Kitabı oku: «Manuel du bon fermier: Cours théorique et pratique d'agriculture»
Gayme Aîné
Manuel du bon fermier: Cours théorique et pratique d'agriculture

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066333294
Table des matières
PRÉFACE.
INTRODUCTION.
LETTRE
ENTRETIEN PRÉLIMINAIRE.
CHAPITRE I. er
CHAPITRE II.
CHAPITRE III.
CHAPITRE IV.
CHAPITRE V.
CHAPITRE VI.
CHAPITRE VII.
CHAPITRE VIII.
CHAPITRE IX.
CHAPITRE X.
CHAPITRE XI.
CHAPITRE XII.
Principes généraux d’agriculture, d’après nos anciens maîtres.
MODÈLE DE BAIL A FERME.
Courtes réflexions sur le bonheur et sur les vicissitudes de la vie.
PRÉFACE.
Table des matières
CONNAITRE parfaitement les différentes qualités de ses terres, surtout l’influence qu’exerce l’atmosphère sur chacune d’elles; prévoir les travaux à faire, en surveiller l’exécution; apprécier les récoltes, étudier les causes de leur état de prospérité ou de maladie; appliquer les principes qui doivent être adaptés à chaque nature de culture; administrer ses produits avec soin et économie, sans blesser les intérêts de la société : tels sont les devoirs d’un propriétaire, soit qu’il se destine à faire lui-même exploiter ses terres, soit qu’il se borne à surveiller l’action de ses fermiers.
Pour remplir ces devoirs avec fruit, il faut instruction, vigilance, et une sévère économie de temps et de moyens.
En agriculture, celui qui n’a pas acquis assez d’expérience, s’il a le malheur d’avoir une trop grande ambition, se ruinera aussi facilement qu’en toute autre entreprise mal conçue.
Le climat n’est pas partout le même, et l’on n’a pas partout la même qualité de terre, les mêmes débouchés, les mêmes besoins; par cette raison, il n’existe pas en agriculture des principes généraux qui puissent s’adapter à tous les pays.
L’instruction est le résultat de l’expérience dans les meilleures pratiques de la culture, appliquées aux localités, et la connaissance de tous les détails de l’économie rurale.
Un grand nombre d’auteurs distingués par leur érudition et par leur expérience, ont écrit une quantité de volumes sur la culture; mais, soit que le prix de ces ouvrages ne puisse être à la portée que d’un petit nombre de propriétaires, soit encore que ces principes, si savamment décrits, ne puissent être appliqués à tous les pays, les personnes peu instruites ne peuvent pas en tirer un grand avantage.
M. le Marquis Costa est le seul, de nos jours, qui ait présenté un système général sur la culture des pays montueux.
C’est en 1774 que cet illustre Savoisien, ami de son pays, donna l’éveil à tous les cultivateurs, ensevelis dans un fatal engourdissement au milieu de leurs voisins, qui agissaient déjà avec énergie; et, dans l’intérêt de l’industrie et de la culture, il a enrichi son pays d’un traité, fruit de ses laborieuses recherches sur les meilleures méthodes applicables à la Savoie.
C’est à lui que je dois mes premiers élémens, qui m’en ont fait découvrir un grand nombre d’autres non moins utiles, que je tâcherai de développer dans cet ouvrage, sous la forme d’entretien. Le plus grand nombre des principes de culture et d’industrie propres à nos pays montueux, y seront traités dans le plus grand détail, et de manière à pouvoir être entendus par nos plus simples villageois: objet qui fixer sans doute l’attention de tous les propriétaires, et encore celle du Gouvernement, parce que l’industrie, devenue si nécessaire aux nations, pour le bien de chaque état, ne peut s’acquérir que par l’impulsion du Gouvernement et par celle des riches propriétaires.
INTRODUCTION.
Table des matières
ON se perdrait dans l’obscurité des siècles, si l’on voulait rechercher l’origine de l’agriculture, parce qu’elle n’est due qu’aux besoins que l’augmentation progressive de la société a fait naître.
Elle fut liée au système politique des Gouvernemens qui l’honorèrent et la protégèrent.
Sous les beaux jours de la République Romaine, elle y jouit des premières faveurs; mais’les richesses prodigieuses introduites dans la capitale du monde corrompirent le cœur de ces fiers conquérans. Les champs ne se virent plus alors sillonnés par ces grands capitaines couronnés de lauriers et décorés des honneurs du triomphe. L’agriculture ne tarda pas à se ressentir de la contagion.
Les guerres civiles et l’établissement du régime féodal, qui survinrent ensuite, ruinèrent le fondement social, en achevant de faire perdre à l’agriculture l’appui et le lustre qui lui étaient dûs.
Dès cet instant, aussi funeste au Gouvernement qu’aux mœurs, l’orgueil et la mollesse la reléguèrent entièrement dans la classe la plus abjecte de la société. Là, n’étant plus dirigée par un grand intérêt, elle subit le sort de ceux à qui elle fut confiée.
Les dévastations politiques de ces temps de barbarie durent nécessairement ruiner par les fondemens l’art auquel l’homme fut appelé par son Créateur.
A ce régime de fer, d’ignorance et de superstition, succéda la civilisation, qui a soumis la postérité à l’obéissance aux lois de l’État.
Dès cette heureuse régénération, quelques nations se sont élevées, par leur industrie et leur force, au degré de lumière de celles qui les avaient précédées dans les siècles éloignés.
Le peuple Anglais, que son caractère, son industrie et ses lumières placent au premier rang des nations agricoles, n’a porté la culture de ses terres à ce haut degré de perfection, que par l’effet de ses belles institutions.
Si donc l’agriculture est le premier des arts, celui d’où dérivent toutes les ressources de l’État et de l’industrie nationale, pourquoi la laisser languir plus long-temps dans l’ignorance de la plus grande partie des principes qui doivent la diriger? Pourquoi ne pas établir des écoles à ce sujet? Nous en avons cependant beaucoup d’autres bien moins utiles.
N’est-il pas nécessaire que celui qui se livre à l’intérêt commun de la société, connaisse 1.° les premiers élémens de son art? qu’il sache que c’est par l’air que toutes les plantes reçoivent leur principe de vie; que les tiges, les feuilles et les racines même sont soumises aux influences de l’atmosphère; que chacune de ces parties sont autant de suçoirs par lesquels il s’introduit, en y déposant ses sucs génératifs? 2.° Que c’est à l’humidité combinée avec la chaleur que les plantes doivent leur développement? 3.° Que les émanations solaires donnent la vie à tous les corps, en faisant fermenter les principes végétatifs qui résident dans la terre et dans l’eau? 4.° Que c’est encore à cet astre que toutes les plantes doivent le jeu admirable de la séve? 5.° Ne doit-il pas savoir aussi que les émanations solaires ne sont pas les seules qui concourent à la végétation; qu’il en est encore une autre douce et bénigne, qui s’exhale des entrailles de la terre, qui agit perpétuellement, qui tient toutes les racines dans un état de dilatation propre à se laisser pénétrer par les sucs terrestres? 6.° Qu’il sache encore que, dans le temps des frimats, où la nature paraît avoir oublié ses sujets, c’est alors que cette douce transpiration entretient les racines dans l’état de vie qu’elle communique à la tige? 7.° Qu’il sache enfin que l’intelligence humaine permet de diriger les effets que produit la combinaison de ces quatre élémens, dans lesquels, suivant les nouvelles découvertes, un grand nombre d’autres se confondent?
