Kitabı oku: «Le temple des muses»
Jean Capart
Le temple des muses

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066305048
Table des matières
LES MUSÉES SOUS LA DIRECTION D’EUGÈNE VAN OVERLOOP ()
LE DÉVELOPPEMENT DES MUSÉES
I
II
III
IV
V
VI
APERÇU HISTORIQUE SUR LES MUSÉES
LES MUSÉES EN 1930
L’INAUGURATION DE LA GALERIE ALBERT-ÉLISABETH, DÉCEMBRE 1930
LE RÔLE SOCIAL DES MUSÉES
UN ESSAI DE COMMUNISME
APPELS AU PUBLIC ()
LA RÉORGANISATION DES MUSÉES ROYAUX D’ART ET D’HISTOIRE ()
APPENDICES
La Conquête des Dix Mille .
L’utilité des Musées Royaux d’Art et d’Histoire () .
BIBLIOGRAPHIE
BUT ET ACTIVITÉ DU SERVICE ÉDUCATIF DES MUSÉES ROYAUX D’ART ET D’HISTOIRE

LES MUSÉES SOUS LA DIRECTION D’EUGÈNE VAN OVERLOOP ()
Table des matières
MES premières paroles seront un chaleureux merci à toutes les personnes dont les généreuses contributions nous permettent de commémorer, dans ce musée, la mémoire d’Eugène van Overloop.
Les visiteurs de notre admirable section d’Industries d’Art pourraient difficilement se faire une idée de l’état chaotique des Musées Royaux du Cinquantenaire, au moment où le Ministre De Bruyn en confiait la direction à l’homme dont j’ai le privilège de rappeler aujourd’hui les mérites. La transformation s’est faite lentement, presqu’en cachette, et seuls ceux qui en ont suivi attentivement les étapes sont à même de mesurer avec exactitude tout le chemin parcouru.
J’ai recueilli des lèvres du prédécesseur de van Overloop une anecdote bien caractéristique: le jour où le Ministre appelait le baron de Hauleville à la direction des Musées Royaux du Cinquantenaire, il répondait aux remerciements que lui adressait le nouveau Conservateur en Chef, par ces mots qui étaient un programme: «Maintenant que je vous ai fait une situation, j’espère que vous ne me demanderez plus rien.» C’est ce qui explique qu’au moment où van Overloop entrait en fonctions en 1898, au lendemain de l’exposition de 1897, dont il avait organisé, avec un succès retentissant, la section des Sciences, il avait tout à demander, tout à obtenir.
Qui pourra jamais dire, par quel miracle d’habileté patiente et de sage diplomatie, il réussit à transformer l’état des esprits dans les milieux officiels, au point de pouvoir franchir nettement les premières étapes qui devaient être les plus difficiles?
Pour conserver des antiquités, pièces rares ou curieuses, dignes d’éveiller, à l’occasion, l’attention des badauds, il semblait alors qu’un seul homme pût suffire à la tâche, quitte à lui supposer une égale compétence en archéologie préhistorique, en art classique, autant qu’en histoire de l’art de la Renaissance et des temps modernes. Van Overloop, qui considéra, dès le début, le musée comme un centre de recherches et de documentation scientifiques, se consacra, sans tarder, à la constitution d’un cadre de personnel technique. Il dut et sut, à merveille, pratiquer la politique du possible, acceptant de partager entre plusieurs conservateurs et attachés les sommes dérisoires que le budget mettait à sa disposition. Dès qu’il avait réussi à attacher à sa maison un nouveau collaborateur, il lui montrait si clairement l’idéal à réaliser, qu’il n’eut presque jamais de défection parmi ceux auxquels il avait confié l’un ou l’autre département.
EUGÈNE VAN OVERLOOP
Conservateur en Chef de 1898 à 1925.

En ce qui me concerne, j’ai connu la section préhistorique limitée à quelques vitrines, occupant approximativement quarante mètres carrés. A l’heure actuelle, notre collection de la Belgique Ancienne fait l’admiration de tous les connaisseurs. Ses richesses ont été patiemment réunies par les soins du baron de Loë qui trouva dans la générosité du comte Cavens, d’une part, et dans le Service des Fouilles, d’autre part, les ressources indispensables à la réalisation d’une œuvre que van Overloop suivit pas à pas, avec une sympathie aussi active que compétente.
Rappelons ses publications sur la préhistoire, auxquelles se rattache son important mémoire sur l’hydrographie de l’Escaut et ses études philosophiques sur l’origine de l’art.
Le département des Antiquités Classiques s’est transformé de collection d’amateur en un véritable musée, grâce aux efforts conjugués de Franz Cumont et de Jean De Mot, auxquels le Conservateur en Chef s’ingéniait à procurer les ressources indispensables. Je me bornerai à citer l’achat mémorable de la collection Mystho et des pièces capitales de la collection Somzée.
Nos Industries d’Art possédaient, grâce à la libéralité de Mme Montefiore, quelques belles dentelles. Le Conservateur en Chef, soucieux de donner à nos collections nationales un département de la dentelle, tourna vers ce but, pendant plusieurs années, la plus grande partie de ses études et nous pouvons saisir, tout particulièrement dans ce cas, quelle était sa manière de procéder. D’abord l’outillage technique: M. Montefiore lui assura les ressources nécessaires pour constituer une bibliothèque spéciale plus riche sans doute que toute autre; van Overloop en a publié le catalogue raisonné. Ensuite, il fallait trouver, au dehors, des sympathies agissantes: Mme Kéfer-Mali, Mme Paulis, M. Georges Moens, le Comité des Amies de la Dentelle s’employèrent à découvrir, acheter, mettre en valeur des pièces de choix. Le mouvement une fois créé, les dons affluèrent; on nous confia en dépôt des pièces importantes. Et van Overloop se trouva bientôt en mesure de publier, sur les dentelles de nos musées et sur les pièces belges de grandes collections étrangères, des travaux qui font autorité dans le monde entier. Un ouvrage de premier ordre, publié par un spécialiste d’Allemagne, lui était venu, il y a quelques années, avec la dédicace: «Au meilleur connaisseur en dentelles anciennes.»
