Kitabı oku: «Essai sur la fabrique de l'indigo»

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Joseph-François Charpentier de Cossigny

Essai sur la fabrique de l'indigo


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066303495

Table des matières

AVANT-PROPOS.

AVERTISSEMENT.

PREMIÈRE PARTIE, THÉORIE DE LA FABRIQUE DE L’INDIGO.

CHAPITRE PREMIER. Notions générales sur la Fabrique de l’indigo.

CHAPITRE II. Théorie de la fermentation de l’anil.

CHAPITRE III. Théorie du battage de l’extrait.

CHAPITRE IV. Théorie de la dessication de l’indigo.

SECONDE PARTIE, PRÉCEPTES SUR LA FABRIQUE DE L’INDIGO.

CHAPITRE I. Préceptes relatifs à la fermentation de l’anil.

CHAPITRE II. Préceptes relatifs au battage de l’indigo.

CHAPITRE III. Du Précipitant.

CHAPITRE IV. D’une Cuve Manquée.

CHAPITRE V. D’un indigo de mauvaise qualité.

CHAPITRE VI. De l’écume.

CHAPITRE VII. De la dessication de l’indigo.

TROISIEME PARTIE

CHAPITRE I. De la Mécanique du Battage

CHAPITRE II. De l’Indigoterie.

CHAPITRE III. Des différentes espèces d’anils.

CHAPITRE IV. De la culture de l’anil.

CHAPITRE V. De la méthode des Indiens, pour fabriquer de l’indigo.

OBSERVATIONS Sur les maladies causées par la fermentation putride de l’indigo, dans la fabrique de cette denrée.

RÉCAPITULATION GÉNÉRALE DE L’ESSAI SUR LA FABRIQUE DE L’INDIGO.

CHAPITRE I. Notions générales sur la fabrique de l’Indigo.

CHAPITRE II. Théorie de la fermentation de l’anil.

CHAPITRE III. Théorie du battage de l’extrait.

CHAPITRE IV. Théorie de la dessication de l’indigo.

CHAPITRE I. Préceptes relatifs à la fermentation de l’anil.

CHAPITRE II. Préceptes du battage.

CHAPITRE III. Du Précipitant.

CHAPITRE IV. D’une cuve manquée.

CHAPITRE V. D’un indigo de mauvaise qualité.

CHAPITRE VI. Dé l’Écume.

CHAPITRE VII. Déssication de l’Indigo.

CHAPITRE I. De la mécanique du battage.

CHAPITRE II. De l’indigoterie.

CHAPITRE III. Des différentes espèces d’anils.

CHAPITRE IV. De la culture de l’anil.

CHAPITRE V. Méthode des Indiens pour fabriquer de l’indigo.

OBSERVATIONS Sur les maladies causées par la fabrique de l’indigo.

EXPLICATION. De quelques termes qui sont employés dans l’essai sur la fabrique de l’indigo.

EXPLICATION DES FIGURES, Qui ont rapport à la fabrique&à la culture de l’indigo.

PLANCHE PREMIÈRE.

PLANCHE II.

PLANCHE III.

PLANCHE IV.

PLANCHE V.

RAPPORT DES COMMISSAIRES.

LETTRE SUR L’INDIGO.

LETTRE SUR L’INDIGO-VERD.

ADDITIONS A L’ESSAI SUR LA FABRIQUE DE L’INDIGO.

I. Moyen de connaître le degré du battage.

II. Proportions de la quantité de précipitant qu’on doit employer par chaque cuve.

III. Avis aux indigotiers sur le moyen de fabriquer de l’indigo avec les herbes âgées.

IV. Indigo sans fermentation&sans battage.

V. Seconde fermentation des herbes d’anil.

VI. Avivage de l’indigo.

VII. Anil de Palma.

VIII. Fabrique de l’Indigo à Java.

IX. Procédé des Indiens, pour teindre les toiles de coton en bleu d’indigo.

X. Procédé des Indiens pour teindre en verd les toiles de coton.

XI. Description du Tavera-vérai.

AVANT-PROPOS.

Table des matières

LA pluspart des artistes s’attachent à suivre fidellement leur méthode pratique, lors-même qu’elle n’est fondée que sur une routine aveugle, sans chercher à connoître la théorie de leur art. Le plus grand mérite, selon eux, consiste dans l’exactitude des procédés qu’ils ont appris, dont ils ne peuvent point rendre raison, ou qu’ils expliquent d’une manière peu satisfaisante,&quelquefois contraire aux principes de la saine phisique. Il s’est établi parmi eux un préjugé qui s’oppose en général aux progrès des arts: C’est qu’ils sont parvenus au plus haut point de perfection, qu’elle est par conséquent une chimère dont sere-paissent des spéculateurs&des gens à illusion, enfin que la pratique est infiniment supérieure à la théorie,&doit en tenir lieu. Cependant ne pourroit-on pas dire avec raison que la première est la main qui exécute,&que la seconde est l’œil qui la conduit.

LORSQUE la pratique d’un art conduit toujours à des résultats certains&fructueux, il y auroit de la témérité peut-être à chercher un point de perfection dans une méthode nouvelle d’opérer: Dans le cas contraire, on peut sans crainte de reproches, se livrer à des expériences guidées par une théorie sûre ou vraisemblable, soit pour simplifier les procédés de la fabrique, soit pour fixer l’incertitude des règles de la pratique, soit pour obtenir des produits plus abondants ou plus précieux, sans augmenter la dépense des manipulations. La voie des expériences est donc celle qu’on doit tenter, Comme le champ en est vaste, on se perdroit dans des recherches infinies, laborieuses,&la pluspart stériles, si on n’étoit pas guidé dans leur choix par des principes. Malgré ce secours, celles qui restent à faire ne laissent pas que d’être très-nombreuses: elles demandent la plus grande exactitude dans les procédés, beaucoup d’attention pour en saisir les résultats, des connoissances pour en pénétrer les causes, de la justesse dans les comparaisons qu’on peut faire&dans les conséquences qu’on en déduit; Enfin Il faut les répéter plusieurs fois,&les varier de plusieurs manières, afin d’en constater les effets.

JE me suis pas dissimulé la difficulté de mon entreprise. Combattre des préjugés invétérés, attaquer des erreurs accrédités, donner un système nouveau, montrer une route inconnue ; que de raisons pour élever contre cet ouvrage la voix de l’habitude & celle de la critique : le zèle & les succès peuvent seuls me justifier. J’en appelle donc à l’expérience. Guidée par l’interêt particulier, elle doit déterminer un jour les artistes à abandonner une routine aveugle, incertaine, peu fructueuse ; elle doit les engager à suivre une méthode qui procure des produits plus abondants, plus assurés, plus précieux ; & dont les principes faciles à saisir sont appuyés sur ceux de la chimie.

C’est un sujet d’étonnement sans doute que depuis plus de deux siècles que les Européens fabriquent de l’indigo dans leurs colonies, cet art qu’ils tiennent des Asiatiques&dont les élémens paroissent assès simples, n’ait pas été perfectionné. Je pourrois expliquer les causes d’un fait qui paroîtra extraordinaire à toutes les personnes qui ne connoissent pas la marche routinière des hommes en général Je m’en tiendrai à fournir dans le cours de ce mémoire les preuves de ce que j’avance.

Ce n’est pas que je me flatte d’avoir atteint le dernier point de perfection: Je sens trop tout ce qui me manque du côté des lumières&même de l’expérience, pour oser former une pareille prétention; mais j’espère décrire une méthode plus claire que celle qu’on a suivie jusqu’à présent, plus facile à saisir, plus sûre dans ses effets&plus fructueuse dans ses résultats; J’espère ouvrir un chemin qui pourra conduire à de nouvelles découvertes.

Si je n’avois consulté que mon talent, je ne me serois pas hâté de donner au public un systême&une méthode sur l’art de l’indigotier; le désir d’être utile a triomphé de cette réfléxion. La culture de l’anil, si les colons des Isles de France&de Bourbon veulent s’y adonner, peut contribuer à la prospérité future de ces isles. Je fais que le peu de produit de cette plante dans les essais qu’on y a faits, a rallenti l’ardeur des colons sur cet objet; mais ils doivent considérer que les connoissances dans la fabrique leur manquoient, pour travailler avec fruit,& surtout que les espèces de leurs anils ne sont pas les mêmes&donnent moins de produit que celles qu’on cultive à St. Domingue. Je fais encore que les colons des Antilles se dégoûtent touts les jours de cette culture qui intéresse le commerce&quelques manufactures de la nation: Les accidents aux quels l’anil est sujet dans ces isles, pendant tout le tems de sa végétation, les pertes auxquelles on est exposé à raison des difficultés de la fabrique, engagent les habitants à cultiver des productions moins incertaines. Rien ne paroît plus propre à ranimer le travail des uns&des autres, qu’une méthode nouvelle qui le rend plus facile,&qui leur assûre un produit beaucoup plus considérable&plus précieux que celui qu’ils retiroient, en suivant la routine ordinaire. Ce qui doit surtout encourager les colons de l’Isle de France, c’est que les insectes qui sont en Amérique le plus grand fléau de l’anil n’ont point paru attaquer cette plante, dans aucun quartier de notre isle.

QUELQUE persuadé que je fois des avantages de la méthode que j’expose, je serois injuste envers les auteurs qui m’ont précédé&qui ont traité le même sujet, si je déprisois leurs ouvrages. Les premiers qui écrivent sur un art, atteignent rarement le point de perfection; mais on leura l’obligation d’avoir défriché un champ inculte. Je dois à leur travail le fruit de mes recherches. Quoiqu’elles m’aient conduit à un systême opposé au leur&à des pratiques différentes de celles qu’ils enseignent, je me fais un devoir de les regarder comme mes maîtres, puisqu’ils m’ont donné les premières notions d’un art que j’ignorois.

JE dois un témoignage public de ma reconnoissance à M. de Foucault Intendant des isles de France&de Bourbon. L’accueil qu’il a fait à mes essais, l’intérêt qu’il a pris à mes travaux, les avis qu’il m’a donnés sur quelques détails de la fabrique, les secours qu’il m’a procurés en tout ce qui a pu dépendre de sa bonne volonté, ont été des encouragements qui ont excité&soutenu mon zèle. J’ai trouvé les mêmes sentiments dans M. de Mellis Commissaire Général de la Marine. Je ne puis me refuser à la satisfaction de lui marquer combien j’y suis sensible.

Plan de l’ouvrage.

ON ne doit pas s’attendre à trouver ici la description de l’art de l’indigotier, tel qu’il est pratiqué&tel qu’il est enseigné par les auteurs qui en ont traité. Dès les premiers pas que j’ai faits dans la carrière, j’ai cru voir que l’art étoit susceptible de perfection, que la théorie en étoit absolument ignorée, que la pratique adoptée généralement, n’étoit qu’une routine sans principes&que les procédés connus&suivis n’avoient aucune règle. On me taxera peut-être de témérité, pour avoir conçu le projet de perfectionner un art en vigueur dans les quatre parties du monde depuis bien des siècles. Je trouverai mon excuse auprès des personnes qui connoissent par eux-mêmes tout ce dont le zèle est capable.

J’EXPOSERAI dans la première partie de cet ouvrage, la théorie de la fabrique de l’indigo, telle que je l’ai conçue, en rappellant les principes de chimie sur lesquels cet art est fondé. J’entrerai dans quelques détails qui pourront paroître inutiles ou minutieux aux personnes instruites; mon but est de me faire entendre par celles qui sont peu initiées dans les mistères de cette science, de les instruire sur toutes les pratiques de la manipulation,&de rendre compte de toutes les observations que je puis avoir faites sur le sujet que je traite: ainsi je sacrifierai la concision à la clarté&à l’exactitude; j’écris moins pour les savants que pour les artistes. Je supprimerai seulement la pluspart des expériences, dont les résultats ont été sans fruit. J’ai jugé qu’il étoit très-important de faire connoître la théorie de l’art, parcequ’elle seule peut guider l’artiste dans la marche qu’il doit suivre, s’il ne veut pas s’égarer. Ces connoissances sont nécessaires pour rendre raison des causes&des effets,&pour trouver les moyens de déterminer les effets désirés, en employant à propos les causes. Je conviens que la pratique est absolument nécessaire, pour former un artiste habile; mais il ne peut devenir tel que lorsqu’il y joint la spéculation fondée sur des principes,&le raisonnement appuyé de l’expérience,

LA première partie de cet ouvrage fera divisée en quatre chapitres. Je débuterai dans le premier, par exposer les notions générales de l’art de l’indigotier. Je développerai dans le second mes principes sur la fermentation de l’anil&dans le troisième ceux que je me suis faits sur l’effet du battage de l’extrait. Le quatrième exposera succinctement les principes de la dessication de la fécule, opération que je traiterai par la suite avec plus d’étendue.

LA seconde partie présentera dans le plus grand détail les préceptes de la fabrique en sept chapitres.

L E premier renfermera tout ce qui a rapport à la fermentation en quinze articles&le second tout ce qui a rapport au battage en treize articles.

JE tâcherai de rendre raison des manipulations que je conseille, afin que l’artiste puisse mieux saisir ce qu’il concevra: Il en résultera peut-être un autre avantage; C’est de mettre sur la voie des découvertes celui qui doué de plus d’intelligence que moi, auroit le talent d’aller plus loin&le bonheur de perfectionner ma méthode. Je serai souvent obligé de rappeller les principes que j’aurai établis dans la première partie. Souvent le sujet lui même m’y entraînera, pour observer les différences qui distinguent des choses qui ont des circonstances communes, ou pour rendre compte des circonstances différentes qui donnent les mêmes résultats; souvent j’aurai pour objet que le lecteur ne perde pas de vue l’application des principes aux opérations de la fabrique. J’établirai le raisonnement par les faits&ceux-ci par le raisonnement. Mon systême sur l’art de l’indigotier étant opposé à celui des auteurs qui m’ont précédé, j’ai cru devoir non seulement les combattre dans les règles qu’ils ont établies&dans les préceptes qu’ils ont donnés, mais encore fournir les preuves de ce que j’avance. J’ai jugé que ma tâche n’eut pas été remplie, si j’eusse simplement exposé les préceptes de ma méthode, sans en développer la théorie. Le manouvrier travaille machinalement, mais le véritable artiste doit connoître les principes de son art.

JE traiterai dans le troisième chapitre de la seconde partie, divisé en six articles, la question fameuse du précipitant, agitée depuis longtems par les indigotiers&reliée jusqu’à présent indécise. Je donnerai la recette de plusieurs liqueurs faciles à préparer&peu coûteuses, qui ont toutes la proprieté de précipiter la fécule, sans l’altèrer;&j’indiquerai comment on peut en assûrer l’effet. Je ferai voir que cette découvert te est réellement intéressante;&j’en détaillerai les avantages.

ELLE fournit le moyen de réparer le produit d’une cuve manquée& d’aviver un indigo de médiocre qualité, ou même altèré. Ce sera le sujet du quatrième&du cinquième chapître. Ces découvertes sont nouvelles dans la fabrique de l’indigo&paroîtront sans doute importantes à tous les indigotiers, ils apprendront des moyens simples, faciles&peu coûteux d’obtenir une fécule de la plus grande beauté&telle qu’il n’en existe point dans le commerce. Les teinturiers eux-mêmes trouveront des procédés nouveaux, pour améliorer&pour aviver un indigo médiocre, ou terne, ou noirâtre. J’emploirai deux articles à leur instruction particulière. Comme ce sujet n’est point étranger à celui que je traite, j’ai pensé qu’on me pardonneroit les détails dans lesquels je suis entré à cette occasion, en faveur du motif qui me les a dictés.

POUR suivre le plan que je me fuis prescrit, j’expliquerai physiquement l’effet des ingrédients que je conseille d’employer. Je n’assûrerai rien qui n’ait été constaté par l’expérience. Les artistes qui la répéteront, ne doivent imputer qu’à un défaut d’exactitude dans les manipulations, les résultats qui pourront différer de ceux que je promettrai.

O N fera peut-être étonné que des moyens aussi simples que ceux que j’indique, amènent des effets si heureux dans des circonstances qui paroissent différentes ou opposées. Je me suis attaché dans le cours de ce mémoire, à développer autant que je l’ai pu, les principes qui donnent l’explication de touts les phénomènes, qui se présentent dans le cours de la fabrique.

I L en est un sur lequel les auteurs qui m’ont devancé, n’ont fait aucune recherche; ils paroissent l’avoir oublié, ou méconnu; c’est l’écume très-abondante qui surnage l’extrait après le battage; souvent elle disparoît, mais elle résiste quelquefois au moyen que l’on emploie pour la dissiper; elle a été jusqu’à présent en pure perte pour les artistes. J’indique un moyen simple&facile à suivre de la réunir en fécule dans le sixième chapitre, après avoir dit dans un autre endroit, comment on peut empêcher cette écume de se former.

LE septième traite de la déssication de l’indigo en douze articles. J’expose succinctement les inconvénients des méthodes reçues sur ce point très-important de la fabrique. La plus belle fécule peut être détériorée ou même perdue par le vice de la dessication. Je propose des moyens nouveaux d’éviter touts ces inconvénients.

APRÈS avoir suivi la fabrique de l’indigo, depuis le commencement de la manipulation jusqu’à la fin, je commence la troisième partie par décrire dans le premier chapitre plusieurs machines pour le battage. La théorie&l’expérience m’ont fait reconnoître que celles qui sont en usage pour battre l’extrait, n’étoient en général, ni les plus simples, ni les moins coûteuses dans leur construction, ni les moins pénibles dans leur exécution, ni les plus favorables à la fabrique. On ne s’est fait aucuns principes sur cette opération importante. Ceux que j’ai établis m’ont conduit à imaginer des machines nouvelles, qui se mettent facilement en jeu par les bras d’un seul homme,&qui sont plus avantageuses par l’effet qu’elles produisent, que toutes celles dont on s’est servi jusqu’à présent, pour remplir le même objet.

JE fais part dans le second chapitre de quelques observations nouvelles sur la construction d’une indigoterie, telles que l’expérience m’en a démontré la nécessité ou l’utilité. J’engage à donner aux cuves qu’on appelle trempoires&batteries, une autre forme que celle qui est en usage. On pourrait croire sans examen qu’elle est indifférente: on verra qu’elle tient à la théorie de la fermentation&du battage.

LE troisième chapitre renferme une courte description des différentes espèces d’anils que nous avons rassemblées à l’isle de France, jusqu’au moment où j’écris,&le quatrième mes idées sur la culture de ces plantes. On trouvera dans ce dernier la description d’un semoir de nouvelle invention propre à ensemencer un champ, avec toute forte de grains. La meilleure méthode de cultiver l’anil, eu égard à notre sol&à notre climat, doit être l’objet de nos recherches&le fruit d’une longue expérience; elle nous manque aujourd’hui; c’est ce qui m’avoit engagé à garder le silence sur cette matière; mais j’ai réfléchi que les colons des Isles de France&de Bourbon pourraient retirer quelque utilité de mes essais; cette considération l’a emporté sur toute autre;&j’ai pris le parti de leur proposer mes doutes, mes idées&mes vues; heureux si par mon travail, je puis contribuer à l’utilité de mes compatriotes.

JE décris succintement dans le cinquième chapitre la méthode des Indiens de la Côte Coromandel de fabriquer l’indigo: elle est plus curieuse qu’instructive. J’ai jugé qu’elle pourroit faire plaisir au plus grand nombre des lecteurs. On voit le point d’où nous sommes partis dans un art intéressant, car les indiens n’ont rien changé à la méthode qu’ils suivent, depuis un temps immémorial. Quoique nos procédés soient très-différents des leurs, on connoîtra facilement par les résultats des uns&des autres, le peu de progrès qu’a fait cet art entre les mains des Européens, depuis plus de deux siècles qu’ils l’exercent jusqu’à nos jours. L’ignorance où l’on est encore de ses principes &des procédés qui doivent en être la suite, prouve bien qu’il n’y a rien de plus facile que de fabriquer l’indigo. Je compare cet art à ces jeux qu’il suffit d’avoir vus une fois, pour être en état de faire sa partie; mais qui demandent en suite de l’expérience&de la sagacité, pour en connoître les combinaisons les plus recherchées.

ENFIN je termine ce mémoire par une récapitulation de tout l’ouvrage. Je m’arrête moins à exposer sommairement les principes que j’ai détaillés, qu’à rassembler succinctement fous le même point de vue les préceptes de ma méthode. Au reste, pour faciliter les recherches des lecteurs qui aiment à trouver les principes&les preuves à côté des préceptes, j’ai ajouté une table des chapitres avec la division de leurs articles.

C E mémoire fera suivi de deux lettres; l’une adressée à M. le Baron de Souville Chevalier de l’Ordre Royal&Militaire de St. Louis, Capitaine de Vaisseaux du Roi, de l’Académie Royale de Marine; l’autre à M. le Monnier Premier Médecin Ordinaire du Roi, Pensionnaire de l’Académie Royale des sciences de Paris.

LA première de ces lettres a pour objet de constater que la découverte d’améliorer de l’indigo, appartient à l’auteur;&de relever les erreurs répandues dans le mémoire sur l’indigo de M. Quatremere Dijonval, pièce qui a remporté le prix à l’Académie Royale des sciences de Paris, en l’année1777

LA seconde rendra compte d’un procédé par lequel on retire de l’anil une fécule verte, que j’appelle indigo-verd.

