Kitabı oku: «Du Culte de la Sainte Vierge dans l'Église catholique»

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John Henry Newman

Du Culte de la Sainte Vierge dans l'Église catholique


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066304805

Table des matières

PRÉFACE

DU CULTE DE LA SAINTE VIERGE

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

RELATIVE AUX PAGES 1-10

Le Docteur Pusey

RELATIVE AUX PAGES 2 ET 81

Les trois partis de l’Église anglicane .

RELATIVE AUX PAGES 14 ET SUIV.

L’Église anglicane

RELATIVE AUX PAGES 51-65.

Textes des Pères sur la sainte Vierge

RELATIVE A LA PAGE 72

Doctrine de Suarez sur l’Immaculée Conception

RELATIVE A LA PAGE 75

Texte de trois Pères opposés à la Tradition

RELATIVE AUX PAGES 135-137

Marie dans la liturgie grecque

RELATIVE A LA PAGE 161

Condamnation du culte de Marie dans l’Eucharistie

TEXTES PATRISTIQUES DES PAGES 96 A 103


PRÉFACE

Table des matières

C’est en l’année 1865 que Newman écrivait la lettre dont nous publions une traduction nouvelle. Elle était datée de l’Oratoire de Birmingham, en la fête de saint Ambroise, 7 décembre, et avait pour titre: Lettre adressée au Rev. E. B. Pusey, à l’occasion de son «Eirenicon ». Dans l’Eirenicon, ouvrage publié au mois de septembre de la même année, Pusey, devenu alors le représentant le plus autorisé des ritualistes, s’efforçait de prouver que l’Église anglicane appartient à l’Église universelle, à laquelle elle est unie au moins spirituellement. Il montrait que les XXXIX articles peuvent s’interpréter dans un sens catholique, et indiquait les points sur lesquels portent les difficultés entre Catholiques et Anglicans; il appelait enfin les membres des deux Églises à conclure la paix, d’où le nom d’Eirenicon, ou livre de paix . Parmi ces difficultés, Pusey s’en prend surtout au culte de Marie. «On se ferait difficilement une idée, dit M. Thureau-Dangin, des préventions qui troublaient et obscurcissaient sur ce sujet cette conscience si droite; il y voyait le principal obstacle à la réunion, et il répétait volontiers que cela avait été pour lui une véritable croix. Il se lance donc dans une charge à fond contre la Mariolâtrie, dénonçant pêle-mêle les exagérations d’une dévotion mal entendue et non autorisée, et les confondant avec ce qui était le développement et la manifestation légitimes de la piété chrétienne. A voir la vivacité et l’amertume de plusieurs de ses critiques, qui blessent la dévotion catholique dans ses parties les plus sensibles, on oublie vraiment le dessein d’union que se proposait l’auteur, et l’on peut croire qu’il a voulu surtout flatter et exciter la passion protestante .»

Nous n’avons pas à parler ici de l’accueil fait à ce livre de l’Eirenicon tant parmi les protestants que parmi les catholiques; on en trouvera le récit dans l’auteur que nous venons de citer. C’est surtout l’opinion de Newman qui nous intéresse, et l’on peut dire que c’est celle qu’attendait avec le plus d’anxiété et de curiosité l’auteur même de l’Eirenicon et le public anglais. La première impression de Newman fut pénible; il sentit que les catholiques seraient blessés par ces attaques contre la dévotion catholique, surtout contre le culte de la sainte Vierge, attaques qui du reste ne devaient pas désarmer les protestants. Il écrivit à Pusey: «Il est vrai, trop vrai, que votre livre m’a désappointé. Il me semble qu’il a été improprement nommé un Eirenicon.» Cependant il n’avait pas d’abord l’intention de répondre au manifeste de Pusey. Mais quand il vit l’importance que prenait la controverse, les polémiques que soulevait l’Eirenicon chez les catholiques et chez les protestants, il pensa qu’il ne pouvait garder le silence, et publia sous forme de lettre à Pusey la brochure que nous présentons ici au public. Ce mémoire peut être considéré comme une étude sur le culte de Marie dans l’Église catholique, d’où le titre que lui a donné son premier traducteur: Du Culte de la sainte Vierge dans l’Église catholique, et que nous lui avons conservé . La traduction parue en 1866 est aujourd’hui épuisée, et l’éditeur nous a demandé de la revoir. Le nouveau traducteur, Dom H. Cottineau, tout en s’acquittant avec le plus grand soin de sa tâche, n’a eu qu’assez peu à corriger, car la traduction de M. Georges du Pré de Saint-Maur était très exacte. Un travail plus difficile, et que le premier traducteur avait à peu près négligé, était de reviser et d’identifier les notes, dont Newman n’a pas toujours indiqué la source, et de les compléter par des rapprochements et des renvois à ses autres ouvrages.

Ainsi corrigée et présentée au public, cette édition a quelques chances, pensons-nous, d’être accueillie avec sympathie. Les ouvrages de Newman ont justement acquis dans ces dernières années, en France, une grande célébrité, encore que les bases sur lesquelles est assis le jugement que nos compatriotes portent sur lui soient assez étroites; on n’a guère en effet traduit de Newman en notre langue que le Développement de la doctrine, son roman de Callista, des méditations et quelques œuvres de polémique. Son traité sur le culte de Marie semble rentrer au premier aspect dans cette dernière catégorie; ce n’est qu’une œuvre de circonstance, mais qui a conservé toute son actualité, car la situation n’a pas essentiellement changé. Il existe encore un parti nombreux et puissant en Angleterre qui garde jalousement les positions de Pusey. La démonstration de Newman n’a rien perdu de sa force.

De plus, dans cette étude, comme dans toutes ses autres œuvres, le grand cardinal s’est élevé au-dessus des chicanes d’une polémique mesquine. Ses pages sur la dévotion catholique, sur la distinction entre la foi et la dévotion, sur la condition de la réunion des Églises, sur l’esprit catholique, sur l’interprétation de la Bible, sur le développement du dogme, seront encore lues avec profit par nos contemporains.

Peut-être quelques lecteurs trouveront-ils exagérés les scrupules de Newman au sujet de certaines effusions de la piété catholique envers la sainte Vierge. Mais il ne faut pas oublier que l’auteur s’adresse à des protestants qu’il veut convaincre, et il prend à tâche de leur montrer les limites exactes dans lesquelles se renferme l’enseignement catholique obligatoire, et en deçà desquelles on ne peut pas reculer; il ne nie pas qu’il soit permis à une dévotion ardente de les dépasser sans danger .

