Kitabı oku: «Traité pratique, théorique et statistique du choléra-morbus de Paris»

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Jean Bouillaud

Traité pratique, théorique et statistique du choléra-morbus de Paris


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066336400

Table des matières

PRÉFACE.

PREMIÈRE PARTIE.

PREMIÈRE SECTION.

Première Catégorie, comprenant les cas dans lesquels la mort est survenue presque immédiatement après l’entrée, ou après vingt-quatre heures de séjour au plus .

Deuxième Catégorie, comprenant les cas dans lesquels la mort n’est survenue que plus de vingt-quatre heures après l’entrée des malades, sans apparition des symptômes dits typhoïdes ou de réaction encéphalique.

Troisième Catégorie, comprenant les cas dans lesquels la mort est survenue pendant la réaction typhoïde.

DEUXIÈME SECTION.

Première Catégorie, comprenant les cas de complication du choléra avec des affections chroniques des organes abdominaux.

Seconde Catégorie, comprenant les cas de complication du choléra avec des affections des organes thoraciques.

Troisième Catégorie, comprenant un cas de complication du choléra avec une affection des organes encéphaliques (hémorrhagie cérébrale) .

DEUXIÈME PARTIE.

PREMIÈRE SECTION.

ARTICLE I er .

ARTICLE II.

ARTICLE III.

DEUXIÈME SECTION.

CHAPITRE PREMIER.

CHAPITRE II.

CHAPITRE III.

TROISIÈME SECTION.

CHAPITRE PREMIER.

CHAPITRE II.

SECTION QUATRIEME.

SECTION CINQUIÈME.

SIXIÈME SECTION.

CHAPITRE PREMIER.

CHAPITRE II.

SEPTIÈME SECTION.

§ I er . De la mortalité dans notre service comparée à celle de quelques autres services. — De l’influence des méthodes thérapeutiques sur la mortalité.

§ II. Différence de la mortalité chez nos malades, selon l’époque de l’épidémie, l’âge, le sexe, l’état de simplicité ou de complication.

§ III. Pronostic du choléra morbus.

TROISIÈME PARTIE.

PREMIÈRE SECTION.

Première Catégorie, comprenant les Observations de Guérison sans développement de l’état typhoïde.

Seconde Catégorie, comprenant les Observations de Guérison après le développement de l’état typhoïde.

DEUXIÈME SECTION.

§ I er . Hommes.

§ II. Femmes.

TROISIÈME SECTION.

§ I er . Hommes.



PRÉFACE.

Table des matières

Depuis une quinzaine d’années, il s’est levé, pour ainsi dire, sur l’horizon médical, un astre fatal, dont l’influence homicide, après s’être exercée uniquement d’abord sur l’Asie, s’est ensuite fait sentir sur diverses contrées de l’Europe: c’est le choléra-morbus dit Asiatique, dont on ne peut plus prononcer le nom sans répandre l’effroi.

En vain les gouvernements ont déployé contre l’invasion de ce fléau dévastateur tout l’appareil de leurs mesures préservatives; plus habile qu’eux, le monstre a tout déjoué , comme pour soutenir M. le docteur Chervin dans l’espèce de guerre à mort qu’il a déclaré aux cordons sanitaires.

C’est après avoir ravagé la Russie, l’héroïque Pologne, l’Autriche, la Prusse et l’Angleterre, que le choléra-morbus a fait sa funeste entrée dans la capitale de la France, pour envahir ensuite diverses contrées de ce grand empire. Que de journées de deuil ont lui sur Paris, depuis que ce foyer de la civilisation est en proie à la plus dévorante des épidémies! elle ne s’effacera jamais de notre mémoire, cette lugubre semaine, où la mortalité se multiplia tellement, qu’il fallut recourir à de nouveaux moyens de transport pour conduire les victimes à leur dernière demeure. On sait avec quelle foudroyante rapidité, pendant cette période, le poison cholérique entraîna souvent la terminaison funeste; alors aussi on pouvait dire des malades, immédiatement après qu’ils avaient été frappés: ils se meurent, ils sont morts!

Déjà de nombreux et bons ouvrages ont paru sur cette nouvelle peste, plus terrible encore que l’ancienne. M. Littré, dans un livre concis, mais bien plein, a enrichi notre littérature d’un précieux résumé des recherches des médecins anglais, russes et allemands .

Les diverses commissions françaises auxquelles fut confiée l’honorable mission d’aller étudier le choléra-morbus, soit en Russie, soit en Pologne, soit en Prusse, ont publié des rapports fort importants sur cette maladie .

Cependant, il restait encore une foule de questions qu’une profonde obscurité environnait, et, il faut bien le dire, au risque d’encourir le reproche de ne pas manquer d’orgueil national, le monde médical, avant de former son jugement, attendait, en quelque sorte, que Paris eût, d’après les lumières de sa propre expérience, prononcé en dernier ressort sur ces hautes et difficiles questions.

Toutefois, on s’écarterait de la vérité historique, si l’on soutenait qu’avant l’invasion de la capitale par le choléra, personne n’avait émis, chez nous, d’idée bien arrêtée et sur le siége et sur la nature du choléra-morbus. Sans doute, il ne fallait rien moins qu’un œil d’aigle pour atteindre, à travers la profondeur des nuages qui les enveloppaient encore, jusqu’à ces deux points capitaux de la maladie. Inspiré par cet esprit d’induction, par ce génie newtonien qui fait prévoir et prédire, si l’on peut s’exprimer ainsi, l’avenir scientifique, un professeur illustre, M. Dupuytren, peu de temps avant que le choléra ne s’appesantît sur nous, avait deviné, avec une admirable et presque mathématique précision, non-seulement le siége, mais encore la nature de cette formidable maladie, en la ralliant, comme il le fit, à la classe des irritations sécrétoires de la membrane folliculeuse du système des voies digestives . (Voy. dans la thèse de Marandel, la belle division des diverses formes des irritations, par M. Dupuytren. )

Quoi qu’il en soit, depuis la trop longue durée du règne de cette épidémie, si tristement mémorable, il n’est presque aucun des médecins ou des chirurgiens des hôpitaux de Paris, qui n’ait rendu compte au public des résultats de ses recherches sur le choléra, et jamais maladie n’avait eu le privilége de faire autant gémir la presse médicale.

Il serait trop long de citer ici tous les médecins, qui, dans cette occasion, ont bien mérité de la science. Parmi eux, brille au premier rang l’immortel réformateur du Val-de-Grâce. Reconnaissance éternelle à M. le professeur Broussais, pour avoir popularisé des principes de thérapeutique opposés à ceux jusque-là généralement adoptés, et particulièrement pour avoir porté, d’une main vigoureuse et mâle, à la méthode des excitants intérieurs, un de ces coups mortels dont elle ne se relèvera pas! Plus récemmeut encore, notre honorable confrère, M. le docteur Roche, vient de prêter aux saines doctrines l’appui de son excellent esprit .

Le plus célèbre de nos physiologistes, M. le professeur Magendie, a soumis, avec l’ingénieuse pénétration qu’on lui connaît, plusieurs des phénomènes du choléra au creuset de la méthode expérimentale, et il nous a fait de l’état algide une analyse physiologique, que l’on ne saurait trop méditer .

M. Rayer s’est livré, à des travaux multipliés sur les divers points du choléra, et leur importance nous a paru trop grande pour ne pas en signaler les principaux résultats dans le cours de cet ouvrage. On connaît aussi les intéressantes recherches de M. Serres sur l’éruption intestinale que l’on trouve chez la plupart des individus qui succombént au choléra .

Parmi les internes des hôpitaux, cette fleur de la généreuse et forte génération médicale qui s’élève, plusieurs ont pris une part active au progrès de nos connaissances sur le choléra; leurs recherches ont été consignées dans divers journaux de médecine. Je signalerai ici celles de MM. Montant, De Laberge, Caffe et Voisin, publiées dans le Journal hebdomadaire de médecine. Des thèses remarquables ont été aussi soutenues sur le choléra-morbus à la Faculté de médecine: telles sont, entre autres, celles de MM. Nonat et Flandin.

Quelque précieux que soient les nombreux écrits qui ont jusqu’ici paru sur le choléra-morbus de Paris, il restait encore quelque chose à faire.

Il fallait une description plus large et plus complète de la maladie, et une discussion plus approfondie des principales méthodes thérapeutiques, qui lui ont été opposées. Il ne suffisait pas de décrire les symptômes et les lésions anatomiques: il était indispensable aussi de soumettre les uns et les autres à l’épreuve d’un raisonnement sévère, et de les forcer à nous révéler en quelque sorte l’espèce de maladie dont ils ne sont que la double expression physiologique et anatomique.

Ce n’était pas tout encore que d’exposer ainsi et de discuter les divers éléments du choléra-morbus, considéré d’une manière générale. Un traité sur cette maladie devait contenir un grand nombre d’observations particulières, qui seraient comme autant de pièces justificatives de la doctrine professée dans l’histoire générale du choléra-morbus.

C’est pour remplir, autant que me le permettaient mes faibles moyens, le but que je viens de signaler, que j’ai composé ce traité.

On n’y trouvera pas seulement une description raisonnée du choléra-morbus de Paris, mais cent deux observations détaillées, dont cinquante terminées par la mort, et cinquante-deux par la guérison.

Ces cent deux observations détaillées, jointes à douze autres, que nous n’avons pu qu’indiquer, constituent le total des cas qui se sont rencontrés dans mon service à l’hôpital de la Pitié, pendant le mois d’avril; elles ont été l’objet de diverses recherches de statistique comparée, que l’on trouvera dans le cours de cet ouvrage.

Depuis l’époque où j’ai commencé à résumer ainsi en une histoire générale du choléra, les faits que j’ai recueillis à l’hôpital de la Pitié, j’ai eu de nouvelles occasions d’en recueillir d’autres, soit en ville, soit à l’hôpital de la Charité où je suis maintenant chargé de professer la clinique. Ils n’ont eu d’autre résultat que de m’afïermir de plus en plus dans mes premières opinions.

C’est sur-tout: 1° Sous le point de vue de la masse de faits qu’il renferme, et par la manière dont ces faits ont été groupés; 2° sous le point de vue de l’ordre que j’ai suivi dans la description générale à laquelle ces faits ont servi de fondement; 3° sous le point de vue des discussions dans lesquelles je suis entré pour établir, s’il était possible, la supériorité de la doctrine soutenue dans ce traité sur toutes celles proposées par divers auteurs; c’est, dis-je, sous ce triple point de vue, que mon ouvrage diffère de ceux qui ont été publiés jusqu’à ce jour.

On sent combien il était nécessaire, dans la position où je me trouve, d’appeler pour ainsi dire une nombreuse phalange de faits à mon secours. J’ai disposé ces faits de telle manière, que la description générale se trouve placée entre les deux grandes divisions suivant lesquelles je les ai comme rangés en bataille. Ils constituent, si j’ose me servir de cette comparaison, une sorte de bataillon carré, destiné à protéger la théorie qui se trouve développée dans la description générale.

Certes, je ne me flatte pas de l’idée que la théorie dont il s’agit sera tellement bien protégée par le rempart de faits qui l’environnent de toutes parts, qu’elle ne puisse recevoir aucune atteinte. Mais j’espère que la plupart des attaques qui seront dirigées contre elle, seront victorieusement repoussées par les faits, et que les coups qui lui seront portés, la trouveront invulnérable dans sa partie fondamentale, et pour ainsi dire vitale.

Au reste, ou je me trompe fort, ou cet ouvrage n’aura pas seulement à essuyer la rude épreuve d’une critique dictée par la plus froide impartialité ; mais il sera aussi jugé par quelques-uns à travers ce prisme de l’esprit de parti qui dénature toutes les pensées, travestit, jusqu’au ridicule, les opinions les plus conformes à l’observation, et va jusqu’ à créer des idées erronées ou même absurdes, là où il a le malheur de n’en pas rencontrer. Il faut savoir se résigner à des jugements aussi peu équitables, et n’en pas moins rendre justice pleine et entière à ceux qui nous les appliquent. Contentons-nous d’en appeler au tribunal suprême de ce dieu de l’opinion publique dont relèvent les critiques eux-mêmes.

On sait assez, d’un autre côté, combien est laborieux l’enfantement des plus simples vérités. Il ne faut pas espérer que celles relatives au choléra-morbus feront une heureuse exception à cette règle. Ce qui doit nous consoler, c’est que ce galant homme qu’on appelle le temps, est le plus fidèle allié des amis de la vérité, et qu’il finit toujours par leur assurer la victoire, pourvu toutefois que le principal instrument dont il se sert, le glaive de la liberté de la presse, ne lui soit pas ravi.

Puissent donc triompher les doctrines fondamentales dont ce traité, fier en quelque sorte des faits sur lesquels il repose, s’est constitué le défenseur! Mais si, par une destinée que je ne puis prévoir, les doctrines dont il s’agit venaient à succomber, l’ouvrage que je publie pourrait toujours être consulté avec quelque fruit sous le rapport des faits qu’il contient et dont, j’ose le dire, l’exactitude est à toute épreuve. J’ajouterai même, qu’à moins d’avoir affaire à des critiques d’une implacable sévérité, qui eux aussi ne savent pas pardonner, cette partie de l’ouvrage devra obtenir grâce pour l’autre.

Si le service clinique auquel cet ouvrage fera réellement assister les lecteurs, déposait contre les doctrines de l’auteur, j’aurais ainsi fourni des armes contre moi-même, sans le savoir, ni le vouloir, je l’avoue; mais j’affirme qu’en supposant que les observations dussent trahir en quelque sorte la doctrine dont je les considère comme les plus fermes soutiens, je me féliciterais encore de les avoir publiées. Depuis quand, en effet, celui qui porte avec honneur le beau titre de médecin, ne doit-il pas sacrifier au triomphe de la vérité tout ce qu’il a de plus cher, y compris son amour-propre?

Si ce traité n’est pas meilleur, il ne faut en accuser que la faiblesse de mes moyens. En effet, sous le rapport des fatigues et des veilles, je n’ai rien négligé pour qu’il ne fût pas tout-à-fait indigne du public. Je fais des vœux sincères pour qu’une plus riche offrande soit déposée dans ce tronc de la science où je n’apporte qu’un denier.

Terminons cette préface par l’exposition du plan sur lequel cet ouvrage a été composé.

Il est formé de trois parties.

La première partie comprend les observations particulières dans lesquelles le choléra s’est terminé par la mort. Elle se compose de deux sections, l’une relative aux cas de choléra simple, l’antre contenant les cas de choléra compliqué. Chacune de ses sections est partagée en diverses catégories. Dans les cas de la première catégorie de la première section, la mort est survenue dans l’espace de vingt-quatre heures au plus, après l’entrée des malades; les cas dans lesquels la mort a eu lieu après un laps de temps un peu plus long, mais sans apparition de l’état typhoïde, appartiennent à la seconde catégorie; et la troisième enfin est affectée aux cas dans lesquels la mort est arrivée pendant la période typhoïde.

Les trois catégories de la seconde section, comprennent les cas de complication de choléra, avec une lésion quelconque: 1° des organes de la cavité abdominale, 2° de ceux de la cavité pectorale, 3° enfin de ceux de la cavité céphalique.

La seconde partie est consacrée à l’histoire générale du choléra. Elle comprend sept sections, dans lesquelles on étudie successivement: 1° les causes du choléra et son mode de propagation; 2° ses symptômes; 3° ses caractères anatomiques.; 4° sa nature; 5° son mode de début, sa durée, sa terminaison; 6° son traitement; 7° sa mortalité et son pronostic, d’après des recherches de statistique comparée. Chacune de ses sections est divisée en autant de chapitres et d’articles qu’il en a fallu pour disposer toutes les matières dans l’ordre qui m’a paru le plus lumineux.

La troisième et dernière partie est réservée aux observations dans lesquelles le choléra s’est terminé par la guérison.

Trois sections comprennent ces observations qui sont au nombre de cinquante-deux.

La première est relative aux cas de choléra grave ( algide, asphyxique ou cyanique ); la seconde, aux cas de choléra d’intensité moyenne, et la troisième enfin, à cinq cas où il n’existait réellement pas de choléra, bien que les malades fussent inscrits comme atteints de cette maladie sur les registres de l’hôpital.

La première section comprend deux catégories: dans la première, se trouvent les cholériques qui ont guéri pendant la période algide; ceux qui ont guéri dans la période typhoïde, sont l’objet de la seconde catégorie.

Si, tel qu’il est, cet ouvrage concourt pour quelque chose aux progrès de nos connaissances sur la maladie qui en fait le sujet, j’aurai reçu la plus douce de toutes les récompenses.

Paris, ce 4 Août 1832.

PREMIÈRE PARTIE.

Table des matières

OBSERVATIONS DE CHOLÉRA-MORBUS TERMINÉ PAR LA MORT.

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES ET DISTRIBUTION DES OBSERVATIONS.

UN immortel observateur du siècle dernier l’a déjà dit, mais on ne saurait trop le répéter: la seule voie qui nous conduise à des connaissances certaines en médecine, consiste à recueillir et à comparer entre elles le plus grand nombre possible d’histoires de maladies, étudiées sous le double rapport des phénomènes qui ont eu lieu pendant le cours de la maladie et des altérations rencontrées à l’ouverture des corps .

Ce n’est pas après avoir été jusqu’ici fidèle à cette sage maxime, que, pour ma part, je l’aurais abandonnée à l’occasion d’une maladie telle que le choléra-morbus épidemique, affection sur laquelle tant d’obscurités restaient encore à dissiper, et sur laquelle aussi peut-être, tant d’erreurs attendaient qu’on les relevât. Aussi, à l’exception de trois ou quatre malades qui ont succombé avant que j’eusse pu les observer, trouvera-t-on dans cet ouvrage les histoires particulières de tous les cholériques qui ont été placés dans le service confié à mes soins .

Parmi les erreurs dont il n’était sans doute pas inutile de faire une éclatante justice, il faut placer l’assertion des médecins qui avaient prétendu que le choléra-morbus épidémique n’a point de caractère anatomique arrêté, déterminé, fixé, et que s’il est possible de découvrir le siége véritable de cette maladie, si l’on peut conserver l’espoir d’en connaître la nature, il faut chercher ailleurs que dans l’anatomie pathologique les renseignements propres à nous obtenir cet important résultat . Il appartenait sur-tout aux médecins de Paris, cette ville classique de l’anatomie pathologique, de donner, si l’on peut ainsi dire, un superbe démenti à une opinion proclamée de trop haut pour n’avoir pas exercé une influence puissante sur un grand nombre d’esprits. J’ose espérer que les faits contenus dans cette première partie de mon ouvrage concourront au triomphe d’une doctrine diamétralement opposée à celle dont il s’agit ici.

Ces faits, comme aussi les cas de guérison rapportés dans une autre partie de cet ouvrage, ont été recueillis avec la plus religieuse bonne foi. Sans douté, en raison des circonstances tumultueuses et de la précipitation forcée au milieu desquelles elles ont été rédigées, quelques-unes de nos observations pourront manquer de certains détails; mais ce que je ne crains pas d’affirmer, c’est que tous ceux qui s’y trouvent enregistrés sont marqués au coin de la plus pure vérité.

On peut compter en particulier sur la rigoureuse exactitude des détails anatomico-pathologiques: tous ces détails ont été écrits sous ma dictée, dans l’amphithéâtre même, en présence de spectateurs plus ou moins nombreux .

Comme les cinquante observations que renferme cette première partie, bien que relatives à une seule et même maladie, se distinguent entre elles par certaines particularités plus ou moins importantes, j’ai cru devoir les classer, les distribuer en un petit nombre de groupes.

Je les ai d’abord partagées en deux sections principales, dont l’une contient les cas de choléra-morbus simple., tandis que la seconde est affectée aux cas de choléra compliqué. Les faits qui appartiennent à la première section, ont été eux-mêmes distribués, catégorisés en quelque sorte, de la manière suivante

Dans une première catégorie, j’ai rangé les faits relatifs aux individus apportés dans un état d’agonie ou voisin de l’agonie, déjà cadavérisés, pour me servir de l’expression de M. Magendie, et qui ont succombé, les uns presque immédiatement après leur entrée à l’hôpital, les autres après un séjour qui n’a pas dépassé vingt-quatre heures.

La seconde catégorie comprend les observations des cholériques qui n’ont succombé qu’après un laps de temps plus considérable que celui qui vient d’être indiqué, sans avoir présenté, d’une manière bien évidente, les accidents typhoïdes ou de réaction encéphalique.

La troisième et dernière catégorie est consacrée aux cholériques que la mort a frappés pendant qu’ils étaient pour ainsi dire en proie à la forme de réaction qui vient d’être indiquée, savoir, la réaction typhoïde.

Il m’a semblé que cette distribution des observations épargnerait au lecteur l’inévitable confusion qu’entraîne le mélange de faits qui ne se ressemblent pas assez exactement: confusion dont il est si nécessaire de se préserver dans toute espèce de sciences, mais sur-tout dans celles qui, comme la médecine, roulent sur des objets naturellement très complexes. Pour ménager les moments du lecteur, au lieu de commenter longuement chaque observation, je me contenterai de lui offrir quelques réflexions sur la masse des faits renfermés dans chaque catégorie, renvoyant, d’ailleurs, à la partie de cet ouvrage où se trouve l’histoire générale de la maladie, la discussion approfondie des grandes questions relatives à la nature et au traitement du choléra-morbus.

