Kitabı oku: «Les arts à la cour des papes Innocent VIII, Alexandre VI, Pie III (1484-1503)»

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Eugène Müntz

Les arts à la cour des papes Innocent VIII, Alexandre VI, Pie III (1484-1503)

Recueil de documents inédits ou peu connus


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066335496

Table des matières

PRÉFACE

I

II

III

INNOCENT VIII

NOTICE PRÉLIMINAIRE

APPENDICE A LA NOTICE PRÉLIMINAIRE

CHAPITRE PREMIER

LES ARCHITECTES

LES SCULPTEURS

LES PEINTRES

CHAPITRE II

LES «MAGISTRI VIARUM» ET LES TRAVAUX D’ÉDILITÉ

LE PALAIS DU VATICAN

LA BASILIQUE DE SAINT-PIERRE

CHAPITRE III

A. — LES ÉGLISES DE ROME

B. — LES MONUMENTS ANTIQUES

C. — LES ÉDIFICES CIVILS

D. — TRAVAUX EXÉCUTÉS EN DEHORS DE ROME

CHAPITRE IV

CHAPITRE V

LA TAPISSERIE ET LA BRODERIE

LE COSTUME

LE MOBILIER

LES FÊTES

ALEXANDRE VI

NOTICE PRÉLIMINAIRE

CHAPITRE PREMIER

LES ARCHITECTES

LES SCULPTEURS

LES PEINTRES

CHAPITRE II

LES «MAGISTRI VIARUM» ET LES TRAVAUX D’ÉDILITÉ

LES PONTS

LES PORTES ET LES MURS

LE VATICAN

CHAPITRE III

A. — LES ÉGLISES

B. — LES MONUMENTS ANTIQUES

C. — LES ÉDIFICES CIVILS

CHAPITRE IV

Avignon.

Bagnorea.

Candia.

Caprarole.

Carpio.

Centeno.

Césène.

Cività-Castellana.

Cività-Vecchia.

Fabriano.

Fiumicino,

Isola.

La Magliana.

Montalto.

Monticelli.

Narni.

Nepi.

Offida.

Orviéto.

Ostie.

Pérouse.

Piombino.

Porto.

Proceno.

Sassoferrato.

Sermoneta.

Subiaco.

Terni.

Tivoli.

Vasciano.

Vicovaro.

Viterbe.

CHAPITRE V

L’ORFÈVRERIE

LA BRODERIE ET LA TAPISSERIE

CHAPITRE VI

Les Fêtes du Couronnement.

PIE III

NOTICE PRÉLIMINAIRE

APPENDICE

I

II

III

IV

V


PRÉFACE

Table des matières

I

Table des matières

L’histoire de l’art romain à la fin du XVe siècle et pendant tout le siècle suivant n’a pas provoqué jusqu’ici les patientes recherches auxquelles le passé de l’Ombrie ou de la Toscane, de Venise ou de Bologne, doit d’avoir été éclairé d’une si vive lumière. La Ville Éternelle le cède à cet égard, non seulement au foyer scientifique qui s’appelle Florence, mais encore à ses modestes émules, Pérouse, Sienne et Orvieto, dont les annales artistiques ont été révisées avec tant de succès de nos jours.

Et cependant aucune cité n’a exercé une influence plus directe sur le renouvellement des doctrines d’art; aucune ne s’est montrée plus hospitalière aux chefs d’École, de quelque région qu’ils vinssent. Nulle part ailleurs on n’a vu éclore, cinq ou six générations durant, un nombre plus surprenant de chefs-d’œuvre. En vain, on chercherait à diminuer l’intérêt du sujet en objectant que cette floraison n’avait rien de national; qu’elle était factice et due à la seule intervention d’artistes étrangers. Un fait est constant: Rome a été, à partir du milieu du XVe siècle, le théâtre d’une activité sans pareille; les instruments de cette activité fussent-ils venus, sans exception aucune, du dehors, Rome ne leur a pas moins donné l’unité et la cohésion.

Le principal obstacle aux recherches de ce genre a été la difficulté de pénétrer dans les dépôts de documents que conserve Rome, surtout dans les Archives Secrètes du Saint-Siège, dans celles du Chapitre de Saint-Pierre et de la Fabrique de Saint-Pierre, ainsi que dans celles des grandes familles romaines. Ce n’est pas qu’on n’ait mis au jour, à diverses reprises, des fragments empruntés à ces collections; mais les conditions mêmes dans lesquelles on les avait obtenus étaient de nature à décourager les plus intrépides. Fea, qui publiait en 1822 ses Notices inédites sur Raphaël, Bramante, les San Gallo, n’avait même pas pu consulter les registres originaux; il avait dû se contenter de la copie de ces pièces exécutée sous Alexandre VII et déposée à la Bibliothèque Chigi. Plus récemment, il fut donné à un autre Romain de franchir le seuil des Archives Secrètes, mais ce ne fut qu’à la dérobée qu’il put faire quelques extraits. Albert de Zahn, le dernier des érudits qui ait été admis dans les Archives Secrètes, avant qu’elles eussent été si libéralement ouvertes à l’étude par le Souverain Pontife régnant, n’a eu à sa disposition qu’un nombre limité de matériaux et, il faut bien l’ajouter, les matériaux les moins intéressants .

La création, au «Campo Marzo», d’un vaste dépôt dans lequel le gouvernement italien, après la prise de possession de Rome, réunit, sous le nom d’Archives d’État, les archives provenant de l’ancien Ministère des Finances pontificales, et une foule d’autres fonds, marque une nouvelle étape dans ces études. Le premier, M. Léon Clédat, aujourd’hui professeur à la Faculté des Lettres de Lyon, a signalé l’intérêt de ces documents . On sait, d’autre part, combien de notices précieuses en a tirées le regretté commandeur Antonio Bertolotti, depuis directeur des Archives de Mantoue. J’y ai puisé, de mon côté, les éléments de nombreuses publications, dont j’indique en note les principales.

Les Archives du Saint-Siège et les Archives d’État, telles sont, je l’ai déjà indiqué, les sources principales que j’ai mises à contribution. Mais, en outre de lacunes fâcheuses, la sécheresse inhérente à ces innombrables pièces de comptabilité me forçait de chercher ailleurs des renseignements plus complets, je devrais dire, plus vivants. Les Archives de la Basilique du Vatican (propriété du Chapitre de Saint-Pierre), celles de la Fabrique de Saint-Pierre, les bibliothèques publiques ou privées de Rome m’en ont fourni en abondance. C’est ainsi, pour ne citer qu’un exemple, qu’il m’a été possible de reconstituer beaucoup d’édifices détruits depuis, en me servant des notes manuscrites de Jacques Grimaldi, l’antiquaire romain auquel nous devons la description de tant de chefs-d’œuvre détruits par le faux goût des derniers siècles. J’ai été moins heureux dans les Archives du Capitole: pour l’époque dont je m’occupe, elles ne m’ont été que d’un faible secours. Quant aux Archives d’État de Florence, je leur dois cinq registres des plus précieux, relatifs aux pontificats de Léon X et Clément VII. Je citerai enfin les chroniques et les diaires, les biographies des papes et les mémoires contemporains, imprimés ou non, que j’ai également mis à contribution: grâce à tous ces documents, mes Régestes de l’art romain à l’époque de la Renaissance ne seront pas, je m’en flatte, trop incomplets.

Conformément au programme adopté dans mes précédents volumes, je réimprime, à côté des documents inédits, des pièces rares ou peu connues, de manière à offrir un tableau aussi complet que possible de l’activité qui a régné à la cour de chaque pape. Pour le même motif, je reproduis ici, en ce qui concerne le pontificat d’Innocent VIII, un certain nombre de notices que j’avais été obligé de publier dans divers recueils spéciaux, afin de prendre date et d’affirmer mes droits de priorité.

II

Table des matières

Dès l’abord, s’imposait à moi la nécessité de borner mon sujet, pour peu que j’eusse le désir de mener à fin l’entreprise. Il s’agissait en effet, même en ne franchissant pas le milieu du XVIe siècle, de dépouiller au moins cinq cents registres in-folio, dont plusieurs comptent 5 à 600 pages. A ce dépouillement, des plus fastidieux, en raison du mélange continu des dépenses les plus hétérogènes, venait s’ajouter le travail, non moins considérable, de la transcription. Dans de certains registres il fallait copier le quart ou le tiers du volume; pour les inventaires, la copie intégrale était indispensable et plusieurs de ces inventaires ne remplissent pas moins de cent pages d’une écriture compacte!

Dans ces conditions il eût été impossible de reproduire in extenso les documents mis à contribution: ce ne serait pas un volume qu’il eût fallu consacrer aux pontificats d’Innocent VIII, d’Alexandre VI et de Pie III, ce serait pour le moins une demi-douzaine de volumes. Néanmoins, alors même que j’ai été forcé de me borner à un extrait ou à une analyse, je me suis appliqué à reproduire, dans la mesure du possible, les termes mêmes de l’original. Ce système me paraît préférable à celui qu’ont suivi mes regrettés amis Alexandre Pinchart, dans ses Archives des arts, sciences et lettres, et Antonio Bertolotti, dans ses précieuses publications sur les artistes étrangers fixés à Rome: il importe, en effet, que le lecteur soit mis à même de contrôler directement l’interprétation donnée par l’éditeur. Et puis, il est telle mention de détail dont l’importance peut échapper à l’éditeur et qui sera toute une révélation pour un lecteur spécialement préparé.

En face de l’étendue de ma tâche j’ai pris le parti de m’arrêter au pontificat de Paul III, dont la mort (1549) partage le siècle en deux parties égales, en même temps qu’elle sert, au point de vue où je me suis placé, à délimiter deux époques. Elle correspond en effet au moment où disparaissent les derniers disciples de Raphaël et avec eux les grandes et saines traditions, Désormais la dégénérescence est complète et générale; rien ne s’oppose plus au progrès du mauvais goût; la longue agonie de l’art italien commence. Le palais Farnèse, la plus belle création de Paul III, marque la fin de la Renaissance et c’est par des notices relatives à ce splendide monument, que se terminera mon travail.

Avant de procéder à la transcription même des documents, il était nécessaire de séparer ceux d’entre eux qui avaient réellement trait à des artistes de ceux qui ne concernaient que de simples artisans ou manœuvres. La distinction entre les uns et les autres n’est pas facile à établir, lorsqu’il s’agit du XVe et même d’une partie du XVIe siècle. C’est ainsi que, derrière le «magister lignaminis», le «lignarius», le «carpentarius», le « falegname», comme derrière le «murator» ou le « maestro di muro», se cache souvent un architecte célèbre; de même que des sculpteurs de mérite reçoivent souvent le titre et remplissent le rôle de simples « scarpellini» ou «lapicidæ ». De crainte de laisser échapper quelque maître important, j’ai pris le parti de noter tous les passages où est mentionnée une des professions indiquées ci-dessus. Le surcroît de travail que m’a occasionné cette détermination a été largement compensé : rien qu’en rapprochant les noms que me fournissaient les Archives de ceux auxquels Vasari a donné place dans son recueil de biographies, je n’ai pas tardé à découvrir que les «scarpellini» Meo et Giuliano étaient identiques à Meo del Caprino, l’architecte de la cathédrale de Turin, et à Giuliano da San Gallo, l’illustre architecte florentin; bref que bon nombre de ces artisans, en apparence si humbles, comptaient parmi les gloires de la Renaissance.

Pour certaines professions, telles que la ferronnerie, le doute n’était guère possible. Aussi ai-je cru pouvoir négliger tous les «fabri, ferrarii» ou «clavarii», excepté quand le contexte même prouvait qu’ils s’étaient occupés d’une œuvre d’art proprement dite.

III

Table des matières

Dans mon désir de donner un texte aussi exact et aussi correct que possible, j’ai scrupuleusement respecté l’orthographe des originaux et ne me suis permis que des changements sans importance, tels que la substitution de l’æ à l’e cédillé, du j à l’i, de l’u au v. Comme la ponctuation fait presque partout défaut, je ne l’ai rétablie que là où elle était indispensable pour l’intelligence du texte. En ce qui concerne, par contre, les abréviations, je ne les ai conservées qu’autant que la lecture en était douteuse et crois m’être conformé en cela aux règles de la vraie paléographie. Partout ailleurs je les ai résolues et transcrites en toutes lettres. Enfin, toutes les fois que le déchiffrement d’un mot ne m’a pas semblé d’une certitude absolue, je l’ai fait suivre d’un point d’interrogation; aimant mieux pécher par excès de défiance que par une assurance trop grande. Au besoin, j’ai rapproché ces mots des termes analogues que me fournissait le Glossaire de Ducange.

Il est à peine nécessaire d’ajouter que j’ai laissé de côté les formules placées au commencement et à la fin de chaque mandat. Elles sont à peu près toutes identiques et n’auraient servi qu’à grossir inutilement mon travail. Quant aux phrases oiseuses supprimées dans le corps même des documents, j’en ai marqué la place par des points.

J’en viens au classement que j’ai cru devoir adopter pour cette masse considérable d’extraits, dont le chiffre total s’élève à plus de dix mille.

Plusieurs systèmes étaient en présence. Je pouvais adopter l’ordre chronologique comme règle absolue, ainsi que l’avaient fait d’illustres modèles: Gaye dans son Carteggio, le marquis de Laborde dans ses Ducs de Bourgogne, Gaetano Milanesi (avec quelques restrictions) dans ses Documenti per la storia dell’ Arte Senese. Mais il m’aurait fallu, dans ce cas, morceler à l’infini les matériaux, déjà si fragmentaires, que j’avais rassemblés et renoncer à toute idée de composition.

Le système opposé, le classement par noms d’artistes, offrait des inconvénients plus grands encore; il m’obligeait à disséminer en une foule d’endroits les notices qui se rapportaient au même monument, et puis, où classer les pièces dans lesquelles le nom de l’artiste manquait!

Le système mixte, auquel je me suis arrêté, me paraît le mieux répondre à la réalité des choses: en effet, il permet de grouper les documents d’après leurs affinités naturelles. L’ordre chronologique y prévaut, en ce sens que j’ai divisé mon travail en un certain nombre de livres correspondant chacun à un pontificat et que j’ai donné place dans chacun de ces livres à toutes les notices relatives à un même pape. Mais dans ces chapitres, pris isolément, j’ai tenu compte des matières, et non plus des dates. Avant tout, il m’a paru indispensable de grouper autour d’un monument déterminé les diverses dépenses auxquelles il avait donné lieu, de manière à permettre au lecteur d’embrasser d’un coup d’œil l’histoire de ces vastes foyers d’activité artistique qui s’appellent la Basilique de Saint-Pierre, le Palais du Vatican, le Palais du Capitole, etc. Ainsi, que l’on se reporte successivement aux règnes d’Innocent VIII, d’Alexandre VI, de Pie III, on y trouvera, sous la rubrique Vatican, par exemple, les comptes de tous les travaux d’architecture, de sculpture, de peinture sur verre et autres, qui y ont été exécutés sous chacun de ces papes.

