Kitabı oku: «La Vie des fleurs»

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Eugène Noël

La Vie des fleurs


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066307370

Table des matières

I.

II.

III.

IV.

V.

VI.

VII.

VIII.

IX.

X.

XI.

XII.

XIII.

XIV.

XV.

XVI.

XVII.

XVIII.

XIX.

XX.

XXI.

XXII.

XXIII.

XXIV.

XXV.

XXVI.

XXVII.

XXVIII.

XXIX.

XXX.

XXXI.

XXXII.

XXXIII.

XXXIV.

XXXV.

XXXVI.

XXXVII.

XXXVIII

XXXIX.

XL.

XLI.

XLII.

XLIII.

XLIV.

XLV.

XLVI.

XLVII.

XLVIII.

XLIX.

L.

LI.

LII.

LIII.

LIV.

LV.

LVI.

LVII.

LVIII.

LIX.

LX.

LXI.

LXII.

LXIII.

LXIV.

LXV.

LXVI.

LXVII.

LES FRUITS

I.

II.

III.

IV.

V.

VI.

VII.

VIII.

IX.

X.

XI.

XII.

XIII.

XIV.

XV.

XVI.

XVII.

XVIII.

XIX.

XX.

XXI.

XXII.

XXIII.

XXIV.

XXV.

XXVI.

XXVII.

XXVIII.

XXIX.


I.

Table des matières

COURT PRÉLIMINAIRE.

Il me semble d’autant plus à propos de s’occuper des fleurs, que le goût s’en est fort répandu depuis un demi-siècle. Partout dans les campagnes, jusque chez les plus pauvres, se montre le petit jardin, orné de plantes gracieuses et presque toujours disposé avec goût. Qui n’a remarqué aussi, dans ces dernières années, la beauté de nos jardins publics? Outre le nombre presque incroyable de fleurs importées en Europe depuis un siècle, ce qui caractérise l’ornementation florale moderne et constitue vraiment une révolution dans l’horticulture, c’est la disposition des fleurs par grandes masses. Leur effet se trouve ainsi centuplé, et la plus simple plante y prend quelquefois un éclat inattendu.

Il s’agit donc, lecteur, de donner quelques instants d’attention, non pas à ce livre, mais aux fleurs elles-mêmes. L’admiration sera éveillée ici, non sur des beautés littéraires, mais sur les magnificences de ce monde végétal, si légèrement observé par la plupart des hommes.

Que n’a-t-on pas dit sur la beauté des cieux? Mais on oublie les splendeurs de la terre, plus touchantes peut-être, en ce qu’on y sent mieux l’association de l’homme et de la nature.

Ce que je sais et ce que je dirai ici des fleurs, je l’ai appris seul, au hasard, souvent sans livres, et c’est ce qui a fait pour moi le charme de cette étude. Vous verrez dans ces pages combien il est utile, pour sentir ce qu’il y a d’imposant et de mystérieux dans la création, d’en démêler soi-même, dès l’enfance, les principaux éléments; la science ainsi commencée est bien plus vraie. Étudions d’abord dans notre jardin; par cette étude, qui sera vraiment nôtre, nous nous créerons une base solide sur laquelle nous pourrons ensuite ériger ce bel édifice de la science, formée de l’observation de tous les autres hommes.

Je ne suivrai de règles dans ces causeries que l’inspiration du moment, tantôt triste, tantôt gaie. Je veux aller en sautillant de fleur en fleur comme l’insecte. J’aurai plaisir à reporter un peu nos pensées vers les choses de la nature. Nous y trouverons quelques instants d’un repos agréable, et nous n’en serons que plus frais, plus vigoureux ensuite, pour reprendre, vous et moi, lecteur, nos occupations habituelles.

II.

Table des matières

PREMIERS MAITRES DES ENFANTS. — LES JARDINS.

J’ai toujours eu un jardin à ma disposition, et je m’en suis trouvé si bien, que souvent je me suis dit qu’un jardin était indispensable à l’éducation d’un jeune homme. Il est bon que l’enfant voie et touche la nature dans sa réalité avant de l’étudier dans les livres; mieux qu’aucun catéchisme, elle lui révélera l’existence et la majesté du Créateur. Je ne voudrais pas qu’on le conduisît de prime saut à ces merveilleux résultats de la science moderne, produit de quatre mille ans d’accumulation et d’étude. Le monde a eu son enfance, il faut que tout homme ait la sienne aussi: laissez-le, dans ses premières années, en présence du ciel et de la terre, trouver sa voie lui-même, faire, défaire et refaire ses petits systèmes à mesure que son intelligence se développe, et aussi à mesure qu’il augmente le nombre de ses observations. Presque toujours il se formera des choses précisément les idées que l’on retrouve à l’origine des sciences. Il arrivera ainsi plus légitimement aux systèmes actuels; il sera plus indulgent pour les antiques erreurs, et comprendra mieux aussi que nos systèmes scientifiques, si admirables qu’ils soient, doivent aller en se perfectionnant encore. Il saura, par sa propre expérience, comment l’esprit humain peut rester dans les voies de la vérité, tout en détruisant ses anciennes croyances.