Quelques personnes répondront peut-être que l’agriculture est un métier assez facile de sa nature, pour n’avoir besoin d’aucune étude pour être appris.
Qu’ils voient, ces bonnes gens, ce que disent à ce sujet un grand nombre d’auteurs célèbres, entre autres Mr l’abbé Fleury, répété par Mr l’abbé Rollin!
Ces personnes, peu instruites, qui se glorifient d’avoir beaucoup d’argent, et peu de moyens pour en faire un noble usage, sont pardonnables, parce qu’elles voient tous les jours cultiver la vigne, les champs, les prés, les jardins; planter des arbres, les tailler, les greffer; récolter les fruits, les grains, les fourrages, les légumes, les raisins, et faire du vin, par des gens qui n’ont pas les premières notions de leur état.
Quant à moi, qui suis loin d’avoir la prétention de fixer l’opinion sur ce que je crois nécessaire pour le bien de mon pays, lorsque j’envisage cet art comme celui qui fournit à tous les besoins de l’État et même aux délices de la vie des personnes que nous regardons comme étant d’une condition élevée; lorsqu’enfin je l’envisage dans tous les détails d’une culture raisonnée et industrielle, j’y trouve un cours d’étude en théorie, en pratique et en morale, d’une bien vaste étendue.
LETTRE
Table des matières
De Mr de B. à M.r BARTHÉLEMI, à sa campagne de....
Genève, le....
Mon ancien et respectable ami,
VOUS vous rappelez que, l’année dernière, je fis l’acquisition, pour mon fils, de la terre de... Je vous marquai alors que je croyais avoir fait une assez bonne affaire en achetant un domaine mal administré ; mais j’étais loin de croire qu’il fût si ruiné. Les terres sont tombées dans un dépérissement effroyable depuis que Mr de L. est allé habiter Paris.
Le château, les promenades, les nappes d’eau, les jardins, enfin tous les objets d’agrément sont les seuls qui aient été soignés; toutes les fermes sont dans un état déplorable: la culture en est si mauvaise, que, cette année-ci, leur produit ne peut balancer les impôts et les charges de cette misérable administration établie par l’agent du Vendeur.
Tout est à créer pour remettre ces terres sur le pied où elles étaient du vivant de Mr de P. Mon fils paraît avoir pour cela d’assez bonnes intentions; mais il est neuf et très-neuf dans cette partie. Il vous remettra la présente, et vous témoignera de vive voix combien nous vous serons reconnaissais l’un et l’autre, si vous daignez le mettre à même de bien administrer ce commencement de fortune. Il aime, ainsi que moi, beaucoup cette situation; mais, eu l’état, nous ne pourrions nous décider à y résider, parce que rien ne serait plus ennuyeux pour nous que de vivre dans l’aisance, entourés de familles misérables.
ENTRETIEN PRÉLIMINAIRE.
Table des matières
MONSIEUR l’avocat, je suis bien flatté de la préférence que vous me donnez sur un grand nombre de gens de mérite, pour vous guider dans une carrière aussi neuve pour vous qu’elle vous paraîtra, dans son début, ennuyeuse et fatigante; mais, puisque vous avez pris la résolution de vous y livrer, je tâcherai de répondre de mon mieux à votre attente et à celle de mon vieil ami.
Tout ce que vous dites, ainsi que M. votre père, du dépérissement de cette terre, ne m’étonne nullement. De tels exemples sont fréquens, surtout lorsque ces domaines passent par succession entre les mains de gens que la fortune corrompt.
Mr D. L. n’est pas doué des qualités distinguées de son oncle, qui était, de son temps, un des plus habiles économistes du Genevois. Ce monsieur aime les plaisirs frivoles, qui ruinent sa fortune et sa santé ; mais ce n’est pas là notre affaire.
Vous me dites, Monsieur, que vous voulez remettre en valeur les terres qui dépendent de votre nouvelle acquisition. Cela est fort bien. Vous y trouverez les avantages de la fortune, et des jouissances qui équivaudront bien à celles que l’on peut goûter dans les villes; elles seront pures et exemptes de tous remords. Mais, pour vous mettre à même d’y parvenir rapidement et avec succès, nous entrerons dans tous les principaux détails d’une culture raisonnée sur des principes qui peuvent être adaptés à notre pays et à ceux de nos voisins.
Le plan de votre instruction sera dans les preuves de l’expérience que vous acquerrez par l’inspection des situations, par la connaissance des qualités des terres et des cultures. Ne craignez pas les détails minutieux, parce qu’ils sont nécessaires: ils amènent souvent de grands développemens des principes qui forment le jugement et qui sont l’unique barrière à opposer au torrent des mauvais usages.
CHAPITRE I.er
Table des matières
Dissertation sur les différentes natures de Terres.
LA première instruction de celui qui veut se livrer à l’agriculture, est celle de bien connaître les différentes qualités de terres qui composent sa propriété, afin de pouvoir leur appliquer avec succès les cultures les plus convenables, surtout pour celles qui entrent dans l’aménagement des assolemens.
Pour raisonner de la terre en observateur, il me semble pouvoir dire qu’elle n’est, en grande partie, qu’une décomposition de végétaux, de rocs plus ou moins accessibles aux influences de l’atmosphère, de vases déposées par les inondations, effets des révolutions terrestres.
Elle n’est composée que d’un sable très-menu, lié par un terreau plus ou moins mucilagineux, qui en forme un corps propre à la végétation.
Ces corps réunis sont propres à la production des végétaux, par le moyen des sucs nourriciers dont ils sont pourvus, qui se dilatent par les effets de la chaleur, de l’humidité et de l’air.
Sans la réunion de ces deux corps, tout resterait mort; et sans la réunion de la chaleur, de l’air et de l’humidité, tout serait encore neutre, parce qu’il ne pourrait s’opérer aucune transpiration.
Si le visqueux qui forme de ces sables un corps, en était séparé, la terre deviendrait infertile, comme elle l’est en certaines parties du globe.
C’est cette réunion, plus ou moins abondante, qui constitue les terres fertiles, les terres médiocrement bonnes, ou les terres mauvaises.
On peut dire encore que la terre, à la considérer comme un des quatre élémens, n’a aucune disposition première pour la végétation, sans la coopération des trois autres.
Maintenant, comme il s’agit de reconnaître la fécondité plus ou moins grande, ou la stérilité de chaque nature de terre, on peut dire avec assurance que toutes les nuances ne sont pas grandement essentielles pour en distinguer la qualité.
Les terres contiennent une assez grande quantité de sucs nourriciers; il s’agit seulement de mettre les racines à portée de pouvoir en profiter. Les terres ont des pores intérieurs; mais le plus souvent ils sont trop petits pour la filtration des eaux et la pénétration des racines; ou ils sont trop grands et quelquefois en trop grand nombre, pour que le jeu des racines puisse sucer les sucs qui leur sont propres: ce qui donne lieu de considérer les différentes terres selon qu’elles sont plus ou moins propres à la végétation, et plus ou moins fertiles.