Que le lecteur ne soit pas surpris de la diversité des dates ss rapportant aux mêmes paiements. Cette anomalie — simplement apparente — tient à ce qu’une série de registres mentionne la date à laquelle le mandat est ordonnancé ou remis au titulaire, et une autre la date à laquelle a lieu le versement. Il peut arriver que plusieurs mois séparent ces deux opérations.

Il arrive également à tout instant que la somme indiquée à la fin d’un mandat ne soit pas la même que celle qui est mentionnée dans le corps même du document. Cette anomalie aussi n’est qu’apparente: elle provient de ce que le comptable compte tantôt par florins de la Chambre apostolique, tantôt par florins larges ou florins petits et vice versa.

L’énumération des monuments mêmes a toujours lieu dans un ordre déterminé. Je commence invariablement par la Basilique de Saint-Pierre et le Palais du Vatican (I), pour passer en second lieu aux églises de Rome, rangées dans l’ordre alphabétique (II), puis aux édifices, non consacrés au culte, rangés dans le même ordre (III), et enfin aux constructions diverses (IV).

Les œuvres d’art qui ne se rattachent pas d’une manière intime à un monument d’architecture, et qui ont en quelque sorte le caractère de meubles, se trouvent réparties, pour chaque pontificat, dans les sections suivantes: I. Sculpture; II. Peinture; III. Orfèvrerie; IV. Tapisserie et Broderie; V. Objets de haute curiosité ; VI. Divers.

Enfin j’ai placé au commencement et à la fin de chaque pontificat, sous la rubrique: Couronnement — Funérailles, — les dépenses relatives à ces cérémonies. On sait quelle place importante l’art y occupe.

Je crois avoir réussi, grâce à ce groupement: 1° à donner une idée suffisamment nette de l’état des arts à la cour de chaque pape; 2° à faciliter la composition de monographies consacrées aux principaux édifices de la Ville Éternelle; 3° à montrer le développement de l’art et des industries d’art aux diverses périodes de la Renaissance romaine. Quant aux artistes pris individuellement, des tables détaillées, placées à la fin de chaque volume, permettront de réunir sans effort les éléments de leur biographie.

Il me reste à expliquer ici les abréviations dont je me suis servi pour les renvois.

Tous les documents qui ne sont suivis d’aucune indication de provenance sont tirés des Archives d’État de Rome. Tels sont les volumes des Mandats (M.), de la Trésorerie Secrète (T. S.), les comptes de la sacristie de l’église de Saint-Augustin (Sagr. S. Agostino), etc.

Les lettres A. S. V. signifient: Archives Secrètes du Vatican.

Quant aux autres dépôts, ils sont chaque fois mentionnés in extenso.

Il y aurait de l’ingratitude à ne pas rappeler ici le concours dévoué que m’ont prêté, pour la transcription ou l’analyse des documents conservés aux Archives du Vatican, le professeur Giovanni Gatti, dom Pietro Wentzel et le professeur Alfredo Monaci. Grâce à eux, j’ai pu puiser largement dans un dépôt, qui n’a été véritablement accessible qu’après mon départ de l’École de Rome, à une époque où mes devoirs professionnels m’enchaînaient à Paris. La compétence de ces habiles paléographes est assez universellement reconnue pour que j’aie pu me croire dispensé de collationner leurs copies, contrairement à la règle que je me suis invariablement imposée pour les documents provenant des Archives d’État.

INNOCENT VIII

Table des matières

29 AOUT 1484 — 25 JUILLET 1492


NOTICE PRÉLIMINAIRE

Table des matières

A première vue, le pontificat d’Innocent VIII paraît des plus effacés, même en se plaçant au point de vue très spécial que nous avons mission d’étudier ici. Cependant, malgré bien des faiblesses, malgré une certaine lourdeur d’esprit, ce pape a fait preuve d’un goût véritable pour les créations monumentales, et d’une énergie peu commune pour la réalisation de ses projets. On a beau dire que nulle religion ne comporte un déploiement d’œuvres d’art aussi considérable que le catholicisme; que, bon gré mal gré, les Papes étaient forcés de s’adresser aux arts somptuaires: pour ma part, je ne puis me défendre d’un sentiment d’admiration pour des princes qui, au milieu des minuties de l’étiquette, et parmi tant de fonctions absorbantes, savaient conserver la liberté de leur esprit, suivre les grandes affaires, en même temps qu’étendre leur sollicitude aux moindres détails de l’exécution d’une fresque, d’un bas-relief, d’un joyau.

Jean-Baptiste Cibo, le futur Innocent VIII, était né à Gênes en 1432. Il appartenait à une famille distinguée (son père avait rempli, en 1455, l’office de sénateur de Rome et, au temps du roi René, celui de vice-roi de Naples) et parvint de bonne heure aux dignités ecclésiastiques. Il reçut la pourpre cardinalice, en 1473; onze ans plus tard, âgé de cinquante-deux ans seulement, il monta sur le trône de Saint-Pierre, grâce à l’appui de Julien della Rovere, le tout-puissant neveu de Sixte IV; grâce aussi, affirme-t-on, à des promesses et des engagements qui n’étaient pas d’une correction absolue .

Le cardinal Cibo avait, en montant sur le trône, une progéniture plus nombreuse qu’il ne convenait à un membre du Sacré Collège. Néanmoins, abstraction faite de cette irrégularité, il sut se défendre des excès de népotisme qui ont jeté une tache indélébile sur la mémoire de Sixte IV: s’il s’efforça d’établir avantageusement ses enfants (il dut faire bien des concessions pour assurer le mariage de son fils Franceschetto avec la fille de Laurent le Magnifique), il ne convoita pas pour eux la possession de provinces entières, comme l’avait fait son génial et insatiable prédécesseur.

Un fait à son honneur, c’est la rareté des nominations dans le Sacré Collège (il est vrai qu’il avait pris à cet égard des engagements formels dans le conclave qui précéda son élection): il ne fit qu’une seule promotion de cardinaux, et cela seulement après cinq années de pontificat, en 1489. En résumé, c’était une nature faible, mais honnête.

Un écrivain ecclésiastique de notre pays, l’abbé Christophe, porte un jugement, somme toute, équitable sur Innocent VIII quand il dit qu’il possédait les qualités de l’homme de bien, et qu’il avait aussi les vertus qu’on aime à retrouver dans le prêtre. Il voulait sincèrement le bien, ajoute l’abbé Christophe, et il l’aurait toujours fait, s’il ne lui en eût coûté de le vouloir. Mais son caractère servait mal la rectitude de ses intentions. Il fléchissait devant les obstacles, cédait à la crainte et se laissait dominer par les influences. La suavité de ses manières, son indulgence, sa facilité à oublier les torts, en avaient fait l’idole de ceux qui approchaient de sa personne, et jamais le trépas d’aucun pontife n’inspira à la cour romaine plus de regrets que le sien. Mais les qualités, qui font les délices de la famille, se changent en défauts, dans la pratique du gouvernement, quand elles ne sont point soutenues par cette sévérité juste et ferme qui sait réprimer à propos.

Si la vénalité et la corruption arrivèrent, sous ce pontificat, à leurs dernières limites, de même que le manque de sécurité, ce n’est pas tant au pape qu’il faut imputer ces désordres qu’à l’esprit même de la population romaine, à ces factions exécrables, s’incarnant l’une dans les Orsini, l’autre dans les Colonna. Ce qui prouve au surplus combien la Renaissance fut étrangère à ces excès, c’est qu’aucune des familles romaines n’eut moins de part que ces deux-là au mouvement intellectuel du XVe siècle. Je ne crains pas d’affirmer que ce sont les traditions de fureur et de barbarie, inhérentes au peuple romain du moyen-âge, qui ont jeté leur ombre sur les derniers pontificats du XVe siècle. Malgré les difficultés intestines, malgré la guerre aussi longue qu’acharnée avec le roi de Naples, Innocent VIII, à peine monté sur le trône, fit reprendre activement les travaux inaugurés par Sixte IV. Est-il nécessaire d’ajouter qu’en dépit de sa bonne volonté, il fut impuissant à leur donner la même cohésion et le même éclat que son illustre prédécesseur: le parallèle est écrasant. Mais nous avons le devoir ici de considérer son pontificat en lui-même. Or un examen approfondi des entreprises d’Innocent VIII nous apprend que si ce pape avait un penchant excessif pour les joyaux (le Gênois se reconnaît bien à ce trait!), s’il fit tour à tour preuve de parcimonie et de prodigalité, il rendit à l’art, dans une sphère restreinte, quelques services des plus importants. On trouvera plus loin des détails sur les additions qu’il fit au Palais du Vatican, sur la construction de la villa du Belvédère, sur celle de la fontaine de la place de Saint-Pierre, de l’église «Santa. Maria in via Lata», de la villa de la Magliana, etc. Eu égard à la sculpture, son nom est indissolublement lié à celui de Pollajuolo. Et comment refuser une marque d’attention, pour ne pas dire de sympathie, au prince qui réunit, sur les bords du Tibre, des maîtres tels que le Pérugin et Pinturicchio, Mantegna et Filippino Lippi!

Parmi les industries somptuaires, l’orfèvrerie et la broderie, si intimement liées aux cérémonies de la cour de Rome, jetèrent un vif éclat. Pour les autres branches de l’art, Rome — il faut le confesser — resta en retard sur la plupart des autres villes d’Italie: on n’y trouvait ni fours de majoliques ou de verreries, ni métiers de haute lisse, ni ateliers de mosaïques.

Des fêtes aussi nombreuses que brillantes témoignèrent du goût d’Innocent VIII pour la magnificence. Rappelons seulement l’entrée de Djem, que le cardinal d’Aubusson, grand maître de Rhodes, venait de remettre entre les mains du pape (13 mars 1489). les fêtes célébrées pour la prise de Grenade, l’entrée du cardinal de Médicis (22 mars 1492), celle de Ferdinand, prince de Capoue (27 mai 1492), la translation de la sainte Lance (31 mai 1492).

MÉDAILLES D’INNOCENT VIII, DE TEODORINA CIBO, DE PERETTA USODIMARE, D’ASCANIO SFORZA ET DE BART. DELLA ROVERE


Si nous considérons une des faces les plus profanes de l’art — le théâtre, — ici encore, le pontificat d’Innocent VIII marque le point de départ d’une évolution capitale. Depuis un temps immémorial, la Confraternité du Gonfalon représentait chaque année un mystère dans le Colisée, le vendredi saint, usage consacré en 1490 par une autorisation spéciale d’Innocent VIII. Désormais, il ne s’agit plus de représentations sacrées, mais de représentations soit classiques, soit de circonstance. Vers 1488, Tommaso Inghirami, alors âgé de dix-huit ans, joua l’Hippolyte de Sénèque et remporta un tel succès dans le rôle de Phèdre qu’il en garda le surnom. La prise de Grenade fut le signal de représentations plus caractéristiques encore. A cette occasion, le cardinal Raphaël Riario chargea le secrétaire des brefs, C. Verardi de Césène, de composer en latin une pièce de circonstance, l’Histoire Bétique, qu’il fit jouer dans son propre palais. On célébra d’abord des offices solennels d’actions de grâces; puis on organisa des jeux à tous les carrefours de la ville, une chasse aux taureaux, des combats de cavaliers, un assaut militaire figurant la prise de Grenade, des processions, des pompes triomphales, des feux d’artifice, enfin une représentation dramatique. La pièce de Verardi fut accueillie, s’il faut en croire l’auteur, par le sénat et le peuple avec un tel silence et une telle attention, elle fut suivie d’applaudissements si chaleureux, que tous avouaient n’avoir depuis longtemps rien vu ni rien entendu d’aussi agréable.

L’exemple du cardinal Riario ne tarda pas à être suivi par le cardinal Mendoza (voy. ci-après).

Les sciences et les lettres attiraient moins Innocent VIII. Quoique l’Université romaine continuât, pendant son pontificat, à compter une série de professeurs distingués et à attirer de nombreux élèves étrangers; quoiqu’il protégeât ou employât une série d’écrivains savants ou élégants — Politien, Ermolao Barbaro, Pontano, Tito Vespasiano Strozzi, P. Marsus, le médecin Zerbi, l’humaniste J. Fuchsmagen, Gasp. Biondo, Andrea de Trébisonde, Giac. de Volterra, G. P. Arrivabene, Sig. dei Conti, Giov. Lorenzi , — il était loin de ressentir pour ces études l’ardente sympathie de Sixte IV.

Il le prouva entre autres par son indifférence vis-à-vis de la Vaticane, qui avait pris, sous son prédécesseur, un si magnifique développement. On trouvera, dans le travail que j’ai publié avec M. Paul Fabre, le texte des rares documents qui concernent les acquisitions faites pendant ce pontificat. La commande confiée en 1485 au miniaturiste Joachinus (identique soit à Giovacchino di Giovanni de Sienne, soit à Giovacchino de Gigantibus, qui travailla pour le roi Ferdinand de Naples) ne semble pas avoir été des plus importantes: cet artiste ne reçut, en effet, de ce chef qu’une somme de 24 ducats.

Constatons du moins que, dans le choix de ses médecins, Innocent VIII fit preuve d’une certaine indépendance: il employa entre autres un juif.

Il n’est pas surprenant que la typographie romaine, si prospère naguère, souffrît de l’indifférence générale et déclinât rapidement. Relevons, à l’actif de l’imprimeur «Andreas Fritag de Argentina», qui s’établit à Rome vers la fin du règne d’Innocent VIII (1492-1496), son édition du Compotus cum commento .

La xylographie, à son tour, qui n’avait d’ailleurs jamais brillé à Rome d’un éclat bien vif, périclita au temps d’Innocent VIII. Seul, Jean-Philippe de Lignamine, médecin, littérateur et imprimeur à ses heures de loisir, prit à cœur de relever l’illustration de ses volumes. Son édition des Opuscula de Ph. de Barberiis offre des figures de Sibylles et de Prophètes d’un dessin très satisfaisant, dans la manière de D. Ghirlandajo.

Marque d’A. Fritag.


