Kitabı oku: «Traité clinique et physiologique de l'encéphalite ou Inflammation du cerveau et de ses suites ... par M. J. Bouillaud»

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Jean Bouillaud

Traité clinique et physiologique de l'encéphalite ou Inflammation du cerveau et de ses suites ... par M. J. Bouillaud


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066336394

Table des matières

PRÉFACE.

TRAITÉ CLINIQUE ET PHYSIOLOGIQUE DE L’INFLAMMATION DU CERVEAU.

LIVRE PREMIER.

SECTION PREMIÈRE,

OBSERVATION PREMIÈRE.

OBSERVATION II e .

OBSERVATION III e .

OBSERVATION IV e .

DEUXIÈME SECTION.

OBSERVATION V e .

OBSERVATION VI e.

OBSERVATION VII e .

OBSERVATION VIII e .

OBSERVATION IX e .

OBSERVATION X e .

OBSERVATION XI e .

OBSERVATION XII e .

OBSERVATION XIII e .

OBSERVATION XIV.

OBSERVATION XV e .

OBSERVATION XVI e .

OBSERVATION XVII e .

OBSERVATION XVIII e .

OBSERVATION XIX e .

OBSERVATION XX e .

OBSERVATION XXI e .

OBSERVATION XXII e .

OBSERVATION XXIII e .

OBSERVATION XXIV e .

OBSERVATION XXV e .

TROISIÈME SECTION.

OBSERVATION XXVI e .

OBSERVATION XXVII e .

OBSERVATION XXVIII e .

OBSERVATION XXIX e .

OBSERVATION XXX e.

OBSERVATION XXXI e .

OBSERVATION XXXII e .

OBSERVATION XXXIII e .

QUATRIÈME SECTION.

OBSERVATION XXXIV e.

OBSERVATION XXXV e.

OBSERVATION XXXVI e .

OBSERVATION XXXVII e.

OBSERVATION XXXVIII e.

OBSERVATION XXXIX e.

OBSERVATION XL e .

OBSERVATION XLI e.

OBSERVATION XLII e .

OBSERVATION XLIII e .

OBSERVATION XLIV e .

OBSERVATION XLV e .

LIVRE SECOND.

CHAPITRE PREMIER.

§ I er . Première période de l’Encéphalite.

§ II. Deuxième période de l’Encéphalite.

§ III. Troisième période de l’Encéphalite.

§ IV. Quatrième période de l’Encéphalite.

CHAPITRE SECOND.

ARTICLE PREMIER.

ARTICLE SECOND.

ARTICLE TROISIÈME.

ARTICLE QUATRIÈME.

ARTICLE CINQUIÈME.

CHAPITRE TROISIÈME.

§ I er . Causes déterminantes.

§ 11. Causes prédisposantes.

CHAPITRE QUATRIÈME.

§ I er . Traitement de la période d’irritation.

§ II. Traitement des Abcès du cerveau.

§ III. Traitement des productions accidentelles développées dans le cerveau, par suite de son inflammation.

CHAPITRE CINQUIÈME ET DERNIER.



PRÉFACE.

Table des matières

1. ÉCLAIRÉ par les lumières que les siècles passés lui ont communiquées, plus éclairé peut-être par ses propres lumières, le siècle qui commence semble destiné à consommer cette grande restauration scientifique dont l’illustre chancelle Bacon avait, depuis tant d’années, signalé l’impérieuse nécessité. N’espérez pas, disait ce grand homme, imprimer aux sciences un grand accroissement, en superposant et en greffant pour ainsi dire les connaissances nouvelles sur les anciennes: il faut reconstruire l’édifice scientifique jusque dans ses plus profonds fondemens: «Frustra magnum expectatur augmentum

» in scientiis ex superinductione

» et insitione novorum super vetera: sed

» instauratio facienda est ab imis

» fundamentis.»

2. Gloire et reconnaissance éternelles aux hommes distingués qui se sont en quelque sorte mis à la tête de ces grandes et heureuses révolutions scientifiques. Trop long-temps immobile au milieu du mouvement général de perfectionnement qui entraînait les autres sciences physiques la Médecine vient, pour ainsi dire, de se mettre en marche, et, grâce à la puissante impulsion que quelques hommes de génie lui ont communiquée, elle s’est élevée à la hauteur des autres, et menace même de les dépasser. Osons le dire, l’Histoire des Phlegmasies chroniques fut à la fois le signal et le premier mobile de l’importante révolution que M. Broussais vient de faire éprouver à la Médecine. Ne disputons point à ce célèbre observateur la gloire orageuse d’une si remarquable révolution, et ne cherchons pas à lui arracher un laurier qui lui coûte si cher.

3. Fière de ses rapides progrès, la Médecine peut les poursuivre avec éclat, en restant fidèle à la méthode expérimentale dont le flambeau, allumé par l’immortel Galilée, éclaire de son inépuisable lumière toutes les sciences physiques, et en adoptant, avec une sage critique, les vérités qu’a fait éclore l’alliance heureuse et féconde de la physiologie et de la pathologie. Mais malheur à la Médecine si elle repoussait jamais cette étroite union, et si elle répudiait cc principe, savoir, qu’il n’existe point de maladie sans lésion d’organe! Un anatomiste célèbre, dont la Médecine ne saurait trop déplorer la perte prématurée, M. Béclard, l’a dit avec raison:

«Il n’y a pas plus de phénomènes morbides

» ou de symptômes sans organes altérés, que

» de fonctions sans organes réguliers, que

» de phénomènes sans corps, que de

» mouvement sans matière.» (Élémens d’Anatomie

» général, page 121.)

4. Quoi qu’il en soit, toutes les parties de la science de l’homme n’ont pas été éclairées d’une lumière égale, et il semble que chacune d’elles se perfectionne à son tour. Parmi celles qui sont restées dans une obscurité plus ou moins profonde, il faut placer, je crois, en première ligne, l’histoire de l’anatomie, et surtout de la physiologie et de la pathologie du cerveau et de ses dépendances. Dans tous les temps néanmoins, les anatomistes, les physiologistes, les médecins, et même les philosophes, se sont occupés sérieusement de l’étude du système nerveux, de ce système qui semble gouverner tous les autres, et qui constitue en quelque sorte l’âme physiologique de l’économie vivante. De nos jours, cette étude est devenue l’occupation favorite des observateurs; on s’y livre avec une sorte de fureur; de toutes parts on s’empresse de déchirer quelques-uns des innombrables replis du voile que la nature a jeté autour de ce noble appareil.

5. Les travaux importans de MM. Gall et Spurzheim, l’ouvrage récent de M, Tiédemann , les Recherches de M. le docteur Georget sur la Physiologie et la Pathologie du système nerveux, les Lettres du professeur Lallemand sur l’Encéphale et ses dépendances, le livre de M. Rostan sur le Ramollissement du Cerveau, les belles expériences des physiologistes modernes, et particulièrement celles de M. Magendie, le plus illustre d’entre eux; les travaux de MM. Serres, Foville, Pinel-Grandchamp, etc., ont enrichi d’un grand nombre de précieuses découvertes l’anatomie, la physiologie et la pathologie du système nerveux. Néanmoins, il reste beaucoup à faire encore sur un sujet à la fois si vaste et si difficile.

6. La pathologie du cerveau, en particulier, réclame impérieusement de nouvelles recherches. Elle n’a point encore été suffisamment soumise au creuset de la doctrine physiologique, et aucun auteur, à l’exception de M. Lallemand, n’a su rattacher à la théorie de l’irritation, les diverses altérations dont le cerveau est susceptible. Que dis-je? malgré tous les efforts de cet ingénieux observateur pour prouver que le ramollissement du cerveau est une véritable phlegmasie, plusieurs médecins ne professent-ils pas une opinion contraire? Un auteur dont je respecte d’ailleurs l’autorité, n’a-t-il pas dit «qu’on

» a fait récemment, dans l’intérêt d’une nouvelle

» doctrine, bien plus que dans celui

» de la vérité, de longs travaux et de longs

» raisonnemens pour prouver que la nature

» du ramollissement était toujours

» inflammatoire?»

7. J’espère que cet ouvrage contribuera à éclairer la question dont il s’agit, et qu’il démontrera même que les longs travaux et les longs raisonnemens dont parle l’auteur précédent ont été faits dans l’intérêt de la vérité, bien plus que dans celui d’une nouvelle doctrine.

8. Personne plus que moi ne rend justice aux importantes recherches du professeur de Montpellier, recherches qui ont réellement changé la face de la pathologie cérébrale, et que ne désavouerait pas lui-même le célèbre et judicieux auteur du traité de Sedibus et Causis Morborum. Hommage soit rendu à cet heureux émule de Morgagni!

9. Toutefois, l’ouvrage de M. Lallemand, il faut bien l’avouer, ne saurait être regardé comme le dépôt de toutes les connaissances actuelles sur la matière dont il traite, et il n’est pas exempt de quelques erreurs, de quelques défauts, inhérens, pour la plupart, à la forme même que l’auteur a choisie pour publier ses travaux.

10. On peut reprocher à M. Lallemand d’avoir pris l’anatomie pathologique pour le fondement de la classification et de la nomenclature de son ouvrage. Ce n’est, en effet, ni dans les symptômes ni dans les altérations anatomiques, mais bien dans la nature intime, dans la physiologie des maladies, qu’il faut chercher les bases d’une classification et d’une nomenclature rationnelles. Il est vrai que ce système de nomenclature est impraticable dans les cas, encore trop nombreux, où la nature des maladies nous est inconnue. Mais ce qui est toujours possible, c’est de choisir une expression qui ne donne pas une idée incomplète ou fausse de la maladie, comme on le fait en désignant sous le nom de ramollissement l’inflammation du cerveau Cette dénomination n’indique en effet qu’une des circonstances anatomiques de la maladie: or, comme les caractères anatomiques d’une maladie varient suivant ses périodes et ses terminaisons, il s’ensuit que, pour la désigner d’après ces caractères, il faut lui affecter autant de noms différons qu’il y a de différences dans les altérations anatomiques, système de nomenclature infiniment vicieux. Nous verrons bientôt que l’inflammation du cerveau, considérée dans toutes ses périodes, dans toutes ses terminaisons, produit tantôt une simple injection avec rougeur, tuméfaction et légère induration de la substance cérébrale, tantôt un ramollissement plus ou moins prononcé de cette même substance, tantôt un abcès soit simple, soit enkysté, tantôt une induration albumineuse, caséeuse, stéatomateuse, squirrheuse, etc., du cerveau. Or, je ne vois pas de motif pour désigner la maladie sous le nom de ramollissement plutôt que sous ceux d’endurcissement, de congestion, d’abcès, etc. Aucune de ces expressions ne saurait être adoptée: autant vaudrait se servir de celles de convulsions, de paralysie, d’apoplexie, etc., ainsi que faisaient les anciens; car les altérations anatomiques ne sont pas plus fixes que les symptômes, c’est-à-dire les altérations fonctionnelles ou physiologiques. Quel est le seul caractère qui ne change pas au milieu des métamorphoses continuelles que subissent et les symptômes et les altérations anatomiques? C’est évidemment la nature phlegmasique de la maladie. C’est sur ce point fixe que doit reposer, comme sur sa base la plus solide, la dénomination de la maladie. Et puisque l’on appelle l’inflammation de l’estomac une gastrite, celle des intestins une entérite, etc., je ne vois pas pourquoi désormais tout le monde n’adopterait pas le nom d’encéphalite ou de cérébrite proposé par plusieurs médecins, et consacré par le Nouveau Dictionnaire de Médecine. On peut rattacher à cette dénomination toutes les formes diverses que revêt la maladie, soit sous le rapport anatomique, soit sous le rapport physiologique. Mais quelle étrange méthode que de désigner sous le nom de ramollissement du cerveau une maladie qui, dans sa première période, ne ramollit point la substance cérébrale, et qui, dans certaines terminaisons, entraîne un endurcissement notable de cette même substance!

Puisse bientôt arriver l’heureuse époque où la Médecine sera, comme la chimie, assujettie à une langue fixe et uniforme! Condillac a dit quelque part que les sciences se réduisaient à une langue bien faite. On pourrait dire, avec autant de justesse, que les sciences ne peuvent avoir une langue bien faite qu’au moment où les principaux faits dont elles se composent sont bien connus. La Médecine touche à cette grande époque: voici le temps de réformer sa langue. Mais une entreprise si importante exige la réunion d’hommes doués d’une haute instruction, d’un jugement sévère, d’un esprit élevé , philosophique, et dégagé de toute prévention.