Les terres profondes, d’un sable extrême ment fin, sont ordinairement très-visqueuses, par conséquent grasses et fortes; elles contiennent beaucoup de terreau, et sont propres à toute espèce de culture: elles se nomment terres franches. On en trouve de grises, de brunes, de blanches et de rousses. Les blanches et les grises sont les meilleures pour le froment; les autres, quoiqu’inférieures, sont néanmoins encore fort bonnes pour le grain.
Les terres calcaires sont celles qui proviennent d’une décomposition de roc de l’espèce; elles sont aussi grasses, fortes et amplement pourvues de suc nourricier. Sur les coteaux elles sont les meilleures pour la culture de la vigne.
Les terres fortes sont un mélange de calcaire et d’argile. Leur base est ordinairement glaireuse. Elles sont fertiles si elles sont cultivées avec soin.
Les crayeuses sans mélange sont ordinairement incapables de production. Il s’en trouve de différentes espèces: quelques-unes sont propres à la fertilisation des autres terres. Nous en avons dans ce pays une très-grande quantité, que l’on nomme marc, surtout en colline. Une partie est cependant en culture; mais il s’y trouve un mélange de terres végétales qui y ont été amenées par les éboulemens ou par les ravines. Elles sont, en colline, propres à la culture de la vigne blanche.
Les terres légères ou sablonneuses sont un mélange de sable et de gravier déposés par les torrens ou rivières. Le soleil évapore leur suc promptement. Le seigle y réussit passablement si les chaleurs ne sont pas trop prolongées.
Évitez donc toute recherche sur une plus ample distinction de terre; vous avez là un fondement suffisant d’opérations. Si vous en demandez davantage, vous ne saurez plus où vous fixer, parce que ces divisions s’étendant depuis la terre la plus forte, la plus grasse, jusqu’à la plus légère, on ne peut et on ne doit rien rechercher de plus.
On n’aura qu’à labourer profondément les terres fortes, par un temps convenable, et les terres légères par un temps un peu humide; donner à chacune de ces terres les cultures et les engrais qui lui sont propres, on verra que toutes les récoltes réussiront, et que le travail sera toujours amplement payé.
En principe, vous vous rappellerez que plus les terres sont mucilagineuses, plus elles contiennent de principe de vie, moins elles s’effritent par les labours d’été et par l’abondance des récoltes qu’elles produisent. Cependant, malgré toutes ces perfections, le cultivateur intelligent aura toujours soin de les conserver dans cet état de faveur par les engrais ou le repos.
CHAPITRE II.
Table des matières
DE LA VIGNE.
Ce chapitre contient tous les principes reconnus, par une longue expérience, pour être les plus conformes à la meilleure culture de la vigne.
D. M. Barthélemi, combien avez-vous de journaux de vigne dépendans de cette terre?
R. Soixante journaux: le journal composé de quatre cents toises de superficie carrée. La toise est de huit pieds de chambre, qui équivalent à huit pieds, quatre pouces, pied de roi ou de Paris.
D. Combien avez-vous de vignerons pour cultiver cette quantité de vigne?
R. Quatorze familles, indépendamment de mes gens, qui en cultivent huit journaux.
D. Quelle étendue peut en cultiver un homme seul?
R. Un journal au plus. Au reste, cette quantité doit encore être subordonnée à ses autres travaux.
D. Combien un journal peut-il rapporter de vin, commune faite de dix ans?
R. Dans un bon fonds, le rapport d’un journal de vigne en état peut se calculer sur douze à treize cents litres.
D. Toutes les vôtres sont-elles de cette catégorie?
R. Non, Monsieur; il n’y en a que quarante journaux en état; dix sont susceptibles de se rétablir, les dix autres ne le sont pas; je serai forcé de les faire arracher pour les renouveler.
D. Elles ne reposent donc pas sur un bon sol?
R. Quatre journaux seulement reposent sur un bon sol, qui est une terre calcaire; et la terre des six autres est un marc épuisé.
D Par ces seuls motifs, vous vous proposez de faire arracher ces dix journaux de vigne? Vous ignorez peut-être ce qu’il en coûte pour de semblables opérations? Cette idée me fait trembler pour les miennes qui sont dans le même état. Cependant un habile vigneron que j’ai consulté, m’a assuré qu’en les fumant abondamment et leur donnant de profonds labours, et répétant les binages en temps convenable, elles pourront se rétablir en cinq ou six années.
R. Il est bien possible qu’il vous ait dit vrai.
D. Mais comment l’entendez-vous donc, M. Barthélemi? Vous venez de me dire que vous en avez dix journaux qui exigent d’être arrachées; elles sont, d’après votre description, semblables à celles qui m’intéressent si fortement. Vous croyez qu’il soit possible de les rétablir en moins de cinq à six ans, et vous ne pouvez en faire autant aux vôtres?
R. Je dois connaître, Monsieur, tout ce qu’il en coûte pour arracher et replanter une vigne; mais je sais aussi, par expérience, que celles dont je vous parle ne peuvent se réparer qu’imparfaitement, en suivant les méthodes ordinaires, et que même la dépense excéderait encore celle à faire pour les arracher et les replanter.
Tout bon économiste doit, avant de commencer une réparation, avoir fait un compte très-détaillé de sa dépense, en la comparant au produit qu’il doit en tirer.
D. Avec d’aussi beaux calculs, vous allez cependant vous exposer à perdre pendant cinq à six années le revenu de dix journaux de vigne.
R. Cela est juste, Monsieur, et le revenu en vin sera même perdu pour un plus long temps, comme vous le verrez dans le cours de ce chapitre.
Prélude du dépérissement d’une vigne; causes qui nécessitent son renouvellement.
D. Comment la vigne a-t-elle pu s’épuiser dans le bon fonds où vous dites que sont ces quatre journaux!
R. Sa perte provient de cette quantité de chiendent que l’on nomme gramen, qui en a épuisé toute la substance végétale.
D. Ne pourriez-vous pas la rétablir par les engrais, et en même temps arracher ce maudit gramen?
R. Oui, Monsieur, la chose est praticable; mais, en même temps, elle devient beaucoup plus coûteuse et peut être dangereuse.
D. Je ne puis comprendre comment une opération qui se fait tous les jours peut être dangereuse et plus coûteuse que celle d’arracher et replanter.
R. Pour que vous puissiez saisir les motifs qui m’obligent à faire arracher cette vigne, il faut que vous sachiez que la racine de cette plante graminée est à la fois pivotante et traçante; qu’elle pénètre en pivotant, pendant qu’elle trouve de substance, dans les terres et fentes de roc calcaire; n’en trouvant plus, elle s’étend ensuite en traçant au-dessous des racines des ceps, auxquels elle dérobe toute la nourriture.
D. Il me paraîtrait qu’en rompant cette vigne assez profondément, par un temps sec, cette opération devrait faire périr celle racine qui se trouverait rompue à dix à douze pouces de profondeur.
R. Ce moyen, Monsieur, n’est pas suffisant, parce que cette racine se prolonge autant qu’elle peut pénétrer dans les bonnes terres et surtout dans celles calcaires; et si, par le labour que vous aurez fait, vous n’en avez pas extirpé l’extrémité, ce travail sera nul, parce que ce bout restant même à une profondeur de dix à douze pouces, se reproduira bientôt en surface, par l’effet des engrais que vous aurez été obligé de donner à ces ceps pour réparer les pertes qu’ils auront éprouvées par cette espèce de déchaussement; et même si vous n’avez le plus grand soin de l’enlever de dessus le sol, aux premières pluies elle poussera des racines à chaque nœud, quoique le soleil l’ait desséchée pendant plusieurs mois.
