Kitabı oku: «Histoire Sainte; ou, Histoire des Israélites»

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Henri Loeb

Histoire Sainte; ou, Histoire des Israélites

Depuis La Création, Jusqu'a La Dernière Destruction De Jérusalem


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066081539

Table des matières

PRÉFACE.

CHAPITRE PREMIER.

La Création.

Adam.

Eve (Chava) .

Péché des premiers hommes .

Caïn et Abel (Hébel) .

Suite des patriarches vivant avant le déluge.

Noé (Noach) et le déluge.

Alliance de Dieu avec Noé.

Tour de Babel et dispersion des hommes.

CHAPITRE II.

Abraham.

Promesse de l'Éternel et piété d'Abraham.

Alliance de la circoncision.

Hospitalité d'Abraham. Naissance d'Isaac prédite pour la dernière fois. Intercession d'Abraham. Destruction de Sodome.

Naissance d'Isaac. Sacrifice d'Abraham.

Mort de Sarah.—Isaac épouse Rebecca.—Mort d'Abraham.

Naissance de Jacob et d'Ésaü.

Primogéniture et bénédiction paternelle.

Voyage de Jacob.—Il arrive chez Laban et y demeure.

Retour de Jacob et sa rencontre avec Ésaü.

Joseph vendu par ses frères.

Joseph est mis en prison.

Joseph explique des songes. Il est délivré et élevé à la dignité de prince.

Les frères de Joseph vont en Égypte.

Les enfants de Jacob retournent en Égypte avec Benjamin.

Joseph fait mettre sa coupe dans le sac de Benjamin.

Juda s'offre à demeurer esclave au lieu de Benjamin.

Joseph se fait connaître à ses frères.

Jacob va en Égypte et s'y établit.

Le pieux désir de Jacob.

Jacob adopte les deux fils de Joseph.

Mort de Jacob et de Joseph.

CHAPITRE III.

Israël en esclavage.

Naissance de Moïse.

La fuite de Moïse.

Moïse est appelé de Dieu pour délivrer les Israélites.

Moïse et Aaron déclarent à Pharaon les ordres de Dieu.

Préceptes touchant la fête de la Pâque.

Sortie de l'Égypte.

Passage de la mer Rouge.

Voyage vers le mont Sinaï. Murmures des Israélites. La manne.

Continuation.

Révélation de l'Éternel sur le mont Sinaï.

Le veau d'or.

Le séjour du peuple israélite près du mont Sinaï.

Le tabernacle.

Le sabbat et les fêtes.

Départ de Sinaï et marche jusqu'aux confins de la terre promise.

Mort de Moïse.

CHAPITRE IV.

Entrée du peuple israélite dans la terre promise.

Josué exhorte les Israélites à observer la loi.

Josué fait assembler le peuple pour la dernière fois.

Mort de Josué et d'Éléazar.

Les juges.

REMARQUE GÉNERALE.

État du peuple israélite à l'époque des juges.

CHAPITRE V.

Saül agit contre la volonté de l'Éternel, il est rejeté.

Action héroïque de Jonathan.

Saül ne remplit pas exactement la volonté de Dieu, en est sévèrement blâmé.

David est sacré roi d'Israël.

David triomphe du géant Goliath.

David et Saül: bravoure et droiture d'un côté, jalousie et ruse de l'autre.

Jonathan avertit David de la colère de Saül. David se sauve, et se retire auprès de Samuel.

Sainte inspiration.

David et Jonathan renouvellent leur union.

David se retire à Nobé vers Achimelech et de là chez Achis.

David se cache en différents lieux. Saül fait tuer Achimelech.

David est persécuté par Saül, mais Dieu le protége et le sauve de tous dangers.

David caché dans une caverne empêche qu'on ne tue Saül.

Conduite de David à l'égard de Nabal.

David a de nouveau l'occasion de pouvoir tuer son ennemi et ne le tue pas.

La pythonisse d'Endor.

Mort de Saül et de ses fils.

Charité des habitants de Jabès.

David règne sur Juda, et Isboseth sur Israël. Combat entre les deux armées.

Isboseth est tué. David venge sa mort.

David est reconnu roi par tout Israël. Il prend la forteresse de Sion.

Jérusalem devient la capitale et le siége du temple national.

David veut bâtir un temple. Dieu lui fait déclarer que ce sera son fils qui le bâtira.

Victoires de David. Noms de ses officiers supérieurs.

David honore le souvenir de son ami Jonathan en Miphiboseth, fils de ce dernier.

Hanon outrage les ambassadeurs de David. Défaites des Syriens et des Ammonites.

Péché de David avec Bathseba.

David est repris de son péché, et marque son repentir. Naissance de Salomon.

Inceste d'Amnon. Vengeance d'Absalom.

Révolte d'Absalom: David s'enfuit de Jérusalem.

Ziba, Simeï. C'est dans l'adversité que l'on reconnaît les hommes.

Achitophel: orgueil, projets manqués, désespoir, suicide.

Absalom est tué.

David pleure la mort d'Absalom; il se montre gracieux après sa réintégration.

Murmure d'Israël contre Juda.

Salomon est établi successeur de David.

Avis de David à Salomon et à Israël. Sa mort.

Salomon demande à Dieu la sagesse.

Jugement rendu par Salomon.

Salomon pense à bâtir le temple.

Description du temple bâti par Salomon.

Dieu se révèle une seconde fois à Salomon.

La reine de Saba vient trouver Salomon et admire sa sagesse.

Les femmes étrangères font tomber Salomon dans l'idolâtrie. Mort de ce prince.

Division du royaume.

CHAPITRE VI.

Les deux rois.

Les deux royaumes.

Israël en captivité dans l'Assyrie.

Origine de la secte des Samaritains.

Le royaume de Juda.

Captivité de Babylone.

Les Prophètes , leur Vocation , en quel lieu ils ont vécu et à quelle époque .

État du peuple pendant le temps de l'exil.

CHAPITRE VII.

Retour de la captivité de Babylone.

SUITE DU CHAPITRE VII.

Émigration pour l'Égypte.

CHAPITRE VIII.

Cruautés d'Antiochus Épiphanes.

Les Machabées.

Construction du temple égyptien.

Simon investi par la nation du pontificat et du trône.

État de la religion.

CHAPITRE IX.

Aristobule, Alexandre Janäus , Alexandra.

Hyrcan II, ou le royaume sous l'influence des Romains.

Hérodes.

Remarques générales.

Archelaus. Agrippa.

PRÉFACE.

Table des matières

Dans un siècle comme le nôtre, où le matérialisme, ce puissant moteur de l'activité humaine, absorbe à un si haut degré la vie morale et religieuse, que souvent on serait tenté de dire avec un ancien sage: «Tout tend à un même point, tout est tiré de la terre et retourne à la terre;» dans un tel siècle, il est difficile que l'éducation ne se ressente pas de la tendance générale des esprits, et que les études de la [pg II] jeunesse n'aient pour objet principal de satisfaire aux exigences d'une vie matérielle. De cet état de choses, il résulte nécessairement que les moments employés à l'instruction religieuse et morale étant fort restreints, ne suffisent plus à nos enfants pour s'occuper, comme autrefois, de toute notre littérature sacrée; et dès lors ils sont privés du seul moyen qui puisse leur donner une idée juste et parfaite de l'existence historique et religieuse du peuple israélite.

En publiant cet ouvrage, je me propose de remédier, au moins en partie, à cet inconvénient, et de donner à la jeunesse israélite une notion suffisante de l'histoire de la religion révélée et du peuple, choisi par la sagesse divine pour en être le dépositaire. La religion de Moïse est non-seulement basée sur l'histoire de sa révélation, mais elle est encore intimement unie à cette histoire; il faut donc faire connaissance avec celle-ci avant que celle-là puisse trouver accès. En d'autres termes, l'histoire de la religion doit ouvrir les portes de [pg III] l'âme de notre jeunesse avant que la religion elle-même puisse y entrer. L'Écriture Sainte seule nous présente, avec une noble simplicité, dans la véracité de ses traditions, cette histoire qui renferme et les plus beaux exemples de la vertu que l'homme puisse exercer sur la terre, et les preuves les plus éclatantes de l'existence d'une Providence divine: tous les devoirs qui nous incombent y puisent leurs motifs. Racontons-la donc à nos enfants, et soyons convaincus qu'elle exercera l'influence la plus salutaire sur leurs cœurs innocents.

J'ai cru indispensable de faire suivre l'histoire de la Sainte Écriture d'un précis de l'histoire politique de la nation, en considérant que celle-ci est aussi inséparablement attachée à l'histoire de la révélation, que celle qui traite la partie cosmique et patriarcale.

Pour les indications chronologiques, il m'a paru convenable de n'indiquer que l'ère de la création; mais une fois que les élèves savent le nombre d'années qui existent entre la création [pg IV] et l'ère vulgaire, ils peuvent facilement faire eux-mêmes la supputation.

En ajoutant cet ouvrage à mon catéchisme, je crois remettre entre les mains de nos enfants un tout complet qui, avec l'assistance de Dieu, ne manquera pas de produire des fruits bienfaisants.

[pg 5]

CHAPITRE PREMIER.

Table des matières

HISTOIRE GÉNÉALOGIQUE DU PEUPLE ISRAÉLITE.


La Création.

Table des matières

Mes amis, l'histoire de notre peuple, que j'ai l'intention de vous faire connaître, est une des plus anciennes de la terre; elle remonte aux premiers événements du monde, elle touche aux temps les plus reculés. C'est vers ce lointain obscur que nous devons diriger les yeux, si nous aimons à remonter à notre origine. Nous devons partir de la création du premier homme, de la formation de toute créature, qui date de près de six mille ans. Mais pour atteindre ce but, il n'y a pas un seul peuple, même le plus ancien sur la terre, qui ait conservé des traditions aussi symboliquement belles et en même temps aussi éternellement vraies que celles que possède le peuple d'Israël dans la Sainte Écriture laissée par Moïse, notre divin législateur. C'est donc l'histoire de la Sainte Écriture que je vais vous mettre sous les yeux. Écoutez, mes amis, de quelle manière elle nous raconte toutes ces merveilles.

[pg 6] Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Et la terre était informe et en désordre, et les ténèbres étaient sur la surface de l'abîme et l'esprit de Dieu planait sur la surface des eaux. Dieu dit: Que la lumière soit, et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres. Dieu nomma la lumière jour et les ténèbres nuit. Il fut soir et il fut matin, ce fut le premier jour. Dieu dit: Que le firmament soit au milieu des eaux et qu'il sépare les eaux d'avec les eaux. Dieu fit le firmament et sépara les eaux qui étaient sous le firmament d'avec les eaux qui étaient au-dessus du firmament; il en fut ainsi. Dieu nomma le firmament ciel; il fut soir, il fut matin; deuxième jour. Dieu dit: Que les eaux qui sont sous le ciel se rassemblent en un seul lieu, et que l'élément solide paraisse; il en fut ainsi. Dieu nomma l'élément solide terre, et le rassemblement d'eaux, mers. Dieu vit que c'était bien; Dieu dit: Que la terre fasse végéter toutes sortes de végétations: l'herbe portant sa semence, l'arbre fruitier formant son fruit selon son espèce, renfermant sa semence pour se reproduire sur la terre; il en fut ainsi, et Dieu vit que c'était bien: il fut soir, il fut matin, troisième jour. Dieu dit: Qu'il y ait des astres dans l'étendue du ciel pour faire distinguer le jour de la nuit; qu'ils servent de signes pour indiquer les époques, les jours et les années; qu'ils servent de luminaires dans l'étendue du ciel pour éclairer la terre; il en fut ainsi; Dieu fit les deux grands luminaires, le plus grand pour présider au jour, et le plus petit pour présider à la nuit, avec les étoiles; Dieu les plaça dans l'étendue du ciel pour éclairer la terre, pour présider au jour et à la nuit et pour séparer la lumière d'avec les ténèbres; Dieu [pg 7] vit que c'était bien: il fut soir, il fut matin; quatrième jour. Dieu dit: Que les eaux se peuplent d'êtres doués de vie, et que des volatiles volent sur la terre sous le firmament du ciel; Dieu créa les grands animaux de mer et tout être animé rampant, dont les eaux sont peuplées, selon leur espèce, ainsi que tous les volatiles ailés, selon leur espèce; Dieu vit que c'était bien. Dieu les bénit et dit: Soyez féconds, multipliez-vous, et remplissez les eaux de la mer, et que le volatile se multiplie sur la terre. Il fut soir, il fut matin, cinquième jour. Dieu dit: Que la terre produise des êtres animés selon leur espèce, le bétail, les reptiles et les animaux sauvages terrestres selon leur espèce; il en fut ainsi. Dieu fit les animaux sauvages terrestres selon leur espèce, le bétail selon son espèce, les reptiles terrestres selon leur espèce. Dieu vit que c'était bien. Dieu dit: Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance; et qu'il règne sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les animaux, sur toute la terre et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. Dieu créa l'homme à son image, il le créa mâle et femelle.


Adam.

Table des matières

Dieu forma l'homme de la poussière de la terre et lui souffla dans les narines le souffle de la vie; ainsi l'homme devint un être animé. Dieu vit tout ce qu'il avait fait et il vit que cela était bien: il fut soir, il fut matin; sixième jour. Ainsi furent achevés le ciel et la terre et tous leurs ordres. Le septième jour, Dieu avait fini l'œuvre qu'il avait faite, il se reposa le septième jour; il le bénit et le [pg 8] sanctifia, afin que pour nous aussi ce fût un jour de repos, de bénédiction et de sanctification, que ce jour nous rappelât à jamais qu'il n'y a qu'un Dieu, qui a créé le monde et qui le gouverne, et que ce n'est que conformément à la volonté divine que l'homme peut régner sur la terre.


Eve (Chava).

