Kitabı oku: «Virus Greya. Le Serment Des Deux Mondes»

Yazı tipi:

Virus Greya.

Le Serment Des Deux Mondes

Elena Kryuchkova

Traduit par Fanny Morvan

“Virus Greya. Le Serment Des Deux Mondes”

Écrit par Elena Kryuchkova

Copyright © 2021 Elena Kryuchkova

Tous droits réservés

Édition Tektime

www.tektime.it

Traduit par Fanny Morvan

Dessin de couverture © 2021 Elena Kryuchkova


Elena Kryuchkova

Virus Greya. Le Serment Des Deux Mondes

Table des Matières

  Greya Virus. Le Serment des Deux Mondes

  Personnages

  Adeptes de Greya:

  Partie 1. La Terre depuis des temps immémoriaux

  Chapitre 2. Confédération de Cérès, District de Célestia

  Partie 2. Les Adeptes de la Déesse des Ténèbres Greya

  Chapitre 4. Confédération de Cérès. L’histoire du Royaume de Tuatha de Lokrin

  Chapitre 5. Royaume de Ferrum, La Capitale Aurum. Cité Interdite

  Part 3. Les Voies de la Destinée

  Chapitre 7. Royaume de Ferrum, Lacdeau, Nogardia

  Chapitre 8. L’inéluctabilité du Destin

  Epilogue

Greya Virus. Le Serment des Deux Mondes

Au 36ème siècle, l’humanité a quitté la Terre, ainsi que la Lune et Mars colonisées, et est allée au-delà du système solaire à bord des vaisseaux spatiaux Cérès et Junon, afin d’échapper au terrible virus qui détruit l’humanité.

Mais tous n’ont pas quitté leur planète natale, certains sont restés dans le système solaire. Ceux qui sont partis dans l’espace ont atteint la galaxie de la nébuleuse d’Andromède et se sont installés sur deux planètes propices à la vie, qui ont été nommées d’après les vaisseaux qui les ont amenés là : Cérès et Junon. Ce qui s’est passé ensuite dans le système solaire, les nouveaux habitants de Cérès et Junon ne le savent pas, car la connexion a été perdue...

Des siècles ont passé. L’année 9018 après J.-C est arrivée, également connue sous le nom de 5518 après le départ de la Terre. Dans la Confédération de Cérès, la ville de Célestia, une jeune fille ordinaire, à première vue, nommée Lycoris Farrell mène une vie plutôt heureuse. Mais un beau jour, deux évènements se produisent en même temps, qui font subir à Lycoris un fort choc émotionnel. Non seulement son amant est rejeté, mais il s’avère également que sa mère ne l’est pas vraiment. Et sa mère biologique se trouve sur la Terre abandonnée depuis longtemps, la Terre Perdue !

Sous l’effet d’un choc violent, la perle placée dans le médaillon de Lycoris, qu’elle a porté toute sa vie, se met à briller, et la jeune fille se retrouve dans un endroit complètement différent, qui ne lui est pas familier !

Ne comprenant pas ce qui s’est passé, Lycoris rencontre bientôt une belle Dame qui se présente comme la Comtesse Rosalinda Landriano. Elle est la favorite du Roi du Royaume de Ferrum. À toutes les questions de la femme, Lycoris, qui a décidé qu’elle était dans un nouveau monde, répond qu’elle ne se souvient de rien. La Comtesse croit ses paroles et invite la jeune fille à entrer à son service. Réalisant qu’elle n’a pas d’autre choix, Lycoris accepte.

En réalité, l’endroit où elle a atterri n’était pas du tout un autre monde. Il s’agit de la Terre, où une nouvelle civilisation est progressivement apparue sur les ruines de la civilisation passée détruite par le virus.

De plus, Lycoris devra découvrir le secret de sa naissance, découvrir qu’elle n’est pas à moitié humaine, et rencontrer sa vraie mère.

(Le livre est le prologue et le développement de l’univers du roman “Virus Greya. L’Histoire de Deux Mondes”).

Personnages

Ferrum:

Aurum — La Capitale du Royaume de Ferrum

Lacdeau — La grande ville au nord de Ferrum

Vyburg, Nogardia — Villes au nord de Ferrum

Lycoris Farrell — Fille d’Enio et fille adoptée de Décima, le personnage principal

Ayrell Landriano — Fils ainé du Roi Eric Astreia et de la Comtesse Rosalinda Landriano

Rosalinda Landriano — Comtesse, favorite du Roi, mère d’Ayrell

Eric Astreia — Roi de Ferrum, père d’Ayrell, Florian and Angelina

Rhiannon Arden — Reine de Ferrum, femme d’Eric Astreia, mère de Florian, Angelina et de la défunte Princesse Liliana, fille du Duc Kaidan Arden et de la Duchesse Arleta Venetiya

Florian Astreia Arden — Prince de Ferrum, fils du Roi Eric Astreia et de la Reine Rhiannon Arden, frère jumeau d’Angelina

Angelina Astreia Arden — Princesse de Ferrum, fille du Roi Eric Astreia et de la Reine Rhiannon Arden, sœur jumelle de Florian

Kaidan Arden — Duc de Ferrum, père de Rhiannon et Roland

Arleta Venetiya — Duchesse, mère de Rhiannon et Roland

Roland Arden — Le premier fils du Duc Kaidan Arden et de la Duchesse Arleta Venetiya, frère aîné de la Reine Rhiannon, Premier Ministre

Miltiya Ghun — Gouvernante du manoir de Rosalinda Landriano

Maia Teiwaz — Servante du manoir de Rosalinda Landriano

Melissa and Laurent — Servantes du manoir de Rosalinda Landriano

Ion Anant — Chef de l’Inquisition du Temple de la Dame de l’Aube

Adriano Benicio — Légat du Temple de la Dame de l’Aube

Décima Farrell — Mère adoptive de Lycoris et mère biologique d’Amy

Amy Farrell — Fille de Décima et d’Enio, sœur cadette de Lycoris

Enio Farrell (Ansgar) — Père de Lycoris et d’Amy, frère d’Efmetel

Efmetel Reynold (Ansgar) — Tante de Lycoris, mère adoptive de Ciel

Ciel Reynold (Ansgar) — Fils adoptif de Efmetel, cousin de Lycoris

Lisandro Saccone — Gérant de la Forteresse de la Lune

Leandro Paleto — Comte de Ferrum, père de Yugao Paleto, Second Ministre de Ferrum

Yugao Paleto — Fille du Comte Leandro Paleto, Dame de la Reine Rhiannon

Mr. Armson — Le majordome de Rosalinda Landriano dans son manoir à Lacdeau

Dame de l’Aube — La déesse qui donnait aux gens des "bénédictions" et de la magie

Makosh — Déesse de la fertilité et du destin

Lyra — Déesse des eaux et des rivières

Apollo — Dieu du soleil et de la vie

Logos — Dieu du paradis, l’esprit universel le plus élevé

Greya — Déesse des ténèbres

Adeptes de Greya:

Swartz — L’un des adeptes de Greya, propriétaire du Spice Shop

Serna — homme-renard, "serviteur" (esclave) de Swartz. Plus tard, serviteur de Rosalinda Landriano

Lokrin:

Lokrin — Royaume de Tuatha. Situé sur la deuxième plus grande île de l’archipel, Eriman

Emine — Capitale de Lokrin

Ronwen — Comté côtier de Lokrin

Efmetel Ansgar — Reine de Lokrin, fille de la Reine précédente, Rhea Ansgar

Rhea Ansgar — mère d’Efmetel, Reine précédente de Lokrin. A dirigé cent ans auparavant.

Confédération de Cérès :

Paulo Lagaz — ex-petit ami de Lycoris

Cette histoire est une fiction et une fantaisie. Et toute ressemblance avec des personnes ou des événements réels est une coïncidence.

Cette histoire est complètement fictive.

Partie 1. La Terre depuis des temps immémoriaux

Chapitre 1. Royaume de Ferrum, La Capitale Aurum

Royaume de Ferrum, année 5518 après Grand Déplacement

Sur le vaste continent de Solum, baigné par diverses mers, il existait de nombreux royaumes.

L'un d'entre eux était Ferrum, qui occupait une surface terrestre impressionnante. C'était le Royaume le plus riche en gisements de métaux divers. Mais surtout, Ferrum était célèbre pour son excellent fer, en abondance, obtenu à partir de riches mines.

Au centre de Ferrum se trouve sa capitale, Aurum. Cette ville, entourée de hauts murs majestueux en pierre blanche, était un spectacle vraiment magnifique. Sur les murs, des tours de guet s'élevaient vers le ciel afin de voir les ennemis éventuels. D'étroites meurtrières y ont été percées afin de fournir une défense décente si nécessaire.

À l'intérieur, derrière les murs majestueux, il y avait de nombreuses rues en rangées régulières, divisant la ville en lignes droites. Au centre d’Aurum se trouvait le château de la dynastie royale d’Astreia, qui régnait depuis près de cinq cents ans.

Le bâtiment majestueux qui s’élevait vers le haut faisait une grande impression sur ceux qui le voyaient pour la première fois. Il possédait des tours massives et de hauts murs. Le château était décoré de bas-reliefs et de colonnes très élaborés. Par conséquent, le bâtiment semblait à la fois monumental et plein de grâce.

À côté de lui se trouvait la place principale de la ville, où se trouvaient généralement des tentes.

En plus de la place, il était possible d'acheter des marchandises qui arrivaient en abondance dans la capitale de Ferrum en provenance d'autres villes de l'état et des pays dans deux marchés spéciaux. L'un est situé à l'est de la ville, et l'autre à l'ouest.

En plus d'eux, non seulement Aurum, mais le royaume en général, regorgeait littéralement de nombreuses petites boutiques, que l'on trouvait en divers endroits de celui-ci.

... C’était maintenant le cœur de l’été. Il s’avérait être modérément chaud, modérément pluvieux, et une agréable brise rafraîchissante soufflait souvent.

Dans un quartier très prestigieux de la ville, où se dressaient les hôtels particuliers de la noblesse et des courtisans, se trouvait la propriété de la favorite du Roi, la Comtesse Rosalinda Landriano.

La maison, peinte d’un vert vif, était ornée de jolies façades, quoique très modestes. Car, la propriétaire du manoir, Dame Rosalinda, même si elle détenait un statut élevé par droit de naissance et était la mère du fils aîné du Roi (son fils illégitime Ayrell), avait des goûts restreints.

Son manoir était meublé d'un mobilier élégant mais simple. Le nombre de domestiques était inférieur à celui des maisons d'autres personnes nobles. C'est compréhensible : pour maintenir l'ordre dans la maison de Dame Landriano, il fallait beaucoup moins d'énergie que dans les manoirs, richement dotés de toutes sortes de décors.