Les souvenirs de l’antiquité païenne avaient le privilège d’inquiéter, d’effrayer, l’esprit timoré d’Innocent VIII. Malgré la pression de son entourage, l’enrichissement des collections pontificales le laissa absolument indifférent. Le Musée du Capitole ne s’accrut que de deux morceaux intéressants: le sarcophage trouvé en 1485 sur la voie Appienne, avec la momie de jeune fille, et les fragments d’une statue colossale trouvée près de la basilique de Constantin. A l’occasion de la découverte de la momie en question, dans laquelle on crut reconnaître la fille de Cicéron, et qui attira, comme en pèlerinage, Rome entière, Innocent VIII fit même preuve d’une singulière intolérance: il donna l’ordre d’ensevelir ces restes, de nuit, en dehors de la porte du Pincio, dans un terrain vague .

La cour pontificale n’imitait pas le rigorisme du pape. Dès lors, les reliques de l’antiquité tendaient à détrôner les chefs-d’œuvre nouveaux. Elles occupaient une place d’honneur dans les palais des prélats ou des grands seigneurs, dans les maisons des bourgeois, les ateliers des artistes. Et pendant qu’Innocent VIII négligeait ces trésors, Laurent le Magnifique mettait en coupe réglée, non seulement les ruines de la Ville Eternelle, mais encore celles d’Ostie. En 1488, il acquit entre autres trois

« belli faunetti in una basetta di marmo, cinti tutti a tre da una grande serpe .»

Est-il nécessaire de rappeler quel essor les études archéologiques prirent à ce moment à Rome, principalement grâce à l’initiative de Pomponio Leto, le fondateur de l’Académie romaine! Leto était plus qu’un humaniste, je veux dire un païen, qui s’efforçait de faire revivre, dans sa maison du Quirinal, jusqu’aux mœurs, jusqu’aux croyances de Rome antique.

Avant de clore cette esquisse sur Innocent VIII, je dois donner quelques détails sur ses portraits. Son iconographie comprend, en documents contemporains, ses deux statues funéraires par Pollajuolo; ses médailles, d’une grande précision; puis quelques tableaux, dessins ou gravures trop peu importants pour être énumérés ici; ils nous montrent une physionomie régulière, mais assez terne, avec quelque chose de froid et de compassé .

De toutes les armoiries pontificales du XVe siècle, celles d’Innocent VIII sont les plus compliquées. Nous voilà loin des motifs si nets et si décoratifs, tels que les clefs de Nicolas V, le taureau de Calixte III et d’Alexandre VI, les croissants de Pie II, le lion rampant de Paul II, le chêne de Sixte IV! Innocent VIII portait: de gueules, à la bande échiquetée d’argent et de sable; au chef d’argent, à la croix de gueules.

Pour emblème, Innocent VIII adopta un paon faisant la roue (voulait-il dire par là que «l’homme loyal ne craint pas d’être vu, et qu’il se soumet aux regards du public, qu’expriment les yeux de la queue du paon» ?); pour devise, il fit choix de ces trois mots français: «Leaulté passe tout.»

La famille même d’Innocent VIII ne joua qu’un rôle secondaire en tant que protectrice des arts .

Son fils Franceschetto Cibo (1449-1519), comte d’Anguillara et de Cervetri, tige des princes et ducs de Massa-Carrara, et époux de Madeleine de Médicis, la fille de Laurent le Magnifique, se signala plutôt par un mélange de cupidité et de dépenses folles que par des fondations d’art (en une nuit. il perdit 14,000 ducats) .

Lorenzo Cibo, le neveu du pape (revêtu de la pourpre cardinalice en 1489, † 1503), éleva, dans la Basilique de Saint-Pierre, la chapelle destinée à renfermer le Saint-Sacrement, et une autre chapelle à Sainte-Marie du Peuple. Ce prélat s’installa au palais de Saint-Marc, en 1491, après la mort du cardinal Barbo.

La fille du pape, Teodora, connue par sa belle médaille (Armand, t. II, p. 571; voy. notre planche hors texte), épousa Gerardo Usodimare de Gênes, qui remplit des charges financières importantes à la cour de son beau-père.

Ce fut aux parents des prédécesseurs d’Innocent VIII, aux Borgia, aux Piccolomini, aux Barbo et aux Zeno, aux della Rovere, aux Basso et aux Riario, qu’incombèrent principalement la direction du goût et l’encouragement des artistes.

Le luxe avait atteint à des proportions rares chez les membres du Sacré Collège. Dans le conclave qui précéda l’élection d’Innocent VIII, les cardinaux n’avaient-ils pas stipulé que ceux d’entre eux qui ne jouiraient pas d’un revenu de 4,000 florins recevraient de la Chambre apostolique une indemnité de 100 florins par mois!

Le train de maison d’un cardinal représentait donc une dépense de 200,000 francs, au bas mot.

Le neveu de Calixte III, le cardinal Rodrigue Borgia, le futur Alexandre VI, habitait un superbe palais entre le pont Saint-Ange et le «Campo dei Fiori» . Il se signala par d’importants travaux exécutés dans l’abbaye de Subiaco.

Le cardinal François Piccolomini, neveu de Pie II, et pape sous le nom de Pie III, s’était fait construire un palais magnifique, près du «Campo dei Fiori», entre la «Via pontificia» et le théâtre de Pompée: «in magnificis ædibus, non magis ad dignitatem cardinalatus, quam ad sacerdotalem frugalitatem a se constructis» . Ce palais abrita, jusque vers 1502, le groupe des Trois Grâces. aujourd’hui au musée de la cathédrale de Sienne. Son emplacement est occupé de nos jours par l’église Sant’-Andrea della Valle.

François Piccolomini prit soin de faire exécuter d’avance son effigie sépulcrale: il s’y fit représenter en costume sacerdotal, mitre en tête, les mains jointes .

Le principal représentant de la famille de Paul II, Marco Barbo († 1491), cardinal du titre de Saint-Marc, continua la construction du palais commencé par son oncle. C’était un grand clerc en matière de cérémonial, mais c’était aussi une nature droite et élevée. Il faut lire dans les Diaria d’Infessura sa belle réponse au cardinal della Rovere qui lui proposait de le faire élire s’il voulait céder son palais au cardinal d’Aragon:

« si hoc fecisset, non esset canonice, uti decet, electus. Item quia domus sua est fortior castro Sancti Angeli, et si hoc fecisset fuisset forte causa disturbationis urbis et totius fidei christianæ, quia posset de facili ibi rex (le roi de Naples) venire et facere se dominum Urbis,» etc. .

Un autre neveu de Paul II, Jean Michiel, évêque de Porto et cardinal du titre de Saint-Ange († 1503), fit construire le palais de San-Marcello.

La famille, si vivace, de Sixte IV avait pour représentants les cardinaux Giuliano della Rovere, Hieronimo Basso della Rovere, Domenico della Rovere, Raffaele Riario.

Julien della Rovere, le futur Jules II, avait entrepris et consommé de si grandes choses au temps de Sixte IV qu’il eût pu, à la rigueur, se reposer sur ses lauriers dans son superbe palais des Saint-Apôtres. Mais cette nature fougueuse avait horreur de l’inaction. Il consacra tous ses soins à la mise en état et à l’embellissement de l’important château d’Ostie, dont il crut faire un refuge inexpugnable. Les travaux, poursuivis activement pendant le règne d’Innocent VIII, étaient achevés, ou peu s’en faut, au début de celui d’Alexandre VI.

Dès lors, Julien apportait autant d’emportement que d’ardeur dans la protection accordée aux artistes et dans la recherche des œuvres d’art. En 1488, il entra en lutte ouverte avec Laurent le Magnifique, qui voulait enlever de Rome quelques fragments antiques. En 1491, il écrivit aux députés du dôme d’Orvieto pour les prier ou plutôt pour leur enjoindre de ne pas molester le Pérugin, qui travaillait alors pour lui, probablement au château d’Ostie.

Le cardinal Raphaël Riario, le bâtisseur du palais de la Chancellerie, habita, jusqu’en 1496, le palais de Saint-Apollinaire, qui avait été fondé par le cardinal Guillaume d’Estouteville, et où il eut lui-même pour successeurs ses parents les cardinaux Jérôme Basso et Léonard Grosso della Rovere, évêque d’Agen, qui prirent plaisir à orner cette demeure (Albertini). Raphaël s’est en outre acquis des titres à la reconnaissance de la postérité par les encouragements qu’il prodigua au théâtre. Il chargea l’Académie de Pomponio Leto d’organiser des représentations, tantôt au fort Saint-Ange, tantôt au Forum, tantôt dans son propre palais, et obtint d’Innocent VIII qu’il y assistât. Une preuve de l’intérêt du cardinal pour les études archéologiques nous est fournie par Jean Sulpitius de Veroli; cet érudit lui dédia son édition — la première connue (1486) — de Vitruve.

ARMOIRIES DES MEMBRES DU COLLÈGE DES CARDINAUX

PENDANT LE PONTIFICAT D’INNOCENT VIII

D’après le recueil de Panvinio (1557).


PROMOTIONS DE PAUL II

ARMOIRIES DES MEMBRES DU COLLÈGE DES CARDINAUX

PENDANT LE PONTIFICAT D’INNOCENT VIII


ARMOIRIES DES MEMBRES DU COLLÈGE DES CARDINAUX

PENDANT LE PONTIFICAT D’INNOCENT VIII

(Fin)


PROMOTION D’INNOCENT VIII

Dominique della Rovere, appelé le cardinal de Saint-Clément († 1501), qui, sous le pontificat précédent, avait enrichi Rome de divers édifices — le palais Scossa-Cavalli, etc. — fit construire, sous Innocent VIII, la chapelle qui porte son nom à Sainte-Marie du Peuple. Le peintre auquel il confia la décoration n’était autre que Pinturicchio. A Turin, Dominique fit élever, en 1492, par Baccio Pontelli, la façade de la cathédrale; à Montefiascone, il fit restaurer la cathédrale.

Le cardinal Jérôme Basso della Rovere, évêque de Macerata-Recanati-Lorette, de 1476 à 1507, date de sa mort, a eu la gloire de présider aux travaux entrepris dans le sanctuaire de la dernière de ces villes par Giuliano et Benedetto da Majano, et par Giuliano da San-Gallo.

Un autre neveu de Sixte IV, le farouche Jérôme Riario, comte d’Imola et de Forli, et sa femme, la non moins fougueuse Catherine Sforza, quittèrent Rome après la mort de leur oncle pour se fixer dans leurs États, emmenant avec eux le grand peintre Melozzo.

Barthélemy della Rovere, frère de Julien et évêque de Ferrare, de 1474 à 1494 ou 1495, semble avoir principalement résidé dans son diocèse: c’est là, très certainement, que Sperandio exécuta la médaille qui nous fait connaître les traits de ce prélat.

Parmi les cardinaux n’appartenant pas à des familles papales, le Mécène le plus insigne fut Olivier Caraffa de Naples († 1511). Ce prélat s’est immortalisé par deux créations, dont l’une, toutefois, appartient au pontificat de Jules II: la décoration de la chapelle de Saint-Thomas d’Aquin, à la Minerve, qu’il confia à Filippino Lippi, et la construction du cloître de Santa-Maria della Pace (1504), une des œuvres les plus pures de la seconde manière de Bramante. L’autel de l’Annonciation, dans la chapelle en question, se compose d’un élégant encadrement sculpté, avec des pilastres historiés: au centre, une peinture de Fil. Lippi, représentant l’ange qui apparaît à la Vierge, le lis à la main, et saint Dominique qui présente à la Vierge le donateur.

Pour son usage personnel, Caraffa fit construire, sur le Quirinal, une villa «cum vinea et hortulo et aliis locis multis, picturis et epitaphiis exornatis cum epigramm. multis» (Albertini).

Le souvenir de Caraffa est en outre lié à celui de la fameuse statue de Pasquin: en 1501 ce prélat fit relever et placer sur un socle le marbre antique.

Les traits de ce prélat, ami des arts, à qui sa ville natale doit également de précieuses fondations, nous ont été conservés par le Pérugin, dans l’Assomption de la Vierge du Musée de Naples (le cardinal y est représenté à genoux, à côté de saint Janvier), et par l’auteur de la statue agenouillée, dans la crypte de la cathédrale de la même ville.

Le cardinal Jean de Médicis n’avait pas de palais à lui; il habitait, près de l’église Saint-Eustache, un palais appartenant aux Ottieri. En 1505 seulement, il fit l’acquisition de cet immeuble, qui reçut dans la suite le nom de Palais Madame. C’est là qu’il installa, en 1508, la bibliothèque de son père, qu’il venait de racheter aux moines de Saint-Marc de Florence, ainsi que des statues et des peintures. Dans la suite, le cardinal se fit aménager une «vigne» près de l’église Sainte-Agathe.

Passons rapidement en revue les autres membres du Sacré Collège fixés à Rome.

Ascanio Sforza, frère de Ludovic le More (créé cardinal en 1484), demeurait près de l’hôpital des Allemands.

Lors de l’arrivée du prince de Capoue, Ascanio se distingua par la richesse du festin qu’il lui offrit: on n’aurait pas pu faire davantage pour le roi de France ou n’importe quel autre monarque.

Le cardinal d’Aragon († 1485) avait son palais près de San-Lorenzo in Lucina.

Frédéric Sanseverino, créé, en 1489, cardinal du titre de Saint-Théodore, était installé dans une villa voisine de l’église de Sainte-Agathe et remarquable par ses «viridaria perpulchra» (Albertini).

Antonietto Pallavicini († 1507), cardinal du titre de Sainte-Praxède, habitait près de cette basilique. Il se fit élever, à Sainte-Marie du Peuple, le tombeau que l’on voit encore. Son souvenir se rattache également à une image de la Vierge renfermée dans un cadre en marbre sculpté, qui, de la chapelle de Saint-Antoine, fondée par ce prélat, a été transportée dans les Grottes vaticanes.

J.-J. Schiafenata, cardinal du titre de Sainte-Cécile, près de Saint-Étienne le Rond († 1497), est représenté par son mausolée, dans l’église Saint-Augustin.

Le cardinal Ardicino della Porta, de Novare († 1493), se faisait remarquer par son humilité plus que par sa magnificence. Le tombeau de ce saint personnage se trouve dans les Grottes du Vatican.

Un seul cardinal français, Jean La Balue (f 1491), faisait figure à Rome. Il se signalait par sa cupidité (il laissa en mourant une centaine de mille ducats) non moins que par sa violence: c’est ainsi qu’en 1486, en plein consistoire, il traita le cardinal Borgia de «marranus et filius meretricis». Il est vrai que celui-ci l’avait traité d’ «ebrius». Son palais était un repaire de spadassins . L’esprit de la Renaissance aurait-il, d’aventure, été pour quelque chose dans ces mœurs? Personne, on le sait, n’y était plus étranger que La Balue.