Table des matières

L'Éternel Dieu planta un jardin dans Éden, du côté de l'orient, il y plaça l'homme qu'il avait créé. Dieu fit sortir de la terre tous les arbres agréables à la vue et bons à manger, et l'arbre de la vie au milieu du jardin, ainsi que l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Et un fleuve sortait d'Éden pour arroser le jardin, et de là il se divisait pour former quatre principales branches. La première se nommait Pichon, la seconde Guichon, la troisième Hidekel et la quatrième Euphrate. L'Éternel Dieu prit l'homme et le plaça dans le jardin d'Éden pour le cultiver et pour le garder, et lui donna des ordres en ces termes: De chaque arbre du jardin vous pouvez manger. Mais vous ne mangerez pas de celui de la science du bien et du mal; car dès que vous en aurez mangé vous mourrez. Dieu dit aussi: Il n'est pas bon à l'homme d'être seul, je lui donnerai une compagne. L'Éternel Dieu fit tomber l'homme dans un grand assoupissement, et il l'endormit; il prit ensuite une de ses côtes dont il remplit la place par d'autre chair. L'Éternel Dieu forma une femme de la côte qu'il avait prise à l'homme, et l'amena à l'homme. L'homme alors dit: C'est l'os de mes os, c'est la chair de ma chair. [pg 9] Celle-ci s'appellera du nom qui marquera l'homme parce qu'elle a été tirée de l'homme. C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils ne feront qu'une seule chair. Tous deux, l'homme et la femme étaient nus, et n'en avaient pas de honte.


Péché des premiers hommes.

Table des matières

Le serpent était le plus rusé de tous les animaux de la terre que l'Éternel Dieu avait faits; il dit à la femme: Quand même Dieu aurait dit: Ne mangez d'aucun fruit de ce jardin... La femme répondit au serpent: Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin; quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: N'en mangez pas, et n'y touchez pas, vous en mourriez. Le serpent dit à la femme: Vous n'en mourrez pas; mais Dieu sait qu'aussitôt que vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront, vous serez comme des êtres divins, connaissant le bien et le mal. La femme vit que le fruit était bon à manger, beau et agréable à la vue; elle cueillit du fruit et en mangea, et en donna aussi à son mari, qui en mangea également. Les yeux de tous les deux s'ouvrirent; ils remarquèrent qu'ils étaient nus; alors ils tressèrent des feuilles de figuier et s'en firent des ceintures. Ils entendirent la voix de Dieu parcourant le jardin du côté de l'orient; Adam et sa femme cherchèrent à se cacher devant l'Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin. Dieu appela Adam et lui dit: Où êtes-vous? Il répondit: J'ai entendu votre voix dans le jardin, j'ai eu peur, car je suis nu, et [pg 10] je me suis caché. Dieu lui dit: Qui vous a dit que vous étiez nu? Avez-vous mangé du fruit dont je vous ai défendu de manger? Adam répondit: La femme que vous avez mise près de moi m'a donné du fruit de cet arbre, et j'en ai mangé. L'Éternel Dieu dit à la femme: Qu'avez-vous fait? La femme répondit: Le serpent m'a séduite, et j'en ai mangé. L'Éternel Dieu dit au serpent: Puisque tu as fait cela, tu seras maudit parmi toutes les bêtes et tous les animaux des champs; tu ramperas sur le ventre; tu mangeras de la poussière pendant tous les jours de ta vie. Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre sa race et la tienne; elle te brisera la tête, et tu la mordras par le talon. Il dit à la femme: Je multiplierai les douleurs et les souffrances de votre grossesse; vous enfanterez avec douleur; vos désirs se tourneront vers votre mari, et il vous dominera. Il dit à Adam: Puisque vous avez écouté la voix de votre femme, et que vous avez mangé de l'arbre dont je vous avais défendu de manger, que la terre soit maudite à cause de vous: vous vous en nourrirez péniblement pendant toute votre vie; elle vous produira des épines et des ronces; vous mangerez l'herbe des champs; vous mangerez votre pain à la sueur de votre front jusqu'à ce que vous retourniez à la terre d'où vous avez été tiré, car vous êtes poussière et vous retournerez à la poussière. Adam nomma sa femme Chava (Ève), parce qu'elle a été la mère de tous les vivants. L'Éternel Dieu fit à Adam et à sa femme des tuniques de peau, et les en revêtit. L'Éternel Dieu dit: Maintenant l'homme est comme l'un de nous, pour connaître le bien et le mal, maintenant il pourrait étendre sa main, cueillir du fruit de l'arbre de vie, en manger et vivre éternellement. [pg 11] L'Éternel Dieu le renvoya du jardin d'Éden, pour cultiver le sol dont il avait été tiré. Il chassa Adam, plaça vers l'orient du jardin d'Éden, les chérubins et la lame flamboyante du glaive qui tourne, pour garder le chemin de l'arbre de vie.


Caïn et Abel (Hébel).

Table des matières

Adam connut Ève, sa femme; elle conçut et enfanta Caïn. Elle dit: J'ai acquis un homme de l'Éternel. Elle enfanta de nouveau son frère Abel (Hébel). Abel fut gardien de troupeaux, et Caïn laboureur. Au bout de quelque temps, Caïn apporta un présent à l'Éternel, des fruits de la terre. Abel apporta aussi des premiers-nés de son plus beau bétail. L'Éternel fit attention à Abel et à son oblation; mais il ne fit point attention à Caïn ni à son offrande. Caïn en fut très-irrité, et son visage en fut abattu. L'Éternel dit à Caïn: Pourquoi cela vous irrite-t-il? et pourquoi êtes-vous si abattu? Certes, si vous vous conduisez bien, vous serez considéré; si vous ne vous conduisez pas bien, le péché vous assiégera à la porte; il veut vous atteindre, mais vous pouvez le maîtriser. Caïn parla à son frère Abel, et comme ils se trouvaient aux champs, Caïn s'éleva contre son frère Abel et le tua. L'Éternel dit à Caïn: Où est votre frère Abel? Il répondit: Je ne le sais pas; suis-je le gardien de mon frère? Il dit: Qu'avez-vous fait? La voix du sang de votre frère crie de la terre vers moi; maintenant soyez maudit de dessus la terre, qui a ouvert son sein pour recevoir de votre main le sang de votre frère. Lorsque vous cultiverez le sol, il [pg 12] ne vous prêtera plus ses forces; vous serez agité et fugitif sur la terre. Caïn dit à l'Éternel: Mon châtiment est trop grand pour être supporté; puisque vous m'expulsez aujourd'hui de cette contrée, je dois me cacher devant vous, et être errant et fugitif sur la terre; quiconque donc me trouvera, me tuera. Mais l'Éternel lui répondit: Celui qui tuera Caïn sera exposé à une septuple vengeance. Ensuite il mit sur Caïn un signe, pour que tout venant ne le tuât pas. Caïn sortit de la présence de l'Éternel, et s'établit dans le pays de Nod, vers l'orient d'Éden.


Suite des patriarches vivant avant le déluge.

Table des matières

Caïn connut sa femme qui conçut et enfanta Henoch; il bâtit ensuite une ville et nomma cette ville du nom de son fils Henoch; Henoch engendra Irad; celui-ci engendra Méhouiael; ce dernier engendra Métouchael, qui engendra Lemech. Lemech prit deux femmes: le nom de l'une fut Ada et le nom de la seconde Tzila; Ada enfanta Jabal: il fut le père des peuples habitant sous des tentes, et des pasteurs; le nom de son frère fut Joubal; celui-ci fut le père de ceux qui jouaient de la harpe et de la flûte. Tzila eut aussi un fils, Toubal Caïn, qui travaillait les instruments de cuivre et de fer, la sœur de Toubal Caïn s'appela Naéma. Lemech1 dit à ses femmes: Ada et Tzila, écoutez ma voix, femmes de Lemech, soyez attentives à mes paroles: je tue un homme après avoir été blessé, je tue un jeune homme après avoir été meurtri, (ne craignez rien, car) si Caïn doit être vengé au septuple, Lemech le sera soixante-dix-sept fois.

[pg 13]

Voici le livre de la généalogie de l'homme. Adam, à l'âge de cent trente ans, engendra à sa ressemblance, à son image, un fils qu'il nomma Seth. Après la naissance de Seth, Adam vécut encore huit cents ans, il eut encore des fils et des filles; Adam ayant atteint l'âge de neuf cent trente ans, mourut. Seth, à l'âge de cent cinq ans, engendra Énosch; après avoir engendré Énosch, Seth vécut encore huit cent sept ans, et il eut des fils et des filles; (930) lorsque Seth eut atteint l'âge de neuf cent douze ans, il mourut. Énosch, à l'âge de quatre-vingt-dix ans, engendra Kénan; après avoir engendré Kénan, Énosch vécut encore huit cent quinze ans, et il eut des fils et des filles; (1042) lorsque Énosch eut atteint l'âge de neuf cent cinq ans, il mourut. Kénan, à l'âge de soixante-dix ans, engendra Mahalalel; après avoir engendré Mahalalel, (1140) Kénan vécut encore huit cent quarante ans, et il eut des fils et des filles; lorsque Kénan eut atteint l'âge de neuf cent dix ans, il mourut. Mahalalel, à l'âge de soixante-cinq ans, engendra Jéred; après avoir engendré Jéred, Mahalalel vécut encore huit cent trente ans, il eut des fils et des filles; (1235) après que Mahalalel eut atteint l'âge de huit cent quatre-vingt-quinze ans, il mourut. [pg 14] (1290) Jéred, à l'âge de cent soixante-deux ans, engendra Hénoch; Jéred, après avoir engendré Hénoch, vécut encore huit cents ans, il eut des fils et des filles; Jéred, après avoir atteint l'âge de neuf cent soixante-deux ans, mourut. (1422) Hénoch, à l'âge de soixante-cinq ans, engendra Métouselah; Hénoch, après avoir engendré Métouselah, marcha encore dans la voie de Dieu pendant trois cents ans, il eut des fils et des filles; Hénoch atteignit l'âge de trois cent soixante-cinq ans; Hénoch marchait dans la voie de Dieu, et il ne fut plus, car Dieu l'avait pris. Métouselah, après avoir atteint l'âge de cent quatre-vingt-sept ans, engendra Lemech; Métouselah, après avoir engendré Lemech, vécut encore sept cent quatre-vingt deux ans, il eut des fils et des filles; (1656) Métouselah mourut après avoir atteint l'âge de neuf cent soixante-neuf ans. Lemech, à l'âge de cent quatre-vingt-deux ans, engendra un fils; il le nomma Noach, disant: Celui-ci nous consolera de nos travaux et des pénibles occupations de nos mains et dans la terre que l'Éternel a maudite. Lemech, après avoir engendré Noach, vécut encore cinq cent quatre-vingt-quinze ans; il eut des fils et des filles; après que Lemech eut atteint l'âge de sept cent soixante-dix-sept ans, il mourut. Noach, à l'âge de cinq cents ans, engendra Schem, Ham (Cham) et Japhet2.

[pg 15]


Noé (Noach) et le déluge.

Table des matières

Ces dix générations passées, les hommes commencèrent à se répandre sur la terre, et les fils des grands voyant que les filles du peuple étaient belles, prirent pour femmes celles d'entre elles qui leur plurent. La corruption devint de jour en jour plus grande et plus générale; la terre était pleine de violence, chaque créature avait corrompu sa voie. Alors l'Éternel vit que la malice de l'homme était grande sur la terre, et que toutes les pensées de son cœur tendaient constamment vers le mal. L'Éternel dit: Mon esprit ne combattra pas toujours dans l'homme, car dans son erreur il est chair. Le temps de l'homme ne sera plus que de six-vingts ans. (Ce terme lui fut encore accordé, afin qu'il eût le temps de se repentir de ses péchés et de s'amender; mais après ce laps de temps l'homme étant demeuré dans son endurcissement), l'Éternel dit: Je veux exterminer de dessus la terre l'homme que j'ai créé, les animaux, les reptiles et jusqu'à l'oiseau du ciel, car je me repens de les avoir faits.

Noé, homme droit et intègre dans son temps, et qui marcha avec Dieu, trouva seul grâce aux yeux de l'Éternel. Alors Dieu dit à Noé: La fin de toute créature est venue devant moi, car la terre est remplie de violence à cause d'eux. Je veux donc les détruire avec la terre. Faites-vous une arche de bois de gopher: vous y ferez des cases; enduisez-la de bitume en dedans et en dehors. Et voici comment vous la ferez: elle aura trois cents coudées de long, cinquante de large et trente de haut; vous ferez un transparent à l'arche, et la réduirez au faîte jusqu'à une [pg 16] coudée; vous placerez la porte de l'arche sur le côté, vous y pratiquerez un compartiment inférieur, un second et un troisième. Je ferai venir sur la terre une confusion d'eau pour détruire toute créature ayant un souffle de vie sous le ciel; tout ce qui est sur la terre périra. J'établirai mon pacte avec vous, vous viendrez dans l'arche, vous, vos fils, votre femme et les femmes de vos fils. Et vous ferez venir dans l'arche de tout ce qui vit, de toute chair, deux de chaque espèce pour être conservés; qu'ils soient mâle et femelle; du volatile selon son espèce, des quadrupèdes selon leur espèce, de tous les reptiles de la terre, ils doivent venir avec vous pour être conservés. Et vous, prenez pour vous de tout comestible dont on se nourrit, amassez-le, qu'il serve à vous et à eux de nourriture. Et Noé fit ainsi; il fit tout, comme Dieu le lui avait ordonné. Mais les hommes n'y firent aucune attention, ne se corrigèrent point, et continuèrent à faire le mal comme auparavant. Et l'arche fut construite. Alors Dieu dit à Noé: Entrez, vous et votre famille, dans l'arche; car vous êtes le seul que j'aie vu pur devant moi, dans ce siècle. De chaque animal pur vous prendrez sept couples, le mâle et la femelle; et de celui qui n'est pas pur, vous prendrez seulement deux, le mâle et la femelle; du volatile, sous le ciel, aussi sept, le mâle et la femelle, afin d'en conserver le germe sur la terre; car sept jours encore, et je ferai pleuvoir sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits; je détruirai toute substance que j'ai faite sur la terre. Noé fit ainsi que Dieu le lui avait ordonné.