11. M. Lallemand a commis également une erreur en attribuant les mêmes symptômes à l’inflammation des diverses régions du cerveau. Nous verrons en effet que ces symptômes varient suivant le siège de l’affection cérébrale; que la paralysie musculaire, par exemple, varie de siége selon que l’altération du cerveau occupe les lobules antérieurs, moyens ou postérieurs de cet organe, et nous parviendrons par ce moyen à déterminer quelques-unes des fonctions dévolues aux diverses parties dont l’encéphale est composé. Sous ce dernier point de vue, l’un des résultats les plus intéressans auxquels l’observation clinique m’a conduit, c’est que la partie antérieure du cerveau est véritablement l’organe du langage articulé, ainsi que M. le docteur Gall l’avait annoncé.

12. Enfin, l’ouvrage de M. Lallemand, quelque excellent qu’il soit, aurait beaucoup gagnée à mon avis, s’il eût été publié en une seule fois, et s’il eût été rédigé dans la forme accoutumée des livres élémentaires: car, si la forme épistolaire prête beaucoup aux développemens et aux discussions, on ne saurait disconvenir qu’elle entraîne des longueurs et des répétitions presque inévitables, et qu’elle éloigne trop les unes des autres les diverses parties d’un même sujet, défaut grave dans une monographie, où toutes les parties doivent se tenir de près, se presser en quelque sorte les unes contre les autres, afin que l’esprit puisse saisir facilement les rapports qui les enchaînent, le nœud qui les rassemble, et que la mémoire puisse en conserver sans efforts le fidèle souvenir.

13. L’ouvrage que je publie aujourd’hui est divisé en deux livres.

Dans le premier, j’ai rapporté des histoires particulières d’encéphalite, sous toutes les formes qu’elle peut revêtir.

Le second livre est consacre à l’histoire générale de la maladie.

Cette méthode est la seule que l’on puisse suivre sans crainte de s’égarer: le simple bon sens en indique les avantages.

14. Il ne suffit pas d’avoir recueilli un grand nombre d’observations pour composer un ouvrage de médecine: il faut encore avoir rapproché ces observations, et en avoir analysé tous les élémens. On répète aujourd’ hui de toutes parts, et comme par écho, que les faits seuls constituent la science. Cette assertion banale exige cependant quelques explications. Suffit-il, en effet, d’avoir entassé des masses de faits pour avoir composé une science? non sans doute: de même que l’on n’a pas construit un édifice pour avoir rassemblé les matériaux qui doivent servir à sa construction. Les faits particuliers sont les matériaux qui doivent composer l’édifice de la Médecine; mais ce sont des élémens épars, bruts, si l’on peut ainsi dire, qui doivent être réunis et rassemblés suivant certaines lois.

L’art de réunir méthodiquement les faits est bien autrement difficile que l’art de les recueillir. Celui-ci est l’ouvrage des sens; celui-là est l’ouvrage de l’esprit, du jugement, du génie.

Ainsi donc, les faits recueillis par l’observation doivent être travailles, pour ainsi dire, par l’esprit avant de constituer une véritable science. Il faut que le génie s’en empare, qu’il en pénètre les rapports, qu’il les rapproche, qu’il les analyse, qu’il les coordonne et les classe d’après leurs analogies et leurs affinités; il faut enfin qu’il en découvre les caractères communs et généraux. C’est par cette généralisation et par cette analyse que s’établissent toutes les théories.

15. Une théorie quelconque ne peut être bonne qu’autant qu’elle est l’expression même des faits particuliers: elle ne doit être autre chose, en effet, puisqu’elle consiste à décomposer les faits compliqués, à les analyser, à les réduire en principes: Une théorie exacte est la parfaite image des phénomènes sur lesquels elle roule; elle doit représenter fidèlement tous les faits en général, et chacun d’eux en particulier. Toute théorie qui se trouve en contradiction avec un fait bien observé est fausse. De même, tout fait qui est en contradiction avec une théorie rigoureusement démontrée a été mal observé : on n’est pas assez pénétré aujourd’hui de cette dernière vérité.

16. D’après ce que nous venons de dire, il est évident que les phénomènes composés ou compliqués sont seuls susceptibles de théorie ou d’explication; les faits simples constituent des faits principes; ils n’ont donc pas besoin d’être expliqués, ou, ce qui est la même chose, d’être réduits en principes. Il est également évident que les faits sont d’autant plus difficiles à expliquer qu’ils sont plus complexes, plus composés: voilà pourquoi, de toutes les explications, les plus difficiles sont les explications physiologiques et médicales.

17. Que penser maintenant de ces personnes qui repoussent, avec un superbe dédain, toutes les explications, toutes les théories, et qui s’efforcent de les flétrir du nom de systèmes, d’innovations? Que peuvent ces vains efforts contre le sublime instinct qui nous entraîne malgré nous, et presqu’à notre insu, à pénétrer le mécanisme des phénomènes de la nature? Que signifie ce combat insensé contre le génie inné des explications? Pourquoi vouloir nous interdire l’usage de la plus noble de nos facultés, et nous ravir en quelque sorte l’exercice de la plus précieuse de nos prérogatives?

18. Sans doute nous sommes encore bien loin de l’époque où l’on pourra expliquer tous les phénomènes de la nature vivante, soit dans l’état sain, soit dans l’état malade; mais il n’en est pas moins vrai que plusieurs de ces phénomènes ont été interprétés déjà de la manière la plus heureuse et la plus fidèle. Les autres le seront par la suite: il est doux de l’espérer, et ce sentiment fait honneur à l’esprit humain.

19. Ces réflexions me conduisent à dire quelques mots sur l’esprit qui m’a dirigé dans la composition de cet ouvrage. J’ai franchement adopté l’opinion de M. Broussais, qui regarde l’inflammation comme cause première de toutes les productions accidentelles. Je me suis appliqué à prouver que les tubercules, les productions stéatomateuses, squirrheuses, fibro-cartilagineuses, etc., qui se développent dans le cerveau, peuvent, ainsi que le pus, être rapportés, en première origine, à l’inflammation de cet organe. Que ceux qui ne partagent pas notre manière de voir à cet égard réfutent, par des faits mieux observés, les faits qui lui servent de base, et nous y renoncerons avec le même empressement que nous l’avons adoptée: car l’amour de la vérité est le seul qui nous anime.

20. Au reste, nous pensons que les productions accidentelles, suites de l’inflammation, consistent souvent autant dans l’altération des liquides que dans celle des solides de la partie où elles se développent. Je dis plus: de même qu’il est impossible de concevoir la vie et l’organisation sans le concours de parties solides et liquides, ainsi toute maladie suppose une altération simultanée des solides et des liquides: car qu’est-ce qu’une maladie, sinon une altération générale ou locale de la vie et de l’organisation?

21. Quelques médecins affectent de reprocher à M. Lallemand d’avoir rendu trop clair le diagnostic des maladies cérébrales. J’avoue que je n’ai rien négligé pour me rendre digne de cet étrange et honorable reproche. Aurai-je été assez heureux pour le mériter réellement?

22. Que si la Médecine chercherait en vain à pénétrer le mécanisme de la plupart des maladies, du moins elle a droit de prétendre à la connaissance de leur siège. Le moment est venu où elle peut se proposer le problême suivant: des symptômes étant donnés, déterminer le siége de la maladie, et réciproquement. C’est ici surtout que l’on reconnaît l’utilité de l’application de la physiologie à la pathologie. Car il est évident que, connaissant les fonctions d’un organe, la lésion de ces fonctions indiquera nécessairement l’altération de l’organe qui les exécute.

23. Mais si, d’un côté, la physiologie est le véritable flambeau de la pathologie, il est également certain que la pathologie est pour la physiologie une source intarissable de lumières. Elle nous conduit à la connaissance des fonctions des organes de la manière la plus directe; et remarquez que c’est précisément le moyen dont se servent les physiologistes pour découvrir les fonctions encore inconnues d’un organe donné. Les expériences sur les animaux, les vivisections enfin, ne sont-elles pas, pour ainsi dire, des maladies artificielles? La physiologie expérimentale n’est-elle pas une sorte de pathologie artificielle? Vous concevez maintenant comment l’étude des maladies peut servir à dévoiler les plus profonds mystères de la physiologie. En effet, les maladies peuvent être considérées comme des expériences, des sortes de vivisections faites sur l’homme par la nature elle-même: or, nous venons de voir que c’est par des vivisections que les physiologistes cherchaient à pénétrer le mécanisme obscur et compliqué des fonctions de la vie.

Il suit même de ce rapprochement que les maladies sont propres à répandre sur la physiologie de l’homme plus de lumière que les expériences faites sur les animaux, car les résultats fournis par ces dernières ne sont pas toujours applicables à l’homme. C’est pourquoi le judicieux auteur des Recherches anatomico-pathologiques sur l’Encéphale a eu raison de dire, dans son excellente dissertation inaugurale, que les affections cérébrales répandront sur les fonctions du cerveau une clarté non moins vive que toutes les vivisections qui ont été faites, ou qui le seront par la suite, sur le même sujet.

24. A la vérité, l’observation des maladies cérébrales est hérissée d’innombrables difficultés. Si le cerveau n’était qu’un seul organe, ou bien si chacun des organes secondaires dont il est composé était affecté isolément, rien ne serait plus aisé que de déterminer les rapports entre les symptômes et les lésions organiques: on aurait, pour ainsi dire, un problême à une seule inconnue, et partant, d’une solution aussi simple que possible. Mais puisque le cerveau est composé de plusieurs organes , dont chacun joue un rôle particulier; puisque plusieurs de ces organes peuvent être affectés à la fois et différemment, et que les phénomènes varient suivant le siège, l’étendue, la nature, les complications de la maladie cérébrale, vous voyez que l’opération devient singulièrement compliquée, et que la difficulté de la solution du problême augmente avec le nombre des inconnues.

25. Toutefois un zèle infatigable, une attention soutenue pourront nous, faire vaincre tous ces obstacles: labor omnia vincit improbus. N’oublions pas d’ailleurs que, filles du temps et de l’observation, les sciences marchent à pas lents et mesurés, qu’il n’est pas donné à un seul homme de tout découvrir, surtout en médecine, et que la seule gloire que nous puissions raisonnablement ambitionner, c’est d’ajouter quelques vérités nouvelles à celles que nous ont léguées nos devanciers, bien convaincus que nos neveux, héritiers de nos propres découvertes, en augmenteront à leur tour le précieux dépôt,

TRAITÉ CLINIQUE ET PHYSIOLOGIQUE DE L’INFLAMMATION DU CERVEAU.

Table des matières

LIVRE PREMIER.

Table des matières

OBSERVATIONS PARTICULIÈRES SUR L’ENCÉPHALITE.

Considérations préliminaires.

