Kitabı oku: «Le culte de la très sainte Vierge Marie dans le Poitou»

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Joseph-Marie-U. Béduchaud

Le culte de la très sainte Vierge Marie dans le Poitou

souvenirs et documents


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066334802

Table des matières

A LA MÉMOIRE DE MON VÉNÉRÉ PÈRE

LE CULTE DE LA TRÈS SAINTE VIERGE DANS LE POITOU

Le culte pour Marie dans la ville de Poitiers.

Les paroisses dont les églises portent le vocable de Notre-Dame.

Tableaux et statues de Marie particulièrement honorés

Notre-Dame de l’Etoile.

Les saints pesonnages du Poitou qui ont travaillé particulièrement à répandre le culte de Marie.

Les actes du clergé du diocèse de Poitiers pour le culte de Marie.

Le culte des prêtres du diocèse pour Marie.

Les Congrégations Religieuses.

Les Missionnaires.

Les Religieuses

Le culte spécial des fidèles du diocèse de Poitiers pour la Très Sainte-Vierge.

Les femmes et jeunes filles Enfants de Marie

LES HOMMES ET LES JEUNES GENS, SERVITEURS DE MARIE

Le chevalier Gabriel-Joseph de Prin

Les pieuses pratiques employées en Poitou pour honorer la Très Sainte Vierge Marie.

Notre-Dame-la-Grande à Poitiers.

Notre-Dame de la Jacquelinière.

Notre-Dame des Rosiers.

Notre-Dame de Bon-Secours.

M. Guiot de la Rochère.

Une admirable chrétienne.

Sainte mort d’un jeune homme exemplaire.

Quelques pratiques de dévotion à Marie.

Merveilleux actes de préservation

Quelques autres chapelles de Marie.

Deux actes de réparation.

LOURDES ET LE POITOU

Monseigneur Pelgé et les Pèlerinages de Lourdes.

Lourdes et Mgr Humbrecht.

Les organisateurs des pèlerinages à Lourdes.

Les orateurs de nos pèlerinages à Lourdes.

Pourquoi les pèlerinages à Lourdes.

Les malades conduits à Lourdes.

La Procession aux flambeaux.

Les guérisons de malades poitevins à Lourdes

Les guérisons de Lourdes et la Communion fréquente.

Les pèlerinages d’hommes.

Préservation miraculeuse de deux trains de pèlerinage du Poitou. (1876 et 1895.)

II. — La catastrophe en gare de Bordeaux (1895) .

Le livre d’Hommages du Poitou.

«O Notre-Dame de Lourdes!

Quelques autres traits bien touchants.

Les narrateurs de nos pèlerinages.

Publications diverses sur les pèlerinages du Poitou à Lourdes.

Les bannières du Poitou à Lourdes.

Départ, pour le ciel, de quelques pèlerins de Lourdes.

Chapelles et statues en l’honneur de Notre-Dame de Lourdes érigées dans le diocèse de Poitiers.

Evêché de Poitiers.

ÉPILOGUE


A LA MÉMOIRE DE MON VÉNÉRÉ PÈRE

Table des matières

C’est à l’école d’un père admirablement chrétien, — dont un saint prêtre qui le connaissait bien a pu écrire avec raison: O quam perfectissimum laicum cujus sacerdotes ipsi desiderant esse imitatores, — que, depuis ma plus tendre enfance, j’appris spontanément à aimer d’une manière toute spéciale la Très Sainte Vierge. A la naissance de chacun des dix enfants que Dieu lui donna, il ajouta à leur nom de baptême le nom béni de MARIE; et, toute sa vie, il usa auprès d’eux des plus charmantes industries pour les porter à honorer la Reine du ciel par un culte de choix. Il écrivit, en outre, et publia deux œuvres consacrées à la gloire de notre divine Mère , favorablement accueillies dans le monde religieux.

Comment, à mon tour, aurais-je pu ne pas m’efforcer de suivre cet exemple dans la faible mesure de mes moyens, et ne pas continuer les traditions paternelles auprès de mes propres enfants et petits-enfants déjà nombreux, en leur transmettant ce précieux héritage?

Ne pouvais-je pas également, ne devais-je pas, comme mon vénéré père, travailler de mon mieux à faire aimer Marie, non pas seulement au foyer domestique, mais aussi en dehors de ce sanctuaire familial?

Pierre Béduchaud

(père de l’auteur)

décédé le 2 août 1881, à l’âge de 73 ans.


Envoyé, adolescent encore, il y a 50 ans, par Notre-Dame d’Aquitaine , vers Notre-Dame-la-Grande à Poitiers, — dont l’église fut, dès mon entrée dans cette ville, celle qui se présenta tout de suite à mes yeux, et qui reçut mon premier salut et ma première visite, de même que ma première habitation fut dans une maison alors contiguë à cette vénérée basilique et aujourd’hui détruite, — je fus bientôt frappé par les grands souvenirs religieux et historiques se rattachant depuis des siècles à ce sanctuaire, qui en tendit durant plus de trente années la voix magistrale du cardinal Pieglorifier la Vierge immaculée dans la chaire de cette bénie Madone des Clefs en regard de laquelle il voulut faire reposer ses dépouilles mortelles, je fus témoin de leur descente dans ce noble tombeau, en 1880.

Depuis dix-huit ans j’avais vu l’illustre Prélat, — dont le blason disait très haut qu’il appartenait tout entier à Marie: Tuus sum ergo, — mettre tout son cœur à restaurer, à revivifier les sanctuaires de la divine Mère de Dieu établis de longue date dans son vaste diocèse, ou à en ériger d’autres encore. Et je ne parle pas de ses œuvres incomparables dans l’ordre doctrinal pour la glorification de Marie.

Amené, — grâce à ma tâche professionnelle de correcteur d’imprimerie depuis un demi-siècle dans cette ancienne et si honorable Maison Oudin (aujourd’hui Société Française d’imprimerie et de librairie), grâce aussi à ma bien humble collaboration à la Semaine Religieuse depuis la naissance de cet organe diocésain, en 1864, — à suivre, pour ainsi dire, jour par jour les faits et gestes de cet incomparable épiscopat, il me fut facile de recueillir ce qui avait été écrit successivement sur la plupart des sanctuaires poitevins par des plumes autorisées et d’y ajouter le résultat de mes propres recherches avec les communications de bienveillants amis . Je parvins ainsi à constituer une Summa Mariana poitevine dont l’intérêt local, à défaut d’autre mérite, me semblait indiscutable, sans trop de témérité. Les lecteurs de la feuille diocésaine ont pu, d’ailleurs, en juger par les nombreuses monographies que j’y ai publiées à ce sujet, dans les années 1899, 1900 et 1901; beaucoup d’entre eux ont bien voulu m’en témoigner leur satisfaction.

C’est le résumé de ces monographies, augmenté d’un bon nombre d’autres documents encore inédits et de diverse nature — comme on pourra le voir par la table des matières ci-après, — que je présente aujourd’hui à tous ceux qui ont au cœur une dévotion spéciale pour l’auguste Mère du Sauveur.

Les grands souvenirs du couronnement solennel, en 1863, de l’antique et vénérée statue de Notre-Dame-la-Grande, où j’aime à faire un petit pèlerinage chaque jour, — de celle de Notre-Dame de Pitié, dans la Gâtine, en 1873; de Notre-Dame de Lourdes en 1876, ne méritaient-ils pas aussi d’être rappelés dans ce livre, tant aux fidèles et aux pèlerins qui, comme moi, eurent le bonheur d’y assister qu’à ceux qui n’en furent pas les témoins?