Noé avait six cents ans, lorsque le déluge couvrit toute la surface de la terre. La six centième année de la vie de Noé, le dix-septième jour du second mois, toutes les [pg 17] sources du grand abîme jaillirent, et les cataractes du ciel s'ouvrirent; la pluie tomba sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits. Ce même jour, Noé entra dans l'arche, avec Sem, Cham et Japheth ses fils, sa femme et les trois femmes de ses fils, et de chaque créature y entrèrent, mâle et femelle, selon l'ordre de Dieu; ensuite l'Éternel ferma l'arche. Le déluge durait depuis quarante jours sur la terre; les eaux s'élevant soulevaient l'arche qui se mouvait sur les eaux. L'inondation s'éleva de plus de quinze coudées au-dessus des plus hautes montagnes, en sorte que toute chair qui se meut sur la terre périt, les oiseaux, le bétail, les animaux et les reptiles rampant sur la terre, ainsi que tout le genre humain. Tout ce qui avait en ses narines un souffle de vie, tout ce qui se trouvait sur le sol, mourut. Ainsi périt tout être qui se trouvait sur la terre, il ne resta que Noé et ce qui était avec lui dans l'arche. Les eaux s'accrurent sur la terre pendant cent cinquante jours. Mais Dieu s'étant souvenu de Noé, de tous les animaux et de toutes les bêtes qui étaient avec lui dans l'arche, fit souffler un vent sur la terre, et les eaux s'abaissèrent. Les sources de l'abîme et les écluses du ciel se refermèrent, et la pluie ne tomba plus du ciel. Les eaux se retirèrent de dessus la terre, agitées de côté et d'autre, et diminuèrent au bout de cent cinquante jours. Alors l'arche se posa sur les montagnes d'Ararate (Arménie), le dix-septième jour du septième mois. Les eaux allèrent en diminuant jusqu'au dixième mois; le premier jour du dixième mois, le sommet des montagnes fut visible. Au bout de quarante jours, Noé ouvrit la fenêtre de l'arche et lâcha un corbeau, qui sortit, allant et rentrant jusqu'à l'entier desséchement du sol. Il envoya aussi une [pg 18] colombe afin de voir si les eaux avaient baissé sur la terre. Mais la colombe ne trouvant pas d'appui pour se reposer, revint à l'arche, car l'eau couvrait encore toute la terre; Noé étendit sa main, la prit et la rentra dans l'arche. Il attendit encore sept autres jours, et il lâcha de nouveau la colombe; la colombe revint près de lui vers le soir tenant en son bec une branche d'olivier; alors Noé comprit que les eaux avaient diminué sur la terre. Il attendit encore sept autres jours, et il lâcha la colombe, qui alors ne revint plus vers lui. Dans la six cent unième année de Noé, le premier jour du premier mois, les eaux avaient disparu de dessus la terre; Noé ôta la toiture de l'arche, et il vit que la surface de la terre était sèche. C'était le vingt-septième jour du second mois. Dieu parla a Noé et dit: Sortez de l'arche, vous, votre femme, vos fils et les femmes de vos fils avec vous; toute espèce d'animaux étant avec vous, oiseaux, bêtes et reptiles rampant sur la terre, sortez-les avec vous; qu'ils se perpétuent sur la terre, se fécondent et se multiplient sur la terre. Et Noé sortit avec ses fils, sa femme et les femmes de ses fils, tout animal, tout reptile, tout oiseau, tout ce qui rampe sur la terre sortit de l'arche, par famille. Or, Noé construisit un autel à l'Éternel, il prit de toute espèce d'animaux purs et de toute espèce d'oiseaux purs, et les lui offrit en holocauste sur cet autel. L'Éternel reçut ce sacrifice comme un encens agréable, et il dit: Je ne maudirai plus la terre, à cause de l'homme, quoique l'instinct du cœur de l'homme soit mauvais dès sa jeunesse; je ne frapperai plus tout ce qui vit, comme j'ai fait; pendant toute la durée de la terre, les semailles, la moisson, le froid, le chaud, l'été, l'hiver, le jour et la nuit ne s'arrêteront pas.

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Alliance de Dieu avec Noé.

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Dieu dit à Noé et à ses fils: je vais faire alliance avec vous et avec vos descendants après vous; avec toute créature vivante qui se trouve avec vous, les oiseaux, les bêtes, les animaux de la terre qui sont sortis avec vous de l'arche et qui vivent sur la terre. Je ferai alliance avec vous: le déluge ne détruira plus tout être; il n'y aura plus de déluge pour détruire la terre. Dieu dit: Voici le signe de l'alliance que j'établis entre moi, vous, et toutes les créatures vivantes qui sont avec vous, à perpétuité. J'ai placé mon arc dans le nuage; qu'il soit le signe entre moi et vous. Il adviendra qu'en formant un nuage au-dessus de la terre, l'arc étant apparent dans le nuage, je me rappellerai alors cette alliance entre moi et vous, et toute créature douée de vie; les eaux ne formeront plus un déluge pour tout détruire; cet arc sera dans le nuage, et je le regarderai pour me rappeler l'alliance perpétuelle entre Dieu et toute créature vivante sur la terre. Dieu dit encore à Noé: Ce sera là le signe de l'alliance que j'ai faite avec toute chair qui est sur la terre.

Noé avait trois fils qui sortirent de l'arche, Sem, Cham et Japheth; et c'est d'eux qu'est sortie toute la race des hommes qui sont sur la terre. Noé vécut encore trois cent cinquante ans depuis le déluge. Et tout le temps de sa vie ayant été de neuf cent cinquante ans, il mourut. (2006)

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Tour de Babel et dispersion des hommes.

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Les hommes s'étant multipliés de nouveau sur la terre, et celle-ci n'ayant qu'une seule langue et qu'une même manière de parler, ils trouvèrent, en partant du côté de l'orient, une vallée dans le pays de Sennaar et ils y habitèrent; dans la crainte d'être un jour séparés, ils résolurent de bâtir une ville et une tour qui s'élevât jusqu'au ciel. Mais le Tout-Puissant, qui par sa sagesse souveraine jugea bon et nécessaire que la dispersion de la race humaine s'effectuât, confondit tellement leur langage, qu'ils ne s'entendaient plus les uns les autres. C'est ainsi qu'ils cessèrent de bâtir cette ville, appelée pour cette raison Babel, c'est-à-dire, confusion, parce que c'est là que fut confondu le langage de toute la terre. Dieu dispersa ensuite les hommes dans toutes les régions du monde. C'est ainsi que se formèrent les différents peuples et les divers langages. Les descendants de Sem peuplèrent le centre et le sud de l'Asie; les descendants de Cham, l'ouest de l'Asie et l'Afrique; et les descendants de Japheth, l'Europe.

Le quatrième fils de Cham s'appela Chanaan; de lui sont sortis les Chananiens; son petit-fils s'appela Nimrod, c'était un ardent chasseur, il fut le premier roi de Babel. Parmi les descendants de Sem, il y avait un homme qui se nommait Tharé (Therach), il avait trois fils: Abram, Nachor et Haran. Haran était le père de Lot. Abram et Nachor se choisirent des femmes, le nom de la femme d'Abram était: Saraï (plus tard Sarah), et le nom de celle de Nachor était Milcha. Tharé ayant donc pris Abram [pg 21] son fils, Lot son petit-fils, et Saraï sa belle fille, les fit sortir d'Ur en Chaldée, pour aller avec lui dans le pays de Chanaan, et étant venus jusqu'à Haran, ils y habitèrent. Et Tharé, après avoir vécu deux cent cinq ans, mourut à Haran (Charan).

Notes

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CHAPITRE II.

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DEPUIS ABRAHAM JUSQU'A MOÏSE.

(1948-2368)


A cette époque la connaissance d'un seul vrai Dieu ne se retrouvait plus chez tous ces peuples, qui, comme nous l'avons vu, avaient été répandus par la volonté de Dieu de la vallée de Sennaar (Babylonie) par toutes les régions de la terre; tous étaient tombés dans l'idolâtrie, et par suite dans le péché et dans le vice. Et comme le service des faux dieux se continuait déjà depuis des siècles, l'Éternel, toute bonté, résolut enfin d'introduire au milieu des peuples un autre peuple qui, par les révélations divines dont il serait le dépositaire, serait aussi, par sa vie et par ses destinées remarquables, choisi pour conserver la vraie connaissance de Dieu et pour la répandre parmi les hommes. C'est alors que pour atteindre ce but élevé, Dieu choisit pour tige de ce peuple l'homme le plus digne de ses révélations et le plus apte à les communiquer. Cet homme pieux, qui jouissait de la confiance et de l'amour [pg 23] de Dieu, cet homme par qui toutes les nations de la terre devaient être bénies un jour, s'appelait alors Abram, et plus tard Abraham.


Abraham.

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Déjà, le père d'Abraham, Tharé était sorti, comme nous l'avons vu plus haut, de la Mésopotamie, sa patrie, pour habiter le pays de Chanaan, mais il ne vint qu'à Haran (Carra en Syrie) et y resta pendant tous les jours de sa vie. Ce n'est qu'Abraham, qui, quittant pour toujours sa patrie, entra en Chanaan lorsque l'Éternel lui apparut et lui dit: Allez vous-en de votre pays, du lieu de votre naissance et de la maison de votre père au pays que je vous montrerai. Je ferai de vous une grande nation, je vous bénirai, j'agrandirai votre nom, vous serez une bénédiction. Je bénirai ceux qui vous béniront et je maudirai ceux qui vous maudiront, et toutes les familles de la terre seront bénies en vous. Abraham partit alors comme l'Éternel le lui avait dit, Lot alla avec lui. Abraham était âgé de soixante-quinze ans lorsqu'il sortit de Haran. Abraham emmena sa femme Saraï, Lot son neveu, tout le bien qu'ils avaient acquis, le personnel qu'ils avaient formé à Haran; ils sortirent pour se rendre dans le pays de Chanaan, où ils arrivèrent bientôt. Abraham traversa le pays jusqu'à la contrée de Chechem, jusqu'au bocage de Moré. Les Chananéens occupaient alors ce pays-là. Or l'Éternel apparut à Abraham et lui dit: Je donnerai ce pays à votre postérité. Abraham dressa en ce lieu un autel à l'Éternel, comme souvenir de son apparition. Étant passé de là vers [pg 24] une montagne qui est à l'orient de Bethel, il y tendit ses tentes, ayant Bethel à l'occident, et la ville d'Aï à l'orient. Il dressa encore en ce lieu un autel et invoqua le nom de l'Éternel. Abraham alla encore plus loin, marchant toujours et s'avançant vers le midi. Il y parcourut avec ses nombreux troupeaux les fertiles vallées et les plaines, annonçant partout le nom de Dieu unique et éternel. Une famine générale le força, quelque temps après, de se diriger vers la fertile Égypte située dans ces environs. Toutefois, après y avoir été éprouvé de Dieu à diverses reprises, il se rendit bientôt de nouveau à Chanaan et demeura d'abord à Bethel, et plus tard, au bocage de Mamré près d'Hébron, abandonnant à Lot, son neveu, les contrées de Sodome à cause d'une querelle qui s'était élevée entre leurs pasteurs. Car leurs troupeaux s'étant multipliés de jour en jour, le pays ne leur suffisait plus; de sorte qu'ils se gênaient l'un l'autre. Abraham dit donc à Lot: Qu'il n'y ait point, je vous prie, de dispute entre vous et moi, ni entre mes pasteurs et les vôtres, parce que nous sommes frères. Vous voyez devant vous tout le pays. Retirez-vous, je vous prie, d'auprès de moi. Si vous allez vers la gauche, je prendrai la droite: si vous choisissez la droite, j'irai vers la gauche. Lot choisit alors sa demeure vers le Jourdain, en se retirant du côté de l'orient. C'est ainsi qu'ils se séparèrent l'un de l'autre. Abraham demeura dans la terre de Chanaan, et Lot dans les villes qui étaient aux environs du Jourdain: et il habita Sodome. Or, les habitants de Sodome étaient devant Dieu des hommes perdus de vices; et leur corruption était montée à son comble. L'Éternel dit donc à Abraham, après que Lot se fut séparé d'avec lui: Levez les yeux et regardez de l'endroit où vous [pg 25] êtes, vers le nord, le midi, le levant et le couchant; car tout le pays que vous voyez, je le donnerai à vous et à votre postérité, pour toujours: je rendrai votre postérité comme la poussière de la terre: que si quelqu'un peut compter la poussière de la terre, il pourra aussi compter votre postérité; levez-vous, parcourez le pays en long et en large, car c'est à vous que je le donnerai. Abraham éleva alors un autel à l'Éternel pour le remercier de cette prédiction.

A cette époque il arriva que le roi de Sodome fut vaincu dans une guerre et que les vainqueurs ayant pris toutes les richesses et les vivres de Sodome, se retirèrent, et emmenèrent aussi Lot, fils du frère d'Abraham, qui demeurait dans Sodome, et tout ce qui était à lui. Un fuyard vint en apporter la nouvelle à Abraham. Et aussitôt que celui-ci apprit que son parent avait été fait prisonnier, il arma trois cent dix-huit serviteurs choisis parmi les plus habiles de ceux qui étaient nés dans sa maison, et poursuivit les vainqueurs jusqu'à Dane. Il forma deux corps de ses gens et de ses alliés, et venant fondre sur les ennemis durant la nuit, il les défit et les poursuivit jusqu'à Hoba qui est à la gauche de Damas. Il ramena avec lui tout le butin qu'ils avaient pris, Lot, son neveu, avec tout ce qui était à lui, les femmes et tout le peuple. Et le roi de Sodome sortit au-devant de lui dans la vallée de Savé appelée aussi la vallée du Roi. Malchisedek, roi de Chalème, fit apporter du pain et du vin; il était prêtre du Dieu suprême; il bénit Abraham, en disant: Qu'Abraham soit béni du Dieu très-haut, qui a créé le ciel et la terre: et que le Dieu très-haut soit béni, lui qui par sa protection vous a mis vos ennemis entre les mains. Il lui donna la dîme de tout [pg 26] ce qu'il avait. Or, le roi de Sodome dit à Abraham: Donnez-moi les personnes, et prenez le reste pour vous. Abraham lui répondit: Je lève la main et je jure par l'Éternel, le Dieu très-haut, possesseur du ciel et de la terre, que je ne recevrai rien de ce qui est à vous, depuis le moindre fil jusqu'à un cordon de soulier; afin que vous ne puissiez pas dire que vous avez enrichi Abraham. Rien pour moi, seulement ce que mes gens ont pris pour leur nourriture, et ce qui est dû à ceux qui sont venus avec moi, Aner, Escol et Mamré, qui pourront prendre leur part du butin.


Promesse de l'Éternel et piété d'Abraham.

