Kitabı oku: «Art de faire le papier»

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Jérôme de La Lande

Art de faire le papier


Publié par Good Press, 2022

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EAN 4064066303211

Table des matières

AVERTISSEMENT.

ART DE FAIRE LE PAPIER Par M. DELALANDE.

SUPPLEMENT

EXPLICATION DES PLANCHES et des FIGURES, qui COMPRENNENT L’ART de FAIRE le PAPIER.

PLANCHE PREMIERE. Choix ou délissage des différentes qualités de chiffons, Dérompoir &Pourrissoir.

PLANCHE II. Moulin à Papier situé à la Grand’rive en Auvergne.

PLANCHE III. Plans&Elévation de la Manufacture de Langlée, près Montargis

PLANCHE IV. Intérieur du Moulin à pilons.

PLANCHE V. Élévation&Plan du Moulin à Papier, qui agit par le moyen, des Cylindres, exécuté à Montargis.

PLANCHE VI. Détails du Moulin à Cylindres, Chassis&Laminoir.

PLANCHE VII.

PLANCHE VIII. Cylindres faits à la maniere de Hollande; Plan de la partie inférieure du Moulin, dont l’élévation formoit la Planche VII.

PLANCHE IX. Moulin d’une forme conique, proposé par M. DE GENSSANE.

PLANCHE X. Formes ou Moules avec lesquelles on puise les feuilles de Papier.

PLANCHE XI. Travail du Papier lorsque les feuilles se forment, se couchent &se mettent en presse.

PLANCHE XII. Collage du Papier.

PLANCHE XIII. Etendoirs à Papier.

PLANCHE XIV. Travail du Lissoir à la main&au marteau; des Trieuses, des Compteuses.

AVERTISSEMENT.

Table des matières

SUR LA FIN du dernier siecle, l’Académie ayant formé le projet de l’Histoire générale des Arts, M. Desbillettes donna la Description de l’Art du Papier: on fit graver huit Planches en1698,&la Description fut lue à l’Académie en1706. (Voyez Hist. de l’Acad. 1706).

NOUS avons conservé les Planches de ce premier travail, en y faisant les changements qui ont paru indispensables: ce sont les Planches1, 2, 4, 10, 11, 12, 13, 14; mais nous avons abandonné la Description qui en avoit été faite, parce que sur toutes les parties de cette fabrication, nous avons voulu entrer dans les plus grands détails.

ON TROUVERA dans notre Description les pratiques différentes, avec les termes qu’on emploie en différentes Provinces; les vues nouvelles qu’a occasionné à des personnes éclairées&à nous-mêmes l’état actuel des Papeteries; les Réglements qu’ont dicté l’expérience des Fabriquants,&la sagesse du Ministere; enfin l’on y trouvera la nouvelle forme des Moulins à cylindre, la plus usitée en Hollande, qui nous a fourni encore, pour ainsi dire, la Description d’un nouvel Art.

M. DUHAMEL, de l’Académie Royale des Sciences, ayant voyagé en Angoumois par ordre du Ministere, pour travailler à l’extirpation des papillons de bled qui désoloient cette Province, a parcouru en connoisseur les fabriques de papier qui y sont en grand nombre: il nous a communiqué ses observations,&nous en avons fait un usage fréquent, sur-tout lorsqu’il a été question des pratiques de l’Angoumois.

M. LE CAT, Secretaire de l’Académie des Sciences de Rouen, nous a donné sur la Normandie, les éclaircissements qui ont été nécessaires;&M. de Clévant, Secretaire de l’Académie de Besançon, sur les Moulins de la Franche-Comté. M. de Mélié qui avoit été long-temps l’un des Propriétaires de la Manufacture de Montargis,&qui en avoit fait la description, a bien voulu nous communiquer ses recherches; enfin nous avons suivi&examiné nous-mêmes cette Manufacture,&plusieurs autres, assez long-temps,&avec allez de foin pour pouvoir décrire exactement&avec toutes ses circonstances l’Art de faire le Papier.

LES cylindres Hollandois que nous avons décrits, se trouvoient déjà dans des figures gravées à Amsterdam en1734; mais avec de simples notes écrites en Hollandois, qui ne renferment aucune explication, &il a fallu y deviner la plupart des effets; d’ailleurs nous ne devons pas dissimuler qu’on a accusé, même en Hollande, les Auteurs de ces Recueils, d’avoir caché avec dessein des choses importantes, dans les Arts qu’ils sembloient vouloir rendre publics; d’avoir même altéré les proportions essentielles de leurs machines, pour en rendre l’imitation infructueuse: nous avons donc insisté davantage sur les machines exécutées à Montargis,& sur les procédés qu’on y emploie: ils ont été perfectionnés déjà par une expérience de vingt ans,&nous n’y avons point éprouvé cette baffe dissimulation, cette jalouse crainte, ce zele intéressé qui refusent de faire connoître les Arts, de contribuer à leur perfection, d’y porter le flambeau de la Physique& l’esprit de recherche: foiblesses qui ont été la feule cause de la lenteur avec laquelle jusqu’ici les Arts se sont perfectionnés.

EN EFFET, presque tous les Artistes ont pour maxime de cacher leurs procédés,&de se réserver, tant qu’ils peuvent, le secret de leur Art: si leur intérêt personnel l’exige, je n’espere rien d’eux; laissons-les immoler à ce motif, invincible pour les ames communes, la gloire du Citoyen, la perfection des Arts&le plaisir d’être utiles. Mais plusieurs croient de bonne foi qu’il est de l’intérêt de l’Etat de ne point répandre dans le Public la connoissance des Arts pour ne point la partager avec l’Etranger: qu’il nous soit permis de répondre à ceux-ci, en justifiant, pour ainsi dire, l’Académie. Je demande donc lequel est préférable pour un Etat, ou de partager avec tous les Savants les foibles lumières que l’habitude de nos Ouvriers nous ont acquises, pour les perfectionner ensuite, ou de rester éternellement dans l’état de médiocrité&de routine dont ils ne peuvent nous tirer? Les Arts tiennent tous aux Sciences, attendent tout de celles-ci,&ne peuvent faire sans elles que des pas lents&chancelants; cependant ceux qui cultivent les Sciences, ne peuvent presque jamais connoître les Arts par eux-mêmes; s’ ils l’entreprennent, mille obstacles les en détournent; ils trouvent dans les atteliers, un détail rebutant, un langage bizarre, une défiance choquante, une routine aveugle, des vues bornées, des pratiques superstitieuses, une ignorance profonde sur les forces de la nature& sur les principes de l’Art. Celui qu’un goût plus décidé, des circonstances plus favorables, des Artistes plus intelligents auront mis à portée d’y pénétrer plus avant que les autres, aura rendu aux Savants, aux Artistes &aux Arts le service le plus important, s’il parvient à leur faire connoître ce qu’il n’a appris qu’avec peine; les autres pourront partir delà, abréger le travail, s’épargner des recherches inutiles ou des expériences déjà faites, faire servir un Art au progrès des Arts qui souvent en différent le plus, enrichir la patrie,&servir l’humanité.

CE CONCOURS de travaux&de succès exige la publicité, la réciprocité, la confiance, l’ouverture avec laquelle on travaille dans les Académies. Si vous tentez de frustrer l’Etranger de vos travaux, Vous en frustrerez nécessairement aussi vos meilleurs Citoyens;&la cupidité nationale qui vous aura fait envier à vos voisins le secours de vos Arts, vous en dérobera à vous-même la perfection&le progrès; enfin vous vous priverez de bien plus de connoissances que vous n’en aurez dérobé aux Etrangers. Laissons donc profiter nos ennemis mêmes des foins que nous aurons pris pour enrichir notre Nation, plutôt que d’en perdre les avantages par une mauvaise réticence.

DANS les temps de barbarie&de ténebres, où enveloppés de mysteres, les Arts les plus utiles étoient à peine dans leur enfance; il falloit plusieurs siecles pour parvenir à un procédé, à une découverte, qui, plus d’une fois, se perdit en naissant,&ne profita qu’à un seul homme ou à un très-petit nombre. Le papier dont l’usage est aujourd’hui si général&si commode, étoit connu depuis mille ans dans l’Asie,&depuis deux siecles en Europe, lorsque l’usage s’en répandit. Il n’y a que trop d’obstacles au progrès des Arts de la part de ceux qui les exercent; les Savants ne sauroient assez en applanir le chemin. Tel fut l’objet que l’Académie des Sciences se proposa dès fa premiere institution: elle sentit que tous les pas qu’elle ferait dans cette carriere, serviroient sur-tout à la France; que les lumieres, l’émulation, les secours qu’on en retireroit parmi nous, seroient plus que suffisants pour nous conserver à cet égard un avantage considérable sur nos voisins;&qu’enfin il y avoit tout à gagner dans ce travail, non-seulement pour les hommes en général, à qui nous nous devons sans doute, mais même pour la patrie à qui nous sommes voues par préférence. L’obscurité des Arts est telle encore dans ce siecle de lumiere, que non-seulement le Public, mais les Savants eux-mêmes ignorent souvent en quoi consiste la difficulté de certains procédés, si c’est dans la matiere ou dans la forme que réside le secret de l’Art, si le succès tient à la nature, ou si l’Art peut seul y suppléer. Trois personnes dans le Royaume connoissent le beau rouge du coton, découvert par un célebre Chymiste de l’Académie des Sciences; les autres ne se doutent pas même de la difficulté qu’il y a dans cette partie. On sait que les couleurs de la foie sont toutes ou ternes ou passageres; mais ceux qui ont remarqué cet inconvénient, n’en sachant pas la cause physique, n’ont pas été à portée d’en étudier le remede. Le fer blanc, la dorure, l’émail, le minium, le borax, le camphre,&c, offrent une multitude de choses utiles qui sont encore entre les mains d’un petit nombre de personnes, la plupart chez l’Etranger,&que nous ne pouvons espérer de partager avec eux, à moins de ranimer le goût des Arts en France,&de fixer sur eux les yeux des Savants avec ceux des Artistes. Aussi le Ministere de France, éclairé sur nos véritables intérêts, a de tout temps formé, soutenu&ranimé cette entreprise: on commence à voir le résultat des efforts qu’a fait l’Académie pour arracher le voile qui nous déroboit tant de choses curieuses,&peut-être touchons-nous par son moyen à une révolution dans les Arts, semblable à celle que le dernier siecle vit s’opérer dans les Sciences.

ART
DE FAIRE LE PAPIER Par M. DELALANDE.

Table des matières

1. LA NATURE nous offre une multitude de substances sur lesquelles on peut écrire,&qui ont tenu lieu de papier dans différents temps&chez différents peuples du monde. Nous les voyons employer successivement des feuilles de Palmier, des tablettes de cire, d’yvoire&de plomb, des toiles de lin ou de coton, les intestins ou la peau de différents animaux,& l’écorce intérieure des plantes; mais la perfection de l’art consistoit a trouver une matière très-abondante,&dont la préparation fût très-facile : tel est assurément le papier que l’on emploie aujourd’hui,&dont nous essayons de décrire la fabrication. Pouvoit-on concevoir quelque substance plus commune que les débris de nos vêtements, des linges usés incapables d’ailleurs de servir au moindre usage,&dont la quantité se renouvelle tous les jours? Pouvoit-on imaginer un travail plus simple que quelques heures de trituration par le moyen des moulins? On est surpris, en observant que ce travail est si prompt, que cinq ouvriers dans un moulin pourroient aisément fournir tout le papier nécessaire au travail continu de trois mille copistes.

Du Papier des Romains.

