE IV.

DORVAL, CONSTANCE, des Domestiques.

DORVAL.

QUoi, Madame, si matin?

CONSTANCE.

J’ai perdu le sommeil. Mais vous-même, déjà habillé!

DORVAL (vîte).

Je reçois des lettres à l’instant. Une affaire pressée m’appelle à Paris. Elle y demande ma présence. Je prends le thé. Charles, du thé. J’embrasse Clairville. Je vous rends graces à tous les deux des bontés que vous avez eues pour moi. Je me jette dans ma chaise,&je pars.

CONSTANCE.

Vous partez! Est-il possible?

DORVAL.

Rien malheureusement n’est plus nécessaire.

(Les Domestiques qui ont achevé de ranger le salon,&de ramasser ce qui est à Dorval, s’éloignent. Charles laisse le thé sur une des tables. Dorval prend le thé.)

(Constance, un coude appuyé sur la table, &la tête panchée sur une de ses mains, demeure dans cette situation pensive.)

DORVAL.

Constance, vous rêvez.

CONSTANCE (émue ou plûtôt d’un sang froid un peu contraint.)

Oui, je rêve..... mais j’ai tort... la vie que l’on mene ici vous ennuie .....

Ce n’est pas d’aujourd’hui que je m’en apperçois.

DORVAL.

Elle m’ennuie! Non, Madame, ce n’est pas cela.

CONSTANCE.

Qu’avez-vous donc? ... Un air sombre que je vous trouve....

DORVAL.

Les malheurs laissent des impressions... Vous savez... Madame... je vous jure que depuis long-tems je ne connoissois de douceurs que celles que je goûtois ici.

CONSTANCE.

Si cela est, vous revenez sans doute.

DORVAL.

Je ne sais... Ai-je jamais sû ce que je deviendrois?

CONSTANCE

(après s’être promenée un instant). Ce moment est donc le seul qui me reste. Il faut parler. (une pause.)

Dorval, écoutez-moi. Vous m’avez trouvée ici il y a six mois, tranquille& heureuse. J’avois éprouvé tous les malheurs des nœuds mal assortis. Libre de ces nœuds, je m’étois promis une indépendance éternelle,&j’avois fondé mon bonheur sur l’aversion de tout lien,&dans la sécurité d’une vie retirée.

Après les longs chagrins, la solitude a tant de charmes! On y respire en liberté. J’y joüissois de moi. J’y joüissois de mes peines passées. Il me sembloit qu’elles avoient épuré ma raison. Mes journées toujours innocentes, quelquefois délicieuses, se partageoient entre la lecture la promenade,&la conversation de mon frere. Clairville me parloit sans cesse de son austere&sublime ami. Que j’avois de plaisir à l’entendre! Combien je desirois de connoître un homme que mon frere aimoit, respectoit à tant de titres,&qui avoit développé dans son cœur les premiers germes de la sagesse!

Je vous dirai plus. Loin de vous, je marchois déjà sur vos traces;&cette jeune Rosalie que vous voyez ici étoit l’objet de tous mes soins, comme Clairville avoit été l’objet des vôtres.

DORVAL,

(ému&attendri) Rosalie!

CONSTANCE.

Je m’apperçus du goût que Clairville prenoit pour elle,&je m’occupai à former l’esprit,&sur-tout le caractere de cet enfant qui de voit un jour faire la destinée de mon frere. Il est étourdi, je la rendois prudente. Il est violent, je cultivois sa douceur naturelle. Je me complaisois à penser que je préparois de concert avec vous l’union la plus heureuse qu’il y eût peut-être au monde, lorsque vous arrivâtes. Hélas!....

(La voix de Constance prend ici l’accent de la tendresse,&s’affoiblit un peu).

Votre présence qui devoit m’éclairer &m’encourager n’eut point ces effets que j’en attendois. Peu-à-peu mes soins se détournerent de Rosalie. Je ne lui enseignai plus à plaire....&je n’en ignorai, pas long-tems la raison.

Dorval, je connus tout l’empire que la vertu avoit sur vous,&il me parut que je l’en aimois encore davantage. Je me proposai d’entrer dans votre ame avec elle,&je crus n’avoir jamais formé de dessein qui fût si bien selon mon cœur. Qu’une femme est heureuse, me disois-je, lorsque le seul moyen qu’elle ait d’attacher celui qu’elle a distingué, c’est d’ajoûter de plus en plus à l’estime qu’elle se doit, c’est de s’élever sans cesse à ses propres yeux.

Je n’en ai point employé d’autre. Si je n’en ai pas attendu le succès, si je parle; c’est le tems,&non la confiance qui m’a manqué. Je ne doutai jamais que la vertu ne fît naître l’amour, quand le moment en seroit venu. (Une petite pause: ce qui suit doit coûter à dire à une femme, telle que Constance)

Vous avouerai-je ce qui m’a coûté le plus? C’étoit de vous dérober ces mouvemens si tendres&si peu libres, qui trahissent presque toûjours une femme qui aime. La raison se fait entendre par intervalles. Le cœur importun parle sans cesse. Dorval, cent fois le mot fatal à mon projet s’est présenté sur mes levres. Il m’est échappé quelquefois; mais vous ne l’avez point entendu,&je m’en suis toûjours félicitée.

Telle est Constance. Si vous la fuyez, du-moins elle n’aura point à rougir d’elle. Eloignée de vous, elle se retrouvera dans le sein de la vertu. Et tandis que tant de femmes détesteront l’instant où l’objet d’une criminelle tendresse arracha de leur cœur un premier soupir, Constance ne se rappellera Dorval que pour s’applaudir de l’avoir connu. Ou s’il se mêle quelqu’amertume à son souvenir, il lui restera toûjours une consolation douce&solide dans, les sentimens mêmes que vous lui aurez inspirés,

SCENE V.