Si les sciences, à l’état où nous les voyons aujourd’hui parvenues, avaient été brusquement révélées au monde dès le premier jour de la création, le monde en serait resté pour toujours hébété.


III.

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L’ÉCOLE DES FLEURS. — SAINT BERNARD ET BERNARD PALISSY.


J’aime à me figurer nos anciens sages, nos anciens chercheurs, sous la forme de vieillards errant dans la campagne. Ils ont beaucoup vécu, beaucoup souffert: ils sont tristes, mais pleins d’espérance. Ils interrogent les fleurs. «Monde innocent qui nous consolez, disent-ils, qui rendez à nos cœurs un peu de votre calme, le suc exprimé de vos feuilles n’adoucirait-il pas les souffrances du corps? Molène, si douce au regard, n’apaiseras-tu point quelqu’un de tant de maux?»

Et ces vieillards inventaient l’art de guérir par les simples; ils créaient la botanique, la médecine...

Un religieux célèbre voulait que dans le jardin de chaque couvent on cultivât un carré des fleurs les plus belles, afin d’y avoir à louer le Seigneur. Saint Bernard avouait qu’il n’avait eu d’autres maîtres que les chênes et les hêtres.

Et combien d’autres se formèrent à la même école! que d’âmes s’y sont consolées! Le pauvre potier de terre, Bernard Palissy, disait: «Je n’ai trouvé de plus grande délectation en ce monde que d’avoir un beau jardin.»

Tous les arts ont emprunté aux fleurs quelqu’un de leurs secrets. Le statuaire Auguste Préault me faisait remarquer dans quelques iris des modèles de la plus élégante architecture.

«Puissance et beauté, disait-il, sont ici réunies.

— Mais, ajoutai-je, si chaque plante, prise isolément, confond notre imagination, que dire de l’ensemble du règne végétal? La nature en a fait la parure du globe; c’est lui qui donne leur aspect aux différents pays. Et quelle richesse! quelle variété ! quelle abondance merveilleuse! Que sont les animaux sur la terre, comme embellissement, au prix de ce nombre incroyable de végétaux partout verdoyants?»


IV.

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ROSIER DU BENGALE. — LIS BLANC ET POIS-FLEUR. SEMIS DE POISSONS ET DE CAILLOUX. DISTINCTION DES TROIS RÈGNES.

Le jardin dans lequel je passai mes premières années, d’une étendue fort restreinte, était très-retiré, très-solitaire. De grands murs l’entouraient, tapissés de vignes que, par bonheur, on ne taillait presque jamais. Je passais là des journées entières à planter et à déplanter, à regarder croître mes plantes. Les premières que je remarquai, que j’aimai d’un véritable amour, furent un rosier du Bengale et un lis blanc. Souvent je m’asseyais entre mes deux préférées, et, tantôt avec l’une, tantôt avec l’autre, je faisais les plus étonnants dialogues. Je les sentais si bien vivre avec moi d’une vie commune, que volontiers je les aurais appelées sœurs, comme faisait un anachorète dans son désert: Soror, arnica mea, cicada... (0 ma sœur la cigale!) On me voyait pleurer lorsqu’il arrivait quelque accident à mes fleurs. Je n’ai battu qu’une seule personne en ma vie: ce fut une petite fille (je me le reproche bien), laquelle m’arracha, au moment où il allait fleurir, un pois-fleur que j’avais semé de ma main et cultivé avec des soins que vous ne croiriez point. Je l’élevais dans un pot, et il ne me quittait en aucune circonstance. Aux repas, je le posais près de moi, et, lorsque j’apercevais quelque part un rayon de soleil, aussitôt j’y portais mon pois. Les enfants du voisinage se moquaient de moi; mais que m’importait, pourvu que mon pois vécût! J’entrais dans le ravissement, dans l’extase, dans des rêves sans fin, lorsque je venais à considérer qu’une si jolie plante était venue d’un petit grain noir, tout sec, mis dans un peu de terre.


Ce qui vous étonnera peut-être beaucoup, c’est que, dans mon enthousiasme à ce spectacle de la végétation, je crus que toute chose poussait de la même manière. Je n’avais pas fait encore la distinction des trois règnes. Je dis fait, car on ne me l’a point apprise. J’y suis arrivé moi-même; voici de quelle manière:

Un jour que l’on avait chez nous mangé de l’alose, ce poisson m’ayant paru excellent, j’en recueillis les arêtes et courus les planter dans mon jardin. Je les arrosais soir et matin; mais, hélas! rien ne poussait. Après avoir attendu longtemps avec une patience admirable, je les déterrai. Que trouvai-je? L’histoire ayant été sue, l’on se moqua de moi; je vis bien alors que certaines choses poussaient, se formaient, naissaient autrement que les plantes.