PREMIÈRE SECTION.

Table des matières

OBSERVATIONS DE CHOLÉRA-MORBUS SIMPLE .

Première Catégorie, comprenant les cas dans lesquels la mort est survenue presque immédiatement après l’entrée, ou après vingt-quatre heures de séjour au plus .

Table des matières

§ Ier. Hommes.

OBSERVATION N° 1.

36 ans. — Choléra-asphyxique foudroyant. — Mort six heures après l’entrée, le deuxième jour après l’invasion. — Ouverture dix-sept heures après la mort. — Injection générale de l’appareil digestif à l’extérieur. — Injection assez uniforme de la membrane muqueuse de l’estomac, avec ramollissement dans le grand cul-de-sac, et aspect mamelonné ailleurs. — Liquide blanchâtre, caillebotté, dans la plus grande partie de l’intestin grêle (dans quelques circonvolutions, liquide rougeâtre, sanguinolent.) — Liquide analogue au précédent, mais plus épais, dans le gros intestin. — Couche crémeuse, blanche, à la surface de la muqueuse intestinale, avec rougeur et injection variées de celle-ci. — Éruption granuleuse ou développement des glaudules de Brunner, principalement, dans le duodénum, vers la fin de l’iléon et dans le gros intestin. — Vessie vide, contractée, rosée à l’intérieur.

Legros ( Antoine ), âgé de 36 ans, boulanger, demeurant rue du Four-Saint-Hilaire, n° 8, marié, bien constitué, fut apporté à l’hôpital de la Pitié , le 30 mars, sur les onze heures du matin, salle Saint-Léon, n° 32. La veille à onze heures du matin, apparurent les premiers symptômes du choléra: d’abord, frissons, dévoiement; quelques heures plus tard, vomissements et crampes. Au moment de son entrée à l’hôpital, le malade offrait l’état suivant: froid glacial du visage et des extrémités avec teinte violette; pâleur livide de la langue et des lèvres, comme chez les noyés; absence du pouls des artères radiales et carotides; battements du cœur faibles, mais bien perceptibles; continuation des crampes, des selles et des vomissements ; voix très faible; intégrité de l’intelligence. Les premiers secours furent administrés par M. Serres: on donna du thé pour boisson; on réchauffa le corps, et l’on pratiqua des frictions. Le malade fut plongé dans un bain très chaud simple et dit s’y bien trouver. Plus tard, il prit un nouveau bain chaud dans lequel on ajouta un kilogramme de moutarde. Il resta une vingtaine de minutes dans ce dernier bain et se trouva plus mal en en sortant. Une potion avec trente gouttes de laudanum et des lavements également laudanisés avaient été mis en usage. Le thé avait été vomi; les selles continuèrent à être très nombreuses, malgré le laudanum donné en lavement.

Lorsque mon tour de garde m’appela auprès du malade sur les cinq heures de l’après midi, ce malheureux était déjà agonisant. Les yeux, à demi-ouverts, profondément excavés, étaient renversés en haut, immobiles, secs, comme flétris; l’œil gauche à sa partie interne, le droit à sa partie externe, offraient une tache noirâtre, sanglante, comme s’ils eussent été meurtris; on ne pouvait obtenir aucune réponse aux questions; la respiration. était râlante.

Sur la proposition de M. Donné, deux gouttes de brôme furent ajoutées à la potion prescrite, et l’on en fit avaler deux petites cuillerées . Il n’en résulta aucun effet sensible, et le malade s’éteignit à cinq heures vingt minutes, six heures environ après son entrée, et par conséquent trente heures après l’invasion, si l’époque de celle-ci fut bien telle qu’elle a été indiquée.

Autopsie cadavérique, dix-sept heures après la mort.

1° HABITUDE EXTÉRIEURE. — L’aspect général de l’extérieur du corps ressemble à celui que présente le cadavre d’un asphyxié.

2° VISCÈRES ABDOMINAUX. — Injection générale de l’appareil digestif vu à l’extérieur; péritoine sec, poisseux. L’estomac contient une assez grande quantité d’un liquide légèrement trouble, que l’on reconnaît être composé en majeure partie du thé que le malade a bu. La membrane muqueuse est généralement et assez uniformément injectée, un peu ramollie dans le grand cul-de-sac, mamelonnée ailleurs. Un liquide blanchâtre caillebotté, assez semblable à du lait caillé ou bien à une décoction trouble de riz, existe en abondance dans la plus grande partie de l’intestin grêle; dans quelques circonvolutions, le liquide que l’on rencontre est rougeâtre, comme s’il était mêlé de sang. Un liquide qui ne diffère de celui de l’intestin grêle, qu’en ce qu’il est un peu plus épais, remplit les circonvolutions du gros intestin. Une couche de matière blanche, crémeuse, tapisse la surface interne des intestins; la membrane muqueuse intestinale, excepté dans les circonvolutions qui contenaient un liquide rouge, offre un fond d’un blanc mat, un peu louche, sur lequel se dessine une injection avec rougeur de nuance variée. La rougeur la plus foncée occupe la fin du jéjunum et les dernières anses de l’iléon. On dirait que dans les parties dont le fond est tel que nous venons de l’indiquer, la membrane muqueuse a été comme imbibée du liquide blanchâtre au milieu duquel elle était en quelque sorte restée en macération. Quant à la membrane muqueuse des circonvolutions dans lesquelles existait un liquide rougeâtre, elle était également imbibée de ce liquide; d’où résultait une rougeur qui masquait, jusqu’à un certain point, celle due à l’injection. La consistance et l’épaisseur de la membrane muqueuse des intestins n’étaient pas notablement altérées. Développement, tuméfaction des follicules isolés ou des glandules de Brunner, principalement dans le duodénum, vers la fin de l’iléon et dans le gros intestin. — Vessie vide, contractée, rosée à l’intérieur. — Tissu des reins un peu pâle. — Rate saine.

3° APPAREILS RESPIRATOIRE ET CIRCULATOIRE. — Les poumons sont crépitants, parfaitement sains. — Le cœur et les gros vaisseaux sont gorgés d’un sang à demi-coagulé , ressemblant à de la gelée de groseille très noire. La membrane interne du cœur, de l’aorte et des veines-caves est tout-à-fait blanche.

4° APPAREIL NERVEUX. — Ganglion semi-lunaire d’un gris-lilas, d’une bonne consistance, complétement sain; nerfs de la huitième paire d’un beau blanc, également sains.

OBSERVATION N° 2.

71 ans. — Choléra asphyxique foudroyant. — Mort six heures environ après l’entrée. — Ouverture dix-huit heures après la mort. — Mêmes lésions que chez le malade précèdent dans le tube digestif; même état des autres organes.

Mazons, dit Michel, âgé de 71 ans, chiffonnier, demeurant rue des Boulangers, n° 15, fut apporté, le même jour et à peu près à la même heure que le malade précédent, à l’hôpital de la Pitié, et couché au no 54 de la salle Saint-Léon. Je n’ai pu recueillir aucun renseignement sur le mode d’invasion de la maladie. Lorsque je le vis, un peu avant cinq heures de l’après-midi, son état était le même que celui du malade précédent. Il avait été soumis au même traitement. Le froid du visage et des extrémités était glacial, la température du reste du corps ne nous parut point sensiblement abaissée : le malade ne répondait plus à aucune question, et était vraiment à l’agonie. On le plongea dans un bain à 38° centigr.; on l’y soutint pendant dix à douze minutes, puis on le retira, dans la crainte qu’il n’y rendît le dernier soupir. A peine en fut-il sorti, qu’il expira. (Il était cinq heures moins dix minutes. )

Autopsie cadavérique, dix-huit heures après la mort. L’aspect extérieur du cadavre rappelait celui d’un cadavre d’asphyxié. Il n’existait pas de rigidité cadavérique notable.

Le tube digestif, sous le rapport du liquide qu’il contenait, comme sous le rapport de l’état de la membrane muqueuse, offrait les mêmes lésions que celui du précédent malade. — Le tissu du foie était brunâtre. La vésicule du foie contenait de la bile d’un vert foncé. — La vessie était vide et contractée. — Le tissu des reins était plutôt pâle que rouge. — Le sang contenu dans le cœur et les gros vaisseaux offrait les mêmes caractères que le sang du malade précédent (semblable à de la gelée de groseille noirâtre). La membrane interne du système sanguin était blanche.

Le cerveau et la moelle épinière n’offraient aucune lésion appréciable.

Il en était de même du ganglion semi-lunaire, du plexus solaire et des nerfs de la huitième paire.

OBSERVATION N° 3.

50 ans environ. — Choléra asphyxique foudroyant; mort quelques heures après l’entrée. — Ouverture du cadavre dix heures après la mort. — Injection de la membrane muqueuse intestinale avec léger développement des follicules de Brunner. — Liquide cholérique dans l’estomac et les intestins. — Vessie vide, rosée à l’intérieur.

Un Polonais, ancien soldat de la grande armée, resté en France après 1814, était occupé comme terrassier-mécanicien, dans la rue des Marmouzets, dans la Cité.

Vendredi 30 mars, il commence sa journée et déjeûne à neuf heures, bien portant; vers midi, il est pris de malaise et ne peut continuer son travail; vers trois heures, les vomissements, les évacuations, alvines se manifestent; bientôt après des crampes dans les extrémités inférieures se font sentir.

A six heures du soir, ce malade se présente à la commission de secours du neuvième arrondissement: il avait le facies particulier aux cholériques; le pouls était à peine sensible; les extrémités et le bout du nez étaient froids. On ne pouvait comprendre comment un malade, dans cette position, avait pu venir à pied, seul, de la Cité à la mairie du neuvième arrondissement .

Il fut conduit à l’hôpital par un homme de planton. Mort dans la même nuit, avant que nous ayons pu l’examiner.

Ouverture du corps, dix heures après la mort.

1° HABITUDE EXTÉRIEURE. — Rigidité assez considérable, bien que le cadavre soit encore chaud. Extérieur d’un asphyxié.

2° VISCÈRES ABDOMINAUX. — Péritoine sec, comme chez les deux autres sujets. Injection de l’extérieur des intestins, d’une teinte assez vive et rosée. Liquide blanchâtre, caillebotté, dans les intestins. Injection de la membrane muqueuse intestinale. Léger développement des follicules de Brunner. Consistance de la membrane muqueuse assez bonne. — L’estomac contient un liquide moins épais, moins trouble que celui des intestins. — Foie brunâtre, pas trop volumineux. — Bile d’un vert foncé, pas très épaisse, dans la vésicule du foie. — Reins, rate, n’offrant aucune lésion notable. — Vessie vide, contractée, rosée à l’intérieur.

3° APPAREILS RESPIRATOIRE ET CIRCULATOIRE. — Cœur et gros vaisseaux comme chez les précédents. — Poumons sains.

4° APPAREIL NERVEUX. — Ganglion semi-lunaire d’un gris-lilas, rosé, d’une bonne consistance, tout-à-fait à l’état normal sous le rapport de sa structure, ainsi que les nerfs qui en partent. — Huitième paire du côté droit d’un blanc normal, d’une consistance accoutumée. (Celle du côté gauche n’a pas été disséquée.)

OBSERVATION N° 4.

22 ans. — Choléra asphyxique foudroyant; invasion le 31 mars au matin. — Mort le 1er avril à une heure du matin. — Ouverture huit heures après la mort. — Liquide cholérique dans l’estomac et les intestins (rougeâtre, sanguinolent dans le gros intestin). — Injection, rougeur capilliforme ou pointillée de la membrane muqueuse gastro-intestinale. — Développement varioliforme des follicules de Brunner dans presque toute l’étendue des intestins, ainsi que dans l’estomac. Saillie, tuméfaction de plusieurs plaques de Peyer. — Vessie vide, rosée à l’intérieur.

Degroos (Jean-Baptiste), âgé de 22 ans, graveur sur bois, demeurant rue de la Tannerie, n° 15, garçon, sujet aux coliques, mais jouissant, à cela près, d’une bonne santé habituelle, fut apporté à l’hôpital de la Pitié, salle Saint-Athanase, n° 41, le 31 mars 1831. La veille, il se portait bien et soupa avec de la soupe aux herbes et des lentilles. Le 31, à sept heures du matin, il part pour son ouvrage, après avoir bu, comme à son ordinaire, pour deux sous d’eau-de-vie et de cassis. A huit heures, il éprouve des coliques assez vives, suivies de deux selles. A neuf heures, il déjeune; mais, comme il ne se sent pas d’appétit, il prend, contre son habitude, du café au lait. Peu de temps après, les douleurs de ventre se renouvellent, il vomit son déjeûner et va deux fois à la garde-robe.

Rentré chez lui, il éprouve des crampes, et jusqu’à son arrivée à l’hôpital, à six heures et demie du soir, il ne fait autre chose que boire de l’eau sucrée, et sucer quelques morceaux d’orange. A son entrée, voici quel était son état: Les crampes des membres persistent; yeux cernés par un cercle noirâtre, excavés; visage froid, recouvert d’une sueur visqueuse; langue humide; peau encore assez chaude, un peu sudorale; le pouls, petit, donne cent vingt à cent trente pulsations par minute; vingt à vingt-quatre inspirations par minute.

Prescription: frictions, limonade citrique, julep et lavement laudanisés.

Cependant le visage, la langue, les mains se refroidissent de plus en plus, et le malade succombe, à une heure du matin (1er avril), en proie à de violentes convulsions, sans qu’on se soit aperçu qu’il ait eu de nouvelles évacuations, soit par haut, soit par bas, depuis son entrée.

Autopsie cadavérique, huit heures après la mort.

1° HABITUDE EXTÉRIEURE. — Le corps est encore chaud; la rigidité cadavérique est très marquée; la coloration de l’extérieur ressemble à celle du cadavre d’un asphyxié ; ( le visage, les mains, les pieds, les parties génitales offrent une teinte livide, violacée ).

2° VISCÈRES ABDOMINAUX. — Ces viscères mis à nu fument encore; le péritoine est sec, luisant, poisseux. — L’intestin grêle contient un litre d’un liquide blanchâtre, trouble, dans lequel nage une matière floconneuse et comme crémeuse; une couche de cette matière tapisse la membrane muqueuse dont on la sépare facilement par le râclement. Vers l’origine du duodénum, la membrane muqueuse est parsemée de follicules plus développés que dans l’état normal, et présente çà et là des plaques d’un rouge vif, vermeil, d’aspect pointillé, lesquelles tranchent sur son fond d’un blanc légèrement mat, cette membrane a, d’ailleurs, son épaisseur et sa consistance ordinaires. Dans la première portion du jéjunum, on observe une plaque à surface grenue, de la largeur d’une pièce de dix sous, avec friabilité et épaississement de la membrane muqueuse; celle-ci, dans le reste du jéjunum, est médiocrement injectée et d’une bonne consistance. Dans la première portion de l’iléon, apparaissent deux plaques de Peyer plus saillantes que dans l’état normal; les follicules agminés de la fin de cet intestin offrent la même saillie. Dans cette portion et dans plusieurs autres circonvolutions, les follicules isolés ou de Brunner, présentent un développement anormal. Dans les dernières circonvolutions de l’iléon, la membrane muqueuse est le siège d’une rougeur vive, très prononcée, due à l’injection des capillaires: cette rougeur disparaît à l’extrémité même de l’intestin, pour faire place à une teinte d’un blanc mat, que l’on rencontre aussi dans la première portion du même intestin: en quelques points seulement, la membrane muqueuse nous a paru sensiblement ramollie, plus facile à séparer du tissu cellulaire sous-jacent que dans l’état sain. Ce tissu cellulaire, dans les endroits où la membrane muqueuse était rouge, offrait lui-même une vive injection. — Généralement contracté, le gros intestin contient un demi-verre environ d’un liquide plus trouble que celui de l’intestin grêle, et qui, dans quelques points, change sa couleur blanchâtre en une teinte d’un rouge briqueté, comme s’il était mêlé d’une certaine quantité de sang; on trouve au milieu de ce liquide quelques lentilles (on se rappelle que le malade en avait mangé à son dernier souper); nulle part, d’ailleurs, on ne rencontre de véritable matière fécale. Comme la fin de l’intestin grêle, le cœcum, et le colon dans toute son étendue, sont hérissés de follicules très développés, pressés les uns contre les autres, semblables aux pustules de la variole confluente (le volume de ce follicules est en général celui d’un petit grain de chénevis: à leur centre on aperçoit un petit point brunâtre ). Autour des follicules ainsi tuméfiés se dessine une injection d’un rouge assez vif. La membrane muqueuse offre une couleur d’un blanc grisâtre par tout ailleurs, si ce n’est vers l’extrémité du gros intestin où elle est le siège d’une injection générale. La consistance de cette membrane n’offre rien de particulier.

Les ganglions mésentériques sont généralement plus volumineux qu’à l’état normal ( quelques-uns ont la grosseur d’une aveline). Ils ne sont d’ailleurs ni rouges, ni ramollis.

L’estomac un peu distendu, contient un demi-litre d’un liquide légèrement trouble, jaunâtre, composé en grande partie de la limonade que le malade avait bue et où l’on retrouve quelques débris des orangés qu’il avait sucées avant son entrée. La membrane muqueuse offre une rougeur et une injection générales, plus marquées cependant dans les régions pylorique et du grand cul-de-sac ( dans ces portions, la rougeur est vive, vermeille et l’injection pointillée); elle est tapissée d’une couche de mucus crémeux, assez analogue à celui de l’intestin grêle. Légèrement épaissie, cette membrane est comme semée de granulations, semblables à celles des intestins, et qui ne sont réellement autre chose que des follicules développés: on ne pouvait confondre cet état granuleux avec l’aspect mamelonné de la membrane muqueuse, et comme pour qu’une telle erreur ne pût être commise, cette double particularité existait dans l’estomac en question. En effet, l’état mamelonné se rencontrait dans la région la plus voisine du pylore et à la face antérieure de l’estomac, tandis que partout ailleurs régnait l’éruption folliculeuse confluente. La consistance de la membrane muqueuse n’offre rien à noter, si ce n’est dans la région du grand cul-de-sac où elle est sensiblement diminuée. En examinant attentivement des lambeaux détachés de la membrane muqueuse gastrique, on voyait dans l’épaisseur de celle-ci, les granulations folliculeuses indiquées plus haut. Le tissu cellulaire sous-muqueux participe à la rougeur et à l’injection de la membrane muqueuse.

La vessie est vide, contractée; la membrane muqueuse, d’un blanc rosacé , d’une bonne consistance, est recouverte d’une petite quantité d’un mucus blanchâtre. — Foie d’un volume ordinaire, ayant son tissu un peu brun; sa vésicule contient une bile d’un vert foncé , pas très épaisse. — Rate saine. — Reins d’une teinte un peu violacée.

3° APPAREILS CIRCULATOIRE ET RESPIRATOIRE. — Le cœur et les gros vaisseaux sont gorgés d’un sang à demi-liquide, d’une teinte noire. Le centre circulatoire est un peu plus volumineux que dans l’état normal. Point de rougeur de la membrane interne de cet organe et de l’aorte. Poumons généralement crépitants et beaux, un peu engorgés à leur partie supérieure. Les bronches contiennent une assez grande quantité d’un mucus écumeux; leur membrane muqueuse offre une teinte violacée assez prononcée.

4° APPAREIL NERVEUX. — Les méninges sont un peu injectées: il en est de même de la substance du cerveau. Les ventricules, sans être distendus, contiennent un peu plus de sérosité que dans l’état sain. Consistance normale de la pulpe cérébrale et cérébelleuse, qui est peut-être un peu violacée. Tous les nerfs qui naissent du cerveau offrent une intégrité parfaite: la huitième paire en particulier, que nous avons suivie dans une grande partie de son trajet, est partout blanche et d’une bonne consistance.

A l’ouverture des enveloppes de la moelle épinière, à sa partie inférieure, il s’écoule une demi-cuillerée au moins de liquide céphalo-rachidien, dont la transparence est parfaite et qui offre une légère teinte citrine . Une injection d’un rose-lilas règne tout le long de la moelle; la queue de cheval présente au contraire une teinte d’un beau violet. La consistance de la substance de la moelle est peut-être un peu augmentée.

Le ganglion semi-lunaire, de couleur gris-lilas, d’une bonne consistance, n’est nullement altéré, non plus que les nerfs qui en partent.

OBSERVATION N° 5.

45 ans. — Choléra foudroyant. — Mort douze heures après l’entrée. — Liquide cholérique dans les intestins. — Rougeur très prononcée de la fin de l’intestin grêle. — Rougeur vive, ardente dans toute l’étendue de la membrane muqueuse de l’estomac.