DORVAL, CONSTANCE, CLAIRVILLE.

DORVAL.

MAdame, voilà votre frere.

CONSTANCE (attristée, dit)

Mon frere, Dorval nous quitte. (&sort)

CLAIRVILLE.

On vient de me l’apprendre.

SCENE VI.

DORVAL, CLAIRVILLE.

DORVAL.

(faisant quelques pas, distrait&embarrassé)

DEs lettres de Paris... Des affaires qui pressent Un banquier qui chancele....

CLAIRVILLE.

Mon ami, vous ne partirez point sans m’accorder un moment d’entretien. Je n’ai jamais eu un si grand besoin de votre secours.

DORVAL.

Disposez de moi; mais si vous me rendez justice, vous ne douterez pas que je n’aye les raisons les plus fortes....

CLAIRVILLE (affligé).

J’avois un ami,&cet ami m’abandonne. J’étois aimé de Rosalie,&Rosalie ne m’aime plus. Je suis desespéré..... Dorval, m’abandonnerez-vous?...

DORVAL.

Que puis-je faire pour vous?

CLAIRVILLE.

Vous savez si j’aime Rosalie!... Mais non, vous n’en savez rien. Devant les autres, l’amour est ma premiere vertu; j’en rougis presque devant vous.... Eh bien, Dorval, je rougirai, s’il le faut; mais je l’adore... Que ne puis-je vous dire tout ce que j’ai souffert! Avec quel ménagement, quelle délicatesse j’ai imposé silence à la passion la plus forte!.... Rosalie vivoit retirée près d’ici, avec une tante. C’étoit une Américaine fort âgée, une amie de Constance. Je voyois Rosalie tous les jours,&tous les jours je voyois augmenter ses charmes; je sentois augmenter mon trouble. Sa tante meurt. Dans ses derniers momens elle appelle ma sœur, lui tend une main défaillante;&lui montrant Rosalie qui se desoloit au bord de son lit, elle la regardoit sans parler; ensuite elle regardoit Confiance; des larmes tomboient de ses yeux; elle soupiroit;&ma sœur entendoit tout cela. Rosalie devint sa compagne, sa pupille, son éleve;& moi, je fus le plus heureux des hommes. Constance voyoit ma passion: Rosalie en paroissoit touchée. Mon bonheur n’étoit plus traversé que par la volonté d’une mere inquiété qui redemandoit sa fille. Je me préparois à passer dans les climats éloignés où Rosalie a pris naissance: mais sa mere meurt;&son pere, malgré sa vieillesse, prend le parti de revenir parmi nous.

Je l’attendois, ce pere, pour achever mon bonheur ; il arrive,&il me trouvera desolé.

DORVAL.

Je ne vois pas encore les raisons que vous avez de l’être.

CLAIRVILLE.

Je vous l’ai dit d’abord. Rosalie ne m’aime plus. A mesure que les obstacles qui s’opposoient à mon bonheur ont disparu, elle est devenue réservée, froide, indifférente. Ces sentimens tendres qui sortoient de sa bouche avec une naïveté qui me ravissoit, ont fait place à une politesse qui me tue. Tout lui est insipide. Rien ne l’occupe. Rien ne l’amuse. M’apperçoit-elle? son premier mouvement est de s’éloigner. Son pere arrive;&l’on diroit qu’un événement si desiré, si long-tems attendu, n’a plus rien qui la touche. Un goût sombre pour la solitude est tout ce qui lui reste. Constance n’est pas mieux traitée que moi. Si Rosalie nous cherche encore, c’est pour nous éviter l’un par l’autre;&pour comble de malheur, ma sœur même ne paroît plus s’interesser à moi.

DORVAL.

Je reconnois bien là Clairville. Il s’inquiete, il se chagrine,&il touche au moment de son bonheur.

CLAIRVILLE.

Ah, mon cher Dorval, vous ne le croyez pas. Voyez....

DORVAL.

Je ne vois dans toute la conduite de Rosalie que de ces inégalités auxquelles les femmes les mieux nées sont le plus sujettes,&qu’il est quelquefois si doux d’avoir à leur pardonner. Elles ont le sentiment si exquis; leur ame est si sensible; leurs organes font si délicats, qu’un soupçon, un mot, une idée, suffit pour les allarmer. Mon ami, leur ame est semblable au cristal d’une onde pure&transparente où le spectacle tranquille de la nature s’est peint. Si une feuille en tombant vient à en agiter la surface, tous les objets sont vacillans.

CLAIRVILLE. (affligé)

Vous me consolez; Dorval, je suis perdu. Je ne sens que trop.... que je ne peux vivre sans Rosalie; mais quel que soit le fort qui m’attend, j’en veux être éclairci avant l’arrivée de son pere.

DORVAL.

En quoi puis-je vous servir?

CLAIRVILLE.

Il faut que vous parliez à Rosalie.

DORVAL.

Que je lui parle!

CLAIRVILLE.

Oui, mon ami. Il n’y a que vous au monde qui puissiez me la rendre. L’estime qu’elle a pour vous me fait tout espérer.

DORVAL.

Clairville, que me demandez-vous? A peine Rosalie me connoît-elle;&je suis si peu fait pour ces fortes de discussions.

CLAIRVILLE.