Mais dans l’ensemble, on admirera cette exposition éloquente de la dévotion à Marie, cette connaissance des Pères, ce mouvement, cette chaleur, cette solidité d’argumentation qui faisaient de Newman un controversiste si redoutable, et qui affirment, dans l’espèce, sa grande supériorité sur Pusey. N’est-ce pas le cas de rappeler que Pie X, dans sa lettre récente à l’évêque de Limerick, qu’il remerciait d’avoir défendu Newman contre d’injustes attaques, recommandait sa doctrine aux fidèles ? En réalité, et comme dans presque tous ses ouvrages, c’est une page de sa vie et de ses croyances, que nous raconte ici Newman. Toutes les objections de Pusey sur la sainte Vierge avaient été les siennes; elles étaient tombées une à une, à la suite de l’étude plus approfondie de la tradition catholique, et de prières plus ferventes. C’est ce qui donne à son mémoire ce ton de conviction et d’émotion qui gagne la sympathie du lecteur.

D’une force si probante contre ses anciens coreligionnaires, la lettre à Pusey ne sera pas inutile à nos contemporains qui se tiennent au courant des polémiques théologiques. C’est hier encore que sous un nom d’emprunt et sous des apparences d’érudition, s’étalaient des attaques plus ardentes et plus radicales que celles de Pusey, contre la virginité et les autres privilèges de Marie. La grande parole de Newman vient à son heure pour répondre à ces objections.

F. C.

Farnborough, avril 1908.

DU CULTE DE LA SAINTE VIERGE

Table des matières

LETTRE

au Dr E. B. Pusey à l’occasion de son «Eirenicon»

I

Table des matières

Introduction

Quiconque souhaite l’union de la chrétienté, après ses nombreuses et longues divisions, ne peut que se réjouir, mon cher Pusey, en voyant, par votre récent ouvrage, que vous découvrez enfin la possibilité de nous faire des propositions précises pour atteindre ce grand but, et que vous êtes en mesure de dire à quelles conditions, sur quelles bases, vous pouvez y coopérer. Il n’est pas nécessaire que nous soyons d’accord avec vous sur les détails de votre plan, ou sur les principes qu’il implique, pour nous réjouir à la nouvelle qu’avec votre connaissance personnelle de l’Église anglicane et de ses tendances, vous croyez venu le moment où vous et vos amis pouvez sans imprudence vous appliquer à une telle entreprise. Fussiez-vous même isolé de cette Église, une sentinelle sur une tour élevée dans une métropole d’opinion religieuse, nous vous entendrions naturellement avec intérêt annoncer l’état du ciel et la marche de la nuit, les étoiles qui se lèvent, ou les nuages qui s’amoncellent, les chances d’avenir des trois grands partis que l’Anglicanisme renferme dans son sein, et l’action exercée sur chacun d’eux par la science ou les événements politiques du jour. Vous n’abordez pas ces questions: mais le pas que vous faites donne évidemment la mesure et la conclusion de l’opinion à laquelle vous êtes arrivé sur leur ensemble.

Mais vous n’êtes pas simplement un individu: dès votre première jeunesse, vous vous êtes dévoué à l’Église établie: et après quarante à cinquante ans de travail incessant à son service, vos racines et vos branches s’étendent sur tous les points de son vaste territoire. Plus que personne au monde, vous avez été l’agent assidu et infatigable d’une grande œuvre accomplie dans son sein, et, contrairement à ce qui arrive d’ordinaire, vous avez de votre vivant obtenu, comme vous l’aviez mérité, la confiance de vos frères.

Vous ne pouvez parler pour vous seul: vos antécédents, votre influence actuelle, nous sont un gage que la décision que vous pourrez prendre deviendra la décision d’une multitude. D’autres groupes nombreux dont on ne saurait précisément vous appeler l’organe, seront ébranlés par votre autorité ou vos arguments; d’autres encore, d’une école plus récente que la vôtre, et qui à la vérité ne sont pas vos adhérents, mais qui, par celte seule raison qu’ils vous ont dépassé de leurs discours et de leurs démonstrations en notre faveur, vous accepteront en cette occasion pour leur interprète. Il n’existe nulle part, ni parmi nous, ni dans votre propre Église, ni, je suppose. dans l’Église grecque, personne qui puisse agir sur une réunion d’hommes aussi nombreux, aussi vertueux, aussi capables, aussi instruits, aussi zélés, que ceux sur lesquels s’étend plus ou moins votre influence: et je ne puis leur faire un plus grand compliment que de leur dire qu’ils devraient tous être catholiques, ni leur rendre un service plus affectueux que de prier pour qu’ils le deviennent un jour. Je ne saurais non plus, j’en suis certain, m’employer à une tâche plus agréable au divin Maître de l’Église, ni mieux montrer ma fidélité et ma soumission respectueuse envers son Vicaire sur la terre, qu’en m’efforçant de contribuer, si faiblement que ce soit, à l’accomplissement d’une si grande œuvre.

Je sais quelle serait la joie de ces hommes consciencieux, dont je viens de parler, s’ils ne faisaient qu’un avec nous. Je sais de quels transports spontanés leurs cœurs bondissent à la pensée de l’union, et quelle est l’ardeur de leurs aspirations vers ce grand privilège dont ils sont privés: la communion avec le siège de Pierre, avec son présent, son passé, son avenir. Je le conjecture d’après ce que je sentais moi-même, quand j’étais encore dans l’Église anglicane. Je me rappelle à quel point je me sentais hors de la famille, quand je prenais sur les rayons de ma bibliothèque les volumes de saint Athanase ou de saint Basile, et que je me mettais à les étudier; comment, au contraire, quand je fus entré dans la communion catholique, je les baisais avec délices, sentant bien qu’en eux je retrouvais beaucoup plus que tout ce que j’avais perdu; et comment je disais à ces pages inanimées, croyant parler directement aux illustres saints qui les ont léguées à l’Église: «Maintenant vous êtes miens, et je suis maintenant vôtre, sans méprise possible.» Telle serait, j’imagine, la joie de ceux dont je parle, si, en s’éveillant un matin, ils se trouvaient régulièrement en possession des traditions et des espérances catholiques, sans violence à leur propre sentiment du devoir. Et certes je serai le dernier à dire qu’une telle violence puisse être en aucun cas légitime, que les droits de la conscience ne sont pas souverains, ou que personne puisse transgresser ce que sa raison lui fait envisager comme l’ordre de Dieu, pour rendre par là sa marche plus facile ou son cœur plus léger.