AVERTISSEMENT.

Table des matières

POUR éviter des équivoques&des répétitions fréquentes j’appellerai constamment anil, la plante qu’on nomme quelquefois indigo, &j’affecterai toujours ce dernier nom, ou celui d’anir à la fécule qu’on en retire; ainsi je dirai, anil-bâtard, anil-franc, au lieu d’indigo-bâtard, indigo-franc.

ESSAI
SUR LA FABRIQUE DE L’INDIGO.

Table des matières

PREMIÈRE PARTIE, THÉORIE DE LA FABRIQUE DE L’INDIGO.

Table des matières

CHAPITRE PREMIER.

Notions générales sur la Fabrique de l’indigo.

Table des matières


A fabrique de l’indigo est une opération chimique, une espèce d’analyse qui a pour but d’extraire de l’anil, une substance colorante qu’il contient,&de la séparer des autres mixtes qui forment avec elle les parties constituantes de cette plante. On y parvient à l’aide de la fermentation &du battage.

ON met avec de l’eau les herbes d’anil, soit vertes, soit séches, fermenter dans un vaisseau, soit de terre cuite, soit construit en maçonnierie, soit de bois. Quand on juge que le liquide a dissout tout l’ndigo de la plante, on transvase l’eau du premier vaisseau dans un autre, pour la séparer des herbes; on agite cette eau pendant quelque temps, ensuite on la laisse reposer. La fécule se précipite au fond de ce second vaisseau; alors on décante l’eau, sans la troubler; après quoi on retire l’indigo qu’on met à égoutter dans des sacs, ensuite sécher au soleil ou à l’ombre dans des caisses.

LES détails de ces procédés ne sont plus aussi simples dans la pratique, qu’ils paroissent l’être dans leur exposé. L’excès ou le défaut de fermentation ou même de battage nuisent au succès plus ou moins; c’est-à-dire que le défaut de précision dans l’une ou l’autre opération diminue la quantité du produit, ou en altère la qualité plus ou moins, suivant qu’on s’est éloigné de cette précision. J’indiquerai par la fuite les moyens de la saisir; en attendant posons des principes qui soient la base de notre systême sur l’art de l’indigotier. Les conséquences qui en dériveront, nous instruiront sur les détails des procédés que nous aurons à suivre dans la fabrique.

L’EAU aidée du mouvement fermentatif, s’empare de tous les principes prochains de la plante, dissolubles dans ce menstrue, tels que les substances, savoneuses extractives, comme les sels, les huiles, &les résines, tels que les gommes&les mucilages. L’art vient à bout par l’opération du battage, de séparer indigo des autres mixtes, avec lesquels il est allie ou combiné dans l’eau. Cette séparation forcée tient à un principe de chimie que nous allons exposer&développer avec quelque étendue, en l’appliquant au sujet qui nous occupe.

LES matières colorantes de l’indigo sont de nature résineuse &par conséquent ne se dissolvent pas dans l’eau, à moins qu’elle ne soit imprégnée d’un intermède que la plante contient naturellement &qu’elle ne soit aidée par l’action du mouvement fermentatif. L’indigo sans intermède&sans fermentation est indissoluble à l’eau; il est même de la nature des résines qui ne se dissolvent pas dans l’esprit de vin. On peut bien le diviser mécaniquement, ensuite le délayer dans l’eau; mais ses parties quelques ténues qu’on les suppose, resteront dispersées&interpolées dans la liqueur, surtout si on la rend plus dense par l’addition d’une substance savoneuse, amilacée, ou mucilagineuse &ne feront point dissoutes. Après quelque repos, elles se dépoteront au fond du vase. Une teinture en bleu d’indigo, tant que cette matière n’aura pas été préliminairement dissoute, ne seroit que superficielle&ne pénétrerait pas l’étoffe d’une manière intime; ce seroit une peinture que le lavage emporteroit.

ON entend chimiquement par la dissolution d’une substance dans un liquide, fa combinaison parfaite avec ce même liquide, telle que les parties primitives intégrantes de cette substance, soient unies aux parties primitives intégrantes du liquide, chacune à chacune, de façon qu’il en résulte un nouveau composé qui participe aux propriétés de l’une&de l’autre substance combinées. Pour que la dissolution soit complète, il faut que le liquide qui tient une substance en dissolution, passe à travers les filtres les plus serrés qu’il puisse pénétrer, sans laisser aucun résidu. Si l’eau sort pure en passant par de tels filtres, sans mélange de la substance qu’on lui a donnée à dissoudre, &que cette substance reste sur le filtre, il ne s’est fait aucune dissolution.

ELLE ne peut avoir lieu que lorsque les substances sont réduites à leurs molécules primitives intégrantes. L’eau opère feule cette division sur quelques sels&autres matières; elle ne l’opère sur d’autres qu’à l’aide d’un intermède, dont l’action réunie à celle de l’eau est nécessaire, pour procurer la division de ces mêmes substances, au point de les réduire à leurs molécules primitives. Ainsi la dissolution des matières qui restent en masses d’aggrégés ne peut avoir lieu.

C’EST à cette propriété qu’a l’indigo d’être indissoluble à l’eau, lorsqu’il est dégagé de l’intermède dissolvant, pendant que les autres mixtes qui sont avec lui dans l’extrait y restent dissous, qu’on doit rapporter la séparation qui s’en fait par le moyen du battage; c’est sur elle qu’est fondée toute l’opération de la fabrique. Sans cette propriété, la fécule ne pourroit ni se séparer sans agent, ni se précipiter d’elle-même au fond du vaisseau; ainsi elle passeroit avec l’eau à travers les sacs de toile, dans lesquels on la met à égoutter, quand on la retire de la batterie.

C’EST encore à cette propriété qu’on doit rapporter les raisons du procédé usité, pour teindre en bleu d’indigo&même la ténacité de cette couleur sur les étoffes. Dans l’art de la teinture, on ajoute des alkalis au bain&on le fait fermenter, pour opérer la dissolution de l’indigo. Cette matière adhère fortement aux étoffes, parce qu’ayant été préliminairement réduite à ses molécules primitives intégrantes, elle les a pénétrées: elle ne peut être enlevée par l’eau, parce qu’elle est de nature résineuse.

L’INDIGO est une substance végétale, combinée dans la plante avec un mucilage&avec l’alkali volatil, formant dans cet état le composé universellement répandu dans les végétaux,&que les chimistes nomment extracto-résineux; il n’est point le produit de la fermentation; il existe tout formé dans la plante; je m’en suis assuré par des expériences décisives, dont les résultats peuvent devenir intéressants&dont je pourrai rendre compte un jour au public, lorsque mes recherches me paroîtront assès avancées. L’indigo contenu dans la séve se fixe avec les autres substances, qui sont combinées avec lui, dans le parenchyme des feuilles; une partie exude à travers les pores de la plante&se fige sur les feuilles, au moyen de l’évaporation des parties aqueuses, par l’action combinée de l’air&du soleil; il est souvent apparent à la vue, sur le revers des feuilles. L’art consiste donc à le séparer de la plante, dans son état de pureté &d’homogénéité. Si la nature en le formant peut lui donner par des combinaisons délicates qui tiennent au mécanîsme de la végétation, des qualités différentes, suivant les circonstances, il paroît impossible aux efforts de l’art de l’obtenir absolument pur. Ainsi telle espèce d’anil, tel terrain, telle influence de la saison, donneront des indigots différents de ceux provenus dans telles autres circonstances. Le but des colons&des artistes doit être de rechercher les espèces de plantes les plus riches, tant pour la qualité, que pour la quantité, les terrains, les expositions&les cultures qui leur conviennent le mieux;&quels sont dans la fabrique les procédés les plus simples, les moins dispendieux&les plus fructueux. Revenons à notre sujet.

L’EAU en pénétrant les pores de la plante, qu’on a mise dans la cuve à fermenter, dissout à l’aide d’un degré de chaleur&du mouvement fermentatif, les alkalis que l’anil contient&qui servent d’intermède pour dissoudre l’indigo&pour le séparer de la plante. L’alkali forme avec lui un composé savoneux qui est miscible à l’eau, tant que l’indigo est réduit à ses molécules primitives&ou il est combiné avec une suffisante quantité d’alkali volatil.

MAIS l’union de ces deux substances est lâche; l’une tend naturellement à la précipitation&l’autre à la volatilité; elles sont combinées avec beaucoup d’air; cet air est facilement dégagé par le battage, dont le mouvement occasionne le frottement des molécules les unes contre les autres.

L E dégagement de l’air occasionne l’évaporation de la quantité d’alkali volatil surabondante à l’essence de l’indigo; ce qui en reste au bout de quelque temps de battage, ne suffit pas pour tenir l’indigo en dissolution. Ses parties intégrantes se rencontrent par le moyen du mouvement communiqué à l’extrait, se réunissent tant par leur tendance mutuelle, que par leur viscosité, se pénétrent mutuellement, augmentent de poids par cette pénétration et de volume par leur aggrégation; enfin se précipitent d’elles-mêmes par leur propre poids parce qu’alors elles n’ont plus d’adhérence avec les parties aqueuses &ne peuvent contracter d’union avec elles,&parce que leurs molécules sont spécifiquement plus pesantes dans l’état d’aggrégation que celles de l’eau.

APPLIQUONS ces principes à la fabrique. Nous avons dit qu’elle consistoit dans deux opérations successives de la nature&de l’art, qu’il falloit saisir avec précision, pour obtenir un succès complet.

S I la fermentation n’a pas continué assès longtemps, elle n’a pas eu le tems de dissoudre tout ce que la plante contient de substances résineuses colorantes&l’on perd sur la quantité. Si la fermentation a été trop longue, elle a combiné avec l’indigo d’autres substances qui lui sont hétérogènes&qui altèrent fa couleur; plus loin encore, elle parvient à le décomposer, c’est-à-dire à le dénaturer. Dans le premier cas, l’opération du battage agissant sur une petite quantité de molécules d’anir noyées dans beaucoup d’eau, ne peut pas déterminer leur réunion complète. Dans le second cas, la même opération dégage avec peine&imparfaitement l’indigo des substances avec lesquelles il est allié, qui interposées entre les molécules du grain, empêchent leur réunion. Dans le troisième cas, s’il reste encore quelques parties colorantes qui n’ont pas subi de décomposition, elles sont en petite quantité; elles s’allient avec les parties décomposées qui sont noires&leur couleur en est offusquée.

L E défaut ou l’excès de battage présentent à peu-près les mêmes inconvénients, lors même que la fermentation a été saisie à propos. Un battage trop ménagé n’a pas fait évaporer une assez grande quantité de sels alkalis qui tiennent l’indigo en dissolution. Celui qui reste dissous par ces sels, ne se précipite pas; il est perdu pour l’artiste: un battage trop long divise mécaniquement les masses d’indigo qui s’étoient aggrégées; il flotte dans le fluide,&ne se précipite pas, autre perte pour l’artiste. Bien plus, celles qui peuvent se précipiter, entraînent avec elles des matières hétérogènes, dont le mélange altère la qualité de l’indigo.

EN ne perdant pas de vue cette théorie, j’expliquerai les phénomènes de la fermentation&du battage; ils fourniront de nouvelles preuves à mes principes, répandront un grand jour sur les procédés de la fabrique&enseigneront une méthode plus sûre&plus profitable, que la routine généralement adoptée.

CHAPITRE II.
Théorie de la fermentation de l’anil.

Table des matières

LES Physiciens-chimistes ont divisé la fermentation en trois degrés, parce que les résultats de ces trois termes sont différents entr’eux.; la vineuse, ou Spiritueuse; l’acide; la putride, ou alkalescente, La pluspart des végétaux passent successivement par ces trois degrés. Quelques-uns cependant tels que l’oseille, les citrons dépouillés de leurs écorces, l’alleluya dit oxytri-pillon&c. ne paroissent pas susceptibles de la fermentation spiritueuse; ou du moins elle n’est guère sensible dans ces végétaux. D’autres plantes telles que les cruciformes ont leurs principes tellement disposés, qu’ils n’éprouvent que la fermentation alkalescente.

M. de Beauvais Raseau établit pour principe de la théorie qu’il a donnée sur la fabrique de l’indigo, que l’anil passe successivement par les trois états de la fermentation. La crise acide [dit-il] étant peu sensible, L’herbe semble passer tout d’un coup, de l’état le plus spiritueux&le mieux marque à la putréfaction qui lui est entièrement&uniquement préjudiciable, ce qui est cause que les indigotiers ne sont aucune mention du genre putride dans leurs procédés. Ils divisent seulement la fermentation ardente en deux temps ou degrés. Ils nomment le premier degré, pourriture imparfaite,&le second bonne ou parfaite pourriture. Quant au genre putride ou alkalescent, ils l’appellent pourriture excédée,&ils n’omettent rien pour l’éviter..

CE passage rapide de la fermentation spiritueuse à la putride, m’a d’abord donné des doutes sur cette théorie. L’auteur cité prétend que la crise acide est peu sensible&ajoute qu’elle semble passer tout d’un coup de l’état le plus spiritueux, à la putréfaction. M. de Beauvais Raseau a fait son ouvrage en France, après avoir été pendant dix ans directeur d’une indigoterie à St. Domingue. Il n’étoit plus à portée de vérifier les phénomènes de la fermentation de l’anil. On peut présumer qu’il avoit adopté l’opinion vulgaire des artistes sans avoir observé les faits, comme il en a embrassé la routine qu’il a décrite avec beaucoup d’intelligence.

EN effet ce passage immédiat de l’état le plus spiritueux&le mieux marqué à la putréfaction, sans passer par le degré intermédiaire, qui est l’acide, n’est pas dans l’ordre naturel. Lorsque les matières végétales ont subi la fermentation spiritueuse elles passent à l’acide d’une manière marquée&quelquefois promptement. La continuation du mouvement fermentatif occasionne l’évaporation des esprits ardents &met à nu l’acide contenu dans le végétal; cet acide étant alors développé est certainement sensible; il a besoin d’un nouveau mouvement de fermentation continué assès longtemps, pour que l’alkali prenne le dessus; la crise acide est toujours plus longue que la spiritueuse; elle n’est jamais assès rapide, pour qu’on ne puisse pas la saisir.

IL n’est point étonnant que M. de Beauvais Raseau&les autres indigotiers qui n’ont point de connoissances en chimie, se soient trompés. La fermentation de l’anil est du genre alkalescent. Cette plante contient naturellement un alkali volatil, principe de sa fétidité. La fermentation elle-même volatilise la totalité ou partie des alkalis fixes qui sont aussi dans la plante. L’évaporation des esprits volatils urineux a été prise pour celle des esprits ardents, sans examen. Je me fuis affûté par des distillations réitérées&par des rectifications répétées, tant avec des herbes fraîches, qu’avec l’extrait de celles que j’avois fait fermenter, que l’anil ne donnoit point d’esprits ardents, mais toujours des alkalis volatils.

A la rigueur, la fermentation peut bien développer quelques parties spiritueuses de l’anil, comme il arrive dans la putréfaction de certaines substances animales; mais ces spiritueux sont en si petite quantité dans l’un&l’autre cas, en comparaison de celle des alkalis volatils, que ces fermentations passent à juste titre, pour être du degré putride.

LES épreuves chimiques m’ont fait connoitre l’existence de l’alkali volatil dans l’extrait fermenté. En quelque état que j’aye pris cet extrait&que je l’aye goûté ou éprouvé, il n’a jamais donné de liqueur spiritueuse, ni aucun indice d’acidité, niais toujours des alkalis volatils.

ON fait qu’ils sont le produit constant de la putréfaction qui ne donne point d’esprits ardents, du moins en quantité bien sensible, quelque soient les substances végétales&animales qui subissent ce dernier terme de la fermentation; au lieu que le dégré purement spiritueux ne fournit point d’alkali volatil. Cependant l’analyse de l’indigo prouve dans cette substance l’existence de l’alkali volatil qui y reste combiné, malgré l’opération du battage&malgré la dessication.

LA fermentation spiritueuse est toujours accompagnée d’un bouillonnement, d’un bruit sourd, d’un frémissement plus ou moins considérables, suivant la quantité d’esprits ardents que les matières peuvent fournir; suivant le volume de ces mêmes matières, le degré de chaleur qu’elles éprouvent&la promptitude de la fermentation. Dans le cas dont Il s’agit, toutes les circonstances sont rassemblées, pour occasionner un frémissement considérable. Les spiritueux, suivant l’auteur cité, sont abondants; le volume des matières d’une cuve&la chaleur de l’atmosphère dans notre été sont considérables; la fermentation est presque toujours achevée en moins de vingt-quatre heures. Cependant ce bruit sourd, ce frémissement sont à peine sensibles dans la fermentation de l’anil.

D’AILLEURS comment seroit-il possible que des herbes fraîches (lorsqu’elles sont séches, leur dissolution est plus prompte) éprouvâssent la fermentation spiritueuse, l’acide&la putride en24heures? que dis-je? en dix heures? l’opération ne dure pas quelquefois d’avantage. Elle ne dure même que quatre à cinq heures,&souvent moins, lorsqu’on employe des herbes séches. Les sucs des végétaux les plus susceptibles de la fermentation spiritueuse, demandent quelques semaines avant de tomber en putréfaction;&l’anil ne demanderoit que quelques heures, pour parcourir ces trois degrés. D’où pourroit provenir une telle exception? cette plante ne contient pas les principes qui sont propres à la fermentation vineuse; au lieu d’avoir une faveur douce&sucrée&d’être nutritif, qualités qui rendent les substances végétales, propres à la fermentation spiritueuse, l’anil est amer, astringent, acre&contient dans son état de fraîcheur une substance résineuse, un alkali fixe&même un alkali volatil, un mucilage&point d’acide, du moins en quantité sensible. Il paraît donc que ses principes prochains sont de nature à entrer promptement en putréfaction&non à fournir des esprits ardents.

IL passe pour constant que la fabrique de l’indigo est mal-saine& qu’elle expose aux risques de contracter des maladies dangereuses. Comme on doit saisir la fermentation, lorsqu’elle est parvenue au degré spiritueux, le seul convenable à la manipulation, suivant l’auteur déjà cité, il s’ensuivroit que les risques prétendus n’existeroient pas. Les miasmes mortels de toute fermentation spiritueuse, sont plutôt périr sur le champ qu’ils ne causent des maladies; ils occasionnent une asphyxie subite, dont l’effet est instantannée. Ces miasmes ne sont point dangereux, lorsque les vaisseaux qui contiennent les matières fermentantes ont communication avec l’air de l’atmosphère, comme les cuves d’indigo qui sont en plein air; mais les miasmes putrides peuvent en effet s’insinuer dans la masse du sang, par les pores de la peau ou par l’aspiration, apporter le trouble dans l’économie animale, causer des engorgements, des obstructions, corrompre les liquides&occasionner à la longue&non subitement des fièvres inflammatoires, putrides ou malignes.

LA plante n’éprouve donc dans la cuve, ni le premier, ni le second degré de la fermentation&prend le troisième degré, comme je l’ai dit. L’eau dissout d’abord les sels alkalis des herbes;&au moyen de cet intermède&du mouvement fermentatif, dissout l’indigo lui-même. C’est à cette dissolution causée par les alkalis, qu’on doit attribuer la couleur verte de la fécule dans l’extrait. On fait que les alkalis verdissent la couleur bleue des végétaux. M. de Beauvais Raseau attribue cette couleur verte au mélange des parties extractives jaunes avec les parties bleues de la fécule. Cette opinion est spécieuse; mais elle n’explique pas comment se fait la dissolution de l’indigo, ni comment ce mélange du bleu&du jaune, qui donne après la fermentation la couleur verte à l’extrait, change sa couleur pendant le battage, au point que l’eau redevient bleue, ensuite noire, quoique les parties jaunes soient toujours confondues dans le liquide avec l’anir. Elle n’explique pas pourquoi l’eau après le battage prend une couleur rousse le plus souvent, mais quelquefois fauve, quelquefois rougeâtre, quelquefois verte, quelquefois bleue. Comment les matières colorantes jaunes peuvent elles changer ainsi de couleur? Enfin l’opinion de M. de B.R. n’explique pas ce qui se passe dans les cuves de teinture. Le bain est verd, l’étoffe fort verte du bain&ne bleuit qu’à l’air. L’indigo peut-il retenir une assès grande quantité de matières jaunes, pour que leur mélange avec les molécules bleues verdissent le bain? en ce cas, pourquoi n’est-il pas verd lui-même? comment se fait-il que le bain qui est verd par le mélange des parties jaunes avec les parties bleues teigne l’étoffe en bleu? elle fort verte du bain, mais elle bleuit promptement à l’air. Que deviennent les atomes colorants jaunes? je ne nie pas absolument leur existence dans l’extrait, mais je nie leur influence sur la couleur de l’indigo; &je soutiens que ces atomes prétendus jaunes n’ont pas un ton de couleur constant&décidé.

TOUTS ces phénomènes s’expliquent aisément par ma théorie. L’anil subit d’abord la fermentation alkalescente. Je la diviserai elle-même en quatre degrés. Premier, fermentation commençante; second bonne; troisième, excédée; quatrième putride. Je ne crois pas qu’aucun indigotier tombe dans ce dernier excès, qui seroit totalement préjudiciable à l’opération. Dès que la fermentation est bonne, le moindre excès devient nuisible, à proportion de ce qu’il est outré. On ne péche ordinairement que par un peu plus ou un peu moins.