Antoine (François), âgé de quarante-cinq ans, sans asile, tanneur, fut apporté le 1er avril, à sept heures du soir, à l’hôpital de la Pitié, salle Saint-Athanase, n° 43: il mourut dans la nuit (à cinq heures et demie après minuit.) Voici les notes que nous remit l’interne de garde: cet homme éprouvait de la céphalalgie, depuis une huitaine de jours. La veille de son entrée, il avait mangé des haricots avec du beurre et des oignons. La nuit se passa bien. Vers huit heures du matin, le dévoiement se déclare, accompagné de coliques. A l’entrée, on observe l’état suivant: affaissement général; face d’un rouge livide; yeux peu enfoncés, sans cercle bleuâtre prononcé ; froid très considérable du visage et des extrémités; corps recouvert d’une sueur froide; crampes dans les membres inférieurs; voix très faible; intelligence conservée, langue humide, froide; soif; un vomissement pour la seconde fois, au moment de l’arrivée du malade; cessation des douleurs abdominales; selles liquides, blanchâtres; respiration laborieuse; pouls bien sensible, mais très facilement dépressible, un peu ralenti.

Prescription. Limonade citrique, potion avec deux onces d’eau de menthe, autant d’eau de Cannelle, une once de mucilage de gomme arabique, un scrupule de laudanum et un demi-gros de liqueur d’Hoffmann; quart de lavement émollient, avec trois gros d’extrait de rathania.

Mort, à cinq heures et demie après minuit.

Autopsie cadavérique, cinq heures après la mort.

La chaleur du cadavre est très prononcée.

Comme nous n’avions point vu le malade avant sa mort, nous nous contentâmes de l’examen du tube digestif. L’intestin grêle contenait une assez grande quantité d’un liquide blanchâtre, floconneux, ou plutôt caillebotté. Vers la fin de cet intestin, la membrane muqueuse offrait une rougeur très prononcée. La membrane muqueuse de l’estomac, dans toute son étendue, était d’un rouge vif, en quelque sorte ardent; elle était recouverte d’une couche de mucosité.

OBSERVATION N° 6.

66 ans. — Choléra asphyxique foudroyant. — Mort vingt-quatre heures environ après l’entrée. — Ouverture deux heures après la mort. — Bile dans l’estomac et dans le commencement de l’intestin grêle; liquide rougeâtre, fétide dans la fin de l’intestin grêle et dans le gros intestin; — Membrane muqueuse gastro-intestinale rouge; plaques pointillées infiltration, sorte d’imbibition sanguine de la membrane muqueuse du cœcum, du colon et du rectum; éruption varioliforme des follicules de Brunner dans le tiers inférieur de l’iléon et saillie de quelques plaques de Peyer injectées; éruption moins confluente dans le gros intestin. — Vessie contractée contenant une cuillerée d’urine trouble.

Giroux ( Antoine), âgé de soixante-six ans, fileur, fut apporté le 3 avril au malin, dans le service des cholériques (salle Saint-Athanase, n° 41.) Voici les renseignements que l’on put se procurer sur l’état antérieur de ce malade: depuis plusieurs années, il ne jouissait pas d’une santé bien vigoureuse; habituellement sujet à de petites coliques, il avait le cours de ventre depuis une quinzaine de jours, aussitôt qu’il mangeait un peu trop; il avait beaucoup souffert l’hiver dernier, et son dernier dévoiement avait succédé à une petite ribote (nous conservons ses expressions). Le dimanche, 1er avril, Giroux avait bu une chopine devin. Le lendemain, il fut tourmenté par des selles liquides, presque continuelles; cependant, à six heures du soir, il essaya de manger deux œufs, qu’il ne tarda pas à vomir. De légères crampes qu’il ressentait depuis quelques jours, prirent alors une nouvelle intensité : défaillance, sans perle de connaissance, persistance des selles liquides, peu de vomissements dans la nuit du 2 au 3.

Le 3, à la visite, il nous offrit l’état suivant: face cholérique ; selles liquides très fréquentes, accompagnées de vives coliques, occupant sur-tout la partie gauche de l’abdomen; pas de vomissements; crampes très fortes dans les jambes; mains froides, d’un violet foncé, livides; pouls imperceptible aux radiales; langue un peu sèche et froide; soif ardente; voix éteinte.

On s’efforce en vain de réchauffer et de frictionner le malade, après avoir fait appliquer vingt sangsues sur le ventre. Le visage et les extrémités deviennent d’un froid glacial; la peau se couvre d’une sueur froide et visqueuse; la respiration devient de plus en plus haute et rare, et le malade succombe le lendemain de son entrée, avant la visite.

Autopsie cadavérique, deux heures après la mort.

1° HABITUDE EXTÉRIEURE, — Le cadavre est chaud; il est plutôt pâle que livide; il n’existe pas de rigidité.

2° ORGANES ABDOMINAUX. — Contracté sur lui-même, l’estomac n’a guère que le volume d’un intestin; il contient une once environ de bile d’un jaune verdâtre, mêlée à une certaine quantité de mucosité. La membrane muqueuse est parsemée d’un grand nombre de rugosités fort épaisses, dont la plupart, généralement rouges, offrent en outre des points ou des taches brunâtres, probablement formées par du sang infiltré et altéré. La membrane muqueuse, ainsi plissée sur elle-même, paraît plus épaisse que dans l’état normal; elle s’enlève par de larges lambeaux, au-dessous desquels on aperçoit le tissu cellulaire injecté ; elle ne forme que très peu de rugosités dans le grand cul-de-sac, où elle présente une rougeur assez vive avec injection pointillée; là, elle est beaucoup plus mince que dans le reste de l’organe, sans ramollissement bien caractérisé. — Le duodénum contient une certaine quantité de bile, semblable à celle de l’estomac; une petite quantité de ce liquide existe aussi dans le reste de l’intestin grêle, où il est mêlé à un autre liquide, trouble, rougeâtre, briqueté, qu’on peut évaluer à un quart de litre; membrane muqueuse duodénale médiocrement injectée, parsemée de taches d’un rouge nuancé de jaune; des taches semblables, mais d’un rouge plus prononcé, existent en plus grand nombre sur la membrane muqueuse du jéjunum; leur nombre augmente à mesure qu’on avance vers l’iléon, où elles se rapprochent au point de former une surface rouge continue; cette rougeur occupe toute la longueur de l’iléon, en se fonçant de plus en plus, à mesure qu’on approche de son extrémité cœcale; dans son tiers inférieur, la membrane muqueuse de l’iléon est hérissée dune si grande quantité de follicules de Brunner, développés, tuméfiés, quelle offre un aspect variolique. On rencontre aussi quelques plaques de Peyer plus saillantes que dans l’état normal, et dont la surface offre une rougeur qui est due à une belle injection pointillée; l’épaisseur et la consistance de la membrane muqueuse de l’intestin grêle, sont d’ailleurs sensiblement telles que dans l’état normal. Il existe, dans le gros intestin, un quart de litre environ d’un liquide trouble, rougeâtre, fétide. Dans le cœcum, dans le commencement du colon ascendant, dans plusieurs circonvolutions de l’arc du colon, du colon descendant et dans le rectum, la membrane muqueuse est rouge comme si elle eût été imbibée de sang, et elle est réellement ecchymosée dans quelques points. Cette coloration est comparable à celle qu’on observe parfois dans les cas d’empoisonnement par les substances irritantes et corrosives, telles que l’arsenic ou le sublimé. Vers l’extrémité du rectum, la rougeur, d’abord d’une teinte vineuse, tire ensuite sur le noir. On ne rencontre qu’un assez petit nombre de follicules développés dans le gros intestin. La membrane muqueuse est un peu amincie dans l’arc du colon. Dans aucune portion du gros intestin, elle n’est, d’ailleurs, sensiblement ramollie. — Vessie contractée, contenant une cuillerée environ d’une urine trouble; sa membrane muqueuse à peine rosée. — Foie d’un volume ordinaire, ayant son tissu un peu brun et abreuvé de sang noir. — Une grande quantité de bile d’un vert peu foncé, pas très épaisse, dans la vésicule du foie. — Membrane de la rate transformée en une calotte en partie cartilagineuse, en partie osseuse. — Reins d’un volume et d’une consistance ordinaires: la pression fait sortir par les calices ou les mamelons une urine un peu trouble.

3° ORGANES CIRCULATOIRES ET RESPIRATOIRES. — Cœur d’un volume normal. Quelques taches d’un rouge-violet à la surface interne des ventricules; quelques incrustations calcaires ou cartilagineuses des valvules des cavités gauches et de la surface interne de l’aorte. Le cœur et les gros vaisseaux remplis d’un sang encore chaud, fluide et noirâtre; les artères et les veines sont blanches à leur surface interne. — Les poumons n’ont offert aucune lésion notable.

4° SYSTÈME NERVEUX. — Leganglion semi-lunaire et les nerfs qui en émanent nous ont paru tout-à-fait sains; il en a été de même des nerfs de la huitième paire.

OBSERVATION N° 7.

61 ans. — Choléra asphyxique foudroyant. — Mort le jour de l’entree. — Ouverture dix heures après la mort. — Liquide rosacé, floconneux, dans l’intestin grêle, avec matière crémeuse sur la membrane muqueuse. — Liquide trouble, rougeâtre, briqueté, dans le gros intestin ( neuf vers lombrics, deux dans L’intestin grêle, sept dans le gros intestin ). — Mucosités abondantes à la surface interne de l’estomac, avec ramollissement dans le grand cul-de-sac. — Rougeur brune ou vive et rutilante de divers endroits de la muqueuse de l’estomac et de l’intestin grêle. — Taches hémorrhagiques dans le gros intestin. — Développement des follicules de Brunner et de Peyer. — Vessie vide, recouverte, à l’intérieur, d’une matière crémeuse.

Bourgogne ( Claude), âgé de soixante-un ans, garçon boulanger, demeurant rue des Jardins, n° 20, entre à la salle Sainte-Athanase au n° 46, le 3 avril, déjà agonisant, et succombe avant que nous ayons pu le voir.

Autopsie cadavérique, dix heures après la mort.

1° HABITUDE EXTÉRIEURE. — Rigidité de tous les membres; il reste encore un peu de chaleur; lividité des extrémités.

2° VISCÈRES ABDOMINAUX. — L’intestin grêle, injecté à sa surface externe, contient un demi-litre d’un liquide rosacé où sont suspendus des flocons jaunâtres très nombreux. Une couche d’un liquide pultacé, crémeux, recouvre la face libre de la membrane muqueuse de cet intestin. Quelques points d’injection pointillée dans le duodénum, dont le fond est d’un blanc mat. Un pointillé d’un rouge vif se remarque dans le jéjunum et l’iléon; une couche de mucus crémeux plus épaisse que dans le duodénum. Quelques follicules isolés aparaissent çà et là , dans l’iléon, vers l’extrémité duquel les glandes de Peyer sont plus développées qu’à l’ordinaire. Le dernier pouce est hérissé d’une grande quantité de follicules de Brunner agglomérés et imitant les tannes du visage. Vers la fin de cet intestin, se trouvent aussi deux vers lombrics, plongeant dans un mucus crémeux très abondant. Injection pointillée, vive, dans cette partie de l’intestin grêle. Consistance et épaisseur de la membrane muqueuse à peu près normales. L’estomac est distendu par une grande quantité d’un liquide floconneux, exhalant l’odeur de limonade. Mucosités blanches, adhérentes à la surface de l’estomac qui est mamelonné dans toute son étendue, à l’exception du grand cul-de-sac où l’on observe plusieurs vergetures d’un rouge-brun; la membrane muqueuse, considérablement ramollie dans cette portion, s’enlève par le raclement sous forme de pulpe friable. Dans la région pylorique on remarque une rougeur, pointillée très vive et rutilante; le tissu sous-muqueux est injecté dans cette région où la membrane muqueuse s’enlève par lambeaux assez considérables et semble plutôt épaissie qu’amincie, sans être sensiblement friable ou ramollie. — Le gros intestin contient un demi-litre d’un liquide trouble, sans flocons, de couleur une peu briquetée, dans lequel flottent sept vers lombrics. Développement des follicules dans le cœcum et le commencement du colon, qui présente en outre quelques taches hémorrhagiques. Dans le reste de son étendue jusqu’au rectum, point d’injection ni de développement de follicules du gros intestin, si ce n’est vers la fin de l’S du colon, où existe une traînée de bourgeons et quelques points où le sang est épanché. On a rencontré aussi dans le gros intestin quelques parcelles de coquilles d’œuf et quelques fragments plus durs qui paraissent être des débris d’os ou d’arrêtés de poisson. La muqueuse est sans ramollissement, ni épaississement. — Vessie vide, contractée, recouverte à l’intérieur d’une couche d’un liquide crémeux, puriforme, avec injection lilas de la membrane muqueuse. — Reins et rate à peu près dans l’état sain. — Bile d’un vert foncé dans la vésicule du foie. Tissu du foie un peu brun.

3° APPAREILS DE LA RESPIRATION ET DE LA CIRCULATION. — Poumons crépitants, offrant une grande quantité de matière noire. Cœur volumineux, contenant, ainsi que les gros vaisseaux, une quantité considérable de sang à demi-coagulé. A l’intérieur du ventricule gauche, plusieurs colonnes charnues sont rouges et comme ecchymosées (des taches rouges n’existent pas dans le ventricule droit). Aorte dilatée à son origine, plaquée de lames calcaires et fort épaisses.

4° APPAREIL NERVEUX. — Ganglion semi-lunaire d’un gris rougeâtre, d’une très bonne consistance, ainsi que les rameaux qui en naissent. La huitième paire de nerfs, examinée du côté gauche, est parfaitement saine.

OBSERVATION N° 8.

36 ans. — Choléra asphyxique foudroyant. — Mort quinze heures après l’entrée. — Ouverture deux heures après la mort. — Liquide blanchâtre, trouble, dans une partie de l’intestin grèle; liquide d’un rouge sale, fétide dans d’autres points de cet intestin (couche crémeuse). — Liquide plus rouge, brunâtre, dans le gros intestin. — Développement des glandes de Brunner dans l’eslomac et l’intestin grêle. — Rougeur plus ou moins foncée, pointillée ou uniforme, de la membrane muqueuse de l’estomac et de l’intestin grêle. — La membrane muqueuse du gros intestin, vers la fin de cet organe, est grisâtre et très fétide; ailleurs, elle est d’un, et rouge tantôt vif, écarlate, tantôt sombre et vineux.

Brochet (Antoine-Nicolas), marchand de cirage, âgé de trente-six ans, occupant une chambre infecte dans la maison n° 13, de la rue Traversine, fut apporté le 3 avril, à dix heures du soir, à l’hôpital de la Pitié et placé au n° 46 de la salle des cholériques (St-Athanase). Sa femme raconte: qu’il se met souvent en ribote et qu’alors il boit beaucoup sans manger, qu’il y a peu de jours encore, il s’enivra, et qu’il avait depuis quelques jours une petite diarrhée, qui, le 3 avril, devint tellement abondante, qu’il ne put se mettre à l’ouvrage. Sur les quatre heures, des vomissements et des crampes dans les jambes s’ajoutèrent à la diarrhée; celle-ci était accompagnée de coliques très vives. Ces symptômes se manifestèrent quelques instants après que le malade, qui venait de manger du pain de seigle, se fût désaltéré à la fontaine du Parvis-Notre-Dame (la soif était ardente ).

Voici l’état que nous observâmes, le 4, à la visite du matin: lividité considérable du visage, des extrémités et même du tronc; lèvres d’un violet noirâtre; yeux cernés par un sillon brunâtre; froid glacial de la face et des extrémités; pouls insensible aux radiales et aux carotides; les battements du cœur s’entendent encore très bien; les vomissements sont suspendus, mais les déjections alvines continuent (elles sont composées d’un liquide rougeâtre, briqueté); le malade ne répond plus aux questions qu’on lui adresse: il est plongé dans un état comateux.

La mort étant inévitable et même imminente, nous nous contentons de faire réchauffer le malade et de lui prescrire de la limonade. Il succombe à une heure après midi.

Autopsie cadavérique, deux heures après la mort.

VISCÈRES ABDOMINAUX. — ON trouve dans l’intestin grêle une abondante quantité d’un liquide trouble, blanchâtre dans certaines circonvolutions, d’un rouge sale dans d’autres; ce liquide exhale une odeur des plus fétides. Une couche de mucus pulpeux, crémeux, d’un blanc grisâtre tapisse la membrane muqueuse, qui, dans une assez grande étendue, est rouge, injectée, pointillée; cette membrane est comme hérissée de granulations arrondies, dues probablement au développement des follicules isolés, qui, dans le dernier pied de l’iléon sont tellement pressés et volumineux qu’ils constituent une sorte d’éruption variolique. — Le gros intestin est rempli d’un liquide plus rouge, plus brun et plus épais que celui de l’intestin grêle. La membrane muqueuse de ce gros intestin est d’un rouge, tantôt vif et écarlate, tantôt sombre et comme vineux; l’injection d’où dépend cette rougeur est pointillée dans les deux premiers pieds du colon. Vers la fin du gros intestin, la membrane muqueuse est grisâtre; même après avoir été soigneusement lavé , cet intestin exhale encore une odeur très fétide. — L’estomac est volumineux. La membrane muqueuse est généralement injectée, mais principalement dans la région pylorique et à là face supérieure; elle offre une teinte lie de vin dans la grosse tubérosité où elle, est très molle, mince et même détruite dans quelques points; quelques follicules développés dans la région de la petite courbure.

Les autres organes sont exactement dans le même état que chez les autres cholériques où nous les avons déjà plusieurs fois décrits.

OBSERVATION N° 9.

36 ans. — Choléra asphyxique foudroyant. — Mort neuf heures après l’entrée. — Ouverture seize heures après la mort. — Liquide cholérique: blanchâtre, grumeleux, dans le jéjunum; d’un blanc sale et rougeâtre à la fin de l’iléon; matière crémeuse dans les intestins et l’estomac. — Rougeur, injection pointillée, ecchymoses de la membrane muqueuse gastro-intestinale ( la rougeur offre des nuances variées). — Développement des follicules isolés et agminés de la fin de l’iléon et des follicules de la fin du gros intestin. — Vessie vide, contractée.

Monvoisin ( Claude), âgé de trente-six ans journalier, demeurant rue de la Clé, n° 29, marié, est entré le 4 avrils à huit heures du soir. L’invasion du choléra a eu lieu le 3, au soir, six heures après un repas composé de porc frais, de haricots et d’une chopine de vin. Des vomissements, des. déjections alvines et des crampes annoncèrent cette invasion. Le 4, à la visite (neuf heures du matin): Visage violet; yeux excavés; extrémités froides, livides; cessation des crampes, mais douleur dans les reins; voix presque entièrement éteinte; langue assez humide et froide; soif continuelle; envies de vomir; ventre indolent à la pression; pas de coliques; absence du pouls à la radiale; battements du cœur, faibles un peu fréquents; respiration lente et très faible. (Chez lui, il n’a pris que de l’eau sucrée. )

Prescription: Limonade citrique gommée, julep gommeux, avec dix-huit gouttes de laudanum; lavement avec racine de guimauve et tête de pavots; réchauffer le malade et le frictionner, puis trente sangsues sur la région abdominale; diète.

A cinq heures du soir, au moment de notre seconde visite, le malade est froid, le pouls n’est point revenu. La mort arrive à cinq heures et quart.

Autopsie cadavérique, seize heures après la mort.

1° L’habitude extérieure est celle des cholériques.

2° ORGANES ABDOMINAUX. — L’intestin grêle contient une grande quantité d’un liquide blanchâtre, grumeleux, dans le jéjunum, d’un blanc sale et rougeâtre à la fin de l’iléon; injection pointillée d’un rouge vif, dans certaines portions du duodénum, qui, partout ailleurs, est d’un blanc mat, légèrement rosé. Le jéjunum et le duodénum, dans la majeure partie de leur étendue, offrent une teinte rouge, un peu violette; ailleurs, et sur-tout vers la partie inférieure de l’iléon, rougeur plus foncée, avec pointillé d’un rouge assez vif. Les follicules isolés et agminés ne sont apparents et tuméfiés que vers l’extrémité de l’iléon; une couche de matière crémeuse tapisse la muqueuse intestinale; celle-ci paraît un peu amincie et ramollie dans quelques points. — Le gros intestin contient, en abondance, un liquide d’aspectet de consistance d’une bouillie très claire. Le cœcum est partiellement injecté ; le colon, très distendu, offre aussi, par intervalles, une rougeur rosée, et on observe vers la fin du rectum des follicules très développés.

On trouve un liquide trouble dans l’estomac; membrane muqueuse gastrique recouverte d’une couche épaisse de mucus crémeux, rouge, sur-tout dans le grand cul-de-sac et dans la petite courbure, ainsi que dans la portion pylorique où l’injection est pointillée, et où se rencontrent des plaques si rouges, qu’elles ressemblent à des taches de sang; membrane muqueuse un peu mince et ramollie dans le grand cul-de-sac seulement; vers le milieu de la petite courbure existe une tumeur d’une nature encéphaloïde, de la grosseur d’une aveline. — Vessie vide, contractée; reins et rate à l’état normal.

3° APPAREILS RESPIRATOIRE ET CIRCULATOIRE. — Cœur gorgé d’un sang noir; poumons crépitants, sains.

4° APPAREIL NERVEUX. — Ganglion semi-lunaire, et plexus qui en partent, sans aucune lésion notable.

