Kitabı oku: «Makossa Love. Recueil (Tome 1 & 2): Tome 1: La recherche de Madame "Visa". Tome 2: La douloureuse lutte amoureuse. Roman»

Yazı tipi:

Makossa Love - L'amour à l'africaine

Afin d'émigrer en Europe avec sa famille, le jeune Mendo choup ke joug Evarist Dieu ne dort, également appelé Johnny Walker, a élaboré un plan qui n'a pas son pareil : trouver une femme blanche qui serait sa Madame-visa !

Il lui faudra ensuite réussir à l'épouser afin de pouvoir partir en Europe. Il présentera sa femme actuelle et leurs enfants comme sa sœur et ses neveux et nièce. Une fois arrivé en Europe avec sa femme blanche, il fera venir réussit : il est en Europe. Mais comment va-t-il ramener sa « sœur » près de lui ? L'ingénieux Johnny met donc en place la seconde partie de son plan. Sa femme blanche a un frère, à qui il présente élogieusement sa « sœur » jusqu'à ce qu'il finisse par s'envoler pour le Cameroun, tombe amoureux d'elle, l'épouse et la ramène avec lui en Europe. C'est ainsi qu'ils vivent tous les quatre dans une grande maison familiale avec les enfants - un « ménage à quatre », que la fratrie allemande ne soupçonne pas, jusqu'à ce que la troisième partie du plan de Johnny ne prenne forme...

Visitez-nous sur notre site internet :

www.indayi.de


Données bibliographiques de la Bibliothèque Nationale Allemande :

La Bibliothèque Nationale Allemande a enregistré cette publication dans la bibliographie nationale allemande ; pour plus d’informations concernant cette bibliographie, accédez au lien http://dnb.d-nb.de.

Copyright © 2021 indayi edition

Tous droits réservés. L'œuvre ne peut être reproduite (même partiellement) qu'avec l'accord de notre maison d'édition.

Illustration de couverture : Fotolia © oneinchpunch

Mise en page : Birgit Pretzsch

Traduction, relecture, correction et 4e de couverture : Kuami Daniel Aziabor

Co-traduction : Fanny Leclerc

Dantse Dantse

Makossa Love

L'amour à l'africaine

Trois femmes blanches et un homme noir

Recueil

Tome 1 :

La très amusante et passionnante recherche de la femme blanche, « Madame Visa » à Kribi

Tome 2 :

Une émouvante et douloureuse lutte amoureuse à kribi - Preuves d’amour : les mots doux ou les actes ?

Basé sur une histoire vraie

Roman

Indayi Edition

À propos de l'auteur Dantse Dantse

Dantse Dantse, expert d'origine camerounaise en sciences de la nutrition, du comportement humain et du développement personnel, auteur de plusieurs best-sellers avec plus de 120 livres en allemand dont des livres pratiques, des guides, des ouvrages spécialisés sur la santé, la psychologie, l'éducation des enfants et des romans, éditeur, fondateur et coach à succès et très performant en sciences de la vie et de la santé, vit et travaille à Darmstadt en Allemagne.

Enfant, il a vécu ensemble avec 25 frères et sœurs dans une même concession. En effet, son père était marié officiellement à trois femmes et toutes vivaient ensemble dans une même propriété. Dans ce contexte les valeurs telles que : donner, partager, les sentiments, l'amour, la jalousie, la patience, la compréhension, et bien plus encore reçoivent un autre sens, différent de celui d’une famille dite « normale ». Ces expériences d'enfance, ses racines africaines, l'influence de la culture européenne sur lui et ses années d'expérience en tant que coach lui permettent de voir les choses différemment, d'agir différemment, d'être différent et cela a quelque chose de rafraîchissant.

En tant qu'auteur anti-conventionnel, il aime écrire et publier des livres qui reflètent ses expériences interculturelles, qui favorisent l'intégration, le rapprochement des cultures, la correction de l'image de l'Afrique, des livres qui parlent des valeurs et thèmes que la société n'aime pas aborder et qu’elle préfère cacher sous le Tapis. Cependant, ces valeurs et thèmes comme l’aspiration de l’énergie en famille qui est une forme de vampirisme énergétique, l'homosexualité, la sexualité, le trafic d'organes humains, le racisme, les troubles mentaux, les abus sexuels en famille, etc. touchent des millions de personnes. C’est pourquoi il écrit et publie des livres qui visent à expliquer, changer et améliorer la vie, que ce soit ses guides, ses ouvrages spécialisés, ses romans, ses livres pour enfants ou ses commentaires sur son blog politique.

Les livres de Dantse Dantse, qui sont tous d'inspiration africaine, transforment également des vies. Ils aident à penser et à repenser, à élargir les horizons, à rendre le monde meilleur et à honorer l’Afrique. Le charmant éditeur de la maison d´édition, indayi edition, http://www.indayi.de, les éditions pour les livres spéciaux, déclare : « Mon rêve est de publier davantage de livres d'auteurs africains ». L'Afrique est au cœur du travail de Dantse Dantse.

Grâce à son savoir innovant et inimitable d'inspiration africaine et à son enseignement de la vie, qu’il dénomme « DantseLogik », www.dantse-logik.com, qui a fait de lui un professeur de savoir et un coach de réussite prisé et recherché, il aide les gens à atteindre leurs objectifs, à réussir et à être heureux de manière durable et holistique et à combattre les maladies sans médicaments. Ce n'est pas pour rien que ses clients l'appellent le maître.

En outre, il est également le fondateur du portail en ligne KLICKLAC, une plateforme en ligne d'achat et de vente de livres pratiques numériques, http://www.klicklac.de. Ce marché en ligne permet aux auteur(e)s et aux consultant(e)s ainsi qu'aux personnes d'autres professions du monde entier de vendre leurs connaissances ou leurs livres chapitre par chapitre sous forme de texte, d'audio ou de vidéo. Les utilisateurs et utilisatrices en profitent également : ils ou elles peuvent acheter pour peu d'argent les pages dont ils ont vraiment besoin et ne doivent pas acheter le livre entier.

Sa devise est à la fois action et programme : « Seul ton succès est ma référence, pour cela je mets mon nom prestigieux et ma réputation en avant ».

Son style d'écriture particulier, influencé par sa langue maternelle africaine, qui est sa marque de fabrique, a été préservé dans ce texte et soigneusement édité. Ses livres sont désormais traduits et publiés dans de nombreuses autres langues du monde entier, afin que davantage de personnes puissent bénéficier de la richesse de ses connaissances.

Dantse Dantse

Courriel : leser@dantse-dantse.com

Écrivain et éditeur : www.indayi.de

Professeur de connaissances : www.dantse-logik.com

Fondateur : www.klicklac.de

Préface

Ce roman est basé sur un événement réel. Une histoire vraie, dans laquelle tous les protagonistes sont des victimes.

Cette histoire montre ce que des hommes, en Afrique et dans d'autres pays du monde, sont prêts à faire pour venir en Europe, le « paradis ». Il n'y a plus de frontière morale, et plus l'Europe ferme ses frontières physiques, plus les candidats à l'émigration font preuve d'ingéniosité dans leurs recherches de solutions. Beaucoup d'hommes africains font semblant de tomber amoureux de femmes européennes pour venir en Europe, cela est bien connu. Le fait que beaucoup de femmes européennes fassent la même chose, et utilisent de beaux et jeunes Africains afin de profiter de la vie et d'assouvir leurs fantasmes est également un fait indiscutable. Plus personne n'est étonné lorsqu'une femme blanche tombe des nues en apprenant que son époux est déjà marié et père dans son pays d'origine. Cependant, l’histoire dont il est question dans ce roman est différente et dépasse tout ce que l'on peut s'imaginer.

Le roman se penche sur les différents aspects culturels des relations afro-européennes et montre à quel point de telles relations sont magnifiques, passionnées, contagieuses et affectueuses mais également où sont leurs limites et pourquoi elles échouent le plus souvent. Le lecteur découvre dans ce livre, comment la vie quotidienne en Europe influence et alourdit de telles relations. Il apprend également les différentes erreurs que peuvent commettre les partenaires sur des sujets tels que les préjudices corporels, la discrimination et le manque de reconnaissance de la culture de l'autre. Dans beaucoup de couples mixtes noir-blanc, la sensualité joue un rôle prépondérant.

Avant, et tout au long de l'écriture de ce roman, j'ai discuté avec des personnes des deux côtés qui se trouvent dans ces relations interculturelles. En tant que coach (www.mycoacher.jumdo.com) j'ai souvent affaire à ce genre de configuration. J'ai rencontré des Africains, et j'en rencontre encore, qui ont épousé des femmes européennes pour ces genres de raisons, des femmes aussi qui ont vécu ces expériences. Par ce roman, je souhaite représenter le plus fidèlement possible les situations, les raisons, les expériences quotidiennes, les conversations (celles qui sont faites en présence mais aussi à l’absence de l'autre partenaire), les réactions des familles et de l'entourage des deux sphères culturelles. J’aimerais être au plus proche de la réalité en racontant tous les clichés sans tabou, le sexe et le désir (qui joue un très grand rôle dans ces relations).

Concernant les scènes de sexe, je les ai décrites avec beaucoup de détails dans ce livre, ce qui causera certainement quelques bouffées de chaleur à la plupart des lecteurs. Pour ceux qui connaissent le sexe avec un partenaire noir, les scènes érotiques leurs seront familières. Pour ceux qui n'ont jamais eu d'expérience érotique avec un homme noir ou une femme noire, alors ces passages leurs sembleront exagérés ou irréalistes, mais il était important pour moi de décrire la chose comme elle est réellement, aussi réaliste que possible, tout simplement parce que c'est ainsi.

C'est une histoire passionnante, qui va captiver le lecteur, même si elle finit de façon dramatique et douloureuse. On plonge dans un monde plein d'aventures, dans une culture étrangère, avec sa douceur de vivre et tous ses subtils savoirs. Une culture dans laquelle naturellement beaucoup de choses sont difficilement concevables pour des occidentaux. La vie ne doit pas toujours être prise au sérieux. Beaucoup de choses arrivent de toute façon sans que nous y contribuions. Pourquoi s'en faire ? Le lecteur expérimente des événements incroyables, passionnants, drôles mais aussi douloureux et apprend la façon de vivre à l'africaine comme s'il y était. Quand on commence à lire, on ne peut plus s'arrêter.

Le roman ne raconte pas seulement la vie cruelle et dure de Johnny, mais elle rapporte également d'une façon drôle et vivante la vraie vie au Cameroun et en Allemagne.

Dès les premières lignes du roman, le lecteur se laisse emporter dans un imaginaire à propos de la vie en Afrique et peut se représenter comment sont les choses là-bas. Un monde où parfois les heures s'écoulent différemment. Un monde plein de découvertes, de magie et de surprises.

Peu de romans vous révèlent vraiment jusque dans les moindres détails, sans tabou et sans détour autant de « mystères » à propos des relations afro-européennes. Les clichés, que nous connaissons dans chacune des cultures, font également partie de l'histoire et sont traités sans compromis.

J'ai changé les noms et les lieux. Le personnage principal ne vient pas du Cameroun. J'ai choisi le Cameroun car c'est un endroit dans lequel je me sens bien. C'est pour la même raison que j'ai choisi la ville allemande de Darmstadt.

Le tome 1 raconte la recherche d'une femme blanche par Johnny, la femme Visa, la femme qui doit lui ouvrir les portes de l'Europe. Il y rencontre sa première femme blanche.

Dans le tome 2, deux nouvelles femmes se rajoutent ce qui rend la décision de Johnny plus compliquée et installe l'intrigue amoureuse dramatique. La plupart des événements de ces deux premiers tomes se déroulent au Cameroun.

Le tome 3, à paraitre dans un futur proche, raconte la mise en œuvre du plan perfide de Johnny qui vit désormais en Europe avec sa femme.

Il se cache dans ce roman beaucoup plus de vérité que ce que l'on pourrait croire.

Remarque :

Il est aussi possible d'acheter les deux tomes sous la forme d’une anthologie. Nous avons choisi de publier ce livre en 2 tomes car il serait trop cher d’éditer l'histoire intégrale avec ses plus de 700 pages en un seul livre et donc de l’acheter. Avec la possibilité d'acheter chaque tome séparément, le lecteur dépense moins et a l'avantage de commencer l'histoire et de n'acheter le second tome que si l’histoire lui plait. Ceci lui fait économiser du temps et de l'argent.

Tome 1 :
La très amusante et passionnante recherche de la femme blanche, « Madame Visa » à kribi

Kribi, Cameroun, à l'été 2005 dans une chambre d'hôtel : une discussion entre Mauritz et Carla, à propos de la liaison de cette dernière avec Johnny.

— Je ne veux plus que tu le voies, dit Mauritz.

— C'est impossible, Mauritz, vraiment impossible. Je dois le revoir, lui répondit Carla.

— Je ne comprends pas, nous venons de faire l’amour, tu me dis que tu m’aimes. Qu'est-ce qu’il a de plus que moi ? Demanda Mauritz.

— Je n’arrête pas de te le dire, ça n’a rien à voir avec toi. Faire l’amour avec toi n’a jamais été mauvais, ça ne l’est toujours pas d’ailleurs et ça n’a rien à voir avec ça non plus. La preuve : nous venons juste de faire l'amour et c’était génial ! N'est-ce pas la preuve que le sexe n'a rien à voir là-dedans ? Mais je veux, et j'ai besoin de Johnny. Chaque centimètre de mon corps le réclame. Je ne sais pas ce qu'il en sera dans une semaine. Mais je sais que pour le moment, cela ne serait pas sain pour moi de ne pas suivre mon instinct, expliqua Carla à son petit ami.

Mauritz sauta du lit, presque hors de lui.

— Carla, tu dois te décider. Je ne peux pas cautionner ça. J'essaie, j'ai essayé, mais ça me détruit de l'intérieur. Tu vas me perdre, si tu continues à coucher avec lui, la menaça-t-il.

— Je sais Mauritz. Je le sais. Oui, je te perdrais peut-être si je vois à nouveau Johnny, mais je sais que je me perdrais si je ne le voyais plus, lui répondit Carla.

Mauritz ne savait plus ce qu'il pouvait ou devait faire pour que Carla change d'avis. Complètement dépassé, il recommença à pleurer.

— S'il te plait mon amour, je t'aime tant. Je ne peux pas rivaliser avec Johnny et je ne veux pas te perdre. Je vais changer. Je sais que je n'ai pas toujours bien agi avec toi. Je..., dit-il.

Carla était énervée par ses jérémiades et le stoppa net.

— Arrête de te blâmer. Tu n'y es pour rien. Cela n'a vraiment rien à voir avec toi. Tu ne m'as rien fait de mal. Tu n'as rien à te reprocher, essaya-t-elle de le calmer.

— Mais alors, pourquoi ne veux-tu pas rompre avec Johnny ? Demanda Mauritz.

— Parce qu'il n'y a rien à rompre, Mauritz. Il n'y a rien à séparer. Il n'y a que du désir, des pulsions, de l'envie. Est-ce que tu peux stopper ton besoin d'eau lorsque tu as soif ? Est-ce que tu peux l'étancher sans boire ? Demanda Carla.

— Mais, pourquoi est-ce que je ne peux pas être celui qui t'apporte cette eau dont tu as besoin ? Dis-moi ce que tu veux, ce qui te manque. Tu peux me montrer comment tu le veux, et nous essayerons de le faire ensemble, insista Mauritz.

— Tu vois Mauritz, c'est ça le problème. Je ne peux pas te dire ou te montrer ce que je veux. Johnny sait exactement ce qui me manque, ce que je veux. Je ne sais pas moi-même ce qui va arriver, mais il me laisse toujours découvrir quelque chose de nouveau, il me laisse me redécouvrir, il me laisse m'étonner de moi-même. J'en profite, simplement, comme ça vient. Ça me suffit et je n'en demande pas plus, dit Carla.

— C'est parce qu'il est noir ? Est-ce ça qui t'excite tant ? Est-ce ce qui t'attire tant ? Ne te méprends pas sur mes propos. Tu m'as dit que ça n'avait rien à voir avec moi, que cela ne concerne pas le sexe, mais alors de quoi s’agit-il ? Voulait savoir Mauritz.

Carla ferma les yeux, réfléchit quelques minutes et poursuivit :

— C'est comme un miracle. Une lumière qui s'éclaire en toi sans que tu saches d'où ça vient. Mauritz, c'est plus que du sexe. C'est toutes les sensations qu'il y a autour. Avec lui, j'ai découvert ma féminité, pour la première fois de ma vie, et j'ai vraiment accepté le fait d'être une femme. Avec lui, j'ai vu la beauté d'avoir un homme à ses côtés. Ce que je veux dire, c'est d'être Femme et Homme, sans arrière-pensée. Une femme avec une poitrine et un vagin, et lui un homme fort sans poitrine, avec un pénis. Être simplement une femme, sans crainte de devoir me rabaisser. Lui, l'homme, sans craindre qu'il se prenne pour le chef. Comprends-tu ce que je veux dire ? Au travers de lui j'ai eu la liberté de découvrir chaque partie de mon corps, des parties qui fonctionnent non pas seulement de manière indépendante, mais aussi ensemble et simultanément. Des parties de mon corps, qui sont là pour me faire du bien. Désormais, je peux chérir ma poitrine, apprécier la graisse sur mes hanches, voir comme un cadeau divin mon vagin et mon clitoris. Avec lui, j'ai découvert mon corps, le corps d'une Femme et pas seulement le corps d'une future mère ou l'objet sexuel d'un homme excité. Ce n'est plus un corps qui doit se modeler pour s’adapter aux désirs d'un homme, continua Carla.

Mauritz s'assit sur une chaise, prit sa tête entre ses mains et continua à écouter tout ce que Carla disait.

— Je n'arrive malheureusement pas à comprendre ce que tu dis. Est-ce que cela veut dire que tu ne te sentais pas bien avant ? Je ne t'ai jamais dit que ton corps ne me plaisait pas. Tu m'as toujours plu, je n'ai jamais pensé le contraire. Je te dis sans cesse que je t'aime. Est-ce que dans ces mots ne se trouve pas ce dont tu rêves ?

Carla s'étendit sur le lit, regardant le plafond.

— C'est vrai, Mauritz, tu n'as jamais prétendu le contraire, tu m'as dit, aussi, que j'étais belle. Mais ce n'étaient que des mots. Tu ne me l'as pas fait ressentir. Tu ne m'as pas apprécié en tant que femme, pas non plus touchée comme telle. Tu n'as pas regardé mon corps comme quelque chose de spécial. Peut-être que ça allait tellement de soi, je me plaignais constamment de mon corps et je m'extasiais devant le tien. Tu devais te sentir admirable lorsque je te disais à quel point tu avais un corps superbe et moi je me sentais moche, non ? Tu m'as dit que j'étais belle oui, mais tu bavais devant Heidi Klum. Je te plaisais, mais je ne me plaisais pas. Du moins, c'est ce que je viens de découvrir avec Johnny. Lorsque je me regardais dans le miroir, il y avait toujours quelque chose que je voulais changer en moi. Je voulais être comme toi. Mince, sportive, un peu plus masculine en fait. Maintenant, avec Johnny, c'est différent. Il est encore plus sportif que toi, très musclé, fort et je ressens pour la première fois que c'est beau d'avoir des hanches larges, des fesses rebondies et une poitrine généreuse. Tu sais ce qui me plait vraiment chez lui ? Sa virilité. C'est l'Homme, pas juste un homme, mais l'Homme avec un grand H. Son charisme et son assurance. Je suis simplement devenue plus forte et plus confiante parce que je m'accepte telle que je suis et par-dessus tout parce que je m'aime et j'aime mon corps. Tu dis que tu m'aimes. Je le sais, ça ne fait aucun doute. Mais je ne m'aimais pas moi-même. C'est beau d'être aimée, mais c'est magnifique de s'aimer soi-même Mauritz, lui dit Carla.

— Est-ce que cela veut dire que tu n'es pas prête à mettre fin à cette liaison ? Dis-moi la vérité, exigea Mauritz.

— Tu me demandes de mettre fin à une liaison ? Mais existe-t-elle réellement ? S'il s'agissait simplement d'une liaison, je le ferais sûrement pour toi. S'il s'agissait juste d'une relation, je la romprais par amour pour toi, parce que je t'aime. S'il s'agissait d'un amour naissant, peut être que je m'enfuirais parce qu'il me semblerait si étrange et me ferait peur. Mais ce n'est rien de tout ça. C'est beaucoup plus subtil. Il s'agit plus d'une connexion, comme entre Dieu et nous. Dieu te montre le chemin, Dieu connaît tes plus profonds secrets, Dieu te rend heureux, Dieu te rend libre, le simple fait de penser à lui te rend plus léger et dissipe tes soucis. Dieu fait s'envoler tes peurs, Dieu te donne du plaisir, de l'envie. Dieu est avec toi, Dieu est en toi. Dieu est à tes côtés. Est-ce que tu as déjà ressenti une telle connexion ? Est-ce que tu peux rompre cette connexion sans tomber dans une crise ? Je suis comme possédée et cela me fait tellement de bien. S'il te plait, Mauritz, si tu m'aimes vraiment, ne me demande plus de ne plus voir Johnny. N'exige pas de moi que je renonce à ce qui me fait tant de bien. N'est-ce pas cela aussi le sens de la vie, que de se sentir heureuse et comblée ? N'est-ce pas non plus, une preuve d'amour que de te réjouir de voir la femme que tu aimes aller bien et être heureuse ? Qu'as-tu contre le fait que je me sente bien ? N'est-ce pas l'amour que de se réjouir du bonheur de l'autre ? Tu m'aimes, non ? Pourquoi est-ce que cela te fait tant de mal de me voir heureuse ? Est-ce parce que je le suis sans toi ? Doit-il toujours être question de toi ?

Elle fit une pause, se tourna vers Mauritz et continua de lui parler d'une voix douce et remplie d'amour avec les yeux humides : — Amour, s'il te plait n'exige pas de moi que je puisse plus sentir ses mains roses sur mon corps, que je ne puisse plus ressentir son regard bienveillant. C'est trop exiger de moi. Je ne peux pas. Je n'en ai pas la force. Il m'a dépucelée une seconde fois, mais cette fois, le dépucelage est allé bien plus loin que de simplement ouvrir un vagin pour la première fois. Il m'a fait perdre toute ma virginité.

Étrangement, Mauritz devenait de plus en plus calme, on devinait encore qu'il bouillonnait à l'intérieur, mais il n'en laissait rien paraître.

— Alors reste avec lui. Je ne veux plus en entendre parler. Reste avec lui, mais ne reviens plus vers moi, dit-il.

— Je suis désolée, Mauritz. S'il te plait, soit un peu patient avec moi. Je sais Mauritz, je sais que ça va passer. Je ne sais pas ce qu'il en restera dans une semaine. À ce moment, nous serons de retour à Bamenda, sans lui. Loin de lui, et nous aurons gagné tous les deux. On devrait pouvoir en tirer du positif tous les deux. S'il te plait, juste un peu de patience.

Mauritz secoua la tête en signe de dénégation.

— Je ne sais pas si je pourrais à nouveau te faire confiance. Tu sais, j'aurais toujours le sentiment qu'il t'a impressionné parce qu'il était noir, pas simplement parce qu'il était un homme. Et cela n'a rien à voir avec du racisme. C'est normal, je pense. Je suis bien blanc et il est noir. On ne peut pas faire comme si la différence n'existait pas. Comme si on ne la voyait pas. J'aurai toujours l'impression qu'il te manque le feeling d'un Noir, le pénis d'un Noir, l'homme noir tout simplement. Est-ce que tu pourras te sentir entièrement satisfaite sexuellement après ce que tu viens de dire à son sujet ? Le peux-tu ? Est-ce qu'on peut tout séparer aussi facilement, amour, sexe et désir ? Ou n'est-ce pas juste de la lâcheté, afin de ne pas blesser l'autre, de prétendre « je t'aime et avec lui ce n'est que du physique, cela n'a rien à voir avec toi… ». Tu vois bien comment le sexe peut changer entièrement un homme et rendre l'autre complètement misérable. Est-ce qu'on peut faire comme si tout cela était normal ? Qu'attends-tu de moi Carla ? Qu'attends-tu de moi ? Que je dorme ici tranquillement sachant que Johnny te transporte au septième ciel ? Qu'il fait avec toi des choses que je ne peux pas et que je n'ai pas le droit de faire ? Qu'il est comme un Dieu avec toi ? Tu dis que je dois patienter et être indulgent. N'est-ce pas trop exiger de moi ? Serais-je seulement capable ensuite de te donner du plaisir sans l'avoir dans mes pensées ? Vas-tu le laisser aller sans penser à lui ? Ne serait-ce pas déjà de l’infidélité ? La barre n'est-elle pas déjà trop haute pour moi ? Oui, je te perds peut-être si je ne peux pas arrêter de te demander de ne plus le voir, je te perds si je ne suis pas plus patient, mais je me perds certainement si j'accepte la situation. Que veux-tu ? « L'amour blanc, sexe noir ? ». Oh, tu m'aimes, et l'amour, c’est le plus important n'est-ce pas ? Devrais-je en être fier ? C'est ce que tu veux de moi, non ? Je devrais me réjouir que tu m'aimes, mais que tu prennes du plaisir en faisant l'amour avec Johnny ? Est-ce que le sexe noir n'e prendrait pas le dessus sur l'amour blanc ? Tu sais, tu l'as dit toi-même, à quel point le désir et sa dépendance sont puissants et influents. Quelle certitude ai-je que ce désir du corps noir va totalement disparaître ? Peux-tu me le promettre ? Certainement, tu me le promettras, pour me calmer, mais est-ce qu'un alcoolique peut promettre de ne plus jamais toucher une goutte d'alcool ? Est-ce qu'il le peut sans une thérapie profonde ? Et toi, pourquoi devrais-tu suivre une thérapie pour quelque chose qui te fait autant de bien ? Abandonner tout ce qui te rend heureuse ? Est-ce seulement possible d'y renoncer ? Pesta Mauritz qui avait arrêté de pleurer tout en redevenant vaillant.

Puis, tout était redevenu calme.

Après dix minutes de silence, Carla dit : — Peut-être qu'on peut avoir les deux, sans renoncer à l'un ou à l'autre. Bonne nuit Mauritz.

C'EST AINSI QUE TOUT COMMENÇA

Douala, Cameroun, début de l'été 2005

— Hé Rita, je viens juste de lire quelque chose de très intéressant sur internet.

Rita fit comme si elle n'avait rien entendu.

Elle en avait marre d'entendre toutes les annonces de Johnny Walker, qui s'avéraient n'être que du vent. De plus, aujourd'hui elle avait une raison supplémentaire d'être énervée contre lui.

— M'as-tu entendu, Rita ? Demanda Johnny.

— T'entendre ? Est-ce qu'internet paye les factures d'eau ou d'électricité ? La nourriture pour les enfants, Evarist ? Répondit Rita.

Johnny savait très bien, que lorsqu'elle l'appelait Evarist, elle était furieuse.

Johnny Walker n'était pas son vrai nom. Son vrai nom était Mendo choup ke joug Evariste Dieu ne dort. En raison de son attrait prononcé pour le whisky, ses amis l'avaient surnommé Johnny Walker, ou J.W., en référence à la marque de Whisky éponyme. Certains l'appelaient simplement Johnny Waka. Au Cameroun, on appelle Waka, une personne qui a de nombreux partenaires sexuels.

Oui, Johnny Walker était l'incarnation même d'un homme qui vivait à 100% : vivre pleinement, vivre simplement comme si le monde pouvait s'écrouler le jour même. Monsieur La Vie (Mister Life), comme on l'appelait dans tous les bars et toutes les discothèques de la ville, aimait la vie. Mais pas n'importe laquelle, il aimait la belle vie, agréable ! Il n'était pas moche, mais n'avait rien d'extraordinaire non plus. On se demandait souvent pourquoi J.W. avait autant de succès avec les femmes, bien que son porte-monnaie soit constamment vide.

