Kitabı oku: «Les antiquités de la ville de Rome aux XIVe, XVe et XVIe siècles»

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Eugène Müntz

Les antiquités de la ville de Rome aux XIVe, XVe et XVIe siècles

Topographie, monuments, collections


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066335915

Table des matières

LES PLANS DE ROME A L’ÉPOQUE DE LA RENAISSANCE

LES MONUMENTS ANTIQUES DE ROME A L’ÉPOQUE DE LA RENAISSANCE

DESCRIPTION DES ANTIQUITÉS DE ROME ET DE PLUSIEURS AUTRES VILLES D’ITALIE, PAR BERNARD BEMBO (1504) .

Bernardi Bembi oratoris Veneti ad S. P. descriptio sui itineris (1504) .

LE VANDALISME

LES COLLECTIONS PUBLIQUES

LE LAOCOON

SCULPTURES DIVERSES

LE TRÉSOR DE LA FILLE DE STILICON (?)

LES COLLECTIONS PARTICULIÈRES

FOUILLES DIVERSES

DÉCOUVERTE D’UN OBÉLISQUE EN1519

L’EXPORTATION

LES CONSERVATEURS

LE CHATEAU SAINT-ANGE

LES MURS ET LES PORTES

LES MURS ET LES PORTES (Suite) .

TRAVAUX DE FORTIFICATION ENTREPRIS SOUS PAUL III

LES PONTS

LE CAPITOLE

MONUMENTS DIVERS

LES
PLANS DE ROME
A L’ÉPOQUE DE LA RENAISSANCE

Table des matières

I

L’étude de la topographie romaine est trop entièrement liée à la connaissance des institutions, des mœurs, de la littérature, des arts de Rome antique, pour que les premiers efforts de renaissance ne lui aient pas du coup imprimé la plus vigoureuse impulsion.

Dans un ouvrage aujourd’hui classique, M. le commandeur de Rossi a passé en revue les tentatives du moyen âge. Avant d’aborder l’étude des documents topographiques qui forment la base du présent travail, je ne saurais mieux faire que de retracer sommairement, d’après M. de Rossi, et en complétant ses recherches par quelques observations nouvelles, l’histoire de ces tentatives parfois enfantines.

Reportons-nous, pour commencer, à l’époque où la rupture entre le monde antique et la société chrétienne est entièrement consommée, ou peu s’en faut, c’est-à-dire au IXe siècle. A ce moment, les études topographiques ont subi une éclipse à peu près complète. Un seul plan contemporain est parvenu jusqu’à nous, et encore ne se rapporte-t-il pas à Rome. Nous voulons parler du plan de Saint-Gall (vers830) publié d’abord par M. Lenoiret, plus récemment, par M. Rahn. Cet ouvrage rappelle ceux que les anciens Romains gravaient sur le marbre, avec cette différence toutefois qu’il ne nous fournit pas l’indication des mesures. Sur les autres ouvrages de même nature exécutés au VIIIe ou IXe siècle, nous ne possédons que des renseignements fort sommaires, M. de Rossi rappelle à cette occasion la «descriptio orbis terrarum,» que le pape Zacharie fit peindre en741dans le triclinium du Latran, et les trois «mensæ argenteæ» de Charlemagne, avec les représentations gravées «totius mundi», «romanæ urbis» et «urbis Constantino politanæ». Ajoutons toutefois que le savant romain est disposé à voir dans ces tables d’argent, dont l’une fut léguée par Charlemagne à l’archevêque de Ravenne, des ouvrages bien antérieurs à l’époque dont nous nous occupons, et peut-être contemporains de la Notitia utriusque imperii.

Après Charlemagne, toute tradition de ces études intéressantes se perd. La table cosmographique du géographe arabe Edrisi, exécutée en1154pour le roi Roger, n’offre aucun intérêt pour la topographie romaine. M. de Rossi fait remarquer avec raison que les fables accueillies, dès le IXe siècle, par les Arabes, au sujet de Rome, étaient inconciliables avec l’idée même de la topographie.

L’influence exercée par les guides destinés aux pèlerins et connus sous le nom de Mirabilia ne fut pas moins pernicieuse. Toute trace de la configuration de la Ville éternelle a disparu dans ces recueils de légendes plus bizarres les unes que les autres. Un plan de Rome, inséré dans un exemplaire, relativement assez moderne, du Liber Guidonis (Riccardienne; milieu du XIVe siècle), se borne à nous montrer une porte crénelée, au-dessous de laquelle passe un fleuve et, derrière cette porte, sept collines grossièrement dessinées. Sans l’inscription Roma civitas Septicollis, on aurait de la peine à deviner que l’on a devant soi une vue de Rome.

Un autre plan, que M. de Rossi n’a pas cité, dépasse peut-être encore en barbarie celui du Liber Guidonis. C’est une miniature reproduite dans l’ouvrage de Jomard, d’après un manuscrit de Mathieu Paris appartenant au XIIIe siècle. Rome a ici la forme d’un rectangle dans lequel sont figurées quelques constructions représentant la basilique Saint Pol; le Domine quo vadis; Saint Jehan de Latrane; Saint-Père; la porte devers la reaume de Poille; la porte vers Lumbard(ie). Un fleuve traverse la cité; mais des collines, nulle trace. L’inscription qui accompagne cette grossière esquisse est ainsi conçue: La cite de Rumme. Remus e Romulus fiz Martis et de une luve la funderent. Ele fu faite des remasilles de Troie. Romulus l’apela Romme de sun nun.

Signalons encore le revers d’un sceau de Frédéric I, d’une authenticité d’ailleurs douteuse. L’artiste a voulu y représenter la ville de Rome vue en perspective; mais le seul monument qui soit reconnaissable est le Colisée qui paraît couronné de créneaux

Le plus ancien plan, vraiment digne de ce nom, que M. de Rossi ait découvert, se trouve dans le Cod. Vat. 1960; il appar tient au XIIIe siècle. C’est à peine s’il peut être question d’orientation dans ce document vénérable, dont l’ouvrage de M. de Rossi nous offre (pl. 1) une gravure fort exacte. Le dessin des édifices, pris isolément, ne laisse pas moins à désirer; rien de plus arbitraire que les coupes ou les élévations (ces deux systèmes de représentation sont employés concurremment) de l’artiste du moyen âge. S’il n’avait pas pris soin d’inscrire les noms à côté des monuments, il serait vraiment impossible de reconnaître ses dessins du Colisée ou du Panthéon, pour ne citer que ceux-là. On peut dire que de l’étude de ces deux chefs-d’œuvre de l’art de bâtir, encore si bien conservés à cette époque, le dessinateur n’a retenu qu’une chose, c’est qu’ils étaient circulaires. Des colonnes, des pilastres, des arcades, nulle trace. Pour le Colisée, il n’a pas même indiqué le nombre des étages, division qui s’impose cependant à l’œil le moins exercé. Par contre, il a affublé ce monument de la coupole en bronze qui n’a jamais existé que dans l’imagination des auteurs ou des lecteurs des Mirabilia. C’est une preuve de plus à ajouter à celles que nous possédons déjà de l’impuissance du moyen âge à reproduire, même dans leurs lignes les plus élémentaires, les créations antiques.

Heureusement, ce plan nous offre d’autres indications d’un caractère moins négatif. Il permet notamment de démontrer l’existence, près du château Saint-Ange d’un cirque élevé par Adrien. On ne possédait jusqu’ici que des renseignements précaires sur cette construction qui a disparu à l’époque de la enaissance. Grâce à M. de Rossi nous savons aujourd’hui que c’est dans ce cirque que les Goths se sont fortifiés lors du siège de Rome, que c’est là aussi que, pendant le moyen âge, ont eu lieu les combats de fauves organisés sous les auspices du peuple romain.