2. LE PAPIER qui a été le plus long-temps employé chez les Romains& les Grecs, étoit formé avec l’écorce d’une plante aquatique d’Egypte. Suivant la description que Pline nous donne de cette plante d’après Théophraste, elle a9ou10coudées de hauteur; sa tige est triangulaire, de grosseur à pouvoir être renfermée dans la main; fa racine est tortueuse; elle se termine par une chevelure ou panache composé de pédicules longs&foibles. Elle a été observée en Egypte par Guilandin, Auteur du seizieme siecle, qui nous a donné un savant Commentaire sur les chapitres de Pline, ou il est parlé du papier: cette plante est aussi décrite dans Prosper Alpin&dans Lobel. Voici les noms qu’elle porte dans les Botanistes modernes que l’on pourroit consulter fi l’on desiroit de plus grands éclaircissements sur cet article:

Papyrus Syriaca et Siciliana. C. Bauhini, in Pinace, 12.

Cyperus Niloticus vel Syriacus maximus Papyraceus: Morissonii historiæ, t. 3.

Cyperus enodis nudusculmis è vaginis brevibus prodeuntibus, spicis tenuioribus. Scheuchgram. 387.

Cyperus omnium maximus Papyrus dictus, (Mont. Gram. 14.) locustis minimis: Mich. Gen. 44. t. 19.

Cyperus culmo triquetro nudo, umbella simplici foliosa, pedunculis simplicissimis distiche spicatis: Royen, Horœ Leidensis50. Linnæi Specierum, pag. 47.

Les Egyptiens la nomment Berd,&ils mangent la partie de cette plante qui est proche des racines.

3. Il croît aussi dans la Sicile une plante nommée Papero, qui ressemble beaucoup au Papyrus d’Egypte; elle est décrite dans les Adversaria de Lobel: Ray&plusieurs autres après lui ont cru que c’étoit la même espece; cependant il ne paroît pas que les Anciens ayent fait aucun usage de celle de Sicile,&M.B. de Jussieu ne croit pas qu’on doive les confondre, sur-tout en lisant dans Strabon que le Papyrus ne croissoit que dans l’Egypte ou dans les Indes. On peut voir à ce sujet ce qu’ont écrit Pline, Liv. 13. ch. 11; Guilandin, dans un Ouvrage imprimé à ce sujet en1576; le P. de Montfaucon dans le sixieme Tome des Mémoires de l’Académie des Inscriptions&Belles-Lettres; les R.P. Bénédictins, dans leur Traité de Diplomatique,&sur-tout M. le Comte de Caylus, dans un Mémoire très-détaillé &très-savant qu’il a donné en1758à l’Académie des Inscriptions. C’est de ce Mémoire que nous allons extraire un abrégé de la maniere dont le papier se préparoit à Rome.

4. L’écorce extérieure de la plante ne servoit point à former le papier; les lames intérieures étoient les plus recherchées; de-là vient qu’on distinguoit, dans le papier de Rome, plusieurs qualités&plusieurs prix.

Le papier de Saïs étoit composé des rognures de rebut que l’on portoit dans cette ville.

Le papier Lénéotique, ainsi nommé d’un lieu voisin, se faisoit avec les lames qui touchent de plus près l’écorce,&se vendoit au poids, n’ayant aucun degré de bonté.

Après ces lames qui suivoient immédiatement l’écorce, on trouvoit la matiere propre du papier, qui s’employoit de la maniere suivante.

5. On assembloit sur une table des lames de toute la longueur qu’on pouvoir conserver,&on les croisoit par d’autres lames transversales, qui s’y colloient par le moyen de l’eau&de la presse: ainsi ce papier étoit tissu de plusieurs lames; il paroît même que du temps de Claude on fit du papier de trois couches.

Pline nous apprend aussi que l’on faisoit sécher au soleil les lames ou feuillets de Papyrus; on les distribuoit ensuite suivant leurs différentes qualités propres à différentes especes de papier; on ne pouvoit gueres séparer dans chaque tige plus de vingt lames.

Le papier des Romains n’avoit jamais plus de13doigts de largeur, encore étoit-ce le plus beau, tel que celui de Fannius. Ce papier, pour être parfait, devoit être mince, compact, blanc&uni; caracteres qui sont presque les mêmes que nous exigeons dans notre papier de chiffons; on lissoit le papier avec une dent ou une coquille; cela l’empêchoit de boire l’encre,&lui donnoit de l’éclat.

6. Le papier des Romains recevoit une colle aussi bien que le nôtre, &cette colle se préparoit avec de la fleur de farine détrempée dans de l’eau bouillante, sur laquelle on jettoit quelques gouttes de vinaigre; ou avec de la mie de pain levé, détrempée dans de l’eau bouillante&passée par l’étamine: ensuite on battoit ce papier avec le marteau; on y passoit une seconde colle; on le remettoit en presse,&on l’étendoit à coups de marteau. Ce récit de Pline est confirmé par Cassiodore, qui parlant des feuilles de Papyrus employées de son temps, dit qu’elles étoient blanches comme la neige,&composées d’un grand nombre de petites pièces sans qu’il y parût aucune jointure, ce qui semble supposer nécessairement l’usage de la colle.

La description précédente de la fabrication du papier en Egypte&à Rome n’est qu’un extrait de ce que Pline en rapporte: L. 13, chap.12. extrait que j’ai cru ne devoir faire que d’après la traduction&les notes savantes que M. le Comte de Caylus a inférées dans son Mémoire.

Au reste le Papyrus d’Egypte étoit connu même du temps d’Homere; mais ce ne fut, suivant le témoignage de Varron, que vers le temps des conquêtes d’Alexandre qu’on commença à le fabriquer, avec les perfections que l’art ajoute toujours à la nature.

Origine du Papier de Coton.

7. ON SE SERVIT jusqu’au dixième siecle environ du papier ainsi fait avec l’écorce de la plante que nous venons de décrire; alors on imagina de le faire avec du coton pile&réduit en bouillie: cette méthode qui devoit être depuis plusieurs siecles employée à la Chine, parut enfin dans l’Empire d’Orient, sans qu’on sache précisément l’Auteur, la date, ni le lieu de cette belle invention.

Dans un Mémoire du R.P.D. Bernard de Montfaucon, qui se trouve au sixieme Volume des Mémoires de l’Académie Royale des Inscriptions &Belles-Lettres, pages605&suiv. il est prouvé que le papier de coton, , commença à être en usage dans l’Empire d’Orient au neuvième siecle ou environ; voici ses preuves. Il y a plusieurs manuscrits Grecs, tant en parchemin ou velin, qu’en papier de coton, qui portent la date de l’année où ils ont été écrits; mais la plupart sont sans date. Sur les manuscrits datés on juge plus sûrement par la comparaison des écritures de l’âge de ceux qui ne le sont pas. Le plus ancien manuscrit en papier de coton avec la date est celui du Roi, numéroté2889, qui fut écrit en 1050; un autre de la Bibliotheque de l’Empereur qui porte aussi fa date, est de l’année1095. Mais comme les manuscrits sans date sont incomparablement plus nombreux que ceux qui sont datés, le P. de Montfaucon s’est aussi exercé sur ceux-là;&par la comparaison des écritures, il en a découvert quelques-uns du dixième siecle, entre autres un de la Bibliotheque du Roi coté2436. Si l’on faisoit la même recherche dans toutes les Bibliotheques, tant de l’Orient que de l’Occident, on en trouveroit apparemment d’autres, ou du même temps, ou peut-être plus anciens. Cela fait juger que ce papier bombycin ou de coton peut avoir été invente au neuvième siecle, ou pour le plus tard au commencement du dixieme. A la fin du onzième&au commencement du douzieme, l’usage en étoit répandu dans tout l’Empire d’Orient&même dans la Sicile. Roger, Roi de Sicile, dit dans un Diplôme écrit en1145, rapporté par Rocchus Pyrrhus, qu’il avoit renouvellé sur du parchemin une carte qui avoit été écrite sur du papier de coton, in charta cuttunea, l’an1102,&une autre qui étoit datée de l’an1112. Environ le même temps l’Impératrice Irene, femme d’Alexis Comnene, dit dans fa Regle faite pour des Religieuses qu’elle avoit fondées à Constantinople, qu’elle leur laisse trois exemplaires de la Regle, deux en parchemin,&un en papier de coton (Analec. Gr. p.278.) Depuis ce temps-là le papier de coton fut encore plus en usage dans tout l’Empire de Constantinople.

Origine du Papier de chiffons.

8. QUANT à l’origine du papier dont nous nous servons aujourd’hui, (dit le P. de Montfaucon), nous n’en savons rien de bien précis.

Thomas Demster, dans ses Gloses sur les Institutes de Justinien, dit qu’il a été inventé avant l’âge d’Accurse qui vivoit au commencement du troizieme siecle: Bombyceœ. chartœ paulo ante œtatem Accursii excogitatœ sunt. Quoiqu’il parle là du papier bombycin, je crois qu’il comprend aussi sous ce nom le papier de chiffon, qui est assez semblable au papier de coton. Il y a eu des pays où l’on se servoit de l’un&de l’autre, comme la Sicile, l’Etat de Venise,&peut-être d’autres. Plusieurs éditions d’Alde Manuce, faites à Venise, sont sur du papier de coton; le voisinage de la Grece y en aura sans doute porté l’usage: Demster semble donc parier de l’un&de l’autre. Mais nous avons sur le papier de chiffon un passage plus ancien&plus exprès dans Pierre Maurice, dit le vénérable, contemporain de S. Bernard, qui mourut en1153. Les Livres que nous lisons tous les jours, dit-il, dans son Traité contre les Juifssont faits de peau de Bélier ou de Bouc, ou de Veau, ou de plantes orientales, c’est-à-dire, du Papyrus de l’Egypte, ou enfin du chiffon. EX RASURIS VETERUM PANNORUM. Ces derniers mots signifient assurément le papier tel que nous l’employons aujourd’hui: il y en avoit donc déjà des Livres au douzième siecle;&comme on a écrit des actes&des diplomes sur du papier d’Egypte jusqu’au onzieme, il y a apparence que c’est environ ce même siecle que le papier de chiffon a été inventé,&il est à croire que ce papier aura fait tomber le papier d’Egypte en Occident comme celui de coton l’avoit fait tomber en Orient. Pierre le vénérable nous dit qu’il y avoit déjà de son temps des Livres faits avec du papier de chiffons; mais il falloit que ces Livres fussent extrêmement rares, car quelques recherches que j’aie pu faire, tant en Italie qu’en France, je n’ai jamais vu ni Livre ni feuille de papier tel que nous l’employons aujourd’hui, qui ne fût écrit depuis S. Louis, (c’est-à-dire, depuis1270); voilà, conclut le P. de Montfaucon, tout ce que j’ai pu trouver de plus sur touchant un sujet fi intéressant pour les gens de Lettres. Après les recherches d’un fi savant Antiquaire on ne doit pas espérer de trouver une date précise à cette découverte,&nous allons passer à l’état actuel de cet art.

MATIERE DU PAPIER.

9, LE Papier dont on fait usage aujourd’hui dans toute l’Europe, n’est formé que du vieux linge usé qu’on a mis au rebut,&qui ne peut servir à rien. En Auvergne, on donne le nom de pattes à ces matières premières; ailleurs on les appelle chiffons, vieux linges, vieux drapeaux, guenillons; en quelques endroits du Limousin&du Poitou, leur nom est la peille. Les Provinces où sont établies les plus grandes Manufactures de papier trouvent assez de chiffons dans les Provinces voisines,&il en reste encore beaucoup qui se transportent dans l’étranger.