J.W. avait 32 ans, mais quand est-il né exactement ? Personne ne le savait. Il jouait volontiers à propos de cela. Lorsqu'on lui posait la question, il répondait simplement : « Je suis né en 1973, pendant la saison de récolte du maïs ».

Il est né au Cameroun occidental, dans une belle région montagneuse, dans la ville de Bangangté. Bangangté se trouve dans le département du Ndé, en pays Bamiléké. Il se vantait de venir du Ndé. Les habitants de cette région considèrent que le nom « Ndé » est un sigle signifiant Noblesse, Dignité et Élégance. Et c'est ainsi qu'il essayait toujours de se conduire ; tout du moins en ce qui concerne l'élégance.

Alors qu'il n'avait que dix ans, ses parents furent mutés à Bafoussam. Bafoussam est le chef-lieu de la région Bamiléké. Le pays de la Terre Rouge. Il est fréquent au Cameroun, que les fonctionnaires d'état soient mutés de ville en ville afin que leurs services puissent être proposés à toutes les populations. C'est ainsi que l'unité du pays et le sentiment d'appartenance se renforcent.

Il est le dernier-né d'une famille de sept enfants, il a deux frères et quatre sœurs. On comprend aisément qu'il fut, de ce fait, très choyé. Il était le chouchou de la famille. Il n'a jamais appris à faire d'effort pour obtenir ce qu'il voulait. Tout lui était apporté sur un plateau d'argent et cette situation lui convenait parfaitement.

Après l'obtention de leurs baccalauréats, ses deux frères et trois de ses sœurs étaient partis étudier en Europe ou aux USA. Ils lui envoyaient régulièrement de beaux vêtements, des jeux récents, etc. Tous les enfants de la ville, garçons comme filles, voulaient être amis avec lui. On le surnommait à l'époque le « Hot Guy ».

Une soirée sans lui ne valait pas le coup. Il était le centre des événements de la ville.

Les jeunes passaient tous leurs mercredis après-midi ainsi que les samedis et dimanches sur le terrain de sport « La Pelouse », derrière la mairie de Bafoussam. Ces jours-là, des élèves de différentes écoles se retrouvaient, soi-disant, pour faire du sport. Mais en réalité, il s'agissait plus de faire le show, de savoir qui avait les chaussures les plus récentes, le téléphone le plus moderne et de draguer les filles.

Hot Guy était toujours le mieux habillé, il avait toujours quelque chose de neuf sur lui et souvent de délicieuses friandises en provenance d'Europe à distribuer. Elles lui étaient envoyées par ses frères et sœurs.

On aurait pu s'attendre à ce qu'il se vante. Mais étonnamment, Johnny n'était pas arrogant ou snob. Il était toujours de bonne humeur, toujours souriant. Il ne brusquait jamais ses amis et était très serviable. Il donnait aussi sans compter.

À l'époque, on pouvait déjà remarquer qu'il était très intelligent. Quand il avait quelque chose en tête, rien ni personne ne pouvait l'empêcher de le réaliser.

Il était sûr de lui, empli d'assurance. Déjà petit écolier, il dégageait un charisme irrésistible, bien qu'il ne soit pas le plus beau de sa classe.

Il finit l'école avec succès. Après son bac, qu’il a réussi avec la mention très bien, il partit étudier dans la capitale économique du pays : Douala.

Un an plus tard, son père mourut dans un accident mystérieux. Tout le monde parlait de magie noire, on disait que son père faisait partie d'une loge satanique. En Afrique, on ne meurt pas de causes naturelles. Il y a toujours une raison lorsqu'un homme meurt. On raconta beaucoup d'histoires à ce sujet : par exemple, un homme raconta que le père de Johnny devait mourir, car il n'avait pas voulu faire de sacrifices. Il n'avait pas voulu payer le prix pour son succès fulgurant malgré le pacte passé avec des esprits. En punition, il devait donc mourir dans un accident bizarre pour effrayer les gens dans la même situation. L'accident était effectivement très étrange. Il était en route entre Bafoussam et Douala, sur les plus belles routes du Cameroun qui serpentent entre les montagnes, dans un paysage magnifique, quand il eut l’accident de voiture, sans aucun dommage matériel ou physique. On a retrouvé sa voiture au milieu de la route, le moteur encore chaud, il était simplement assis derrière le volant comme s'il se reposait. Mais il était mort. Il y avait aussi un boa dans la voiture, qui était mort lui aussi. Voilà pour l'histoire.

Un boa ?! En pleine journée ?! Dans une voiture climatisée ?! Bien que personne n'ait vu le boa, et qu'il n'y avait aucune preuve de sa présence, cela suffit pour réveiller l'imaginaire des gens : « C'est un sectaire » (il fait partie d'une société secrète). « Maintenant on comprend pourquoi il avait tant d'argent » et « Oui, tous ses enfants sont en Europe », disaient les uns, « Oh oui et son frère qui est mort il y a cinq ans ! Peut-être l'a-t-il tué pour ce pacte… ? », disaient les autres. Il était donc clair que cet homme faisait partie d'une secte. Il avait gagné son argent par le sang et c'est pour ça qu'il était mort. Que ce soit vrai ou pas, n'intéressait personne. Seule l'histoire intéressait les gens.

Suite au décès de son père, les huissiers avaient pris possession de tous leurs biens à cause de prétendues dettes, cela n'était donc plus simplement des bruits de couloir, mais cela devenait tangiblement la vérité. Cet homme faisait partie d'un groupe mystique qui vénérait le diable. Tu peux avoir tout ce que tu veux : gloire, argent, succès... mais à un moment donné tu dois forcément en payer le prix et toutes tes richesses disparaissent simplement après ta mort, comme elles sont apparues.

Ces gens-là sont certes physiquement morts, mais ils continuent à vivre dans un autre monde, où ils devront travailler éternellement pour rembourser tout ce qu'ils ont pu avoir sur terre. C'est leur punition. C'est en tout cas ce qu'on raconte au Cameroun.

C'est ainsi que dans la culture et les croyances africaines, les morts ne sont pas vraiment morts. Ils continuent à vivre. C'est pourquoi le culte des morts est très important. Ils continuent à vivre, dans une autre dimension certes, mais voient tout ce qui se passe sur terre et on peut également entrer en contact avec eux. On entend de partout des histoires de gens, qui ont vu le fantôme d'un membre de leur famille africaine et qui ont pu discuter avec lui. C'est ainsi qu'on peut notamment connaître les raisons de sa mort.

Cette histoire a beaucoup marqué Johnny, car elle était fausse. Tout son monde s'est écroulé après la mort de son père. Il ne pouvait plus se payer le luxe et la belle vie qu'il menait jusqu'alors. Ses frères et sœurs en Europe et en Amérique avaient eux aussi leurs propres familles, ils ne pouvaient pas, et ne voulaient plus s'occuper de lui. Mais il tint le coup, courageusement.

Le temps passa, il avait désormais 32 ans. Assez vieux, pour découvrir le monde par lui-même. Entre-temps, le « Hot Guy » devint Johnny Walker à Douala. Il finit ses études de philosophie et de psychologie à 27 ans. Mais que pouvait-il faire de ça au Cameroun ? Être professeur et gagner 200 € par mois ? Non, cela était trop peu pour cet homme ingénieux. Il vivait de petits boulots et grâce à de riches femmes mariées qui cherchaient de beaux jeunes hommes pour prendre du plaisir.

Il était très étonnant de voir comment Johnny Walker s'était adapté à sa nouvelle réalité. Il ne s'était jamais plaint. Il n'avait rien perdu de sa dignité et de son élégance. Il développait des stratégies pour vivre. Certains appelleraient ça survivre, mais Johnny Walker ne faisait pas partie de ces hommes qui ne laissent rien transparaître quand quelque chose n'allait pas bien. Non, il était trop fier pour ça.

Il s'achetait des vêtements de marque venant d'Europe dans des magasins de seconde main. Il les faisait laver dans des laveries modernes et ils en ressortaient comme neufs, ainsi, il était toujours parfaitement habillé, comme avant.

Les femmes l'aimaient. Des bruits couraient que c'était un étalon au lit, mais qu'il était tendre, doux et attentionné. On disait, qu'il était désormais blacklisté de certains hôtels de passe lorsqu'il était en compagnie d'une femme. La raison en était les cris perçants des femmes qui dérangeaient non seulement les clients de l'hôtel, mais aussi le voisinage. La police avait dû intervenir plusieurs fois afin qu'il soit plus silencieux. C'est ainsi que, sans le vouloir, Johnny devint un coureur de jupons à Douala.

Il vivait dans un appartement 3 pièces, paisible, dans un quartier lambda du quartier de Bonaberi avec Rita et leurs deux enfants.

Il n'était peut-être pas heureux de sa nouvelle situation, mais il avait su l’accepter. Il ne se plaignait jamais. Quand il avait de l'argent, il fêtait toute la soirée, dépensant jusqu'au dernier centime. Le jour suivant, sans un sou, il restait simplement à la maison à lire, sans déranger personne ou alors il passait du temps chez Wadjo, un musulman du nord du Cameroun qui tenait un petit cybercafé.

C'est ainsi que J.W. avançait dans la vie, toujours de bonne humeur, avec ou sans argent.

Toutes ses tentatives pour obtenir un visa pour l'Europe ou les États-Unis avaient échoué. Mais même ces désillusions n'ont pas pu avoir raison de son optimisme et de ses envies. Il savait qu'un jour son tour viendrait.

Il avait des centaines d'idées pour trouver de l'argent, mais n'en menait aucune au bout. Lorsque Rita lui rétorqua, déçue, que ses nouveaux espoirs n'étaient que du vent, il lui répondait toujours : « Rita, attend, un jour, je changerai ta vie. Sois patiente. Peu importe combien de temps dure la nuit, un jour le soleil se lèvera. Le soleil brille pour chaque homme et il brillera un jour pour nous ».

Et il répéta sa déclaration depuis le début : — Je te dis que j'ai lu quelque chose d'intéressant sur internet et cela ne t'intéresse même pas.

Rita jeta un coup d'œil dans sa direction, leva les yeux au ciel puis le dévisagea des pieds jusqu’à la tête comme seules les Africaines savent le faire, puis recommença à couper ses légumes pour le repas du soir.

Johnny Walker avait l'habitude de sentir ce regard désobligeant sur lui. Il savait très bien qu'il avait déjà fait beaucoup de promesses, suscité beaucoup d'espoirs et que, jusqu'à présent, rien n'avait fonctionné. Malgré tout, il ne doutait jamais qu'un jour, son tour viendrait. C'est pourquoi, il n'était pas surpris de voir Rita réagir ainsi.

Il s'en doutait. Il essaya encore une fois : — Rita, je te le dis, le savoir et l'information, c'est ça le vrai pouvoir, ça vaut plus que l'argent. Si tu as les bonnes informations et les connaissances requises, tu peux construire New York en un jour, lui dit-il avec un air très sérieux.

Rita ricana et dit : — Eh bien ! Avant de construire New York en un jour, je te remercie de bien vouloir payer la facture d'eau. L'eau a été coupée aujourd'hui, pour une facture de 15 € et toi, toi tu es assis des heures durant devant ton putain d'internet ou alors tu te tapes cette fille, si jeune qu'elle pourrait être ta fille. Et tu as le culot de venir ici, et de me raconter comment tu vas construire New York en un jour. Tu n'as pas réussi à ramener 15 € en deux semaines, mais tu veux construire New York en un jour. Je t'en prie, c'est du n'importe quoi.

J.W. n'était pas préparé à cela. Il semblait abasourdi. Rita n'était jamais allée aussi loin.

Il se demandait comment Rita avait découvert qu'il sortait avec une très jeune fille.

Johnny Walker était contrarié et en colère. Il essaya de se contrôler pour ne pas perdre sa dignité et lui rétorqua : — Hé toi, femme, pour qui donc te prends-tu ? Qu'est-ce que tu fais au juste, ici ? Va et cherche-toi un homme qui pourra s'occuper de toi. Est-ce qu'on t'a lié ou coupé les mains, que tu ne puisses pas financer ta propre vie ? Tu as deux jambes, comme moi, mais tu restes volontiers assise à la maison, à attendre que le prince charmant arrive. Et non, ce n’est pas comme ça que ça marche. J'ai du succès, même sans argent. Ne vois-tu pas toutes ces femmes qui me courent après ? Et une petite Tutsie comme toi pense qu'elle peut rivaliser avec moi ?

Il fit comme s'il était terriblement blessé. C'est ainsi que font beaucoup d'hommes africains, lorsqu'ils se sentent honteux, pour éviter de devoir s'expliquer.

Il se retourna et partit.

Il savait cependant que Rita avait raison. Et c'était d'ailleurs la raison pour laquelle il était si énervé. Rita avait ébranlé sa conscience. Il avait tellement honte, mais il ne voulait en aucun cas le laisser transparaître. Il pensait pourtant avoir bien caché sa relation avec la jeune fille. Comment Rita l'avait-elle su ? Combien de personnes le savait ? Seul Wadjo était au courant dans son quartier. Est-ce que Wadjo l'avait trahi ? Il savait que Wadjo avait eu des vues sur Rita. Mais en Afrique, les hommes savaient garder leurs arrangements secrets.

Il pensa à la facture d'eau : « Je sais bien que c'est vraiment irresponsable de ne pas avoir payé la facture d'eau et d'avoir dépensé l'argent avec la petite », reconnut-il.

Il retourna à l'intérieur, prit la facture d'eau sans daigner regarder ou adresser la parole à Rita. La facture était là depuis deux semaines. Il avait eu l'argent pour la payer, mais Johnny Walker ne serait pas Johnny Walker s'il n'avait pas utilisé l'argent pour acheter un cadeau à sa nouvelle flamme, Nicole, une étudiante de 18 ans.

À cause de Nicole, Johnny Walker était à court d'argent depuis quatre semaines. Il gagnait de l'argent auprès de femmes mûres et mariées et dépensait tout pour Nicole.

Nicole était une fille magnifique, douce et noire comme l'ébène avec un superbe visage. Jennifer Lopez serait sûrement jalouse de son derrière : rond, mignon, soutenu par de longues jambes de mannequin. Ses seins étaient ronds, fermes et pointus avec de gros mamelons.

Johnny Walker l'avait rencontré dans un cybercafé d'un autre quartier, appelé Akwa. Elle l’avait totalement fasciné, mais elle ne l'avait même pas remarqué. Nicole, comme beaucoup de Camerounaises, était en train de chatter sur un site de rencontre « vientetlaissetoiaimer.com » et espérait ainsi avoir la chance de rencontrer l'homme de ses rêves : Mr Visa pour l'Europe ! Elle entendait par là trouver un Européen assez âgé, ils discuteraient sur internet et apprendraient ainsi à se connaître, elle lui promettrait l'amour, l'épouserait et pourrait ainsi partir en Europe avec lui. Certains de ces hommes sont tellement insupportables, que les Camerounaises disparaissent dès qu'elles mettent leurs pieds en Europe. Beaucoup cependant, jouent le jeu jusqu'à ce qu'elles obtiennent leurs papiers puis elles les quittent du jour au lendemain.

La jeune fille plut beaucoup à Walker. Il la voulait. Johnny Walker avait déjà une petite idée, comme toujours. Après être allé à la réception et avoir bavardé avec le caissier, il s'en alla rapidement sans être vu.

Le jour suivant, il retourna au cybercafé et le caissier lui remit un bout de papier et Johnny Walker disparut pour toujours de ce lieu.

Après sa dispute avec Rita, il erra dans le quartier, réfléchissant à comment il pourrait trouver de l'argent. Il ne pouvait même pas appeler une de ses maîtresses. Il n'avait aucun crédit de communication sur son téléphone portable. Mais il devait impérativement payer la facture d'eau. Il était primordial que la facture soit payée cet après-midi-là.

Il retourna voir Wadjo, le propriétaire du cybercafé. Après 5 minutes d’entrevue, il ressortit les mains vides. Wadjo ne voulait plus lui prêter d'argent. Il devait au moins, rembourser une part de sa dette avant de pouvoir à nouveau téléphoner ou surfer depuis le cybercafé.

Il était là, debout devant le café, sous la chaleur étouffante de Douala. Il faisait plus de 32 degrés à l'ombre. L'air était lourd et il se sentait tellement étouffé. Même sans bouger, on transpirait à grosses gouttes comme s’il pleuvait.

Soudain, tout le dérangea : cette circulation intense sous ses yeux, ce trafic sans aucune règle, la façon de conduire des automobilistes, les taxis jaunes se battant contre les motos-taxis et autres véhicules.

Il se rendit soudain compte à quel point la conduite était dangereuse à Douala. Les plus dangereux étaient les taxis-motos. Avec deux ou trois passagers sur la moto, ils coupaient la route ou essayaient de doubler les automobilistes sans avertissement, peu importe d'où ils venaient. Peu importe que cela soit possible ou non. On entendait constamment des klaxons de partout. Ils tournaient à gauche, puis à droite, sans jamais se demander si quelqu'un arrivait du même endroit. Les rues toutes cabossées rendaient la conduite digne d'une aventure en pleine jungle. Comme disait le dicton : « Je regarde devant moi et le destin veille sur mes arrières ».

Johnny Walker se demandait pourquoi il ne l'avait encore jamais remarqué. Il secoua la tête et se dit silencieusement : « De toute façon, je ne serai bientôt plus là, je serai bientôt loin de ce pays ».

Cette certitude qu'il quitterait bientôt son pays pour l'Europe - paradis de l'argent sur terre - lui redonna du courage et de la motivation.

N'ayant pas d'argent pour payer un taxi moto (15 cents), il se décida à marcher jusqu'au quartier de Bonanjo, où avec de la chance, il rencontrerait peut-être une nouvelle conquête dans un bar populaire. Cela faisait environ 5 à 8 km à marcher sous cette chaleur étouffante.

Alors qu'il s'apprêtait à quitter la terrasse du cybercafé afin de se rendre à Bonanjo, son téléphone sonna. Il s'extasia : « Dieu n'oublie pas ses enfants. Cela doit être une ces femmes mariées ».

Tout souriant, il essaya de sortir le téléphone de sa poche de jeans, mais, comme le plus souvent, il ne fut pas assez rapide. Il avait essayé malgré tout d'appuyer dans sa poche sur la touche verte pour décrocher comme pour signaler à son interlocuteur qu'il était bien là où pour le stimuler à le rappeler. Mais tout était déjà redevenu silencieux. Il jura à haute voix et était tellement énervé, car il venait certainement de laisser passer une belle opportunité de gagner un peu d'argent. Maintenant, il allait devoir marcher sous cette chaleur écrasante, sans être certain de pouvoir rencontrer une femme.

Wadjo, qui avait tout observé depuis le Cybercafé, se moqua de lui : — Johnny Waka, ainsi va la vie, Dieu n'oublie pas ses enfants, haha, haha !

Johnny l'ignora et regarda son mobile afin de voir qui l'avait appelé. Son pouls s'accéléra et il fit un signe de croix.

— Que se passe-t-il, J.W. ? Demanda Wadjo.

Très content, Johnny se retourna vers lui et dit simplement : — Tu as raison, Dieu n'oublie vraiment pas ses enfants ! Il s'en alla donc de bonne humeur vers Bonanjo.

En chemin, il se demanda ce qu'il aurait fait s'il avait décroché le téléphone. Nicole était bien la dernière personne qu'il souhaitait voir aujourd'hui. Il était bel et bien un enfant béni, se dit-il. Il était vraiment heureux de ne pas avoir réussi à sortir assez vite le téléphone de sa poche. Aujourd'hui, il ne devait pas voir Nicole. Il devait tout d'abord trouver de l'argent, puis payer la facture, et enfin, ramener un petit cadeau à Rita pour se faire pardonner.

Rita était réellement une femme adorable, patiente, maternelle, mais elle avait une très forte personnalité. Les hommes étaient toujours incertains quand ils se trouvaient à ses côtés. Mais elle faisait tellement de bien à Johnny, et surtout elle était toujours là pour l’épauler.

Johnny Walker changea de trottoir afin de pouvoir marcher à l'ombre des arbres. Il était trempé de sueur ; sous sa chemise qui lui collait à la peau, on pouvait deviner son corps musclé. J.W. aimait prendre soin de son corps et faisait régulièrement du sport. Il était conscient que son corps était son gagne-pain. Un capital qu'il devait bien entretenir afin de bénéficier des intérêts. C'était exactement ce qu'il avait compris sur internet aujourd'hui. Dommage que Rita n'eût rien voulu entendre.

Tout d'un coup, un taxi moto freina juste devant lui, sans prévenir, avec trois passagers sur la moto. Johnny Walker réussit à l'esquiver de peu et tomba sur le sol sableux. Il se retrouva dans un état pitoyable. Sa chemise blanche était toute tachée de rouge. Son jean était déchiré au niveau de l'entrejambe. « Il ne me manquait plus que ça ! », pesta-t-il à haute voix.

Le motard ne ralentit même pas, il dérapa à gauche, à droite, plusieurs fois de suite et réussit à reprendre à temps le contrôle de l’engin alors qu'un bus bondé sortait de ce côté-là. Il entendit juste le son de la voix du conducteur, qui avait dit quelque chose du genre : « Et connard, veux-tu me vendre ? Cherche-toi quelqu'un d'autre, imbécile ! » Vendre quelqu'un au Cameroun, signifie sacrifier une personne pour devenir riche ou puissant. Toute la scène était incroyable. Le motard était en tort, il risquait sa vie et celles de ses passagers, mais c'était lui qui se plaignait. Aucune remise en question. La moto était déjà loin. « Typique pour le Cameroun », dit Johnny. « Que vaut la vie d'un homme ici ? Ils conduisent comme s'ils étaient immortels ».

Il se releva, regarda à quoi il ressemblait et comme à son habitude, il rigola à nouveau. Il avait un plan pour expliquer aux femmes qui pourraient le voir dans cet état, la raison de sa tenue misérable. Une situation qui semblait si difficile aux yeux de n'importe qui, n'était qu'une belle opportunité pour Johnny Walker de se mettre encore en avant.

Il continua donc son chemin, avec toute sa dignité. Juste avant d'arriver dans la rue où se trouvaient les bistros et les bars, son téléphone sonna à nouveau. Il hésita et réfléchit rapidement. Qui pouvait bien l'appeler ? Il espérait que ce ne soit pas Nicole. De toute façon, il n'allait pas décrocher son appel. « Cette Nicole commence lentement à m'énerver », dit-il, sachant pertinemment qu'il était en tort si la situation entre eux était ainsi.

Il ne pouvait pas se passer de Nicole et de son magnifique corps, si sensuel (rien que le fait de penser à elle lui provoquait une superbe érection).

Le problème était qu'il s'était présenté à Nicole comme un riche New Yorkais. Il s'était présenté comme Johnny Fuck Me Walker. Cela sonnait tellement américain. Il prétendait n'être là que pour passer quelques semaines de vacances et en profiter pour acheter quelques biens immobiliers.

Maintenant, Nicole pensait avoir tiré le gros lot. « Il n'est pas seulement mon visa pour l'Amérique et un homme riche, non, en plus, c'est un Africain, un Camerounais. Oui, un homme comme lui, on peut l'aimer, et il le faut », racontait-elle partout. Sa chance était parfaite. Du moins, le pensait-elle. Une vilaine surprise l'attendait. Mais tout ce récit dramatique sera développé dans un autre livre : « Johnny Fuck Me Walker, le riche New Yorkais et mon prince rencontré sur internet en Afrique ».

La personne qui appelait n'avait pas envie d'abandonner si vite. Après plusieurs appels, il se décida à savoir de qui il s'agissait. Son cœur se mit à battre plus vite, un énorme sourire illumina son visage.

— Allô, ma chérie, mon amour de tous les jours, entendit-il dire.

— Où es-tu ?

— Je t’aime à en mourir, sans toi que deviendrait ma vie ? Je pense à toi sans cesse, alors je me suis mis en route en espérant te voir à Dubaï.

— … C’est vrai je te dis, mon miel, et en marchant avec ton image qui me fait perdre la tête, oubliant que j’étais sur une route, une moto m’a renversé. Viens vite, je suis assis au bord de la route et je t’attends, je n’en peux plus. Pourquoi dois-je autant souffrir ? Dois-je souffrir autant par amour pour toi ?

Sa gestuelle et ses mimiques représentaient exactement ce qu'il disait. Par exemple, lorsqu'il dit qu'il était assis au sol, il le fit également et s'assit au sol.

Mais comme nous l'avons déjà dit, Johnny Walker était maître dans l'art de planifier, même dans des situations où beaucoup auraient perdu leur patience. Son plan allait bientôt débuter. Il savait très bien qu'Amina allait accourir rapidement. Ses mots avaient fait leur effet. Il en était certain.

Ce n'est pas comme si les Camerounaises ne savaient pas que ces magnifiques mots, ces poèmes d'amour, n'étaient que des jeux. Elles le savent et elles aiment ça. Elles font la même chose. Sur le moment, on profite simplement des mots, on se réjouit d'être quelqu'un de spécial, d'être adulé. Ce sentiment fait du bien, détend l'atmosphère et rend heureux. Quand on veut passer quelques heures ensemble et se sentir bien. On fait un compliment à l'autre et on profite du spectacle, surtout entre deux amoureux. La flatterie fait partie du jeu. « On ne vit qu'une fois », disent les Africains.

C’est aussi vraiment le cas que les Africains sont avares de mots lorsqu'il s'agit du vrai amour. Johnny n'aurait jamais parlé ainsi si Amina était sa femme ou sa petite amie officielle. Il faut donc faire attention lorsqu'un homme commence à vous conter fleurette. On peut facilement en déduire, qu'on n'est qu'un simple « passe-temps » pour cette personne et qu’il ne faut sûrement pas perdre la tête.

Amina arriva très vite à ses côtés. C'était une femme très attirante, milieu de la quarantaine, mariée avec un homme riche de la ville et mère de quatre enfants. Elle récupéra rapidement J.W., et roula rapidement avec lui ailleurs, dans un endroit discret où on ne les verrait pas ensemble.

— Oh, mon chou, qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? Demanda-t-elle.

— À cause de toi mon bonbon, à cause de toi, dit seulement Johnny qui s'affala sur le siège passager en fermant les yeux.

C'est la première fois qu'Amina le voyait faible et impuissant. « Il est encore plus mignon ainsi », pensa-t-elle tout en ressentant une envie immédiate de faire l'amour avec lui.

Ils roulèrent sur l'imposant pont du Wouri dans le quartier de Bonaberi. Amina gara sa Porsche Cayenne derrière le cybercafé, mais laissa le moteur tourner pour garder la climatisation allumée et l'air frais dans la voiture.

Johnny Walker descendit et rentra aussi vite que possible chez lui. En entrant, il découvrit trois bidons remplis d'eau. Rita avait demandé de l'eau au voisin. Il eut tellement honte de prendre un peu de cette eau pour se laver les mains et la tête. Puis il passa rapidement et rentra silencieusement tel un chat dans sa chambre. Rita était en train de se doucher et fit comme si elle n'avait entendu personne rentrer dans la maison. Cinq minutes plus tard, Johnny avait fini de s'habiller, il ressemblait à nouveau à Johnny Walker : élégant comme une star de cinéma.

Tandis qu'il allait quitter l'appartement sur la pointe des pieds, une voix retentit des toilettes. « Malheur à toi si tu ne vas pas payer la facture aujourd'hui. Je te préviens Evarist Dieu ne dort ». La voix de Rita était claire et déterminée. Il savait par expérience que quand elle l'appelait par son vrai nom, qu’il était dans de beaux draps et qu’il devait faire attention. Il entendit comment il avait dit « Oui » comme un enfant avant de disparaître. Il ne comprenait pas d'où les femmes camerounaises trouvaient cette force et cette audace. Et dire qu'on les appelait le sexe faible. Connerie ! Pensa-t-il. Ce ne sont que des balivernes pour mieux dominer les hommes, se dit-il alors qu'il était à nouveau dans la rue.