Huitième paire de nerfs, d’un blanc parfait, magnifique.

OBSERVATION N° 10.

67 ans. — Choléra asphyxique foudroyant. — Mort vingt-quatre heures après l’entrée. — Ouverture, vingt heures environ après la mort. — Liquide épais, d’un brun rougeâtre, grumeleux, dans l’intestin grêle. — Teinte rouge ou brunâtre; vergetures de la membrane muqueuse gastrique, qui est ramollie, amincie, partiellement détruite dans le grand cul-de-sac. — Rougeur, injection pointillée de la membrane muqueuse de l’intestin grêle, vers sa fin sur-tout où existe une éruption des follicules de Brunner; couche de mucosité d’un gris sale. — Rougeur vineuse avec ecchymoses, dans presque toute l’étendue de la muqueuse du gros intestin. — Vessie vide, contractée.

Dupont (Constant), âgé de soixante-sept ans, journalier, demeurant place aux Veaux, n° 4, veuf, entra, le 4 avril à neuf heures du matin, à la Pitié et fut placé au n° 45 de la salle des cholériques. Le 3, à cinq heures, il avait dîné avec une côtelette de bœuf, un canon de vin et avait bu par-dessus pour deux sous d’eau-de-vie et d’anisette. Trois heures après ce repas, déjections claires, brusques; gargouillements dans le ventre sans coliques; pas de vomissements dans la nuit. Le 4 au matin, étant allé à son ouvrage comme à l’ordinaire, malgré son extrême faiblesse, il eut trois vomissements. Il prit en trois fois pour deux sous de lait et un verre d’eau sucrée. Depuis, jusqu’à son arrivée, il n’est pas survenu de nouveaux vomissements.

A neuf heures et demie du matin, au moment de la visite, voici quel était son état: visage violet, un peu froid; les yeux ne sont que médiocrement excavés, pas rouges; les mains un peu violettes; vingt inspirations par minute, faibles; voix cassée; pouls de la radiale faible, petit, à cent dix par minute; chaleur de la peau du tronc à peu près normale; langue sans sécheresse, un peu froide; soif très-vive; pas d’envies de vomir; ventre indolent à la pression, tendu, rendant un son mat à la percussion dans la région du cœcum et dans celle du colon; bruit humorique et son tympanique dans la région épigastrique, qui est douloureuse; pas de coliques; crampes dans les jambes; point de céphalalgie; intelligence intacte.

Prescription. Une saignée de trois palettes; trente sangsues sur l’abdomen; limonade citrique gommée; lavements avec racine de guimauve et pavot; jul. gom. 18 goutt. laudanum; diète.

A la visite du soir ( quatre heures et demie), absence du pouls; les extrémités sont froides ainsi que le visage; l’état du malade est désespéré.

Le 5 avril, à huit heures du matin, râle de l’agonie. Mort quelque temps après.

Autopsie cadavérique, le lendemain matin.

VISCÈRES ABDOMINAUX. — Il existe dans l’estomac un liquide brunâtre, renfermant des débris d’aliments, spécialement des fragments de pommes. La membrane muqueuse, ridée dans la région pylorique, est d’un gris brunâtre ou rouge; elle est ramollie et amincie, ou même détruite dans la grosse tubérosité, qui est parsemée de vergetures d’une teinte cuivrée. L’intestin grêle contient une assez grande quantité d’un liquide épais, d’un brun rougeâtre, où flottent des grumeaux analogues à du riz cuit; une couche épaisse de mucosité d’un gris sale, revêt la muqueuse de l’intestin grêle, qui est rouge et injectée, sur-tout en avançant vers: l’iléon, où elle est pointillée. On aperçoit une éruption d’une certaine quantité de follicules de Brunner sur la fin de cet intestin. Rougeur vineuse, avec ecchymoses, dans presque toute l’étendue du gros intestin, qui est contracté sur lui-même. Cette rougeur, due à l’injection d’une part, à l’infiltration sanguine de l’autre, trace une longue raie sur la membrane muqueuse de la face antérieure de l’intestin. La vessie est contractée et vide.

OBSERVATION N° 11.

43 ans. — Choléra asphyxique foudroyant. — Mort six heures après l’entrée. — Ouverture vingt et une heures après la mort. — Grande quantité d’une bile jaunâtre dans l’intestin grêle (couche crémeuse à la surface interne de cet intestin, colorée en jaune par un mélange de bile). — Rougeur hortensia à l’intérieur et à l’extérieur de l’intestin indiqué. — Éruption varioliforme des follicules dans les deux derniers pieds de l’iléon, dans le duodénum, dans le cœcum et le colon (injection médiocre du gros intestin ). — Liquide bilieux dans l’estomac, avec rougeur et injection très prononcée de la membrane muqueuse gastrique, qui paraît ramollie et amincie dans le grand cul-de-sac. — Vessie contractée, contenant seulement une petite quantité de matière crémeuse.

Morda ( Alexandre ), âgé de quarante-trois ans, journalier, demeurant rue Saint-Victor, n° 122, est apporté dans la salle des cholériques ( Saint-Athanase, n° 44 ), le 4 avril à onze heures du matin.

Hier, il a bu deux canons de vin, l’un le matin, l’autre le soir. Il éprouve quelques crampes dans la nuit. Le 4, sur les huit heures du matin, avant d’avoir rien pris, il a éprouvé des envies de vomir sans vomissements, et il a eu de nombreuses déjections alvines et jaunâtres (il évalue à quinze le Nombre de ces déjections ), avec crampes qui occupent les membres supérieurs et inférieurs et même les mâchoires. Les crampes continuent à son entrée; le visage et les mains offrent une teinte violette; les yeux sont cernés; la soif est très vive, la langue humide; ventre souple, sans tuméfaction; le pouls peu développé, cent trente-six pulsations; peau d’une chaleur ordinaire, inondée de sueur au visage. Respiration faible, profonde; voix soufflée, un peu rauque; un peu de céphalalgie; injection des yeux.

Prescription. Saignée de trois palettes, trente sangsues à l’abdomen; limonade gomm., julep gomm. avec dix-huit gouttes laudanum; lavement guimauve et pavot; diète; (quelques frictions avec l’ammoniaque exercées après l’entrée ont calmé les crampes. )

La mort arrive à deux heures après midi.

Autopsie cadavérique, vingt-une heures après la mort.

1° VISCÈRES ABDOMINAUX. — L’intestin grêle est distendu par une grande quantité d’une bile jaunâtre. La couche crémeuse ordinaire qui tapisse la membrane muqueuse offre la teinte jaunâtre du liquide indiqué ; elle est, d’ailleurs, très épaisse. La membrane muqueuse intestinale, dans toute son étendue, présente une rougeur semblable à celle de l’hortensia, rougeur qui existe également à l’extérieur de l’intestin. Dans l’étendue de deux pieds environ de la fin de l’iléon, les follicules isolés sont développés au point qu’il en résulte un aspect varioliforme de la membrane muqueuse. — Estomac dilaté par un liquide mêlé à une certaine quantité de bile jaune; membrane muqueuse hérissée de nombreuses et épaisses rugosités, avec rougeur et injection très prononcée. Dans le grand cul-de-sac où il n’existe pas de rugosités, la membrane semble ramollie et amincie. L’origine du duodénum est le siège d’une éruption folliculeuse imitant réellement l’éruption varioleuse. Le gros intestin contient peu de liquide et n’offre qu’une très médiocre injection. On trouve des follicules développés dans le cœcum et dans divers points du colon. La vésicule biliaire contient une bile jaune, et non pas verte comme cela arrive presque constamment. — Vessie vide et contractée; une petite quantité de matière crémeuse tapisse sa surface interne.

Les autres organes n’ont offert rien de notable.

OBSERVATION N° 12.

62 ans. — Choléra asphyxique foudroyant. — Mort quelques heures après l’entrée. — Liquide trouble, briqueté dans l’intestin grêle, avec couche crémeuse, grisâtre, à la surface interne de cet organe, sans développement appréciable des follicules, mais avec injection de la membrane muqueuse. — Plaques d’un rouge vineux très foncé dans le cœcum, rougeur qui se voitaussi dans le colon et dans le rectum, qui semble ecchymosé. — Rougeur cuivreuse de la membrane muqueuse de l’estomac, sur-tout dans le grandeuil-de-sac, où la membrane est amincie et s’enlève sous forme de pulpe rougeâtre. — Injection pointillée de la région pylorique. Médiocre quantité d’un liquide trouble, purulent, dans la vessie.

Soufflet (François), laveur de laine, âgé de 62 ans, est entré, le 4 avril, salle Saint-Athanase, n° 48. (Le matin il avait pris pour deux sous d’eau-de-vie.) Parvenu au plus haut degré de la maladie, il s’éteignit dans la journée: on ne crut pas devoir tenter des moyens curatifs un peu énergiques, l’agonie étant évidente. ( Limon, cit.; jul. laudanisé, lavement, guim. pav.; frict. chal.)

Autopsie cadavérique.

1° VISCÈRES ABDOMINAUX. — L’intestin grêle contient un liquide trouble, légèrement briqueté ; membrane muqueuse injectée, recouverte d’une couche de mucus crémeux, grisâtre; les follicules n’offrent aucun développement appréciable. Dans le cœcum, plaques de deux pouces d’étendue environ, d’un rouge vineux, très fonce; cette teinte se remarque dans le reste du gros intestin, sur-tout dans le rectum qui semble ecchymosé (cet intestin contient peu de liquide). — Membrane muqueuse de l’estomac d’un rouge cuivreux, sur-tout dans la grosse tubérosite; pointillée de rouge vif dans la région pylorique, recouverte partout d’une couche de mucus amincie dans le grand cul-de-sac, où elle s’enlève sous forme de pulpe rougeâtre. — Vessie renfermant une petite quantité d’un liquide trouble et purulent. Rien de notable dans les autres viscères du bas-ventre.

2° APPAREILS CIRCULATOIRE ET RESPIRATOIRE. — Sang noir, semblable à de la gelée de groseille, dans le cœur et lesgros vaisseaux. — Poumons parfaitement sains.

3° APPAREIL GANGLIONNAIRE. — Le ganglion semi-lunaire et le plexus solaire, sans aucune lésion.

OBSERVATION N° 13.

47 ans. — Choléra asphyxique foudroyant. — Mort vingt-quatre heures après l’entrée. — Ouverture deux heures après la mort. — Bile dans l’estomac et l’intestin grêle, où elle est mêlée d’un liquide trouble, rougeâtre. — Injection et rougeur générale de la membrane muqueuse gastrique. — La rougeur se fonce de plus en plus en approchant de la fin de l’iléon. où existe une éruption de granulations varioliformes dues au développement des follicules isolés, et une tuméfaction de quelques plaques de Peyer. — Vessie contractée, vide.

Coffard (Ferdinand ), âgé de quarante-sept ans, chiffonnier; demeurant rue Mouffetard, n° 60, fut apporté dans la salle des cholériques (salle Saint-Athanase, n° 44), le 5 avril, sur les sept heures du matin. Cet homme, qui s’abandonnait de temps en temps à des excès de boisson, fut frappé de l’épidémie, le 4 avril, à huit heures du soir, après avoir soupé et bu deux petits verres d’eau-de-vie. Il ressentit instantanément de violentes coliques, avec déjections alvines fréquentes, vomissements abondants et crampes dans les membres.

A son arrivée, on constate les symptômes suivants: yeux caves; lèvres violettes; chaleur des extrémités à peu près naturelle; cessation des vomissements et des selles; soif ardente; douleur violente dans la région de l’hypochondre droit, qui arrache au malade des cris continuels; les crampes des membres persistent; voix altérée, plaintive; pouls petit, très fréquent ( 160 pulsations par minute. )

Prescription: Limonade citrique, julep gommeux, lavement avec racine de guimauve et tête de pavot; diète; réchauffer le malade.

6, vomissement d’une grande quantité de bile verte, depuis hier; œil fixe; face et membres violets, froids; véritable agonie.

La mort arrive à huit heures un quart du matin.

Autopsie cadavérique, deux heures après la mort.

1° HABITUDE EXTÉRIEURE. — Visage d’un violet intense; lèvres grosses et bleuâtres, comme chez les noyés; pas de rigidité cadavérique . Les extrémités sont moins froides que pendant la vie.

2° VISCÈRES ABDOMINAUX. — L’estomac contient une assez grande quantité de bile, d’un vert de gazon. La muqueuse est généralement rouge, sur-tout dans la région du grand cul-de-sac et du pylore; elle n’est ni ramollie, ni sensiblement épaissie; elle est mamelonnée vers son bord postérieur. Beaucoup de bile jaune dans le duodénum et l’intestin grêle, où elle est mêlée d’un liquide trouble, rougeâtre. L’injection indiquée dans l’estomac existe dans le duodénum, et se fonce de plus en plus, à mesure qu’on avance vers la fin de l’intestin grêle, qui est le siège d’une éruption de granulations varioliformes des plus prononcées, et qui nous semblent dues à la tuméfaction des follicules isolés; il existe aussi un développement de quelques plaques de Peyer. Les ganglions mésentériques, voisins de l’éruption intestinale, ne sont pas sensiblement tuméfiés, mais un peu violets. — La vessie est contractée et vide.

OBSERVATION N° 14.

62 ans. — Choléra asphyxique foudroyant, chez un individu présentant le plus bizarre assemblage des organes du sexe mâle et du sexe femelle. — Mort vingt-quatre heures environ après l’entrée. — Ouverture trois heures après la mort. — Liquide cholérique mêlé de bile, dans l’intestin grêle. — Injection et rougeur plus ou moins foncée de la membrane muqueuse, avec développement considérable des follicules de Brunner, vers la fin de l’iléon. — Rougeur, infiltration sanguine, dans le gros intestin, avec développement des follicules. — Liquide floconneux, bilieux, dans l’estomac, dont la membrane muqueuse est rouge et injectée. — Membrane muqueuse de l’œsophage d’un gris-lilas, et parsemée de follicules développés. — Vessie contractée, contenant une cuillerée d’urine assez claire. — Liquide épais et comme purulent dans le tissu des reins.

Le nommé Valmont, chapelier, âgé de soixante-deux ans, veuf, d’une petite stature, buvant habituellement un peu d’eau-de-vie, n’avait mangé que de la soupe et bu de l’eau, le 5 avril, lorsqu’il fut pris, à onze heures du soir, de dévoiement, de vomissements et des autres symptômes de l’épidémie. Conduit le lendemain à l’hôpital de la Pitié (et couché salle Saint-Athanase, n°47), il était dans un état tellement grave, que nous ne pûmes concevoir aucune espérance de guérison. Ce n’était qu’avec beaucoup de peine que l’on sentait le pouls; visage terne et livide, froid; langue également froide, livide, bleuâtre à sa circonférence, recouverte dans son milieu d’une couche pulpeuse d’un blanc-jaunâtre; contraction, crampes des muscles des membres, et même de ceux du ventre; persistance des évacuations cholériques.

Prescription. PUNCH au tilleul; limonade à la glace; cataplasmes laudanisés; lavem., guim. et pavot; diète.

Il vomit chaque fois qu’on lui donne du punch. Le soir, on lui fait prendre quelques onces d’infusion légère de café sucrée.

7, mort à six heures du matin.

Autopsie cadavérique, trois heures après la mort.

1° HABITUDE EXTÉRIEURE. — Le corps est chaud; il n’existe pas encore de rigidité cadavérique. Graisse excessivement abondante tant au-dessous de la peau et dans l’interstice des muscles, que dans les cavités abdominale et pectorale .

2° VISCÈRES ABDOMINAUX. Les circonvolutions de l’intestin grêle sont généralement petites, contractées; par suite de cette contraction, les parois intestinales sont plus épaisses que dans l’état ordinaire; mais indépendamment de cette cause d’augmentation d’épaisseur des parois intestinales, il nous semble que chez ce sujet, ainsi que chez d’autres cholériques que nous avons précédemment ouverts, les parois indiquées sont plus épaisses que dans l’état normal, à peu près comme cela s’observe à la suite des péritonites aiguës, dans lesquelles le péritoine intestinal participe à l’inflammation. L’intestin grêle contient un demi-verre d’un liquide dans lequel on reconnaît la présence de la matière verte et jaune de la bile, qui est épaisse et floconneuse. Membrane muqueuse du duodénum hérissée de valvules teintes en jaune par la bile, offrant, dans sa première portion, un beau pointillé d’un rouge vif, non injectée dans le reste de son étendue. Les valvules du jéjunum, également très multipliées, sont colorées en jaune verdâtre par la bile; injection médiocre de cet intestin ainsi que de l’iléon, si ce n’est dans le dernier pied de celui-ci, où la rougeur et l’injection de la membrane muqueuse ont très marquées, et les follicules de Brunner très développés.

L’estomac est distendu par une grande quantité de gaz et d’un liquide clair, contenant quelques flocons légèrement colorés en vert par la bile, exhalant une odeur de limonade. La membrane muqueuse, d’un rouge brunâtre dans le grand cul-de-sac, offre une teinte d’un gris-lilas à ses faces antérieure et postérieure, et une nouvelle teinte brune dans la région pylorique; elle est recouverte d’un mucus assez adhérent et formant plusieurs plaques d’un blanc grisâtre, au-dessous desquelles l’injection est plus prononcée, et d’aspect pointillé ; la membrane muqueuse, même dans le grand cul-de-sac, s’enlève par lambeaux assez larges. La membrane muqueuse de l’œsophage est d’un gris-lilas et parsemée de follicules plus développés que dans l’état normal. — Une certaine quantité de matières liquides dans le gros intestin. Cœcum d’un rouge foncé, hémorrhagique, ainsi que le commencement du colon ascendant, avec éruption d’une assez grande quantité de follicules isolés, d’un petit volume; le sang est infiltré dans le tissu même de la muqueuse, au-dessous de laquelle le tissu cellulaire est fortement injecté. Colon transverse simplement rosé ; quelques follicules développés; contraction du colon descendant et de l’S du colon, avec rougeur semblable à celle du cœcum, laquelle se change en une simple rougeur rosée dans le reste du gros intestin. — Vessie contractée, contenant environ une cuillerée d’une urine assez claire; il s’écoule des mamelons, par l’expression du tissu des reins, un liquide épais, trouble et comme purulent; capsules surrénales très volumineuses, offrant à leur intérieur une substance facile à déchirer, et ressemblant à une portion de poumon farcie de tubercules. — Rate peu volumineuse. — Bile d’un vert assez foncé dans la vésicule du foie; tissu du foie un peu brun, gorgé de sang.

3° APPAREILS DE LA CIRCULATION ET DE LA RESPIRATION, — Sang cailleboté dans le cœur, qui est d’ailleurs bien conformé et robuste; l’aorte est d’un beau blanc à l’intérieur. — Poumons sains.

4° APPAREIL NERVEUX. — Le ganglion semi-lunaire offre une teinte grisâtre, légèrement violette à l’extérieur, lilas à l’intérieur sa consistance est normale.

OBSERVATION N° 15.

49 ans. — Choléra asphyxique foudroyant. — Mort vingt heures après l’entrée. — Ouverture quatre heures après la mort. — Liquide sanguinolent, lie de vin, fétide, dans l’intestin grêle, et dans le gros intestin, où la fétidité augmente. — Estomac vide, contracté, recouvert d’une épaisse couche de mucosité. — Membrane muqueuse du gros intestin, dans toute son étendue, rouge ou livide, verdâtre, exhalant une odeur de gangrène et réellement gangrénée, ramollie, ecchymosée. — Rougeur plus ou moins foncée de la membrane muqueuse de l’intestin grêle qui, vers la fin de l’iléon, est comme ecchymosée ou imbibée de sang, et parsemée de quelques follicules développés. — Rougeur pointillée de la muqueuse gastrique. — Teinte lilas de la membrane muqueuse de l’œsophage, qui est parsemée d’un assez grand nombre de follicules du volume d’un petit grain de chenevis. — Vessie vide et contractée.

Piquerot, âgé de quarante-neuf ans, imprimeur, était affecté de la forme la plus grave du choléra, lorsqu’il fut apporté à l’hôpital de la Pitié (salle St.-Athanase, n° 49), dans la matinée du 6 avril.

L’invasion de la maladie ne datait que de deux jours (du 4 avril). Le malade assurait n’avoir fait aucun excès.

Il y avait eu des déjections alvines très copieuses et très fréquentes, mais point de vomissements.

A l’entrée du malade, voici les symptômes les plus saillants qui furent notés: absence du pouls; peau d’un violet très prononcé, glacée; voix éteinte; langue froide, livide, couverte d’un enduit d’un blanc jaunâtre.

L’état du malade nous parut au-dessus de toutes les ressources de la médecine.

Prescription; Limonade citriq. gommée, à la glace; café (bis); catap. laudanisé ; lavement avec guimauve et pavot; diète; frictions et réchauffement.

7. Le malade est mort à cinq heures du matin.

Autopsie cadavérique, quatre heures après la mort.

1° HABITUDE EXTÉRIEURE. — Rigidité cadavérique peu, prononcée encore; membres supérieurs plus froids que les inférieurs; yeux secs, rouges, injectés, comme meurtris à la partie inférieure, immédiatement au-dessous de la cornée transparente.