Rappelons également l’acquisition de la célèbre collection Michotte qui nous dotait d’emblée d’un riche département d’art d’Extrême-Orient, de la visite duquel le public reste, hélas! privé, par manque de locaux.
A ce point de vue, Eugène van Overloop en suivant les directives de notre grand roi Léopold II, sut également faire franchir à nos musées l’étape décisive.
C’est en 1889 qu’Auguste Beernaert décida le transfert, de la Porte de Hal au Cinquantenaire, de nos séries d’antiquités qui furent placées temporairement dans les halls d’exposition à l’aile droite de ce palais.
Lorsque van Overloop en assuma la direction, on discutait, depuis longtemps, l’installation définitive dans des bâtiments appropriés, à l’aile sud, qui, d’après les vues exprimées formellement par Léopold II, devait être réservée aux Musées Royaux du Cinquantenaire. Le temps pressait: de riches collectionneurs, Vermeersch et Evenepoel, qui avaient exprimé d’abord leur intention de léguer au pays leurs trésors, hésitaient devant le retard apporté à la construction du palais destiné à les abriter. Enfin, les Chambres accordèrent les premiers millions nécessaires; Vermeersch et Evenepoel, faisant crédit au Conservateur en Chef qui était devenu leur ami, lui confiaient leurs séries qui actuellement font l’admiration des plus riches musées étrangers.
Un trait permet de montrer combien van Overloop savait conquérir la sympathie de ceux qui entraient en rapports avec lui. Lorsque Hélène Godtschalck léguait à l’État Belge sa fortune pour instituer un hospice pour les vieux marins, et ses collections pour nos musées, c’est le Conservateur en Chef des Musées qu’elle avait désigné en qualité d’exécuteur testamentaire.
Un personnel technique, des collections, des locaux, tout cela ne suffisait pas encore à faire un musée complet. Il fallait créer ces organes de vie active que constituent les services généraux. Ici, de nouveau, l’évolution se fit sagement, en profitant de toutes les circonstances qui s’offraient, en utilisant les maigres économies qu’il y avait moyen de faire sur des budgets manifestement trop étroits. Il y a trente ans, nos musées possédaient quelques livres, assemblés par hasard dans quelques vitrines fermées, dans une salle sombre que l’on décorait pompeusement du nom de bibliothèque. Aujourd’hui nous avons plus de 50.000 volumes que le public peut consulter librement dans des salles gaies et spacieuses.
Notre service des moulages, dont la vie était restreinte par les conditions d’un monopole étroit concédé à un particulier, a conquis sa liberté et a pris un nouvel essor, depuis l’armistice, grâce à la gestion personnelle du Conservateur en Chef.
Notre service photographique a réuni des collections d’une importance exceptionnelle pour l’inventaire de nos trésors d’art. Quelques mois après la mort de van Overloop, le Gouvernement consentit à donner une suite favorable à une proposition qui lui avait tenu particulièrement au cœur: l’acquisition des 10,000 clichés, exécutés par les Allemands pendant l’occupation de la Belgique, et qui forment un répertoire absolument sans rival.
Obligé à la retraite à l’âge de soixante-dix-huit ans, à un moment où il donnait encore à son musée une activité que bien des jeunes lui eussent enviée, il consacra les derniers mois de sa vie à mettre au point l’organisation du service de documentation artistique. Cet organisme, peu connu encore des travailleurs, promet d’occuper une place importante dans le cadre de nos musées. Le Comité du Mémorial van Overloop a voulu que cette dernière création pût trouver, dans la générosité des souscripteurs, des ressources destinées à lui donner un nouvel essor. Nous pouvons compter, à l’heure présente, sur un capital de plus de trente mille francs.
Ainsi, le souvenir de van Overloop sera doublement fixé à cette maison, où il a donné le meilleur de son intelligence et de son cœur, pendant plus d’un quart de siècle. Le monument que nous devons à MM. Jules Berchmans et Henry Lacoste est incorporé pour toujours dans les pierres mêmes de l’édifice, où nos collections sont définitivement fixées. Le développement du service de documentation aura comme résultat d’unir en même temps le nom de notre ancien Conservateur en Chef à l’une des créations auxquelles il accordait le plus grand prix.
Nous pouvons être assurés que dans cette maison ne s’effacera pas, de longtemps, le souvenir de cet homme de bien, consciencieusement appliqué à sa tâche, ignorant les jours de repos comme les périodes de vacances, désireux de ne rien négliger, même les détails les plus infimes dont il aurait pu cependant remettre le soin à d’autres, préoccupé pardessus tout de dissimuler son action féconde lorsque des résultats brillants étaient acquis. A l’entendre, il ne savait rien sur aucune chose. Et cependant, lorsqu’on lui demandait conseil sur les problèmes techniques les plus divers, on sortait de son cabinet plus riche des remarques précieuses et des observations judicieuses qu’il avait présentées.
Seuls, ceux qui ont travaillé à ses côtés savent combien d’infortunés et de malheureux ont trouvé chez lui, non seulement un secours matériel, mais des raisons nouvelles de croire et d’espérer en un avenir meilleur.
La place même où se trouve gravé le monument van Overloop a pour nous la valeur d’un symbole. La guerre, en venant empêcher le développement progressif de nos constructions, ne permit pas à notre regretté Conservateur en Chef de voir ses plans réalisés. C’est à ce mur que son effort s’est arrêté. C’est au delà que doivent s’élever, dans un avenir prochain, les nouvelles galeries où nous pourrons enfin mettre en valeur toutes les riches collections rassemblées sous son impulsion.
Certes, lorsqu’il fut nommé Conservateur en Chef, van Overloop recueillait un précieux héritage, dont nous devons faire honneur à ses devanciers. Mais c’était un capital mort, comparable au trésor d’un avare. Van Overloop a su l’accroître, le faire vivre. Avant tout autre, il a doté nos musées de cours d’archéologie, il a largement ouvert nos salles aux conférences d’extension universitaire, il a organisé continuellement des expositions temporaires, dont le souvenir est conservé dans les quatorze volumes du Bulletin des Musées Royaux. Dans les dernières années de sa vie, il a encouragé de toutes manières la création et le développement de notre Service Éducatif.