Pourrait-on, d’autre part, reprocher à l’auteur de ces lignes, qui eut la faveur d’aller prier successivement, avec d’autres pèlerins du Poitou, non pas seulement à Lourdes — ce qui arrive annuellement à des milliers d’entre nous, — mais à ces autres grands sanctuaires qui s’appellent Notre-Dame de Chartres, Notre-Dame des Victoires à Paris, Notre-Dame de la Salette, Notre-Dame de Fourvière à Lyon, Notre-Dame de la Garde à Marseille, Notre-Dame de Bétharam, Notre-Dame de Buglose, Notre-Dame de Verdelais près Bordeaux, Notre-Dame de Celles, Notre-Dame de Ranton, dans notre diocèse et, en dehors de France, Notre-Dame de la Consolata à Turin, l’Annunziata à Gênes, Notre-Dame des Anges à Assise — (et ici quels chers souvenirs du séraphique François dont on a donné le nom à l’humble Tertiaire. Frère Joseph-François, qui écrit ces mots), — enfin à Sainte-Marie-Majeure et à divers autres sanctuaires de Marie à Rome, — pourrait-on me reprocher, dis-je, de ne pas exprimer ici à la Reine du Ciel, aussi bien en mon nom qu’en celui de mes compagnons de pèlerinage, notre filiale gratitude pour ces insignes faveurs, et de n’en pas prendre occasion pour travailler à la faire aimer et glorifier de plus en plus?...

Je ne saurais mieux terminer ce préambule qu’en reproduisant cette belle prière jaillie du cœur de mon vénéré père, et par laquelle il couronnait l’un des chapitres de son Album de Marie Immaculée:

«A Marie immaculée.

«Oui, vous êtes toute belle, ô Vierge immaculée, non d’une beauté

«passagère et périssable, mais d’une beauté semblable à celle de l’hu-

«manité de Jésus, laquelle charmera éternellement les yeux et le cœur

«des bienheureux, les ravira d’admiration et leur fera goûter une ten-

«dresse d’amour ineffable. O glorieuse Souveraine, élevée au-dessus

«des astres, qui pâlissent devant votre face, en vous Dieu lui-même ne dé-

«couvre aucune souillure, et c’est pourquoi il vous nomme sa Bien-Aimée,

«En contemplant les traits bien imparfaits sous lesquels le génie humain

«vous représente, qu’il nous est doux de penser à ce Credo enthou-

«siaste de l’Eglise catholique, répondant

«à celui de l’immortel Pie IX, définissant

«et proclamant solennellement, dans cette

«journée du 8 décembre 1854, le dogme

«béni de votre Immaculée Conception que

«tous les cœurs catholiques, que vos plus

«grands serviteurs, ô Marie, attendaient

«depuis des siècles! Satan, de nos jours,

«renouvelle avec un effrayant succès l’œu-

«vre non interrompue de séduction qui

«dégrada nos premiers parents. Partout

«l’orgueil, la sensualité et l’indépendance

«exercent de terribles ravages; partout les

«fausses jouissances du fruit défendu sont

«préférées aux délices réelles du jardin

«céleste; partout le sens moral va se per-

«dant de plus en plus; le bien s’appelle

«le mal, le mal s’appelle le bien. Ève nou-

«velle, levez-vous; soyez pour nous une

«arche de sanctification et une tour d’ivoire! Que la beauté très pure

«de votre visage fasse ressortir toute la laideur du prince des ténèbres.

«malgré le masque trompeur qui la couvre. O Marie conçue sans péché,

«priez pour nous qui avons recours à vous!» — (P. BÉDUCHAUD. Bordeaux, 1858. année des apparitions de la Très-Sainte Vierge à Lourdes.)


Malgré les 54 années qui nous séparent de l’époque où elle fut écrite, cette prière est devenue hélas! dans nos tristes jours, plus opportune que jamais. Je suis assuré qu’elle traduira les sentiments de tous mes lecteurs, et qu’ils aimeront à la répéter avec confiance.

JOSEPH-MARIE-U. BÉDUCHAUD.

Poitiers, le 2 juillet 1912, en la fête de la Visitation de la Très-Sainte-Vierge Marie.

LE CULTE DE LA TRÈS SAINTE VIERGE DANS LE POITOU

Table des matières

Il nous a semblé qu’il serait agréable aux fidèles serviteurs de la Vierge immaculée, — c’est dire, n’est-il pas vrai, à tous nos lecteurs, — que nous leur rappelions en quelle dévotion particulière a toujours été et est encore, de nos jours, parmi nous la Reine du Ciel. Ne sera-ce pas un moyen de la faire aimer et honorer davantage, s’il se peut? De Mariâ, nunquam satis!...

Combien, au surplus, il est doux et opportun de la glorifier spécialement en cette année jubilaire de ses maternelles et miséricordieuses apparitions à Lourdes, au pied de ces Roches de Massabielle où notre diocèse envoie, chaque année, d’innombrables pèlerins!

Nous ne craignons pas d’être taxé d’exagération en affirmant que le Poitou est l’un des territoires de France où le culte de Marie est le plus profondément enraciné dans les âmes, dès les temps les plus reculés, nous osons dire depuis les premiers âges de l’ère chrétienne. C’est un fait hors de conteste, qu’établissent de nombreux documents et de pieuses traditions. Celui qui écrit ces lignes a pu le faire constater au magnifique congrès Marial de Lyon en 1900 .

Pour parler, en premier lieu, de la ville épiscopale, le royal monastère de Sainte-Croix, fondé par notre illustre Patronne, sainte Radegonde, au milieu du 6e siècle, se fait gloire — nous l’avons dit, il y a quelques années — de posséder une statue de Marie que la sainte Reine avait recueillie sous le pauvre toit de deux recluses, et qui passait pour avoir été bénite par le propre disciple de saint Pierre, Martial, le grand apôtre de l’Aquitaine, c’est-à-dire, par conséquent, au berceau même de l’Eglise. C’est en l’honneur de cette statue (qui recevait les ardentes prières de Radegonde) que saint Fortunat, évêque de Poitiers, son confident et son historien, composa ces quatre vers latins, enchâssés depuis lors dans l’Office chanté par la catholicité, en l’honneur de la Sainte Vierge:

Maria, Mater gratiæ,

Mater misericordiæ.

Tu nos ab honte protege

Et horâ mortis suscipe.

Et c’est sous le délicieux vocable de Notre-Dame de Grâce qu’est honorée la vénérée statue, placée dans le riche trésor des reliques des moniales de Sainte-Croix, reliques accrues de siècle en siècle et au nombre desquelles se trouvent un fragment de vêtement et des cheveux de la Très Sainte Vierge.

Mais bien avant sainte Radegonde, Poitiers avait déjà l’église Sainte-Marie-hors-les-murs, dont l’auguste Mère de Dieu se dessaisit en faveur de notre glorieuse Patronne qui y eut son tombeau, devenu le rendez-vous continuel des fidèles du Poitou.

Dans maintes autres localités du diocèse, on signale l’existence de plusieurs statues de Marie remontant aussi aux temps apostoliques, et remplaçant, ici ou là, d’immondes divinités du paganisme, élevées à l’époque gallo-romaine. La Vierge immaculée triomphait de l’idolâtrie et implantait profondément, sur notre sol privilégié, les mœurs pures du christianisme.

L’un de ces premiers sanctuaires se trouvait dans les environs de Chàtellerault; il n’existe plus aujourd’hui. Mais la chapelle de Notre-Dame-de-Mont-Vinard, qui reçut la visite et les prières de plusieurs rois de France et avait été construit sur les ruines d’un temple de Minerve, à Nouaillé, à quelques kilomètres de Poitiers, et celle de Notre-Dame de l’Arceau , où notre glorieux saint Hilaire érigea, au 4e siècle, une statue de Marie à la place de la statue de César, ont survécu et sont encore, aujourd’hui, le but de pieux pèlerinages.

Nous pourrions citer plusieurs autres faits de même nature. Bornons-nous à mentionner rapidement les autres sanctuaires de la Sainte Vierge érigés chez nous dans les siècles suivants.

