Kitabı oku: «Makossa Love. Tome 1 : La très amusante et passionnante recherche de la femme blanche, " Madame Visa ". Roman»

Yazı tipi:

Makossa Love - L'amour à l'africaine

Afin d‘émigrer en Europe avec sa famille, le jeune homme déjà marié Mendo choup ke joug Evarist Dieu ne dort, appelé Johnny Walker, élabore un plan sans équivalent dans le monde : une femme blanche, Madame visa doit venir !

Celle-ci doit alors l'épouser pour qu'il puisse quitter le pays. Il fait passer sa femme actuelle pour sa sœur, ses enfants pour ses neveux et nièces. Une fois en Europe avec sa femme blanche, il prévoit ensuite de faire venir sa "sœur" et ses enfants. La première partie du plan fonctionne : il est en Europe. Mais comment va-t-il faire pour que sa "sœur" le rejoigne ? L'ingénieux Johnny développe la deuxième partie du plan. Sa femme blanche a un frère auprès duquel il s'extasie sur sa « sœur » jusqu'à ce qu'il s'envole pour le Cameroun, tombe amoureux d'elle, l'épouse et l'emmène avec lui en Europe. Ils vivent ensuite tous les quatre avec leurs enfants dans une maison familiale commune - un ménage à quatre dont les deux frères et sœurs allemands n'ont aucune idée jusqu'à ce que la troisième partie du plan de Johnny prenne forme...


À propos de l'auteur :

Dantse Dantse, expert d'origine camerounaise en sciences de la nutrition, du comportement humain et du développement personnel, auteur de plusieurs best-sellers avec plus de 120 livres en allemand dont des livres pratiques, des guides, des ouvrages spécialisés sur la santé, la psychologie, l'éducation des enfants et des romans, éditeur, fondateur et coach à succès et très performant en sciences de la vie et de la santé, vit à Darmstadt en Allemagne.

En tant qu'auteur anti-conventionnel, il aime écrire et publier des livres qui reflètent ses expériences interculturelles, des livres qui parlent des valeurs et thèmes que la société n'aime pas aborder et qu’elle préfère cacher sous le tapis. Cependant, ces valeurs et thèmes comme l’aspiration de l’énergie en famille qui est une forme de vampirisme énergétique, l'homosexualité, la sexualité, le trafic d'organes humains, le racisme, les troubles mentaux, les abus sexuels en famille, etc. touchent des millions de personnes. C’est pourquoi il écrit et publie des livres qui visent à expliquer, changer et améliorer la vie, que ce soit ses guides, ses ouvrages spécialisés, ses romans, ses livres pour enfants ou ses commentaires sur son blog politique.

Son style d'écriture particulier, influencé par sa langue maternelle africaine, qui est sa marque de fabrique, a été préservé dans ce texte et soigneusement édité. Ses livres sont désormais traduits et publiés dans de nombreuses langues à travers le monde, afin que davantage de personnes puissent bénéficier de la richesse de ses connaissances.

Dantse Dantse

Makossa Love
L'amour à l'africaine

Trois femmes blanches et un homme noir

Tome 1 :

La très amusante et passionnante recherche de la femme blanche, « Madame Visa » à Kribi

Basé sur une histoire vraie

Roman

indayi edition

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Données bibliographiques de la Bibliothèque Nationale Allemande :

La Bibliothèque Nationale Allemande a enregistré cette publication dans la bibliographie nationale allemande ; pour plus d’informations concernant cette bibliographie, accédez au lien http://dnb.d-nb.de.

Copyright © 2021 indayi edition

Tous droits réservés. L'œuvre ne peut être reproduite (même partiellement) qu'avec l'accord de notre maison d'édition.

Illustration de couverture : Fotolia © oneinchpunch

Mise en page : Birgit Pretzsch

Traduction, relecture, correction et 4e de couverture : Kuami Daniel Aziabor

Co-traduction : Fanny Leclerc

Préface

Ce roman est basé sur des événements réels. Une histoire vraie, dans laquelle tous les protagonistes sont des victimes.

Cette histoire montre ce que des hommes, en Afrique et dans d'autres pays du monde, sont prêts à faire pour venir en Europe, le « paradis ». Il n'y a plus de frontière morale, et plus l'Europe ferme ses frontières physiques, plus les candidats à l'émigration font preuve d'ingéniosité dans leurs recherches de solutions. Beaucoup d'hommes africains font semblant de tomber amoureux de femmes européennes pour venir en Europe, cela est bien connu. Le fait que beaucoup de femmes européennes fassent la même chose, et utilisent de beaux et jeunes Africains afin de profiter de la vie et d'assouvir leurs fantasmes est également un fait indiscutable. Plus personne n'est étonné lorsqu'une femme blanche tombe des nues en apprenant que son époux est déjà marié et père dans son pays d'origine. Cependant, l’histoire dont il est question dans ce roman est différente et dépasse tout ce que l'on peut s'imaginer.

Le roman se penche sur les différents aspects culturels des relations afro-européennes et montre à quel point de telles relations sont magnifiques, passionnées, contagieuses et affectueuses, mais également où sont leurs limites et pourquoi elles échouent le plus souvent. Le lecteur découvre dans ce livre, comment la vie quotidienne en Europe influence et alourdit de telles relations. Il apprend également les différentes erreurs que peuvent commettre les partenaires sur des sujets tels que les préjudices corporels, la discrimination et le manque de reconnaissance de la culture de l'autre. Dans beaucoup de couples mixtes noir(e) et blanche (blanc), la sensualité joue un rôle prépondérant.

Avant, et tout au long de l'écriture de ce roman, j'ai discuté avec des personnes des deux côtés qui se trouvent dans ces relations interculturelles. En tant que coach (www.mycoacher.jumdo.com) j'ai souvent affaire à ce genre de configuration. J'ai rencontré des Africains, et j'en rencontre encore, qui ont épousé des femmes européennes pour ces genres de raisons, des femmes aussi qui ont vécu ces expériences. Par ce roman, je souhaite représenter le plus fidèlement possible les situations, les raisons, les expériences quotidiennes, les conversations (celles qui sont faites en présence, mais aussi à l’absence de l'autre partenaire), les réactions des familles et de l'entourage des deux sphères culturelles. J’aimerais être au plus proche de la réalité en racontant tous les clichés sans tabou, le sexe et le désir (qui joue un très grand rôle dans ces relations).

Concernant les scènes de sexe, je les ai décrites avec beaucoup de détails dans ce livre, ce qui causera certainement quelques bouffées de chaleur à la plupart des lecteurs. Pour ceux qui connaissent le sexe avec un partenaire noir, les scènes érotiques leur seront familières. Pour ceux qui n'ont jamais eu d'expérience érotique avec un homme noir ou une femme noire, alors ces passages leur sembleront exagérés ou irréalistes, mais il était important pour moi de décrire la chose comme elle est réellement, aussi réaliste que possible, tout simplement parce que c'est ainsi.

C'est une histoire passionnante, qui va captiver le lecteur, même si elle finit de façon dramatique et douloureuse. On plonge dans un monde plein d'aventures, dans une culture étrangère, avec sa douceur de vivre et tous ses subtils savoirs. Une culture dans laquelle naturellement beaucoup de choses sont difficilement concevables pour des occidentaux. La vie ne doit pas toujours être prise au sérieux. Beaucoup de choses arrivent de toute façon sans que nous y contribuions. Pourquoi s'en faire ? Le lecteur expérimente des événements incroyables, passionnants, drôles, mais aussi douloureux et apprend la façon de vivre à l'africaine comme s'il y était. Quand on commence à lire, on ne peut plus s'arrêter.

Le roman ne raconte pas seulement la vie cruelle et dure de Johnny, mais elle rapporte également d'une façon drôle et vivante la vraie vie au Cameroun et en Allemagne.

Dès les premières lignes du roman, le lecteur se laisse emporter dans un imaginaire à propos de la vie en Afrique et peut se représenter comment sont les choses là-bas. Un monde où parfois les heures s'écoulent différemment. Un monde plein de découvertes, de magie et de surprises.

Peu de romans vous révèlent vraiment jusque dans les moindres détails, sans tabou et sans détours autant de « mystères » à propos des relations afro-européennes. Les clichés, que nous connaissons dans chacune des cultures, font également partie de l'histoire et sont traités sans compromis.

J'ai changé les noms et les lieux. Le personnage principal ne vient pas du Cameroun. J'ai choisi le Cameroun, car c'est un endroit dans lequel je me sens bien. C'est pour la même raison que j'ai choisi la ville allemande de Darmstadt.

Le tome 1 raconte la recherche d'une femme blanche par Johnny, la femme Visa, la femme qui doit lui ouvrir les portes de l'Europe. Il y rencontre sa première femme blanche.

Dans le tome 2, deux nouvelles femmes se rajoutent ce qui rend la décision de Johnny plus compliquée et installe l'intrigue amoureuse dramatique. La plupart des événements de ces deux premiers tomes se déroulent au Cameroun.

Le tome 3, à paraitre dans un futur proche, raconte la mise en œuvre du plan perfide de Johnny qui vit désormais en Europe avec sa femme.

Il se cache dans ce roman beaucoup plus de vérité que ce que l'on pourrait croire.

Remarque :

Il est aussi possible d'acheter les deux tomes sous la forme d’une anthologie. Nous avons choisi de publier ce livre en 2 tomes, car il serait trop cher d’éditer l'histoire intégrale avec ses plus de 700 pages en un seul livre et donc de l’acheter. Avec la possibilité d'acheter chaque tome séparément, le lecteur dépense moins et a l'avantage de commencer l'histoire et de n'acheter le second tome que si l’histoire lui plait. Ceci lui fait économiser du temps et de l'argent.

Tome 1 :

La très amusante et passionnante recherche de la femme blanche, « Madame Visa » à Kribi

Kribi, Cameroun, à l'été 2005 dans une chambre d'hôtel : une discussion entre Mauritz et Carla, à propos de la liaison de cette dernière avec Johnny.

— Je ne veux plus que tu le voies, dit Mauritz.

— C'est impossible, Mauritz, vraiment impossible. Je dois le revoir, lui répondit Carla.

— Je ne comprends pas, nous venons de faire l’amour, tu me dis que tu m’aimes. Qu'a-t-il de plus que moi ? Demanda Mauritz.

— Je n’arrête pas de te le dire, ça n’a rien à voir avec toi. Faire l’amour avec toi n’a jamais été mauvais, ça ne l’est toujours pas d’ailleurs et ça n’a rien à voir avec ça non plus. La preuve : nous venons juste de faire l'amour et c’était génial ! N'est-ce pas la preuve que le sexe n'a rien à voir là-dedans ? Mais je veux, et j'ai besoin de Johnny. Chaque centimètre de mon corps le réclame. Je ne sais pas ce qu'il en sera dans une semaine. Mais je sais que pour le moment, cela ne serait pas sain pour moi de ne pas suivre mon instinct, expliqua Carla à son petit ami.