Croyez qu’aucun livre à cet âge (je n’avais pas plus de six ans) ne m’eût donné cette idée de la naissance, de la formation, de la croissance des choses. J’aurais paru sot peut-être avec d’autres enfants déjà docteurs; en réalité, j’étais plus avancé que la plupart d’entre eux: mon ignorance tâtonneuse était plus vraie que leur science. Mais vous croirez peut-être que j’invente l’article suivant: je m’avisai un jour de planter des cailloux.


Cela vous fera rire. Quoi de plus naturel? Emu de ce grand et insondable mystère de la naissance des êtres, je demandais le secret de son existence à toute créature. Je suis convaincu que les premiers chercheurs, les premiers savants ont fait des expériences qui paraîtraient à nos savants actuels aussi primitives que celle de planter des cailloux.

Je les déterrai, voyant que rien ne poussait; mais je ne les trouvai point pourris comme les arêtes. Je tins compte de cette différence, et déjà je commençais à soupçonner que les animaux ne se formaient pas de la même manière que les plantes. Je comprenais bien aussi que les cailloux n’appartenaient ni à l’une ni à l’autre catégorie; mais comment poussaient-ils? Comment poussaient les animaux? Et c’étaient des rêves, des rêves!...

Mon père me raconta, un soir, la manière admirable dont le bon Dieu s’y prit, dans son jardin, pour créer le premier homme. d’un peu de terre, en soufflant dessus. Le souffle, c’était l’âme.

Je n’en pus dormir de toute la nuit. Dès l’aurore, je cours au jardin, je prends de la terre, la pétris, lui donne, de mon mieux, la ressemblance humaine; puis. ayant placé ce chef-d’ œuvre entre mon rosier du Bengale et mon lis, comme en un lieu sacré, me voici soufflant dessus de toutes mes puissances. Quel trouble! quelle attente! Qui pourra rendre cette scène? Je soufflais; rien ne remuait. M’en prenant alors à la faiblesse de mon haleine, je cours demander un soufflet.

«Pourquoi faire? me dit-on.

— Pour donner une âme à mon homme.»

Mais ce furent des éclats de rire nouveaux...

V.

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GERMINATION.

Je n’étais pas toujours malheureux dans mes expériences. Je plantai un jour une graine que je ne connaissais pas, trouvée dans du café ; il me poussa un beau palma-christi qui fit mon admiration et ma joie durant tout un été. Je plantai des marrons d’Inde, et ils poussèrent; mais que de fois je les déterrai pour voir ce qu’ils devenaient! et combien je fus ravi d’arriver tout seul à établir cet aphorisme: Quelle que soit la position du marron, la racine, en crevant son enveloppe, ne manquera pas de pousser en s’enfonçant dans la terre, tandis que la tige trouve toujours moyen de se dresser vers la surface du sol. Tout seul aussi, je découvris que les plantes cherchaient la lumière, se tournaient vers elle, et, quoique beaucoup plus tard, j’arrivai de moi-même encore à penser que les feuilles exerçaient une action, chimique sur les rayons solaires. Je n’avais pourtant de ce phénomène qu’une preuve bien grossière: il me paraissait que la lumière entourée de feuillage perdait pour nous je ne sais quelle propriété malsaine. L’invention du daguerréotype m’a prouvé, depuis, que j’avais raison, en montrant que la partie verte des plantes enlève précisément à la lumière l’élément qui agit sur la plaque daguerrienne. Aussi les feuilles vertes étaient-elles, dans les premiers temps, difficilement reproduites par le procédé photographique.



VI.

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SEMIS ET BOUTURES.

Outre des marrons, je regardai germer, les déterrant chaque jour, des pois, des fèves, des lentilles. Je cultivai jusqu’à du tabac.

Ayant su que beaucoup de plantes se pouvaient reproduire autrement que par graine, c’est-à-dire en mettant en terre un fragment de leur tige, — ce qui était précisément la réalisation, dans le règne végétal, de l’expérience tentée par moi dans le règne animal, lorsque j’avais voulu, avec des arêtes, reproduire du poisson, — j’appris de bonne heure à faire des marcottes, des boutures, etc. Pour m’exercer dans cet art, je mis en morceaux les ravenelles de notre jardin et un beau jasmin blanc. Je me procurai par ce moyen une jolie collection d’œillets. Cependant je préférais obtenir mes plantes de graines, principalement celles qui offrent les plus nombreuses variétés. Le plaisir était dans l’attente de la première floraison, qui toujours m’offrait l’imprévu. Les œillets de poëte, à cause de cela, étaient une de mes plantes favorites.


Les anémones aussi me charmaient par leur variété de couleurs, d’aspects, de mélanges. Les pavots, les coquelicots leurs frères. le pied-d’alouette aux couleurs si variées et si tendres, je semais tout cela en abondance, ainsi que les balsamines et reines-marguerites qui, chaque année, avec les chrysanthèmes, aux derniers soleils d’automne, closent, par un adieu splendide, la saison des fleurs.