Vous pouvez tout,&vous ne me réfuserez point. Rosalie vous révere. Votre présence la saisit de respect, c’est elle qui l’a dit. Elle n’osera jamais être injuste, inconstante, ingrate à vos yeux. Tel est l’auguste privilége de la vertu; elle en impose à tout ce qui l’approche. Dorval, paroissez devant Rosalie,&bientôt elle redeviendra pour moi ce qu’elle doit être, ce qu’elle étoit.

DORVAL

(posant la main sur l’épaule de Clairville).

Ah, malheureux!

CLAIRVILLE.

Mon ami, si je le fuis!

DORVAL.

Vous exigez....

CLAIRVILLE.

J’exige....

DORVAL.

Vous serez satisfait.

SCENE VII.

DORVAL seul.

QUels nouveaux embarras!.... le frere... la sœur... Ami cruel, amant aveugle, que me proposez-vous?.... Paroissez devant Rosalie! Moi, paroître devant Rosalie,&je voudrois me cacher à moi-même... Que deviens-je, si Rosalie me devine?&comment en imposerai-je à mes yeux, à ma voix, à mon cœur?... Qui me répondra de moi?... La vertu?... M’en reste-t-il encore?

Fin du premier Acte.

ACTE SECOND.

Table des matières

SCENE I.

ROSALIE, JUSTINE.

ROSALIE.

JUstine, approchez mon ouvrage.

(Justine approche un métier à tapisserie. Rosalie est tristement appuyée sur ce métier. Justine est assise d’un autre côté. Elles travaillent. Rosalie n’interrompt son ouvrage que pour essuyer des larmes qui tombent de ses yeux. Elle le reprend ensuite. Le silence dure un moment, pendant lequel Justine laisse l’ouvrage&considere sa maitresse).

JUSTINE.

Est-ce là la joie avec laquelle vous attendez Monsieur votre pere? sont-ce là les transports que vous lui préparez? Depuis un tems je n’entends rien à votre ame. Il faut que ce qui s’y passe soit mal; car vous me le cachez,&vous faites très-bien.

ROSALIE.

(Point de réponse de la part de Rosalie; mais des soupirs, du silence&des larmes).

JUSTINE.

Perdez-vous l’esprit, Mademoiselle? au moment de l’arrivée d’un pere! à la veille d’un mariage! Encore un coup, perdez-vous l’esprit?

ROSALIE.

Non, Justine.

JUSTINE (après une pause).

Seroit-il arrivé quelque malheur à Monsieur votre pere?

ROSALIE.

Non, Justine. Toutes ces questions se font à différens intervalles dans lesquels Justine quitte&reprend son ouvrage.

JUSTINE

(après une pause un peu plus longue).

Par hasard, est-ce que vous n’aimeriez plus Clairville?

ROSALIE.

Non, Justine.

JUSTINE

(reste un peu stupefaite. Elle dit ensuite):

La voilà donc la cause de ces soupirs, de ce silence&de ces larmes?... Oh, pour le coup, les hommes n’ont qu’à dire que nous sommes folles; que la tête nous tourne aujourd’hui pour un objet que demain nous voudrions savoir à mille lieues. Qu’ils disent de nous tout ce qu’ils voudront, je veux mourir si je les en dédis..... Vous ne vous êtes pas attendue, Mademoiselle, que j’approuverois ce caprice..... Clairville vous aime éperdument. Vous n’avez aucun sujet de vous plaindre de lui. Si jamais femme a pû se flater d’avoir un amant tendre, fidele, honnête; de s’être attaché un homme qui eût de l’esprit, de la figure, des mœurs, c’est vous. Des mœurs! Mademoiselle, des mœurs!... Je n’ai jamais pû concevoir, moi, qu’on cessât d’aimer; à plus forte raison qu’on cessât sans sujet. Il y a là quelque chose où je n’entends rien.

(Justine s’arrête un moment. Rosalie continue de travailler&de pleurer. Justine reprend d’un ton hypocrite&radouci,&dit tout en travaillant,&sans lever les yeux de dessus son ouvrage):

Après tout, si vous n’aimez plus Clairville, cela est fâcheux.... mais il ne faut pas s’en desespérer comme vous faites.... Quoi donc! après lui, n’y auroit-il plus personne au monde que vous pussiez aimer?

ROSALIE.

Non, Justine.

JUSTINE.

Oh pour celui-là, on ne s’y attend pas.

(Dorval entre, Justine se retire; Rosalie quitte son métier, se hâte de s’essuyer les yeux, &de se composer un visage tranquille. Elle a dit auparavant:

ROSALIE.

O Ciel! c’est Dorval.

SCENE II.

ROSALIE, DORVAL.

DORVAL (d’un ton un peu ému).

PErmettez, Mademoiselle, qu’avant mon départ (à ces mots Rosalie paraît étonnée), j’obéisse à un ami,&que je cherche à lui rendre auprès de vous un service qu’il croit important. Personne ne s’intéresse plus que moi à votre bonheur&au sien; vous le savez. Souffrez donc que je vous demande en quoi Clairville a pu vous déplaire,&comment il a mérité la froideur avec laquelle il dit qu’il est traité.

ROSALIE.

C’est que je ne l’aime plus.

DORVAL.

Vous ne l’aimez plus!

ROSALIE.

Non, Dorval.

DORVAL.

Et qu’a-t-il fait pour s’attirer cette horible disgrace?

ROSALIE.

Rien. Je l’aimois. J’ai cessé. J’étois legere apparemment, sans m’en douter.

DORVAL.

Avez-vous oublié que Clairville est l’amant que votre cœur a préféré?... Songez-vous qu’il traîneroit des jours bien malheureux, si l’espérance de recouvrer votre tendresse lui étoit ôtée?.... Mademoiselle, croyez-vous qu’il soit permis à une honnête femme de se joüer du bonheur d’un honnête homme?