De loin en loin, La Balue se chargeait de quelque commission du domaine de l’art. Nous l’apprenons par la lettre qu’il adressa, le 4 mars 1490, au roi Charles VIII: «Sire, lui dit-il, vous m’avez escript par Monsieur de Faucon que je vous face paindre Rome. Je la vous envoieray le plus brief que fère ce pourra. Je la fays fère en manière que vous la puissiez entendre comme si vous estiez sur le lieu.»

Plus féconds furent les efforts d’un autre prélat français, Guillaume de Périer, auditeur de la Rote (mort en 1500, à l’âge de quatre-vingts ans). Périer enrichit les basiliques romaines de toute une série d’autels en marbre, élégamment sculptés: 1490, l’autel des Saints-Etienne et Laurent, qui, de la basilique de Saint-Laurent hors les murs, a été transporté dans celle de Sainte-Agnès; 1492, un autel au Latran; 1494, un autel à Saint-Pierre et un autre à Saint-Paul hors les murs; 1497, l’autel de la Vierge à Sainte-Marie du Peuple. En 1491, Périer chargea le célèbre peintre romain Antonazzo de décorer la chapelle de Pierre Altissen, secrétaire d’Innocent VIII († 1490), à Sainte-Marie de la Paix. Antonazzo devait y peindre, au prix de 60 ducats d’or, la Transfiguration, la Vierge tenant l’Enfant Jésus, entre saint Sébastien, saint Julien, Allisen et Périer.

Un autre de nos compatriotes, Régnault Duchamp, massier pontifical, nous est connu par son tombeau, élevé à «San Salvatore in Thermis» (1485). Le défunt est représenté couché tenant à la main la masse d’armes pontificale.

Accordons aussi un souvenir à Jean Villiers de la Groslaye. abbé de Saint-Denis, dont le rôle en tant que Mécène ne s’affirma toutefois que sous Alexandre VI.

Quant à Thomas James, évêque de Saint-Pol de Léon, puis de Dol, et gouverneur du fort Saint-Ange, son activité semble s’être surtout exercée au temps de Sixte IV.

Le cardinal Pierre Gonsalve de Mendoza, archevêque de Tolède et primat des Espagnes († 1495), ne s’intéressait que de loin aux choses romaines. Ce fut lui qui fit restaurer à Santa Croce in Gerusalemme (1492). A cette occasion, on découvrit l’inscription de la vraie croix au milieu de l’arc de la tribune. Mendoza fit en outre organiser à Rome, en 1492, une représentation ayant pour titre «Ferdinandus servatus» (Ferdinand le Catholique venait en effet d’échapper, à Barcelone, aux coups d’un assassin). Cet événement fournit le sujet d’un fort mauvais drame fantastique à C. Verardi, qui en traça le plan et le fit mettre en vers par son neveu, Marcellin Verardi. La pièce, décorée du nom de tragi-comédie, fut jouée devant le pape et un grand nombre de cardinaux et d’évêques.

Georges Costa, surnommé le cardinal de Portugal († 1508), habitait le palais de San-Lorenzo in Lucina, près de l’arc de Domitien, d’où le nom de «arco di Portogallo», donné à ce monument. Ce prélat fonda, en 1489, l’autel de Sainte-Catheline, à Sainte-Marie du Peuple.

Parmi les souverains étrangers fixés à Rome, la reine Charlotte de Chypre († 1487) tient le premier rang .

Prisonnier comme il l’était, le frère de Bajazet, le malheureux Djem, ne pouvait être qu’un objet de curiosité pour les Romains ainsi que pour les étrangers; il lui était interdit de jouer le rôle de Mécène.

Ce fut sous le règne d’Innocent VIII également que le futur prince des Mécènes romains, Agostino Chigi, s’établit sur les bords du Tibre. Il s’y fixa en 1485 et ne les quitta plus désormais.

Le train de vie de tous ces prélats ou grands seigneurs n’est pas difficile à restituer. Un luxe raffiné s’y mêlait à des divertissements bruyants: à des banquets dignes de l’ancienne Rome, à des ameublements somptueux, faisaient pendant des exercices violents; la chasse passionnait plus d’un membre du Sacré Collège. Les représentations théâtrales pouvaient, somme toute, passer pour les moins profanes de ces fêtes.

Nous attachons-nous à la physionomie des rues, Rome était alors ce qu’elle a été, dans ses lignes générales, jusqu’à ces dernières années: une agglomération de vastes terrains vagues, jalonnés par quelques ruines, de palais grandioses, qui avaient peine à s’isoler (tel le palais de Saint-Marc, édifié par Paul II), et de ruelles tortueuses. Un grand nombre de demeures avaient, à coup sûr, gardé leur tournure de forteresse: des mâchicoulis, des créneaux, en couronnaient le faîte. Heureusement des cortèges somptueux venaient à tout instant animer et embellir un cadre, somme toute, encore si sévère.

En terminant cette notice préliminaire, je dois indiquer les principales sources imprimées dont je me suis servi pour le pontificat d’Innocent VIII. Ce sont, avant tout, le Journal d’Infessura, dont nous possédons enfin, grâce à l’initiative de M. Tommasini, une bonne édition critique, et le «Diarium» de Burchard publié dans son intégrité par M. Thuasne.

Un auteur florentin du XVIe siècle, Francesco Serdonati, a composé en 1595 une vie d’Innocent VIII, qui n’a toutefois vu le jour que longtemps après. Les fondations artistiques du pape y sont énumérées en quelques lignes (p. 79, 81).

Parmi les ouvrages généraux sur l’histoire de la Papauté et sur celle de la ville de Rome, il est à peine nécessaire de rappeler ceux de mes regrettés amis Alfred de Reumont et Ferdinand Gregorovius, ainsi que le savant travail du professeur L. Pastor, dont le troisième volume vient de voir le jour.

APPENDICE A LA NOTICE PRÉLIMINAIRE

Table des matières

DOCUMENTS SUR L’ÉTAT DES FINANCES D’INNOCENT VIII

Le trésor de l’Église était épuisé lors de l’avènement d’Innocent VIII; bien plus, les dettes du Saint-Siège s’élevaient à une somme énorme (on parle de 250,000 ducats).

Le nouveau pape n’était pas homme à mettre de l’ordre dans un tel état de choses: rien n’égalait sa légèreté, son incurie en pareille matière. A chaque instant il achetait de nouveaux joyaux avant d’avoir retiré ceux qu’il avait précédemment mis en gage; il allait jusqu’à engager les joyaux qu’il avait en mains pour en acquérir d’autres, qui le tentaient par leur nouveauté. Rarement tant de détresse s’allia à tant de prodigalité. En 1486, nous avons à enregistrer d’un coup une dépense de 5,348 ducats pour perles et pierres précieuses de toute sorte: en 1487, de 12,000 ducats, non compris 2,000 ducats pour une perle piriforme, et 4,187 ducats pour des joyaux divers. Le 5 avril de la même année le cardinal de Parme est déclaré créancier de joyaux destinés à l’enrichissement de la tiare de Sixte IV: 33 rubis, 33 perles, du prix de 600 ducats, 11 émeraudes et une perle en forme de gland, du prix de 800 ducats, etc. .

Et cependant, dès 1488, le pape se voit forcé d’emprunter 20,699 ducats sur la tiare pontificale, qui resta longtemps entre les mains des prêteurs. Cette leçon lui profita-t-elle? Nullement: la même année il achète, pour sa satisfaction personnelle, un rubis balais de 2,200 ducats, et, pour les offrir à la femme d’un capitaine, des joyaux d’une valeur de 1,200 ducats. En 1490, il ne peut résister à la tentation d’acquérir, pour 600 ducats, une émeraude dont le vendeur n’est autre que Laurent le Magnifique. Lors du mariage de son fils avec la fille du Magnifique, il fait don à la fiancée de joyaux d’une valeur de 8,000 ducats et au fiancé de joyaux de la valeur de 2,000 ducats.

Étant donnés de pareils errements, il n’est pas surprenant qu’Innocent VIII eût à compter avec des embarras financiers sans nombre: il en était constamment réduit à demander des délais, même pour des sommes minimes. Ce n’étaient que délégations et substitutions sur les annates, sur les redevances ecclésiastiques et civiles; ce n’étaient qu’emprunts contractés sur gages, que combinaisons et expédients de toute nature.

Une innovation de ce pontificat, ce sont les payements en nature, je veux dire les payements en tapisseries: celles-ci tenant lieu de numéraire. C’est ainsi que nous voyons ordonnancer, en faveur du dépositaire de la Chambre apostolique, la remise de 500 aunes d’ «arazzi», à raison de deux ducats l’aune. On comprend combien de variations devaient se produire sur le prix de telles marchandises. Nous en avons pour preuve un acte en date du 26 juin 1490 (reproduit plus loin), par lequel la Chambre apostolique se vit forcée de consentir à un rabais de 66 pour 100 sur l’évaluation première. Le trésorier pontifical avait reçu pour 77,984 ducats de «panni» ; vérification faite, ceux-ci ne valaient que 34,313 ducats.

Ces témoignages, absolument officiels, doivent être placés en regard des racontars d’Infessura et de Burchard. Le premier n’affirme-t-il pas qu’en 1490, pendant une maladie du pape, on trouva dans un coffre-fort 800,000 florins et 300,000 dans un autre; le second, que, peu de jours avant sa mort, le pape demanda aux cardinaux l’autorisation de distribuer à sa famille 48,000 ducats, qu’il avait par devers lui . En réalité, un état dressé à la mort d’Innocent VIII et reproduit ci-dessous, enregistre pour environ 125,000 ducats de dettes. D’après Fabroni , le passif se serait même élevé à 300,000 ducats.

Avant de laisser la parole aux documents, il importe de donner quelques détails sur la valeur des monnaies mentionnées dans les comptes pontificaux: la plus usitée est le florin d’or ou ducat d’or de la Chambre apostolique, du poids moyen de 3 grammes et demi (ceux du Cabinet de France pèsent 3 gr. 40) et par conséquent d’une valeur intrinsèque de 10 à 11 francs. Pour avoir la valeur relative du florin, il faut se rappeler que, pendant la période comprise entre 1450 et 1500, le pouvoir des métaux précieux fut sensiblement supérieur à ce qu’il avait été pendant la première moitié du même siècle et à ce qu’il fut au début du siècle suivant. M. d’Avenel estime que, si ce pouvoir, comparé à celui d’aujourd’hui, fut, de 1426 à 1450, de 4 1/2 et, de 1500 à 1525, de 3, il atteignit, de 1451 à 1500, la proportion de 6. Un florin représentait donc une soixantaine de francs, au minimum, de notre monnaie actuelle.

En 1485-1486, le florin de la Chambre était subdivisé en 10 carlins, soit 72 bolonais ou baioques, et chaque bolonais en 20 deniers. En 1487, le pape fit frapper des bolonais d’argent, valant chacun 6 quatrains, et dont 55 représentaient un florin de la Chambre.

1484. 28 septembre. Juliano Grillo pro recuperatione vasorum argenteorum S. D. N. pp. fl. 114,22. — A. S. V., vol. 511, fol. 151.

1485. 14 mars. Pro restitutione fl. 2291,48 quos mutuaverunt sede vacante super mitra S. D. N., quam restituerunt nunc. — Ibid., fol. 189 v°.

» 18 avril. Pro redemptione vasorum argenteorum fl. 489,4. — Ibid., fol. 198 v°.

1485. 7 juillet. Pro redemptione unius collanæ cum gemmis et margaritis, Soc. de Gaddis, fl. 2578,9. — Ibid., fol. 223 v°.

1486. 4 août. Il est question de la remise faite à la banque de Saint-Georges de Gênes de la tiare pontificale: «Regnum pontificale gemmis et lapidibus pretiosis ornatum, absque tamen perla grossa, quæ in apice ipsius regni, et absque pomo aureo ornato septem diamantibus quod erat in ornamento dictæ perlæ et absque pendentibus ejusdem regni.» La somme prêtée s’élevait à 33,750 ducats, non compris les intérêts de 5,000 ducats (A. S. V., Divers., 1486-1487, ff. 38-46. Cf. Intr. et Exit., 1488-1489, fol. 170 v°, 1489-1490, fol. 229 v° ; Intr. et Exit., 1491-1492, fol. 237 v°. Voy. en outre mes Collections des Médicis au XVe siècle, p. 95-96 (lettre du 26 janvier 1489).

1492. 2 juillet. Habita in Camera apostolica per os patres dn̄os ejusdem Cameræ præsidentes clericos super receptione et distributione introituum spiritualium et discussis discutiendis cum mercatoribus declaratis super introitibus hujusmodi pro diversis summis creditoribus sive majore parte eorundem creditorum, ut ipsi introitus spirituales debitis Cameræ subveniant, et creditores absque confusione quod sibi debetur habilius consequantur...

» Hæc sunt nomina mercatorum qui, ut præmissum est, et pro summis descriptis infra possunt excomputare et expedire pro medietate, dummodo de ipsis summis descriptis appareant veri creditores infra primam divisionem faciendam. Et primo:



Alii vero qui accipere debent divisionem secundum modum suprascriptum sunt hii, videlicet: primo


Visa in Cam. ap., etc. — Arch. Secr. Vat., Divers. Cam., 1491-1492, vol. 48, ff. 138 v°-140 v°.

1492. 11 juillet. De mandato facto 29 junii flor. auri tricentos quadraginta novem a dictis Martellis et Ricasulis in deductionem crediti habiti cum Camera pro quo habebant in pignus certa vasa argentea, ad introitum a S. D. N. ut supra (fol. 90). — A. S. V., Intr. et Exit., 1491-1492, vol. 523, fol. 227.

DÉDICACE DU «TRAITÉ D’ARCHITECTURE» DE VITRUVE PUBLIÉ PAR SULPICIUS (1486).

Raphaeli Riario Cardinali Sanctæque Romanæ Ecclesiæ Camerario. Jo. Sulpitius fœlicitatem.