Chaque semaille, pour ces plantes, est comme un mouvement du kaléidoscope.

J’achetai plus tard des oignons de tulipe; mais je me gardai bien d’en demander la couleur: je me ménageais le plaisir de la surprise, d’autant plus charmant avec la tulipe, que, privée d’enveloppe extérieure, on la voit se peindre et se nuancer sous l’influence des rayons solaires.

Vous cherchez le secret de la photographie coloriée? Demandez-le aux fleurs, elles le savent et le pratiquent à ravir.


VII.

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FLEURS-PENDULES. — PISSENLITS-BAROMÈTRES.

Que de séances je passai à voir des soleils suivre, en s’inclinant vers la terre, le mouvement de l’astre dont ils portent le nom et dont ils imitent audacieusement les rayons! J’en arrivai au point que ces fleurs me servaient d’horloge. Je savais qu’il serait l’heure du repos lorsque mes soleils prendraient une certaine inclinaison.

Mes plantes me fournissaient d’autres instruments’ encore, entre autres, d’excellents hygromètres dont l’usage ne tarda pas à m’être familier.

Dans un coin inculte, à l’entrée du jardin, croissaient de nombreux pissenlits, plantes qui poussent, dit-on, par toute la terre. Je courais demander chaque matin à leurs brillantes fleurs jaunes si la journée serait belle; car ces fleurs d’une sensibilité singulière, qui se ferment aux approches de la nuit, ne s’ouvrent jamais dans les jours de pluie.

Comment n’a-t-on pas fait encore une météorologie botanique? Le pissenlit y jouerait un beau rôle. Est-ce pour rien que la nature l’a fait croître partout et fleurir dans toutes les saisons?


VIII.

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LES GRAMINÉES.

Cette multitude d’herbes si variées, si vivaces, qui recouvrent la terre infatigablement, et dont les feuilles sans queue semblent ne faire qu’un avec la tige qu’elles enveloppent à leur base, fixèrent mon attention. Je semai quelques grains d’avoine. Je reconnus avec grande surprise que cette plante était aussi une herbe (herbe était pour moi alors l’équivalent de graminée); je remarquai très-bien qu’à sa naissance elle sortit de terre sans les deux grosses feuilles nourricières, ou cotylédons que j’avais observés chez mes autres plantes, et dont tout seul je découvris l’usage. J’enlevai à des fèves ces deux grosses feuilles laitières, et je les vis mourir d’inanition. De moi-même encore, j’arrivai à cette grande division des plantes, fondée sur l’absence ou le nombre des cotylédons, quoique je n’aie eu connaissance que plus tard de ce nom scientifique.

Outre les pissenlits, il poussait dans ce coin sauvage de beaux bassinets d’or, du seneçon aux graines voyageuses, des pâquerettes, du plantain; le mouron étalait jusqu’au seuil de la maison sa douce et familière verdure et ses petites fleurs blanches, qui me semblaient, comme des yeux, diriger du fond de l’herbe leurs regards vers le ciel. J’admirais aussi, sur les grands murs, une riche végétation de chélidoines et de ravenelles sauvages. Une chose m’étonna: ce fut de voir des cailloux déposés dans un endroit humide, à l’ombre, se couvrir de mousse.

Malheureusement, la petitesse de ces plantes ne me permit pas de les observer... Le microscope, qui me manquait pour cela, et dont j’entendis parler, me parut dès lors un instrument sacré.



IX.

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LES INSECTES.

Au milieu de mes fleurs, méditant sur l’existence de tous les êtres, je commençai à m’occuper beaucoup des insectes. Ceux qui, les premiers, appelèrent mon attention, furent les petites vacotes chanteuses que je ne manquai pas de trouver sur mon lis. Toutefois, mes études sur ce joli coléoptère ne furent pas poussées très-avant, et je n’appris que plus tard son véritable nom. On l’appelle le criocère. Il est vrai que quelques savants ne se sont point contentés de ce nom et qu’ils ont voulu, en y ajoutant une épithète insultante, rappeler au charmant chanteur qu’il fut autrefois le misérable ver que l’on trouve également sur le lis, enveloppé d’immondices. La nature ne lui a donné aucun autre moyen de se préserver contre la voracité des oiseaux. Pourquoi donc cette appellation cruelle?


X.

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LES LIMAÇONS.

Ma première observation sérieuse fut faite sur les limaçons. Ce que je voulais savoir absolument, c’était si le limaçon, en grossissant, était obligé de changer de coquille, ou bien si sa maison grandissait avec lui. J’avais trouvé plusieurs fois dans la terre des coquilles vides, et je désirais connaître si chacune de ces coquilles avait une origine indépendante de celle du personnage. J’en pris un, le plus petit possible; je l’enfermai dans une bouteille de verre, et, lui donnant des feuilles régulièrement, j’eus la joie de m’apercevoir, après très-peu de temps, que seigneur et château grandissaient ensemble.