CE serait se former une idée bien étroite de l’inflammation, et se montrer absolument étranger aux heureux et immenses progrès de la science, que de penser que la maladie dont je viens de parler ne laisse d’autres traces de son existence qu’une rougeur plus ou moins prononcée, une tuméfaction plus ou moins marquée des organes qu’elle affecte, avec production d’une certaine quantité de pus. Éclairés aujourd’hui par les importantes recherches de l’illustre auteur de l’Histoire des Phlegmasies chroniques, et par les travaux antérieurs du modeste Pujol , nous devons considérer l’inflammation sous un point de vue plus étendu. Il ne suffit pas, comme, on l’a fait trop long-temps, d’étudier les caractères qui spécifient ce grand phénomène pathologique dans ses nuances les plus tranchées, dans son degré le plus élevé ; il faut le suivre d’un œil attentif dans toutes ses périodes, dans toutes ses terminaisons; il faut rechercher les modifications qu’il éprouve suivant la nature des tissus où il siège, suivant qu’il affecte une marche aiguë ou chronique; il faut, en un mot, en analyser sévèrement tous les effets. Or, en procédant de cette manière, nous voyons que les premières modifications anatomiques qui caractérisent l’inflammation sont, la rougeur, l’injection vasculaire et la tuméfaction, que, plus tard, une sécrétion anormale, connue sous le nom de suppuration, se manifeste; que la partie enflammée perd de sa cohésion et se désorganise plus ou moins profondément. La suppuration est suivie de phénomènes très-différens, selon que la matière purulente peut être rejetée ou non au dehors. Dans le premier cas, au bout d’un certain temps, l’irritation inflammatoire se calme, la formation du pus diminue, cesse entièrement, et, s’il existe une ulcération, ses bords se rapprochent, et une cicatrice s’organise à sa surface. Dans le second cas, au contraire, la matière purulente, abandonnée désormais à l’empire des affinités organiques ou de la chimie vivante, éprouve une série de changemens qu’il est de la plus haute importance de connaître. Prenons pour exemple une phlegmasie de la plèvre: le pus pleurétique se partage bientôt en deux parties, l’une liquide dont l’absorption s’empare; l’autre concrète, destinée à subir un grand nombre de métamorphoses. En effet, cette partie, que l’on désigne sous le nom de fausse membrane, ne représente d’abord qu’une masse amorphe, inorganisée; plus tard apparaissent, au sein de cette production morbide, des points rouges dont le nombre augmente saus cesse, et qui, en se réunissant, forment des stries rouges ramifiées, rudimens de vaisseaux; puis on y distingue des vaisseaux sanguins; un véritable tissu cellulaire ou séreux s’organise ensuite, et dans certains cas, on voit se développer une membrane dense, fibreuse, fibro-cartilagineuse, cartilagineuse, ou même osseuse. Dans les organes parenchymateux, le pus éprouve des changemens analogues, mais non absolument les mêmes: il s’infiltre d’abord dans la substance parenchymateuse, se réunit ensuite en foyer, et bientôt s’enveloppe d’une membrane accidentelle ou d’un kyste qui l’isole des parties environnantes; d’autres fois sa partie concrescible se combine pour ainsi dire avec la substance de l’organe, se durcit, s’épaissit et donne naissance aux diverses productions décrites en anatomie pathologique sous les noms de tubercules, de squirrhe, de cancer, etc. Dans des cas plus heureux, la matière purulente rentre en entier dans le torrent circulatoire; les parois de l’abcès se rapprochent, s’agglutinent à la manière des bords d’une plaie, et une véritable cicatrice s’opère. Ainsi donc les diverses productions accidentelles peuvent être considérées comme autant de traces que l’inflammation laisse après elle. Ces tissus anormaux, ou d’origine pathologique, ont été trop long-temps regardés comme des maladies sui generis, et tout-à-fait indépendantes d’une phlegmasie. A M. Broussais appartient la gloire d’avoir signalé, le premier, le rôle que joue l’inflammation dans leur production, et la découverte de cette vérité fondamentale est un de ses plus beaux titres à la reconnaissance de la médecine. N’oublions jamais, d’ailleurs, que la première condition de toute formation de tissus accidentels, la condition sine qua non, consiste dans la sécrétion d’une quantité plus ou moins considérable de pus, et que la nature et l’aspect de celui-ci varient suivant la structure des organes enflammés; que, partant, il ne faut point s’étonner si les résultats, les produits, les accidens, les terminaisons de l’inflammation ne sont pas absolument semblables dans tous les tissus. Ainsi, par exemple, le tissu cellulaire et les organes parenchymateux sécrètent du pus proprement dit; ainsi les membranes séreuses sécrètent une matière en partie coagulable, et prompte à se transformer en lames cellulaires ou séreuses; ainsi le périoste fournit une autre matière qui se concrète, se durcit et s’ossifie; ainsi le tissu artériel, essentiellement composé d’une membrane fibreuse, exhale un liquide purulent habile à se métamorphoser en plaques terreuses, athéromateuses, fibreuses, fibro-cartilagineuses ou calcaires et comme plâtreuses .

Les diverses productions accidentelles indiquent, comme nous venons de voir, qu’il a existé autrefois une inflammation dans le tissu qu’elles occupent; mais elles n’annoncent point toujours, elles ne constituent point une inflammationi actuelle. Filles de l’inflammation, si j’ose m’exprimer ainsi, elles peuvent persister après qu’elle a disparu elle-même, et survivre en quelque sorte à leur mère: jouant alors le rôle de corps étrangers, elles déterminent les mêmes accidens, les mêmes effets que ceux-ci pourraient produire, et après avoir du leur naissance à une inflammation, il n’est pas rare que, a leur tour, elles deviennent la source d’une nouvelle phlegmasie.

Les réflexions rapides que nous venons de présenter sur la variété des altérations anatomiques que l’inflammation entraîne à sa suite, et sur la part qu’elle prend à la formation des productions accidentelles, nous conduisent à diviser en plusieurs sections les observations relatives à l’encéphalite, maladie qui fait l’objet de cet ouvrage. Dans la première section, nous placerons les observations d’encéphalite dans lesquelles la rougeur, l’injection et la tuméfaction sont les seules lésions que l’on rencontre. Dans la seconde section, nous rangerons les observations d’encéphalite avec ramollissement et suppuration, soit que le pus ne soit encore que disséminé dans la substance cérébrale, ou qu’il se soit déjà ramassé en foyer. La troisième section renfermera les observations d’encéphalite terminée par des abcès enkystés. La quatrième et dernière section contiendra toutes les observations d’encéphalite suivie du développement de diverses productions accidentelles.

SECTION PREMIÈRE,

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Observations d’encéphalite avec rougeur, injection sanguine, gonflement et légère induration de la substance cérébrale.

OBSERVATION PREMIÈRE.

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60 ans. Paralysie progressive des membres gauches avec rigidité et douleur, altération de la mémoire, délire, convulsions générales, céphalalgie; mort le 11e jour. — Inflammation avec rougeur très-vive et comme sablée du lobe antérieur droit du cerveau, compliquée d’arachnoïdite.

M. A***., âgé d’environ soixante ans, eut le crâne enfoncé à la région frontale par une pierre lancée avec violence, perdit beaucoup de sang, et put cependant revenir chez lui. Le lendemain, céphalalgie pulsative, altération de la mémoire, réponses justes, parole assez libre, et cependant impossibilité de tirer sa langue; pouls faible, accablement. (Emétique en lavage.) — Troisième jour, déglutition difficile, soif, chaleur de la peau, fréquence du pouls. — Le quatrième, assoupissement, réponses toujours justes. ( Large vésicatoire à la nuque. ) — Cinquième jour, assoupissement plus profond, perte de la parole; le malade entend ce qu’on lui dit, mais ne répond que par des cris; déjections et urines involontaires. — Sixième jour, mêmes symptômes. — Huitième jour, délire, perte de connaissance, mouvemens convulsifs du tronc et des membres, avec distorsion de la bouche et des yeux; renouvellement des accès tous les quarts d’heure; dans l’intervalle, respiration difficile, ronflement, œil fixe, bouche béante. — Le neuvième, à minuit, les convulsions cessent, l’assoupissement diminue et la connaissance revient; mais altération de la mémoire et du jugement; léger délire, commencement de paralysie des membres gauches. — Le dixième, paralysie complète de ces membres avec rigidité et légère douleur quand on essaie de les écarter du tronc; aspect idiotique du visage, réponses peu justes, illusions d’optique; une seconde convulsion pendant la nuit. — Les jours suivans, même état? — Le onzième, perte de connaissance, aphonie, immobilité et insensibilité générale; coma, respiration haute, difficile, etc. — Mort à onze heures du soir.

Autops. cadav. Enfoncement de deux lignes de profondeur sur deux pouces de surface à la région frontale, à la partie interne et antérieure du lobe droit du cerveau; inflammation d’un pouce et demi d’étendue de haut en bas, et d’un demi-pouce dans les autres sens, touchant d’un côté au corps calleux, et de l’autre à la fosse du cerveau. Cette inflammation était marquée par une rougeur très - vive et comme sablée de la substance cérebrale. On trouva en outre toute l’arachnoïde qui recouvre la convexité du cerveau opaque, blanche, très-épaisse, et enduite à la surface interne d’une légère couche de matière albumineuse .

L’auteur de cette observation la rapporte avec raison comme un exemple de céphalite compliquée d’arachnoïdite. Il attribue judicieusement le délire, les cris, l’agitation, les mouvemens convulsifs périodiques, à l’inflammation de l’arachnoïde. Il regarde, au contraire, la paralysie progressive développée dans les derniers jours, accompagnée de rigidité et de douleur, l’aspect idiotique du visage, la diminution de l’intelligence, comme produits par l’inflammation du cerveau.

OBSERVATION IIe.

Table des matières

68 ans. Quelques agitations convulsives du tronc, suffocation, mort subite. — Epanchement de sérosité dans les ventricules, rougeur uniforme assez foncée, injection du corps strié et de la substance environnante.

Un homme âgé de soixante-huit ans, devenu imbécille, resta dans cet état pendant dix ans, fut ensuite placé à l’Hôtel-Dieu, y séjourna pendant quatorze ou quinze mois, et pendant tout ce temps, gardant constamment le lit, finit, dans cette longue inaction, par perdre l’usage de ses jambes. Un jour qu’il mangeait, avec avidité, les alimens qu’on lui avait apportés, il fut pris tout-à-coup d’une espèce de suffocation, tomba à la renverse, et expira au bout de quelques minutes, après deux ou trois agitations convulsives du tronc.

Autops. cadav. — Le corps cannelé gauche, qui faisait une saillie plus élevée que le droit, et toute la substance cérébrale environnante, étaient d’un rouge uniforme, assez foncé dans l’étendue de deux pouces en tous sens; les deux ventricules latéraux étaient considérablement dilatés et remplis d’une sérosité transparente; le droit en contenait environ quatre onces, et le gauche trois. (DAN. DE LA VAUTERIE, de l’Apoplexie, 1807.)

L’auteur regarde cette observation comme un exemple d’inflammation du cerveau: c’est aussi l’opinion de M. Lallemand .

Vous aurez sans doute remarqué que, dans les deux observations précédentes d’inflammation du cerveau, il n’existait pas de ramollissement de la substance.

J’ai cru ne pouvoir mieux faire que de commencer par ces deux observations, que M. Lallemand a déjà insérées dans son excellent ouvrage. sur les Maladies de l’encéphale, elles prouvent incontestablement que, dans sa première période, l’inflammation du cerveau n’est pas accompagnée de ramollissement, mais seulement d’injection et de rougeur. En cela l’encéphalite ressemble à toutes les autres inflammations. Dans toutes, en effet, les premiers phénomènes anatomiques qui se manifestent consistent dans l’afflux du sang vers la partie où l’attire l’irritation, dans l’injection des capillaires les plus ténus et la rougeur du tissu qu’ils pénètrent. On ne rencontre point encore de traces de désorganisation de la substance enflammée; l’état de celle-ci peut être comparé à celui que l’on désigne en physiologie sous le nom d’érection. Une inflammation commençante n’est pour ainsi dire qu’une érection pathologique: elle n’est pas caractérisée par le ramollissement du tissu, mais bien par une augmentation plus ou moins marquée de la densité naturelle de ce dernier. C’est pour cette raison que je n’ai point commencé ces recherches sur l’inflammation du cerveau par des observations de ramollissement. M. Lallemand, bien qu’il n’ait pas suivi lui-même l’ordre que je viens d’adopter, le regarde comme le plus naturel. «Il est clair, dit-il , que, pour étudier successivement les différens degrés de l’inflammation du cerveau; il eût fallu rigoureusement ranger les observations d’après l’état plus ou moins avancé de l’altération, et placer les premières les observations dans lesquelles on n’aperçoit encore qu’une simple congestion sanguine.» — Celle qui suit, et que j’ai extraite du Mémoire de Saucerotte sur les contre - coups dans les lésions de la tête, doit être placée après les deux précédentes.

OBSERVATION IIIe.

Table des matières

Fracture du coronal, paralysie du côté gauche; mort le 6e jour. — Contusion, lividité de l’hémisphère droit, épanchement sanguin dans le ventricule correspondant.

Le nommé Collin, charpentier, tomba, le 11 mars, du toit d’un bâtiment sur une pierre, et se fit une fracture avec enfoncement à la partie supérieure et latérale droite du coronal. Le 13, le malade fut trépané : cependant il survint une paralysie de tout le côté gauche, complète du membre inférieur, mais imparfaite du membre supérieur. Malgré plusieurs saignées, il mourut le 16. — Le crâne ayant été ouvert, ou trouva toute la superficie de l’hémisphère droit engorgée et noirâtre; la substance du cerveau, sous la fracture, était contuse et livide jusqu’à la voûte du grand ventricule, qui était rempli de sang.

Ici, dit Saucerotte, la maladie du cerveau était plus profonde antérieurement que postérieurement: aussi le membre inférieur était parfaitement paralytique, tandis que le supérieur n’avait pas tout-à-fait perdu son mouvement. Nous reviendrons plus loin sur l’opinion de cet observateur recommandable, laquelle a été reproduite dans ces derniers temps par MM. Foville, Pinel-Grandchamps et Serres, comme une découverte dont ils se sont disputé la priorité, sans doute parce qu’ils ne connaissaient pas ou qu’ils n’avaient pas présent à la mémoire le travail de Saucerotte.

Ce que je veux signaler particulièrement ici, c’est l’existence d’une inflammation du cerveau sans ramollissement encore bien apparent. Vous concevrez aisément pourquoi les cas de ce genre sont extrêmement rares. Ils supposent, en effet, que les malades sont morts pendant la première période de la phlegmasie, ce qui n’arrive presque jamais, du moins lorsque le siège du mal n’occupe qu’une portion peu étendue de la masse cérébrale.