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Ensuite l'Éternel parla à Abraham dans une vision, et lui dit: Ne craignez point, Abraham; je suis votre protecteur, votre récompense sera infiniment grande. Abraham répondit: O Éternel, mon Dieu, que me donnerez-vous? je marche sans enfants, et l'intendant de ma maison est Eliézer de Damas. Abraham continua: Voyez! vous ne m'avez pas donné d'enfants; ainsi mon serviteur sera mon héritier. Alors l'Éternel lui répondit ainsi: Non, celui-ci ne sera point votre héritier, mais celui qui sortira de vos entrailles héritera de vous. Regardez donc vers le ciel, et comptez les étoiles, si vous pouvez les compter; ainsi, ajouta-t-il, sera votre postérité. Abraham crut à Dieu, et sa foi lui fut imputée à justice. Il offrit un jour un sacrifice, selon la demande de l'Éternel qui lui confirma ses promesses par un signe sensible et continua ainsi: Sachez dès maintenant que votre postérité demeurera dans un [pg 27] pays étranger, et qu'elle sera réduite en servitude et accablée de maux pendant quatre cents ans. Mais j'exercerai mes jugements sur le peuple auquel ils seront assujettis, et ils sortiront ensuite de ce pays avec de grandes richesses. Quant à vous, vous irez en paix auprès de vos pères, vous serez enseveli après une vieillesse heureuse. Mais vos descendants reviendront en ce pays-ci après la quatrième génération, parce que la mesure des iniquités des Amorrhéens n'est pas encore remplie présentement.

En ce jour-là l'Éternel fit alliance avec Abraham en lui disant: Je donnerai ce pays à votre postérité, depuis le fleuve d'Égypte jusqu'au grand fleuve d'Euphrate. Abraham après avoir séjourné pendant dix ans dans le pays de Chanaan, prit pour seconde femme sa servante, Hagar; elle lui enfanta un fils, qu'il nomma Ismaël. Abraham avait quatre-vingt-six ans lorsque Hagar lui enfanta Ismaël.


Alliance de la circoncision.

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Lorsque Abraham fut âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, l'Éternel lui apparut et lui dit: Je suis le Dieu Tout-Puissant, marchez devant moi et soyez parfait; je ferai alliance avec vous, et je vous multiplierai jusqu'à l'infini. Voici le pacte que je fais avec vous, afin que vous l'observiez et votre postérité après vous: tous les mâles d'entre vous seront circoncis. Ce sera le signe de l'alliance entre moi et vous. L'enfant de huit jours sera circoncis parmi vous; et dans la suite de toutes les générations, tous les enfants mâles, tant les esclaves qui seront nés en votre maison, que tous ceux que vous aurez achetés, et qui ne seront [pg 28] point de votre race, seront circoncis. Mon alliance sera pour votre chair une alliance perpétuelle. Tout mâle dont la chair n'aura pas été circoncise, sera exterminé du milieu de son peuple, parce qu'il aura violé mon alliance. Dieu dit encore à Abraham: Je bénirai aussi votre femme Saraï, je vous donnerai aussi un fils né d'elle, que vous nommerez Isaac; et je ferai un pacte avec lui, et avec sa postérité après lui, afin que mon alliance avec eux soit éternelle. L'entretien de Dieu avec Abraham étant fini, celui-ci prit Ismaël son fils, et tous les esclaves nés dans sa maison, tous ceux qu'il avait achetés, et généralement tous les mâles qui étaient parmi ses domestiques; il les circoncit tous aussitôt en ce même jour, selon que Dieu le lui avait commandé. Abraham avait quatre-vingt-dix-neuf ans, lorsqu'il se circoncit; et Ismaël avait treize ans accomplis lorsqu'il reçut la circoncision. Abraham et son fils Ismaël furent circoncis en un même jour. En ce même jour encore furent circoncis tous les mâles de sa maison, tant les esclaves nés chez lui, que ceux qu'il avait achetés, et qui étaient nés dans des pays étrangers.

C'est à cette occasion que le nom d'Abram, c'est-à-dire père élevé, fut changé en celui d'Abraham, c'est-à-dire, père élevé de la multitude, et que le nom de Saraï, c'est-à-dire ma princesse, fut changé en celui de Sarah, la princesse.

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Hospitalité d'Abraham. Naissance d'Isaac prédite pour la dernière fois. Intercession d'Abraham. Destruction de Sodome.

Table des matières

L'Éternel apparut un jour à Abraham dans le bocage de Mamré, lorsqu'il était assis à la porte de sa tente dans la plus grande chaleur du jour. Abraham ayant levé les yeux, trois hommes lui apparurent près de lui. Aussitôt qu'il les eut aperçus, il courut de la porte de sa tente au-devant d'eux, et se prosterna en terre, et dit: Seigneurs, si j'ai trouvé grâce devant vos yeux, ne passez pas la maison de votre serviteur. J'apporterai de l'eau pour laver vos pieds; et alors vous vous reposerez sous cet arbre, jusqu'à ce que je vous serve un peu de pain pour reprendre vos forces; car c'est pour cela que vous êtes venus vers votre serviteur, et vous continuerez ensuite votre chemin. Ils lui répondirent: Faites ce que vous avez dit. Abraham entra promptement dans sa tente, et dit à Sarah: Pétrissez vite trois mesures de farine, et faites-en des gâteaux. Il courut en même temps à son troupeau, y prit un veau d'une chair tendre et succulente, et le donna à un serviteur, qui se hâta de le faire cuire. Ayant pris ensuite du beurre et du lait, avec le veau qu'il avait fait cuire, il le servit devant eux, et ils mangèrent, tandis qu'il se tenait debout près d'eux. Ils lui dirent: Où est Sarah votre femme? Il leur répondit: Elle est dans la tente. L'un d'eux dit à Abraham: Je vous reviendrai voir dans un an, à cette même époque: je vous trouverai tous deux en vie, et Sarah votre femme aura un fils. Ce que Sarah ayant entendu, elle se mit à rire derrière la porte de la tente. Car ils [pg 30] étaient tous deux vieux et fort avancés en âge. Elle rit donc secrètement, disant en elle-même: Lorsque je suis devenue vieille, et que mon seigneur est vieux aussi, aurais-je de la volupté? Mais l'Éternel dit à Abraham: Pourquoi Sarah a-t-elle ri, en disant: Serait-il bien vrai que je puisse avoir un enfant, étant vieille comme je suis? Y a-t-il rien de difficile à Dieu? Je vous reviendrai voir, comme je vous l'ai promis, dans un an en ce même temps, je vous trouverai tous deux en vie, et Sarah aura un fils. Je n'ai point ri, répondit Sarah; et elle le nia, parce qu'elle était tout épouvantée. Non, dit-il, cela n'est pas ainsi, car vous avez ri.—Ces hommes s'étant donc levés de ce lieu, tournèrent leurs pas vers Sodome, et Abraham allant avec eux les reconduisit. Dieu lui fit connaître alors qu'il punirait les villes de Sodome et d'Amora, à cause de leurs grands péchés. Abraham intercéda pour les habitants de ces villes et sollicita instamment auprès de Dieu pour qu'il voulût leur pardonner et les ménager. Abraham avait tant fait, qu'il lui fut promis que ces deux villes seraient épargnées s'il s'y trouvait seulement dix justes. Mais ce petit nombre de dix ne s'y trouva même pas; tous étaient impies, tous viciés et corrompus. C'est pourquoi dès le lendemain matin, lorsque le soleil se levait sur la terre, une punition terrible leur fut infligée. Après que Lot, neveu d'Abraham, eut été emmené avec sa famille, l'Éternel fit descendre du ciel sur Sodome et sur Amora, une pluie de soufre et de feu, et il perdit ces villes avec tous leurs habitants, tout le pays d'alentour avec ceux qui l'habitaient, et tout ce qui avait vie sur la terre. Depuis ce jour toute cette contrée n'est qu'un lac salé et plein de soufre, en signe de la malédiction du ciel que s'attirent les crimes des hommes.

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Naissance d'Isaac. Sacrifice d'Abraham.

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Après qu'Abraham eut changé de domicile, qu'il eut habité en Gerar, où il fut de nouveau éprouvé de Dieu, l'Éternel pensa à Sarah comme il avait dit; elle conçut et enfanta un fils en sa vieillesse, dans le temps que Dieu lui avait prédit. Abraham donna le nom d'Isaac (Jitzchak) à son fils né de Sarah, et il le circoncit le huitième jour, selon le commandement qu'il en avait reçu de Dieu, ayant alors cent ans; car ce fut à cet âge-là qu'il devint père d'Isaac. Et Sarah dit alors: Dieu m'a donné un sujet de ris et de joie; quiconque l'apprendra, s'en réjouira avec moi. Et elle ajouta: Qui croirait qu'on aurait jamais pu dire à Abraham, que Sarah nourrirait de son lait un fils qu'elle lui aurait enfanté lorsqu'il serait déjà vieux? Cependant l'enfant crût, et on le sevra, et Abraham fit un grand festin au jour qu'il fut sevré.

Après cela Dieu tenta Abraham, et lui dit: Abraham. Abraham répondit: Me voici. Dieu ajouta: Prenez Isaac votre fils unique, que vous aimez, et allez-vous en vers le pays de Morya et là sacrifiez-le en holocauste sur une des montagnes que je vous indiquerai. Abraham se leva de bon matin, prépara son âne, et prit avec lui deux serviteurs et son fils Isaac; il fendit aussi du bois pour l'holocauste, et partit pour se rendre à l'endroit que Dieu lui avait désigné. Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, aperçut cet endroit de loin. Abraham dit alors à ses gens: Restez ici avec l'âne, tandis que moi et mon fils nous irons jusque là-bas pour nous prosterner, et nous [pg 32] reviendrons près de vous. Abraham prit ensuite le bois pour l'holocauste, le chargea sur son fils Isaac, prit le feu et le couteau dans sa main, et ils marchèrent ensemble. Isaac s'adressa ensuite à son père, et dit: Mon père! celui-ci dit: Me voici, mon fils; l'autre reprit: Voici bien le feu, le bois, mais où est donc l'agneau pour l'holocauste? Abraham répondit: Mon fils, Dieu se pourvoira d'un agneau pour un holocauste; et ils marchèrent ensemble. Ils arrivèrent à l'endroit que Dieu avait désigné; Abraham y éleva un autel sur lequel il rangea le bois: ensuite il lia Isaac et le plaça sur le bois; Abraham tendit la main, prit le couteau pour immoler son fils. Alors un ange cria vers lui du ciel, et dit: Abraham, Abraham! celui-ci répondit: Me voici. L'ange reprit: Ne tendez pas la main vers votre fils, et ne lui faites rien; car je sais maintenant que vous êtes un homme pieux, puisque vous ne m'avez pas même refusé votre fils, votre fils unique. Abraham levant les yeux, vit un bélier retenu par les cornes à un buisson; Abraham y alla, prit ce bélier et le sacrifia en holocauste en place de son fils. Abraham appela cet endroit Adonaï-Jiré (l'Éternel pourvoira). Un ange appela du ciel Abraham, pour la seconde fois, et dit: J'en jure par moi, que puisque vous avez obéi, et que vous n'avez pas refusé votre fils unique, je vous bénirai certainement, et je multiplierai vos enfants en aussi grand nombre que les étoiles du ciel et le sable qui se trouve sur le bord de la mer; votre postérité possédera la porte de ses ennemis; et c'est par votre postérité que toutes les nations de la terre seront bénies, parce que vous avez obéi à ma voix. Abraham retourna vers ses gens; ils se levèrent et allèrent ensemble à Beér-Chébâ, et Abraham s'y établit.

[pg 33] Après ces événements, il fut annoncé à Abraham, que Milca avait aussi donné des enfants à Nachor; savoir: son premier-né Outs, et son frère Bouse; ainsi que Kémouel, père d'Arame; et Késchède, Hazo, Pildach, Jidlaph et Bethouel; et Bethouel qui engendra Rebecca (Ribka); tel est le nom des huit enfants que Milca enfanta à Nachor, frère d'Abraham.


Mort de Sarah.—Isaac épouse Rebecca.—Mort d'Abraham.