Une fois dans la voiture, il discuta longuement avec Amina puis les deux se rendirent au « Snec », l'administration des eaux où Johnny a effectivement réglé sa facture. Cependant, il y eut un problème. L'eau, plus précisément le compteur, devait être ramenée sur place. Mais l'employé qui avait retiré le compteur, avait malencontreusement oublié de le ramener au bureau. Au Cameroun, lorsque vous ne payez pas votre facture d'eau ou d'électricité, on vous enlève entièrement le compteur.

Une discussion houleuse se tint dans le bureau de la Snec : — Comment a-t-il pu oublier d'amener le compteur ici ? Ce n'est qu'une escroquerie afin d'obtenir plus d'argent !

La réceptionniste l'ignora littéralement et pria le client suivant de rentrer. Johnny dit : — Je ne bougerai pas d'ici. Tant que vous n’aurez pas remis mon compteur en place, personne d'autre ne sera servi.

La réceptionniste le regarda avec dédain et lui dit : — Monsieur, cela m'est bien égal. Si ça ne tient qu'à moi, vous pouvez bien passer toute l'après-midi et toute la nuit ici. Je n'ai pas à servir quelqu’un, et elle disparut dans l'arrière-boutique.

Des querelles débutèrent maintenant entre les autres clients, qui souhaitaient, eux aussi, payer leurs factures. Certains s'en prenaient à Johnny, d'autres témoignaient de la compréhension à son égard : — Il a payé, on doit bien lui remettre l'eau. C'est son droit, disait une femme. Un homme lui répliqua : — Oui, mais s'il avait payé à temps, son compteur serait encore à sa place, dans sa maison. Est-ce que nous aussi, nous devons voir nos compteurs retirés parce que nous ne pouvons pas payer notre facture ? Il ne doit pas être égoïste.

Une dispute commença entre les gens qui voulaient payer et Johnny. La réceptionniste revint s'asseoir sur sa chaise et commença à lire le journal, pour montrer encore plus son indifférence. Le ton monta encore et une personne de la sécurité finit par venir voir ce qu'il se passait.

La réceptionniste lui expliqua l'histoire et il se dirigea immédiatement vers Johnny : — Monsieur, dégagez, lui dit-il sur un ton qui ne laissait place à aucun doute, si besoin il utiliserait la force pour le mettre dehors.

Johnny demanda seulement : — Pourquoi ?

La réceptionniste se leva soudainement et dit à haute voix : — Eh Monsieur, déguerpissez, vous n'avez pas honte ? Puis elle continua : — Vous laissez votre compteur se faire enlever pour 15 € et vous osez venir râler ? Je vous le jure, tant que je travaillerai ici, vous n'aurez pas votre compteur avant une bonne semaine. Vous pouvez aller vous plaindre au président du pays, car mon chef n'aura pas son mot à dire.

Johnny répondit : — Ah, oui, encore une Camerounaise avec une grande bouche ! Qui es-tu ? Pauvre simple employée de rien du tout ? Tu crois que je peux sortir avec toi ? Avec ton cul si gros qu'on pourrait faire tenir un enfant dessus sans aucun appui. Tu veux vraiment faire comme si tu avais du pouvoir ? Analphabète. Mon amie peut t'engager comme femme de ménage pour sa voiture et elle te payerait alors dix fois plus que ce que tu gagnes ici.

La femme ne se laissa pas impressionner et répondit : — Ah oui, vraiment, vous rentrez ici en costume comme si vous étiez quelqu'un. Mais en réalité vous n'êtes personne. Vous êtes fauché comme un rat d’église. Et vous vivez aux dépens de cougars, qui ont tout loupé dans leur jeunesse et pensent pouvoir s'acheter tous les hommes avec de l'argent. Vous êtes un gigolo, mieux un misérable bordel et je vous préviens : un simple appel et mon mari vous fait enfermer. Raté, couille molle, bordel - sortez tout de suite si vous...

C'est à ce moment-là que même l'homme de la sécurité intervint pour calmer la femme : — Ma sœur, laisse tomber, où bien y a-t-il autre chose ? Est-ce qu'il s'agit vraiment encore du compteur ?

La femme continua : — Non, grand frère. Les hommes comme lui doivent être remis à leur place. Il a de la chance que je sois bien lunée aujourd'hui, sinon...

Et elle le pensait réellement. Johnny était impressionné et se demandait comment elle serait si elle était hors d'elle ?

Johnny Walker, le grand Johnny Walker n'avait jamais rien vécu de tel. Il dit simplement : - Eh, Madame, excuse-moi. As-tu rêvé de moi cette nuit ?

Il savait que lorsqu'il s’agit d’avoir la langue bien pendue, on ne peut pas rivaliser avec les femmes africaines. Elles sont beaucoup trop fortes et invincibles en la matière. Et il pensa encore une fois à Rita. Est-ce qu'on appelle encore ces femmes le sexe faible ? Non ! Peut-être en Europe, mais certainement pas ici. « Les hommes en Afrique devraient s'émanciper », pensa-t-il.

Intelligent comme il l'était, il savait qu'il valait mieux ne pas envenimer encore plus les choses et il sortit. Oui, on est au Cameroun. Et chacun est président de l'endroit où il se trouve. Que devait-il faire ? Il ne pouvait pas rentrer à la maison, voir Rita sans le compteur et donc sans eau. Mais il savait aussi qu'au Cameroun tout était possible. Cela dépend simplement de l’engagement.

Tandis qu'il réfléchissait à ce qu'il pourrait faire, l'homme de la sécurité vient le voir et lui dit : — Mec, tu connais bien nos femmes avec leurs grandes bouches. Ça ne sert à rien d’entrer en conflit avec elles. Elles vont t’anéantir. Cette fois-ci tu as perdu, comme un petit chien la queue entre les jambes. Laisse-moi donc parler avec elle, et voir ce qu'il est possible de faire.

Johnny acquiesça d'un signe de tête et tandis que l'homme retournait à l'intérieur, il disparut rapidement dans la voiture d'Amina pour lui raconter l'histoire. Lorsqu'il réapparut, l'homme sortait à nouveau du bureau.

— J'ai l'impression qu'elle pourrait t'aider. Mais elle est encore en colère. C'est mieux que nous y allions ensemble. Tu essayes d'abord de t'excuser avec tes blablablas. Ensuite demande lui, comme un cobra qui vient d’être vaincu et qui s’est rendu, ce qu'elle peut faire pour toi, pour que tu puisses encore avoir accès à l’eau aujourd'hui. Montre-lui qu'elle a gagné

Johnny Walker savait exactement comment ça se passait à Douala. Il savait très bien que cette dispute, malgré l'aspect très dur, n'était rien du tout. Les Camerounais sont ainsi, très loquaces, mais peu rancuniers.

Il retourna à l'intérieur aux côtés de l'homme de la sécurité. Dès que la femme l'aperçut, elle l’attaqua immédiatement.

— Monsieur, je ne vous reçois plus, sortez !

Johnny regarda l'homme de sécurité d'un air embarrassé, comme pour dire : « Je fais quoi maintenant ? »

L'homme de sécurité sourit à la réceptionniste, avec un air flatteur, se gratta un peu les cheveux et dit : — Oh oui, Mama, tu es vraiment une femme de poigne, une Dame de fer, oui, oui, c’est bon. Ce serait bien que les femmes règnent enfin sur le Cameroun, non que dis-je, sur toute l'Afrique. Ainsi, plus aucun homme blanc n’aura plus rien à nous proposer et nous voler nos richesses.

Elle sourit et dit : — Et toi, grand frère, arrête avec tes flatteries et ne m'énerve pas. Sinon on va avoir un problème, toi et moi. Hommes blancs, vols... balivernes. Est-ce que ce sont des hommes blancs au pouvoir à Yaoundé ? Je n'en ai encore jamais vu qui soit ministre ou directeur d'une société étatique. Et pourtant nos richesses sont volées chaque jour.

L'homme de la sécurité ignora simplement cette réponse pertinente. — Sœur, aide mon frère ici. Oui, il sait qu'il t’a mal parlé et il en est désolé, sur ces mots, il se tourna vers Johnny et fit comme s'il le grondait : — Allez, dis-lui toi, excuses toi simplement. Quand vous venez ici et parlez comme si vous étiez Paul Biya, vous mettez les gens en colère. Tu as énervé la Dame. Elle t'aidera uniquement grâce à moi, tu comprends, grâce à moi, mais dis-lui à quel point tu es désolé. (Paul Biya est le président du Cameroun).

Johnny regarda la dame et lui dit, comme on le lui avait conseillé, qu'il était désolé.

La femme resta toujours agressive : — Tu as de la chance que le grand frère soit là. Je te le jure, sinon tu n'aurais pas eu d'eau même après une semaine. Est-ce toi qui m’as embauchée dans ce service ? Hé, me connais-tu ? Hum, je te dis juste que tu as de la chance. Donne-moi le papier là ». Johnny savait déjà qu'elle s'était calmée. Pour la première fois depuis le début de la conversation, elle l'avait tutoyé.

Sa chance ne fut que de courte durée. La femme revint et lui rendit le papier sans le regarder en lui disant : — L'installateur est trop occupé en ce moment et ne peut venir que demain. Reviens donc demain. Nous ouvrons à 7 h 30.

L'homme de la sécurité intervint de nouveau : — Grande sœur, pourquoi es-tu si dure comme cela ? » et il continua : — Et qu'est-ce qui se passerait, s'il…, il se tourna vers Johnny et hocha la tête pour faire comprendre à Johnny qu'il devait accepter, — … S'il payait le trajet de l'installeur en plus d’un extra ? Peut-être qu'il pourrait aller voir chez lui après la fin de sa journée de travail ?

La femme fit mine de ne pas être d'accord. L'homme de sécurité ajouta : — Oui, grande sœur, je sais que ce n'est pas ton travail d'appeler l'installateur. Ça te coûte du temps et de l'argent, mais…, il se tourna à nouveau vers Johnny, — ... Mais, il te paiera sûrement une bière de toute façon, ok ? Tu vois, il a dit oui. Il parlait en son nom, sans même demander l’avis de Johnny.

Il fit à nouveau appel à la femme : — Appelle-le donc et demande-lui s'il est d'accord et tu auras sûrement ta bière, sœur. Oui, grande sœur, je t'aime, je t'aime plus que tout mais dommage que je ne sois pas ton homme.

— La ferme, grand frère. Tu vas tout faire foirer avec tes belles paroles. Elle partit téléphoner et revint deux minutes plus tard, elle parla tout bas avec l'homme de la sécurité qui cherchait constamment à garder un œil sur Johnny. Puis, il rigola pour montrer à Johnny que tout était ok, mais qu'il devrait payer.

Il revint vers Johnny et lui parla. Quelques minutes plus tard, il retourna voir la dame et lui tendit la main, comme pour la saluer. C'est ainsi que quelques billets changèrent de mains. Et Rita aurait son eau aujourd'hui.

— Et ben ! Soupira Johnny soulagé, c'est une bonne manigance qu'on ne voit qu'au Cameroun pour soutirer un peu plus d'argent aux clients. Faire comme si on aidait les gens bénévolement, mais pour finalement bien gagner de l’argent.

Il connaissait parfaitement cette logique. La femme touchait une part, l'installateur aussi, l'homme de la sécurité également et Rita avait son eau. Le capitalisme communiste à la Camerounaise. Un service en vaut un autre. Mais il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même. S'il avait payé sa facture à temps, il n'aurait pas dû sortir un centime de plus.

Cependant, le point le plus important dans cette histoire, c'était qu'il avait gagné de nouveaux amis aujourd'hui. La femme, l'homme de la sécurité et l'installateur. Ils seront désormais amis pour la vie et la prochaine fois, il n'aura pas besoin de payer de supplément. C'est ainsi que les choses se passent au Cameroun. C'est ainsi ici. Les gens ne font que vivre, ils vivent seulement.

À la fin, il était satisfait et à nouveau heureux.

Tout fut réglé en une heure environ, après quoi, il remonta en voiture avec Amina, qui l'avait attendu tout le temps dans sa voiture, avec le moteur en marche. Il sonnait presque 16 h.

Ils se réjouissaient tous les deux du bon moment qu'ils allaient passer ensemble.

Ils ne devraient pas traîner, car l'installateur serait là vers 17 h 30. Juste le temps de trouver un hôtel à proximité.

Johnny Walker et sa liaison avec Amina

Amina était une amante formidable. Elle était drôle, ouverte, éduquée et sûre d'elle. Une femme forte et puissante. Elle avait étudié les sciences économiques en France. Son mari était certes très riche, mais elle avait beaucoup de succès dans son travail. Elle avait ouvert une école de commerce, gérait des actions en bourse et était présidente d'un club de finance pour femmes à Douala.

Johnny ne s'entourait que de femmes suffisamment éduquées. Il pensait ainsi être sur un même pied d'égalité avec elles, exception faite qu'elles avaient plus d'argent que lui.

Amina aimait prendre soin de son corps. Elle approchait de la cinquantaine, mais ressemblait à une jeune femme de 35 ans. Elle était très féminine et savait parfaitement se mettre en valeur. De nombreux hommes, bien plus jeunes qu'elle, la courtisaient. Elle respectait énormément son mariage, son mari et ses enfants, qui étaient sa priorité absolue, mais elle vivait simplement sans concession.

Johnny W. était son unique amant. Elle n'en voulait pas d'autres. Un nouveau n'arrivait que si l'ancien était déjà parti. La plupart des femmes au Cameroun avaient plusieurs amants en même temps, mais pas elle, se vantait-elle souvent en insistant bien pour que tout soit limpide : « ... Mes quatre enfants sont tous de mon mari, mon Dieu sur terre, le meilleur homme du monde ».

Ça ne dérangeait pas Johnny lorsque Amina parlait aussi élogieusement de son mari. Il ne souhaitait pas épouser Amina de toute façon.

— Mon chouchou, ça fait tellement de bien d'être à tes côtés, commença-t-elle tandis qu'ils roulaient en direction de l'hôtel.

— Oui, mon cœur, je me réjouis aussi de ta présence. Laisse-moi te regarder. Regarde-moi, tu ressembles à une déesse sur Terre... Hé, attention, regarde devant ! Cria-t-il alors qu'un passant traversait la route.

Elle répondit : — Si je suis ta déesse, alors tu es mon petit Jésus sur terre.

— Non ma fée, Jésus n'est pas assez grand, je suis ton Dieu, haha, haha, plaisanta Johnny.

— Non, ma glace au chocolat, pour être mon Dieu il t'en faudrait beaucoup plus, peut-être même n'y parviendras-tu jamais. Cette place est celle de mon mari, le Boss. Je l'aime plus que tout, jugea-t-elle nécessaire de rappeler, même si cette discussion n'était que pour plaisanter.

— Oh, pauvre de moi, seulement la deuxième place ? Mais tu restes malgré tout ma déesse sur Terre, dit-il.

— Ne sois pas triste mon lièvre brun, tu es mon seul et unique Jésus, et il est quasiment autant aimé que Dieu, dit-elle en lui caressant l'entrejambe avec sa main droite.

— Ah oui, Comtesse, ça me suffit bien d'être ton Jésus. Je n'ai pas besoin d'autant, j'ai juste besoin de t'avoir à mes côtés, de pouvoir t'embrasser, de pouvoir lécher ta belle poitrine, qui a fièrement nourrit quatre enfants, et de pouvoir la masser délicatement, jouer et mordiller tes tétons...

... ça me suffit, de promener mes mains lentement sur ton ventre et tes hanches, avidement et précisément, mais très lentement, pour chercher la terre promise...

... oui ça me suffit, quand mes doigts ressentent l'humidité à l'approche de ton vallon...

... oui, ça me suffit quand mes doigts atteignent cette porte secrète et commencent à l'explorer, à rentrer délicatement dedans...

... ça me suffit de voir comment tu t'accroches solidement à moi, comment tu écartes encore un peu plus tes cuisses pour que je rentre encore plus profondément...

... ça me suffit d'admirer comment tes hanches se meuvent et tes fesses rebondies se frottent contre moi comme si tu dansais la Makossa ou la Lambada au ralenti...

... ça me suffit, ma beauté, quand je vois tes narines se dilater, comme si tout l'air du monde n'était pas suffisant... ça me suffit de ressentir les battements de ton cœur et tes soupirs de plaisir...

... femme d'eau douce, je ne veux pas d'autres créatures divines, je ne veux que tes ongles qui pénètrent dans ma nuque et mon dos...

... j'envoie valser tout l'amour du monde, quand nous sommes allongés sur la plage, trempés de sueur, il fait chaud, humide, mes reins entre tes jambes et que tu dis : « Encore plus loin mon amour, vas-y amour, s'il te plait viens », et lorsque je jouis tu me dis : « Mon bel étalon, ne jouis pas déjà, je te ressens au plus profond de moi, tu me remplis tout entière, continue, remue, fais-moi jouir ! » Moi, je veux sortir, arrêter, mais toi, tu n'es pas de cet avis, tu me retiens fort, une jambe sur mes fesses, l'autre autour de mes hanches et tu prends désormais le contrôle, je ne fais plus rien, tu es celle qui rentre et sort, comme un boa, qui dévore sa proie, et tu nous amènes tous les deux, avec douceur, lentement et sûrement au septième ciel. Le paradis...

Oui, ma chatonne, à ces moments-là, cela m'est bien égal qui je suis... Si je suis Jésus ou Dieu ou juste un clochard.

La voiture s'arrêta aux abords d'un luxueux hôtel, ils en sortirent dans un état proche de l'extase, Johnny ne remarqua même pas qu’un taxi moto arrivait, mais cette fois le taxi le frôla seulement.

Amina sortit de sa transe et hurla : — Mon amour, fais attention à la moto... Johnny répondit nonchalamment : — Amina, beauté, si je meurs à tes côtés, alors ce sera comme si je m'endormais simplement.

Cette phrase lui serait utile bien des fois dans les aventures qui l'attendent, Johnny en était persuadé.

Bientôt l'hôtel se mit à trembler.

À 17 h 30 précises, Johnny était à la maison et attendait l'installateur sur le bord de la route. Il ne vit personne jusqu'à 18 h et il commença à brûler sous la chaleur. Qu'allait-il pouvoir dire à Rita ? Il avait fait l'erreur de ne pas prendre le numéro de téléphone de l'homme. Lorsque son téléphone sonna et qu'il aperçut le nom de Rita, il sauta en l'air comme un athlète. Il ne répondit pas. « Je préfère ne pas décrocher et plutôt réfléchir à ce que je vais faire », se dit-il.

Rapidement un SMS de Rita arriva : « Johnny, … » Son cœur se calma un peu. Elle l'avait appelé Johnny, se réjouit-il. Ça ne pouvait donc pas être trop mauvais. Peut-être avait-elle un peu de compassion pour lui. Il ne prit pas le temps de lire le reste du SMS et rentra directement à la maison.

— Êtes-vous Mr Mendo ? Demanda un homme. Rita n'était pas là.

— Oui, on m'appelle Johnny Walker, et vous, qui êtes-vous ?

L'homme ignora sa question et lui dit : — Montrez-moi le reçu de paiement et payez-moi mes frais de déplacement ainsi que le supplément pour le retard. Nous avions rendez-vous à 17 h 30, ça fait presque une heure.

— Non, seulement 45 minutes, répliqua Johnny.

L'homme aux lunettes resta cool et répondit simplement : — Voulez-vous de l'eau tout de suite ou non ? Alors une heure de retard, ça fait une bière, on est d'accord ?

Johnny en avait marre de ces querelles et donna à l'homme ce qu'il réclamait. Ce dernier mit aussitôt l'argent dans sa sacoche, laissa tomber la facture sur le sol sans même y jeter un œil et prit congé de lui.

Johnny lui courut après et demanda : — Mais, Mr l'installateur, l'eau, vous, vous... L'homme coupa Johnny, baissa ses lunettes, leva les yeux pour mieux le contempler et lui répondit : — Voulez-vous m'apprendre à faire mon métier ? Connaissez-vous la signification du mot « professionnalisme » ? Il y a encore des hommes qui font leur travail sérieusement et... À ce moment Rita sortit de la maison et glissa un peu de pourboires dans la sacoche de l'homme en le remerciant pour l'eau.

L'installateur se retourna vers Johnny, remit ses lunettes en place et lui dit : — Eh bien voilà, c'est comme ce que font les gens civilisés, comme Madame vient de le faire. Et il s'en alla tandis que Johnny demandait encore : — Combien de pourboires avez-vous pris pour ça, pour votre professionnalisme, corrompu… ?

— Laisse tomber, Johnny, rentre, tout est réglé. Tu as l'air épuisé. Je t'ai cuisiné un bon repas. Des légumes avec des noix fraîches et des bananes plantains frites avec du poisson, dit Rita.

Johnny rentra, tout content et très fier : — Vois-tu Rita, tu ne dois pas te faire de soucis. Rien n'est impossible pour Johnny Walker.

Il embrassa ses deux enfants et leur donna quelques sucreries. Il alla se doucher, aida les enfants à faire leurs devoirs et Rita les amena au lit après le dîner.

Rita qui était redevenue douce comme un agneau, rigola et revint sur ce qu'il avait dit plus tôt dans la soirée : — Johnny, n'exagère pas. Rien n'est impossible pour toi ? Qu'as-tu accompli depuis presque dix ans, depuis la mort de ton père ? Tu voulais aller en Europe et m'y emmener. Qu’est-ce qui reste encore de ce projet ? Seulement ta mégalomanie et tes belles paroles.

Johnny explosa de rire. —Rita le repas était vraiment délicieux. Tu devrais cuisiner comme ça tous les jours, ou en tout cas, tant que je suis encore là. Il avait prononcé cette dernière phrase délibérément. Il marque une pause, pour voir si cela avait attisé la curiosité de Rita.

Rita semblait un peu étonnée : — Si tu veux parler, fais-le, sinon laisse tomber.

— Haha, haha, curieuse ? Dis oui, dit Johnny, dis Johnny, s'il te plait, que voulais-tu me raconter ce midi ? Qu'as-tu trouvé d'intéressant sur internet ? Dis-moi simplement ça et je te fais part du plan de l'année. Connaître la bonne information, c'est le pouvoir. La connaissance, c’est le pouvoir, et je sais maintenant...

Un enfant cria « maman », Rita se leva rapidement et sortit de la chambre. Après dix minutes, elle revint et regarda Johnny avec un air interrogatif : — Allez, dis-moi ce que tu voulais me dire ce midi. J'étais tellement énervée, car nous n'avions plus d'eau, tellement énervée de devoir toujours me battre constamment pour tout et que toi, toi tu dépenses de l'argent sur des Tutsies, comme cette fille si jeune. Mais maintenant je m'en fiche, je me suis calmée et tu t'es débrouillé pour que nous puissions avoir de l'eau, toi, le Grand Johnny.

Elle savait exactement comment s’y prendre avec Johnny pour qu'il fasse ce qu'on attendait de lui. — Ça suffit avec tes flatteries et cette jeune fille est une chance pour nous.

— Cette fille-là, une chance ? Et comment donc ? Demanda Rita, étonnée.

— Laisse-moi donc t'expliquer. Tu ne dois pas m'interrompre sans cesse. Hum, ce morceau de bananes plantains-là était vraiment bon, il était parfaitement mûr et sucré comme je les aime, savoura Johnny avant de continuer : — L'origine de mon idée vient de cette fille. On est mardi aujourd'hui, vendredi je pars à Kribi et je me trouve un boulot dans un hôtel en bord de mer.

Ça amusa beaucoup Rita. Et oui, Johnny avait déjà eu des milliers de plans par le passé. Mais tous ses plans avaient toujours un rapport avec sa mégalomanie. C'étaient de gros projets, dans lesquels il s'attendait à gagner des millions. Il était toujours question de voyages en Europe, là où se trouve l'argent pour ces projets. Elle avait arrêté de croire qu'il arriverait un jour à en mener un à terme. Jusqu'à présent, tout ça n'était resté que des mots, des plans, des rêves. Elle s'attendait à tout, mais pas à ça, Kribi, un travail, et qui plus est un travail dans un hôtel pour le « noble » Johnny. Mais malgré tout, son intuition féminine lui disait que cette fois, il le pensait vraiment. Elle ressentait et voyait sur son visage que Johnny avait pris sa décision et qu'il avait vraiment quelque chose en tête. Elle en était persuadée. — Est-ce que tu veux bien m'inclure dans ton nouveau plan et me dire vraiment ce qui se cache là-derrière ?

— Non, Rita, non pas encore. C'est le prix à payer. Tous les échanges d'énergie positive dans ce monde ont une contrepartie : tu dois donner pour recevoir, pour avoir. Plus ce que tu veux avoir est important, plus ce que tu dois donner l'est aussi. Même Dieu fonctionne sur le même principe. Si tu veux quelque chose de lui, tu dois prier. Plus ta souffrance est grande, plus ta prière doit être puissante. Parfois tu dois jeûner des jours durant pour qu'il t'entende. Même Jésus a dû suivre cette loi. Beaucoup d'autres hommes le font aussi en vendant leurs âmes à Satan ou à des sectes par la pratique d'effroyables rituels pour être ou avoir ce qu'ils souhaitent. Mais j'y arriverai grâce à mon cerveau, avec mon intelligence et mon travail. Je vais maintenant travailler en tant que plongeur, jardinier ou bien nettoyeur de plage pour que demain nous n'habitions plus dans cette maison, mais dans une villa à Bonanjo. Il faut bien prendre des risques pour un tel rêve. Mais sois-en sûre, bientôt mon surnom sera Johnny le Tueur, Johnny le Grand. Ne te fais pas de soucis. À partir de vendredi tout commence et nous nous rapprochons de notre rêve. Johnny le Grand est un génie, Rita mon amour. Je t'ai toujours promis que nous aurions une belle vie.

Il se leva et alla dans la cuisine se laver les mains. — Rita, où sont donc les torchons qui sont ici normalement ? Oh, pourquoi veux-tu toujours vivre comme une femme primitive ? Parce que la maison n'est pas parfaite, tu veux vivre ainsi ? Non, mon amour, ce qui est important, c'est ce que tu vis dans ta tête. Si tu ne t'imagines pas ta cuisine, comme celles que tu voies à la télévision, tu ne l'auras jamais. Ne comprends-tu pas ? Dois-je te le dire tous les jours ? Pourquoi tu te laisses aller ? Pourquoi penses-tu que tu as tout perdu à seulement 28 ans ?

Il sortit de la cuisine, un verre de Whisky Johnny Walker Red Label à la main et s'assit près de Rita.

— Comprends-tu ? Bien évidemment, il y a des situations exceptionnelles, dans lesquelles des gens ont soudainement eu quelque chose qu'ils n'attendaient pas ou dont ils n'avaient pas rêvé. Oui, ça peut arriver, mais c'est comme de jouer au loto. Combien de personnes gagnent au loto ? Rita, mon petit trésor, tu récoltes ce que tu as semé et tu dois toujours y croire et travailler dur pour ça. Tu dois avoir beaucoup de patience et ne jamais arrêter d'y croire, et d'avancer pas à pas, chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde dans cette direction. N'oublie jamais que 1 000 000 d'euros commencent par un centime. S'il te manque un centime, tu n'es pas millionnaire. Si le lait coûte 49 centimes et que tu n'as que 48 centimes, tu ne peux pas avoir la bouteille de lait. Chéris chaque centime pour un jour adorer les 1 000 000 €. Ces petites étapes, que tu fais chaque jour, feront la différence à la fin. Si tu arrêtes de faire ces petits pas, tu n'avances plus ; et si tu restes immobile, tu finis par reculer.