Puis-je me permettre, en terminant, une comparaison? De ce trésor d’avare, van Overloop a fait l’apport de fondation d’un vaste établissement. L’or enterré sous les dalles a été remplacé par un superbe bâtiment, conçu comme la première partie d’un ensemble grandiose. La clientèle grandit tous les jours, et d’année en année, nous pouvons distribuer des dividendes intellectuels plus importants. Nous sommes en route pour faire une brillante fortune. Mais, quels que soient les résultats que l’avenir nous réserve, nous les devrons à l’homme clairvoyant, prudent ou audacieux suivant les circonstances, qui avait vu, dès la première heure, la véritable destination du trésor qui lui était échu et que personne, avant lui, n’avait su mettre en valeur au bénéfice du plus grand nombre.
LE DÉVELOPPEMENT DES MUSÉES
Table des matières
La situation en 1926 et les projets d’avenir ().
I
Table des matières
ALLO! ALLO! Ici les Musées Royaux du Cinquantenaire. Mais non, ne déposez pas votre casque, je n’ai pas l’intention de vous parler aujourd’hui de questions très savantes et que vous jugeriez d’avance ennuyeuses...
J’ai à vous annoncer une heureuse nouvelle: je veux que vous sachiez que vous avez fait un très riche héritage... Ne vous est-il jamais arrivé de devenir rêveur, après avoir lu dans un journal qu’un richissime américain venait de mourir, laissant, à ses héritiers, des collections d’antiquités et d’objets d’art, représentant une valeur de plusieurs centaines de millions? Eh bien, vous ne vous en doutez certainement pas, mais vous aussi, vous êtes les héritiers d’une pareille collection: vous êtes, dans toute l’acception du terme, les propriétaires d’un merveilleux trésor, de nature à faire pâlir d’envie les plus riches collectionneurs, fussent-ils des milliardaires américains. Ce trésor est constitué par les belles collections de nos Musées Royaux du Cinquantenaire.
Mais, chose étrange, les légitimes propriétaires du trésor semblent ignorer son existence même, ou s’ils en ont vaguement entendu parler, ont négligé d’aller en prendre possession.
J’ai connu, en Haute-Egypte, un merveilleux jardin tout rempli de fleurs et embaumé des parfums les plus suaves. Des jardiniers diligents l’entretiennent depuis des années dans un ordre parfait, bien que le maître ne vienne jamais occuper la petite maison charmante qui se trouve au centre de ce paradis. On se borne à le montrer aux touristes et à le leur faire admirer. Ceux-ci partent souvent avec un sentiment d’envie à l’égard du propriétaire, qu’une peine de cœur a banni depuis longtemps de ce jardin de rêve. Moi-même, en le visitant, je n’ai pu m’empêcher de penser à notre beau Musée du Cinquantenaire, délaissé par ses vrais propriétaires et que parcourent surtout les étrangers qui, après une trop brève visite, ne peuvent manquer de s’étonner de ce que les Belges possèdent un semblable trésor archéologique et artistique.
Je n’ai pas l’intention de vous raconter, dans tous ses détails, l’histoire de nos musées. Il n’est pas inutile, cependant, que vous sachiez que leur fondation remonte à 1835. Depuis bientôt un siècle donc, l’État dans une certaine mesure, mais plus largement encore, des Belges à idées généreuses ont rassemblé à l’intention du public des collections de prix. Je vous citerai — une autre fois — les noms de quelques-uns de ces collectionneurs de grande race qui, après avoir consacré toute leur vie et la majeure partie de leur fortune, à réunir autour d’eux des objets rares et précieux, n’ont pas voulu qu’à leur mort leurs collections fussent dispersées, mais ont préféré les donner, sans réserve, à la collectivité, persuadés qu’elles constitueraient pour celle-ci une source féconde de jouissances supérieures et d’éducation.
N’est-il pas regrettable alors de constater que ceux que j’appelle des «héritiers» ne retirent aucun fruit de telles libéralités, par indifférence, ou simplement par ignorance? Je tiens à vous citer deux exemples récents: je passais, en tramway, le long du nouveau bâtiment de l’avenue des Nerviens et je me risquai à demander au receveur qui se trouvait à côté de moi sur la plate-forme, s’il avait déjà visité ce beau musée. Il me répondit d’un ton bourru: «Des musées, encore une invention pour donner des places bien payées à des fainéants.» Naturellement, cet homme ne se doutait pas que les soi-disant fainéants étaient les jardiniers diligents du beau domaine dont il était le propriétaire.
Un autre jour, je surprends la conversation de deux messieurs qui regardent vers le musée: «Tiens, qu’y a-t-il donc dans ce bâtiment? — Probablement les bureaux d’une administration.» Je voudrais que le hasard permît que les trois personnes auxquelles je fais allusion soient parmi mes auditeurs et que j’aie ainsi la bonne fortune de leur faire découvrir leurs richesses, dont elles ne se doutaient guère.
Mais nos musées ne doivent pas être considérés comme un précieux héritage seulement parce que leurs collections nous ont été léguées, en grande partie, par des citoyens généreux, mais encore et peut-être davantage, parce que l’on y trouve réunies ce qu’on pourrait appeler les lettres de noblesse de la famille belge.
J’aurai à revenir sur ce point, mais dès maintenant, il est bon de dire que c’est dans nos salles que l’on peut trouver la trace des efforts réalisés par nos lointains ancêtres, pour s’élever de la barbarie jusqu’à la civilisation, depuis l’âge des cavernes jusqu’à l’établissement de la royauté franque; c’est chez nous qu’on peut voir comment notre pays, sous l’influence de Rome, a réussi à s’assimiler la culture latine qui a déterminé le cours ultérieur du développement de sa civilisation.
PARC DU CINQUANTENAIRE.
ARCADE MONUMENTALE.