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Sarah ayant vécu cent vingt-sept ans, mourut à Kiriath-Arba, qui est Hebron, au pays de Chanaan. Abraham la pleura, en fit le deuil et l'enterra dans la caverne du champ de Machpéla, devant Mamré; laquelle terre Abraham avait achetée d'Ephron, en présence des enfants de Heth, pour quatre cents sicles d'argent. Le champ avec la caverne qui y était fut donc livré en cette manière, et assuré à Abraham par les enfants de Heth, afin qu'il le possédât comme un sépulcre qui lui appartenait légitimement.—Or Abraham était vieux et fort avancé en âge, et l'Éternel l'avait béni en toutes choses. Il dit donc au plus ancien de ses domestiques, qui avait l'intendance sur toute sa maison: Mettez votre main sous ma cuisse, afin que je vous fasse jurer par l'Éternel, le Dieu du ciel et de la terre, que vous ne prendrez aucune des filles des Chananéens parmi lesquels j'habite, pour la faire épouser à mon fils; mais que vous irez au pays où sont mes parents, afin d'y prendre une femme pour mon fils Isaac. Son serviteur lui répondit: Si la fille ne veut pas venir en ce pays-ci avec moi, voulez-vous que je remène votre fils au lieu [pg 34] d'où vous êtes sorti? Abraham lui répondit: Gardez-vous bien de remener mon fils en ce pays-là. L'Éternel, le Dieu du ciel, qui m'a tiré de la maison de mon père et du pays de ma naissance, qui m'a parlé et qui m'a juré en me disant: Je donnerai ce pays à votre postérité, enverra lui-même son ange devant vous, afin que vous preniez une femme de ce pays-là pour mon fils. Si la fille ne veut pas vous suivre, vous ne serez point obligé à votre serment; seulement ne ramenez jamais mon fils en ce pays-là. Ce serviteur mit donc sa main sous la cuisse d'Abraham son maître, et s'engagea par serment à faire ce qu'il lui avait ordonné. En même temps il prit dix chameaux du troupeau de son maître, porta avec lui tous ses biens, et s'étant mis en chemin, il alla droit à Arame Naharaïme en Mésopotamie, à la ville de Nachor. Étant arrivé sur le soir près d'un puits hors de la ville, au temps où les filles avaient accoutumé de sortir pour puiser de l'eau, et ayant fait reposer ses chameaux, il pria Dieu: Éternel, Dieu d'Abraham, mon maître, assistez-moi aujourd'hui, je vous prie, et faites miséricorde à Abraham mon seigneur. Et Dieu l'assista, lui fit connaître d'une manière miraculeuse Rebecca, fille de Béthouel, petite-fille de Nachor, frère d'Abraham. Il lui demanda s'il pouvait loger dans la maison de son père, elle lui répondit qu'il le recevrait avec plaisir. Elle courut donc l'annoncer à sa famille, et alla lui dire tout ce qu'elle avait entendu. Or Rebecca avait un frère nommé Laban, qui sortit aussitôt pour aller trouver cet homme près de la fontaine. Et ayant déjà vu aux mains de sa sœur les pendants d'oreilles et les bracelets que cet homme lui avait donnés, il vint à lui, lorsqu'il était encore près de la fontaine avec ses chameaux, et lui [pg 35] dit: Vous qui êtes béni de Dieu, pourquoi demeurez-vous dehors? Venez chez mon père, j'ai préparé la maison, et un lieu pour vos chameaux. Il le fit aussitôt entrer dans le logis; il déchargea ses chameaux, leur donna de la paille et du foin; et fit laver les pieds de cet homme et de ceux qui étaient venus avec lui. En même temps on lui servit à manger. Mais le serviteur lui dit: Je ne mangerai point jusqu'à ce que je vous aie proposé ce que j'ai à vous dire. Vous pouvez le faire, lui dit Laban. Et il leur parla ainsi: Je suis serviteur d'Abraham. L'Éternel a comblé mon maître de bénédictions et l'a rendu grand et riche. Il lui a donné des brebis, des bœufs, de l'argent, de l'or, des serviteurs et des servantes, des chameaux et des ânes. Sarah, la femme de mon maître, lui a enfanté un fils dans sa vieillesse, et mon maître lui a donné tout ce qu'il avait. Et il m'a fait jurer devant lui en me disant: Promettez-moi que vous ne prendrez aucune des filles des Chananéens dans le pays desquels j'habite, pour la faire épouser à mon fils, mais que vous irez à la maison de mon père, et que vous prendrez parmi ceux de ma parenté une femme pour mon fils... C'est pourquoi si vous avez véritablement dessein d'obliger mon maître, dites-le-moi. Si vous avez résolu autre chose, faites-le-moi connaître, afin que j'aille chercher une fille ailleurs. Laban et Béthouel répondirent: C'est Dieu qui parle en cette rencontre; nous ne pouvons vous dire autre chose que ce qui paraît conforme à sa volonté. Rebecca est entre vos mains, prenez-la et l'emmenez avec vous, afin qu'elle soit la femme du fils de votre maître, selon que l'Éternel s'en est déclaré. Le serviteur d'Abraham ayant entendu cette réponse, se prosterna contre terre, et adora l'Éternel. Il tira ensuite [pg 36] des vases d'or et d'argent, et de riches vêtements, dont il fit présent à Rebecca. Il donna aussi des présents à son frère et à sa mère. Ils firent ensuite le festin; ils mangèrent et burent, et demeurèrent ensemble ce jour-là. Le lendemain le serviteur s'étant levé le matin, leur dit: Permettez-moi de retourner vers mon maître. Le frère et la mère de Rebecca lui répondirent: Que notre enfant demeure au moins quelques jours avec nous, et après elle s'en ira. Je vous prie, dit le serviteur, de ne me point retenir davantage, puisque l'Éternel m'a conduit dans tout mon chemin. Permettez-moi d'aller retrouver mon maître. Ils lui dirent: Appelons Rebecca et sachons d'elle-même son sentiment. On l'appela donc; et elle, étant venue, ils lui demandèrent: Veux-tu bien aller avec cet homme? Je le veux bien, répondit-elle. Ils la laissèrent donc aller accompagnée de sa nourrice, avec le serviteur d'Abraham et ceux qui l'avaient suivi; et souhaitant toutes sortes de prospérités à Rebecca, ils lui dirent: Notre sœur, crois en mille et mille générations; et que ta postérité se mette en possession des villes de ses ennemis. Rebecca et ses filles montèrent donc sur les chameaux et suivirent cet homme, qui s'en retourna en grande diligence vers son maître. En ce même temps Isaac revenait du voyage au puits, appelé le puits de celui qui vit et qui voit; car il demeurait au pays du midi. Il était alors sorti dans le champ pour méditer, le jour étant sur son déclin. Et ayant levé les yeux, il vit de loin venir les chameaux. Rebecca ayant aussi aperçu Isaac, descendit de son chameau, et dit au serviteur: Qui est cette personne qui vient le long du champ au-devant de nous? C'est mon maître, lui dit-il. Elle prit aussitôt son voile et se couvrit. Le serviteur rendit compte à Isaac [pg 37] de tout ce qu'il avait fait. Alors Isaac fit entrer Rebecca dans la tente de Sarah sa mère, et la prit pour femme; et l'affection qu'il eut pour elle fut si grande, qu'elle tempéra la douleur que la mort de sa mère lui avait causée.

Abraham épousa ensuite une autre femme nommée Kétoura, qui lui enfanta plusieurs fils. Il donna à Isaac tout ce qu'il possédait, fit des présents aux fils de ses autres femmes, et de son vivant il les sépara de son fils Isaac, les faisant aller dans le pays qui regarde l'orient. Tout le temps de la vie d'Abraham fut de cent-soixante et quinze ans, et les forces lui manquant, il mourut après une heureuse vieillesse, étant fort âgé et rassasié de jours, et il fut réuni aux siens. Isaac et Ismaël, ses fils, l'enterrèrent dans la caverne de Machpéla, située dans le champ d'Ephrone, fils de Tsohar Héthéen, vis à vis de Mamré, qu'il avait acheté des enfants de Heth. C'est là qu'il fut enterré ainsi que Sarah, sa femme.


Naissance de Jacob et d'Ésaü.

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Après la mort de son père, Isaac continua la vie nomade, vie habituelle aux Patriarches; il s'adonna aussi avec succès à l'agriculture. Dieu l'éprouva bien des fois, ainsi que son père Abraham, par la famine et par d'autres malheurs, mais toujours reconnu pieux et juste, l'Éternel le bénit comme il l'avait promis à Abraham. Isaac avait quarante ans lorsqu'il épousa Rebecca, mais elle était stérile. Il pria donc l'Éternel, et l'Éternel l'exauça en donnant à Rebecca la vertu de concevoir. Lorsque le temps, où elle devait être délivrée, fut arrivé, elle se trouva mère de [pg 38] deux enfants jumeaux. L'aîné des deux était roux, et tout velu, et fut nommé Ésaü (Esave), c'est-à-dire homme fait. Le second tenait de sa main le pied de son frère, et fut nommé Jacob, c'est-à-dire supplantateur. Isaac avait soixante ans lorsqu'il eut ces deux enfants. Quand ils furent grands, Ésaü devint habile à la chasse, homme des champs: Jacob, au contraire, homme simple, demeurait à la maison. Isaac aimait Ésaü; mais Rebecca aimait Jacob.


Primogéniture et bénédiction paternelle.

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Un jour que Jacob avait préparé des lentilles, Ésaü les vit à son retour de la chasse, qui faisait son occupation ordinaire et désira les manger. Il dit donc à Jacob: Donne-moi de ce mets roux que tu as fait cuire, parce que je suis extrêmement las. Jacob lui dit: Vends-moi ton droit d'aînesse. Ésaü répondit: Je me meurs, de quoi me servira mon droit d'aînesse? Jure-le-moi donc, lui dit Jacob; Ésaü le lui jura, et lui vendit son droit d'aînesse. Et ainsi, ayant pris du pain et ce plat de lentilles, il mangea et but, et s'en alla, se mettant peu en peine d'avoir vendu son droit d'aînesse. Depuis lors, il fut nommé Édom, c'est-à dire roux (par allusion au plat de lentilles). Or, Ésaü ayant quarante ans, épousa Judith, fille de Beeri Héthéen, et Basemath, fille d'Elon du même pays; ce qui fut une cause de contrariétés pour Isaac et Rebecca.

Isaac étant devenu fort vieux, ses yeux s'obscurcirent de telle sorte, qu'il ne pouvait plus voir. Il appela donc Ésaü son fils aîné, et lui dit: Mon fils. Me voici, dit Ésaü. Son père ajouta: Tu vois que je suis fort âgé, et [pg 39] que j'ignore le jour de ma mort. Prends tes armes, ton carquois et ton arc, et sors; et lorsque tu auras pris quelque chose à la chasse, tu me l'apprêteras comme tu sais que je l'aime, et tu me l'apporteras afin que j'en mange, et que je te bénisse avant que je meure3. Rebecca entendit ces paroles, et Ésaü étant allé dans les champs pour faire ce que son père lui avait commandé, elle conseilla à son fils Jacob de lui apporter deux des meilleurs chevreaux. Elle les prépara comme elle savait que les aimait Isaac. Elle fit prendre ensuite à Jacob les plus beaux habits d'Ésaü, qu'elle gardait elle-même au logis. Elle lui mit autour des mains la peau de ces chevreaux, et lui en couvrit le cou, partout où il était découvert. Puis elle lui donna ce qu'elle avait préparé à manger. Jacob porta le tout devant Isaac et lui dit: Mon père! Je t'entends, dit Isaac: Qui es-tu, mon fils? Jacob lui répondit: Je suis Ésaü votre fils aîné4: j'ai fait ce que vous m'avez commandé. Levez-vous, asseyez-vous et mangez ma chasse, afin que vous me donniez votre bénédiction. Isaac dit encore à son fils: Mais comment as-tu pu, mon fils, en trouver sitôt? Il lui répondit: Dieu a voulu que ce que je désirais se présentât tout d'un coup à moi. Isaac dit encore: Approche-toi d'ici, mon fils, afin que je te touche, et que je reconnaisse si tu es mon fils Ésaü ou non. Jacob s'approcha de son père, et Isaac l'ayant tâté, dit: Pour la voix, c'est la voix de Jacob; [pg 40] mais les mains sont les mains d'Ésaü, et il ne le reconnut point, parce que ses mains étant couvertes de poils, parurent toutes semblables à celles de son aîné. Isaac le bénissant donc, lui dit: Es-tu mon fils Ésaü? Je le suis, répondit Jacob. Mon fils, ajouta Isaac, apporte-moi à manger de ta chasse, afin que je te bénisse. Jacob lui en présenta; et après qu'Isaac en eut mangé, il lui présenta aussi du vin qu'il but, Isaac lui dit ensuite: Approche-toi de moi, mon fils, et viens me baiser. Il s'approcha donc de lui et le baisa. Et aussitôt qu'Isaac eut senti la bonne odeur qui s'échappait de ses habits, il lui dit en le bénissant: L'odeur qui sort de mon fils, est semblable à celle d'un champ que l'Éternel a comblé de ses bénédictions. Que Dieu te donne une grande abondance de blé et de vin, de la rosée du ciel et de la graisse de la terre. Que les peuples te soient assujettis et que les tribus t'adorent. Sois le seigneur de tes frères, et que les enfants de ta mère s'abaissent profondément devant toi. Que celui qui te maudira soit maudit lui-même; et que celui qui te bénira, soit comblé de bénédictions. Isaac ne faisait que d'achever ces paroles, et Jacob était à peine sorti, qu'Ésaü entra; et que, présentant à son père ce qu'il avait apprêté de sa chasse, il lui dit: Levez-vous, mon père, et mangez de la chasse de votre fils, afin que vous me donniez votre bénédiction. Isaac lui dit: Qui es-tu donc? Ésaü lui répondit: Je suis Ésaü votre fils aîné. Isaac fut grandement surpris de ce qui était arrivé; il lui dit: Qui est donc celui qui m'a déjà apporté de ce qu'il avait pris à la chasse, et qui m'a fait manger de tout avant que tu vinsses? Je lui ai donné ma bénédiction, et il sera béni. Ésaü, à ces paroles de son père, jeta un cri de fureur, et dans une extrême consternation, il lui dit: [pg 41] Donnez-moi aussi votre bénédiction, mon père. Isaac lui répondit: «Ton frère est venu me surprendre, et il a reçu la bénédiction qui t'était due.—C'est avec raison, dit Ésaü, qu'il a été appelé Jacob, c'est-à-dire supplantateur; car voici la seconde fois qu'il m'a supplanté. Il m'a enlevé auparavant mon droit d'aînesse; et présentement il vient encore de me dérober la bénédiction qui m'était due. Mais, mon père, ajouta Ésaü, ne m'avez-vous donc point réservé aussi une bénédiction?» Isaac lui répondit: «Je l'ai établi ton seigneur, et j'ai assujetti à sa domination tous ses frères; je l'ai affermi dans la possession du blé et du vin; et après cela, mon fils, que me reste-t-il que je puisse faire pour vous?» Ésaü lui repartit: «N'avez-vous donc, mon père, qu'une seule bénédiction? Je vous conjure de me bénir aussi.» Il jeta ensuite de grands cris mêlés de larmes, et Isaac en étant touché, lui dit: «Ta demeure sera dans la graisse de la terre et dans la rosée du ciel qui vient d'en haut; tu vivras de l'épée, tu serviras ton frère, et le temps viendra que tu secoueras son joug, et que tu t'en délivreras.»

Ésaü haïssait donc toujours Jacob à cause de cette bénédiction qu'il avait reçue de son père; et il disait en lui-même: «Les jours de deuil de mon père approcheront, et alors je tuerai mon frère Jacob.»


Voyage de Jacob.—Il arrive chez Laban et y demeure.