Il convient de signaler au premier rang cette antique basilique de Notre-Dame-la-Grande, la Sainte-Marie-Majeure du Poitou, dont maintes fois nous avons raconté l’histoire . Elle reçut les hommages de nombreuses générations, ceux en particulier de Jeanne d’Arc, l’héroïque libératrice de la France. On sait aussi que là s’accomplit, au 13e siècle, le célèbre miracle des Clefs, qui sauva notre ville des assauts d’une armée étrangère. Quels grands et chers souvenirs que ceux qui se rattachent à ce béni sanctuaire, où l’illustre et incomparable serviteur de Marie, le cardinal Pie, a voulu faire reposer ses dépouilles mortelles, après y avoir fait entendre, chaque année, pour la fête de l’Immaculée Conception, les plus magnifiques accents! Et quel mémorable jour d’allégresse pour notre cité que celui du 29 novembre 1863! Ce jour-là l’éloquent Evêque put couronner solennellement, lui-même, au nom de Pie IX et au milieu de plusieurs autres prélats et d’innombrables fidèles, réunis à cet effet à la cathédrale, cette vénérée statue de Notre-Dame des Clefs, au pied de laquelle se produit depuis des siècles un pèlerinage perpétuel, et dont l’autel, dans tout son circuit, est constellé d’ex-voto, éloquents témoignages des faveurs sans nombre prodiguées par la Madone bien-aimée.

NOTRE-DAME DE L’ARCEAU

Paroisse de Maisontiers (Deux-Sèvres). — Voir, en regard, page 2; et Sem. Rel. de 1900, pages 191 et 728.


Dix ans à peine plus tard, en septembre 1873, le même Pontife, Mgr Pie, couronnait également, — et, cette fois encore, au nom de Pie IX, — l’antique et non moins vénérée statue de Notre-Dame de Pitié, dans la paroisse de la Chapelle-Saint-Laurent.

Ce fut une manifestation religieuse incomparable. Huit archevêques et évêques entouraient Mgr Pie. Elle s’accomplit au dehors, près de la chapelle de Pitié, sur une vaste estrade dominant une immense prairie où se pressaient près de cinquante mille personnes venues de toutes les parties du Bocage et de la Vendée poitevine.

L’origine de ce lieu de pèlerinage se perd dans la nuit des temps. Les Celtes et les Gaulois, nos pères, choisissaient de préférence, pour leurs sacrifices, les hauteurs sauvages, à proximité des fontaines. On peut conjecturer que ce plateau avait été dédié, — comme ceux dont nous avons parlé plus haut, — à quelque divinité païenne avant d’avoir été consacré en l’honneur de la Mère des Douleurs .

Depuis lors, la vénérée Madone est continuellement l’objet des plus touchants et unanimes hommages de la part des populations de la contrée. C’est par centaines, c’est par milliers qu’on vient en pèlerinage à son sanctuaire, principalement durant tout le mois de septembre. En ces dernières années, on y a vu, par deux fois, un pèlerinage composé uniquement d’hommes: ils étaient chaque fois au nombre de pins de dix mille.

Aussi, comprend-on que l’antique chapelle soit absolument insuffisante, et que c’est au grand air, sous la voûte des cieux, et tout près du calvaire monumental, qu’on doive accomplir les cérémonies des plus grands jours. Le nouvelle chapelle, non encore terminée, pourra, en pareil cas, donner satisfaction, dans une certaine mesure. Combien il est consolant, au milieu des angoisses chrétiennes de l’heure présente, de constater un pareil élan vers le culte de la divine Mère du Sauveur!

La Madone de N.-D. de Grâce.

Au monastère de Sainte-Croix à Poitiers.


La faveur d’un couronnement solennel au nom du Souverain Pontife serait non moins justifiée que très vivement désirée pour un autre de nos grands sanctuaires poitevins en l’honneur de la Reine du Ciel. Nous voulons parler de Notre-Dame de Celles, située dans le pays Mellois, et dont la célébrité, dès les siècles les plus anciens, est incontestée. Notre-Dame de Celles (Deux-Sèvres) a sa place parmi les plus renommés sanctuaires historiques de la France. C’était, à l’origine, une simple celle monastique qui dépendait de l’abbaye augustinienne de Lesterps (Charente); on y vénérait une merveileuse image de la Vierge. «L’an 1095, dit la Chronique de Saint-Maixent, le lieu de Notre-Dame de la Celle commença à florir par d’éclatants miracles»

Reconnaissants des dons divins, les évêques de Poitiers, saint Pierre II et Guillaume Ier Gilbert, firent don à l’humble moutier de plusieurs églises. Bientôt, vers 1137, les miracles se multipliant, Guillaume II Adelelme érigea le prieuré en abbaye. Enrichi par les seigneurs voisins, protégé et favorisé par les comtes du Poitou, puis par les rois d’Angleterre et de France, le nouvel établissement grandit et prospéra.


Durant tout le moyen âge, les foules ne cessent d’affluer et de venir implorer la Vierge miraculeuse, surtout le jour de la septembréche de chaque année. Au XIIIe siècle, le pèlerinage de Notre-Dame de Celles était mis sur le même rang que les plus grands pèlerinages de l’Occident, Saint-Jacques de Compostelle, Rocamadour, Saint-Gilles, Soulac.

Le roi Louis XI eut une dévotion singulière pour la Vierge de Celles. Il vint maintes fois la prier dans son antique chapelle. Attestant dans ses lettres royaux les grands et merveilleux miracles qui s’y opéraient journellement, il confirma et augmenta les privilèges de l’abbaye, lui fit des dons considérables en terre et en argent, y fonda des messes et reconstruisit l’église. En reconnaissance de ces bienfaits, les Religieux avaient arrêté par acte capitullaire que des prières seraient faites tous les jours pour le roi, à l’issue de la messe et des vêpres.

Le Pape Clément V, peu après son élection, y fit une pieuse visite.

Les guerres de religion du XVIe siècle furent fatales à Notre-Dame de Celles. Toutefois la célèbre dévotion à la Vierge survécut à tous les désastres. Jusqu’à la Révolution on vit les deux paroisses de la ville de Saint-Maixent, conduites par leurs prêtres, venir chaque année en pèlerinage dans son église pour accomplir un vœu fait lors de la peste de 1631.

Aujourd’hui la riche abbaye royale n’est plus; il reste seulement l’église et la demeure des religieux, monument grandiose bâti sous Louis XIV. Mais le soutenir de la Vierge vit toujours. La foi s’est réveillée; le sol sacré, témoin de tant de merveille, a tressailli, et le culte séculaire de Notre-Dame de Celle refleurit avec un nouvel éclat dans son magnifique sanctuaire.

Ce lieu de pèlerinage est redevenu, grâce à Dieu, grâce aussi au zèle admirable du curé doyen de Celles, M. l’abbé Raynard, le rendez-vous annuel de milliers de fidèles accourus de nombreuses localités des Deux-Sèvre. De splendides cérémonies religieuses s’y accomplissent, dans les premiers jours de juillet, auxquelles beaucoup de protestants eux-mêmes assistent, fort impressionnés. Puisse Celle qui de son pied virginal terrasse toutes les hérésies, ramener à la vraie foi beaucoup de nos frères séparés, qui peuplent cette région.

Voir notices historiques sur Notre-Dame de Celles: Sem. Rel. de 1865, p, 84; — Sem. Rel. de 1891, p. 283 et 510: — de 1898, p. 793.