Par exemple, les marchands de Lyon sont rassembler les chiffons dans le Lyonnois, le Dauphiné, la Bresse&sur-tout en Bourgogne pour en fournir les Manufactures d’Auvergne. Les Pattieres, Chiffonnieres ou Drapelieres qui parcourent les villages ramassent une quantité de pattes ou de chiffons, quelquefois dans les ordures des rues, souvent avec quelques aiguilles, qu’elles donnent à des domestiques ou à des pauvres qui ne sauroient que faire de ce chiffon; une aune de dentelle de à3sols, en paye quelquefois une quantité considérable: on y fait plus d’attention dans les villes; il ne manque gueres de s’y trouver des marchands qui rassemblent avec foin les vieux linges, à qui le peuple les vend, qui les mettent en magasin, d’où ces pattes sont transportées en Auvergne sur des mulets. Le triage des blanches&des fines se vend jusqu’à huit livres le quintal. Voyez ci-après art. 145.

10. Les chiffons de Bourgogne sont les plus estimés chez les Fabriquants d’Auvergne, parce que, disent-ils, on a foin en Bourgogne de les lessiver avant que de les vendre,&qu’ils pensent que des chiffons bien lessivés sont du plus beau papier; si c’est-là leur véritable raison, il ne tiendroit qu’à eux de faire lessiver aussi tous les vieux linges qui leur viennent d’ailleurs; le bois n’y est pas rare, puisque la plupart de leurs moulins sont au pied des forêts: cependant ces lessives ne sont usitées nulle part,&bien des personnes croient qu’elles sont totalement inutiles; la meilleure lessive, disent-ils, c’est une forte&longue trituration.

Lessive des chiffons.

11. D’AUTRES, au contraire, qui ont une meilleure idée des effets de la lessive sur le chiffon, voudroient qu’on l’employât d’une maniere plus efficace, c’est-à-dire, qu’on lessivât les chiffons même après qu’ils auroient déjà passé dans le moulin,&qu’ils seroient réduits en une espece de pâte; dans cet état ils seroient en effet plus susceptibles des impressions de la matière saline contenue dans les cendres; on laveroit de même cette pâte après la lessive, en la faisant passer encore par le moulin; c’est alors que le soleil, l’eau&la rosée acheveroient de la blanchir parfaitement,&que de la toile quoique rousse, colorée ou grossiere, deviendroit également propre à faire du papier fin. Quoi qu’il en soit du mérite de cette idée, nous n’avons pas connoissance qu’elle ait été mise en pratique.

On peut rapporter aux effets de la lessive l’expérience qui a été faite avec de la glaise pour dégraisser les chiffons; ayant mêlé de la glaise dans les mortiers, on l’a soumise à l’action des pilons, qui, avec le courant d’eau qu’on y menage toujours, ont donné une pâte parfaitement dégraissée,& qui paroissoit fort blanche; cependant le papier qui en a été formé avoit un œil grisâtre, parce que la matiere métallique&colorante qui se trouve ordinairement dans la glaise s’étoit unie avec le chiffon d’une maniéré fi intime que le lavage n’avoit pu suffire pour l’extirper.

12. La toile la plus blanche&la plus fine est toujours la meilleure, parce que le fil le plus fin est le plus aisé à blanchir; on préfére celle de chanvre&de lin, sans rejetter cependant la toile de coton. La toile neuve ne réussit pas si bien; elle est trop long-temps à s’affiner; les chiffons de laine ou de foie ne s’emploient que dans le papier gris, encore faut-il les mêler avec beaucoup de gros linge.

Le vieux papier pourroit aussi servir au même usage; mais le déchet seroit trop considérable; on aime mieux le réserver pour la fabrique du carton, où étant travaillé moins long-temps&avec moins de force,& avec la même eau, il perd aussi beaucoup moins. D’ailleurs le papier qui a été collé, quoique passé dans l’eau bouillante, donne encore à la pâte une viscosité dont on doit se garantir.

Si les chiffons qui arrivent dans les fabriques se trouvent être mouillés, on les fait sécher dans les étendoirs à papier (dont il fera parlé art. 110) avant que de les donner aux Délisseuses.

Du Délissage, ou du choix des chiffons.

13. LES CHIFFONS étant bien séchés, passent entre les mains des Délisseuses ou Guilleres: ce sont des femmes employées à ratisser&à trier les différentes qualités de chiffons, ce qui s’appelle guiller en Auvergne, &en Angoumois délisser; elles sont rangées dans une grande salle destinée à ce travail,&pleine de ces vieux linges, assises deux à deux sur des bancs. Elles ont de deux en deux une grande caisse partagée en trois cassots, pour y mettre les trois fortes de chiffons qu’elles doivent distinguer, les fins, les moyens,&les grossiers ou bulles. Les fins sont réservés pour le papier de la première qualité, comme les grossiers fervent à faire le papier bulle ou gros venant, qui est la derniere forte de papier blanc qui se fabrique dans nos Manufactures. Enfin le dernier rebut se nomme le trasse.

Chacune de ces Délisseuses a un carton enveloppé d’une grosse toile, qui est pendu à là ceinture&appuyé sur ses genoux, sur lequel, avec un long couteau bien aiguisé, elle défait les coupures lorsqu’il y en a,&ratisse toutes les ordures peut ce qui peut s’employer après avoir été bien secoué, se distribue dans les trois cassots, suivant le degré de finesse;&la Délisseuse jette le reste à ses pieds.

Ceux qui veulent mettre encore plus de foin dans le délissage, sont jusqu’à six cases, pour six fortes de chiffons, le superfin, le fin, les coutures de fin, le moyen, les coutures de moyen,&le bulle, sans compter les parties extrêmement grosses qu’on rejette totalement.

Ce reste qui ne s’employe point à la fabrication du papier, se nomme en Auvergne boulongeon; ce sont de mauvaises coutures ou du frizon, des raclures, des pattes rousses très-grossieres, des morceaux de vieilles serpillieres, de guêtres, de torchons ou de cordats (c’est la grosse toile d’emballage), des morceaux de laine ou de foie; tous ces rebuts forment la derniere forte de chiffon, qui ne doit s’employer qu’à faire les maculatures &les papiers gris dont on enveloppe les rames de papier blanc, les pains de sucre, ou autres choses semblables.

Lorsqu’on veut faire du papier gris ou bleu plus mince&plus délié, tel que celui qui forme l’étresse des cartes à jouer, celui qui enveloppe les dentelles,&c. on n’y emploie que des toiles grossieres, sans aucun mêlange de drap ni de frizon.

En Normandie, les chiffons se distinguent feulement en trois sortes, qu’on appellent le fin, le triage, le gros,&qui fervent également aux trois sortes de papier dont nous avons parlé.

Au reste, l’emploi des Délisseuses exigeant de l’attention, du discernement&de l’exactitude, on a foin de n’y placer que des personnes d’un âge mûr; on ne sauroit le confier à des enfants.

La Planche I, représente des Délisseuses assises devant leurs caisses, LM, MN, NO divisées chacune en trois cassots1, 2, 3; leur carton est marqué du chiffre4; le couteau dont elles se fervent est représenté sur la droite en C.

14. Quoiqu’on ait représenté3cassots dans chaque caisse, il y a des Manufactures où l’on n’en employé que deux, d’autres où l’on va jusqu’à quatre; on trouve en effet des Fabriquants qui prétendent que les précautions dans le délissage ne sont pas d’une grande importance, d’autres qui sont persuadés que le travail des Délisseuses n’est jamais assez exact, qu’il faudroit séparer les ourlets&les coutures, avoir égard à la grosseur de la toile, séparer celle qui est faite d’étoupe de celle qui a été faite de brin, la toile de chanvre d’avec la toile de lin, avoir enfin attention au degré d’usure de la toile; en effet, fi l’on mêle ensemble du chiffon presque neuf avec du chiffon très-usé, l’un ne fera pas encore réduit en pâte, que l’autre fera déjà atténué au point d’être emporté par l’eau,&de passer au travers du crin; de-là un déchet considérable dans l’ouvrage, une perte réelle pour le Fabriquant,&même pour la beauté du papier; car les particules déjà emportées par le courant de l’eau sont peut-être celles qui devoient donner au papier le velouté&la douceur qui lui manquent souvent.

Ce n’est pas tout, les fécules dont la ténuité est inégale produisent des papiers nébuleux, où l’on voit par intervalles des parties plus ou moins claires, plus ou moins foibles, des flocons qui se sont assemblés sur la forme, parce qu’ils n’étoient pas assez délayés pour s’unir avec des parties plus fluides.

15. Il faudroit donc piler à parc les différences qualités de toiles, les ourlets&les fils de couture, parce que le fil à coudre n’est jamais autant usé que celui de la toile; il s’affine plus difficilement,&forme des filaments dans le papier. Quand on auroit pilé à part les chiffons inégalement disposés à la trituration, on pourroit alors, sans inconvénient, mêler ensemble ces différentes pâtes, qui se trouveroient homogenes, chacune ayant été affinée pendant le temps qui étoit nécessaire à l’état du chiffon. Sans cette précaution l’on perdra toujours les particules les plus fines,&l’on verra toujours les plus grossieres altérer la belle qualité du papier.

Cette grande précaution dans le délissage coûteroit beaucoup; mais il ne faut pas douter qu’elle ne produisît une différence totale dans la beauté du papier, sans nuire à fa bonté; l’on auroit l’avantage de mêler une pâte qui doit faire la force du papier, avec une autre qui doit en faire la douceur&l’éclat,&l’on réuniroit ainsi des qualités, qui jusqu’ici existent séparément: le papier de France est plus blanc, plus fort; celui de Serdam plus homogene&plus agréable à la vue. Voy. art. 126.

S’il y avoit des marchands qui fissent un très-grand commerce de chiffons, ils seroient à portée d’observer ces précautions,&de vendre séparément toutes ces différentes qualités de chiffons. Il en seroit de même des gros Fabriquants, qui auroient à cœur la perfection de l’ouvrage; à l’égard des autres, il ne leur est gueres possible de faire un si grand choix: ils mettent pour le fin beaucoup de choses qui ne devroient entrer que dans le moyen,&dans le moyen ce qui devroit être réservé pour le bulle.

DU POURRISSOIR.

16. LORSQU’ON a environ trente milliers de drapeaux, qui peuvent former deux mille rames dans les grandeurs moyennes, on entreprend une partie de papier,&l’on porte le chiffon au pourrissoir: l’on n’attend pas si long-temps dans les petites Manufactures; on peut commencer avec deux ou trois milliers de chiffons.

Le plancher de la chambre des Délisseuses ou des Guilleres est percé, aussi-bien que l’appartement inférieur, jusques dans une espéce de cave à moitié souterreine où est le pourrissoir; cette ouverture est garnie de planches qui forment comme un large tuyau ou une conduite par où l’on jette chaque forte de chiffon pour en faire des tas séparés suivant les différentes qualités du papier.

Dans certains endroits de l’Auvergne, le pourrissoir C, Planche I, n’est qu’une grande cuve de pierre de taille destinée à faire fermenter&, pour ainsi dire, pourrir les chiffons; elle peut avoir16pieds de long sur 10de large,&3de profondeur; elle est cimentée par les côtés,&non par le fond,&l’eau jettée sur les chiffons que cette cuve contient peut s’égoutter d’elle-même,

L’eau est amenée sur les chiffons par le moyen d’une autre cuve de bois B de5pieds en quarré sur trois de profondeur, qui en est tout proche; celle-ci la reçoit du bachat-long, où elle coule par les reposoirs dont il fera parlé, art. 27; ailleurs le pourrissoir est une chambre voûtée dans laquelle on fait des tas de chiffons de6pieds en tout sens plus ou moins; nous en parlerons plus bas.