LES alkalis volatils dissolvent l’indigo,&lui donnent la couleur verte, dans la fabrique de cette substance, comme dans les cuves de teinture, ce sont les alkalis fixes qui le verdissent. Je dirai au chapitre du battage, comment&pourquoi se fait la réunion des molécules qui constituent par leur aggrégation ce que l’on appelle le grain. J’expliquerai la raison qui fait que ce même grain paroît dans sa couleur naturelle qui est la bleue. Un seul principe suffira pour rendre raison de tout. Suivons maintenant les circonstances de la fermentation alkalescente, dans ses quatre dégrés.

Premier. Les herbes exhalent peu d’odeur. On ne voit point encore de bulles d’air à la superficie de l’eau, ou il en paroît fort peu qui disparoissent promptement. Il n’y a point encore de crême violette; l’eau n’a presque pas de couleur; elle n’en prend point, ou fort peu, quand on appuyé fortement sur les herbes. Le battage lui-même développe peu d’écume,&quelquefois point du tout,&n’occasionne aucun grain dans l’extrait, ou il est très-rare&ne paroît qu’au bout d’un long battage. Lorsqu’on lâche la cuve à ce degré, on a de la peine à former un grain; on est obligé de battre longtems pour le former; il est très-léger,&très-petit; il se précipite difficilement &on retire peu de fécule.

Second. La fermentation que j’appelle bonne, est celle ou la trempoire exhale une odeur assès vive&pénétrante, ou l’on voit çà &là des bulles d’air rassemblées&une crème violette sur la superficie de l’eau; elle est verte, ou d’un jaune verdâtre, suivant l’espèce&la qualité des herbes. Si on appuyé fortement sur les herbes, on voit des nuages de fécule verte, s’élever&se répandre dans l’eau. L’extrait en tombant de la trempoire dans la batterie, forme une écume blanche qui devient bleue, sans taches noires. Le battage occasionne promptement une écume plus abondante; le grain est gros, abondant, bleu; il se précipite facilement&entièrement; l’eau paroît ensuite claire&rousse&on retire beaucoup de fécule.

Troisième. Quand la fermentation est excédée, la cuve exhale une odeur forte&fétide; la surface de l’eau est parsemée d’une grande quanité de bulles d’air, qui forment des flocons d’écume,&couverte entièrement d’une crême violette. L’eau paroît d’un verd soncé&quelquefois d’un jaune foncé, suivant les circonstances; en pressant les herbes, on voit comme ci-devant des nuages de fécule verte, mais en plus grande quantité&d’une couleur moins brillante&plus foncée. L’écume qui se forme dans la batterie par la chûte de l’eau, lorsqu’on vide la trempoire est quelquefois d’une assès belle couleur bleue, lorsque l’excès n’est pas outré; mais elle est parsemée de points noirâtres à la superficie. Le battage présente un grain divisé qui est noir, qui se précipite difficilement&qui est de mauvaise qualité; l’eau est embrouillée&on retire peu de fécule.

ON se tromperoit, si dans l’espérance d’un plus grand produit, on attendoit que la cuve eut atteint ce degré. Il est bien vrai qu’une fermentation plus longue pourroit dissoudre une plus grande quantité d’indigo, mais elle dissoudroit en même temps beaucoup plus de matières extractives, qui retiennent opiniâtrément beaucoup de grains, malgré un long battage, au cours le mélange altérerai la couleur des grains précipités; ainsi on perdroit sur la quantité&sur la qualité, comme on va le voir.

Quatrième. Ce degré approche de la putridité totale. La cuve &surtout l’extrait ont une odeur insupportable, lorsqu’on vide la trempoire&dans les premiers moments du battage. La trempoire est couverte de flocons d’écume de couleur livide; c’est ce que les teinturiers appellent de la fleurée. Celle formée par la chûte de l’extrait dans la batterie, est de couleurs diverses par veines; les unes font d’un bleu sale&pâle, les autres blanches, les autres livides, d’autres noirâtres. L’extrait en sortant de la trempoire est d’une couleur jaune foncée,&paroît dense&visqueux; dans la batterie, il est d’un verd sale. Le battage débarrasse avec peine le grain des matières extractives qui lui sont alliées&on n’y parvient jamais complètement, il ne se précipite qu’en partie, il est noir, allié à des substances hétérogènes,&d’une odeur fétide. L’eau après le repos&la précipitation conserve un œil noirâtre, parcequ’elle retient une partie du grain qui a déjà subi un commencement de décomposition.

JE prie le lecteur de faire attention à ces différentes circonstances. J’aurai occasion de les rappeller dans la suite. Voici en attendant comment j’explique ces phénomènes.

DANS le premier degré, la fermentation n’ayant pas continué assès long-temps, l’eau n’a pas encore dissout tous les sels alkalis, qui étant peu abondants, sont comme noyés; ils n’ont ni la force ni le temps nécessaire pour dissoudre toute la substance des herbes&ils ne s’évaporent pas facilement par le battage; les grains d’indigo étant rares, ne peuvent pas se rencontrer, accrocher, se réunir,&par conséquent se précipiter.

DANS le second degré, toutes les circonstances qui manquent au premier, se trouvent rassemblées;&l’opération va bien.

MAIS dans le troisième&le quatrième degré, la fermentation approche plus ou moins de la putréfaction, suivant la proportion de l’excès&dissout par la continuation de son mouvement&à l’aide des alkalis volatils qui se développent&qui se forment de plus en plus, les matières extractives de la plante, lesquelles le combinant avec la fécule l’altèrent en partie,&la décomposent en partie. La fermentation parvient même à décomposer l’indigo totalement, si on la pouffe plus loin, au point qu’on ne peut plus obtenir d’anir du tout,&qu’on ne retire que des matières noires. Elle enlève aux atomes colorants leur phlogistique, principe de leur couleur&le fait entrer dans une nouvelle combinaison, pour former de l’alkali volatil. La putréfaction dénature toutes les substances végétales& animales; delà touts les phénomènes de la félidité, de la division de la décomposition&de la noirceur du grain, enfin de sa destruction.

L’EXTRAIT est verd dans la trempoire&même dans la batterie, avant que le battage ait produit un certain effet; il en est de même du bain dans les cuves de teinture; ils ne doivent point l’un&l’autre cette couleur au mélange des parties jaunes, mais aux alkalis qui verdissent les molécules colorantes de l’indigo. L’étoffe fort du bain imprégnée de ces parties vertes; mais elle devient bleue, quelques minutes après qu’on l’a exposée à l’air,&qu’on fa exprimée ou tordue. L’évaporation des alkalis volatils, jointe à la réparation qui s’en fait par l’expression de l’étoffe, ne laisse plus assès de sels pour agir sur les parties colorantes, elles se réunissent &l’étoffe reparoît bleue.

JE dirai en passant que je soupçonne que l’addition de l’alkali fixe dans le bain de teinture, n’est pas absolument nécessaire au succès de la cuve, ou du moins qu’une petite quantité d’alkali volatil, soit fluor, soit concret, remplaceroit tout l’alkali fixe qu’on est dans l’usage d’y ajouter,

FEU M. Hellot qui a fait un traité sur l’art de la teinture des laines, explique à-peu-près de la même manière la couleur verte du bain; mais il n’attribue pas assès d’influence à la fermentation, pour expliquer la dissolution de l’indigo. Sans fermentation, les alkalis fixes même aidés par la chaleur du feu,&les alkalis volatils fluors par un long temps, même dans des vaisseaux clos, ne peuvent les uns&les autres dissoudre l’indigo, quoique réduit préliminairement en poussière..

POUR que les alkalis se combinent avec l’indigo, il faut que cette substance ait été réduite par la fermentation à ses molécules intégrantes qui présentent alors plus de surfaces. Tant qu’elles sont dans l’état d’aggrégation, elles ne sont point attaquables par les alkalis. Ainsi je conseillerois volontiers aux teinturiers, d’ajouter à leurs cuves d’indigo, une plus grande quantité de brevet, qu’ils n’en mettent, lequel n’a de vertu que comme matière fermentescible.

LES raisons que donne l’habile chimiste, dont je viens de parler, pour expliquer la ténacité de la couleur de l’indigo sur les étoffes, sont assûrément très-ingénieuses,&très-spécieuses; mais cette ténacité dépend principalement de ce que les parties colorantes de l’indigo sont de nature résineuse; c’est ce qui fait que si la fermentation est nécessaire à la dissolution de l’indigo, les molécules colorantes se prêtent difficilement à une décomposition; elles y parviennent cependant, lorsque la fermentation a été continuée trop longtems. Voilà pourquoi l’opération est alors manquée. Ainsi cet excès est également à éviter dans la fabrique de cette substance, comme dans la teinture.

Nous aurons occasion de nous étendre d’avantage sur cette théorie, lorsque nous en appliquerons les principes aux phénomènes&aux procédés de la fabrique, dans la seconde partie de cet ouvrage. Nous sommes forcés d’y renvoyer le lecteur, pour éviter des redites qui ne seront déjà que trop multipliées.

CHAPITRE III.
Théorie du battage de l’extrait.

Table des matières

L’OBJET du battage est de séparer l’indigo des autres matières extractives qui ont été dissoutes avec lui dans l’eau, de former le grain par la réunion de plusieurs molécules&d’occasionner sa précipitation au fond du vaisseau, sans mélange d’autres matières, afin qu’on puisse le retirer facilement, après avoir fait écouler toute l’eau qui surnage. L’indigo a été réduit par la fermentation à ses parties primitives intégrantes, dissout par l’alkali volatil&s’est combiné avec ce dernier. L’union de ces deux substances l’une avec l’autre est lâche, parce qu’elles ont peu d’affinité entr’elles; l’eau qui est le menstrue de cette dissolution n’a point d’affinité avec l’anir, mais elle en a beaucoup avec l’alkali. Il faut donc regarder ces deux substances (l’alkali&l’indigo) dans un état de nisus continuel. L’alkali volatil tend à la volatilité,&l’indigo à la précipitation.

LE battage chasse d’abord l’air combiné avec ces deux substances, d’où s’enfuit leur désunion; cet air dégagé forme l’écume considérable qui surnage l’extrait, pendant le battage: cette opération rompt donc facilement&mécaniquement l’adhérence foible de ces substances: en exposant successivement à l’air extérieur les molécules des sels contenus dans l’extrait, ce mouvement après avoir séparé l’alkali de l’indigo occasionne d’une part l’évaporation du sel urineux, non en totalité, mais en grande partie;&d’autre part rejette les unes contre les autres les molécules de l’indigo, lesquelles étant libres sont indissolubles à l’eau; elles se réunissent par la tendance qu’elles ont les unes vers les autres;& constituent par leur aggrégation un grain sur son gros. La viscosité qui leur est naturelle&l’affinité qu’elles ont entr’elles les retiennent unies; dès qu’elles forment masses, elles se précipitent par leur poids.

AVANT le battage, le grain dissous par les alkalis est verd& se trouve combiné avec les molécules du liquide; après le battage, il reprend fa couleur naturelle qui est la bleue, parceque cette opération a fait évaporer la plus grande partie des alkalis volatils, sans lesquels l’eau ne peut tenir l’indigo en dissolution; dès lors cette substance qui s’est aggrégée en petites masses qui forment les grains se trouve interposée&non dissoute dans le liquide;&ne pouvant contracter, lorsqu’elle est libre, aucune union avec les parties aqueuses, se précipite d’elle-même, quand rien ne s’y oppose. Les matières extractives contenues dans l’extrait, n’étant point volatiles, ne se séparent point de l’eau par le battage, mais elles y restent dissoutes: n’ayant aucune affinité avec l’indigo, elles ne se combinent point avec lui, à moins qu’elles n’y soient comme forcées par un battage. outré, ou que l’indigo n’ait été décomposé par une fermentation trop longue.

D’APRÈS cette théorie, il est facile d’expliquer les phénomènes de l’excès ou du défaut de battage&les raisons de ses variations sur sa durée.

SUPPOSONS d’abord que la fermentation ait été saisie à-propos.

DANS ce cas, si le battage a été excédé, le mouvement trop long temps continué, a divisé mécaniquement les parties constituantes des grains d’anir qui s’étoient formés; alors ou ils ne se précipitent pas, ou ils le sont lentement&partiellement, parce qu’ils sont réduits à des particules trop déliées, pour vaincre la résistance&la densité de l’extrait. Une percussion trop forte, trop rapide&trop longue, peut dans touts les cas occasionner la pénétration intime&réciproque des molécules d’indigo&des matières extractives, ou au moins forcer mécaniquement leur alliage; d’autant plus que ces matières éxtractives étant par leur nature gommeuses, ou mucilagineuses, ont naturellement quelque viscosité. Quand même leur adhérence avec les molécules d’indigo ne se seroit que par contact, cela seroit suffisant pour tenir ces dernières suspendues dans le liquide&pour arrêter leur précipitation.

L’EXCÈS du battage a encore l’inconvénient de donner une couleur noirâtre à la fécule, comme l’excès de fermentation, mais par une cause différente. J’ai dit que ce dernier occasionnoit la décomposition de l’indigo, au lieu que l’autre excès rendant le grain extrêmement divisé, fait que celui qui se précipite, retient avec lui, soit en vertu de la pénétration réciproque, dont nous venons de parler, soit par la seule force du contact, des matières extractives de la plante; celles-ci altèrent la couleur de la fécule, à raison du mélange,&proportionnellement à la plus grande quantité de surfaces, que présente un plus grand nombre de molécules plus petites d’indigo. On conçoit que la pénétration de ces substances, ou le simple contact, peuvent varier dans leurs proportions, à l’égard des particules, de façon que les unes aient encore assès de pesanteur relative, pour se précipiter,&que les autres formant dans leur volume un corps aussi léger que l’eau, y restent suspendues.

Mais s’il y a défaut de battage, l’évaporation des alkalis volatils n’est pas suffisante; la quantité qui en reste dans l’extrait est trop considérable&tient en dissolution beaucoup de molécules d’anir qui ne peuvent ni se réunir ni se précipiter; celles mêmes qui sont libres sont rares,&ne se rencontrent pas facilement; elles restent très-divisées, d’où il résulte qu’elles se tiennent suspendues dans le liquide&qu’on retire très-peu de produit. Dans ce cas, l’eau est verte, preuve qu’elle tient de l’indigo en dissolution.

LORSQUE la fermentation péche par défaut, les molécules d’indigo sont rares dans l’extrait. Un court battage ne peut en occasionner la rencontre, ni la réunion, ni par conséquent la précipitation, j’entends complètement. Un battage trop long divise les grains qui s’étoient réunis, en même temps qu’il en forme d’autres. De quelque façon qu’on s’y prenne, on obtient peu de produit, mais il est de bonne qualité, parce que l’eau n’est pas chargée de matières extractives.

SI la fermentation est excédée, l’anir a éprouvé tin commencement de décomposition; alors les matières extractives qui sont en abondance dans l’extrait, ont prise sur lui, empêchent la réunion de ses molécules, en s’interposant entr’elles, rendent l’eau plus dense& ralentissent par conséquent la précipitation des malles d’indigo qui ont pu s’aggréger, enfin sont entraînées en partie avec celles-ci au fond du vaisseau,&altèrent par leur mélange la couleur de l’indigo. Ainsi l’excès de fermentation est ce qu’on doit éviter le plus. Le battage quel qu’il soit, ne peut en réparer les inconvénients. S’il est modéré, les alkalis volatils qui sont alors abondants dans l’extrait, ne s’évaporent pas en totalité&tiennent la plus grande partie de l’indigo dissoute; elle ne se réunit pas,&ne se précipite pas. Les grains qui ont pu se former, ou restent suspendus, ou s’allient avec des matières hétérogènes. Si le battage est trop long, il en résulte les mêmes inconvénients; mais dans un degré plus éminent, que Ceux que nous avons rapportés, à l’occasion d’une fermentation saisie à-propos&d’un battage outré.

ON déduira facilement de cette théorie, les causes des variations sur la durée du battage. Plus l’extrait contient d’alkalis volatils, plus toutes autres choses égales, le battage doit être long, pour procurer l’évaporation des sels. Plus l’extrait est chargé de sucs de la plante héterogènes à l’indigo, plus celui-ci se trouve embarrassé,&plus il a de peine à te réunir&à se précipiter, même après l’évaporation des sels. Plus l’indigo est rare dans l’extrait, plus sa réunion est difficile&lente. Ainsi le degré différent de fermentation, la vîtesse ou la lenteur du mouvement du battage, apportent nécessairement des différences dans la durée de cette opération. Ajoutons aussi que l’espèce&la qualité des herbes que l’on emploie, influent beaucoup sur l’effet du battage. Les unes à raison du sol, de l’exposition, de la saison, de l’espèce, de l’âge, de la culture, exigent plus de fermentation ou de battage que les autres.

IL arrive quelquefois que tous les efforts de l’art ne peuvent occasionner la précipitation complète du grain, de quelque façon qu’on s’y prenne pour battre l’extrait. Ce contre-temps peut provenir de plusieurs causes que nous expliquerons dans le cours de ce mémoire; elles tiennent toutes à un principe. C’est qu’alors l’indigo est très-rare dans l’extrait, ou bien il est allié ou combiné à des sucs extractifs qui s’opposent à sa réunion, qui le retiennent suspendu dans le liquide&qui empêchent fa précipitation même après le battage. Dans ce cas il n’est point dissout; il est seulement interposé dans le fluide, auquel il communique la couleur bleue, lorsqu’il n’est point décomposé;&une couleur noirâtre, lorsqu’il est décomposé par excès de fermentation. Mais lorsque l’eau reste verte après un long battage, c’est une preuve qu’elle tient de l’indigo en dissolution par l’abondance des alkalis fixes qui ont été fournis par la plante, ou par l’artiste. Ainsi les couleurs, verte, bleue,&noire de l’extrait qui jusqu’à présent n’ont point été expliquées chimiquement, serviront à guider l’artiste dans ses opérations. Je réserve à en parler dans la seconde partie.

CHAPITRE IV.
Théorie de la dessication de l’indigo.

Table des matières

L’INDIGO est une substance extracto-résineuse, indissoluble à l’eau. Lorsque par le moyen de la décantation&de la filtration, on a séparé la plus grande partie de l’eau dans laquelle il étoit noyé, on l’étend dans des caisses, pour occasionner l’évaporation spontanée des parties aqueuses, qui restent interposées parmi celles de la fécule, mais qui ne sont pas combinées avec elle. L’impression du soleil, ou seulement le contact de l’air ambiant, suffisent pour enlever les molécules liquides; alors la pâte se desséche peu à peu; elle diminue de volume; ses parties se rapprochent&contrarient ensemble une adhérence très-forte. Lorsque l’anir est mêlé avec des matières hétérogènes, celles-ci n’étant pas susceptibles d’évaporation, restent alliées à la pâte, altèrent sa couleur&souvent la rendent (friable. Si la dessication est trop prompte, l’effort des parties liquides qui tendent à s’échapper contre les solides, divisent celles-ci&l’indigo est friable. Si la dessication est trop lente, il s’établit une fermentation dans les matières extractives contenues dans la pâte. Alors il se fait une décomposition de quelques parties de la fécule; l’alkali volatil qui s’en évapore, attire des insectes qui la dévorent. Nous renvoyons tout ce qui nous reste à dire sur ce sujet, au chapitre de la dessication, à la fin de la seconde partie de cet ouvrage. Nous n’ajouterons qu’un mot. S’il étoit possible dans la fabrique, de retirer un indigo absolument pur, c’est-à-dire purement&entièrement réfineux, touts les inconvénients qui résultent du vice de la dessication, ou n’existeroient pas, ou seroient très-foibles.

SECONDE PARTIE, PRÉCEPTES SUR LA FABRIQUE DE L’INDIGO.

Table des matières

APRÈS avoir donné une théorie nouvelle sur les phénomènes de la fermentation&du battage, dans la fabrique de l’indigo, appliquons en les principes à notre méthode&détaillons en les procédés.

CHAPITRE I.
Préceptes relatifs à la fermentation de l’anil.

Table des matières

CE sujet est des plus intéressants dans l’art de l’indigotier. Aussi nous avons fait touts nos efforts, pour le traiter dans le plus grand détail. Nous indiquerons des procédés nouveaux, pour obtenir une fermentation fructueuse; nous établirons les principes qui nous y ont conduit;&nous donnerons autant qu’il fera en nous, l’explication de touts les phénomènes que nous avons observés.

ARTICLE PREMIER.

De la maturité des herbes pour la coupe.

LES indices fournis par les auteurs pour reconnoître la maturité des herbes, c’est-à-dire, le moment de la coupe favorable à la fabrique, ne me paroissent pas assès bien expliqués,&peuvent même induire en erreur. C’est, dit simplement M. de Beauvais Raseau, lorsque l’anil approche de trois pieds&qu’il entre en fleur, dont l’odeur suave est très-remarquable,&que pressant légèrement une poignée de son feuillage, il est assés roide, pour se rompre un peu,&faire un petit bruit, comme s’il crioit dans la main. M. de B.R. ne s’étend pas d’avantage sur ce sujet, qui me paroît cependant très-important. M. Monnereau en dit encore moins. Je vais tâcher de suppléer au silence de ces auteurs. En ajoutant quelques autres remarques, en montrant les inconvénients d’une coupe prématurée ou tardive, j’aiderai peut-être le cultivateur à saisir le moment le plus favorable à cette opération.