Il se leva, retourna dans la cuisine et revint cette fois avec la bouteille de Johnny Walker Red Label, un coca et un second verre. Il servit à Rita un cocktail avec 2/3 de coca et 1/3 de whisky ainsi que quatre glaçons. Il se rassit près d'elle et continua :

— Je sais ce que tu penses. Mais le problème, c'est que tu te laisses influencer par ce que les gens pensent et leurs avis sont plus importants pour toi que tes rêves. Un vieil homme du village disait : si tu veux avoir du succès, tu dois accepter d'avoir aussi des échecs. Tu dois aussi supporter le fait que les gens rigolent, se moquent de toi et t'évitent. La plupart des gens choisissent le chemin le plus facile, c'est ainsi. Ces gens ne vont jamais plus loin que les classes moyennes, s'ils y arrivent seulement. Les gens qui ont changé ce monde, ont dû souffrir énormément. Pour ma part, je n'ai pas de souffrance, je suis comme les grands, je profite de la vie avec plaisir. Mais là-dedans, dit-il en montrant du doigt sa tête, là-dedans je travaille plus qu'un ingénieur de la NASA. Personne ne voit ce travail et c'est là ma chance. Je suis protégé, et je peux poursuivre mon but sans être dérangé, pendant que les petites gens me considèrent comme un bon à rien. Un jour ou l'autre, ils verront soudain sous leurs yeux mon succès et diront : « Oh, il a eu de la chance, le destin était de son côté, il est devenu riche en partant de rien ». Ils ne sauront pas le long et dur travail que j'ai fourni pour en arriver là. Les gens simples ne croient que ce qu'ils voient. Ce ne sont que des consommateurs. L'homme qui a du succès est un visionnaire. Il vit dans le futur. Aujourd'hui est déjà demain pour lui. Demain, c’est aujourd'hui. Il a toujours un pas d'avance, il n'est pas consommateur, c'est un créateur.

Rita commença à pleurer. Elle pensait à tous ces espoirs qui n'avaient mené à rien. Johnny avait déjà essayé à maintes reprises de partir en Europe ou au Canada. Le visa lui était toujours refusé. Il avait dépensé tellement d'argent pour obtenir ce tampon si important. Il avait même essayé de payer un intermédiaire, un homme qui travaillait avec différentes ambassades ou plutôt qui se targuait d'avoir de bons contacts dans les ambassades. Il se permettait donc de faire payer des sommes exorbitantes à de pauvres hommes qui espéraient émigrer grâce à son aide. C'est un très gros marché en Afrique. Certains hommes ne vivent que de ça et en sont devenus très riches ; ils conduisent de grosses voitures et vivent dans les quartiers les plus chics de Douala et Yaoundé.

Rita se demandait comment Johnny et elle avaient pu être aussi naïfs de croire qu'ils pourraient corrompre les représentants européens. On disait bien que les Blancs étaient très droits et travaillaient consciencieusement. Mais alors comment avait fait Kamga pour réussir à partir à Lyon, et qu'en est-il de Ngoh Lep, c'était une prostituée ici, elle ne parlait ni n'écrivait le français, mais elle était désormais à Paris. Ondoua, l'escroc, qui avait été emprisonné plusieurs fois ici pour fraude et vol, était maintenant au Canada. Elle connaissait tellement de personnes qui avaient le même intermédiaire que Johnny et qui avaient réussi à émigrer. Il se disait que certains avaient payé jusqu'à 20 000 €, c'était en fonction de la difficulté de leur situation. Officiellement on disait toujours que ces visas étaient faux et que les gens seraient arrêtés plus tard, à la frontière et renvoyés au Cameroun, car les données des vrais visas sont envoyées électroniquement à la police des frontières. Effectivement, elle avait déjà entendu parler de personnes qui avaient un visa et qui avaient été renvoyées chez elles. Mais elle en connaissait aussi beaucoup qui étaient partis en Allemagne, France, Angleterre, Belgique, Italie, ... avec ces visas contrefaits, comme les appellent les agents des ambassades, et qui vivaient désormais en Europe. Certains viennent même parfois ici en vacances et peuvent repartir sans que la police des frontières en Europe ne les arrête.

Beaucoup de belles femmes faisaient partie de ceux-là, elles travaillaient désormais comme prostituées en Allemagne, en Suisse ou en France et revenaient tous les trois mois avec tellement d'argent, qu'elles pouvaient s'acheter des biens immobiliers et repartaient ensuite.

Elle ne comprenait pas non plus pourquoi, si ces ambassades étaient si rigides avec tout le monde, ils ne supprimaient pas le visa de ces « Feyman » (des escrocs nigérians), malgré tous les dégâts qu'ils avaient causés en Europe. Ils sont connus de tous et ne se cachent pas. On peut les entendre se vanter dans les bars de jouer au tennis avec telles ou telles personnes d'une ambassade, d'aller régulièrement boire un verre avec une autre, ou même d'avoir leurs numéros privés et de les retrouver en Europe. Ils se vantent de jouer les intermédiaires entre ces mêmes personnes et de belles jeunes filles camerounaises, qui peuvent tout d'un coup s'envoler en Europe. On entend de tout concernant les différentes façons d'obtenir un visa, mais seuls les honnêtes gens ont la vie dure et sont confrontés à la rigidité des lois migratoires européennes et subissent leur travail scrupuleux.

Tout cela est étrange, pensa Rita. Où se trouve la vérité là-dedans, et le mensonge, qu'est-ce qui fait partie de l'imaginaire ? Elle ne le savait pas. Le fait est que certaines personnes obtenaient un visa, et on se demande bien comment. Ils ne remplissaient tout simplement aucune des conditions pré requises. Enfin, là où de grosses sommes d'argent sont en jeu, tout est possible suivant que l'on soit Africain ou Européen.

Elle savait une seule chose : elle, ou plutôt Johnny, n'avait pas eu de chance jusqu'à présent. Peut-être que tout ça n'était que des rumeurs, pour paraître important ou pour arnaquer encore plus. Seuls les intéressés le savaient, se dit-elle et elle pleura de plus belle. Elle avait toujours mis la pression à Johnny et l'avait appelé un raté. Peut-être était-ce là la raison pour laquelle il voulait faire ce travail dégradant, pour lui montrer qu'il pouvait faire quelque chose ? Elle avait mauvaise conscience, mais la raison de ces pleurs était tout autre : c'était à cause des mots forts de Johnny. On pouvait lui reprocher beaucoup de choses, mais personne ne pouvait lui retirer le fait que cet homme était un battant, un homme positif qui n'abandonnait jamais. Elle l'admirait d'autant plus et savait d'instinct, que cet homme allait faire son chemin. Il atteindrait son but, même s'il devait passer par des petits boulots tels que plongeur, nettoyeur de plage ou autre. Elle avait l'intuition qu'elle devait s'accrocher à cet homme comme un parasite si elle voulait avoir une vie meilleure. Son instinct de survie féminin lui ordonnait de soutenir cet homme.

- Hé Rita, ma douce, pleures-tu ? Ça me plait. Ça veut dire que tu m'as non seulement écouté, mais compris aussi. À partir de maintenant tu te représenteras toujours ce logement comme une villa, vois-tu comme tout est au top ici, imagine tous les éléments comme tu voudrais les avoir, vois comme tu as de la chance d'être heureuse, belle, comblée et en bonne santé et répète-toi sans cesse : « Dieu, je te remercie de m'avoir offert ces richesses ». Cette scène, tu dois l'avoir en permanence dans un coin de ta tête et dans tes rêves. Tu verras qu'un chemin dans cette direction se dessinera lentement. Rita ne rêve pas que nous aurons du succès, nous l'avons déjà. Ne rêve pas que nous gagnerons, nous avons déjà gagné.

Il se leva, lui caressa les cheveux et prit congé d’elle : — Bonne nuit, dors bien.

Mercredi matin, Johnny amena les enfants à l'école pour la première fois depuis des mois. Ils avaient déjà 9 et 10 ans, mais à ce jour, il voulait simplement se rendre utile. Il pensa au fait qu'il ne lui restait plus que deux jours à passer à Douala. En chemin, il raconta des histoires et ils rirent énormément.

Le plus jeune demanda : — Dis papa, pourquoi es-tu de si bonne humeur alors que tu es si triste ? —Ah bon ? Se demanda Johnny, heureux, alors que je suis triste ? Non, Mensi, je suis de bonne humeur et je vais bien. Mais plus tard, il se demanda pourquoi l'enfant avait dit une telle chose ? Comment un enfant de cet âge pouvait-il parler si philosophiquement ? Enfin, les enfants d'aujourd'hui... Il sourit et pensa à la suite de son programme.

À midi, il voulait retrouver Nicole et passer l'après-midi avec elle. Au Cameroun, les élèves ne se rendent pas à l’école le mercredi après-midi. Il se réjouissait déjà à l'idée de ce corps si érotique. Rien qu'en y pensant, une bosse apparut dans son pantalon.

En attendant l'après-midi, il avait eu le temps de prendre un déjeuner au « Café Paris » avec Amina. Il ne voulait surtout pas faire l'amour avec elle aujourd'hui, il voulait être vraiment en forme pour Nicole ! De toute façon, Amina avait déjà bien profité de lui la veille. Il avait besoin de l'aide d'Amina pour trouver rapidement un travail à Kribi. Amina passait beaucoup de temps à Kribi. Elle aimait les plages de sable blanc qui s'étendent sur des kilomètres le long de l'océan. La plage est toujours presque vide à Kribi. Elle avait beaucoup de temps pour elle, et pouvait facilement se déconnecter du reste du monde là-bas. Elle y connaissait deux ou trois propriétaires d'hôtel. Peut-être qu'elle pourrait faire quelque chose pour lui ?

Comme convenu, il arriva à 10 h 30 au café. Elle n'apparut qu'à 11 h 15, typique pour les femmes camerounaises qui aiment bien se faire attendre. Elle arriva dans sa nouvelle Mercedes Classe S avec jantes arrière en alu et elle ressemblait vraiment à une reine de beauté. Tout en elle attirait les regards masculins : de son élégant ensemble composé d'une jupe grise mi-longue et d'un chemisier noir, à sa coiffure qui mettait en valeur de façon érotique ses premiers cheveux gris, en passant par sa silhouette de rêve, si féminine avec des courbes plantureuses. Sachant pertinemment l'effet que provoquait chacune de ses apparitions, elle avança de façon extrêmement sensuelle les dix mètres qui la séparait de l'entrée du café ; provocatrice et magnifiquement féminine, rythmant délicatement ses déhanchés de gauche à droite. Elle savait que si, à ce moment-là, elle faisait semblant de tomber, tous les hommes se précipiteraient à son secours.

— Tu es magnifique ma fée, tu es une bombe atomique. Aucun homme ne peut te résister, la salua Johnny.

— Merci mon prince, comment vas-tu ? Tu m'as fait tellement de bien hier, je voulais me faire belle pour toi aujourd'hui. Comment vas-tu ? Tu as l'air détendu et heureux, lui rendit-elle le salut.

— Oui je suis heureux, comme je t'en ai un peu parlé hier, je pars pour Kribi vendredi pour trouver du travail.

Le barman arriva et demanda : — Vous désirez, Madame ? Nous avons tout ce que vous souhaitez Madame : café, chocolat, thé, jus frais, baguettes, croissants, beignets, saucisses, jambons, fromages, lait, omelette.

Johnny Walker et Amina commandèrent presque la même chose : une omelette à la sardine, Johnny prit en plus des beignets, des haricots et de la bouillie ainsi qu'un jus d'ananas, goyave et orange ; Amina prit une baguette avec un thé au citron et de l'eau.

— Es-tu sérieux en ce qui concerne ton départ pour Kribi ? Trouver un travail et tout ? Demanda Amina encore une fois. Je veux dire, je trouve ça courageux, mais es-tu sûr que cela va te faire du bien ? Johnny es-tu vraiment prêt à nettoyer des assiettes, à travailler 12 heures par jour ? À endurer des humiliations ? Beaucoup de gens riches, y compris mon mari, ont commencé en vendant des cacahuètes dans la rue. Il devait laver des pare-brises aux feux rouges pour avoir quelque chose à manger le soir, et aujourd'hui il a tout ce qu'il veut.

— Vois-tu ? Lui dit Johnny. Pourquoi doutes-tu alors de moi ? Toi-même, lorsque tu étais étudiante à Bordeaux, tu as dû faire des petits boulots dégradants, tu as eu des relations avec des hommes vieux et gros pour éviter d'être expulsée de ton logement. Est-ce que ce fut facile pour toi ? Non, mais tu l'as fait, pour atteindre ton but, qui était à l'époque de finir tes études et d'avoir une belle vie. Tu n'as pas abandonné ton rêve. Ton mari a nettoyé des voitures, mais le plus important, c’était ce qui se passait dans sa tête. Ça le conduisait à son but, c'est pour cela qu'il faisait son travail avec un sourire sur le visage. C'est la même chose pour moi aujourd'hui. Tu sais quoi ? Quand je m'imagine, comment je vais nettoyer des assiettes et sentir les délicieuses odeurs des cuisines 12 heures durant, et peut-être même plus, comment je vais ramasser des ordures sur les plages et m'effondrer, épuisé, dans mon lit le soir, je me vois encore plus prêt d'atteindre mon but que lorsque je me trouve ici en costume. Mais tu viendras me rendre visite, j'ai trop besoin de ta présence, tes conseils, ton regard, ta voix, ton corps. Sur ces mots, il caressa sa peau sous sa jupe.

Il continua ainsi : — Je sais que je pourrais avoir ce que je veux de toi. Disons, presque tout. Je sais, par exemple, que tu n'abandonneras jamais ta famille, ton mari pour moi et c'est quelque chose que je chéris en toi. On peut te faire confiance à 100% et compter sur toi. Je sais, que si je te demandais de me donner 1 000 000 € et que tu en avais la possibilité, tu le ferais. J'en suis certain. Mais ce que je cherche et ce que je veux atteindre, tu ne peux pas me le donner, mon amour. Mais malgré tout je t'aime tant, j'ai besoin de cet amour pour ma motivation, pour tenir les heures difficiles qui m'attendent. Tu es ma source d'énergie, « tu es mon rayon de soleil », et il le pensait réellement,

Amina, tout comme Rita, voyait Johnny avec un regard plus respectueux qu'avant. Elle était simplement fascinée par cet homme, qui aussi bien en tant que star que plongeur, ne perdait rien de son charisme ni de sa personnalité ou de son assurance. Il savait exactement ce qu'il voulait et où ça allait le mener. Ça le rendait encore plus sexy. Cette force, cette conviction était contagieuse et il trouvait toujours les bons mots pour vous rallier à sa cause. Elle sentait que le chemin de cet homme le mènerait loin. Elle en était sûre et le souhaitait pour lui. Elle aiderait Johnny comme elle pourrait, non pas parce que c'était un bon amant, mais parce que c'était un homme exceptionnel.

— Je crois en toi, trésor, je crois tellement en toi et je sais que tu y arriveras. Je ne dis pas ça pour te flatter. Ce n'est pas seulement un vœu, mais vraiment un espoir. Je le dis, parce que je le ressens. Je peux te dire, peu importe quel est le plan que tu as en tête, je peux déjà te dire que tu as réussi. Tu as déjà atteint ton objectif. Je le vois, et même si je dois te perdre et que tu me manqueras, je suis fermement décidée à t'aider et à être une étape dans la réussite de ton succès. Accepte mon aide. Cela me fera du bien. Ce sera l’unique chose que je pourrai conserver de toi. Je connais ta fierté, mais s'il te plait accepte mon aide. Je suis là pour toi, peu importe quand tu as besoin de moi, ou ce dont tu as besoin. S'il ne s'agit que d'argent, ne t'en fais pas. Tu m'as fait tellement de bien. Tu m'as redonné ma féminité. Tu m'as rendu mon corps, tu m'as rendu la vie après ma maternité. Grâce à toi, j'aime désormais chaque infime partie de mon corps. Grâce à toi, j'admire désormais mes cheveux gris, et lorsque les rayons du soleil se reflètent dessus, je leur trouve une certaine beauté. J'ai redécouvert la beauté de ma poitrine, je la trouve à nouveau sexy, grâce à toi, et à la façon dont tu l'as caressée, avec passion, douceur, mais aussi force. En voyant que mon ventre te plaisait, tu lui as rendu une nouvelle sensibilité. J'avais offert mon corps à mon mari et à mes enfants. Oui, tu m'as rendu mon corps. Tu m'as rendu ma féminité. Tu m'as dépucelée une seconde fois. Tu es mon superman, you are my hero !

Ils ne se parlèrent pas pendant un long moment. Ils ressentaient tous les deux qu'une nouvelle ère débutait. Quelque chose arrivait à sa fin, quelque chose qu'on ne pouvait, ni ne voulait stopper. Quelque chose qu'on ne devait pas essayer de sauver.

Le petit déjeuner était délicieux et ils profitaient simplement du temps passé ensemble et du fait qu'ils s'aimaient, pas seulement à cause du sexe ou de l'argent. Ils ne seraient jamais un couple ordinaire, cependant ils savaient aussi qu'ils seraient désormais liés à jamais. Un amour pour l'éternité, peu importe ce qu'il adviendrait dans le futur.

En chemin vers Bonaberi, où Johnny vivait, Amina demanda d'une voix sourde et triste : — Nous reverrons-nous avant ton départ ?

Johnny ne répondit pas. Il était simplement assis là, les yeux fermés, la tête se balançant de gauche à droite, de haut en bas sur l’appuie-tête du côté passager, comme s'il était en train de chanter une chanson qu'on n'entendait pas.

Arrivés à l'endroit où ils se séparaient toujours, un angle de la rue avant le cybercafé de Wadjo, Johnny descendit de la voiture, en fit le tour et se mit à la fenêtre d'Amina en lui faisant signe de la descendre. Et il regarda Amina dans les yeux pour la première fois depuis qu'ils avaient parlé au restaurant. Il remarqua qu'elle pleurait en silence.

Les larmes coulaient le long de son visage sur sa belle chemise violet-orange qui était maintenant toute humide. Depuis combien de temps pleurait-elle ? Se demanda-t-il. Le cœur de Johnny aussi était trempé, peut-être encore plus que sa chemise. Elle ne le voyait simplement pas. Il dit simplement : — Amina, laisse-moi y aller.

Il fit demi-tour, avança de quelques mètres et la voiture s'en alla doucement. Il regarda par-dessus son épaule, Amina le remarqua et ralentit légèrement, mais laissa la voiture continuer à avancer doucement, très doucement, Johnny fit volte-face et courut vers elle.

Il fit à nouveau signe à Amina de baisser sa vitre. Cette fois-ci elle ne le fit pas et laissa la voiture continuer à rouler, lentement, lentement, mais toujours plus loin de Johnny. Johnny resta là, comme une machine, presque dix minutes, et cette fois, les larmes envahissaient son cœur et l'emplissaient entièrement. Il se sentait trempé, et désormais sa chemise l'était également. Il savait que les dernières séparations difficiles avaient eu lieu juste après le décès de son père. Il n'y avait pas de retour en arrière possible. « Adieu Amina », dessina-t-il avec ces doigts dans l'air.

Il avait mis beaucoup de temps pour se remettre de la mort de son père. Cette fois, il ne permettrait pas que cela dure si longtemps. Il ne devait pas et ne ressasserait pas cette séparation. Il voulait intentionnellement conserver cette peine, il voulait faire son deuil et pour toujours la regretter. Ainsi il serait heureux et ferait comme s'il allait bien. Ce n'est que comme ça qu'il pourrait continuer à penser à cette femme, ne jamais l'oublier et continuer à l'aimer éternellement.

— Johnny, que se passe-t-il ? Tu passes comme ça sans dire bonjour ? Lui demanda Wadjo, le propriétaire du cybercafé. Johnny se retourna : — Oh, excuse-moi Wadjo, comment vas-tu ? Tout va bien, mes pensées étaient juste déjà auprès de Nicole, que je dois rencontrer dans quelques minutes. Je m'en réjouis tellement, essaya-t-il de mentir.

Wadjo le regarda d'un air interrogateur : — Vraiment, vers Nicole ? Depuis combien de temps nous connaissons-nous Johnny Waka ? Depuis Bafoussam. Ça fait plus de 20 ans. Que se passe-t-il ? Pourquoi es-tu si pâle ? Il s'approcha de Johnny, lui prit la main gauche et l'attira près de lui, lui donna une accolade et lui dit : — Johnny, va de l'avant. Tu es resté ici trop longtemps. Bonaberi était mon but, pas le tien. Je suis arrivé et j'en suis heureux. Toi non. Poursuis ton rêve. Va-t'en d'ici, si tu veux atteindre ton but. Mets-toi en route. Je ne veux plus te voir ici. Tu n'es plus le bienvenu. Ce quartier ne te veut plus. Cette ville en a marre de toi. Ce pays est trop petit pour toi. Johnny Walker c'est fini. Nicole, c’est fini aujourd'hui également. Si tu reviens, ma porte sera fermée. Mais d'autres portes te sont ouvertes et t'attendent. Johnny le Grand. Johnny le Tueur. Au revoir, Mendo Tchoug ke joug. Que Dieu soit avec toi. Va sans crainte.

Johnny libéra sa main de celle de Wadjo, le prit dans ses bras et l'étreignit très fort : — Merci frère. Je te contacterai, et il se dépêcha de rentrer à la maison.

Il alla directement dans sa chambre sans appeler Rita, ce qu'il faisait toujours habituellement. Il s'assit sur le lit, la tête entre les mains. À ce moment, Rita entra dans la pièce, resta dans l'encadrement de la porte et l'observa longuement, peut-être 10, 20 ou 30 minutes ? Johnny ne remua pas d'un millimètre. Rita lui demanda simplement : — Vas-tu quand même attendre que le repas soit prêt ? Tu as déjà fait tes adieux aux enfants ce matin, je m’en suis rendu compte, sans qu'ils le sachent. Elle sortit, laissa la porte entrouverte de telle façon qu'elle pouvait apercevoir ce que Johnny faisait depuis la cuisine.

Elle avait acheté un poulet tout frais et voulait préparer le plat préféré de Johnny, un DG. C'est un ragoût de bananes plantains, de poulet, légumes et différentes épices. Un plat délicieux. Elle était tellement concentrée pour découper son poulet qu'elle ne remarqua même pas que Johnny se tenait derrière elle. — Oh, tu m'as fait peur, dit-elle. C'est à ce moment qu'elle aperçut le sac de voyage au sol et Johnny dans son plus beau costume. Il était plus beau qu’il ne l’a été ces dernières années.

— Viens là, femme entêtée, dit Johnny, souriant, en essayant de détendre l'atmosphère. Elle laissa tout tomber, alla vers lui et il la prit dans ses bras. Ils restèrent longtemps ainsi, jusqu'à ce que Johnny ne dise : — Embrasse les enfants et fais bien attention à toi. Je t'appelle lorsque je suis arrivé.

Elle pleura et voulut lui rappeler qu'il ne devait partir que vendredi. Mais elle savait que cela ne servait à rien et que Johnny devait partir de toute façon. — Johnny le Grand, n'oublie pas. Tu vas réussir tout ça et nous t'attendons, nous pensons à toi. Toute la famille. Je ne dirais rien à Maman. Je dirais à tout le monde que tu vas bien. Nous sommes avec toi. Crois en toi, Dieu et ton père te protègent, va, va sans crainte, elle essaya de lui sourire tout en pleurant.

— Merci Rita, ne pleure pas. Je suis Johnny, je vais gagner et je ne vous oublierai jamais. Tchao.

— Bye, premier plongeur en costume de Boss, dit Rita pleurant et riant à la fois.

Johnny, qui était déjà sur la véranda, regarda Rita par-dessus son épaule et rit. — Oui, un plongeur en costume de Boss, ne dit-on pas toujours que tous les chemins mènent à Rome ? Alors je suis déjà à Rome ! Il ricana étrangement tandis qu'il sortait, comme s'il savait qu'il ne reviendrait plus jamais dans cette maison.

Tandis qu'il passait devant la boutique de téléphone pour prendre un taxi de l'autre côté de la route, il entendit Wadjo l'appeler : —Johnny, Johnny le Grand, attend, et il le vit rentrer dans son magasin.

Johnny marcha donc en direction du magasin, et alors qu'il voulait rentrer, Wadjo était déjà sur le pas de la porte.

— Que t'ai-je donc dit ? Demanda-t-il. Stop. Tu ne rentres plus ici. Tu n'es plus le bienvenu, jusqu'à ce que tu reviennes ici comme le Grand, non que dis-je, le Grand Gagnant, avec une énorme jeep garée devant la porte. Je veux pouvoir me vanter moi aussi de connaître des gens riches.

Il lui mit dans la main une grande enveloppe et dit : — Ouvre-la uniquement quand tu seras dans le taxi.

Johnny mit l'enveloppe dans son sac et dit : — Sais-tu Wadjo, la vie est une entreprise gagnant-gagnant. Cherche simplement ton côté gagnant et la vie apportera le sien, fais ensuite des affaires avec lui.

Heureux, Wadjo sourit : — Johnny Win-Win, c'est ça le nouveau Johnny.

Le voyage de Johnny jusqu'à Kribi et sa connaissance d'un groupe d'Allemands

La gare routière, d'où partaient les bus pour Kribi était très animée à cette heure de la journée. De cet arrêt partaient également des bus pour Yaoundé, et des centaines de bus de diverses compagnies empruntaient aussi cette ligne.

Sur les panneaux d'affichage étaient inscrits les prochains départs pour Kribi, ils étaient prévus à 13 h 30, 14 h et 14 h 30. Si l'on en croyait ce qui était inscrit sur les tableaux, ils devaient donc tous être déjà partis. Mais il était déjà plus de 15 h et tous ces bus étaient toujours là. Les compagnies de bus donnaient souvent des horaires précis pour attirer les clients. Cependant, personne ne respectait ces horaires. Le bus ne part que lorsqu'il est plein. Aucun des bus n'était rempli, on attendrait que toutes les places soient prises ou presque avant de partir. C'est ainsi qu'on peut arriver à la gare à 8 h et n'en repartir qu'à 14 h. J'ai eu de la chance, pensa Johnny. Les porteurs de bagages et les intermédiaires se battaient pour attirer les clients. Chaque client apporté valait une commission pour l'intermédiaire.

Johnny préféra monter dans un bus moderne qui se trouvait là, bien que celui-ci soit encore plus vide que les autres. Ce bus était plus cher que les autres, c'est pourquoi il était moins rempli. À un moment ou un autre, les responsables finiraient par ajuster le prix au niveau des autres pour avoir plus de clients. Les compagnies le savaient bien, mais en attendant ils avaient toujours gagné quelques clients qui, comme Johnny, étaient prêts à payer parfois le double pour avoir un peu plus de confort : on se serait cru à la bourse.

Johnny était assis depuis une heure dans le bus et attendait que le conducteur démarre. Aux alentours de 17 h, le conducteur commença à s'activer, il était temps de partir.

Il y eu des coups de klaxons, des cris. Ils devaient arriver à Kribi avant la nuit. On aurait dit que le conducteur ne savait pas que n'importe où au Cameroun, il faisait nuit à 18 h. Les passagers essayèrent encore d'acheter quelques provisions par la fenêtre.

Johnny rigola. Typiquement Camerounais. Ils savent que le bus va finir par partir, mais restent des heures assis à attendre. Et ce n'est que lorsque le moteur tourne et que le bus commence à avancer doucement, qu'ils se disent qu'ils vont avoir besoin d’eau, de jus, et de quelque chose d’autre à manger le long du trajet. Le conducteur est habitué à cette situation, et pour mettre un coup de pression, il laisse le bus avancer doucement, accélère un coup et ralentit à nouveau jusqu'à ce que tous les passagers aient acheté ce dont ils avaient besoin.