La bulle d’or de Louis le Bavarois (1328)nous montre dans un espace très restreint les principaux monuments de Rome, ceux qui devaient le plus frapper l’imagination des contemporains: la basilique de Latran, la pyramide de Cestius, l’arc de Titus, le Colisée (cette fois-ci avec sa forme véritable), le Capitole, le Panthéon, S. Maria in Trastevere, l’obélisque du Vatican, Saint-Pierre, le môle d’Adrien, la colonne Trajane. Quelque imparfait que soit le dessin, le progrès est incontestable. Désormais le don de l’observation augmentera rapidement.

M. de Rossi est disposé à rattacher également au XIVe siècle une vue de Rome qui se trouve dans un manuscrit de notre Bibliothèque nationale, le Dittamondo de Fazio degli Uberti (fonds ital., no81). Ce manuscrit, à la vérité, a été écrit en1447, par Andrea Morena de Lodi; mais l’illustre savant romain croit que la miniature représentant Rome est la copie d’un original plus ancien, remontant à l’époque de la composition du Dittamondo (1355-1364). Si son hypothèse est fondée, il faut avouer que l’écart est grand entre la bulle de Louis le Bavarois et la miniature de Fazio. Dans cette dernière, les monuments commencent à revêtir des formes assez rapprochées de la réalité. Le Panthéon est précédé d’un portique, dont la disposition, il est vrai, rappelle plus les édifices du moyen âge que ceux de l’antiquité classique. La statue équestre de Marc-Aurèle, les dompteurs de chevaux du Quirinal témoignent également d’une étude plus approfondie. Le Colisée, par contre, reparaît avec sa fameuse coupole. Notons aussi le nom de colonna Adriana donné à la colonne Trajane.


BULLE D’OR DE LOUIS LE BAVAROIS.

Dès cette époque, les monuments qui faisaient la gloire de la Ville éternelle hantaient l’imagination des artistes. Dans une des fresques de la basilique inférieure d’Assise, attribuées à Giotto, ou reconnaît distinctement une des colonnes triomphales de Rome.

Au Campo Santo de Pise, dans une fresque représentant Job assis sur le fumier (attribuée à Francesco de Volterra), on retrouve, à côté du Palais vieux de Florence, reconnaissable à son gigantesque beffroi, plusieurs monuments romains plus ou moins défigurés: une colonne triomphale surmontée d’une sorte de guérite, un obélisque et une pyramide, une coupole à lanterne, qui ressemble singulièrement au Panthéon (il me semble même reconnaître au sommet de cette lanterne la fameuse pomme de pin en bronze, la pignia, aujourd’hui conservée au Vatican), enfin un édifice dont les lignes générales offrent de nombreuses analogies avec le fort Saint-Ange.

Une autre fresque du Campo Santo, les Miracles de Saint-Renier, attribuée à Antonio Veneziano, contient un petit édifice circulaire qui n’est pas sans ressemblance avec le temple de la Sibylle, à Tivoli.

A la fin du XIVe siècle, ou au plus tard aux premières années du XVe appartient un plan qui a échappé à toutes les recherches, quoiqu’il fasse partie d’un manuscrit célèbre, le précieux volume de la bibliothèque de Mgr le duc d’Aumale, à Chantilly, le roi des Livres d’heures du duc de Berry, ainsi que M. Léopold Delisle l’appelle dans une savante notice.

Ce plan, de forme circulaire, occupe le folio140du manuscrit. Les principaux monuments de la Ville éternelle y sont représentés avec une netteté extrême, qui n’est égalée que par l’extrême inexactitude de l’interprétation. Qu’on en juge: une simple colonne monolithe, à fût lisse, représente les colonnes triomphales; une arcade sans ornements, les arcs de triomphe. Le Panthéon est une rotonde, de petites dimensions, précédée non d’un portique, mais d’un portail reposant sur deux colonnes seulement; les étages du Colisée sont chacun en retrait sur l’autre, comme des gradins; bref, on reconnaît partout cette impuissance du moyen âge à voir les choses telles qu’elles sont réellement, et à substituer aux formes véritables des formes conventionnelles.

Mon premier soin, après avoir obtenu de Mgr le duc d’Aumale l’autorisation de faire photographier ce document précieux, fut de le rapprocher des plans publiés par M. de Rossi. Mais parmi ces différents relevés, je n’en trouvai qu’un dont l’orientation répondît quelque peu à celle du plan du Livre d’heures; je veux parler du plan emprunté à un manuscrit de Ptolémée, de notre Bibliothèque Nationale (fonds latin, no4802).

Par contre, on remarque des analogies frappantes entre le plan du Livre d’heures et le plan de Taddeo di Bartolo, peint dans le palais communal de Sienne et publié par M. Stevenson; ce dernier est non pas le prototype, mais bien le pendant de celui du mystérieux enlumineur employé par le duc de Berry. Essayons de serrer de plus près ces points de contact. Le plan de Taddeo di Bartolo a été exécuté en1413-1414; celui du Livre d’heures de Chantilly appartient au plus tard à l’année1416, date de la mort du duc de Berry. Mais tout tend à prouver qu’il remonte à une époque antérieure, aux dernières années du siècle précédent. Tous deux, et à cet égard le doute n’est point possible, dérivent d’un original commun, plus ou moins modifié dans les détails, selon les goûts ou les convenances du peintre et du miniaturiste.

En thèse générale, le plan publié par M. Stevenson est plus détaillé, plus exact, plus consciencieux que le mien. L’enlumineur du duc de Berry en a pris à son aise; il a supprimé un certain nombre de monuments du plus haut intérêt, tels que les colosses du Quirinal; d’autres ont été défigurés de la façon la plus étrange, par exemple le Panthéon, dont Taddeo di Bartolo, par contre, a fort convenablement reproduit les lignes générales.

Notre artiste ne reprend sa revanche que dans la représentation de la pyramide de Cestius, qu’il semble avoir dessinée de visu, et dans celles du fort Saint-Ange, du mausolée d’Auguste et du château de Monte Giordano, de tout point supérieures aux représentations correspondantes de Taddeo di Bartolo. Relevons encore, à son actif, la fidélité avec laquelle il a dessiné le cours du Tibre: tandis que le pont jeté à gauche en avant du fort Saint-Ange, le Ponte Molle, ne compte que six arches dans la fresque de Sienne, dans la miniature du Livre d’heures il en compte neuf; cette dernière nous montre, en outre, deux constructions qui manquent dans l’œuvre rivale: un édifice, rectangulaire à sa base, circulaire dans sa partie supérieure, situé à quelque distance du pont que nous venons de décrire; enfin, un peu plus loin, un second pont fortifié, peut-être le Pont Salaro.