JE commencerai d’abord par contredire le passage que je viens de citer. La hauteur de la plante ne peut pas servir de règle, pour déterminer le moment de la coupe, puisque cette hauteur varie suivant l’espèce d’anil qu’on cultive, suivant le sol qui la nourrit&suivant l’influence de la saison. J’ai vu en hyver des herbes qui n’avoient pas deux pieds&qui étoient bonnes à être mises en coupe. On fait d’ailleurs que l’anil-bâtard vient beaucoup plus haut que le franc. Ainsi la hauteur de la plante ne peut pas servir de règle fixe&générale pour la coupe. Je ne dis rien de l’odeur ou suave ou désagréable de la fleur, parce que cette odeur ne varie que du plus au moins, quel que soit l’âge de la plante. D’ailleurs les feuilles ont toujours une odeur fétide qui domine,&l’on ne peut pas supposer que l’auteur donne pour indice du moment de la coupe cette odeur quelle qu’elle soit. Je m’arrêterai d’avantage sur ceux du cri des feuilles&de la floraison de la plante, comme les plus essentiels.

LES Indiens, dit-on, coupent l’anil, pour en fabriquer de l’indigo, lorqu’il cesse de croître&lorsque les feuilles de la partie inférieure de la plante commencent à jaunir; c’est alors qu’elles tombent. Je n’ai remarqué ici cette chûte d’une partie des feuilles les plus anciennes, que lorsque l’anil entre en graines;&le moment de morte-séve, que lorsque ces mêmes graines approchent de leur maturité. Tant que la plante a des fleurs, sa végétation est forte; elle poulie de nouvelles feuilles. Si on prend de celles-ci, pour essayer leur cri on reconnoîtra qu’elles n’en produisent point, parce qu’elles sont molles, tendres& sans roideur. Ces nouvelles pousses nom pas encore acquis toute la substance nécessaire à l’élaboration de l’indigo; elles en fournissent très-peu qui n’a pas toutes les qualités désirables. Si l’on prend en même temps sur la même plante des feuilles plus âgées qui ayent pris tout leur accroissement&qu’on les froisse dans la main, elles rendront un cri qui n’est autre choie que le bruit qu’elles sont, en se rompant.

AINSI la plante n’a pas dans toutes les parties de son feuillage, une maturité simultanée, excepté dans le moment de la fructification qui ne peut être celui de la coupe; on est donc obligé de saisir le point où la plus grande partie de ses feuilles ont acquis tout leur accroissement&toute leur substance; alors elles ont plus d’intensité de couleur; elles sont chargées sur le revers d’un duvet qu’elles n’ont point, lorsqu’elles sont naissantes, ou qui n’est guère apparent; elles sont comme charnues, elles ont quelque roideur qui occasionne le cri qu’elles sont, lorsqu’on les froisse.

SI on coupe la plante, lorsqu’elle entre en fleur, comme c’est alors le moment de sa plus grande végétation, on perdroit sans dédommagement, le produit de toutes les feuilles de la nouvelle pousse qui sont très-nombreuses. Bien plus, toutes ces feuilles tendres fermenteroient beaucoup plus vite que les autres, rendroient le battage difficile&la précipitation du grain incomplète, comme on le verra tout à l’heure. Il vaut donc mieux attendre que la plante soit chargée de fleurs&même qu’il y en ait une partie de nouée. Si toutes les fleurs étoient nouées, alors on perdroit toutes les feuilles qui tombent en grand nombre, lors de la grande fructification;&l’opération du battage ne seroit ni facile, ni fructueuse.

IL arrive quelquefois, mais rarement, que les fleurs tombent sans nouer par l’influence de la saison; ce n’est pas le moment de la coupe. La plante a souffert par met accident; les feuilles ne peuvent pas être nourries,&ne produisent que peu d’indigo, médiocre en qualité,&difficile à la fabrique.

IL résulte de tout ceci, qu’une coupe prématurée&une coupe tardive donnent également peu de produit, de mauvaise qualité &même difficile à obtenir. Dans le premier cas, les feuilles sont à peine indigofères; les matières extractives qu’elles contiennent, se dissolvent facilement, rendent la fabrique très-difficile, se mêlent à l’indigo&l’altèrent. Dans le second cas, il y a peu de feuilles&par conséquent peu de produit; mais il y a beaucoup de branches proportionnellement aux feuilles; ces branches fournissent aussi beaucoup de sucs extractifs qui présentent les mêmes inconvénients; d’autant plus que ces mêmes sucs sont plus nourris. Ainsi il est presque égal de pécher par un peu trop de diligence, ou par trop de retard. Les herbes trop jeunes donnent un grain petit, rare, qui n’a pas de corps; qui ne se réunit pas, qui ne se précipite pas. Les herbes trop avancées, ayant peu de feuilles, donnent peu de grains;&quoiqu’ils soient mieux nourris, ils sont embarrassés dans des sucs hétérogènes plus substantiels. Le plus long battage ne peut rémédier aux vices des herbes.

DES longues&fréquentes pluies sont sur les herbes le même effet; elles redeviennent molles, peu succulentes, elles semblent avoir déchargé leur indigo (pour me servir de l’expression des indigotiers) J’ai de la peine à croire qu’une ou deux pluies de quelques heures suffisent, comme on le prétend, pour enlever aux feuilles de l’anil leur indigo; mais je présume que les pluies rendent la plante plus tendre; il en résulte que l’eau la pénétre plus facilement, &qu’elle extrait plus promptement&plus abondamment les sucs extractifs des herbes. Des pluies continuelles pendant plusieurs jours de suite, donnent donc à la plante trop de sucs aqueux, empêchent leur évaporation, en privant les herbes des rayons du soleil, suspendent par interposition la réunion des molécules résineuses, empêchent leur coction, leur élaboration,&enfin entraînent avec elles les molécules qui peuvent se trouver sur la partie extérieure des feuilles. Il vaut mieux dans ce cas courir les risques d’outre passer le moment précis de la maturité des herbes, afin de donner le temps au soleil de réparer les influences des pluies sur la plante, que de la couper après un temps trop pluvieux.

Les herbes de la troisième coupe&des suivantes, quand il y a lieu, sont à-peu-près dans le même cas; les plantes sont épuisées par les premières récoltes; elles ont peu de substance indigofère&fournissent à l’eau plus de matières extractives que de grains. Je suis d’avis par cette raison, de différer les dernières coupes; c’est-à-dire, d’attendre à les faire, que la plante ait acquis plus de maturité que pour les premières.

LE moment à saisir pour la coupe de l’anil est donc en général celui où la plante est chargée de fleurs, où il y en a même quelques-unes de nouées, où la plus grande partie des feuilles ont acquis tout leur accroissement, leur couleur, leur substance, ou elles sont un cri, lorsqu’on les froisse entre les mains.

JE pourrois ajouter ici, que lorsqu’on fait usage d’un précipitant efficace après le battage, il y a moins de danger, il est même plus avantageux, de retarder un peu la coupe des herbes, que de la faire trop tôt. L’inconvénient d’une coupe tardive, provient comme nous l’avons dit de ce que les plantes contiennent alors beaucoup de sucs extractifs qui se dissolvent dans l’eau pendant la fermentation&qui confondus avec les molécules d’indigo, empêchent à un certain point leur réunion& même la précipitation d’une partie des grains; mais ce seroit prévenir ce que j’ai à dire sur l’effet du précipitant. Je me contenterai donc d’assûrer ici qu’il obvie par son efficacité aux inconvénients que je viens d’exposer&qu’il procure à l’artiste, à-peu-près tout l’indigo que des herbes un peu avancées contiennent en plus grande abondance que de jeunes plantes. Mais il ne faut pas abuser de cet avantage; plusieurs raisons doivent en détourner. La plus essentielle est, que les plantes parvenues à un certain point d’accroissement, se dépouillent en partie de leurs feuilles qui seules fournissent de l’indigo; car celui que peuvent contenir les sommités des tiges tendres&vertes peut être compté pour rien.

QUELQUES indigotiers pensent que les herbes trop mures ne donnent point d’indigo; c’est une erreur: On en retire des feuilles des souches les plus âgées, pourvu qu’elles aient été cueillies étant vertes j’en ai fait plusieurs fois l’expérience; j’aurai occasion de le répéter plus d’une fois dans le cours de ce mémoire.

ARTICLE SECOND.

De la coupe des herbes.

L’OPÉRATION de couper les herbes est assès longue, parce qu’elles sont ligneuses,&qu’on doit ménager les racines. Si on soulève celles-ci hors de terre, elles peuvent se dessécher par le contact de l’air&par l’impression des rayons du soleil.

ON se sert de couteaux ou de serpettes pour couper les herbes. Lorsque les couteaux ne sont pas bien acérés, l’opération est longue; on déchire l’écorce, on ouvre ou l’on scie le tronc de la plante, ce qui lui est très-préjudiciable. S’ils ne sont pas forts, ils plient,&la coupe n’avance pas; elle est plus prompte, plus sûre&plus exacte, lorsqu’on se sert de serpettes fortes de jardiniers.

COMME il est très-intéressant d’employer les moyens les plus expéditifs, non seulement pour diminuer les frais de la main d’œuvre, mais pour éviter les inconvénients qui peuvent résulter quelquefois d’une coupe trop longue, je me suis avisé de me servir d’une faux; elle a bien réussi; il faut qu’elle soit plus courte, plus forte, c’est-à dire plus épaisse&mieux acérée, s’il se peut, que les faux dont on se sert en france pour couper le soin. Les anils sont ligneux&présentent plus de résistance à la coupe que les herbes des prairies de france.

A mesure qu’on coupe l’anil, il faut l’étendre sur le terrain. On ne doit pas craindre que l’indigo ne s’évapore, il n’est pas volatil. Lorsqu’on juge qu’on a coupé assès d’herbes, on les enferme dans des balandras (ce sont des carés de toile, qui ont des cordes aux quatre angles) ou dans des sacs de Voakoas; ceux-ci me paroissent préférables; ils sont plus propres à préserver les herbes qu’ils contiennent des rayons du soleil&de la pluie, s’il en survient pendant la coupe,&pendant le transport des herbes du champ à l’indigoterie. S’il n’y a pas de danger à étendre les herbes sur la terre, où elles sont exposées au soleil, mais éparpillées, on ne doit pas leur laisser prendre de la chaleur; ce qui arrive lorsqu’elles sont entassées&pressées, parce qu’alors elles fermentent assès promptement. C’est pour cette raison qu’il est plus à-propos de retrancher le bois des herbes dans la cuve même, à mesure qu’on la charge, que dans le champ. C’est encore par cette raison qu’on doit différer la coupe lorsqu’il pleut; mais si l’on craint pendant cette opération, l’arrivée subite d’un grain de pluie, il faut se hâter d’enfermer les herbes dans les sacs. On ne doit pas non plus faire la coupe pendant les grandes chaleurs du jour, ni lorsque l’herbe est mouillée par la rosée; dans touts ces cas, elle est trop fermentescible; ainsi le moment de la journée le plus favorable à la coupe, est le matin à7heures en été,&à8en hiver,&le soir à 5heures en été&à4en hiver.

JE ne fais sur quel fondement, quelques indigotiers pensent qu’un transport un peu long des herbes, lorsque le champ est éloigné de l’indigoterie, est défavorable à la fabrique. Mes premiers champs d’anil étoient à une lieue de mes cuves; on a toujours transporté les herbes dans des sacs de Voakoas,&je ne me suis jamais apperçu, qu’il en résultât le moindre inconvénient; d’autres personnes croient que la poussière de l’anir se détache facilement des herbes; c’est une erreur; la méthode des Indiens qui le sont dessécher, avant de le fabriquer, prouve le contraire. Si cette opinion étoit vraie, il n’y auroit pas tant de mystère à faire de l’indigo; il suffiroit d’en détacher la poussière par un moyen purement mécanique&de la recueillir.

ARTICLE TROISIÈME.

Comment on doit arranger les herbes dans la cuve.

RIEN n’est minutieux dans la pratique des arts, pour les personnes qui s’en occupent, sur tout lorsqu’ils sont du ressort de la chimie. La plus petite circonstance en plus ou en moins influe sur le succès de l’opération. Il est du devoir d’un auteur qui traite d’un art, de s’arrêter à tout ce qui peut être important dans la pratique, quoiqu’on puisse présumer de l’intelligence des artistes, qu’ils connoissent les préceptes qu’on peut leur donner, instruits par l’expérience ou par la théorie.

QUAND l’herbe est coupée, on l’embarque dans la trempoire ou pourriture,&on l’y répand de façon à ne laisser aucune masse&aucun vide… on remplit la cuve jusqu’a six pouces du bord, de façon que, l’eau... surmonte l’indigo de trois à quatre pouces. M. de B.R. s’en tient à ce précepte, sans en donner la raison. Il n’est point indifférent de mettre plus ou moins d’eau dans la trempoire, proportionnellement aux herbes. Les substances qui sont susceptibles de la fermentation, dit un de nos fameux chimistes modernes éprouvent bien ce mouvement qu’autant que la partie aqueuse se trouve dans des proportions convenables. Lorsque ces substances sont mêlées avec beaucoup d’humidité, elles passent à la putréfaction presqu’aussitôt qu’elles éprouvent le premier degré de la fermentation. Ce principe confirme ce qui a été dit au chapitre II. de la première partie, sur la fermentation de l’anil, qui mêlé avec beaucoup d’eau dans la trempoire, doit passer à la putréfaction, presqu’aussitôt qu’il éprouve le premier degré de la fermentation; mais ce n’est pas dans cet objet que nous avons cité ce passage.

INDÉPENDAMMENT de l’inconvénient qui résulte, comme l’on voit, d’une trop grande quantité d’eau dans la trempoire, pour le succès de la fermentation, le battage lui même devient aussi plus difficile. Les grains d’indigo étant noyés&rares en proportion du volume d’eau, se rencontrent avec peine, ne se réunissent pas, ne sont pas des masses pesantes,&se précipitent difficilement. Moins il y a d’eau proportionnellement aux herbes, plus la fermentation est sorte&fructueuse, plus le battage est facile&avantageux. Les alkalis étant en plus grande proportion relativement au liquide, ont plus d’action sur l’indigo contenu dans les herbes,&doivent en dissoudre une plus grande quantité. Il est donc important de ne pas mettre trop d’eau dans la trempoire. D’un autre côté, si on n’en met pas assès,&que les herbes soient trop foulées, on tombe dans d’autres inconvénients. L’eau ne peut pas s’introduire entre les herbes, la fermentation n’est alors que partielle&on retire moins de fécule. En outre comme l’eau pendant les premières heures qui suivent le remplissage de la cuve, a de la retraite qui laisseroit une partie des herbes du haut de la trempoire à découvert, elles seroient presque toujours en pure perte pour l’opération. Il est donc essentiel de ne pas les fouler& de ne pas les mettre trop rares. Je suis d’avis que l’eau surmonte les herbes d’un pouce à un pouce&demi tout au plus. Si l’eau ne devoit pas baisser, ou si elle avoit une ascension constante, comme le pretend M. de B.R. (ce que nous examinerons dans l’article suivant) il seroit à-propos de ne mettre de l’eau qu’au niveau des herbes a demi-foulées, pour se conformer au principe établi par M. Baumé.

IL faut remplir la cuve de façon que les herbes ne fassent aucune masse&aucun vide. J’approuve cette partie du conseil de M. de B.R. mais je ne suis pas d’avis que l’eau surmonte l’anil de trois à quatre pouces. Si les phénomènes de la fermentation de cette plante étoient tels que le dit cet auteur, son précepte impliqueroit contradiction.

Si en effet l’eau n’avoit pas de retraite, mais toujours une ascension marquée, il ne conviendroit pas d’en mettre au dessus du niveau des herbes. Il en résulteroit que la partie aqueuse ne se trouveroit pas dans des proportions convenables; mais comme l’eau a d’abord de la retraite dans la trempoire, il est bon d’en mettre au dessus des plantes, en remplissant la cuve.

LA trop grande quantité d’eau occasionne encore d’autres inconvénients. Plus il y a de liquide, plus l’indigo est rare proportionnellement. La partie supérieure de la cuve, où les grains sont totalement noyés, ne présente jamais qu’une eau foiblement chargée, qui ne peut pas servir d’indice à l’artiste pour saisir le point de la fermentation; le battage est plus difficile; plus les grains sont rares dans le liquide, plus ils ont de peine à se rencontrer pendant l’opération du battage&à se réunir: c’est ce qui fait que l’anil-franc qui fournit plus d’indigo que le bâtard est plus facile à travailler.

LORSQUE les souches de l’anil sont fortes&vigoureuses, il est à-propos de les tailler,&d’en rejetter le bois; non seulement il occupe une place perdue dans la trempoire, mais il fournit à l’eau des matières extractives qui la rendent noirâtre&qui retardent ou même empêchent la précipitation du grain comme nous l’avons dit dans l’article premier de ce chapitre.

ARTICLE QUATRIÈME.

Du degré de la fermentation.

Nous prévenons que par la fermentation de l’anil, nous entendons uniquement dans cet article,&dans le cours de tout cet ouvrage, l’état où se trouve l’eau dans la trempoire, après un séjour de quelques heures, avec des herbes d’anil. Cette eau a de l’action sur les parties de la plante,&dissout à l’aide d’une chaleur spontanée, toutes les substances dissolubles dans ce liquide, soit par leur nature, soit par le moyen d’un intermède que la plante contient. L’état où se trouve l’eau pendant cette dissolution, état qui varie suivant les progrès de celle-ci, est ce que nous appelions les différents degrés de la fermentation, Il n’est pas douteux qu’il n’y ait un point où la dissolution se trouve dans l’état le plus favorable à la fabrique;&c’est ce qui va nous occuper dans cet article. Ainsi nous ne ferons point d’attention à l’état où se trouvent les herbes elles-mêmes, pendant la durée de la dissolution. Telles parties de la même plante, par exemple les sommités tendres des branches, fournissent à l’eau les substances qu’elle peut dissoudre, beaucoup plus promptement que telles autres parties plus substantielles&plus nourries du même végétal; mais toutes ces parties se confondent dans l’extrait. Il seroit essentiel de connoître les progrès de la fermentation relativement à l’effet qu’elle peut avoir sur les différentes herbes,&sur les différentes parties de la même plante, toutes contenues dans la même trempoire; mais nous ne nous y arrêterons pas dans cet article. L’état progressif où se trouve le liquide, pendant la durée de la fermentation, est ce qui va nous occuper.

LES indigotiers de tous les pays ont reconnu par la pratique, que la fermentation de l’anil avoit un point, qu’il étoit important de saisir,&qu’en deça ou en delà, l’opération étoit manquée en tout ou en partie.

M. de B. R. entre dans un grand détail sur les indices qui peuvent faire reconnoître le degré de la fermentation. Leur multiplicité même, sert à prouver leur insuffisance.

E N effet toutes les considérations que cet auteur expose pour régler l’artiste,&pour l’aider à saisir le point de la fermentation&celui du battage,&qu’il prend de la qualité des herbes, suivant leur âge, le terrain où elles ont crû, leur espèce, l’influence qu’elles ont éprouvée de la part des saisons, sont si variables&si difficiles à peser, qu’elles jettent plus d’incertitude sur les points qu’il cherche à saisir, qu’elles ne les éclaircissent. Les autres confédérations prises du degré de chaleur ou de fraîcheur de l’eau dont on se sert,&les indices sur l’écume, sur l’épreuve de la tasse, sur la température de l’air pendant l’opération de la fabrique, sur la couleur de l’eau, sur la qualité mordante de l’extrait, sur l’état des sacs, après qu’on y a mis l’indigo à égoutter, n’ajoutent guère de lumières. Aussi a-t-il raison de dire quel’art n’indique point de règles précises sur la durée de la fermentation&du battage,&plus bas il ajoute, ce qui rend la pratique de cet art variable, obscure&sujette à beaucoup d’erreurs. Quand on n’a pas des principes, on est exposé à se perdre dans des conjectures hazardées. Tout le mystère de l’art de l’indigotier consistoit dans la connoissance de fa vraie théorie; elle placera elle-même le fil qui nous conduira dans ce labyrinthe,&nous tracera une route facile& débarrassée des circonstances qui obscurcissent la marche des auteurs &des combinaisons desquelles nous laisserons le soin à la nature elle-même, parcequ’il nous seroit difficile, pour ne pas dire impossible, de les bien saisir.

LES deux indices auxquels je m’arrêterai, comme les plus apparents&les plus essentiels, pour connoître le degré de la fermentation, sont suivant l’auteur déjà cité, 1.o l’ascension&la retraite de l’eau dans la trempoire; cette observation indique selon lui le moment où il est à-propos de lâcher la cuve, 2.o l’épreuve de la tasse.

M. de B.R. ne s’arrête pas au premier indice; il n’en parle qu’en passant. M. Monnereau auteur du parfait indigotier, n’en fait pas mention. Cependant s’il étoit tel que M. de B. R. le dit, il seroit satisfaisant. Ce seroit un moyen mécanique&à la portée de tout le monde de connoître le degré de fermentation utile à la fabrique; mais il s’en faut bien que les choses soient ainsi.