J’ignorais totalement qu’il y eût des livres sur toutes ces choses. C’était un bonheur, me trouvant par là forcé d’apprendre tout seul à épeler dans la nature. Les livres ont peut-être cet inconvénient, dans l’enfance, qu’ils nous désapprennent à trouver de nous-mêmes. Je sus lire de très-bonne heure, mais mon père ne me donna de livres de science qu’après sept ans.


XI.

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PASSION POUR UNE GIROFLÉE. MÉDECINE DES BÊTES.

J’ai parlé en commençant de mes premières amours pour un rosier du Bengale et un lis; mais bientôt je m’épris de passion pour une giroflée. Elle était si belle, si fraîche; on respirait autour d’elle un si doux parfum, que vous l’auriez aimée comme moi. Mon cœur, en y pensant, s’attendrit encore! J’ignore jusqu’où s’étend la fraternité humaine; mais je sens, en dussiez-vous sourire, des liens mystérieux entre la plante et moi. Si l’on n’aime pas une pierre, on peut aimer un brin d’herbe. Pourquoi? Parce qu’il vit.


Ce sentiment vous étonne... mais il existe au fond de nos âmes. Peut-être en vous est-il resté silencieux, si votre vie s’est écoulée dans le monde des villes; mais puissent ces notes l’éveiller dans votre cœur! C’est ce sentiment que vous retrouvez dans Virgile, dans La Fontaine, et qui leur inspira à tous deux cette tendresse infinie pour la nature.

Les peuples d’Orient, profondément rêveurs, et plus en rapport par cela même avec les animaux et les plantes, ont pu devoir à ce sentiment d’être les grands révélateurs. Leurs chants, leurs poëmes ont été, pour ainsi dire, le soupir de la nature entière. Ils ont amicalement, patiemment interrogé toute créature comme envoyée de Dieu, et toute créature, en sa langue, leur a donné sa voix pour les constitutions religieuses qu’ils ont léguées à la terre.

Le monde savant d’à présent dédaigne trop ses maîtres d’autrefois. A Dodone, les chênes parlaient; certains chevaux, dans l’opinion des Germains, participaient de la prescience divine:


Deorum illos conscios putant, dit Tacite. Et ne voyons-nous pas, dans la Bible, une ânesse instruire Balaam. de la part même du Seigneur?

Combien d’inventions précieuses dues aux animaux! Les cerfs ont découvert la vertu du dictame pour enlever les flèches d’une plaie.

Les hirondelles, celle de la chélidoine contre le mal aux yeux.

L’ibis inventa l’usage qui fit autrefois la fortune des apothicaires.

Les serpents se font eux-mêmes très-bien l’opération de la cataracte.

Les ramiers, les perdrix, les merles, les choucas, bêtes prudentes, se purgent une fois l’an avec de la feuille de laurier.

La chèvre, sujette à avoir la vue trouble, se l’éclaircit au moyen d’une saignée qu’elle se pratique elle-même en s’appuyant contre la pointe d’un jonc.


L’hippopotame, contre la pléthore, a recours au même remède en appuyant contre une veine de sa cuisse un roseau aigu.

Etc., etc.

Toute la médecine, suivant Pline, nous serait venue des bêtes. Bien est-il vrai qu’elles en ont deviné quelque chose.

XII.

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LES FLEURS S’AIMENT.

Les hommes souvent, dans la légende antique, avaient été changés en bêtes, en arbres, en fleurs.

Et pourtant, en fait de fleurs, les anciens n’en savaient guère plus que je n’en savais à sept ans. Ils ne savaient pas qu’elles ont des sexes et des amours; ils ne savaient pas qu’elles respirent, qu’elles excrètent, qu’elles se nourrissent comme nous; qu’il faut à chaque arbre, à chaque plante sa nourriture particulière, nourriture souvent considérable. Le grand soleil, par exemple, exhale près de soixante grammes de liquide par heure; et l’on a vu des citrouilles augmenter d’un kilogramme par jour.

Ils ne savaient pas surtout ce merveilleux échange qui se fait incessamment des animaux aux végétaux, ceux-ci exhalant pour nous l’oxygène, tandis que, par la respiration, nous leur renvoyons l’azote et le carbone. Ils ne savaient pas qu’animaux et végétaux sont dans leur existence si indissolublement solidaires les uns des autres, qu’ils ne pourraient être séparés un instant sans que leur mort commune et la dissolution du monde s’ensuivissent.

Hélas! je ne le savais pas plus qu’eux lorsque, dans mon enfance, j’aimais d’instinct cette belle giroflée.


XIII.

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PHILOSOPHIE ET CHENILLES.