Je serai le dernier à accuser cette déférence jalouse à la voix de notre conscience, quelque jugement que les autres puissent par suite porter contre nous; et cela, par cette raison que le cas qui est aujourd’hui le leur a été le mien, vous le savez. Vous n’avez pas oublié les dures paroles qu’on disait contre nous, il y a vingt-cinq ans, et que dans notre cœur nous savions ne pas mériter. Ce souvenir me met aujourd’hui dans la position de la reine fugitive que nous montre un texte bien connu: «Haud ignara mali» ; elle avait appris à sympathiser avec ceux qui étaient les héritiers de sa destinée errante. Il y avait des prêtres, des hommes vénérables, dont le zèle dépassait le savoir et qui, par suite s’exprimaient hardiment, quand ils se fussent montrés plus sages en suspendant un jugement défavorable à ceux qu’ils devaient bientôt accueillir comme des frères dans leur communion. Nous nous trouvions alors dans une situation pire que celle où vos amis se trouvent aujourd’hui, car nos adversaires livraient à la presse leurs jugements les plus sévères contre nous. Un d’eux s’exprimait en ces termes, dans une lettre adressée à l’un des évêques catholiques:

«Croire que cette crise d’Oxford soit un

«pas vers le Catholicisme m’a toujours paru

«une véritable illusion... J’ai vu dans

«M. Newman, le Dr Pusey et leurs associés, «des guides rusés et artificieux, bien qu’in- «habiles... Le baiser de M. Newman serait «pour nous le baiser du traître... Mais le trait «le plus frappant de la méchante rancune de «ces hommes, c’est que leurs calomnies nous «sont prodiguées souvent au moment où «nous aurions lieu de penser que l’objet «même de leurs traités ôte toute occasion à «leurs injures. Les trois dernières publica- «tions (des Tracts for the Times) m’ont «ouvert les yeux sur l’astuce et la duplicité, «ainsi que sur la malice des membres de la «Convention d’Oxford... Si les Puséistes «doivent être les nouveaux apôtres de la «Grande-Bretagne, les espérances que je «nourrissais pour mon pays s’éteignent, et «l’avenir est sombre... Jamais je n’aurais «consenti à entrer en lice contre cette «étrange association,... si je n’avais compris «que mon supérieur à moi était en garde «contre la perfidie et la trahison de ces «hommes... J’accuse le Dr Pusey et ses amis «de haïr mortellement notre religion... Que «penserait le Saint-Siège, Monseigneur, des «œuvres de ces Puséistes?...»

Un autre prêtre, converti lui-même, écrivait:

«A mesure que nous voyons de plus près

«le Catholicisme, notre respect et notre

«amour augmentent, et notre violence s’éva-

«nouit: mais, parmi eux (les Anglicans), la

«majorité devient plus furieuse, à mesure

«qu’ils affectent d’imiter Rome: c’est là une

«preuve manifeste de leurs desseins... Je ne

«les crois pas plus rapprochés du seuil de

«l’Église catholique, que ne le sont les pré-

«dicateurs méthodistes et évangéliques les

«plus remplis de préjugés... Tel est, Mon-

«sieur, l’aperçu de mes opinions sur le

«mouvement d’Oxford.»

Je ne dis pas qu’une telle opinion sur nous ne fût pas naturelle. Et, pour ce qui est de moi, je confesse volontiers que j’avais tenu au sujet de l’Église un langage tel que je n’avais aucun droit à être épargné par les Catholiques. Mais, après tout, et en fait, ils se trompaient dans leurs prévisions, et leurs frères alors ne furent pas d’accord avec eux. Le Dr Wiseman, en particulier (il était alors évêque coadjuteur), conçut de nous une idée plus haute et plus généreuse, et le Saint-Siège n’intervint pas, bien que l’auteur d’un de ces passages fit appel à son jugement. L’événement prouva que la ligne de conduite la plus circonspecte était la plus intelligente; et, à son lit de mort, un évêque, qui avait pris parti contre nous, m’envoya, par excès de charité, l’expression du chagrin qu’il éprouvait de m’avoir méconnu dans le passé. Une conscience qui se trompait, mais à laquelle j’avais fidèlement obéi, m’avait, par la miséricorde de Dieu, amené à la vérité avec le temps.

Je reconnais donc pleinement les droits de la conscience en cette matière. Je ne vous fais aucun reproche d’avoir établi, aussi complètement que possible, les difficultés qui se dressent quand vous pensez à vous joindre à nous. Je ne puis m’étonner que vous commenciez par stipuler les conditions de l’union, bien que je ne puisse y adhérer, et que je pense qu’un jour vous serez vous-même heureux de les abandonner. Des observations telles que les vôtres étaient nécessaires pour engager le débat: elles font connaître l’état du terrain, et servent à le déblayer.

Voilà ce que j’avais à dire en commençant; mais, après vous avoir accordé autant que cela, je me vois, en toute honnêteté, obligé d’ajouter ce qui, je le crains, mon cher Pusey, vous fera de la peine. J’ai cependant la confiance, mon très cher ami, que vous ne serez pas fâché contre moi si je dis ce qu’il me faut dire, à savoir que votre livre contient, dans le fond et dans la forme, beaucoup de choses de nature à blesser ceux qui vous aiment bien, mais qui aiment encore mieux la vérité. Il en est ainsi. Avec les meilleurs motifs et les intentions les plus bienveillantes, cædimur, et totidem plagis consumimus hostem. Nous vous blessons, et vous nous le rendez. Vous vous plaignez que nous soyons «secs, durs, dénués de sympathie» ; et nous vous répondons que vous êtes injuste et irritant. Mais nous du moins, quand nous vous traitions en ennemi, nous ne faisions pas profession de composer un Eirenicon. Il y avait quelqu’un autrefois qui entourait son épée de myrte: vous, pardonnez-moi, vous lancez votre branche d’olivier avec une catapulte.