Les quelques domestiques masculins de Rosalinda vivaient au rez-de-chaussée, et les domestiques féminines, plus nombreuses, au grenier. Les pièces n'étaient pas très grandes, mais confortables, meublées dans le même style sobre. Le toit de la maison était fait de matériaux de haute qualité, de sorte que les pièces étaient fraîches en été et douces en hiver.

Les domestiques se levaient tôt, vers six heures du matin. Après tout, il fallait du temps pour que le travail soit fait.

Chaque chambre avait une horloge de parquet, qui commençait à jouer une mélodie agréable pour se réveiller à six heures du matin exactement.

C'est sur cette mélodie que s'est réveillée ce matin la nouvelle servante de la Comtesse Landriano, Lycoris, vingt ans, aux yeux bleus et aux cheveux dorés. La jeune fille a commencé son travail assez récemment. Il est clair que servir comme servante pour une personne aussi noble que Dame Rosalinda était considéré comme une chose honorable. Lycoris ne réussissait pas tout, mais elle faisait tous les efforts possibles, car elle comprenait qu'elle se trouvait à cet endroit uniquement grâce à la gentillesse de la Comtesse.

Lycoris sortit du lit et commença rapidement à se préparer. Elle n'avait pas beaucoup de temps : à six heures trente exactement, elle devait se rendre au premier étage. C'est à cet endroit que, chaque jour, la gouvernante Miltiya Ghun distribuait les tâches, indiquant aux domestiques ce qu'ils devaient faire.

La jeune fille s'est rapidement habillée d'une robe uniforme bleu foncé avec un tablier blanc. Elle a brossé ses longs cheveux dorés et les a attachés en un chignon.

En faisant le lit, la jeune fille s'est nettoyée. Il y avait une petite baignoire dans chaque chambre de domestique. Comme la capitale de Ferrum, Aurum, disposait d'un réseau de plomberie performant, tous les aristocrates dotaient leurs maisons de nombreuses salles de bain. Beaucoup ne lésinaient pas pour en faire dans les chambres des domestiques. Cependant, d'autres propriétaires de grandes demeures se contentaient d'équiper plusieurs petites salles de bain séparées pour leur personnel actif.

... Ayant terminé la toilette matinale, Lycoris regarda son reflet dans le miroir d’un air pointilleux. "Un peu pâle, mais ce n’est pas grave", pensa-t-elle. "Bien sûr, j’aimerais mettre un peu de fard sur mon visage pour lui donner une couleur plus saine. Mais ici, il n’est pas d’usage que les domestiques portent des cosmétiques. Et je n’ai pas de maquillage."

Soupirant un peu d'agacement, Lycoris descendit. Mme Ghun, ou comme tout le monde l'appelait simplement Mme Miltiya, était une personne agréable d'âge moyen. C'était une personne stricte, mais elle ne grondait pas sans raison. Miltiya avait toujours l'air très soignée, et afin de distinguer son statut de gouvernante des autres domestiques, la femme portait une robe d'uniforme bleu foncé d'une coupe plus luxueuse. D'ailleurs, les domestiques masculins du manoir portaient des costumes bleu foncé.

Ce jour-là, Miltiya, comme toujours, a commencé à faire entendre aux bonnes et aux serviteurs masculins (palefrenier, cuisinier et vieux jardinier) leurs tâches habituelles.

"Lycoris, Maia, vous nettoyez le premier étage ensemble comme d’habitude."

"Oui, Mme Miltiya", Lycoris a acquiescé.

"Tout sera fait de la meilleure façon possible !" répondit la seconde fille à la gouvernante en souriant.

Maia Teiwaz était une personne joyeuse du même âge que Lycoris. Elle avait de longues tresses rouges. Dans le passé, la jeune fille travaillait en province pour un parent éloigné de la Comtesse Landriano, un baron pas très riche. Mais toute sa vie, elle a rêvé de pouvoir travailler dans la capitale, c'est pourquoi elle a fini par demander au maître de rédiger ses recommandations.

Lui, qui est une personne de bonne volonté, a parfaitement compris que la jeune fille voulait aller dans une grande ville. Et non seulement il lui écrivit des recommandations, mais il dirigea lui-même la servante diligente vers Rosalinda.

Dame Landriano a tenu compte de la demande du proche et a engagé Maia. La servante est au service de la Comtesse depuis deux ans maintenant, et a fait ses preuves.

... Tous les domestiques ont vaqué à leurs occupations. Maia et Lycoris sont allées dans le jardin pour remplir des seaux avec l'eau du puits afin de nettoyer le premier étage. Bien sûr, il y avait une salle de bain au premier étage, mais il n'était pas accepté de prendre de l'eau de là pour de tels besoins domestiques.

Bientôt, les filles ont commencé à travailler.

… Mme Teiwaz, très bavarde, parlait sans cesse. Lycoris a appris d'elle toutes les nouvelles de la soirée d'hier, se demandant mentalement comment elle pouvait tout savoir si vite.

"C’est tellement bien que nous nettoyons le premier étage !" a parlé gaiement la Dame aux cheveux rouges. "Sinon, Mélissa et Laurent font le ménage au deuxième étage où se trouvent les appartements de Dame Rosalinda ! La Dame aime dormir jusqu’à neuf ou dix heures du matin, et si Mélissa et Laurent veulent parler, ils doivent le faire très calmement !"

"Oui, tu as raison", Lycoris hocha la tête.

Ayant juste commencé à travailler au manoir, il y a environ un mois, elle a immédiatement réalisé : Maia mène une conversation principalement en mode monologue. On peut apprendre quelque chose d'intéressant de ses monologues, mais surtout des ragots. Si elle ne réagit pas de quelque manière que ce soit, la jeune fille est offensée que personne ne l'écoute. Par conséquent, la laconique Lycoris était en grande partie d'accord avec les paroles de Teiwaz.

Soudain, Maia s’exclame joyeusement :

"Lycoris, ton accent du Nord s’atténue de jour en jour ! Bientôt tu parleras mieux que moi, comme une Dame métropolitaine ! Es-tu sûre que tu n’es pas issue d’une famille noble des provinces du nord ?"

"J’en suis sûre", fut la réponse courte.

"Comment tu peux en être sûre si tu ne te souviens de rien de ton passé ?" bouda la servante en faisant semblant.

C’était à propos de ce qui suit. Il y a un mois, Dame Rosalinda est partie à la chasse. À la poursuite du renard, elle s'est séparée de sa suite et s'est éloignée vers les ruines de la Cité Interdite, qui était située près d'Aurum et qui est restée depuis des temps immémoriaux. Dans la Cité Interdite, on peut voir les ruines d'anciens bâtiments, autrefois grands et majestueux. Aujourd'hui, ils sont dans un triste état, et personne ne se rend à la Cité Interdite : on croyait que des fantômes s'y trouvaient.

La Rivière Lyra coulait à travers la Cité Interdite. La rivière s’étendait bien au-delà de la "demeure des fantômes" et avait de nombreux affluents.

Aurum était situé relativement près de la Cité Interdite. Et parfois, les habitants, au cours d'une chasse ou d'une promenade à cheval, s'en approchaient accidentellement.

C'est ce qui s'est passé cette fois avec Dame Landriano. Elle poursuivit le renard, mais le perdant de vue, se dirigea vers l'un des affluents de la Lyre. Et à sa grande surprise, elle vit une jeune fille allongée sur la rive, inconsciente, vêtue d'une robe légère.

La Comtesse était stupéfaite et mal à l'aise. Elle descendit de cheval et, au cas où, prenant une dague à sa ceinture, s'approcha prudemment de la fille.

La fille n'était pas armée et semblait très fatiguée, sa robe était couverte de boue, comme si elle avait erré pendant longtemps dans la forêt.

Rosalinda ramena l'inconnue à la raison et lui demanda : qui est-elle, et comment est-elle arrivée ici ?

La jeune fille, avec un fort accent du nord, répondit qu'elle ne se souvenait que de son nom. La Comtesse compatissait et, voyant que la jeune fille était manifestement dans une situation difficile et ne représentait pas une menace, l'invita à travailler comme domestique dans son manoir. Car l'une des servantes venait de quitter son emploi pour se consacrer à sa famille et à l'entretien de la maison. Et la Comtesse ne devait pas " perdre la face " dans une situation où la jeune fille avait besoin d'aide. Lycoris est donc entrée dans le manoir de Dame Landriano.

Bien sûr, la Comtesse était prudente avec l'étrangère. Elle demanda donc à Miltiya et Maia de veiller sur la nouvelle fille, et de lui signaler si elles remarquaient quelque chose d'étrange.

Au début, en se retrouvant dans le manoir, Lycoris était dans une grande confusion. Pendant la journée, elle essayait de comprendre son nouveau travail, et il faut noter qu'elle faisait un très bon travail de nettoyage. Le soir, la jeune fille pleurait tranquillement dans la chambre qui lui était attribuée, serrant dans sa main un petit médaillon qu'elle avait sur elle lors de sa première rencontre avec Dame Rosalinda. Mais la Comtesse n'y a pas prêté une attention particulière, alors ce fait a complètement disparu de sa tête.

Miltiya et Maia, essayant de satisfaire les ordres de la Dame, épiaient la nouvelle arrivante par le trou de la serrure, c'est pourquoi elles regardaient sans cesse Lycoris qui pleurait tranquillement, serrant le médaillon dans sa main. La servante et la gouvernante ne trouvèrent rien de suspect à cela, décidant que Lycoris était inquiète de sa position actuelle et de sa perte de mémoire, mais qu'elle racontait tout à la Comtesse. Dame Landriano a décidé aussi bien qu'elles. Cependant, elle leur a dit de continuer à s'occuper de la nouvelle servante.

Lycoris elle-même savait parfaitement pourquoi Miltiya l'envoyait toujours travailler avec Maia, mais elle ne savait rien de la surveillance du soir.

"Je suis tout à fait sûre que je ne suis pas issue d'une famille noble. Si c'était le cas, mes parents, même s'ils venaient des lointaines provinces du nord, seraient à ma recherche, répondit Lycoris à Maia avec un léger sourire.

"Oui, tu as sûrement raison", soupira elle, se sentant un peu embarrassée.

Elle avait des sentiments amicaux pour Lycoris. A cause de l’observation quotidienne forcée de cette dernière, Teiwaz ressentait des remords. "Je n’y peux rien, c’est l’ordre de ma Dame," pensait la jeune fille dans ces moments-là. "Dame Rosalinda est la Comtesse et la favorite du Roi. Bien sûr, elle ne peut pas faire entièrement confiance à une étrangère. Même si c’est la fille sans mémoire. Car, comme chacun sait, les espions d’autres pays et les ennemis de Sa Majesté peuvent prendre des déguisements divers pour s’approcher de lui avec l’aide de la favorite. Cependant, Lycoris semble aller bien. Et c’est une fille simple qui ne représente aucune menace."