ROSALIE.

Je sais là-dessus tout ce qu’on peut me dire. Je m’accable sans cesse de reproches. Je suis desolée. Je voudrois être morte!

DORVAL.

Vous n’êtes point injuste.

ROSALIE.

Je ne fais plus ce que je suis. Je ne m’estime plus.

DORVAL.

Mais pourquoi n’aimez-vous plus Clairville? Il y a des raisons à tout.

ROSALIE.

C’est que j’en aime un autre.

DORVAL.

Rosalie! Elle! (avec un étonnement mêlé de reproches).

ROSALIE.

Oui, Dorval, ... Clairville sera bien vengé!

DORVAL.

Rosalie, ... si par malheur il étoit arrivé... que votre cœur surpris... fût entraîné par un penchant.... dont votre raison vous fit un crime... J’ai connu cet état cruel!... Que je vous plaindrois !

ROSALIE.

Plaignez-moi donc.

DORVAL

(ne lui répond que par le geste de commisération).

ROSALIE,

J’aimois Clairville. Je n’imaginais pas que je pusse en aimer un autre, lorsque je rencontrai recueil de ma confiance &de notre bonheur... Les traits, l’esprit, le regard, le son de la voix, tout dans cet objet doux&terrible sembloit répondre à je ne fais quelle image que la nature avoit gravée dans mon cœur. Je le vis. Je crus y reconnoître la vérité de toutes ces chimeres de perfection que je m’étois faites,&dabord il eut ma confiance... Si j’avois pû concevoir que je manquois à Clairville!... Mais hélas! je n’en avois pas eu le premier soupçon, que j’étois toute accoûtumée à aimer son rival.... Et comment ne l’aurois-je pas aime?... Ce qu’il disoit, je le pensois toujours. Il ne manquoit jamais de blâmer ce qui devoit me déplaire. Je loüois quelquefois d’avance ce qu’il alloit approuver. S’il exprimoit un sentiment, je croyois qu’il avoit deviné le mien.... Que vous dirai-je enfin? Je me voyois à peine dans les autres; (elle ajoûte en baissant les yeux&la voix)&je me retrouvois sans cesse en lui.

DORVAL.

Et ce mortel heureux connoît-il son. bonheur?

ROSALIE.

Si c’est un bonheur, il doit le connoître.

DORVAL.

Si vous aimez, on vous aime sans doute?

ROSALIE.

Dorval, vous le savez.

DORVAL (vivement).

Oui, je le fais,&mon cœur le sent... Qu’ai-je entendu?... Qu’ai-je dit?... Qui me sauvera de moi-même?.....

(Dorval&Rosalie se regardent un moment en silence. Rosalie pleure amerement. On annonce Clairville).

SYLVESTRE (à Dorval).

Monsieur, Clairville demande à vous parler.

DORVAL (à Rosalie).

Rosalie... Mais on vient... Y pensez-vous?... C’est Clairville. C’est mon ami. C’est votre amant.

ROSALIE.

Adieu, Dorval. (Elle lui tend une main; Dorval la prend,&laisse tomber tristement sa bouche sur cette main,&Rosalie ajoûte), Adieu, quel mot!

SCENE III.

DORVAL seul.

DAns sa douleur, qu’elle m’a paru belle! Que ses charmes étoient touchans! J’aurois donné ma vie pour recueillir une des larmes qui couloient de ses yeux... «Dorval, vous le savez»... Ces mots retentissent encore dans le fond de mon cœur... Ils ne sortiront pas si-tôt de ma mémoire!...

SCENE IV.

DORVAL, CLAIRVILLE.

CLAIRVILLE.

EXcusez mon impatience. Eh bien; Dorval!...

DORVAL.

(Dorval est troublé. Il tâche de se remettre; mais il y réussit mal. Clairville qui cherche à lire sur son visage, s’en apperçoit, se méprend,&dit):

CLAIRVILLE.

Vous êtes troublé! Vous ne me parlez point! Vos yeux se remplissent de larmes! Je vous entends, je suis perdu!

(Clairville, en achevant ces mots, se jette dans le sein de son ami. Il y reste un moment en silence. Dorval verse quelques larmes sur lui,&Clairville dit, sans se déplacer, d’une Voix basse&sanglotante:

CLAIRVILLE.

Qu’a-t-elle dit? Quel est mon crime? Ami, de grâce, achevez-moi.

DORVAL.

Que je l’acheve!

CLAIRVILLE.

Elle m’enfonce un poignard dans le sein!&vous, le seul homme qui pût l’arracher peut-être, vous vous éloignez! vous m’abandonnez à mon desespoir!... Trahi par ma maîtresse! abandonné de mon ami! que vais-je devenir! Dorval, vous ne me dites rien?

DORVAL.

Que vous dirai-je?..... Je crains de parler.

CLAIRVILLE.

Je crains bien plus de vous entendre; parlez pourtant, je changerai du-moins de supplice.... Votre silence me semble en ce moment, le plus cruel de tous.

DORVAL (en hésitant).

Rosalie....

CLAIRVILLE (en hésitant).

Rosalie....

DORVAL.

Vous me l’aviez bien dit..... ne me paroît plus avoir cet empressement qui vous promettoit un bonheur si prochain.

CLAIRVILLE.

Elle a changé!... Que me reproche-t-elle!

DORVAL.

Elle n’a pas changé, si vous voulez... Elle ne vous reproche rien... mais son pere....

CLAIRVILLE.

Son pere a-t-il repris son consentement?