N’allez pas croire que je ne sois pas sérieux. Si je parlais plus sérieusement, mon langage paraîtrait empreint d’amertume. Qui voudrait affirmer que dans les cent pages de votre livre consacrées à la sainte Vierge, vous offrez, sur notre enseignement en ce qui la touche, autre chose qu’un tableau partial et peu propre à nous gagner? Ce peut être un châtiment salutaire, si quelqu’un de nous l’a justement provoqué ; mais ce n’est pas ainsi qu’on tire le meilleur parti des choses, et qu’on facilite la voie, pour arriver à une entente mutuelle, ou à une transaction. Vous amenez ainsi un écrivain du journal anglican le plus modéré et le plus libéral, le Guardian, à se détourner avec horreur du portrait que vous tracez de nous. «Ce langage, dit l’écrivain de votre revue, nous l’avons déjà souvent entendu, nous ne pouvons encore l’entendre sans horreur. Nous aurions mieux aimé le passer sous silence, ainsi que les commentaires auxquels il a donné lieu.» Qu’est-ce qu’un orateur d’Exeter Hall, ou un commentateur écossais de l’Apocalypse, pourrait trouver dans la controverse de plus favorable à sa cause, que le tableau où vous avez prétendu nous peindre? Vous pouvez être sur que ce qui, d’un côté a fait naître l’horreur, de l’autre soulèvera l’indignation, ce ne sont pas là les dispositions les plus favorables à une conférence pacifique. Je m’étais complu dans cette idée que vous qui, au temps passé, vous montriez toujours moins violent que moi dans la controverse, en étiez venu aujourd’ hui, après les années écoulées et le changement des circonstances, à considérer notre ancienne guerre contre Rome comme cruelle et inopportune. Il n’y a pas plus d’un an, je le sais, l’une des objections capitales des gens qui s’opposaient à la création alors projetée d’une maison de l’Oratoire à Oxford, fut qu’une telle entreprise de ma part serait le signal de la résurrection du style de polémique hautain, aujourd’hui hors d’usage. Je m’étais figuré que vous partagiez cette opinion; mais aujourd’hui, comme pour montrer combien vous jugez urgent de le ressusciter vous-même, voici que vous exhumez un de mes écrits violents de 1841, depuis longtemps endormi dans la tombe, et dans lequel je disais: «L’Église Romaine approche de l’idolâtrie, autant qu’un tel rapprochement est possible, dans une Église héritière de cette promesse divine: «Le Seigneur abolira entièrement «les idoles!»

II

Table des matières

Remarques sur différents passages de l’ «Eirenicon»

Je le sais, il est vrai, et je le sens profondément: les fréquentes allusions faites dans votre ouvrage à ce que j’ai écrit, soit autrefois, soit récemment, sont dictées par un vif désir d’être encore avec moi, autant qu’il vous est possible, et par une affection vraie, qui prend plaisir à insister sur celles de mes paroles que vous pouvez encore admettre avec une pleine approbation. J’ai la confiance de n’être pas ingrat et de répondre à vos sentiments à cet égard; mais il est d’autres considérations qui s’imposent impérieusement ici. Quelque charme que je trouve à être d’accord avec vous, mon devoir m’oblige à m’expliquer sur plusieurs points, soit parce que j’ai changé d’avis, soit parce qu’on s’est fait une fausse idée de mon sentiment, soit parce qu’on a dénaturé ce que j’avais dit. J’ai la confiance d’agir par des motifs plus élevés que des motifs personnels, en vous adressant cette lettre publique. Elle me servira d’ailleurs d’introduction à mon sujet principal, et me fournira l’occasion de faire plusieurs observations qui s’y rapportent indirectement, en consacrant une page ou deux aux points de votre livre qui me concernent.

1. — J’ai surtout en vue une erreur généralement accréditée: on suppose que j’ai parlé publiquement de l’Église anglicane comme «du grand rempart contre l’incrédulité dans ce pays». Dans une brochure publiée par vous, il y a un an , vous parliez d’«une classe de catholiques romains très sincères, qui se réjouissent de toutes les œuvres du Saint-Esprit dans l’Eglise d’Angleterre (quoi qu’ils pensent de celle-ci), et qui s’attristent de ce qui affaiblit cette Église qui est, aux mains de Dieu, le grand rempart contre l’incrédulité dans ce pays». On crut voir dans ces dernières paroles une allusion à mon Apologie. En conséquence, le Dr Manning, maintenant notre archevêque, vous répondit en affirmant, comme vous le dites, «la contradictoire de cette proposition». Bien qu’il s’adressât à vous, on crut généralement alors, à tort ou à raison, que, par celte contre-assertion, il redressait en réalité, sans toutefois prononcer mon nom, des propositions de mon Apologie qu’il croyait incorrectes. En outre, dans le volume que vous venez de publier, vous revenez sur les derniers mots de ce passage, et vous parlez de leur auteur en des termes qui, si je ne connaissais la partialité de votre affection pour moi, m’empêcheraient de m’identifier avec lui. Vous dites: «Ces paroles n’étaient pas de moi, mais de l’un des penseurs et observateurs les plus profonds de la communion romaine.» (P. 7.) Un ami m’avait suggéré l’idée que de Maistre était peut-être l’auteur dont vous vouliez parler. Une lettre anonyme, que j’ai reçue de Dublin, me fait connaître que les paroles en question ont été certainement prononcées autrefois par l’archevêque Murray: mais vous parlez de l’auteur comme d’une personne encore vivante actuellement. Enfin, un écrivain du Weekly Register, analysant votre livre dans ce recueil, me les attribue positivement, en me nommant, et m’offre ainsi la première occasion que j’ai eue de les désavouer: c’est ce que je fais maintenant. Ce que j’ai pu, à un moment ou à un autre, avancer dans quelque conversation, ou quelque lettre particulière, évidemment je ne saurais le dire; mais ce dont je suis certain, c’est de n’avoir jamais, de propos délibéré, employé ce mot de rempart à propos de l’Église anglicane, ni en parlant d’elle au point de vue religieux, ni jamais, je pense. J’ai dit dans mon Apologie que «cette Eglise était une digue utile contre les erreurs de doctrines plus fondamentales que les siennes propres». Un rempart fait partie intégrante de la chose qu’il protège, tandis que le mot digue implique comme une protection accidentelle et de facto de la vérité catholique; et encore une protection qui n’exclue pas entièrement l’erreur, mais s’oppose à la violence de son choc. Le mot utile implique aussi quelque chose d’extérieur à ce qui est conservé. De plus, en disant que l’Église anglicane est une protection contre des erreurs plus fondamentales que les siennes propres, je déclare implicitement qu’elle n’est point exempte d’erreurs, et que ses erreurs sont fondamentales.