Cela est d’autant plus vrai, que, l’année dernière, après avoir fait brûler sur le sol même une très-grande quantité de cette herbe, quelques parties n’ayant pas été entièrement consumées, se sont régénérées et ont poussé, dans l’intervalle de quatre mois, des racines de cinq à six pouces de profondeur.
D. Il n’y a donc pas d’autre remède, pour se débarrasser de cette méchante herbe, que d’arracher la vigne en minant le terrain?
R. C’est le parti le plus sage à prendre lorsque votre vigne est épuisée par cette racine et par vétusté. Si cependant elle n’en est pas entièrement infectée, et que les ceps soient encore assez vigoureux pour supporter une fouille sous leurs racines, vous devez alors faire usage de ce moyen.
Par cette méthode, vous devez juger combien il doit en coûter, si, pour jouir promptement, vous faites cette opération à une vigne qui en soit complettement gazonnée; à moins cependant que la terre végétale de ce sol n’ait que peu de profondeur, que sa base ne soit marc ou terre froide: dans ces deux cas, la racine de ce gramen ne dépassera pas la profondeur de la couche de bonne terre; par les labours elle pourra facilement s’extirper et se détruire entièrement au moyen d’un binage donné à la séve du mois d’août.
D. Comment se fait-il, Monsieur, que vous qui apportez tant de soins à la culture, vous ayez laissé propager une si mauvaise plante?
R. Vous savez, Monsieur, combien les vignes ont souffert, ces dernières années, des intempéries qui ont fait périr une grande partie des ceps.
Cet accident, réitéré jusqu’en 1817, a paralysé les soins du propriétaire et a découragé le cultivateur, surtout dans des positions telles que celle-ci, qui est dépourvue de population.
Ainsi il ne faut point être étonné si, en certains cantons, on trouve des vignes en très-mauvais état, parce qu’il faut du temps et des bras pour les réparer, au lieu que deux ans de mauvais travaux ou une intempérie suffisent pour les détruire ou les ruiner pour longues années.
Choix du plant à faire pour planter une vigne, en raison de la qualité du terrain.
D. Dans ce mauvais fonds, que vous dites être un marc graveleux, quel lignage vous proposez-vous d’y mettre?
R. Du blanc, de l’espèce que l’on nomme jacquère.
D. Pourquoi donnez-vous la préférence au blanc et surtout à la jacquère, que l’on dit être un vin beaucoup inférieur à la verdane ou mondeuse blanche?
R. Le noir ne prospère jamais dans nos terrains graveleux, non plus que la mondeuse blanche. Ces ceps exigent une terre substantielle, au lieu que la jacquère se plaît dans les terrains graveleux, presque aussi bien que dans les calcaires; mais il faut souvent proviguer, parce qu’elle y vieillit promptement.
D. J’ai cependant observé des ceps blancs beaucoup plus vigoureux que les noirs, quoique plantés sur le même sol.
R. Si c’est sur marc ou terre graveleuse, vous avez dû en même temps reconnaître que ces ceps blancs, si vigoureux, n’étaient pas d’un âge au-delà de cinq à six années, à moins que ce ne fût une plantation nouvelle, parce que la végétation du lignage blanc étant toujours plus forte que celle du noir, dans ces qualités de terre elle l’épuise facilement, et ne peut par conséquent y veillir au delà de ce terme, à moins que l’on ne fume souvent.
Méthode que l’on doit suivre pour arracher et replanter une vigne.
D. Quelle méthode emploîtez-vous pour faire cette plantation?
R. Cette opération étant dispendieuse, outre les soins que l’on doit y apporter, elle ne peut donc se faire que progressivement. Comme le terrain n’est pas très en pente pour craindre, pendant l’hiver, des éboulemens qui sont souvent causés par de grandes pluies ou la fonte des neiges, aussitôt après la récolte, je ferai arracher une partie de cette vigne, par un bon minage de vingt pouces de profondeur. Au printemps, cette partie sera cultivée en pommes de terre, et fumée abondamment, pour ameublir autant que possible le marc porté en surface. La seconde année, elle sera cultivée en froment, sur lequel on semera du trèfle. La cinquième année, aussitôt que le sarment aura atteint sa parfaite maturité, je me hâterai, si le temps le permet, de faire planter.
Cette plantation se fera tout simplement avec des sarmens bien choisis, coupés aux ceps les plus vigoureux, en laissant à la taille un pouce et demi de bois de deux ans. Elle se fera par un second minage à fossé renversé, de vingt pouces de profondeur, sur quatre pieds de largeur. On aura soin de mettre au fond du fossé trois à quatre pouces de terre bien ameublie. Après cela, on couchera les sarmens bien en ligne. Si l’on a des fagotins, des feuillages ou du bois, on en garnira le fossé avant de le recouvrir, ce qu’il faudra faire avec beaucoup de précaution, en émiétant autant que possible la terre à mesure.
Les ceps en bon fonds doivent avoir une distance les uns des autres de quatre pieds au moins; et dans les terrains graveleux ou marc, de trois pieds. Cette distance doit être diminuée des deux tiers pour placer vos sarmens, parce qu’il est rare qu’il n’en périsse pas une grande quantité si le printemps est sec; mais s’il est humide, que les sarmens n’aient pas été endommagés en recouvrant, et que la terre qui couvre les boutons ait été bien ameublie, il est difficile qu’une plantation de l’espèce périsse au renouvellement de la séve d’août.
Si votre plantation se fait au printemps, vous devez avoir soin de couper vos sarmens avant la séve montante, les faire tremper quelque temps auparavant dans de l’eau grasse qu’il faudra renouveler tous les cinq à six jours, pour conserver à la taille sa verdure, qui est une preuve qu’elle n’est pas altérée, et que la peau n’en est pas détachée; car, si cela arrivait, les boutons ne vaudraient rien.
Avant de mettre tremper les sarmens, s’ils n’ont pas du bois de deux ans, il faut couper le bas près du premier nœud, parce qu’étant au-dessous du premier bouton, il est absoment inutile, et peut, en se cariant, faire périr le jeune cep; s’ils ont du bois de deux années, ils reprendront mieux que ceux qui n’en ont point, parce que les pores du crochet étant plus resserrés, il perdra moins de séve, et qu’entre le vieux bois et le nouveau il y a une quantité de petits yeux qui produisent des racines; et plus il y en aura, mieux ce sera.
En faisant ces plantations au printemps, il faut, à toute bonne fin, pour les prémunir contre la sécheresse, placer une rave à la taille de votre crochet, ou la garnir avec des cendres de lessive.
Dès que vos jeunes ceps auront poussé des jets de dix à douze pouces de long, il faudra en pincer le bout, et en faire autant l’année suivante en les ébourgeonnant; ne leur laisser alors que ce qui leur est absolument nécessaire; et s’il en repousse de nouveaux, il faudra en faire encore autant. Ces petits soins, qui ne coûtent presque rien, feront réussir votre plantation, et accéléreront de plusieurs années son rapport. 2
Lorsqu’un jeune cep pousse avec beaucoup de vigueur, il y a une autre règle à observer: il faut alors le pincer plus long qu’à l’ordinaire, autrement cette abondante séve lui ferait pousser une très-grande quantité de bourgeons par le pied.