DORVAL.

Non. Mais elle attend son retour.... Elle craint.... Vous savez mieux que moi qu’une fille bien née craint toûjours.

CLAIRVILLE.

Il n’y a plus de craintes à avoir. Tous les obstacles font levés. C’étoit sa mere qui s’opposoit à nos voeux; elle n’est plus,& son pere n’arrive que pour m’unir à sa fille, se fixer parmi nous,&finir ses jours tranquillement, dans sa patrie, au sein de sa famille, au milieu de ses amis. Si j’en juge par ses lettres, ce respestable vieillard ne fera guere moins affligé que moi. Songez, Dorval, que rien n’a pû l’arrêter; qu’il a vendu ses habitations; qu’il s’est embarqué avec toute sa fortune, à l’âge... de quatre-vingts ans, je crois, sur des mers couvertes de vaisseaux ennemis.

DORVAL.

Clairville, il faut l’attendre. Il faut tout espérer des bontés du pere, de l’honnêteté de la fille, de votre amour,&de mon amitié. Le Ciel ne permettra pas que des êtres qu’il semble avoir formés pour servir de consolation&d’encouragement à la vertu, soient tous malheureux sans l’avoir mérité.

CLAIRVILLE.

Vous voulez donc que je vive.

DORVAL.

Si je le veux!.... Si Clairville pouvoir lire au fond de mon ame!... Mais j’ai satisfait à ce que vous exigiez.

CLAIRVILLE.

C’est à regret que je vous entends. Allez, mon ami. Puisque vous m’abandonnez dans la triste situation où je suis, je peux tout croire des motifs qui vous rappellent. Il ne me reste plus qu’à vous demander un moment. Ma sœur allarmée de quelques bruits fâcheux qui se sont répandus ici sur la fortune de Rosalie&sur le retour de son pere, est sortie malgré elle. Je lui ai promis que vous ne partiriez point qu’elle ne sût rentrée. Vous ne me refuserez pas de l’attendre.

DORVAL.

Y a-t-il quelque chose que Constance ne puisse obtenir de moi!

CLAIRVILLE.

Constance! hélas, j’ai pensé quelquefois Mais renvoyons ces idées à des tems plus heureux. Je fais où elle est, &je vais hâter son retour.

SCENE V.

DORVAL seul.

SUis-je assez malheureux!.. J’inspire une passion secrete à la sœur de mon ami... J’en prends une insensée pour sa maîtresse; elle, pour moi.... Que fais-je encore dans une maison que je remplis de desordre? Où est l’honnêteté? Y en a-t-il dans ma conduite?... (Il appelle comme un forcené) Charles, Charles.... On ne vient point.... Tout m’abandonne.... (Il se renverse dans un fauteuil. Il s’abyme dans la rêverie. Il jette ces mots par intervalles) .... Encore, si c’étoient-là les premiers malheureux que je fais!... mais non, je traîne par-tout l’infortune..... Tristes mortels, miserables jouets des événemens.... soyez bien fiers de votre bonheur, de votre vertu!.... Je viens ici, j’y porte une ame pure... oui; car elle l’est encore.... J’y trouve trois êtres favorisés du Ciel; une femme vertueuse &tranquille; un amant passionné&payé de retour; une jeune amante raisonnable &sensible...... La femme vertueuse a perdu sa tranquillité. Elle nourrit dans son cœur une passion qui la tourmente. L’amant est desespéré. Sa maîtresse devient inconstante,&n’en est que plus malheureuse..... Quel plus grand mal eût fait un scélérat!... O toi qui conduis tout, qui m’as conduit ici, te chargeras-tu de te justifier?.... Je ne sai où j’en suis.... (Il crie encore) Charles, Charles.

SCENE VI.

DORVAL, CHARLES, SYLVESTRE.

CHARLES.

Monsieur, les chevaux font mis. Tout est prêt. (Cela dit, il sort).

SYLVESTRE (entre).

Madame vient de rentrer. Elle va descendre.

DORVAL.

Constance?

SYLVESTRE.

«Oui, Monsieur. (Cela dit, il sort).

CHARLES

(rentre,&dit à Dorval, qui, l’air sombre &les bras croisés, l’écoute&le regarde.

(En cherchant dans ses poches), Monsieur... vous me troublez aussi avec vos impatiences.... Non, il semble que le bon sens se soit enfui de cette maison... Dieu veuille que nous le ratrapions en route... Je ne pensois plus que j’avois une lettre;&maintenant que j’y pense; je ne la trouve plus. (A force de chercher, il trouve la lettre&la donne à Dorval).

DORVAL.

Et donne donc? (Charles sort).

SCENE VII.

DORVAL seul. (Il lit).

«LA honte&le remords me poursui vent.... Dorval, vous connoissez les lois de l’innocence... Suis-je criminelle?... Sauvez-moi!... Hélas, en est-il tems encore?.... Que je plains mon pere!... mon pere!... Et Clairville? je donnerois ma vie pour lui.... Adieu, Dorval, je donnerois pour vous mille vies..... Adieu!... vous vous éloignez,&je vais mourir de douleur».

(Après avoir lû d’une voix entre-coupée& dans un trouble extrême, il se jette dans un fauteuil. Il garde un moment le silence. Tournant ensuite des yeux égarés&distraits sur la lettre qu’il tient d’une main tremblante, il en relit quelques mots,&il dit):

«La honte&le remords me poursui vent». C’est à moi de rougir, d’être déchiré.... «Vous connoissez les lois de l’innocence».... Je les connus autrefois..... «Suis-je criminelle»? Non, c’est moi qui le suis..... «Vous vous éloignez,&je vais mourir»..... O Ciel, je succombe!.... (En se levant): Arrachons-nous d’ici..... Je veux.... je ne puis.... ma raison se trouble.... Dans quelles tenebres fuis-je tombé?... ... O Rosalie! ô vertu! ô tourment!