Je commencerai la description du plan par celui des monuments qui m’en a tout d’abord fourni la clef, je veux parler de la statue équestre de Marc Aurèle, ou de Constantin, comme on l’appelait à cette époque. Cette statue se dresse dans la partie supérieure, vers la gauche, en avant d’une longue ligne d’aqueducs. Près d’elle s’élève le Colisée; un peu plus bas, on reconnaît la basilique de Constantin, puis, à droite, le Palatin, représenté comme un château-fort du moyen âge, avec des tours, des tourelles, des créneaux et des arcs-boutants. En remontant vers le sommet du plan, nous parcourons le quartier du Latran, plus ou moins reconaissable à la basilique de Santa Croce, à l’amphitheatrum castrense, au baptistère de Constantin, enfin à la basilique de Saint-Jean. Prenons maintenant à droite, en suivant la ligne des fortifications; nous reconnaissons sans peine au sommet la basilique de Saint-Sébastien, puis la porte de Saint-Paul, la pyramide de Cestius, et enfin, en dehors des murs, la basilique de Saint-Paul. En rentrant dans la ville, s’offrent à nous l’Aventin, le Transtévère, avec San Crisogono, Sainte-Cécile et Sainte-Marie, l’île du Tibre, puis le Borgo; avec un peu de bonne volonté, on parvient à identifier le palais du Vatican, la basilique de Saint-Pierre, la meta Romuli. Plus loin se développent le Monte Giordano (en face du château Saint-Ange), le mausolée d’Auguste, le Champ de Mars, avec le Panthéon au centre. Au-dessus, on distingue le Capitole; un gibet colossal y fait pendant au palais des sénateurs. La partie gauche, correspondant au Quirinal, au Viminal, à l’Esquilin, est plus difficile à déterminer. Je me bornerai à signaler la Torre Milizia, les thermes de Dioclétien, et à gauche, près des remparts, les «Horti Sallustiani» et la «Domus Pinciana,» identique au «Gran Castello» du plan de Mantoue publié par M. de Rossi. L’espace resté en blanc marque l’emplacement des colosses du Quirinal, les Dioscures, si célèbres pendant tout le moyen âge sous le titre de opus Phidiae, opus Praxitelis. Au-dessus, près de la basilique de Constantin, la «Torre dei Conti.» Plus à gauche, les églises de Sainte-Marie-Majeure, de San Martino ai Monti, et peut-être de Saint-Pierreès-Liens.

Telles sont les données essentielles que fournit le plan dressé par l’artiste anonyme attaché au service de Jean de Berry. Pour pleinement tirer parti de son relevé, j’ose compter sur l’érudition et la courtoisie des savants spécialement voués à l’étude de la topographie de Rome: il leur appartient de résoudre divers problèmes que j’ai évité d’aborder, faute d’éléments de contrôle suffisants.

II

Au XVe siècle, la Ville éternelle devient le centre d’un mouvement qui n’allait pas tarder à transformer la civilisation italienne et qui, en ce qui concerne le point de vue spécial où nous nous sommes placés, devait exercer une influence salutaire. Le but poursuivi par les novateurs qui s’étaient donné rendez-vous sur les bords du Tibre était multiple. Les artistes, Brunellesco, Donatello, Ghiberti, L. B. Alberti, Giuliano da San Gallo, Francesco di Giorgio Martini, recherchaient avant tout des modèles. Les questions de topographie ne les intéressaient qu’indirectement. L. B. Alberti, le plus lettré de tous, a cependant composé une Descriptio Urbis Romæ, dont M. de Rossi a publié le texte, jusqu’ici inédit, d’après un manuscrit de la Marcienne. Nous pouvons dire, à ce sujet, que les services rendus par Alberti à la topographie romaine n’ont pas été assez appréciés jusqu’ici. L’étude des précieux commentaires de Bernard Rucellai sur le traité de Publius Victor nous prouve que l’historien florentin a eu Alberti pour compagnon de ses excursions, et presque pour collaborateur. Nous apprenons par les mêmes commentaires que Rucellai avait fait dessiner un certain nombre de monuments antiques de Rome.

Les érudits se mirent à l’œuvre en même temps que les artistes, ou même plus tôt, si nous tenons compte des efforts, bien isolés il est vrai, de Cola di Rienzo. Dès le premier tiers du XVe siècle, le Pogge publia, dans son De varietate fortunæ, une dissertation d’un intérêt capital pour la topographie de Rome antique. Puis vinrent les travaux de Cyriaque d’Ancône, de Flavio Biondo, de Pomponio Leto, de Bernard Ruccellai, etc.

Les encouragements des amateurs vinrent en aide à cette renaissance des études topographiques. L’essor pris par la géographie ne devait pas tarder à profiter également à la topographie. Il n’y eut bientôt plus de cabinet de curiosités qui ne renfermât des mappemondes, des cartes de France ou d’Italie, des vues de villes. A Florence, Niccolô Niccoli possédait un «bellissimo universale dove erano tutti i siti della terra; aveva Italia e Spagna tutte di pittura». On remarquait également des mappemondes dans la collection du roi René. Philippe de Bourgogne en fit peindre une par Jean Van Eyck. A la cour de Mantoue, François Mantegna se vit confier, en1494, un travail analogue. Pie II entretenait un artiste spécialement chargé d’exécuter pour lui une mappemonde à laquelle on travailla pendant plusieurs années: c’était un Vénitien, nommé messire Girolamo Bellavista. En 1462, le même pape acquit une autre mappemonde. On ne pouvait moins attendre de l’auteur de la Cosmographia. L’inventaire, encore inédit, dressé à la mort de Laurent le Magnifique (1492), nous montre que les collections des Médicis étaient surtout riches en documents de ce genre. J’y vois figurer: «una carta dipintavi Italia;–una altra carta dipintovi il chastel di Milano; una dipintoviel mappomondo; una dipintavi terra santa; uno colmo di br. 41/2dipintovi l’universo (estimé50florins); uno quadro dipintavi una Italia (25florins); uno quadro di legno dipintavi la Spagna» (12florins). Je signalerai notamment comme rentrant dans le cadre du travail de M. de Rossi, les deux articles suivants: Una carta dentrovi Roma, et uno colmo di br. 11/2 dipintavi una Roma, fior. 20.

En thèse générale, les vues peintes de Rome étaient plus fréquentes à cette époque qu’on ne l’admet d’ordinaire. En examinant avec soin les fresques monumentales du XVe siècle, on découvrirait à coup sûr plus d’un document topographique curieux. C’est ainsi que Vasari, dans un passage qui n’a pas été relevé jusqu’ici, nous parle d’une composition de Jean Bellin représentant au fond la Ville Eternelle: «Qui ritrasse Giovanni Roma in prospettiva alquanto lontana, gran numero di cavalli, infiniti pedoni, molte bandiere ed altri segni d’allegrezza sopra castel sant’ Agnolo.» Cette vue, qui faisait partie de l’Entrée à Rome du pape Alexandre, de l’Empereur et du Doge, ornait autrefois le palais ducal de Venise; elle périt dans un incendie, en1577.

Dans un autre passage, le biographe nous entretient des vues exécutées par Pinturicchio dans le palais du Vatican, sous Innocent VIII, vues qui malheureusement sont détruites depuis longtemps: «E non molto dopo, cioè l’anno1484, Innocenzio VIII, genovese, gli fece [fare] alcune sale e loggie nel palazzo di Belvedere; dove fra l’altre cose, siccome volle esso papa, dipinse una loggia tutti di paesi: e vi ritrasse Roma, Milano, Genova, Fiorenza, Venezia, Napoli, alla maniera de’ Fiamminghi; che come cosa insino allora non più usata piacquero assai.»

Dans les plans, plus ou moins fantaisistes, composés par les peintres, c’est le château Saint-Ange qui occupe d’ordinaire la place d’honneur. Nous en trouvons notamment une reproduction, d’ailleurs aussi inexacte qu’informe, dans le tableau de Carpaccio représentant l’Arrivée de sainte Ursule à Rome (Académie de Venise), et dans la fresque de Sodoma à Monte Oliveto Maggiore, le Départ de Saint-Benoit. Je dois ajouter que ces deux compositions appartiennent déjà aux premières années du XVIe siècle.

Pour le XVe siècle, la moisson de M. de Rossi a été fort riche. Il nous donne d’abord deux plans, tous deux insérés dans des manuscrits de Ptolémée; l’un (Cod. Urb. 277a) appartient à l’année1472; l’autre (Bib. Nat. de Paris, fonds lat. 4802) est postérieur de quelques années. M. de Rossi établit par des arguments d’un grand poids que l’un et l’autre se rattachent à un original exécuté entre1455et1464. Par la netteté des reproductions, ces deux plans sont supérieurs au plan d’Alexandre Strozzi (1474), que M. de Rossi publie d’après un manuscrit de la Laurentienne. Mais celui-ci l’emporte par la richesse des renseignements et surtout par la sûreté de la critique. L’auteur a mis à profit les travaux de ses prédécesseurs; les dénominations surannées ont disparu; nous avons enfin un plan réellement scientifique de Rome.