Ce fut tard, après bien des expériences encore, que j’arrivai aux livres; mais je sentis dès ce temps-là que l’on ne peut séparer l’étude des fleurs de celle des insectes. J’élevai des chenilles, et, sans rien savoir d’avance, j’eus cette joie, que je ne pourrais peindre, de les voir changer de peau, filer, tomber en léthargie, se transformer en papillons.


Je fis là-dessus des réflexions; je me dis que j’étais, moi aussi, comme la chenille; que mon existence actuelle serait peut-être suivie d’existences plus parfaites, de même que, sans doute, elle faisait suite à des vies antérieures moins développées. Cependant, objectais-je, je ne me souviens pas clairement d’avoir été autre chose que ce que je suis. Mais le papillon se souvient-il d’avoir été chenille?


XIV.

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OU FINIT LA PLANTE ET OU COMMENCE L’ANIMAL.

Je dois vous dire qu’il y a environ cent mille végétaux connus; il a donc fallu d’abord mettre de l’ordre dans la nomenclature de cette immense gerbe végétale. De là ces divisions et subdivisions par classes, genres, familles, etc.; mais ces divisions sont tellement arbitraires et les différences sur lesquelles elles reposent s’opèrent d’une famille à l’autre par gradations si peu marquées, que, sur beaucoup de plantes, les botanistes n’ont point su s’entendre, les uns plaçant dans une classe tel végétal qui, par d’autres, était placé dans la classe d’à côté. Qu’ils ne se soient pas accordés sur ce point, que Jussieu et Linné aient établi des classifications différentes, que d’après le système de ce dernier les graminées, par exemple, aient été disséminées dans cinq ou six classes, tandis que pour tous les autres elles forment une seule et même famille, cela importe peu.

Mais ce qui vous paraîtra bien digne de remarque, c’est qu’il soit difficile aux plus expérimentés de déterminer le point précis où finit la plante et où commence l’animalité. La transition est si peu sensible d’un règne à l’autre, qu’il est telle famille que l’on trouve, dans Linné, placée au rang des mollusques, et que Cuvier rejette parmi les végétaux.

Chose singulière! le point de contact a lieu, non pas, comme vous pourriez croire, des plantes les plus parfaites aux animaux les plus imparfaits; les deux règnes se tiennent, au contraire, par leurs commencements, par leurs points de plus grande imperfection, par leurs ébauches, par leurs créatures les moins formées: c’est en quelque sorte une embryogénie commune. Les deux mondes partent des infusoires et semblent suivre quelque temps une même ligne qui se bifurque à peu près aux zoophytes et aux mollusques, pour s’en aller en se végétalisant d’un côté, et de l’autre en s’animalisant.


Linné dit:

Natura sociat plantas et animalia: hoc faciendo non connectit perfectissimas plantas cum animalibus maxime imperfectis, sed imperfecta animalia et imperfectas plantas combinat. — Naturœ regna conjunguntur in minimis.

«La nature associe les plantes et les animaux. En faisant cela, elle ne joint pas les plantes les plus parfaites aux animaux les plus imparfaits; mais elle unit ensemble les plantes imparfaites et les animaux imparfaits. Les règnes de la nature se tiennent par leurs plus petits êtres.»

Ce serait un travail infini de suivre les savants dans leurs mille et mille systèmes de classification. Qu’il vous suffise de savoir qu’ils ont pris généralement pour point de départ de leurs méthodes les organes de la reproduction, c’est-à-dire la fleur. Le nombre des étamines (organes mâles), la forme du pistil (organe femelle), le nombre ou la disposition des pétales, etc., etc., ont servi de bases aux diverses classifications.


XV.

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COMMENT VIVENT LES PLANTES. LEURS MÉNAGES.

NOBLES LILIACÉES. — FAMILLE DES CRUCIFÈRES. LES VÉNÉRABLES LÉGUMINEUSES.


Quoique j’aie de très-bonnes raisons pour ne me pas lancer jusqu’à vous décrire les merveilles de l’anatomie et de la physiologie végétales, il faut bien que je vous dise pourtant le nom des différentes parties de la plante. Ne craignez pas, toutefois, de me voir vous définir savamment quelle partie a reçu le nom de feuilles, quelle autre celui de racines, etc. Ce que vous savez aussi bien que moi, je ne prendrai pas la peine de vous le dire. Je vous rappellerai seulement que, par la racine, à l’aide de petits suçoirs, la plante se nourrit, et qu’elle respire par les feuilles. La puissance de succion exercée par les racines est telle qu’elle peut élever une colonne de mercure plus haut que ne le fait dans le baromètre la pression atmosphérique. J’ajouterai, si vous voulez, que la queue de la feuille, en langage scientifique, s’appelle pétiole, et la queue de la fleur pédoncule; que, si la fleur est une fleur en grappe, en touffe ou en ombelle, comme il arrive aux carottes, aux œillets de poëte, aux lilas et à l’acacia (ou robinier), la petite queue qui supporte chaque fleur prise isolément se nomme pédicelle.