(Après un moment de silence, il se leve, mais avec peine. Il s’approche lentement d’une table. Il écrit quelques lignes pénibles; mais tout au-travers de son écriture, arrive Charles, en criant).

SCENE VIII.

DORVAL, CHARLES.

CHARLES.

MOnsieur, au secours. On assassine... Clairville....

(Dorval quitte la table où il écrit, laisse sa lettre à moitié, se jette sur son épée qu’il trouve sur un fauteuil,&vole au secours de son ami. Dans ces mouvemens, Constance survient,&demeure fort surprise de se voir laisser feule par le maître&par le valet).

SCENE IX.

CONSTANCE seule.

QUe veut dire cette fuite?.... Il a dû m’attendre. J’arrive, il disparoît..... Dorval, vous me connoissez mal.... J’en peux guérir....

(Elle approche de la table,&apperçoit la lettre à demi-écrite).

Une lettre!

(Elle prend la lettre,&la lit).

«Je vous aime,&je suis.... hélas, beaucoup trop tard!... Je suis l’ami de Clairville.... Les devoirs de l’amitié, les lois sacrées de l’hospitalité»?......

Ciel! quel est mon bonheur!.... Il m’aime!... Dorval, vous m’aimez.... (Elle se promene agitée)... Non, vous ne partirez point. Vos craintes font frivoles... votre délicatesse est vaine. Vous avez ma tendresse. Vous ne connoissez ni Constance ni votre ami..... Non, vous ne les connoissez pas.... Mais peut-être qu’il s’éloigne, qu’il suit au moment où je parle. (Elle sort de la Scene avec quelque précipitation).

Fin du second Acte.

ACTE III.

Table des matières

SCENE PREMIERE.

DORVAL, CLAIRVILLE.

(Ils rentrent le chapeau sur la tête. Dorval remet le sien avec son épée sur le fauteuil).

CLAIRVILLE.

SOyez assuré que ce que j’ai fait, tout autre l’eût fait à ma place.

DORVAL.

Je le crois. Mais je connois Clairville. Il est vif.

CLAIRVILLE.

J’étois trop affligé pour m’offenser legerement.... Mais que pensez-vous de ces bruits qui avoient appellé Constance chez, son amie?

DORVAL.

Il ne s’agit pas de cela.

CLAIRVILLE.

Pardonnez-moi. Les noms s’accordent; on parle d’un vaisseau pris, d’un vieillard appellé Merian....

DORVAL.

De graces, laissons pour un moment ce vaisseau, ce vieillard,&venons à votre affaire. Pourquoi me taire une chose dont tout le monde s’entretient à-présent, &qu’il faut que j’apprenne?

CLAIRVILLE.

J’aimerois mieux qu’un autre vous la dît.

DORVAL.

Je n’en veux croire que vous.

CLAIRVILLE.

Puisqu’absolument vous voulez que je parle; il s’agissoit de vous.

DORVAL.

De moi?

CLAIRVILLE.

De vous. Ceux contre lesquels vous m’avez secouru, sont deux méchans& deux lâches. L’un s’est fait chasser de chez Constance pour des noirceurs; l’autre eut quelque tems des vues sur Rosalie. Je les trouve chez cette femme que ma sœur venoit de quitter. Ils parloient de votre départ; car tout se sait ici. Ils doutoient s’il falloit m’en féliciter ou m’en plaindre. Ils en étoient également surpris.

DORVAL.

Pourquoi surpris?

CLAIRVILLE.

C’est, disoit l’un, que ma sœur vous aime.

DORVAL.

Ce discours m’honore.

CLAIRVILLE.

L’autre que vous aimez ma maîtresse.

DORVAL.

Moi?

CLAIRVILLE.

Vous.

DORVAL.

Rosalie?

CLAIRVILLE.

Rosalie.

DORVAL.

Clairville, vous croiriez....

CLAIRVILLE.

Je vous crois incapable d’une trahison. (Dorval s’agite) Jamais un sentiment bas n’entra dans l’ame de Dorval, ni un soupçon injurieux dans l’esprit de Clairville.

DORVAL.

Clairville ; épargnez-moi.

CLAIRVILLE.

Je vous rends justice. Aussi tournant sur eux des regards d’indignation&de mépris (Clairville regardant Dorval avec ces yeux, Dorval ne peut les soutenir. Il détourne la tête,&se couvre le visage avec les mains), je leur fis entendre qu’on portoit en soi le germe des bassesses (Dorval est tourmenté) dont on étoit si prompt à soupçonner autrui,&que par-tout où j’étois, je prétendois qu’on respectât ma maîtresse, ma sœur,&mon ami.... Vous m’approuvez, je pense.

DORVAL.

Je ne peux vous blâmer... Non.... Mais.

CLAIRVILLE.

Ce discours ne demeura pas sans réponse. Ils sortent. Je sors. Ils m’attaquent....

DORVAL.

Et vous périssiez, si je n’étois accouru ? ...

CLAIRVILLE.

Il est certain que je vous dois la vie.

DORVAL.

C’est-à-dire qu’un moment plus tard; je devenois votre assassin.

CLAIRVILLE.

Vous n’y pensez pas. Vous perdiez votre ami; mais vous restiez, toujours vous-même. Pouviez-vous prévenir un indigne soupçon?

DORVAL.

Peut-être.