Les deux derniers plans de M. de Rossi n’ont pas tous deux la même importance. Le premier en date fait partie de la fameuse chronique imprimée à Nuremberg, en1493; le texte de cet ouvrage, comme on sait, a pour auteur le docteur Schedel, les gra vures sont l’œuvre de Michel Wolgemut et de W. Pleydenwurff. L’exécution en est grossière et barbare; le cadre en est incomplet; des régions entières de Rome y manquent. C’est de tout point un produit digne, de cette compilation informe dans laquelle le même cliché sert à représenter jusqu’à trois ou quatre villes différentes.

On sait d’ailleurs aujourd’hui, grâce aux recherches de M. Frédéric Lippmann, directeur du Cabinet des Estampes de Berlin, que le plan de Schedel procède du plan publié en1490dans le Supplementum chronicarum.

L’autre plan, publié par M. de Rossi, n’est autre qu’une peinture sur toile, transportée en1868au musée de Mantoue. Cette peinture ne saurait être postérieure à l’année1538. En effet, la statue équestre de Marc-Aurèle, transportée cette même année au Capitole, y figure encore dans le voisinage du Latran. Elle ne saurait, d’autre part, être antérieure à1534; ce qui le prouve, c’est la présence sur le pont Saint-Ange de deux statues que nous savons de source certaine avoir été installées en cet endroit en1534seulement. Tout d’ailleurs, sauf cette interpolation, nous ramène au XVe siècle: au Vatican, nulle trace des gigantesques travaux entrepris par Jules II; au Borgo, on voit encore la pyramide détruite en1499par ordre d’Alexandre VI. Ici encore nous avons affaire à deux copies, plus ou moins remaniées, dérivant d’un original commun. Cet original, d’après M. de Rossi, appartiendrait à l’école de L. B. Alberti. Le savant archéologue romain ne se prononce toutefois pas sur sa date précise. Des documents, encore inédits à l’époque à laquelle M. de Rossi a publié son ouvrage, mais imprimés depuis dans le second volume de mon travail sur Les arts à la cour des Papes, me permettent d’introduire dans le débat des arguments nouveaux. M. de Rossi, après avoir constaté la présence dans les deux plans d’un portique attenant à la basilique de Saint-Pierre, s’est fondé sur des documents publiés dans mon premier volume pour identifier ce portique avec la loge de la bénédiction construite par Pie 11, en 1464. Sur ce point il a raison. Mais ce que l’on ignorait à cette époque, c’est que cette loge, ce portique laissé inachevé par Pie II a été continué par son successeur Paul II. C’est celui-ci, selon toute vraisemblance, qui l’a élevé à la hauteur du premier étage. Après la mort de Paul II, les travaux ont été longtemps interrompus; ils ont été repris par Alexandre VI, et enfin terminés par Jules II. Or, dans le plan de Schedel comme dans celui de Mantoue, le portique n’a qu’un seul ordre de colonnes, tandis que dans un dessin de Grimaldi, publié dans mon second volume, on l’aperçoit tout entier avec ses trois étages, tel qu’il était à l’époque où il fut démoli. N’est-ce pas une preuve que les deux plans en question sont postérieurs à Paul II (†1471) et antérieurs à Alexandre V1?

Une série d’autres observations, mises en lumière par M. de Rossi avec une rare sagacité, nous amène à circonscrire encore davantage la période pendant laquelle a dû prendre naissance le prototype des deux plans. Notons d’abord la présence, dans le tableau de Mantoue, du gigantesque palais de Saint-Marc. Cet édifice, commencé par le cardinal Pierre Barbo, a été continué par le même personnage devenu le pape Paul II (1464-1471), et achevé, du moins dans quelques-unes de ses parties, par son neveu le cardinal Marc Barbo. En second lieu, il faut signaler la présence, dans les deux plans, du pont Sixte, construit en 1475. Une troisième date nous est fournie par l’église Saint-Augustin, presque entièrement reconstruite, vers la fin du règne de Sixte IV, par le cardinal Guillaume d’Estouteville, archevêque de Rouen.


A propos de cette dernière construction, je serais disposé à émettre un avis quelque peu différent de celui de M. de Rossi. Reprenant la thèse déjà soutenue par le savant M. Portioli, auquel on doit la découverte du tableau de Mantoue, M. de Rossi affirme que l’état dans lequel se trouve la toiture de l’église prouve que l’édifice était précisément en voie de construction à l’époque. à laquelle le plan primitif a été exécuté; il adopte pour ce travail la date de1483. A ce système j’objecterai: 1o que la toiture a aujourd’hui à peu près le même aspect que dans le tableau de Mantoue (ce que M. Portioli a pris pour des échafaudages, ce sont simplement les contre-forts, aujourd’hui encore parfaitement visibles); 2o que la toiture était très certainement déjà achevée à l’époque à laquelle les deux savants italiens placent l’exécution du plan primitif. Ce qui me permet de l’affirmer, c’est que je vois représentée dans le plan de Mantoue l’imposante coupole dont Guillaume d’Estouteville orna l’église. Or cette coupole, d’après un document que j’ai copié dans les archives romaines, était terminée vers la fin de l’année1482. L’achèvement de la toiture a nécessairement suivi de près, si même il n’a pas précédé.

Cette difficulté écartée, rien ne s’oppose à ce que nous placions l’exécution du plan en question sous le pontificat d’Innocent VIII (1484-1492). C’est une opinion qui a déjà été préconisée par M. Gregorovius. L’auteur allemand se fondait sur la représentation, dans les deux plans, d’un édifice dans lequel il reconnaissait le Belvedère construit par Innocent VIII, vers 1490. M. de Rossi, au contraire, considère cet édifice comme le Belvédère de Nicolas V. Quel que soit mon respect pour l’illustre archéologue romain, je suis tenté de donner raison, sur ce point, à son contradicteur. Je vais plus loin encore: selon toute vraisemblance, le palais représenté à côté de Saint-Pierre est le palais construit par le même Innocent VIII. La date du plan qui a servi de base à la gravure du Supplementum Chronicarum et de la Chronique de Schedel ainsi qu’à la peinture de Mantoue me paraît donc circonscrite entre les dernières années du règne d’Innocent VIII et les premières du règne d’Alexandre VI. En adoptant comme terme moyen l’année1490, on ne sera très certainement pas loin de la vérité.

Je ne puis m’empêcher, à cette occasion, de faire un rapprochement qui se présente presque spontanément à l’esprit. Sous Innocent VIII (1488), le grand peintre de Mantoue André Mantègne, travaille, à Rome, à la décoration, du Vatican. Quelques années plus tard, en1494, son fils François peint à Mantoue la mappemonde destinée aux Gonzague. C’est à Mantoue encore que l’on découvre la toile représentant la vue de Rome. N’y aurait-il pas quelque corrélation entre ces trois faits?

Le plan de Mantoue offre une importance capitale pour l’étude des nombreux monuments antiques détruits depuis le XVe siècle (on est à la fois étonné et navré en y constatant l’étendue des ravages faits depuis la Renaissance). Les dénominations qu’il emploie ne sont pas encore toutes exemptes de superstition. Je signalerai notamment la torre dove stette gran tempo il spirito di Nerone. Mais les reproductions témoignent en général d’un grand soin. Il est seulement à regretter qu’en passant du papier sur la toile, le dessin ait perdu en précision. On n’en doit pas moins remercier M. de Rossi d’avoir livré à la publicité cet instrument de travail si précieux qui restera, avec le plan de Bufalini, publié il y a quelques années, la base de la topographie monumentale de Rome antique à l’époque de la Renaissance.