Quand le pourrissoir C’est plein de ces chiffons, on jette de l’eau par-dessus, jusqu’au haut pendant dix jours,&huit ou dix fois par jour sans les remuer. On les laisse ensuite reposer pendant dix autres jours plus ou moins, sans y verser de l’eau; on les retourne,&le centre vient à la surface pour faciliter la fermentation; après les avoir retournés, on les laisse encore quinze ou vingt jours en fermentation, ensorte que le pourrissage peut durer cinq à six semaines: le terme n’en est point fixe; mais lorsque la chaleur est devenue assez grande pour que la main ne puisse être que quelques secondes dans l’intérieur, on juge qu’il est temps de l’arrêter.

Dans les moulins où l’on a peu de chiffons à employer, on les laisse pourrir plus long-temps, parce que les amas étant plus petits s’échauffent moins, plus difficilement; ainsi l’on ne peut rien fixer sur la durée du pourrissage. Il dépend aussi de la qualité du chiffon; le linge le plus fin fie pourrit moins promptement que le grossier,&le linge usé plus difficilement que le linge neuf, parce que l’humidité interne qui dispose les fibres à la fermentation, est plus considérable dans le linge neuf ou greffier que dans le linge fin ou usé. Lorsqu’il croît des champignons sur le monceau des chiffons, on estime que c’est la marque d’une bonne mouillée.

Il y a aussi des pourrissoirs en Auvergne qui ont dix ou douze pieds en quarré,&que l’on conduit d’une maniere un peu différente; on place le chiffon d’un cote feulement du pourrissoir; on le mouille pendant quatre a cinq jours au moyen d’un réservoir élevé au-dessus,&qui se vuide vingt-quatre ou trente lois par jour; on suspend le mouillage pendant deux ou trois jours; on recommence à mouiller une féconde fois pendant quelques jours,&de même une troisieme fois: au bout de trois semaines ces chiffons étant allez mouillés, on fait un pareil tas dans l’autre partie du pourrissoir, que l’on mouille de même; ensuite l’on retourne les premiers chiffons sur ces derniers,&on les laisse fermenter sans les mouiller davantage: lorsqu’une troisieme partie de chiffons mis à la place de ces derniers a été arrosée de même pendant dix-huit ou vingt jours, on transporte de nouveau dans un endroit sec&séparé les premiers chiffons qui avoient été déjà placés sur les seconds,&c’est-là où s’acheve le pourrissage.

17. On a dans certaines Provinces une autre maniere de disposer les chiffons dans le pourrissoir: après les avoir imbibés d’eau, on en fait un tas dans un coin de la salle voûtée qui est destinée à cet usage; on les arrose de temps en temps; quand ils sont suffisamment échauffés, on les transporte dans un autre angle de la même salle, ensorte que ce qui étoit au-dessus du premier tas se trouve dessous dans le second; on a foin d’y jetter de l’eau de temps en temps. Quand il s’est échauffe de nouveau, on le transporte au troisieme coin du pourrissoir, où l’on attend une nouvelle fermentation pour le porter dans le quatrième angle, observant toujours de mettre sous le tas les drapeaux qui étoient dessus le précédent,&d’arroser souvent; car il en suinte une eau rousse dont il est très-bon de délivrer les chiffons. A mesure qu’on vuide la mouillée qui étoit dans le premier coin, on en forme une autre dans ce même coin, qui parcourt à son tour les quatre angles du pourrissoir.

Usage de la Chaux.

18. IL Y A des Fabriquants qui, pour accélérer l’opération du pourrissoir, mettent de la chaux avec les chiffons. Peut-être qu’une très-petite quantité de chaux pourroit y être utile; mais si l’on en met trop, le chiffon attendri&corrode se réduira trop tôt en pâte, passera par le couloir avec l’eau qui ne devroit en emporter que les ordures,&formera un déchet considérable. C’est peut-être pour cela que les réglements qui doivent toujours prévenir les abus de la cupidité,&veiller à l’intérêt même du particulier, parce que l’intérêt public en dépend, ont défendu totalement l’usage de la chaux.

19. Avant que de mettre les drapeaux en tas pour la fermentation, on a coutume en Angoumois de les mettre au mouilloir, qui est une espece d’auge en pierre de taille, dont le fond est incliné; on y établit un courant d’eau qui humecte&pénetre les chiffons, emporte une partie de la crasse,&les dispose a la fermentation; à peu près comme on le voit en fig. I; mais on ne les laisse pas pourrir dans ce mouilloir.

20. Le pourrissoir est une des parties fondamendales d’une papeterie; on juge communément en Auvergne, en voyant le pourrissoir, du bon état de la Manufacture. La chambre doit être voûtée, pour une plus grande propreté; d’ailleurs plus elle est à l’abri des variations de la température, moins le Fabriquant est exposé a se tromper sur le temps où la fermentation doit être suffisante;&par ce moyen elle n’est, ni interrompue ni précipitée.

Effets du Pourrissoir.

LA FERMENTATION ou le pourrissage rend le papier uni, caillé, doux, &lui donne du poids; si elle est arrêtée trop tôt, le papier en devient crud, dur, léger, fort, mais exige plus de temps pour être travaillé; la fécule voltige&se dépose moins facilement; c’est une matière sauvage suivant le langage des ouvriers.

On a cru observer aussi dans une expérience faite à Montargis sur du beau chiffon qui n’avoit point été pourri, que la fécule étoit comme engagée dans une substance visqueuse, ce qui l’empêchoit de se précipiter uniformément sur la verjure; cela prouveroit que le pourrissoir aide encore à dégraisser le chiffon. Si d’un autre côté on laissoit le chiffon fermenter trop long-temps, il y auroit pour le Fabriquant un déchet considérable, il faudroit beaucoup plus de matiere pour une même quantité de papier, parce que les parties atténuées par la fermentation feraient trop promptement emportées par le lavage: si enfin on laissoit la mouillée s’échauffer encore plus long-temps, elle se réduiroit comme en poussiere, ou s’en irait en fumée&en charbon.

Quoique l’action du pourrissoir soit propre à abréger le travail du papier,&à faciliter l’opération du moulin, il y auroit plusieurs avantages à s’en passer: s’il étoit possible de détruire la liaison&le tissu des toiles,& de les dégraisser sans en avoir auparavant corrompu la substance en les faisant pourrir, si l’on entreprenoit de réduire les chiffons en pâte sans employer la fermentation, le papier en seroit plus fort, moins cassant&plus blanc. Quelques Fabriquants disent que le pourrissoir donne, du moins à la surface de chaque chiffon, un œil jaunâtre, que le moulin ne leur ôte qu’avec peine,&n’ôte pas entièrement fi le chiffon est trop pourri.

Du moins dans l’état actuel où l’on emploie généralement le pourrissoir, il seroit très-utile d’observer les précautions que nous avons indiquées à l’occasion du délissage, art. 14. Les chiffons qui sont plus ou moins forts, plus ou moins usés, résistent inégalement au pourrissage, les uns sont déjà gâtés lorsque les autres n’ont pas encore éprouvé la première fermentation; il faudroit donc faire pourrir ensemble des chiffons assortis avec grand soin, si l’on ne veut pas courir risque d’altérer toute la mouillée par le mélange d’une portion de drapeaux trop différente de tout le reste.

De la Faux ou du Dérompoir.

21. LA MOUILLÉE au sortir du pourrissoir se porte au dérompoir ou à la faux; c’est une lame de fer tranchante, fixée verticalement sur un établi, ou dans une pierre, bordée ou environnée de planches en forme de caisse D, de six pieds de long sur quatre de large&deux de profondeur, comme on le voit en E, Planche I; le gouverneur (c’est dans d’autres endroits un apprentif) F, assis devant cette faux, prend les drapeaux des deux mains,&les passant derrière la faux les coupe par morceaux de deux pouces au plus de largeur; après les avoir ainsi coupés, il les met dans des gerlons G, ou petites cuves ou tinettes de bois, liées de cerceaux de fer; ces gerlons ont deux douves plus longues que les autres, opposées diamétralement&percées de deux grands trous qui fervent à les porter plus aisément dans le moulin.

L’opération du dérompoir ou du coupoir est nécessaire pour abréger& faciliter l’opération du moulin; des lambeaux qui auroient une certaine longueur, ne pourroient être dépecés&déchirés qu’avec peine; ils pourroient se loger entre les clous des maillets ou dans les coins des piles,& échapper à l’action des pilons.

22. Pour parvenir à couper les chiffons plus vîte&plus également, on a employé quelquefois des machines, par exemple, une roue dont quatre rayons portoient des couteaux,&qui passoient contre un autre couteau fixé parallèlement à la roue.

M. de Genssane a proposé aussi une méthode dont nous parlerons (art. 72), à la fuite des Cylindres de Hollande qui lui en ont fourni l’idée. Mais nous devons avertir que la méthode de M. Genssane n’a point été exécutée,&que les couteaux de la machine précédente ont été fracassés en peu de temps.

Du Lavoir.

23. LE CHIFFON étant pourri,&dérompu par le moyen de la faux, se porte dans des bacs; ce sont de grandes auges de pierre ou de bois, dans lesquelles on établit un courant d’eau claire; le gouverneur aidé de l’apprentif remue&agite le chiffon dans ces bacs pour le bien laver: il seroit encore mieux de les dégorger en les mettant dans de grandes piles, où ils seroient frappés par de larges pilons de bois, qui ne seroient point armés de fer; ces dégorgeoirs nétoyeroient mieux le chiffon, que ne peuvent faire les ouvriers qui le remuent à force de bras; au reste l’opération du lavoir n’est pas usitée en Auvergne, ce qui prouve qu’on peut à la rigueur s’en passer,&trouver ce lavage dans l’action même du moulin que nous allons décrire.

DU MOULIN.

24. LES CHIFFONS déjà préparés par la fermentation, par la faux&le lavage, sont en état d’être broyés, triturés,&réduits en une pâte claire, par le moyen des pilons, ou par le moyen des cylindres, suivant l’usage de chaque pays: en Auvergne on s’est toujours servi des marteaux ou pilons; en Hollande, on se sert plus communément des cylindres: cette derniere méthode est plus prompte, mais peut-être plus compliquée& plus dispendieuse; ce sont-là les feules raisons qui ayent pu l’empêcher d’être généralement adoptée: notre objet est de détailler les deux procédés, chacun séparément,&comme s’il étoit seul, après avoir parlé de la distribution des eaux dans l’intérieur d’un moulin.

Distribution de l’eau dans les Moulins.

25. LA PLANCHE II. représente le local d’une des plus belles Fabriques qu’il y eût en Auvergne, au temps où feu M. des Billettes travailloit à la description de cet art; elle est placée en un lieu nommé la Grand-rive, dans la plaine du Livradoir, arrosé de la Dore, petite riviere qui se jette dans l’Allier environ à huit lieues de Riom; ses moulins sont situés à la chûte d’une très-grande quantité d’eau, qui sort d’entre des montagnes fort serrées, pour aller se perdre dans la Dore. Nous ne changerons rien à cette ancienne description; mais nous ferons observer les choses où il y auroit de l’avantage à pratiquer d’autres dispositions, D’ailleurs la situation de chaque moulin demande presque toujours des variétés dans les différentes parties.

Les eaux sont conduites à la Papeterie par un canal A fait exprès, de quinze toises de long sur cinq pieds de large, garni de fortes planches, tant par les cotés que par le fond; on y fait entrer plus ou moins d’eau au moyen d’une vanne ou écluse, qui est à la premiere entrée du canal, mais qui n’a pu être représentée dans la figure.