On consultera aussi, avec le plus vif intérêt, le magnifique volume in-8°, de 244-CXIV pages, ayant pour titre: «Noire-Dame de Celles, son abbaye, son sanctuaire», du savant et regretté abbé Alfred Largeault, membre de la Société des Antiquaires du l’Ouest, ancien président de la Société de Statistique des Deux-Sèvres, auteur de nombreuses autres œuvres historiques et religieuses concernant spécialement le Poitou. Son volume sur Notre-Dame de Celles, dédié à Mgr Pelgé, évêque de Poitiers, qui présida plusieurs fois le pèlerinage à ce sanctuaire, fut publié en 1900, avec une très belle lettre laudative du pieux prélat. Moins de deux ans après, M. Largeault rendait son âme à Dieu. Sa dernière œuvre avait été ainsi un filial tribut à la Reine du Ciel, à l’auguste Patronne de Celles.

Les sanctuaires de Notre-Dame-la-Grande, de Notre-Dame de Pitié, de Notre-Dame de Celles, de Notre-Dame de l’Arceau, de Notre-Dame de Mont-Vinard, ne sont, certes, pas les seuls qui, de temps immémorial, aient reçu les hommages de nos populations poitevines. L’humble auteur du modeste travail qu’il présente ici aux lecteurs du diocèse de Poitiers a publié, il y a huit à neuf ans, dans la Semaine Religieuse, une série de monographies, aussi complète que possible, sur les divers sanctuaires de la Très Sainte Vierge et sur les Madones qui, depuis des siècles, quelques-uns d’origine plus récente, sont l’objet d’un culte spécial .

Qu’on nous permette de les énumérer sommairement, en renvoyant le lecteur désireux de plus de détails historiques, aux pages indiquées de l’organe diocésain.

Allons nous prosterner, tout d’abord, au pied de la Bonne Dame de Ranton . C’est ainsi qu’on nomme une Madone fort ancienne et très vénérée, près de la ville de Loudun, aux confins de la Touraine et de l’Anjou. Saint Louis, après la bataille de Taillebourg, traversant ce pays, s’y rendit en pèlerinage. Bien d’autres notables pèlerins visitèrent également ce sanctuaire, reconstruit, il y a près de quarante ans, à l’instigation de Mgr Pie, par un généreux et habile architecte, honoré du caractère sacerdotal, le R. P. Briant, qui, dans son enfance, y avait été, à la prière de sa mère, guéri miraculeusement par l’intercession de la «Bonne Dame». — Plus de trente ans auparavant, on avait vu prier avec ardeur, aux pieds de la Vierge de Ranton, un jeune clerc, né à Loudun, Charles Cornay, qui depuis eut la gloire de cueillir la palme du martyre, en 1837, dans l’une des missions de la Chine, et auquel le Souverain Pontife a décerné, en 1900, les honneurs de la Béatification. — C’est dans le sous-sol de ce même sanctuaire qu’a été inhumée, suivant sa volonté expresse, l’une de ses nobles et pieuses bienfaitrices, épouse d’un ancien préfet, Mme la comtesse Haward de la Blotterie, qui a trouvé une mort si douloureuse dans l’incendie du Bazar de la Charité, avec tant d’autres victimes. Nulle sépulture ne convenait mieux à cette grande chrétienne. La vénérable statue de Notre-Dame de Ranton est, en effet, une Vierge des douleurs; elle continue à recevoir les plus touchants hommages des pèlerins, de ceux surtout dont le cœur est ulcéré par d’angoissantes épreuves. — Le pieux et très zélé curé de la paroisse, M. l’abbé Brossard, continue, avec le plus admirable dévouement, l’œuvre de son digne prédécesseur, M. l’abbé Aubineau, et sait attirer tous les ans à la «Bonne Dame», principalement durant le mois de septembre, de nombreuses caravanes de fidèles, venant du Loudunais, de la Touraine et de l’Anjou... De touchantes prédications y sont faites avec un fruit merveilleux. De même qu’à Notre-Dame de Pitié, à Notre-Dame de Celles, à Notre-Dame de l’Arcean, des cantiques composés pour la circonstance en l’honneur de la Vierge de Ranton, y sont chantés avec enthousiasme, réveillant ou stimulant la foi des populations environnantes.

Chapelle de la «Bonne-Dame» de Ranton.


Notre-Dame de Beauchêne, près Cerizay, est également l’un des sanctuaires où la Mère de Dieu opéra maintes fois, à travers les siècles et jusqu’à nos jours, bien des miracles de guérisons et de conversions. Sous la Révolution, il fut témoin de plusieurs actes héroïques ou religieux de l’armée de la Rochejaquelein, dans la «guerre des géants». Outre les notices qui lui ont été consacrées dans la Semaine religieuse de 1864, p, 512, et de 1901, page 804, il a eu un historien autorisé dans la personne du R. P. dom Victor Bonneau, pieux enfant du Poitou, Religieux de l’Ordre des Chanoines Réguliers de Latran et appartenant à l’abbaye de Beauchêne: en 1893 il publia une charmante brochure de près de 200 pages in-12, sous le titre: «Histoire du Pèlerinage de Notre-Dame de Beauchêne, au Bocage vendéen», accompagnée du récit des nombreuses guérisons accomplies Bocage vendéen 1835 à 1893, et de gracieux cantiques composés par deux au sanctuaire, de 1835 à 1893, et de gracieux cantiques composés par deux autres Religieux de la même abbaye, les RR. PP. doms F. Biteau et J. Bonnard.

Pourquoi faut-il hélas! que ces Religieux et leurs autres frères que Mgr Pie avait établis avec amour dans l’abbaye ressuscitée en 1872, aient dû subir, depuis lors, l’infâme et satanique loi de la franc-maçonnerie qui les a violemment expulsés de chez eux, et qui a fait fermer, en 1903, la chapelle de l’antique et souriante Madone de Beauchêne!...

Deux autres Madones à peu près du même nom se trouvent dans le même département (celui des Deux-Sèvres). Ce sont:

Celle de Notre-Dame du Chêne , sur la paroisse de Beaulieu-sous-Parthenay, où, depuis avant la Révolution jusqu’à nos jours, elle est l’objet d’une touchante dévotion. Nombre de guérisons éclatantes et d’autres faveurs de diverse nature s’y sont produites et s’y produisent encore. La vénérable statue est communément appelée: Notre-Dame des petits enfants. Doux nom, qui la fait aimer encore davantage, surtout par les mères. Le sanctuaire reçoit maintes fois de pieux pèlerins des localités voisines, quelques-uns même de points éloignés.

L’autre sanctuaire, celui de Notre-Dame du Chêne-Rond , dans la paroisse du Puy-Saint-Bonnet, est de date beaucoup plus récente, cinquante ans à peine. La chapelle est érigée sur la limite des diocèses d’Angers et de Luçon, sur un monticule d’où l’œil peut embrasser jusqu’à cinquante clochers des paroisses du Bocage, et est l’œuvre d’un saint prêtre, M. l’abbé Victor Ménard, mort depuis lors. Mgr Pie, si profondément soucieux de tout ce qui se rapporte au culte de la Vierge immaculée, eut à cœur de venir lui-même l’inaugurer en 1862, et y prononça une allocution ravissante, qu’on peut lire dans ses œuvres épiscopales (tome 4). La chapelle est dédiée à Notre-Dame de la Salette, et reçoit fréquemment de pieux visiteurs, attirés plus encore par leur dévotion que par la beauté du monument et le charme du site pittoresque.

Notre-Dame de Montmorillon. — Dans l’une des chapelles de l’église paroissiale de ce nom, se trouve, — tout le pays Montmorillonnais le sait, — une antique et vénérée statue de Marie dont l’origine est fort éloignée. Elle rappelle, entre autres faveurs obtenues par son recours, un acte de miraculeuse préservation contre une inondation effroyable, sur les rives de la Gartempe, dont cette ville fut l’objet. On connaît l’incomparable et splendide procession annuelle qui se fait à Montmorillon, en mémoire de cet événement, le mardi de la Pentecôte. (Voir notice Sem. Rel. de 1891, p. 319; — de 1886, p. 400; — de 1894, p. 330; — de 1896, p. 351; — de 1897, p. 393; — de 1900, p. 414; — de 1902, p. 351.)