Mauritz sauta du lit, presque hors de lui.

— Carla, tu dois te décider. Je ne peux pas cautionner ça. J'essaie, j'ai essayé, mais ça me détruit de l'intérieur. Tu vas me perdre, si tu continues à coucher avec lui, la menaça-t-il.

— Je sais Mauritz. Je le sais. Oui, je te perdrais peut-être si je vois à nouveau Johnny, mais je sais que je me perdrais si je ne le voyais plus, lui répondit Carla.

Mauritz ne savait plus ce qu'il pouvait ou devait faire pour que Carla change d'avis. Complètement dépassé, il recommença à pleurer.

— S'il te plait mon amour, je t'aime tant. Je ne peux pas rivaliser avec Johnny et je ne veux pas te perdre. Je vais changer. Je sais que je n'ai pas toujours bien agi avec toi. Je..., dit-il.

Carla était énervée par ses jérémiades et le stoppa net.

— Arrête de te blâmer. Tu n'y es pour rien. Cela n'a vraiment rien à voir avec toi. Tu ne m'as rien fait de mal. Tu n'as rien à te reprocher, essaya-t-elle de le calmer.

— Mais alors, pourquoi ne veux-tu pas rompre avec Johnny ? Demanda Mauritz.

— Parce qu'il n'y a rien à rompre, Mauritz. Il n'y a rien à séparer. Il n'y a que du désir, des pulsions, de l'envie. Est-ce que tu peux stopper ton besoin d'eau lorsque tu as soif ? Est-ce que tu peux l'étancher sans boire ? Demanda Carla.

— Mais, pourquoi est-ce que je ne peux pas être celui qui t'apporte cette eau dont tu as besoin ? Dis-moi ce que tu veux, ce qui te manque. Tu peux me montrer comment tu le veux, et nous essayerons de le faire ensemble, insista Mauritz.

— Tu vois Mauritz, c'est ça le problème. Je ne peux pas te dire ou te montrer ce que je veux. Johnny sait exactement ce qui me manque, ce que je veux. Je ne sais pas moi-même ce qui va arriver, mais il me laisse toujours découvrir quelque chose de nouveau, il me laisse me redécouvrir, il me laisse m'étonner de moi-même. J'en profite, simplement, comme ça vient. Ça me suffit et je n'en demande pas plus, dit Carla.

— C'est parce qu'il est noir ? Est-ce ça qui t'excite tant ? Est-ce ce qui t'attire tant ? Ne te méprends pas sur mes propos. Tu m'as dit que ça n'avait rien à voir avec moi, que cela ne concerne pas le sexe, mais alors de quoi s’agit-il ? Voulait savoir Mauritz.

Carla ferma les yeux, réfléchit quelques minutes et poursuivit :

— C'est comme un miracle. Une lumière qui s'éclaire en toi sans que tu saches d'où ça vient. Mauritz, c'est plus que du sexe. C'est toutes les sensations qu'il y a autour. Avec lui, j'ai découvert ma féminité, pour la première fois de ma vie, et j'ai vraiment accepté le fait d'être une femme. Avec lui, j'ai vu la beauté d'avoir un homme à ses côtés. Ce que je veux dire, c'est d'être Femme et Homme, sans arrière-pensée. Une femme avec une poitrine et un vagin, et lui un homme fort sans poitrine, avec un pénis. Être simplement une femme, sans crainte de devoir me rabaisser. Lui, l'homme, sans craindre qu'il se prenne pour le chef. Comprends-tu ce que je veux dire ? Au travers de lui j'ai eu la liberté de découvrir chaque partie de mon corps, des parties qui fonctionnent non pas seulement de manière indépendante, mais aussi ensemble et simultanément. Des parties de mon corps, qui sont là pour me faire du bien. Désormais, je peux chérir ma poitrine, apprécier la graisse sur mes hanches, voir comme un cadeau divin mon vagin et mon clitoris. Avec lui, j'ai découvert mon corps, le corps d'une Femme et pas seulement le corps d'une future mère ou l'objet sexuel d'un homme excité. Ce n'est plus un corps qui doit se modeler pour s’adapter aux désirs d'un homme, continua Carla.

Mauritz s'assit sur une chaise, prit sa tête entre ses mains et continua à écouter tout ce que Carla disait.

— Je n'arrive malheureusement pas à comprendre ce que tu dis. Est-ce que cela veut dire que tu ne te sentais pas bien avant ? Je ne t'ai jamais dit que ton corps ne me plaisait pas. Tu m'as toujours plu, je n'ai jamais pensé le contraire. Je te dis sans cesse que je t'aime. Est-ce que dans ces mots ne se trouve pas ce dont tu rêves ?

Carla s'étendit sur le lit, regardant le plafond.

— C'est vrai, Mauritz, tu n'as jamais prétendu le contraire, tu m'as dit, aussi, que j'étais belle. Mais ce n'étaient que des mots. Tu ne me l'as pas fait ressentir. Tu ne m'as pas apprécié en tant que femme, pas non plus touchée comme telle. Tu n'as pas regardé mon corps comme quelque chose de spécial. Peut-être que ça allait tellement de soi, je me plaignais constamment de mon corps et je m'extasiais devant le tien. Tu devais te sentir admirable lorsque je te disais à quel point tu avais un corps superbe et moi je me sentais moche, non ? Tu m'as dit que j'étais belle oui, mais tu bavais devant Heidi Klum. Je te plaisais, mais je ne me plaisais pas. Du moins, c'est ce que je viens de découvrir avec Johnny. Lorsque je me regardais dans le miroir, il y avait toujours quelque chose que je voulais changer en moi. Je voulais être comme toi. Mince, sportive, un peu plus masculine en fait. Maintenant, avec Johnny, c'est différent. Il est encore plus sportif que toi, très musclé, fort et je ressens pour la première fois que c'est beau d'avoir des hanches larges, des fesses rebondies et une poitrine généreuse. Tu sais ce qui me plait vraiment chez lui ? Sa virilité. C'est l'Homme, pas juste un homme, mais l'Homme avec un grand H. Son charisme et son assurance. Je suis simplement devenue plus forte et plus confiante parce que je m'accepte telle que je suis et par-dessus tout parce que je m'aime et j'aime mon corps. Tu dis que tu m'aimes. Je le sais, ça ne fait aucun doute. Mais je ne m'aimais pas moi-même. C'est beau d'être aimée, mais c'est magnifique de s'aimer soi-même Mauritz, lui dit Carla.

— Est-ce que cela veut dire que tu n'es pas prête à mettre fin à cette liaison ? Dis-moi la vérité, exigea Mauritz.

— Tu me demandes de mettre fin à une liaison ? Mais existe-t-elle réellement ? S'il s'agissait simplement d'une liaison, je le ferais sûrement pour toi. S'il s'agissait juste d'une relation, je la romprais par amour pour toi, parce que je t'aime. S'il s'agissait d'un amour naissant, peut être que je m'enfuirais parce qu'il me semblerait si étrange et me ferait peur. Mais ce n'est rien de tout ça. C'est beaucoup plus subtil. Il s'agit plus d'une connexion, comme entre Dieu et nous. Dieu te montre le chemin, Dieu connaît tes plus profonds secrets, Dieu te rend heureux, Dieu te rend libre, le simple fait de penser à lui te rend plus léger et dissipe tes soucis. Dieu fait s'envoler tes peurs, Dieu te donne du plaisir, de l'envie. Dieu est avec toi, Dieu est en toi. Dieu est à tes côtés. Est-ce que tu as déjà ressenti une telle connexion ? Est-ce que tu peux rompre cette connexion sans tomber dans une crise ? Je suis comme possédée et cela me fait tellement de bien. S'il te plait, Mauritz, si tu m'aimes vraiment, ne me demande plus de ne plus voir Johnny. N'exige pas de moi que je renonce à ce qui me fait tant de bien. N'est-ce pas cela aussi le sens de la vie, que de se sentir heureuse et comblée ? N'est-ce pas non plus, une preuve d'amour que de te réjouir de voir la femme que tu aimes aller bien et être heureuse ? Qu'as-tu contre le fait que je me sente bien ? N'est-ce pas l'amour que de se réjouir du bonheur de l'autre ? Tu m'aimes, non ? Pourquoi est-ce que cela te fait tant de mal de me voir heureuse ? Est-ce parce que je le suis sans toi ? Doit-il toujours être question de toi ?

Elle fit une pause, se tourna vers Mauritz et continua de lui parler d'une voix douce et remplie d'amour avec les yeux humides : — Amour, s'il te plait n'exige pas de moi que je puisse plus sentir ses mains roses sur mon corps, que je ne puisse plus ressentir son regard bienveillant. C'est trop exiger de moi. Je ne peux pas. Je n'en ai pas la force. Il m'a dépucelée une seconde fois, mais cette fois, le dépucelage est allé bien plus loin que de simplement ouvrir un vagin pour la première fois. Il m'a fait perdre toute ma virginité.

Étrangement, Mauritz devenait de plus en plus calme, on devinait encore qu'il bouillonnait à l'intérieur, mais il n'en laissait rien paraître.

— Alors reste avec lui. Je ne veux plus en entendre parler. Reste avec lui, mais ne reviens plus vers moi, dit-il.

— Je suis désolée, Mauritz. S'il te plait, soit un peu patient avec moi. Je sais Mauritz, je sais que ça va passer. Je ne sais pas ce qu'il en restera dans une semaine. À ce moment, nous serons de retour à Bamenda, sans lui. Loin de lui, et nous aurons gagné tous les deux. On devrait pouvoir en tirer du positif tous les deux. S'il te plait, juste un peu de patience.

Mauritz secoua la tête en signe de dénégation.