La plus grande partie de l’eau est destinée pour le mouvement de la roue du moulin; le reste se distribue dans les autres parties de la Papeterie, où elle est également nécessaire. La premiere eau qui s’échappe du canal, environ six à sept pas au-dessus des roues, comme on le voit en B, passe au travers d’un panier d’osier; elle est; conduite par une rigole C aux deux reposoirs E&I, qui sont formes avec des planches de chêne, de deux à trois pouces d’épaisseur,&fortifiés par des pièces de même bois miles debout dans les angles. Le plus grand E de ces deux reposoirs a douze pieds de long sur cinq de large&trois de profondeur; l’autre reposoir I n’a sur la même profondeur que six pieds en quarré. Le grand reposoir reçoit l’eau immédiatement du canal A, par la rigole C qui aboutit à une canoniere D, ou caisse de bois quarré, placée au dedans du reposoir, dont elle doit excéder de deux pouces la hauteur; cette canoniere, représentée séparément en M, est composée de trois planches, dont deux sont appliquées à l’une des planches du reposoir,&la troisieme en forme l’assemblage; le reposoir lui-même tient lieu de la quatrieme. Celle des trois qui est opposée à la rigole, ne descend qu’à six pouces près du fond du reposoir; une des deux autres touche à ce fond,&la troisieme n’en est qu’à deux ou trois pouces: l’usage de cette canoniere est de retenir la force du courant d’eau qui entre en B,&de faire précipiter dans le fond du reposoir le fable fin qu’elle pourroit avoir charrié; comme le panier sert à arrêter les pierres, les herbes, ou autres immondices plus grossieres.

26. Quelquefois on pratique une fuite de reposoirs ou de grands timbres de pierre, dans lesquels l’eau coule de superficie,&passe de l’un à l’autre pour avoir le temps de déposer peu à peu dans chacun de ces timbres ce qui lui restoit d’immondices.

On ne voit dans la Planche I, qu’un petit reposoir I placé au-dessous du grand, dont il reçoit l’eau par une ouverture F, également garnie d’une claie; dans certaines fabriques on place aussi dans les dernieres issues de l’eau des tas de chiffons, de distance en distance, pour retenir mieux le sable fin, dont on ne sauroit trop se garantir,&filtrer, pour ainsi dire, comme dans autant de chausses, toute l’eau qui doit servir à la formation du papier.

L’eau qui coule dans le petit reposoir, y arrive aussi par une rigole G, &débouche dans une autre canoniere H, qui est dans le petit reposoir; il y a encore à l’extrémité du petit reposoir une grille de fer K de neuf pouces en quarré, dont les fils sont très-déliés&très-serrés, tout ainsi que la verjure des formes (dont nous parlerons art. 75). C’est au travers de ce tamis de métal que coule toute l’eau du petit reposoir, le long d’une rigole qui la conduit à l’intérieur du moulin pour y arroser les drapeaux, (art. 48.) qui ne la reçoivent par conséquent que dans la derniere pureté. Ce qui prouve bien la nécessité de toutes les précautions dont nous avons parlé, c’est qu’au bout d’un certain temps on trouve du limon& de la vase en forme de sédiment au fond de tous les timbres,&de tous les vases que l’eau a parcourus.

27. Pour parvenir à cette clarification parfaite, on a fait pratiquer, lors de l’établissement de la Manufacture de Montargis, un puisard, dans lequel l’eau ne parvient qu’après avoir traversé plusieurs compartimens, dont l’un est rempli de cailloux, l’autre de gros fable bien lavé, le troisieme d’un fable plus fin, encore bien lavé; cette eau ainsi clarifiée y est élevée par des pompes dans un réservoir, d’où elle se distribue par-tout où il est nécessaire. Peut-être ces compartiments de sable sont-ils la cause de ces graviers qu’on a reproché quelquefois au papier de Montargis (art. 141 D’ailleurs une eau élevée par des pompes ou des godets est toujours trop agitée, trop battue pour pouvoir assez tôt se clarifier. Il faudroit du moins que l’on eût un réservoir assez grand pour que l’eau y séjournât long-temps, qu’elle pût s’y épurer, y déposer son gravier avant que de couler sur les chiffons. Il n’y a qu’un seul inconvénient dans cette pratique; mais il n’empêche pas qu’elle ne soit la meilleure; on fait que ces fortes de réservoirs se troublent quelquefois en Eté, lorsque le temps est disposé à l’orage, sans autre cause apparente; dans ces circonstances l’eau même du bassin n’auroit pas la limpidité nécessaire pour faire du papier.

De la qualité des Eaux.

28. LES EAUX les plus claires sont les meilleurs à cause de la propreté, si recommandée dans la fabrication du papier. Les eaux qui dissolvent le mieux le savon, sont encore les plus propres à ces travaux, dans lesquels il s’agit de dégraisser les chiffons,&de dissoudre parfaitement la colle qui est aussi une substance graisseuse. Les Papetiers disent que les eaux les plus battues, &celles qui viennent de loin sont un papier plus caillé, c’est-à-dire plus ferme,&plus fourni de matiere; fi cela est, c’est probablement parce que ces eaux ont eu le temps de déposer mieux le limon,&les parties hétérogenes qui pouvoient s’y trouver,&que s’étant plus chargées d’air par le mouvement, elles dissolvent mieux les graisses&le savon.

On doit éviter les eaux qui sont sujettes à se troubler par les pluies, &celles qui coulent sur un terrein fangeux. On doit éviter aussi de placer une Papeterie au-dessous des Manufactures, des Usines ou des autres machines, qui faisant usage de la même eau auroient pu lui communiquer une qualité défectueuse. Les eaux des pluies&des étangs dissolvent très-bien le savon; ainsi on peut les employer pour le papier, fi elles sont bien épurées.

29. La plus grande partie de l’eau du canal A, dont nous avons parlé (art. 25), est destinée pour le mouvement de la roue qui leve les pilons. L’eau passe d’abord à travers un ratelier de bois N; le canal est continué par deux auges O&P, qui placées bout à bout descendent jufqu’à atteindre de fort près la circonférence de la roue. L’auge O, qui est la premiere sous le courant de l’eau, ou du côté du ratelier, se nomme ordinairement premiere gorge ou gorgere; la seconde P, qui tombe plus perpendiculairement sur les aubes de la roue, se nomme chanée étriere. Elle tient à la gorgere O, par de grands crochets appellés des encloues ou enclouses;&elle est mobile en bas comme une bascule, pour laisser échapper l’eau, quand on n’en a plus besoin,&la détourner de dessus les aubes de la roue. En conséquence cette chanée ne doit être soutenue que par un crochet, contre un pilier ou montant de bois élevé près du mur; on auroit pu employer tout autre moyen pour faciliter le dégorgement lorsqu’on veut arrêter le moulin.

Cette eau, tant par sa chûte que par son poids, fait tourner la roue R, dont l’arbre même, situé horizontalement dans l’intérieur du moulin, éleve les pilons qui doivent réduire le drapeau en une pâte très-fine, pour former du papier.

Manufacture située en plaine.

30. APRÉS avoir exposé la situation d’une Papeterie placée aux pieds des montagnes, nous allons en décrire une qui est située dans la plaine, où l’art est obligé de suppléer à ce que faisoit la nature feule dans le premier cas. Le meilleur modele que l’on puisse choisir est la Manufacture de Langlée, près de Montargis, dont les différentes parties ont été disposées avec tout le foin&toute la magnificence qu’il étoit possible d’y mettre elle est située près du canal de Montargis, où elle prend toutes les eaux qui lui sont nécessaires.

La Planche III, contient&le plan&l’élévation du bâtiment; on voit dans le milieu du plan une branche A du canal, par laquelle l’eau entre dans un bassin de réserve, d’où elle se distribue par les issues B B, dans deux coursieres pour faire tourner les deux roues des moulins. La disposition des lieux n’a pas permis d’avoir beaucoup de chûte, ensorte que les roues ont moins de force qu’il n’en faudroit pour leur première destination: on peut remarquer aussi que l’eau à son arrivée dans la coursiere, &vers les empêlements, auroit dû être un peu plus au large, afin de baisser moins après avoir passé les empêlements: il faudroit enfin que les issues fussent plus dégagées; le mouvement de l’eau en seroit plus prompt&la force plus grande.

On voit en C, dans la partie droite de l’attelier, une de ces roues, qui est mue dans une coursiere par le moyen de l’eau qui coule de B en C, &se décharge en X. Indépendamment des cylindres que cette roue met en mouvement; elle porte une manivelle à l’extrémité de son axe; cette manivelle donne le mouvement aux pompes, par le moyen d’une tringle qui va jusqu’au bâtiment de pompe D, que l’on voit aussi en d dans l’élévation; l’eau ne s’insinue dans le puisard, qu’après avoir été filtrée au travers de plusieurs lits de cailloux; (art. 27) c’est-là que deux pompes foulantes&aspirantes, puisent sans cesse de l’eau pour remplir le réservoir, qui est dans la partie la plus élevée de l’attelier des moulins.

Ce réservoir n’est soutenu que par une charpente, parce qu’il a été fait après coup; il auroit pu être placé sur une voûte,&occuper une très-grande longueur: quoi qu’il en soit, dans son état actuel il a trentre-trois pieds de long, il est doublé de plomb,&l’eau qui y séjourne y dépose la plus grande partie de son gravier; s’il étoit encore plus étendu, l’eau y séjourneroit plus long-temps,&s’y clarifieroit encore mieux. Il eût été même plus avantageux de prendre l’eau à une lieue de là, dans une partie du canal de Montargis, plus élevée&plus voisine du point de partage; on auroit évité le travail des pompes, qui agite l’eau&qui la trouble; on l’auroit amenée facilement par des conduites en poterie, qui à quatre pouces de diametre, ne coûteroient gueres que vingt livres la toise.

L’eau du réservoir se distribue par de petits tuyaux de conduite qui regnent le long des murs, non-seulement dans les cuves à cylindres E E qui en sont assez voisines (54), mais encore dans les cuves à ouvrer FF, (art. 81); la partie gauche de l’attelier a un pareil réservoir; mais il est plus petit, comme on le dira, art. 64.

31. Le bâtiment est distribué de façon, que la matiere du papier, dans les différents états par lesquels elle doit passer, suive l’étendue du bâtiment, qui est de plus de cent toises, en commençant par l’aile gauche où les chiffons se préparent, jufqu’à l’aile droite où le papier étant fini se plie &se met en magasin; nous n’avons représenté dans le plan des bâtimens, que les parties les plus nécessaires à l’intelligence de l’art qu’il s’agissoit de décrire; dans l’aile gauche, c’est-à-dire, celle qui est à gauche lorsqu’on regarde le plan, nous avons choisi l’entresol, où se trouve la salle du délissage; dans la partie du milieu nous avons pris le raiz de chaussée, parce qu’il renferme le pourrissoir avec l’attelier des moulins&des cuves; dans l’aile droite, nous avons pris aussi le raiz de chaussée, qui comprend les salles du pliage; on y voit les tables T, dont il fera parlé, art. 114. les presses H H, le marteau V qui sert à donner le dernier apprêt (117), &les piliers K, qui fervent à soutenir les planchers.

32. Quant au reste du bâtiment, le raiz de chauffée de l’aile gauche sert aux atteliers&aux magasins de charpente&de menuiserie; le premier étage des deux ailes, qui est en forme de mansarde, sert à étendre le papier feuille à feuille après la colle (107); c’est-là le grand étendoir qui regne dans tout le bâtiment,&occupe le premier étage du grand corps de logis. Le second étage en mansarde du grand corps de bâtiment, sert à étendre en pages avant que le papier soit collé; c’est-là le petit étendoir (95). L’entresol dans l’aile droite, sert de magasin pour les papiers qui sont absolument finis&plies en rames (122). A l’extrémité des deux ailes, le premier étage est destiné aux logements des Propriétaires, des Intéressés &des Directeurs de la Manufacture.