DANS les temps froids, l’extrait a peu d’ascension; il a au contraire beaucoup de retraite; j’ai même observé qu’elle alloit quelquefois, jusqu’à trois pouces de hauteur perpendiculaire. Il arrive aussi dans le temps des chaleurs que l’extrait a beaucoup de retraite& peu d’ascension; ainsi elles paroissent dépendre de la qualité des herbes, ou d’autres circonstances que je n’ai pas encore saisies, faute d’expériences&d’observations suffisantes. Je soupçonne avec quelque fondement que plus la fermentation est lente, plus l’a retraite de l’eau est considérable. Quoiqu’il en soit, elle a toujours lieu plus ou moins pendant les premières heures que la cuve a été chargée, dans touts les temps de l’année&avec toutes les espèces d’anils que j’ai employées.

PREMIÈREMENT, l’eau chasse peu à peu toutes les bulles d’air qui sont restées interposées entre les herbes, après que la cuve a été remplie. L’eau occupant la place de cet air paroît diminuer de volume&baisse. Il ne faut pas confondre ces bulles d’air pur qui disparoîssent, quand elles arrivent à la surface du liquide avec celles occasionnées par la fermentation; ces dernières forment ce que l’on appelle l’écume,& sont un peu savonneuses.

SECONDEMENT, les herbes quoique plus légères que l’eau, avant d’être entièrement putréfiées, s’affaissent sur elles-mêmes au bout d’un certain temps,&perdent pendant la fermentation une partie de leur ressort; ce qui peut faire présumer qu’elles diminuent de volume; elles occupent plus de place, avant qu’on ait rempli d’eau la trempoire, qu’après qu’on en a retiré l’extrait.

TROISIÈMEMENT, l’écume que l’on voit sur la surface de l’eau n’est autre chose que l’air fixe de la plante, rendu libre par la fermentation. L’eau en pénétrant le tissu cellulaire des feuilles&des écorces de la plante, prend la place de l’air qui y étoit logé ou fixé, ce qui occasionne une diminution de volume dans la cuve.

QUATRIÈMEMENT, cette même eau pompée par les tiges de la plante est prise aux dépens du volume de celle de la trempoire.

CINQUIÈMEMENT, quelqu’attention qu’on art apportée dans la construction de la trempoire, il est naturel de penser que la maçonnerie absorbe quelques portions d’humidité.

SIXIÈMEMENT, l’évaporation de tout liquide est plus considérable, lorsqu’il fermente,&contribue encore à la diminution de l’eau. Tout indigotier est à portée de vérifier mon observation.

DANS le temps surtout des chaleurs de l’été l’extrait après avoir baissé considérablement par une suite des raisons que je viens d’exposer, monte ensuite, quoiqu’elles, continuent d’agir,&surmonte le point où il étoit, lorsque la cuve a été chargée. Nous avons dit que dans l’hiver, cette ascension étoit moindre. Elle est due à la dilatation excitée dans le liquide par la chaleur de la fermentation,& surtout à la raréfaction d’une quantité prodigieuse d’air fixe qui le développe de la plante. Cet air devenu libre occupe un volume infiniment plus considérable, que lorsqu’il est fixé dans la plante; de façon que malgré les circonstances rapportées plus haut, qui tendent à faire baisser l’eau, elle monte, parce que la force qui l’élève agit plus que toutes celles qui la sont baisser. Peut-être la plante dans le temps de sa plus grande végétation qui est l’été, contient-elle une plus grande quantité d’air fixe que dans l’hiver,&a-t-elle une disposition plus prochaine à le développer. En effet dans la première saison, il le dégage une beaucoup plus grande quantité de bulles d’air, que dans la seconde. Il faut même être habitue à en faire l’observation, pour juger de l’état d’une cuve par la seule inspection. Lindigotier qui n’auroit travaillé que sur des herbes d’hiver, voyant en été la cuve chargée d’écume, en croiroit la fermentation excédée, tandis qu’elle nauroit pas encore atteint le point convenable.

J’ADMETTRAI sans peine que l’eau baisse après son ascension. Je n’ai pas vérifié cette supposition. Le développement de l’air fixe&sa raréfaction me paroissent être les causes de l’augmentation du volume de l’eau. Lorsque la plus grande partie de cet air fixe s’est dégagée des herbes&s’est réunie à la surface du liquide en forme d’écume, ou à l’air de l’atmosphère, il est clair qu’alors l’eau doit baisser, sublatâ causâ, tollitur effectus. Mais la durée de cette ascension est très-longue,&la cuve seroit totalement pourrie, si on attendoit cette seconde retraite. J’ai même éprouvé par essai que la fermentation étoit excédée, avant que l’eau eut baissé pour la seconde fois; cependant c’est dans cette circonstance que M. de B.R. indique, qu’il faut lâcher la cuve, Il faut avoir observé [dit-il] le point où l’eau montoit, lorsqu’on a achevé de remplir la cuve&prendre le moment où le ralentissement de la fermentation permet de voir la moitié ou les deux tiers de cet intervalle a découvert, pour lâcher la cuve. Il a renversé l’ordre des choses. L’extrait commence par baisser pendant les5, 6, ou8premières heures,&monte ensuite. On pourroit dire que cet auteur n’a pas observé cette première retraite de l’eau, puisqu’il n’en parle pas, ou qu’il n’entend que celle qui doit suivre l’ascension de la liqueur. Je répondrai que cette première retraite doit changer la proportion de l’intervalle auquel il fixe un point pour lâcher la cuve,&que si on attend la seconde retraite de la liqueur, alors la fermentation est outrée, Les matières animales qui subissent la putréfaction, ont d’abord un gonflement, ensuite un affaissement qui accompagne la désunion de leurs principes c’est-à-dire leur décomposition;&c’est alors qu’elles exhalent une odeur cadavéreuse.

ON ne peut donc tirer aucun parti de cet indice, parce qu’on n’a aucune règle pour déterminer le point de l’ascension de la liqueur. Cette ascension varie, a raison de la qualité&de l’espèce des herbes, du sol où elles ont crû, du temps où se fait la coupe, du degré de chaleur de l’atmosphère pendant la fermentation. Lorsque l’eau baisse une seconde fois, la dissolution est beaucoup trop avancée.

SI je contredis aussi formellement M. de B. R. dont je loue d’ailleurs le génie&le talent, c’est que mes observations sont tout-à-fait contraires à ses assertions&je les ai vérifiées plus d’une fois. Je me suis bien assûré que mes cuves ne perdoient pas d’eau. Je répéterai pour justifier cet auteur, qu’il a entrepris son ouvrage en france, ou il ne pouvoit plus examiner les faits. Je pourrais ajouter que l’espèce des anils avec lesquels on fabrique de l’indigo à St. Domingue, étant différente de celles que nous avons à l’Isle de France, amène d’autres, phénomènes; cela peut-être. Mais je suis porté à croire, que les circonstances de la fermentation dans les deux pays ne peuvent différer que du plus au moins&qu’elles sont essentiellement les mêmes. Si en effet les degrés de la fermentation étoient marqués par l’ascension& par la retraite de l’eau, on aurait un indice facile&qui seroit sûr, pour reconnoître le point de la dissolution à saisir dans les cuves d’indigo; il n’y auroit plus d’incertitude sur ce point.

TOUT ce que j’ai dit jusqu’à présent sur la retraite de l’eau dans la trempoire, ne peut pas être appliqué à la première cuvée. Je réserve ce que j’ai à en dire, pour l’article ou il en fera question.

MES observations&mes raisonnements ne s’accordent pas d’avantage avec deux autres faits rapportés par les auteurs&qui me paroissent bien extraordinaires. Je ne citerai qu’un passage de M. de B. R. Cette écume [dit-il] est tellement spiritueuse, que si on y met le feu, il se communique à toute la masse qui se suit&l’indigo fait quelquefois des efforts si violents, qu’il rompt ou soulève les barres,&arrache les clefs, lorsqu’elles ne sont pas bien enfoncées ou affermies dans la terre.

Je n’ai rien vu de semblable. 1.o Si en effet l’écume prenoit feu, elle contiendroit des esprits ardent&la fermentation seroit spiritueuse contre mon sentiment. Des esprits ardents peuvent bien accompagner une écume quelconque, mais ils n’en forment pas par eux-mêmes; &je doute que l’on puisse faire prendre feu à l’écume du jus de raisins sermentant, si on la sépare du tonneau où l’on a mis cuver du vin. Quoiqu’il en soit, je n’ai pu venir à bout de faire prendre feu, quelques essais que j’aye faits, je ne dis pas seulement à l’écume de la trempoire, mais à l’extrait lui-même pris en bonne fermentation, distillé&rectifié ensuite deux fois. 2.o Je fais très-bien que les herbes étant plus légères que l’eau, s’élèvent à la surface&qu’on est obligé de les forcer par des barres bien assujetties ou par des poids, pour les noyer&pour les retenir dans l’eau. Les efforts qu’elles sont contre la force qui les arrête, ne sont qu’en raison de la différence du poids de l’eau à celui d’un pareil volume d’herbes. Si ce volume est trop considérable, il n’est pas douteux que les barres le compriment; mais la résistance qu’elles o qu’elles opposent à cette compression est assurément très-modique, car elles ont très-peu d’elasticité. Il est vrai que la fermentation dégage une quantité prodigieuse d’air fixe des plantes& que la dilatation de cet air est la cause de beaucoup d’explosions. Mais ces efforts de l’air fixe ou condensé qui devenu libre tend à se raréfier, n’ont aucun effet, lorsque rien ne s’oppose à fa raréfaction, comme dans des vaisseaux ouverts qui ont une grande surface&qui sont en plein air; enfin il y a des indigotiers qui chargent leurs herbes avec des pierres posées sur des planches; ils ne les ont jamais vu soulevées. J’en ai fait l’expérience pour m’assûrer du fait par mes propres yeux.

JE conviens que les efforts des herbes peuvent rompre des barres endommagées ou pourries&soulever des poteaux qui ont peu de poids&qui ne sont pas retenus, mais ces efforts proviennent de l’élasticité des herbes trop comprimées&non de la fermentation.

LE second indice pour connoître le degré de celle-ci se tire de l’épreuve de la tasse; c’est celui auquel les indigotiers s’arrêtent, mais il est peu sûr. La fermentation se fait beaucoup plutôt dans la partie inférieure de la cuve que dans le milieu&plutôt au centre que dans le haut. Il en résulte qu’elle est parvenue à son point, dans la liqueur inférieure, tandis qu’elle en est encore éloignée dans la liqueur supérieure; d’ailleurs l’épreuve de la tasse donne toujours un grain dans le bas de la cuve, peu d’heures après qu’elle est remplie, quand on a la patience d’agiter la tasse pendant le temps nécessaire. Si on lâchoit la cuve dans ce moment, il est évident que la fermentation n’étant qu’ebauchée, on obtiendroit très-peu de produit.

CE n’est pas seulement, lorsqu’on a été long-temps à remplir la cuve d’eau, que la fermentation du bas est plus avancée que celle du haut de la cuve, comme l’a dit M. de B.R. Je remplis d’eau mes trempoires, lorsqu’elles sont chargées d’herbes, en neuf à dix minutes, par le moyen d’un canal. Cependant la liqueur inférieure de mes cuves est au point de fermentation convenable, plusieurs heures avant que celle du haut ait atteint le même point.

SI on attend que l’extrait du haut de la cuve donne un grain facilement&abondamment par l’épreuve de la tasse, alors le liquide inférieur a outrepassé le point de la fermentation; elle est donc au même moment dans la même cuve à des degrés différents qui ont leur progrès successifs&indépendants les uns des autres, sans se réunir au même point, excepté dans le cas d’une putréfaction décidée qu’on doit éviter avec soin. L’épreuve de la tasse ne fournit donc aucun indice, pour déterminer l’artiste à saisir le moment où il est à-propos d’arrêter la fermentation, c’est-à-dire de lâcher la cuve. Nous nous occuperons plus particulièrement de cet objet, dans quelques articles de ce chapitre.

ARTICLE CINQUIÈME.

Moyen de vendre la fermentation simultanée.

LA simultanéité de la fermentation dans la même trempoire a deux rapports qu’il est essentiel de distinguer; l’un est relatif aux herbes, l’autre au liquide; j’en ai parié dans l’article précédent.

1.o J’ai observé que les feuilles tendres des sommités des tiges se dissolvoient plus promptement, que les feuilles plus âgées, plus nourries, plus fibreuses. Il doit en résulter, que l’indigo que les premières fournissent de bonne heure, étant exposé long-temps à l’action de la fermentation, peut se décomposer; cet inconvénient arrive, lorsqu’elle est poussée trop loin. Je ne fais s’il est possible de rendre la fermentation simultanée dans les différentes parties de la plante. J’ai essayé de faire fermenter des herbes fraîches à sec, en les entassant dans des barriques; je leur ai donné de l’eau quelques heures après; mais j’avoue que des essais en petit ne sont pas concluants&qu’il est à-propos de les répéter en grand. Je présume d’après mes expériences, que ce moyen qui n’est pas efficace, approche cependant du but qu’on se propose. Pour y atteindre, il faut surmonter des obstacles présentés par la nature même; on en verra le détail dans cet article. Je laisserai le soin au lecteur d’en faire lui même l’application.

2.o Quand même les différentes parties des herbes se trouveroient disposées à fermenter simultanément, le liquide contenu dans la trempoire n’auroit pas une fermentation simultanée&s’opposeroit par conséquent à la simultanéité de la fermentation des herbes. Avant de chercher la raison physique de ce phénomène très-important par les conséquences qui en résultent, commençons par le constater; ensuite nous verrons quels sont les moyens de rémédier aux inconvénients qui en sont la suite.

CE fameux point indivisible de la fermentation, qui a tant exercéles auteurs.&les artistes, n’existe réellement pas dans la cuve considérée en masse, physiquement parlant, puisque la dissolution est: dans la même cuve au même moment à des degrés différents. Il n’est donc pas étonnant qu’on n’ait trouvé aucun moyen de saisir ce point imaginaire&illusoire.

ON s’est trompé dans la recherche des moyens, faute d’avoir bien saisi les différences graduelles de la fermentation dans la même cuve: en reconnoissant ces différences, on auroit vu qu’en lâchant l’eau de la trempoire, lorsque la dissolution est: au point convenable dans la partie inférieure, les deux autres tiers de l’extrait ne sont pas encore parvenus au même point. Si on vide la cuve, lorsque le centre est au point de fermentation convenable [ce que l’on pourrait reconnoître en prenant de l’extrait par le moyen d’une sonde] alors le liquide inférieur a outrepassé le point de la fermentation&celui de la partie supérieure ne l’a pas encore atteint; mais si on attend que le haut soit parvenu au point désiré, le liquide inférieur est alors en putréfaction décidée &celui du centre avoisine de près cet état.

IL falloit rechercher les moyens d’amener la cuve au même point de fermentation dans toutes ses parties en même temps. M. de B.R. paroît avoir senti qu’une fermentation simultanée procureroit l’avantage de retirer plus d’indigo; mais le moyen qu’il indique pour y parvenir n’est pas propre à cet effet. C’est suivant cet auteur, d’exposer au soleil dans des réservoirs l’eau qui doit remplir la trempoire. J’admets que cette eau échauffée par le soleil, puisse comme il le dit, accélérer le progrès de la fermentation, mais elle ne peut la rendre simultanée, parce que le degré de chaleur est à-peu-près le même dans toutes les parties de l’eau, lorsqu’on la verse dans la cuve;&que le liquide supérieur étant exposé à l’air perd bientôt fa chaleur, pendant que celui du bas la conserve plus long-tems.

QUANT aux inconvénients que le même auteur détaille&qui résultent de la stagnation d’une eau gardée dans des réservoirs, laquelle peut s’y corrompre à la longue, il seroit facile de les éviter, si ce moyen étoit avantageux à la fabrique. Ce n’est pas un long séjour qui échauffe l’eau des réservoirs. Il suffit qu’elle ait été exposée au soleil pendant quelques heures, pour avoir toute la chaleur qu’elle est susceptible de prendre. Il n’y a point à craindre qu’elle ne se corrompe dans aussi peu de temps. D’ailleurs on pourroit mettre de l’eau dans la trempoire même en proportion suffisante, vingt-quatre heures plus ou moins, avant d’y embarquer les herbes. On éviteroit par ce moyen la dépense des réservoirs.

IL n’est pas douteux qu’une eau tiède n’accélère la fermentation; l’expérience m’a confirmé cette vérité; mais elle m’a appris en même temps que si l’eau échauffée par le soleil dans des réservoirs hâte la fermentation, c’est de bien peu de chose;&je ne vois pas ce qu’on y gagne dans ce rapport; car la quantité ou la qualité du produit ne dépendent point de la promptitude de la fermentation, mais de sa simultanéité&du degré auquel elle est parvenue. Si l’on se trouve pressé dans la coupe de l’anil par fa maturité, au point que l’on ait une plus grande quantité d’herbes qu’on ne peut en travailler, il est sans doute avantageux de pouvoir accélérer les opérations de la fabrique; mais comme je viens de le dire, on retire très-peu d’avantages des réservoirs dans cette vue;&je pense qu’il seroit moins dispendieux de construire une cuve de plus pour remplir le même objet. Il n’est pas douteux qu’un réservoir étant plus vaste&demandant qu’on élève les eaux beaucoup au dessus des trempoires, n’occasione plus de dépenses qu’une cuve. Si l’on veut absolument accélérer la fermentation des herbes, il y a d’autres moyens pour y parvenir, plus sûrs&moins dispendieux que celui des réservoirs.

POUR obtenir une fermentation simultanée dans toutes les parties de la cuve, le plus sûr seroit de ralentir le cours de la fermentation dans le bas de la cuve&de l’accélérer dans le haut; la chimie nous offre ces deux moyens. Les alkalis fixes&les acides ont la propriété de ralentir la fermentation; les ferments ont celle de l’accélérer. En mêlant une dissolution d’alkali fixe avec le liquide du bas de la cuve&de l’eau d’anil en bonne fermentation avec celui du haut, on obtient à-peu-près l’effet désiré; je dis à-peu-près, car le succès n’a jamais été complet dans toutes les expériences que j’ai faites. La dissolution alkaline m’a paru empêcher ou retarder la putridité, plus qu’elle ne ralentit la fermentation, ce qui est un grand avantage. Peut-être n’ai-je pas employé des doses assès fortes. Au reste on ne connoît pas encore bien quelles sont les substances les plus propres à favoriser ou à suspendre le cours de la fermentation; c’est une matière à recherches.

J’AI essayé de mêler du jus de citrons avec le liquide inférieur de la cuve, pour tâcher de ralentir le progrès de la fermentation dans cette partie; le succès m’a paru le même. Je préfère cependant l’usage de l’alkali fixe, parce qu’il m’est facile de m’en procurer&parce que je présume qu’il le volatilise en grande partie par l’effet de la fermentation&qu’il est parconséquent plus favorable que nuisible à l’opération.

FAITES donc une lessive de cendres sur le feu&versés cette dissolution dans le bas de votre cuve. IL est assès difficile d’assigner les proportions convenables. Elles dépendent de la force de la dissolution, c’est-à-dire de la nature des cendres que vous emploierés, de leur quantité de celle de l’eau, de la force&de la durée de l’ébullition; elles dépendent aussi de la qualité des herbes&de la grandeur des cuves. Quelques essais suffiront à chaque indigotier pour se régler. Plus l’herbe lui paroîtra fermentescible, plus les doses, ou la force de la dissolution alkaline doivent être considérables. Afin de déterminer plus sûrement la valeur des essais, il est à-propos de fixer à-peu-près la force de la dissolution alkaline, afin qu’elle soit constamment la même&qu’on n’ait plus qu’à régler les doses. Lorsqu’un œuf frais surnagera la lessive, décantés la liqueur.

CETTE décantation doit être faite avec soin, afin que la liqueur soit claire. Si elle est trouble, elle contient alors des parties terreuses qui se mêlant à l’indigo ne peuvent qu’en altérer la qualité. Ainsi on se servira d’un syphon pour décanter la liqueur; c’est le meilleur moyen de l’avoir claire&sans mélange. Une trop grande quantité de liqueur alkaline occasionneroit la dissolution de beaucoup trop de matières extractives, qui mêlées à l’indigo rendroient le battage difficile, empêcheroient sa précipitation, ce qui est une perte pour l’artiste&altéreroient fa qualité. Il en résulteroit encore un autre inconvénient: les alkalis fixes ne sont pas évaporables par l’action du battage. Une partie pourroit se volatiliser pendant la fermentation, mais celle qui resteroit dans l’état de fixité, dissolveroit en proportion de sa quantité des molécules d’anir que le battage le plus long ne pourroit pas réunir. Quarante à cinquante bouteilles de liqueur alkaline en état de supporter un œuf frais, suffiront pour des vaisseaux qui ont trois cents pieds cubes de capacité. Quand on a des herbes fortes qui ont beaucoup de vieux bois, il faut moins de liqueur alkaline &pousser la fermentation plus loin, que lorsque les herbes sont moins vigoureuses. On en devine facilement la raison.

QUANT aux serments, on pourroit en employer de plusieurs espèces. Je ne crois pas que ceux qui sont acides conviennent. Celui qui se présente le plus naturellement est de l’extrait d’anil sermenté. On mettra donc d’avance des herbes avec de l’eau dans une pièce de deux&on distribuera également cette eau, lorsqu’elle aura fermenté, dans le haut de la cuve, après qu’elle aura été remplie. Il vaut mieux en mettre plus que moins, parce que ce ferment n’est pas aussi actif qu’on pourroit le croire.