2° VISCÈRES ABDOMINAUX. — Péritoine sec, visqueux, comme, poisseux, adhérent aux doigts. Intestin grêle, d’un rouge presque vineux à l’extérieur, dans une portion de ses circonvolutions, et d’un gris-lilas dans les autres, sans qu’on puisse attribuer cette différence de coloration à quelques conditions de position. La teinte du gros intestin diffère elle-même de celle de l’intestin grêle: elle est d’un rouge-violet foncé. L’intestin grêle contient, dans toute son étendue, un liquide sanguinolent, sale, lie de vin, ayant une odeur médiocrement fétide. Membrane muqueuse du duodénum d’un blanc grisâtre mat, sur lequel se dessinent à peine quelques plaques d’un rose très pâle; membrane muqueuse du jéjunum d’un rouge tirant sur le marron, dans une portion de son étendue, et plus loin d’une teinte un peu lie de vin, avec pointillé par intervalle; cette dernière teinte se continue dans l’iléon en se fonçant beaucoup vers la portion inférieure de. cet intestin, qui est comme imbibée de sang et ecchymosée. Dans cette portion, à l’extérieur de l’intestin, vers son bord adhérent sur-tout, existe une infiltration sanguine, très prononcée. Quelques follicules isolés se remarquent dans la partie inférieure de l’iléon. — L’estomac alongé, contracté sur lui-même, offre un volume qui ne dépasse pas celui de l’intestin, il ne contient pas de liquide, sa surface interne est seulement recouverte d’une couche épaisse de mucosité. La membrane muqueuse est ridée comme celle du duodénum. Son fond est grisâtre et sur ce fond se dessine une rougeur faible mais non veineuse: cette rougeur se fonce dans la région pylorique où elle est pointillée; du reste, il n’y a point de ramollissement de la membrane injectée. — La membrane muqueuse de l’œsophage, d’un rouge-lilas, présente dans ses trois cinquièmes inférieurs un assez grand nombre de follicules d’un blanc grisâtre, dont quelques-uns ont le volume d’un petit grain de chenevis. — Dans le gros intestin, un quart de litre d’un liquide sanguinolent, lie de vin foncée, exhalant une odeur fétide. La membrane muqueuse, dans toute son étendue, est d’un rouge livide, vineux, brunâtre ou verdâtre, ecchymosée, ramollie, et comme tendant à la putréfaction: elle exhale une odeur de gangrène, assez analogue à celle du liquide quelle contenait . Considérées en masse, les parois de cet intestin sont molles et flasques. — Vessie vide et contractée.

3° APPAREIL NERVEUX. Ganglion semi-lunaire sans lésion de structure; mais placé à côté de celui d’un homme mort d’une autre maladie, il offre une blancheur moins prononcée. Sa teinte propre est d’un gris-lilas.

Les autres organes n’offrent rien de notable.

OBSERVATION N° 16.

36 ans. — Choléra asphyxique foudroyant. — Mort vingt heures après l’entrée. — Ouverture quatre heures après la mort. — Liquide chocolat, mêlé de bile, dans l’intestin grêle. — Liquide trouble et branâtre dans le gros intestin. — Bile verdâtre et floconneuse dans l’estomac. — Teinte hortensia ou rougeur plus foncée dans une grande étendue de la muqueuse gastro-intestinale. — Éruption confluente des glandes de Brunner, et saillie de trois à quatre plaques de Peyer, dans les deux derniers pieds de l’iléon. — Développement des follicules du gros intestin ( la rougeur de cet intestin est d’une teinte lie de vin ). — Vessie vide et contractée.

Février ( Louis ), âgé de trente-six ans, maçon, demeurant rue Long-Pont, n° 5, fut conduit le 7 avril, à neuf heures du matin, dans le service des cholériques et couché salle Saint Athanase, n° 47. Il disait se porter bien hier 6. A minuit, il éprouva les premiers symptômes cholériques. Le jour de l’entrée, son état est excessivement grave: pouls nul; extrémités et visage froids; voix fort altérée; crampes dans les membres; douleur dans la région épigastrique et vers les hypochondres; selles et vomissements cholériques.

Prescription: trente sangsues à l’épigastre et vers le long des fausses côtes, après avoir réchauffé et frictionné le malade: café, iv.

Mort le 8, à cinq heures du matin.

Autopsie cadavérique, trois heures trois quarts après la mort.

1° HABITUDE EXTÉRIEURE. — La rigidité commence à s’établir.

2° VISCÈRES ABDOMINAUX. — L’intestin grêle contient environ un quart de litre d’un liquide chocolat, mêlé de bile jaune ou verte dans différentes circonvolutions. Membrane muqueuse du duodénum injectée, d’un rouge assez vif; même état de celle du jéjunum dans une assez grande étendue, et ailleurs couleur hortensia légère. Rougeur rosée de la membrane muqueuse de l’iléon jusques vers la fin de cet intestin, où la rougeur devient plus foncée: à la fin de ce même intestin, dans deux pieds environ d’étendue, apparaît une éruption confluente des glandes de Brunner; saillie de trois à quatre plaques de Peyer, Membrane muqueuse d’une assez bonne consistance. Un peu de liquide trouble et brunâtre dans le gros intestin. Cœcum offrant quelques plaques d’un rouge vineux. Côlon parsemé d’un grand nombre de follicules assez développés, d’un rouge peu prononcé, si ce n’est dans la portion descendante. Dans le rectum, la membrane muqueuse offre une teinte lie de vin très forte, avec injection pointillée. — L’estomac volumineux contient une assez grande quantité de bile verdâtre et floconneuse. Une couche épaisse d’un mucus à demi-concret revêt toute la surface de la membrane muqueuse. Au-dessous, cette membrane est généralement rouge, hérissée de rugosités et parsemée de gros mamelons; elle n’est pas sensiblement ramollie, mais un peu épaissie. Le tissu sous-muqueux est fort rouge et injecté. — ?Vessie vide et contractée.

Les autres organes comme chez les précédents sujets.

OBSERVATION N° 17.

58 ans. — Choléra asphyxique foudroyant. — Mort vingt-trois heures après l’entrée. — Ouverture trois heures après la mort. — Liquide sanguinolent, lie de vin, dans l’intestin grêle et le gros intestin. — Teinte rouge plus ou moins foncée, uniforme ou pointillée et capilliforme, de la membrane muqueuse de l’intestin grêle. — Rougeur lie de vin, lividité, infiltration sanguine, fétidité, ramollissement de la membrane muqueuse du gros intestin. — Développement de six plaques de Peyer et des follicules isolés de la fin de l’iléon ( un certain nombre des follicules du gros intestin sont également développés ). Bile d’un vert brunâtre dans l’estomac, dont la membrane muqueuse n’est que partiellement rouge (vers la grande courbure). — Vessie vide et contractée.

Lefèvre (Pierre), âgé de cinquante-huit ans, veuf, peintre en bâtiments, demeurant rue de la Mortellerie, n° 38, fut apporté le 8 avril, à huit heures du matin, dans la salle Saint-Athanase, n° 44. Il n’avait jamais eu la colique de plomb. Le choléra dont il était atteint, datait de trois jours. Pendant les deux premiers jours, il avait été traité par les médecins de l’ambulance de son quartier. Il était véritablement cadavérisé au moment où il entra dans notre service: pouls insensible; visage et extrémités d’un bleu-violet; affaissement des traits; yeux excavés, cernés par un sillon livide; vomissements, déjections cholériques; sorte de demi-coma, avec renversement des yeux en haut.

Prescription: Cautériser la colonne vertébrale, puis trente sangsues sur l’abdomen; infus. till. orang. et limon, gomm.; lavem. guim. et pav.; diète.

9. Mort à sept heures du matin.

Autopsie cadavérique, trois heures après la mort.

1° VISCÈRES ABDOMINAUX. — L’intestin grêle contient environ un demi-litre d’un liquide sanguinolent, lie de vin. La membrane muqueuse offre une teinte rouge, d’autant plus foncée qu’on approche davantage de la fin de l’iléon, coloration qui, d’ailleurs, paraît provenir en partie du contact de la membrane avec le liquide contenu dans l’intestin; toutefois, on observe aussi une belle injection capilliforme ou pointillée de cette membrane. Développement de six plaques de Peyer et des follicules isolés de la fin de l’iléon. La membrane muqueuse se détache par larges lambeaux, excepté dans quelques circonvolutions où elle ne s’enlève que sous forme de pulpe un peu molle. Une petite quantité d’un liquide sanguinolent dans le gros intestin. Membrane muqueuse de cet intestin d’un rouge lie de vin, livide dans presque toute son étendue, avec infiltration sanguine dans plusieurs points, exhalant une odeur fétide, et s’enlevant sous forme de pulpe mollasse dans les points où elle est livide. Injection du tissu sous-muqueux. Il existe certain nombre de follicules plus développés que dans l’état normal. — L’estomac contient une petite quantité de bile d’un vert brunâtre. La membrane muqueuse, d’un blanc grisâtre, est recouverte d’une couche de mucosité filante, abondante; elle est mamelonnée dans la région pylorique. On voit une plaque alongée de la longueur de deux pouces environ), d’un rouge-brun, vers la grande courbure. Consistance et épaisseur de la muqueuse sensiblement normales. — Vessie contractée, vide.

2° APPAREIL NERVEUX. — Ganglion semi-lunaire d’une bonne consistance, peut être un peu plus rouge que dans l’état naturel.

Les autres organes, comme chez les précédents sujets.

OBSERVATION N° 18.

56 ans. — Choléra asphyxique foudroyant. — Mort dix-huit ou vingt heures après l’entrée. — Ouverture quatre heures après la mort. — Liquide lie de vin, fétide ( environ deux litres), dans l’intestin grêle et le gros intestin. — Gaz et liquide rougeâtre dans l’estomac. — Rougeur de teinte variée dans les diverses portions du tube digestif, très foncée. vineuse, avec infiltration sanguine et ramollissement dans le gros intestin. — Eruption confluente des follicules de Brunner, dans les deux cinquièmes intérieurs de l’intestin grêle, et développement d’une douzaine de plaques des follicules agminés. — Même développement des follicules du gros intestin. — Vessie vide et contractée.

Prieur (Nicolas), marchand de légumes, âgé de cinquante-six ans, fut apporté le 12 avril, salle Saint-Athanase, n° 42. Après un dîner fait dans une gargotte, il a été pris, dans la nuit du 11 au 12, d’envies de vomir, et de selles très abondantes d’un jaune verdâtre.

A son entrée, crampes très fortes; visage un peu violet, affaissé, un peu froid, ainsi que les mains; yeux excavés; pouls petit (72 pulsations); cris plaintifs; voix cholérique; langue humide, plutôt pâle que rouge; un peu froide; envies de vomir, vomissements, éructations; les selles continuent (la matière dont elles sont formées ressemble à la décoction de riz); prostration extrême.

Prescription. Cautérisation de la région rachidienne; café dans la journée; limonade gommée à la glace, trois pots; jul. gomm.; lav. guim. avec vingt gouttes laudanum; catapl. abdomen; frictions sèches; réchauffement.

13. Mort à cinq heures du matin.

Autopsie cadavérique, quatre heures et demie après la mort,

1° VISCÈRES ABDOMINAUX. Circonvolutions des intestins généralement injectées à l’extérieur, encore chaudes. L’intestin grêle contient, dans toute son étendue, un liquide tout-à-fait analogue à la lie de vin un peu claire. (Un litre environ.) Membrane muqueuse du duodénum, d’un blanc grisâtre, sur lequel tranche, en certains endroits, soit une rougeur pointillée, soit une coloration maron; les valvules très prononcées. La coloration d’un rouge-maron existe dans une grande étendue de l’intestin grêle, accompagnée d’injection; dans les dernières circonvolutions de l’iléon ( inférieurs), l’injection existe seule, et l’on y rencontre un développement très confluent des follicules de Brunner (sur-tout vers la valvule iléo-cœcale) et une douzaine de plaques de Peyer, plus saillantes que dans l’état normal. Quelques-unes de celles-ci ont l’étendue de deux pouces; elles sont rugueuses à leur surface; et tout-à-fait à l’extrémité de l’intestin, les follicules agminés qui les composent offrent un volume très considérable. La membrane muqueuse n’est pas sensiblement ramollie; en plusieurs points, elle semble un peu amincie. Le gros intestin contient une matière à peu près semblable à celle de l’intestin grêle, en quantité un peu moins abondante, sans traces de matières fécales, exhalant une odeur très fétide. Cœcum d’un rouge foncé, avec infiltration sanguine dans une étendue assez considérable; membrane muqueuse ramollie, s’enlevant sous forme de pulpe molasse; la rougeur diminue dans une partie du reste du gros intestin; cependant, dans presque toute l’étendue du colon descendant, on remarque une teinte vineuse très prononcée; dans le cours de cet intestin, on rencontre aussi une foule de follicules de Brunner, plus développés que dans l’état normal. — L’estomac est énormément distendu par des gaz et un verre environ d’un liquide rougeâtre. Membrane interne recouverte d’une couche de mucus filant, spumeux, mêlé de bulles d’air. Rougeur presque générale, mais peu foncée, si ce n’est dans quelques points; la membrane indiquée est mamelonnée dans la majeure partie de son étendue; sa consistance ne parait un peu diminuée que dans la région du grand cul-de-sac. ( Dans la région pylorique, la muqueuse, d’un blanc grisâtre, n’est nullement injectée.) — Vessie fortement contractée, et ne contenant presque point d’urine.

2° Appareil nerveux. — Huitième paire de nerfs des deux côtés, parfaitement saine. Un peu d’injection et légère teinte violette de la surface et de l’intérieur du ganglion semi-lunaire.

3° Tous les autres organes de l’abdomen et de la poitrine, comme chez les précédents sujets.

Le crâne et le rachis n’ont pas été ouverts.

OBSERVATION N° 19.

Age indéterminé. — Choléra asphyxique foudroyant. — Mort dix heures environ après l’entrée. — Liquide trouble, blanc ou d’un gris rougeâtre, dans l’intestin grêle, le gros intestin et l’estomac. — Injection vive, pointillée, d’un rouge-brun. — Taches sanglantes, ecchymoses de la membrane muqueuse de l’estomac, comme après certains empoisonnements. — Amincissement et ramollissement dans le grand cul-de-sac. — Rougeur vive, pointillée, dans une grande étendue des intestins grêles. — Eruption granuleuse vers l’extrémité de l’iléon, et dans toute la longueur du gros intestin (quelques-uns des follicules développes de cet intestin offrent un commencement d’ulcération). — La membrane muqueuse est faiblement rouge et injectée, si ce n’est vers la fin, où elle est d’un rouge foncé et ramollie. — Couche crémeuse à la surface interne des intestins. — Vessie vide, recouverte à l’intérieur d’une matière crémeuse, comme purulente.

Un cholérique fut conduit, le 12 avril, à la Pitié, et placé salle Saint-Athanase, n° 47. Il succomba dans la nuit. Nous n’avons pu nous procurer aucun renseignement sur les symptômes et la date de l’invasion.

Autopsie cadavérique, le lendemain à neuf heures.

1° HABITUDE EXTÉRIEURE. — Le cadavre n’est pas encore complétement refroidi; c’est celui d’un homme vigoureux, bien constitué. Lividité du visage en général, des lèvres sur-tout, ainsi que des membres. Rigidité cadavérique très forte.

2° ORGANES ABDOMINAUX. — Il existe dans l’intestin grêle un litre d’un liquide trouble, crémeux, blanc, taché, dans quelques points seulement, d’une teinte gris rougeâtre. L’estomac contient environ un quart de litre d’un liquide trouble, blanchâtre, mêlé de flocons. La membrane muqueuse est généralement injectée; mais dans le grand cul-de-sac elle présente une teinte brunâtre, pointillée de taches comme sanglantes. De semblables taches existent en grand nombre dans la portion pylorique, ainsi que dans une portion de la face supérieure de l’estomac; cette coloration et ces ecchymoses rappellent réellement ce que l’on observe dans les empoisonnements par les substances les plus irritantes. Dans le grand cul-de-sac, la muqueuse est considérablement amincie, et s’enlève sous forme d’une pulpe mêlée à une couche de mucus qui la recouvre. Sous ce rapport, il y a une grande différence entre cette portion de la muqueuse et celle qui revêt le reste de l’estomac; là, se trouve encore une épaisse couche de mucus, mais au-dessous la membrane muqueuse conserve son épaisseur à peu près normale; elle ne s’enlève que par très petits lambeaux un peu ramollis. Le tissu sous-muqueux partage l’injection de la membrane muqueuse. Dans plusieurs points du duodénum, on trouve la rougeur pointillée et vive de l’estomac; elle occupe sur-tout les replis de l’intestin. Ailleurs, la muqueuse duodénale offre un fond blanc un peu mat, mêlé d’une nuance rosée. Les follicules ne sont pas apparents. Dans le jéjunum, on trouve aussi çà et là une rougeur pointillée, vive, qui tranche sur le fond blanc de la muqueuse. Dans quelques points de l’iléon, la rougeur pointillée est plus prononcée, quoique partielle, si ce n’est dans une étendue d’un pied environ de l’extrémité de cet intestin où la rougeur est continue et très-vive, et où l’on rencontre en même temps une multitude de follicules isolés, du volume d’un gros grain de millet; d’où résulte un aspect analogue à celui de la peau affectée d’éruption variolique naissante. La membrane est recouverte d’une couche de mucus crémeux, et conserve d’ailleurs sa consistance et son épaisseur à peu près normales. Les ganglions mésentériques ne sont pas développés ni injectés.

Dans le gros intestin, se trouve un demi-litre d’un liquide blanc, uniformément trouble et sans flocons. Le cœcum, assez faiblement injecté et rouge, est parsemé de follicules confluents qui se rencontrent également dans le reste du gros intestin, quoique moins abondants, si ce n’est vers la fin de l’intestin où la rougeur est plus foncée, et où ces follicules semblent le siège d’ulcérations commençantes; la membrane muqueuse est ramollie dans ce point.

La vessie est vide; sa membrane muqueuse est recouverte d’une couche d’un liquide crémeux et comme purulent. En pressant le tissu du rein, on en fait sortir une certaine quantité d’un liquide également purulent, assez semblable d’ailleurs au liquide intestinal; injection d’un rose-lilas. Tissu des reins violet, d’ailleurs d’une bonne consistance.

Rate sans altération notable.

La vésicule du foie contient une bile d’un vert foncé.

Le foie est de consistance ordinaire.

3° APPAREILS CIRCULATOIRE ET RESPIRATOIRE. — Le cœur est gorgé d’une grande quantité de sang coagulé, analogue à de la gelée de groseille noire: vidé de ses caillots, cet organe est plus volumineux que dans l’état normal; il présente à sa surface quelques plaques blanches, suites d’une ancienne péricardite; son tissu brun, flasque, se déchire assez facilement. Veine cave inférieure distendue par une grande quantité de sang noir, à demi-coagulé ; blancheur de la membrane interne de cette veine, ainsi que de celle de l’aorte. Plèvre gauche recouverte de petites granulations très multipliées, effet d’une ancienne pleurésie; adhérence du poumon correspondant. lequel, d’ailleurs, ainsi que celui du côté opposé, est crépitant et sain.

4° APPAREIL NERVEUX. On observe, dans le nerf pneumo-gastrique du côté droit, une ecchymose d’un pouce d’étendue, et qui n’affecte que le névrilème; elle occupe la portion du nerf qui est immédiatement continue à celle qui s’engage dans la poitrine. Nerf pneumo-gastrique gauche parfaitement sain.

Le ganglion semi-lunaire, un peu rouge à l’extérieur, est d’une bonne consistance et nous paraît tout-à-fait sain.

OBSERVATION N° 20.

72 ans. — Choléra asphyxique foudroyant. — Mort seize à dix-huit heures après l’entrée. — Ouverture vingt-trois heures après la mort. — Liquide cholérique dans l’intestin grêle, partout blanchâtre, si ce n’est vers la partie inférieure de l’iléon, où il est rougeâtre, briqueté (liquide analogue à ce dernier, plus trouble, dans le gros intestin). — Couche de matière crémeuse. — Injection, rougeur hortensia, lilas ou plus foncée de la muqueuse intestinale. — Saillie de quelques plaques de Peyer. — Dans le dernier pied de l’iléon, follicules de Brunner très développés, formant une éruption confluente. — Rougeur foncée, distribuée sous forme de raies sanglantes, dans le gros intestin. — Estomac contracté, vide. — Rougeur vive d’une portion de la membrane muqueuse. — Vessie contractée, contenant une certaine quantité de matière crémeuse.

Petit (Sébastien), journalier, âgé de soixante-douze ans, demeurant rue Neuve-Notre-Dame, fut apporté dans le service des cholériques, le 16 avril, sur les cinq heures du soir. Il avait été pris, ce jour là même, à cinq heures du matin, des symptômes d’un choléra grave, tels que selles liquides très multipliées, vomissements, crampes. Le malade nous affirme que les jours précédents il était bien portant, et qu’il n’avait point de dévoiement; la veille, il avait mangé et bu un peu plus qu’à son ordinaire. Voici quel était son état au moment de son arrivée: face et mains un peu froides et violettes, langue également froide et d’une pâleur livide, yeux excavés, voix extrêmement faible, pouls petit, à quatre-vingt-douze pulsations, ventre douloureux par intervalles, crampes dans les membres, tendance marquée à l’assoupissement.