Lorsqu’on a fait une plantation de l’espèce, soit en crochet ou ceps barbus, il faut biner souvent pendant les deux premières années. Le labour du printemps peut être fait de six à huit pouces de profondeur, et par un temps sec; mais les labours suivans ne doivent être que légers et en terre fraîche. Il faut renouveler les labours, ou, pour mieux dire, biner à mesure que les herbes y croissent, ou que la terre se serait trop affaissée par les grosses averses d’été. Ces binages, si le temps le permet, peuvent se prolonger jusqu’au mois d’octobre.
La troisième année, un bon labour au printemps et deux binages suffiront.
La quatrième année, vous coucherez et vous pourrez alors faire usage d’engrais chaud.
En faisant ces couchées, vous aurez le plus grand soin de diriger vos sarmens de manière à conserver vos distances et votre alignement, surtout si vous avez fait choix de différentes espèces de raisins, que vous aurez sans doute divisées par lignes. L’arrangement capricieux des ceps est défavorable à l’ordre dans l’assortiment des plants; et comme ce qui est nécessaire pour perfectionner les vins, par des mélanges étudiés, est de les gouverner avec règle, ces lignes étant chacune d’un même plant, seront toujours renouvelées du même. C’est le seul moyen d’en conserver l’espèce et en même temps la qualité ; d’ailleurs le travail qu’exige la vigne en sera beaucoup plus facile.
La quatrième année, si la floraison est sèche et chaude, la récolte vous payera déjà les frais de culture; mais si elle est humide ou froide, vos raisins couleront; le suc se portera tout entier au sarment. Dès la cinquième à la dixième année, vos récoltes vous auront couvert du capital et de l’intérêt de vos déboursés.
Si cette plantation est faite en lignage blanc, dans un terrain de marc graveleux, dès la dixième année, vous aurez soin de provigner le plus que vous pourrez, afin que votre vigne se conserve en état.
Moyen à employer pour rétablir promptement une vigne qui a été maltraitée, ou qui a souffert des intempéries.
D. Comment vous y prendrez-vous pour établir ces dix journaux, que vous croyez susceptibles de l’être?
R. Après la récolte, si elle s’est faite de bonne heure et que le beau temps paraisse devoir se prolonger, je ferai labourer aussitôt cette vigne comme elle devra l’être au printemps. Si l’hiver n’est pas trop rigoureux, cette vigne poussera beaucoup de bois et de raisins l’année suivante, ce qui donnera le moyen de remplacer les ceps qui auront péri par la gelée de l’année précédente.
Si l’on craint que l’hiver ne se manifeste trop tôt, on fera fumer avant tous les ceps qui paraîtront les plus vigoureux, et arracher tous les vieux, surtout ceux qui auront souffert. La taille du printemps se fera de bonne heure. L’année suivante on aura autant de sarmens qu’il sera nécessaire pour renouveler cette vigne par les provignemens.
D. Les frais de provignement peuvent-ils excéder le coût d’arracher et de replanter?
R. Non, Monsieur; il s’en faut de beaucoup.
D. Dès qu’il y a une si grande différence, pourquoi me condamnez-vous à faire arracher ma vigne, plutôt que de la réparer comme vous vous le proposez pour ces dix journaux?
R. Vous devez vous rappeler les causes qui me déterminent à faire arracher quatre journaux de vigne plantée sur un sol profond et calcaire. Mais si votre vigne ruinée ne repose pas sur un sol semblable, qu’elle soit plantée sur une terre graveleuse, marc, ou terre calcaire n’ayant que peu de profondeur, que sa base soit une terre rouge ou très argileuse, vous pouvez, dans ce cas, vous dispenser de la faire arracher, parce que la racine de ce gramen ne pénétrera pas au delà de dix à douze pouces: elle s’en extraira facilement lors du premier labour du printemps, qui sera fait assez profondément pour cet objet.
Vous n’aurez pas besoin alors de déchausser vos ceps pour pouvoir extraire entièrement cette racine, parce que les sels de cette terre propres à cette méchante herbe, ne dépasseront pas la couche végétale.
Le premier binage devra se faire au commencement de juin, le second en juillet l’un et l’autre doivent être faits, autant que possible, en terre fraîche.
Ce labour d’extirpation vous privera peut-être d’une partie de la récolte; mais, pour vous en indemniser, cette vigne que vous n’auriez jamais pu rétablir sans détruire ce chiendent, le sera promptement, au moyen de la fourniture d’engrais que vous lui donnerez pour y réparer les pertes causées par ce voisinage. Et si, par quelque négligence de la part de vos manœuvres, ce gramen se reproduit dans quelques parties, il ne faudra pas craindre de lui donner un troisième binage à la séve du mois d’août, aussitôt après la première pluie.
Première préparation à donner à la vigne.
D. Le premier labour doit-il se faire avec profondeur pour chaque nature de terre?
R. Ce travail doit être proportionné à la qualité du sol. S’il est froid, argileux ou calcaire, ce labour doit être fait aussi profondément que le long bident peut pénétrer. Il doit être en direction perpendiculaire de dix à douze pouces, et exécuté pendant la chaleur et quand la terre n’est pas trop humectée. Si c’est un terrain graveleux ou léger, on peut se dispenser de le faire aussi profond; six ou huit pouces suffisent alors, et même il n’y aurait pas d’inconvénient à le faire lorsque la terre serait un peu humide.
Ce labour a pour objet principal de renouveler la terre autour du cep, et d’ouvrir ses pores pour y faire pénétrer la chaleur qui doit opérer la fermentation des sucs nourriciers que les racines devront pomper promptement pour les transmettre à la tige d’où sortent les bourgeons, qui se développeront avec promptitude si ce labour a été bien exécuté et que la chaleur soit prolongée sans interruption pendant quinze à vingt jours et même plus long-temps.
Rien n’est plus nuisible à nos récoltes que les vents du nord et les pluies froides qui surviennent assez souvent dans le temps où cette plante se développe.
D. En quel temps les binages doivent-ils avoir lieu?
R. Si c’est en terre forte, on peut attendre que la vigne soit toute échalassée et liée; et si, au contraire, c’est une terre légère, il devra avoir lieu plutôt, et toujours en terre fraîche.
Comme ces binages n’ont pour objet que de détruire les herbes qui se sont multipliées depuis le premier labour, ils ne doivent se faire que très-peu profonds, surtout dans les terres légères. On doit les répéter dans les terres fortes où ces herbes croissent avec tant de profusion. Elles y sont très-nuisibles à la maturité du raisin; elles s’approprient, au préjudice des feuilles, une grande partie des bienfaits atmosphériques; elles couvrent les raisins de leur ombrage, et les font le plus souvent pourrir avant leur maturité, qui en est toujours retardée; elles tirent leur part des sucs de la terre qui doivent tous appartenir aux ceps.
D. Pourquoi ces binages doivent-ils être faits en terre fraîche, c’est-à-dire un jour ou deux après la pluie? Il paraîtrait, au contraire, que, pour détruire ces herbes parasites, on devrait faire ces binages par un temps sec et prolongé.
R. En faisant ces binages par un temps sec, surtout en terre légère, vous courez le risque de faire jaunir votre vigne s’il ne pleut immédiatement après, parce qu’en fouillant cette terre, vous la privez de sa fraîcheur qui sert de véhicule aux alimens qu’elle contient.