Sans doute, après un tel exposé, vous voilà déjà, comme M. Jourdain, ravi que l’on ait pu imaginer tant de belles choses sur un si simple sujet. Cependant, vous n’en êtes encore qu’à l’A b c, et je continue ma leçon.


Si vous effeuillez une fleur en allant du dehors au dedans, dans un très-grand nombre de plantes vous trouverez d’abord le calice, partie qui, primitivement, a servi d’enveloppe au bouton, et qui maintenant reste sous la corolle, qu’il supporte. Les petites feuilles, souvent vertes et quelquefois colorées, dont il se compose, s’appellent sépales. (Étudiez sur les renoncules, où vous trouverez un très-beau calice à cinq sépales.) Après le calice vient la corolle ou couche nuptiale.

Formée des plus riches tentures, la corolle est la joie de la plante; c’est d’elle que la plante est fière, et l’herbe la plus humble se sent, par sa corolle, fille aimée de la nature entière. La corolle des fleurs, bâtie de mille manières, ressemble tantôt à un dais somptueux que vous croiriez le travail des fées, tantôt à une nacelle aérienne où les époux sont balancés, durant leurs jeux, par un sylphe invisible. La nature a déployé là toute sa magnificence; et, pour moi, je ne saurais voir, sans en être touché, combien elle nous apprend à respecter la famille par les soins, les tendres précautions, par les agréments même dont elle entoure ces humbles ménagea. Non-seulement elle peint à plaisir le lit nuptial, mais elle l’embaume des plus suaves parfums.

Comment vous dire maintenant que les pièces dont se compose la corolle ont reçu des savants le nom de pétales?

A l’intérieur de la corolle, vous remarquerez de petits filets attachés aux pétales par leur base et surmontés d’une espèce de sachet ou tampon couvert de poudre. Ce sont les maris, que les savants ont nommés tristement des étamines. La poudre dont ils sont couverts est le pollen ou poussière fécondante; les sachets qui la contiennent s’appellent les anthères. Enfin, tout à fait au centre, vous apercevez l’épouse ou pistil.

Enlevez à la fleur son calice, sa corolle, ses étamines, vous remarquerez à la base du pistil un petit renflement: c’est l’ovaire. Ouvrez ce renflement, vous y verrez poindre déjà de petits œufs.

Le pistil est creux dans toute sa longueur. Vous pouvez voir une ouverture à son extrémité supérieure; cette ouverture est le stigmate, presque toujours en contact avec les anthères: c’est par cette ouverture que s’introduit dans l’ovaire la poussière fécondante ou pollen. Le long fil au sommet duquel se trouve le stigmate a reçu le nom de style.

Toutes ces parties, du reste, vous apparaîtront on ne peut plus clairement dans le lis, sauf que vous n’y trouverez point le calice; mais c’est une des plantes où l’on peut le mieux étudier la structure de la fleur. Vous observerez avec la plus grande facilité :

1° Que la couche nuptiale du lit se compose de six pièces ou pétales;

2° Que les étamines, chargées d’une abondante poussière jaune, y sont au nombre de six également;

3° Que le pistil, très-grand, est surmonté d’un stigmate à trois lèvres.

Or, toutes les fois que vous trouverez dans une plante ces caractères réunis joints à des racines bulbeuses, vous pourrez prononcer que cette plante appartient à la noble et brillante famille des liliacées.

Observons toutefois que les botanistes modernes ont nommé périanthe ce que j’appelle la corolle dans les liliacées, et ont enlevé le nom de pétales aux six pièces qui le composent; d’autres ont fait un calice de trois de ces pièces un peu plus extérieures que leurs compagnes, comme on peut s’en convaincre en observant la fleur, et ils ont réservé pour les trois pièces placées plus intérieurement le nom de corolle, etc., etc. Je vous en prie, ne les contrarions pas là-dessus.

Les crucifères, autre famille très-connue, très-précieuse aux tempéraments lymphatiques, se reconnaissent en ce qu’elles ont:

1° Calice à quatre sépales inégaux de deux en deux;

2° Corolle à quatre pièces disposées en croix;

3° Six étamines, dont deux plus petites que les autres;

4° Pistil grand et gros, à peu près rond, avec deux lèvres seulement.

Je ne vous ai parlé de cette famille des crucifères que parce qu’elle renferme, outre la giroflée que j’ai tant aimée, le cresson (la santé du corps), le thlaspi des jardins, si joli en bordures; la ravenelle, la bourse à pasteur, si étroite et si plate, hélas! la julienne, le cochléaria, le chou, ce roi du potager; les raves et radis, le colza, le navet, compagnon du chou dans le pot-au-feu des bonnes gens; la lunaire, ainsi nommée pour ses grandes gousses rondes.

Que d’autres familles, célèbres par leur magnificence ou par les services qu’elles ne cessent de rendre à l’humanité, qu’elles nourrissent, consolent et soulagent!