— Je ne sais pas si je pourrais à nouveau te faire confiance. Tu sais, j'aurais toujours le sentiment qu'il t'a impressionné parce qu'il était noir, pas simplement parce qu'il était un homme. Et cela n'a rien à voir avec du racisme. C'est normal, je pense. Je suis bien blanc et il est noir. On ne peut pas faire comme si la différence n'existait pas. Comme si on ne la voyait pas. J'aurai toujours l'impression qu'il te manque le feeling d'un Noir, le pénis d'un Noir, l'homme noir tout simplement. Est-ce que tu pourras te sentir entièrement satisfaite sexuellement après ce que tu viens de dire à son sujet ? Le peux-tu ? Est-ce qu'on peut tout séparer aussi facilement, amour, sexe et désir ? Ou n'est-ce pas juste de la lâcheté, afin de ne pas blesser l'autre, de prétendre « je t'aime et avec lui ce n'est que du physique, cela n'a rien à voir avec toi… ». Tu vois bien comment le sexe peut changer entièrement un homme et rendre l'autre complètement misérable. Est-ce qu'on peut faire comme si tout cela était normal ? Qu'attends-tu de moi Carla ? Qu'attends-tu de moi ? Que je dorme ici tranquillement sachant que Johnny te transporte au septième ciel ? Qu'il fait avec toi des choses que je ne peux pas et que je n'ai pas le droit de faire ? Qu'il est comme un Dieu avec toi ? Tu dis que je dois patienter et être indulgent. N'est-ce pas trop exiger de moi ? Serais-je seulement capable ensuite de te donner du plaisir sans l'avoir dans mes pensées ? Vas-tu le laisser aller sans penser à lui ? Ne serait-ce pas déjà de l’infidélité ? La barre n'est-elle pas déjà trop haute pour moi ? Oui, je te perds peut-être si je ne peux pas arrêter de te demander de ne plus le voir, je te perds si je ne suis pas plus patient, mais je me perds certainement si j'accepte la situation. Que veux-tu ? « L'amour blanc, sexe noir ? ». Oh, tu m'aimes, et l'amour, c’est le plus important n'est-ce pas ? Devrais-je en être fier ? C'est ce que tu veux de moi, non ? Je devrais me réjouir que tu m'aimes, mais que tu prennes du plaisir en faisant l'amour avec Johnny ? Est-ce que le sexe noir n'e prendrait pas le dessus sur l'amour blanc ? Tu sais, tu l'as dit toi-même, à quel point le désir et sa dépendance sont puissants et influents. Quelle certitude ai-je que ce désir du corps noir va totalement disparaître ? Peux-tu me le promettre ? Certainement, tu me le promettras, pour me calmer, mais est-ce qu'un alcoolique peut promettre de ne plus jamais toucher une goutte d'alcool ? Est-ce qu'il le peut sans une thérapie profonde ? Et toi, pourquoi devrais-tu suivre une thérapie pour quelque chose qui te fait autant de bien ? Abandonner tout ce qui te rend heureuse ? Est-ce seulement possible d'y renoncer ? Pesta Mauritz qui avait arrêté de pleurer tout en redevenant vaillant.

Puis, tout était redevenu calme.

Après dix minutes de silence, Carla dit : — Peut-être qu'on peut avoir les deux, sans renoncer à l'un ou à l'autre. Bonne nuit Mauritz.

C'EST AINSI QUE TOUT COMMENÇA
Douala, Cameroun, début de l'été 2005

— Hé Rita, je viens juste de lire quelque chose de très intéressant sur internet.

Rita fit comme si elle n'avait rien entendu.

Elle en avait marre d'entendre toutes les annonces de Johnny Walker, qui s'avéraient n'être que du vent. De plus, aujourd'hui elle avait une raison supplémentaire d'être énervée contre lui.

— M'as-tu entendu, Rita ? Demanda Johnny.

— T'entendre ? Est-ce qu'internet paye les factures d'eau ou d'électricité ? La nourriture pour les enfants, Evarist ? Répondit Rita.

Johnny savait très bien, que lorsqu'elle l'appelait Evarist, elle était furieuse.

Johnny Walker n'était pas son vrai nom. Son vrai nom était Mendo choup ke joug Evariste Dieu ne dort. En raison de son attrait prononcé pour le whisky, ses amis l'avaient surnommé Johnny Walker, ou J.W., en référence à la marque de Whisky éponyme. Certains l'appelaient simplement Johnny Waka. Au Cameroun, on appelle Waka, une personne qui a de nombreux partenaires sexuels.

Oui, Johnny Walker était l'incarnation même d'un homme qui vivait à 100% : vivre pleinement, vivre simplement comme si le monde pouvait s'écrouler le jour même. Monsieur La Vie (Mister Life), comme on l'appelait dans tous les bars et toutes les discothèques de la ville, aimait la vie. Mais pas n'importe laquelle, il aimait la belle vie, agréable ! Il n'était pas moche, mais n'avait rien d'extraordinaire non plus. On se demandait souvent pourquoi J.W. avait autant de succès avec les femmes, bien que son porte-monnaie soit constamment vide.

J.W. avait 32 ans, mais quand est-il né exactement ? Personne ne le savait. Il jouait volontiers à propos de cela. Lorsqu'on lui posait la question, il répondait simplement : « Je suis né en 1973, pendant la saison de récolte du maïs ».

Il est né au Cameroun occidental, dans une belle région montagneuse, dans la ville de Bangangté. Bangangté se trouve dans le département du Ndé, en pays Bamiléké. Il se vantait de venir du Ndé. Les habitants de cette région considèrent que le nom « Ndé » est un sigle signifiant Noblesse, Dignité et Élégance. Et c'est ainsi qu'il essayait toujours de se conduire ; tout du moins en ce qui concerne l'élégance.

Alors qu'il n'avait que dix ans, ses parents furent mutés à Bafoussam. Bafoussam est le chef-lieu de la région Bamiléké. Le pays de la Terre Rouge. Il est fréquent au Cameroun, que les fonctionnaires d'état soient mutés de ville en ville afin que leurs services puissent être proposés à toutes les populations. C'est ainsi que l'unité du pays et le sentiment d'appartenance se renforcent.

Il est le dernier-né d'une famille de sept enfants, il a deux frères et quatre sœurs. On comprend aisément qu'il fut, de ce fait, très choyé. Il était le chouchou de la famille. Il n'a jamais appris à faire d'effort pour obtenir ce qu'il voulait. Tout lui était apporté sur un plateau d'argent et cette situation lui convenait parfaitement.

Après l'obtention de leurs baccalauréats, ses deux frères et trois de ses sœurs étaient partis étudier en Europe ou aux USA. Ils lui envoyaient régulièrement de beaux vêtements, des jeux récents, etc. Tous les enfants de la ville, garçons comme filles, voulaient être amis avec lui. On le surnommait à l'époque le « Hot Guy ».

Une soirée sans lui ne valait pas le coup. Il était le centre des événements de la ville.

Les jeunes passaient tous leurs mercredis après-midi ainsi que les samedis et dimanches sur le terrain de sport « La Pelouse », derrière la mairie de Bafoussam. Ces jours-là, des élèves de différentes écoles se retrouvaient, soi-disant, pour faire du sport. Mais en réalité, il s'agissait plus de faire le show, de savoir qui avait les chaussures les plus récentes, le téléphone le plus moderne et de draguer les filles.

Hot Guy était toujours le mieux habillé, il avait toujours quelque chose de neuf sur lui et souvent de délicieuses friandises en provenance d'Europe à distribuer. Elles lui étaient envoyées par ses frères et sœurs.

On aurait pu s'attendre à ce qu'il se vante. Mais étonnamment, Johnny n'était pas arrogant ou snob. Il était toujours de bonne humeur, toujours souriant. Il ne brusquait jamais ses amis et était très serviable. Il donnait aussi sans compter.

À l'époque, on pouvait déjà remarquer qu'il était très intelligent. Quand il avait quelque chose en tête, rien ni personne ne pouvait l'empêcher de le réaliser.

Il était sûr de lui, empli d'assurance. Déjà petit écolier, il dégageait un charisme irrésistible, bien qu'il ne soit pas le plus beau de sa classe.

Il finit l'école avec succès. Après son bac, qu’il a réussi avec la mention très bien, il partit étudier dans la capitale économique du pays : Douala.

Un an plus tard, son père mourut dans un accident mystérieux. Tout le monde parlait de magie noire, on disait que son père faisait partie d'une loge satanique. En Afrique, on ne meurt pas de causes naturelles. Il y a toujours une raison lorsqu'un homme meurt. On raconta beaucoup d'histoires à ce sujet : par exemple, un homme raconta que le père de Johnny devait mourir, car il n'avait pas voulu faire de sacrifices. Il n'avait pas voulu payer le prix pour son succès fulgurant malgré le pacte passé avec des esprits. En punition, il devait donc mourir dans un accident bizarre pour effrayer les gens dans la même situation. L'accident était effectivement très étrange. Il était en route entre Bafoussam et Douala, sur les plus belles routes du Cameroun qui serpentent entre les montagnes, dans un paysage magnifique, quand il eut l’accident de voiture, sans aucun dommage matériel ou physique. On a retrouvé sa voiture au milieu de la route, le moteur encore chaud, il était simplement assis derrière le volant comme s'il se reposait. Mais il était mort. Il y avait aussi un boa dans la voiture, qui était mort lui aussi. Voilà pour l'histoire.

Un boa ?! En pleine journée ?! Dans une voiture climatisée ?! Bien que personne n'ait vu le boa, et qu'il n'y avait aucune preuve de sa présence, cela suffit pour réveiller l'imaginaire des gens : « C'est un sectaire » (il fait partie d'une société secrète). « Maintenant on comprend pourquoi il avait tant d'argent » et « Oui, tous ses enfants sont en Europe », disaient les uns, « Oh oui et son frère qui est mort il y a cinq ans ! Peut-être l'a-t-il tué pour ce pacte… ? », disaient les autres. Il était donc clair que cet homme faisait partie d'une secte. Il avait gagné son argent par le sang et c'est pour ça qu'il était mort. Que ce soit vrai ou pas, n'intéressait personne. Seule l'histoire intéressait les gens.

Suite au décès de son père, les huissiers avaient pris possession de tous leurs biens à cause de prétendues dettes, cela n'était donc plus simplement des bruits de couloir, mais cela devenait tangiblement la vérité. Cet homme faisait partie d'un groupe mystique qui vénérait le diable. Tu peux avoir tout ce que tu veux : gloire, argent, succès... mais à un moment donné tu dois forcément en payer le prix et toutes tes richesses disparaissent simplement après ta mort, comme elles sont apparues.

Ces gens-là sont certes physiquement morts, mais ils continuent à vivre dans un autre monde, où ils devront travailler éternellement pour rembourser tout ce qu'ils ont pu avoir sur terre. C'est leur punition. C'est en tout cas ce qu'on raconte au Cameroun.

C'est ainsi que dans la culture et les croyances africaines, les morts ne sont pas vraiment morts. Ils continuent à vivre. C'est pourquoi le culte des morts est très important. Ils continuent à vivre, dans une autre dimension certes, mais voient tout ce qui se passe sur terre et on peut également entrer en contact avec eux. On entend de partout des histoires de gens, qui ont vu le fantôme d'un membre de leur famille africaine et qui ont pu discuter avec lui. C'est ainsi qu'on peut notamment connaître les raisons de sa mort.

Cette histoire a beaucoup marqué Johnny, car elle était fausse. Tout son monde s'est écroulé après la mort de son père. Il ne pouvait plus se payer le luxe et la belle vie qu'il menait jusqu'alors. Ses frères et sœurs en Europe et en Amérique avaient eux aussi leurs propres familles, ils ne pouvaient pas, et ne voulaient plus s'occuper de lui. Mais il tint le coup, courageusement.

Le temps passa, il avait désormais 32 ans. Assez vieux, pour découvrir le monde par lui-même. Entre-temps, le « Hot Guy » devint Johnny Walker à Douala. Il finit ses études de philosophie et de psychologie à 27 ans. Mais que pouvait-il faire de ça au Cameroun ? Être professeur et gagner 200 € par mois ? Non, cela était trop peu pour cet homme ingénieux. Il vivait de petits boulots et grâce à de riches femmes mariées qui cherchaient de beaux jeunes hommes pour prendre du plaisir.