Il est impératif d'être très patient au Cameroun, pensa-t-il. Par chance, la patience était une de ses qualités. Le bus sortit de la ville de Douala par l'est, en direction de Yaoundé/Edea/Kribi. À cette heure de la journée, les rues grouillaient de voitures, de taxis, et d'une quantité incroyable de taxis-motos qui transportaient parfois jusqu'à quatre personnes. Ils arrivèrent finalement à sortir de la ville et roulèrent en direction de Kribi sur une route ordinaire. La pression redescendit finalement.

Le bus diffusait une musique agréable et on se sentait simplement bien dedans. Les passagers semblaient sympathiques, et une discussion vive sur le football s'engagea derrière Johnny. Une discussion sur Eto'o, Roger Milla et l'équipe nationale « les Lions Indomptables ».

— Eto'o est le meilleur attaquant au monde. Vous ne voyez pas ce qu'il fait avec l'équipe de Barcelone ? Dit le premier.

— Ça nous est bien égal qu'il soit le meilleur attaquant en Europe, pour nous au Cameroun, le meilleur attaquant est et restera Roger Milla, notre Roger, dit une femme d'une quarantaine d'années qui discutait football depuis le début du trajet avec un groupe d'hommes.

— Ah, tu n'es qu'une femme qui ne comprend rien au football. Est-ce que Roger Milla a déjà joué dans une grande équipe ? Est-ce qu'il a gagné autant d’argent que Eto'o ?

La femme ne se laissa pas impressionner : — Que j'y connaisse quelque chose ou pas n'a pas d'importance. Ce qui compte, c'est ce qu'il a fait pour notre pays. J'ai été plusieurs fois en Europe, et lorsque je dis que je viens du Cameroun, tout le monde me parle de Roger. Tout le monde le connaît, qu'en est-il de Eto'o ? Qui le connaît ?

— Haha, typique d'une femme, rétorqua l'homme à nouveau, vous ne jugez que par l'apparence. Un autre homme intervint : — Laisse tomber, tu essayes toujours de nous convaincre avec l’argument « typiquement féminin ». Mais ici, il ne s'agit pas d'homme ou de femme. Dis-nous simplement, pourquoi, selon toi, Eto'o est meilleur que Milla ? Qui en a fait le plus pour notre équipe et pour notre pays, lequel s'est sacrifié le plus ? Et de qui, un Camerounais devrait être le plus fier ? C'est bien là la question, et nous voulons entendre tes arguments et pas seulement femme par ici, femme par là.

Tout le bus ria. On l'avait bien eu. Le premier homme était perplexe et chercha un peu de soutien, il regarda ses collègues un par un, ceux-là même qui auparavant, avait acquiescé lors de ces allégations. Malheureusement il ne reçut aucun soutien et tous ses amis regardaient fixement la route.

Ils étaient maintenant à Edéa, une communauté urbaine qui se trouve entre Douala et Yaoundé. Là également se trouve une très grosse usine d'aluminium ainsi qu'un barrage hydroélectrique qui fournit la majorité de l'électricité du Cameroun.

Le conducteur tourna à droite au croisement, en direction de Kribi, sur une très belle route parfaitement entretenue. Le paysage était totalement différent ici, très peu de maisons, beaucoup de verdure, comme une autoroute à travers une nature intacte.

L'homme reprit. Il ne voulait visiblement pas s'avouer aussi facilement vaincu. — Oui, Milla, Milla, il faut pourtant bien remettre les choses dans le temps et dans leur contexte. Eto'o gagne aujourd'hui cent fois plus que Milla, il est de ce fait, un Noir qui fait partie des meilleurs. Ça nous rend fier, et il marque but sur but sur but. Tellement de buts, comme personne avant lui.

La femme rigola. — Il gagne cent fois plus que notre Roger à son époque. C'est bien là le fond du problème. Roger a fait tellement pour le Cameroun avec si peu d'argent. Il s'agit aussi du comportement. Eto'o est arrogant et se comporte mal. Son comportement affecte toute l'ambiance de l'équipe nationale. C'est un arriviste qui est passé de la rue à millionnaire et qui pense donc qu'il peut tout se permettre.

La femme reçut le soutien du conducteur : — Vous allez trop loin, je pense. Comparer Eto'o à Roger Milla est un crime de lèse-majesté. Il n'y a rien à comparer. On devrait plus le comparer à Rigo, Rigobert Song est bien plus patriotique qu'Eto'o. Il se bat plus pour son pays qu'Eto'o.

La femme reçut de nouveaux soutiens de différentes personnes dans le bus. — Ça nous est bien égal ce que gagne Eto'o. Est-ce que je récupère ne serait-ce qu'un centime de cet argent ? Demanda un vieil homme. Une autre femme se mêla aussi à la conversation : —Il a même dit qu'il ne marierait jamais une Camerounaise, car elles sont mauvaises... Eh, Mouf, il ferait mieux de disparaître avec sa grosse tête. Même avec tout son argent, aucune Camerounaise ne voudra de lui.

Tout le bus éclata de rire.

— Oui, il n'est bon que chez les Blancs. Il est complexé par les Blancs. Il ne cause que des problèmes dans l'équipe nationale du Cameroun. Il s'est bien adapté chez les Blancs, mais ici il veut faire comme s'il était plus important que les autres ? Sa tête, là, elle m'énerve beaucoup. De toute façon, il n'arrive à marquer que grâce à Ronaldinho...

C’était devenu rapidement clair que Milla était le favori des Camerounais dans ce bus.

Le trajet s'est très bien passé jusque-là. Johnny était assis à côté de la fenêtre, juste derrière le chauffeur. À côté de lui, se trouvait un groupe de vacanciers allemands, qui avaient suivi discrètement la discussion tout le temps et qui admiraient le beau paysage. Celui qui se trouvait à ses côtés, tendait régulièrement le bras par la fenêtre pour prendre des photos. Ils passaient justement sur un pont qui surplombait un long fleuve. Une très belle vue. Johnny lui tapota l'épaule et lui fit signe de prendre une photo à cet endroit-là. L'homme essaya, mais comme il était parfois difficile de réagir rapidement avec un appareil photo, Johnny lui proposa de prendre sa place près de la fenêtre s'il le souhaitait. L'allemand était ravi et accepta la proposition. Il pouvait ainsi prendre de belles photos du paysage plus librement.

— Merci beaucoup, c'est gentil, dit-il.

— De rien, you're welcome, répondit Johnny.

Ils échangèrent leurs places, et Johnny conseilla à la femme qui se trouvait à côté de l'Allemand, de se décaler également aux côtés de son compagnon. Il se décala donc de deux places vers la droite afin que les deux amis ne se séparent pas. La femme le remercia également et déclara : — Stefan, c'est vraiment gentil de la part de cet homme. Ça ne pourrait pas se passer ainsi en Allemagne. Les gens ici ne sont pas égoïstes, ils font beaucoup pour les autres afin que ceux-ci se sentent bien, tout simplement. Cette mentalité me plait.

Johnny sourit et lui demanda si elle lui parlait. Il ne comprenait pas un seul mot d'allemand. Celui qui était désormais assis à la fenêtre, et qui s'appelait Stefan, lui répondit dans un français plutôt bon. —Non, elle vous a remercié et se réjouit de la mentalité ici, je m'appelle Stefan.

— Je..., humm, appelle-moi simplement Johnny. Mes amis m'appellent Johnny Win-Win.

Ils rirent tous en entendant ce surnom. « Win-Win ? Demanda la femme allemande à côté de Stefan.

— Oui, Win-Win. N'utilisez-vous pas de surnom en Allemagne ?

La femme répondit dans un français plus qu'approximatif : — Si, nous en utilisons. Cela existe en Allemagne, mais il s'agit souvent de diminutifs ou de dérivés de vrais noms. Par exemple, Klinsi, cela vient du célèbre footballeur Klinsmann.

— Oui, Klinsmann je le connais, il faisait partie de l'équipe nationale dans les années 90. Autrefois, pendant mon adolescence, je devais avoir 17 ans, j'étais très sportif. Nous avons toujours soutenu l'équipe d'Allemagne. Rudi Völler, Matthäus, mais mon préféré, c’était Riedle, c'est bien ça ? Il s'appelait Karl Riedle ou quelque chose comme ça. C'est à ce moment que le deuxième Allemand, qui jusqu'à présent n'avait pas levé les yeux de son livre, parla pour la première fois : — Karl-Heinz Riedle, c'est de lui que vous parlez ?

— Ah oui, Karl Heinz Riedle, c'est lui que j'aimais bien.

— Je pense, dit Stefan, que ce serait plus courtois si je te présentais tout le monde. Comme je te l'ai déjà dit, je m'appelle Stefan, je suis ingénieur agronome, elle, la femme avec qui Johnny avait discuté, s'appelle Anna, elle est ophtalmologue, il montra l'homme qui connaissait le prénom de Riedle, Günther est aussi ophtalmologue, elle, la deuxième femme dormait, c'est Carla, une stagiaire, et le dernier s'appelle Mauritz, c'est le plus jeune d'entre nous, il est ici en stage. Nous travaillons à Bamenda pour un organisme de développement. Anna, Günther et moi-même sommes souvent ici depuis deux ans. Nous venons environ deux fois par an et restons à peu près trois mois. Cette fois-ci nous sommes restés six mois d'affilée et nous voulions profiter de nos deux dernières semaines pour prendre des vacances. Ensuite nous repartons en Allemagne. Mais Mauritz et Carla restent encore quatre mois je crois, oui, c’est ça, quatre mois. Nous sommes tellement impatients d'aller à Kribi, la mer, le sable blanc, les plages vides, les noix de coco, les ananas, les melons, peut-être même quelques petits singes, du pur bonheur.

Johnny, grand gentleman, les salua tous, à l'exception de Carla qui dormait : — Bonjour Stefan, bonjour Anna, bonjour Günther, bonjour Mauritz, moi, c’est Johnny.

Anna ajouta : — Johnny Win-Win, c'est bien ça, n’est-ce pas ? Johnny sourit simplement. Anna lui demanda : — Pourquoi Win-Win ? Fais-tu uniquement du business ? Johnny lui répondit : — En quelque sorte oui. La vie est un business gagnant-gagnant ou perdant-perdant. Comme je suis un homme positif qui aime gagner, mes amis m'ont surnommé Win-Win.

— Que fais-tu dans la vie ? Et que vas-tu faire à Kribi ? En vacances aussi ? Demanda Stefan. Johnny eut d’abord un sourire charmeur et ne répondit pas directement, mais, stratégiquement, il leur demanda en retour : — Vous avez trois réponses possibles, et j'offrirai un prestigieux repas à trois avec champagne en guise de dîner à celui qui sera le plus proche de la vérité.

— Humm, un homme galant, dit Anna. Mais tu dois quand même nous aider. « Un peu chaud » signifie être dans la bonne direction, tu nous diras « très chaud » si on s'approche de la bonne réponse et « très froid », si on va dans le sens contraire. Je commence : tu as un diplôme universitaire ou tu as fait des études.

— Très chaud ! Dit Johnny.

— Tu es en vacances à Kribi, dit Günther.

— Tu gèles, répondit Johnny.

— Alors tu vas à Kribi pour raison professionnelle, dit encore Anna.

— Chaud ! Répondit Johnny.

— Nous avons déjà épuisé nos trois essais, pensa Stefan, mais je voudrais ajouter que je ne pense pas que tu te rendes à Kribi seulement que pour des raisons professionnelles, tu t'appelles Win-Win, donc tu y vas aussi pour faire des affaires.

Johnny dit de façon très détendue : — Ok, vous êtes tous proches de la réponse, c’est pourquoi je vous invite tous, y compris Carla. Entendant les rires de ses quatre compatriotes, elle venait juste de se réveiller. Elle demanda de quoi il s'agissait et pourquoi on avait prononcé son nom.

Johnny la regarda par inadvertance droit dans les yeux, et cela fut si intense que Carla rougit. Tout le monde pouvait le remarquer.

—Es-tu toujours aussi belle lorsque tu te réveilles ? On pourrait dire que l'Allemagne a envoyé ses plus belles femmes au Cameroun et deux d'entre elles se trouvent en ce moment avec moi dans ce bus. Et oui, Johnny se trouvait à nouveau dans son élément. — Je m'appelle Johnny, mais Anna ne veut pas que je laisse Win-Win de côté. Donc simplement Johnny Win-Win.

— Je m'appelle Carla, Carla Schröder, ravie de te rencontrer.

— Schr... Sh... che... Scsöder… ? Johnny essaya de prononcer son nom. Non, ce n'est pas pour moi. Aïe, la langue allemande est comme une langue de guerre, une langue commando, très dure. En 3ᵉ ou seconde, j'avais eu à apprendre l’allemand comme deuxième langue étrangère. Yao lernt Deutsch, gut Morgen, gut Abend, gute Nacht, wer bist du, mein Name ist Johnny... (Yao apprend l'allemand, bonjour, bonsoir, bonne nuit, qui es-tu, mon nom est Johnny...) C'est tout ce dont je me rappelle, sinon plus rien.

Carla sourit un peu gênée, en effet toute l'attention de Johnny était portée sur elle, et les autres se sentaient peut-être un peu exclus. C'est pourquoi elle ne commenta plus les explications de Johnny et se contenta d'un sourire, elle essaya également de se libérer de l'emprise de Johnny en posant une question en allemand à Anna.

Johnny ne se laissa pas impressionner : — As-tu des secrets pour moi ?

— Pourquoi ? Demanda Anna. Tu as bien des secrets pour nous. Tu ne nous as pas encore dit ce que tu fais dans la vie, ni ce que tu vas faire à Kribi.

— Ha, moi ça m'est bien égal, mais je me réjouis beaucoup du dîner gratuit qu’il nous offre. Et quand pouvons-nous le déguster ? Demanda Stefan.

— Toi alors Stefan, toujours le même ! Tu t'en fiches de tout, sauf quand il s'agit de nourriture, répondit Anna un peu énervée.

— Pourquoi veux-tu savoir ce qu'il fait dans la vie et ce qu'il a planifié faire à Kribi ? Toujours autant curieuse. Johnny, ça, c’est typique pour les Allemands. Les secrets sont un supplice pour les Allemands. Ils ne peuvent pas supporter ce qu'ils ne peuvent pas contrôler, ou là où, du moins, ils ont l’impression de pouvoir contrôler quelque chose.

— Mais, je ne veux pas du tout le contrôler. Par ailleurs, lui sait déjà qui nous sommes et ce que nous faisons ici. Je ne considère pas que ce soit un problème de m'intéresser à la culture des gens d'ici, rétorqua Anna.

— Mais bien sûr, tu t'intéresses à la culture, tout du moins tu t'intéresses à lui ! Mais de toute façon peu importe, je me réjouis à l'idée de ce dîner, dit Stefan qui recommença à faire de belles photos pour se détacher de la conversation.

— Pas de problème, dit Johnny qui avait suivi cette petite discussion. Je suis entrepreneur à Douala et j'aimerais trouver un travail à Kribi, un travail dans un hôtel.

Ils étaient tous surpris. Ils avaient tout imaginé, mais pas qu'il se rendait à Kribi pour trouver du travail.

Même Stefan-ça-m'est-égal eut l'air un peu irrité, ou tout du moins surpris.

— Tu te moques de nous, n'est-ce pas ? Demanda Stefan.

— Non, c'est la vérité. J'aimerais trouver un travail dans un hôtel, que ce soit plongeur ou ramasseur de poubelles sur les plages. Peu importe. Je vous préviens : j'expérimente quelque chose. J'aimerais voir ce que ça fait de travailler, non pas comme chef, mais comme simple employé, de suivre les directives d'une tierce personne. Je n'ai jamais vécu ça et ça m'intéresse d'un point de vue socio-économique. Je suis en train d'écrire un livre sur les comportements sociaux des gens de classes soi-disant « inférieures » et ce qu'on peut apprendre d’eux ». Et oui, Johnny pouvait construire une pyramide en or à partir d'un simple mot. Et dans cette situation, ses idées étaient l’or. Il était dans son élément. C'est en quelque sorte un alchimiste de la vie. Il trouvait toujours les mots justes pour se sortir des situations les plus difficiles. Il n'avait encore raconté son plan à personne.

On pouvait voir sur les visages des Allemands que la tension avait disparu.

Stefan était soulagé, car son intuition ne l'avait pas trompé, il dit : — Cela m'aurait bien étonné. Je n'ai pas une si mauvaise connaissance des hommes. Je ne suis pas un spécialiste de la mode, la preuve, j’achète la plupart de mes affaires chez C&A. Mais quand je vois ce que tu portes, tout est nickel, du Boss, du Prada. Quand je vois ton charisme, ton allure, tes manières et ta conduite, je suis sûr à 100% que tu n'as pas besoin d'un travail. Tu fais partie de ces gens aisés qui font ça par ennui, contrairement à ceux qui en ont besoin pour survivre, pas vrai ?

Pour la première fois, Johnny observa vraiment son nouvel ami.

Ce Stefan avait vraiment l'allure d'un agriculteur, comme un écotype. Il était de taille moyenne, peut-être 1,80 m, mince avec de longs cheveux négligés et une barbe courte. Sous cette apparence et avec cinq kilos de plus, on pourrait voir un bel homme. Johnny s'imaginait qu'il devait être dans la trentaine. Il paraissait décontracté, comme ces gens qui ne portent que peu d'intérêt à ce que les autres pensent d'eux, non mieux qui ne s'intéressent pas du tout à ce que les autres pensent d'eux. Il portait un jean et un t-shirt noir qui, à première vue, avait déjà été lavé de nombreuses fois et qui avait beaucoup perdu de sa couleur. Il portait ce genre de chaussure en provenance d'Allemagne, qu'ici au Cameroun, on ne pouvait trouver que dans des magasins d'occasion. De telles chaussures résistent au temps et peuvent encore être portées dans 100 ans.

Günther était tout l'inverse de Stefan. Pas vraiment élégant, mais plutôt très soigné. Ses cheveux étaient très bien coupés. C'était un homme réservé, il riait ici et là, mais ne regardait personne droit dans les yeux. Il était certainement plus âgé que Stefan, mais il n’avait pas plus que 42 ou 43 ans. Il semblait être très cultivé, portait des lunettes, et en le regardant à plus de 100 mètres on pouvait dire que c'était un universitaire. Il portait un jean, une chemise manches courtes blanche et des chaussures en cuir, qui semblaient assez chères.

Mauritz semblait encore plus jeune. Il devait avoir 21 ou 22 ans et ressemblait, comme tous les jeunes de cet âge, aux jeunes qu'on voit souvent à la télévision. Il avait un lecteur MP3 autour du cou, portait une casquette, un jean, un t-shirt et des baskets Adidas. Il était plutôt grand et semblait très sportif. Oui, il y avait peu à dire sur lui. Un jeune homme banal en pleine croissance.

Anna, humm Anna, pensa Johnny, il pourrait l’avoir. Elle pourrait lui plaire. Johnny commençait toujours par-là lorsqu'il décrivait une femme. Lorsqu'il était question de femmes, la première question qu'il se posait était « Peut-elle me plaire ? ». En l'occurrence, sa réponse était plutôt claire : oui. Elle devait mesurer environ 1,74 m, très élégante, bien coiffée, bien maquillée. Elle devait avoir entre 30 et 35 ans, elle semblait bien proportionnée dans sa jupe noire. Des jambes en forme d'icône, ou de V, des cuisses parfaitement musclées, mais pas grosses. Un poids tout à fait normal pour sa taille. Sous sa chemise marronne bien cousue, on pouvait deviner deux beaux seins. Elle était vraiment belle. On pouvait dire que c'était une belle femme. Elle manquait cependant d'un certain charisme érotique, de passion. Mais on pouvait penser que cette femme savait être imaginative. Elle était ouverte, intéressée, riait beaucoup.

Carla était un mélange de tous. Elle était plutôt jeune. Peut-être 18 ou 20 ans ? Mais elle avait déjà un puissant charisme. Elle dégageait de la confiance en elle. Elle faisait penser à ces filles qui savent très tôt ce qu'elles veulent et comment atteindre leurs objectifs. On pouvait tout de suite remarquer que c'était une jeune femme indépendante, mais aussi un peu naïve. Elle devait mesurer environ 1,65-1,70 m avec une belle silhouette africaine. Ni mince, ni grosse, mais avec tout ce qu'il faut où il faut. Elle regardait les gens droit dans les yeux, et dans son regard on pouvait voir qu'elle engloutissait toutes les informations qu'on lui fournissait. Habituellement on dirait ça d'un animal, mais elle répandait involontairement autour d'elle un parfum qui ne laissait personne indifférent. Johnny était persuadé qu'elle ne le faisait pas volontairement, elle était juste trop rêveuse, comme ces personnes qui veulent encore améliorer le monde et qui font confiance à n'importe qui. Johnny était persuadé que cet unique et fortuit, échange visuel entre les deux avait laissé une marque.

Pendant cette réflexion, la conversation reprit normalement entre les quatre passagers. Carla était désormais réveillée, seul Mauritz écoutait sa musique et ne prenait pas part à la conversation.

— Sais-tu déjà dans quel hôtel tu souhaites travailler ? Demanda Anna.

— Non, aucune idée, une fois sur place, je chercherai, répondit Johnny.

— Combien de temps voudrais-tu rester à Kribi et y travailler ? Demanda Carla.

Johnny réfléchit quelques secondes et répondit sans la regarder : — Je ne sais pas exactement combien de temps je vais rester, mais Kribi n'est qu'une étape, une escale sur le chemin d'une plus grosse expérimentation. Je ne me fixe pas de limite de temps afin de ne pas avoir de pression. Je sais juste qu'il sera plus simple pour moi de faire ce dont je rêve en commençant à Kribi.

Comme Carla avait réveillé quelque chose en lui, il avait décidé de ne plus lui accorder un seul regard. Il allait essayer de l'ignorer, afin de se rendre encore plus intéressant et de la troubler.

Carla se demanderait alors : Que se passe-t-il ? Est-ce que je l'ai blessé sans le savoir ? Ce sentiment de doute et d'incertitude, la rendra vulnérable et plus facilement accessible. Johnny avait toujours un plan pour tout, lorsqu’il s’agit de sa personne. Il faisait rarement quelque chose sans y réfléchir au préalable. Quelque chose en lui, lui disait qu'il devait toucher cette femme, l'embrasser, la caresser et lui faire l'amour. Il pressentait que la difficulté pourrait venir du jeune Mauritz. Johnny supposait qu'ils étaient en couple. Bien évidemment, au Cameroun cela n'était pas un obstacle, au contraire, c’est plutôt un défi.

Il avait toujours tellement de succès avec les femmes noires, il avait eu beaucoup de liaisons avec des femmes déjà en couple. Est-ce que cela fonctionnerait aussi avec une femme blanche ? Il ne s'appellerait pas Johnny Win-Win s'il ne relevait pas ce défi.

— Et que fais-tu donc de ta famille ? Tu en as bien une ? Femme, enfants, etc., restent-ils seuls ? Demanda Günther sur un ton réprobateur.

Johnny prit cette question comme une provocation ciblée de Günther afin de ternir son image auprès des deux femmes. Il garda cependant son calme et riposta gentiment avec un sourire : — Justement toi Gunder…, mais Anna s'en mêla : — Non pas Gunder, mais Günther.

— Peu importe, je vais simplement l'appeler Docteur, c'est beaucoup plus facile que Gunder, reprit Johnny, justement toi Docteur, tu devrais savoir qu’une telle chose est possible et que la famille ne doit pas être un frein pour la réalisation d’un plan. Tu es ici notre grand frère comme on dirait en Afrique. Tu es sûrement celui d'entre nous qui a fondé premièrement une famille. Je ne vais qu'à Kribi qui ne se trouve qu’à 150 km de Douala. Et toi ? Tu es ici depuis six mois, à environ 6000 km de ta famille, de ta jolie femme, de tes enfants, de tes parents, etc. Tu vois cependant que c’est bien possible non ?

Ils étaient tous silencieux. Stefan et Anna savaient que Günther était touché par ces propos. Son histoire était compliquée et douloureuse. Mais Stefan ne compatissait nullement pour lui. Un léger sourire se dessina même sur le coin de sa bouche, comme s'il se réjouissait de ce que venait de dire Johnny. Il pensait que Günther était le seul responsable de sa peine, à faire ainsi le moralisateur comme s'il était lui-même exempt de défauts. Quand on a soi-même quelque chose à cacher, il vaut mieux ne pas parler des squelettes dans le placard des autres.

— N'est-ce pas Günther ? Tu comprends ce que je veux dire, n’est-ce pas ? Rajouta Johnny.

Günther sourit, embarrassé et haussa les épaules.

Il faisait déjà nuit, mais les lumières qui apparaissaient petit à petit plus nombreuses, montraient que l'on arrivait à Kribi, après deux heures de route dans la forêt tropicale.

On pouvait voir le sable blanc des plages et entendre le bruit de la mer.

On sentait partout dans l'air, l'odeur marine. Il faisait chaud, mais le temps était légèrement humide.

— Est-ce que tu sais déjà où tu loges Johnny ? Je veux dire dans quel hôtel tu descends, demanda Stefan.

— Non. Tout a été un peu soudain. Une fois arrivé à la gare routière, je prendrai un taxi et je chercherai un hôtel. Et vous ?

— Nous avons déjà réservé depuis un mois des chambres dans un hôtel aux abords de la plage, à travers un collègue à nous qui y a passé des vacances. C'est plus simple et sans stress, vois-tu ? Nous avons pris un hôtel où tout inclus, même Carla et Mauritz qui prévoient de beaucoup visiter. Nous voulons juste nous allonger sur la plage, dormir, manger, lire, nous reposer, répondit Stefan.

Johnny connaissait bien cet hôtel. Au bon vieux temps, il s'y rendait souvent. Les chambres n'étaient pas données, mais la qualité était au rendez-vous, comme beaucoup d'hôtels de ce standard à Kribi. Beaucoup de ces hôtels pourraient sans problème rivaliser avec des hôtels similaires en Europe, ou n'importe où d'ailleurs. Oui, on pouvait tout avoir. Ce n'était qu'une question d'argent, et c'est justement pour l'argent et une belle vie qu'il était venu à Kribi.

Johnny rit et pensa : les Européens sont bizarres. Comment peut-on se détendre en allant à une plage qui se trouve à dix mètres de son hôtel pour nager, dormir sur le sable, lire, manger et recommencer le lendemain, et ceci pendant 14 jours d'affilée ? C'était impensable pour lui. C'était pire que de travailler. — Oui, c'est bien pour vous, mais ça ne serait pas ma façon de me détendre. J'ai besoin de musique, d'ambiance, de danser, rire, faire du sport, bouger, visiter et bien évidemment d'intimité. Vous voyez ce que je veux dire.

— Oui Johnny, effectivement nous avons remarqué que les gens ici au Cameroun ne connaissent pas ou plutôt n'aiment pas passer des vacances ainsi. J'ai constaté que mes collègues Camerounais préfèrent partir avec toute la famille pour voir les grands-parents, les parents, les frères et sœurs, des connaissances, des amis, pendant leurs vacances. Ils se détendent en étant en groupe, tandis que nous, nous avons besoin de solitude. Étrange, n'est-ce pas ? Dit Anna.

Günther hocha la tête, il avait peur de se prendre encore une remarque. C’est pourquoi il évitait désormais de trop parler. Carla ajouta une déclaration très idéaliste aux dires d’Anna : — Oui, nous, Européens, nous pourrions en apprendre beaucoup ici pour devenir plus sociables. On est de plus en plus seuls et égoïstes en Europe. Chacun pour soi, ou pour sa famille proche femme, enfants, papa et maman. Point. Ce n'est pas bien à mon avis.

Le bus stoppa à une station essence qui se trouvait à côté d'un croisement sur la route principale. Tout droit on allait au marché aux poissons et aux autorités locales, à gauche on allait directement dans le centre-ville.