Temps du provignement, et règle à suivre pour le bien faire.
D. Quel est le temps le plus convenable pour provigner?
R. Ce travail peut se faire en novembre, c’est-à-dire lorsque le sarment est mûr. Il doit alors se faire comme au printemps, par un temps doux et que la terre ne soit pas humide. Il vous oblige alors de combler de suite vos creux avec du bon engrais Cette méthode, qui accélère les ouvrages du printemps, est quelquefois dangereuse, parce qu’elle active la végétation qui est souvent surprise par les gelées blanches.
D. Pour bien coucher un cep, faut-il beaucoup de précautions?
R. On ne saurait trop y en porter; mais malheureusement, dans ce temps-là, nos vignerons ont trop d’autres travaux qui les forcent à se bâter; aussi une grande quantité des couchées sont rompues ou mal conduites: ce qui arriverait moins souvent si les métayers ne cul. tivaient que la vigne des champs, c’est-à-dire les treillages.
D. Quelle profondeur et quelle largeur doit-on donner aux creux?
R. Si vous tenez à la qualité du vin, vos pointes doivent être séparées de quatre pieds et demi. Si la vigne est plantée en ligne, vos pointes doivent être placées aux mêmes distances que les ceps. Au contraire, si vous ne recherchez que la quantité, vos provins pourront alors se placer à deux pieds et demi en terre légère, et à trois en terre forte. On doit se régler ainsi pour la longueur et la largeur des creux.
En terre légère, les creux doivent avoir plus de profondeur qu’en terre forte; et dans l’une comme dans l’autre, ils doivent être assez profonds pour que le bident ne puisse endommager la couchée.
D. Combien peut-on tirer de provins d’un cep vigoureux?
R. Trois, au plus; et l’on fera toujours mieux de n’y en prendre que deux.
Une précaution essentielle pour la couchée de vos sarmens, c’est d’enlever tous les filamens; après cela, de les plier le plus en rond que possible, sans angle ni coude, en les conduisant où il convient, c’est-à-dire éloignés des côtés de la provignure d’environ quatre à cinq pouces. Il faut encore éviter que ce sarment soit dressé avec trop de roideur contre l’échalas, la sève alors ne monterait pas avec assez de facilité ; les coudes et les angles de l’intérieur de la provignure nuisent aussi à sa libre circulation.
Il ne faut jamais laisser hors de terre plus de deux boutons à chaque provin; un plus grand nombre l’épuiserait bientôt.
Il faut encore profiter d’un temps sec pour combler vos creux, soit avec de la terre, ou avec de l’engrais.
L’engrais le plus convenable à la vigne est sans contredit celui fait avec de la blache ou du buis, principalement pour les terres fortes, où la blache doit être employée de préférence. Pour celles-ci, on peut l’employer après l’avoir fait passer quelques jours sous les bestiaux. Pour les provignemens en terre légère, l’engrais doit être bien consumé, à moins qu’il ne soit employé avant l’hiver. Dans les terres légères, le fumier des bêtes à cornes doit avoir la préférence.
De la taille de la vigne, et de son importance.
D. La taille de la vigne ne paraît pas être bien difficile; car j’ai souvent vu des enfans en bas âge s’en occuper aussi aisément que leur père.
R. Ce que vous dites à cet égard n’est que trop vrai: ce travail, qui exige le plus d’étude, se fait le plus souvent sans aucun principe. J’ai même peu connu de vignerons qui en sachent apprécier toute l’importance.
Les tailles mal faites, exécutées sans principe, fatiguent et finissent par épuiser la vigne la plus en état.
D. Par quel moyen peut-on rémédier à ce mal?
R. Le remède est dans l’instruction que doivent acquérir toutes les personnes qui se livrent à l’agriculture.
En étudiant les principes, elles sauront que l’agriculture est un art mécanique, favorisé par l’astre bienfaisant qui électrise tous les êtres; que la main de l’homme forme les principaux rouages qui en diminuent ou précipitent le mouvement, suivant son plus ou moins d’aptitude.
D. Si je ne me trompe, il paraît que l’application de ce remède est difficile dans un pays comme le nôtre, où généralement la culture des terres n’est confiée qu’à des personnes mal entretenues, sans énergie, sans instruction, et que les préjugés retiennent dans l’avilissement le plus rapproché de la servitude.
R. Pas autant que vous le croyez, Monsieur. Dans ce pays, comme partout ailleurs, l’homme tend chaque jour à se perfectionner. Nous en avons sous les yeux de nombreux exemples: aussi l’agriculture s’y est-elle déjà beaucoup améliorée depuis nombre d’années, par l’exemple de quelques riches propriétaires qui ont fait une étude particulière des qualités de leur sol, en leur appliquant, par principe, les productions qui leur étaint les plus propres. Cet exemple a déjà produit des effets très-salutaires sur le jugement de nos braves paysans. Mais, avant d’entrer dans d’autres détails, revenons à notre sujet.
Avantage que procure à la vigne une taille bien exécutée; ses effets, et le temps le plus convenable pour la faire.
Premièrement, la taille se fait afin que le cep pousse un plus gros bois; secondement, pour empêcher qu’il ne s’épuise en portant trop de fruit; troisièmement, afin que le raisin, étant plus rapproché de terre, mûrisse avec plus de facilité.
Dans ce pays, le temps le plus propre pour la taille de la vigne est ordinairement au commencement de mars ou à la fin de février Mais toutes les vignes n’exigent pas d’être taillées d’aussi bonne heure les unes que les autres Celles en bas-fonds et en terres humides doivent être taillées les dernières. Les vignes faibles ou maigres doivent être taillées les premières, afin d’économiser la séve. Alors il faut avoir soin de ne pas tailler trop près du bouton, pour éviter que le froid qui survient quelquefois ne l’endommage.
Les vignerons qui taillent trop tôt les ceps ou les vignes qui doivent l’être tard, comme ceux qui taillent tard ceux ou celles qui doivent l’être de bonne heure, commettent une très-grande faute. C’est ce qui arrive le plus souvent parce que le vigneron qui est trop chargé d’ouvrage ne se donne pas la peine de faire ce travail en deux temps.
La taille, en tout temps, doit être faite en biseau, du côté opposé au bouton.
Si l’on taille quand la séve est montée, on occasionne un grand épuisement au cep. Cependant, en certains cas, on est obligé de le faire, pour arrêter une trop forte végétation: ce qui arrive assez souvent dans les jeunes vignes qui ont été trop amendées.
Aux ceps vigoureux, on peut faire deux tailles et même trois, s’ils sont encore jeunes. On ne doit laisser à chaque sarment que deux boutons à son origine; on devrait même n’en laisser qu’un, si l’on ne craignait les accidens qui peuvent faire périr ou tomber le bouton. La suite en serait funeste, parce que sa perte pourrait même emporter celle de la branche où il sortait.
Les femmes qui épamprent, enlèvent tout ce qui a poussé sur le vieux bois, ainsi que les jets qui sortent en second de l’œil qui doit porter le raisin, afin que la séve se porte toute à ce brin principal, pour le faire enfler et développer avec plus de vigueur; alors la séve que les racines ont pompée ne se distribue qu’à peu de sarmens; ils deviennent plus vigoureux et mieux nourris. ( Observation essentiellement nécessaire pour les propriétaires de vignes ruinées ).