Je ne pense pas que l’on puisse avoir l’idée de révoquer en doute l’existence d’une inflammation cérébrale naissante dans les trois cas que je viens de rapporter. Outre que les symptômes et les altérations anatomiques attestent cette existence, on peut ajouter qu’elle est encore prouvée par la nature des causes qui ont déterminé la maladie dans le premier et le troisième cas. Ces causes sont une violente contusion de la tête, accident dont l’effet le plus ordinaire est une inflammation plus ou moins vive de la partie qui en est le siège.

De ces trois malades, l’un est mort subitement, l’autre le onzième jour , et le dernier le cinquième jour après l’invasion. S’ils eussent vécu plus long-temps, les altérations de la partie enflammée eussent été plus profondes, ainsi que nous le montrerons dans les observations suivantes. Mais avant d’aller plus loin, je crois devoir faire remarquer que, dans les cas d’irritation générale de la pulpe cérébrale, ainsi que cela arrive dans un grand nombre de phlegmasies des membranes encéphaliques, il n’est pas rare de rencontrer le cerveau plus ferme, plus consistant que dans l’état normal. Dans plusieurs cas de ce genre, j’ai trouvé cet organe d’une consistance semblable à celle qu’il présente lorsqu’il a été plongé pendant quelque temps dans un acide étendu . Cette remarque a dû être faite par quiconque est familier avec les recherches d’anatomie pathologique. Elle n’a point échappé au célèbre auteur de l’Histoire des Phlegmasies chroniques. «Si la

» mort, dit-il, arrive avant que l’irritation du

» cerveau ait eu le temps de se convertir en

» phlegmasie, l’autopsie ne découvre que de

» l’injection et de la dureté dans la substance

» cérébrale .»

Il existe entre cet état de la pulpe cérébrale, que je désignerai, si l’on veut, sous le nom d’endurcissement sans désorganisation; il existe, dis-je, entre cet état et le ramollissement une différence qu’il est important de noter, et qui consiste en ce que le premier est presque constamment général, tandis que le second est presque toujours local, partiel, circonscrit. La cause de cette différence est bien facile à saisir. Effectivement, une inflammation de la totalité de l’encéphale est une maladie tellement grave, pour peu qu’elle soit intense, qu’elle emporte les malades avant que l’inflammation soit parvenue au degré dans lequel on observe le ramollissement. Au contraire, une phlegmasie circonscrite du cerveau entraîne rarement la mort des malades dans sa première période. C’est pourquoi, à l’ouverture des cadavres, on trouve des altérations qui ne sont plus celles qui caractérisent cette période. Réfléchissez aussi que presque toutes les inflammations générales du cerveau sont sympathiques ou consécutives, et que, par conséquent, elles marchent avec moins de violence que si elles étaient idiopathiques. Cette circonstance concourt à vous expliquer pourquoi le ramollissement ne constitue pas leur caractère ordinaire. Le contraire a lieu pour les inflammations locales et circonscrites du cerveau: elles sont le plus souvent idiopathiques, primitives, et partant elles ont une plus grande tendance à désorganiser la partie qui en est le siège.

Le degré d’altération qui vient immédiatement après celui que nous venons de faire connaître est caractérisé par le ramollissement avec injection, infiltration sanguine de la substance cérébrale, ce qui indique déjà une désorganisation commençante de cette dernière. Nous allons bientôt en offrir des exemples. L’observation suivante m’a été communiquée par mon ami M. le docteur Blache, ancien interne des hôpitaux. Elle nous fera voir comment la nature passe, par des nuances insensibles, du premier au second degré d’altération qui constitue l’inflammation du cerveau.

OBSERVATION IVe.

Table des matières

22 ans. Contusion violente du front, perte de connaissance, état comateux, contorsions des muscles de la face, agitation générale; mort le 13e jour. — Inflammation superficielle du lobe antérieur du cerveau, avec injection, rougeur sablée, infiltration sanguine: suppuration des méninges.

Bidaux (François), âgé de vingt - deux ans, d’une forte constitution, reçut un violent coup de pied de cheval à la tête, et perdit subitement connaissance. Une saignée lui fut pratiquée, et on le transporta à l’Hôtel-Dieu, trente heures après l’accident. Il existait une plaie d’environ trois pouces sur le côté droit du coronal. Déjà une assez grande quantité de sang s’était écoulée et de très-petits rameaux artériels en fournissaient encore; perte absolue des facultés intellectuelles, état comateux, diminution de la sensibilité : cependant, si l’on pince fortement la peau des membres, le malade les remue avec violence et pousse des gémissemens; si l’on tiraille les lèvres de la plaie, il grince les dents et se retourne en divers sens, comme pour se soustraire à cette cause de douleur: parfois même il porte la main à l’endroit de la blessure pour empêcher qu’on y touche. On ne put obtenir de lui aucune parole, malgré les questions qu’on lui adressa, et les tourmens qu’on lui fit éprouver en le pinçant. Les paupières sont fermées, les pupilles mobiles; la respiration est libre, le pouls plutôt lent que fréquent, un peu irrégulier: le malade n’a rendu d’excrémens ni d’urine depuis l’accident. M. Dupuytren ayant porté le doigt dans la plaie, sentit une portion d’os enfoncée, et la mit en évidence en écartant les bords de la plaie. L’opération du trépan était indiquée, et M. Dupuytren la pratiqua sur-le-champ. La portion d’os enfoncée ayant été enlevée, on ne procéda au pansement qu’après avoir laissé couler environ deux palettes de sang. Pendant l’opération, chaque fois que l’instrument tranchant fut porté sur le cuir chevelu, le malade faisait de violens efforts de tous ses membres et de sa tête. Lorsqu’elle fut terminée, l’insensibilité parut un peu moindre. (Petit-lait émétisé.)

Dans la nuit, le malade fut agité ; on lui cria fortement à l’oreille qu’on l’attacherait s’il continuait à remuer si violemment ses membres: vous seriez bien malins! répondit-il. Le lendemain, 29 mai, face animée, couverte de sueur, moiteur de la peau; état comateux dont on ne peut faire sortir le malade qu’en lui pinçant l’oreille ou le nez. Il ouvrait alors les paupières, et répondait plus ou moins distinctement; il s’efforçait d’échapper à ceux qui l’importunaient ainsi. Pendant qu’on le tenait éveillé, il regardait naturellement les personnes qui l’environnaient. Le laissait-on tranquille, il retombait aussitôt dans l’assoupissement. Pendant les contorsions du visage, on remarqua que la commissure gauche des lèvres se dirigeait en dehors, comme si les muscles du côté droit de la face eussent été paralysés. Du reste, même état du pouls et de la respiration. ( Huile de ricin, iij. ) Le jour se passe dans l’assoupissement; le malade s’agite parfois, et change déposition; il urine, mais ne va pas à la selle. En questionnant le malade et en le pinçant, l’interne de garde, M. Mancel, le force à lui répondre. Pendant la nuit, il s’agite beaucoup, parle seul et semble délirer; une fois, il demande à boire. Le lendemain, 4e jour, on trouva ses draps couverts de matières fécales liquides; la bouche ne paraît pas se porter à gauche pendant les grimaces. (Une saignée du pied, petit-lait émétisé.) La saignée calme la force des battemens du pouls; le malade semble plus excitable, moins assoupi; les urines et les matières fécales s’écoulent librement. — La nuit suivante, agitation; il sort parfois de son assoupissement, appelle le veilleur et demande à boire. — Le 31 mai, 5e jour, on l’éveille plus facilement encore; il entend mieux, mais il ne répond pas toujours juste, à moins qu’on ne fixe fortement son attention. La face est colorée, sudorale, la respiration libre; le pouls, moins irrégulier, offre 7° pulsations par minute; la déglutition s’opère facilement. — Le 1er juin, 6e jour, le malade reste plus long-temps éveillé , présente la physionomie d’un homme en santé et répond aisément; la transpiration est toujours abondante; la langue est bonne. (Diète, petit-lait émét. ) — Le 7e jour, même état d’amélioration. (Lavement purgatif, suivi d’une abondante évacuation ). — Le 8e jour, on lève l’appareil: la suppuration est bien établie. ( On distingue les mouvemens du cerveau produits par les battemens artériels. ) Les idées et les réponses deviennent de plus en plus justes et faciles; point de fièvre, moiteur de la peau. — Le 9e jour, point de changement. — Le 10e jour, à 7 heures du matin, on trouve le malade dépansé : depuis plusieurs heures, la plaie était à l’air; la dure-mère était couverte d’une couche épaisse de pus concret, formant une sorte de couenne albumineuse à travers de laquelle on n’apercevait plus les mouvemens du cerveau; du reste, point d’accident. Mais dans la journée, le malade est pris d’un violent accès de fièvre sans frisson; la face se colore, les yeux deviennent brillans, la peau chaude, le pouls fort et fréquent: le soir, un peu de calme. Cependant le malade dit qu’il n’est pas à son aise. ( 3o sangsues sur les côtés du cou.) — Le 11e jour, on apprend que le malade a été agité pendant la nuit et qu’il a déliré ; il conserve encore beaucoup de fièvre (120 pulsations par minute), la peau est chaude et sèche, la langue chargée et jaunâtre; l’état comateux est plus prononcé ; le malade, moins excitable, répond moins juste aux questions; il ne se plaint toutefois d’aucune douleur; sa respiration est accélérée, sa physionomie altérée. On panse la plaie, qui fournit une assez grande quantité de pus légèrement roussâtre et sanguinolent. Le soir, fièvre toujours très-vive. M. Dupuytren, soupçonnant qu’il a pu se former de la suppuration entre les méninges et le crâne, panse de nouveau la plaie, qui donne la même quantité de pus que le matin. Le 12e jour, le malade est plus assoupi; il répond plus difficilement, et évacue abondamment dans la journée. Les symptômes ont pris une nouvelle intensité le soir, et la fréquence du pouls et de la respiration est augmentée; une légère teinte ictérique a commencé à se manifester sur les membres abdominaux et sur le ventre. Le malade, moins excitable encore que le matin, témoigne cependant la douleur qu’il éprouve quand on le pince, par des contorsions du visage et quelques mouvemens des membres. La face est couverte de sueur, légèrement grippée. La nuit est très-mauvaise. Le 13e jour, la teinte ictérique a augmenté ; elle a gagné le visage, et est très-sensible aux sclérotiques; la respiration est courte, précipitée, laborieuse; le pouls faible et très-fréquent; il est impossible de faire parler le malade; ses facultés intellectuelles paraissent totalement abolies: il semble néanmoins sensible à un fort pincement. La plaie, dont la suppuration est presque tarie, offre un aspect grisâtre. M. Dupuytren ayant incisé la dure-mère, il s’écoule une assez grande quantité de sang liquide et comme séreux. Cet écoulement est abandonné à lui-même, et on applique quarante sangsues au périnée. En moins d’une heure, la teinte ictérique fait des progrès que l’on peut en quelque sorte suivre de l’œil. On s’occupait à poser les sangsues, lorsque l’agonie est rapidement survenue, suivie bientôt de la mort. — Les derniers momens de la vie ont été remarquables par la persistance des contractions du cœur après la cessation de la respiration, par la couleur noire qu’a pris le sang qui sortait par l’ouverture du crâne, et enfin par la teinte ictérique qui a augmenté de plus en plus, même après la mort.

Autopsie cadavérique, vingt-quatre heures après la mort. — Sur le côté droit de l’os frontal, se remarque la perte de substance, suite de la fracture et de l’application du trépan. En incisant la dure-mère, dans le point correspondant à la fracture, on voit qu’une portion de la surface du cerveau est ramollie, contuse et d’une couleur noire violacée: là, la substance cérébrale est comme sablée de points rouges-noirâtres; petits épanchemens sanguins d’autant plus rares qu’on s’éloigne plus de la surface de l’organe, et qui disparaissent à la profondeur d’un pouce, où le cerveau paraît sans altération. A la surface et aux environs de la portion du cerveau altérée, existe une matière puriforme jaune, ainsi que sur la dure-mère et l’arachnoïde correspondantes. La pie-mère est généralement injectée; une quantité notable de sérosité s’écoule au moment de la section des méninges et du cerveau. La membrane muqueuse de l’estomac et du duodénum offre de nombreuses plaques rouges et un engorgement sanguin très-prononcé. Le foie est vert et très-friable; sa surface présente de petits abcès remplis d’un pus homogène et assez épais . — Les autres organes sont sans lésion apparente.

DEUXIÈME SECTION.