III

Depuis la publication du travail de M. de Rossi un certain nombre de plans nouveaux ont vu le jour. Ce sont d’abord, dans l’ordre chronologique, le plan si précieux découvert par M. Stevenson dans les fresques de Taddeo di Bartolo, au Palais communal de Sienne, et le plan correspondant du Livre d’heures du duc de Berry.

Au second rang vient le plan inséré par le peintre milanais Leonardo da Besozzo dans une chronique manuscrite qui, après avoir fait partie de la collection Morbio, à Milan, se trouve aujourd’hui à Munich. Ce plan assez sommaire, a probablement été. composé dans le premier tiers du XVe siècle; il a été découvert et publié par l’illustre historien de Rome médiévale, Ferdinand Gregorovius.

Le milieu du XVe siècle est représenté par le plan ou plutôt la vue pittoresque de Rome que Benozzo Gozzoli a peint dans une fresque de l’église Saint-Augustin, à San Gimignano, et que j’ai signalé à la Société des Antiquaires de France, dans sa séance du21avril1880. Le cycle de peintures dont ce plan fait partie n’est cependant pas inconnu: il y a longtemps que la photographie a répandu partout les belles fresques exécutées par Benozzo Gozzoli dans l’église Saint-Augustin, à San Gimignano. Mais comme Gozzoli s’est souvent plu, entre autres dans le Campo Santo de Pise, à accumuler dans le fond de ses compositions des édifices de fantaisie, personne n’aura songé à lui demander des renseignements d’un ordre plus positif. Ici cependant le doute n’est pas possible: l’artiste a voulu représenter la partie de la Ville éternelle qui est comprise entre le forum de Trajan et le Vatican, et il s’est acquitté de cette tâche avec toute laprécision d’un géomètre. L’espace restreint dont il disposait l’a seul forcé à condenser son plan et à n’y laisser subsister que les monuments principaux, ceux qui donnent à Rome sa physionomie particulière et qui font, aujourd’hui encore, sa gloire.

Le plan, la vue, dont nous nous occupons, se trouve dans celle des fresques qui représente Saint Augustin quittant Rome: il forme le fond de la partie gauche de la composition. Nous y remarquons d’abord, en commençant par la gauche, une colonne dans laquelle il est facile de reconnaître la colonne Trajane; puis vient, sur le premier plan, le Panthéon, plus loin l’Aracœli, et à côté de lui le Capitole. La tour placée en avant du Panthéon serait, d’après M. Lazzaroni, la Turris Sanguinea, l’église à portique située à côté, San Lorenzo in Lucina, enfin l’église avec le campanile doté d’une horloge à l’arrière-plan, Santa Maria in Cosmedin. Le centre du plan est occupé par le château Saint-Ange, au sommet duquel figure déjà l’ange de marbre aux ailes de bronze, restauré ou peut-être renouvelé par les soins de Nicolas V. A droite se trouvent la basilique de Saint-Pierre, le palais pontifical, une pyramide sur laquelle je reviendrai tout à l’heure, enfin les fortifications du «mons Vaticanus».

La construction la plus intéressante de cette région est sans contredit la pyramide appelée tour à tour Meta Romuli ou Sepulchrum Scipionum. Lucio Fauno a eu raison de la rapprocher de celle de Cestius: la fresque de Benozzo Gozzoli permet de saisir, mieux que le plan de Mantoue publié par M. de Rossi, la ressemblance des deux monuments. Voici d’ailleurs la description que l’archéologue romain donne de cette pyramide dans son De antiquitatibus urbis Romæ ab antiquis novisque auctoribus, exceptis et summa brevitate ordineque dispositis, Venise, 1549, in-12, fol. 127vo, 128:

«Inter D. Petri templum, ac sancti Angeli arcem in media fere via ingens fuit ædificium pyramidis instar aut metæ habens, quam Alexander VI Pontifex disjecit, atque omnino sustulit vel ad viam, quæ a palatio ad arcem duceret, ornandam, vel ut ab arcis conspectu obstaculum illud amoveret, nam post illud ædificium militum cohors tuto se continere poterat. Marmora hujus a Dono I Pontifice ad D. Petri atrium sternendum adhibita sunt. Sepulchrum Scipionis Africani nonulli fuisse volunt, Acronis verbis adducti, is nam tradit, a Scipione Carthagine superata, rursusque illis deficientibus, Romanos oraculo monitos ut Scipioni sepulcrum constituerent, quod Carthaginem spectaret. Quare subdit ejus cineres e pyramide, quæ in Vaticano erat, eductas, atque in ipsum sepulcrum, quod erexissent versus Carthaginem fuisse positas. Verum ut in primo dictum est in via Appia Scipioüum fuit sepulcrum. Ejus metæ effigies, seu forma, atque una arcis Sancti Angeli, in æreis foribus templi D. Petri incisavidemus.»

Ce monument si intéressant fut détruit en1499par Alexandre VI. L’historien florentin Bernard Ruccellai, beau-frère de Laurent le Magnifique, qui l’avait encore vu debout, nous fournit à cet égard quelques renseignements qui ne feront pas double emploi avec ceux de Lucio Fauno:

«Diruta tamen moles in obelisci formam hoc temporis in Vaticano est, quæ vulgo Meta dicta, prope sepulcrum Hadriani exstabat, opus solidum, ac mirabili structura coagmentatum. Nam præter lapides marmoreos ad regulam constructos cæmentitium quoque opus, adeo conglutinatum prædicant, ut ob duritiem lapidis speciem præ se ferat. Certe in varios usus fragmenta ipsa loco lapidum adhibita sunt. Verumtamen nullum elogium, nullæ ibi repertæ litteræ merito longi ævi omnium mortalium curas superantis, quod si in aliquo ex priscis illis optime de Republica meritis, procul dubio in Scipione desideratum fuit, quum ipse nullum monumentum ingenii reliquerit.»


Tout vestige de la «Meta» ne disparut cependant pas. Albertini, qui écrivait en1509, nous dit formellement que l’on en voyait encore des restes assez considérables: «Non longe a mole Hadriana erat Metha, quam Alexander sextus Pont. destruxit, ut viam aperiret: vestigia cujus adhuc extant apud ecclesiam S. Mariæ transpontinæ, quam (ut Plutarcus ait) Scipionis fuisse sepulchrum in pyramide sub Vaticano, quamvis nonnulli sepulchrum Aepulonum fuisse comprobent, ab vulgo Romuli Metha dicitur.»

La pyramide Vaticane disparut définitivement sous Jules II, ainsi que le prouve un bref, encore inédit, donné au mois de juillet1512.