Quicquid curæ, studii, vigiliarum et opere in cmendando et vulgando Victruvio posui, quicquid utilitatis in medium affero, quicquid forsan et laudis consequar tuæ dedico amplitudini, Raphael Riarie, Romanæ ecclesiæ dignissime Camerarie, certum litteratorum præsidium, fotor (sic) ingeniorum, spes publica, patrocinium popularium (sic), benignitatis delitie (sic), virtutum quam plurimarum vivida quædam effigies! Cui enim hunc aptius possem? quam cui ego sum deditissimus, et a quo me diligi, et Victruvium in delitiis haberi intelligo? Immo ad quem libentius architectus ipse se diriget? quam ad eum qui sua lectione plurimum delectatur, quique suis præceptis et sæpe et in magnis ædificiis, si vixerit, sit usurus, quemque prætoria, villas, templa, porticus, arces et regias, sed prius theatra ædificaturum spe certa colligimus.

Tu enim primus Tragœdiæ, quam nos juventutem excitandi gratia et agere et cantare primi hoc ævo docuimus (nam ejus actionem jam multis sæculis Roma non viderat), in medio foro pulpitum ad quinque pedum altitudinem erectum pulcherrime exornasti, eandemque postquam in Hadriani mole, Divo Innocentio spectante, est acta, rursus intra tuos penates tanquam in media circi cavea toto consessu umbraculis tecto, admisso populo et pluribus tui ordinis spectatoribus, honorifice excepisti. Tu etiam primus picturatæ scœnæ faciem quom (sic) Pomponiani comœdiam agerent, nostro sæculo ostendisti. Quare a te quoque Theatrum novum tota urbs magnis votis expectat; videt enim liberalitatem ingenii tui, qua ut uti possis Deus et fortuna concessit. Cum igitur nec desint tibi facultates nec voluntas gratificandi, accinge te ocius ad hanc beneficentiam alacriter exhibendam. Quid enim popularius? Quid gloriosius ista tua ætate facere possis? Q. Catulum, qui primus spectantium consessum inumbravit, jam æquavisti; Claudio in pictæ scenæ varietate non invidemus; Antonii argenteam, Petreii auream, Catulique eburneam ut luxum nimium expetit nemo; versatilem et ductilem quando libuerit facies non difficulter.

Illud unum igitur superest, ut mediocrem locum ex Victruvii institutione constituas, in quo juventus tibi deditissima ad majorum se imitationem in recitandis poematis fabulisque actitandis in deorum honorem festis diebus exerceat, honestisque spectaculis et moneat populum et exilaret (sic). Nam quæ voluptas potest cum hac spectandi delectatione conferri? quæ per oculos et aures blande in animos influens; eos titillat, movet, docet et afficit? Valeant ergo digladantium inter se hominum muta funestaque et cum bestiis vix unquam sine humana cæde spectacula, et vel hic litteratis vel in campo militaribus delectemur. Ea autem ut quam optime et sæpissime fiant, Theatro est opus. Quo quid fieri et presentibus et posteris jucundius potest? Si enim post Pompeianum illud marmoreum et capacissimum, minora et incultiora magnæ suis gloriæ fuerunt auctoribus, quantæ tibi nunc erit, quom (sic) nullum integrum extet, si aut dirutum reparaveris, aut novum erexeris? Aedes sacras, quarum maxima est copia (atque utinam tam sanctæ (sic) quam passim deos veneraremur!), in ætate provectiori ponere poteris. Producet enim tibi vitam Omnipotens, si bene feceris, et ad summa rerum te evehet, ut non modo maxima quæque urbium ornamenta, sed etiam novas urbes constituas. Nunc vero hæc occasio præter mittenda non est.

Vides enim magnum ad Romam ornandam inter præstantissimos et fuisse jam pridem et esse certamen, ac unumquenque in suæ laudis argumento quod prudenter excogitavere versatos esse atque versari.

Sixtus Pontifex Maximus, compluribus sacris ædibus instauratis, Pontem refecit, Vias direxit et stravit, Bibliothecam copiosissimam ordinavit, tum Divæ Virgini speciosissima templa ædificavit.

Innocentius vero ad illum et Paulum superandum erectus, omnia præclara et popularia cogitat. Itaque imposito bellis fine, Prætorio suburbano peracto agilitatis certaminibus et equitum concursionibus, dotalibusque et sumptuariis legibus revocatis, Falconis Sinibaldi, sui questoris, summi consilii, fidei, auctoritatis et patriæ amantissimi viri, et Marcelli Capiferri Nicolaique Porcii ædilium singularis amicitiæ cura tum Flore campus, tum Circus Flaminius lateribus aptissime sternitur. De Gymnasio nostro evertendo et magnifice construendo (quod utinam præoccupasses: ibi enim quotidiana omnium disciplinarum eduntur spectacula) prudentissimi Reformatores jam iniere consilium, et eurythmiam et symmetriam disposuere.

Quæ cum ita sint, quid aliud novi huic est sæculo reliquum? nisi ut aut fontes inducantur, aut theatrum ædificetur? Fontes vel tu postea, vel quivis alius cum multa utilitate gratiaque inducet. Nunc theatrum quin vel instaures vel novum construas cave ne d[i]fferas, ne tantam expectationem et spem eludere videaris. Difficile est enim amantissimi populi desiderium aut diu protrahere aut omnino frustrari: gratia enim, qua nominis celebritas viget, vel remittitur vel extinguitur. Quod ne tibi possit accidere, age, hanc gloriosam provinciam, toto populo optante et, ut magnificentius et instructius erigas, aurum per singula capita ultro conferente, jam arripe, et te gratiosum et clarissimum hac insigni liberalitate gratiosiorem illustrioremque reddens, perpetua populum Romanum voluptate cum æterna tui memoria bea. Interim vero nostrum hoc munusculum, queso, ne asperneris, atque ut ei, donec tibi nostris aliquid fabricatum manibus afferam, acquiescas, dignationem tuam magnopere velim ornatam. Vale.

CHAPITRE PREMIER

Table des matières

NOTICES SUR LES PRINCIPAUX ARTISTES DU RÈGNE D’INNOCENT VIII
LES ARCHITECTES

Table des matières

En succédant à Sixte IV, Innocent VIII héritait de l’armée d’architectes réunie et disciplinée par ce grand bâtisseur.

A leur tête nous trouvons deux maîtres considérables, dont j’ai souvent déjà eu l’occasion d’entretenir mes lecteurs: Giacomo et Lorenzo da Pietrasanta.

Giacomo da Pietrasanta (voy. t. III, p. 73) construisit en 1484 le conclave, dont sortit Innocent VIII. Il dirigea, la même année, la restauration du palais du Latran et organisa, en 1485, les fêtes du couronnement. Ce maître mourut vers 1490, ainsi qu’il résulte d’un mandat ci-après relaté.

Le compatriote de Giacomo, Lorenzo da Pietrasanta, dirige, en 1484, l’ «opera et fabbrica del Porto de Civitavecchia» (Reg. Patrimonio, 1483-1484, fol. 151-153). Il reçoit, à ce titre, des versements assez considérables. Mais dès le mois d’octobre de la même année, le travail est confié au châtelain de la citadelle de Civitavecchia, «Hilarius Gentilis, domesticus noster et nepos S. D. N. qui poterit fabricæ portus illius melius intendere» (A. S. V., Brevia, 1482-1484, 1492-1503, fol. 43). Au mois d’avril 1485, nouveau bref qui ordonne de faire les versements entre les mains d’Ilario et de Lorenzo da Pietrasanta. En 1492, ce dernier est créditeur de 1,935 florins.

Lorenzo cumulait ses fonctions avec celles de charpentier du palais pontifical: il reçut en cette qualité, en 1486, 37 florins pour menus travaux de réparation (M. 1484-1486, fol. 164); en 1492, 300 ducats d’or «pro ædificiis coronationis» (M. 1492-1494, fol. 2).

Lorenzo da Pietrasanta était obligé, en qualité d’architecte pontifical, de faire tout ce qui concernait son état. Le 9 juin 1485, il reçut 11 florins» pro expensis factis pro tabulato super gradibus sancti Petri pro degradatione unius fratris» (A. S. V., Intr. et Exit., 1484-1485, fol. 217 v°).

Les services d’un des architectes favoris de Paul II, Giuliano da San Gallo, semblent avoir été dédaignés par Innocent VIII comme ils l’avaient été par Sixte IV. Le «prospetto cronologico» dressé par Milanesi nous le montre occupé, pendant cette période, dans sa ville natale, Florence.

On sait aujourd’hui que si un autre Toscan, le fameux Baccio Pontelli, n’a pas construit à Rome toutes les églises et tous les palais dont on lui a trop longtemps fait honneur, du moins cet architecte et ingénieur distingué a présidé à d’importants travaux de fortification: or c’était là alors une branche des beaux-arts autant qu’une branche de l’art militaire. Dès 1487, il portait le titre de «familiaris et serviens armorum S. D. N.», d’ «ingenierius universalis... arcium quæ in civitatibus Auximana et Exina ac in terra Offidæ ædificantur», et recevait le traitement considérable de 25 ducats par mois. Ce maître construisit notamment pour Innocent VIII les citadelles d’Osimo, de Jesi et d’Offida.

« Magister Marcus de Florentin», probablement le frère de « Johanninus de Dulcibus» (voy. t. III, p. 71), reçoit, en 1484, un paiement pour un travail de pavage (voy. ci-après). Il est question, la même année, de l’exécution d’escabeaux destinés au palais pontifical, travail dans lequel Marcus a pour collaborateur « Julianus». Tous deux sont qualifiés de «fabri lignarii» (A. S. V., vol. 511, fol. 152 v°).

Un «magister Johannes de Florentia» mesure en 1484 les travaux de pavage exécutés sur la place des Juifs (Divers. Cam., t. XLIV, fol. 103 v°).

« Maestro Matteo, fiorentino» (maçon? charpentier?) perce en 1491 une porte dans l’église de Saint-Augustin (Archivio storico dell’Arte, 1891, p. 465).

« Magister Antonius de Florentia, murator» figure de 1485 à 1490 parmi les locataires du chapitre de Saint-Pierre. J’ignore si ce maître est identique au sculpteur qui exécuta, en 1491, des armoiries pour le couvent de Saint-Augustin.

Un certain «Franciscus» travaille également pour le couvent de Saint-Augustin.

« Magister Alexander de Tibure, alias Tigulinus, carpentarius», entreprend, de 1486 à 1490, une longue série de travaux de charpente ou de menuiserie au palais du Vatican.

« Thomas Mattarazius, architector», reçoit, en 1487, 100 florins

« ad computum fabricæ Egicti» (A. S. V., vol. 516, fol. 156); et, en 1491, du chapitre de Saint-Pierre, différentes sommes «in fabricam nostræ ecclesiæ S. Blasii de Pagnotta» (Censuale du chapitre de Saint-Pierre, 1384-1485, ad annum).

Ces maîtres avaient pour émule un artiste de la Haute-Italie, Graziadei Prata de Brescia. De 1484 à 1494, Graziadei dirige une foule de travaux au palais du Vatican. En 1485, il est qualifié de «murator majoris fabricæ Palatii Vaticani». En 1491, le total de ses créances s’élève à la somme respectable de 3,000 ducats

« pro fabrica et ædificio per (eum) in palatio apostolico factis.» Un bref, en date du 21 novembre de l’année en question, l’autorise à faire imputer cette somme sur les «Introitus spirituales ex communibus et annatis beneficiorum ad Cameram pertinentes», de manière que la créance soit éteinte dans l’espace de cinq ans (A. S. V., Divers., 1491-1492, fol. 24-25). Lors de la mort d’Innocent VIII, il est créancier d’une somme de 2,700 florins (M. 1492-1494, fol. 61).

Après la mort de Graziadei, en 1496, son fils, secrétaire pontifical, lui fit élever un tombeau dans l’église Sainte-Marie du Peuple.

Pour d’autres artistes une simple mention suffit. Tels sont:

« Lazaro muratore de Civitavecchia» (1492, A. S. V., Divers., 1492-5495, fol. 48).

« Jo. Dominicus Antonelli et Vicentius magistri Antonelli de Incomorio, muratores» ; nous retrouverons ces maîtres en nous occupant de la cité d’Osimo (1493).

« Magister Gasparrinus civis perusinus, architector» (1485).

« Dominicus de Moro» (1487; réparation du mur du jardin du fort Saint-Ange: A. S. V., vol. 516, fol. 164).

Lorenzo da Novara et Francesco da Vigevano dirigent en 1484 la restauration de la rue comprise entre le pont Saint-Ange et l’église Sainte-Catherine (Bertolotti, Artisti subalpini, p. 6).

« Giovanni da Ferrara» et «Giovanni Cantù » figurent en 1485 comme arbitres dans des questions d’édilité (Bertolotti, Artisti bolognesi, ferraresi ed alcuni altri..... in Roma, p. 6-7. Rome, 1885). Ce «Johannes de Ferraria» est peut-être identique à «magister Johannes Stasii ingignerus», qui exécute, en 1490, une machine pour fabriquer de la poudre à canon (M. 1488-1490, fol. 187).

« Magister Pascal de Caravagio, murator, habitator urbis», reçoit, le 28 septembre 1484, un paiement de 104 florins, 12, pour la réparation du palais du comte Girolamo Riario (A. S. V., vol. 511, fol. 151). En 1485, il travaille au palais du cardinal..... (le nom manque). En 1490, il touche 300 ducats d’or pour le tabernacle de l’église Sainte-Marie de la Paix (A. S. V., Div., t. XLVII, fol. 234. Cf. Zahn, Notizie artistiche tratte dall’Archivio segreto Vaticano, p. 13).

« Eusebio de Caravagio» est architecte ou sculpteur (1484; Bertolotti, Artisti lombardi, t. I, p. 25).

« Aegidius de Tocco» exécute, en 1485 et 1487, quelques menues réparations à «Ponte Molle», à «Ponte Salario» et à

« Ponte Mammolo» (A. S. V., Reg. 511, fol. 182; Reg. 516, fol. 168 v°).

L’architecte «Paulus de Campagnano», avec qui nous avons déjà fait connaissance, ne semble plus avoir été employé par la cour pontificale que comme «bombarderius» ou «carpentarius pontium bombardarum».

« Albericus magistri Gabrielis murator» exécute, en 1485, des travaux de voirie.

« Bartholomeus Lombardotius murator», travaille en 1485 à l’établissement de la rue «extra portam Turrionis» (A. S. V., Reg. 511, fol. 232).

« Magister Rovellus murator», répare, en 1487, le pont Saint-Ange. Il habite, en 1490, une maison appartenant au chapitre de Saint-Pierre (Arch. du Chapitre de Saint-Pierre. Cens.).

« Bartholomeus Simonis de Aula, murator», est locataire du même chapitre (1490. Ibid.).

L’architecte Stefano de Milan est locataire du couvent de Saint-Augustin (1492). En 1487, ce maître répare le campanile de la même église (Archivio storico dell’Arte, 1891, p. 62).