Au mur de nos salles, dans les vitrines de la section des Anciennes Industries d’Art, sont rassemblés les chefs-d’œuvre de nos bons artisans qui, si l’on veut, n’exerçaient que leur métier, mais cependant produisaient en masse des œuvres d’art: nos orfèvres, nos huchiers, nos ouvriers haute-lisseurs, nos ébénistes, nos potiers, dont la postérité oublieuse n’a pas souvent gardé les noms, nous ont enrichis de pièces de choix. Nous ne pourrions pas admettre que, seuls, les grands musées étrangers proclament, par leurs collections, l’éclat et la splendeur des anciennes industries d’art belge et que nous, les descendants de ces artistes bruxellois, anversois, liégeois, montois, dinantais, tournaisiens, wallons ou flamands, nous nous contentions de croire sur parole les manuels d’histoire qui enregistrent leur gloire. Notre devoir est de grouper, le plus possible, ces pièces de l’héritage que les guerres et les révolutions avaient dispersées à tous les coins du monde.
Lorsque la révolution de 1830 nous a rendu notre indépendance, notre pays, patrie de tant d’artistes, avait été dépossédé de leurs œuvres. A cette époque, nos grands voisins qui n’avaient pas accepté, sans hésitation, le rôle de parrains de la Nouvelle Belgique, ont oublié d’apporter, comme cadeau de baptême, quelques-uns des chefs-d’œuvre de notre passé, que nous sommes obligés d’aller admirer hors de nos frontières, dans tous les grands musées de l’Europe.
Et malgré cela, petit à petit, une pièce après l’autre est entrée dans nos collections, qui, à l’heure présente, font l’émerveillement de toutes les personnes compétentes qui viennent, parfois de loin, pour les admirer.
MUSÉES ROYAUX D’ART ET D’HISTOIRE.
LE JARDIN DU CLOITRE.

MUSÉES ROYAUX D’ART ET D’HISTOIRE.
LE CLOITRE.

Un jour, dans notre salle d’honneur, le directeur d’un grand musée étranger, arrêté devant nos pièces d’orfèvrerie mosane, me disait:
«Quand un musée possède une pièce semblable il en est fier; et vous en avez des vitrines entières!»
Les Américains qui se lamentent souvent de n’avoir pas de passé, font, depuis bientôt cinquante ans, des dépenses considérables pour assurer à leurs musées des collections d’antiquités et d’objets d’art. Nous nous plaignons parfois qu’ils emportent d’Europe, à coups de dollars, de précieux joyaux de notre patrimoine artistique. Ceux qui ont visité les musées américains et qui connaissent la manière dont on les fait servir à l’éducation générale, sont plutôt disposés à admirer la ténacité que mettent nos amis d’outre-Atlantique à réaliser pleinement ce qu’ils ont reconnu comme utile pour le développement intellectuel et artistique général.
Au lieu de les blâmer, nous ferions mieux de nous demander si, toutes proportions gardées, nous avons fait, dans les années de prospérité, le maximum possible en vue d’équiper nos musées du matériel scientifique et artistique indispensable pour qu’ils puissent remplir complètement leur mission.
En commençant, je m’étonnais du trop petit nombre de visiteurs du musée. On peut estimer que 5 p. c. seulement des habitants du grand-Bruxelles font une visite par an à leurs belles collections. Si je prenais, comme point de comparaison, une dizaine de villes américaines, dont la population est, soit inférieure, soit supérieure à la nôtre, nous constaterions que les Américains, que nous considérons comme beaucoup plus utilitaires que nous, visitent leurs musées dans une proportion quatorze fois plus grande qu’à Bruxelles. C’est ce qui me permet de dire qu’il manque au Cinquantenaire six cent cinquante mille visiteurs par an.
Je suis persuadé que, grâce à la radiophonie, le nombre des personnes qui viendront au Musée du Cinquantenaire, ne peut manquer d’augmenter dans des proportions notables; mais néanmoins, je ne me fais pas d’illusion: il se passera encore longtemps avant que nous ayons, en moyenne, plus de deux mille visiteurs par jour en semaine, et plus de cinq mille le dimanche.
Nous n’avons connu une telle affluence dans nos salles qu’à l’occasion de la Foire Commerciale et encore... beaucoup de visiteurs entraient chez nous par erreur et quelques-uns, assez nombreux même, faisaient rapidement demi-tour, quand ils s’apercevaient que ce n’était que le musée.
Néanmoins, à la suite de l’organisation, au Cinquantenaire, de la Foire Commerciale, nous avons pu constater que le nombre de visiteurs s’est accru légèrement et d’une manière permanente, car plusieurs Bruxellois, qui avaient ainsi découvert fortuitement le musée, y sont revenus dans la suite.
J’entends bien les objections que l’on fait, toutes les mauvaises raisons que l’on voudrait déclarer bonnes et qu’on invoque pour expliquer qu’on ne visite jamais nos collections.
Le Cinquantenaire est trop loin! Cela empêche-t-il nos concitoyens d’aller à la Foire Commerciale, ou au Concours Hippique ou au Salon de l’Automobile? Ne visite-t-on pas le Musée de Tervueren, la Tour Japonaise?
Je ne crois pas qu’il y ait à Bruxelles beaucoup de points qui soient mieux desservis en tramways que la porte de Tervueren, située à 500 mètres de notre entrée de l’avenue des Nerviens, à laquelle on accède en longeant la grille du parc, sur un trottoir bien pavé.
Mais il faut payer pour visiter le Musée! Hélas oui, et ce n’est que le dimanche, à partir de 13 h. 30, que l’entrée est gratuite. Le droit d’entrée, suivant les jours et les heures, est fixé à 50 centimes, 1 franc ou 2 francs. Mais je serais tenté de dire, sans ironie: «Qu’est-ce donc que 2 francs à présent?» Il existe une vieille plaisanterie bruxelloise au sujet de six cens et d’un verre de bière...; d’après les nouvelles qu’apportent les journaux ces jours-ci, il deviendra bientôt plus coûteux de boire un verre de bière que de visiter les musées. Je dirai encore: Est-ce qu’une question de prix empêcherait le public d’aller aux courses de chevaux, au théâtre, aux arènes de sports, ou tout simplement au cinéma? (Actuellement, l’entrée des musées est gratuite.)