Table des matières

Observations d’Encéphalite terminée par ramollissement et suppuration de la substance cérébrale, sans formation de kyste autour du pus.

OBSERVATION Ve.

Table des matières

24 ans. État comateux, perte de l’intelligence, convulsions dans les muscles de la face, secousses convulsives, rigidité, demi-flexion des membres gauches, puis convulsions générales; mort le 17e jour. Inflammation des deux lobes antérieurs du cerveau et particulièrement du droit, avec ramollissement, rougeur, injection, infiltration sanguine.

UNE femme, nommée Pothier, âgée de vingt-quatre ans, d’une bonne constitution, accoucha le 4 mars 1823. Elle éprouva, aussitôt après, un frisson suivi de céphalalgie. Elle passa la nuit suivante dans l’insomnie et dans l’agitation. Une saignée pratiquée le lendemain procura du soulagement. Le 3e jour, la céphalalgie ayant augmenté , on appliqua au cou vingt-cinq sangsues qui produisirent une amélioration sensible. Du 3e au 12e jour, la malade conserva un état d’éréthisme remarquable; la face était injectée, le pouls fréquent et tendu; la congestion vers le cerveau paraissant moins intense, on y fit peu d’attention, et l’on eut à combattre, à plusieurs reprises, des symptômes d’inflammation de la cavité abdominale, ce que l’on fit au moyen d’une application trois fois réitérée de sangsues. Cependant, vers le 12e jour, la céphalalgie devint plus violente et parut, se localiser sur le côté droit de la tête. Dans la nuit du 12e au 13e jour, la malade éprouva des accès convulsifs dans les muscles du côté gauche, accès alternant avec un état de demi - flexion et de roideur dans les membres de ce côté. Les yeux étaient fixes et immobiles, l’ouïe abolie, et l’intelligence assoupie. ( On fit une saignée de 16 onces.) Le lendemain, l’état de la malade était le même. (Sangsues au cou, glace sur la tête, séton à la nuque.) Les convulsions se répétèrent dans les muscles du côté gauche et étaient caractérisées par des secousses vives, fréquentes, qui déterminaient dans les membres bien moins de véritables mouvemens, que des espèces d’ébranlemens plus facilement appréciables au toucher qu’à la vue. Le 14e jour, des convulsions se manifestèrent aussi dans le côté droit de la face; ensuite, les attaques convulsives se développèrent simultanément dans toute la face et le côté gauche du corps. Les 15e, 16e et 17e jours, les saignées générales et locales, les révulsifs, la glace, ne purent arrêter les progrès de la maladie. Les accès convulsifs devinrent plus fréquens, et pendant l’intervalle qui les séparait, la malade avait l’aspect d’un apoplectique, c’est - a - dire que sa face était animée, que sa respiration était stertoreuse, et son côté gauche paralysé. L’injection de la face augmentait pendant les accès. La mort arriva le 17e jour.

Autopsie cadavérique. — Lymphe albumineuse peu abondante dans l’arachnoïde et sur chaque hémisphère; vaisseaux cérébraux très-injectés dans toutes leurs ramifications; ramollissement pultacé de l’hémisphère droit, à la partie supérieure de son lobe antérieur; ramollissement qui avait plus d’un pouce cube d’étendue, et qui coïncidait avec une très-forte injection. Dans le point correspondant de l’autre hémisphère, commencement de phlegmasie de la substance grise, qui conserve encore de la consistance, mais qui est parsemée de points rouges, et comme ecchymosée, et le siège d’une injection très-prononcée; caillots noirâtres, aplatis à la surface de deux anfractuosités; rien de remarquable dans les autres organes .

Les deux observations que l’on vient de lire ont tant de ressemblance, que je n’ai pas voulu les séparer par aucune réflexion intermédiaire. Revenons maintenant sur les circonstances les plus remarquables qu’elles nous ont présentées. Chez les deux malades, nous avons observé un ramollissement avec injection et même infiltration sanguine de la partie antérieure du cerveau. Chez tous deux, à côté de ce second degré de l’encéphalite, existait l’altération qui caractérise son premier degré, savoir: une rougeur sablée de la substance cérébrale sans perte, peut-être même avec augmentation de sa consistance naturelle. Cette coïncidence des deux premiers degrés de l’encéphalite, chez le même sujet, s’accorde admirablement avec les symptômes observés dans le second cas. En effet, il se manifeste d’abord des secousses convulsives, de la rigidité, un état de demi-flexion dans les membres du côté gauche, puis surviennent des convulsions dans le côté droit de la face; et l’on trouve, à l’examen du cerveau, un ramollissement pultacé de son hémisphère droit, tandis que l’hémisphère gauche ne présente qu’une injection sans perte de consistance de son tissu, ce qui suppose que l’inflammation s’est primitivement développée sur l’hémisphère droit: or, les premiers phénomènes de la maladie annonçaient précisément ce que l’autopsie cadavérique a présenté.

Les faits que je viens de rapporter ne sont pas encore assez nombreux pour que nous puissions nous former des idées bien précises sur les signes qui caractérisent l’inflammation du cerveau dans les degrés que nous étudions. Néanmoins, on a déjà dû remarquer que, dans toutes nos observations, les fonctions sensitives, intellectuelles ou musculaires étaient plus ou moins profondément lésées. Convulsions avec ou sans paralysie marquée, état comateux, perte plus ou moins absolue de l’intelligence et de la parole, tels sont les principaux symptômes que nous avons constatés. Contentons-nous, pour le moment, de cette analyse, en quelque sorte grossière. Plus tard, lorsque nous aurons parcouru un plus grand nombre de faits, nous les rapprocherons, nous rechercherons ce qu’ils ont de commun et de particulier, nous les décomposerons dans leurs élémens les plus simples, et nous parviendrons peut-être à démontrer que les symptômes de l’inflammation du cerveau ne sont pas rigoureusement les mêmes, suivant qu’elle occupe telle ou telle partie des circonvolutions et des renflemens ganglionnaires de cet organe, et suivant qu’elle a son siège dans la substance grise ou dans la substance blanche. En attendant, prêtons une attention nouvelle à toutes les observations particulières; car ce n’est qu’après en avoir bien pesé les diverses circonstances que nous pourrons essayer d’en tirer des conclusions générales.

Celle que je vais rapporter maintenant a tant d’analogie avec les deux précédentes, que je n’y joindrai aucune remarque, sinon qu’elle a été recueillie avec trop peu de détails.

OBSERVATION VIe.

Table des matières

26. ans. Sensibilité augmentée, convulsions, coma; mort le 8e jour. — Phlegmasie avec ramollissement commençant de la substance corticale de la partie antérieure et supérieure des deux hémisphères, et postérieure du gauche.

Une femme, âgée de vingt-six ans, ayant éprouvé, pendant dix-huit mois, de violentes douleurs de tête accompagnées de convulsions, fut de nouveau affectée d’une céphalalgie intense, avec fièvre et impossibilité de supporter la lumière; puis de convulsions, à la suite desquelles elle tomba dans un état comateux, auquel elle succomba environ huit jours après l’apparition des premiers symptômes cérébraux. — La surface du cerveau était, dans plusieurs points, d’un rouge foncé, surtout à la partie antérieure et supérieure des deux hémisphères et à la partie postérieure du gauche. Cette altération s’étendait, dans plusieurs points, à un pouce de profondeur; dans ces endroits la substance était ramollie; ses vaisseaux étaient plus développés qu’ailleurs: l’intérieur du cerveau était sain. ( ABERCROMBIE, the Edinburgh medical and surgical Journal, july 1818. )

OBSERVATION VIIe.

Table des matières

49 ans. Chagrins prolongés, douleur frontale, aspect idiotique de la face, altération de la mémoire, état comateux, mouvemens convulsifs dans les membres; mort le 6e jour. — Inflammation du lobe antérieur droit du cerveau, avec ramollissement et injection sanguine, arachnite avec hydrocéphale.

Adelaïde Renouf, âgée de quarante-neuf ans, couturière, d’une constitution extrêmement robuste, avait cessé d’être réglée depuis sept ans, lorsqu’elle fut apportée à l’hôpital Cochin le 26 octobre 1822. On nous apprit que, depuis quelques mois, cette femme avait éprouvé de violens chagrins, qu’elle ressentait une douleur dans le front, et que depuis quatre jours, malgré l’administration de l’émétique, la maladie avait fait les progrès les plus alarmans. Lorsqu’elle fut soumise à notre observation, voici quel était son état: la face exprimait une sorte d’étonnement stupide; plongée dans un coma très-fort, cette femme ouvrait cependant les yeux quand on l’interrogeait, répondait quelques mots, mais retombait ensuite dans l’assoupissement. Elle put nous donner son nom, son âge, sa profession, et nous dit qu’elle avait eu des chagrins, mais il lui fut impossible de se rappeler le nom de sa rue; elle accusait toujours de la céphalalgie; d’ailleurs ses réponses étaient extrêmement lentes et semblaient lui coûter de grands efforts: ses yeux étaient tristes, injectés, larmoyans; la respiration était rare et légère, le pouls, profond, peu développé, n’avait que cinquante-cinq pulsations par minute; la langue était rouge et couverte d’un léger enduit jaunâtre. — Immédiatement après l’entrée, on pratiqua une saignée du bras qui ne fournit qu’une très-petite quantité de sang; deux vésicatoires furent appliqués aux jambes — Dans le reste de la journée, la malade garda un profond silence; ses membres furent agités de mouvemens convulsifs, ce qui obligea de lui mettre la camisole.

Le lendemain, 27, même état: aspect idiotique de la physionomie: si l’on questionne la malade, elle ne répond que par quelques monosyllabes ou par quelques gestes de la tête: cependant, dans la journée, elle perd entièrement la connaissance, le sentiment et le mouvement volontaire. A cinq heures du soir, elle paraissait plongée dans un profond sommeil, et ronflait; ses yeux, fermés, étaient immobiles et insensibles, bien que leur pupille fût contractée. Par intervalles, la respiration devenait plus bruyante, précipitée et comme convulsive; en même temps les membres s’agitaient, et le pouls, qui, dans l’état de calme, n’avait que quarante pulsations devenait fréquent. Ces sortes de paroxysmes étaient bientôt suivis d’une profonde prostration et d’une résolution complète des membres, si ce n’est que les avant-bras, surtout à gauche, conservaient une légère contracture. La malade expira tranquillement le même jour, à neuf heures du soir.

Autopsie cadavérique, quinze heures après la mort. — 1°. Habitude extérieure. Le cadavre, de cinq pieds trois pouces au moins, est épais et vigoureusement constitué ; les membres sont roides. 2°. Cavité encéphalique. Les méninges sont rouges et comme infiltrées de sang sur les parties latérales du cerveau et autour du mésocéphale; la surface du cerveau est sèche et comme poisseuse, tandis que ses ventricules sont distendus par une grande quantité de sérosité trouble et rougeâtre. Le lobe antérieur de l’hémisphère droit est ramolli dans toute son étendue. La substance grise et la substance blanche, confondues, présentent une rougeur qui devient plus vive et générale par le contact de l’air; dans l’intérieur de ce lobe, dont la substance est diffluente, déliquescente comme une espèce de bouillie, on trouve, çà et la, de très-petits caillots de sang noir: l’altération se termine assez brusquement vers la scissure de Sylvius en dehors, et vers l’extrémité du ventricule latéral en dedans. Tout-a-fait en dehors, la couleur de la substance enflammée était flavescente, et on eût dit qu’il y avait un commencement d’infiltration purulente. Tout le reste de l’encéphale, un peu mou, était cependant à-peu-près dans l’état sain, et contrastait avec la portion ramollie, autour de laquelle on distinguait une zône d’injection bien marquée. 3°. Cavités pectorale et abdominale. Elles nous offrirent diverses altérations dont j’ai cru devoir supprimer ici les détails, parce qu’ils n’ont aucun rapport avec l’objet qui nous occupe.

Vous aurez remarqué encore, dans cette observation, que la malade avait presque entièrement perdu l’usage de la parole et de la mémoire, et que l’altération morbide occupait le lobe antérieur du cerveau: d’ailleurs, les convulsions et la rigidité des membres ne permettaient pas de méconnaître un état d’irritation de la substance cérébrale. Sans doute que l’épanchement qui s’était opéré dans les ventricules a concouru à l’abolition des facultés intellectuelles, du sentiment et du mouvement volontaire . Au reste, cette complication si fréquente des lésions anatomiques, augmente singulièrement la difficulté de l’analyse des symptômes, et induit souvent en erreur ceux qui ne sont point éclairés par le flambeau de la physiologie.

OBSERVATION VIIIe.