« Magister Andreas de Cumo» construit un mur devant l’entrée de la sacristie du Vatican (1490; Archives du Chapitre de Saint-Pierre; Livres de cens).

Comme par le passé, les architectes-charpentiers se distinguent assez nettement des architectes-maçons.

« Rainerus de Pisis, carpentarius palatii», fait son apparition au mois de septembre 1488 (Arch. Secr. Vat., Int. et Exit., 1488-1489, fol. 152 v° ; 1491-1492, fol. 220 v°).

« Janinus carpentarius» travaille en 1485 au palais du Vatican (A. S. V., Int. et Exit., 1484-1485, fol. 218).

Un autre «carpentarius», aussi qualifié de «vitrero», Philippe de Pesaro, travaille en 1485 pour le couvent de Saint-Augustin (Bertolotti, Artisti urbinati, p. 43).

« Luca todesco fallegname» travaille en 1486 et en 1489 au couvent de Saint-Augustin, qu’il défraie de «banchi per la predicha per l’ommini et per le femmine» (1474-1496, ff. 34-46).

« Baldus lignifaber» livre en 1484 des escabeaux destinés au Pape (M. 1484-1486, fol. 177. A. S. V., vol. 511, ff. 162 v°, 189) et en 1485 deux hampes de drapeaux destinées au Capitaine (Ibid., fol. 46 v°).

« Ciprianus carpentarius florentinus» exécute en 1485 le « cathalecto novo mortoro» du couvent de Saint-Augustin (1474-1496, fol. 32 v°).

Ce couvent occupe également, en 1491, m° Jacomo carpentario» et lui commande «le banchette per tenere le torci allo offitio di Romano» (S. Agost. 1474-1496, fol. 59 v°).

« Mag. Johannes de Stagio florentinus carpentarius» travaille en 1487 au catafalque de la reine de Chypre (M. 1486-1488, fol. 33 v°) et en 1493-1494 au Palais du Vatican et aux fêtes du couronnement (voy. aussi p. 50).

« Johannes de Dominis faber lignarius placentinus» est mentionné en 1488 dans un bref relatif à une maison appartenant aux nonnes de «S. Anastasio fuori le mura» (R. 20, fol. 136).

A côté des artistes proprement dits, signalons deux ingénieurs militaires:

« Jacobus Bonbasanus de Ferraria, ingignerius in castro Sancti Angeli», reçoit 6 florins par mois pour sa provision (février 1481 et années suivantes). — M. 1484-1489, fol. 91; M. 1485, fol. 104; M. 1488-1490, fol. 3 v°, 17 v°, 47 v°, 61 v°, etc. — A. S. V., vol. 516, etc. — Bertolotti, Artisti bolognesi, p. 6.

L’émule de Jacopo de Ferrare, «Johannes Duplessis (ou Dupleis), francigena de Villafrancha, ingignerius», touche 8 florins de traitement par mois (1487; M. 1487-1488, fol. XXIV..., et A. S. V., 1486-1587, fol. 267 v°).

LES SCULPTEURS

Table des matières

L’histoire de la sculpture romaine pendant le pontificat d’Innocent VIII est tout à faire. A peine si l’on a dégagé la personnalité de trois ou quatre maîtres, tels que Pollajuolo, Luigi Capponi, Andrea Bregno. Et cependant c’est par centaines que se comptent les autels, les retables, les mausolées, les œuvres décoratives de toute nature, presque invariablement en marbre. On en jugera par le catalogue suivant, que j’emprunte à l’ouvrage de Mgr Barbier de Montault et de M. Tosi, Les Chefs-d’œuvre de la Sculpture religieuse à Rome à l’époque de la Renaissance.

1484. Tombeau de Gonzalve de Veteta, à Sainte-Marie in Monserrato. Pl. CXVIII.

1485. Tombeau de Régnault Duchamp, à Saint-Sauveur in Thermis. Pl. CXXXIV.

1485. Tombeau de Marc Antoine Albertoni, à Sainte-Marie du Peuple. Pl. CXXV.

1485. Tombeau d’Alphonse de Paradinas, à Sainte-Marie in Monserrato. Pl. CVII.

1486. Tombeau de Ferdinand de Cordoue, à Sainte-Marie in Monserrato. Pl. CXIX.

1488. Tombeau de Nestor Malvezzi, à Sainte-Marie du Peuple. Pl. CXVII.

1488. Tombeau de Vincent et Marcel Rustico, à Sainte-Marie-sur-Minerve. Pl. LXXII.

1489. Tombeau de Philippe et d’Eustache de Levis, à Sainte-Marie-Majeure. Pl. XCV.

1489. Autel de Sainte-Catherine, à Sainte-Marie du Peuple. Pl. CXXXVIII,

1490. Retable de l’autel de Saint-Étienne et de Saint-Laurent, à Sainte-Agnès-hors-les-murs. Pl. CV.

1490. Autel de l’Annonciation, à Sainte-Marie-sur-Minerve. Pl, XIX, XX.

1492. Tombeau d’Innocent VIII, à Saint-Pierre du Vatican. Pl. CXII.

Parmi les tabernacles, je signalerai celui des Quatre Saints couronnés, sculpté par Luigi Capponi, et orné de l’écusson d’Innocent VIII, accompagné de deux cornes d’abondance. (Pl. XCIX).

L’industrie des della Robbia semble avoir pénétré à Rome vers cette époque. On voit encore au Musée profane du Latran une couronne de fruits en terre cuite coloriée, soutenue par deux anges; cette faïence, autrefois enrichie des armes d’Innocent VIII, provient de l’appartement de ce pape au Vatican .

En tête des sculpteurs fixés à Rome sous le pontificat d’Innocent VIII figure Antonio Pollajuolo. Le travail qui l’occupa, pendant toute cette période, se rapportait toutefois, non au pape régnant, mais à son prédécesseur; ce n’est, en effet, qu’en 1493 que Pollajuolo acheva le mausolée de Sixte IV. Nous retrouverons ce sculpteur éminent en étudiant l’histoire du pontificat d’Alexandre VI.

Un autre sculpteur toscan, Giacomo di Domenico della Pietra de Carrare, collabore, en 1485, au mausolée de l’archevêque de Nicosie, dans l’église Saint-Clément.

Le représentant de l’École indigène, le sculpteur et médailleur Gian Cristoforo Romano (né vers 1465), le fils d’Isaia de Pise et l’élève de Paolo Romano, semble avoir quitté de bonne heure sa ville natale: on le trouve, en effet, en 1491, à Milan. On lui attribue, il est vrai, le buste de Teodorina Cibo, au Musée de Berlin, ouvrage autrefois placé sous le nom d’Andrea Sansovino (voy. p. 22), mais ce n’est là qu’une simple conjecture.

Comme par le passé, les sculpteurs lombards font bonne figure à Rome, à côté des Toscans.

Andrea Bregno (né en 1411 à Osteno, près de Côme) s’est signalé par l’exécution d’un grand nombre d’autels et de mausolées. De passage, en 1485, à Sienne, où il sculpta, pour la cathédrale, le retable des Piccolomini, Andrea revint à Rome, où il mourut en 1506.

Un second maître du nom d’Andrea est l’auteur d’un petit bas-relief de la Madone, dans l’escalier de l’hôpital San Giacomo, au Corso. On signale dans cet ouvrage la parenté du style avec les sculptures florentines.

Le Lombard Luigi di Pietro Capponi de Milan sculpta un grand nombre de tombeaux, de tabernacles, d’autels, dont on trouvera la liste dans un récent mémoire de M. Gnoli. En 1485, cet artiste s’engagea à exécuter, en collaboration avec Giacomo di Domenico de Carrare, le mausolée de l’archevêque de Nicosie pour l’église Saint-Clément. On constatera, dans sa Crucifixion de l’hôpital de la Consolation, dans son bas-relief de Saint-Jean et de Saint-Léon Ier, au baptistère du Latran, dans son autel de l’église Saint-Grégoire, la prédominance des types milanais: les visages un peu larges, les cheveux en tire-bouchons, et je ne sais quelle morbidesse inconnue aux Toscans.

En 1487 un artiste milanais, qui devait, dans la suite, jeter le plus grand éclat sur la cour pontificale, Caradosso, le célèbre sculpteur, orfèvre et joaillier de Ludovic le More, fait une première apparition dans la Ville éternelle. A ce moment, il donne son avis sur une corniole destinée à Laurent le Magnifique. Nous retrouverons ce maître dans le volume consacré à Jules II.

Un des représentants les plus éminents de la sculpture septentrionale, Jean Dalmate, avait peut-être déjà quitté Rome avant l’avènement d’Innocent VIII pour se fixer en Hongrie, à la cour du roi Mathias Corvin.

On fait honneur à Pasquale da Caravaggio de l’autel de Santa Maria della Pace, qui, affirme-t-on, porte sa signature. Nos documents toutefois qualifient cet artiste de «murator» (voy. ci-dessus p. 50).

On a pu croire que le médailleur Pierre de Milan est identique à l’orfèvre du même nom, avec lequel nous ferons connaissance plus loin. Or, d’après une hypothèse récente, le médailleur en question ne serait autre que le fameux Pietro da Milano, l’architecte de l’arc du Castel Nuovo à Naples.

Les autres sculpteurs mentionnés par nos documents semblent avoir tous été d’un ordre inférieur; je ne les énumère que par acquit de conscience.

« Magister Aloysius venetus, architectus arteliarum cameræ », ou «magister Aloysius, faber lombardus, aptator arteliarum arcium» (1490-1491).

« Giacomo bolognese, bombardieri».

Dominicus et Baccius de Florence sculptent des boulets de canons.

« Magister Sanctes Rosetti», de Viterbe, «æris et campanarum fusor», obtient, le 12 octobre 1484, des facilités pour poursuivre ses débiteurs. (Arch. sec. Vatic., Divers., 1484-1486, ff. 30-31).

« Girolamo di M° Pietro Albini da Castiglione, marmoraro», habite en 1491 la région de Saint-Eustache.

LES PEINTRES

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La décoration de la chapelle Sixtine n’avait été achevée que peu de temps avant la mort de Sixte IV: il n’est donc pas surprenant que Rome comptât encore, au moment de l’avènement d’Innocent VIII, quelques membres de la phalange réunie par son prédécesseur.

En tête figure le Pérugin. Il prit une part importante à un travail relevant de la décoration temporaire plutôt que du grand art: les préparatifs du couronnement d’Innocent VIII. De ce chef, il reçut, avec son associé Antonazzo, la somme de 310 florins. Le mandat de paiement (20 novembre 1484) nous apprend qu’il s’agissait surtout de bannières ornées des armes du nouveau pape, de 25 images de Saint-Antoine, de peintures dans la chambre du pape, enfin de la «dealbatura aulæ palatii.»

On est surpris de ne pas trouver au service d’Innocent VIII un peintre aussi éminent que Melozzo da Forli, l’un des favoris de son prédécesseur Sixte IV. Les relations de l’artiste avec le pape défunt et surtout avec son neveu, Girolamo Riario, seigneur de Forli, expliquent son abstention. Selon toute vraisemblance, il se retira, de son propre mouvement, dans sa ville natale, où l’attendaient les faveurs du comte Riario, tombé en disgrâce sous le nouveau pontife. Melozzo mourut, comme on sait, le 8 novembre 14942.

Les ténèbres qui ont si longtemps enveloppé la personnalité du peintre romain Antonazzo ou Antoniazzo Aquilio sont aujourd’hui dispersées, grâce aux travaux de MM. Cavalcaselle et Crowe, Corvisieri et Bertolotti. Il résulte de nos documents qu’Antonazzo fut pendant un temps l’associé du Pérugin; ce qui ne donne pas une faible idée de sa réputation. Après avoir travaillé avec lui aux préparatifs du couronnement d’Innocent VIII, ils peignirent ensemble la porte de la chapelle Sixtine. La mention de ce paiement se trouve, une fois dans un registre des Archives d’État, au Campo Marzo, une autre fois, avec une date différente, dans un registre des Archives Secrètes du Vatican. Ce dernier registre ajoute un détail précieux, à savoir que les 83 florins constituant le versement furent comptés entre les mains de «magister Petrus de Perusia».

Sur les travaux exécutés à Rome, pendant le pontificat d’Innocent VIII, par un autre colloborateur du Pérugin, Bernardino Pinturicchio, une simple mention suffira ici: le lecteur trouvera à cet égard les plus amples détails dans l’Histoire de la Peinture italienne de MM. Cavalcaselle et Crowe (édit. allem., t. IV, p. 217-273) et dans la savante monographie de M. Schmarsow: Pinturicchio in Rom. J’ignore si un document du 14 décembre 1484, relatif à une fourniture de plâtre, se rapporte à Bernardino Pinturicchio ou à son obscur homonyme et compatriote Bernardino di Piero, qui était fixé à Sienne en 1484-1485, c’est-à-dire précisément vers l’époque à laquelle appartient notre document.

A ne considérer que les travaux courants confiés à Pier Matteo Serdenti d’Amelia, on pourrait croire que nous avons affaire à un peintre en bâtiments, et non à un peintre d’histoire. A chaque instant, en effet, nous le voyons chargé d’ouvrages infimes. Mais un témoignage contemporain, auquel on n’hésitera pas à ajouter foi, nous montre que la réputation de ce maître ne se bornait pas à la cour pontificale et à Rome: en 1482, l’un des députés de l’œuvre du dôme d’Orvieto, désirant voir s’achever les fresques de la chapelle neuve, dont la décoration avait été commencée par Fra Angelico, proposa à ses collègues de s’adresser à Pier Matteo d’Amelia; il insistait toutefois sur la nécessité de lui faire subir un examen préliminaire. Nous ignorons si l’on donna suite à cette proposition, mais nous pouvons affirmer qu’à partir du règne d’Innocent VIII Pier Matteo exécuta pour la cour pontificale des travaux très considérables. A un certain moment la Chambre apostolique lui devait une somme relativement élevée.

Antonazzo, alors dans toute la force de son talent, ne dédaigna pas de s’associer avec lui. En 1485 les deux maîtres peignirent des étendards destinés au Capitole, aux citadelles de Civitavecchia, de Cervetri et de Bénévent.

Les historiens du Palais de Venise, l’ancien palais de Saint-Marc, ont tous ignoré l’existence d’un important cycle de peintures décoratives conservé jusqu’à nos jours dans ce monument, le plus imposant de ceux que la Première Renaissance a laissés à Rome. J’éprouverais quelque embarras à faire ici mon mea culpa, si je ne me trouvais en si bonne compagnie. Aussi bien l’exploration du palais n’était-elle pas des plus faciles à l’époque où j’habitais la Ville éternelle.