Essayant de se distraire des pensées sombres, Maia a dit :

"Au fait, aujourd'hui est le sixième jour de la semaine. Donc Seigneur Ayrell peut rendre visite à Dame Rosalinda !"

"Oui", acquiesça Lycoris.

Ayrell était le fils de la Comtesse Landriano et du Roi Eric Astreia. Cette année, il avait vingt-cinq ans, et c'était un jeune homme agréable avec des cheveux bruns comme ceux de sa mère et des yeux verts.

Dame Rosalinda est devenue la favorite du Roi deux ans avant qu'il n'épouse pour des raisons politiques Rhiannon, fille du Duc Kaidan Arden et de la Duchesse Arleta Venetiya.

La Comtesse Landriano, à une époque, est venue à la Cour de la manière suivante. Son mari, le Comte Landriano, était un homme très puissant et riche. Il a épousé Rosalinda uniquement en raison de sa beauté, car elle était elle-même issue d'une famille de barons à moitié ruinés de la ville de Ferrum, au nord de Vyburg.

Bien sûr, quand le Comte Landriano l'a demandée en mariage, elle n'a pas pu refuser. Après l'avoir épousé, la nouvelle Comtesse n'a jamais ressenti de sentiments forts pour son mari.

Mais lorsqu'il l'a présentée à la Cour, Rosalinda a immédiatement attiré l'attention du Roi. Bien sûr, le souverain de Ferrum comprenait qu'il ne pouvait pas ignorer une personne aussi influente que le Comte Landriano.

Cependant, aussi cynique que cela puisse paraître, mais bientôt, le Roi a eu l'occasion de s'occuper librement de la belle Rosalinda. Car son mari, le Comte Landriano, s'est fait surprendre par la pluie alors qu'il chassait, a attrapé un mauvais rhume et est bientôt mort.

Le Comte n'avait pas d'enfants. Par conséquent, tous ses biens ont été hérités par une jeune épouse. Bien sûr, le titre de Comtesse lui est également resté.

Ainsi, restant une veuve noble à vingt ans, la femme fut introduite à la Cour. Et dès que le deuil de son mari fut terminé, le Roi commença à s'intéresser à elle.

La Comtesse Landriano accepta volontiers de faire la Cour au souverain, qui, il faut le noter, se révéla très sympathique à son égard. Bien qu'Eric ait 15 ans de plus. Rosalinda devint donc la favorite officielle du Roi.

Après un certain temps, un garçon est né de leur relation, qui a été nommé Ayrell. Le souverain de Ferrum reconnut l'enfant comme son fils, bien qu'il lui laissa le nom de sa mère.

Deux ans plus tard, le Roi épousa Rhiannon Arden afin de renforcer les fondations de Ferrum. Car sa famille avait une influence considérable dans le pays.

Le Duc Kaidan et la Duchesse Arleta Venetiya possédaient de vastes et riches terres, générant des revenus annuels dont la rumeur disait qu'ils dépassaient même ceux de la couronne.

Et leur fils aîné, Roland, a atteint assez jeune le poste de Premier Ministre à la Cour.

Par conséquent, Rhiannon, âgée de dix-huit ans, était la candidate idéale pour le consort royal.

Mais même si Eric l'a épousée, sa relation avec la Comtesse Landriano n'a pas été interrompue. Même lorsque la jeune Reine a donné naissance à des jumeaux - le Prince Florian et la Princesse Angelina. Mais hélas, le bébé se révéla être en mauvaise santé, et mourut quelques années après sa naissance.

Le Roi et la Reine étaient très inquiets, et à cause du chagrin, ils sont devenus très distants l'un de l'autre. Il semble que le monarque soit devenu encore plus proche de Dame Landriano.

Mais après un certain temps, tout s'est calmé. Les relations des époux couronnés, bien que ne différant pas en passion, étaient calmes. Rhiannon était très philosophe sur la relation entre son mari et la Comtesse. Finalement, bien que le Roi ait reconnu le fils de la favorite, l'héritier du trône était toujours le fils de la Reine, le Prince Florian.

Le Roi a donné des terres à Ayrell, s’est occupé de son éducation et, lorsque le garçon est devenu plus grand, lui a confié un poste digne de ce nom au département des finances de la Cour.

Le Roi espérait qu’à l’avenir, le fils aîné deviendrait un fidèle conseiller de son frère cadet Florian, l’héritier du trône. D’ailleurs, les frères s’entendent bien entre eux et complètent parfaitement leurs caractères.

Florian rappelle beaucoup le Roi dans sa jeunesse : il aime aussi passer du temps dans des entreprises bruyantes, il est très au fait des affaires militaires. Eric a compris que le plus jeune de ses fils ferait un bon chef militaire à l’avenir.

Ayrell ressemblait davantage au caractère de sa mère, la Comtesse Landriano. Il était plus analytique et comprenait les subtilités de la politique et de l’économie.

Bien sûr, comme Florian, Ayrell a reçu une bonne éducation. Mais on ne lui a jamais enseigné ce qu’un futur souverain potentiel doit savoir. À première vue, cela peut sembler étrange. Après tout, quelque chose aurait pu arriver à l'unique héritier. Car l'histoire a aussi connu de tels cas où le trône a dû être hérité par le second Prince ou le fils illégitime. Ou la fille.

Les lois de Ferrum permettaient aux filles d'hériter du trône, à égalité avec les fils. Et l'histoire du Royaume connaissait de nombreux exemples de reines ayant réussi à s'acquitter brillamment de leurs fonctions.

Et comme chacun sait, le Roi Eric a eu une fille légitime, la Princesse Angelina. Elle était la seconde héritière du trône, au cas où son frère Florian ou ses enfants (qui n'existaient pas encore) ne pourraient pas, pour une raison ou une autre, régner sur le Royaume.

Dès son plus jeune âge, Angelina a appris les choses nécessaires à son statut. Elle maîtrisait les subtilités de la politique et de diverses sciences.

Bien qu'elle ait le statut de deuxième héritière, elle occupait également le poste de Grande Prêtresse du Temple Principal de la Dame de l’Aube. Il s'agissait d'une tradition de longue date à Ferrum : l'une des filles de la famille royale (généralement l'aînée) devait servir dans le Temple jusqu'à ce qu'elle se marie ou hérite du trône.

La Princesse Angelina était une personne très agréable à tout point de vue. Tous les sujets ont entendu parler de sa beauté, de sa gentillesse et de sa noblesse.

Enfant, un incident désagréable est arrivé à la Princesse : elle est tombée d'un cheval et s'est blessée à la jambe gauche. Hélas, même les plus habiles guérisseurs du pays n'ont pu soigner son mal. Et depuis lors, Angelina boite.

Mais cela ne l'a pas empêchée d'exercer les fonctions de Grande Prêtresse, et, si nécessaire, d'hériter du trône.

... Lycoris pensait aux personnes couronnées locales. Même si elle ne connaissait pas du tout Ferrum au début, elle s'y est vite habituée. Notamment grâce à la bavarde Maia et aux autres servantes. Elles aimaient tout simplement discuter de sujets variés, des nouvelles de la famille royale et de l'aristocratie d'Aurum, mais aussi de la mode et des histoires des serviteurs du voisin.

Lycoris fut distraite de ses pensées par la même voix enjouée de Maia :

"Bien sûr, j'aime beaucoup servir dans la maison de la Comtesse Rosalinda, c'est une Dame merveilleuse ! Mais, Lycoris, je vais te dire un secret : j'ai un rêve..."

La jeune fille a ressenti de la curiosité : Maia lui parlait de cela pour la première fois.

"Quel rêve ?" demanda-t-elle.

"Dans le futur, je veux obtenir des recommandations encore meilleures et pouvoir servir dans le palais royal. De nouvelles servantes y sont embauchées périodiquement ! Bien sûr, je suis heureuse de mon salaire actuel, mais au palais, il est encore plus élevé", dit la servante en chuchotant." Et donc, chaque fois que Dame Rosalinda reçoit la visite de Seigneur Ayrell ou de l'un des aristocrates en poste à la Cour, j'essaie de me montrer sous mon meilleur jour afin d'être remarquée. Et il se peut qu'on leur ait offert un emploi à la Cour."

"Tu ne peux pas essayer d'obtenir toi-même un emploi au palais ?" Lycoris était sincèrement surprise.

"Je peux, bien sûr", soupira doucement la jeune fille. "Mais pour cela, il me faut une recommandation de la Dame. Et je suis gênée de lui demander directement. Et si cela ruinait l'attitude de la Dame à mon égard ? Après tout, comme je l'ai dit plus tôt, je suis satisfaite de mon travail actuel, même si, bien sûr, je ne refuserais pas davantage. Mais j'ai peur de prendre de tels risques, car toute ma vie, j'ai essayé d'atteindre la capitale. Après tout, je viens d'un petit village situé près de la ville de Lacdeau. Bien sûr, Lacdeau est aussi une grande ville, mais pas Aurum pour autant ! Et le salaire dans la capitale est plus élevé. Et j'ai besoin d'aider ma famille."

Lycoris a appris des conversations des autres servantes que Maia avait deux frères et une sœur plus jeunes, que son père est décédé il y a plusieurs années, et que sa mère travaillait toute la journée. Par conséquent, en tant que fille aînée, elle est allée travailler à la première occasion et a aidé sa famille.

Mme Teiwaz rêvait d'entrer dans le palais pour travailler honnêtement, alors que certaines filles voulaient trouver un riche amant pour elles-mêmes. Car, comme chacun sait, parmi les vieux courtisans, il y avait toujours des amants pour les jeunes servantes.

Quant à Lycoris, elle n'avait absolument aucune idée de ce qu'elle devait faire ensuite. "Pour commencer, je dois comprendre le mieux possible ce qu'est cet endroit, ce Ferrum..." pensait-elle souvent. "Et bien sûr, continuer à travailler avec Dame Rosalinda. Mais je ne semble pas faire quoi que ce soit qui puisse lui déplaire. Et je fais tous mes devoirs de servante. Cependant, je comprends que cela ne peut pas durer éternellement. Ne puis-je pas être la servante d'un pays étranger pour le reste de ma vie ? Je dois trouver des réponses à mes questions et trouver un moyen de rentrer chez moi."

"Lycoris, quels sont tes projets pour l'avenir ?" demanda soudain Maia.

"Je ne sais même pas quoi répondre", avoua honnêtement la jeune fille. Elle a réfléchi un moment, et après une courte pause, elle a ajouté : "Probablement, me souvenir de qui je suis et rentrer à la maison."