Table des matières

56 ans. Etat comateux, air d’étonnement et de stupidité , perte absolue de la parole, paralysie des membres droits alternant avec des convulsions générales épileptiformes; mort le 5e jour. — Inflammation du lobe antérieur gauche avec ramollissement et injection de sa substance, arachnoïdite.

Camus Joséphine, âgée de cinquante-six ans, couturière, d’un tempérament irritable et sanguin, était sujette, depuis trois ans que ses règles avaient cessé, à des attaques comme apoplectiques, qui revenaient assez régulièrement, nous dit-on, toutes les six semaines, précédées de maux de tête violens et d’étourdissemens. Pendant ces attaques, la malade était prise de convulsions et perdait la parole. Le 16 août 1822, elle éprouva une attaque très-forte. Le lendemain, elle fut transportée à l’hôpital Cochin. — Alors perte absolue de la parole, tête et bouche tournées à gauche. Si l’on fait tirer la langue à la malade, sa pointe oblique à droite; les membres droits sont paralysés pupille gauche plus dilatée que la droite; odorat bien conservé , respiration naturelle; pouls dur, fort, plutôt lent que fréquent. — Presque toutes les cinq minutes, surviennent des convulsions caractérisées par un roidissement du tronc et de tous les membres, sans en excepter ceux qui sont paralysés; le bras gauche surtout est élevé et fortement tendu; agitation des lèvres et des mâchoires, clignotement rapide, contorsion des yeux, grimaces, agitation des muscles du bassin, soupirs précipités, cris étouffés. — Pendant ces violentes convulsions, qui ne durent guère qu’une minute, la face rougit et s’injecte; la respiration est précipitée, le pouls accéléré ; elles s sont suivies de stupeur et d’assoupissement, on les excite en pinçant fortement et pendant un certain temps les membres paralysés.

Diagnostic. Phlegmasie cérébrale.

Prescription. Saignée des deux pieds.

Le soir du jour de l’entrée, les attaques sont moins fréquentes; la peau est chaude; la face présente un aspect idiotique, et parfois un sourire stupide; la langue est sèche, la déglutition facile, la tête injectée. (5o sangsues sur le trajet des jugulaires, infusion de tilleul, lavement purgatif.)

Le lendemain 18, face toujours très-injectée, peu d’amélioration. (Larges sinap. aux jambes.) — Le 19, les pulsations de l’artère radiale sont tellement rapides que nous en avons compté 175 par minute: elles sont tellement molles et fugitives qu’elles effleurent le doigt plutôt qu’elles ne le frappent. Toutefois cet état du pouls se dissipe quelque temps après les convulsions, et celui-ci reprend les caractères que j’ai indiqués plus haut. Les spasmes attaquent plus particulièrement les membres paralysés; par intervalles seulement, l’avant-bras gauche résiste a l’extension; la langue est sèche, croûteuse, immobile; la déglutition très-laborieuse. (Vésic. aux jambes. ) Le soir, l’intelligence n’est point revenue, le visage est pâle et décomposé ; dans l’état de calme ou d’apyrexie convulsive, les membres droits sont dans une résolution complète; ceux du côté opposé sont dans une demi - résolution seulement. Le pouls est continuellement mou, précipité, fugace; la peau est couverte de sueur, la respiration inégale, intermittente ( 30 inspirations par minute); les battemens du cœur sont proportionnellement plus forts que ceux du pouls. Les convulsions intermittentes continuent jusqu’à onze heures du soir, que la malade meurt.

Autopsie cadavérique, quinze heures après la mort. — 1°. Habitude extérieure. Le cadavre, encore chaud, est celui d’une femme assez robuste, conservant de l’embonpoint, et bien constituée. — 2°. Tête. Injection et rougeur générales des méninges et de la substance cérébrale. Dans toute l’étendue du lobe antérieur gauche, excepté à sa face inférieure, l’arachnoïde cérébrale adhère à l’arachnoïde pariétale. En arrière l’adhérence est molle, gélatineuse, légèrement celluleuse; mais elle devient tellement intime en avant, qu’il est impossible de la détruire sans déchirer la substance grise. Le feuillet de l’arachnoïde qui revêt la dure-mère, en ayant été séparé avec soin, est fort épaissi et comme fibreux; le feuillet cérébral, également épaissi, est comme confondu avec la substance grise des circonvolutions cérébrales, dont la surface partage la résistance et la dureté de la méningine; mais au - dessous, la substance est ramollie, diffluente, rouge, injectée et parsemée de petits épanchemens sanguins; le ramollissement commençait à atteindre la substance blanche du même lobe, qui est un peu molle et flavescente. — La face supérieure du lobe antérieur droit est légèrement agglutinée avec la dure-mère; quant au lobe lui-même, il n’est point ramolli, mais simplement injecté. — La cavité de l’arachnoïde contient une sérosité rougeâtre, plus abondante dans les ventricules et le canal rachidien qu’ailleurs. Au centre de chaque hémisphère du cervelet, existe un noyau de la grosseur d’une olive où la substance se distingue de celle qui l’environne par sa consistance plus grande, sa fragilité et sa couleur d’un rouge gris mêlé de jaune. — 3°. Poitrine. Les poumons sont parfaitement sains, adhérens aux parois thoraciques. — Le cœur est robuste, mais bien proportionné. — 4°. Abdomen. L’estomac et le canal intestinal présentent, en certains points, de la rougeur et de l’injection; on trouve deux gros vers lombrics, l’un dans l’intestin grêle, l’autre dans le colon. La cavité de l’utérus et celle du haut du vagin sont abreuvées d’un liquide puriforme: ces parties sont plus injectées que dans l’état normal. Les ovaires, comme flétris, contiennent de grosses vésicules jaunâtres, résistantes.

Les symptômes que nous avons observés chez cette malade annonçaient bien évidemment une phlegmasie partielle de l’hémisphère droit du cerveau; mais ils ne permettaient pas de douter qu’il n’existât en même temps une inflammation de l’arachnoïde et par suite une irritation générale de la substance encéphalique. Les accès convulsifs, vraiment hystériformes, qui se manifestèrent jusqu’à la mort, à des intervalles peu éloignés les uns des autres, en supposant que la phlegmasie cérébrale eût pu être circonscrite, démontraient que, de temps en temps du moins, elle s’éparpillait pour ainsi dire sur toute l’étendue du système cérébral, qu’elle se généralisait, en un mot.

Ici, comme chez la précédente malade, la respiration et la circulation s’agitaient, se précipitaient, d’une manière très-remarquable, pendant la durée des paroxysmes convulsifs, et revenaient ensuite peu à peu à leur rhythme naturel ou même à un rhythme plus lent que dans l’état naturel. Il est important de tenir compte de cette circonstance, sur laquelle les auteurs, en général, ne me semblent pas avoir assez insisté. Déjà M. Lallemand a très-bien remarqué que l’inflammation pure et simple du cerveau ne détermine pas d’accélération dans la circulation, ou de fièvre tandis que l’arachnite en produit souvent une très - prononcée; mais il n’a point expliqué pourquoi le pouls se précipite, d’une manière frappante et constante, pendant les attaques convulsives qui simulent celles de l’épilepsie ou de l’hystérie. Cette sorte de fièvre momentanée dépend-elle d’une irradiation de l’irritation encéphalique dans toutes les divisions du système nerveux en général, ou bien l’accélération de la circulation et de la respiration tient-elle au développement des mouvemens convulsifs eux-mêmes, semblable à celle qui accompagne les exercices musculaires un peu violens, tels que la course, par exemple? ou ne dépend-elle pas de ces deux causes réunies? Cette dernière opinion me paraît la plus probable.

Il est essentiel de noter que la malade conservait la faculté de tirer la langue, celle d’avaler, en même temps qu’elle était entièrement privée de l’usage de la parole.

OBSERVATION IXe.

Table des matières

5 ans. Alternatives de délire et d’assoupissement, d’agitation et de collapsus; inégalités de la circulation et de la respiration, pupilles successivement dilatées et contractées, fièvre très-vive; mort le 18e jour. — Inflammation de l’arachnoïde, ramollissement d’une portion du cerveau avec quelques tubercules, légère induration de la substance cérébrale en général.

Madelaine Drot, âgée de cinq ans, d’un tempérament sanguin, ayant un crâne très - volumineux et des facultés intellectuelles très - développées, était habituellement agitée, au point qu’elle ne pouvait dormir que lorsqu’elle avait pris quelques narcotiques avant de se coucher. Cette enfant éprouva tout-à-coup, le 12 avril 1820, une céphalalgie violente, avec douleur à la tête et à l’épigastre. Trois jours après, à la suite de l’administration d’un grain d’émétique, les symptômes augmentèrent. Le quatrième jour, il survint de l’agitation avec insomnie opiniâtre. Le huitième, le délire se manifesta: la mère de cette petite lui fit prendre de la mousse de Corse, ce qui procura l’évacuation de trois vers ascarides lombricoïdes. Le dixième jour (22 avril), la malade fut amenée à l’hôpital des Enfans; son état était le suivant: assoupissement profond, perte de connaissance, air de stupeur et de morosité, visage pâle et abattu, paupières à demi fermées, pupilles dilatées, lèvres et langue rouges et sèches, soif vive, ventre souple et indolent, constipation, urine rouge, rare; peau chaude, halitueuse; pouls lent, inégal, irrégulier, intermittent; respiration lente avec inspirations inégales, mais généralement longues; irascibilité. ( Trois sangsues derrière chaque oreille; bain tiède, avec affusions froides sur la tête.) — Pendant l’emploi de ce moyen, la malade ouvre les yeux, recouvre un peu sa connaissance, et dit qu’elle a bien mal a la tête. A peine est-elle replacée dans son lit, qu’elle pâlit: alors ses forces sont abattues, elle est froide et presque insensible; le pouls est fréquent, petit, concentré. — Quelques heures après, on a recours, à deux reprises différentes, au bain et aux affusions froides, avec le même résultat que la première fois. ( Vésicatoire à chaque jambe; limonade, huit grains de calomel, un grain d’émétique en lavage, mousse de Corse, lavement de quinquina. ) — Le soir, une selle liquide copieuse; variation continuelle dans le nombre des pulsations artérielles. — Pendant la nuit, alternatives de coma et de délire, de collapsus et d’agitation. Le 23, tantôt la malade est profondément assoupie et tantôt éveillée, tantôt calme et tantôt agitée; le pouls et la respiration sont alternativement lents et fréquens, (Mêmes moyens, et de plus, plusieurs traînées du cautère transcurrent sur le cuir chevelu. Décoction de quinquina pour boisson, cataplasme de tanaisie sur le ventre. ) — Le soir, et pendant la nuit, agitation considérable, trois selles liquides très-copieuses. Les 24 et 25, la malade est moins assoupie; elle répond quelquefois juste aux questions qu’on lui fait; la respiration est plus régulière, le pouls fréquent. (Même prescription.) — Le 26, l’agitation reparaît avec une nouvelle violence; l’œil droit est moins ouvert que le gauche; la pupille droite est plus dilatée que la gauche: strabisme de l’œil droit. Abdomen douloureux à la pression, respiration très-fréquente, pouls précipité, plus petit. — Le soir, violent paroxysme; face rouge et animée, agitation considérable, pouls fréquent et fort. — Pendant la nuit, calme, abàttement. — Le 27, même état. (Même prescription, plus un vésicatoire sur la tête.) — Le 28, le collapsus, l’assoupissement et la perte de connaissance sont plus marqués; les pupilles sont alternativement dilatées et resserrées; les paupières droites sont presque fermées, tandis que les gauches sont grandement ouvertes; le pouls s’accélère et se rapetisse de plus en plus; la respiration est courte et laborieuse, bien que la poitrine résonne comme dans l’état naturel. ( Frictions camphrées sur les membres, lavemens avec séné et aloës, prescription des jours précédens.) — Dans la nuit, agitation, délire taciturne; trois selles abondantes de matières liquides d’un noir verdâtre. — Le 29, affaissement plus prononcé, coma profond, pupille droite dilatée, irrégulièrement arrondie; soupirs plaintifs, respiration gênée, pouls irrégulier, faible et précipité. ( Même prescription, potion cordiale avec éther et acétate d’ammoniaque. ) — Le soir et pendant la nuit, légère exacerbation, trois selles liquides. — Le 30, accablement extrême, immobilité, bouche béante et sèche, yeux ternes et inanimés, pouls précipité et très-faible. — Ces symptômes augmentent encore dans la journée, la prostration est à son comble, et la malade succombe le soir.