CHAPELLE DE NOTRE-DAME DE GRACE

Érigée, au 15e siècle, à Exireuil, aux portes de Saint-Maixent. (Voir plus haut p. 73, et Sem. Rel. de 1900, p. 79.)


Signalons plus rapidement encore, en renvoyant, pour leurs notices historiques, à la Semaine Religieuse, les Madones suivantes, vénérées dans différentes autres localités du diocèse, et dont la plupart sont le but de quelques pèlerinages:

Notre-Dame de l’Agenouillée, sur la paroisse d’Azay-sur-Thouet (Deux-Sèvres). C’est une Pietà (ou Mère des Douleurs), qui était, dès le XVe siècle, l’objet d’un culte particulier de la part des populations avoisinantes. — Voir Sem. Rel. de 1865, p 234; — de 1888, p. 680. — Voir également l’opuscule publié en 1881 par M. l’abbé Rosière et intitulé : «Pèlerinage à Notre-Dame de l’Agenouillée, dans la Gâtine».

Notre-Dame de Saint-Paixent, près l’Isle-Jourdain (Vienne). La statue, fort ancienne, échappa miraculeusement, sous la Terreur, aux mains des farouches Jacobins. (Voir notice Sem. Rel. de 1900, p. 313.)

Notre-Dame de la Ronce, au doyenné de Cerizay. La Reine du Ciel opéra, en ce lieu, un merveilleux prodige, pour faire connaître sa volonté d’y être particulièrement honorée. Elle l’est, en effet, et avec-grande dilection.

Continuons la série des localités du diocèse où la Très Sainte Vierge recevait autrefois ou reçoit encore aujourd’hui de particuliers hommages.

Notre-Dame de la Corbellière, paroisse de Moulins, au doyenné de Châtillon-sur-Sèvre, a une bien touchante origine. Au commencement du 16e siècle, un jeune pâtre, gardant le troupeau de son père, se mit à creuser la terre pour les amusements de son âge. Il découvrit tout à coup une ravissante statuette de la Mère de Dieu. L’ayant apportée chez ses parents, il ne la retrouva plus le lendemain, mais la découvrit de nouveau dans le sol à l’endroit où il l’avait trouvée la première fois.

Vers 1614, une sécheresse prolongée avait tari toutes les sources. René Moreau, le jeune pâtre dont nous venons de parler, s’adressa à Marie, et, comme Bernadette à Lourdes, une fontaine jaillit sous son bâton de berger. René Moreau entra dans l’état ecclésiastique, et mourut comme un saint, archiprêtre de Notre-Dame de Fontenay-le-Comte et vicaire général de Luçon (Sa vie a été écrite deux fois, et son souvenir est encore vivant, après plus de trois siècles, dans le pays qu’il a évangélisé.)

Tel est le pèlerinage qui attire les fidèles, surtout à la belle saison. Une statue monumentale de Notre-Dame de Lourdes en bronze et de grandeur naturelle a été érigée en 1885, sur l’un des points culminants de la prairie, un peu en avant de la fontaine miraculeuse. (Voir notice sur le sanctuaire de Notre-Dame de la Corbellière, Sem. Rel. 1894, p. 597.)

Notre-Dame de Grâce, à Exireuil, aux portes de Saint-Maixent, est une petite chapelle du 15e siècle, dont le souvenir se rattache à un fait historique concernant le dauphin qui devait être le roi Louis XI. On en lira avec intérêt le détail dans la Semaine Religieuse de 1900, p. 79. — Dans l’intérieur du modeste édifice on voit à la place d’honneur une statue, en pierre, de la Sainte Vierge, tenant l’Enfant Jésus dans ses bras. — Pendant la Révolution elle fut préservée comme miraculeusement et conservée chez les Religieuses de Saint-Maixent. — Chaque année, le lundi de Pâques, les fidèles de cette ville se rendent en pèlerinage à cette chapelle, et ce jour-là seulement est célébré le Saint-Sacrifice; mais, tous les dimanches, la porte de l’édifice est ouverte, et des âmes pieuses y viennent solliciter, par leurs prières, le secours de la Reine du Ciel, qui maintes fois y accorde des faveurs signalées.

Le sanctuaire de Notre-Dame de Plaisance, à quelques lieues de Montmorillon’ était déjà très renommé au commencement du 9e siècle, et remonte, par conséquent, à une haute antiquité. Le savant dom Fonteneau affirme qu’il s’y faisait de continuels miracles. L’empereur Charlemagne, à son retour de la guerre en Espagne contre les Sarrasins, vint jusqu’à Notre-Dame de Plaisance pour rendre grâce à Marie des victoires qu’il avait remportées contre les ennemis du nom chrétien, et fit rebâtir somptueusement l’église, qui tombait en ruines. — Pourquoi faut-il hé as! que ces grands souvenirs soient presque entièrement effacés en ce lieu, et qu’à la suite des déprédations des Anglais et des Protestants les continuels pèlerinages d’autrefois à ce sanctuaire aient à peu près cessé ! Combien nous formons de vœux pour que le 20e siècle voie renaître, à Notre-Dame de Plaisance, les beaux spectacles des âges de foi!... (Voir notice historique sur Notre-Dame de Plaisance: Sem. Relig. de 1900, p. 110.)

La vénérée Madone de Craon, au doyenné de Moncontour, sculptée, il y a près de deux cents ans, sur un bloc de pierre d’un mètre de hauteur, est, à bon droit, depuis lors, l’objet d’une dévotion spéciale de la part de la population de cette paroisse et des paroisses du voisinage. Des faveurs sans nombre, tant dans l’ordre spirituel que dans l’ordre temporel, viennent récompenser la filiale confiance de leurs habitants dans la Vierge dont cette statue est la douce image. On l’invoque en particulier — et principalement les jeunes filles — pour obtenir la grâce de connaître là vocation à laquelle on est appelé. Une quinzaine de Religieuses sorties, en ces dernières années, de cette petite paroisse de quatre cents âmes à peine, lui doivent cette grâce, précieuse entre toutes. — Pendant la Terreur, alors que Craon n’avait pas de prêtre, les paroissiens se groupaient autour de cette statue et récitaient eu chœur le Rosaire pour remplacer la sainte Messe. La chère Madone fut donc la conservatrice de la religion dans cette localité, à cette époque d’apostasie. D’autres statues furent mutilées pendant cette période par les sectaires. On ne toucha pas à celle-ci, (Voir notice Sem Rel. 1900, p. 584.)

Un certain nombre d’autres sanctuaires qui semblent moins renommés, attirent cependant à leurs pieds bien des fidèles chrétiens. Ce sont:

Notre-Dame de Bon-Secours, à Maranzay, paroisse de Taizé, dans les Deux-Sèvres. (Voir Sem. Rel. de 1895, p. 587.)

Notre-Dame de Bon-Aide et Notre Dame de la Roche, dans la paroisse de Saint-Jean-de-Sauves, non loin de Loudun. (Sem. Rel. de 1900, p. 566.) Chacune de ces deux chapelles remonte à trois ou quatre siècles; elles sont encore, de nos jours, visitées, l’une et l’autre, par de pieux fidèles. Tous les ans, le 8 septembre, Nativité de la Très Sainte Vierge, est la fête patronale de la chapelle de la Roche. Ce jour-là, il y a un grand concours de population. On y vénère particulièrement une vieille statue qui aurait été cachée au moment des guerres de religion (la bataille de Moncontour eut lieu à 8 kilomètres de là) et pendant la Révolution.

Notre-Dame du Bas-Bourg, à Saint-Pierre de Maillé. (Sem. Rel. de 1900, p 836.)