«Julius Papa II. Motu proprio. Cum sicut notum est fe: re: Alexander papa VI predecessor noster, Palatii nostri apostolici decori ac commoditati Romane curie consulens, molem que Meta vocabatur in Burgo nuncupato S. Petri constitutam demoliri fecerit, cæmentaque et illius maceriem, tamquam rem ad se et fiscum apostolicum spectantem, quoniam ex publico edificio erant, pro voluntate (ut par erat) donaverit parsque. (sic) sive soli vie strate per dictum predecessorem facte superfuerit, eamque nonnulli, etiam capitulum Sancti Petri de Urbe et quidam Paulus Pinus Romanus, ac forte nonnulli alii occupare conentur et ad se illa respective spectare asserant, et probare etiam in judicio conentur, in non modicum fisci nostri apostolici detrimentum et jacturam:

«Nos igitur, ex debito pastorali officio, ut tenemur. solum et aream ex dicta mole et meta remanentem, et que dicte vie super-fuit fuisse et esse prefati fisci apostolici et ad illum tanquam rem publicam spectare et pertinere, nec capitulum [nec] Paulus predictus, vel predccessores sui, aut aliquis alius potuisset in vel ad illam jus aliquod acquirere etiam si metam predictam possessione, cujus memoria non esset, in contrarium ipsi vel ipsorum aliquis in totum vel in partem etiam quocumque titulo tenuerint, nonn.. (?) tam publicum edificium potuit a quoquam privato nisi de facto et temere occupari et negligentia publici et communis detrimenti, quecumque instrumenta ac scriptores et contractus quoscumque super dicta meta, vel ipsius parte quomodocumque et per quoscumque celebratos et per scriptionem aliquam volumus et decernimus, motu, scientia et [potestatis] plenitudine predictis, ipsi fisco non obstare quo possit et valeat, et ne hujusmodi nostri decreti declarationis et voluntatis differatur vel evanescat effectus, harum serie et similibus motu, scientia et potestatis plenitudine, aream predictam fabrice Basilice Principis apostolorum de Urbe applicamus et addicimus, mandantes sub indignationis nostre pena dilecto filio Bartholomeo Faraterio de Ameria, dicte Basilice canonico et commissario nostro generali, ut hiis visis effectualem et corporalem possessionem dicte aree et soli pro dicta fabrica capiat et retineat, in eaque domos ad decorem dicte Urbis et vie et in usum et utilitatem capelle nostre in dicta Basilica erecte, ac pro substentatione cantorum in ea ad honorem Dei deputandorum, suo arbitrio decentes et utiles construi faciat, ac scientia, auctoritate et potestate similibus domos ibidem edificandi solo aree non debere, sed solum ipsum eisdem domibus cedere.

«Et si unquam aliqua persona secularis vel ecclesiastica quocumque, etiam cardinalalus, honore predita, aut capitulum, seu Universitas aliquod jus in dicta meta habuissent ab aliquo Romano Pontifice…, facta de hoc legitima fide, pretium per eos fisco vel alteri solutum per prefatum Bartholomeum sindicum dicte nostre capelle restitui debeat et per proclama omnibus intimari debeat ut infra certum terminum per dictum Bartholomeum in banno, seu proclamate prefigendum comparere debeant ad docendum de dicto jure, quo termino elapso eos penitus exclusos fore ac omni jure si quod eis competebat ob negligentiam et contumaciam non comparentium fore decernimus, sibique per quoscumque judices, etiam Sancte Romane [Ecclesie] cardinales et auditores Rote judicari debere, adempta eis aliter interpretandi et judicandi facultate, ac irritum et inane si secus super his a quoque quavis auctoritate scienter vel ignoranter contigerit attemptari. Contradictores et rebelles quoscumque, cujuscumque qualitatis fuerint, per censuras ecclesiasticas et alia juris remedia simpliciter, summarie et de facto compescendo, invocato etiam ad hoc, si opus fuerit, auxilio brachii secularis, non obstantibus instrumentis, possessione, prescriptione, litibus quibuscumque, quarum statum, etc., ac aliis quibuscumque in contrarium facientibus.


«Placet et ita motu proprio mandamus.»

Benozzo Gozzoli a résidé à Rome à différentes reprises, sous Eugène IV, sous Nicolas V, pendant le règne desquels il travailla, en collaboration avec Fra Angelico, à la décoration du palais pontifical, enfin en1458, où il exécuta différents ouvrages destinés au couronnement de Pie II; il est donc assez difficile de déterminer l’époque à laquelle il a fait le croquis qui sert de base au plan de San Gimignano. Tout ce que l’on peut dire c’est que la fresque en question porte la date de1465, et qu’elle nous offre par conséquent une vue de Rome prise vers le milieu du XVe siècle.

Dans une autre fresque de la même suite, S. Augustin enseignant dans la Scuola greca de Rome, Benozzo Gozzoli revient sur le thème qu’il avait déjà traité dans son Départ de S. Augustin, et nous montre quelle place les études topographiques tenaient dans son esprit. Ici l’artiste représente d’un côté la pente de l’Aventin, avec le Tibre au pied, de l’autre la porte de Saint-Paul avec la pyramide de Cestius. Il a ainsi rapproché de la charmante église de la Scuola greca, aujourd’hui connue sous le nom de S. Maria in Cosmedin ou de Bocca della Verità, les monuments qui ornent cette partie de la ville.»


LES
MONUMENTS ANTIQUES DE ROME
A L’ÉPOQUE DE LA RENAISSANCE

Table des matières

A côté des fouilles, les facteurs qui ont le plus contribué à la restitution de Rome antique, but de tant d’efforts, sont d’une part les dessins des architectes de la Renaissancede l’autre les documents d’archives. Il y a une quinzaine d’années, un savant allemand trop tôt enlevé à la science, Albert de Zahn, a montré quelles utiles informations ces dopuments, brefs, pièces comptables, ajoutaient à l’histoire monumentale de la Ville éternelle; les notices qu’il a découvertes sur la restauration de la statue équestre de Marc-Aurèle offrent surtout un vif intérêt. Depuis, M. Bertolotti, directeur des archives de Mantoue, M. Clédat, professeur à la faculté des lettres de Lyon, et d’autres, dont on trouvera les noms plus loin, ont fourni de précieuses informations sur l’exportation des statues antiques, opération qui prit un si grand développement au XVIe siècle. Enfin, l’auteur du présent essai a tiré des Archives du Campo Marzo et de celles du Vatican un certain nombre de notices, les unes relatives à l’histoire des monuments antiques de Rome, les autres à l’histoire des collections italiennes d’antiquités à l’époque de la Renaissance.

Les documents que je livre aujourd’hui à l’impression font suite à ces différentes publications. Ce sont des matériaux épars qui, sans former un ensemble homogène, ajouteront, si je ne m’abuse, quelques indications utiles au dépouillement méthodique de textes et de dessins entrepris dans les dernières années avec tant de succès par M. de Rossi d’une part, et par M. Lanciani de l’autre.

DESCRIPTION DES ANTIQUITÉS DE ROME ET DE PLUSIEURS AUTRES VILLES D’ITALIE, PAR BERNARD BEMBO (1504).

Table des matières

Je commencerai cette collection par un texte, malheureusement incomplet, qui, quoique connu de différents savants, Apostolo Zeno, Mazzuchelli, Jacopo Morelli, Cicogna, semble n’avoir pas reçu jusqu’ici les honneurs de l’impression. C’est le récit du voyage entrepris en1504par Bernard Bembo, chargé par le sénat vénitien d’assister, avec sept de ses collègues, au couronnement du pape Jules II. Il est à peine nécessaire de rappeler ici que Bernard Bembo, père du cardinal, mourut à Rome en1519, à l’âge de quatre-vingts ans.

Bernardi Bembi oratoris Veneti ad S. P. descriptio sui itineris (1504).

Table des matières

«Igitur nono aprilis die quum summo mane Venetiis solvissemus, quarta decima hora Clugiam adpulimus; interim dum navigaremus adeo mari vexati fuimus ut vix vomitum continuerimus. Post prandium vero quum urbem hinc et inde spectaremus, deprehendimus ipsam cum suburbanis hortis quadratam præ se ferre figuram. Cujus veluti diameter est via quæ a septentrione in meridiem per sexies centenos passus protenditur; hinc et inde viæ impendentdomus, in quarum medio ab oriente prætorium visitur; ædificum quidem superbum et quo vix hæc urbs sit digna. Erat autem prætor Ioannes Badovarius, vir tum litteris ornatus, tum humanitate insignis, utpote qui singulos oratores vespere visitatum ierit. Habet autem Clugia a septentrionali latere salinas; sic enim appellantur stagna in mari unde sal educitur, ex quo ingens nostræ Reipublicæ vectigal. Cui etiam gemini magistratus præesse jubentur. Clugienses autem cives omnes fere vel colendis hortis, vel piscatui sunt dediti, quum interim rempublicam non negligeant, etenim et magistratus habent et comitia, et fortasse non exigua ambitione laborant, et demum Venetis gubernandi ratione pares affectant videri.