2. — Il y a dans votre livre (p. 336) un autre passage qu’il peut être bon d’étudier. Vous avez réuni une série de textes des Pères, comme témoignage à l’appui de votre doctrine, suivant laquelle la foi chrétienne tout entière est contenue dans l’Écriture, comme si, à votre sens, les catholiques vous contredisaient en cela. Vous vous référez à mes notes sur saint Athanase, qui ont, dites-vous, fourni quelques citations à votre liste. Mais après tout, ni vous, ni moi, dans mes notes, n’affirmons aucune doctrine repoussée par Rome. Ces notes font de plus un appel fréquent à un enseignement traditionnel, parce que lors même que la foi serait aussi certainement contenue dans l’Écriture, cet enseignement traditionnel est encore nécessaire, comme règle de foi, pour nous montrer qu’elle y est contenue. (Voir pages 283, 341, de l’édition d’Oxford.) Et cette tradition, vous la soutenez, je le sais, autant que moi dans les notes en question. En conséquence, vous reconnaissez qu’il y a une double règle, l’Écriture et la Tradition; et c’est là tout ce que disent les catholiques. En quoi donc ici les anglicans diffèrent-ils de Rome? Je crois que la différence est simplement dans les mots, et je travaillerai, moi aussi, à un Eirenicon, si j’établis clairement quelle est cette différence verbale. Les catholiques et les anglicans — je ne dis pas les protestants — attachent différents sens au mot «preuve» dans la controverse sur cette question: si tout le dogme est contenu ou non dans l’Écriture. Nous entendons, nous, que tout article de foi n’y est pas renfermé de façon à être prouvé logiquement par l’Écriture, indépendamment de l’enseignement et de l’autorité de la Tradition. Les anglicans, eux, entendent que tout article de foi y est renfermé de façon à être prouvé par l’Écriture même, pourvu qu’on y ajoute les explications et les compléments fournis par la Tradition. Et c’est aussi dans ce dernier sens que s’expriment les Pères dans les passages que vous en citez. Je suis sûr au moins que saint Athanase offre souvent, à l’appui des dogmes controversés, certains passages que personne ne regarderait comme des preuves, si l’on ne tenait pas compte de la tradition apostolique, qui en suggère, puis en règle le sens avec autorité. Ainsi vous ne niez pas que tout le dogme n’est pas contenu dans l’Écriture, de telle manière que la seule logique puisse, sans autre recours, le tirer du texte sacré ; et nous ne nions pas non plus que le dogme ne soit dans l’Écriture, en un sens impropre, en ce sens que la Tradition peut le faire reconnaître dans l’Écriture, et l’y déterminer. Vous ne prétendez pas vous dispenser de la Tradition; et nous ne rejetons pas l’idée que l’Écriture contient des sens probables, secondaires, symboliques, connexes, outre ceux qui appartiennent proprement au texte et au contexte. Vous serez, j’espère, d’accord avec moi sur ce point.

3. — Mais ce n’est pas seulement dans quelques endroits que vous me citez dans vôtre ouvrage. Dans une partie considérable, vous faites allusion à deux de mes publications: vous nommez l’une et la défendez, tandis que vous protestez implicitement contre l’autre: ce sont le Tract 90 et l’Essai sur le développement de la doctrine. Quant au Tract 90, vous vous étiez dès l’abord, ainsi que chacun le sait, levé hardiment pour le défendre, en dépit du blâme qui rejaillissait sur vous, et vous me rendîtes alors un grand service. Vous venez de le publier de nouveau, avec mon cordial consentement; mais je saisis cette occasion de faire observer, pour prévenir toute surprise de la part du public, que vous le rééditez dans un but différent de celui que je me proposais, quand je l’écrivis. Son but primitif était simplement de nous justifier, moi et d’autres, de ce que nous souscrivions aux trente-neuf articles, tout en professant un grand nombre de doctrines, qui avaient été généralement regardées comme caractéristiques de la foi romaine. J’estimais que mon interprétation des articles, telle que je la donnais dans le Tract, se maintiendrait, si ceux qui les imposaient consentaient à l’admettre; sinon, j’estimais qu’elle ne pourrait se maintenir. Quand, par le fait, les évêques et l’opinion publique refusèrent de l’admettre, je résignai ma cure, ne croyant plus avoir le droit de la conserver. Mon sentiment sur cette interprétation se trouve exprimé dans un passage de Loss and Gain conçu en ces termes:

«Est-ce une opinion admise, demanda Reding?

«— Il n’y a pas d’opinion admise, dit l’autre; les articles sont admis, mais il n’y a aucune interprétation de ces articles qui fasse autorité.

«— Bien, dit Reding, est-ce une opinion tolérée?

«— Il est vrai qu’on y a fait une forte

«opposition, répondit Bateman, mais elle

«n’a jamais été condamnée.

«— Ce n’est pas là répondre, dit Charles:

«quelque évêque la soutient-il? Quelque évê-

«que l’a-t-il jamais soutenue? A-t-elle jamais

«été formellement admise par un évêque

«quelconque, comme pouvant se défendre?

«Est-ce une opinion conçue pour parer à

«des difficultés actuelles, ou bien a-t-elle une

«existence historique?

«Bateman ne put que répéter la même

«réponse à ces questions, à mesure qu’on

«les lui posait.

«— C’est bien ce que je pensais, dit Char-

«les, l’idée est spécieuse certainement. Je

«ne vois pas pourquoi elle n’aurait pas pu

«être soutenue, si elle avait été sanctionnée

«d’une manière acceptable; mais vous ne

«pouvez me montrer aucune sanction.

«Telle qu’elle est, c’est une pure théorie

«lancée par des individus. Notre Église

«eût pu adopter cette manière d’inter-

«prêter les articles; mais, d’après ce que

«vous me dites, elle ne l’a certainement pas

«fait.» (Ch. xv.)

Quoi qu’il en soit, le Tract n’avait extérieurement rien qui marquât son but et ses conditions: il était nécessairement exposé à des interprétations très éloignées de la vraie. Le docteur Wiseman (comme on le désignait alors), en particulier, avec cette vivacité d’intelligence qui le caractérisait, y vit de suite une base d’accommodement entre l’Anglicanisme et Rome. Il suggéra ouvertement l’idée que les décrets du concile de Trente pourraient servir de règle d’interprétation pour les trente-neuf articles, comme Sancta-Clara,. je crois, en avait donné l’exemple; et il publia à ce sujet, ainsi que vous l’avez fait observer, une lettre adressée à lord Shrewsbury dont voici des extraits:

«Nous autres catholiques, nous devons

«nécessairement déplorer la séparation (de

«l’Angleterre) comme un mal moral profond,

«comme un état de schisme, dont rien ne

«peut justifier la durée. Beaucoup de mem-

«bres de l’Eglise anglicane sont du même

«avis, quant au premier point; ils voient là

«un mal déplorable, tout en excusant,

«comme un malheur inévitable, leur posi-

«tion individuelle dans cette Église... Nous

«pouvons compter sur une coopération cor-

«diale, habile, et très zélée, dans tous les

«efforts que nous pourrons faire pour ame-

«ner cette Église à la situation qui lui

«convient, à l’unité catholique du Saint-

«Siège et avec les églises soumises à son

«obédience, en d’autres termes, avec l’Église

«catholique. Est-ce là une idée chimé-

«rique? Est-ce simplement l’expression d’un

«ardent désir? Je crois que beaucoup le

«penseront; et peut-être hésiterais-je moi-

«même à l’exprimer, si je ne consultais que

«l’intérêt de mon propre repos. Mais je

«veux, dans la simplicité de mon cœur,

«me rattacher à l’espérance ranimée, se-

«lon moi, par tant d’apparences encoura-

«geantes...