Ce retranchement est d’autant plus nécessaire, que le même brin qui pousse en bois est précisément celui qui, au premier nœud, donne le raisin; comme les premiers nœuds, aux ceps taillés pour les hutins, sont ceux d’où sort le bois pour l’année suivante; le fruit sort ensuite des nœuds qui viennent après.
Ces principes, qui ne peuvent nullement être contestés, prouvent à l’évidence que, si la nature a fait les frais de la génération de tous les êtres, l’Être Divin a accordé assez d’intelligence à sa créature pour aider ce développement en raison de ses besoins.
Ainsi l’on voit, par cet exemple, que l’homme peut diriger à volonté toutes les plantes, en leur faisant rapporter plus ou moins de bois ou de fruit, puisque la même plante, conduite diversement, donne, sous une direction, le fruit à l’origine du bois, et le bois ensuite; et, sous une autre direction, le bois à son origine, et le fruit aux nœuds suivans.
A l’exemple de nos voisins, nous devons souhaiter et encourager la plantation des hutins sur toutes les pièces de terre où ils peuvent convenir. Par ce moyen on supportera plus aisément la casualité des vignes, dont un rien suffit pour faire périr les récoltes.
La vigne du laboureur doit être celle des hutins et des treillages, rangés en ligne dans les champs: pratique précieuse, appuyée d’une expérience très-ancienne, qui prouve son incontestable utilité, puisqu’elle cumule sur le même sol une double production qui ne paye aucun impôt.
La raison n’a rien à opposer à ce conseil. Les pays qui se sont enrichis par la culture, ont adopté cette ressource comme un objet évident de bonne économie, où toutes les meilleures conditions se rencontrent pour doubler son revenu avec peu de dépense.
Nous avons déjà en Savoie beaucoup de plantations de l’espèce; mais j’en ai peu vu de bien traitées pour la taille et le choix des arbres. Une très-grande quantité de ces vignes sont élevées sur des cerisiers, des mûriers et autres arbres à fruit: ce qui est une très-mauvaise méthode pour la qualité du vin et pour les champs où ils sont plantés. L’érable est le seul arbre qui convienne, parce que ses racines s’étendent en profondeur, qu’il donne moins de bois, que sa tige est beaucoup plus facile à gouverner, et que son ombrage est aussi moins préjudiciable aux récoltes.
L’érable qui a l’écorce lisse est celui que l’on doit choisir de préférence, parce que c’est celui qui croît le plus vite et qui vieillit davantage.
Dissertation sur le mouvement de la séve et l’art de la diriger à fruit et à bois.
La taille de cette vigne doit être faite selon tous les principes. Avant de s’y livrer, on doit savoir que la séve se porte avec promptitude en haut, par son penchant naturel. Cette ascension se fait par manière d’évaporation; les parties exaltées par la chaleur deviennent plus étendues et par conséquent plus légères; elles trouvent alors à enfler les pores alongés entre les fibres du bois, et vont d’abord circuler dans les feuilles, qui, par leur configuration, sont admirablement disposées pour présenter cette séve au soleil dans les capsules et les canaux contenus sous leur épiderme. Elle reçoit là, en y circulant, une espèce de cuisson, y mûrit, s’y perfectionne et y est continuellement déplacée et remplacée par celle qui suit; et après avoir parcouru les inombrables routes qui lui sont tracées dans les feuilles, elle est poussée dans d’autres canaux qui lui sont préparés par les fibres du bois. Comme les parties les plus subtiles se sont évaporées dans leur course, elle se ralentit et s’épaissit ici; elle cesse enfin de circuler aussi rapidement, et se dépose, sous l’admirable conduite de la nature, en augmentation de bois.
D’après cette marche, il est évident que si l’on n’arrête cette vigoureuse végétation, on n’obtiendra que peu de fruit; au lieu que si la séve circule dans un sarment d’une attitude horizontale, elle lui fera pousser beaucoup de fruit; mais le bois restera dans un faible accroissement, parce que les fibres en cette situation se présentent à la séve dans une attitude qui gêne sa disposition à s’élever. Alors la séve en cet état de contrainte est, pour ainsi dire, bourrée dans les boutons à fruit, les enfle et en étend les parties par une action semblable à celle de l’air que l’on presse. Y étant donc poussée par le torrent de celle qui la suit, elle s’y accumule et s’y condense.
Comme elle n’agit ici que par impulsion, son mouvement est faible, ses parties ne sont point exaltées; elle les dépose accumulées dans les vaisseaux des fruits: là elle se cuit avec lenteur et en se perfectionnant, et se condense, pour subir ensuite, au bout d’un certain temps, une nouvelle coction au soleil.
Ces merveilleux et délicieux ouvrages de la nature, qui fournissent avec profusion à nos besoins et à nos goûts, sont bien propres à faire naître des reflexions salutaires sur notre existence, et à nous montrer en tout la main puissante du Créateur.
Enfin, on doit conclure de ce principe qu’il est nécessaire de tenir dans une position horizontale, ou renversée plus ou moins, les sarmens destinés à porter fruit, et que l’on doit choisir la sorte de conduite de la vigne qui offre le plus de facilité d’étendre ses branches, et qui donne, d’un autre côté, les moyens d’étayer les bois pour l’année suivante dans la direction perpendiculaire, parce que ceux-ci seront, pour l’autre année, les successeurs des premiers.
Une autre règle essentielle à suivre dans la conduite de ces sortes de vignes, c’est de proportionner le nombre des brins à bois et à fruit, à l’âge, à la vigueur du cep et à la qualité du sol; autrement, si vous ne conservez pas cette proportion, votre vigne sera bientôt épuisée.
Les brins à fruit étant dans une situation qui épuise la plante, et les brins à bois en étant une continuation naturelle qui la maintient et la rajeunit, il se forme entre eux une balance dont le résultat est le fruit et la conservation de la plante.
Une conséquence pratique de ces observations, connue de certains vignerons, c’est qu’aussitôt que la taille est faite, on doit se hâter de rattacher les sarmens à fruit; car, pour peu que l’on tarde, la séve qui monte dans le sarment droit, se porte toute, par l’accélération de son mouvement, aux boutons les plus élevés; elle y arrive dans un état de vivacité et d’agitation peu propre à enfler les boutons à fruit; alors elle pousse en bois au bout du sarment, et d’un autre côté, elle aura passé les premiers boutons sans s’y arrêter. Ainsi les bons vignerons, de peur de voir perdre ces boutons à fruit, se dépêchent à attacher les sarmens dans la position qui leur convient.
Méthode à suivre pour perfectionner la qualité des vins.
D. Quels seraient les moyens qu’on devrait employer pour perfectionner la qualité du vin en Savoie?
R. La Savoie a beaucoup de cantons qui produisent des vins très-fins et recherchés, qui ne cèdent en rien aux vins du Beaujolois, et qui les surpassent dès qu’ils sont sur leur cinquième année. Il serait encore facile d’en augmenter la qualité ; mais, pour cela, il faudrait faire céder les préjugés à la raison.