Est-il rien de plus brillant, de plus précieux, de plus utile à tous, que ces vénérables légumineuses, parmi lesquelles vous trouvez les pois, les fèves, les lentilles, nourriture du pauvre; le sainfoin, la luzerne, les trèfles, nourriture des bestiaux; le genêt, parure de nos coteaux; le cytise, le baguenaudier, l’arbre de Judée, les pois-fleurs, les lupins, que Virgile, je ne sais pourquoi, appelait tristes; la sensitive, l’indigotier, qui nous a fait faire tant de voyages dans l’Inde; l’arbre au cachou, et enfin, ô gloire de la pharmacie! la réglisse; l’arbre à gomme arabique, le tamarin, la casse et le séné.


XVI.

Table des matières

VERTUS DES PLANTES.

Notons en passant que nous devons aux Arabes la connaissance des purgatifs anodins, tels que la manne, le séné, les pruneaux, le tamarin. Quelques médecins, alléguant que la nature devait donner à chaque contrée des remèdes pour tout, voulurent exclure les plantes exotiques; mais les herboristes intervinrent et prétendirent n’admettre que les simples ce qui causa un soulèvement universel des apothicaires.

Les plantes furent donc classées, non suivant leurs caractères anatomiques ou physiologiques, mais d’après leur utilité médicinale.

C’est ainsi que nous eûmes:

Les apéritives, que l’on employait pour ouvrir; les astringentes, qui servaient à fermer; les béchiques, qui facilitaient la toux; les céphaliques, contre les maux de tête; les diurétiques, les émollientes et les rafraîchissantes; les carminatives (vous vous rappelez bien que le malade imaginaire prend un petit remède carminatif); les fébrifuges, qui avaient le quinquina pour roi et pour reine la petite centaurée, jolie fleur rose de nos champs; les purgatives, où trônait le jalap; les vomitives; les vulnéraires, les antiscorbutiques, les détersives, pour déterger; les stomachiques, les spléniques, les maturatives; en un mot, des plantes pour tout faire.


XVII.

Table des matières

TEMPS ANTÉDILUVIENS.

Mais j’aurais voulu qu’en histoire naturelle, comme en histoire, on recherchât pour toute classification l’ordre chronologique et synchronologique. Dans mon système, chaque famille eût été une date. J’aurais fait marcher de front la formation et le développement des deux règnes, animal et végétal, et l’on eût vu chez moi comment l’apparition de telle plante avait pu être contemporaine de celle de tel animal; car une modification quelconque, une manifestation nouvelle de la vie dans le règne végétal, ne saurait avoir lieu sans déterminer dans le règne animal une modification analogue et un développement qui y correspondent.

Les forêts antédiluviennes, forêts immenses, gigantesques, dont les débris submergés nous ont fourni la houille, n’étaient composées que d’arbres monstrueux, pour ainsi dire organisés à la hâte, croissant au milieu des vapeurs d’un ciel sombre et pesant, sur un terrain tiède encore et mal affermi. Qu’était alors la nature animale? Composée de crocodiles informes, d’hippopotames, de lézards amphibies et volant dans une atmosphère épaisse, formée en grande partie d’acide carbonique, elle n’offrait que des créatures à peine dégrossies; tout y était à la fois un peu poisson, un peu quadrupède, un peu oiseau. La vie, sous toutes ses formes, ne s’est spécifiée que peu à peu et en se développant.


Un des premiers animaux terrestres fut cet effroyable mylodon, dont les ossements fossiles nous étonnent encore; d’une grosseur énorme, ces monstres mal animés ne se remuaient qu’à peine. Ils se véhiculaient sur leurs membres informes avec la plus extrême lenteur. Lorsqu’ils voulaient manger, ils appuyaient de toute leur pesanteur leurs membres de devant contre le tronc d’un arbre, le renversaient et broutaient nonchalamment ses feuilles. Ces animaux, en petit, existent encore: ce sont les bradypes ou paresseux, de la famille des édentés tardigrades.

Le sol s’étant raffermi, refroidi, l’air devint plus léger; de nouveaux végétaux apparurent, qui amenèrent avec eux de nouvelles espèces d’animaux mieux caractérisées, plus vivantes.

Ainsi se fit et se continue la création. Les lichens, les mousses, les chaos (substance verte et quelquefois sanguinolente que l’on voit se former sur les pierres) furent les premiers essais du règne végétal; mais, dans le même temps, l’animalité s’essayait déjà par les conferves, par les polypes.

On voit se confondre dans une origine commune, non-seulement les animaux et les végétaux, mais encore les minéraux; car, parmi les algues ou hydrophytes des êtres ambigus sont vraiment placés sur les confins des trois règnes.

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Türler ve etiketler

Yaş sınırı:
0+
Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
206 s. 144 illüstrasyon
ISBN:
4064066307370
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
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