«Une question se présente naturellement

«ici: quelles sont, dans l’état actuel des

«choses, les facilités propres à amener un

«aussi heureux résultat que l’union de

«l’Angleterre avec l’Église catholique, faci-

«lités différentes de celles qui existaient

«sous les archevèques Laud ou Wake?

«Il y en a beaucoup, j’en suis frappé... Je

«pense que Votre Seigneurie sera d’accord

«avec moi, pour regarder comme une cir-

«constance beaucoup plus encourageante

«encore le plan qu’a développé le Tract 90,

«et qu’ont accepté M. Ward, M. Oakeley et

«le docteur Pusey lui-même. Je veux parler

«de la méthode qui consiste à mettre leurs

«doctrines d’accord avec les nôtres, par

«voie d’explication. Un prêtre étranger nous

«a indiqué un document important pour

«notre cause: c’est la réponse de Bossuet

«au Pape, qui le consultait sur la meilleure

«méthode à suivre pour réconcilier les

«adhérents de la Confession d’Augsbourg

«avec le Saint-Siège. La Providence, remar-

«que le savant évèque, a permis que cette

«Confession conservàt une si grande part de

«la vérité catholique, qu’il faut tirer de cette

«circonstance tout l’avantage qu’elle pré-

«sente. Il n’y a point de rétractation à

«demander, mais simplement une explica-

«tion de la Confession, qui soit d’accord

«avec les doctrines catholiques. Or on a, en

«partie, préparé la voie à une méthode de

«cette nature, en démontrant qu’on peut

«interpréter les articles les plus difficiles, de

«manière à leur ôter toute contradiction

«avec les décrets du concile de Trente. On

«peut poursuivre l’application de cette

«méthode sur d’autres points, et l’on peut

«épargner ainsi beaucoup de peine aux indi-

«vidus, beaucoup de difficultés à l’Église.»

(P. 11, 35, 38.)

Cet emploi de mon Tract, si différent de celui que je me proposais, mais sanctionné par le grand nom de notre cardinal, vous le renouvelez aujourd’hui; et j’en conclus que vos évêques et l’opinion publique sont maintenant, ou seront bientôt, selon toute apparence, disposés à admettre ce qu’ils rejetaient, il y a vingt-cinq ans. Quelque joie que j’éprouve à connaître vos prévisions, je ne puis évidemment avoir d’opinion sur ce point.

4. — Voilà pour le tract 90. En ce qui concerne mon hypothèse sur le développement de la doctrine, je m’afflige de voir que vous ne la regardiez pas avec des yeux amis; et je ne puis comprendre comment vous pouvez, sans son appui, maintenir les dogmes de la sainte Trinité et de l’Incarnation, et d’autres encore que vous professez, Vous estimez que mon principe pourrait servir ultérieurement à introduire dans notre symbole, comme parties nécessaires de la foi catholique, l’infaillibilité du pape et diverses opinions pieuses, ou profanes peut-être, sur la sainte Vierge. J’espère dissiper votre inquiétude sur ces conséquences, avant d’arriver à la fin de mes observations : je signale ceci dès à présent, pour m’excuser d’intervenir dans une controverse qui, à première vue, ne semble pas me concerner.

5. — J’ai une autre raison de prendre la plume. M’est-il permis de le dire?... c’est parce que vous semblez croire qu’à moi, converti, il ne sied pas d’écrire. Je ne veux pas, par mon silence, souscrire à pareil jugement. Vous dites, page 98:

«Il n’y a rien de moins praticable que de

«se jeter dans les bras de l’Église romaine,

«sous prétexte qu’on peut accepter la lettre

«du concile de Trente. Ceux qui sont nés

«dans l’Église catholique romaine ont, par

«la nature même des choses, une liberté que

«ne peut avoir celui qui, pour embrasser la

«doctrine de Rome, en a abandonné une

«autre. Je ne puis comprendre qu’il y ait

«une foi capable de soutenir le choc qui

«résulte de l’abandon d’une doctrine qu’elle

«critique, et de l’adoption d’une autre doc-

«trine qu’elle critique également. Pour moi,

«j’ai toujours senti que, si l’Église d’Angle-

«terre, en acceptant l’hérésie (ce que Dieu

«veuille, dans sa miséricorde, continuer à

«détourner de nous), m’avait mis dans la

«nécessité de me séparer d’elle, je n’aurais

«pu le faire que les yeux fermés, et en

«acceptant tout ce que j’aurais trouvé devant

«moi. Mais une liberté dont on ne peut user

«individuellement, et des explications qui,

«tant qu’elles sont individuelles, demeurent

«sans autorité, peuvent être formellement

«offertes par l’Église de Rome à l’Église

«d’Angleterre, comme base de réunion.»

Et encore, page 210:

«Il me semble psychologiquement impos-

«sible qu’un homme, qui a déjà passé d’une

«doctrine à une autre, fasse ces distinctions.

«Celui qui, par un acte volontaire, se range

«sous une autorité, ne peut mettre de con-

«ditions à sa soumission. Mais, du côté des

«Romains et des Grecs, on nous a précé-

«demment offert, au moins en forme d’essai,

«des explications précises de nos articles,

«qu’on regardait comme suffisantes pour

«rétablir la communion; et les explications

«romaines n’étaient, dans la plupart des

«cas, que des suppléments à nos articles, à

«propos de questions sur lesquelles notre

«Église ne s’était pas prononcée.»