Si vous pouviez me répondre, il est probable que vous diriez, à peu près tous en même temps, que ma comparaison est sans valeur et que si vous éprouvez du plaisir à payer, très cher même, votre entrée à ces spectacles, rien ne vous attire vers le musée dont l’enfilade de salles est ennuyeuse à visiter, et que d’ailleurs, peu de ces collections vous intéressent.
MUSÉES ROYAUX D’ART ET D’HISTOIRE.
LA CHAPELLE.

Je vous ai dit, tantôt, la raison de principe pour laquelle elles devaient vous intéresser: c’est qu’elles vous appartiennent et qu’elles constituent un héritage précieux. Mais il y a, à côté de ces raisons, que l’on pourrait appeler philosophiques sinon un peu tirées par les cheveux, d’autres raisons que je voudrais vous dire une prochaine fois et dont la principale est que, puisque vous êtes des êtres intelligents, il est impossible qu’il n’y ait pas, dans nos collections, des choses qui présenteraient, si vous les connaissiez, de l’intérêt pour chacun de vous.
En attendant, ne puis-je vous demander quelque chose?
Vous qui m’écoutez et qui n’avez jamais visité nos Musées du Cinquantenaire, ou qui n’y êtes pas venus dans ces trois dernières années, au cours desquelles ils se sont complètement transformés, ne voulez-vous pas m’écrire une simple carte postale (adresse: M. Capart, Musées Royaux du Cinquantenaire), pour me dire, le plus brièvement du monde, la raison pour laquelle vous n’avez pas visité le musée. Je vous répondrai par l’envoi d’une jolie carte illustrée, montrant un aspect de nos collections, et je résumerai les résultats de cette petite enquête au début de ma prochaine causerie.
II
Table des matières
Je dois vous raconter une découverte que j’ai faite il y a plusieurs années déjà et qui touche à la grave question de la relativité, mise à la mode par le grand physicien Einstein: j’avais remarqué que Bruxelles était plus près de Paris que Paris de Bruxelles, puisque les Bruxellois vont plus facilement à Paris que les Parisiens ne viennent dans notre capitale.
Grâce à Radio-Belgique, je viens de faire une remarque analogue: en effet, j’ai constaté que le très petit nombre des visiteurs de nos musées coïncidait avec le très grand nombre de personnes qui écoutent les conférences par Radio.
Comment expliquer autrement que je n’aie reçu que vingt-trois réponses à la demande que j’avais formulée de m’écrire pourquoi on ne visitait pas les musées?
Plaisanterie à part, je devrais me plaindre, mais, à la réflexion, je me dis qu’il y a dans cette réticence un sentiment de «gêne» à avouer qu’on n’a jamais visité les collections du Cinquantenaire. Espérons que si l’aveu n’est pas fait directement, cela n’empêchera pas le remords d’agir comme un stimulant et que bientôt les négligents, pour ne pas dire les coupables, tiendront à réparer.
MUSÉES ROYAUX D’ART ET D’HISTOIRE.
SALON LOUIS XV LIÉGEOIS.

Mais, je dois tout de même remercier vivement ceux qui m’ont écrit et je vais commencer par résumer brièvement leur correspondance:
Prenons d’abord les plus braves: ceux qui déclarent nettement qu’ils ignoraient l’existence des musées; ils habitent respectivement à Bruxelles, — oui, à Bruxelles, — Ninove, Sleydinge, Hoboken et Marcinelle.
Cela prouve qu’il y a lieu de faire plus largement de la «réclame», afin d’attirer l’attention du public sur l’existence de nos trésors.
Je voudrais voir éditer un jour une belle affiche, comme on en voit en Angleterre ou en Amérique, représentant un gentleman ou une charmante dame, saluant le passant et lui disant d’un air engageant:
«Avez-vous déjà visité nos beaux Musées du Cinquantenaire?» En attendant, j’ai envoyé, à ceux qui n’en avaient jamais entendu parler, des documents qui, sans doute, auront parfaitement joué le rôle d’instructeurs.
Deux bruxelloises qui avaient l’habitude de venir étudier au musée, n’y venaient plus depuis qu’il fallait payer une taxe d’entrée. Je leur ai envoyé avec plaisir un permis d’étude qui les en dispensera.
Trois personnes écrivent d’Anvers et de Tirlemont, regrettant l’absence de catalogues détaillés, et souhaitant être initiées à nos trésors artistiques. Je dois leur demander un peu de patience. Je ne puis traiter aujourd’hui la grave question des catalogues et des étiquettes, mais je leur recommande, en attendant, les visites guidées organisées par le Service Éducatif des Musées. Il suffit d’écrire à l’adresse de ce dernier pour recevoir tous les renseignements au sujet de son organisation.
Quelques correspondants m’écrivent d’une manière telle que je crois vraiment utile, avant toutes choses, de vous parler de la topographie de nos musées et vraiment il est logique de commencer par là. Je vous ai dit, dans ma précédente causerie, que vous aviez un beau jardin, où vous négligiez d’aller vous promener, et je ne veux pas que vous puissiez objecter que je ne vous ai pas dit d’une façon suffisamment claire où il se trouvait, par où l’on y entrait, ni dans quelle partie déterminée se trouvaient ses principaux centres d’attraction.
Je m’en voudrais cependant de ne pas vous citer, avant de commencer notre promenade, la lettre charmante d’une fillette de onze ans qui m’écrit: «Je ne suis pas venue souvent au musée, parce que je suis encore petite, mais je vais venir...» Voilà la parole d’espoir! Si notre génération ignorante, indifférente, à qui l’on n’a pas suffisamment parlé de ces problèmes, se laisse distraire, par mille autres préoccupations, du culte de l’intelligence et de la beauté, la jeune génération est prête à recevoir nos appels. Les papas et les {mamans de demain conduiront leurs enfants dans leurs musées.
«Musées Royaux du Cinquantenaire.»
Dénomination peut-être malencontreuse, car elle ne dit pas suffisamment ce que c’est. Il vaudrait probablement mieux dire «Musées Royaux d’Art et d’Histoire» et considérer «Cinquantenaire» comme une adresse. (C’est chose faite aujourd’hui.)