Hors de l’enceinte des bâtimens que nous venons de décrire, il y a aussi deux corps de bâtiments pour les logements d’ouvriers;&dans une des extrémités de l’enceinte, il y a un pavillon destiné feulement pour l’opération de la colle; il a soixante-quatre pieds sur quinze dans œuvre: une moitié du raiz de chauffée suffit à coller le papier (100); l’autre moitié sert à décoller les papiers défectueux que l’on est obligé de refondre (121);&la mansarde de ce pavillon est destinée toute entiere au magasin des rognures qui fervent à la colle (98, 106).

De la Roue&des Maillets.

33. LA CHANÉE étriére dont nous avons parlé (art. 29), recevant toute l’eau du canal, la dégorge sur une grande roue destinée à mouvoir les maillets; cette roue peut être de différents bois&de différentes dimensions suivant les circonstances&les lieux.

Celle qui est représentée en A A, Planche II. fig. 2, a sept pieds&demi de diametre; elle est faite en sapin, mais enarbrée par le centre sur une grande piece de bois de chêne H H, de vingt-huit pieds de long, arrondie, ou taillée à pans, ayant treize à quatorze pouces de diametre, à la réserve d’une tête T, d’un pied&demi d’équarrissage, dans laquelle sont assemblés a mortaises les bras B de la roue qui le croisent l’un l’autre au milieu par des entailles. Sur l’extrémité de chaque bras est fixé le milieu d’une jante ou courbe telle que E, d’environ un pied de large sur trois pouces d’épaisseur, qu’on assujettit fortement sur ces bras par des coins F, ou clavettes de bois qui chassent la courbe vers le centre; les quatre courbes ensemble sont la circonférence interne de la roue, au-dessus de laquelle s’élevent vingt palettes ou volets D, qu’on nomme alives, y compris les quatre qui sont formées en M par les extrémités même des bras; toutes ces alives ont aussi un pied de large; il y en a seize qui sont penchées ou inclinées sur le rayon& sur les courbes, au lieu que les quatre alives M, restent perpendiculaires, à cause de la facilité qu’on a de les trouver toutes faites aux extrémités de chaque bras. Tout cela est revêtu à droite &à gauche de chanteaux ou jantilles telles que C, C; ce sont des planches de sapin, qui suivent la courbure de la roue,&qui étant attachées par des chevilles aux jantes de la roue, forment comme autant de petites auges ou especes de godets, qui reçoivent l’eau du canal,&mettent la machine en mouvement. Il paroît qu’une roue plus grande que celle-là, qui auroit un plus grand nombre d’aubes,&qui recevroit l’action de l’eau par la partie supérieure, auroit plus d’avantage; mais ce sont les circonstances locales qui déterminent ordinairement ces détails,&nous nous en sommes tenus à cette égard aux figures qui avoient été gravées autrefois.

34. L’arbre tournant qui traverse la roue, se nomme indifféremment le grand arbre ou l’’arbre des chevilles, parce qu’il porte les cames ou mantonets; il est représenté en S dans la fig. 1,&en H dans la fig. 2; il est: terminé par des tourillons, ou pivots cylindriques de fer, qui y sont encastrés profondément,&garnis de bonnes fretes ou cercles de fer, qui les fortifient&les entretiennent; ces pivots de fer portent dans des grenouilles de laiton, telles que I, fig. 2, suivant la regle des bons ouvriers, qui est: de ne pas faire frotter le cuivre sur du cuivre, mais du cuivre contre du fer: les grenouilles sont portées chacune sur deux dormants, le petit dormant I, étant posé sur le gros dormant K, qui lui-même est posé sur un massif O de maçonnerie. Le long de l’arbre S, sont posés de distance en distance72mantonets, ou cames de bois blanc, qui ont trois ou quatre pouces de saillie, telles que1&2, fig. 1,&P P, fig. 2; ces mantonets sont placés de façon qu’il y en ait toujours dans la circonférence quatre qui répondent à chaque maillet, afin de l’élever quatre fois à chaque tour de la roue,&de le laisser tomber autant de fois dans le creux de piles ou la pâte doit être triturée.

35. L’arbre des piles, qu’on appelle en Auvergne l’arbre des bachats, est une grosse piece de bois de chêne d’environ vingt-trois pieds de long sur deux pieds d’équarrissage; c’est dans l’épaisseur de cette piece de bois que sont taillés six creux de piles, distants par les bords de sept à huit pouces; ces creux de piles, qu’on nomme en Auvergne bachats, sont évasés par le haut,&ont une figure ovale de trois pieds sur un&demi; leur profondeur est d’un pied&demi,&ils vont en diminuant par une espece de dégradation&de courbure, telle que le fond n’a plus qu’environ deux pieds sur sept à huit pouces de l’arge. Dans l’Angoumois les piles n’ont toutes qu’environ treize pouces de profondeur,&deux pieds ou deux pieds&demi de largeur.

36. Le fond des creux de pile est couvert d’une platine de fer d’un ou deux pouces d’épaisseur, qui y est fixée par quatre gros doux qu’on nomme agraffes, de trois pouces&demi de long; ces platines sont quelquefois de fonte, quelquefois de fer battu; l’Auvergne tire les siennes des martinets de Vienne ou de Nevers. Cette platine de fer a quelquefois l’inconvénient de se rouiller quand les piles sont vuides,&d’occasionner des taches au papier; il seroit par conséquent très-utile d’employer une matiere plus dure&moins sujette à la rouille: telle seroit une sorte semelle de cuivre&d’étain, composition qui ne se rouille point,&donc on verra que se sont les platines (art. 57): au défaut de cette ressource, on a foin de commencer par faire du papier commun dans les piles qui se sont reposées quelques temps,&dont les semelles peuvent être rouillées, pour les nettoyer ainsi avant que d’y travailler du papier fin.

37. La plupart des moulins sont composés de six piles, trois qui effilochent, deux qui affinent&une qui affleure; mais il y a aussi des moulins de cinq&de quatre piles. La forme varie aussi-bien que le nombre; j’ai vu des moulins, donc les piles avoient trois pieds deux pouces, sur deux pieds&un pouce, se réduisant en forme de talut d’un seul côté à un pied neuf pouces de long, sur neuf pouces de large dans le fond; cette forme des auges n’est point indifférente, la pâte devant y circuler&y être sans cesse retournée pour que la trituration soit régulière, la forme dont je viens de parler peut être préférable, en ce qu’elle facilite ce retournement continuel des chiffons. Dans un Mémoire envoyé à l’Académie de Besançon, à l’occasion du prix qu’elle a proposé en1759 sur cette matiere, il est parlé d’un moulin où l’on a fait toutes les auges en pierre, pour éviter les saletés que le bois fournit en s’altérant,&se détruisant par des frottements continuels; mais il seroit bon de savoir si l’expérience est favorable à cette pratique.

38. Les maillets, marteaux, ou pilons, Planche IV fig. 3, sont des pièces de bois de sept pieds quatre pouces de long A A; la partie B, qui est proprement le marteau a environ trois pieds&demi sur six pouces d’équarrissage: elle est emmanchée à onze pouces près de son extrémité supérieure par une mortaise de sept à huit pouces de long, sur environ un&demi de large,&le manche qui la traverse par cette mortaise, y est ferré par dessus avec un coin de bois X. Il y a trois sortes de maillets qui différent par leur forme comme par leur usage,&qui agissent dans trois ordres de piles appellées en Auvergne, piles-drapeaux, piles-floran, pile de l’ouvrier,&en Angoumpiles à éfilocher, à affiner, à affleurer. Les trois premieres piles les plus proches de la roue, qui sont les piles-drapeaux, ont leurs six maillets fortifiés par des liens ou des viroles de fer,&garnis de vingt clous de fer, qui ont cinq pouces de long,&environ un pouce sur six lignes de base, pointus&tranchants, destinés à hacher les drapeaux; le nombre de ces clous va quelquefois jusqu’à quarante. Les douze maillets suivants qui agissent dans les piles-floran, ont des clous à tête plate en forme de coins, semblables, fi l’on veut, aux larmes ou gouttes de l’ordre dorique; ceux-ci ne peuvent que piler&broyer; ils fervent à la quatrième&à la cinquieme pile destinées à affiner. Les trois maillets de la sixieme pile, appellée pile de l’ouvrier ou pile à affleurer, n’ont aucune garniture de fer; leur tête est simplement de bois,&ils ne fervent qu’à délayer la pâte, lorsqu’on veut l’employer. (voy. art. 74.) En Angoumois, les maillets à éfilocher sont garnis d’environ48clous, qui pesent ensemble 12livres; les maillets à affiner ont un plus grand nombre de clous que les maillets à éfilocher; néanmoins on finit quelquefois avec les maillets a éfilocher qui ont été altérés par un long usage. Quand les moulins tournent bien, chaque maillet frappe environ40coups par minute.

En1746, M. du Ponty proposa des pilons, dont l’armure étoit d’une feule piece de fer cannelée; l’épreuve en a été faite depuis en1749, à Etampes où, quoique les eaux ne soient pas propres au beau papier, elle réussit très-bien,&l’on vit que la durée de l’opération en étoit sensiblement diminuée.

L’extrémité p, (Planche IV) qui passe au-delà de la tête du maillet est celle que levent les chevilles du grand arbre; elle est garnie d’un lien ou virole de fer a,&porte en dessous une petite platine p, aussi de fer, longue de huit à neuf pouces, sur deux de large,&deux lignes d’épaisseur, qu’on nomme éperon; il est représenté séparément en D. Cet éperon est ferre fortement à la tête du manche par la virole a, au moyen de deux coins1& 2, qui sont chassés l’un à droite,&l’autre à gauche; il sert à recevoir l’action des chevilles qui sont lever le maillet: sans l’éperon, la tête seroit bien-tôt usée. L’autre extrémité, ou la queue du maillet, est aussi garnie d’un lien de fer a, bridé par un coin de bois, marqué3, pour empêcher que cette partie n’éclatte en tournant sur l’axe Y. Cette extrémité est encore entaillée pour recevoir les crochets qui doivent tenir les maillets élevés, lorsqu’on ne veut pas qu’ils battent, cette opération se fait de la maniere suivante: Trois crochets, qu’on appelle crochets des grippes de devant, marqués chacun d’une étoile dans la figure3, sont destinés à accrocher les queues des marteaux; une piece de bois E, nommée l’’engin qui sert de levier, porte vers sa tête une virole à jour e, qui embrasse le levier,& peut embrasser encore l’extrémité de la queue du marteau, à l’endroit ou elle est entaillée; l’Ouvrier saisit donc cette entaille A, avec la virole e; &appuyant sur l’extrémité du levier, il la ramene jusqu’au point d’y placer le crochet; alors le maillet se trouve élevé hors de la portée des chevilles du grand arbre qui continue de tourner.

39. Chacun de ces maillets tourne en forme de bascule autour d’un axe Y, fig. 1&3,&pour cet effet il est reçu dans une piece de bois appellée grippe de devant; (on suppose que l’arbre de la roue qui est au fond, sait le derriere du moulin;) chacune de ces grippes de devant, qui reçoivent les queues des marteaux, est une piece de bois comme E, fig. 1&2,&F fig. 3, qui a trois pieds&demi de haut sur deux pieds&un pouce de large, &six pouces d’épaisseur; les grippes sont espacées à un pied dix pouces les unes des autres; elles ont chacune trois entailles en maniere de crenaux, de la largeur nécessaire pour recevoir les queues des maillets, qui y sont contenues comme en une espece de charniere par le moyen d’une bonne cheville Z, qui est un gros boulon de bois de chêne, doux,& coupé depuis deux ans, qui traverse toute la largeur de la grippe&les queues des trois maillets qui fervent à une même pile. Au milieu de la hauteur de chaque grippe de devant sont suspendus par des anneaux les trois crochets, c, r, o, qui fervent à élever les maillets comme on l’a vu, (art. 38.)