De tels passages semblent presque me sommer de parler; et garder le silence serait passer condamnation. Au risque donc de parler de moi-même, ce que, à mon avis, on a trop fait depuis quelque temps, je ferai sur ces passages les observations qui vont suivre. Évidemment, ainsi que vous le dites, un converti vient pour apprendre, non pour trier et choisir. Il vient avec simplicité et confiance, et il n’a pas l’idée de peser et de mesurer chacun des actes, chacune des pratiques qu’il rencontre chez ceux auxquels il s’est uni. Il vient chercher dans le catholicisme un système vivant, et non pas seulement un ensemble de canons et de décrets qui, par eux-mêmes, ne sont évidemment que la charpente, non le corps et la substance de l’Église. C’est là une vérité qui concerne, qui lie non seulement le converti, mais encore ceux qui ne connurent jamais d’autre religion. Par système catholique, j’entends cette règle de vie, ces pratiques de dévotion que nous chercherions en vain dans la profession de foi de Pie IV. Le converti vient, non seulement pour croire à l’Église, mais encore pour se confier à ses prêtres et leur obéir, pour se conformer à son peuple par la charité. Il ne lui conviendra, en aucun cas, de décider que jamais il ne dira un Ave Maria, que jamais il ne profitera d’une indulgence, jamais ne baisera un crucifix, n’acceptera les dispenses du carême, ne s’accusera d’un péché véniel en confession. Tout cela serait non seulement bizarre, mais dangereux; car ce serait le signe d’une aberration d’esprit, qui ne saurait prétendre à la bénédiction divine. De plus, il se soumet au culte extérieur, à l’enseignement de la théologie morale, aux règlements ecclésiastiques qu’il trouve établis dans le pays où il vit. Et encore, sur les questions de politique, d’éducation, de convenance générale, de goût, il ne se posera pas en critique ou en controversiste. Il se soumet de la sorte aux influences de sa nouvelle religion, et ne s’expose pas à perdre la vérité révélée, en essayant d’en distinguer par lui-même, à tout propos, la substance d’avec les accessoires. C’est ainsi qu’il acquiert peu à peu la doctrine du catholicisme, pour avoir à la fin le droit de parler aussi bien que d’écouter. Puis, avec le temps, une génération nouvelle se lève autour de lui; il n’y a plus alors de raison qu’il ne sache pas autant, et ne décide pas les questions avec un instinct aussi sûr que ceux qui peut-être comptent moins d’années que lui ne compte de communions pascales. Il a pu apprendre l’histoire et la nature des divergences de théologien à théologien, d’école à école, de nation à nation, d’époque à époque. Il sait que, selon les circonstances de temps et de lieu, la politique du moment, le caractère du pape au pouvoir, ou des principaux prélats d’un pays, les opinions et les pratiques dépendent beaucoup de ce qu’on peut appeler la mode, et que les modes changent Son expérience lui dit que quelquefois ce qui est, dans un endroit, dénoncé comme offense grave, ou enseigné comme principe fondamental, a été, chez une autre nation, regardé, de temps immémorial, précisément de la façon contraire; ou bien n’a produit aucune sensation, dans un sens ni dans l’autre, quand on l’a soumis à l’opinion publique; et que les grands parleurs, dans l’Église comme ailleurs, sont prêts à tout renverser devant eux, tandis que les gens calmes et consciencieux croient devoir céder. Il voit, lorsque des questions se débattent, l’autorité ecclésiastique suivre attentivement l’état de l’opinion, la direction et la marche de la controverse: de telle sorte que, dans certains cas, réserver son propre jugement, sur un point, est un acte d’insubordination envers ses supérieurs. Ceci posé en général, voyons maintenant mon propre cas. Après vingt ans de vie catholique, je ne me fais nullement scrupule de donner mon opinion sur un point, toutes les fois qu’on la demande; et si je ne l’ai pas fait plus tôt ou plus souvent, c’est seulement parce qu’on ne l’a pas sollicitée. Je suis arrivé à conclure, non sans déplaisir, que votre livre est une sollicitation. Assurément, dans bien des questions où il y a divergence de théologien à théologien, de nation à nation, j’ai mon opinion personnelle bien arrêtée. Je puis parler ainsi sans offenser personne, par la raison que la nature de ces cas rend impossible l’accord avec tous. Je préfère les habitudes anglaises de croyance et de dévotion aux habitudes étrangères, par les mêmes motifs et aussi justement que les étrangers préfèrent les leurs. En suivant celles de mon pays, je montre moins de singularité, et je soulève moins d’agitation que si je préconisais celles qui sont nouvelles et exotiques. En agissant ainsi, je ne fais que profiter de l’enseignement que j’ai trouvé en devenant catholique; et je me réjouis en pensant que ce que je soutiens maintenant, que ce que je voudrais transmettre après moi, s’il m’était possible, c’est ce qui me fut enseigné alors. Tous ceux qui me donnèrent des avis y mirent la plus extrême délicatesse; je n’ai présent à l’esprit qu’un seul de ces avertissements, qui me vint de feu le docteur Griffiths, vicaire apostolique du district de Londres. Il me mit en garde contre les livres de dévotion de l’école italienne, qui pénétraient précisément alors en Angleterre; et, quand je lui demandai quels livres il recommandait comme des guides sûrs, il me dit de prendre les œuvres de l’évèque Hay. Je n’entends pas dire par là qu’il fût ombrageux à l’égard de tous les livres italiens, ou qu’il se fit responsable de tout ce que le docteur Hay ait pu dire; mais je compris qu’il me prémunissait contre un ordre d’idées et un diapason religieux, excellents à leur place sans doute, mais peu faits pour l’Angleterre.

Quand je fus à Rome, cela pourra vous surprendre, je n’appris même là rien qui fût incompatible avec ce jugement. Des influences locales ne forment pas l’atmosphère de ses institutions et de ses collèges, catholiques de doctrine aussi bien que de nom. Je me rappelle, entre autres, une parole d’un Père Jésuite, mon confesseur, l’un des hommes les plus saints et les plus prudents que j’aie jamais connus. Il disait que nous ne pouvions aimer trop la sainte Vierge, si nous aimions Notre-Seigneur beaucoup plus encore. A mon retour en Angleterre, la première fois que j’entendis exprimer une opinion théologique, ce fut à propos des séries de traduction de Vies de Saints, éditées par feu le docteur Faber. Cette opinion était exprimée par un sage prélat, qui se demandait avec anxiété quelle ligne de conduite pourraient prendre les convertis d’Oxford, qui commençaient à se mettre à l’œuvre. Si je me rappelle bien son opinion, il redoutait l’effet des ouvrages italiens, comme non appropriés à ce pays-ci; il eût voulu que ces Vies fussent des œuvres originales, rédigées par nous et nos amis, d’après les sources italiennes. Si, à cette époque, j’ai été entraîné à quelque acte d’une nature telle qu’il doive me paraître aujourd’hui exagéré, toute la responsabilité en retombe assurément sur moi, mais l’impulsion m’était donnée, non par des catholiques âgés, ni par mes supérieurs, mais par des hommes que j’aimais, en qui j’avais confiance, qui étaient plus jeunes que moi. Mais à quelque excès que j’aie pu être entraîné, et je ne m’en rappelle aucun exemple palpable, mon esprit revint, au bout de peu de temps, à ce qui me paraît une marche plus sûre et plus pratique.