Il était très étonnant de voir comment Johnny Walker s'était adapté à sa nouvelle réalité. Il ne s'était jamais plaint. Il n'avait rien perdu de sa dignité et de son élégance. Il développait des stratégies pour vivre. Certains appelleraient ça survivre, mais Johnny Walker ne faisait pas partie de ces hommes qui ne laissent rien transparaître quand quelque chose n'allait pas bien. Non, il était trop fier pour ça.

Il s'achetait des vêtements de marque venant d'Europe dans des magasins de seconde main. Il les faisait laver dans des laveries modernes et ils en ressortaient comme neufs, ainsi, il était toujours parfaitement habillé, comme avant.

Les femmes l'aimaient. Des bruits couraient que c'était un étalon au lit, mais qu'il était tendre, doux et attentionné. On disait, qu'il était désormais blacklisté de certains hôtels de passe lorsqu'il était en compagnie d'une femme. La raison en était les cris perçants des femmes qui dérangeaient non seulement les clients de l'hôtel, mais aussi le voisinage. La police avait dû intervenir plusieurs fois afin qu'il soit plus silencieux. C'est ainsi que, sans le vouloir, Johnny devint un coureur de jupons à Douala.

Il vivait dans un appartement 3 pièces, paisible, dans un quartier lambda du quartier de Bonaberi avec Rita et leurs deux enfants.

Il n'était peut-être pas heureux de sa nouvelle situation, mais il avait su l’accepter. Il ne se plaignait jamais. Quand il avait de l'argent, il fêtait toute la soirée, dépensant jusqu'au dernier centime. Le jour suivant, sans un sou, il restait simplement à la maison à lire, sans déranger personne ou alors il passait du temps chez Wadjo, un musulman du nord du Cameroun qui tenait un petit cybercafé.

C'est ainsi que J.W. avançait dans la vie, toujours de bonne humeur, avec ou sans argent.

Toutes ses tentatives pour obtenir un visa pour l'Europe ou les États-Unis avaient échoué. Mais même ces désillusions n'ont pas pu avoir raison de son optimisme et de ses envies. Il savait qu'un jour son tour viendrait.

Il avait des centaines d'idées pour trouver de l'argent, mais n'en menait aucune au bout. Lorsque Rita lui rétorqua, déçue, que ses nouveaux espoirs n'étaient que du vent, il lui répondait toujours : « Rita, attend, un jour, je changerai ta vie. Sois patiente. Peu importe combien de temps dure la nuit, un jour le soleil se lèvera. Le soleil brille pour chaque homme et il brillera un jour pour nous ».

Et il répéta sa déclaration depuis le début : — Je te dis que j'ai lu quelque chose d'intéressant sur internet et cela ne t'intéresse même pas.

Rita jeta un coup d'œil dans sa direction, leva les yeux au ciel puis le dévisagea des pieds jusqu’à la tête comme seules les Africaines savent le faire, puis recommença à couper ses légumes pour le repas du soir.

Johnny Walker avait l'habitude de sentir ce regard désobligeant sur lui. Il savait très bien qu'il avait déjà fait beaucoup de promesses, suscité beaucoup d'espoirs et que, jusqu'à présent, rien n'avait fonctionné. Malgré tout, il ne doutait jamais qu'un jour, son tour viendrait. C'est pourquoi, il n'était pas surpris de voir Rita réagir ainsi.

Il s'en doutait. Il essaya encore une fois : — Rita, je te le dis, le savoir et l'information, c'est ça le vrai pouvoir, ça vaut plus que l'argent. Si tu as les bonnes informations et les connaissances requises, tu peux construire New York en un jour, lui dit-il avec un air très sérieux.

Rita ricana et dit : — Eh bien ! Avant de construire New York en un jour, je te remercie de bien vouloir payer la facture d'eau. L'eau a été coupée aujourd'hui, pour une facture de 15 € et toi, toi tu es assis des heures durant devant ton putain d'internet ou alors tu te tapes cette fille, si jeune qu'elle pourrait être ta fille. Et tu as le culot de venir ici, et de me raconter comment tu vas construire New York en un jour. Tu n'as pas réussi à ramener 15 € en deux semaines, mais tu veux construire New York en un jour. Je t'en prie, c'est du n'importe quoi.

J.W. n'était pas préparé à cela. Il semblait abasourdi. Rita n'était jamais allée aussi loin.

Il se demandait comment Rita avait découvert qu'il sortait avec une très jeune fille.

Johnny Walker était contrarié et en colère. Il essaya de se contrôler pour ne pas perdre sa dignité et lui rétorqua : — Hé toi, femme, pour qui donc te prends-tu ? Qu'est-ce que tu fais au juste, ici ? Va et cherche-toi un homme qui pourra s'occuper de toi. Est-ce qu'on t'a lié ou coupé les mains, que tu ne puisses pas financer ta propre vie ? Tu as deux jambes, comme moi, mais tu restes volontiers assise à la maison, à attendre que le prince charmant arrive. Et non, ce n’est pas comme ça que ça marche. J'ai du succès, même sans argent. Ne vois-tu pas toutes ces femmes qui me courent après ? Et une petite Tutsie comme toi pense qu'elle peut rivaliser avec moi ?

Il fit comme s'il était terriblement blessé. C'est ainsi que font beaucoup d'hommes africains, lorsqu'ils se sentent honteux, pour éviter de devoir s'expliquer.

Il se retourna et partit.

Il savait cependant que Rita avait raison. Et c'était d'ailleurs la raison pour laquelle il était si énervé. Rita avait ébranlé sa conscience. Il avait tellement honte, mais il ne voulait en aucun cas le laisser transparaître. Il pensait pourtant avoir bien caché sa relation avec la jeune fille. Comment Rita l'avait-elle su ? Combien de personnes le savait ? Seul Wadjo était au courant dans son quartier. Est-ce que Wadjo l'avait trahi ? Il savait que Wadjo avait eu des vues sur Rita. Mais en Afrique, les hommes savaient garder leurs arrangements secrets.

Il pensa à la facture d'eau : « Je sais bien que c'est vraiment irresponsable de ne pas avoir payé la facture d'eau et d'avoir dépensé l'argent avec la petite », reconnut-il.

Il retourna à l'intérieur, prit la facture d'eau sans daigner regarder ou adresser la parole à Rita. La facture était là depuis deux semaines. Il avait eu l'argent pour la payer, mais Johnny Walker ne serait pas Johnny Walker s'il n'avait pas utilisé l'argent pour acheter un cadeau à sa nouvelle flamme, Nicole, une étudiante de 18 ans.

À cause de Nicole, Johnny Walker était à court d'argent depuis quatre semaines. Il gagnait de l'argent auprès de femmes mûres et mariées et dépensait tout pour Nicole.

Nicole était une fille magnifique, douce et noire comme l'ébène avec un superbe visage. Jennifer Lopez serait sûrement jalouse de son derrière : rond, mignon, soutenu par de longues jambes de mannequin. Ses seins étaient ronds, fermes et pointus avec de gros mamelons.

Johnny Walker l'avait rencontré dans un cybercafé d'un autre quartier, appelé Akwa. Elle l’avait totalement fasciné, mais elle ne l'avait même pas remarqué. Nicole, comme beaucoup de Camerounaises, était en train de tchatter sur un site de rencontre « vientetlaissetoiaimer.com » et espérait ainsi avoir la chance de rencontrer l'homme de ses rêves : Mr Visa pour l'Europe ! Elle entendait par là trouver un Européen assez âgé, ils discuteraient sur internet et apprendraient ainsi à se connaître, elle lui promettrait l'amour, l'épouserait et pourrait ainsi partir en Europe avec lui. Certains de ces hommes sont tellement insupportables, que les Camerounaises disparaissent dès qu'elles mettent leurs pieds en Europe. Beaucoup cependant, jouent le jeu jusqu'à ce qu'elles obtiennent leurs papiers puis elles les quittent du jour au lendemain.

La jeune fille plut beaucoup à Walker. Il la voulait.

Johnny Walker avait déjà une petite idée, comme toujours. Après être allé à la réception et avoir bavardé avec le caissier, il s'en alla rapidement sans être vu.

Le jour suivant, il retourna au cybercafé et le caissier lui remit un bout de papier et Johnny Walker disparut pour toujours de ce lieu.

Après sa dispute avec Rita, il erra dans le quartier, réfléchissant à comment il pourrait trouver de l'argent. Il ne pouvait même pas appeler une de ses maîtresses. Il n'avait aucun crédit de communication sur son téléphone portable. Mais il devait impérativement payer la facture d'eau. Il était primordial que la facture soit payée cet après-midi-là.

Il retourna voir Wadjo, le propriétaire du cybercafé. Après 5 minutes d’entrevue, il ressortit les mains vides. Wadjo ne voulait plus lui prêter d'argent. Il devait au moins, rembourser une part de sa dette avant de pouvoir à nouveau téléphoner ou surfer depuis le cybercafé.

Il était là, debout devant le café, sous la chaleur étouffante de Douala. Il faisait plus de 32 degrés à l'ombre. L'air était lourd et il se sentait tellement étouffé. Même sans bouger, on transpirait à grosses gouttes comme s’il pleuvait.

Soudain, tout le dérangea : cette circulation intense sous ses yeux, ce trafic sans aucune règle, la façon de conduire des automobilistes, les taxis jaunes se battant contre les motos-taxis et autres véhicules.

Il se rendit soudain compte à quel point la conduite était dangereuse à Douala. Les plus dangereux étaient les taxis-motos. Avec deux ou trois passagers sur la moto, ils coupaient la route ou essayaient de doubler les automobilistes sans avertissement, peu importe d'où ils venaient. Peu importe que cela soit possible ou non. On entendait constamment des klaxons de partout. Ils tournaient à gauche, puis à droite, sans jamais se demander si quelqu'un arrivait du même endroit. Les rues toutes cabossées rendaient la conduite digne d'une aventure en pleine jungle. Comme disait le dicton : « Je regarde devant moi et le destin veille sur mes arrières ».

Johnny Walker se demandait pourquoi il ne l'avait encore jamais remarqué. Il secoua la tête et se dit silencieusement : « De toute façon, je ne serai bientôt plus là, je serai bientôt loin de ce pays ».

Cette certitude qu'il quitterait bientôt son pays pour l'Europe - paradis de l'argent sur terre - lui redonna du courage et de la motivation.

N'ayant pas d'argent pour payer un taxi moto (15 cents), il se décida à marcher jusqu'au quartier de Bonanjo, où avec de la chance, il rencontrerait peut-être une nouvelle conquête dans un bar populaire. Cela faisait environ 5 à 8 km à marcher sous cette chaleur étouffante.