«Decimo aprilis die, hora septima, Clugia dicessimus (sic) rectaque linea meridiem versus navigantes quum primum Brundulum, inde Fossonem, inde Fornaces, inde Gorum, inde Abatem præternavigassemus: tandem octava decima hora, vento defficiente, Volane divertimus….

«Tandem vigesima secunda hora vientorum coacti per aquæductum fluvium ingressi Ravennam accessimus; inibique Jacobum Trivisanum et Julianum Gradonicum, illum urbis praetorem, hunc præfectum, nec non ingentem civium numerum obvios habuimus. Angustia autem temporis urbem minime spectare licuit, alioquin etiam per annum spectandam, utpote quæ præterquam quod Gothorum olim regia fuerit, etiam undique antiquitatum vestigiis sit referta. Cæterum de ipsa quæ digna notatu audimus hæc pauca sunt: primum quod ad situm attinet, distare illam a mari per duo millia passuum, habere a dextra aquaeductum fluvium, a sinistra Montonem. Est autem aquæductus is fluvius quem prisci Vitim vocitarunt. Nascitur in Apennino, alteroque (ut ita dixerim) brachio Arnus appellatus, Florentiam et Pisam postquam interluit, mare Tyrrenum ingreditur.

«Spectavimus itidem in area quæ pro prætorio est nudatam statuam marmoream basi altero genu innitentem, opus quidem absolutissimum, nisi invida vetustas obstitisset. Etenim semiruta spectatur et fortasse interiisset nisi Hieronymo Donato prætore curante ibi fuisset posita, humerisque hemispherium excavatum horologium sciotericum (ut arbitror) gerentem (sic). Vidimus itidem Dantis poetæ sepulcrum, Petri Lombardi opus, a Bernardo Bembo prætore ex suo instauratum; habet autem epitaphium hujusce modi:

S. V. F.

Jura monarchiæ, superos, Phlegetonta lacusque

Lustrando cecini: voluerunt fata quousque.

Sed quia pars cessit melioribus hospita castris

Auctoremque suum petiit fœlicior astris:

Hic claudor Dantes, patriis extorris ab oris,

Quem genuit parvi Florencia mater amoris.

«Duodecimo aprilis die, nona hora Ariminum versus navigaturi cymbas ascendimus. Verum subsolano vento et mari pariter sevientibus vix ad aquæductus fluvii hostium datus est accessus. Igitur coacti oratores redire terrestri itinere (quandoquidem adessent) equis Ariminum accedere decrevere. Ravenna ergo tertia decima hora discendentes per duo miliaria a Joanne Græcco æquitum scorpionarium præfecto comitati fuimus, inde ipso abeunte post octo miliaria Savium fluvium tranavimus. Est autem Savius is fluvius quem prisci Isapim vocitarunt. Post quinque miliaria Cerviam adpulimus; est autem Cervia oppidulum dimidiato miliario a mari distans, salinis hinc et inde circumdatum, insalubri aere præditum. Præerat tunc Cerviæ Victor Foscharus, qui officii gratia obvium sese nobis nonnullis comitantibus militibus se tulit.

«Sed quo piaculo silentio præteream gemina illa Ravennatis agri pineta, speciosa quidem et digna ut cultis viridariis anteponantur, quorum unum quod ultra a sinistra reliquimus trium miliariorum longitudine, alterum quod citra Isapim est duorum miliariorum pateret.

«Cerviam relinquentes post quinque miliaria Cesenensem portum adpulimus, innibique postquam pransi sumus per binas horas requievimus. Est autem Cesenensis portus Cesenatis agri vicus maritimus, verius quam oppidulum, medius inter Ravennatem Ariminensemque agrum, Romani pontificis ditionis.

«Hinc discedentes post quindecim miliaria noctis crepusculo Ariminum adpulimus, cum tamen Belaierem fluvium quem Rubiconem a colore prisci vocitarunt, septem miliariis ab Arimino distantem, tranaverimus. Ingredientibus autem nobis Dominicum Malipetrum urbis præfectum obvium una cum plerisque tum civibus, tum militibus habuimus. Hic quatriduo demorati donec reliqui oratores adessent. Quæ observaverimus hæc sunt: Primum habere Ariminum ovi figuram, cujus longitudinem metiatur via Flaminia, quæ a circo Flaminio Romæ Ariminum usque proficiscatur. Habet autem hæc via ab occasu solsticiali pontem antiquum, cujus litteræ, indicantes a quo fabrefactus fuerit vetustatis injuria minime legi possunt. Ab ortu vero brumali arcum, opus quidem absolutum, sed ut vetustatis inniquitate minime dinosci possit ejus auctor. Vidimus itidem Arimini bina ædificia recentia quidem sed quæ quibusvis antiquorum cenferre valeas, templum scilicet divi Francisci et castellum, Sigismundum ab ejus ædificatore dictum, et inde templum illud præter quam quod undique marmore, Matheo Malipetro ostentante…tegitur. Habet etiam sepulcra quædam virorum insignium, videlicet Sigismondi Malatestæ, Caroli filii, Isotæ ejus uxoris, et extra Basinii Parmensis poetae, Justi Romani oratoris, Jemistii Bixantini philosophi, Valturii Roberti, qui de re militari scripsit. Spectatur itidem in area quæ pro templo est sepulchrum Galeoti Roberti Malatestae, sola crate ferrea contentum, vitæ severitatem indicans, Alluitur ipsa urbs ab occidente fluvio Arimino vulgo Marebria (sic) dicto portum efficiente.

«Decimo septimo aprilis die, hora quinta decima, Arimino discessimus et per viam Flaminiam ad duo miliaria ab ipso urbis præfecto comitati inde in sinistrum divertimus per quam (?) littus ad sex miliaria æquitantes, tandem montes ascendimus interimque Concham fluvium, quem, ut arbitror, Crustumium Isaurum dixere prisci, vadati sumus; per montes autem ad sex miliaria æquitantes vigesima tertia hora oppidum (sic) Sancti Joannis dictum, Ariminensis agri, adpulimus, inibique per noctem requievimus. Circumluit autem hoc oppidum Ventena fluvius qui juxta nascens juxta Catolichum oppidum mare Adriaticum ingreditur.

«Octavo decimo aprilis die, hora quinta decima, hinc discedentes post quindecim miliaria vigesima secunda hora Urbinum adpulimus. Interim vero per montes continuo æquitantes hinc et inde pleraque oppida et Urbinatis ducis et Pisaurensis domini relinquentes, Foliam, Isaurum a priscis dictum, et Lapsam fluvios vadati sumus. Urbini autem qui vultus nobis adcesserint, satius invisum est tacere quam pauca dicere; etenim et hospitia et convivia tam laute parata et ducis uxoris comitatem quis est tanta facundia qui dicendo æquitaret?

«Decimo nono aprilis die, hora quarta decima, Urbino discessimus, perque montes continuo æquitantes, fere semper per ripam Metauri, vigesima tertia hora Cales ducis Urbinatis oppidum adpulimus inibique per noctem requievimus, cum prius laute impensa ipsius ducis cœnavissemus.

«Vigesimo aprilis die, hora undecima, Calibus discessimus, postque sex miliaria Cantianam ducis Urbinatis oppidum adivimus; hinc post sex itidem miliaria per montes æquitantes sexta decima hora ejusdem ducis oppido Sonzae divertimus, innibique laute ducis impensa pransi sumus.

«Hinc discedentes post tria miliaria Costachiarum oppidum ducis Urbinatis terminum ipsius imperii, postea reliquimus, et erusinum ingressi agrum post duo miliaria Sigelum oppidum, et post totidem miliaria Fossatum ejusdem ditionis adcessimus, inibique per noctem requievimus.