CLAIRVILLE.

Empêcher d’injurieux propos?

DORVAL.

Peut-être.

CLAIRVILLE.

Que vous êtes injuste envers vous!

DORVAL.

Que l’innocence&la vertu font grandes,&que le vice obscur est petit devant elles.

SCENE II.

DORVAL, CLAIRVILLE,

CONSTANCE.

CONSTANCE.

DOrval... mon frere... dans quelles inquiétudes vous nous jettez!... Vous m’en voyez encore toute tremblante,&Rosalie en est à moitié morte.

DORVAL&CLAIRVILLE.

Rosalie! (Dorval se contraint subitement).

CLAIRVILLE.

J’y vais. J’y cours.

CONSTANCE (l’arrêtant par le bras).

Elle est avec Justine. Je l’ai vûe. Je la quitte. N’en soyez point inquiet.

CLAIRVILLE.

Je le suis d’elle... Je le suis de Dorval... Il est d’un sombre qui ne se conçoit pas... Au moment où il fauve la vie-à son ami!... Mon ami, si vous avez quelques chagrins, pourquoi ne pas les répandre dans le sein d’un homme qui partage tous vos sentimens; qui, s’il étoit heureux, ne vivroit que pour Dorval& pour Rosalie.

CONSTANCE

(tirant une lettre de son sein, la donne à son frere,&lui dit):

Tenez, mon frere, voilà son secret, le mien,&le sujet apparemment de sa mélancolie.

(Clairville prend la lettre&la lit. Dorval qui reconnoît cette lettre pour celle qu’il écrivoit à Rosalie, s’écrîe).

DORVAL

Juste Ciel! C’est ma lettre!

CONSTANCE.

Oui, Dorval. Vous ne partez plus. Je sais tout. Tout est arrangé... Quelle délicatesse vous rendoit ennemi de notre bonheur?.... Vous m’aimiez!... Vous m’écriviez!.. Vous fuiyez!...

(A chacun de ces mots, Dorval s’agite& se tourmente).

DORVAL.

Il le falloit. Il le faut encore. Un sort cruel me poursuit. Madame, cette lettre... (bas) Ciel, qu’allois-je dire!

CLAIRVILLE.

Quai-je lu? Mon ami, mon libérateur va devenir mon frere! Quel surcroît de bonheur&de reconnoissance!

CONSTANCE.

Aux transports de sa joie, reconnoissez enfin la vérité de ses sentimens&l’injustice de votre inquiétude. Mais quel motif ignoré peut encore suspendre les vôtres? Dorval, si j’ai votre tendresse, pourquoi n’ai-je pas aussi votre confiance?

DORVAL (d’un ton triste&avec un air abattu).

Clairville.

CLAIRVILLE.

Mon ami, vous êtes triste.

DORVAL

Il est vrai.

CONSTANCE.

Parlez, ne vous contraignez plus.... Dorval, prenez quelque confiance en votre ami. (Dorval continuant toûjours de se taire, Constance ajoûte). Mais je vois que ma présence vous gêne. Je vous laisse avec lui.

SCENE III.

DORVAL, CLAIRVILLE.

CLAIRVILLE.

DOrval, nous sommes seuls.... Auriez-vous douté si j’approuverois l’union de Constance avec vous?..... Pourquoi m’avoir fait un mystere de votre penchant? J’excuse Constance, c’est une femme... mais vous!... Vous ne me répondez pas.

(Dorval écoute la tête panchée&les bras croisés.)

Auriez-vous craint que ma sœur instruite des circonstances de votre naissance.....

DORVAL

(sans changer de posture, seulement en tournant la tête vers Clairville).

Clairville, vous m’offensez. Je porte une ame trop haute, pour concevoir de pareilles craintes. Si Constance étoit capable de ce préjugé, j’ose le dire, elle ne seroit pas digne de moi.

CLAIRVILLE.

Pardonnez, mon cher Dorval, la tristesse opiniâtre où je vous vois plongé, quand tout paroît seconder vos vœux....

DORVAL.

(Bas&avec amertume). Oui, tout me réussit singulierement.

CLAIRVILLE.

Cette tristesse m’agite, me confond,& porte mon esprit sur toutes sortes d’idées. Un peu plus de confiance de votre part m’en épargneroit beaucoup de fausses.... Mon ami, vous n’avez jamais eu d’ouverture avec moi..... Dorval ne connoît point ces doux épanchemens.... son ame renfermée.... Mais enfin vous aurois-je compris? Auriez-vous appréhendé que privé par un second mariage de Constance de la moitié d’une fortune, à la vérité peu considérable, mais qu’on me croyoit assûrée, je ne fusse plus assez riche pour épouser Rosalie?

DORVAL (tristement).

La voilà, cette Rosalie! Clairville, songez à soûtenir l’impression que votre péril a dû faire sur elle.

SCENE IV.

DORVAL, CLAIRVILLE, ROSALIE, JUSTINE.

CLAIRVILLE

(se hâtant d’aller au-devant de Rosalie).

EST-il bien vrai que Rosalie ait craint de me perdre? qu’elle ait tremblé pour ma vie? Que l’instant où j’allois périr me seroit cher, s’il avoit rallumé dans son cœur une étincelle d’intérêt!

ROSALIE.

Il est vrai que votre imprudence m’a fait frémir.

CLAIRVILLE.

Que je suis fortune! (Il veut baiser la main de Rosalie, qui la retire).

ROSALIE.

rrêtez, Monsieur. Je sens toute l’obligation que nous avons à Dorval. Mais je n’ignore pas que, de quelque maniere que se terminent ces évenemens pour un homme, les fuites en sont toûjours fâcheuses pour une femme.