Il faisait noir et on ne distinguait que très peu la ville. À droite, on voyait la mer avec ses vagues blanches, qui arrivaient quasiment jusqu'au niveau de la route. Ils se trouvaient au bord de l'Atlantique.

Les gens qui habitaient dans le quartier et les touristes qui avaient réservé un hôtel au bord de la mer descendirent à la station essence. Certains pouvaient aller à pied à leur hôtel, d'autres devaient prendre un taxi, et d'autres encore, pour la plupart les gens de Kribi, prenaient un taxi moto pour rentrer à la maison.

Certaines personnes descendirent là, parmi eux les Allemands, mais Johnny resta dans le bus. Il ne pouvait pas se permettre de se payer un hôtel dans ce quartier touristique. Il avait si peu d'argent en poche. Ça suffisait à peine pour deux jours dans un hôtel peu cher du centre-ville. Il devait cependant trouver une excuse pour ses amis, pour leur expliquer pourquoi il ne descendait pas ici pour essayer de faire son expérimentation dans leur hôtel.

Comme si Stefan l'avait senti, il lui proposa : — Johnny, pourquoi ne viens-tu pas simplement avec nous ? Nous avions réservé 6 chambres, mais nous n’avons appris seulement que ce matin que nos deux collègues qui devaient venir de Yaoundé, ne pourraient peut-être pas être là. Aujourd'hui, demain et après-demain pour sûr. Mais nous devons malgré tout payer leurs chambres. C'est tout de même 35 € par chambre.

— Merci Stefan, donne-moi ton numéro et je t'appelle plus tard pour te dire si je viens et quand. Je dois d'abord aller voir un ami qui m'attend pour le dîner. Ensuite nous aviserons.

Stefan lui donna son numéro et dit : — Même si tu ne viens pas ou si tu ne loges pas dans notre hôtel, n'oublie pas notre dîner. Je m'en réjouis d'avance. Je suis peut-être maigre comme tu le vois, mais ça n’a rien avoir avec une pénurie alimentaire. J'adore juste manger camerounais. Ce sont sûrement les meilleurs plats au monde. Donne-moi ton numéro toi aussi. Ainsi nous resterons en contact.

Johnny sourit, un peu gêné et dit : — Carla a déjà mon numéro. Je l'ai glissé dans la poche de son pantalon, je vous appelle. Bonne nuit. Le bus roulait déjà.

En effet, un peu avant que le bus ne s'arrête à la station essence, il avait sorti une carte de son portefeuille et sans demander l’avis de Carla il l'avait glissé dans une des poches serrées de son jean. Il avait ainsi « par inadvertance » glisser un doigt un peu plus loin que nécessaire et il l’avait légèrement, mais clairement griffée avec son ongle en sortant le doigt de sa poche. Carla avait été si étonnée, qu'elle n'avait pas réagi. Elle n'avait encore jamais rencontré un homme si audacieux, que ce soit en Allemagne ou au Cameroun.

Johnny savait qu'il y avait une possibilité, il y avait une brèche à exploiter avec Carla. Les prochains jours, si ce n'est les prochaines heures, seraient primordiales pour un éventuel rapprochement.

Johnny devait d'abord trouver un hôtel plus simple, moins cher et demain serait un autre jour. Le lendemain, il avait déjà prévu de partir chercher un travail. Il devait absolument trouver du travail dans un hôtel en bord de mer, où beaucoup de touristes se logeaient.

L'hôtel dans lequel les Allemands séjournaient était top. Propre, climatisé, bon service, etc., après avoir pris une douche et dîner ensemble, les Allemands retournèrent chacun dans leurs chambres.

Carla était allongée sur son lit, mais ne trouvait pas le sommeil. Elle était toute retournée. Elle pensait à Johnny. D'abord il était gentil, puis il l'avait complètement ignorée comme si elle avait fait quelque chose de mal ou comme si elle ne lui plaisait pas du tout et finalement cette carte. Elle était persuadée, que si l'une d'entre elles devait avoir son numéro, ce serait Anna. Elle avait tellement bien discuté avec lui.

Carla avait su d'instinct, lorsqu'elle avait senti ce doigt soi-disant discret et involontaire dans sa chair, que pour la première fois de sa vie, elle allait faire l'amour avec un homme noir. Elle allait en arriver là, ces hormones le lui disaient et elle savait aussi à quel point c'était dommage, car pour la première fois de sa vie, depuis qu'elle eut son premier petit ami à 16 ans, qu’elle allait blesser quelqu'un, et peut-être qu’elle n’aurait de choix que de le faire. Elle allait lui être infidèle. Ce constat la rendait triste, lui faisait peur et la désolait ça l'excitait aussi. Son petit ami ne devait pas le découvrir. Tout devait rester secret et caché. Ce mélange de sentiments l'excita d'une puissance qu'elle n'avait jamais connu auparavant. Elle resserra fortement ses jambes, ce qui conduisit à une contraction des muscles du plancher pelvien et du ventre. Elle gémit et laissa échapper un cri incontrôlé. Elle était très mouillée. Elle venait d'avoir un orgasme sans aucune intervention extérieure. Elle ne comprenait plus son corps. Est-ce que c'était à cause de Johnny, de sa personne, ou bien parce qu'il était un noir ? Jusqu'à présent, elle ne s'était jamais posée la question de savoir si quelqu'un était blanc ou noir. Tout était toujours si normal. Mais aujourd'hui, elle venait de passer les deux dernières heures à se poser toutes les questions possibles et imaginables à propos des hommes noirs. Elle était comme ensorcelée. Son corps avait déjà décidé depuis longtemps. Elle voulait caresser et griffer ce corps chocolaté. Elle voulait ce corps sur elle, le ressentir, peu importe ce qu'il se passerait. Elle s'occuperait des conséquences plus tard. Elle ne pouvait simplement pas faire autrement.

Elle retourna dans la salle de bain, pris une douche et en ressortit fraîche et propre. Elle s'allongea et regarda Mauritz, qui était si fatigué qu'il dormait depuis bien longtemps.

Johnny était enfin allongé sur un lit. Ça avait été une très longue journée, remplie d'événements. Ce voyage précipité avec si peu d'argent. Comment allait-il vivre s'il ne trouvait pas rapidement du travail ? Et même s'il trouvait du travail, comment allait-il tenir le premier mois ? L'hôtel lui coûtait seulement 7,50 € par nuit, mais c'était déjà beaucoup trop pour lui. Dès le lendemain, il chercherait plutôt à louer une chambre, quelque chose sans confort, mais qui ne lui coûterait que 15 € par mois. Et il devait encore inviter ses nouveaux amis à dîner. Ça ne serait pas gratuit. Au moins 30 € pour tous, et ce qu'il avait en poche ne suffisait même pas pour 3 jours d'hôtel. Il rit et se dit : « Allons bon, demain est un autre jour. Le soleil se lèvera demain avec des solutions. Il n'y avait rien de dramatique. Ce n'est que notre représentation qui rend les choses graves, c'est quelque chose que l'homme moderne a tendance à oublier, car il croit qu'il peut avoir le contrôle sur sa vie. Oui, et autre chose encore : ce cadeau de la nature, ou plutôt de Dieu : le hasard. Il renferme en lui beaucoup d'opportunités. On devrait apprendre à attendre l'imprévu. Et oui “ça va aller'' n'est pas simplement une affirmation vide de sens ». Et, il décida de ne plus penser à l'argent.

Il repensa aux adieux avec Amina, Rita et les enfants, et à Nicole. Il ne lui avait tout simplement pas dit au revoir. Il n'y avait même pas pensé. Il était peut-être amoureux, mais il ne l'aimait pas vraiment, comme il aimait Amina. Il était simplement obsédé par elle, simplement empli d'envies sexuelles. Ce désir ardent pour son corps était comme une drogue, dont il devait désormais apprendre à se passer.

Elle ne s'était pas manifestée non plus, aucun appel. Il regarda son téléphone et remarqua qu'il avait été éteint tout le temps du trajet. Elle ne pouvait tout simplement pas le joindre. Il essaya d'allumer son téléphone et se rendit compte qu'il était à plat. Il se releva pour prendre le chargeur dans son sac. Il le chercha partout dans le sac sans le trouver. Il se rappelait pourtant de l'avoir emporté, ou du moins de l'avoir eu en mains. Il ouvrit la poche du côté, et le trouva finalement dedans, à côté de l'enveloppe que lui avait donné Wadjo. Il avait totalement oublié ce petit paquet. Il prit l'enveloppe et se recoucha. Le téléphone chargeait.

Il ouvrit l'enveloppe et resta bouche bée devant son contenu. Il ouvrit grand les yeux, se leva, s'agenouilla au bord du lit et fit une prière. « Je te remercie Dieu. Je te remercie, pour tout ce que tu fais pour moi. Je te remercie d'être toujours là et de toujours veiller sur moi. Je te remercie de toujours mettre sur ma route les bonnes personnes. Je me sens bien de savoir que tu es là. Ça me donne de la force, de savoir que rien de mauvais ne peut m'arriver, car tu es à mes côtés. Je suis désormais sûr que le chemin que j'ai entamé aujourd'hui est le bon, c’est un chemin béni. Je te remercie Dieu d'avoir créé Amina. S'il te plaît, protège-la, elle et sa famille, fait en sorte que ses affaires soient encore florissantes et qu'elle ait encore plus de succès qu'aujourd'hui. Ce qu'elle m'a donné aujourd'hui, elle devrait en recevoir 1000 fois plus de toi. Je lui dis à travers toi : merci, Amina. Ton fils n'est pas mort inutilement pour nous. Je t'aime parce que je sais que tu m'aimes et tu me montres cet amour chaque jour. Avec toi à mes côtés, je ne peux que triompher. Ce sera tout pour aujourd'hui, Dieu. Je ne dois pas trop te flatter et chanter tes louanges. Bonne nuit et guide-moi encore demain. Je voulais dire, dors bien. Mais dors-tu seulement ? Dieu, je voulais juste que tu ries un peu avec moi. Je te remercie.

Il se releva.

Johnny n'allait jamais à l'église. Contrairement à ses parents, il n'était pas particulièrement croyant. Mais il avait trouvé dans la Bible, ce dont il avait besoin pour vivre sa vie comme il l'entendait. Dieu est là pour tous, disait-il toujours.

Il reprit l'enveloppe dans sa main et alluma son téléphone. Pendant qu'il découvrait l'intégralité du contenu de cette enveloppe son téléphone bipa plusieurs fois. Il regarda pourquoi. Les SMS étaient tous des SMS automatiques envoyés par le prestataire de services. Nicole avait essayé de le joindre à maintes reprises. Il avait supprimé les SMS un par un et tout d'un coup, il y en eut trois qui lui étaient personnellement adressés. L'un d'entre eux était de Nicole : « Mon lion, je m'inquiète beaucoup pour toi. Tu n'es pas venu à notre rendez-vous, tu ne m'as pas appelé et ton téléphone est tout le temps éteint. S'il te plaît rappelle-moi. Je suis si triste et anxieuse. Je prie Dieu qu'il ne te soit rien arrivé. À plus tard, je t'aime, je t'aime, je t'aime. Bisou, je t'embrasse ».

Ce message le rendit tout de même un peu triste. Il avait une mauvaise conscience, mais il savait déjà ce qu'il allait lui raconter la prochaine fois qu'il l'appellerait.

Dans l'enveloppe, en plus de l'argent, se trouvait également une photo d'Amina, une lettre et une carte de visite. La carte de visite était celle du directeur d'un hôtel. Amina avait certainement dû déjà appeler là-bas et demander un travail pour Johnny. Son cœur se mit à battre à tout rompre lorsqu'il lut le nom de l'hôtel. Il s'agissait de l'hôtel dans lequel ses amis étaient descendus. Quelle coïncidence ? Se dit-il. Pourquoi précisément cet hôtel ? Il ne pouvait tout simplement pas travailler là où des gens le connaissait et le prenait pour un riche homme d'affaires. « Merci Amina, mais je ne travaillerais certainement pas là. Tout du moins, pas pour les deux prochaines semaines. Il glissa la carte dans son portefeuille et commença à lire la lettre d'Amina. Il n'y avait que quatre lignes, mais des phrases très émouvantes. Il mit également la lettre dans son portefeuille et compta l'argent. Il y avait plus de 1600 €, il n'en croyait pas ses yeux.

Il pourrait donc inviter ses amis à dîner demain et ouvrir une bouteille de champagne. « Ce que Dieu te donne gratuitement, tu ne dois pas le conserver pour toi seul. Tu dois aussi en faire profiter gratuitement d'autres personnes pour que la loi de la nature continue son chemin », disait toujours son grand-père. Il donnerait environ 100 € à des mendiants et à des personnes nécessiteuses, il dépenserait environ 100 € avec ses amis, il enverrait 250 € à Rita pour pouvoir payer les factures d'eau et d'électricité à temps, il achèterait du poisson séché pour 50 € et en enverrait à Wadjo pour lui demander de transmettre un paquet à Amina. Il rembourserait aussi sa dette de 20 € à Wadjo. Et le reste serait pour lui.

Il était déjà 23 h 55 lorsqu'il éteignit toutes les lumières. Il faisait très chaud, mais la chambre n'avait pas de climatisation. Le lendemain, il se chercherait quelque chose de mieux. Il pouvait désormais payer jusqu'à 50 € par mois pour une chambre et payer trois mois d'avance. Pour 50 € il trouverait une chambre individuelle assez luxueuse. Et si les choses allaient vite, il pourrait aussi trouver un hôtel dans lequel il aurait tout le service souhaité.

Il se couvrit d'un drap léger, mais le retira après seulement 15 minutes. Il n'y avait rien à faire, il faisait simplement trop chaud. Comme il n'arrivait pas à s'endormir, il commença à penser aux Allemands. « Ils sont vraiment très gentils », se dit-il. Günther et Mauritz lui semblaient bien un peu mystérieux. Stefan était plutôt sympa, Anna et Carla aussi.

Anna semblait être plus ouverte, mais il avait le pressentiment qu'elle pas une femme pour une aventure rapide. Carla non plus à vrai dire, mais elle était une femme qui porte en elle des fantasmes inavoués. Il avait envie d'elle, mais il ne savait pas si Mauritz était son petit ami ou pas. De toute façon, ça lui était bien égal. Au Cameroun, ça n'est pas si important. Ce qui compte, c’est ton courage, tes mots et quelle influence l'autre homme a sur sa femme ou sur sa petite amie.

Carla serait aussi sa première femme blanche. Ça l'excitait énormément. Comment sont les femmes blanches nues ? Comment font-elles l'amour ? Comment sont leurs vagins ? Etc. Jusqu'à cette journée d’hier, il ne s'était jamais posé la question de la couleur de peau de ses petites amies. C'était étrange, car il y avait beaucoup de femmes blanches à Douala. Cela ne l'avait jamais particulièrement intéressé. Il n'avait jamais imaginé que cela pourrait se produire aussi vite, mais maintenant, une petite voix dans sa tête lui disait que quelque chose allait se passer avec Carla. Il finit par s'endormir, fantasmant de Carla dans son lit.

Lorsqu'il se réveilla, il était quasiment 11 h. Il avait étonnamment bien dormi.

Johnny ne voulait pas perdre une seconde et espérait avoir demandé un travail dans chaque hôtel du bord de mer avant la fin de l'après-midi. Cela irait plus vite avec un taxi moto.

Il fit le tour très rapidement, allant même jusqu'au July Beach, l'hôtel où les Allemands se trouvaient. On lui avait dit non de partout, ou alors le salaire était vraiment ridicule. Son habillement avait suscité des suspicions de la part de quelques directeurs d'hôtels ou de restaurants. « Comment un homme en costume de marque pouvait-il chercher un travail comme commis de cuisine ? C'est sûrement un espion du fisc ou quelque chose dans le genre. Il a certainement un plan », se disaient-ils.

Effectivement, Johnny avait un plan, mais pas de ce genre-là. Que devait-il faire maintenant ? Il ne lui restait plus que l’adresse de July Beach. Il était tellement fatigué et avait faim. Cependant, il voulait d'abord récupérer ses affaires et changer d'hôtel, mais un hôtel aux abords de la plage, mais il prendrait quelque chose de meilleure qualité et climatisé. Il n'avait aucune envie de chercher encore aujourd’hui une chambre à louer comme il l’avait planifié. Alors qu'il allait ouvrir la porte de sa chambre, son téléphone sonna. Il ne connaissait pas le numéro. « Qui ça peut bien être ? », se demanda-t-il. Il hésita un instant puis décrocha. — Allô, dit-il prudemment. Ça pourrait être Nicole qui essayait de le joindre avec un autre numéro de téléphone. Mais son visage s'illumina d'un grand sourire. — Ah, Stefan, comment vas-tu ? .... Oui... Non... ce soir ? .... Trop tard ? .... Quand alors ? .... Ok c'est possible.... Oh non, Johnny tient toujours ses promesses. Vous allez avoir le meilleur repas que vous n’avez jamais mangé au Cameroun, voire en Allemagne, .... haha haha, oui, si cela ne tenait qu’à moi, on pourrait le faire ce soir, demande aux autres. Je serais chez vous vers 18 h. Il s'agissait de Stefan qui voulait avoir le dîner promis.

Ça plaisait à Johnny : « Il fait ça comme un Africain ce Stefan, directement, il dit ce qu'il pense. Ça me plait », pensa Johnny tandis qu'il rentrait dans sa chambre.

Il rangea ses affaires dans son sac, descendit à la réception, rendit ses clés et quitta l'hôtel.

Il était déjà 16 heures, mais il faisait encore très chaud, il n'y avait pas une once de vent. Il transpirait dans sa chemise sexy et serrée, qui mettait en valeur tout son corps.

Après avoir trouvé un meilleur hôtel, pas très loin de la mer, il décida d'aller se promener quelques minutes sur la plage.

Pendant sa promenade, il pensa à Nicole, qui avait à nouveau essayé de le joindre à plusieurs reprises. Il allait l'appeler et lui raconter qu'il avait dû s'envoler de façon imprévue vers Paris. Il raconterait n'importe quelle sottise.

Il savait qu'elle en serait satisfaite. Le principal pour elle était qu'il n'avait pas disparu, qu'il était encore là. Ça suffisait à lui donner de l'espoir. Elle ignorerait simplement le reste. Elle ne voulait surtout pas savoir la vérité. Elle vivait dans un rêve et voulait conserver ce rêve aussi longtemps que possible.

Il était cependant temps de commencer à se préparer pour rejoindre les Allemands. À 18 h précises, ponctuel comme un Allemand, Johnny se trouvait dans le hall d’entrée du July Beach. Il s'était habillé légèrement, pas de costume, mais plutôt un jeans Esprit, une chemise noire et des sandales. Peut-être devrait-il travailler ici et il ne voulait pas, à nouveau, passer pour un homme riche.

Alors qu'il allait se rendre vers la réceptionniste, il aperçut Mauritz assis dans un coin, jouant sur son ordinateur.

Il était tellement concentré sur son jeu qu'il ne remarqua pas que Johnny était déjà près de lui. Johnny resta un instant là à le regarder jouer.

Mauritz continua son jeu et ne remarqua Johnny que lorsque ce dernier le fit trembler de tout son corps avec un cri de joie.

— Oh, bon... bon... bon... bonjour Johnny.

— Bonsoir Mauritz. Johnny prononça le nom, comme il lui semblait l'entendre en français.

— Comment ça va ? Où sont les autres ?

— Attends un instant, je les préviens.

— Ok, je serai sur la terrasse dehors.

Mauritz éteignit rapidement son ordinateur et regagna sa chambre.

Ils arrivèrent les uns après les autres dans le jardin de l'hôtel, où Johnny buvait déjà un verre de Whisky Tonic.

Il se leva, très galamment, et les salua un par un.

— Bonsoir la belle, dit-il à Anna. Tu es éblouissante ce soir.

— Bonsoir Stefan, bonsoir Günther, Mauritz nous nous sommes déjà salués.

— Asseyez-vous, nous allons déjà boire un verre et profiter de cette magnifique vue, ensuite nous irons dîner. Je suis venu en taxi, il nous attend à l'entrée. Je vais chercher la serveuse.

Il se leva et partit en direction du bar, c'est à ce moment que Carla arriva et ils se rencontrèrent dans le lobby. Il y eut de l'électricité dans l'air. Johnny s'approcha d'elle, lui prit la main et l'attira contre lui, il lui murmura quelque chose dans l'oreille, et avec ses lèvres, sans ouvrir la bouche, il lui caressa le cou, lentement, avec douceur, de haut en bas puis de bas en haut. Puis il la repoussa gentiment loin de lui, et s'en alla après lui avoir caressé discrètement la joue avec la paume de sa main. — Je n'ai encore jamais vu une femme aussi belle que toi, tu es un rayon de soleil. Les autres sont déjà dehors. J'arrive dans un instant.

Elle n'avait pas eu le temps de dire ou de faire quelque chose de façon délibérée. Elle était comme en lévitation.

Carla tremblait de tout son corps. Elle sentait ses tétons grossirent dans son soutien-gorge, se raidir, elle sentait un picotement qui partait de son cou, passait par son nombril et finissait dans son vagin. Elle ressentait comme un liquide qui humidifiait ses cuisses. « Qu'est-ce qu'il se passe avec moi ? ». Elle n'avait jamais vécu quelque chose d'aussi violent, à la fois effrayant et attirant et par-dessus tout excitant.

Lorsque Johnny arriva avec la serveuse, les Allemands étaient en train de discuter du magnifique paysage. De la mer, du murmure des vagues. D'ici, on pouvait voir plusieurs lumières de bateaux.

La discussion partit sur le sens du tourisme de masse. Stefan pensait que c’est bien s'il n'y avait pas de tourisme de masse au Cameroun, tout comme au Kenya ou au Sénégal. Anna était d'avis, à l'instar de Günther, qu'on pourrait trouver le juste milieu pour que le tourisme apporte aux gens, par exemple à Kribi, du travail et des infrastructures qui amélioreraient leurs conditions de vie, et qui par la même occasion, ne troublerait pas les coutumes et l'identité culturelle des locaux, une sorte d'écotourisme.

— Qu'en penses-tu Johnny ? Tourisme de masse ou écotourisme avec le respect des cultures locales ? Quel est ton avis ? Demanda Stefan.

— Je vous donnerai mon avis sur la question plus tard, après le dîner. À cet instant, il est uniquement question de plaisir et de détente. Que voulez-vous boire ? La serveuse attend.

Carla était assise un peu en retrait, dans un coin et suivait la conversation avec intérêt. Mauritz était assis à côté d'elle, mais semblait simplement absent.

Après avoir bu chacun un verre, ils partirent tous les cinq en taxi dans le centre-ville.

Ils étaient serrés dans le taxi, mais c'était habituel au Cameroun. Il est normal au Cameroun, qu'un taxi prenne cinq ou six passagers : quatre qui sont derrière et deux devant. Ainsi le conducteur gagne plus d'argent, car chaque passager paie sa place. C'est aussi une façon de se déplacer plus écolo : on utilise moins de carburant en transportant plus de personnes.

Ils roulèrent jusqu'au marché aux poissons, qui se trouvait directement au bord de l'eau et où on pouvait trouver des poissons très frais. C'était la spécialité des femmes : poisson grillé au barbecue. Il y avait aussi des brochettes, des côtelettes de porc, ça c'était les spécialités des hommes. On pouvait avoir de tout là-bas. En plus, il y avait aussi de très bonnes bananes plantains cuites et sucrées ou Bibolo. La sauce qui venait avec était unique au monde.

— Une nourriture aussi bonne et fraîche, on ne la trouve qu'au Cameroun, le pays que Dieu aime, expliqua Johnny.

Les Allemands dégustèrent en silence et bu de la bière Kadji et 33 Glacé, à l'exception de Carla qui commanda un jus de pamplemousse de la même brasserie UCB Kadji.

— Humm, j'adore le Cameroun, dit Anna. Peut-on trouver de la nourriture aussi fraîche et avec un aussi bon goût d’autre part qu’ici ?

— J'adore ce pays, l'ambiance, les mentalités, le feeling. C'est cela la vie. J'ai déjà été dans beaucoup d'autres pays, en Asie, en Amérique du Sud, mais ici, tout est différent. Simplement naturel et relaxant, bien que l'on doive fournir autant si ce n'est plus qu'en Allemagne.

— Allez, ça suffit, exhorta Stefan. Il ne te manque plus qu'un Camerounais et tout sera parfait. Elle ricana et dit : — Who knows ? Qui vivra, verra ?

Après avoir mangé, ils restèrent à table et burent encore un peu puis Johnny proposa d'aller en discothèque. Mais pas dans une discothèque classique, plutôt une sorte de bar dans lequel de la musique forte était diffusée et où on pouvait danser, ou plutôt on devait danser. L'entrée était gratuite et la bière était proposée à un prix normal.

Ils prirent à nouveau un taxi en direction de la « Rue de la Joie ». Il y a au moins une « Rue de la joie et des plaisirs » dans chaque ville, parfois même plusieurs. Dans des endroits comme celui-ci, la nuit commençait à 20 h et durait jusqu'au petit matin. Des millions sont dépensés là-bas chaque soir en nourriture, boissons, sexe, jeux et paris. Ça grouillait de gens de toutes classes sociales dans cet endroit, hommes et femmes confondus, c'était aussi un endroit où d'importantes relations d'affaire se nouaient.

« Vivre Heureux et Mourir Jeune, on ne vit qu’une seule fois », pouvait-on lire sur une grosse pancarte devant ce bar. Oui, ici les gens vivaient vraiment. La musique était forte, l'ambiance incroyable, tout le monde riait et dansait ensemble.

Une table fut libérée pour Johnny et les Allemands, et ils commandèrent à nouveau à boire. Johnny Win-Win se délecta d'un Whisky, les Allemands de bière. Anna commanda, à l’instar de Carla, cette fois-ci du jus.

Durant la soirée, Johnny s'étonna de ce que les Allemands pouvaient boire. Il avait toujours pensé que les Camerounais étaient de bons buveurs, mais à côté de ces trois-là...

L'ambiance entre les six était de plus en plus détendue, Carla et Anna se sentaient bien et parlaient de plus en plus fort pour essayer de couvrir le bruit de la musique.

Johnny flirta intensément avec Carla toute la soirée, il avait déjà commencé lors de leur repas au marché aux poissons, mais très discrètement pour que les autres ne remarquent rien. Dans une telle foule et avec ce genre d'ambiance, c’était d'autant plus facile. Les signes de flirt étaient de plus en plus clairs, et sans se parler ils se rapprochaient lentement l'un de l'autre.

Tout d'un coup, une femme se leva et dansa en direction de Günther. C'était une invitation à se lever et à venir danser avec elle. Günther regarda à gauche puis à droite, incertain, ne sachant pas comment réagir. Stefan et Anna commencèrent à applaudir pour le motiver à se lever. Pour l'encourager, de plus en plus de gens applaudirent et Günther n'avait plus d'autre choix que d'aller danser avec cette femme.

La foule applaudit encore plus fort et l'ambiance monta en flèche. Beaucoup se levèrent et entourèrent le couple de danseurs. Il n'y avait plus aucune barrière culturelle. Une autre danseuse attrapa Stefan avec vigueur, tandis qu'un danseur enleva Anna. Johnny profita de ce chaos pour inviter Carla à danser.

La piste de danse était déjà pleine, car le DJ jouait le morceau du groupe Ivoirien Magic System, Premier Gaou. Il y eut des bousculades, de la confusion et Carla et Johnny atterrirent dans un autre coin du bar.

Johnny jeta un œil en direction de ses amis, et se dit que la bière avait fait du bon travail. Les Allemands étaient méconnaissables. Mauritz était presque monté sur une femme tandis qu'il essayait de danser comme un Camerounais à côté de lui. Günther faisait du karaté, du kickboxing et du ballet en même temps. — Je ne savais pas que Günther pratiquait les sports de combat, s'amusa Johnny tandis qu'il attirait Carla avec douceur vers lui.