Prescription. Une tasse d’infusion légère de café, limonade citrique gommée à la glace, frictionner et réchauffer les membres, cataplasmes sur le ventre, quart de lavement amylacé bis, diète.

17, à la visite du matin. Le mal a fait des progrès effrayants, et déjà l’agonie a commencé. Plongé dans un état comateux, le malade ne donne aucun signe de connaissance; froid glacial des mains, du visage et de la langue; peau recouverte d’une sueur froide et visqueuse, plissée en divers points, généralement violette (la teinte violette ou cyanique est très foncée au visage et aux extrémités); absence du pouls radial; battements du cœur à peine sensibles; respiration haute, semi-convulsive, râlante; yeux excavés, entourés d’un cercle noir très prononcé, comme flétris, à demi-fermés par les paupières, tournés en haut; à sa partie inférieure, là où elle n’est pas recouverte par les paupières, la cornée opaque est sèche, parcheminée, noire, ecchymosée.

A ce triste appareil de symptômes, qui nous rappelait les premiers cholériques reçus dans les hôpitaux, il ne nous était que trop facile de prédire une mort prochaine. En effet, le malade succomba peu de temps après la visite.

Autopsie cadavérique, vingt-trois heures après la mort.

1° HABITUDE EXTÉRIEURE. — Rigidité cadavérique considérable; visage, mains, pieds, parties génitales, d’un violet moins foncé que pendant la vie; œil flasque, affaissé, flétri, sec, parcheminé , ainsi qu’il a été déjà noté plus haut.

2° ORGANES ABDOMINAUX. — Vus à l’extérieur, les organes digestifs offrent une injection générale, d’un rouge assez vif; péritoine sec, poisseux ne contenant aucune goutte de serosité. — L’intestin grêle renferme, dans sa cavité, un demi litre environ d’un liquide trouble, floconneux, partout blanchâtre, excepté dans la partie inférieure de l’iléon, où il est rougeâtre, briqueté. Une couche de matière crémeuse, d’un blanc sale, tapisse la surface interne de l’intestin grêle, dans toute son étendue; la membrane muqueuse de celui-ci est le siége d’une belle injection capillaire, avec rougeur rosée, lilas ou hortensia. Une rougeur un peu plus foncée règne dans la première partie du jéjunum, ainsi que dans une portion du duodénum, où l’on remarque en outre quelques plaques d’un pointillé d’un rouge plus vif et comme rutilant. Aucune altération bien notable dans la consistance et l’épaisseur de la membrane muqueuse. Au-dessous des lambeaux qu’on eu détache, apparaît un tissu cellulaire rouge et injecté. Dans diverses circonvolutions de l’iléon, on trouve quelques plaques de Peyer, faisant à peine saillie à la surface de la membrane muqueuse. Tout-à-fait à l’extrémité de l’iléon, dans l’étendue d’un pied environ, les follicules de Brunner, très développés, forment une sorte d’éruption à petites pustules arrondies; non loin de la valvule iléo-cœcale, une plaque de Peyer, de deux pouces de long sur sept à huit lignes de largeur, fait une saillie plus considérable que dans l’état normal, et présente des follicules plus gros qu’ils ne le sont à l’état sain. Là, la membrane muqueuse s’enlève facilement par lambeaux, sans qu’elle soit d’ailleurs très notablement ramollie. — Le gros intestin contient un verre d’un liquide semblable à celui de la fin de l’intestin grêle, mais plus trouble, et mêlé de quelques lentilles non digérées. La membrane muqueuse du cœcum est parcourue de quelques plaques d’un rouge assez vif; partout ailleurs, elle est d’un blanc grisâtre, un peu sale. La rougeur se prononce davantage au commencement du colon, où elle trace des espèces de raies sanglantes, d’un demi-pouce de longueur; la rougeur se prolonge, tantôt faible, tantôt plus intense, et avec infiltration sanguine, jusqu’à l’extrémité du gros intestin, lequel, dans plusieurs circonvolutions, est sillonné intérieurement de replis nombreux, par suite de sa contraction sur lui-même. Fort mince dans le cœcum, où elle se détache sous forme de pulpe, laissant voir au-dessous d’elle une injection du tissu cellulaire, la membrane muqueuse devient plus épaisse et plus adhérente au tissu sous-jacent dans le reste du gros intestin, dont les follicules n’offrent aucun développement. Cet intestin n’exhale qu’une odeur médiocrement fétide. — L’estomac, contracté sur lui-même, n’a guère que le volume d’un intestin, et ne contient aucun liquide. Sa membrane muqueuse est sillonnée de nombreuses et grosses rugosités, sur-tout dans la région pylorique; elle est généralement injectée, mais à un assez faible degré, excepté dans cette dernière région, où l’injection est très prononcée: dans les points les plus faiblement injectés, la membrane offre une teinte d’ocre, et une rougeur vive dans ceux où l’injection est plus marquée; c’est sur le bord libre des rugosités qu’existe la teinte rouge la plus foncée . Un peu molle dans le grand cul-de-sac, la membrane muqueuse est d’une bonne consistance partout ailleurs, où, par suite de son retrait sur elle-même, elle semble plus épaisse que dans l’état normal. — Vessie fortement contractée sur elle-même, vide. Sa membrane muqueuse, hérissée de grosses rides, rosée, est recouverte d’une légère couche de matière crémeuse, blanchâtre. — Tissu des reins ferme, ne fournissant, par la pression, ni urine, ni matière crémeuse. — Foie et rate n’offrant aucune lésion ( le tissu du premier est d’un rouge-brun ). Bile d’un vert foncé dans la vésicule du foie.

3° APPAREILS DE LA CIRCULATION ET DE LA RESPIRATION. — Le cœur et les gros vaisseaux contiennent une assez. grande quantité de sang, soit liquide, soit caillebotté, et semblable à de la gelée de groseille très noire. Orifice auriculo-ventriculaire gauche un peu rétréci par suite de la présence de concrétions crétacées, osseuses, ou cartilagineuses des valvules. Une concrétion crétacée, plus volumineuse que les autres, existe à l’insertion de l’un des tendons valvulaires aux colonnes charnues; ces concrétions s’écrasent pour la plupart en morceaux grenus, analogues à des grains de sable. Orifice aortique libre. — Plaques jaunes, calcaires, terreuses dans toute l’étendue de l’aorte, dont la membrane interne est d’un jaune plus foncé que dans l’état normal. — Poumons bien crépitants, très peu engorgés à leur partie postérieure; membrane muqueuse des bronches, d’un rouge vif en quelques points, d’un rouge violet partout ailleurs. ( Cette teinte est sur-tout très prononcée à la partie postérieure de ces conduits. )

4° APPAREIL NERVEUX. — Injection des membranes cérébrales. A l’ouverture de la cavité de l’arachnoïde, il s’écoule une assez grande quantité de sérosité limpide. Infiltration de sérosité abondante dans le tissu de la pie-mère, sur-tout à la partie postérieure des hémisphères cérébraux, et par suite, aspect gélatiniforme et d’un blanc mat de la surface supérieure du cerveau. Imbibé de cette sérosité, le réseau celluleux qui constitue la pie-mère est fort épaissi. Surface du cerveau humide, lavée et comme macérée par la sérosité ; substance cérébrale un peu molle et médiocrement sablée de sang. Ventricules distendus par une grande quantité de sérosité claire, visqueuse, semblable à une solution de gomme; plexus et toile choroïdes injectés et macérés. — Cervelet abreuvé de sérosité, comme le cerveau, un peu mou. — Environ une cuillerée de sérosité mêlée de sang, dans les fosses occipitales inférieures. Ossification des artères de la base du crâne et de toutes leurs ramifications, ce qui leur donne de la ressemblance avec des branches de corail. — Mésocéphale et moelle alongée un peu injectés, d’une bonne consistance.

Ganglion semi-lunaire d’une teinte un peu violette, mais sans lésion de texture.

§ II. Femmes.

OBSERVATION N° 21.

60 ans. — Choléra asphyxique foudroyant. — Mort douze heures après l’entrée. — Ouverture dix-huit heures après la mort. — Liquide cholérique ( blanchâtre, floconneux ) dans les intestins grêles et le gros intestin. — Couche crémeuse à la surface intestinale. — Injection capilliforme, pointillée, rougeur plus ou moins foncée dans une grande étendue de la membrane muqueuse intestinale, qui offre ailleurs nn fond d’un blanc mat. — Même rougeur de la muqueuse gastrique, qui est parsemée de follicules développes. — Vessie vide, couche crémeuse à sa surface interne.

La nommée Diu, âgée de soixante ans environ, est entrée à l’hôpital de la Pitié, le 1er avril, à onze heures et demie du matin, et fut placée salle du Rosaire, n° 31. Point de renseignements sur son état antérieur; elle ne peut en fournir elle-même, car on ne peut en tirer une seule réponse, dans les premiers moments de son arrivée; ce n’est que plus tard, qu’en la pressant de questions et en la remuant pour la tirer de l’assoupissement continuel où elle se trouve, que nous apprenons d’elle qu’elle est fileuse, qu’elle se nourrissait mal, quoique l’ouvrage ne lui manquât pas. Elle dit être alitée depuis la veille, à huit heures du soir; elle avait fait ce jour-là un repas avec des pommes de terre; elle n’a pas l’habitude de boire des alcooliques. La veille du jour où elle est tombée malade, elle n’était déjà pas bien portante; elle éprouvait de la fatigue et quelques coliques. Le 31 mars, à huit heures, elle a été prise de crampes et de coliques, qui l’ont forcée à s’aliter. Ces crampes, qui se faisaient sentir dans les mollets et la totalité du membre inférieur, sont devenues plus fortes, le 1er avril à 7 heures du matin; alors aussi ont commencé les vomissements, qui se sont reproduits plusieurs fois, ainsi que les déjections alvines, avant l’entrée de la malade.

Figure grippée, affaissée: yeux ternes, excavés; lividité et froideur de la face et des extrémités. Bâillements fréquents; crampes vives qui sont annoncées d’abord par la contraction des traits et par quelques mouvements des membres; mais que la malade accuse elle-même quand elle peut parler; alors elle pousse des plaintes presque continuelles. Les joues, le front et le menton conservent un peu de chaleur. Le pouls radial est insensible, les battements, celui du cœur et des carotides sont faibles,

Malgré l’application de la chaleur à la surface du corps le pouls reste insensible; ni vomissements, ni selles.

Dans le reste de la journée, même état; crampes; l’intelligence est bien conservée; cependant la malade répond avec peine; elle s’occupe beaucoup de son ouvrage, qu’elle croit qu’on ne lui donnera plus. A trois heures, les extrémité sont plus froides qu’à midi; la lividité plus prononcée.

A six heures, quelques éructations sans vomissement; découragement; idées tristes. (Vésicatoire à l’épigastre, avec la pomm. de Gondret; acétate de morph. sur le derme dénudé ; dix-huit sangsues à l’anus). — Evacuation abondante d’urines, au rapport de la malade.

Au bout de deux heures, point d’action de la pommade. Je cherche à produire la vésication avec l’ammoniaque liquide. Après un temps assez long, je ne parviens qu’à rougir l’épiderme, qui ne peut être enlevé ; je fais appliquer de nouveau une couche plus épaisse de la pommade, et plus avant dans la nuit, mon collègue, de garde avec moi, parvient à enlever l’épiderme, et applique l’acétate de morphine.

Vers dix heures du soir, l’état de la malade paraît désespéré ; cependant elle conserve son intelligence; elle demande seulement à boire, et boit quelquefois elle-même pendant qu’on la soutient; mais le facies est profondément altéré ; le pourtour de l’orbite offre une coloration violette foncée, bien plus marquée que dans le reste de la face. Les yeux sont entr’ouverts; les pupilles resserrées la respiration lente, parfois suspirieuse; le pouls moins sensible aux carotides, dont on sent cependant les battements en déprimant les muscles sterno-mastoïdiens. Assoupissement; froideur générale; peau un peu humide, Mort à onze heures et demie,

Autopsie cadavérique, dix-huit heures après la mort.

1° HABITUDE EXTÉRIEURE. — Lividité du visage et des membres; yeux excavés, ecchymosés à leur partie inférieure; cornée transparente, sèche, comme flétrie et parcheminée. Le corps est encore chaud; rigidité médiocre.

2° VISCÈRES ABDOMINAUX. — Péritoine sec; la surface extérieure du paquet intestinal est injectée et d’un rouge rose.

L’intestin grêle contient environ un litre d’un liquide blanchâtre, où nagent des flocons nombreux, cequi donne au liquide l’aspect du petit-lait non clarifié.

Le duodénum, injecté et pointillé dans quelques portons, offre généralement une teinte d’un blanc mat, légèrement rosé. La rougeur va en augmentant dans le jéjunum qui, en quelques points, offre une teinte foncée, lie de vin; une matière crémeuse tapisse cet intestin dans une étendue considérable; la rougeur se continue dans, l’iléon, où l’on trouve une quantité notable de matière. muqueuse, filandreuse. Les follicules, soit agminés soit isolés, de l’intestin grêle, ne sont pas sensiblement développés. La membrane muqueuse conserve son épaisseur et sa consistance normales. L’estomac est énormément distendu par un liquide clair, qui paraît être composé de la limonade bue par la malade. Sa membrane interne est rouge, pointillée dans la petite courbure et dans la portion œsophagienne; dans ces régions, on remarque une innombrable quantité de follicules plus développés qu’à l’état normal; la muqueuse se détache par lambeaux assez considérables; au-dessous le tissu sous muqueux participe à l’injection. Vers la grande courbure, cette membrane présente un aspect mamelonné ; on y voit aussi des follicules développés, mais en moins grand nombre que dans les portions indiquées plus haut. Dans la grosse tubérosité, la muqueuse est recouverte d’une couche épaisse de mucus filant, et paraît plus mince et plus molle que dans l’état normal; l’injection y est moins vive que dans la région œsophagienne et de la petite courbure. La région antérieure et supérieure, recouverte d’un mucus assez semblable à l’albumine; mais plus opaque, est le siège d’une injection pointillée assez considérable; la muqueuse est d’une épaisseur normale, ne s’enlève que par petits lambeaux, et n’est sensiblement ramollie que dans quelques points seulement.

Le gros intestin contient une quantité médiocre d’un liquide blanchâtre; la membrane muqueuse est tapissée d’une couche d’un liquide crémeux; elle n’est que faiblement injectée, et son fond offre la teinte d’un blanc mat, déjà indiqué. Du reste, le gros intestin, généralement contracté, présente un grand nombre de rides à l’intérieur. L’appareil folliculaire n’est le siége d’aucune altération notable, et la consistance de la muqueuse est à peu près normale. — La vessie est contractée et contient une cuillerée à café d’un liquide blanchâtre, semblable à de la crème peu épaisse. — Le foie est d’un brun violacé. La vésicule du foie contient une assez grande quantité de bile d’un vert foncé. La rate est ridée, petite. État normal des reins.

3° APPAREILS DE LA CIRCULATION ET DE LA RESPIRATION. Le cœur et les gros vaisseaux sont remplis de sang fluide à demi-coagulé ; le tissu du cœur, sur-tout celui du ventricule droit, est flasque et brun; la membrane in terne n’offre pas de rougeur. Les poumons, adhérents, par suite d’une ancienne pleurésie, sont d’ailleurs parfaitement sains.

4° APPAREIL NERVEUX. Le ganglion sémi-lunaire est d’un gris rougeâtre; sa structure n’est nullement altérée; les nerfs qui en émanent sont tout-à-fait sains. Disséquée avec soin, la huitième paire de nerfs offre partout sa blancheur et sa consistance accoutumées.

OBSERVATION N° 22.

41 ans. — Choléra asphyxique foudroyant. — Mort dix heures environ après l’entrée. — Ouverture, treize heures après la mort. — Liquide blanchâtre, épais, dans l’intestin grêle. — Couche crémeuse. — Injection rosacée de la membrane muqueuse dans toute son étendue. — Éruption abondante de follicules dans le dernier pied de l’iléon. — Rougeur pointillée dans divers points de la muqueuse gastrique, qui est hérissée d’un grand nombre de follicules développés. — Amincissement et ramollissement dans le grand cul-de sac. — Vessie vide et contractée.

Genèvre (Elisabeth), âgée de quarante et un ans, cordonnière, fut apportée, le 5 avril, salle du Rosaire, n° 33. Bien que le choléra dont elle était atteinte ne datât que de la veille, elle était déjà cadavérisée, agonisante. Face bleuâtre; froid glacial des extrémités; point de pouls; yeux ternes, renversés en haut; voix éteinte. On se borne à prescrire de la limonade. La mort arrive à huit heures et demie du soir.

Autopsie cadavérique, treize heures après la mort.

1° HABITUDE EXTÉRIEURE. — Rigidité médiocre des membres. Le cadavre est encore chaud.

2° VISCÈRES ABDOMINAUX. — L’intestin grêle contient, à partir du commencement jusqu’à la fin, un liquide blanchâtre, semblable à de la bouillie très claire. Une couche crémeuse, grisâtre, extrêmement abondante, sur tout vers la fin de l’iléon, tapisse la membrane muqueuse; dans un pied d’étendue environ de cette même fin de l’iléon, existe une éruption abondante des follicules: d’ailleurs, dans toute son étendue, la muqueuse intestinale n’offre qu’une injection rosacée peu intense. Membrane muqueuse de l’estomac, rouge à sa partie antérieure. grisâtre dans le reste de son étendue, si ce n’est vers la petite courbure et la région pylorique, où on observe un pointillé d’un beau rouge, hérissée d’un grand nombre de follicules à la partie postérieure et dans le grand cul-de-sac, où elle est amincie et notablement ramollie. — La vessie est complétement vide et contractée.

Les autres organes n’ont offert rien de notable.

OBSERVATION N° 23.

44 ans. — Choléra asphyxique foudroyant. — Mort vingt heures environ après l’entrée. — Ouverture vingt et une heures après la mort. — Liquide bilieux, verdâtre, dans la portion supérieure de l’intestin grêle. — Liquide brunâtre dans la portion inférieure du même intestin. — Liquide bilieux dans l’estomac. — Injection vive, pointillée, de la membrane muqueuse de la portion supérieure de l’intestin grêle, avec développement des follicules de Brunner, dont deux ou trois sont ulcérés. — Rougeur foncée, lie de vin, de la membrane muqueuse du reste de l’intestin grêle, avec éruption confluente des follicules isolés qui sont ulcérés en grand nombre, ainsi que plusieurs de ceux qui constituent, par leur agglomération, les plaques de Peyer. — Rougeur lie de vin, épaississement de la membrane muqueuse du gros intestin. — Injection et rougeur partielles de la membrane muqueuse gastrique, avec amincissement et ramollissement dans le grand cul-de-sac. — Vessie contractée, contenant environ deux cuillerées d’urine.

Meunier (Marie), âgée de 44 ans, fut apportée à l’hôpital de la Pitié (salle du Rosaire, n° 31), dans la journée du 11 avril. Épuisée par les évacuations cholériques, elle croyait à chaque instant qu’elle allait mourir: elle était froide, violette et sans pouls. Elle prit une petite tasse de café léger qu’elle ne vomit pas, et dans la soirée, on lui cautérisa légèrement la région rachidienne.

12 avril. Le pouls radial est toujours insensible; la malade s’agite et, quoique froide, se découvre sans cesse; la langue est sèche et d’un rouge de sang. (Nouvelle cautérisation de la région rachidienne, solut. sirop de gomme; julep gomm.; catapl. émoll., sur l’abdomen; lavement émollient; diète.) Elle mourut à une heure après midi.

Autopsie cadavérique, vingt-une heures après la mort.

1° VISCÈRES ABDOMINAUX. L’intestin grêle contient, un liquide qui, bilieux, verdâtre, dans la portion supérieure de cet intestin, devient brunâtre dans sa portion inférieure. Une injection pointillée, assez vive, se remarque sur la membrane muqueuse du duodénum. Rougeur violette de la membrane muqueuse du jéjunum, qui est recouverte d’une couche assez épaisse de matière bilieuse. Vers la partie supérieure de l’iléon, existent des follicules développés, parmi lesquels on en distingue quelques-uns (deux ou trois sur-tout) qui sont ulcérés, et dont les bords sont d’un rouge de sang; à partir de cet endroit, la membrane muqueuse prend une teinte lie de vin, et jusqu’à l’extrémité cœcale de l’iléon, les follicules isolés sont confluents et ulcérés; la surface de plusieurs plaques de Peyer est également parsemée de petites ulcérations; toutes les ulcérations sont colorées en vert par la couche bilieuse concrète qui les ta pisse, et qui leur adhère à tel point qu’on ne peut l’enlever par des lavages réitérés; le mélange de cette coloration verdâtre avec la rougeur foncée des bords et de la base des follicules ulcérés, disposé d’une manière assez régulière et pour ainsi dire élégante, donne à la membrane muqueuse une sorte d’aspect fleuri qui frappe les personnes présentes à cette ouverture. — L’intérieur du cœcum est d’un rouge lie de vin, coloration qui se continue, en s’affaiblissant un peu, dans tout le reste du gros intestin. La membrane muqueuse est généralement inégale à sa surface, rugueuse, épaissie et fortement ridée dans plusieurs circonvolutions, molasse dans le cœcum nulle part, elle ne présente d’ulcération bien caractérisée . — L’estomac contient une certaine quantité d’un liquide bilieux; la membrane muqueuse, colorée en jaune par ce liquide, est recouverte d’une couche d’un mucus glaireux, gélatiniforme, fort abondant; d’ailleurs, elle offre une teinte ronge générale, peu foncée, si ce n’est vers le grand cul-de-sac où la rougeur, due à une injection pointillée, est très prononcée et vermeille; généralement peu épaisse, la membrane est fort amincie et ramollie dans la région du grand cul-de-sac; là , elle s’enlève sous forme d’une pulpe molasse; elle est d’une bonne consistance dans la région pylorique. — La vessie, bien que contractée, contient environ deux cuillerées d’urine.