DORVAL.

Mademoiselle, le hasard nous engage, &l’honneur a ses lois.

CLAIRVILLE.

Rosalie, je suis au desespoir de vous avoir déplû. Mais n’accablez pas l’amant le plus soumis&le plus tendre. Ou si vous l’avez résolu, du-moins n’affligez pas davantage un ami qui seroit heureux sans votre injustice. Dorval aime Confiance. Il en est aimé. Il partoit. Une lettre surprise a tout découvert..... Rosalie, dites un mot, &nous allons tous être unis d’un lien éternel, Dorval à Constance, Clairville à Rosalie; un mot!&le Ciel reverra ce séjour avec complaisance.

ROSALIE

(tombant dans un fauteuil).

Je me meurs.

DORVAL&CLAIRVILLE.

O Ciel! elle se meurt.

CLAIRVILLE

(tombe aux genoux de Rosalie).

DORVAL

(appelle les domestiques). Charles, Sylvestre, Justine.

JUSTINE

(secourant sa maîtresse). Vous voyez, Mademoiselle.... Vous avez voulu sortir.... Je vous l’avois prédit....

ROSALIE

(revenant à elle&se levant, dit):

Allons, Jus

CLAIRVILLE

(veut lui donner le bras&la soûtenir).

Rosalie....

ROSALIE.

Laissez-moi.... Je vous hais.... Laissez-moi, vous dis-je.

SCENE V.

DORVAL, CLAIRVILLE.

(Clairville quitte Rosalie. Il est comme un fou. Il va, il vient, il s’arrête. Il soupire de douleur, de fureur. Il s’appuie les coudes sur le dos d’un fauteuil, la tête sur ses mains,& les poings dans les yeux. Le silence dure un moment. Enfin il dit):

CLAIRVILLE.

EN est-ce assez?.... Voilà donc le prix de mes inquiétudes! Voilà le fruit de toute ma tendresse! Laissez-moi. Je vous hais. Ah! (Il pousse l’accent inarticulé du desespoir; il se promene avec agitation; &il répete fous différentes sortes de déclamations violentes, laissez-moi, je vous hais. Il se jette dans un fauteuil. Il y demeure un moment en silence. Puis il dit d’un ton sourd&bas): elle me hait!...&qu’ai je fait pour qu’elle me haïsse? Je l’ai trop aimée. Il se fait encore un moment. Il se leve. Il se promene. Il paroît s’être un peu tranquillisé. Il dit): Oui, je lui suis odieux. Je le vois. Je le sens. Dorval, vous êtes mon ami. Faut-il se détacher d’elle...&mourir? Parlez. Décidez de mon sort. (Charles entre. Clairville se promene).

SCENE VI

DORVAL, CLAIRVILLE, CHARLES.

CHARLES

(en tremblant, à Clairville qu’il voit agité).

MOnsieur....

CLAIRVILLE.

(le regardant de côté): Eh bien?

CHARLES.

II y a là-bas un inconnu qui demande à parler à quelqu’un.

CLAIRVILLE brusquement).

Qu’il attende.

CHARLES

(toûjours en tremblant&fort bas): C’est un malheureux,&il y a long-tems qu’il attend.

CLAIRVILLE

(avec impatience): Qu’il entre.

SCENE VII.

DORVAL, CLAIRVILLE, JUSTINE, CHARLES, SYLVESTRE, ANDRE,

Et les autres Domestiques de la maison attirés par la curiosité,&diversement répandus sur la Scene. Justine arrive un peu plus tard que les autres.

CLAIRVILLE (un peu brusquement):

QUI êtes-vous? Que voulez-vous?

ANDRÉ.

Monsieur, je m’appelle André. Je suis au service d’un honnête vieillard. J’ai été le compagnon de ses infortunes;&je venois annoncer son retour à sa fille.

CLAIRVILLE.

A Rosalie?

ANDRÉ.

Oui, Monsieur.

CLAIRVILLE.

Encore des malheurs! Où est votre maître? Qu’en avez-vous fait?

ANDRÉ.

Rassûrez-vous, Monsieur. Il vit. Il arrive. Je vous instruirai de tout, si j’en ai la force,&si vous avez la bonté de m’entendre.

CLAIRVILLE.

Parlez.

ANDRÉ.

Nous sommes partis mon maître&moi, sur le vaisseau l’Apparent, de la rade du Fort-royal, le six du mois de Juillet. Jamais mon maître n’avoit eu plus de santé ni montré tant de joie. Tantôt le visage tourné où les vents sembloient nous porter, il élevoit ses mains au Ciel,&lui demandoit un prompt retour. Tantôt ma regardant avec des yeux remplis d’espérance, il me disoit: «André, encore quinze jours,&je verrai mes enfans,& je les embrasserai,&je serai heureux une fois du-moins avant que de mourir».

CLAIRVILLE (touché).

(A Dorval): Vous entendez. Il m’appelloit déjà du doux nom de fils. Eh bien, André?

ANDRÉ.

Monsieur, que vous dirai-je? Nous avions eu la navigation la plus heureuse. Nous touchions aux côtes de la France. Echappés aux dangers de la mer, nous avions salué la terre par mille cris de joie; &nous nous embrassions tous les uns les autres, Commandans, Officiers, Passagers, Matelots, lorsque nous sommes approchés par des vaisseaux qui nous crient, la paix, la paix; abordés à la faveur de ces cris perfides,&faits prisonniers.

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Litres'teki yayın tarihi:
11 ekim 2024
Hacim:
160 s. 1 illüstrasyon
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4064066336387
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