Les mots concernant la maison sonnaient avec une tristesse sincère, et Mme Teiwaz s'est sentie gênée. Mais ce sentiment disparut bientôt, et elle recommença à raconter de nouveaux ragots. Le reste du nettoyage se faisait sur le mode de son monologue. La chose la plus intéressante que Lycoris y apprit fut qu'un messager était arrivé hier soir chez la Comtesse pour lui remettre une lettre. Mais la Dame n'a parlé à personne du contenu de la lettre, qui est donc resté un secret pour tous les autres habitants du manoir.

***

Pendant que les servantes de la Comtesse Landriano vaquaient à leurs occupations quotidiennes, leur Dame se réveillait dans sa chambre.

Rosalinda était une femme séduisante de quarante-cinq ans, avec de longs cheveux bruns et de grands yeux verts. Elle paraissait beaucoup plus jeune que son âge, et le Roi de Ferrum avait encore des sentiments pour elle. Au-delà de la simple sympathie, il a toujours vu en la Comtesse une personne d'un esprit rare. Depuis tant d'années, cette femme est devenue pour le Roi non seulement la favorite, mais aussi une amie fidèle et une bonne conseillère.

La Comtesse est tout à fait satisfaite de sa position actuelle à la Cour et de l'attitude d'Eric envers leur fils.

Mais depuis hier soir, la femme est envahie par des pressentiments et des pensées lourdes. Leur cause est sa nouvelle servante, Lycoris.

"Elle n'est certainement pas une espionne d'un autre Royaume, mais juste une fille qui a perdu la mémoire", a pensé Rosalinda. "Mon instinct me dit que Lycoris n'est pas une menace. Miltiya et Maia n'ont pas non plus remarqué quelque chose de suspect dans son comportement. Cependant, ni moi ni personne d'autre ne l'a jamais vue utiliser la magie. Et quelqu'un, apparemment, l'a signalé à l'Inquisition du Temple de la Dame de l'Aube. Ce sont sûrement des voisins ! J'ai confiance en mes serviteurs, et je ne souhaite pas en douter."

La Comtesse sortit du lit et regarda la lettre portant l'empreinte du sceau aux armes de l'Inquisition, qui reposait sur une élégante table ronde. A savoir : l'image de deux épées croisées et d'un feu.

La lettre a été remise hier soir par le messager spécial. Bien sûr, Dame Landriano a lu le contenu de la lettre, car, comme chacun sait, il vaut mieux ne pas plaisanter avec l'Inquisition.

La lettre disait :

"Chère Comtesse Rosalinda Landriano ! Moi, Ion Anant, Chef de l'Inquisition du Temple de la Dame de l'Aube, je dois vous informer que des rumeurs nous sont parvenues selon lesquelles une jeune fille qui n'utilise pas la magie est apparue parmi vos serviteurs. En tant que chef de l'Inquisition, il est de ma responsabilité de vérifier cela. Si elle ne peut vraiment pas utiliser la magie, c'est-à-dire privée de la bénédiction de la Dame de l'Aube, elle devrait être traduite en justice par l'Inquisition. Car, notre but est de diriger sur le vrai chemin et de détruire les hérétiques et les méchants, qui peuvent être capturés par l’esprit obscure de Greya, la déesse de la destruction et des ténèbres. Et ceci, comme vous le savez, mène aux plus horribles conséquences...

Par conséquent, j'espère que vous ne verrez pas d'inconvénient à ce que mon fidèle Légat, Adriano Benicio, vienne vous rendre visite demain afin de comprendre cette affaire. Bien sûr, la visite sera informelle, afin de ne pas inquiéter le public.

Avec grand respect et révérence, Chef de l'Inquisition du Temple de la Dame de l'Aube, Ion Anant."

Pratiquement toute la population de Ferrum pouvait utiliser la magie à un degré ou un autre. En effet, la croyance voulait que la magie soit la bénédiction de la Dame de l’Aube, la déesse de la lumière qui était vénérée dans le Royaume. En plus d’elle, il y avait plusieurs autres divinités de la lumière.

Il s'agissait de la déesse de la fertilité et du destin Makosh, du dieu du soleil et de la force vitale Apollon, de la déesse des eaux et des rivières Lyra (la rivière dans laquelle Rosalinda a trouvé Lycoris portait le nom de la déesse). Et le dieu du ciel, l'esprit universel le plus élevé, Logos.

En plus des dieux de la lumière, il y avait aussi une déesse des ténèbres : Greya. Les âmes de ceux qui ne pouvaient pas utiliser la magie, c'est-à-dire qui n'étaient pas bénis par la Dame de l'Aube, étaient considérées comme des proies faciles pour elle. Greya avait ses propres adeptes : généralement, il s'agissait des personnes déçues de tout, pratiquant les sacrifices humains. Leurs communautés secrètes causaient beaucoup de problèmes non seulement à Ferrum, mais aussi à d'autres Royaumes.

... Comme nous l'avons déjà mentionné, la capacité d'utiliser la magie était considérée comme une bénédiction de la Dame de l'Aube.

Par conséquent, si une personne ne pouvait pas utiliser la magie, tout le monde disait de cette personne qu'elle était privée de la bénédiction de la Dame de l'Aube. De telles personnes tombaient parfois dans la folie : elles manifestaient brusquement leur aptitude à la magie et se mettaient littéralement à tout détruire. On croyait que dans de tels cas, l'esprit sombre de Greya, l'incarnation du mal et du chaos, l'éternel rival de la Dame de l'Aube, était à blâmer.

Pour cette raison, tous ceux qui ne pouvaient pas utiliser la magie étaient reconnus par les inquisiteurs comme des hérétiques. Et les inquisiteurs les brûlèrent au feu, de sorte que le feu purifia les âmes de ceux qui étaient privés de la bénédiction, et les porta au ciel auprès de la Dame de l'Aube.

Parfois, si l'affaire concernait une personne de l'entourage des plus hauts aristocrates ou des membres de la famille royale (l'histoire a connu de tels cas), les inquisiteurs agissaient différemment. Ils n'organisaient pas l'immolation par le feu, mais donnaient du poison à ceux qui étaient privés de la bénédiction.

Rosalinda n'aimait pas du tout ce système. Mais elle ne pouvait pas résister à l'Inquisition, car ils avaient un pouvoir énorme. Bien que la Grande Prêtresse soit officiellement à la tête du Temple de la Dame de l'Aube, en réalité l'Inquisition avait beaucoup plus d'influence.

La Comtesse Landriano se souvient qu'il y a longtemps, quand elle était enfant, une bonne servait dans la maison de ses parents. Cette servante était une bonne fille, gentille avec tout le monde. La petite Rosalinda l'aimait bien. Mais un jour, il s'avéra que la jeune fille ne savait pas utiliser la magie. On ne sait pas qui l'a dénoncée : un des domestiques a eu peur, ou les voisins ont remarqué quelque chose. Mais les inquisiteurs sont venus à la maison des parents de Rosalinda en visite officielle et ont emmené la fille avec eux dans leur résidence. Là, ils ont vérifié : la fille n'est-elle vraiment pas bénie ? Le sort de la jeune fille a été décidé deux jours plus tard, lorsqu'elle a été brûlée sur la place de la ville.

Rosalinda s'est souvenue à jamais de cette terrible vision. Et elle ne comprenait pas : comment les gens peuvent-ils être aussi cruels avec une personne qui n'a rien fait de mal ?

"Peut-être que certaines personnes ne peuvent pas utiliser la magie, mais pour sûr, elles ne finissent pas toutes par être possédées par Greya", pensa la Comtesse. "Quant à Lycoris, je suis sûre qu'elle ne représente aucune menace. Peut-être qu'elle n'utilise pas la magie, non pas parce qu'elle ne peut pas, mais à cause de la perte de mémoire."

La Comtesse soupira et détourna le regard de la lettre. Aucun des habitants du manoir ne connaissait plus son contenu. Rosalinda décida que puisque la visite du légat serait informelle, il n'était pas nécessaire d'inquiéter les domestiques et les servantes. Très probablement, cela ressemblera à quelque chose comme ça : M. Benicio vient rendre visite à Dame Landriano, prétendument pour une petite affaire. Afin de vérifier si Lycoris est béni ou non par la Dame de l'Aube, la jeune fille sera appelée pour apporter un verre au Légat. Et celui-ci, comme par hasard, lui demandera de faire quelque chose de simple à l'aide de la magie. Si la jeune fille est bénie, elle accomplira la tâche sans problème. Sinon, elle sera emmenée à la résidence de l'Inquisition pour une enquête plus approfondie. Et ils lui donneront probablement du poison à boire, afin de ne pas trop attirer l'attention sur la maison de la Comtesse.

Avec de telles pensées sombres, Rosalinda a commencé à se préparer.

***

L'aiguille de l'horloge se déplace vers midi. Les servantes du manoir de la Comtesse Landriano continuaient à s'acquitter de leurs tâches.

Lycoris et Maia, ayant fini de nettoyer le premier étage, allèrent aider le jardinier. Elles devaient notamment balayer les allées de la partie orientale du jardin.

De là, on avait une vue imprenable sur les parterres de roses thé qu'appréciait Dame Rosalinda. A proximité, il y avait un petit étang pittoresque où l'on trouvait des carpes. La Comtesse aimait beaucoup observer ces poissons à l'occasion.

De plus, depuis la partie orientale du jardin, on avait une vue magnifique sur la clôture torsadée qui entourait le territoire du manoir, et sur la porte principale.

Lycoris et Maia étaient en train de balayer les chemins aux carreaux beiges lorsqu'elles remarquèrent qu'un carrosse sombre était arrivé à la porte principale.

"C'est étrange", s'étonna Dame Teiwaz, "A cette heure-ci, Seigneur Ayrell vient habituellement, mais il a un autre carrosse."

Lycoris a regardé la voiture sombre. Un serviteur, vêtu d'une robe grise stricte, en sortit et dit quelque chose aux gardes de la porte. Ils se sont inclinés et se sont empressés d'ouvrir la porte pour le carrosse.

L'un des gardes se précipita dans le jardin et marcha résolument vers le manoir. L'homme chuchota quelque chose à Dame Miltiya, qui arriva à temps. La femme pâlit un instant, puis disparut immédiatement dans la maison.

Pendant ce temps, un homme d'âge moyen dans un costume gris foncé est sorti de la voiture. Il avait un symbole brodé sur sa poitrine : deux épées croisées et le feu.

"Sont-ils des membres de l'Inquisition du Temple de la Dame de l'Aube ?" passa en revue la tête de Lycoris. Bien qu'elle ne soit pas restée longtemps à Ferrum, et qu'en dehors du manoir de la Comtesse elle ne se soit rendue qu'au marché en compagnie d'autres servantes, elle avait déjà entendu parler du Temple et des inquisiteurs.