Autopsie cadavérique, vingt-quatre heures après la mort. — Tous les vaisseaux de la tête sont injectés de sang noir. La portion de l’arachnoïde qui recouvre la partie supérieure des hémisphères cérébraux est sèche et luisante: elle adhère fortement, dans l’étendue d’environ un pouce carré, de chaque côté du sinus longitudinal supérieur, avec la portion qui tapisse la dure-mère. Après avoir détruit ces adhérences, on aperçoit, à la surface de l’arachnoïde, des granulations blanchâtres, très-dures, entourées d’un lacis de petits vaisseaux fortement injectés. Les circonvolutions cérébrales sont un peu aplaties. Le cerveau, volumineux, est dur, ferme et très-pesant; sa substance médullaire est comme sablée d’un grand nombre de points rougeâtres. Les deux ventricules latéraux, mais surtout le gauche, sont dilatés par la sérosité qu’ils contiennent (environ iij). La portion de l’hémisphère gauche du cerveau logée dans la fosse moyenne et latérale de la base du crâne est ramollie et convertie en une espèce de bouillie d’un blanc grisâtre, au milieu de laquelle se trouvent trois petits tubercules non suppurés, environnés de filamens vasculaires, et répondant, par un de leurs côtés, au fond d’une anfractuosité cérébrale. Dans la scissure de Sylvius gauche existe une concrétion couenneuse jaunâtre, dure, épaisse d’environ une ligne, la remplissant entièrement, et s’étendant même jusqu’à la partie interne de la scissure de Sylvius droite; elle est entourée de substance cérébrale rougeâtre, ramollie et comme diffluente. Sous les couches des nerfs optiques, sous les pédoncules du cerveau et devant le bulbe rachidien, l’arachnoïde est épaissie, infiltrée d’une matière albumineuse, dense et difficile à déchirer. Derrière le mésocéphale, entre le cerveau et le cervelet, on remarque une couche de même nature, mais moins épaisse. — La moelle spinale et surtout ses enveloppes sont gorgées de sang. Le tissu cellulaire situé à la face externe de la dure-mère rachidienne est rouge et boursouflé .

La phlegmasie encéphalique à laquelle cette jeune malade a succombé avait déjà fait de si grands ravages, lorsque celle-ci fut conduite à l’hôpital, que le mal était probablement au-dessus de toutes les ressources de la médecine. On doit cependant regretter que les bons effets des affusions froides n’aient pas été convenablement secondés par les émissions sanguines. Si celles-ci eussent été employées avec plus d’abondance, peut-être serait-on parvenu à sauver la malade. Toutefois, il eût été, je crois, nécessaire de ne pas recourir en même temps à l’application du cautère transcurrent. Je suis loin de condamner, d’une manière générale, un semblable moyen; mais il me semble que son emploi, dans le cas qui nous occupe, est loin d’avoir produit des effets avantageux; et je suis tenté de croire que l’irritation qu’il a excitée, au lieu de diminuer celle des organes encéphaliques, s’est, pour ainsi dire, ajoutée à elle, et en a ranimé la violence, tandis que les affusions froides avaient réellement éteint, ou du moins calmé momentanément cette phlegmasie véhémente.

Le temps n’est pas encore très-éloigné où l’on aurait regardé comme une fièvre ataxique la phlegmasie dont il s’agit dans cette observation: heureusement ce temps est passé sans retour.

J’ai dit précédemment que, dans les cas d’inflammation générale de l’encéphale, telle que celle qui accompagne ordinairement l’arachnite aiguë, la substance cérébrale, loin d’être ramollie, avait souvent augmenté de consistance. L’observation précédente vient à l’appui de cette assertion; car, ainsi que vous l’avez vu, le cerveau était dur, ferme, volumineux et très-pesant, et la pulpe médullaire était comme sablée d’un grand nombre de points rougeâtres.

Cependant, la portion de l’hémisphère gauche logée dans la fosse moyenne et latérale de la base du crâne, était ramollie et convertie en une espèce de bouillie d’un blanc grisâtre, au milieu de laquelle se trouvaient trois petits tubercules non suppurés, environnés de filamens vasculaires. Pourquoi l’inflammation produit-elle ici une induration, là un ramollissement de la substance cérébrale? Nous avons déjà dit que cette différence s’explique, dans plusieurs cas, par la différence du degré auquel la phlegmasie est parvenue; mais lors même qu’il ne nous serait pas donné de pouvoir expliquer les causes de cette différence, il n’en serait pas moins évident que le ramollissement et l’endurcissement du cerveau dont nous parlons ici dépendent de l’inflammation de cet organe. Une semblable circonstance prouve seulement que, suivant les conditions infiniment variables dont l’inflammation peut être environnée, ses produits présentent des différences notables. Ainsi, l’inflammation donne naissance à des altérations différentes selon qu’elle occupe une membrane séreuse ou une membrane muqueuse, selon qu’elle siège sur un organe parenchymateux ou sur un organe membraneux: là elle produit une matière à demi concrète ou même tout-à-fait concrète et dure, comme dans la formation des fausses membranes, des granulations albumineuses; ici elle donne lieu à une matière liquide, d’une nature particulière, connue sous le nom de pus; plus tard, ces divers produits inflammatoires subissent eux-mêmes des changemens nombreux, des métamorphoses variées: est-ce à-dire pour cela que leur première origine soit différente? Et, pour rentrer dans le cas qui nous occupe, de ce que dans un point nous avons rencontré des adhérences entre les deux feuillets de l’arachnoïde, dans un autre des granulations blanchâtres très-dures, entourées d’un lacis de petits vaisseaux très-injectés; ici, de la sérosité à peine trouble; là, une concrétion couenneuse jaunâtre, dure, épaisse, entourée de substance rougeâtre, ramollie, diffluente; ailleurs, une infiltration purulente ou albumineuse des méninges; plus loin, deux ou trois tubercules; de tout cela, dis-je, conclurons-nous que la cause productrice de chacune de ces altérations n’était pas la même? Non sans doute; nous dirons au contraire que la cause commune de toutes ces productions morbides était l’inflammation; mais que, en vertu de circonstances particulières, trop peu connues encore, la même cause a été suivie de résultats différens, de terminaisons variées, résultats et terminaisons que l’on eût prévenus s’il eût été possible d’étouffer, à sa naissance, la phlegmasie cérébrale, leur source commune.

Les symptômes qui ont accompagné cette maladie diffèrent considérablement de ceux que met en jeu une inflammation bornée de l’encéphale. La raison en est facile à saisir: en effet, dans l’observation précédente, il existait une irritation universelle des centres nerveux, et par suite de tous les nerfs qu’ils envoient dans les diverses parties de l’économie; de la ce cortège nombreux de symptômes envahissant pour ainsi dire l’universalité des organes; au contraire, dans une inflammation partielle du cerveau, on n’observe d’autres symptômes que la lésion des fonctions auxquelles préside la portion du cerveau enflammée: dans le premier cas, en un mot, nous observons des symptômes généraux correspondans à une affection générale; dans le second, des symptômes locaux en rapport avec une lésion également locale.

Quant à l’alternative de phénomènes spasmodiques et de collapsus que nous avons remarquée dans le cas présent, elle se rencontre presque constamment dans les arachnites avec épauchement, et paraît dépendre de ce que tantôt la compression prédomine sur l’irritation et réciproquement.

OBSERVATION Xe.

Table des matières

18 mois. Dentition laborieuse, assoupissement, mouvemens convulsifs, roideur des membres et surtout du bras droit; sorte de tétanos; mort le 8e jour. — Inflammation du cerveau avec ramollissement de sa totalité et spécialement du lobe postérieur de l’hémisphère gauche, arachnitis avec hydrocéphale.

Tailleur Françoise, âgée de dix-huit mois, d’une constitution scrophuleuse, d’un caractère doux et tranquille, fut apportée à l’hôpital Cochin le 20 juillet 1822. Depuis long-temps son ventre était dur et douloureux: dix-neuf jours avant son entrée, elle avait eu des convulsions qui se calmèrent par l’application de quatre sangsues aux tempes. Sa mère attribuait la maladie au travail d’une dentition difficile ( il restait encore deux dents a percer). — Pendant les quatre premiers jours que cette enfant passa à notre hôpital, elle nous offrit les symptômes suivans:

Maigreur, visage triste, exprimant la douleur, et cependant la petite malade, d’une patience vraiment admirable, ne pousse aucun cri, aucune plainte; assoupissement, œil fixe, prunelle tournée en haut, convulsions, serrement des mâchoires, craquement et grincement des dents: si l’on présente le doigt à la bouche de la malade, elle le saisit et le mord; elle porte de temps en temps sa main, tantôt à ses gencives et tantôt à son ventre; elle vomit et a le dévoiement; son pouls, très-irrégulier, est tantôt lent, tantôt fréquent, et en général assez fort. (Eau d’orge édulc.)

Le 24 juillet, visage cadavérique, roideur des membres droits, pupille dilatée, vomissemens, (Sept sangsues aux tempes, potion vermifuge. )

Le 25, craquement et grincement des dents, yeux ouverts, fixes et tournés en haut; extension et roideur du bras droit, irrégularité du pouls, soupirs, visage rouge et injecté ( cette rougeur se dissipe dans la journée); les yeux se meuvent et semblent se ranimer; les membres sont dans une extension convulsive.

Le 26, l’injection du visage reparait, soupirs plus fréquens, alternatives de fréquence et de lenteur du pouls, même roideur avec extension des membres, point de vomissemens. (Sinapismes, sirop vermifuge, un quart de lavement. )

Le 27, les muscles extenseurs sont toujours roides et contractés; serrement spasmodique des mâchoires; difficulté de fléchir les membres, en sorte que le corps tout entier semble ne faire qu’une seule pièce pour ainsi dire inarticulée; yeux injectés avec strabisme, rougeur des joues, fréquence extrême du pouls; respiration assez naturelle; mais si l’on touche les gencives, les mouvemens respiratoires se précipitent, la roideur des muscles augmente, avec cette particularité, que tandis qu’il est très-difficile de fléchir l’avant-bras, on éprouve au contraire beaucoup de peine à étendre les doigts. (Vésic. à la nuque.)

Le 28, au matin, les membres sont froids, roides; les mains, les avant-bras et les pieds sont violets; les pupilles sont contractées; les mâchoires, toujours rapprochées, ne pincent plus le doigt introduit entre les dents; on aperçoit une nouvelle dent qui a déchiré la gencive; en pressant cette partie, on détermine toujours une accélération de la respiration: cependant le pouls est insensible. Deux heures après, étant descendu pour revoir cette malade, je la trouvai morte: son visage était pâle, ses lèvres blêmes, la peau du visage contractée, les paupières fortement appliquées sur les yeux; le corps était généralement roide; les mains et les pieds, violets quelque temps auparavant, étaient pâles et décolorés.

Autopsie cadavérique, vingt-trois heures après la mort.

1°. Habitude extérieure. Nulle rigidité cadavérique; marasme, ventre dur, gencives gonflées, déchirées.

2°. Cavité céphalique. La surface du cerveau est rouge et considérablement injectée: à gauche, on aperçoit un très-grand nombre de granulations albumineuses, qui semblent, au premier abord, s’élever de la surface libre de l’arachnoïde, et qui cependant naissent de sa face adhérente. Le cerveau a, pour ainsi dire, fait hernie à travers les incisions pratiquées sur la dure-mère; il est fluctuant, et en le retirant de la cavité crânienne, il s’est écoulé, par une déchirure du corps calleux, environ un verre d’un liquide blanchâtre, contenant des flocons plus blancs encore, et qui paraissent être des portions de substance cérébrale désorganisée. Après l’écoulement de ce liquide, le cerveau s’est affaissé. Les ventricules latéraux sont très-dilatés; les circonvolutions cérébrales sont séparées par des anfractuosités peu profondes; leur surface, dépouillée de l’arachnoïde et de la pie-mère, est piquetée de sang. Autour des ventricules, dans presque toute l’étendue de chaque hémisphère, la substance cérébrale est infiltrée, diffluente, ramollie, rosée, abondamment pénétrée de sang, et ressemble, en quelques points, à de la lie de vin peu foncée en couleur. Soumise à un filet d’eau, la substance cérébrale s’écoule en partie avec le liquide. Cette opération fait découvrir un vaste ramollissement occupant le lobe postérieur de l’hémisphère gauche, et à la surface inégale des parois duquel flottent des franges vasculaires; au-dessous de la substance ramollie et rouge existent de très-nombreuses granulations albumineuses, grisâtres, en sorte que, la, la substance cérébrale est plutôt endurcie que ramollie; elle est traversée par un tronc vasculaire autour duquel s’est formé une espèce d’enveloppe albumineuse: ce vaisseau, du volume d’une plume de corbeau, contient un caillot de sang, et envoie dans le foyer phlegmasique des ramifications nombreuses dont quelques-unes paraissent rompues. Tandis que le reste du cerveau et le cervelet lui-même offrent une grande mollesse et sont presque diffluens, la moelle allongée conserve une fermeté remarquable .