Alors qu'il s'apprêtait à quitter la terrasse du cybercafé afin de se rendre à Bonanjo, son téléphone sonna. Il s'extasia : « Dieu n'oublie pas ses enfants. Cela doit être une ces femmes mariées ».

Tout souriant, il essaya de sortir le téléphone de sa poche de jeans, mais, comme le plus souvent, il ne fut pas assez rapide. Il avait essayé malgré tout d'appuyer dans sa poche sur la touche verte pour décrocher comme pour signaler à son interlocuteur qu'il était bien là où pour le stimuler à le rappeler. Mais tout était déjà redevenu silencieux. Il jura à haute voix et était tellement énervé, car il venait certainement de laisser passer une belle opportunité de gagner un peu d'argent. Maintenant, il allait devoir marcher sous cette chaleur écrasante, sans être certain de pouvoir rencontrer une femme.

Wadjo, qui avait tout observé depuis le Cybercafé, se moqua de lui : — Johnny Waka, ainsi va la vie, Dieu n'oublie pas ses enfants, haha, haha !

Johnny l'ignora et regarda son mobile afin de voir qui l'avait appelé. Son pouls s'accéléra et il fit un signe de croix.

— Que se passe-t-il, J.W. ? Demanda Wadjo.

Très content, Johnny se retourna vers lui et dit simplement : — Tu as raison, Dieu n'oublie vraiment pas ses enfants ! Il s'en alla donc de bonne humeur vers Bonanjo.

En chemin, il se demanda ce qu'il aurait fait s'il avait décroché le téléphone. Nicole était bien la dernière personne qu'il souhaitait voir aujourd'hui. Il était bel et bien un enfant béni, se dit-il. Il était vraiment heureux de ne pas avoir réussi à sortir assez vite le téléphone de sa poche. Aujourd'hui, il ne devait pas voir Nicole. Il devait tout d'abord trouver de l'argent, puis payer la facture, et enfin, ramener un petit cadeau à Rita pour se faire pardonner.

Rita était réellement une femme adorable, patiente, maternelle, mais elle avait une très forte personnalité. Les hommes étaient toujours incertains quand ils se trouvaient à ses côtés. Mais elle faisait tellement de bien à Johnny, et surtout elle était toujours là pour l’épauler.

Johnny Walker changea de trottoir afin de pouvoir marcher à l'ombre des arbres. Il était trempé de sueur ; sous sa chemise qui lui collait à la peau, on pouvait deviner son corps musclé. J.W. aimait prendre soin de son corps et faisait régulièrement du sport. Il était conscient que son corps était son gagne-pain. Un capital qu'il devait bien entretenir afin de bénéficier des intérêts. C'était exactement ce qu'il avait compris sur internet aujourd'hui. Dommage que Rita n'eût rien voulu entendre.

Tout d'un coup, un taxi moto freina juste devant lui, sans prévenir, avec trois passagers sur la moto. Johnny Walker réussit à l'esquiver de peu et tomba sur le sol sableux. Il se retrouva dans un état pitoyable. Sa chemise blanche était toute tachée de rouge. Son jean était déchiré au niveau de l'entrejambe. « Il ne me manquait plus que ça ! », pesta-t-il à haute voix.

Le motard ne ralentit même pas, il dérapa à gauche, à droite, plusieurs fois de suite et réussit à reprendre à temps le contrôle de l’engin alors qu'un bus bondé sortait de ce côté-là. Il entendit juste le son de la voix du conducteur, qui avait dit quelque chose du genre : « Et connard, veux-tu me vendre ? Cherche-toi quelqu'un d'autre, imbécile ! » Vendre quelqu'un au Cameroun, signifie sacrifier une personne pour devenir riche ou puissant.

Toute la scène était incroyable. Le motard était en tort, il risquait sa vie et celles de ses passagers, mais c'était lui qui se plaignait. Aucune remise en question. La moto était déjà loin. « Typique pour le Cameroun », dit Johnny. « Que vaut la vie d'un homme ici ? Ils conduisent comme s'ils étaient immortels ».

Il se releva, regarda à quoi il ressemblait et comme à son habitude, il rigola à nouveau. Il avait un plan pour expliquer aux femmes qui pourraient le voir dans cet état, la raison de sa tenue misérable. Une situation qui semblait si difficile aux yeux de n'importe qui, n'était qu'une belle opportunité pour Johnny Walker de se mettre encore en avant.

Il continua donc son chemin, avec toute sa dignité. Juste avant d'arriver dans la rue où se trouvaient les bistros et les bars, son téléphone sonna à nouveau. Il hésita et réfléchit rapidement. Qui pouvait bien l'appeler ? Il espérait que ce ne soit pas Nicole. De toute façon, il n'allait pas décrocher son appel. « Cette Nicole commence lentement à m'énerver », dit-il, sachant pertinemment qu'il était en tort si la situation entre eux était ainsi.

Il ne pouvait pas se passer de Nicole et de son magnifique corps, si sensuel (rien que le fait de penser à elle lui provoquait une superbe érection).

Le problème était qu'il s'était présenté à Nicole comme un riche New Yorkais. Il s'était présenté comme Johnny Fuck Me Walker. Cela sonnait tellement américain. Il prétendait n'être là que pour passer quelques semaines de vacances et en profiter pour acheter quelques biens immobiliers.

Maintenant, Nicole pensait avoir tiré le gros lot. « Il n'est pas seulement mon visa pour l'Amérique et un homme riche, non, en plus, c'est un Africain, un Camerounais. Oui, un homme comme lui, on peut l'aimer, et il le faut », racontait-elle partout.

Sa chance était parfaite. Du moins, le pensait-elle. Une vilaine surprise l'attendait. Mais tout ce récit dramatique sera développé dans un autre livre : « Johnny Fuck Me Walker, le riche New Yorkais et mon prince rencontré sur internet en Afrique ».

La personne qui appelait n'avait pas envie d'abandonner si vite. Après plusieurs appels, il se décida à savoir de qui il s'agissait. Son cœur se mit à battre plus vite, un énorme sourire illumina son visage.

— Allô, ma chérie, mon amour de tous les jours, entendit-il dire.

— Où es-tu ?

— Je t’aime à en mourir, sans toi que deviendrait ma vie ? Je pense à toi sans cesse, alors je me suis mis en route en espérant te voir à Dubaï.

— … C’est vrai je te dis, mon miel, et en marchant avec ton image qui me fait perdre la tête, oubliant que j’étais sur une route, une moto m’a renversé. Viens vite, je suis assis au bord de la route et je t’attends, je n’en peux plus. Pourquoi dois-je autant souffrir ? Dois-je souffrir autant par amour pour toi ?

Sa gestuelle et ses mimiques représentaient exactement ce qu'il disait. Par exemple, lorsqu'il dit qu'il était assis au sol, il le fit également et s'assit au sol.

Mais comme nous l'avons déjà dit, Johnny Walker était maître dans l'art de planifier, même dans des situations où beaucoup auraient perdu leur patience. Son plan allait bientôt débuter. Il savait très bien qu'Amina allait accourir rapidement. Ses mots avaient fait leur effet. Il en était certain.

Ce n'est pas comme si les Camerounaises ne savaient pas que ces magnifiques mots, ces poèmes d'amour, n'étaient que des jeux. Elles le savent et elles aiment ça. Elles font la même chose. Sur le moment, on profite simplement des mots, on se réjouit d'être quelqu'un de spécial, d'être adulé. Ce sentiment fait du bien, détend l'atmosphère et rend heureux. Quand on veut passer quelques heures ensemble et se sentir bien. On fait un compliment à l'autre et on profite du spectacle, surtout entre deux amoureux. La flatterie fait partie du jeu. « On ne vit qu'une fois », disent les Africains.

C’est aussi vraiment le cas que les Africains sont avares de mots lorsqu'il s'agit du vrai amour. Johnny n'aurait jamais parlé ainsi si Amina était sa femme ou sa petite amie officielle. Il faut donc faire attention lorsqu'un homme commence à vous conter fleurette. On peut facilement en déduire, qu'on n'est qu'un simple « passe-temps » pour cette personne et qu’il ne faut sûrement pas perdre la tête.

Amina arriva très vite à ses côtés. C'était une femme très attirante, milieu de la quarantaine, mariée avec un homme riche de la ville et mère de quatre enfants. Elle récupéra rapidement J.W., et roula rapidement avec lui ailleurs, dans un endroit discret où on ne les verrait pas ensemble.

— Oh, mon chou, qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? Demanda-t-elle.

— À cause de toi mon bonbon, à cause de toi, dit seulement Johnny qui s'affala sur le siège passager en fermant les yeux.

C'est la première fois qu'Amina le voyait faible et impuissant. « Il est encore plus mignon ainsi », pensa-t-elle tout en ressentant une envie immédiate de faire l'amour avec lui.

Ils roulèrent sur l'imposant pont du Wouri dans le quartier de Bonaberi. Amina gara sa Porsche Cayenne derrière le cybercafé, mais laissa le moteur tourner pour garder la climatisation allumée et l'air frais dans la voiture.

Johnny Walker descendit et rentra aussi vite que possible chez lui. En entrant, il découvrit trois bidons remplis d'eau. Rita avait demandé de l'eau au voisin. Il eut tellement honte de prendre un peu de cette eau pour se laver les mains et la tête. Puis il passa rapidement et rentra silencieusement tel un chat dans sa chambre. Rita était en train de se doucher et fit comme si elle n'avait entendu personne rentrer dans la maison. Cinq minutes plus tard, Johnny avait fini de s'habiller, il ressemblait à nouveau à Johnny Walker : élégant comme une star de cinéma.

Tandis qu'il allait quitter l'appartement sur la pointe des pieds, une voix retentit des toilettes. « Malheur à toi si tu ne vas pas payer la facture aujourd'hui. Je te préviens Evarist Dieu ne dort ». La voix de Rita était claire et déterminée. Il savait par expérience que quand elle l'appelait par son vrai nom, qu’il était dans de beaux draps et qu’il devait faire attention. Il entendit comment il avait dit « Oui » comme un enfant avant de disparaître. Il ne comprenait pas d'où les femmes camerounaises trouvaient cette force et cette audace. Et dire qu'on les appelait le sexe faible. Connerie ! Pensa-t-il. Ce ne sont que des balivernes pour mieux dominer les hommes, se dit-il alors qu'il était à nouveau dans la rue.

Une fois dans la voiture, il discuta longuement avec Amina puis les deux se rendirent au « Snec », l'administration des eaux où Johnny a effectivement réglé sa facture. Cependant, il y eut un problème. L'eau, plus précisément le compteur, devait être ramenée sur place. Mais l'employé qui avait retiré le compteur, avait malencontreusement oublié de le ramener au bureau. Au Cameroun, lorsque vous ne payez pas votre facture d'eau ou d'électricité, on vous enlève entièrement le compteur.