Pour appuyer sa pensée, Maia, qui était devenue pâle, dit :

"Que fait M. Adriano Benicio ici ? Après tout, c'est le légat du Temple de la Dame de l'Aube !"

Sa voix était clairement effrayée et dégoûtée. Comme beaucoup d'habitants de Ferrum, la jeune fille a vu comment les inquisiteurs brûlent ceux qui ne sont pas bénis par la Dame de l'Aube.

Soudain, Mme Teiwaz a fixé Lycoris avec attention.

"Il s'est passé quelque chose ?" demande-t-elle, surprise.

"Lycoris, tu peux utiliser la magie, non ?" demanda son interlocuteur.

"Je le peux", fut la réponse courte.

En confirmation de ses paroles, la servante ouvrit la paume de sa main droite, et une petite boule translucide de lumière blanche apparut au-dessus d'elle. Il s'agissait du sort d'illumination le plus simple que la plupart des gens utilisaient souvent pour éclairer un endroit. Par exemple, Mme Miltiya l'utilisait lorsqu'elle avait besoin de prendre quelque chose dans le garde-manger.

Lycoris les avait vus utiliser la magie à plusieurs reprises, et elle aussi pouvait jeter des sorts. Mais jusqu'à présent, la jeune fille n'en avait pas eu besoin, bien qu'elle ait entendu dire que ceux qui ne pouvaient pas utiliser la magie étaient considérés comme des hérétiques.

Soudain, la jeune fille a été transpercée par une intuition. Son visage a pris une expression inquiète, et elle a dit avec consternation :

"Maia, sont-ils ici à cause de moi ? Après tout, personne n'a jamais vu comment j'utilisais la magie !"

"Tu as perdu la mémoire, et tu pourrais avoir oublié comment faire. Par conséquent, personne ne t'a jamais posé cette question", répondit Teiwaz.

"Je me suis souvenu comment utiliser la magie quand j'ai vu Mme Miltiya le faire. Mais je n'ai pas du tout pensé à l'Inquisition."

" On dirait que ce n'est pas une visite officielle pour enquêter, sinon il y aurait beaucoup de guerriers du temple ici ", la servante a froncé les sourcils avec attention en regardant la voiture du Légat. Puis, elle a regardé Lycoris : "L'essentiel est que tu sois bénie par la Dame de l'Aube. Sûrement, tu seras simplement appelé auprès de M. Benicio, et il te demandera de faire une démonstration de magie. Mais quand même, fais attention."

Lycoris acquiesça. Elle se rendait compte qu'elle se trouvait dans une situation délicate et ressentait une anxiété intense.

***

Un peu plus tard, Mme Miltiya a appelé Lycoris. La femme désigna un plateau d'argent sur lequel se trouvaient deux verres de cristal remplis d'eau de fruit fraîche, et dit :

"Dame Rosalinda a maintenant reçu la visite du légat du Temple de la Dame de l'Aube, M. Adriano Benicio. Apporte-leur ces boissons dans le salon principal. Et sois courtoise. Bien que tu as perdu la mémoire, et peut-être que tu ne comprends toujours pas ce qui se passe, je vais te dire : le Légat est une personne très respectée. C'est le confident du chef de l'Inquisition."

"J'en ai entendu parler", a répondu Lycoris. "Ne vous inquiétez pas Mme Miltiya, je ne vous décevrai pas."

La jeune fille prit une profonde inspiration et prit le plateau. La gouvernante la regarda avec consternation. Elle avait déjà compris ce qui se passait.

"La Dame de l'Aube va tout faire", pensa-t-elle. "Si Lycoris n'est pas bénie, que les inquisiteurs la purifient par le feu et sauvent son âme. Mieux vaut rencontrer la flamme que la déesse obscure Greya."

Mme Ghun savait que tout le monde, comme elle, ne partageait pas les vues de l'Inquisition. Par conséquent, elle n'exprimait généralement pas son opinion à voix haute.

***

Lycoris a traversé les couloirs du manoir en direction du salon principal. Enfin, elle atteignit la porte en bois foncé désirée, ornée de lignes argentées sur le périmètre.

La jeune fille posa le plateau sur la table ronde près de la porte et frappa :

"Dame Rosalinda, laissez-moi entrer."

"Entrez", fut la réponse brève.

Lycoris ouvrit la porte et, prenant le plateau dans ses mains, entra. Elle se trouva dans une grande pièce spacieuse, au parquet poli jusqu'à l'éclat. Le plafond était simple, blanchi à la chaux, avec un motif floral en dessous. Le mobilier de la pièce était composé d'élégants meubles en bois pâle recouverts de velours beige.

La Comtesse était assise derrière un fauteuil, en face duquel se trouvait une table basse, et un autre fauteuil. C'est sur celle-ci qu'était assis l'homme d'âge mûr au costume gris strict, que Lycoris avait vu plus tôt dans le jardin.

"Il doit être le Légat", a-t-elle réalisé.

De près, l'homme ne faisait pas une impression effrayante. La servante lui a jeté un regard imperceptible. Elle a remarqué les cheveux gris de l'invité et les légères rides sur son visage. Des cernes étaient visibles sous les yeux du visiteur, visiblement maquillés à la hâte : à la lumière, des grumeaux de maquillage étaient visibles.

À Ferrum, beaucoup d'hommes utilisaient de la poudre pour cacher diverses imperfections sur leur visage. Cependant, ils ne dépassaient généralement pas le stade du maquillage à la lumière naturelle.

... Lycoris s'inclina respectueusement devant la Comtesse et son invité, et mit de l'eau de fruit du plateau devant chacun d'eux.

"Si ma Dame et son cher invité n'ont besoin de rien d'autre, laissez-moi prendre congé", dit-elle poliment. Puis elle s'est figée, attendant la permission de partir.

Le légat prit le verre dans ses mains.

"Il fait si chaud aujourd'hui", a-t-il dit. Et il dit à la servante : "Chère fille, tu peux me faire de la glace dans mon verre ?"

"C'est donc ainsi que l'on testera si je suis bénie ou non", réalisa-t-elle, remarquant que la Comtesse Landriano se crispait un peu au même moment.

Souriant de façon charmante, avec un sentiment d'autosatisfaction, la jeune fille dit :

"Bien sûr, monsieur."

Lycoris approcha sa main droite du verre, et une lumière argentée jaillit de sa paume. Au même instant, deux glaçons sont apparus dans le verre du Légat.

En voyant cela, Rosalinda a laissé échapper un soupir de soulagement, et Benicio a hoché gracieusement la tête.

"Merci."

"Tu peux y aller, Lycoris", a dit la Comtesse d'une voix calme. "Quand tu partiras, fermes la porte."

La jeune fille s'est inclinée respectueusement et a quitté le salon. Comme elle fermait la porte, la voix d'Adriano est parvenue à ses oreilles :

" Dame Rosalinda, j'admets que c'était un faux rapport et que votre nouvelle servante est très bien. "

"Je vous ai dit dès le début qu'il n'y a pas de place pour l'esprit obscure de Greya dans mon manoir."

"En tant que Légat du Temple de Dame de l'Aube, je devais le constater par moi-même. Il serait désagréable qu'un tel cas vous affecte, Dame Landriano."

Lycoris s'éloigna discrètement de la porte et repartit dans le couloir pour faire son rapport à Miltiya Ghun, qui donnait maintenant des instructions dans la cuisine.

"J'ai failli donner du fil à retordre à Dame Rosalinda", se tourmentait mentalement la jeune fille. "C'est une bonne personne, je ne veux pas lui créer des problèmes. Mais je n'ai toujours pas d'autre endroit où aller."

***

Un peu plus tard, Adriano Benicio a quitté la maison de la Comtesse Landriano. Immédiatement après lui arrive celui dont Rosalinda s'est toujours réjouie : son fils, Ayrell.

Il rendit une visite de courtoisie à sa mère et s'en alla rapidement, car il avait beaucoup de choses à faire à la Cour.

Le reste de la journée s'est déroulé calmement. Tout le monde comprenait la raison de la venue du Légat, mais personne n'en parlait, car tout se terminait bien. Bien que, par moments, Lycoris sentait les regards curieux des serviteurs et des servantes sur elle.

Le soir, lorsque toutes les tâches quotidiennes furent enfin terminées, Lycoris, comme les autres servantes, se retira dans sa chambre.

Elle s'assit sur une chaise devant une petite table sur laquelle se trouvait un petit miroir. De là, son reflet fatigué regardait la jeune fille.

"J'ai été si fatiguée au cours du dernier mois", pensa-t-elle.

Son esprit se remplit immédiatement de pensées douloureuses. Lycoris sortit de sous ses vêtements un petit médaillon en argent, avec une plaque en forme de larme en saphir sur le couvercle supérieur. En ouvrant le médaillon, la jeune fille vit une grande perle orange attachée à l'intérieur, à l'intérieur de laquelle une faible lueur vacillait.

"Et avant cela, cette perle ne brillait pas du tout", nota mentalement Lycoris avec un soupir, en refermant le médaillon. "Suis-je ici à cause d'elle ? Si oui, comment puis-je revenir en arrière ?"

Elle est allée à la fenêtre. Les nuits d'été, la nuit tombe tard, mais le crépuscule avait déjà enveloppé la terre, les premières étoiles s'allumaient dans le ciel. Les gens marchaient dans les rues de la ville, car la situation à Aurum était calme. Les maisons étaient éclairées, et de nombreux magasins venaient de commencer à fermer pour la nuit.

"Je me demande ce que font mes parents maintenant ? Et ma petite sœur ?", réfléchit la jeune fille en regardant l'Aurum du soir. "J'aimerais pouvoir rentrer chez moi. Mais je n'arrive pas à imaginer comment. Un jour, je me suis retrouvée au milieu d'une forêt inconnue de moi. J'ai erré longtemps, je ne sais pas où, jusqu'à ce que je perde connaissance près de la rivière, où Dame Rosalinda m'a trouvée. Elle ressemblait à une Dame des contes de fées des temps lointains. Heureusement, les langues que nous parlons sont très semblables. Mais je ne savais pas comment lui expliquer qui j'étais et d'où je venais. J'ai donc dû mentir, comme si j'avais perdu la mémoire. Bien sûr, j'ai très honte de cela, mais ne pouvais-je pas simplement dire que je ne sais pas moi-même comment, je suis arrivé ici, apparemment d'un autre monde ? Et même maintenant, je pense que l'histoire de la mémoire perdue était la bonne décision. Sinon, je crains que tout le monde aurait décidé que j'étais folle et m'aurait envoyée dans l'institution locale appropriée. Ou même qu'ils m'auraient remis à l'Inquisition."