Qui se souvient encore que nos musées ont été réorganisés à l’occasion du Cinquantenaire de notre indépendance? Tandis que presque tout le monde sait qu’ils se trouvent au Parc du Cinquantenaire, à Bruxelles. Mais le parc est grand, on y trouve de nombreuses constructions, auxquelles on a donné et l’on donne encore les affectations les plus diverses, et le public en est réduit à «chercher» où sont les musées. De plus, nos sections, depuis plus de vingt ans, ont déménagé successivement d’une aile à l’autre du Palais du Cinquantenaire, si bien qu’il arrive souvent que des personnes ne retrouvent plus les collections qu’elles désiraient revoir et se heurtent à des portes clôturées depuis des années.
Il n’y aurait pas grande utilité à vous raconter l’histoire de ces déménagements et je veux m’en tenir à la situation de fait actuelle, en indiquant cependant le grand principe qui a dominé tous les efforts de la direction des musées vers un but qui, je l’espère, sera complètement atteint d’ici à quelques années.
Les Musées Royaux du Cinquantenaire, logés temporairement dans les anciens bâtiments d’exposition à l’aile droite du Cinquantenaire, doivent être installés dans l’aile gauche, qui doit leur être exclusivement réservée. C’est le programme tel qu’il a été défini par Léopold II, il y a près de trente ans.
Aile droite, aile gauche: première difficulté, car l’aile droite est l’aile de gauche et vice versa, pour le visiteur qui vient de la rue de la Loi. Il vaudrait mieux employer toujours les expressions aile nord et aile sud.
A l’aile nord, nous n’avons plus en ce moment que des collections de moulages et notre atelier de photographie.
Passons à l’aile sud.
Pratiquement, nous allons la diviser en trois blocs: 1° le grand pavillon qui s’avance vers le parc et que nous appelons d’ordinaire «Pavillon de l’Antiquité » ; 2° le grand massif carré qui se trouve à front de l’avenue des Nerviens et qui est dominé par une coupole surmontée d’une figure dorée; 3° l’horrible hall dans lequel se trouve, encore en ce moment et à titre temporaire, le Musée mondial, qui doit chercher abri ailleurs.
J’espère bien avoir l’occasion de vous expliquer, une autre fois, le plan complet d’achèvement de nos musées. Aujourd’hui, je me contente de vous dire où vous trouverez les collections et les services généraux actuellement accessibles au public.
Commençons par le bâtiment de l’avenue des Nerviens. L’entrée se trouve sur l’espèce de petite place formée par l’intersection de la rue du Cornet et de l’avenue des Nerviens, à l’arrêt des trams 36, 41, 43 et 45 venant de la porte de Namur et à l’arrêt des trams 20 et 22, venant de la gare du Midi. Si la compagnie des Tramways Bruxellois, toujours désireuse de servir les intérêts du public, voulait aider la cause des Musées, elle détournerait, par l’avenue des Nerviens, le tram 29, de manière que l’on pût venir directement jusqu’à notre porte, en partant du centre de la ville.
L’entrée de nos musées, il faut bien le reconnaître, n’est pas très engageante. Il y fait obscur, mais, dans l’avenir, cet accès ne sera plus la porte principale d’entrée.
Lorsqu’on se trouve devant le vestiaire, on peut tourner à droite ou à gauche. Par la droite, on pénètre dans la section de la Belgique Ancienne, dont les collections ont été formées, en majeure partie, grâce à l’activité du Service des Fouilles de l’État et, pour une bonne part, grâce à la généreuse donation du comte Louis Cavens.
En prenant à gauche, on monte l’escalier qui conduit à l’étage, dans une immense salle, qui doit servir aux expositions temporaires. C’est là qu’aura lieu, au mois de décembre prochain, l’importante exposition provinciale des arts décoratifs et industriels du Brabant.
En arrivant dans la salle, si l’on se dirige vers la gauche, on va vers les bureaux de l’administration des musées, vers la bibliothèque générale et le service de documentation artistique nationale.
Vers la droite, et aux deux étages de l’édifice, se trouvent les collections de la section des Industries d’Art, avec ses vingt-deux salles, dont une partie seulement est ouverte aux visiteurs, faute d’avoir le nombre de surveillants qu’il faudrait pour les ouvrir toutes simultanément.
Ces merveilleuses séries doivent leur opulence aux legs et donations de Mmes Montefiore et Isabelle Errera, de MM. Vermeersch et Evenepoel, pour ne citer que les libéralités les plus importantes.
Il ne faut pas manquer d’aller voir notre cloître, dont les galeries abritent des pierres tombales, des fonts baptismaux, des retables en pierre et dont le jardin promet de devenir un des plus jolis squares de Bruxelles.
Au premier étage est installé le magasin d’images d’art du Service Éducatif, où les enfants — et les grandes personnes aussi — peuvent trouver, au prix de fr. 0,30 l’exemplaire, plusieurs milliers de reproductions artistiques, donnant les œuvres principales de tous les temps et de tous les pays.
En dessous du Musée mondial, du côté de l’avenue des Nerviens, se trouve l’atelier de moulage.
Le Pavillon de l’Antiquité s’ouvre dans le parc même, mais on peut y venir également du bâtiment de l’avenue des Nerviens, en traversant les constructions caduques de l’ancienne exposition, constructions devenues pratiquement inutilisables et qui ne sont plus bonnes qu’à être démolies. Lorsqu’on les aura remplacées par des constructions définitives, suivant des plans approuvés, nous serons à même d’exposer de nouveau nos importantes collections d’art d’Extrême-Orient, d’ethnographie, de folklore national, dont presque rien n’est actuellement accessible à nos visiteurs.
C’est au Pavillon de l’Antiquité, où se trouvent les séries de l’Égypte, de l’Asie Antérieure, de la Grèce et de Rome qu’est également installée la Fondation Égyptologique Reine Elisabeth et la bibliothèque de la section de l’Antiquité.
MUSÉES ROYAUX D’ART ET D’HISTOIRE.
SALLE GOTHIQUE (XVe siècle).