Ces peintures, au nombre de douze, ornent la salle qui avoisine les archives de l’ambassade d’Autriche et représentent les Travaux d’Hercule, ainsi que des Enfants jouant.

M. Ulman produit toute une série d’arguments qui militent en faveur de Pollajuolo. Il est disposé à croire que celui-ci travailla au palais de Saint-Marc dès 1471; il reconnaît toutefois qu’il n’est pas impossible qu’il y ait travaillé sous le pontificat d’Innocent VIII, entre 1489 et 1491.

Dès la première année du pontificat d’Innocent VIII, le cardinal Giuliano della Rovere avait essayé de fixer Mantegna à Rome, pour achever les Stances du Vatican. Enfin, en 1488, Innocent VIII obtint du marquis de Mantoue à force d’instances que celui-ci lui abandonnât pour une couple d’années l’illustre artiste que les princes de l’Italie entière se disputaient. De 1488 à 1490, Mantegna décora pour lui une petite chapelle située dans le palais apostolique.

La description que Taja (1750) et Chattard (1767) nous ont laissée des fresques de Mantegna semble avoir échappé aux historiens de l’art; MM. Cavalcaselle et Crowe notamment, dans leur belle Histoire de la Peinture en Italie, ne l’ont pas connue: ils se bornent à dire que «nous savons seulement de ces fresques qu’elles représentaient entre autres, le Baptême du Christ.» Si cette double description n’est pas inédite et si elle n’est pas de nature à nous consoler de la perte d’un ensemble véritablement merveilleux, elle nous fournit du moins le moyen de classer un certain nombre de dessins de Mantegna, en les rapprochant de telle ou telle des scènes de la chapelle.

Particulièrement suggestive et féconde fut la présence à Rome de l’habile et frivole Filippino Lippi. C’est vers 1487 que le cardinal Oliviero Caraffa l’appela pour lui confier la décoration de la chapelle de Santa-Maria sopra Minerva. Vasari nous a laissé sur ce travail des détails curieux, que tous nos lecteurs connaissent. Cependant Filippino avait dès 1487 accepté la commande de la décoration de la chapelle des Strozzi, dans l’église Santa Maria Novella de Florence. Une lettre qu’il écrivit de Rome, le 2 mai 1489, à Filippo Strozzi a pour but de faire prendre patience à son client. Un mot encore: la décoration de la chapelle Strozzi traîna singulièrement en longueur: elle ne fut achevée qu’en 1502.

Je termine par des notices sur quelques artistes moins connus.

« Christophorus Colonella pictor» travaille en 1491 pour le chapitre de Saint-Pierre, qui lui confie divers travaux à San Biagio della Pagnotta.

« Evangelista pictor de Sutrio» est employé en 1485 par le même chapitre: il peint pour lui des écussons destinés aux cérémonies .

« Magister Paulus pictor» est locataire du chapitre de Saint-Pierre, pour un loyer d’un florin.

« Magister Petrus de Senis pictor» reçoit, en 1487, un paiement pour des peintures exécutées au Palais apostolique.

Je citerai encore, comme ayant travaillé à Rome, pour l’église Sant’Agostino, au temps d’Innocent VIII, le peintre Nardo. Cet artiste fut chargé, en 1487-1488, de menus travaux de restauration (« per arraconciare lo crucifixo che fo della bona memoria de mastro Paolo... — per fare repegniare et acconciare la Nostra Donna et Joseppe per lo presepio»).

A propos de la construction d’un «nuovo palazzo» dans une localité qui n’est pas nommée, mais qui me paraît être Viterbe (car c’est de cette cité qu’il est question dans une série de registres congénères), un registre des Archives du Campo Marzo signale un certain «Guian (ou Janni) Jacomo de Mastro Andrea pentore» qui exécuta, en 1487-1488, les peintures du «bussulato» et des «palchi» de ce palais (Patrimonio, Tesoreria generale, 1487-1488, fol. 138).

Parmi les peintres verriers fixés à Rome sous ce pontificat, nos documents nous font connaître les trois suivants:

« Magister Johannes vitrarius», qui reçoit, le 27 février 1485, un paiement de 18 florins pour deux fenêtres exécutées «in capella palatii in sancto Petro cum armis... Sixti» (ce travail remonte donc au pontificat de Sixte IV).

« Mastro Philippo de Pesaro vitrero», qui arrange, en 1485, deux fenêtres de la sacristie de l’église Saint-Augustin.

« Mastro Juliano Romano che fa la finestra de vetro a Torre Sanguinea.» Cet artiste travaille, en 1488, pour la même église de Saint-Augustin.

Un mot aussi sur les peintres en miniature. En 1485, Innocent VIII employa comme miniaturiste «magister Joachinus», identique soit à Giovacchino di Giovanni de Sienne, soit à Giovacchino de Giganti. De 1491 à 1496 nous rencontrons à différentes reprises sur les registres du couvent de Sant’Agostino le nom d’un certain «Gregorio miniatore». Cet artiste enlumina un Antiphonaire, des Offices, un livre de baptême et de décès, un Psautier.

CHAPITRE II

Table des matières

TRAVAUX EXÉCUTÉS A ROME. — ORGANISATION DU SERVICE DE LA VOIRIE. — LE PALAIS ET LA BASILIQUE DU VATICAN.
LES «MAGISTRI VIARUM» ET LES TRAVAUX D’ÉDILITÉ

Table des matières

L’impulsion donnée par Sixte IV aux travaux d’édilité avait été si puissante que longtemps encore elle se perpétua sous son successeur Innocent VIII.

Quelques mots d’abord sur les personnages qui présidèrent à ces travaux.

En 1485, l’office de «magister stratarum et ædificiorum Urbis» est tenu par «Jeronymus de Triosanis», avec «Jacobus de Palonibus» comme notaire; le premier reçoit 100 florins par an, le second 40 (M. 1476-1485, fol. 102 v°). Ces traitements restèrent les mêmes pendant tout le pontificat d’Innocent VIII. En 1486, l’office est rempli par trois fonctionnaires touchant chacun 100 florins: «Laurentius de Cafarellis, unus ex magistris ædificiorum almæ Urbis», Clemens de Tuscunella», et «Petrus Paulus Antonii, civis romanus, submagister stratarum et ædificiorum urbis» (M. 1484-1488, fol. 79 v°). Le notaire attaché aux dits fonctionnaires est «Conradinus de Antiochia». En 1487, nous trouvons en fonctions «Cola de Porcariis et Marcellus Capitis ferri» (ibid., fol. 80); en 1489 «Baptista de Archionibus et Lellus de Subbatariis, cives romani» (M. 1489-1492, fol. 63); en 1490 «Marius de Mellinis et Paulus de Brancha», avec «Conradinus de Antiochia et Franciscus de Taschis», comme notaires; en 1491, «Marius Millinus et Lelius de Subbateris» (ibid., fol. 64 v°).

Voici maintenant le détail des travaux. Le 5 octobre 1484 « magister Marcus (de Dulcibus?) de Florentia murator» reçoit 22 florins de 10 carlins et 16 bolonais «pro 16 cannis XVI matonati per eum facti a cappellis Sancti Angeli usque ad palatium» (A. S. V., vol. 511, fol. 154).

Le 9 décembre de la même année, un bref est adressé à «Ludovicus de Marganis» et à «Franciscus de Alberinis» pour la mise en état d’une série de rues.

Le 21 mai 1485. «Albericus magistri Gabrielis murator» reçoit 25 florins «in deductionem reparationis viæ descendentis a Montemalo prope ponticellum» (autres versements en date du 25 mai et du 17 juin 1485: A. S. V., vol. 511, ff. 211, 220).

Le 31 mai 1485, le trésorier pontifical verse 100 florins à maître

« Bartholomeus Philippi Lombardi [alias Lombardozus] in deductionem expensarum stratæ extra Portam Turrionis». (Autre versement de 200 florins, le 17 août 1485, et de 100 florins le 26 octobre (A. S. V., Intr., vol. 511, ff. 214, 232; vol. 512, fol. 159.)

Le 23 mars 1487, 130 florins sont versés aux «magistri viarum, in deductionem pretii mattonatus et pavimenti Campi Florum» (M. 1487-1488, fol. 30 ve).

Le 15 mars 1488, «magister Roellus Johannis de Mediolano» reçoit 30 florins, «in deductionem sui salarii (et) mercedis certi laborerii per eum facti in matonando plateam Campi Floræ » (A. S. V., vol. 516, fol. 104).

En 1492, Innocent VIII confirme aux chanoines du Panthéon, à l’encontre des «Magistri viarum» le droit de louer «bancos per totam plateam» ; il défend en même temps de démolir les maisons qui appartiennent au chapitre.

Sulpicius cite en outre le pavage du cirque de Flaminius (voy. ci-dessus, p. 44).

LE PALAIS DU VATICAN ET LA BASILIQUE DE SAINT-PIERRE A LA FIN DU XVe SIÈCLE

D’après la Chronique de Schedel (Nuremberg, 1493).


LE PALAIS DU VATICAN

Table des matières

Au Palais du Vatican, Innocent VIII entreprit des travaux grandioses, à côté du portique commencé sous Pie II, et dans le voisinage immédiat, ou, plus probablement, sur les fondations mêmes du palais commencé sous Paul II (1485).

Cet édifice, que l’on aperçoit distinctement sur les vues anciennes, comprenait cinq étages; il renfermait, au premier:

« magnum Rotæ auditorium, Registra Pœnitentiariæ, Bullarum, Supplicationum. Plumbum» ; au second, «Dataria, Secretaria Brevium, magistri Domus habitatio» ; au troisième: «aula nobilissima, cum multis cubilibus, laquearibus aureis et picturis ornata», où furent reçus solennellement l’empereur Charles Quint et bien d’autres souverains.

La façade du palais d’Innocent VIII semble avoir manqué de caractère et de parti pris: percée de fenêtres rectangulaires, sauf au premier étage, où elles étaient cintrées, dépourvue de colonnes et de pilastres, dans le genre du palais de Saint-Marc, elle n’offrait aucune ligne monumentale. A cet égard, elle contrastait d’une façon fort désavantageuse avec la superbe loge de la Bénédiction, d’un style si pur, qui se dressait à côté d’elle.

Particulièrement célèbre était la grande salle du Palais, commencée, si l’on en croit Vasari, sous Pie II, terminée sous Innocent VIII .

Il est souvent question, au XVIe siècle, du palais construit par Innocent VIII et des appartements qui le composaient. En 1520, lorsque la partie du Vatican habitée par Léon X s’effondra, le pape se réfugia dans ce corps de bâtiment. En 1535, Negro, parlant d’un certain Monsignor, s’exprime ainsi: «La stantia sua è in palazzo del papa, in le stantie che fece papa Innocentio.» En 1560, Cosme Ier de Médicis et sa femme y reçurent l’hospitalité.

En 1610, le palais d’Innocent VIII fut démoli pour faire place à la façade de la nouvelle basilique de Saint-Pierre.

D’après Mgr Barbier de Montault, la porte, à vantaux de bronze, qui donne aujourd’hui accès dans le palais du Vatican, du côté droit du portique, proviendrait des constructions d’Innocent VIII. Ces vantaux, garnis de gros clous taillés en pointe, ont été restaurés en 1619 sous le pontificat de Paul V, qui y a fait placer ses armes et son nom.

LE PALAIS D’INNOCENT VIII ET SAINT-PIERRE EN CONSTRUCTION

D’après une gravure du XVIe siècle.


LE PALAIS D’INNOCENT VIII ET SAINT-PIERRE EN CONSTRUCTION

D’après la fresque de la Bibliothèque du Vatican.


Description du Palais d’Innocent VIII par Pasquale Adinolfi.

Del Palazzo d’Innocenzo PP. VIII. Ed ecco resa la ragione per cui da questo lato incominciano i Palazzi Pontifici a far mostra di loro e quale (sic) più grande e quale meno contiguo alla Benedizione del Pontefice sorge quello d’Innocenzo Papa Ottavo. Puo dirsi ben picciolo a comparazione della grandezza de’Palazzi Apostolici, ai quali per lunga stagione servi come di Porta; però molto celebre divenne per gli usi a’ quali fu deputato.

So dal Diario di Stefano Infessura (ad an. 1471) che avesse voce di palazzo Delle Scale; e dommi a credere che l’avesse, o per essere aviscinato ai gradi della Basilica, o per gli altri, e non pochi, che mettevano alla sua porta. Questi veggionsi distintamente nella scenografia più moderna, dove la porta non è cosi bella e magnifica, quanto nella scenografia più antica. Non si sa capire il motivo che indusse a far credere al P. Bonanni, che fosse fatta costruire da Paolo PP. II. e rifare da Innocenzo VIII. Se Papa Innocenzo che fe murare il palazzo succedè a Sisto e questi a Paolo PP. II. dovè il Bonanni intendere altra porta che s’incomincio a costruirvisi. Non fu aperta nel mezzo del palazzo, e l’architetto fu costretto ad aprirla dove stà, per quel picciolo terrapieno merlato che giace tra la porta stessa ed i gradi della Basilica.

...In mezzo a due colonne sotto il loro architrave, fregio e cornice, su di lei posa un attico con scritta o bassorilievi rappresentanti forse Nostra Signora. Sull’attico si leva lo stemma pontificio d’Innocenzo VIII. o di qualche suo successore; stemma posto in mezzo ai due Principi degli Apostoli coperti nell’alto da un picciolo tetto, o cornici laterali da timpano; più su v‘ha un orologio che colla sua cornice arriva fino all’ultimo piano dell’edificio, sulla sommità del quale si alza il campanile con tre finestre per altrettante campane. Diverso nell’architettura, ma con queste stesse parti, se ne volle costruire, quasi sullo stesso sito un’altro ai tempi di Paolo PP. V; per opera dell’architetto Martino Ferrabosco, dapoi fatto demolire per comando di Alessandro PP. VII. dal Bernino, nel ricostruire la scala regia, e per dar termine secondo il suo disegno al moderno colonnato. Ora la porta ideata ed incominciata a costruire dal Ferrabosco, mostrando quanto v’era nell’ innocenziana, mi ha datato (sic) qualche lume per ragionarne.

Nella scenografia dipinta dopo l’epoca sistina, rimane solamente la porta fra due colonne e sotto il cornicione, e dell’ attico, apostoli, orologio e campanile non viè più immagine, per la ragione che altre porte davan l’entrata ai palazzi apostolici, e dessa fu incominciata a guastare volendosene architettura una nuova, e più conveniente alla maestà delle apostoliche fabbriche.