Soudain, Lycoris remarqua une étoile faible et floue dans le ciel. "Oh, j'ai entendu dire que si l'on regarde à l'œil nu depuis les planètes de la Voie lactée, alors ma galaxie natale, la nébuleuse d'Andromède, ressemblerait à quelque chose comme ça", se rappelle-t-elle. Mais la jeune fille a immédiatement écarté ces pensées : "Non, c'est impossible. Bien sûr, je ne sais pas dans quel genre d'endroit j'ai atterri, mais ne pourrais-je pas me trouver sur l'une des planètes habitées de la Voie lactée ? Après tout, pour autant que je me souvienne des leçons de l'histoire, seule la Terre, maintenant connue sous le nom de Terra perdue, ainsi que la Lune et Mars étaient habitées dans cette galaxie. Mais les hommes les ont quittées il y a plus de cinq mille cinq cents ans, pour se rendre dans la nébuleuse d'Andromède ! Où les planètes Cérès et Junon étaient habitées. La Terre, et d'ailleurs la Voie lactée en général, n'a jamais été visitée depuis. Selon les hypothèses de nos scientifiques, il ne devrait pas y avoir de vie sur la Terre Perdue maintenant ! Ce n'est donc pas possible. Quoi qu'il en soit, l'endroit où je me suis retrouvé, le Royaume de Ferrum sur le continent de Solum, ressemble plutôt à une sorte de pays imaginaire. Je ne pensais vraiment pas que d'autres mondes existaient !"

Avec de telles pensées, Lycoris commença à aller se coucher. Si les habitants du manoir de la Comtesse Landriano pouvaient entendre ses pensées, ils seraient surpris. Et il est possible que pour de telles pensées hérétiques, la jeune fille soit même livrée à l'Inquisition. En effet, le Temple de la Dame de l’Aube affirme strictement que la vie intelligente n'existe que sur la Terre, sur la Terre Céruléenne !

Chapitre 2. Confédération de Cérès, District de Célestia

Planète Cérès dans la galaxie de la Nébuleuse d'Andromède, 9018 après JC ou l'année 5518 après le départ de la Terre. Confédération de Cérès, cité de Célestia.

La planète Cérès était située dans la galaxie de la Nébuleuse d'Andromède.

Il y a plus de cinq mille ans, en 3500, les problèmes ont commencé sur Terre. La population de la Planète Bleue a depuis longtemps colonisé la Lune et Mars. Mais le problème de la surpopulation et du manque de ressources était toujours là.

Cependant, l'humanité poursuivait activement l'exploration du système solaire. Il n'y avait pas de planètes propices à la vie ou du moins à la terraformation, mais il était possible d'exploiter les ressources.

Grâce aux métaux découverts sur Mars et Vénus, les scientifiques ont pu créer un matériau unique. Avec l'aide de celui-ci, il est devenu possible de construire des vaisseaux spatiaux avec des moteurs qui franchissent relativement rapidement toutes les distances.

Mais le nombre de métaux s'est avéré limité, et il n'a pas été possible de recréer leurs analogues.

Alors que les scientifiques construisent des vaisseaux, une terrible épidémie se déclare sur Terre, que les gens appellent le virus Greya, en l'honneur du Dr Violetta Greya, qui l'a distingué des autres maladies. Bien que les ports spatiaux communiquant avec Mars et la Lune aient été rapidement fermés, malgré toutes les précautions, la maladie a fait son chemin.

Une maladie inconnue a littéralement détruit les gens. Cela a commencé comme un simple rhume, puis les patients ont développé une forte fièvre, et ensuite les personnes infectées ont littéralement commencé à se décomposer. Pendant plusieurs jours, la personne mourait douloureusement.

Hélas, quels que soient les efforts des meilleurs médecins des différents pays du monde, aucun traitement efficace n'a été trouvé.

Certaines personnes sont allées dans les forêts, en essayant d'éviter tout contact avec la maladie. D'autres ont accepté un traitement expérimental, avec l'introduction d'ADN animal ou contenant des techniques végétales spéciales qui modifient le corps humain.

Et le groupe de scientifiques développant des vaisseaux spatiaux a proposé une idée apparemment folle : sur des vaisseaux spatiaux longue distance nouvellement construits, quitter la Terre, la Lune et Mars. Et aller dans les profondeurs de l'espace afin de trouver une nouvelle planète propice à la vie.

Cette idée semblait complètement folle, car la recherche pourrait prendre des siècles. Bien que l'on ait supposé que tous les passagers des vaisseaux contrôlés par une intelligence artificielle dormiraient dans un cryogène, l'idée aurait pu ne pas aboutir.

Mais parmi les milliards d'habitants de la Terre, de Mars et de la Lune, plusieurs millions de personnes ont accepté cette idée. Parmi elles se trouvaient de nombreux scientifiques qui croyaient au succès de l'entreprise.

C'est ainsi que les vaisseaux et les volontaires sont partis dans l'espace. Cette année-là a commencé à être considérée comme le moment du Départ.

Les vaisseaux, baptisés Cérès et Junon en l'honneur des déesses antiques, ont passé ni plus ni moins que cent quatre-vingt-dix ans dans l'espace. Ils ont traversé toute la Voie lactée et ont atteint la Nébuleuse d'Andromède. Dans les profondeurs de la nouvelle galaxie, l'intelligence artificielle des vaisseaux découvrit deux planètes propices à la vie dans l'un des systèmes similaires au système solaire.

Le vaisseau Cérès s'est posé sur la troisième planète à partir du Soleil local, et le vaisseau Junon sur la quatrième. Plus tard, les gens ont donné à ces planètes le nom des vaisseaux qui les avaient amenées là.

Les gens ont commencé à s'installer rapidement dans de nouveaux habitats (heureusement, les vaisseaux transportaient également tous les matériaux nécessaires à cet effet). Et bientôt, une connexion a été établie entre les planètes Cérès et Junon.

Mais les vaisseaux qui avaient amené les gens dans la nébuleuse d'Andromède, après un si long vol, ne pouvaient plus sortir dans l'espace.

Depuis lors, l'exploration spatiale a repris pour l'humanité. Le système d'Hélios (comme on appelait le Soleil local), les gens l'ont étudié. Mais ils ne pouvaient pas aller plus loin : il n'y avait pas les métaux nécessaires à la construction de tels appareils.

Il n'y avait pas de vie intelligente sur Cérès et Junon avant l'arrivée de l'humanité. Bien que, sur les planètes, il y avait quelques espèces d'animaux, rappelant un peu la Terre.

Cérès avait deux satellites, que les peuples du système solaire qui sont arrivés ici il y a plus de cinq mille ans, appelaient de noms similaires au satellite de l'azur 'Berceau de l'Humanité'. A savoir : Moona et Lunae.

Junon avait trois satellites. Ils ont reçu des noms : Hestia, Zeus et Hébé.

Sur les deux planètes, un ordre confédéral planétaire fut organisé. En conséquence, ils ont reçu les noms de Confédération de Cérès et Confédération de Junon, avec de grandes villes - centres administratifs des districts (généralement leurs noms coïncidaient avec les noms des villes).

Bien sûr, la connexion avec la Terre, ou comme les gens ont commencé à l'appeler " Terre Perdue ", ne pouvait pas être établie.

Aucune des personnes qui ont quitté le système solaire n'a ignoré ce qui s'est passé ensuite sur la Terre, la Lune et Mars et avec les habitants qui y sont restés.

Il est vrai que beaucoup sont morts d'une maladie inconnue et que la civilisation a chuté. Ces personnes, qui avaient auparavant accepté un traitement expérimental, ont muté et leurs corps ont commencé à être très différents de ceux des humains.

En raison du chaos général, les gens ont perdu beaucoup de connaissances. Et l'humanité, qui est restée sur la Terre, la Lune et Mars, a dû tout réapprendre.

Petit à petit, une nouvelle civilisation s'est formée sur Terre, un Royaume prospère a vu le jour sur la Lune et des villes libres ont surgi sur Mars.

Les gens étaient dispersés dans tout le système solaire et n'avaient pas la possibilité de communiquer entre eux. Mais ils se souvenaient tous d'une langue commune qui était apparue dans le passé, avant la chute des civilisations, pour faciliter la communication internationale. Elle était appelée néo-latine car elle était basée sur l'ancienne langue latine.

Bien sûr, chaque Royaume a acquis au fil du temps ses propres caractéristiques en matière de langage. Mais malgré tout, les gens de différentes parties de la Terre pouvaient se comprendre.

Les personnes qui étaient incapables d'utiliser la magie, et chez qui la manifestation de cette capacité s'accompagnait plus tard de crises d'agressivité, ont été appelées sur Terre les "possédés de Greya". Bien que le Dr Violetta Greya ait découvert le virus d'une maladie complètement différente, le souvenir du chaos qu'il a provoqué a vécu parmi les gens. Et l'image du virus s'est transformée en déesse des ténèbres.

... Dans les confédérations de Cérès et de Junon, le néo-latin était également utilisé. Mais dans chaque district urbain, on pouvait trouver des cours et des institutions éducatives avec les soi-disant "langues anciennes". Beaucoup ont étudié l'anglais, le français, le russe, le tchèque, le chinois et d'autres langues afin de lire les œuvres littéraires classiques dans l'original. Cela était considéré comme des bonnes manières par les Confédérations. Après tout, les navires Cérès et Junon ont, à une époque, transporté non seulement des personnes, mais aussi tous les fruits possibles de la culture humaine.

Quant à la Terre, Mars et la Lune, une autre chose les unissait aux habitants des Confédérations lointaines : l'utilisation de la Science de l'Énergie.

La science de l'énergie, ou simplement En-Sci, était également connue sous le nom de "magie". On croyait que la magie était apparue dans le monde depuis des temps immémoriaux. Selon les anciennes légendes, les dieux de l'Antiquité avaient conféré ce pouvoir à une certaine Dame, qui fut ensuite nommée Dame de l'Aube et qui était toujours vénérée. Elle a, à son tour, enseigné la magie à d'autres personnes. Et c'est ainsi que, progressivement, la magie s'est répandue dans le monde entier.

L'histoire de l'étude de la magie a connu des hauts et des bas. Mais en fin de compte, bien avant l'apparition du virus Greya, en 1850, les scientifiques de l'époque ont appris que la magie n'est, en fait, rien d'autre que l'aptitude à contrôler les énergies environnantes. Après cela, la magie a reçu un nouveau nom : "Science de l'énergie". Et la Dame de l’Aube était simplement reconnue comme la fille aux capacités extraordinaires, qui a découvert la magie dans les temps anciens.

L'essence de la magie était qu'avec l'aide des énergies qui remplissent le monde, il est possible de transformer et de créer des objets sans changer leur nature. Par exemple, une personne peut transformer de l'eau en glace, ou déplacer un grand objet sans le toucher. Mais elle ne peut pas utiliser la magie pour guérir des maladies graves, créer quelque chose à partir de rien ou transformer du métal en bois.