Donc, je pense avoir, quoique converti, le droit de parler; d’autant plus que d’autres convertis ont parlé pendant longtemps, sans que je l’aie fait. Et je puis, avec d’autant plus de raison, parler sans offenser personne, en réponse à vos critiques, que, dans vos accusations, les deux seuls écrivains anglais que vous citiez comme témoins, sont tous deux convertis et plus jeunes que moi. Je mets, naturellement à part l’archevêque, à cause de son office. Ces deux auteurs sont dignes de toute considération, et par leur caractère, et par leur valeur. Dans leurs sphères respectives, ils n’ont peut-être pas d’égaux en ce moment, et ils méritent l’influence dont ils jouissent. L’un est encore dans toute la force de son talent, l’autre n’est plus, et beaucoup l’ont pleuré. On est heureux de faire l’éloge de leur grande et réelle valeur; mais pourquoi vous appuyez-vous sur eux, comme sur des autorités? Vous dites de l’un qu’il a été un «écrivain populaire» ; mais ses qualités remarquables, son imagination poétique, sa franchise attrayante, les grâces de son esprit, son caractère affectueux, sa tendre piété, expliquent assez la popularité de ses œuvres; Pourquoi donc supposer qu’elles se sont répandues généralement à cause de ses sentiments à l’égard de la sainte Vierge? Et, quant à notre autre ami, son énergie, sa pénétration et son érudition théologique, déployées sur un terrain avantageux, dans la Revue de Dublin, n’expliquent-elles pas suffisamment l’effet qu’il a produit, sans qu’il soit nécessaire de supposer qu’un grand nombre d’entre nous soient allés aussi loin que lui, dans leur manière de concevoir l’infaillibilité du pape?

Notre silence, en ce qui touche leurs écrits, est très facile à comprendre: il n’est pas agréable de protester, à la face du monde, contre les écrits d’hommes de notre communion, que nous aimons et que nous respectons. Voici la réalité. En venant à notre Église, ils ont sauvé leurs âmes. Du reste, ils ne sont nullement les porte-paroles des catholiques anglais, et ils ne sauraient prendre la place de ceux qui ont un titre réel à exercer cette fonction. Les principaux écrivains de la génération actuelle sont le cardinal Wiseman, le docteur Ullathorne, le docteur Lingard, M. Tierney, les docteurs Oliver, Rock, Waterworth, Husenbeth et M. Flanagan. Les uns vivent encore, les autres sont allés déjà recevoir leur récompense. Or, parmi ces ecclésiastiques, qui a écrit quoi que ce soit d’exagéré sur les prérogatives de la sainte Vierge, ou sur l’infaillibilité du pape?

Je ne puis donc, sans protester, vous laisser identifier la doctrine de nos deux amis d’Oxford, sur les sujets en question, avec l’esprit actuel, ou la croyance à venir des catholiques. Je ne puis vous laisser prétendre, comme vous le faites, que, parce qu’ils marchent droit devant eux et sont inflexibles dans leurs affirmations, ils sont les précurseurs d’un âge nouveau, qui regardera presque à l’égal d’une erreur toute marque de déférence envers l’antiquité. Pour moi, sans espoir comme vous le croyez, je ne rougis point encore de m’appuyer sur les Pères, ni ne veux les abandonner. L’histoire de leur temps n’est pas encore pour moi un almanach vieilli. Certainement je soutiens la valeur et l’autorité de l’École, comme un des lieux théologiques; je m’unis cependant au P. Petau, pour préférer à la «théologie subtile et contentieuse de l’École» cet «enseignement plus élégant et plus fructueux qui se modèle sur la savante antiquité ». Les Pères m’ont fait catholique, et je n’irai pas repousser du pied l’échelle par laquelle je suis monté à l’Église. Cette échelle est tout aussi bonne aujourd’hui qu’il y a vingt ans. Bien que je croie, comme vous le savez, à un développement progressif dans la vérité apostolique à mesure que le temps marche, un tel développement ne se substitue pas aux Pères, mais les explique et les complète. Pour ce qui regarde, en particulier, notre enseignement sur la sainte Vierge, je me contente des Pères; et je veux moi-même aborder de suite le sujet de cet enseignement. Je le fais parce que vous dites, comme je l’ai dit moi-même en des années précédentes, que «ce vaste

«système, au sujet de la sainte Vierge,... a

«été pour nous tous une croix spéciale dans

«la doctrine romaine». (P. 101.) Ici, dis-je, comme sur d’autres points, les Pères me suffisent. Je ne désire pas dire plus qu’eux, et je ne veux pas dire moins. Vous serez de cet avis, je le sais; nous pouvons donc ainsi aboutir à un net et large principe, et espérer un résultat intelligible. Nous aurons bientôt de notre très révérend Prélat un traité sur la sainte Vierge; mais cela ne saurait modifier en rien l’argument très simple que je tirerai des Pères, et auquel je m’en tiendrai ici. En ce qui concerne cet argument, je ne prétends vous présenter aucun texte nouveau, aucun fait, qui n’aient été invoqués par de grands théologiens, comme le P. Petau, par des écrivains contemporains, et par moi-même en d’autres occasions. Je reprends la plume cependant, et cela pour trois raisons; d’abord, je désire contribuer à préciser et à exposer complètement l’argument en question; peut-être aussi mettra-t-on, à m’entendre, plus de patience qu’on n’en a accordé à d’autres meilleurs que moi; enfin je me crois appelé spécialement ici, en raison des circonstances de ma vie, à dire nettement ce que je crois et ce que je ne crois pas au sujet de la sainte Vierge. Je souhaite par là montrer à d’autres ce qu’ils seront obligés de croire, ou libres de ne pas croire, à ce sujet, s’ils arrivent là où Dieu m’a conduit.

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Yaş sınırı:
0+
Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
201 s. 2 illüstrasyon
ISBN:
4064066304805
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
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