Stefan était déjà cuit. On ne pouvait pas dire s'il faisait du yoga, du Kung fu ou s'il était devenu bouddhiste. Il profitait du spectacle d'une jolie jeune femme qui se déhanchait, tel un boa, autour de lui. Tout le monde s'en fichait, ici il ne s'agissait que de plaisir pur. Roberto Blanca qui avait chanté en Allemagne « Ein bisschen Spaß muss sein » (Il doit bien y avoir un peu de plaisir), chanterait dans cet endroit : « Tout le plaisir est ici ».

Où était Anna ? Johnny ne la voyait plus vraiment. Mais cela n'avait pas d'importance, pour le moment il voulait s'occuper de Carla qui dansait à ses côtés.

Tout allait si vite. Johnny tira Carla contre lui et ne remarqua aucune résistance. Sans prévenir, Carla prit le visage de Johnny entre ses mains et lui caressa les joues. Leurs corps se rapprochèrent encore plus. Les deux mains de Johnny se promenaient le long de son dos, sur son fessier, parfois dans le creux de ses reins. Carla appuyait sa poitrine contre le buste de Johnny et se balançait de gauche à droite. Son cœur battait la chamade. Elle pensait à Mauritz qui dansait à seulement quelques mètres d'eux. Cette pensée qu'il pourrait la voir ainsi, l'excita encore plus et elle chuchota à l'oreille de Johnny. — Johnny, s’il te plaît, peux-tu discrètement glisser ta main sous ma jupe et me masser. Johnny, sans répondre, promena sa main droite sous la jupe de Carla, et sa surprise fut entière lorsqu'il découvrit qu'elle ne portait aucun sous-vêtement. — Toi, petite garce, dit-il en riant, ça me plait. Carla répondit d'une voix moribonde : — Alors je suis ta garce, vas-y continue, ne rentre pas, reste juste à l'entrée et caresse-moi. Johnny fit ce que Carla souhaitait pendant quelques secondes, puis rapidement il s'arrêta, sans enlever sa main et fit pression sur toute cette zone. —Non, pas ici, nous devons arrêter. Carla recouvrait les fesses de Johnny avec ses deux mains et l’appuya fort contre son bassin, elle ressentit rapidement son pénis en érection contre elle. Tous les muscles de son périnée se contractèrent. Tout d'un coup, elle fut comme en lévitation, un gémissement sortit de sa bouche, heureusement couvert par le bruit de la musique. Elle resta accrochée à Johnny et dit : — S'il te plaît, laisse encore un peu ton doigt à l'intérieur, juste comme ça à l'intérieur, sans bouger.

C'est seulement en retournant à leur table qu'ils s'aperçurent que deux hommes et une femme avaient suivi toute la scène à distance.

Johnny dit à Carla : — Appelle-moi demain, vers 13 h ? Je te ferai visiter Kribi.

Elle acquiesça totalement détendue avec un sourire béat.

Les autres Allemands étaient encore en train de s'amuser. Johnny et Carla firent comme si rien ne s'était passé.

Johnny alla au bar pour se chercher un nouveau verre de Whisky et un jus pour Carla. C'est à ce moment qu'il vit Anna en action. Elle dansait très bien, elle avait le rythme, elle remuait ses fesses comme une Africaine et tournoyait merveilleusement bien ses hanches. Elle serait sûrement très bonne au lit, pensa Johnny en attrapant les boissons.

Stefan retourna à la table quelque temps après, l'air satisfait, quelques minutes plus tard ils furent rejoints par Mauritz, qui était aussi trempé que s'il avait plu. Il demanda à Carla : — Pourquoi ne veux-tu pas danser ? On s'amuse, et toi tu restes assise là. Tu es toujours là à râler, coincée et anxieuse. On ne sait pas ce qui te plaît, ce qui te fait plaisir. C'est énervant. Dommage.

Elle lui dit calmement : — Cher Mauritz, je sais très bien ce qui me donne du plaisir.

— Bien, et bien montre-le alors !

— Ok, mais pas d'urgence, je vais très bien pour le moment. Je suis détendue et pleinement satisfaite. Ne te fais pas de soucis, répondit-elle.

— On y va ? Demanda Stefan.

Mais personne ne savait où était Günther.

Il était déjà 1 h du matin et ils voulaient aller se coucher.

Finalement, le géant homme libéra Anna qui revint ravie à la table.

— Où est donc Günther ?

— On n'en sait rien. Il n'a certainement pas été enlevé, dit Stefan, mais on y va et il nous retrouvera.

— Non, nous ne partons pas sans lui ! Rétorqua Anna.

— Ce n'est pas un bébé. Mon Dieu, tu exagères parfois Anna avec tes...

— Non, laissez tomber. On ne devrait pas se disputer et gâcher cette belle soirée. Je vais le chercher. Attendez un peu, intervint Johnny.

Il se leva et discuta un peu avec des gens, puis donna 1000 F (environ 1,50 €) à un homme qui le chercha avec lui. Il revint dix minutes après et dit : — Il est entre de bonnes mains et continue la soirée dans en privé. Je propose que nous finissions nos verres et que nous rentrions. Il connaît le chemin. Ce n'est plus un enfant, nom de Dieu !

Tout de suite, Stefan attaqua : — Vois-tu, Anna ? Vois-tu ? Toujours à faire ta Mère Supérieure.

Elle dit simplement : — Ah toi, tu es complètement saoul, allons-y !

— Mais je veux une dernière bière, dit Stefan. Mauritz aussi.

Ils burent tout en racontant des bêtises. C'était agréable, mais ils étaient vraiment fatigués.

Alors qu'ils montaient dans un taxi, ils entendirent Günther les appeler : — Hé, attendez-moi. Vouliez-vous donc m'abandonner ?!

Il courut, sauta dans le taxi qui démarra aussitôt. La Rue de la joie fit place à la Rue du Stress et à la Rue de la Souffrance. Le jour était déjà en train de se lever et les rues devenaient de plus en plus vides et calmes.

— Où étais-tu donc Günther ? Commença Anna. Nous nous sommes faits du souci.

Stefan contredit Anna : — Non, ne dis pas nous, sois donc courageuse et reconnaît que tu t'es fait du souci. Les autres n'étaient pas inquiets du tout.

Günther était compréhensif, comme toujours : — Pourquoi t'es-tu fait du souci, ma chère Anna ? Je vais bien. Il détestait les conflits, tout le contraire de Stefan.

Stefan, peut-être éméché, continua : — Anna, honnêtement, quel est ton problème ? Es-tu amoureuse de Günther ? Ou jalouse ?

Cette fois Anna réagit énervée : — Ferme là, tu es saoul, tu ne sais plus ce que tu dis. Tu n'es vraiment qu'un plouc. Tu es bien un paysan. Retourne dans tes plantations. C'est toujours la même chose avec vous, les fermiers.

— C'était ma plus belle soirée au Cameroun. Je n'avais jamais fêté ainsi, commença Günther.

— Oui, c'était vraiment super. Je me suis vraiment bien amusé. Et toi, Mauritz ? Demanda Stefan.

Il ne reçut aucune réponse de Mauritz. Il dormait déjà profondément. Mauritz avait également bu beaucoup de bières, et n'avait jamais paru aussi heureux que ce soir.

— Merci, Johnny. C'était vraiment sympa de ta part et nous t'en devons une. On a souvent fait la fête, avec des Camerounais aussi. Mais ils nous emmènent toujours dans ces endroits où les Européens et les Camerounais riches aiment aller et..., Stefan coupa la parole à Anna : — Oui, dans des endroits coincés. Dans des endroits comme cette Rue de la joie, c'est là qu'on découvre vraiment le Cameroun pendant la nuit. C'est ça le vrai Cameroun. Les gens ne viennent pas pour se montrer, pour frimer avec une nouvelle voiture. Ici il ne s'agit que de plaisir, de fête. On est comme on est. C'est vraiment super. Pour ça, je te remercie Johnny. Pour une fois, la Mère de la Nation - par ce surnom, il pensait à Anna - a raison. On t'en doit une, et qui sait peut-être viendras-tu nous voir un jour en Allemagne ?

— Oui, bonne idée, dit Günther.

Le taxi quitta la route principale et tourna à gauche dans une ruelle étroite qui menait à l'hôtel.

— Mais sérieusement, où étais-tu Günther ? Demanda maintenant Stefan.

— Ah, oui. Tu veux le savoir maintenant, dit Anna.

— Allez, reste calme Anna. Laisse les hommes discuter comme on le fait au Cameroun, répondit Stefan en riant.

— Ça ne vous regarde pas, dit Günther.

— Est-ce que ça en valait le coup ? Essaya de savoir Stefan.

Le taxi s'arrêta. Ils étaient arrivés.

Ils eurent du mal à réveiller Mauritz. Il dormait profondément.

Ils dirent au revoir à Johnny, qui repartit jusqu'à son hôtel avec le taxi.

De telles soirées n'avaient rien d'exceptionnelles pour Johnny. Il y était habitué. Il avait deviné que cela plairait aux Allemands. La plupart des Européens qui ne connaissaient pas le pays, avaient un comportement assez typique et allaient toujours dans des endroits appelés « locaux ». Ayant déjà été régulièrement dans de tels endroits, il savait à quel point c'était ennuyant et rempli de prostituées, qui ne recherchaient que des Camerounais fortunés ou des Européens pour leur servir de tickets pour l'Europe. Les connaissances dans de tels endroits étaient très superficielles. C'est pourquoi on appelait les petites amies des Européens, ici en Afrique, des filles faciles, elles avaient toujours plusieurs hommes en même temps.

Il était allongé dans son lit, épuisé. La chambre était bien plus confortable, climatisée. Il essaya de penser à Carla. Mais la fatigue était plus forte que son envie, et il n'avait plus une minute de fantaisie disponible. Il ronflait déjà, peut-être rêverait-il de Carla ?

Carla était allongée à côté de Mauritz, qui s'était immédiatement rendormi, mais elle ne trouvait pas le sommeil. Elle n'arrêtait pas de se retourner et repassait en boucle les images de la scène avec Johnny dans sa tête. Qu'est-ce qui lui arrivait ? Comment cet inconnu pouvait-il connaître ses fantasmes les plus intimes ? Et savoir exactement comment les assouvir ? Cela faisait deux ans qu'elle était en couple avec Mauritz et elle n'avait jamais ressenti une telle excitation. Son corps la démangeait véritablement. Elle voulait du sexe. Elle pensa à ressortir pour appeler Johnny. Il pourrait revenir la chercher. Mais elle abandonna rapidement cette idée. Ça n'était pas possible et elle ne voulait pas blesser Mauritz. « Mais demain, je le ferai. Je ferai l'amour avec Johnny. Je veux le sentir en moi, je veux son sexe rigide en moi. Je veux voir son corps brun, musclé, le caresser, le lécher, mordre ses lèvres charnues. Je veux fesser ses fesses rondes. Oui j'en suis sûre, c'est ce que je veux, peu importe ce qui se passera ensuite. Je suis désolée, Mauritz ». C'est avec ces pensées qu'elle s'endormit.

Il était presque midi lorsque le premier Allemand sortit de sa chambre. Stefan sourit à la charmante serveuse qui essayait de flirter avec lui depuis la veille. Il était pieds nus et partit directement sur la plage. Le temps était parfait. Le soleil brillait et le ciel était bleu. L'eau était très claire. On se sentait simplement bien.

Il marcha le long de la plage avec de l'eau jusqu'aux genoux. C'était rafraichissant. Après une heure de promenade dans ce paysage paradisiaque, il retourna à l'hôtel. Il avait envie de se baigner et voulait récupérer son équipement de natation. Il sentit l'odeur du café à plus de 100 m. Les autres Allemands étaient enfin réveillés. Ils étaient assis en terrasse et buvaient du café UCCAO. Ce café était produit par une coopérative agricole dans l'ouest du Cameroun, le Grasfield Land, qui avait son siège social à Bafoussam. On pouvait sentir l'odeur de ce café de très loin.

— Bonjour Madame, je voudrais aussi un café, noir, fort et sans sucre, dit-il.

— Bonjour à tous, bien dormi ?

Ils étaient tous assis là et profitaient simplement de cette merveilleuse vue sur la mer.

Le buffet de midi qui était protégé par un toit de paille à côté de la terrasse était fini. — N'est-ce pas idyllique ? J'ai faim, dit Anna.

Chacun passait son après-midi comme il le souhaitait.

Ils allèrent tous nager, y compris Carla. L'eau était bonne, claire, environ 25°. Les petites vagues apportaient un sentiment de plénitude.

Carla ne resta pas longtemps dans l'eau. Dès son réveil, elle avait téléphoné à Johnny et ils avaient décidé de se retrouver à 14 h 30. Il l'attendrait dans un taxi à 200 m de l'hôtel.

Il ne lui restait plus qu'à trouver une excuse pour s'absenter tout l'après-midi. Elle monta dans sa chambre pour se préparer. Elle enfila un jean, sans rien en dessous. Aujourd'hui, il devra me courtiser, pensa-t-elle. Il devra d'abord me déshabiller lentement, il essayera de passer sa main dans mon jean, mais ce sera tellement serré qu'il aura du mal. Ça ne lui plaira pas. Il essayera encore plus fort. Les premiers doigts atteindront peut-être mon Vénus, mais pas plus. Ça va l'énerver, le contrarier parce que son envie de moi sera bloquée par une paire de jeans. Pauvre homme. Il essayera alors de passer par derrière, de me donner du plaisir en passant par mes fesses. Mais là aussi, il ne pourra progresser que très lentement. Battu, mais encore plus excité, il devra retirer ce jean, son plus grand adversaire sur le chemin du plaisir. Il déboutonnera le jean, un bouton après l'autre, puis il remarquera que ces doigts peuvent désormais sentir la zone humide, mais pas vraiment la toucher. Chaque acte de résistance étant considéré par les hommes comme un défi, voire une insulte à leur virilité, il sera encore plus énervé. Une colère silencieuse, qui ne se fera ressentir que dans les battements plus rapides de son cœur. Ce concurrent devrait disparaître. Il sera donc contraint de me déshabiller. Il me repoussera, afin que je tombe le dos sur le lit, il se mettra à genoux devant moi et essayera de retirer mon jean. En premier lieu, je ne ferais aucun mouvement, pour le faire souffrir un peu plus. Il se reculera un peu, pour attraper le pantalon par en dessous et le tirer, je lèverai alors mes deux jambes en l'air dans sa direction, il pourra ainsi tirer sur chaque jambe du pantalon, je me recroquevillerai nue et il se jettera sauvagement sur moi, pour fêter sa victoire, une victoire que je lui aurai offerte. Non, comme un vrai homme, il ne se laissera pas faire aussi facilement. Il doit se venger. Il me retournera la faveur, pour me montrer que ce cadeau se mérite. Je me donne à lui, je lui appartiens. Je veux lui être offerte toute entière.

Carla était étonnée par son propre fantasme. Elle ne savait pas qu’en elle se cachait une telle « catin ». Elle avait toujours pensé que les femmes qui pensaient ainsi étaient des femmes faciles. Maintenant elle savait que c'était exactement le contraire. Une personne qui n'a pas de profonds fantasmes sexuels, n'a aucune idée de ce que signifie réellement jouir. Elles font l’amour, mais elles ne vivent pas le sexe. Ce sont deux choses absolument différentes, se dit-elle. J'ai toujours fait l'amour, maintenant je veux le vivre, l'apprécier. Je veux libérer ma sexualité.

— As-tu vu Mauritz ? Demanda-t-elle à Günther qui sortait juste de l'eau et qui allait s'allonger à l'ombre d'un arbre.

— Il était avec Stefan et Anna. Ils ont discuté avec d'autres personnes et sont partis ensemble dans cette direction. J'étais dans l'eau. Ils n'ont rien dit. »

— Ok, alors je vais aussi faire une petite balade pour découvrir la ville. A plus !

— Amuse-toi bien et fais attention à toi ! Dit Günther, qui était allongé sur le ventre et appréciait sa solitude.

La liaison de Johnny avec Carla, sa première femme blanche

Le taxi déposa Carla devant l'hôtel où Johnny logeait. Elle n'eut pas besoin de chercher bien loin, Johnny arrivait déjà en courant.

— Hé ! Ma douce, tu es magnifique, encore plus belle qu'hier.

Ils se prirent par les mains et s'embrassèrent, ainsi devant tout le monde. C'était très inhabituel au Cameroun. Depuis qu'elle était dans ce pays, elle n'avait jamais vu de couple s'embrasser. Une collègue camerounaise lui avait dit : « On ne fait pas ce genre de chose dans la rue, c'est très européen et trop démonstratif, ça ne colle pas avec notre culture ».

Aussi brusquement qu'elle avait débuté, Johnny mit fin à leur étreinte, comme s'il s'était soudainement rendu compte que ce cela ne collait pas.

— Comment vas-tu ? Demanda Carla.

— Eh bien, ma blanche fée, quand tu n'étais pas à mes côtés, je n’allais pas bien. J’étais si triste. Mais lorsque je t'ai vu descendre du taxi, je me suis tout de suite senti mieux. Et toi ? Comment vas-tu ?

— Pareil à toi. Je ne suis pas très sûre. Je n'ai jamais fait ce genre de chose. Ça ne m'est aussi jamais arrivé. J'ai passé la nuit à penser à toi, à nous. C'était agréable. Tu m'as manqué

Johnny se retourna, regarda le ciel, réfléchit quelques instants et dit : — Tu sais quoi ? Viens, assis toi donc. Je vais chercher mes affaires et nous allons à la plage. Je connais un endroit qui est magnifique et où nous pourrions être seuls au monde.

Et soudainement, il était déjà parti. Carla était surprise et déçue à la fois. Elle était persuadée que Johnny l'inviterait directement dans sa chambre et qu'ils y feraient l'amour. C'est ainsi qu'elle se l'était imaginé. Elle se demanda si elle avait fait quelque chose de mal, ou si Johnny avait changé d'avis à son sujet, si elle ne lui plaisait plus.

Mais elle n'eut pas le temps de se faire plus de soucis. Johnny était déjà de retour avec un sac dans lequel on pouvait apercevoir un bout de tissu et une serviette.

Il portait un bermuda camerounais ainsi qu'un débardeur, des sandales en plastique et était terriblement sexy et craquant comme une star de cinéma. « Je préférerais lui sauter directement dessus », se dit Carla.

— Allez, ma blanche fée, viens, nous allons acheter quelques petites choses à grignoter et ensuite je louerai une moto pour nous conduire là où se trouve le paradis. Le marché n'est pas loin. Juste là, à côté, viens, belle créature, lève-toi cadeau de Dieu. Il tendit la main à Carla, qui la saisit volontiers et se leva.

Elle n'avait jamais entendu d'aussi beaux compliments. Pas en Allemagne, en tout cas. Là-bas, les hommes pensent que dire « Mon amour, je t'aime » est un compliment. Elle ressentait l’influence que cela avait sur son amour-propre. Il se renforce lorsqu'un homme vénère une femme. On se sent bien, en sécurité, heureuse.

— C'est vraiment un paradis ici, fit-elle remarquer une fois sur place. Ils étalèrent leur serviette sous un cocotier, sortirent du sac tout ce qu'ils avaient acheté : de l'eau minérale, du melon, des ananas, des bananes, de la mangue - une espèce qu'on ne trouve qu'au Cameroun, « les meilleures mangues du monde », d'après Johnny, une baguette et des boîtes de sardines.

Cet endroit était vraiment très beau. Il se situait à environ 10 km de la route principale et on ne pouvait l'atteindre qu'en 4x4 ou en taxi moto. Ici la plage était vide, ils étaient vraiment seuls au monde. C'était sauvage. Le sable était blanc et chaud. L'eau était transparente, la mer bleue. On entendait les oiseaux chanter et voler, de petits singes sautaient de branches en branches. On oubliait facilement qu'une grosse ville se trouvait à seulement dix kilomètres.

Johnny essaya de faire tomber une noix de coco, mais ce n'était pas chose aisée. Il retira son pantalon et s'assit sur la serviette. Il était vraiment bien charpenté. Pas un gramme de gras, que du muscle, pensa Carla en le regardant.

— Viens, assieds-toi, je veux déguster une mangue avec toi, proposa Johnny. Elle ne se fit pas prier et s'assit près de lui, sans enlever son Jeans moulant. Elle avait sa petite idée en tête.

Johnny éplucha une mangue, caressa les lèvres de Carla avec le fruit et lui dit : — Je suis désolée ma beauté, j'ai sali tes lèvres, laisse-moi le privilège de les nettoyer.

Ils rapprochèrent leurs bouches l'un de l'autre, au ralenti, et bientôt leurs lèvres se touchèrent de façon si intense que même une ficelle n’aurait pu passer entre leurs deux lèvres.

Tout ce dont Carla avait rêvé se produisit, tous ses fantasmes prirent presque vie, voire plus encore, tout était plus fantastique, mieux et plus passionné. Alors qu'il la pénétrait, ce fut comme si un feu s'était allumé dans son bas ventre. Comme elle était assez étroite, Johnny fit preuve de beaucoup de délicatesse et se fraya un chemin tout en douceur. Elle ressentait cette douce, mais puissante virilité. Ses mouvements de bassin rythmés comme un mélange de rumba, lambada et salsa, un coup à gauche, un coup à droite, puis profond, puis juste à l'entrée, lui avaient procuré énormément de plaisir et avaient fait vibrer tout son corps. C'est la première fois qu'elle prenait du plaisir vaginal, elle qui était habituellement plus une femme clitoridienne. Oui, l'orgasme était fabuleux. Elle n'avait jamais autant crié, et lui ? Son visage ? Ses yeux, et ce qu'il lui dit avant de jouir, petit frimeur pensa-t-elle. « Le lion arrive, le lion arrive, es-tu prête ? », cette phrase que Johnny avait sorti en ce moment, l'avait beaucoup amusée et elle ne l'oublierait pas de sitôt. Dieu soit loué que cet endroit soit vraiment vide, pensa Carla. Dans un hôtel, ils auraient pu recevoir un avertissement. Les seuls témoins avaient été quelques singes qui avaient piaillé tout le temps et les oiseaux, sinon ce n'était que pure nature sauvage. Ils étaient seuls sur terre et pouvaient donner vie à leurs fantasmes sans s'inquiéter. Leurs vœux furent exaucés. Ils s'étaient vraiment fait plaisir de toute façon et l'avaient apprécié. — Oui, ça, c’est du sexe. C'est ainsi que ça devrait être, rigola-t-elle. Quel amant !

— Est-ce que c'est toujours comme ça chez vous ? Demanda-t-elle à Johnny.

Il répondit seulement : — N'est-ce pas normal ? C'est différent chez vous ?

Et oui, elle venait de faire l'amour avec un Camerounais, avec un homme noir. Si on lui avait dit cela il y a deux jours, elle aurait demandé à cette personne s'il ne s'était pas cogné la tête. Elle avait un petit ami, et pour elle il avait toujours été clair qu'on ne faisait l'amour qu'avec l'homme qui partage sa vie. C'est ainsi que ça doit être, dit-on toujours. « Quel non-sens ! », dit-elle, « Pourquoi devrait-on renoncer à quelque chose comme ça ? »

Elle était désormais allongée, nue, sur le corps nu de Johnny, comme un boa qui vient d'avaler sa proie, ventre contre ventre, sa tête sur son torse velu, ses cheveux sur son visage. Il lui caressait le dos, les yeux fermés et le temps passa ainsi.

Combien de minute avait duré son premier sexe avec un homme noir ? Elle n'en savait rien, et ça lui était bien égal, pensa-t-elle en s'endormant. Elle fut réveillée par l'eau que les vagues ramenaient sur eux.

C'était tellement agréable d'être allongée là, la moitié du corps dans l'eau tiède. — Hé ! Johnny, réveille-toi. La mer essaye de nous avaler, dit-elle sans bouger.

Au lieu de répondre, Johnny lui caressa les fesses et ses doigts glissèrent lentement du creux de ses reins vers une destination bien précise. Elle fit un léger mouvement de bassin pour montrer à Johnny qu'il pouvait continuer. Elle leva ses fesses, pressa sa poitrine contre celle de Johnny et écarta légèrement les jambes. Ainsi, il pouvait atteindre le bon endroit sans obstacle. Et le deuxième round débuta.

Lorsque les deux furent forcés de se lever, car la marée était de plus en plus haute, elle remarqua qu'il était déjà tard et que ses vêtements étaient complètement trempés.

Chaque matin, l'eau allait dans la mer pour travailler et chaque fin d'après-midi, elle revenait sur la terre femme pour dormir, disaient les gens ici.

— C'est le prix à payer, dit Johnny en souriant. C'était agréable avec toi, ma blanche fée. Now it's time to go home.

— Johnny, tu es le plus grand, le meilleur. C'était juste fantastique. Lorsque nos regards se sont croisés dans le bus à Douala, j'ai immédiatement su que je te voulais.

— Toi ? Non ! Je te voulais, moi Johnny Win-Win, et je t'ai amené à me vouloir, dit Johnny avec un large sourire.

— C'est ce que tu penses ? Haha, haha, répondit Carla. J'ai tout manigancé. Vous les hommes, vous êtes si naïfs.

— Non, toi ma petite garce, plaisanta Johnny en éclaboussant Carla de sable. Carla essaya, elle aussi, de le recouvrir de sable, mais il avait déjà sauté dans la mer et plongé sous l'eau. Carla courut jusqu'à lui : — Où es-tu, grossier personnage ?

Ils jouèrent ainsi dans l'eau, comme s'ils ne voulaient jamais en sortir. Ils ne voulaient pas se séparer. Ils s'amusaient, et après 30 minutes, sortirent de l'eau, enfilèrent leurs vêtements mouillés et Johnny demanda.

— Que vas-tu raconter à ton petit ami ? Comment vas-tu lui expliquer pourquoi tu es partie si longtemps et pourquoi tu rentres complètement trempée ?

Elle était étonnée. Elle ne lui avait jamais dit que Mauritz était son petit ami et elle n'avait laissé aucun indice qui puisse le mener à cette conclusion.

— Tu sais quoi, Johnny, mon prince chocolaté, je voudrais juste profiter du moment présent. C'est le plus important pour moi actuellement. Humm, ma main est recouverte de ton odeur.

— Et quelle est mon odeur ? Demanda-t-il.

— Ça je ne te le dirais pas, mais j'emmène ton parfum avec moi à l'hôtel.

Il était presque 19 h lorsque Carla arriva à l'hôtel. Elle monta directement dans sa chambre. La porte n'était pas fermée et Mauritz jouait sur son pc.

— Où étais-tu ? Je t'ai cherchée partout, je me suis fait du souci, lui demanda-t-il, sans lever la tête et sans la regarder.

Carla profita de la situation pour se rendre rapidement dans la salle de bain. Elle ne ferma pas la porte entièrement, mais répondit d'une manière agressive.

— Et toi, où étais-tu ? Je t'ai cherché moi aussi. Je ne t'ai pas trouvé, que voulais-tu que je fasse ? Que je reste à l'hôtel, seule, à t'attendre ? Je suis donc partie me promener. La ville est très grande.

— Tu aurais pu me laisser un message, se plaignit Mauritz.

Elle sortit de la salle de bain en chemise de nuit, s'assit au bord du lit et resta campée sur ses positions : — Tu aurais pu m'appeler pour savoir où j'étais si tu te faisais autant de soucis.

Énerve, Mauritz se décida à se lever et regarda Carla. — Qu'est-ce que j'y peux, moi, si tu ne décroches pas quand on t'appelle ? J'ai essayé de t'appeler je ne sais combien de fois. A priori, tu ne t'en es même pas rendue compte. Étrange.