Notre-Dame de Bon-Secours, pèlerinage fréquenté, situé dans la paroisse de Coulonges-Thouarsais, dans la propriété d’une chrétienne famille.

Notre-Dame des Anges chapelle de), à Sellier, paroisse de Lencloître, château de Mme Lambert de Cursay, décédée pieusement le 25 juillet 1908.

LA STATUE MIRACULEUSE DE LA TRÈS SAINTE VIERGE

Vénérée dans l’église Saint-André, à Mirebeau Voir, sur cette Vierge byzantine, une intéressante notice dans la Sem Rel. de 1899p 439 )


Notre-Dame de l’Ermitage, sur la paroisse de Sanzais, dans le Bressuirais. C’est l’endroit le plus majestueux de la contrée, et qui, par son site pittoresque, fait penser à Notre-Dame de Lourdes. (Sem. Rel. de 1900, p. 548.)

Elle était fort populaire autrefois, la Madone vénérée de Fontaine-le-Comte, aux portes de Poitiers, placée dans la magnifique église abbatiale dont les Religieux d’alors s’employaient avec un saint orgueil à la gloire de leur divine Protectrice. Malgré les deux lieues qui séparent ce sanctuaire de la ville épiscopale, chacune des paroisses de Poitiers venait, alternativement, en procession auprès de la Vierge de Fontaine-le-Comte pour lui porter ses pieux hommages

Un peu plus loin, à Aslonnes (doyenné de la Villedieu-du-Clain), un fervent serviteur de Marie, l’abbé Bonnet, ancien curé de cette paroisse, a ravivé, il y a une quarantaine d’années, la dévotion particulière des populations circonvoisines pour Notre-Dame de l’Assomption. C’est le vocable donné à la gracieuse statue qu’on honore dans cette église. A deux reprises, les Pères Jésuites qui dirigeaient le collège Saint-Joseph de Poitiers y ont conduit solennellement en pèlerinage leurs nombreux élèves.

Notre-Dame de la Chanelle-Sequin, paroisse de l’Absie. — Sur le territoire de Chapelle-Seguin, l’Absie, fondée par le Bienheureux Gérault de Sales. La Sainte 1120, l’abbaye de l’Absie, fondée par le Bienheureux Gérault de Sales. La Sainte Vierge, sous le vocable de l’Assomption, y était particulièrement honoree. Mais l’humble église de Chapelle-Seguin, cachée sur les bords de la Sèvre Nantaise, possédait une statue de Marie invoquée bien au-delà des limites de la paroisse. Pendant la Révolution, les habitants, soutenue dans leur foi par M. Burnet-Merlin, leur pieux pasteur, qui donna sa vie pour eux, se montrèrent héroïques. Au péril de leurs jours, ils sauvèrent la statue vénérée. Quand, vers 1850, l’ancienne église tomba, la statue, avec quelques débris de l’autel, fut portée dan une maison voisine. Chaque soir du Carême et du Mois de Marie, les fidèles se réunissaient dans une chambre, ornaient la sainte image, et devant elle priaient avec ferveur. Vers 1874, un jeune homme du village fut subitement guéri; et dès lors on songea à donner à la Vierge un abri moins précaire. Enfin, le 14 septembre 1880, grâce aux souscriptions recueillies dans toute la contrée, une élégante chapelle gothique s’ouvrit, et reçut la chère statue, portée sur les épaules des jeunes filles du village. Les jeunes gens venaient ensuite, chargés de quelques autres statues et des débris de l’ancien autel; et les vieillards du pays suivaient en pleurant, heureux d’une résurrection qu’ils n’espéraient plus . La fête patronale de Chapelle-Seguin est le 8 septembre, Nativité de Marie.

Un lieu de pèlerinage créé dans la seconde moitié du siècle dernier a pour nom: Notre-Dame d’Avon ou Notre-Dame d’Aintré, sur la paroisse de Pamproux, au milieu d’une population en majorité protestante. C’est une grande et belle chapelle, consacrée en 1874 par Mgr Pie et dédiée à la Vierge immaculée, en mémoire de ses apparitions à Lourdes. On doit sa construction à une admirable et généreuse chrétienne, — Mademoiselle Jolly, morte depuis lors, comme une sainte, dans un âge avancé, — dont le nom est béni dans toute la contrée. Deux fois par mois, la sainte Messe y est célébrée pour la conversion de nos frères séparés, dont plusieurs ont abjuré à la suite de la guérison miraculeuse de deux ou trois d’entre eux à la Grotte de Lourdes.

— Puisque ce nom béni de Lourdes se retrouve sous notre plume, nous aimons à signaler un ravissant lieu de pèlerinage, situé à quatre kilomètres de Lusignan, sur la paroisse de Cloué, et à deux kilomètres de l’église de cette dernière paroisse. C’est dans une vaste grotte taillée dans le rocher, qu’une belle statue de Notre-Dame de Lourdes a été érigée il y a une douzaine d’années, par M. l’abbé Chambert, alors curé de Cloué, peu après la guérison miraculeuse d’un enfant de cette paroisse à Lourdes même.


Cette grotte, appelée, à Cloué, Grotte-aux-Chèvres, ou Grotte de Malvaux, est sur le bord de la Yonne, dans un splendide paysage. Une source abondante jaillit d’une grotte inférieure, qui est elle-même surmontée d’une caverne ancienne, profonde de 8 à 10 mètres et qui a dû servir de lieu de refuge durant les invasions des Romains. Un autel a été placé dans la grotte principale, fermée par une grille.

C’est dans ce gracieux petit sanctuaire que, depuis lors, un bon nombre de pèlerins de toutes les paroisses environnantes viennent en groupe prier la Vierge immaculée. La sainte Messe y est célébrée plusieurs fois; et fréquemment les fidèles font brûler des cierges devant la chère statue.

Un cantique a été composé spécialement pour le pèlerinage de la grotte de Malvaux. Nous ne résistons pas au plaisir d’en citer le premier couplet et le refrain:

Dans le val où coule la Vone,

Au cœur du pays Mélusin,

Nous te prions, bonne Madone,

Toi qu’on n’invoque pas en vain.

De Malvaux la belle nature,

Les frais ruisseaux, les prés, les bois,

Tout te proclame, ô Vierge pure,

Et redit ton nom à la fois.

REFRAIN.

Ainsi qu’à Massabielle,

Ecoute nos accents;

Rends notre cœur fidèle,

Protège tes enfants.

Devant ton sanctuaire,

Nous prions à genoux;


Le culte pour Marie dans la ville de Poitiers.

Table des matières

Nous avons fait passer rapidement sous les yeux de nos lecteurs toute une floraison de chapelles, de madones et de sanctuaires de Marie, restés presque tous en honneur chez les populations des différentes localités de notre diocèse.

Il nous reste à ajouter à cette énumération une série de pieuses statues et de tableaux consacrés à la Reine du Ciel, qui, dans nombre d’églises des deux départements, sont, depuis des époques plus ou moins éloignées, l’objet d’une vénération particulière.

Mais il convient, nous semble-t-il, de s’arrêter d’abord au chef-lieu même du Poitou, à cette vieille et religieuse cité qui est, en quelque sorte, le centre de la dévotion, sous ses multiples formes, de nos populations envers la Vierge immaculée. Nous reviendrons à péine sur l’antique basilique de Notre-Dame-la-Grande dont nous avons parlé au commencement de ce travail, la Sancta Maria Major, — c’est son vocable même, — c’est-à-dire la reine des sanctuaires de l’auguste Vierge dans le diocèse. Toute son histoire est là pour en témoigner.