Recommandation importante: Qu’on n’oublie pas que les Musées Royaux du Cinquantenaire sont visibles tous les jours, à l’exception du vendredi. Que toutes les personnes qui désireraient un imprimé donnant l’indication des heures d’ouverture et des prix variables du droit d’entrée veuillent bien me le demander.
On m’a souvent posé la question suivante: «Quelle est la valeur de vos collections du Cinquantenaire?» C’est assez difficile à calculer, mais en faisant des évaluations extrêmement modérées, nous avons pu dire, récemment, qu’au cours actuel, nos collections et notre matériel représentaient plus de deux cents millions de francs.
Permettez-moi d’ajouter cette remarque, en finissant: aussi longtemps qu’on n’aura pas achevé complètement nos locaux, cette richesse nationale restera exposée à de graves dangers.
Le rapport d’une commission officielle caractérise nos vieilles galeries en les appelant: «Un bûcher toujours prêt à flamber.»
III
Table des matières
Quelle belle chose que la radiophonie! Elle augmente les occasions de se faire des amis, car c’est vraiment une lettre amicale que j’ai reçue la semaine passée, écrite par une dame qui m’exposait les raisons qui l’avaient empêchée, elle et son mari, de visiter plus souvent les musées. Je tiens à dire combien j’ai été touché du ton aimable et confiant de cette missive et je remercie ces amis des musées des sentiments qu’ils m’ont exprimés en cette circonstance.
Il y a quinze jours, je vous avais conviés à faire une excursion, plutôt d’ordre topographique, à travers les bâtiments affectés à nos collections au Palais du Cinquantenaire.
J’ai été forcé, par là-même, d’énumérer les sections, les services, les ateliers, les bibliothèques qui font partie de ce vaste complue désigné sous le nom de Musées Royaux du Cinquantenaire.
Si étrange que cela paraisse, j’aurais dû ajouter, pour être complet, le Musée de la Porte de Hal qui, actuellement encore, constitue la cinquième section de nos musées.
Je crois qu’il sera utile de reprendre aujourd’hui notre étude, en examinant de quelle manière toutes ces sections, ces services, etc., se trouvent groupés dans le plan — logique, cette fois — de notre organisation.
Commençons par considérer l’établissement dans son ensemble.
MUSÉES ROYAUX D’ART ET D’HISTOIRE.
GALERIE D’HONNEUR.

Son nom a changé bien des fois: Musée Royal d’Armes, d’Armures et d’Antiquités; Musée des Arts décoratifs et industriels; puis Musées Royaux du Cinquantenaire; demain peut-être Musées Royaux d’Art et d’Histoire. Toutes ces appellations diverses montrent que nos collections peuvent être envisagées sous bien des aspects et qu’il est malaisé de les grouper sous un titre qui dise exactement et brièvement quels sont les objets qui rentrent dans leur programme.
Il est plus facile de dire nettement quels sont les objets qui n’y trouvent aucune place parce que d’autres établissements de l’État Belge leur sont particulièrement affectés. Les peintures, depuis la fin du moyen âge, et les sculptures, principalement depuis le XVIIIe siècle, sont du ressort du Musée Royal des Beaux-Arts, rue de la Régence. La numismatique est réservée au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Royale, enfin les collections d’objets ethnographiques du Congo Belge font partie du Musée de Tervueren.
En dehors de cela, on pourrait dire que tous les témoignages de l’activité humaine trouvent théoriquement place dans le cadre de nos collections, et ce n’est pas simplement au hasard et pêle-mêle que l’on peut voir, chez nous, le contenu d’une caverne préhistorique, un tombeau égyptien, des faïences hollandaises, des estampes japonaises, de l’imagerie populaire, et jusqu’à une collection de bicyclettes.
Voici quel est actuellement le cadre général des sections:
La première est consacrée à l’Antiquité, depuis les temps les plus reculés jusqu’au commencement de notre moyen âge, plus particulièrement en Belgique jusqu’à l’établissement de la royauté franque. Ce vaste domaine est divisé en plusieurs sous-sections ou départements:
a) Le préhistorique général qui se subdivise en préhistorique belge et en préhistorique étranger. Pour des raisons pratiques, il a semblé nécessaire de considérer le préhistorique belge comme se poursuivant jusqu’à l’époque franque et de donner à ce département le nom de
«Belgique Ancienne». Le préhistorique étranger sert, avant tout, d’élément de comparaison. Nous n’y comprenons pas les industries primitives de l’Orient classique qui se rattachent à d’autres départements, de même que les antiquités précolombiennes classées avec les collections ethnographiques.
b) Les antiquités orientales. Ici de même, il y a deux divisions ou départements: le premier consacré à l’Égypte; le second à l’Asie Antérieure, c’est-à-dire principalement aux monuments des civilisations babylonienne, assyrienne, hittite et des pays influencés par elles.
c) Les antiquités crétoises, grecques et romaines.
A cette première section se rattachent le Service des fouilles et la bibliothèque de l’Antiquité à laquelle est annexée, en fait, la Fondation Égyptologique Reine Elisabeth.
Passons à la seconde section qui, sans aucun doute, est la partie capitale de notre musée, celle à laquelle on pourrait dire qu’en principe tout le monde s’intéresse: la section des Industries d’Art.
Remarquez bien que si, à son point de départ, coïncidant avec la période des grandes invasions détruisant en Europe les civilisations antiques, la section des Industries d’Art se soude chronologiquement à la première section, elle n’a pas de limite fixée par une date d’histoire récente. On pourrait dire qu’elle est, par essence, infinie et perpétuelle dans l’avenir.
Le nom de cette section indique suffisamment son objet. Il serait peut-être audacieux de vouloir définir exactement son domaine. Tous les objets façonnés par l’homme avec l’intention de n’être pas seulement utiles, mais également beaux, de quelque manière que l’on veuille entendre ce mot, rentrent dans le champ des industries d’art.
Il est bien clair cependant que nous désirons que cette section donne un tableau des industries d’art des peuples de civilisation occidentale.
C’est au département ethnographique qu’on trouvera les produits des peuples dits primitifs ou barbares, tandis qu’un autre département est réservé aux arts si riches de l’Extrême-Orient. Faut-il ajouter de plus que nos industries nationales devront toujours avoir la prépondérance dans nos musées?