2° APPAREIL NERVEUX. Le ganglion semi-lunaire est parfaitement sain. Disséquée dans tout son trajet, la huitième paire de nerfs ne nous a présenté aucune lésion.

§ III. Quelques reflexions sur les observations de la première catégorie.

Voilà vingt-trois cholériques sur trente-sept qui ont succombé vingt-quatre heures au plus tard après leur entrée; et chez la plupart d’entre eux, la maladie n’avait éclaté que le jour même ou la veille de leur admission à l’hôpital (les autres avaient depuis quelques jours une diarrhée assez légère). Pour qu’il puisse ainsi foudroyer ses victimes, il faut que le choléra-morbus reconnaisse pour cause une influence éminemment délétère. Je le demande, nos vingt-trois malades auraient-ils été précipités au tombeau d’une manière plus impétueuse, s’ils eussent été réellement soumis à l’atteinte de quelque violent poison? Quel est donc l’agent générateur de cette effroyable maladie, et, si l’on ose le dire, de cet empoisonnement cholérique auquel ils ont succombé ? Il faut l’avouer, rien dans les renseignements que nous avons recueillis sur les influences auxquelles nos malades avaient été exposés, ne peut nous donner la solution de ce grave problème. Sans doute, nous pouvons signaler ici l’intervention de certaines circonstances qui ont favorisé l’explosion de la maladie. Ainsi, un bon nombre des individus dont nous avons rapporté l’histoire, habituellement mal nourris, exposés à toutes les injures atmosphériques, n’ont été frappés des accidents cholériques qu’après avoir bu, par exemple une certaine quantité devin ou de liqueurs, telles que cassis, eau-de-vie, absinthe, qu’après avoir commis quelque imprudence de régime; mais combien de fois ces malheureux ne s’étaient-ils pas exposés à de semblables causes, sans éprouver le choléra? Il s’est rencontré , d’ailleurs, un certain nombre de cas dans lesquels le choléra a sévi sur des individus qui ne s’étaient livrés à aucun excès de régime. Ainsi donc, les excès de ce genre doivent bien être mis au premier rang des causes occasionelles ou provocatrices du choléra chez nos malades; mais ils supposent le concours de cette influence épidémique spéciale, qui s’est jusqu’ici opiniatrément dérobée à nos moyens d’investigation.

Laissant de côté le mystère de la génération du choléra dans les cas que nous venons de rapporter, essayons maintenant, 1° de résumer les symptômes qui nous en ont manifesté l’existence, et les altérations anatomiques qu’il a laissées à sa suite; 2° de saisir l’enchaînement, et, pour ainsi dire, la filiation et de ces symptômes et de ces altérations anatomiques.

Deux genres de symptômes ont été observés chez nos malades, et se sont succédé dans l’ordre suivant: d’abord, nous avons vu survenir des évacuations abondantes, multipliées! soit par haut, soit par bas, comme si les viscères digestifs s’étaient en quelque sorte soulevés contre un agent délétère, dont la présence les aurait irrités. Les symptômes de ce premier genre ne nous permettent pas de méconnaître l’existence d’une brusque et vaste irritation de l’appareil sécréteur qui tapisse l’intérieur des voies digestives; ils annoncent un état éminemment actif de cet appareil. Cette sorte d’insurrection des voies digestives contre l’agent inconnu dont elles ont subi l’agression, dépense une prodigieuse somme des puissances qui entretiennent la vie, et de là cet épuisement auquel succombent les malades, épuisement marqué par les symptômes qui nous restent à signaler.

Les symptômes du second genre qui se sont développés chez nos malades, dérivent essentiellement de l’affaiblissement extrême qu’ont éprouvé la circulation, la respiration et les différents actes organiques que ces deux grandes fonctions tiennent sous leur dépendance. A l’atteinte profonde portée aux instruments de la circulation et de la respiration, consécutivement aux évacuations énormes et tumultueuses que nous avons indiquées, se rattachent, en effet, ce refroidissement des extrémités, cette cessation du pouls, cette extinction de la voix, cette coloration violette, livide et bleuâtre, cette prostration des forces, cette décomposition du visage, et pour tout dire en un seul mot, cette cadavérisation anticipée, qui caractérisent, d’une manière si effrayante, le choléra-morbus intense.

La suppression d’urines qui constitue l’un des symptômes les plus remarquables du choléra, provient moins encore, à mon avis, de l’affaiblissement de la circulation que des évacuations cholériques, dont l’effet inévitable est de dépouiller le sang de sa partie aqueuse, c’est-à-dire, d’un des principaux éléments de l’urine; et il ne faut pas oublier que cette sorte de départ de la partie séreuse du sang, en diminuant la fluidité de celui-ci, constitue un obstacle réel et puissant à la circulation.

Nous reviendrons plus loin sur la nature des évacuations cholériques. Contentons-nous pour le moment de noter que l’un des signes du plus funeste présage dans le choléra, consiste en ces évacuations rougeâtres, sanguinolentes qui succèdent aux évacuations blanchâtres.

La filiation que nous venons d’établir entre les symptômes du choléra n’est point conforme, je le sais, à l’opinion d’après laquelle la maladie aurait pour cause primitive, essentielle, une sorte d’arrêt dans la circulation. Mais, outre que la supersécrétion dont le système gastro-intestinal est le siège, est un fait inconciliable avec celui d’un arrêt primitif de la circulation, je dois faire remarquer que chez les malades auxquels s’appliquent spécialement les réflexions précédentes, l’affaiblissement de la circulation ne s’est manifesté que dans l’ordre indiqué plus haut. Au reste, cette vérité, à l’appui de laquelle viendront les faits des catégories suivantes, sera mise dans tout son jour, lorsque nous traiterons du choléra sous un point de vue général. Examinons actuellement les vingt-trois cas déjà racontés, sous le rapport des altérations anatomiques.

Or, ce qui a dû frapper au premier coup d’œil nos lecteurs, c’est que, malgré la rapidité avec laquelle la maladie s’est terminée d’une manière funeste, il n’est aucun cas dans lequel le cadavre ne nous ait offert des altérations plus ou moins profondes. De tous les appareils, celui qui a présenté les plus graves lésions, est, sans contredit, l’appareil digestif. Là, nous avons trouvé une quantité plus ou moins considérable d’un liquide anormalement sécrété, tantôt blanchâtre et floconneux, tantôt rougeâtre et sanguinolent (chez quelques-uns, on a rencontré une quantité variable de bile, tantôt pure, tantôt mêlée au liquide cholérique), et, de plus, à la surface libre de la membrane muqueuse une couche plus ou moins épaisse d’une matière crémeuse, blanchâtre, qu’il ne faut pas confondre avec cette couche de mucus, qui lubrifie les intestins dans l’état parfaitement sain. La présence de ces produits d’une sécrétion anormale, suffirait à elle seule pour démontrer qu’il a existé pendant la vie, dans l’appareil digestif, une lésion quelconque, quand bien même cet appareil lui-même n’offrirait après la mort aucune lésion qui lui fût propre; mais il n’en pas été ainsi dans les cas que nous avons rapportés. En effet, outre l’épaississement général des parois intestinales que nous avons constaté chez un grand nombre de nos malades, nous avons observé constamment une injection et une rougeur plus ou moins foncée dans une étendue ordinairement très considérable de la membrane muqueuse des voies digestives. Chez quelques individus, il existait même une infiltration sanguine, une véritable ecchymose dans certaines régions de cette membrane. Dans quelques cas, la membrane muqueuse du gros intestin offrait des traces irrécusables de gangrène. Une autre lésion, qui, en raison de sa fréquence, doit être considérée comme un des principaux caractères anatomiques du choléra, c’est l’éruption granuleuse, le développement, la tuméfaction des follicules de la membrane muqueuse digestive. Cette éruption est plus ou moins abondante, plus ou moins étendue, selon les cas, mais il est assez rare de rencontrer des sujets chez lesquels elle ait manqué complétement.

Les lésions du tube digestif, ai-je dit, sont incontestablement celles qui occupent le premier rang chez nos malades. Toutefois, il en est quelques autres dont il importe de tenir compte; telles sont les suivantes: la vessie a été trouvée presque constamment vide et contractée, recouverte intérieurement d’une couche crémeuse, analogue à celle des intestins. Une certaine quantité de la même matière existait parfois dans le tissu des reins et dans leur appareil excréteur. Le cœur et les gros vaisseaux contenaient une assez grande quantité d’un sang noirâtre: visqueux, épais et poisseux dans les veines, où il conservait encore sa liquidité ; caillebotté, grumeleux, analogue à une gelée de groseille noirâtre, dans les cavités du cœur. Quant à l’appareil de la circulation lui-même, il n’a présenté, non plus que les appareils de la respiration et de l’innervation, aucune lésion anatomique qui mérite d’être prise en sérieuse considération.

Il résulte de cet aperçu anatomico-pathologique, que les altérations constatées sur les cadavres, concourent, avec les symptômes observés pendant la vie, à démontrer que le point de départ du choléra réside réellement dans l’appareil gastro-intestinal. Et de même que nous avons vu qu’il était impossible de rapporter les symptômes à un état de congestion passive ou de stagnation du sang dans le système digestif, ainsi, parmi les altérations que nous a présentées ce même système, les plus importantes déposent également contre cette hypothèse: telles sont surtout la présence du liquide cholérique, l’éruption des follicules intestinaux, leur ulcération commençante dans certains cas, la véritable gangrène de la membrane muqueuse dans d’autres cas; enfin, dans la plupart des cas, la rougeur et l’injection de la membrane muqueuse ne pouvaient s’expliquer par une simple stase du sang, comme nous espérons le démontrer lorsque, dans l’histoire générale du choléra, nous nous occuperons, d’une manière approfondie, de l’appréciation. des altérations anatomiques.

Nous ne dirons rien des moyens thérapeutiques. mis en usage dans les cas jusqu’ici exposés. Que pouvait-on attendre des ressources de la médecine, chez des individus qui nous étaient apportés dans un état d’agonie déjà bien déclarée, ou du moins imminente? Ajoutons que la cause productrice du choléra avait sévi chez nos malades avec une intensité comparable à celle d’un poison énergique, et que, dans l’état d’ignorance où nous étions et où nous sommes malheureusement encore sur la nature de cette cause, et partant sur les moyens qui pourraient la neutraliser, nous nous trouvions dans cet embarras thérapeutique où serait un toxicologiste qui aurait à combattre les graves accidents d’un poison sur la nature duquel il ne posséderait aucune notion.

Mais il est temps de passer aux observations qui font le sujet de notre seconde catégorie.

Deuxième Catégorie, comprenant les cas dans lesquels la mort n’est survenue que plus de vingt-quatre heures après l’entrée des malades, sans apparition des symptômes dits typhoïdes ou de réaction encéphalique.

Table des matières

§ Ier. Hommes.

OBSERVATION N° 24.

58 ans. — Choléra asphyxique, point de réaction. — Mort trente-six heures environ après l’entrée. — Ouverture huit heures après la mort. — Liquide blanc, crémeux, dans la portion supérieure de l’intestin grêle; liquide sanguinolent dans sa portion inférieure. — Couche crémeuse à la surface intestinale. — Liquide sanguinolent dans le gros intestin. — Liquide floconneux, exhalant une odeur de lait tourné, dans l’estomac. — Rougeur hortensia un peu foncée, pointillée ou capilliforme, à la partie supérieure de l’intestin grêle, cette rougeur se fonce en avançant vers la fin de l’intestin, où l’on trouve aussi une sorte d’imbibition rouge, due à la présence du liquide sanguinolent. — Rougeur rosacée ou lie de vin du gros intestin. — Éruption des glandes de Brunner dans le dernier pied de l’intestin grêle et dans tons le gros intestin; parmi celles qui occupent la première portion du gros intestin, il en est qui ont subi un commencement d’ulcération. — Rougeur d’une teinte d’ocre et injection de la muqueuse gastrique. — Vessie vide.

Donay, âgé de cinquante-huit ans, couverturier, demeurant rue Mouffetard, entre le 13 avril, à l’hôpital de la Pitié ( service des cholériques, salle Saint-Athanase, n° 41). Le 9, après avoir bu trois chopines de vin, il a été pris de dévoiement.

Le 14, à la visite du matin, le dévoiement continue, accompagné de coliques; pas de vomissement; crampes; ( elles ne se sont manifestées qu’à dater d’aujourd’hui); voix faible, rauque; visage violet, froid ( le bout du ne sur-tout et les lèvres); langue froide et livide, soif continuelle; ventre douloureux; bruit humorique à la percussion de cette cavité ; suppression des urines; absence du pouls radial.

Prescription: Trente sangsues sur l’abdomen; lim. cit. gom. à la glace, 4 pots; lav. guim. amid.; catap. sur le ventre; diète.

Plusieurs selles dans la journée ( les matières contenues dans le bassin sont liquides, troubles, d’un rouge briqueté, sanguinolentes ). Pour ranimer un peu le malade, on lui donne une tasse d’inf. de café , et on cautérise la région rachidienne. Il meurt à onze heures du soir.

Autopsie cadavérique, huit heures après la mort.

10 HABITUDE EXTÉRIEURE. Teinte violette du visage, des parties génitales et des membres inférieurs. Rigidité cadavérique considérable. La chaleur n’est cependant pas entièrement dissipée, et les veines principales des membres sont distendues par du sang, de telle sorte qu’on peut les disséquer comme si elles eussent été injectées; en les piquant, le sang s’écoule noir et poisseux.

2° VISCÈRES ABDOMINAUX. Il existe environ un verre d’un liquide crêmeux, blanc, dans la partie supérieure de l’intestin grêle. Dans la partie inférieure, même quantité d’un liquide rouge, briqueté, sanguinolent. Une couche de matière crémeuse, blanchâtre, assez épaisse, tapisse toute l’étendue de la membrane muqueuse, même dans les points où existait le liquide briqueté. Injection et teinte hortensia un peu foncée du duodénum et du commencement du jéjunum. Sur ce fond, se dessine par intervalles, une injection pointillée avec une rougeur qui devient plus intense en avançant vers la partie inférieure de l’intestin, où la couleur de la membrane muqueuse est à peu près celle du liquide briqueté, contenue dans cette partie de l’intestin. Toutefois, dans plusieurs circonvolutions, on observe une rougeur plus vive, due évidemment à l’injection capilliforme ou pointillée. Sur la fin de l’iléon, dans l’étendue d’un pied, environ, les glandes de Brunner sont plus développées que dans l’état normal. Les plus volumineuses occupent le dernier pouce de cet intestin. Elles ont la grosseur d’un gros grain de millet ou un peu plus. La membrane muqueuse adhère assez intimement au tissu cellulaire sous-jacent, et paraît un peu ramollie dans quelques points seulement. Son épaisseur est en général peu considérable. Le gros intestin contient un verre environ d’un liquide rougeâtre, semblable à celui de la fin de l’intestin grêle. Développement des follicules du cœcum et du reste du gros intestin: ils sont toutefois beaucoup plus nombreux dans la première moitié de cet intestin que dans la seconde. Quelques-uns, dans la première portion, ont éprouvé un commençement d’ulcération, et ressemblent à des aphtes naissants. Dans toute son étendue, la membrane muqueuse offre une teinte rosacée, si ce n’est dans le colon descendant et le rectum, où l’on trouve de longues bandes d’une rougeur lie de vin. La membrane muqueuse adhère intimement au tissu cellulaire sous-jacent, et offre une épaisseur et une consistance à peu près normales. L’estomac contient un liquide, où nagent des flocons de mucus et de matière verte, de la bile, exhalant une odeur marquée d’acidité, semblable à celle du lait qui s’aigrit: cet organe offre une capacité considérable. La membrane muqueuse offre une rougeur d’ocre et un aspect mamelonné : en plusieurs points, on voit une injection qui occupe les plus petits vaisseaux. La consistance et l’épaisseur de la membrane sont à peu près normales. Injection du tissu cellulalaire sous-muqueux. — Vessie contractée, ne contenant pas d’urine. Il s’écoule des mamelons, des reins, lorsqu’on les comprime, un liquide trouble. — Rate petite. — Foie brun, de consistance normale. Bile verte dans la vésicule du foie: la membrane interne de cette vésicule n’offre pas d’injection rouge.

3° APPAREIL NERVEUX. Il s’écoule une certaine quantité de sérosité lorsqu’on ouvre la cavité de l’arachnoïde. La substance du cerveau est d’une bonne consistance; elle est pointillée de sang, et ce liquide sort par gouttes à chaque section. La substance grise, d’une teinte foncée, un peu rougeâtre, tranche sur la substance blanche. Les ventricules latéraux contiennent environ chacun une demi-cuillerée de sérosité limpide. Les plexus choroïdes sont injectés et infiltrés. L’injection du cerveau est d’autant plus prononcée qu’on s’approche plus de la base. La substance cérébrale offre même là une légère teinte violacée. Les artères cérébrales ne présentent pas d’altération calcaire. — Le cervelet est mou. Il offre aussi dans son intérieur la teinte légèrement violacée du cerveau. La moelle alongée a une bonne consistance: il en est de même de la protubérance; pas de sérosité à la base du cerveau.

Coloration violacée du ganglion semi-lunaire, soit à l’extérieur, soit à l’intérieur: ce ganglion est d’ailleurs d’une bonne consistance.

OBSERVATION N° 25.

49 ans. — Choléra asphyxique. — Point de réaction. — Mort trente-sept heures après l’entrée. — Ouverture neuf heures après la mort. — Un verre de sérosité sanguinolente dans le péritoine. — Un litre d’un liquide également sanguinolent dans l’intestin grêle. — Teinte d’un rouge-chocolat de la membrane muqueuse du jéjunum et du commencement de l’iléon. — Rougeur lie de vin de la muqueuse de la portion inférieure de ce dernier intestin: tout-à-fait à la fin de l’iléon, la muqueuse est livide, verdâtre, et exhale une odeur de gangrène (des gaz fétides existaient dans les intestins, en même temps que le liquide sanguinolent. ) — La membrane muqueuse du gros intestin offre également une teinte lie de vie, livide ou verdâtre, et exhale une odeur de gangrène. — Liquide rougeâtre dans l’estomac. — La muqueuse gastrique est d’une rougeur générale qui se fonce vers le grand cul-de-sac. — Eruption de follicules dans ce même cul-de-sac, dans plusieurs pieds de la partie inférieure de l’iléon, et dans une grande étendue du gros intestin. — Vessie vide.

Gasbois, âgé de quarante-neuf ans, couvreur, usant habituellement d’une assez mauvaise nourriture, buvant un peu d’eau-de-vie, fut placé le 6 avril, à onze heures du matin, dans le service des cholériques (salle Saint-Athanase, n° 44). Pendant quatre à cinq jours, cet homme avait eu du dévoiement. La veille de son entrée, ce dévoiement avait presque entièrement cessé ; mais il reparut accompagné de coliques, dans la matinée du 6; quelquefois il se manifesta des envies d’aller à la selle, sans que le malade pût rien rendre; il éprouva aussi quelques défaillances.

Symptômes au moment de l’entrée. Le menton et les lèvres sont les seules parties du visage qui offrent une teinte-violacée; les extrémités sont froides; crampes dans les mollets et dans les bras; pouls très peu sensible; un peu de céphalalgie; quelques bourdonnements dans les oreilles; intelligence saine; voix peu affaiblie; langue un peu rouge sur les bords; soif vive; nausées; coliques assez violentes. (Avant son arrivée, le malade avait pris une tasse de lait, et quelque temps avant d’être interrogé et examiné, il avait eu des vomissements d’une matière blanchâtre, grumeleuse. )

Prescription. Une petite tasse de café léger (bis); limonad. citr. à la glace; frictions; lavem. émoll.; diète. .

7, crampes un peu moins fortes; visage, langue et mains livides; pouls insensible; coliques. (Vingt sangsues sur le ventre; on continue le café et la limonade; on accorde au malade une bouteille de bierre qu’il demande instamment pour boisson; catapl. laudan. sur le ventre; diète.) A la visite du soir, son état était désespéré. (Cautérisation rachidienne. ) Mort à minuit.