Une discussion houleuse se tint dans le bureau de la Snec : — Comment a-t-il pu oublier d'amener le compteur ici ? Ce n'est qu'une escroquerie afin d'obtenir plus d'argent !

La réceptionniste l'ignora littéralement et pria le client suivant de rentrer. Johnny dit : — Je ne bougerai pas d'ici. Tant que vous n’aurez pas remis mon compteur en place, personne d'autre ne sera servi.

La réceptionniste le regarda avec dédain et lui dit : — Monsieur, cela m'est bien égal. Si ça ne tient qu'à moi, vous pouvez bien passer toute l'après-midi et toute la nuit ici. Je n'ai pas à servir quelqu’un, et elle disparut dans l'arrière-boutique.

Des querelles débutèrent maintenant entre les autres clients, qui souhaitaient, eux aussi, payer leurs factures. Certains s'en prenaient à Johnny, d'autres témoignaient de la compréhension à son égard : — Il a payé, on doit bien lui remettre l'eau. C'est son droit, disait une femme. Un homme lui répliqua : — Oui, mais s'il avait payé à temps, son compteur serait encore à sa place, dans sa maison. Est-ce que nous aussi, nous devons voir nos compteurs retirés parce que nous ne pouvons pas payer notre facture ? Il ne doit pas être égoïste.

Une dispute commença entre les gens qui voulaient payer et Johnny. La réceptionniste revint s'asseoir sur sa chaise et commença à lire le journal, pour montrer encore plus son indifférence. Le ton monta encore et une personne de la sécurité finit par venir voir ce qu'il se passait.

La réceptionniste lui expliqua l'histoire et il se dirigea immédiatement vers Johnny : — Monsieur, dégagez, lui dit-il sur un ton qui ne laissait place à aucun doute, si besoin il utiliserait la force pour le mettre dehors.

Johnny demanda seulement : — Pourquoi ?

La réceptionniste se leva soudainement et dit à haute voix : — Eh Monsieur, déguerpissez, vous n'avez pas honte ? Puis elle continua : — Vous laissez votre compteur se faire enlever pour 15 € et vous osez venir râler ? Je vous le jure, tant que je travaillerai ici, vous n'aurez pas votre compteur avant une bonne semaine. Vous pouvez aller vous plaindre au président du pays, car mon chef n'aura pas son mot à dire.

Johnny répondit : — Ah, oui, encore une Camerounaise avec une grande bouche ! Qui es-tu ? Pauvre simple employée de rien du tout ? Tu crois que je peux sortir avec toi ? Avec ton cul si gros qu'on pourrait faire tenir un enfant dessus sans aucun appui. Tu veux vraiment faire comme si tu avais du pouvoir ? Analphabète. Mon amie peut t'engager comme femme de ménage pour sa voiture et elle te payerait alors dix fois plus que ce que tu gagnes ici.

La femme ne se laissa pas impressionner et répondit : — Ah oui, vraiment, vous rentrez ici en costume comme si vous étiez quelqu'un. Mais en réalité vous n'êtes personne. Vous êtes fauché comme un rat d’église. Et vous vivez aux dépens de cougars, qui ont tout loupé dans leur jeunesse et pensent pouvoir s'acheter tous les hommes avec de l'argent. Vous êtes un gigolo, mieux un misérable bordel et je vous préviens : un simple appel et mon mari vous fait enfermer. Raté, couille molle, bordel - sortez tout de suite si vous...

C'est à ce moment-là que même l'homme de la sécurité intervint pour calmer la femme : — Ma sœur, laisse tomber, où bien y a-t-il autre chose ? Est-ce qu'il s'agit vraiment encore du compteur ?

La femme continua : — Non, grand frère. Les hommes comme lui doivent être remis à leur place. Il a de la chance que je sois bien lunée aujourd'hui, sinon...

Et elle le pensait réellement. Johnny était impressionné et se demandait comment elle serait si elle était hors d'elle ?

Johnny Walker, le grand Johnny Walker n'avait jamais rien vécu de tel. Il dit simplement : - Eh, Madame, excuse-moi. As-tu rêvé de moi cette nuit ?

Il savait que lorsqu'il s’agit d’avoir la langue bien pendue, on ne peut pas rivaliser avec les femmes africaines. Elles sont beaucoup trop fortes et invincibles en la matière. Et il pensa encore une fois à Rita. Est-ce qu'on appelle encore ces femmes le sexe faible ? Non ! Peut-être en Europe, mais certainement pas ici. « Les hommes en Afrique devraient s'émanciper », pensa-t-il.

Intelligent comme il l'était, il savait qu'il valait mieux ne pas envenimer encore plus les choses et il sortit. Oui, on est au Cameroun. Et chacun est président de l'endroit où il se trouve. Que devait-il faire ? Il ne pouvait pas rentrer à la maison, voir Rita sans le compteur et donc sans eau. Mais il savait aussi qu'au Cameroun tout était possible. Cela dépend simplement de l’engagement.

Tandis qu'il réfléchissait à ce qu'il pourrait faire, l'homme de la sécurité vient le voir et lui dit : — Mec, tu connais bien nos femmes avec leurs grandes bouches. Ça ne sert à rien d’entrer en conflit avec elles. Elles vont t’anéantir. Cette fois-ci tu as perdu, comme un petit chien la queue entre les jambes. Laisse-moi donc parler avec elle, et voir ce qu'il est possible de faire.

Johnny acquiesça d'un signe de tête et tandis que l'homme retournait à l'intérieur, il disparut rapidement dans la voiture d'Amina pour lui raconter l'histoire. Lorsqu'il réapparut, l'homme sortait à nouveau du bureau.

— J'ai l'impression qu'elle pourrait t'aider. Mais elle est encore en colère. C'est mieux que nous y allions ensemble. Tu essayes d'abord de t'excuser avec tes blablablas. Ensuite demande lui, comme un cobra qui vient d’être vaincu et qui s’est rendu, ce qu'elle peut faire pour toi, pour que tu puisses encore avoir accès à l’eau aujourd'hui. Montre-lui qu'elle a gagné

Johnny Walker savait exactement comment ça se passait à Douala. Il savait très bien que cette dispute, malgré l'aspect très dur, n'était rien du tout. Les Camerounais sont ainsi, très loquaces, mais peu rancuniers.

Il retourna à l'intérieur aux côtés de l'homme de la sécurité. Dès que la femme l'aperçut, elle l’attaqua immédiatement.

— Monsieur, je ne vous reçois plus, sortez !

Johnny regarda l'homme de sécurité d'un air embarrassé, comme pour dire : « Je fais quoi maintenant ? »

L'homme de sécurité sourit à la réceptionniste, avec un air flatteur, se gratta un peu les cheveux et dit : — Oh oui, Mama, tu es vraiment une femme de poigne, une Dame de fer, oui, oui, c’est bon. Ce serait bien que les femmes règnent enfin sur le Cameroun, non que dis-je, sur toute l'Afrique. Ainsi, plus aucun homme blanc n’aura plus rien à nous proposer et nous voler nos richesses.

Elle sourit et dit : — Et toi, grand frère, arrête avec tes flatteries et ne m'énerve pas. Sinon on va avoir un problème, toi et moi. Hommes blancs, vols... balivernes. Est-ce que ce sont des hommes blancs au pouvoir à Yaoundé ? Je n'en ai encore jamais vu qui soit ministre ou directeur d'une société étatique. Et pourtant nos richesses sont volées chaque jour.

L'homme de la sécurité ignora simplement cette réponse pertinente. — Sœur, aide mon frère ici. Oui, il sait qu'il t’a mal parlé et il en est désolé, sur ces mots, il se tourna vers Johnny et fit comme s'il le grondait : — Allez, dis-lui toi, excuses toi simplement. Quand vous venez ici et parlez comme si vous étiez Paul Biya, vous mettez les gens en colère. Tu as énervé la Dame. Elle t'aidera uniquement grâce à moi, tu comprends, grâce à moi, mais dis-lui à quel point tu es désolé. (Paul Biya est le président du Cameroun).

Johnny regarda la dame et lui dit, comme on le lui avait conseillé, qu'il était désolé.

La femme resta toujours agressive : — Tu as de la chance que le grand frère soit là. Je te le jure, sinon tu n'aurais pas eu d'eau même après une semaine. Est-ce toi qui m’as embauchée dans ce service ? Hé, me connais-tu ? Hum, je te dis juste que tu as de la chance. Donne-moi le papier là ». Johnny savait déjà qu'elle s'était calmée. Pour la première fois depuis le début de la conversation, elle l'avait tutoyé.

Sa chance ne fut que de courte durée. La femme revint et lui rendit le papier sans le regarder en lui disant : — L'installateur est trop occupé en ce moment et ne peut venir que demain. Reviens donc demain. Nous ouvrons à 7 h 30.

L'homme de la sécurité intervint de nouveau : — Grande sœur, pourquoi es-tu si dure comme cela ? » et il continua : — Et qu'est-ce qui se passerait, s'il…, il se tourna vers Johnny et hocha la tête pour faire comprendre à Johnny qu'il devait accepter, — … S'il payait le trajet de l'installeur en plus d’un extra ? Peut-être qu'il pourrait aller voir chez lui après la fin de sa journée de travail ?

La femme fit mine de ne pas être d'accord. L'homme de sécurité ajouta : — Oui, grande sœur, je sais que ce n'est pas ton travail d'appeler l'installateur. Ça te coûte du temps et de l'argent, mais…, il se tourna à nouveau vers Johnny, — ... Mais, il te paiera sûrement une bière de toute façon, ok ? Tu vois, il a dit oui. Il parlait en son nom, sans même demander l’avis de Johnny.

Il fit à nouveau appel à la femme : — Appelle-le donc et demande-lui s'il est d'accord et tu auras sûrement ta bière, sœur. Oui, grande sœur, je t'aime, je t'aime plus que tout mais dommage que je ne sois pas ton homme.

— La ferme, grand frère. Tu vas tout faire foirer avec tes belles paroles. Elle partit téléphoner et revint deux minutes plus tard, elle parla tout bas avec l'homme de la sécurité qui cherchait constamment à garder un œil sur Johnny. Puis, il rigola pour montrer à Johnny que tout était ok, mais qu'il devrait payer.

Il revint vers Johnny et lui parla. Quelques minutes plus tard, il retourna voir la dame et lui tendit la main, comme pour la saluer. C'est ainsi que quelques billets changèrent de mains. Et Rita aurait son eau aujourd'hui.

— Et ben ! Soupira Johnny soulagé, c'est une bonne manigance qu'on ne voit qu'au Cameroun pour soutirer un peu plus d'argent aux clients. Faire comme si on aidait les gens bénévolement, mais pour finalement bien gagner de l’argent.

Il connaissait parfaitement cette logique. La femme touchait une part, l'installateur aussi, l'homme de la sécurité également et Rita avait son eau. Le capitalisme communiste à la Camerounaise. Un service en vaut un autre. Mais il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même. S'il avait payé sa facture à temps, il n'aurait pas dû sortir un centime de plus.