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Les paroles d'Ésaü ayant été rapportées à Rebecca, elle envoya querir son fils Jacob, et lui dit: «Voilà ton frère Ésaü qui menace de te tuer. Mais, mon fils, crois-moi, hâte-toi de te retirer vers mon frère Laban qui est à Haran. [pg 42] Tu demeureras quelque temps avec lui, jusqu'à ce que la fureur de ton frère s'apaise, que sa colère se passe, et qu'il oublie ce que tu as fait contre lui. J'enverrai ensuite pour te faire revenir ici. Pourquoi perdrais-je mes deux enfants en un même jour?» Rebecca dit ensuite à Isaac: «La vie m'est devenue ennuyeuse à cause des filles de Heth. Si Jacob épouse une fille de ce pays-ci, je ne veux plus vivre.» Isaac ayant donc appelé Jacob, le bénit, et lui fit ce commandement: «Ne prends point, lui dit-il, de femme d'entre les filles de Chanaan; mais va en Mésopotamie qui est en Syrie, en la maison de Béthouel, père de ta mère, et épouse une des filles de Laban, ton oncle. Que le Dieu tout-puissant te bénisse, qu'il accroisse et qu'il multiplie ta postérité; afin que tu sois le chef d'une assemblée de peuples. Qu'il te donne, et à ta postérité après toi, les bénédictions qu'il a promises à Abraham, et qu'il te fasse posséder la terre où tu demeures comme étranger, et qu'il a promise à ton aïeul.» Jacob ayant pris congé d'Isaac, partit pour se rendre en Mésopotamie, chez Laban, et étant venu en un certain lieu, comme il voulut s'y reposer après le coucher du soleil, il prit une des pierres qui étaient là, et la mit sous sa tête, et s'endormit dans ce même lieu. Alors il vit en songe une échelle, dont le pied était appuyé sur la terre, et dont le haut touchait au ciel, et des anges de Dieu montaient et descendaient le long de l'échelle. L'Éternel se tenait au-dessus, et dit: «Je suis l'Éternel, le Dieu d'Abraham votre père, et le Dieu d'Isaac; je vous donnerai, ainsi qu'à votre postérité, la terre sur laquelle vous êtes couché. Votre postérité sera nombreuse comme la poussière de la terre, vous vous étendrez à l'occident, à l'orient, vers le nord et vers le midi; avec vous et votre postérité seront bénies toutes les familles de la terre. Je [pg 43] serai votre protecteur partout où vous irez, je vous ramènerai dans ce pays, et je ne vous quitterai point que je n'aie accompli tout ce que je vous ai dit.» Jacob s'étant éveillé après son sommeil, dit ces paroles: «L'Éternel est vraiment en ce lieu-ci, et je ne le savais pas.» Et dans la frayeur dont il se trouva saisi, il ajouta: «Que ce lieu est redoutable! C'est véritablement la maison de Dieu, et voici la porte du ciel.» Jacob se levant donc le matin, prit la pierre qu'il avait mise sous sa tête, et l'érigea comme un monument, répandant de l'huile dessus. Il donna aussi le nom de Bethel, c'est-à-dire, maison de Dieu, à la ville qui auparavant s'appelait Luze. Et il fit ce vœu en même temps, disant: «Si Dieu est avec moi, s'il me protége dans le chemin par lequel je marche, et me donne du pain pour me nourrir, et des vêtements pour me vêtir; et si je retourne heureusement en la maison de mon père, l'Eternel sera mon Dieu; et cette pierre que j'ai dressée comme un monument sera la maison de Dieu; et je vous offrirai, Eternel, la dîme de tout ce que vous m'aurez donné.»

Jacob continua alors son chemin, et arriva au pays qui était vers l'orient. Il entra dans un champ où il vit un puits, et trois troupeaux de brebis qui se reposaient auprès; car c'était de ce puits qu'on abreuvait les troupeaux, et l'entrée en était fermée avec une grande pierre. C'était la coutume de ne lever la pierre que lorsque tous les troupeaux étaient assemblés; et après qu'ils avaient bu, on la remettait sur l'ouverture du puits. Jacob dit donc aux pasteurs: «Mes frères, d'où êtes-vous?» Ils lui répondirent: «De Haran.» Jacob ajouta: «Ne connaissez-vous point Laban, fils de Nachor?» Ils lui dirent: «Nous le connaissons. Se porte-t-il bien?» dit Jacob. Ils lui répondirent: «Il se porte bien, et voilà sa fille Rachel qui vient ici avec son troupeau.» [pg 44] Jacob leur dit: «Il reste encore beaucoup de jour, et il n'est pas temps de remener les troupeaux dans l'étable: faites donc boire présentement les brebis, et ensuite vous les remènerez paître.» Ils lui répondirent: «Nous ne pouvons le faire, jusqu'à ce que tous les troupeaux soient assemblés, et que nous ayons ôté la pierre de dessus le puits, pour leur donner à boire à tous ensemble.» Ils parlaient encore, lorsque Rachel arriva avec les brebis de son père, car elle menait paître elle-même le troupeau. Jacob l'ayant vue, et sachant qu'elle était sa cousine germaine, et que ces troupeaux étaient à Laban son oncle, ôta la pierre qui fermait le puits. Et ensuite ayant fait boire son troupeau, il l'embrassa en haussant sa voix et en pleurant; car il lui avait dit qu'il était le fils de Rebecca, la sœur de Laban. Rachel courut aussitôt le dire à son père, lequel ayant appris que Jacob, fils de sa sœur, était venu courut au-devant de lui, et l'ayant embrassé plusieurs fois, le mena en sa maison. Lorsqu'il eut appris de lui-même le sujet de son voyage, il lui dit: «Vous êtes ma chair et mon sang,» et il le traita avec hospitalité. Jacob demeura donc pendant plusieurs années dans la maison de Laban; il en épousa les deux filles, Léa et Rachel, après s'être obligé à servir sept ans pour chacune d'elle. Ces deux femmes, avec leurs deux servantes Bilha et Silpa, donnèrent à Jacob douze fils et une fille.


Retour de Jacob et sa rencontre avec Ésaü.

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Après avoir été vingt ans au service de Laban, Jacob était devenu entièrement riche, il eut de grands troupeaux, [pg 45] des serviteurs et des servantes, des chameaux et des ânes. Il entendit alors les enfants de Laban qui s'entre-disaient: «Jacob a enlevé tout ce qui était à notre père, et il est devenu puissant en s'enrichissant de son bien. Il remarqua aussi que Laban ne le regardait pas du même œil qu'auparavant. Et de plus Dieu lui fit connaître sa volonté de retourner au pays de ses pères et vers sa famille. Il envoya donc querir Rachel et Léa, et les fit venir dans le champ où il faisait paître ses troupeaux; et il leur dit: «Je vois que votre père ne me regarde plus du même œil dont il me regardait ci-devant; cependant le Dieu de mon père a été avec moi, et vous savez vous-mêmes que j'ai servi votre père de toutes mes forces. Il a même usé envers moi de tromperie, en changeant dix fois ce que je devais avoir pour récompense, quoique Dieu ne lui ait pas permis de me faire tort. Lorsqu'il a dit que les animaux de diverses couleurs seraient pour moi, toutes les brebis ont eu des petits de diverses couleurs. Et lorsqu'il a dit au contraire que tout ce qui serait blanc serait pour moi, tout ce qui est né des troupeaux a été blanc. Ainsi Dieu a ôté le bien de votre père pour me le donner. Et l'ange de Dieu m'a dit en songe: «Jacob, j'ai vu tout ce que Laban vous a fait. Je suis le Dieu de Bethel, où vous avez oint la pierre et où vous m'avez fait un vœu. Sortez donc promptement de cette terre, et retournez au pays de votre naissance.» Rachel et Léa lui répondirent: «Nous reste-t-il quelque chose du bien et de la part que nous devions avoir dans la maison de notre père? Ne nous a-t-il pas traitées comme des étrangères? Ne nous a-t-il pas vendues, et n'a-t-il pas mangé tout ce qui nous était dû pour notre travail? Mais Dieu a pris les richesses de notre père et nous les a données et à nos enfants: c'est pourquoi [pg 46] faites tout ce que Dieu vous a commandé.» Jacob fit donc monter aussitôt ses femmes et ses enfants sur des chameaux; et emmenant avec lui tout ce qu'il avait, ses troupeaux, et généralement ce qu'il avait acquis en Mésopotamie, il se mit en chemin pour s'en aller retrouver Isaac son père au pays de Chanaan. Il envoya en même temps des gens devant lui pour donner avis de sa venue à son frère Esaü en la terre de Seïr au pays d'Edom; et il leur donna cet ordre: «Voici la manière dont vous parlerez à Esaü mon seigneur: Jacob votre frère vous envoie dire ceci: J'ai demeuré comme étranger chez Laban, et j'y ai été jusqu'aujourd'hui. J'ai des bœufs, des ânes, des brebis, des serviteurs et des servantes; et j'envoie maintenant vers mon seigneur, afin que je trouve grâce devant lui.» Ceux que Jacob avait envoyés revinrent lui dire: «Nous avons été vers votre frère Esaü, et le voici qui vient lui-même en grande hâte au-devant de vous avec quatre cents hommes.» A ces mots Jacob eut une grande peur; et dans la frayeur dont il fut saisi, il divisa en deux bandes tous ceux qui étaient avec lui, et les troupeaux, les brebis, les bœufs et les chameaux, en disant: «Si Esaü vient attaquer une des troupes, l'autre qui restera sera sauvée. Jacob dit ensuite: «Dieu d'Abraham mon père, Dieu de mon père Isaac, Éternel qui m'as dit: «Retournez dans votre pays, et au lieu de votre naissance, et je vous comblerai de bienfaits;» je suis indigne de toutes vos miséricordes, et de la vérité que vous avez gardée dans toutes les promesses que vous avez faites à votre serviteur. J'ai passé ce fleuve du Jourdain, n'ayant qu'un bâton, et je retourne maintenant avec ces deux troupes. Délivrez-moi, je vous prie, de la main de mon frère Esaü, parce que je le crains extrêmement, de peur qu'à son arrivée il ne passe au fil de l'épée la mère avec les enfants. [pg 47] Souvenez-vous que vous m'avez promis de me combler de biens, et de multiplier ma postérité comme le sable de la mer, dont la quantité est innombrable.» Jacob prit alors de ce qu'il avait avec lui pour en faire un présent à son frère Esaü. «Car, dit-il, je veux l'apaiser par le présent qui marche devant moi, et ensuite je le verrai en face; peut-être qu'il m'accueillera favorablement.» Jacob passa la nuit en ce lieu-là, qu'il appela Phanuel, c'est-à-dire, la face de Dieu (c'est en ce lieu qu'il reçut le nom d'Israël). Le lendemain Jacob levant les yeux, vit Esaü qui s'avançait avec quatre cents hommes, et il partagea les enfants de Léa, de Rachel, et des deux servantes. Il mit à la tête les deux servantes avec leurs enfants; Léa et ses enfants, au second rang; Rachel et Joseph au dernier. Et lui, s'avançant vers Esaü, se prosterna sept fois en terre jusqu'à ce que son frère fût proche de lui. Alors Esaü courut au-devant de son frère, l'embrassa, le serra étroitement, en versant des larmes. Et ayant levé les yeux, il vit les femmes et leurs enfants, et il dit à Jacob: «Qui sont ceux-là? sont-ils à vous?» Jacob lui répondit: «Ce sont les petits enfants que Dieu a donnés à votre serviteur.» Et les servantes s'approchant avec leurs enfants, le saluèrent profondément. Léa s'approchant ensuite avec ses enfants, le salua aussi, Joseph et Rachel le saluèrent les derniers. Alors Esaü lui dit: «Quelles sont ces troupes que j'ai rencontrées?» Jacob lui répondit: «Je les ai envoyées pour trouver grâce devant mon seigneur.» Esaü lui répondit: «J'ai des biens en abondance, mon frère; gardez pour vous ce qui est à vous.» Jacob ajouta: «N'en usez pas ainsi, je vous prie; mais si j'ai trouvé grâce devant vous, recevez de ma main ce petit présent, car j'ai vu aujourd'hui votre face comme on voit la face de Dieu, vous m'avez accueilli [pg 48] avec bonté.» Esaü, après ces instances de son frère, accepta ce qu'il lui donnait. Depuis lors les deux frères furent donc de nouveau réconciliés. En se séparant l'un de l'autre Jacob se dirigea vers Hébron pour voir son père, lequel mourut bientôt après, à l'âge de cent quatre-vingts ans, ensuite il s'établit dans les environs de Bethel.


Joseph vendu par ses frères.

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Jacob avait douze fils et une fille: les fils de Léa étaient Ruben l'aîné de tous, Siméon (Schimon), Lévi, Juda, Issachar et Zebulun. Les fils de Rachel étaient Joseph et Benjamin. Les fils de Bilha, servante de Rachel, Dan et Nephthali. Les fils de Zilpa, servante de Léa, Gad et Aser (Ascher). La fille s'appelait Dina, Léa en était la mère.