MUSÉES ROYAUX D’ART ET D’HISTOIRE.
SALLE DU XVIIe SIÈCLE.

Dans une section aussi étendue, il serait opportun, sans doute, de créer plusieurs départements. Malgré tout le talent et toute la science que peuvent avoir les membres du personnel scientifique, il est difficile de leur demander d’avoir une égale compétence dans tous les domaines de l’industrie d’art. Je me contenterai de citer les groupes les plus richement représentés chez nous: Tapisseries, Retables, Meubles, Ivoires, Orfèvreries, Grès, Faïences, Porcelaines, Étoffes, Broderies et Dentelles.
La troisième section, qu’il serait plus logique de transformer en un service général, s’occupe surtout des collections de moulages. Ceux-ci consistent en des reproductions d’objets d’art et même de parties de monuments artistiques de tous les temps et de tous les pays.
Passons sans tarder à la quatrième section, hélas! bien peu connue du public, puisque, dans l’état actuel de nos locaux, aucun de ses départements n’est accessible aux visiteurs. Cette section comprend: l’ethnographie, le folklore national et les collections d’art d’Extrême-Orient.
Ethnographie. Nous possédons des collections d’objets de divers pays, particulièrement de l’Océanie, dont la plupart ont été récoltés par des Belges au cours de leurs voyages. Chaque fois que nous avons pu en montrer temporairement quelques parties, ces petites expositions ont attiré vivement l’attention des visiteurs. Les Belges ont beaucoup voyagé et je ne doute pas qu’il y ait, un peu partout dans le pays, des objets qui, groupés dans des locaux appropriés, formeraient un musée qui serait une véritable école de vocation coloniale. Récemment, manquant de place pour exposer convenablement les objets, nous avons dû décliner l’offre d’une intéressante collection, que nous faisait un de nos consuls. Souvent, en visitant de grands musées à l’étranger, j’y ai relevé la présence de collections qui avaient été offertes par nos compatriotes, faute de pouvoir les installer à Bruxelles.
C’est à la section d’ethnographie que se trouve annexée une fort bonne collection d’antiquités américaines, parmi lesquelles il faut noter les pièces équatoriennes qui nous ont été données autrefois par De Ville.
Folklore national. Faut-il rappeler le grand succès des musées de folklore organisés dans les diverses régions du pays? Nous devrions avoir à Bruxelles une collection d’un caractère plus général, faisant, dans la mesure du possible, la synthèse de nos mœurs et coutumes, soulignant les contrastes... Dans l’étude de notre vie nationale, il ne suffit pas d’examiner séparément les caractéristiques de la vie populaire, il faut aussi chercher à dégager les lignes générales. Depuis longtemps, nous avons rassemblé des matériaux, nous avons recueilli le legs important de la collection Vanderlinden. Un membre du personnel scientifique du musée s’occupe du folklore, mais il a dû se borner, jusqu’à présent, à faire quelques expositions temporaires sans pouvoir installer une salle de folklore.
Et cependant, il faut se hâter, nos vieilles coutumes disparaissent rapidement devant la poussée irrésistible de ce que l’on appelle le progrès moderne.
Arts d’Extrême-Orient. Beaucoup de personnes se souviennent sans doute du véritable événement artistique que fut l’ouverture, au Cinquantenaire, de l’exposition de la collection Michotte, qui remplissait à elle seule une vingtaine de salles. Depuis lors, nous avons encore pu faire des acquisitions importantes, spécialement en art japonais; nous avons reçu en legs quelques pièces choisies dans une collection qui ne nous a pas été donnée, parce que nous n’avions pas les locaux convenables pour l’abriter. Actuellement, rien n’est exposé de tous ces trésors, et les personnes qui, sur place, se sont rendu compte de la situation, ne peuvent qu’approuver notre réserve. Nous espérons, en attendant des temps meilleurs, pouvoir bientôt montrer quelque chose de nos collections d’art d’Extrême-Orient, au cours d’une série d’expositions qui se feront au Pavillon chinois à Laeken.
Enfin, la cinquième section est consacrée aux armes et armures. Comme je l’ai dit en commençant, cette section est constituée par le Musée de la Porte de Hal, auquel il y a lieu d’ajouter la collection Titeca qui, pour des raisons particulières, se trouve classée au Cinquantenaire.
Voilà donc le cadre général des sections. Il faut y ajouter des services généraux, dont je me borne à faire une simple énumération: Service de la bibliothèque, Service de la documentation artistique, Service photographique, Service, ou plus exactement, atelier de moulage, Service des collections avec les ateliers de préparation et de restauration.
Bien qu’il ne se rattache pas administrativement à l’organisation des musées, il faut citer le Service Éducatif.
MUSÉES ROYAUX D’ART ET D’HISTOIRE.
SALON FRANÇAIS (XVIIIe siècle).

Son but essentiel est de faire connaître le musée et de permettre d’utiliser le plus complètement possible les sources d’enseignement que constituent ses collections.
Son action s’exerce surtout par des conférences, des cours élémentaires et des visites guidées scolaires.
Fondé il y a quatre ans, il compte à l’heure actuelle plus de mille membres, il a organisé cette année plus de six cents visites gratuites pour les enfants des écoles, ouvert à l’intention de ceux-ci un magasin d’images d’art. Je suis convaincu que, dans peu d’années, le Service Éducatif aura pris un magnifique développement.
Eh bien! le tableau que je viens de tracer correspond-il à l’idée que vous vous étiez faite, jusqu’à présent, des Musées Royaux du Cinquantenaire?
Je me permets de croire que cette rapide revue vous aura montré que là où vous pensiez trouver seulement des locaux destinés à la conservation, pêle-mêle, d’objets rares, précieux ou curieux, il y a un vaste organisme scientifique et éducatif, au plan mûrement conçu. Et cependant, je ne vous en ai montré que le côté en quelque sorte matériel! Si vous le voulez bien, la prochaine fois, nous essaierons d’en établir le plan spirituel et de voir plus nettement quelle est la mission de nos musées.
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