LA FAÇADE LATÉRALE DU PALAIS D’INNOCENT VIII

D’apгès un dessin de Grimaldi.


I piani del palazzetto innocenziano riguardati tutti insieme in ambo le dipinture, dovettero essere principalmente tre. Nella più antica tre finestre al piano terreno con molte altre finestrine, alcune delle quali sotto il primo piano, ed alcune altre sopra il secondo ed il terzo, fanno credere che il palazzo, tanto interiormente che esteriormente, avesse sofferto molte alterazioni, e da tre piani che furono in origine, essere stati aumentati per lo meno a cinque, de’ quali come principali non vanno disaminati che tre; nel primo de’ quali era assituato l’Auditorio della Rota co’ Registri della Penitentieria, delle Bolle delle Suppliche e col Piombo. (Bibliothèque Angelica à Rome. F. 6, 16, p. 184-187. Transcription de M. A. Monaci.)

1485, 8 juin. Flor. 250 de K. x... pro diversis reformationibus palatii ex quibus... mandati fuerunt fl. CL magistro Gratiadeo muratori. — A. S. V., vol. 511, fol. 217.

1487, 13 novembre. Flor. 56 de carl. pro flor. Magistro Antonatio pictori pro diversis operibus et picturis per eum factis in dicto palatio, ut particulariter apparet distincte in primo mandato registrato in Camera. — A. S. V., vol. 516, fol. 170 .

La villa du Belvédère.

Dans les jardins du Vatican, Innocent VIII fit élever une villa à laquelle il donna le nom de Belvédère. D’après Vasari, l’artiste chargé de dresser les plans du nouvel édifice n’aurait été autre qu’Antonio Pollajuolo. Le biographe ajoute que Pollajuolo, peu familiarisé avec la pratique de l’architecture, aurait abandonné à d’autres le soin de surveiller l’exécution de son plan. Sans vouloir révoquer en doute cette assertion, je me bornerai à faire observer que les documents produits plus loin ne contiennent pas le nom de Pollajuolo; ils présentent au contraire comme l’architecte du Belvédère un artiste que nous savons avoir exécuté d’importants travaux pour Innocent VIII aussi bien que pour ses prédécesseurs: Jacopo da Pietrasanta. Peut-être ce maître ne joua-t-il en effet que le rôle d’entrepreneur, ainsi que cela se pratiqua si souvent au XVe siècle. Étant donnée l’insuffisance des éléments qui nous sont parvenus, il serait téméraire de chercher à résoudre le problème.

Il résulte de nos documents que l’acquisition des terrains nécessaires à la construction nouvelle et à l’agrandissement des jardins du Vatican commença dès 1485. En 1487 «magister Thomas Mataracius» travaillait à la construction d’un mur dans la «vinea». A ce moment, l’édifice était fort avancé. Une inscription, conservée dans une des salles du Museo Pio Clementino, contient en effet cette date: «Innoc. Cibo Genuen. PP. VIII fundavit 1487.»

D’après Burchard et Infessura, la construction de la villa aurait coûté 60,000 ducats.

La villa du Belvédère était située à l’est, dans l’angle inférieur du parallélogramme formé par le palais et les jardins du Vatican, à droite en regardant Saint-Pierre et au bout des galeries par lesquelles Bramante relia, sous Jules II, le palais proprement dit à la villa.

D’après la planche publiée dans Li Giardini di Roma de Falda (Rome, vers 1680, pl 4), la villa avait la forme d’un château-fort crénelé, avec d’énormes soubassements. On voit sur la même planche la fontaine «della Galera» (n° 8) et le «cortile delle statue antiche» (n° 9).

A la villa se rattachait un «cortile» rectangulaire, avec les armoiries du Pape, soutenues par deux «putti», en terre cuite émaillée, sur une des parois. M. Michaelis n’est pas éloigné de croire que les treize masques, qui d’après la tradition provenaient du Panthéon, auraient orné dès lors la villa.

L’intérieur de la villa contenait six pièces et une chapelle, toutes situées de plain-pied. La première pièce, la plus grande, mesurait 75 palmes de long sur 26 de large. La voûte, à lunettes, contenait des peintures ornementales, dont une partie était en camaïeu. On y voyait notamment les armoiries et devises d’Innocent VIII, un paon avec l’inscription: «Leauté passe tout», puis des enfants jouant avec d’autres paons, ou tenant qui des armes, qui des instruments de musique, qui des bouquets de fleurs, etc., etc. Les figures de saint Jean-Baptiste et de saint Jean l’Évangéliste décoraient également cette première pièce, dont l’ornementation servit certainement de prototype pour celle de l’appartement Borgia.

LE BELVÉDÈRE

D’après la Cosmographie de Sébastien Munster (1550).


LE BELVÉDÈRE VERS LA FIN DU XVIIe SIÈCLE

D’après la gravure de Falda.


La seconde pièce, enrichie de motifs d’architecture en stuc en trompe-l’œil et d’un soffite sculpté, contenait diverses peintures ornementales.

La troisième pièce reçut plus tard les deux Génies nus de Raphaël, tenant l’écu de Jules II.

LE BELVÉDÈRE

D’après le dessin de Heemskeerk.


Dans la quatrième pièce, qui était oblongue, l’ornementation n’était pas moins riche. On y voyait des figures à mi-corps (des saints chantant le plain-chant), des paysages, des vues d’architecture. Cette pièce donnait sur une loge.

De la quatrième pièce on repassait dans la troisième pour entrer dans la cinquième, plus petite, dont la voûte était divisée en trente caissons ornés d’arabesques.

La sixième pièce communiquait avec la première et avec la chapelle.

Chattard affirme que le pavement en couleurs qui ornait toute la villa était l’œuvre de Luca della Robbia; mais comme ce maître éminent était mort en 1482, nous ne pouvons avoir affaire qu’à une production de son atelier, peut-être d’Andrea della Robbia.

Je n’ai pas à retracer ici les vicissitudes ultérieures du Belvédère. Il suffit de rappeler que la villa, après avoir servi, sous Alexandre VI, de prison à Catherine Sforza, l’ex-souveraine de Forli et d’Imola, et avoir été transformée en musée sous Jules II, fut agrandie sous Grégoire XIII, par l’addition, à l’angle nord, de la «Tor de’ Venti» .

A la fin du XVIIIe siècle, Pie VI détruisit la majeure partie de la villa pour y installer le nouveau Musée Pio-Clementino.

Heureusement, Taja et Chattard, qui écrivaient peu d’années auparavant (1750 et 1762), nous en ont laissé une description détaillée, que j’ai reproduite dans l’Archivio storico dell Arte de 1889.

Une des salles actuelles des Bustes marque l’emplacement de la chapelle décorée par Mantegna. Une autre salle, celle des statues, a conservé, dans les lunettes de la voûte, la date 1487, les armes d’Innocent VIII, soutenues par deux anges musiciens et un paon faisant la roue, avec la devise LEAVTE PASSE TOVT. La voûte reproduit en relief les armes d’Innocent VIII et six médaillons du pontificat de Pie VI, peints., avec les ornements, par Unterperger.

LA BASILIQUE DE SAINT-PIERRE

Table des matières

Le Ciborium de la Sainte-Lance.

Dans la basilique de Saint-Pierre, les travaux entrepris par ordre d’Innocent VIII furent variés plutôt qu’importants. On affirme que ce pape fit continuer la loge de la Bénédiction commencée par Pie II. Il fit également commencer, près de la chapelle Sixtine, une sacristie, que Jules II fit agrandir, ainsi qu’il résulte du témoignage d’Albertini.

Sa fondation la plus intéressante fut celle du Ciborium de la Sainte-Lance, construit sur l’emplacement d’une chapelle élevée par Grégoire III, et qui, à la fin du xve siècle, tombait en ruines. Innocent VIII n’eut toutefois pas la satisfaction de voir terminer ce monument; il chargea en mourant les cardinaux Lorenzo Cibo et Pallavicini de le mener à fin, ainsi qu’en fait foi une inscription conservée de nos jours encore dans les Grottes du Vatican.

Le «ciborium» ou tabernacle comprenait les figures sculptées des quatre Évangélistes et celles des quatre Docteurs, d’une hauteur d’une palme et demie.

Lorsque l’on démolit, en 1507, la chapelle du Sauveur pour faire place au nouveau Saint-Pierre, le ciborium et les autres ornements furent transportés dans la dernière nef de droite de la basilique. En 1606, le ciborium fut à son tour détruit. Grimaldi rédigea, à cette occasion, un procès-verbal dont on trouvera le texte dans l’Archivio storico dell’ Arte de 1891.

Un dessin de Grimaldi, inséré dans le recueil de la Bibliothèque Barberini (XXXIV, fol. 71), nous a conservé la reproduction de ce monument en miniature. C’était un édicule élevé sur un plan carré et appuyé au pilier de gauche de l’arc triomphal. Chaque côté était composé d’une arcade flanquée de pilastres dont les bases étaient ornées des armoiries pontificales. Sur la frise de la façade, l’inscription: «INNOCENTIVS VIII, CIBO GENVENSIS. P. M...». Dans l’arcature, au-dessus de l’autel entouré d’une balustrade percée d’une porte, une peinture représentant le Pape agenouillé aux pieds de la Vierge qui se montrait à lui dans des nuages.

Ce croquis est tout ce qui reste du retable de Pinturicchio mentionné par Vasari: «il exécuta à Saint-Pierre, dans la chapelle où se trouve la lance qui a percé le flanc du Christ, un tableau a tempera avec une Madone plus grande que nature.» Quelque incomplet qu’il soit, le dessin de Grimaldi, inconnu aux biographes du maître, offre donc une information des plus précieuses et on me saura gré de l’avoir mis au jour.

L’arcade supérieure comprenait une balustrade, puis un nouvel édicule orné de pilastres ou de colonnes engagées (on ne distingue pas bien leur nature sur le dessin). Au centre de cet édicule, que couronnait une coupole minuscule surmontée d’une lanterne, on voyait, sculptés en bas-relief, deux anges en adoration devant le fer de la Sainte-Lance.

Le dessin, qui ne reproduit que la façade du ciborium, nous laisse ignorer où se trouvaient les bas-reliefs actuellement exposés dans les Grottes Vaticanes. Les huit médaillons étaient probablement répartis dans les écoinçons tant de l’arcade principale que des arcades latérales.

LE CIBORIUM DE LA SAINTE-LANCE

(BASILIQUE DU VATICAN)

D’après un dessin de Grimaldi.


Aujourd’hui les fragments du ciborium conservés dans les cryptes du Vatican comprennent: I. l’inscription (Dionisio, pl. XII. — Barbier de Montault, n° 23); II. les médaillons en marbre blanc des quatre Évangélistes, à mi-corps, nimbés, avec un livre et une plume pour attributs; chacun d’eux est accompagné de son symbole (Dionisio, pl. XXIX, nos 1, 2; XXX, nos 1, 2. — Barbier de Montault, nos 52-55); III. les médaillons de saint Jérôme, en costume de cardinal, un livre à la main, de saint Augustin en évêque, de saint Grégoire et de saint Ambroise en évêque, le fouet à la main (Dionisio, pl. XXIX, nos 3, 4; XXXI, nos 1, 2. — Barbier de Montault, nos 59, 62, 64, 65); IV. deux Anges debout de chaque côté de la porte et adorant la relique. Au-dessus d’eux le Saint-Esprit (Barbier de Montault, n° 67 bis); V. un bas-relief avec une porte sur laquelle sont sculptés deux Anges adorant la Sainte-Lance et la Sainte-Éponge (Barbier de Montault, n° 203); VI. un bas-relief analogue, avec cette différence qu’au dessus de la porte on voit le Christ souffrant de saint Grégoire (Dionisio, pl. LXXIV, n° 3. — Barbier de Montault, n° 213).

Les pièces comptables nous laissent ignorer le nom du sculpteur à qui l’on doit ces bas-reliefs. C’est assurément quelque maître de la suite de Mino de Fiesole.

Le Tombeau d’Innocent VIII.

Sur l’exécution même de ce tombeau, chef-d’œuvre d’Antonio Pollajuolo, je n’ai pas à offrir de documents nouveaux. Je me bornerai à rappeler que, d’après une note découverte par H. Janitschek dans le Codex Magliabechianus, cl. XVII, fol. 33, ce monument aurait coûté 4,000 ducats. L’ouvrage était terminé en 1498, car la translation des cendres eut lieu le 30 janvier de l’année en question.

Le tombeau occupa cette place jusqu’en 1606, époque à laquelle on dut le transporter ailleurs, à cause des travaux d’achèvement de la nouvelle basilique de Saint-Pierre. Ce fut à cette occasion que l’archéologue romain Grimaldi rédigea un intéressant procès-verbal que j’ai publié dans l’Archivio storico dell’ Arte de 1891.

La Fontaine de la place Saint-Pierre.

En 1490, au témoignage d’Infessura et de Burchard , Innocent VIII fit commencer la construction de cette fontaine (terminée sous Alexandre VI), qui passait de son temps pour une des plus magnifiques de l’Italie.

La fontaine d’Innocent VIII a été démolie par Paul V, mais tout vestige n’en a pas disparu: une des vasques sert aujourd’hui encore de bassin à la fontaine située à la droite de l’obélisque.

La représentation de ce monument nous a été conservée par le peintre Giovanni della Maria dans la dernière des fresques du troisième corridor du palais du Vatican. On y voit deux conques superposées; celle de dessus, la plus petite, se reliant à celle de dessous au moyen d’un support surmonté de quelques monticules, armoiries d’un des papes qui ont restauré la fontaine.

Il est vrai que, d’après Adinolfi, cette fontaine serait différente de celle qui est décrite par Infessura et qui fut remaniée par Alexandre VI. Celle-ci, en effet, qui n’avait pas sa pareille en Italie, était en marbre de Paros, et tout ornée de sculptures; des ours, ajoute Adinolfi, supportaient les bassins. Mais ici j’arrête l’excellent topographe romain: n’aurait-il pas commis un léger contre-sens en nous parlant d’ours? «Cum duobus urcis rotundis», lit-on dans le texte publié par M. Tommasini. Il s’agit évidemment de deux vasques rondes, en latin «urceum» ou

« urceus», et non d’ours.

Un document provenant des Archives du Vatican ajoute un détail à ceux qui viennent d’être rapportés: il nous apprend que la fontaine était décorée d’ornements en métal, fondus ou ciselés par l’orfèvre Alonso.

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15 ocak 2025
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451 s. 220 illüstrasyon
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4064066335496
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