Les six grippes de devant sont implantées à tenons&à mortaises dans une piece de charpente E E, fig. 1&2, couchée sur terre à trois pieds &demi de l’arbre des piles;&pour empêcher que ces grippes ne déversent par le haut en s’écartant de l’arbre des piles, elles sont fixées par des chevilles grosses comme le bras, marquées1&2, (fig. 3) sur le tenon de la grippe F.

40. Comme les maillets sont fort longs,&qu’ils pourroient se détourner a droite ou a gauche, ou se choquer mutuellement, ils sont contenus près de leur tête par d’autres pièces de bois appellées grippes de derriere, semblables à celles que nous venons de décrire, mais auxquelles il n’y a ni trous, ni crochets, parce que leur usage ne consiste qu’à conserver la direction des maillets pendant leur élévation&leur chûte,&les obliger à présenter toujours la tête aux mentonets du grand arbre. Ces grippes de derriere sont marquées e e, fig. 1, 2&3; elles sont portées&assemblées par une grande piece de bois, couchée entre le grand arbre&l’arbre des piles, semblable a celle qui porte les grippes de devant.

41. Les trois marteaux qui agissent dans une même pile, sont égaux pour la hauteur; mais ils différent un peu quant a l’épaisseur: le plus épais ou le fort, a cinq ou six lignes de plus que le foible,&il est placé du côté ou l’auge reçoit l’eau; il commence a hacher le drapeau&le renvoyé au marteau opposé qui se nomme le foible; celui-ci le renvoyé au marteau du milieu, qu’on appelle simplement le milieu. Ce dernier hache la matière aussi-bien que les autres; mais il la comprime aussi pour forcer l’eau à s’égoutter au travers de la toile de crin dont nous parlerons, art. 48.

Les chevilles du grand arbre qui répondent aux maillets forts, ont quatre pouces; celles des moyens ont trois pouces&demi,&celles des foibles trois pouces feulement; les levées de ces trois maillets sont de trois pouces& demi, trois pouces&deux pouces&demi, ce qui augmente encore l’inégalité de leur force. C’est cette inégalité qui fait piroueter ou tourner le chiffon dans les piles, afin qu’il foie mieux battu, soulevé&retourné, au lieu d’être simplement foule contre le fond des piles. Quelques Papetiers croient que c’est-là un secret dont ils sont en possession; mais cela est connu par-tout ou l’on fait travailler.

42. Le Bachat-long, H H, fig. 1&2, est une longue piece de bois creusée en forme de gouttiere, suspendue au massif du mur par des crochets l, au-dessus du grand arbre. Le bachat-long reçoit l’eau du petit reposoir qui est au-dehors du moulin, dont on a parlé, (art. 25)&la transmet aux trois bachassons par le moyen de trois petites gouttières marquées2,2.

43. Les Bachassons sont trois petites auges d’un pied&huit pouces de long sur dix de large&six de profondeur, qui sont placées de niveau aux creux de piles; les planches de ces trois bachassons ont un pouce d’épaisseur,&deux petites avances ou talons pour les appuyer contre les grippes: chacun de ces bachassons, K, fig. 2, est place entre deux piles auxquelles il donne de l’eau par deux chanelettes ou tuyaux de bois, placés aux deux extrémités supérieures de chaque bachasson,&marqués3, 3, qui avancent de deux pouces sur les creux de piles.

44. Sur chaque bachasson, il y a encore un autre petit bachat, nommé couloir ou civiere, formé de quatre planches, dont le fond n’est qu’une étoffe claire de laine; ce couloir sert à retenir les ordures que l’eau pourroit avoir charriées,&qui entreroient dans le bachasson.

Si l’on fait la récapitulation de ce que nous avons dit, dans les articles 25&27, on verra que l’eau n’arrive aux creux de piles, qu’après avoir passé par un panier du canal, par une canonnière, un panier du grand reposoir, par une canonnière&une grille très-fine du petit reposoir, souvent au travers de plusieurs tas de chiffons,&enfin par le couloir du bachasson: toutes ces précautions sont utiles; on ne peut jamais en employer trop lorsqu’il s’agit de la propreté de l’eau qui doit arroser les chiffons&entrer dans la formation du papier.

Nous avons dit que les bachassons devoient être de niveau avec la surface supérieure de la piece où sont creusées les piles; par-là ils se dégorgent dès qu’ils sont pleins,&les bachats ont une eau suffisante, sans en recevoir au-delà; le surplus y seroit préjudiciable: ce n’est point par la surface &par les bords que l’eau doit sortir des creux de pile; elle entraîneroit la matiere du papier: mais c’est par une issue inférieure dont nous parlerons, art. 48.

45. Toute la charpente de ce moulin, savoir l’arbre des chevilles&ses dormants, l’arbre des bachats, les grippes&les maillets; tout cela, dis-je, est posé sur plusieurs pièces de bois de chêne, enterrées au niveau du raiz de chaussée,&se nomme le char du moulin; le gouverneur est chargé de diriger toute cette partie; c’est-là le premier en titre des six ouvriers qui s’employent dans les bonnes Papeteries d’Auvergne; nous parlerons successivement des cinq autres, qui se nomment ouvreur, coucheur, leveur, vireur&saleran. L’une des fonctions du gouverneur est de laver&rincer plusieurs fois tous les matins, les piles, les maillets, les couloirs,&tous les ustenciles du moulin; cela se fait avec une petite cuvette H, toujours pleine d’eau très-nette,&qu’on nomme le rinçoir. Il faut même rincer quelquefois dans la journée, quand il arrive que quelque partie de l’ouvrage rejaillit sur les maillets, ou sur les bords des piles. Il arrive aussi quelquefois, soit par la quantité d’eau qui ne s’écoule pas assez, soit parce que le moulin va trop lentement, que les bachats se remplissent trop& que la pâte reflue par-dessus; alors le gouverneur la laisse sur le bord des bachats jusqu’à ce qu’il faille remonter,&ne les rince qu’à mesure qu’il remonte; quelquefois aussi elle se répand du bord des piles jusques sur le plancher du moulin, sans avoir passé par les trous du fond de ces piles; c’est un inconvénient qu’il faut éviter avec le plus grand foin;&c’est-là le devoir du gouverneur: pour empêcher aussi la perte des matieres qui rejaillissent des mortiers, on place sur l’arbre des piles&entre les grippes de derriere, des bouts de planches qui y sont attachés&qui en garnissent les intervalles.

46. Le gouverneur doit prendre garde que le fer&le bois des maillets soient bons,&qu’il ne s’en détache ni esquilles, ni rouille, ni éclats, qui puissent gâter la pâte; on doit aussi écarter les mouches avec foin: c’est faute d’attention dans ce genre qu’on voit si souvent du papier où il se trouve des corps étrangers: pour une plus grande propreté, l’endroit d’une Papeterie où se trouve le moulin, ceux où sont établies la cuve de l’ouvrier&celle de la colle, devroient toujours être voûtés.

47. Le gouverneur doit être attentif à la pluie, même pendant la nuit; car s’il survient une pluie assez forte pour troubler l’eau, on est forcé de discontinuer le travail; l’ouvrage seroit moins pur&moins beau. Alors le gouverneur est obligé d’aller détourner les gorgeres du canal qui porte l’eau sur les alives de la roue, aussi-bien que celui qui en fournit au bachat-long. On seroit étonné en voyant ce gouverneur s’éveiller à point nommé dès qu’il pleut un peu fort, dans les montagnes d’Auvergne; mais tout ainsi qu’il est accoutumé à s’endormir au bruit des maillets, qui est toujours réglé&uniforme, de même il est réveillé aussi-tôt que la pluie venant à augmenter le torrent,&à précipiter le mouvement de la roue, les coups de maillets redoublent de fréquence.

48. Il est nécessaire, pour bien laver les chiffons, d’établir une espece de courant, dont la nouvelle eau prenne sans cesse la place dans les creux de piles, de l’eau sale dans laquelle les chiffons viennent d’être broyés; pour cet effet on lui ménage une issue dans l’intérieur de chaque pile au-devant du bachat,&au travers d’une piece qui se nomme le kas. C’est une plaque de bois de chêne M, Planche IV fig. 3, d’un pied&demi de haut sur sept pouces de large&deux pouces d’épaisseur. Dans le milieu de cette plaque on voit trois ouvertures, chacune d’un pouce de largeur sur trois pouces de hauteur, distantes l’une de l’autre de deux lignes feulement; ces ouvertures répondent à un trou qui est au fond de chaque creux de pile, par lequel l’eau peut s’écouler,&elles sont couvertes d’un tamis de crin nommé toilette, attaché au kas par de petits clous à tête plate; tels que N, pour que l’eau ne puisse point entraîner le chiffon qu’elle vient de délayer; ce kas est placé vers L, entre deux coulisses, qui sont dans l’épaisseur de la partie antérieure de l’arbre des piles;&comme dans le contour de l’ovale que forme le bachat, il reste des vuides, dans lesquels pourroient tomber les chiffons que les marteaux sont quelquefois rejaillir hors du bachat, on bouche cet endroit avec la couverture du kas représentée en h; c’est une piece de bois un peu longue&plate par dessus, avec un retour en équerre qu’on fait entrer dans ce vuide. Il y a au haut du kas un petit enfoncement, marqué m, qui ne pénétre pas toute son épaisseur, &ne sert que pour la soulever de la main quand on veut l’ôter; c’est ce qu’on appelle la pince du kas,&c’est précisément jusqu’à la hauteur de cette pince qu’on fait aller celle des coulisses. Souvent faute d’avoir donné assez d’eau à la pâte, l’ouvrage se trouve trop sec; alors les marteaux qui le pouffent contre le kas, rompent la toilette,&la pâte se repand sur le plancher. Ces toilettes du kas demandent beaucoup d’attention; elles crevent souvent,&ne doivent même servir que douze ou quinze jours, parce que la graisse de l’ouvrage les empâte&empêche la filtration de l’eau.

49. Quand le gouverneur porte les chiffons aux creux de piles, il employé des gerlons qui en contiennent environ le poids de25à30livres, &qui déterminent ainsi ce que les bachats en doivent contenir; car si les bachats étoient plus remplis l’un que l’autre, les chiffons seroient plus ou moins battus,&le papier en seroit inégal. On observe aussi de ne mettre les drapeaux dans les creux de piles qu’à plusieurs reprises différentes,& de quart-d’heure en quart-d’heure; si on les mettoit tout d’un coup, ils pourroient s’engorger&se lier ensemble; les maillets ne pourroient pas les hacher aussi facilement.

50. chiffons sont d’abord broyés dans les piles-drapeaux, ce sont les deux premieres piles du moulin, qu’on appelle aussi piles à éfilocher; ils y restent jusqu’a ce qu’on n’apperçoive plus aucune forme de toile, &qu’ils soient convertis en filaments, ce qui dure, six, huit, dix ou douze heures suivant la vîtesse de l’eau&la force ou la dureté du drapeau; la pâte n’étant pas encore fort divisée, on ne craint pas qu’elle s’échappe par la toilette, quoique fort claire,&l’on donne beaucoup d’eau pour emporter toute la crasse du chiffon. Quand les chiffons ont été suffisament broyés dans les piles-drapeaux, le gouverneur les met dans les deux piles suivantes, appellées piles-floran ou piles à affiner,&c’est ce qu’il nomme remonter: cette opération se fait avec une écuelle de bois d’environ six pouces de diamettre, qu’on appelle pour cela écuelle remontadoire. Quelquefois aussi la pâte au sortir des piles-drapeaux se porte dans les caisses de dépôt (73.)