Outre ce grand sanctuaire, — célèbre dans toute la France par la richesse de son architecture romane, — on comptait autrefois à Portiers plus de 30 églises ou chapelles particulières, placées sous divers noms consacrés à la Mère de Dieu et dont quelques-unes avaient le titre paroissial: Notre-Dame-hors-les-murs (devenue ensuite l’église Sainte Radegonde, ainsi que nous l’avons dit plus haut); Notre-Dame-l’Ancienne; Notre-Dame-la-Petite; Notre-Dame-de-la-Chandelière; Notre-Dames-d’entre-les-églises; Notre-Dame-du-Calvaire; Notre-Dame-de-Lorette; Notre-Dame-de-Martigny; Notre-Dame-des- Laydets ou du Puygrenier; Notre-Dame-des Habits; Notre-Dame-de-Cailleteau; Notre-Dame-des-Mouniers; Notre-Dame-de-Chaveroche; Notre-Dame-du-Tronc; Notre-Dame-des-Châsses; Notre-Dame-des-Guischards; Notre Dame-la-Blanche ou d’Albâtre;Notre-Dame-de-Hième (ou hiemalis, c’est-à-dire d’hiver); Notre-Dame-de-Cadenace; Notre-Dame-des-Cloîtres; Notre-Dame-des-Dons; Notre-Dame-du-Pardon; Notre-Dame-de-l’Hurtaude; Notre-Dame-de-l’Annonciation; Notre-Dame-de-Pitié ; Notre-Dame-des-Aides ou de Bonne-Aide, etc. — Un bon nombre de ces madones et bien d’autres encore étaient placées aux angles des rues ou des niches pratiquées dans la façade de maisons particulières. La Vierge Marie était bien vraiment la protectrice des habitations, en notre chère ville.

Il faut y ajouter les autels particuliers en 1 honneur de Marie; ils étaient très nombreux aussi. La cathédrale, — dont les sculptures extérieures, à la porte Saint-Michel, représentent la «Salutation angélique» et la «Visitation», — en avait, à elle seule, une douzaine. Elle en a encore trois ou quatre: l’autel de paroisse, en l’honneur du saint Rosaire; le bel autel restauré en ces derniers temps, qui se dresse dans l’abside; l’autel de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, près des sacristies; enfin l’autel, érigé beaucoup plus récemment, de Notre-Dame du Sacré-Cœur, en regard de la statue monumentale du cardinal Pie. Mentionnons aussi la gracieuse niche de Notre Dame-de-Bonne-Nouvelle, couverte de plaques de marbre, ex-voto d’actions de grâces pour d’innombrables faveurs obtenues au pied de cette statue dont il a été question dans la Semaine Religieuse de 1908 (p. 286). — On remarque également, à mi-hauteur des murs des nefs latérales, plusieurs anciennes statues ou grands tableaux de Marie, pleins de sentiment religieux et artistique.

La cathédrale avait encore, dans les derniers siècles, jusqu’à la Révolution, la statue de Notre-Dame-des-Gésines (c’est-à-dire de l’enfantement des mères). Près de cette statue, se trouvait en tout temps une crèche, avec saint Joseph, le bœuf et l’âne. Mais il n’y avait point d’Enfant Jésus. Les jeunes mères avaient coutume de venir coucher quelques instants leurs nouveau-nés dans cette crèche. Elles mettaient ainsi, par une courte et touchante illusion, leurs petits enfants entre les mains et sous la maternelle protection de Marie, pour qui ces enfants devenaient, de la sorte, d’autres petits Jésus.

Une autre pieuse coutume se rattachait au groupe de Notre-Dame-des-Gésines. Ce vocable, qui rappelle l’enfantement divin de Marie, inspira au Chapitre de la cathédrale, dès la fondation de la chapelle, une dévotion renouvelée fidèlement chaque année, pendant tout le temps qui s’écoule entre Noël et la Purification, temps destiné à honorer la mémoire de la Maternité virginale. Chaque jour, pendant cette période, après le Magnificat, les chanoines sortaient processionnellement du chœur, en chantant l’antienne Sancla et immaculata virginitas, et, au lieu de se rendre, comme on le fait ailleurs, à l’autel particulier de la Sainte-Vierge, ils venaient se placer en station dans la nef, y chantaient l’Inviolata en aux-bourdon, et regagnaient leurs stalles pour les Complies, aux accents de l’orgue, et terminaient par le Sub tunm præsidium.

Outre cette chapelle, il y en avait une autre du même nom, — toujours à la cathédrale, — où l’on faisait les relevailles des femmes qui venaient d’être mères.

A Notre-Dame-la-Grande, outre la vénérée statue de la Vierge des Clefs, rappelant le célèbre miracle du 13e siècle, qui préserva notre ville, et qui est représenté dans une verrière de la nef de gauche, — il y avait autrefois la chapelle de la Vierge de l’Immaculée-Conception. Cette église possède aujourd’hui la chapelle et l’autel de Notre-Dame des Agonisants, siège de l’Archiconfrérie de ce nom pour notre ville.

Quelques lignes intéressantes, pour terminer en ce qui concerne Notre-Dame-la-Grande.

Grande!... Notre-Dame le fut, moins par les dimensions de son vaisseau, que par la richesse de son architecture romane.

Grande!... l’antique et chère Madone qui y est vénérée, l’est surtout par les bienfaits dont elle comble la cité et par les hommages qui sans cesse l’environnent.

C’est à son intercession toute puissante, redisons-le, qu’on doit, au commencement du 13e siècle, que la ville ne fût pas prise par les Anglais ou les bandes soudoyées par eux. Et c’est en mémoire de ce fait miraculeux qu’on institua la grande Procession annuelle du lundi de Pâques. Chose étrange et digne de remarque: la Procession se fit en 1791, 1792 et même en 1793!... Le curé schismatique de Notre-Dame crut même, à cette occasion, devoir louer les officiers municipaux «de leur zèle et de l’édification avec laquelle ils remplissaient les cérémonies religieuses».

Dès 1816, — un an après la Restauration et la rentrée des Bourbons, la Procession recommença, et se fit chaque année jusqu’au règne de Louis-Philippe (1830). Sous prétexte de prudence, son gouvernement se fit plus oppresseur que la Convention el e-même.

Pendant vingt ans, la ville tut privée de sa principale tête. En 1851, le jeune évêque, Mgr Pie, que Notre-Dame de Chartres envoyait à l’Eglise de Poitiers, n’eut rien de plus à cœur que le rétablissement de ces honneurs rendus à Celle aux pieds de laquelle il avait déjà choisi sa sépulture.

Le lundi de Pâques fut, donc en 1851, pour Poitiers, une fête solennelle. La vénérable statue, tenant en ses mains les clefs de la ville, parcourut les rues et vint en triomphe jusqu’à la porte de la Tranchée. Tous les ans, depuis cette époque, la procession se déroula par les rues, au milieu de la même piété. (Un arrêté de M. Thézard, maire de Poitiers, ayant, au mois d’août 1887, supprimé les Processions en général dans cette ville, celle du lundi de Pâques a cessé de se faire publiquement, et n’a lieu qu’à l’intérieur de l’église Notre-Dame.)

Le rétablissement de cet usage ne pouvait suffire à la piété de Mgr Pie. Douze ans plus tard, il obtenait de Pie IX les honneurs du couronnement pour la statue vénérée. La fête eut lieu le 29 novembre 1863. Elle fut splendide. L’église Notre-Dame (d’où un magnifique cortège partit pour se rendre à la cathédrale où eut lieu le couronnement), était insuffisante pour contenir la foule des Poitevins et des étrangers; les vastes nefs de la cathédrale furent elles-mêmes trop étroites. Les évêques de Moulins, de Blois, d’Angoulême, Mgr de Ségur, dom Guéranger (l’illustre Abbé des Bénédictins de Solesmes) étaient là sur une estrade élevée, assistant le successeur de saint Hilaire. L’émotion qui gagna cette foule immense lorsque le grand Evêque déposa sur les fronts du Fils et de la Mère les couronnes offertes par la générosité des fidèles, est plus facile à comprendre qu’à décrire.