Les habitants de Cérès et de Junon se sont également souvenus de l'En-Sci et ont continué à la développer. Les habitants de la Terre, de la Lune et de Mars ont perdu beaucoup de connaissances, et maintenant ils appellent simplement En-Sci - "magie".

Les adeptes du Temple de la Dame de l’Aube sur Terre ont même déclaré que tous ceux qui ne pouvaient pas utiliser la magie étaient des hérétiques. Pour les adeptes, c'est une bénédiction divine...

***

Cette histoire s'est passée il y a exactement un mois.

Lycoris Farrell se considérait comme la fille la plus ordinaire de toute sa vie. Elle vivait dans une banlieue confortable de la ville de Célestia, l'une des plus grandes villes de la Confédération de Cérès, située sur la planète du même nom.

Lycoris Farrell, vingt ans, étudiante en deuxième année à l'Académie historique de Célestia, se réveille par un merveilleux dimanche de printemps. La veille, elle avait reçu un appel de son petit ami, Paulo Lagaz. Il a dit qu'il avait quelque chose d'important à dire et a appelé la jeune fille dans un café agréable de Célestia.

Lycoris et Paulo s'apprécient depuis le lycée et sortent ensemble depuis trois ans. "Il va vraiment parler de notre avenir ?" Mme Farrell faisait de beaux rêves.

La jeune fille se leva et commença à se nettoyer. Elle a choisi une robe jaune à la mode pour rencontrer son petit ami, et a coiffé soigneusement ses cheveux dorés. Sa tenue était complétée par son médaillon argenté préféré avec une plaque en forme de larme en saphir sur le couvercle supérieur.

Ce bijou avait été offert à la jeune fille dans son enfance par sa mère, Décima Farrell. C'était une agréable femme d'âge moyen, aux cheveux châtain clair et aux yeux verts. Elle travaillait comme ingénieur pour la Société scientifique Starlight, qui se trouvait dans la même banlieue que celle où vivait la famille Farrell, non loin de leur maison.

Le père de Lycoris, Enio Farrell, un homme d'âge moyen aux cheveux noirs, aux yeux bleus et à la peau pâle, était sculpteur. Bien sûr, la haute technologie permet depuis longtemps de créer des sculptures, des peintures, de la musique et d'autres éléments artistiques à l'aide de divers programmes et d'imprimantes 3d. Par conséquent, ces objets produits en série n'étaient pas très prisés. C'est le travail humain qui était hautement valorisé.

Et les œuvres d'Enio étaient populaires, et il ne restait pas sans commandes.

Lycoris avait aussi une petite sœur, Amy. Leur différence d'âge était de cinq ans, et maintenant la jeune fille de quinze ans allait à l'école.

Contrairement à la blonde Lycoris, qui, selon ses parents, avait hérité ses mèches dorées de sa défunte grand-mère, la plus jeune des filles ressemblait davantage à sa mère. Ses cheveux étaient d'un brun moyen, et ses yeux, comme ceux de sa mère, avaient une riche couleur verte.

Elle est entrée au lycée cette année et se considérait comme une grande adulte. Lycoris traitait Amy avec beaucoup de condescendance, la considérant comme une enfant. Par conséquent, les sœurs se disputaient souvent.

... Se regardant un peu plus dans le miroir, Mme Farrell a redressé la manche courte de la robe, sous laquelle on pouvait voir le motif du tatouage argenté en forme de petit lotus.

"Ce sceau est toujours visible sous mes robes. Les médecins ne l'ont pas fait soigneusement pour moi", a froncé la jeune fille avec déplaisir.

Il s'agissait de ce qui suit. Presque tous les habitants des Confédérations de Cérès et de Junon pouvaient utiliser l'En-Sci. Dans le passé, peu après l'arrivée sur de nouvelles planètes, divers conflits ont commencé avec l'utilisation de l'En-Sci (cependant, ils se sont également produits sur Terre, sur la Lune et sur Mars). Par conséquent, le Conseil des confédérations nouvellement formé a décidé qu'en des temps aussi difficiles pour les gens que l'installation sur des planètes inconnues, il est nécessaire de prendre des mesures pour que les gens ne se fassent pas de mal physiquement.

Les meilleurs scientifiques furent réunis d'urgence et créèrent rapidement les "EN-Sceaux " : des nanoparticules spéciales. Ces Sceaux ont été injectés dans le sang de tous les adultes, et dans le sang de chaque nouveau-né des Confédérations.

Les nano-particules EN-Sceaux affectaient le système nerveux humain. Et si, même inconsciemment, un humain avait l'intention d'infliger des dommages physiques à une autre personne avec l'aide d'En-Sci, d'armes, d'autres objets ou sans leur aide, les nano-particules supprimaient immédiatement ces désirs.

Par conséquent, la criminalité sur Cérès et Junon était complètement absente, jusqu'à de petits vols. Et les générations d'enfants modernes qui étudiaient l'histoire de la Terre dans les écoles se demandaient : pourquoi y avait-il tant de guerres dans les temps anciens ? Comment une personne peut-elle faire du mal à une autre, et même prendre la vie d'une autre personne ? Après tout, la vie n'a pas de prix.

De plus, les EN-Sceaux ont joué un autre rôle important. Bien sûr, la plupart des gens étaient libres d'utiliser la Science de l'Énergie. Mais il y avait aussi des gens qui ne manifestaient pas ces capacités, ou qui le faisaient après vingt ans.

Parfois, la manifestation soudaine de ces capacités conduisait à des accès d'agressivité, une personne cessait de se contrôler et représentait une menace pour les autres. Les conséquences étaient tristes.

Il fut un temps, sur Terre, où les gens apprenaient à détecter à l'avance une tendance à ce genre de choses, et ces personnes se voyaient simplement prescrire un traitement de médicaments spéciaux. Ils apaisaient le système nerveux et empêchaient les effets négatifs des manifestations magiques.

L'EN-Sceau prévient aussi de telles situations. Et les capacités tardives d'utiliser l'En-Sci se sont manifestées pacifiquement et calmement.

Les EN-Sceaux étaient des nano-particules et étaient injectés dans le sang par les médecins. Mais pour la tranquillité d'esprit générale, les confédérations de Cérès et de Junon ont "tatoué" leurs citoyens pour confirmer la présence d'EN-Sceaux dans leur corps. Cela ressemblait à un petit tatouage de lotus argenté.

Cette fleur n'a pas été choisie par hasard : depuis les temps anciens sur Terre, dans certaines traditions, le lotus personnifiait la pureté. Et l'EN-Sceau, à son tour, excluait de causer des dommages physiques à une autre personne vivante.

Il semblerait que le paradis devrait régner dans les confédérations de Cérès et de Junon. Mais même si l'EN-Sceau excluait de nuire à une autre personne, il ne pouvait pas sauver les gens de l'intimidation morale qui fleurissait souvent. Et l'EN-Sceau pouvait protéger son propriétaire d'une tentative de suicide. Par conséquent, le problème du suicide dans les Confédérations est aigu. Bien sûr, il y avait de nombreux psychologues, psychiatres, et des médicaments pour traiter la dépression. Mais tous les gens ne demandaient pas de l'aide à temps.

... Lycoris descend au rez-de-chaussée pour le petit déjeuner, échange des politesses formelles avec ses parents et des remarques sarcastiques avec sa jeune sœur.

Décima a immédiatement compris que la fille aînée avait un rendez-vous galant.

"Lycoris, est-ce que tu vois Paulo aujourd'hui ?" demande-t-elle avec désinvolture.

"Oui", répond la jeune fille avec calme.

Amy jette un regard en coin à sa grande sœur et commence à manger une crêpe. Les aventures amoureuses de Lycoris ne l'intéressent guère. "Je n’en ai rien à faire de ces choses-là ! Je dois étudier beaucoup pour devenir une bonne généticienne !" pensait-elle toujours, ayant l'intention, après l'école, d'entrer au département de génétique de l'université.

"Paulo n'est pas un mauvais garçon, mais il est quelque peu irresponsable pour son âge", interrompt le père dans la conversation. "Pourquoi ne fais-tu pas attention à ton cousin, Ciel ?"

Bien sûr, dans les Confédérations de Cérès et de Junon, il y avait une liberté totale de choisir un partenaire pour le mariage. Mais les familles aisées, auxquelles appartenait la famille Farrell, comme il y a plusieurs milliers d'années sur Terre, préféraient organiser elles-mêmes les mariages de leur progéniture. Y compris les mariages entre cousins, comme dans certains pays de la Terre, au Moyen Âge.

Ciel était le fils adoptif de la sœur d'Enio, Efmetel Reynold. La femme l'avait adopté il y a longtemps, lorsque sa cousine, la mère biologique du garçon, était décédée. Et Enio répétait souvent à sa fille aînée, pour qu'elle fasse attention à Ciel, car père le considérait comme un parti convenable.

"Papa, nous sommes au quatre-vingt-onzième siècle, et tu essaies encore de me marier avec le cousin, comme une sorte de despote terrestre médiéval !" s'indigne Lycoris.

"Pourquoi, comme un despote ? Je te souhaite le meilleur !" le père était confus.

"Laisses Lycoris décider elle-même de telles questions", Décima soutenait sa fille, car elle aussi ne partageait pas l'enthousiasme de son mari pour Ciel. "Néanmoins, je suis favorable à ce qu'elle choisisse quelqu'un de plus décent que Paulo."

Amy, qui continuait à manger des crêpes, observait en silence et avec philosophie l'escarmouche matinale. Des événements comme celui-ci se produisaient souvent chez les Farrell, et la jeune sœur préférait ne pas s'en mêler.

Pendant ce temps, Lycoris soupire et, sous un prétexte poli, quitte la table en disant qu'elle viendra dans la soirée. Elle quitta la maison et se retrouva dans le jardin.

Soudain, un sentiment vague l'envahit, comme si elle voyait sa maison pour la dernière fois.

Lycoris secoue la tête et regarde autour d'elle. Leur maison apparut devant ses yeux : un grand bâtiment beige de trois étages, situé au centre du jardin.

La maison de la famille Farrell était décorée de volets sculptés, dans lesquels brillaient des verres ordinaires aux premier et deuxième étages, et des inserts de vitraux au troisième. Le toit était recouvert de nouvelles tuiles rouges à l'ancienne. Bien que le bâtiment lui-même ait été construit il y a près de deux cents ans, les tuiles ont été changées récemment.

La maison était décorée de bas-reliefs exquis. Des portes massives menaient à l'intérieur, surplombant un porche dont le toit était soutenu par des colonnes couvertes de lierre.

Non loin de là se trouvaient des parterres de fleurs avec des roses et des lycoris, dont les Farrell ont baptisé leur fille aînée.