Autopsie cadavérique, neuf heures après la mort.

1° HABITUDE EXTÉRIEURE. Rigidité médiocre. Teinte d’un beau violet de la face, du pénis et des extrémités inférieures.

2° VISCÈRES ABDOMINAUX. Environ un verre de sérosité sanguinolente dans la cavité du péritoine . Intestin grêle rouge à l’extérieur. Toutes les circonvolutions sont distendues par un mélange de gaz et de liquide; environ un litre d’un liquide rouge, sanguinolent dans l’intestin grêle. Pas de rougeur de la muqueuse du duodénum. Teinte d’un rouge-chocolat de la muqueuse du jéjunum, ainsi que du commencement de l’iléon. Cette rougeur se fonce et devient lie de vin dans la portion inférieure de l’iléon, où l’on rencontre, dans l’étendue de plusieurs pieds, une éruption, considérable de follicules. Tout-à-fait à la fin de l’iléon, la membrane muqueuse est livide, verdâtre, et exhale une odeur de gangrène; elle y est mollasse et pulpeuse; quelques plaques de Peyer sont développées, en même temps que les cryptes isolés. Les glandes mésentériques n’offrent rien de notable. — La muqueuse de l’estomac, en contact avec une petite quantité d’un liquide rougeâtre, est elle-même d’un rouge brunâtre dans toute son étendue, plus foncé cependant vers la grande courbure; elle est recouverte d’une couche muqueuse et parsemée de follicules développés dans la région du grand cul-de-sac, avec pointillé de cette même région. — Le cœcum et le reste du gros intestin, dans presque toute son étendue, offrent à l’intérieur la teinte lie de vin, livide ou verdâtre de l’iléon. Leur membrane muqueuse exhale la même odeur de gangrène, et dans plusieurs points, elle est parsemée de follicules d’nu volume très considérable; elle est mollasse et se déchire avec une extrême facilité. — Vessie vide et contractée.

Les autres organes, comme chez les précédents sujets.

OBSERVATION N° 26.

60 ans. — Choléra semi-asphyxique. — Point de réaction. — Mort le troisième jour après l’entrée. — Ouverture neuf heures après la mort. — Dans le commencement de l’intestin grêle, liquide épais comme de la bouillie, jaune, verdâtre, devenant clair et floconneux dans les trois quarts inférieurs de l’intestin indiqué. — Une certaine quantité de matière fécale dans le gros intestin, liquide au commencement, à demi-solide et décolorée à la fin. — Un verre de bile environ dans l’estomac. — Plaques rouges ou rougeur uniforme, de nuances variées, dans une grande étendue de la membrane muqueuse intestinale. — Rougeur pointillée ou uniforme, d’une nuance très vive, dans divers points de la muqueuse gastrique. — Éruption d’un grand nombre de follicules vers la fin de l’iléon, où la muqueuse est livide et ramollie. — Vessie vide.

Favry (Martin), âgé de soixante ans, journalier, demeurant rue Copeau, est entré le 13 avril, salle Saint-Athanase, n° 40. Il éprouva les premiers symptômes du choléra le 10 avril, vers les huit ou neuf heures du matin, lorsqu’il se disposait à prendre pour un sou d’eau-de-vie; il éprouva d’abord un léger mal aise; bientôt les déjections alvines et les vomissements se manifestèrent; des crampes se firent ressentir dès le second jour après l’invasion. ( On lui a donné des lavements de guimauve et de pavot, et quelques cataplasmes ont été appliqués sur l’abdomen. )

13 avril au soir, les crampes, les selles, les vomissements persistent; le malade n’urine point; les mains sont violettes; la voix est très faible; le pouls cependant est encore assez développé et fréquent; le ventre n’est point sensible à la présion ( frict., réchauff., limon., lavem. ).

14 Hoquets; pas de vomissements; percussion de la région épigastrique très sonore et douloureuse; langue rouge, sèche et râpeuse; soif ardente; voix tout-à-fait cholérique.

Prescription. Vingt-quatre sangsues sur l’épigastre; catapl.; limon. gomm. à la glace; demi-lavem. émoll.; diète.

15, mort à une heure du matin.

Autopsie cadavérique, neuf heures après la mort.

1° HABITUDE EXTÉRIEURE. Teinte du cadavre naturelle, excepté aux extrémités où elle est violacée; raideur cadavérique médiocre.

2° VISCÈRES ABDOMINAUX. Le duodénum et le commencement de l’intestin grêle contiennent une bouillie jaune, verdâtre, qui devient claire et floconneuse dans les trois derniers quarts de l’intestin grêle. La quantité totale de cette matière peut être évaluée à deux verres. La membrane muqueuse du duodénum offre des plaques injectées d’un rouge-brique foncé. Celle du reste de l’intestin grêle, dans sa première partie, est colorée en jaune par la bile; mais plus loin, on trouve seulement des plaques rouges et généralement une teinte violacée. Cette teinte est uniforme dans toute l’étendue de l’intestin; elle devient seulement plus foncée vers son extrémité où elle est d’une couleur lie de vin ou tout-à-fait livide; dans ce même point on voit un grand nombre de follicules développés, ayant la grosseur d’une tête d’épingle, avec un peu de ramollissement de la muqueuse. Partout, l’injection des vaisseaux sous-muqueux est très apparente. — Le gros intestin contient une certaine quantité de matières fécales, de la consistance d’une bouillie dans le commencement, et plus solides vers la fin où elles sont décolorées. Le cœcum est d’une teinte gris sale. Le colon offre la même teinte dans sa première moitié ; sa seconde moitié et sur-tout son quart inférieur offrent une teinte rouge-violette très prononcée, avec injection très fine des vaisseaux capillaires et léger ramollissement de quelques portions de la membrane muqueuse. — L’estomac contient environ un verre d’une bile épaisse, jaune verdâtre. La membrane muqueuse de cet organe offre un pointillié très considérable, d’un rouge vif dans toute l’étendue du grand cul-de-sac. Les autres régions offrent une teinte d’un rouge moins vif, plus uniforme, et nuancé, dans quelques points, par la teinte verte de la bile. La membrane muqueuse est partout ramollie, mais sur-tout dans les points les plus injectés. L’injection des vaisseaux sous-muqueux est très prononcée. Aspect mamelonné vers le pylore. Injection très marquée du tissu cellulaire sous-muqueux. — La vessie contractée, ne contient pas d’urine. — La vésicule du foie est pleine de bile très liquide d’un vert foncé ; le foie est d’une couleur brune. — Rate molle.

3° APPAREILS DE LA RESPIRATION ET DE LA CIRCULATION. Les poumons, libres de toute adhérence, sont parfaitement crépitants; cœur et gros vaisseaux gorgés de sang noir.

4° APPAREIL NERVEUX. Épanchement de sérosité dans la cavité de l’arachnoïde; la pie mère est infiltrée du même liquide, principalement à la partie inférieure. La substance grise est un peu décolorée, de bonne consistance, ainsi que la blanche. Les ventricules contiennent une médiocre quantité de sérosité. Le cervelet est d’une consistance un peu molle; bulbe rachidien ferme.

Le ganglion semi-lunaire, d’une couleur grisâtre, est parfaitement sain.

OBSERVATION N° 27.

77 ans. — Choléra asphyxique. — Point de réaction. — Mort. le troisième jour après l’entrée. — Ouverture dix-neuf heures après la mort. — Bile mêlée de sang dans l’intestin grêle. — Matière sanguinolente très épaisse dans le gros intestin. — Dans les cinq sixièmes supérieurs de l’intestin grêle, la membrane muqueuse est fortement colorée par la bile — Injection pointillée au-delà de cette partie, et sorte d’imbibition dans les deux derniers pieds de l’iléon. — Muqueuse du gros intestin, d’un rouge livide, très fétide, tout-à-fait putrilagineuse et gangrenée dans le cœcum et le commencement du colon. — Muqueuse gastrique colorée par la bile, d’un rouge sombre ou clair selon les points. — Éruption des follicules de Brunner, dans le cinquième inférieur de l’intestin grêle. — Une petite quantité d’urine dans la vessie.

Fremont, âgé de soixante-dix-sept ans, coleur, offrait cette forme de choléra que l’on a désigné sous le nom de choléra algide, choléra bleu, lorsqu’il fut apporté à l’hôpital de la Pitié (Salle Saint-Athanase, no 43), le 6 avril, à dix heures et demie du matin.

Une forme si grave, et l’âge très avancé du sujet, ne nous permettaient pas la moindre espérance.

PRESCRIPTION: limon. à la glace; une petite tasse d’infusion de café, matin et soir; lavem. guim. et pavot; diète; frictions et réchauffement.

7, pouls très petit, mains froides, voix à demi-éteinte; le liquide rendu par les selles est d’une couleur rougeâtre, briqueté, sanguinolent, fétide; l’affaissement est extrême. (Eau de riz avec extrait de ratanhia 3ϐ ; quart de lavement avec chlorure de chaux 3ϐ ; catapl. laudan.; continuation du café et des frictions. )

8, à la visite du matin. Son état est voisin de l’agonie. (Cautérisation de la colonne vertébrale avec un fer à repasser promené sur une bande de flanelle imbibée d’un mélange d’huile essentielle de térébenthine et d’ammoniaque.) Mort le même jour à une heure trois-quarts après midi.

Autopsie cadavérique, dix-neuf heures après la mort.

1° VISCÈRES ABDOMINAUX. L’intestin grêle contient une assez grande quantité d’une bile épaisse, mêlée à une certaine quantité de sang; les cinq sixièmes supérieurs de cet intestin sont fortement teints par la bile, si ce n’est le commencement du duodénum; vers le cinquième inférieur, commence une injection pointillée avec développement de follicules, tout-à-fait à l’extrémité de l’iléon; là, dans deux pieds environ d’étendue, la muqueuse est comme teinte par le liquide avec lequel elle est en contact. — Gros intestin rempli d’une matière sanguinolente très épaisse; membrane muqueuse, dans toute son étendue, d’un rouge livide, très fétide, et tout-à-fait putrilagineuse dans le cœcum et le commencement du colon, exhalant une odeur de gangrène ou de putréfaction très marquée. — Membrane muqueuse de l’estomac fortement ridée, colorée par la bile, d’un rouge sombre dans la portion intermédiaire au pylore et au grand cul-de-sac; d’un rouge léger dans ces deux dernières portions. — La vessie contient une petite quantité d’urine.

2° APPAREIL NERVEUX. — Ganglion semi-lunaire d’un violet foncé à l’extérieur et à l’intérieur, injecté et pointillé de sang, d’une bonne consistance d’ailleurs; teinte violacée des deux ganglions cervicaux supérieurs .

Les autres organes comme chez les précédents sujets.

OBSERVATION N° 28.

51 ans. — Choléra asphyxique. — Réaction incomplète. — Mort le cinquième jour après l’entrée. — Ouverture cinq heures après la mort. — Matière bilieuse en abondance dans l’intestin grêle. — Matière analogue à de la purée dans le commencement du gros intestin. — Véritable matière fécale, un peu claire, à la fin de cet intestin. — Rougeur de la membrane muqueuse intestinale, lie de vin vers la fin du duodénum et le commencement du jéjunum, hortensia plus loin. — Blancheur ou légère teinte lilas de la muqueuse du gros intestin. — Bile liquide, floconneuse, dans l’estomac, qui, vers la région du grand cul-de-sac, est admirablement injectée, et d’un beau rouge vermeil. — Eruption confluente des follicules de Brunner, dans l’étendue de plusieurs pieds de la portion inférieure de l’intestin grêle. — Vessie vide.

Godet ( Pierre), âgé de cinquante-un ans, tailleur, demeurant rue de la Mortellerie, n°123, est apporté le 7 avril, à cinq heures du soir, dans le service des cholériques, et placé au n° 46 de la salle Saint-Athanase. Il n’a été pris que ce matin même, après déjeûner, des acci dents cholériques (selles, vomissements, crampes), et il est pour ainsi dire déjà cadavérisé. Pouls très petit; langue froide; soif vive; vomissements verdâtres et selles très abondantes; sueur froide, visqueuse, épaisse; crampes; voix pas très altérée. ( Trente sangsues à l’épigastre et le long des fausses côtes; après avoir frictionné et réchauffé le malade, cataplasme; lavem. avec guim. et pavot; diète.)

8, froid des extrémités; pouls insensible; persistance des crampes et autres symptômes. ( Cautériser la région rachidienne; café ; le reste ut suprà ). Nous craignons une mort prochaine.

9, le pouls est revenu, quoique très faible; le malade dit avoir uriné ; un seul vomissement; plusieurs selles liquides. Cette sorte de ranimation ne nous rassure pas complétement.

10, à peu près comme hier; un peu de sommeil ( ut suprà).

11, Mort à cinq heures du matin.

Autopsie cadavérique, cinq heures après la mort.

1°VISCÈRES ABDOMINAUX. — L’intestin grêle contient une grande quantité d’une matière bilieuse, jaunâtre ou légèrement verdâtre, de consistance d’une bouillie un peu claire. La fin du duodénum offre une rougeur lie de vin qui se continue en s’affaiblissant un peu dans la partie supérieure de l’intestin grêle, où elle prend une couleur hortensia. Dans l’étendue de plusieurs pieds, l’iléon présente une éruption confluente des follicules de Brunner, lesquels ont un volume intermédiaire entre celui d’un grain de millet et celui d’un grain de chenevis; ils sont, pour la plupart, d’an blanc grisâtre; quelques uns cependant, dans l’étendue de quatre à cinq pouces, sont d’un rouge vif ( il est bon de noter que partout la rougeur était bien le résultat d’une injection et non d’une imbibition, puisque nulle part la membrane n’était en contact avec un liquide rouge). — Gros intestin distendu en partie par des gaz et en partie par un liquide semblable à de la purée; vers la fin de l’intestin, on trouve une veritable matière fécale un peu claire. Membrane muqueuse du cœcum, du commencement et de l’arc du colon, partout blanche, excepté en quelques points où elle est un peu lilas. Rougeur lilas du colon descendant, puis retour de la blancheur dans la fin de cet intestin et dans le rectum. — Estomac peu volumineux, contracté, contenant une certaine quantité de bile liquide, mêlée de flocons; une couche de mucosité teinte en jaune par la bile adhère à la muqueuse gastrique, qui, dans toute la portion du grand cul-de-sac, est d’un beau rouge vermeil et admirablement injectée. La rougeur s’affaiblit vers la région pylorique et disparaît même complétement dans une portion de cette région. La muqueuse, un peu molle dans la région du grand cul-de-sac, où elle est plutôt épaissie qu’amincie, offre sa consistance et son épaisseur normale dans le reste de son étendue. — Vessie fortement contractée sur ellé-même et vide.

Les autres organes, comme chez les sujets précédents.

§ II. Femmes.

OBSERVATION N° 29.

64 ans. — Choléra asphyxique. — Point de réaction. — Mort trente-sept heures après l’entrée. — Liquide trouble, blanchâtre, dans les cinq sixièmes supérieurs de l’intestin grêle. — Liquide rouge lie de vin dans le sixième inférieur de cet intestin. — Couche crémeuse. — Injection générale de la membrane muqueuse de l’intestin indiqué. — Rougeur vive et pointillée dans ses trois cinquièmes supérieurs, s’affaiblissant ensuite, puis devenant plus foncée là où existait le liquide sanguinolent. — Rougeur intense et ecchymoses de la membrane muqueuse du commencement du gros intestin. — Teinte grisâtre ou vineuse de la muqueuse du reste de cet intestin. — Rougeur foncée, avec injection pointillée de toute l’étendue de la membrane muqueuse gastrique. — Eruption varioliforme des follicules de Brunner, dans les dernières circonvolutions de l’iléon, dans le cœcum et dans tout le reste du gros intestin. — Une certaine quantité de liquide trouble dans la vessie.

Prévost (Marie), brodeuse, âgée de soixante-quatre ans, demeurant rue du Mûrier, no 5, est entrée, le 4 avril à midi et demi, à l’hôpital de la Pitié (salle du Rosaire, n° 31). Elle dit n’être malade que depuis hier, à huit heures du soir, qu’elle fut prise de frissons, de coliques, de dévoiement, de vomissements et de crampes. Au moment de son arrivée, les coliques étaient calmées; la face offrait une couleur bleuâtre; un froid glacial existait aux mains et aux pieds; les mollets étaient le siège de crampes douloureuses, et le pouls radial se sentait à peine.

Prescription: frictions; lavem. laud.; vésic. ammon. à l’hypogastre, saupoudré d’un demi-grain d’acétate de morphine (on a eu beaucoup de peine à produire la vésication ).

5 avril, à neuf heures du matin. Les coliques ont cessé ; mais le dévoiement et les vomissements persistent ainsi que les crampes dans les jambes ( ces crampes sont toutefois moins fortes ), peau d’une assez bonne chaleur; pouls faible, sans fréquence, langue sèche, râpeuse, soif très vive ( lim. cit. gom.; julep. avec 15 goutt. de laud.; demi-grain d’acétate de morphine sur le vésicatoire; lav. émoll.).

Le 5 au soir. Assoupissement et continuation des autres symptômes ( deux vésic. camph. aux jambes ). La mort arriva à une heure et demie du matin. Les vésicatoires n’ont pas pris.

Autopsie cadavérique, huit heures après la mort.

1° VISCÈRES ABDOMINAUX. — L’intestin grêle contient dans ses cinq sixièmes supérieurs un liquide trouble, blanchâtre, en petite quantité, et dans le sixième inférieur un liquide rouge lie de vin. Cet intestin est injecté dans toute son étendue; injection est vive et pointillée dans les trois cinquièmes supérieurs; puis elle s’affaiblit pour revenir plus foncée dans la portion de l’iléon où existait la matière rouge: là, les follicules de Brunner forment une espèce d’éruption varioliforme. Une couche crémeuse tapisse la surface interne de l’intestin, comme chez les précédents malades. — Il existe une éruption folliculeuse dans le cœcum. Rougeur intense et ecchymoses du commencement du colon; teinte grisâtre ou vineuse, avec éruption folliculeuse dans tout le reste de l’intestin (une grande quantité de graisse dans le mésentère). — La membrane muqueuse de l’estomac est d’une teinte vineuse, avec injection pointillée dans toute son étendue; la rougeur est plus foncée cependant dans la région pylorique et dans une portion du grand cul-de-sac. Un examen attentif démontre que la rougeur est bien l’effet de l’injection des petits capillaires de la membrane muqueuse. Dans quelques points seulement, cette rougeur est due à l’infiltration sous-muqueuse du tissu même de cette membrane. Ramollissement et amincissement de la portion qui tapisse la grosse tubérosité. — Vésicule du foie très volumineuse, contenant une vingtaine de calculs noirâtres ou jaunâtres dont le plus volumineux est de la grosseur d’une noix. — La vessie contient une certaine quantité de liquide trouble.

OBSERVATION N° 30.

53 ans. — Choléra asphyxique. — Point de réaction. — Mort quarante-deux heures après l’entrée. — Ouverture six heures après la mort. — Bile verdâtre dans l’estomac et le duodénum. — Dans l’intestin grêle, liquide jaunâtre ou de couleur d’ocre, très épais, au milieu duquel existe un ténia vivant. — Liquide fétide, très épais, couleur chocolat, mêlé d’un peu de matière fécale solide, dans le gros intestin. — Rougeur pointillée, tirant sur le lilas, dans toute l’étendue de la muqueuse gastrique et duodénale — Rougeur vive et pointillée de la muqueuse du jéjunum. — Rougeur un peu plus foncée de celle de l’iléon. — Rougeur lie de vin ou teinte livide de toute l’étendue de la membrane muqueuse du gros intestin, avec ecchymoses: odeur de gangrène dans les points qu’occupe la teinte livide. — Léger développement des glandes de Brunner, dans une petite étendue de l’iléon. — Vessie vide.

Biche (Marie), âgée de cinquante-trois ans, couturière, demeurant rue du Paon, no 5, fut apportée, le 6 avril, à neuf heures et demie du matin, à la Pitié ( salle du Rosaire, n° 36). La veille, à deux heures, elle mangea des radis et du beurre, soupa avec du salé et de l’eau. A onze heures du soir, elle fut prise de dévoiement et de vomissements. Des crampes se manifestèrent un peu plus tard,

A son entrée, crampes dans les extrémités; dévoiement continuel; froid de la face et des extrémités; soif vive.

Prescription: Frictions; réchauffement; limonade à la glace; la vem. guim. et pav.; une tasse de café ; diète.

Le soir, le pouls est petit, filiforme, très fréquent (136 pulsations par minute). (Nouvelle tasse de café.)

7, au matin. Extrémités froides, violettes; pas de pouls; crampes douloureuses; elle dit avoir vomi le café deux heures après l’avoir pris. (Nouvelle tasse de café ; catapl. laud.; lavement avec une demi-once de poudre de quinquina. )

A six heures, la malade se plaint de ne pas uriner; le visage est froid et plombé ; elle ne peut plus se soutenir; tout annonce une fin prochaine. (Nouvelle tasse de café.)

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Yaş sınırı:
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Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
499 s. 32 illüstrasyon
ISBN:
4064066336400
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
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