DANS le cas où la fermentation des herbes de la futaille seroit à son point quelques heures avant qu’on put remplir la cuve, alors on retireroit l’eau pour ta mettre dans un autre vaisseau. On peut même l’y conserver un jour ou deux; elle n’en aura que plus d’action. Plus elle approchera de la putritidé, sans être totalement décomposée, plus elle fera agissante.

LORSQU’ON fabrique journellement de l’indigo, on se dispensera du soin de préparer de l’extrait dans, une futaille on prendra de celui d’une cuve pour la cuve suivante, en choissisant de préférénce pour serment le liquide de la partie inférieure de la trempoire, à celui de la partie supérieure.

ON seroit tenté de croire que les terres calcaires&la chaux ayant la propriété reconnue d’accélérer la putréfaction des matières animales, pourroient être employées dans cette occasion avec succès; si on les met en substance dans la cuve, leurs particules les plus tenues se mêleront à l’extrait&par conséquent à la fécule qu’elles détérioreront. On pourroit faire usage d’une dissolution de chaux dans l’eau, c’est-à-dire de l’eau de chaux. Or l’expérience m’a prouvé que l’eau de chaux retarde au lieu d’accélérer la fermentation de l’anil. Cette différence entre l’effet de la chaux sur les matières animales&celui de l’eau de chaux sur une substance végétale, ne demande pas que nous nous y arrêtions, pour en donner la raison physique; elle nous meneroit trop loin. Revenons à notre sujet.

AJOUTÉS à ces précautions celle de couvrir la cuve avec des nates. L’expérience m’a appris que lorsqu’ elle étoit exposée à l’air& même aux rayons du soleil, la fermentation étoit plus lente. Ainsi loin d’augmenter son mouvement, une chaleur trop forte paroît le retarder. Peut-être l’alternative de chaleur&de fraîcheur, est-elle peu favorable à la fermentation. La cuve exposée à l’ardeur du soleil pendant le jour est rafraîchie pendant la nuit. En couvrant la trempoire, on y maintient une température moins inégale&le haut de la cuve atteint plutôt le point nécessaire.

PAR touts ces moyens, la fermentation marchera plus également dans la cuve&il fera plus facile d’en saisir le juste degré qui a même quelque durée ou extension,&qui n’est point aussi indivisible qu’on le prétend,

ON sent allés touts les avantages de cette méthode&je n’ai pas besoin de les exposer. Je n’ajouterai donc pas que la fermentation étant plus égale dans toutes les parties de la cuve, donne nécessairement un produit plus considérable que la pratique ordinaire, qui ne permet pas d’attendre que le haut de la cuve soit au point de fermentation nécessaire, pour dissoudre tout l’indigo des herbes de cette partie,

ARTICLE SIXIÈME.

Second moyen de rendre la fermentation simultanée.

IL est si important de rendre la fermentation simultanée dans la trempoire, pour obtenir le plus grand succès dans la fabrique de l’indigo, que je crois devoir rendre compte d’un second moyen que j’ai essayé avec avantage, pour obtenir cet effet&qui est bien plus simple que celui dont j’ai rendu compte dans l’article précédent.

IL consiste uniquement à donner moins de hauteur aux murs des trempoires&par conséquent moins de profondeur au volume des herbes qu’on y entasse. L’usage ordinaire est d’élever les murs de ces cuves de trois à quatre pieds de hauteur perpendiculaire [suivant leur étendue] y compris le rebord ou talus intérieur qui est de six pouces environ. Si on ne donnoit aux cuves que deux pieds de hauteur, on pourroit compenser ce moins par plus de largeur&de longueur.

J’AI essayé de charger à moitié mes cuves qui ont dix pieds en longueur&autant en largeur sur trois pieds de hauteur perpendiculaire, en y comprenant le rebord;&j’ai vu que la fermentation y étoit plus égale dans toutes ses parties, que lorsque la cuve étoit chargée entièrement. Il ne faut pas croire que le changement que je propose occasionne une augmentation de dépenses pour la maçonnerie des cuves. J’en parlerai au chapitre de l’indigoterie.

JE crois cette expérience nouvelle, du moins je n’ai pas connoissance, qu’elle ait été enseignée par aucun auteur, ni pratiquée par aucun artiste. La théorie dans l’art de faire des vins&dans celui de la fabrique de l’indigo a bien conduit à désirer que la fermentation fut simultanée; mais je ne sache pas qu’on ait reconnu que la moindre profondeur des matières procuroit en partie l’effet qu’on recherchoit. On a proposé pour accélérer la fermentation du vin, de procurer au cuvier une chaleur plus grande par le moyen du feu. Il peut rendre la fermentation plus égale dans les pays tempérés, en augmentant la chaleur dans le haut de la cuve, qui reçoit l’impression de la chaleur de l’air, tandis qu’elle ne pénétre pas jusque dans le bas. Les vignerons versent quelquefois dans la cuve, quand elle est chargée, quelques pintes de jus de raisins qu’ils ont fait bouillir. Peut-être seroit-il plus à propos de verser dans le haut une liqueur fermentante&même de couvrir la cuve avec une toile. Touts ces moyens peuvent être bons, pour obtenir jusqu’à un certain point l’effet désiré, mais j’engage à tenter celui que je propose. Il faudroit donc donner aux vaisseaux dans lesquels on met cuver le jus de raisins beaucoup plus de largeur& moins de hauteur qu’on ne le fait communément. La raison principale qui fait que les essais d’indigo en petit réussissent mieux qu’en grand, c’est qu’ils n’ont lieu que sur de très-petits volumes d’herbes.

POURQUOI les substances fermentantes contenues dans le même vaisseau, n’ont-elles pas un mouvement simultanée? c’est-à-dire pourquoi le mouvement fermentatif n’est-il pas dans les différentes parties de la cuve au même degré, dans le même moment? on conçoit aisément pourquoi la fermentation ne s’opère pas dans un seul &même instant.

POURQUOI ces mêmes substances approchent-elles d’avantage du degré simultanée, à raison de la plus grande étendue de leur surface proportionnellement à leur profondeur?

POURQUOI enfin lorsqu’elles sont dans un vaisseau couvert, la fermentation est-elle plus prompte dans le haut de la cuve, que lorsqu’elles sont exposées à l’air libre?

CES trois questions paroissent tenir à la même solution. Ce sont des problêmes de physique que je ne me flatte pas de résoudre. L’histoire de la fermentation n’est encore qu’ébauchée. L’instinct qui nous porte à vouloir dévoiler les mystères de la nature dans ses opérations les plus cachées, nous conduit souvent à des découvertes intéressantes. Pour saisir ses secrets, il faut l’observer; c’est de l’observation que naissent nos connoissances. Ainsi il ne paroîtra peut-être pas déplacé de bazarder des conjectures sur un sujet aussi intéressant par les conséquences qui en résultent. S’il m’étoit permis de m’y livrer, voici ce que je dirois pour expliquer la cause de ces phénomènes.

REMONTONS aux principes&parcourons les trois degrés de la fermentation.

ELLE est [suivant un de nos plus illustres chimistes modernes]un mouvement intestin qui s’excite de lui-même, à l’aide d’un degré de chaleur&de fluidité convenables, entre les parties intégrantes&constituantes de certains corps très-composés&dont il résulte de nouvelles combinaisons des principes des mêmes corps.

L’AUTEUR n’a eu en vue dans cette définition que l’effet&non la cause de la fermentation. Le mouvement intestin qui s’excite dans les parties des corps&les résultats qu’il donne, sont des effets de la fermentation. Voici comment j’en explique la cause..

LE liquide nécessaire à la fermentation pénétre à l’aide de la chaleur de l’atmosphère les parties intégrantes des corps qui subissent cette opération de la nature&dégage l’air fixe ou fluide élastique que ces substances contiennent: cet air se raréfie prodigieusement, tant par l’effet de la chaleur, qu’à raison de son élasticité: devenu libre&étant par fa nature beaucoup plus léger que le liquide, il s’élève à la surface de l’eau; voilà d’où provient le mouvement intestin. Mais partie de ce même air ou fluide élastique se combine de nouveau avec le liquide&avec les substances que le liquide a dissoutes, telles que l’acide, l’alkali, l’huile ou le phlogistique. Quand ces substances contiennent une huile essentielle ou éthérée, ou du phlogistique, en quantité suffisante,&disposés de manière à quitter facilement leur première combinaison, il se fait d’abord une décomposition des parties constituantes des mixtes, ensuite une nouvelle combinaison d’une partie seulement des mêmes principes, mais dans une proportion différente, suivant la loi des affinités. L’air, le liquide&le phlogistique se combinent ensemble&forment les esprits ardents; c’est la fermentation spiritueuse.

LORSQUE les substances ne contiennent ni huile éthérée, ni plogistique en quantité suffisante, ou lorsque ces principes qui sont volatils se sont évaporés en grande partie par la continuation du mouvement fermentatif, l’acide se trouve alors à nu, c’est le second degré.

ENFIN la putréfaction n’est autre chose que la décomposition des principes des corps, lorsqu’à l’aide d’une chaleur spontanée, la plus grande partie de l’air qui entre dans la combinaison des matières qui sont le produit du second degré de la fermentation, s’est dégagée des corps,&lorsque les parties les plus subtiles de ces matières se sont évaporées,&que par ces raisons la proportion des principes est changée. Alors la nouvelle combinaison qui en résulte, produit l’alkali volatil. L’acide végétal ou animal fournit à l’alkali fixe les parties huileuses qui étoient combinées avec lui&par là volatilise cet alkali..

IL en est à peu-près de même, lorsque les substances entrent en putréfaction, sans passer par les deux premiers degrés de la sermentation. Leurs principes prochains se trouvent alors d’une telle nature&dans une telle disposition qu’ils se décomposent promptement& facilement, dès que l’air fixe ou fluide élastique que ces substances contiennent, vient à se dégager par l’effet d’une circonstance accidentelle, comme la perte de la vie dans les végétaux&les animaux.

CETTE dernière solution n’est pas sans difficulté. Que devient dans cette dernière opération l’acide des substances qui passent de l’acide à l’alkalescence? je fuis porté à croire, qu’il se volatilise en partie&s’évapore avec l’air&le phlogistique&qu’une partie se décompose, par le dégagement&l’absence de l’air qui entre dans sa combinaison comme partie constituante&se change en alkali..

AVANT de passer outre, je crois devoir prévenir une objection qu’on pourroit me faire. J’ai dit que la dissolution des mixtes, leur décomposition, leurs nouvelles combinaisons se faisoient à l’aide de la chaleur de l’atmosphère. Cependant le genre spiritueux acquiert un degré de chaleur plus considérable; cela provient de la grande quantité de phlogistique, qui se développe dans cette opération&qui n’entre point en totalité dans la composition des esprits ardents, mais dont une partie se distribue dans le liquide&lui communique de la chaleur, jusqu’à ce qu’elle se soit évaporée.

APPLIQUONS maintenant ces principes aux problêmes que nous nous sommes proposés de résoudre relativement à la fermentation alkalescente dont nous nous occupons. Elle occasionne la décomposition des mixtes&de nouvelles comportions. Elle doit donc être plus prompte dans le bas de la cuve que dans le haut. L’air fixe ou le fluide élastique qui se dégage dans le bas de la cuve&dont l’absence change la proportion des principes&cause par là leur décomposition, étant par sa nature beaucoup plus léger que le liquide& devenant encore par l’élasticité qui lui est naturelle&par la raréfaction excitée par la chaleur, infiniment plus léger, s’élève à la surface de l’eau&y forme en partie l’écume qu’on y voit. Une autre partie de cet air ou fluide se réunit à celui de l’atmosphère; une troisième partie à raison de l’affinité qu’elle a avec l’eau, se combine avec celle contenue dans le haut de la cuve&y remplace l’air fixe dégagé de la plante par la fermentation; donc la décomposition doit être plus lente dans le haut que dans le bas de la cuve; en outre la partie supérieure ayant un contact immédiat avec l’air ambiant en dissout quelque partie, à mesure que l’air fixe de la plante se dégage..

C’EST par la même raison que la fermentation est plus prompte, dans la partie supérieure de la cuve, lorsqu’elle est couverte, que lorsqu’elle est exposée à l’air extérieur ambiant, parce que dans le premier cas, la dissolution qui se fait de celui-ci est beaucoup moindre. Nous n’entendons pas que la cuve soit exactement couverte& de façon à empêcher toute communication avec l’air extérieur. On fait que le concours de l’air accélère&favorise la fermentation& que sans air ses progrès sont très-lents&comme insensibles, si ce n’est après un temps très-long, parce que le dégagement&la raréfaction de l’air fixe ou fluide élastique sont gênés&comme suspendus..

LA moindre hauteur du volume des matières occasionne une fermentation plus prompte dans la partie supérieure de la cuve, toutes autres choses égales, parce qu’alors l’air fixe ou fluide élastique qui se dégage de la plante contenue dans le bas du vaisseau&qui a naturellement beaucoup de disposition à se recombiner de nouveau est proportionnellement en moindre quantité dans un moindre volume de matières.

CETTE théorie doit engager à faire des recherches sur les moyens les plus simples d’introduire de l’air dans le bas des cuves& d’en absorber dans le haut. Les effervescences connues en chimie& qui dégagent une grande quantité d’air pourroient être essayées dans le bas de la cuve. A mesure que l’air se dégageroit, il se redissoudroit de nouveau dans l’eau. Je ne puis indiquer quelles sont les espèces d’effervescences dont on pourroit se promettre le plus de succès. Les secours de touts les genres manquent dans ce pays, pour multiplier les expériences qui seules peuvent étendre nos connoissances sur un objet aussi important. J’ai essayé de verser dans le bas de la cuve une dissolution alkaline&du jus de citrons étendu dans beaucoup d’eau, avant de charger les cuves. J’ai été assès content de l’effet qui en est résulté..

J’AI observé que les acides dégageoient une bien plus grande quantité d’air des alkalis fixes que de l’eau de chaux. On fait que celle-ci&même les alkalis caustiques ne sont point effervescence avec les acides, ou du moins qu’elle est très-foible. J’ai éprouvé que l’alkali phlogistiqué mêlé avec un acide avoit moins d’effervescence qu’un alkali ordinaire; ansi on employera ce dernier, c’est-à-dire une simple lessive de cendres mêlées avec du jus de citrons. Les matières astringentes ayant des propriétés antiseptiques, méritent d’être essayées pour retarder les progrès de la fermentation dans le bas de la cuve.

QUANT à la partie supérieure de la trempoire, je ne vois rien de plus propre à y accélérer le mouvement de la fermentation que l’addition des ferments les plus actifs, comme il a été dit dans l’article précédent. Il seroit peut-être à propos de les faire échauffer, &de les verser chauds dans la cuve, afin de leur donner plus d’activité.

J’AI essayé de verser de l’eau de chaux; qui absorbe beaucoup d’air fixe. En effet il ne paroît presque point alors d’écume sur la superficie de la cuve, lors-même que la fermentation est parvenue au degré convenable. Mais la chaux empêche, comme je l’ai déjà dit ci-devant, la réunion des molécules&par conséquent la formation du grain.

ARTICLE SEPTIÈME.

Moyen de connoître le degré de la fermentation.

Les indices les plus simples pour connoître le degré de la fermentation utile à la fabrique, sont ceux qui se tirent de l’état de la cuve. Le coup d’œil suffit, quand il est un peu exercé, comme cela est nécessaire dans la pratique de touts les arts. Lors donc que la cuve aura beaucoup de bulles d’air qui ne feront pas trop entassées, qu’elle aura un beau cuivrage qui ne fera pas répandu sur toute la surface du liquide&une odeur assès-vive&pénétrante, sans être putride, que l’eau fera d’une belle couleur,&qu’en pressant sur les herbes, il paroîtra des nuages de fécule d’une belle couleur verte, lesquels se dissiperont d’eux-mêmes dans l’extrait, il est temps de lâcher la cuve. C’est le moment de rappeller ce qui a été dit dans le chapitre Il de la première partie, à l’occasion de la bonne fermentation. J’y ai établi les différences qui pouvoient faire distinguer ce degré d’une fermentation commençante&de celle qui est excédée.

OUTRE cette observation, il est bon de faire concourir l’épreuve ordinaire de la tasse, en prenant en même temps de l’extrait du haut, du centre&du bas de la cuve. Des compotiers de porcelaine sont tout aussi commodes que la tasse, pour faire la preuve. Quand on prend de l’extrait du bas de la cuve, par le moyen d’une clef-tournante, adaptée à la cheville qui bouche le daleau pratiqué pour l’issue des eaux, dans la vue de juger de l’état où se trouve la dissolution, il faut jeter les premières portions d’eau qui coulent. parce qu’elles ne sont pas dans le même état que le reste de la cuve. Si l’on tire quelque indice de ces épreuves, l’on doit se rappeller qu’il vaut mieux pécher par défaut que par excès de fermentation. Il faut savoir aussi que si deux parties de la cuve se trouvent en même temps à-peu-près au dégré que l’on doit saisir, on fera mal d’attendre que la troisième partie soit au même point. Si l’une est excédée, que l’autre soit à son point&que la troisième n’y soit pas parvenue, il faut encore lâcher la cuve. La partie qui a trop fera corrigée par celle qui a moins, puisque tout doit se confondre dans la batterie.

JE dois prévenir l’artiste que les procédés que j’ai détaillés dans les deux articles précédents, pour amener la fermentation à un point simultanée ne réussissent pas complètement, mais ils sont approcher du but qu’on se propose. Ils occasionnent une crème&une écume sur la superfideci de la cuve, plus promptement&plus abondamment que la méthode ordinaire&l’on gagne deux ou trois heures& quelquefois d’avantage sur la durée de la fermentation.

JE préviens encore qu’une heure de fermentation de trop suffit pour amener la cuve à un point d’excès nuisible à la fabrique. Dans les derniers moments, le ferment occasionne une marche très-prompte dans la fermentation. Ainsi dès que la cuve montrera quelque écume, je conseille à l’indigotier de ne point la quitter&de la visiter de demi-heure en demi-heure. Cette observation est d’autant plus intéressante que ma méthode n’a d’autre indice que celui qui se tire de l’inspection de la cuve, pour saisir le moment où la fermentation est au degré favorable à la fabrique. Ainsi je me crois obligé d’expliquer aux artistes les causes de l’écume&du cuivrage qui paroissent sur la superficie de la cuve.

J’AI déjà dit que l’écume étoit produite par l’air fixe dégagé de la plante par la fermentation&enveloppé dans des molécules extractives-savoneuses. Quant à la crème violette qu’on nomme aussi cuivrage, elle est le produit d’un indigo très-atténué, réuni&rendu libre par le contact de l’air qui a occasionné l’évaporation des alkalis volatils. Cette crème prend les couleurs de l’Iris, parce qu’étant plus ou moins opaque, elle réfléchit diversement les rayons de la lumière.

L’ABONDANCE ou la rareté de l’écume ou du cuivrage prouvent donc proportionnellement une fermentation dans un degré plus ou moins haut. Il ne faut donc pas attendre que la cuve soit couverte d’écume ou même de crême violette, pour arrêter la fermentation; car alors elle seroit excédée. Un peu d’habitude mettra bien vite le praticien, au fait de la proportion qui doit le régler; cela est si vrai, qu’un de mes négres, sans théorie, comme on peut bien le supposer, s’est trouvé au fait, après avoir vu six cuves.

IL arrive toujours que le haut de la cuve n’a pas encore atteint le point de fermentation convenable, lorsque le reste du liquide y est parvenu, mais l’extrait est toujours chargé d’écume&de crème qui serviront de règle à l’artiste. J’observe que la partie supérieure de l’extrait a toujours moins de grains que la partie inférieure, non seulement parce que la fermentation est toujours moins avancée dans le haut, mais encore parce que l’eau qui surmonte les herbes y est en bien plus grande proportion que dans le bas.

INDÉPENDAMMENT des preuves que fournit l’extrait du haut de la cuve, que la dissolution n’y est pas aussi avancée que dans le bas, par la couleur de l’extrait&par la difficulté d’en obtenir un grain, lorsque la fermentation est au degré convenable dans le bas, on tire encore d’autres preuves de cette vérité par l’état où se trouvent les herbes. Celles du bas, ou même du centre, sont comme flétries, lorsque la dissolution est au point convenable, tandis que celles du haut paroissent n’avoir souffert presqu’aucune altération; De plus les feuilles des herbes du bas&du centre étant épluchées&jetées dans une eau pure, vont au fond de l’eau, lorsque la dissolution est parfaite; dans le même temps celles du haut surnagent.

CETTE expérience suffiroit pour indiquer le moment précis, où il convient d’arrêter la fermentation de la trempoire, en lâchant l’extrait dans la batterie, s’il y avoit simultanéité dans la dissolution. Ainsi lorsqu’on aura trouvé le moyen de produire cet effet dans l’extrait, on pourra faire usage d’un indice aussi simple&aussi sûr. On prendra des herbes qui auront été constamment submergées depuis le moment que la trempoire aura été chargée. On en épluche ra les feuilles que l’on jettera&que l’on agitera un instant dans un gobelet d’eau pure. Si la plus grande partie des feuilles va au fond de l’eau la dissolution est faite, il faut se hâter de lâcher la cuve; mais si elles surnagent, il faut laisser agir la fermentation. Il n’est pas douteux que toutes les feuilles de la même tige n’ont pas une marche égale dans leur fermentation. Les unes plus tendres ont déchargé leurs sucs long-temps avant les autres. C’est pourquoi je ne conseillerois pas d’attendre qu’elles se précipitâssent toutes au fond de l’eau.