Joseph, fils de Rachel, âgé de dix-sept ans, conduisait le troupeau de son père avec ses frères, et il était avec les enfants de Bilha et de Zilpa, femmes de son père. Il rapportait alors à leur père leurs mauvais discours. Jacob aimait Joseph plus que tous ses autres enfants, parce qu'il l'avait eu étant déjà vieux, et il lui avait fait faire une robe de plusieurs couleurs. Ses frères voyant donc que leur père l'aimait plus que tous ses autres enfants, le haïssaient, et ne pouvaient lui parler avec douceur. Il arriva aussi que Joseph rapporta à ses frères un songe qu'il avait eu, ce qui fut encore la source d'une plus grande haine. Car il leur dit: «Écoutez le songe que j'ai eu. Il me semblait que je liais avec vous des gerbes dans les champs; que ma gerbe se levait et se tenait debout, et que les vôtres étant [pg 49] autour de la mienne, se prosternaient devant elle.» Ses frères lui répondirent: «Est-ce que tu seras notre roi, et serons-nous soumis à ta puissance?» Ces songes et ces entretiens allumèrent donc encore davantage l'envie et la haine qu'ils avaient contre lui. Il eut encore un autre songe qu'il raconta à ses frères en leur disant: «J'ai cru voir en songe que le soleil et la lune et onze étoiles se prosternaient devant moi.» Lorsqu'il eut rapporté ce songe à son père et à ses frères, son père lui en fit réprimande, et lui dit: «Que voudrait dire ce songe que tu as eu? Est-ce que ta mère, tes frères et moi nous viendrons nous prosterner à terre devant toi?» Ainsi ses frères étaient transportés d'envie contre lui: mais le père considérait tout ceci avec attention et dans le silence.—Il arriva alors que les frères de Joseph s'arrêtèrent à Sichem, où ils faisaient paître les troupeaux de leur père. Et Jacob dit à Joseph: «Tes frères font paître nos brebis dans le pays de Sichem. Viens donc, et je t'enverrai vers eux.»—«Je suis tout prêt, lui dit Joseph.» Jacob ajouta: «Va voir si tes frères se portent bien, et si les troupeaux sont en bon état; et tu me rapporteras ce qui se passe.» Ayant donc été envoyé dans la vallée d'Hébron, il vint à Sichem: et un homme l'ayant trouvé errant dans la campagne, lui demanda ce qu'il cherchait. Il lui répondit: «Je cherche mes frères; je vous prie de me dire où ils font paître leurs troupeaux.» Cet homme lui répondit: «Ils se sont retirés de ce lieu, et j'ai entendu qu'ils se disaient: «Allons vers Dothain.» Joseph alla donc après ses frères; et il les trouva dans la plaine de Dothain. Lorsqu'ils l'eurent aperçu de loin, avant qu'il se fût approché d'eux ils résolurent de le tuer: et ils se dirent les uns aux autres: «Voici notre songeur qui vient. Allons, tuons-le, et le jetons dans cette vieille citerne: nous dirons qu'une bête sauvage l'a [pg 50] dévoré; et après cela on verra à quoi ses songes lui auront servi.» Ruben les ayant entendus parler ainsi, tâchait de le tirer d'entre leurs mains, et il leur disait: «Ne le tuez point, et ne répandez pas son sang; mais jetez-le dans cette citerne qui est dans le désert, et conservez vos mains pures.» Il disait ceci dans le dessein de le tirer de leurs mains, et de le rendre à son père. Aussitôt donc que Joseph fut arrivé près de ses frères, ils lui ôtèrent sa robe de plusieurs couleurs, qui le couvrait jusqu'en bas, et ils le jetèrent dans cette vieille citerne qui était sans eau. S'étant ensuite assis pour manger, ils virent des Ismaélites qui passaient, et qui, venant de Giléad, portaient sur leurs chameaux des parfums, de la résine et de la myrrhe, et s'en allaient en Égypte. Alors Juda dit à ses frères: «Que nous servira d'avoir tué notre frère et d'avoir caché sa mort? Il vaut mieux le vendre à ces Ismaélites, et ne point souiller nos mains de son sang; car il est notre frère et notre chair.» Ses frères consentirent à ce qu'il disait. L'ayant donc tiré de la citerne, et voyant ces marchands midianites qui passaient, ils le vendirent vingt pièces d'argent aux Ismaélites, qui le menèrent en Égypte. Ruben étant retourné à la citerne, et n'y ayant point trouvé Joseph, déchira ses vêtements, et vint dire à ses frères: «L'enfant ne paraît plus, que deviendrai-je?» Après cela ils prirent la robe de Joseph, et l'ayant trempée dans le sang d'un chevreau qu'ils avaient tué, ils l'envoyèrent à son père, lui faisant dire par ceux qui la lui portaient: «Voici une robe que nous avons trouvée, voyez si c'est celle de votre fils, ou non.» Le père l'ayant reconnue, dit: «C'est la robe de mon fils; une bête cruelle l'a dévoré, une bête a dévoré Joseph!» Et ayant déchiré ses vêtements, il se couvrit d'un cilice, pleurant son fils très-longtemps. Alors tous ses enfants s'assemblèrent, pour [pg 51] tâcher de soulager leur père dans sa douleur: mais il ne voulait point recevoir de consolation, et il leur dit: «Je pleurerai tous les jours jusqu'à ce que je descende avec mon fils au fond de la terre.» Ainsi il continua toujours de pleurer.—Cependant les Midianites vendirent Joseph en Égypte à Putiphar, seigneur de la cour de Pharaon, chef des gardes du corps.


Joseph est mis en prison.

Table des matières

Dieu était avec Joseph; celui-ci était un homme auquel tout réussissait dans la maison de Putiphar, son maître. Il trouva donc grâce devant son maître, se donna tout entier à son service, et ayant reçu de lui l'autorité sur toute sa maison, il la gouvernait et prenait soin de tout ce qui lui avait été mis entre les mains. Or Joseph était beau de visage, et très-agréable. Au bout de quelque temps sa maîtresse jeta les yeux sur lui, et essaya de l'entraîner à commettre une mauvaise action. Mais il n'y consentit pas, il disait: «Comment pourrai-je commettre un si grand crime, et pécher contre Dieu?» Or il arriva un jour que Joseph étant entré dans la maison et y faisant quelque chose sans que personne fût présent, sa maîtresse le prit par son manteau, et voulut le forcer à pécher. Mais il lui laissa son manteau entre les mains et s'enfuit. Cette femme se voyant le manteau entre les mains, et dans la douleur d'avoir été méprisée, appela les gens de sa maison, et leur dit en parlant de son mari: «On nous a amené ici cet Hébreu pour nous faire insulte; il est venu à moi dans le dessein [pg 52] de me corrompre, et m'étant mise à crier, lorsqu'il a entendu ma voix, il m'a laissé son manteau que je tenais, et s'en est enfui dehors.» Lors donc que son mari fut retourné en sa maison, elle lui montra ce manteau qu'elle avait retenu comme une preuve de sa fidélité, et lui dit: «Cet esclave hébreu que vous nous avez amené, est venu pour me corrompre.» Le maître de Joseph, trop crédule aux accusations de sa femme, entra, à ces paroles, dans une grande colère, et fit mettre Joseph en la prison où l'on gardait ceux que le roi faisait arrêter.—Il était donc renfermé en ce lieu-là. Mais Dieu fut avec Joseph: il en eut compassion, et lui fit trouver grâce devant le gouverneur de la prison, qui lui remit le soin de tous ceux qui y étaient enfermés. Il ne se faisait rien que par son ordre. Et le gouverneur lui ayant tout confié, ne prenait connaissance de quoi que ce fût, parce que Dieu était avec Joseph, et qu'il le faisait réussir en toutes choses.


Joseph explique des songes. Il est délivré et élevé à la dignité de prince.

Table des matières

Il arriva ensuite que deux grands officiers du roi d'Égypte, son grand échanson et son grand panetier, offensèrent leur seigneur. Et Pharaon étant en colère contre ces deux officiers, les fit mettre dans la prison du général de ses troupes, où Joseph était prisonnier. Le gouverneur de la prison les mit entre les mains de Joseph, qui les servait et avait soin d'eux. Quelque temps se passa pendant lequel ils demeurèrent toujours prisonniers. Il arriva qu'ils [pg 53] eurent, tous les deux, un songe dans une même nuit. Ce songe marquait ce qui devait arriver à chacun d'eux. Joseph étant entré le matin où ils étaient, et les ayant vus tristes, leur en demanda le sujet, et leur dit: «D'où vient que vous avez le visage plus abattu aujourd'hui qu'à l'ordinaire?» Ils lui répondirent: «Nous avons eu cette nuit un songe, et nous n'avons personne pour nous l'expliquer.» Joseph leur dit: «N'est-ce pas à Dieu qu'il appartient de donner l'interprétation des songes? Dites-moi ce que vous avez vu5.» Le grand échanson lui rapporta le premier son songe en ces termes: «Il me semblait que je voyais devant moi un cep de vigne, où il y avait trois provins, qui poussaient peu à peu, premièrement des boutons, ensuite des fleurs, et à la fin des raisins mûrs; et qu'ayant dans la main la coupe de Pharaon, j'ai pris ces grappes de raisin, je les ai pressées dans la coupe que je tenais et en ai donné à boire au [pg 54] roi.» Joseph lui dit: «Voici l'interprétation de votre songe: Les trois provins de la vigne marquent trois jours, après lesquels Pharaon se souviendra du service que vous lui avez rendu: il vous rétablira dans votre première charge, et vous lui présenterez à boire selon que vous étiez accoutumé de le faire auparavant, dans le rang que vous teniez. Seulement souvenez-vous de moi, je vous prie, quand ce bonheur vous sera arrivé, et rendez-moi ce bon office, de supplier Pharaon qu'il daigne me tirer de la prison où je suis, parce que j'ai été enlevé par fraude et par violence du pays des Hébreux et que l'on m'a renfermé ici innocent.» Le grand panetier voyant qu'il avait interprété ce songe si sagement, lui dit: «J'ai eu aussi un songe. Il me semblait que je portais sur ma tête trois corbeilles de farine, et qu'en celle qui était au-dessus des autres, il y avait de tout ce qui se peut apprêter avec la pâte pour servir sur une table, et que les oiseaux venaient en manger.» Joseph lui répondit: «Voici l'interprétation de votre songe. Les trois corbeilles signifient que vous avez encore trois jours à vivre, après lesquels Pharaon vous fera couper la tête, et vous fera ensuite attacher à une potence, où les oiseaux déchireront votre chair.» Le troisième jour suivant étant celui de la naissance de Pharaon, il fit un grand festin à ses serviteurs, pendant lequel il se souvint du grand échanson et du grand panetier. Il rétablit l'un dans sa charge, et il fit attacher l'autre à une potence, ce qui vérifia l'interprétation que Joseph avait donnée à leurs songes. Cependant le grand échanson se voyant rentré en faveur après sa disgrâce, ne se souvint plus de son interprète.

Deux ans après Pharaon eut un songe. Il lui semblait qu'il était sur le bord du fleuve du Nil, d'où sortaient sept [pg 55] vaches fort belles et extrêmement grasses, qui paissaient dans des marécages; qu'ensuite il en sortit sept autres toutes laides et extraordinairement maigres, qui paissaient aussi sur le bord du même fleuve, et que ces dernières dévorèrent les premières, qui étaient si grasses et si belles. Pharaon s'étant éveillé, se rendormit, et il eut un second songe. Il vit sept épis pleins de grains et très-beaux, qui sortaient d'une même tige. Il en vit aussi paraître sept autres fort maigres, qu'un vent brûlant avait desséchés, et ces derniers dévorèrent les premiers, qui étaient si beaux. Pharaon s'étant éveillé, fut saisi de frayeur; et ayant envoyé dès le matin chercher tous les magiciens et tous les sages d'Égypte, il leur raconta son songe, sans qu'il s'en trouvât un seul qui pût l'interpréter. Le grand échanson s'étant enfin souvenu de Joseph, dit au roi: «Je confesse ma faute. Lorsque le roi, étant en colère contre ses serviteurs, commanda que je fusse mis avec le grand panetier dans la prison, nous eûmes tous deux en une même nuit un songe, qui nous prédisait ce qui nous arriva ensuite. Il y avait alors en cette prison un jeune homme hébreu à qui nous racontâmes chacun notre songe. Il nous dit tout ce que l'événement confirma depuis: car je fus rétabli dans ma charge, et le grand panetier fut pendu.» Aussitôt Joseph fut tiré de la prison par ordre du roi; on le rasa, on le fit changer d'habits et on le présenta devant ce prince. Alors Pharaon lui dit: «J'ai eu des songes, et je ne trouve personne qui les interprète; mais l'on m'a dit que vous aviez une grande lumière pour les expliquer.» Joseph lui répondit: «Ce sera Dieu, et non pas moi, qui rendra au roi une réponse favorable.» Pharaon lui raconta donc ses deux songes, l'un des sept vaches grasses et des maigres, et l'autre des épis pleins et des desséchés. Et il ajouta: «J'ai [pg 56] dit mon songe à tous les magiciens et à tous les sages, et je n'en trouve point qui me l'explique. Joseph répondit: «Les deux songes du roi signifient la même chose: Dieu a montré à Pharaon ce qu'il fera dans la suite. Les sept vaches si belles et les sept épis si pleins de grains, que le roi a vus en songe, marquent la même chose, et signifient sept années d'abondance. Les sept vaches maigres et défaites, qui sont sorties du fleuve après les sept grasses, et les sept épis maigres et frappés d'un vent brûlant, marquent sept années d'une famine qui doit arriver. Et ceci s'accomplira de cette sorte. Il viendra premièrement sept années d'une fertilité extraordinaire dans toute l'Égypte, qui seront suivies de sept autres d'une si grande stérilité, qu'elle fera oublier toute l'abondance qui l'aura précédée, car la famine consumera tout le pays; et cette fertilité si extraordinaire sera comme absorbée par l'extrême indigence qui doit la suivre. Quant au second songe que vous avez eu, qui signifie la même chose, c'est une marque que cette parole de Dieu sera ferme et qu'elle s'accomplira infailliblement et bientôt. Il est donc de la prudence du roi de choisir un homme sage et habile, à qui il donne le commandement sur toute l'Égypte, afin qu'il établisse des officiers dans toutes les provinces, qui, pendant les sept années de fertilité qui vont venir, amassent dans les greniers publics la cinquième partie des fruits de la terre; que tout le blé ainsi amassé soit mis sous la puissance du roi, et qu'on le conserve dans les villes, afin qu'il soit tout préparé pour les sept années de la famine qui doit accabler l'Égypte, et que ce pays ne soit pas consumé par la faim.» Ce conseil plut à Pharaon et à tous ses ministres: et il leur dit: «Où pourrions-nous trouver un homme comme celui-ci, qui fût aussi rempli qu'il l'est de l'esprit de Dieu?» [pg 57] Il dit donc à Joseph: «Puisque Dieu vous a fait voir tout ce que vous avez dit, où pourrais-je trouver quelqu'un plus sage que vous, ou même semblable à vous? Ce sera donc vous qui aurez l'autorité sur ma maison. Quand vous ouvrirez la bouche pour commander, tout le peuple vous obéira, et je n'aurai au-dessus de vous que le trône et la qualité de roi.» Pharaon dit encore à Joseph: «Je vous établis aujourd'hui pour commander à toute l'Egypte.» En même temps il ôta son anneau de sa main et le mit en celle de Joseph: il le fit revêtir d'une robe de fin lin et lui mit au cou un collier d'or. Il le fit ensuite monter sur l'un de ses chars, qui était le premier après le sien, et fit crier par un héraut, que tout le monde eût à fléchir le genou devant lui, et que tous reconnussent qu'il avait été établi pour commander à toute l'Égypte. Le roi dit encore à Joseph: «Je suis Pharaon; nul ne remuera ni le pied ni la main dans toute l'Égypte que par votre commandement.» Il changea aussi son nom, et l'appela en langue égyptienne, Tsaphnath Panéach, c'est-à-dire, homme à qui les choses cachées sont découvertes. Et il lui fit ensuite épouser Aseneth, fille de Potiphéra, prêtre d'One. Après cela, Joseph alla visiter l'Égypte (il avait trente ans lorsqu'il parut devant le roi Pharaon). Les sept années de fertilité vinrent donc; et le blé ayant été mis en gerbes, fut serré ensuite dans les greniers d'Égypte. On mit aussi en réserve, dans toutes les villes, une grande abondance de grains. Car il y eut une si grande quantité de froment, qu'elle égalait le sable de la mer, et qu'elle ne pouvait pas même se mesurer. Avant que la famine vînt, Joseph eut deux enfants de sa femme Aseneth. Il nomma l'aîné Manassé (Menaché), qui signifie oubli, en disant: Dieu m'a fait oublier toute ma peine et toute la maison de mon [pg 58] père.» Il nomma le second Ephraïm, qui signifie fructification ou accroissement, en disant: «Dieu m'a fait croître et fructifier dans le pays de mon affliction et de ma pauvreté.» Ces sept années de la fertilité d'Egypte étant donc passées, les sept années de stérilité vinrent ensuite, selon la prédiction de Joseph. Une grande famine survint dans tous les pays; mais il y avait du blé dans toute l'Egypte. Le peuple étant pressé de la famine, cria à Pharaon et lui demanda de quoi vivre. Alors il leur dit: «Allez trouver Joseph et faites tout ce qu'il vous dira.» Cependant la famine croissait tous les jours dans tous le pays; et Joseph ouvrant tous les greniers, vendait du blé aux Egyptiens, parce qu'ils étaient tourmentés eux-mêmes de la famine. Et on venait de tous les pays en Egypte pour acheter de quoi vivre et pour trouver quelque soulagement dans la rigueur de cette famine.