«Vigesimo primo aprilis die, hora undecima, Fossato discedentes, postquam Gualdum, Perusinum oppidum reliquimus, post sex miliaria Gaifanæ pontificis Romani oppido divertimus, innibique pransi sumus. Hinc discedentes Lucariam et Serquam Ecclesiæ oppida relinquentes per loca difficilia vallis Topinæ dictæ perque Topinæ fluvii ripas, quem Ferixum dixere, equitantes Fuligni, Ecclesiæ urbi duodecim a miliariis ab Gaifano distanti, divertimus atque ibi per noctem requievimus.

«Vigesimo secundo aprilis die, summo mane, Fuligno discedentes per amœnissimam vallem hinc et inde montibus circumdatam amigdalisque refertam continuo æquitantes post duodecim miliaria quinta decima hora Spoleto adpulimus, inibique per reiquum diei noctemque requievimus. Hic, ex omnibus quæ specavimus, aquæductus tantum visus est dignus ut notaretur. Est autem murus altissimus per vallem profundissimam centum quinquaginta passuum longitudine, unius crassitudine, a monte propinquo in montem urbi imminentem ductus, per hunc aqua ex summo monte in urbem descendit. Ædificium amplum et tale ut romanæ magnificentiæ fatearis.

«Vigesimo tertio aprilis die, hora undecima, Spoleto discessimus perque difficilia loca vallis Strieturæ dictæ equitantes sexta decima hora Terni Colonensis factionis adpulimus. Est autem Terni oppidum Romani pontificis, olim Interamna, eo quod inter duos amnes condita fuerit dictum, a Spoleto12miliariis distans. Hic theatrum undique dirutum spectavimus, pleraque etiam antiquorum rnonumenta, quorum unum ad notare libuit:


SALUTI PERPETUAE AUGUSTAE LIBERTATIQUE PUBLICAE POPULI ROMANI. GENIO MUNICIPII ANNO POST INTERAMNAM CONDITAM DCC IIII AD C. N. DOMITIUM AHENOBARBUM.

«Providentiae Ti. Caesaris Augusti nati ad aeternitatem Romani nominis subdito hoste perniciosissimo P. R. Faustus Titius liberalis VI vir Aug. iter.

P. S. F. C.

«Hinc postquam pransi sumus disedentes (sic) per Narniam oppidum transeuntes vigesima tertia hora Ocriculo adpulimus. Est autem Narnia oppidum Ursinæ factionis, sex miliariis ab Interamna distans, Nare fluvio quem Nigram nunc vocant, unde illi nomen, alluitur. A quo8miliariis Ocriculum vetusti nominis oppidum Sabiniæ olim terminus distat. Hic antiquum sepulcrum hujuscemodi spectavimus:


«Vigesimo quarto aprilis die, summo mane, Ocriculo discedentes post duo miliaria Tiberim tranavimus, inde Borgetum oppidum transeuntes Civitatem Castelli dictam accessimus, innibique postquam pransi sumus arcem quam fieri fecit Alexander VI pontifex munitissimam, et quam cuivis Italiæ comparare queas spectavimus. Est autem Civitas Castelli ea civitas quam, ut arbitror, Typhernum prisci vocitarent, ab Ocriculo novem miliariis distans. Hinc discedentes post sexdecim miliaria vigesima tertia hora Fiano comitis Petiliani oppido divertimus, innibique ipsius comitis impensa quatriduo dimorati sumus.

«Vigesimo octavo aprilis die, Fiano discessimus, jugique pluvia comitati donec Primæ Portæ adpulimus (sic adpelatur locus septem miliariis ab Urbe distans). Hic Bartolomeum Viani comitem et Antonium Justinianum oratorem Venetum obvios habuimus, simulque æquitantes juxta Urbem ex equis descendimus, donec ornatiores vestes induimus. Inde ordine procedentes hujusmodi ut post impedimenta familia cuncta, post familiam oratores, post inummeri episcopi prosequerentur. Per viam Alexandrinam juxta arcem divi Angeli ex qua nos pontifex spectabat transeuntes ultra Tiberim in Ursinorum ampla domo in monte Jordano sita divertimus. Prius vero quam Urbem ingrederemur plurimorum cardinalium familias, nec non et pontificis et Urbinatis ducis officii gratia prodeuntes, obvias habuimus, cunctisque, prout diseruerant, a Bernardo Bembo responsum est.

«Vigesimo nono aprilis die, mane, divi Petri templum adivimus, atque ibi præterquam quod et magnitudinem et structuram et ornamenta varia multorumque divorum reliquiasumma admiratione spectavimus, illud præcipue nos tenuit, columnæ scilicet quatuordecim ex pluribus quibus innituntur ex templo Salomonis Romam adlatas, opus etsi vetustum, et ut videtur artis sealptoriæ rudimento scalptum: talle (sic) tamen ut per tot milia annorum ab inmitando artifices posteros deteruerit (sic). Est autem hujusmodi basis eodem lapide est (sic) quo et scapus, altior quam latior, toro et nexerulo geminatis contenta. Scapus in quatuor partes pares est partitus, quarum duo, prima scilicet et secunda transversis striaturis ornantur, reliquæ foliamento mirabili, in quo pleræque aviculæ partim salientes tenerosque ramulos veluti pondere incurvatos prementes, partim aperto rostrulo veluti canant lascivire videntur. Has insectantur nudati quidam pueri, quorum alii furculis implexi, alii ex interfoliis semiconspicui, alii cadentes in viam (?) pronoque capite terram percussuri; omnes detinentur et falluntur spectantes. Capitulum vero et ipsum eodem lapide quo et scapus solo foliamento hinc et inde obducto ornatur.

«Spectavimus itidem in eodem templo plurimorum pontificum sepulcra, nec non et Roberti Malatestæ. Sed Sixti IV pontificis super omnia eminet æneum totum et insigni fuxura ornatum.

«Extra vero templum, a latere septentrionali insigni et longitudine et crassitudine obeliscus quadrangulus spectatur cum hujuscemodi titulo:

DIVO • CAESARI • DIVI • IVLI • F • AUGUSTO

CAESARI • DIVI • AUGUSTI • F • AUGUSTO

SACRUM

«Trigesimo aprilis die, mane, templum divæ Mariæ Rotundæ spectavimus (sic enim adpelatur nunc quod olim Marcus Agrippa qui id fieri fecerat, Pantheon adpelarat); habet autem id templum pro vestibulo quadratam porticum, nonullis columnis altissimis simul et crassissimis suffultam, unicum nunc ut arbitror, testimonium antiquorum templorum, nam Minervæ templum, quod eodem die vidimus, solum nomen retinet, etenim adeo instauratum ut verius immutatum fatearis. Vidimus itidem geminas columnas cocleares (?) quas Trajanus erigi jussit, extra quas variæ historiæ scalptæ affabre spectantur, nec non et amphitheatrum: quod opus etsi undique dirutum est, tamen cognoscere dignum fuisse ut populo Romano, rerum domino, repleretur.

«Post prandium vero Capitolinum collem adivimus innibique quae digna notatu viderimus hæc sunt: domus conservatorum picturis Jacobi Rimpatæopere absolutissimis refferta, in cujus quodam conclave spectantur geminae statuæ æneæ antiquissimæ columnulis insidentes. Sed una nobilior et absolutior: puer scilicet nudatus sedens, dextra manu sinistræ plantæ spinam extraens, facit ut altera…» (le reste manque).–Bibliothèque de Saint-Marc. Fonds italien, cl. XI, ms. LXVII, ff. 144-150.

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16 ocak 2025
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241 s. 86 illüstrasyon
ISBN:
4064066335915
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