POURQUOI les mêmes herbes sont-elles avant la fermentation plus légères qu’après? c’est qu’avant la fermentation elles contiennent beaucoup d’air fixe; ensuite il est dégagé&remplacé par des parties aqueuses. Voilà d’où provient l’augmentation de leur poids.

ARTICLE HUITIÈME.

De la durée de la fermentation.

Si le point de la fermentation&celui du battage étoient aussi indivisibles que les auteurs&les artistes le prétendent, c’est-à-dire, si la fermentation&le battage avoient un degré précis qu’il fallut absolument saisir pour le succès de la fabrique,&qu’en delà ou en deçà de ce degré, l’opération fut totalement manquée, on ne seroit guère d’indigo. Il est confiant qu’on n’a aucune règle sûre pour déterminer le point de précision qu’on cherche à reconnoître. Bien plus; la pratique a fait voir que telles herbes exigeoient plus de fermentation&de battage que telles autres; que dis-je? les mêmes herbes, celles du même champ, varient sur le degré qu’on doit leur donner, suivant les variations de la saison pendant leur accroissement. Je doute que ces observations aient été saisies dans toute leur étendue par les indigotiers; du moins les auteurs ne me paroissent pas s’être expliqués là dessus d’une manière assès précise. Je vais tâcher d’y suppléer. Arrêtons nous uniquement dans cet article à ce qui a rapport à la fermentation.

ELLE a des progrès plus ou moins rapides, suivant la qualité des herbes&suivant l’influence du temps, pendant l’opération. Cet effet est trop connu&trop facile à concevoir, pour que j’entreprenne de le prouver&de l’expliquer. Il est donc constant que les herbes du même, champ, coupées&travaillées dans des temps différents, pourront exiger une fermentation plus longue les unes que les autres, pour atteindre le même degré. M. de B.R. a parlé dans le plus grand détail, avec netteté&en homme instruit, des causes qui amènent des variations sur la durée de la fermentation. Elles dépendent toutes de la qualité variable des herbes&de l’influence du temps. Mais quel qu’elles soient, on peut amener au même point la fermentation de toutes les herbes, en lui donnant une durée plus ou moins longue. Je fais que la différente qualité des herbes fermentées aura toujours des effets différents, c’est-à-dire plus ou moins d’écume, une eau diversement colorée, un grain plus petit ou plus gros, plus abondant ou plus rare; malgré ces différences très-essentielles, la fermentation considérée en elle-même pourra être amenée au même degré dans toutes ces circonstances: supposons, par exemple, que deux cuves soient au moment d’entrer en putréfaction. Les herbes de l’une auront pu employer vingt-quatre heures, pour arriver à ce point, par un temps peu favorable, pendant que les herbes de l’autre n’auront mis que quinze heures plus ou moins, pour être aussi avancées; cependant elles se trouveront au même point de fermentation&pourront différer beaucoup entr’elles par leurs produits& par les circonstances qui les accompagneront. Or ce qu’il importe le plus aux indigotiers de savoir, n’est pas que la fermentation varie sur la durée, pour parvenir au même point; mais qu’il est à propos de ne pas pousser la fermentation au même degré, suivant la qualité des herbes. Ainsi il faut distinguer la durée de la fermentation de ses progrès, abstraction faite de ses effets. Je m’en tiendrai à établir ici une régle générale qui suffira pour guider l’artiste dans ses opérations. Toutes les herbes [de même espèce] qui feront pauvres en fécule, quelle qu’en soit la cause, demandent une fermentation moins avancée que les autres, quelque soit le temps plus ou moins long qu’elles emploient pour parvenir à ce degré. Ce conseil est surtout important à suivre, lorsqu’on travaille avec des herbes trop mûres, ou trop âgées.

ARTICLE NEUVIÈME.

Des herbes pauvres en fécule.

CE que je viens de dire dans l’article précédent, m’impose la loi de traiter séparément des herbes pauvres en fécule. Plusieurs causes peuvent concourir à les rendre telles. On verra par le détail que je vais en faire, que l’on est très-souvent exposé dans la fabrique à travailler avec ces fortes d’herbes.

1.o Il y a des espèces d’anils qui malgré les circonstances les plus favorables de la saison&du sol contiennent naturellement peu d’indigo, comme les anils bâtard&céré de l’Isle de france; ainsi on ne doit s’attacher qu’à la culture des espèces qui sont riches en fécule, surtout quand la qualité en est bonne.

2.o Les terrains maigres ou usés ne produisent ordinairement que des herbes qui ont peu de substance. Il en est de même des terres trop humides.

3.o Une longue sécheresse produit sur les herbes le même effet. La substance propre à la formation de l’indigo se perd dans des transpirations trop considérables&ne se répare pas, faute du véhicule nécessaire à son ascension dans la plante, c’est-à-dire faute d’eau.

4.o Aussi ces herbes sont-elles sujettes au brûlage, qui n’est autre chose que le desséchement de leurs sommités. Les anils éprouvent aussi cet accident par des coups de soleil, mais alors il n’est pas général dans le champ. Lorsqu’après des pluies fréquentes, trop longues&trop abondantes, les plantes sont subitement frappées par un soleil très-ardent, les feuilles des plantes se flétrissent&ne tirent guère de substance de la terre.

5o Des longues&fréquentes pluies rendent les herbes aqueuses. Leur suc n’est pas assez nourri; il ne peut acquérir le degré de coction nécessaire pour la formation de l’indigo.

6.o Lorsque les anils sont attaqués par les insectes, il en résulte plusieurs inconvénients. On fait que ce sont seulement les feuilles de la plante qui contiennent&fournissent de l’indigo. Cependant les anils dépouillés en partie de leurs feuilles, n’occupent guère moins de place dans la trempoire, que ceux qui les ont conservées. Ainsi tout ce que les insectes ont dévoré, se trouve perdu; ce n’est pas tout. Les feuilles qui ne sont qu’à demi-rongées ont perdu par l’évaporation ou par l’écoulement de leur séve, la plus grande partie de leur indigo;&comme la plante a souffert par cet effeuillement, il est à présumer que les feuilles qu’elle a conservées entières ne sont pas bien nourries. De plus les insectes ont déposé sur les différentes parties de la plante une matière gluante&des excréments qui tendent aussi promptement qu’eux¬ mêmes à la putréfaction&qui fournissent à l’eau dans laquelle on met le tout à fermenter, des matières hétérogènes qui rendent l’eau visqueuse&plus dense&par conséquent contraire au succès de la fabrique.

7.o Une coupe prématurée ne procure que des herbes peu nourries. Une coupe tardive les trouve plus abondantes en sucs extractifs qu’en indigo.

8.o Les herbes trop âgées ont peu de feuilles&beaucoup de bois. La partie la plus substantielle de la séve a passé dans les fleurs&dans les fruits; donc les feuilles contiennent peu d’indigo; elles ont moins d’alkali volatil&plus d’alkali fixe que les jeunes plantes. Ce dernier sel ne s’évapore pas par l’action du battage, tient aussi l’indigo dissous&par la empêche fa réunion&par conséquent fa précipitation; c’est ce qui fait que les vieilles herbes sont plus difficiles à travailler &qu’elles rendent moins de fécule.

9.o Les herbes des dernières coupes sont comme épuisées. Souvent celles de la première ne sont pas assès nourries. Leur suc n’est pas encore élaboré.

10o Celles qui ont été endomagées par un coup de vent, sont flétries, ont perdu une partie de leur indigo&fermentent trop promptement, d’où il résulte qu’elles fournissent à l’extrait beaucoup de sucs hétérogènes&peu d’indigo.

II.o Indépendamment de touts ces accidens, il arrive quelquefois, mais rarement, que les herbes se fanent sur pied, sans qu’on puisse trop en reconnoître la cause. On peut soupçonner que le sol ne leur convient pas, ou qu’elles ont souffert par l’impression de quelque vent funeste. Quoiqu’il en soit, les feuilles de ces herbes jaunissent&tombent; ce qui prouve qu’elles ne tirent plus guère de substance de la terre. Dans ce cas il ne faut pas différer de les couper; on peut encore espérer d’en tirer parti, comme cela m’est arrivé.

12.o A l’isle de France, il y a une saison où les herbes ont peu d’indigo&où il est difficile de le fabriquer. C’est depuis la mi-mars environ jusqu’au quinze de juillet.

TOUTES les herbes qui se trouvent dans les circonstances que j’ai détaillées, demandent une fermentation moins avancée, quelqu’en soit la durée, que celles qui sont bien nourries&qui ont été coupées à propos. Il est facile d’appercevoir les motifs de ce conseil. Quand les herbes contiennent peu de fécule, elle est dissoute plus promptement. Ainsi après la dissolution de l’indigo, l’eau se charge encore par surabondance des matières extractives de la plante &l’on fait quelles nuisent au succès de l’opération.

ARTICLE DIXIÈME.

Seconde fermentation de l’extrait.

JE vais placer ici une remarque essentielle sur la fabrique des herbes trop âgées. On pourra l’appliquer aussi suivant les circonstances à la fabrique des herbes de la première coupe&surtout des dernières.

J’AI observé que les herbes des souches âgées, après le battage le plus long [je l’ai pouffé par essai jusqu’à six&même jusqu’à huit heures de durée, sans avoir pu obtenir la précipitation complète du grain] j’ai, dis-je, observé que les vieilles herbes&quelquefois celles de la première coupe&c., dans les mois d’avril, may& juin avoient un grain extrêmement léger&tellement embarrassé dans des matières extractives / qu’il ne pouvoit ni se réunir, ni se précipiter complètement; je parle des anils céré&bâtard, les feules espèces que j’aye pu travailler en grand jusqu’à présent. L’eau restoit verdâtre chargée de beaucoup de grains très-fins. Je supposai qu’elle contenoit beaucoup d’alkalis fixes que le battage ne pouvoit pas dissiper par l’évaporation&je conjecturai qu’une seconde fermentation seroit très-propre à volatiliser ces mêmes alkalis&de plus à atténuer les matières extractives. Je compris qu’en poussant la fermentation trop loin dans la trempoire, j’occasionnerois la dissolution d’une trop grande quantité de matières extractives&même la décomposition de l’indigo. Ainsi je renonçai à ce moyen qui eut volatilisé l’alkalis mais qui aurait rendu l’opération infructueuse. Je tentai le procédé de la fermentation réitérée dont il fera question à la fin de ce chapitre; mais avant tout j’essayai de laisser fermenter dans la batterie l’extrait que j’avois tiré des vieilles herbes, avant de procéder au battage&j’eus lieu d’en être assès satisfait. La durée de cette seconde fermentation qui peut aller à plusieurs jours me paroît plus difficile à déterminer que l’autre. Je n’ai pu saisir aucun indice pour la régler, n’ayant pas encore assès d’expérience sur ce procédé. Je me suis contenté de l’épreuve suivante.

AU bout de vingt-quatre heures j’ai pris de l’extrait dans la batterie&je j’ai soumis à un battage. Tant que je n’ai pas été satisfait de l’effet de cette opération, j’ai laissé l’extrait livré aux progrès de la fermentation. Quoiqu’ils soient beaucoup plus lents dans la batterie que dans la trempoire, il faut également prendre garde de la pouffer jusqu’à la putréfaction qui dénaturerait l’indigo. Ainsi il faut réitérer souvent l’épreuve. Lorsque le grain se réunit facilement par le moyen du battage&se précipite par le repos, alors on procède au battage, sans trop s’arrêter à la couleur de l’eau.

CE procédé exige que les batteries soient couvertes, afin que les eaux des pluyes ne se mêlent pas à l’extrait.

LES acides pourraient neutraliser les alkalis fixes, mais il faudroit les employer à grandes doses. D’ailleurs ils empêchent la précipitation de l’indigo, à moins qu’ils ne soient saturés. Pour obtenir tout celui de ces herbes rebelles, on peut employer le précipitant à grandes doses, sans recourir à une seconde fermentation.

J’IMAGINE un autre moyen qui pourrait produire le même effet&que je n’ai pas pratiqué, parce que l’exécution en seroit dispendieuse pour un essai en grand&que d’ailleurs la situation de mes cuves, vu le local, ne me permettrait guère de le tenter. Des propriétaires riches, assès curieux de la perfection de l’art, pour n’être pas arrêtés par la dépense&qui desireroient se rendre utiles, pourroient l’essayer. C’est donc pour eux que je détaillerai le procédé dont je veux parler dans le chapitre suivant à l’article d’un second battage.

ARTICLE ONZIÈME.

Epreuve pour connoître l’état de la cuve par le moyen d’un ou plusieurs thermomètres.

M. de B.R. croit qu’on pourroit juger du point important de la fermentation… à l’aide d’un thermomètre suspendu dans la cuve. Il ne paroît pas en avoir fait l’essai. Je me suis servi plusieurs fois d’un thermomètre, pour connoître le degré de chaleur de l’extrait; il est sujet à varier. Tantôt la liqueur du thermomètre contenu dans l’extrait s’élève plus haut, tantôt elle descend plus bas, quoique la fermentation avance. Ce même instrument comparé à un autre placé en dehors de la cuve est tantôt plus haut, tantôt plus bas. Toutes ces différences proviennent de la température de l’atmosphère qui est sujette à varier. Dans les fortes chaleurs du jour, les deux thermomètres sont au plus haut point de leur ascension, mais celui de la cuve est moins élevé que celui qui est en déhors, parceque la fraîcheur de l’eau diminue l’impression que ce premier recevroit de la chaleur de l’air&du soleil, s’il y étoit exposé. Pendant les fraîcheurs de la nuit les deux thermomètres descendent; celui de la cuve plus ou moins, proportionnellement au degré de fermentation, mais il descend moins que celui qui est exposé à l’air, parce qu’il ne reçoit pas l’impression de l’air&qu’il est échauffé par la fermentation; Un troisième thermomètre placé dans l’eau pure à côté des deux premiers suit les mêmes variations&se rapporte à celui de la cuve, à la différence près qui est occasionnée par la chaleur qu’excite la fermentation; elle n’est pas considérable, mais elle est sujette à varier; ainsi le moyen proposé par M. de B. R. ne peut servir d’indice, pour reconnoître le degré de la fermentation.

LES degrés d’élévation du thermomètre qui est dans la cuve dépendent aussi de sa situation. S’il est plus ou moins enfoncé, la liqueur sera plus ou moins haute, jusqu’à un certain point. S’il y a trop d’eau dans la trempoire, proportionnellement aux herbes, la chaleur sera moindre dans le haut&le thermomètre marquera moins de degrés. Si l’eau avec laquelle on remplit la cuve est chaude, le thermomètre montera; il baissera, dès qu’elle sera réfroidie. Comment trouver une règle dans toutes ces variations?

J’AI mis trois thermomètres dans la cuve à des hauteurs différentes; celui de la partie supérieure étoit plus élevé de jour;&plus bas de nuit que les deux autres, lorsque la cuve n’étoit pas couverte; il suivoit l’impression du soleil&de l’air; quand la cuve étoit couverte, il étoit constamment plus bas que les deux autres; celui du centre étoit constamment plus élevé que celui du bas, soit qu’ils montâssent, soit qu’ils descendissent l’un&l’autre. Cependant on a vu ci-devant que la fermentation étoit toujours plus avancée dans le bas que dans les autres parties de la cuve. Ainsi la chaleur n’est point la même à différentes hauteurs. Les variations du thermomètre du haut de la cuve& peut-être des autres parties dépendent autant de la température de l’atmosphère&d’autres circonstances plus aisées à soupçonner qu’à saisir, que de la fermentation. Celle-ci peut être parvenue à son plus haut point pendant la nuit&cependant la liqueur du thermomètre qui est dans le haut du vaisseau, baisse alors, surtout si la nuit est fraîche. Il est facile de reconnoître que la fermentation est dans sa plus grande force, lorsque l’extrait est au plus haut point de son ascension.

JE suppose qu’on apporte la plus grande attention&la plus grande justesse à observer les variations qui doivent résulter de l’influence de l’atmosphère sur les degrés du thermomètre&qu’on soit bien assûré de l’influence de la fermentation, on n’en fera guère plus avancé. Il est certain que lorsqu’elle est dans sa plus grande force, elle est à son plus haut degré de chaleur, mais aussi dès qu’il diminue, le temps de lâcher la cuve est passé&la fermentation est excédée pour l’objet qu’on se propose. La chaleur continue dans la cuve, même après avoir passé le point de fermentation convenable à la fabrique, parce qu’il s’en faut bien que même à ce point les herbes ne soient totalement pourries.

IL résulte de tout ceci, 1.o que la chaleur dans la cuve n’est pas considérable; elle est rarement sensible en y plongeant la main. 2.o que le thermomètre ne peut pas indiquer le degré de la fermentation.

ARTICLE DOUZIÈME.

Épreuve pour juger du degré de la fermentation par l’eau de chaux,

AVANT que l’observation&l’expérience m’eussent appris à connoître l’état de la cuve par la feule inspection, j’employois le moyen suivant pour juger du point de la fermentation.

JE mettois de l’extrait dans un gobelet de verre; je le battois avec un rotin divisé en plusieurs parties à l’une de ses extrémités; ensuite j’y versois de l’eau de chaux, ou une liqueur alkaline qui a la propriété de précipiter la fécule. Plus la précipitation étoit prompte&complète, plus je jugeois que la fermentation avançoit. Quand la précipitation étoit très-prompte, je lâchois l’eau de la trempoire dans la batterie. Il faut être nécessairement exercé dans les détails de ce procédé, pour faire des comparaisons justes&pour en tirer des conséquences précises. La pratique mettra facilement au fait un artiste attentif&observateur. Ce moyen doit être employé sur l’extrait des différentes parties de la cuve. Le lecteur qui n’a pas perdu de vue ce que j’ai établi dans ce chapitre sur les différents degrés de la fermentation dans le même moment, appercevra facilement la raison de ce conseil. Si la fermentation étoit simultanée, il seroit inutile de répéter l’expérience sur l’extrait des différentes parties de la trempoire.

POUR tirer des conséquences justes des résultats de cette épreuve, il faut employer chaque fois qu’on la répète la même liqueur alkaline qui a servi aux expériences d’une cuve, afin de ne pas imputer à l’avancement de la fermentation, ce qui pourroit n’être dû qu’à la plus grande force de la liqueur, si on en employoit plusieurs qui eussent différents degrés de concentration. Il faut encore avoir l’attention de ne point varier les doses de l’extrait&celles de la liqueur, ni la durée&la force du battage. Toutes ces précautions sont assès faciles à prendre. Cependant comme elles entraînent des détails scrupuleux &qu’elles demandent du temps, la pluspart des indigotiers préféreront vraisemblablement le moyen que j’ai indiqué plus haut, pour juger de la fermentation par l’inspection de la cuve; ce dernier est plus simple&tout aussi sûr. Je rien aurois pas indiqué d’autre, si je ne m’étois fait une loi, de rendre compte de tout ce que mes recherches m’ont appris, qui pourroit être utile dans la fabrique de l’indigo.

ON doit se servir d’une d’un… gobelet de verre blanc pour cette épreuve, afin de voir la précipitation du grain, à travers un vase diaphane.

ARTICLE TREIZIÈME.

De la première cuvée.

LES indigotiers ont touts remarqué que la première cuvée de chaque trempoire, non seulement quand ces vaisseaux sont nouvellement construits, mais à chaque coupe, ou plutôt, lorsqu’on a été quelque temps, sans employer la trempoire, avoit une fermentation plus longue que les suivantes&que la fabrique en étoit difficile. Les auteurs sont d’accord sur ce point que j’ai vérifié&que j’ai trouvé vrai. M. de B. R. attribue cet effet à la fraîcheur des cuves neuves& peut-être aussi à l’action de la chaux. Il me semble physiquement parlant, qu’elles ne doivent pas avoir plus de fraîcheur ou de chaleur, étant neuves qu’étant vieilles. L’action de la chaux pourroit bien retarder l’effet de la fermentation, si en effet l’eau pouvoit dissoudre la chaux employée avec du ciment; mais cela n’est pas. La chaux devient dans ce cas immiscible ou indissoluble à l’eau. Sans cette propriété essentielle, les cuves construites en maçonnerie ne retiendroient pas l’eau long-temps, elles se dégradroient très-promptement.

C’EST à regret que je me trouve forcé de relever souvent les erreurs d’un auteur estimé&estimable par les efforts qu’il a faits pour instruire, par l’élégance de son stile,&par l’ordre&la clarté qui règnent dans son ouvrage. S’il l’eut composé à St. Domingue même, pendant qu’il étoit Directeur d’une indigoterie, il se seroit sans doute livré aux observations; il eut été en état de les bien faire&d’en rendre compte beaucoup mieux que moi.