Cependant, le point le plus important dans cette histoire, c'était qu'il avait gagné de nouveaux amis aujourd'hui. La femme, l'homme de la sécurité et l'installateur. Ils seront désormais amis pour la vie et la prochaine fois, il n'aura pas besoin de payer de supplément. C'est ainsi que les choses se passent au Cameroun. C'est ainsi ici. Les gens ne font que vivre, ils vivent seulement.

À la fin, il était satisfait et à nouveau heureux.

Tout fut réglé en une heure environ, après quoi, il remonta en voiture avec Amina, qui l'avait attendu tout le temps dans sa voiture, avec le moteur en marche. Il sonnait presque 16 h.

Ils se réjouissaient tous les deux du bon moment qu'ils allaient passer ensemble.

Ils ne devraient pas traîner, car l'installateur serait là vers 17 h 30. Juste le temps de trouver un hôtel à proximité.

Johnny Walker et sa liaison avec Amina

Amina était une amante formidable. Elle était drôle, ouverte, éduquée et sûre d'elle. Une femme forte et puissante. Elle avait étudié les sciences économiques en France. Son mari était certes très riche, mais elle avait beaucoup de succès dans son travail. Elle avait ouvert une école de commerce, gérait des actions en bourse et était présidente d'un club de finance pour femmes à Douala.

Johnny ne s'entourait que de femmes suffisamment éduquées. Il pensait ainsi être sur un même pied d'égalité avec elles, exception faite qu'elles avaient plus d'argent que lui.

Amina aimait prendre soin de son corps. Elle approchait de la cinquantaine, mais ressemblait à une jeune femme de 35 ans. Elle était très féminine et savait parfaitement se mettre en valeur. De nombreux hommes, bien plus jeunes qu'elle, la courtisaient. Elle respectait énormément son mariage, son mari et ses enfants, qui étaient sa priorité absolue, mais elle vivait simplement sans concession.

Johnny W. était son unique amant. Elle n'en voulait pas d'autres. Un nouveau n'arrivait que si l'ancien était déjà parti. La plupart des femmes au Cameroun avaient plusieurs amants en même temps, mais pas elle, se vantait-elle souvent en insistant bien pour que tout soit limpide : « ... Mes quatre enfants sont tous de mon mari, mon Dieu sur terre, le meilleur homme du monde ».

Ça ne dérangeait pas Johnny lorsque Amina parlait aussi élogieusement de son mari. Il ne souhaitait pas épouser Amina de toute façon.

— Mon chouchou, ça fait tellement de bien d'être à tes côtés, commença-t-elle tandis qu'ils roulaient en direction de l'hôtel.

— Oui, mon cœur, je me réjouis aussi de ta présence. Laisse-moi te regarder. Regarde-moi, tu ressembles à une déesse sur Terre... Hé, attention, regarde devant ! Cria-t-il alors qu'un passant traversait la route.

Elle répondit : — Si je suis ta déesse, alors tu es mon petit Jésus sur terre.

— Non ma fée, Jésus n'est pas assez grand, je suis ton Dieu, haha, haha, plaisanta Johnny.

— Non, ma glace au chocolat, pour être mon Dieu il t'en faudrait beaucoup plus, peut-être même n'y parviendras-tu jamais. Cette place est celle de mon mari, le Boss. Je l'aime plus que tout, jugea-t-elle nécessaire de rappeler, même si cette discussion n'était que pour plaisanter.

— Oh, pauvre de moi, seulement la deuxième place ? Mais tu restes malgré tout ma déesse sur Terre, dit-il.

— Ne sois pas triste mon lièvre brun, tu es mon seul et unique Jésus, et il est quasiment autant aimé que Dieu, dit-elle en lui caressant l'entrejambe avec sa main droite.

— Ah oui, Comtesse, ça me suffit bien d'être ton Jésus. Je n'ai pas besoin d'autant, j'ai juste besoin de t'avoir à mes côtés, de pouvoir t'embrasser, de pouvoir lécher ta belle poitrine, qui a fièrement nourrit quatre enfants, et de pouvoir la masser délicatement, jouer et mordiller tes tétons...

... ça me suffit, de promener mes mains lentement sur ton ventre et tes hanches, avidement et précisément, mais très lentement, pour chercher la terre promise...

... oui ça me suffit, quand mes doigts ressentent l'humidité à l'approche de ton vallon...

... oui, ça me suffit quand mes doigts atteignent cette porte secrète et commencent à l'explorer, à rentrer délicatement dedans...

... ça me suffit de voir comment tu t'accroches solidement à moi, comment tu écartes encore un peu plus tes cuisses pour que je rentre encore plus profondément...

... ça me suffit d'admirer comment tes hanches se meuvent et tes fesses rebondies se frottent contre moi comme si tu dansais la Makossa ou la Lambada au ralenti...

... ça me suffit, ma beauté, quand je vois tes narines se dilater, comme si tout l'air du monde n'était pas suffisant... ça me suffit de ressentir les battements de ton cœur et tes soupirs de plaisir...

... femme d'eau douce, je ne veux pas d'autres créatures divines, je ne veux que tes ongles qui pénètrent dans ma nuque et mon dos...

... j'envoie valser tout l'amour du monde, quand nous sommes allongés sur la plage, trempés de sueur, il fait chaud, humide, mes reins entre tes jambes et que tu dis : « Encore plus loin mon amour, vas-y amour, s'il te plait viens », et lorsque je jouis tu me dis : « Mon bel étalon, ne jouis pas déjà, je te ressens au plus profond de moi, tu me remplis tout entière, continue, remue, fais-moi jouir ! » Moi, je veux sortir, arrêter, mais toi, tu n'es pas de cet avis, tu me retiens fort, une jambe sur mes fesses, l'autre autour de mes hanches et tu prends désormais le contrôle, je ne fais plus rien, tu es celle qui rentre et sort, comme un boa, qui dévore sa proie, et tu nous amènes tous les deux, avec douceur, lentement et sûrement au septième ciel. Le paradis...

Oui, ma chatonne, à ces moments-là, cela m'est bien égal qui je suis... Si je suis Jésus ou Dieu ou juste un clochard.

La voiture s'arrêta aux abords d'un luxueux hôtel, ils en sortirent dans un état proche de l'extase, Johnny ne remarqua même pas qu’un taxi moto arrivait, mais cette fois le taxi le frôla seulement.

Amina sortit de sa transe et hurla : — Mon amour, fais attention à la moto... Johnny répondit nonchalamment : — Amina, beauté, si je meurs à tes côtés, alors ce sera comme si je m'endormais simplement.

Cette phrase lui serait utile bien des fois dans les aventures qui l'attendent, Johnny en était persuadé.

Bientôt l'hôtel se mit à trembler.

À 17 h 30 précises, Johnny était à la maison et attendait l'installateur sur le bord de la route. Il ne vit personne jusqu'à 18 h et il commença à brûler sous la chaleur. Qu'allait-il pouvoir dire à Rita ? Il avait fait l'erreur de ne pas prendre le numéro de téléphone de l'homme. Lorsque son téléphone sonna et qu'il aperçut le nom de Rita, il sauta en l'air comme un athlète. Il ne répondit pas. « Je préfère ne pas décrocher et plutôt réfléchir à ce que je vais faire », se dit-il.

Rapidement un SMS de Rita arriva : « Johnny, … » Son cœur se calma un peu. Elle l'avait appelé Johnny, se réjouit-il. Ça ne pouvait donc pas être trop mauvais. Peut-être avait-elle un peu de compassion pour lui. Il ne prit pas le temps de lire le reste du SMS et rentra directement à la maison.

— Êtes-vous Mr Mendo ? Demanda un homme. Rita n'était pas là.

— Oui, on m'appelle Johnny Walker, et vous, qui êtes-vous ?

L'homme ignora sa question et lui dit : — Montrez-moi le reçu de paiement et payez-moi mes frais de déplacement ainsi que le supplément pour le retard. Nous avions rendez-vous à 17 h 30, ça fait presque une heure.

— Non, seulement 45 minutes, répliqua Johnny.

L'homme aux lunettes resta cool et répondit simplement : — Voulez-vous de l'eau tout de suite ou non ? Alors une heure de retard, ça fait une bière, on est d'accord ?

Johnny en avait marre de ces querelles et donna à l'homme ce qu'il réclamait. Ce dernier mit aussitôt l'argent dans sa sacoche, laissa tomber la facture sur le sol sans même y jeter un œil et prit congé de lui.

Johnny lui courut après et demanda : — Mais, Mr l'installateur, l'eau, vous, vous... L'homme coupa Johnny, baissa ses lunettes, leva les yeux pour mieux le contempler et lui répondit : — Voulez-vous m'apprendre à faire mon métier ? Connaissez-vous la signification du mot « professionnalisme » ? Il y a encore des hommes qui font leur travail sérieusement et... À ce moment Rita sortit de la maison et glissa un peu de pourboires dans la sacoche de l'homme en le remerciant pour l'eau.

L'installateur se retourna vers Johnny, remit ses lunettes en place et lui dit : — Eh bien voilà, c'est comme ce que font les gens civilisés, comme Madame vient de le faire. Et il s'en alla tandis que Johnny demandait encore : — Combien de pourboires avez-vous pris pour ça, pour votre professionnalisme, corrompu… ?

— Laisse tomber, Johnny, rentre, tout est réglé. Tu as l'air épuisé. Je t'ai cuisiné un bon repas. Des légumes avec des noix fraîches et des bananes plantains frites avec du poisson, dit Rita.

Johnny rentra, tout content et très fier : — Vois-tu Rita, tu ne dois pas te faire de soucis. Rien n'est impossible pour Johnny Walker.

Il embrassa ses deux enfants et leur donna quelques sucreries. Il alla se doucher, aida les enfants à faire leurs devoirs et Rita les amena au lit après le dîner.

Rita qui était redevenue douce comme un agneau, rigola et revint sur ce qu'il avait dit plus tôt dans la soirée : — Johnny, n'exagère pas. Rien n'est impossible pour toi ? Qu'as-tu accompli depuis presque dix ans, depuis la mort de ton père ? Tu voulais aller en Europe et m'y emmener. Qu’est-ce qui reste encore de ce projet ? Seulement ta mégalomanie et tes belles paroles.

Johnny explosa de rire. —Rita le repas était vraiment délicieux. Tu devrais cuisiner comme ça tous les jours, ou en tout cas, tant que je suis encore là. Il avait prononcé cette dernière phrase délibérément. Il marque une pause, pour voir si cela avait attisé la curiosité de Rita.

Rita semblait un peu étonnée : — Si tu veux parler, fais-le, sinon laisse tomber.

— Haha, haha, curieuse ? Dis oui, dit Johnny, dis Johnny, s'il te plait, que voulais-tu me raconter ce midi ? Qu'as-tu trouvé d'intéressant sur internet ? Dis-moi simplement ça et je te fais part du plan de l'année. Connaître la bonne information, c'est le pouvoir. La connaissance, c’est le pouvoir, et je sais maintenant...