« Oh mince ! », se dit-elle intérieurement, « nous avions laissé les objets de valeur dans un sac sur la moto. Il est possible qu'il ait sonné sans que je ne l'aie entendu », mais malgré tout, elle ne voulait pas se laisser rabattre le caquet aussi facilement, et comme la plupart des gens pris en flagrant délit, elle continua dans la confrontation.

— Qu'est-ce qui est étrange ? Hein, qu'est ce qui est si étrange, qu'est-ce que tu veux dire ? Vide ton sac !

— Hum…, répondit simplement Mauritz avant de retourner jouer sur son ordinateur.

Carla s'allongea sur le lit, se demandant si Mauritz se doutait de quelque chose par rapport à Johnny. Que devait-elle faire maintenant ? Devait-elle tout lui dire ? Elle ressentait que cela n'avait rien à voir avec Mauritz. Son attitude et ses sentiments envers Mauritz n'avaient pas (encore) changé. C'est sûr que Johnny avait marqué des points, sexuellement parlant, il avait plus d'expérience, mais ce qui lui avait plu, c'est surtout qu'il était attentionné et tendre.

Bien que son petit ami fût juste à côté, elle continua de rêver. Beaucoup de choses lui passèrent dans la tête : C'est un homme pur, très viril, mais qui fait tout avec tellement de respect et sait exactement ce que je ne veux pas et n'insiste pas non plus. Pourquoi ai-je donc toujours cru qu'on ne pouvait aimer qu'un seul homme et donc apprécier de faire l'amour qu'avec un seul homme ? Où est le problème si je profite du sexe avec un autre et qu'il me fait des choses qui me font du bien et me rendent heureuse ? Si je suis heureuse, Mauritz en tire avantage aussi, non ? L'interdiction de faire l'amour avec un autre homme que son partenaire est purement un acte religieux, pour autant la plupart des gens en Allemagne ne sont pas pratiquants. Mauritz ne l'est pas, moi non plus, pensa Carla. Nous n'allons pas à l'église, ne prions pas. Nous ne connaissons pas l'histoire de Jésus. C'est donc juste un fait de société. Ça n'a rien à voir avec la nature de l'homme en soi.

Des remords ? « Non, aucun », se dit-elle. Pourquoi aurais-je des remords ? Parce que je me sens encore plus femme ? Parce que c'était la meilleure partie de jambes en l'air de toute ma vie ? Parce que je me sens plus belle et plus attirante ? Parce que j'ai élargi mon panel d'expériences sexuelles ? Des remords de me sentir bien ? Balivernes.

Oui, j'ai des remords d'avoir attendu si longtemps avant de connaître quelque chose d'aussi extraordinaire. Oui, ça m'énerve d'avoir attendu quasiment 23 ans pour vraiment découvrir mon corps et ma féminité. C'était la première fois qu'un homme me traitait vraiment comme une Femme et moi lui comme un Homme. Juste ainsi, sans jugements : simplement Homme et Femme. De ça, j'ai un peu honte, mais certainement pas d'avoir découvert des aspects insoupçonnés de ma personnalité et des zones qui me donnent du plaisir.

Carla s'endormit et lorsqu'elle se réveilla, il était déjà 8 h du matin. Elle était à la fois, fatiguée et détendue.

« Et oui, je suis en vacances », s'écria-t-elle, elle remarqua alors que Mauritz n'était déjà plus dans le lit.

Elle avait envie d'aller nager. Bien qu'il soit encore tôt, il faisait déjà chaud. L'eau était fraîche, mais ça allait. Le soleil brillait déjà.

Mauritz et Anna étaient déjà sur la plage, ils étaient assis dans l'eau et discutaient à voix basse en profitant de la vue sur l'océan. Rien ne lui aurait semblé étrange si Anna n'avait pas sursauté en la voyant arriver. Anna se leva et fut bien trop polie avec elle.

— Ne sois pas effrayée, dit simplement Carla, bonjour, c'est une belle journée aujourd'hui.

Anna rit nerveusement et disparut dans l'hôtel.

Les jours qui suivirent, virent Anna et Mauritz se rapprocher de plus en plus, sans que personne ne remarque quelque chose de particulier.

Carla rejoignit Mauritz, lui demanda de l’accompagner dans l'eau et les deux nagèrent ensemble une bonne heure. Ils se caressèrent, s'embrassèrent et Carla remarqua qu'Anna les avait observés pendant tout ce temps.

Après cette baignade, ils allèrent tous déjeuner. Le buffet était encore là et ils se retrouvèrent tous autour d'une table.

Stefan, qui buvait un café, dit :

— Je propose que nous invitions Johnny aujourd'hui.

Le cœur de Carla s'emballa. Ils avaient justement prévu de se retrouver aujourd'hui, à 14 h. Elle n'avait aucune envie de devoir annuler ce rendez-vous pour qu'ils puissent inviter Johnny.

— Est-il vraiment nécessaire de l'inviter aujourd'hui ? Demanda-t-elle.

Anna demanda dans un rire moqueur : — Et pourquoi pas ?

— Moi je suis d'accord, dit Mauritz, qui ne prenait d'habitude jamais part à ce genre de conversations.

— Et toi, Günther ? Demanda Stefan.

— Pourquoi pas, acquiesça-t-il, ça ne me dérange pas.

— Qu'as-tu contre Johnny Win-Win, Carla ? Demanda ironiquement Anna.

Carla ignora simplement la question provocatrice, se leva et rentra dans l'hôtel.

— Qu'est-ce qui lui arrive ? Demanda Stefan à Mauritz.

— Aucune idée. Elle est étrange et pénible depuis hier. Je ne sais pas pourquoi, répondit-il.

Günther se leva et lança, comme s’il ne se doutait de rien, mais bien consciemment de l'impact de sa question : — Pourquoi les femmes pètent un câble en entendant le nom d'un homme ? Et puis il disparut rapidement jusqu'à la table du buffet pour éviter la discussion.

— Je vais l'appeler, dit Stefan.

Après quelques minutes, Anna demanda : — Que se passe-t-il ? Ne voulais-tu pas l'appeler ?

— Si, mais ça sonne tout le temps occupé. Je réessaierai plus tard.

Carla revint environ dix minutes plus tard et Anna dit à Stefan avec un air provocateur :

— Tu peux réessayer. Je pense que maintenant sa ligne sera disponible.

Stefan le fit et il dit tout content : — Ça sonne.

— Je m'en doutais, et je parie qu'il aura du temps libre aujourd'hui, comme par hasard. J'en mettrais ma main à couper, dit Anna sur un ton ironique. Elle savait exactement à qui ces mots étaient destinés.

— Allo Johnny, c'est Stefan.... Bien et toi ?... Oui, ok... Nous voulions t'inviter aujourd'hui... Oui, aujourd'hui. Pourquoi ? As-tu déjà d'autres projets ?... Dis donc, ok ?... Oui, on se réjouit également... Où veux-tu qu'on se retrouve ?... C'est vrai, tu as raison. Nous y serons, vers.... Quand ? Attends une minute Johnny, reste en ligne.

— Ça lui va, il demande quand, à quelle heure et où, dit Stefan aux autres.

— Ça m'est égal où et quand, mais pas dans un restaurant rempli de touristes européens. Un endroit comme la dernière fois serait parfait.

— Ah oui, c'est typique de toi Günther, mais tu ne réponds pas à la question de Stefan. Tu pourrais quand même décider et t’exprimer clairement, non ? Répondit Anna.

Günther, qui préférait éviter les conflits, répondit simplement : —Tu n'as qu'à décider toi du lieu et de l'heure, plutôt que de toujours vouloir te disputer avec moi. Peut-être que je te plais vraiment finalement ?

— Arrêtez vos bêtises. Vos affaires privées n'ont rien à faire ici et pas maintenant. Il est question du lieu et de l'heure pour l'instant. Je propose 19 h, s'énerva Carla.

Stefan remarqua immédiatement qu'elle n’était pas loin de craquer. — Allo Johnny, je te rappelle plus tard, on doit d'abord discuter de l'heure, à plus tard, et il raccrocha.

Comme prévu, Anna répliqua immédiatement : — Qu'est-ce que tu veux dire, Carla ? C'est parce que nous ne faisons pas assez attention à tes histoires privées que tu es aussi agressive ?

— Je ne m'adressais pas à toi personnellement, Anna. Est-ce qu'on peut revenir à notre sujet ? Dit Carla, toujours énervée, mais sur un ton plus calme.

Anna, qui était vraiment énervée, continua avec des remarques déplacées. — Ce n'est pas à toi de décider de ce que nous devons ou pas discuter. Est-ce que tu es encore énervée parce que Johnny sera occupé aujourd'hui, ou plutôt devrais-je dire qu'il sera occupé et ne pourra pas s'amouracher avec toi comme c’était le cas hier ?

Carla n'était pas préparée à ce qu'Anna soit aussi directe avec elle. Elle semblait vraiment choquée. Elle ne pensait pas qu'Anna puisse avoir une idée de ce qui se passait entre elle et Johnny. Elle se demanda si tous étaient au courant, y compris Mauritz. Elle hésita un instant puis attaqua directement Anna telle un cobra : — Occupée, mais malheureusement pas avec toi. C'est ça qui te dérange ? Parce qu'il ne s'intéresse pas du tout à toi ? Peut-être es-tu trop vieille pour lui.

Il n'y avait plus aucune retenue dans leurs propos. Anna ne se laissa pas clouer le bec aussi facilement : — C'est vrai, je capitule, je ne vais certainement pas me jeter sur le premier homme noir venu, comme une pute et lui ouvrir mes cuisses.

Étonnement Carla resta très calme et lui répondit simplement : — Dommage pour toi !

Anna dit encore : — Et tu as un petit ami.

— Double chance pour moi, répondit Carla.

Stefan intervint pour stopper la dispute.

— Ça suffit maintenant. Je trouve votre attitude extrêmement gênante. Avec ou sans vous, nous allons voir Johnny, pas vrai Günther ? Et toi, Mauritz, qu’en dis-tu ?

— Oh oui, bien sûr je suis avec vous, dit Günther.

Et Mauritz d'ajouter : — Si Carla vient, je vous suis.

Sans attendre la réponse d'Anna, il proposa : — Je lui dis donc à 19 h, au croisement de Texaco.

Après le petit déjeuner, chacun vaqua à ses affaires, la plupart se retrouvèrent sur la plage : nager, se reposer, lire, dormir, nager, etc.

La journée se passa finalement dans le calme.

Carla et Anna se calmèrent un peu, si bien que peu avant 19 h, l'ambiance était au beau fixe dans le groupe.

Ils retournèrent dans le même bar de la Rue de la Joie.

Beaucoup de gens se rappelaient des « Blancs » et on les saluait de tous côtés.

Ils commandèrent du poisson et de l'agneau fumés avec des bananes plantains frites et des pommes. Le prix était bien moins cher ici qu'au marché aux poissons, qui était visité par beaucoup de touristes. La qualité était équivalente. Tout était frais, aucun produit surgelé. C'est ce qui était si bon dans la nourriture au Cameroun.

Cette fois-ci, Mauritz n'eut pas envie de danser, cependant il but énormément. Au début, Carla resta avec lui, les autres pendant ce temps profitaient et dansaient.

Johnny et Anna dansèrent ensemble et Johnny fut étonné de la voir remuer ses hanches et ses fesses comme une black, de façon si rythmée et dynamique. — Wow, hoho, je n'avais pas imaginé ça, dit Johnny vraisemblablement étonné et aussi flatteur.

— Étonné de quoi ? Dit Anna en riant.

— Où as-tu appris à danser ainsi ? Nous avons toujours entendu, ou plutôt vu à la télé ou dans des vidéos, que les Blancs ne savaient pas danser sur le rythme et c'est pour cette raison que les musiques technos ou électros ont été inventées, raconta Johnny en rigolant.

— Eh bien, je pense qu'il ne faut jamais faire de généralités. Ce que tu dis est en grande partie vrai, mais je connais aussi des Noirs qui ne savent pas danser, répondit Anna.

— Tu as certainement raison, exactement comme je remarque en ce moment, qu'il existe des Blancs qui savent très bien danser, dit Johnny.

— Et puis, j'ai pris des cours de danse africaine quand j'étais en Allemagne. J'ai participé à beaucoup de séminaires et je danse depuis plus de dix ans, même si notre professeure est blanche et que nous ne sommes que des blanches dans ce groupe, raconta fièrement Anna.

Ils continuèrent à danser pendant ce dialogue et pour se comprendre par-dessus ce brouhaha, ils se rapprochèrent et entrèrent souvent en contact l'un avec l'autre. On pouvait remarquer qu'ils appréciaient tous les deux ce semblant de flirt.

— As-tu finalement pu trouver un travail ? Demanda Anna, pour changer le sujet et s'éloigner de ce qu'elle commençait à ressentir.

— Pas encore. Je dois encore attendre un peu. Mais je pense que d’ici à deux semaines je devrais avoir réussi à en trouver, répondit Johnny.

— Hum, tu veux vraiment être plongeur ? Quand je te regarde, j'ai vraiment du mal à t'imaginer en train de laver des assiettes. Mais je trouve ça vraiment super.

Johnny la regarda avec un visage sérieux. — Oui, je veux vraiment le faire, et même si je suis un peu agité de ne pas avoir encore commencé, j'ai encore du temps. Jusque-là, je vais juste profiter de la vie.

Anna le regardait de manière compatissante. — Est-ce que je peux t'aider, peut-être en demandant dans l'hôtel dans lequel nous logeons ? Le directeur est vraiment gentil, il essaye tout le temps de flirter avec moi.

Johnny rigola et plaisanta un peu : — Eh ben, le directeur te drague, et toi tu essayes de me draguer maintenant ? Ce n'est pas très bien, voire très dangereux.

— Ah oui ! Pas bien et plutôt dangereux ? Pour qui ? As-tu quelque chose à cacher ? Le provoqua Anna. Je suis juste une bonne personne, et je voulais t'aider.

— Voyons donc, as-tu toi aussi quelque chose à cacher ? Seuls ceux qui s'y connaissent savent quand il y a quelque chose de secret, ne crois-tu pas ? Mais par-dessus tout, j'aime beaucoup quand une fille me drague. Ce sont souvent des femmes très féminines, authentiques et qui ont de l'assurance.

— Ça veut dire que pour toi, des femmes qui se laissent draguer par des hommes ont moins confiance en elles ou sont moins féminines ? Voulut savoir Anna.

— Viens, on discutera de ce sujet demain ou après-demain. C'est trop intéressant, pour être discuté dans ce tumulte, dit Johnny.

Après leur danse, ils revinrent à la table ou Carla et Mauritz étaient encore assis. Stefan, une « fausse bière » à la main, dansait avec un groupe de personnes et semblait ne plus du tout se préoccuper de ce qui se passait autour de lui. Il allait simplement bien.

Günther, comme la fois précédente, avait à nouveau disparu, mais cette fois, personne ne se fit de soucis pour lui. Le calme et discret Günther avait bien le droit de se faire plaisir lui aussi. « Étrange », pensa Johnny, « les dictons se vérifient bien avec ces Allemands : les eaux calmes sont les plus profondes ; ce n'est pas le serpent qui fait le plus de bruit qui est le dangereux. Les plus dangereux sont ceux qui, sans faire de bruit, se faufilent. Ce n’est que quand on est mordu qu’on se rend compte qu’il y avait un serpent ». Ces deux proverbes lui faisaient penser à Carla et à Günther. Ce sont les deux personnes à qui on prêterait le moins d'aventures ou de désirs sexuels. Ils ont l'air tellement réservés et retirés. Ainsi va la vie. On ne devrait jamais juger et évaluer les gens sur leur apparence.

— Les deux ont l'air de s'ennuyer, dit Johnny en regardant Mauritz et Carla.

— Eh ben, ça ressemble à des problèmes de couples, dit Anna.

— Ils sont en couple ?! Je veux dire vraiment ensemble ? Demanda Johnny apparemment étonné.

— Que veux-tu dire par vraiment ensemble ? Existe-t-il de faux couples, ou as-tu quelque chose à te reprocher ? le taquina Anna.

Johnny fit comme s'il n'avait pas entendu et proposa : — Nous allons leur amener un peu de joie. On va les tirer sur la piste de danse et simplement, humm, tu comprends quoi, simplement.… Enfin, allez viens.

Il se leva et partit en direction de Carla et Mauritz. — Est-ce que Jésus est-il mort aujourd'hui ? Qu'est-ce qu'il vous arrive ? Allez debout, venez prendre et donner un peu de plaisir.

Il les prit tous les deux par les mains et les souleva. Ils se levèrent et le suivirent sur la piste de danse. Anna, en revanche, ne revint vers eux qu'après deux ou trois chansons de Kouchouam Mbada, et l'ambiance commença lentement à s'améliorer. Kouchouam Mbada est un groupe de chanteurs qui a rendu populaire au Cameroun le nouveau style de musique « Ben Skin ». Le Ben Skin est une façon de danser avec le dos courbé en avant, une danse fascinante.

Le rire strident de Mauritz consolida ce sentiment. Maintenant tout pouvait enfin démarrer.

Dans l'euphorie de cette ambiance électrique et des bières, Mauritz était de plus en plus ouvert et bavard. — Hé Johnny ! Johnny, c'est génial ici. Je rêve de coucher avec une femme noire, vraiment. C'est mon plus grand fantasme.

Johnny fit comme s'il n'avait pas entendu par respect pour Carla. Carla semblait absorbée dans sa danse, et Anna était en train de tenter un « bal à terre » avec un Camerounais. Il s'agissait d'une Mapouka, une danse très populaire en Côte d'Ivoire. Cette danse est souvent considérée comme une danse érotique à cause de ses mouvements osés. Lors d'une Mapouka, l'acte sexuel chez les Africains est représenté de façon artistique et avec la danse. Les Africains utilisent leurs sexes et leurs corps de façon très confiante.

Le Mapouka est parfois très extrême : les gens dansent extrêmement serrés, se frottant les uns aux autres. On ressent vraiment les parties génitales de l'autre et cela mène clairement à des érections. On peut facilement se rendre compte de l'augmentation de volume au niveau du sexe d'un homme dans son pantalon. Mais ça en reste là. Il n'y a pas de sexe ensuite. Pour un étranger, c'est comme faire l'amour habillé, mais pour les Africains c'est juste une danse comme une autre. Personne ne pense ensuite à aller faire l'amour avec la personne avec qui on vient de danser. Cette personne peut bien être sa petite amie, sa sœur ou une étrangère dont le partenaire est assis là et qui regarde en souriant.

Oui, l'ambiance dans ce bar était vraiment hot.

— M'as-tu entendu Johnny ? Demanda Mauritz.

Il parlait si fort, que même avec cette musique si forte on pouvait l'entendre à 100 mètres à la ronde.

Mauritz était tout simplement saoul et c'est dans ce genre de situation que le tempérament des personnes faibles ressort généralement.

— Ah, toi, comment, qu'as-tu dit..., bégaya Johnny, puis il s'excusa auprès d'Anna et de Carla et tira doucement Mauritz loin de la piste de danse. Ils allèrent prendre un peu l'air dans la rue. Ici, tout était calme et silencieux. — J'ai remarqué que tu voulais vraiment parler. Mais ce n'était pas très malin d'entamer ce genre de conversation devant ta petite amie, Mauritz. Tu ne penses pas que ça peut la blesser ? Ici, nous pourrons discuter plus tranquillement. Oui, il faisait un peu chaud pour moi aussi là-bas, dedans. Veux-tu encore une bière ?

Mauritz acquiesça, deux minutes plus tard Johnny était de retour avec deux bouteilles de bière.

Mauritz continua : — Merci. Peut-être qu'elle aussi, elle m'a blessé, mais je m'en fiche. Vraiment Johnny, je te le dis, déjà en Allemagne les personnes noires m'ont toujours fasciné. Ce n'est pas un hasard si j'ai décidé de faire mon stage sur ce continent. Il y avait quelques filles noires dans mon école. Une me plaisait particulièrement, j'ai essayé de me mettre avec elle, mais ça n'a pas marché.

Maintenant, Johnny semblait vraiment être intéressé.

— Et pourquoi donc ?

— Je ne sais pas. J'ai flirté avec elle, mais elle n'a pas flirté en retour. On a bien discuté ensemble, mais elle ne semblait pas intéressée. Et après, elle s'est mise avec un jeune homme noir qui venait d'arriver dans notre école, dit Mauritz.

Johnny écoutait. — Eh bien, ça a peut-être à voir avec le fait que tu ne l'as pas dragué directement. Chez nous, seuls les hommes qui ont peur de parler aux femmes, flirtent gentiment. Tu dois aller vers elle directement et lui raconter combien elle te plait, comment elle te fait tourner la tête, que tu ne penses plus qu'à elle, que tu n'arrives plus à manger. Tu dois lui dire qu'elle est belle comme une fée, qu'elle est un miracle sur cette terre, etc. Ça n'a pas d'importance, si ce que tu dis est vrai, ce qui compte, c’est que cela sonne authentique et que tu sois convaincant. Elle doit voir et ressentir, comment tu te bats pour elle, quitte parfois à mentir pour l'avoir.

— Je ne peux pas juste mentir comme ça, comment est-ce possible ? Rétorqua Mauritz.

Johnny but une gorgée de bière en rigolant : — Non, Mauritz Boy, le mensonge n'est pas ce qui importe ici. Il s'agit de drague et la drague a ses lois. Le mot à lui seul en dit long. Ça ne l'intéresse pas de savoir si tu mens. Ce qui l'intéresse, c’est ce que tu dis et comment tu le dis. Vous, les Blancs, vous rendez tout compliqué et ennuyeux. Tout doit-il forcément être scientifique chez vous ? Même pour avoir une femme ? Flirter, flirter, quelle bêtise !

Mauritz semblait un peu perturbé. — J'ai toujours pensé qu'elle ne voulait pas être avec moi parce que j'étais blanc. Elle était tout le temps toute seule, et puis tout d'un coup ce jeune homme noir est arrivé et peu de temps après ils étaient en couple. En plus, ce jeune avait plusieurs petites amies allemandes aussi, ça m'a toujours énervé. Mais je ne sais pas, si elle le savait, se plaignit-il.

— Écoute, Mauritz Boy, M-Boy, ça sonne plus cool. Tu ne fais que de te plaindre, de ce que tu n'as pas eu, mais devant toi, il y a tout ce que tu souhaites et peux avoir. Mon Dieu, vous les Européens, toujours à la recherche de quelque chose au lieu de simplement profiter de ce que vous pouvez avoir !!! Écoute-moi bien : Si tu veux une femme africaine, tu dois simplement lui en parler, dit Johnny.

— Et comment ? Et pourquoi elles n'aiment pas flirter ? Ha, c'est juste trop compliqué, dit Mauritz.

— Tu dois simplement étudier les mentalités des gens et savoir comment ils fonctionnent. J'ai l'impression que les Blancs n'ont pas la capacité ou ont du mal à s'adapter, à observer les us et coutumes autour d'eux et à sortir de leurs idées fixes. Ce que vous ne connaissez pas est soit nul, soit trop compliqué. Sais-tu pourquoi les autres peuples vous dépassent ? Mauritz secoua la tête en signe de négation. — Non, eh bien oui, c'est parce qu'ils s’adaptent pour mieux vous comprendre et mieux vous conquérir.

— Eh bien, c'est ton point de vue, soutint Mauritz.

— C'est possible. Mais est-ce un Africain ici qui se demande comment faire craquer une femme ? Vois-tu ? Mais tu es là avec tes « Eh bien... », se moqua Johnny.

— Ok, tu as peut-être raison. Alors comment faire craquer une femme africaine ? Demanda Mauritz.

Johnny le regarda droit dans les yeux fit comme s'il pensait à quelque chose d'extrêmement important. Il n'était pas encore trop tard. Il ne sonnait que 23 h. — Allons-nous asseoir dans ce café, là-bas. Le café avec la lumière jaune. Le vois-tu ? Oui, là-bas en dessous du grand bâtiment, oui, c’est ça, de ce que je vois d'ici, ça à l'air calme et vide, dit-il.

Ils traversèrent la rue, Mauritz regarda encore une fois derrière lui, comme s'il souhaitait faire un signe à Carla, mais elle avait l'air bien. Elle dansait avec plein de gens et avait l'air tout à fait heureuse.

Le petit café était très tranquille, avec une légère musique d'ambiance et était presque vide.

— Hé, Madame, une bière Kadji et un whisky s’il vous plaît, commanda-t-il avant de continuer la conversation avec Mauritz.

— Comment séduire une Africaine est une longue histoire. Peut-être que nous discuterons de ce sujet une autre fois. Mais ce que je peux te dire, c'est que seuls les hommes mal élevés et les prostituées flirtent ici. Ces femmes font ça pour attirer l'attention sur elles. Une jeune fille de bonne éducation ne fait pas ça. Elle doit être conquise dans les règles de l'art. C'est peut-être là la raison... Ah, oui maintenant je comprends.

— Quoi donc, qu'as-tu compris maintenant ? Voulait savoir Mauritz.

— Oui, je comprends désormais pourquoi les Blancs ici n'ont que des prostituées comme petites amies ou des femmes qu’on ne peut attirer qu’avec de l’argent. On retrouve ces femmes dans tous les bars, restaurants, toutes les places fréquentées par les Blancs. Les femmes normales ont honte d'aller là-bas, ou même d'être vues là-bas. Je n'ai encore jamais vu un homme blanc avec une femme noire normale. Je ne pense pas que ce soit uniquement culturel, mais plutôt que ces hommes manquent de courage, comme toi, pour aller parler directement aux femmes.

— Je n'en savais rien. C'est agréable d'apprendre quelque chose de toi. Tu as dit que ce n'était pas qu’à cause de la culture que les Africaines ne sortaient pas avec les hommes blancs ; ça j'ai du mal à le comprendre. Est-ce que l'inverse est aussi vrai, les hommes noirs avec les femmes blanches ? Demanda Mauritz.

Johnny répondit honnêtement : — C'est vrai qu'ici, la plupart des gens n'apprécient pas beaucoup quand leurs enfants se marient avec une personne blanche. Ils ne vous connaissent, les Européens, que grâce à la télévision ou aux livres, et ils pensent que vous n'avez pas de culture ou plutôt que vous avez la culture de l'argent, de la possession, que vous n'avez aucun respect pour vos ainés, que vous êtes toujours dans l'excès, que vos enfants sont mal éduqués, que vous vivez une vie peu morale, que vous n'avez pas peur de Dieu, que vous n'êtes pas assez civilisés à cause de vos richesses, votre égoïsme, votre méchanceté, votre cruauté, et c'est pour ça que les gens ont peur. Je ne sais pas d'où viennent ces craintes, car la plupart des gens ici n'ont jamais eu à faire avec des Blancs. Les Blancs qui vivent ici, restent entre eux. Peut-être est-ce parce que les Blancs ont fait des choses ici auparavant ? Étonnamment, les gens ici sont prévenus par leurs compatriotes qui vivent chez vous. Ils ne racontent quasiment rien de bon à propos de vous, seulement comment vous traitez les étrangers dans vos pays. Ça vient aussi des médias, dans lesquels on peut lire ou voir, à quel point le racisme semble faire partie de la culture européenne. Les gens ici n'arrivent pas non plus à comprendre comment on peut haïr une personne ou lui refuser un logement simplement parce qu'il est Noir ou Arabe ? C'est ce qu'on entend toujours à propos de la France. Je ne sais pas comment c'est en Allemagne. Les Africains disent que les gens qui sont si sélectifs et qui souhaitent vivre uniquement entre eux comme des animaux, sont aussi primitifs que ces animaux et de ce fait ne souhaitent pas que leurs enfants soient en couple avec eux. Et puis on lit beaucoup qu'en Europe, la plupart des couples ne durent pas. Tout ça fait peur aux gens.

Ücretsiz ön izlemeyi tamamladınız.