3°. Abdomen. Les ganglions mésentériques, réunis en grappes, ayant pour la plupart le volume d’une noix, forment un paquet très-gros. Quelques-uns sont ramollis à leur centre, et contiennent un pus verdâtre. — La membrane muqueuse de l’estomac et de l’intestin grêle est généralement blanche, bien que, dans ce dernier, elle soit parsemée d’un grand nombre d’ulcérations à fond rougeâtre et de la largeur de l’ongle. Aux endroits correspondans, la membrane séreuse, rouge, est soulevée par des granulations tuberculeuses de nature albumineuse. — La membrane muqueuse du gros intestin est couverte de plaques rougeâtres, qui se changent en autant d’ulcères par le raclement, et paraissent appartenir aux follicules. — Le foie, d’une couleur rosée, coriace, est tacheté de quelques plaques jaunâtres. Les reins ont infiltrés d’une urine blanchâtre; l’uretère droit a le volume du doigt; la vessie, allongée, contient à peine quelques gouttes d’urine. Les organes génitaux sont peu développés et comme rudimentaires; l’hymen existe très-distinctement.

4°. Poitrine. Les poumons, d’une couleur rosée, sont presqu’entièrement dépourvus de matière noire; leur surface est comme semée d’une infinité de petits grains grisâtres, demi-transparens, soujacens à la plèvre; de semblables tubercules sont répandus dans tout le tissu pulmonaire, qui néanmoins crépite parfaitement. L’extrémité du sommet du poumon gauche, adhérente à la plèvre sternale, complètement désorganisée, est transformée en une masse d’un blanc grisâtre, de consistance caséeuse, sans aucun vestige de vaisseaux. Les bronches sont d’une couleur rosée; autour d’une de leurs divisions existe une masse analogue à la substance précédente, mais plus friable et renfermée dans un kyste; les ganglions bronchiques sont gonflés, volumineux, et tout-a-fait analogues aux ganglions mésentériques.

Voilà un exemple remarquable de ramollissement de tout le cerveau et du cervelet lui-même. Mais remarquez qu’il est survenu chez un enfant de dix-huit mois, et qu’il coïncide avec une inflammation de l’arachnoïde terminée par un épanchement séreux très-abondant, ainsi que cela est également arrivé dans le cas précédent. Or, chez les enfans, le mouvement inflammatoire se communique et se propage avec une extrême facilité, et, d’un autre côté, l’existence d’une arachnoïdite tend à produire une irritation générale de l’encéphale.

Mais puisque nous avons sous les yeux un nouvel exemple de ramollissement du cerveau avec hydrocéphale aiguë, profitons de cette occasion pour examiner, à la lumière des faits, si le ramollissement que l’on rencontre si souvent dans les cas d’hydrocéphale est réellement de nature inflammatoire ou bien d’une autre nature. La question me paraît résolue pour les cas où, comme dans les précédens, le ramollissement coexiste avec une injection sanguine très-prononcée, la présence du pus et la désorganisation évidente de la pulpe cérébrale. Mais il n’en est pas ainsi lorsque ce ramollissement a lieu sans aucun changement de couleur de la substance cérébrale et sans trace appréciable de pus. Ce ramollissement blanc, crémeux, ainsi qu’on l’appelle, ne dépendrait-il pas d’une sorte d’infiltration séreuse de la substance cérébrale plutôt que d’une véritable inflammation? Ne serait-ce pas une sorte d’œdème du cerveau? Avant de nous prononcer dans une semblable matière, commençons par exposer les seuls argumens irrécusables, c’est-à-dire, de nouveaux faits.

N° 1. Un jeune homme de vingt et un ans, affecté d’une phlegmasie gastrique et auriculaire, perd tout-à-coup l’usage de la parole, chancelle et tombe, le 10 mars 1823, deux jours après son entrée à l’hôpital Cochin. Les symptômes d’une hydrocéphale se manifestent, et, malgré tous nos secours, le malade succombe le 8e jour. A l’ouverture de son corps, je trouvai une inflammation avec suppuration de l’oreille interne et du conduit auditif externe. Les membranes cérébrales étaient injectées; les ventricules étaient dilatés par une grande quantité de sérosité blanchâtre, légèrement trouble. Les vaisseaux qui rampent à leur surface étaient injectés. Le tissu du cerveau et du cervelet présentait une mollesse remarquable.

N° 2. Une fille de vingt-deux ans, vigoureuse et bien constituée, fut apportée le 12 avril 1822 à l’hôpital Cochin. Elle était dans un état qui ne permettait pas de méconnaître l’existence d’une arachnoïdite avec épanchement de sérosité dans la cavité de la membrane enflammée; yeux brillans, à demi fermés, supportant avec peine le contact de la lumière; état comateux, délire, alternatives d’agitation et d’immobilité musculaire, fièvre avec pouls irrégulier, trismus, etc. Les anti-phlogistiques procurèrent une amélioration qui ne dura que quelques heures, et la malade succomba, le 4e jour après son entrée, avec tous les signes d’une compression violente du cerveau. — Je trouvai une grande quantité de sérosité rougeâtre et trouble dans les ventricules, avec injection des troncs vasculaires qui se remarquent à la surface des éminences optiques et olfactives. Il n’existait aucun ramollissement circonscrit; mais la pulpe cérébrale, en général, était remarquable par sa mollesse et son peu de consistance; des points sanglans, ou même des lignes de sang couvraient la surface des incisions qu’on y pratiquait. L’arachnoïde et la pie-mère étaient gorgées de sang.

Je pourrais vous rapporter d’autres observations semblables que j’ai recueillies moi-même. Mais je crois qu’il sera plus convenable de vous offrir maintenant des faits observés par d’autres auteurs. Je les extrairai des excellentes lettres de M. Lallemand sur l’encéphale.

N° 3. «Un maître vidangeur, d’environ cinquante

» ans, est pris, tout-a-coup, de tremblemens

» du corps avec distorsion de la bouche. Il mourut

» au bout de six à sept jours. La fièvre, des

» convulsions toniques, puis cloniques de tout le

» corps, furent les principaux symptômes qu’il

» présenta. A l’ouverture de son corps, Morgagni,

» auteur de cette observation, trouva une

» quantité assez considérable de sérosité transparente

» dans les ventricules latéraux; le cerveau et

» le cervelet avaient leur consistance naturelle;

» mais la voûte à trois piliers était molle, ainsi que

» les cuisses de la moelle allongée, et son tronc,

» qui ne l’était qu’intérieurement. Les vaisseaux

» les plus déliés de l’arachnoïde étaient distendus

» comme par une injection, de même que ceux

» des ventricules, de la substance cérébrale et de

» la moelle.»

N° 4. «Un cordonnier, grand ivrogne, perdit

» tout-à-coup la parole, et mourut au bout de deux

» jours. Morgagni, qui en fit l’ouverture, trouva

» beaucoup de sérosité dans le canal vertébral et

» sous l’arachnoïde, où elle était comme gélatineuse.

» Une espèce de matière blanche était ré

» pandue à la surface des lobes antérieurs du cerveau,

» véritable sanie infiltrée dans l’épaisseur

» de la pie-mère. Le cerveau, le cervelet et les

» nerfs étaient d’une extrême mollesse; tous les

» vaisseaux étaient distendus par du sang.»

N° 5. «Mademoiselle L***, âgée de vingt - trois

» ans, entra à l’Hôtel-Dieu le 29 mars. Elle accoucha

» le même jour, quoiqu’elle eût nié être grosse

» à son entrée, ce qu’elle fit encore, même après

» son accouchement. Le 3e jour après, son visage

» était altéré, grippé ; son œil inquiet, étonné ;

» son air stupide. (2 grains d’émétique. ) — Le

» soir, après des efforts considérables de vomissement,

» mouvemens convulsifs et délire violent

» suivis de stupeur, de perte de connaissance et

» de résolution générale. Mort dans la nuit. —

» Cerveau un peu décoloré, ayant entièrement

» perdu sa consistance, et partout d’une mollesse

» diffluente .»

N° 6. «Léger Marie, âgée de vingt-six ans, entra à

» l’Hôtel-Dieu le 6 septembre, et y mourut le 14

» du même mois, après avoir présenté les symptômes

» d’une congestion encéphalique. — M. Martin-Solon

» trouva de la sérosité lactescente dans

» les ventricules latéraux, avec opacité de

» l’arachnoïde en divers points, et la portion antérieure

» du corps calleux, ainsi que la voûte à trois piliers,

» réduites en une espèce de bouillie blanchâtre,

» homogène, et sans consistance; il n’y

» avait ni injection ni épanchement sanguin.»

N° 7. «Duchesne Marie, âgée de quarante ans,

» à la suite de violens chagrins, est prise de délire,

» et apportée à l’Hôtel-Dieu le 3 avril, où

» elle succomba douze jours après, ayant offert

» tous les symptômes d’une arachnoïdite, avec

» hydrocéphale. — M. Martin-Solon, qui recueillit

» l’observation, rencontra, a l’examen du cadavre,

» le cerveau sain, a l’exception du corps calleux

» et de la voûte à trois piliers, qui étaient

» transformés en une espèce de bouillie blanchâtre,

» homogène, sans injection vasculaire ni

» épanchement de sang; l’arachnoïde partout dans l’état

» naturel .»

N° 8. «R...., âgée de trente ans, éprouva, le

» 16 juin 1816, une violente céphalalgie, avec agitation

» considérable, sensibilité des yeux à la lu

» mière... Elle ne tarda pas à tomber dans un état

» comateux, et mourut le 26. — M. Abercrombie,

» auteur de cette observation, trouva la voûte à

» trois piliers et la cloison transparente réduites

» en une masse blanche et pulpeuse: le reste était

» sain.»

N° 9. «Un jeune homme de vingt ans avait des

» maux de tête, avec agitation extrême, délire,

» rougeur de la face. Du 19 au 20 septembre 1812,

» les symptômes augmentent; amélioration les

» jours suivans, par l’emploi des anti-phlogistiques;

» mais le 25, stupeur profonde. Le 27, coma

» complet qui dure jusqu’à la mort, arrivée le 30.

» — M. Abercrombie rencontra un épanchement

» dans les ventricules et à la base du crâne, la

» voûte à trois piliers réduite en une masse

» informe, blanche et pulpeuse, ainsi que la cloison

» transparente et la face interne des ventricules.

» Un dépôt abondant de lymphe coagulable existait

» à la surface supérieure du cervelet.»

N° 10. «D. G., imprimeur, âgé de vingt-un ans,

» est malade depuis six jours: le 3 septembre 1816,

» il éprouve une vive céphalalgie, avec impossibilité

» de supporter la lumière; air abattu, œil

» égaré. — Le 11, pupilles dilatées. — Les jours

» suivans, délire, coma; le 15, mort. — Tous les

» ventricules étaient pleins de sérosité ; la voûte à

» trois piliers était réduite en une masse pulpeuse,

» sans consistance; le reste du cerveau était

» sain. »

N° 11. «Une petite fille de sept mois, peu de

» jours après sa naissance, se heurta la tête contre

» le plancher, à la suite de quoi l’on remarqua

» que sa tête était plus grosse que de coutume et

» qu’elle pouvait à peine la supporter. A six

» semaines elle loucha de l’œil droit; à quatre mois

» elle eut des vomissemens et des convulsions du

» côté droit, avec dilatation des pupilles,

» assoupissement. On lui fit prendre du vin d’Espagne, du

» calomel et de la digitale, ce qui fut suivi de

» guérison, si ce n’est que le strabisme et la dilatation

» des pupilles subsistèrent. Cependant la tête

» continua de se développer énormément; l’intelligence

» resta stationnaire; en pressant la fontanelle,

» on sentait une fluctuation évidente, et l’on

» déterminait une dilatation considérable de la

» pupille, qui se dissipait lentement. A sept mois,

» il survint une nouvelle attaque d’hydrocéphale

» avec moins de convulsions et plus de faiblesse

» que dans la précédente; dilatation complète de

» la pupille... Mort dans une légère attaque de

» convulsions. — A l’ouverture, M. Coindet trouva

» les méninges pâles et décolorées, les circonvolutions

» du cerveau effacées, une demi-livre de

» bouillie de couleur et de consistance de chocolat,

» mêlée de caillots et de substance du cerveau

» décomposés, dans le ventricule droit, et environ

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Yaş sınırı:
0+
Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
314 s. 8 illüstrasyon
ISBN:
4064066336394
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
İndirme biçimi:

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