Un enfant cria « maman », Rita se leva rapidement et sortit de la chambre. Après dix minutes, elle revint et regarda Johnny avec un air interrogatif : — Allez, dis-moi ce que tu voulais me dire ce midi. J'étais tellement énervée, car nous n'avions plus d'eau, tellement énervée de devoir toujours me battre constamment pour tout et que toi, toi tu dépenses de l'argent sur des Tutsies, comme cette fille si jeune. Mais maintenant je m'en fiche, je me suis calmée et tu t'es débrouillé pour que nous puissions avoir de l'eau, toi, le Grand Johnny.

Elle savait exactement comment s’y prendre avec Johnny pour qu'il fasse ce qu'on attendait de lui. — Ça suffit avec tes flatteries et cette jeune fille est une chance pour nous.

— Cette fille-là, une chance ? Et comment donc ? Demanda Rita, étonnée.

— Laisse-moi donc t'expliquer. Tu ne dois pas m'interrompre sans cesse. Hum, ce morceau de bananes plantains-là était vraiment bon, il était parfaitement mûr et sucré comme je les aime, savoura Johnny avant de continuer : — L'origine de mon idée vient de cette fille. On est mardi aujourd'hui, vendredi je pars à Kribi et je me trouve un boulot dans un hôtel en bord de mer.

Ça amusa beaucoup Rita. Et oui, Johnny avait déjà eu des milliers de plans par le passé. Mais tous ses plans avaient toujours un rapport avec sa mégalomanie. C'étaient de gros projets, dans lesquels il s'attendait à gagner des millions. Il était toujours question de voyages en Europe, là où se trouve l'argent pour ces projets. Elle avait arrêté de croire qu'il arriverait un jour à en mener un à terme. Jusqu'à présent, tout ça n'était resté que des mots, des plans, des rêves. Elle s'attendait à tout, mais pas à ça, Kribi, un travail, et qui plus est un travail dans un hôtel pour le « noble » Johnny. Mais malgré tout, son intuition féminine lui disait que cette fois, il le pensait vraiment. Elle ressentait et voyait sur son visage que Johnny avait pris sa décision et qu'il avait vraiment quelque chose en tête. Elle en était persuadée. — Est-ce que tu veux bien m'inclure dans ton nouveau plan et me dire vraiment ce qui se cache là-derrière ?

— Non, Rita, non pas encore. C'est le prix à payer. Tous les échanges d'énergie positive dans ce monde ont une contrepartie : tu dois donner pour recevoir, pour avoir. Plus ce que tu veux avoir est important, plus ce que tu dois donner l'est aussi. Même Dieu fonctionne sur le même principe. Si tu veux quelque chose de lui, tu dois prier. Plus ta souffrance est grande, plus ta prière doit être puissante. Parfois tu dois jeûner des jours durant pour qu'il t'entende. Même Jésus a dû suivre cette loi. Beaucoup d'autres hommes le font aussi en vendant leurs âmes à Satan ou à des sectes par la pratique d'effroyables rituels pour être ou avoir ce qu'ils souhaitent. Mais j'y arriverai grâce à mon cerveau, avec mon intelligence et mon travail. Je vais maintenant travailler en tant que plongeur, jardinier ou bien nettoyeur de plage pour que demain nous n'habitions plus dans cette maison, mais dans une villa à Bonanjo. Il faut bien prendre des risques pour un tel rêve. Mais sois-en sûre, bientôt mon surnom sera Johnny le Tueur, Johnny le Grand. Ne te fais pas de soucis. À partir de vendredi tout commence et nous nous rapprochons de notre rêve. Johnny le Grand est un génie, Rita mon amour. Je t'ai toujours promis que nous aurions une belle vie.

Il se leva et alla dans la cuisine se laver les mains. — Rita, où sont donc les torchons qui sont ici normalement ? Oh, pourquoi veux-tu toujours vivre comme une femme primitive ? Parce que la maison n'est pas parfaite, tu veux vivre ainsi ? Non, mon amour, ce qui est important, c'est ce que tu vis dans ta tête. Si tu ne t'imagines pas ta cuisine, comme celles que tu voies à la télévision, tu ne l'auras jamais. Ne comprends-tu pas ? Dois-je te le dire tous les jours ? Pourquoi tu te laisses aller ? Pourquoi penses-tu que tu as tout perdu à seulement 28 ans ?

Il sortit de la cuisine, un verre de Whisky Johnny Walker Red Label à la main et s'assit près de Rita.

— Comprends-tu ? Bien évidemment, il y a des situations exceptionnelles, dans lesquelles des gens ont soudainement eu quelque chose qu'ils n'attendaient pas ou dont ils n'avaient pas rêvé. Oui, ça peut arriver, mais c'est comme de jouer au loto. Combien de personnes gagnent au loto ? Rita, mon petit trésor, tu récoltes ce que tu as semé et tu dois toujours y croire et travailler dur pour ça. Tu dois avoir beaucoup de patience et ne jamais arrêter d'y croire, et d'avancer pas à pas, chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde dans cette direction. N'oublie jamais que 1 000 000 d'euros commencent par un centime. S'il te manque un centime, tu n'es pas millionnaire. Si le lait coûte 49 centimes et que tu n'as que 48 centimes, tu ne peux pas avoir la bouteille de lait. Chéris chaque centime pour un jour adorer les 1 000 000 €. Ces petites étapes, que tu fais chaque jour, feront la différence à la fin. Si tu arrêtes de faire ces petits pas, tu n'avances plus ; et si tu restes immobile, tu finis par reculer.

Il se leva, retourna dans la cuisine et revint cette fois avec la bouteille de Johnny Walker Red Label, un coca et un second verre. Il servit à Rita un cocktail avec 2/3 de coca et 1/3 de whisky ainsi que quatre glaçons. Il se rassit près d'elle et continua :

— Je sais ce que tu penses. Mais le problème, c'est que tu te laisses influencer par ce que les gens pensent et leurs avis sont plus importants pour toi que tes rêves. Un vieil homme du village disait : si tu veux avoir du succès, tu dois accepter d'avoir aussi des échecs. Tu dois aussi supporter le fait que les gens rigolent, se moquent de toi et t'évitent. La plupart des gens choisissent le chemin le plus facile, c'est ainsi. Ces gens ne vont jamais plus loin que les classes moyennes, s'ils y arrivent seulement. Les gens qui ont changé ce monde, ont dû souffrir énormément. Pour ma part, je n'ai pas de souffrance, je suis comme les grands, je profite de la vie avec plaisir. Mais là-dedans, dit-il en montrant du doigt sa tête, là-dedans je travaille plus qu'un ingénieur de la NASA. Personne ne voit ce travail et c'est là ma chance. Je suis protégé, et je peux poursuivre mon but sans être dérangé, pendant que les petites gens me considèrent comme un bon à rien. Un jour ou l'autre, ils verront soudain sous leurs yeux mon succès et diront : « Oh, il a eu de la chance, le destin était de son côté, il est devenu riche en partant de rien ». Ils ne sauront pas le long et dur travail que j'ai fourni pour en arriver là. Les gens simples ne croient que ce qu'ils voient. Ce ne sont que des consommateurs. L'homme qui a du succès est un visionnaire. Il vit dans le futur. Aujourd'hui est déjà demain pour lui. Demain, c’est aujourd'hui. Il a toujours un pas d'avance, il n'est pas consommateur, c'est un créateur.

Rita commença à pleurer. Elle pensait à tous ces espoirs qui n'avaient mené à rien. Johnny avait déjà essayé à maintes reprises de partir en Europe ou au Canada. Le visa lui était toujours refusé. Il avait dépensé tellement d'argent pour obtenir ce tampon si important. Il avait même essayé de payer un intermédiaire, un homme qui travaillait avec différentes ambassades ou plutôt qui se targuait d'avoir de bons contacts dans les ambassades. Il se permettait donc de faire payer des sommes exorbitantes à de pauvres hommes qui espéraient émigrer grâce à son aide. C'est un très gros marché en Afrique. Certains hommes ne vivent que de ça et en sont devenus très riches ; ils conduisent de grosses voitures et vivent dans les quartiers les plus chics de Douala et Yaoundé.

Rita se demandait comment Johnny et elle avaient pu être aussi naïfs de croire qu'ils pourraient corrompre les représentants européens. On disait bien que les Blancs étaient très droits et travaillaient consciencieusement. Mais alors comment avait fait Kamga pour réussir à partir à Lyon, et qu'en est-il de Ngoh Lep, c'était une prostituée ici, elle ne parlait ni n'écrivait le français, mais elle était désormais à Paris. Ondoua, l'escroc, qui avait été emprisonné plusieurs fois ici pour fraude et vol, était maintenant au Canada. Elle connaissait tellement de personnes qui avaient le même intermédiaire que Johnny et qui avaient réussi à émigrer. Il se disait que certains avaient payé jusqu'à 20 000 €, c'était en fonction de la difficulté de leur situation. Officiellement on disait toujours que ces visas étaient faux et que les gens seraient arrêtés plus tard, à la frontière et renvoyés au Cameroun, car les données des vrais visas sont envoyées électroniquement à la police des frontières. Effectivement, elle avait déjà entendu parler de personnes qui avaient un visa et qui avaient été renvoyées chez elles. Mais elle en connaissait aussi beaucoup qui étaient partis en Allemagne, France, Angleterre, Belgique, Italie, ... avec ces visas contrefaits, comme les appellent les agents des ambassades, et qui vivaient désormais en Europe. Certains viennent même parfois ici en vacances et peuvent repartir sans que la police des frontières en Europe ne les arrête.

Beaucoup de belles femmes faisaient partie de ceux-là, elles travaillaient désormais comme prostituées en Allemagne, en Suisse ou en France et revenaient tous les trois mois avec tellement d'argent, qu'elles pouvaient s'acheter des biens immobiliers et repartaient ensuite.

Elle ne comprenait pas non plus pourquoi, si ces ambassades étaient si rigides avec tout le monde, ils ne supprimaient pas le visa de ces « Feyman » (des escrocs nigérians), malgré tous les dégâts qu'ils avaient causés en Europe. Ils sont connus de tous et ne se cachent pas. On peut les entendre se vanter dans les bars de jouer au tennis avec telles ou telles personnes d'une ambassade, d'aller régulièrement boire un verre avec une autre, ou même d'avoir leurs numéros privés et de les retrouver en Europe. Ils se vantent de jouer les intermédiaires entre ces mêmes personnes et de belles jeunes filles camerounaises, qui peuvent tout d'un coup s'envoler en Europe. On entend de tout concernant les différentes façons d'obtenir un visa, mais seuls les honnêtes gens ont la vie dure et sont confrontés à la rigidité des lois migratoires européennes et subissent leur travail scrupuleux.

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