LA marche lente de la fermentation d’une première cuvée& les difficultés qu’elle présente proviennent surtout de l’état de sécheresse de la maçonnerie, qui pendant les premières heures que la cuve a été remplie, absorbe beaucoup d’humidité; aussi l’eau prend-elle dans ce cas une retraite considérable; voilà le fait. Il est aisé maintenant d’en expliquer les conséquences. Cette absorption de l’eau cause nécessairement un mouvement qui contrarie celui de la fermentation; dès-lors elle n’a plus le degré de chaleur qui lui étoit nécessaire; dès-lors elle n’opère pas tout son effet; dès-lors cette première cuvée doit être difficile à fabriquer. La seconde n’est plus dans les mêmes circonstances, parceque la maçonnerie se trouve imbibée de l’eau de la première&n’en absorbe plus; ou du moins c’est en quantité trop petite, pour opérer un effet sensible&nuisible. Les indigotiers disent que la trempoire est avinée par la première cuvée. Il n’est pas douteux qu’elle a laissé dans le vaisseau un levain fermentescible qui agit plus fortement sur le liquide de la partie inférieure de la cuve que sur celui de la partie supérieure; ce qui n’est point avantageux, comme on a pu le voir au commencement de ce chapitre; ainsi l’avinage considéré comme ferment est bien ce qui rend la seconde cuvée plus prompte dans sa fermentation, mais non plus facile au battage; il en résulte un autre effet; c’est que la maçonnerie est imbibée d’eau. On peut obtenir la même chose, en remplissant d’eau pure les trempoires deux ou trois jours avant la première cuvée. Il fera facile de reconnoître par ce moyen, que l’eau diminue considérablement pendant les premières heures&proportionnellement à l’état de sécheresse de la cuve. Au bout de vingt-quatre heures plus ou moins, l’eau n’a presque pas de retraite; celle qui se perd par l’évaporation est en quantité très-petite.

D’APRÈS mes principes, je serois d’avis qu’on lavât la trempoire chaque fois qu’on s’en sert, afin d’emporter le plus de levain fermentescible qu’il seroit possible du bas de la cuve, où il agit le plus.

CETTE observation n’est pas, j’en conviens, fort importante. J’ai cru cependant qu’il ne m’étoit pas permis de la supprimer, afin de ne rien laisser à désirer, autant qu’il est en moi, sur le sujet que je traite.

ARTICLE QUATORZIÈME.

Fermentation réitérée de l’extrait.

LES herbes d’anil qui ont subi une première fermentation, trempées une seconde fois dans une eau pure, y fermentent de nouveau, mais ne donnent plus d’indigo; ainsi ce n’est pas cette expérience dont il est question dans cet article.

J’AI déjà parlé d’une seconde fermentation de l’extrait, article dixième de ce chapitre. J’ai entendu par cette expression le procédé qui consiste à laisser l’extrait fermenter de nouveau dans la batterie, sans y ajouter des herbes.

J’APPELLE une fermentation réitérée le procédé que je vais indiquer dans cet article; il n’est point connu; aucun auteur n’en fait mention. On met à l’ordinaire des herbes d’anil fermenter avec de l’eau. Quand on juge que la dissolution est parvenue au point convenable, on vide l’extrait dans un autre vaisseau, sur de nouvelles herbes fraîches d’anil&on les laisse fermenter. Par ce moyen l’eau se charge deux fois de tout ce qu’elle peut dissoudre des herbes.

JE ne déciderai pas si cette expérience est plus curieuse qu’utile. Je ne l’ai pas assès répétée;&je n’ai pu acquérir jusqu’à présent sur cet objet toutes les connoissances que je désirerois, afin de pouvoir en rendre un compte détaillé. Je ne pourrai donc que mettre les artistes sur la voie des essais.

CE procédé réussit très-bien; il demande seulement quelque attention. La plus essentielle est de ne pas pousser les deux fermentations aussi loin qu’on le fait, lorsqu’on suit la méthode ordinaire.

ENSUITE il faut avoir d’avance des herbes fraîchement coupées pour la seconde fermentation; quelques heures importent peu, pourvû que les herbes ne soient pas échauffées.

EN troisième lieu, il seroit, je crois, à propos de verser d’abord la liqueur de la partie supérieure de la première cuve dans le second vaisseau, afin qu’elle y occupât le bas&la liqueur de la partie inférieure du premier vaisseau, de façon qu’elle occupât le haut du second vaisseau. Les raisons de ce reversement ont été expliquées dans ce chapitre aux articles IV&V.

POUR y parvenir sans peine, j’ai fait construire une cuve, à côté d’une trempoire ordinaire, de même capacité l’une que l’autre. La nouvelle cuve destinée à la première fermentation est plus élevée que la seconde; c’est-à-dire que le plan de ce premier vaisseau est au niveau du haut du second. J’y ai fait pratiquer deux daleaux, dont l’inférieur est au niveau du plan&le supérieur est placé à la moitié de la hauteur de cette cuve; l’un&l’autre répondent à la cuve attenante; un troisième de trouve dans un coin sur le côté du mur qui répond au petit canal extérieur des trempoires, afin de pouvoir nettoyer cette cuve sans être obligé de faire passer l’eau par la cuve attenante; il n’a pas d’autre destination; celle des deux autres est de vider successivement l’extrait que contient cette première cuve dans la seconde attenante. En lâchant d’abord la cheville du daleau supérieur, l’extrait contenu dans cette partie occupe la place inférieure dans la seconde cuve. Quand il est entièrement écoulé, on lâche la cheville inférieure de la première cuve; d’où il résulte que l’extrait de cette partie occupe le haut de la seconde cuve.

MALGRÉ cette attention, on trouvera que l’eau de la partie supérieure n’a pas même dans la seconde cuve, lorsque la fermentation réitérée est au degré convenable, la même couleur&autant de grains que le liquide de la partie inférieure; ainsi la différence qui se trouve entre l’extrait du haut&du bas est constante&tient à un principe invariable de physique, dont nous avons tâché de donner l’explication ci-devant. Voyés l’article VI de ce chapitre.

L’ÉPREUVE de la tasse ne peut plus avoir lieu dans cette opération, pour connoître le degré de la fermentation de la seconde cuve; puisqu’il est clair que si la fermentation a été bien conduite dans la première, la tasse présentera un grain bien conditionné, même avant que la seconde fermentation ait commencé à se faire. On ne peut juger dans ce cas du point de la dissolution que par le coup d’œil. Comme la fermentation réitérée se fait plus promptement que la première, l’artiste doit être attentif à en saisir les progrès&prendre garde de l’outre passer, car il perdroit le produit de deux cuves à la fois. C’est ici surtout le cas de recommander le précepte connu de tous les indigotiers, qu’il vaut mieux pécher par défaut que par excès de fermentation. Je le répète. Je n’ai pas fait assès d’essais sur ce procédé, pour indiquer aux artistes les moyens de saisir le point convenable de la fermentation réitérée. Je fais seulement qu’il ne faut pas attendre que la cuve soit couverte d’une grande quantité d’écume. Je ne puis pas assûrer non plus, si le produit de cette expérience équivaut à celui qu’on obtient par la méthode usitée. Ce n’est que sur un grand nombre de comparaisons qu’on peut déterminer au juste quels sont les résultats des deux méthodes.

LES avantages qui résultent de ce procédé, sont d’épargner un battage&surtout de lever toutes les difficultés qui se présentent dans cette seconde opération de la fabrique. Plus l’extrait contient d’indigo, plus le battage est facile. Ce moyen pourroit convenir dans touts les cas où les herbes sont pauvres en fécule; nous les avons détaillés dans l’article IX de ce Chapitre.

O N doit retrancher alors le plus de bois qu’on peut de toutes ces herbes. Le principe qu’on doit se faire pour le succès de ce procédé est de diminuer la dissolution des matières extractives, qui se mêlent aux molécules du grain, qui empêchent sa réunion&qui altèrent sa couleur. Le retranchement du bois&une fermentation ménagée, sont des précautions indispensables à prendre.

J’AI fait plusieurs fois une expérience qui met ce principe en évidence. J’ai fait sécher des herbes d’anil&je les ai mises à fermenter avec de l’eau; j’en ai retiré de l’indigo, lorsque la fermentation a été ménagée; mais l’eau étoit d’un roux très-foncé, tirant sur le rouge; &la précipitation du grain étoit lente. Lorsque la fermentation étoit portée plus loin, je ne retirois presque pas d’indigo; un degré de plus n’en donnoit point du tout, quoiqu’alors elle n’eut aucun symptôme qui put indiquer qu’elle fût outrée. Mais l’eau avoit pénétré plus facilement les feuilles séches,&avoit dissout une grande quantité de matières extractives qui mêlées à l’indigo empêchoient sa réunion &sa précipitation, ou par leur combinaison avec lui formoient une nouvelle composition qui n’est plus de l’indigo&qui miscible à l’eau ne forme aucun précipité, même après le battage, à moins qu’on n’y ajoute de l’eau de chaux ou une liqueur alkaline; alors la matière qui va au fond du vase est jaunâtre.

JE ne dissimule pas que la construction d’une cuve plus élevée qu’à l’ordinaire, ne soit plus dispendieuse&qu’il ne puisse être souvent difficile&coûteux de la remplir d’eau, suivant les circonstances du local. La première dépense est cependant peu de chose. Quant à la conduite des eaux, comme il est nécessaire de les amener dans la trempoire par quelque moyen que ce soit, on peut établir à côté d’elle un réservoir de quelques pieds en carré, où l’on feroit aboutir un canal&où l’on placeroit une pompe marine, au moyen de laquelle on rempliroit sans embarras la cuve supérieure. On pourroit aussi la remplir assès facilement avec des seaux. On en suspendroit deux aux extrémités d’un long levier mobile suspendu lui-même dans le haut d’un poteau fiché en terre. Ces seaux monteroient&descenderoient alternativement par la feule impulsion d’un noir à chaque seau&répondroient exactement à deux petits réservoirs que l’on tiendroit toujours remplis d’eau par le moyen d’un canal.

SI les résultats de ce procédé étoient assès fructueux pour engager les indigotiers à l’adopter, on ne doit pas croire qu’il multiplieroit le nombre de leurs cuves. Le propriétaire qui a deux trempoires, en construiroit une basse&l’autre élevée; celui qui en a quatre, en construiroit deux basses&deux élevées.

ARTICLE QUINZIÈME.

Peut-on fabriquer de l’indigo sans fermentation.

CE problême est intéressant&mérite qu’on s’en occupe. S’il étoit possible par la vertu de quelque menstrue de retirer l’indigo. contenu dans la plante, sans la mettre à fermenter,&que les procédés pour l’obtenir, peu dispendieux en eux-mêmes ne demandâssent que de l’adresse, de la précision, de la vigilance&de l’exactitude dans l’exécution, ce seroit une découverte importante dans l’art de l’indigotier; cette voie paroît être celle qui pourroit diriger nos recherches. Nous communiquerons celles que nous avons faites dans la vue de trouver la solution du problême en question, quoiqu’elles n’ayent pas été heureuses. Notre objet est de satisfaire les curieux, de montrer sur quels fondements nous avons assûré ci-devant que les alkalis&les acides affoiblis par l’eau ne dissolvoient pas l’indigo, sans le secours de la fermentation, d’épargner aux artistes laborieux des travaux infructueux, enfin de leur suggérer des idées sur les essaïs qu’ils peuvent tenter.

1.o Sans agent quelconque.

J’AI pressé des herbes vertes dans une barrique&je les ai laissé fermenter, je n’ai obtenu aucun résidu, aucune liqueur.

On me demandera peut-être pourquoi les herbes entassées sans liquide fermentent au point de prendre beaucoup de chaleur. Je crois que cet effet a lieu par l’effluence du fluide électrique qui se dégage des herbes&dont le mouvement est accéléré par le frottement réciproque. Je pense aussi que cette même effluence de la matière électrique a lieu dans la fermentation des herbes noyées; mais comme son mouvement est ralenti par l’eau, que le frottement des molécules électriques les unes contre les autres est moindre,&que d’ailleurs l’eau est naturellement plus fraîche que l’air&prend moins promptement un degré de chaleur, il en résulte que la fermentation doit avoir beaucoup moins de chaleur, quand les herbes sont noyées, que lorsqu’elles sont entassées sans liquide. Cette solution explique d’une manière naturelle, pourquoi la fermentation est plus prompte dans le bas de la cuve que dans le haut. Là l’effluence du fluide électrique est réciproque; il y a choc entre les molécules qui se dégagent. Ici cette effluence ne trouve aucune résistance clans l’air de l’atmosphère&la matière électrique se dissipe. C’est aussi une des raisons qui fait qu’il est plus avantageux de tenir la cuve couverte, que de la laisser exposée à l’air. J’ai essayé de remplir entièrement des barriques avec des feuilles d’anil, de les humecter jusqu’à un pouce du rebord&de couvrir les barriques avec une table. La fermentation y a été plus prompte qu’à l’ordinaire&m’a paru plus égale. Il faudroit tenter cette expérience en grand,&couvrir la trempoire avec une table de même dimension qui toucheroit les herbes.

2.o Par un menstrue.

APRÈS avoir laissé les herbes fermenter sans liqueur dans une barrique plus au moins de temps; c’est-à-dire depuis douze jusqu’à vingt-quatre heures, j’y ai versé de l’eau un peu dégourdie. Elle a dissout promptement l’indigo&les matières extractives. Les phénomènes qui sont la suite de ce procédé me paroissent mériter quelque attention.

J’OBSERVERAI d’abord qu’il s’établit une fermentation dans les herbes foulées dans une barrique, quoiqu’on n’y mêle point d’eau; la preuve que j’en donne, c’est qu’elles contractent beaucoup de chaleur au bout de quelques heures; c’est pourquoi j’ai versé une eau un peu dégourdie sur ces herbes, douze, quinze, dix-huit&vingt-quatre heures après qu’elles avoient été entassées dans la barrique. J’ai supposé que l’eau froide auroit interrompu leur fermentation; avant le mélange de l’eau, on ne trouve aucune liqueur dans le fond de la barrique, même au bout de vingt-quatre heures; mais une heure après, qu’on a jeté de l’eau, l’extrait du bas a déjà une couleur verte assès-vive, sur un fond brun,&donne de l’indigo après le battage, en petite quantité, mais de la plus grande beauté&une eau rougeâtre. L’extrait du haut est de couleur fauve&ne donne aucun grain, même en employant le précipitant&l’avivage. Deux heures après on obtient les mêmes résultats, dans un degré plus éminent&dans une proportion plus grande.

LORSQUE les herbes ont demeuré vingt ou vingt-quatre heures dans la barrique sans liqueur, la fermentation est déjà outrepassée trois heures après qu’on y a versé le liquide; lorsque le mélange de l’eau s’est fait douze ou quinze heures après que les herbes ont été mises dans la barrique, la fermentation peut aller à trois heures.

ON conçoit qu’elle doit mettre un peu plus ou un peu moins de temps, pour parvenir au même degré suivant l’âge, l’état, la qualité&l’espèce des herbes qu’on soumet aux expériences, suivant l’influence du temps&suivant le degré de chaleur de l’eau qu’on emploie. Ce que je dois surtout faire remarquer, c’est que l’extrait du haut de la barrique ne contient encore aucune molécule d’anir, lorsque celui du bas a déjà outrepassé le degré convenable à la fabrique. J’ai été obligé de pousser la fermentation jusqu’à cinq, six, sept&huit heures, suivant les circonstances, pour obtenir un grain dans l’extrait du haut; mais celui du bas étoit déjà décomposé en partie&avoit une odeur très-fétide. L’écume n’a paru sur la superficie de la cuve, qu’au bout de cinq, six&sept heures de temps, suivant les circonstances.

C E procédé n’appartient point, j’en conviens, à ce qui fait le sujet de cet article, car il n’est pas douteux qu’il n’y ait une fermentation dans les herbes foulées, avant d’être humectées,&que cette fermentation ne continue, dès qu’on a noyé les herbes. J’ai cru devoir rendre compte de cette expérience qui me paroît curieuse&qui confirme qu’il n’y a point de simultanéité dans la fermentation. Le procédé suivant a plus de rapport au problême proposé.

DES herbes pilées&mises en tas dans un vase, ne donnent aucun résidu&ne fermentent point, du moins sensiblement dans l’espace de vingt-quatre heures, car on n’y remarque que très-peu de chaleur à l’aide d’un thermomètre. Les mêmes herbes mêlées avec de l’eau pure, ou avec de l’eau de chaux, fournissent par la seule macération& sans fermentation, un résidu verd ou verdâtre. Au bout de dix ou douze heures on trouve dans le bas une eau d’un jaune noirâtre, très-chargée, chargée,&assès claire dans le haut. La première a donné un sédiment d’un verd obscur&altéré par des matières extractives jaunes; la seconde, un précipité assès-rare, d’une couleur un peu verte beaucoup plus obscure&mêlée de jaune. L’avivage [dont nous parlerons, en son lieu] n’a fait que ternir la couleur de ces précipités. Au bout de vingt ou vingt-quatre heures plus ou moins, suivant les circonstances, ta fermentation paroît très-avancée dans ces herbes pilées&humectées avec de l’eau pure, mais la fécule qu’elles fournissent est olivâtre; en un mot, ce n’est pas de l’indigo.

L’EAU-DE-VIE&l’esprit de vin qui ne dissolvent point l’indigo en masse, se chargent cependant de quelques molécules, lorsqu’on met les feuilles tremper dans l’une ou l’autre liqueur, parce que ces molécules y sont dans un état de grande ténuité; cette dissolution ne s’opère qu’à la longue&en petite quantité. Ce moyen n’est donc pas fructueux&il est très-dispendieux. L’éther est un autre dissolvant plus efficace, mais il ne l’est pas encore assès&ne peut être employé dans les manufactures d’indigo, parce que cette liqueur est trop rare&trop précieuse.;

LES alkalis fixes, caustiques ou non&l’eau de chaux pure ne dissolvent pas plus l’indigo des feuillés d’anil, sans fermentation, que l’indigo en substance.

LES acides minéraux affoiblis par l’eau pure&les acides végétaux purs ou foibles, ne dissolvent pas davantage l’indigo des feuilles d’anil; on ne peut pas employer les acides minéraux concentrés, vû leur rareté, vu leur prix, vû leur vertu corrosive, telle qu’ils attaquent les vaisseaux de quelque nature qu’ils soient, excepté ceux de verre ou de porcelaine.

3o Par des moyens mécaniques.

1 J’ai fait piler des herbes. Tantôt j’en ai exprimé le suc sans mélange; tantôt j’ai délayé la pâte dans de l’eau pure; tantôt je l’ai mêlée avec différentes dissolutions, alkalines, minérales ou végétales, caustiques ou non, soit phlogistiquées, soit non phlogistiquées. Tantôt j’ai détrempé cette pâte dans une eau acidulée. Touts ces procédés ne m’ont donné qu’un résidu verdâtre, de quelque manière que j’aye varié les expériences.

2 J’ai fait éplucher avec soin des feuilles d’anil africain. J’ai préféré cette espèce, parce qu’elle est une de celles qui est la plus bleue& qui donne le plus de produit. On n’a choisi que les feuilles les plus nourries&les mieux conditionnées. Je les ai mises, partie dans de l’eau pure&partie dans une dissolution alkaline. Je les ai laissées les unes&les autres, en macération plus ou moins de temps, enfin pendant cinq heures, car j’ai répété&j’ai varié cette expérience plusieurs fois. Je leur ai donné un battage plus ou moins long; je l’ai poussé jusqu’à trois heures de temps sans interruption. J’ai soumis l’extrait pendant ce temps à plusieurs épreuves&je l’ai saisi à différents degrés de battage. Je n’ai pu obtenir qu’un précipité mucilagineux, verd ou verdâtre ou jaunâtre&point d’indigo.

3 J’ai répété les mêmes expériences sur des feuilles d’anil-céré dessécheés, auxquelles je n’ai donné qu’une demi-heure de macération, pour détremper les herbes. Les résultats n’ont pas été plus heureux.

J’ai fait éplucher à la main des feuilles vertes d’anil, je les ai fait piler sur le champ; j’ai formé des boulettes avec la pâte qui en est provenue,&je les ai mises à sécher. Lorsqu’elles ont été séches, jusque dans leur intérieur, je les ai fait concasser,&je les ai mises avec de l’eau dans une jatte. J’ai soumis cette eau qui étoit devenue de couleur brune, à différentes expériences, en différents intervalles; je n’ai jamais obtenu d’indigo, ni même de précipité verd; mais cette eau de laquelle il ne s’est développé aucune écume, qui n’a formé aucune crême, en un mot qui ne montrait aucun symptôme visible de fermentation, avoit au bout de quelques heures du mélange avec la pâte desséchée, une odeur urineuse qui augmentoit de plus en plus&qui étoit très-forte, au bout de vingt-quatre heures.

4.o Par le moyen du feu.

DES feuilles d’anil épluchées&choisies, vertes ou séches, mises dans une bassine de cuivre sur le feu, soit avec de l’eau pure soit avec une dissolution alkaline, soit avec une eau acidulée, ne m’ont donné qu’un précipité grisâtre, ou brunâtre, ou noirâtre, de quelque manière que j’aye varié les expériences. Ces deux décoctions ont précipité en noir une dissolution de vitriol martial. Des herbes vertes entières ou pilées mises dans une bassine sur le feu sans liqueur ne donnent aucun résidu.

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Yaş sınırı:
0+
Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
474 s. 8 illüstrasyon
ISBN:
4064066303495
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
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