51. Les matieres sont travaillées dans les piles à affiner pendant12, 18, 24heures, suivant la force des eaux&celle du chiffon. On donne moins d’eau aux piles à affiner; la toilette y est: plus fine, afin de laisser moins échapper de la substance du chiffon: on juge que l’opération est achevée lorsqu’on n’apperçoit plus ni filaments ni flocons; pour s’en assurer mieux, on en prend la grosseur d’une petite noix, qu’on pêtrit dans les doigts pour en exprimer l’eau: on en forme un petit cylindre on le rompt par le milieu avec une secousse prompte,&l’on examine sur les cassures s’il n’y a point de filaments. On éprouve aussi cette pâte en en délayant un peu dans de l’eau; on agite cette eau qui devient blanchâtre,&l’on regarde s’il n’y a point de flocons ou de filaments qui surnagent dans cette iqueur; elle doit être homogène comme du lait. Au lieu de24heures tout au plus qu’on employé en Auvergne, il faut28ou30heures en Angoumois pour affiner; parce que les eaux y sont moins sortes,&les pilons plus légers. La pâte étant affinée se verse avec l’écuelle remontadoire dans une bassine de cuivre d’environ deux pieds de diamettre, garnie de deux anes, qui sert a transporter l’ouvrage dans les caisses de dépôt, fi l’on ne se propose pas d’en faire usage le même jour, (voy. art. 73). Nous parlerons plus en détail de l’éfilochage, de l’affinage,&de la pâte qui en résulte, lorsque nous aurons parlé des cylindres, qui forment une autre espece de moulins plus commodes&parfaits que ceux dont nous venons de parler.

Des Moulins à Cylindre.

52. APRÉS AVOIR décrit la forme des moulins à pilons usités en Auvergne, nous passons à celle des moulins à cylindre, qui s’employent communément en Hollande; on en trouve déjà des figures gravées dans deux Recueils de Machines publiés à Amsterdam en1734&en1736. Le premier de54planches a pour titre, Groot moolenboek,&c. composé par Natrus, Polly&Vaurer, gravé par Jean Punt, en2vol. fol. Le second, de 55planches, intitule: Theatrum Machinarum universale, est de Zyl, grave par Jean Schenk, en2vol. fol. Mais comme ces planches ne sont accompagnées d’aucun détail sur l’usage des parties qu’elles représentent, il étoit nécessaire de les mettre ici sous les yeux des lecteurs, pour l’intelligence des procédés que nous avons à décrire. Au reste, comme ces moulins a cylindre sont aussi exécutés depuis l’année1741, à la Manufacture de Langlée près Montargis, avec quelques différences, nous avons également donne les plans&les élévations des machines qu’on y employe, avec es procédés que nous y avons vu suivre, déjà confirmés par une expérience de20ans, après avoir été perfectionnés par plusieurs tentatives. L’invention des cylindres n’est pas ancienne; mais nous ignorons le lieu & le tems où elle a été faite : quelques personnes asurent que l’usage ans, adopté & retenu ensuite par les Hollandois, dans le plus grand nombre de leurs fabriques. Quoi qu’il en soit ce n’est que vers l’année 1740 qu’on a commencé à les établir à Montargis.

53. Une grande roue à aubes, semblable à celle des moulins ordinaires, est mue par un courant d’eau, dans une coursiere revêtue de charpente, &qui ne laisse que deux pouces de jeu à chaque côté de la roue. Cette roue a environ dix-huit pieds de diamettre; fa circonférence porte24aubes, inclinées vers le courant de l’eau; cette grande roue est entre deux équipages de cylindres,&chaque roue porte à l’extrémité de son arbre un rouet de41aluchons, qui fait tourner une lanterne de34fuseaux, dont le diametre est d’environ six pieds,&dont l’axe est vertical; cette lanterne porte sur son axe un rouet dont le diametre est de onze pieds, qui a 67aluchons,&qui fait tourner trois cylindres, chacun par le moyen d’une lanterne à sept fuseaux qui est à l’extrémité de l’axe du cylindre.

La Planche III, fait voir de chaque côté une roue C C, tournante dans fa coursiere, par le moyen du courant d’eau qui arrive en B,&qui ressort en X; chaque roue y paroît entre deux équipages de trois cuves chacun: la Planche V renferme plus distinctement l’élévation&le plan d’un de ces équipages, savoir celui qui est à droite; on a observé d’employer les mêmes lettres pour désigner les mêmes parties dans l’élévation&dans le plan, c’est-à dire, au haut&au bas de la Planche. AA, Planche V, représente la partie de la coursiere qui est ouverte au dedans de l’attelier du moulin; C C, la roue à aubes qui est mue par le courant de l’eau; DD, est l’arbre de la roue, qui passant sous un pont destiné au service du moulin, porte à chaque extrémité un rouet, de huit pieds de diametre garni de41aluchons espacés de six pouces; le rouet conduit une lanterne F d’environ six pieds de diametre, dont l’arbre est vertical, c’est-à-dire, perpendiculaire à l’horizon,&qui porte34fuseaux espacés de six pouces de milieu en milieu; la lanterne F, est mue au moyen de son axe G G, qui porte en même temps un grand rouet H H, de onze pieds de diametre. Ce grand rouet porte67aluchons,&passe sur les trois lanternes des cylindres I, chacune de sept fuseaux, dont les axes sont disposés horizontalement autour du rouet, qui doit les mettre en mouvement, sont dirigés vers le centre de ce rouet, comme on le voit dans le plan.

Au moyen des nombres que nous avons rapportés, il est évident que les cylindres sont un peu plus de onze tours demi, pendant que la grande roue en fait un;&comme la grande rogrande roue fait souvent douze tours par minute, les cylindres feront environ138tours par minute; mais cette quantité peut augmenter ou diminuer de beaucoup. Chacun de ces cylindres tourne dans une cuve dont il occupe un côté l’autre côté Q de la cuve demeurant libre; on voit en K un cylindre à découvert& tournant dans sa cuve; on voit en L ce même cylindre recouvert d’un chapiteau (voy. art. 60),&en M une cuve dont on a enlevé le cylindre pour laisser voir les deux plans inclinés m m,&la partie du milieu M, dont une portion est arrondie en creux,&le reste occupé par la platine; enfin l’on voit en n, les coulisses dans lesquelles se placent deux chassis, l’un de fil de laiton, l’autre de crin, pour empêcher la déperdition de matiere que causeroit le grand mouvement du cylindre,&qu’on verra plus distinctement dans la Planche VIII. On concevra également dans la partie gauche d, où la figure paroît brisée, un semblable équipage de trois cuves, avec leurs cylindres.

54. Les cuves à cylindre sont formées par des pièces de bois de chêne solidement assemblées, elles sont revêtues de plomb dans tout leur intérieur,&tous leurs angles sont arrondis; leur longueur intérieure est de dix pieds quatre pouces, leur largeur de cinq pieds, comme on le peut voir Planche V. Ces cuves sont divisées chacune dans le milieu par une cloison verticale d’une forte piece de chêne N N, longue de sept pieds, &de trois pouces d’épaisseur, qui occupe toute la hauteur de la cuve, mais non pas toute fa longeur; la partie de la cuve qui est: du côté de Q, est absolument libre; la partie P, est au contraire occupée par les plans inclinés, par la platine&le cylindre.

La Planche VI. contient la coupe verticale sur sa longueur de la partie d’une cuve dans laquelle roule le cylindre; A, est le plan incliné par lequel les chiffons arrivent au cylindre; C, est une partie concavée cylindriquement, que l’on réserve pour le cylindre&la platine; D, est un autre plan beaucoup plus incliné sur lequel les chiffons retombent après avoir été froissés en B, entre le cylindre&la platine (58); E F, est la vue extérieure d’une cuve à cylindre recouverte de son chapiteau G; on voit en H, la trace du cylindre; en I, les chassis qui passent au travers du chapiteau, &qui empêchent le chiffon de s’échapper par la gouttiere qui reçoit les eaux exprimées du chiffon; L, est un tuyau de conduite qui fournit de l’eau dans la cuve pour laver le chiffon, comme on l’a vu art. 48; plus bas est une élévation de l’extérieur de la cuve, vue sur sa largeur; P, est une trape qui se leve pour faire couler la pâte dans un tuyau de plomb Q,&la conduire aux caisses de dépôt; ce tuyau descend presque perpendiculairement,&rampe sous le pavé; on en voit la trace marquée g, dans la Planche III; R, est le cric qui étoit représenté en M, dans la figure précédente.

55. Le total du cylindre, dont on voit la figure Planche VI, est composé d’un arbre de fer S T, qui a huit pieds de long, tout compris,& environ trois pouces de diametre; d’un côté il porte une lanterne X, de sept fuseaux dont on voit le plan en Y; de l’autre une partie cylindrique, formée de bois de chêne: les Ouvriers prétendent qu’il est utile que ce bois ait bouilli dans des cuves de salpêtre, pour qu’il soit moins sujet au variations que l’humidité peut lui causer.

Cette masse cylindrique a vingt-trois pouces de long VV, sur vingt-six pouces&demi de diametre u u; elle est garnie sur fa longueur de vingt-huit barres de fer, chacune d’environ quinze lignes de largeur, éloignées par conséquent l’une de l’autre d’environ vingt lignes, ce qui donne au cylindre la forme d’une colonne cannelée. Ces barres de fer sont assemblées sur les deux bases du cylindre, par une platine de fer Z Z, percée de vingt-huit trous, dans lesquels entrent les extrémités de chaque barre arrondies pour cet effet&rivées fortement en dehors. On y ajoute trois ou quatre chevilles de fer ébarbées, qui passent au travers de chaque barre &vont entrer profondément dans le bois, pour contenir mieux ces barres sur le massif du cylindre. Nous verrons à l’art. 62la construction Hollandoise, qui semble avoir plus de force que celle que nous venons de décrire: on ne sauroit assurer trop bien cet assemblage des barres de fer sur les bases Z Z; la vîtesse prodigieuse du cylindre produit un éclat terrible&très-dangereux lorsqu’une de ces barres vient à quitter;& comme la force du bois, toujours exposé à une humidité&à une sécheresse alternative, travaille sans cesse à produire cette séparation, elle arrive quelquefois; on en a vu des exemples.

On augmente encore la solidité de tout cet assemblage en refoulant le bois par une grand nombre de coins de fer, chassés avec force dans la masse du bois, après que le cylindre est monté. Pour arrondir les cylindres, on est obligé de les mettre, pour ainsi dire, sur le tour; mais le poids énorme d’une pareille machine rend l’opération fort difficile: on essaya d’abord de les tourner en place, en les faisant mouvoir par la roue même qui agit dans le travail du papier; on reconnut bien-tôt que la vîtesse extrême du cylindre rendoit l’opération&difficile&dangereuse; voici donc la maniere dont on s’y prend aujourd’hui. Lorsque le cylindre est enarbré, centré, &à peu près rond, on le place horizontalement;&l’on présente tout contre une regle bien droite fixée sur un établi; on fait passer successivement chacune des barres du cylindre vis-à-vis de la regle; on voit alors s’il y en a quelques-unes qui ne soient pas paralleles à la regle,&l’on est à portée de les limer&de les réduire ainsi à une parfaite égalité.

Les barres de fer qui garnissent le cylindre, ont encore une canelure sur leur longueur, au moyen de laquelle elles peuvent saisir mieux la matiere dans laquelle nagent ces mêmes barres, la couper&la déchirer.

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Türler ve etiketler

Yaş sınırı:
0+
Litres'teki yayın tarihi:
15 ocak 2025
Hacim:
276 s. 28 illüstrasyon
ISBN:
4064066303211
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
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