On ne peut douter que des plants étrangers de vins célèbres n’y fissent de très-bons effets. Diverses expériences l’ont déjà prouvé. Le vin d’altesse, par exemple, est un vin de Chypre qui n’a pas dégénéré de sa qualité ; il a conservé une distinction bien grande sur les meilleures qualités de vin blanc du pays. Le plant de Bourgogne s’y est aussi maintenu; le vin y est toujours supérieur à celui du plant ordinaire du pays, même dans une médiocre situation.
Cette expérience a été déjà sentie par plusieurs riches propriétaires. L’un d’eux s’occupe en ce moment de faire une plantation de la qualité de l’Hermitage, vin des plus distingués de France.
Voici quelques principes avec lesquels il convient de se familiariser, pour travailler avec succès la vigne, où il s’agit seulement de la qualité du vin.
Faire un bon choix du plant; que le sarment soit bien mûr, qu’il ait été coupé sur les ceps les plus vigoureux, par conséquent de l’âge de cinq à dix ans, et dans les meilleures positions.
Ne rien négliger pour ameublir votre terre autant que possible; faire vos fossés profonds et larges, et sur une ligne bien conduite. Cette préparation devra se faire dans l’été, afin que votre terre soit plus divisée.
Comme il ne s’agit ici que de la qualité du vin, vous aurez dû faire choix de la position de votre domaine la plus méridionale, et vos ceps ne devront jamais être plus rapprochés de cinq pieds en tout sens. Vous devrez toujours exclure l’engrais de vos pro vignures, qui ne devront être comblées qu’avec de la terre autant supérieure que possible à celle du sol. Le mieux serait encore de ne jamais provigner, et de remplacer par des crochets les ceps qui auraient péri par accident, en ayant soin de faire le fossé par un temps très-sec, et de le remplir de bon marrain mêlé avec de la bonne terre.
La taille et l’ébourgeonnement suffiront pour conserver votre vigne en état de vigueur pendant vingt-cinq à trente ans, si le sol est calcaire.
Enfin, il faut suivre avec exactitude tout ce qui a été prescrit pour la conduite d’une bonne vigne; si on le néglige, tout tendra bientôt à prendre un état de langueur.
Mais, comme il s’agit toujours de balancer les frais avec les produits, il convient d’examiner, avant de commencer les premiers travaux, si la situation est assez favorable pour vous déterminer à donner la préférence à la qualité plutôt qu’à la quantité.
Dans tous les travaux d’agriculture, on ne doit jamais s’écarter des préceptes. Ainsi, avant de commencer une innovation, on doit en avoir calculé non-seulement la dépense, mais encore les moyens que l’on peut avoir pour se renfermer dans le cercle de tous les principes que la raison et l’expérience peuvent nous dicter.
Dans les pays où la culture de la vigne s’est perfectionnée, le propriétaire en fait arracher chaque année une partie, qu’il ne replante qu’au bout de cinq à six ans. Dans ces pays-là, on ne provigne jamais; on remplace les ceps morts avec des crochets, parce que les provignures ne sont jamais d’une aussi longue durée.
Le terrain qui a long-temps nourri la vigne s’appauvrit. Le cep se rabougrit à force d’être taillé et retaillé ; les fibres se chargent tous les ans; les pores allongés où la séve circule se trouvant resserrés, les jets sont alors moindres, parce que la séve a moins de jeu, et dès lors son produit diminue en proportion. Si on la renouvelle par les provins, cette vigne vieillit promptement, surtout si le terrain n’est pas bien favorable; au lieu qu’une jeune vigne est productive pendant longues années. Elle commence à l’être au bout de cinq ans, et sa vieillesse sera retardée à proportion de ce que la terre aura été fouillée plus profondément, parce qu’alors la plante y sera mieux nourrie par ses nombreuses et profondes racines.
La culture de la vigne est celle, après le blé, qui est la plus précieuse.
Le vin a la propriété de fortifier l’estomac, de réparer les esprits, de purifier le sang, de favoriser la transpiration, et d’aider à toutes les fonctions du corps et de l’esprit: ce n’est que l’excès de cette liqueur qui peut empêcher ses bons effets.
Si la vigne exige beaucoup de soins et coûte beaucoup de façon, son rapport est en raison des peines et des déboursés. Elle est d’un revenu plus considérable que les meilleures terres à grain et même que les jardins.
Comme la vigne, en l’état actuel, peut être considérée en Savoie comme un de ses principaux revenus, par les qualités des vins do Saint-Jean-de-la-Porte, Cruet, Montmélian, Arbin, Francin, Saint-Alban, Marétel, la Chautagne, et beaucoup d’autres cantons peu étendus, qui produisent des vins même supérieurs à ceux-ci, tels que les Cornioles, Pressant, etc., il s’ensuit que, si une fois elles parviennent à être bien traitées, ces vins se conservant plus long-temps et pouvant facilement supporter le transport, peuvent devenir, pour ce pays, un moyen de repomper de l’étranger, principalement de Genève, une partie du tribut qu’il lui paye chaque jour.
Enfin, les vins fins doivent non-seulement se traiter avec soin, mais encore se perfectionner autant que les localités peuvent le permettre. Les vins abondans doivent se multiplier autant que possible, parce qu’il faut que les laboureurs et les vignerons boivent également, surtout lors des travaux; cette liqueur est alors absolument nécessaire à leur santé. Dans les temps des travaux pénibles, ils ne doivent jamais se refuser cette boisson salutaire.
Ébourgeonnement, effeuillage et empaillage.
D. Il me paraît que vous avez passé un peu légèrement sur le mérite de l’ébourgeonnement et sur les précautions que l’on doit prendre pour l’exécuter avec principe. Il est vrai que ce que vous en avez dit serait suffisant pour quelques personnes; mais je crois que, pour le plus grand nombre des vignerons, cet objet exige un plus ample développement.
Votre observation, Monsieur, est très-juste; je m’empresse d’y satisfaire.
Il convient donc d’ôter tous les bourgeons ou jeunes pampres aussitôt que la vigne aura suffisamment poussé, c’est-à-dire dès qu’elle aura environ un pied de longueur, et, pour mieux faire encore, dès que tous les raisins paraîtront; car il est certain que ces bourgeons, qu’on laisse quelquefois grandir d’un pied et même plus, nuisent considérablement aux bons, parce qu’ils les épuisent en s’appropriant une grande partie de la séve, dont on doit être avare, principalement pour les vignes d’un âge avancé.
Lorsque le bois de la vigne est parvenu à une certaine grandeur, on l’attache à l’échalas, après en avoir ôté tous les petits rejetons. On doit alors pincer tous les bouts à la hauteur de l’échalas, s’ils ont trois ou quatre pieds de longueur; mais, s’ils sont faibles et minces, il faudra pincer beaucoup plus bas.
La plus grande partie des épampreuses ont l’habitude d’attacher tous les sarmens à l’échalas, quoique, dans le nombre, il s’en trouve de très-misérables. Il faut au contraire rompre le bout de ces derniers près du raisin, en y laissant la feuille adjacente au dernier bouton.
Il y a des vignerons qui craignent d’attacher les sarmens trop tôt; ils se trompent: c’est au contraire un bon moyen d’ôter tous les petits bourgeons ou rejetons qui croissent entre les feuilles et les boutons, depuis le bas du sarment jusqu’en haut.
Si cependant les sarmens ont apparence de grandir encore, il ne faut pas se presser; mais, en cas contraire, on peut le faire en toute assurance.
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