Lycoris a regardé la maison. Encore envahie de sentiments vagues, la jeune fille se dirigea vers la porte principale. Il y avait des serrures spéciales sur celles-ci, ne permettant qu'aux membres de la famille et aux domestiques de passer (une femme de chambre venait chez les Farrell deux fois par semaine). Pour que la porte s'ouvre, il fallait attacher une clé en cristal à la serrure, avec des informations magnétisées dessus.

Lycoris avait la clé magnétique en cristal insérée dans l'anneau, et en l'attachant à la serrure, elle pouvait facilement sortir dans la rue...

"Je ne comprends pas ce qui m'a pris", se dit-elle en marchant vers l'arrêt de bus. "Pourquoi ai-je l'impression que je ne reviendrai jamais ici ? Peut-être suis-je simplement fatiguée ? Après tout, la récente fin de l'année scolaire à l'Académie s'est en effet avérée difficile."

La jeune fille ne savait pas encore ce qui l'attendait ensuite.

***

Lycoris a pris le bus à vol magnétique pour se rendre à Célestia. Le moyen de transport extérieur était très similaire aux bus du lointain XXIe siècle de Terre Perdue. Seuls les bus à vol magnétique n'avaient pas de roues, planaient au-dessus du sol et, bien sûr, étaient contrôlés par un pilote automatique.

Les bus volants magnétiques se déplacent très rapidement. Et quelques minutes plus tard, Mme Farrell est descendue à l'arrêt de bus au café souhaité : des bâtiments de style antique et des colonnes ioniques. Au-dessus de la porte se trouvait une pancarte : "Athéna", en l'honneur de la déesse de la guerre de la Grèce antique. Bien sûr, de nombreux visiteurs n'ont pas compris : comment la déesse de la guerre pouvait-elle être liée à la cuisine ? Mais quoi qu'il en soit, le café ne manquait pas de visiteurs. Car le café qu'on y servait était vraiment bon, et les gâteaux étaient très appétissants et savoureux, comme d'ailleurs le reste de la carte.

Lycoris entre dans le café et se retrouve dans une salle spacieuse. Contrairement à l'extérieur, l'intérieur était assez moderne. De petites tables confortables alternaient avec de grandes, des chaises rembourrées étaient partout. Aux grandes fenêtres, un peu sombres, se trouvaient des plantes d'intérieur : de petits oliviers.

Mme Farrell regarde autour du café, et à l'une des petites tables, elle remarque Paulo, il était venu un peu plus tôt. Avec un sourire, la jeune fille s'est précipitée vers son petit ami.

Après avoir échangé des politesses formelles avec lui, et commandé un café pour eux, qui a été apporté par un serveur agréable, ils ont eu une petite discussion sur le temps et la nature. Ils ont également parlé des récents examens à l'Académie historique de Célestia (les deux étaient dans la même année).

Puis soudain, Paulo dit :

"Lycoris, je voulais te parler sérieusement."

"De quoi ?" demande-t-elle, saisissant l'inquiétude dans la voix de son petit ami.

"A-t-il décidé de me demander en mariage ? Ah, je ne suis pas encore prête à me marier ! Bien sûr, selon les lois de la Confédération de Cérès, les gens ont le droit de se marier dès l'âge de dix-huit ans, mais tout le monde ne le fait pas si tôt !" clignota dans la tête de la jeune fille. Elle ne savait pas encore à quel point sa supposition était loin de la vérité.

"Tu es une fille merveilleuse, Lycoris", commence Lagaz entre-temps. "Cela fait maintenant trois ans que nous sortons ensemble, et avant cela, nous nous connaissions depuis longtemps. Et je me suis rendu compte que tu es devenue mon amie. Une très bonne amie. Car j'aime une autre fille."

Mme Farrell a cru un instant qu'elle avait mal entendu. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle avait été rejetée si simplement et si soudainement. C'était encore si bon !

"J'espère que nous continuerons à être de bons amis", le jeune homme a rompu le silence prolongé.

Il se sentait aussi mal à l'aise. En fait, c'est pour cela que Paulo a appelé Lycoris dans un lieu public : il n'avait pas le courage de se confesser en privé. Il avait peur qu'ensuite la jeune fille se mette à crier ou à pleurer, et ne savait pas quoi faire avec elle. Dans un lieu public, Farrell essaiera probablement de contenir ses émotions.

Le calcul du jeune homme s'est avéré exact : Lycoris, en effet, retenait la tempête de sentiments qui l'étreignait. Bien que la jeune fille y parvienne avec beaucoup de difficulté.

Retenant à peine ses larmes, elle rassembla les restes de sa volonté et demanda :

"Et qui est la personne qui m'a vaincue en amour ?"

"Julianna Sirin", a-t-elle répondu.

"C'est ainsi que..." Lycoris soupire.

Il s'agissait de la première beauté de l'Académie aux longs cheveux couleur miel, comme ceux de Raiponce dans les anciens contes terrestres. Julianna avait des yeux d'une beauté saisissante, d'un gris foncé profond, encadrés par d'épais cils. Elle possédait d'excellentes manières, étudiait bien, savait entretenir avec esprit une conversation et venait d'une famille aisée.

La plupart des garçons de l'académie rêvent de Julianna, pensa Farrell avec amertume. "Il se trouve que Paulo est tombé sous son charme."

"Dans ce cas, je te souhaite la meilleure des chances. S'attirer les faveurs de Mme Sirin n'est pas facile", dit la jeune fille à voix haute.

Elle appela le serveur et le paya pour elle avec une carte de cristal. Son compte a été débité d'une monnaie commune aux confédérations de Cérès et de Junon, appelée simplement "crédits". Après quoi, Lycoris a rapidement quitté les murs "d'Athéna".

Paulo eut un moment de regret et voulut même se lancer à la poursuite de la jeune fille. Des doutes s'emparèrent de lui. Mais ils se sont retirés en quelques secondes. Le jeune homme est resté seul à la table. Son esprit était rempli de pensées : "Non, je n'aime plus Lycoris. Et je ne me souviens pas avoir promis d'être avec elle toute ma vie ou de l'épouser ! Les gens ont raison quand ils disent que l'amour vit pendant trois ans. Ma réaction chimique amoureuse envers elle s'est épuisée. Maintenant, j'aime Julianna."

***

Lycoris ne voulait pas rentrer chez elle dans le bus à vol magnétique. Elle voulait être seule, et elle erra dans les rues de Célestia en direction de la banlieue. La jeune fille savait qu'à ce rythme, elle arriverait chez elle dans une heure et demie, pas avant.

Elle n'avait plus envie de pleurer, et la sympathie qu'elle avait éprouvée récemment pour Paulo avait été remplacée par du ressentiment. "C'est comme si un vide s'était formé en moi. Je suis sûre que je vais éclater en sanglots dès que j'arriverai dans ma chambre", les pensées défilèrent dans sa tête.

Lycoris s'est d'abord retrouvée dans une situation où elle a été rejetée. Au fond d'elle-même, elle ne le croyait pas, et s'attendait à un appel sur la tablette de cristal. Que maintenant la tablette allait sonner, et que Paulo serait heureux de dire que c'était une blague, qu'il s'était trompé, ou quelque chose de similaire. Mais personne n'a appelé, et le vide s'est peu à peu rempli de désespoir et de confusion.

Farrell se promène chez elle, complètement perdue dans ses pensées, et manque de tomber sur une vieille concierge. S'excusant, la jeune fille a accéléré le pas.

Le concierge marmonna quelque chose et entreprit de balayer la rue avec un long balai.

On pourrait se demander pourquoi, dans une société aussi développée que la Confédération de Cérès (et de Junon aussi), un tel travail n'était pas effectué par des androïdes ?

Simplement, il y a longtemps, au XXIIe siècle sur Terre, une tentative a été faite pour introduire le travail des androïdes. Cela a conduit à un chômage total et à une crise. En conséquence, les androïdes ont été autorisés à rester uniquement pour aider les entreprises techniques et pour travailler dans les quartiers rouges. Pour cette industrie, les androïdes ont été rendus très semblables aux humains. La seule différence était que les androïdes avaient un connecteur visible à l'arrière de leur cou pour un câble de connexion à un ordinateur. Et sur le visage (sur le front ou sur la joue) on mettait obligatoirement la marque du fabricant.

Quant aux androïdes dans les usines, ils pourraient ressembler à des personnes (à l'exception de la marque du fabricant et du connecteur de câble). Mais ils pouvaient aussi avoir une apparence humanoïde futuriste.

Bien sûr, les androïdes disposaient d'une intelligence artificielle, mais limitée dans son développement, et destinée uniquement à une certaine industrie.

Pour le reste des emplois, comme au 20e siècle avant la diffusion de la robotique, les gens travaillaient à nouveau. Et depuis lors, la pratique de l'introduction généralisée des androïdes sur le marché du travail n'est pas revenue.

De plus, les androïdes n'ont même pas été vendus librement, afin de ne pas prendre les emplois du personnel domestique et des fermes.

... Après environ une heure et demie, Lycoris est rentrée chez elle. Soupirant un peu, elle se dirigea vers le portail et toucha un anneau magnétique sur la plaque métallique.

Le portail s'est ouvert avec un léger grincement. Farrell est entré. Le passage s'est empressé de se refermer aussitôt.

Passant devant les parterres de roses et de lycoris qui lui ont donné son nom, la jeune femme atteint le porche et gravit les marches. Là, elle toucha de nouveau sa bague à la plaque, rappelant celle qui se trouvait sur la porte principale. La porte s'est ouverte et la jeune fille est entrée.

***

Amy, peu après le départ de Lycoris, a également quitté la maison : elle est allée se promener avec ses amis.

Quant à la mère de famille, Mme Décima Farrell, elle avait des week-ends le dimanche.

... Décima était en train de trier des documents dans son bureau lorsqu'elle a remarqué par la fenêtre que Lycoris se tenait devant la porte principale.

"Elle a l'air déprimé. Et elle est revenue plus tôt que je ne le pensais", murmure la femme, comprenant immédiatement que sa fille aînée avait des problèmes dans les affaires sentimentales.

Dès qu'elle a quitté le bureau, elle est littéralement tombée sur son mari. Enio avait l'air extrêmement inquiet, et pas parce qu'il voyait sa fille bouleversée par la fenêtre. L'homme ne s'est même pas douté de son retour.

Ücretsiz ön izlemeyi tamamladınız.

Yaş sınırı:
0+
Litres'teki yayın tarihi:
20 kasım 2021
Hacim:
210 s. 1 illüstrasyon
ISBN:
9788835430407
Tercüman:
Telif hakkı:
Tektime S.r.l.s.
İndirme biçimi:

Benzer kitaplar