Les frères de Joseph vont en Égypte.

Table des matières

La famine se fit aussi sentir dans le pays de Chanaan. Cependant Jacob ayant ouï dire qu'on vendait du blé en Égypte, dit à ses enfants: «Pourquoi négligez-vous ce qui regarde notre soulagement? J'ai appris qu'on vend du blé en Egypte; allez-y acheter ce qui nous est nécessaire, afin que nous puissions vivre, et que nous ne mourions pas de faim.» Les dix frères de Joseph allèrent donc en Egypte pour y acheter du blé; car Jacob retint Benjamin avec lui, ayant dit à ses enfants qu'il craignait qu'il ne lui arrivât quelque accident dans le chemin. Ils entrèrent dans [pg 59] l'Egypte avec les autres qui y allaient pour acheter du blé, parce que la famine était dans tous les pays. Joseph commandait dans toute l'Egypte, et le blé ne se vendait aux peuples que par son ordre. Ses frères vinrent et se prosternèrent devant lui la face contre terre. Joseph voyant ses frères les reconnut, et leur parlant assez rudement, comme à des étrangers, il leur dit: «D'où venez-vous?» Ils lui répondirent: «Nous venons du pays de Chanaan pour acheter ici de quoi vivre.» Et, quoiqu'il connût bien ses frères, il n'en était pas néanmoins reconnu. Alors se souvenant des songes qu'il avait eus autrefois, il leur dit: «Vous êtes des espions, et vous êtes venus ici pour examiner les endroits les plus faibles de l'Egypte.» Ils lui répondirent: «Seigneur, cela n'est pas ainsi; mais vos serviteurs sont venus ici seulement pour acheter du blé. Nous sommes tous enfants d'un seul homme; nous venons avec des pensées de paix, et vos serviteurs n'ont aucun mauvais dessein.» Joseph leur répondit: «Non, cela n'est pas; mais vous êtes venus pour remarquer ce qu'il y a de moins fortifié dans l'Egypte.» Ils lui dirent: «Nous sommes douze frères, tous enfants d'un même homme dans le pays de Chanaan; le dernier de tous est avec notre père, et l'autre n'y est plus.»—«Voilà, dit Joseph, ce que je disais: vous êtes des espions. Je vais éprouver si vous dites la vérité. Vive Pharaon! vous ne sortirez point d'ici jusqu'à ce que le dernier de vos frères y soit venu. Envoyez l'un de vous pour l'amener; cependant vous demeurerez en prison jusqu'à ce que j'aie reconnu si ce que vous dites est vrai ou faux, autrement, vive Pharaon! vous êtes des espions.» Il les fit donc mettre en prison pour trois jours. Et le troisième jour il les fit sortir de prison, et leur dit: «Faites ce que je vous dis, et vous vivrez; car je crains Dieu. Si vous venez ici dans un [pg 60] esprit de paix, que l'un de vos frères demeure lié dans la prison, et allez-vous-en vous autres; emportez en votre pays le blé que vous avez acheté, et amenez-moi le dernier de vos frères, afin que je puisse reconnaître si ce que vous dites est véritable, et que vous ne mouriez point.» Ils firent ce qu'il leur avait ordonné. Et ils se disaient les uns aux autres: «C'est justement que nous souffrons tout ceci, parce que nous avons péché contre notre frère, et que voyant la douleur de son âme, lorsqu'il nous priait d'avoir compassion de lui, nous ne l'écoutâmes point: c'est pour cela que nous sommes tombés dans cette affliction.» Ruben, l'un d'entre eux leur disait: «Ne vous dis-je point alors: Ne commettez point un si grand crime contre cet enfant? Et cependant vous ne m'avez point écouté. C'est son sang maintenant que Dieu nous redemande.» En s'entretenant ainsi, ils ne savaient pas que Joseph les entendait, parce qu'il leur parlait par un interprète. Mais il se retira pour un moment, et versa des larmes. Et étant revenu, il leur parla de nouveau. Il fit prendre Siméon et le fit lier devant eux; et il commanda à ses serviteurs d'emplir leur sac de blé et de remettre dans le sac de chacun d'eux l'argent qu'ils avaient donné, en y ajoutant encore des vivres pour se nourrir pendant le chemin: ce qui fut exécuté aussitôt. Les frères de Joseph s'en allèrent donc, emportant leur blé sur leurs ânes. Et l'un d'eux ayant ouvert son sac dans l'hôtellerie pour donner à manger à son âne, vit son argent à l'entrée du sac, et il dit à ses frères: «On m'a rendu mon argent; le voici dans mon sac.» Ils furent tous saisis d'étonnement et de trouble; et ils s'entre-disaient: «Qu'est-ce que Dieu nous a fait?»

Lorsqu'ils furent arrivés chez Jacob leur père, au pays de Chanaan, ils lui racontèrent tout ce qui leur était [pg 61] arrivé, en disant: «Le seigneur de ce pays-là nous a parlé durement, et il nous a pris pour des espions, qui venaient observer le royaume. Nous lui avons répondu: Nous sommes gens paisibles et très-éloignés d'avoir aucun mauvais dessein. Nous étions douze frères, tous enfants d'un même père; l'un n'y est plus, et le plus jeune est avec notre père au pays de Chanaan. Il nous a répondu: Je veux éprouver s'il est vrai que vous n'ayez que des pensées de paix. Laissez-moi donc ici l'un de vos frères; prenez le blé qui vous est nécessaire pour vos maisons, et vous en allez; et amenez-moi le plus jeune de vos frères, afin que je sache que vous n'êtes point des espions; que vous puissiez ensuite ramener avec vous celui que je retiens prisonnier, et qu'il vous soit permis à l'avenir d'acheter ici ce que vous voudrez.» Après avoir ainsi parlé à leur père, comme ils jetaient leur blé hors de leurs sacs, ils trouvèrent chacun leur argent lié à l'entrée du sac, et ils en furent tous épouvantés. Alors Jacob, leur père, leur dit: «Vous me réduisez à être sans enfants; Joseph n'est plus, Siméon n'est plus, et vous voulez encore m'enlever Benjamin. Tous ces maux sont retombés sur moi.» Ruben lui répondit: «Faites mourir mes deux enfants, si je ne vous le ramène pas. Confiez-le-moi, et je vous le rendrai certainement.»—«Non, dit Jacob, mon fils n'ira point avec vous. Son frère est mort, et je n'ai plus que lui. S'il lui arrive quelque malheur au pays où vous allez, vous accablerez ma vieillesse d'une douleur qui m'emportera dans le tombeau.»

[pg 62]


Les enfants de Jacob retournent en Égypte avec Benjamin.

Table des matières

Cependant la famine désolait extraordinairement tout le pays, et le blé que les enfants de Jacob avaient apporté d'Egypte étant consommé, Jacob leur dit: «Retournez en Egypte pour nous acheter encore un peu de blé.» Juda lui répondit: «Celui qui commande en ce pays-là nous a déclaré sa volonté avec serment, en disant: «Vous ne verrez point mon visage, à moins que vous n'ameniez avec vous le plus jeune de vos frères.» Si vous voulez donc l'envoyer avec nous, nous irons ensemble, et nous achèterons ce qui vous est nécessaire. Si vous ne voulez pas nous n'irons point: car cet homme, comme nous vous l'avons dit plusieurs fois, nous a déclaré que nous ne verrions point son visage, si nous n'avions avec nous notre jeune frère.» Israël leur dit: «C'est pour mon malheur que vous lui avez appris que vous aviez encore un autre frère.» Mais ils lui répondirent: «Il nous demanda par ordre toute la suite de notre famille: si notre père vivait; si nous avions encore un frère: et nous lui répondîmes conformément à ce qu'il nous avait demandé. Pouvions-nous deviner qu'il nous dirait: Amenez avec vous votre jeune frère?» Juda dit encore à son père: «Envoyez l'enfant avec moi, afin que nous puissions partir et avoir de quoi vivre, et que nous ne mourions pas, nous et nos petits enfants. Je me charge de cet enfant, et c'est à moi que vous en demanderez compte. Si je ne le ramène, et si je ne vous le rends pas, je consens que vous ne me pardonniez jamais cette faute. Si nous n'avions point tant [pg 63] différé, nous serions déjà revenus une seconde fois.» Israël leur père dit donc: «Si c'est une nécessité absolue, faites ce que vous voudrez. Prenez avec vous des meilleurs fruits de ce pays-ci, pour en faire présent à celui qui commande; un peu de résine, de miel, de storax, de myrrhe, de térébenthine et d'amandes. Portez aussi deux fois autant d'argent qu'au premier voyage, et reportez celui que vous avez trouvé dans vos sacs, de peur que ce ne soit une méprise. Enfin menez votre frère avec vous, et allez vers cet homme. Je prie mon Dieu, le Dieu tout-puissant, de vous le rendre favorable, afin qu'il renvoie avec vous votre frère qu'il tient prisonnier, et Benjamin que je vous confie. Quant à moi, si je dois être privé d'enfants, que j'en sois privé.» Ils prirent donc avec eux les présents, et le double de l'argent qu'ils avaient la première fois, avec Benjamin; et étant partis, ils arrivèrent en Égypte, où ils se présentèrent devant Joseph. Joseph les ayant vus, et Benjamin avec eux, dit à son intendant: «Faites entrer ces hommes chez moi; faites tuer quelque bête et faites-la préparer, parce qu'ils mangeront à midi avec moi.» L'intendant exécuta ce qui lui avait été commandé, et les fit entrer dans la maison. Alors étant saisis de crainte, ils s'entre-disaient: «C'est sans doute à cause de cet argent que nous avons remporté dans nos sacs, qu'il nous a fait entrer ici, pour faire retomber sur nous ce reproche, et nous opprimer en nous réduisant en servitude, et s'emparant de nos ânes.» C'est pourquoi étant encore à la porte, ils s'approchèrent de l'intendant de Joseph, ils lui dirent: «Seigneur, nous vous supplions de nous écouter. Nous sommes déjà venus une fois acheter du blé: et après l'avoir acheté, lorsque nous fûmes arrivés à l'hôtellerie, en ouvrant nos sacs, nous y trouvâmes notre argent, que nous vous rapportons [pg 64] maintenant au même poids. Et nous vous en rapportons encore d'autre, pour acheter ce qui nous est nécessaire: mais nous ne savons en aucune sorte qui a pu remettre cet argent dans nos sacs.» L'intendant leur répondit: «Ayez l'esprit en repos; ne craignez point. Votre Dieu, et le Dieu de votre père vous a donné des trésors dans vos sacs: car pour moi j'ai reçu l'argent que vous m'avez donné; et j'en suis content.» Il fit sortir aussi Siméon de la prison et le leur amena. Après les avoir fait entrer dans la maison, il leur apporta de l'eau, ils se lavèrent les pieds, et il donna à manger à leurs ânes. Cependant ils tinrent leurs présents tout prêts, attendant que Joseph entrât sur le midi, parce qu'on leur avait dit qu'ils devaient manger en ce lieu-là. Joseph étant donc entré dans sa maison, ils lui offrirent leurs présents qu'ils tenaient en leurs mains, et ils se prosternèrent devant lui la face contre terre. Il les salua aussi en leur faisant bon visage, et il leur demanda: «Votre père, ce bon vieillard dont vous m'aviez parlé, vit-il encore? se porte-t-il bien?» Ils lui répondirent: «Notre père votre serviteur est encore en vie, et il se porte bien.» Ils s'inclinèrent et se prosternèrent. Joseph levant les yeux, vit Benjamin son frère, fils de Rachel sa mère, et il leur dit: «Est-ce là le plus jeune de vos frères dont vous m'aviez parlé? Mon fils, ajouta-t-il, que Dieu te soit miséricordieux!» Et il se hâta de sortir, parce que ses entrailles avaient été émues en voyant son frère, et qu'il ne pouvait plus retenir ses larmes. Passant donc dans une autre chambre, il pleura. Et après s'être lavé le visage, il revint se faisant violence, et il dit à ses gens: «Servez à manger.» On servit Joseph à part, et ses frères à part, et les Égyptiens qui mangeaient avec lui furent aussi servis à part (car il n'est pas permis aux Égyptiens de manger avec les Hébreux; ils croient qu'un pareil festin serait [pg 65] profané). Ils s'assirent, donc en présence de Joseph, l'aîné le premier selon son rang et le plus jeune selon son âge. Et ils furent extrêmement surpris. On leur apporta des portions de sa part, et il se trouva que la part de Benjamin était cinq fois plus grande que les parts de tous les autres. Ils burent ainsi avec Joseph, et firent grande chère.


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Yaş sınırı:
0+
Litres'teki yayın tarihi:
15 ocak 2025
Hacim:
301 s. 2 illüstrasyon
ISBN:
4064066081539
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
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