Cette statue date du 16e siècle. Elle remplaça, vers 1580, celle que les huguenots, maîtres de Poitiers, avaient détruite en 1562. Elle fut sauvée aux jours de la Terreur.

En 1906, par suite de la loi de séparation de l’Eglise d’avec l’Etat, lequel, à l’instigation de la franc-maçonnerie, prétend avoir le droit de s’emparer de nos temples saints et de leurs trésors sacrés, la vénérée statue a été mise en lieu sûr, entre de fidèles mains et remplacée par une autre nouvellement acquise.

Au 17e siècle l’élection et l’installation des maires de Poitiers se faisaient sous les auspices de Notre-Dame-la-Grande, où, après avoir assisté à une Messe du Saint-Esprit célébrée à cette occasion, on procedait à l’élection du maire. Cette élection faite, le Corps de ville se réunissait dans la salle ordinaire des délibérations pou entendre la lecture du procès-verbal, pendant laquelle maire élu était assis en la chaire majorale. Puis le procureur de la maison commune, ou, à son défaut, le plus ancien échevin se levait et rappelait la de la maison commune, d’aller rendre grâces à Dieu de l’élection, en l’église Notre-Dame-coutume traditionnelle, d’aller rendre grâces à Dieu de l’élection, en l’église Notre-Dame-la-Grande.

Alors s’organisait, «avec grande magnificence de hallebardiers, trompettes et tambours», l’imposant cortège du Corps de ville. A travers les rangs pressés d’une foule toujours avide de contempler ce spectacle, l’élu, marchant de front avec le maire en charge, s’avançait en pompe vers l’antique basilique, qui les recevait au son des cloches, et dont les portes grandes ouvertes laissaient apercevoir resplendissante au milieu du flamboiement des cierges, la statue vénérée de Marie «Orgues sonnants, ils montaient en la haute chappelle où estoit l’image de Notre-Dame.» Et quand «les gens d’église ont chanté en musicque un psalme de louange et remerciement à Dieu el à la sainte Vierge sa mère, nostre patronne et protectrice», «le maire élu offre une chandelle ardente à l’image de la Vierge, qu’il a baisée comme ont fait tous les autres».

L’installation du nouveau maire avait lieu quelques jours après. Dans cette circonstance encore, les pompes religieuses intervenaient, pour imprimer en quelque sorte le caractère d’une consécration, à l’entrée en charge du premier magistrat.

Or, pour cette cérémonie, aucun autre sanctuaire que celui de Notre-Dame-la-Grande ne semblait mieux désigné que celui qui fut le témoin de l’élection. Aussi, le 14 juillet, dès sept heures du matin, la plupart des membres du corps de ville, auxquels s’adjoignaient de nombreux notables, allaient en grand cortège «chercher le maire antique à son logis», et le conduire solennellement à Notre-Dame, où il devait rester en prière «pour y louer et remercier Dieu de nous avoir faict la grâce de passer cette année en paix, bonne union et concorde». Puis, laissant à ses côtés le plus ancien échevin et le plus ancien pair ou conseiller, ainsi que deux sergents, ils se rendaient avec le même apparat chez le nouveau maire, qu’ils trouvaient entouré des autres membres du Corps de ville, de notables et de sa famille.

Les souhaits de bienvenue échangés, «la procession du maire» précédée «de tous les officiers de la ville tenans leurs baguettes, des sergens avec leurs hallebardes», se mettait en marche, «tambours battans, trompettes sonnans» et arrivait à Notre-Dame, où elle était reçue au carillon des cloches et au son de l’orgue. L’élu entrait au chœur de l’église et se plaçait à la gauche de son prédécesseur «pour remercier Dien tous ensemble et la bonne Vierge, nostre Patronne, du passé, et qu’il leur pleust favoriser le gouvernement et la magistrature de monsieur l’élu en maire pour l’advenir».

Comment, en parlant de Notre-Dame-la-Grande, ne pas penser à l’héroïque libératrice de la France au 15e siècle, à Jeanne d’Arc, qui, durant son séjour à Poitiers, demeurait à quelques pas de ce vénéré sanctuaire? Il n’est certes point téméraire de croire qu’elle y vint prier plus d’une fois, et qu’avant de s’élancer «tout armée en blanc», sur son palefroi, pour aller «bouter dehors» les Anglais, elle voulut faire bénir son épée par Celle que l’Eglise a saluée pus tard du beau nom de Notre-Dame des Victoires.

L’église Saint-Hilaire-le-Grand avait les chapelles ou statues de Notre-Dame-la-Blanche, de Notre-Dame de Liesse, de Notre-Dame de la Cotte-Blanche. Elle conserve encore la vieille statue de la Sainte Vierge qui fut placée sur les remparts du faubourg de la Tranchée, après le miracle de préservation dont nous venons de parler. Elle garde aussi la chapelle de Notre-Dame de Pitié.

A Sainte-Radegonde, se trouvaient les autels ou statues de Notre-Dame de la Pilardière, de la Conception de la Vierge, de Notre-Dame des Grilles. Cette église s’honore aujourd hui de posséder un ravissant tableau, celui de «Notre-Dame des Larmes», dont la Semaine Religieuse de 1889, page 358, a publié le merveilleux historique. Deux Mandements de Mgr de la Poype de Vertrieu et de Mgr de Bouillé, évêques de Poitiers, affirment tout à la fois le prodige des larmes qu’on vit, au XVIIIe siècle, tomber des yeux de la Mère de Dieu représentée sur ce tableau, et les guérisons miraculeuses opérées à ses pieds. Il était conservé, avant la Révolution, dans l’ancienne église Saint-Michel, et, depuis lors, fut transféré à Sainte-Radegonde, où il continue à être en grande vénération. — Cette église est également heureuse de faire vénérer un autre tableau, placé, il y a près de 25 ans, près de la chaire: c’est la souriante image de «Notre-Dame du Bon Conseil», pour laquelle Léon XIII avait une particulière dévotion et qui chargea un saint évêque de la cour romaine, Mgr Pifferi, son confesseur, de répandre le culte de la pieuse Madone. Mgr Pifferi étant venu, à Poitiers, voir un de ses amis , demeurant sur cette paroisse, n’eut pas de peine à obtenir de M. l’abbé Briand que son église fût dotée de cette image. On sait que, plus récemment, l’invocation à Notre-Dame du Bon-Conseil a été ajoutée officiellement dans les Litanies de la Très Sainte Vierge, pour toute la catholicité.

L’ancienne et magnifique église abbatiale de Montierneuf se réjouit, à juste titre, d’être entrée en possession, au commencement du siècle dernier, de la vénérable statue qui, jusqu’à la Révolution et depuis de longs âges, se trouvait dans l’un des angles de la place du Pilori. La Semaine Religieuse de l’année 1899, pages 758 et 771, a donné l’historique de cette fort gracieuse Madone: et elle y est revenue tout récemment (Sem. Rel. 1908, p. 285), pour résumer et pour compléter les détails précédents. Rappelons seulement que Mgr de Beauregard, avant de monter sur le siège épiscopal d’Orléans, et étant archiprêtre de la cathédrale de Poitiers, avait pour cette Madone la plus tendre dévotion. Il lui devait en effet plusieurs faveurs signalées, s’ajoutant à celles dont lui étaient redevables nombre d’autres personnes. C’est, comme nous l’avons dit, après 1830, qu’elle fut transportée dans l’église de Montierneuf, avec le titre bien justifié, de «Notre-Dame de Bon-Secours», à l’autel de la Sainte-Vierge où se réunit chaque mois, sous ses heureux auspices, l’Association des femmes chrétiennes de la paroisse. La chapelle est constellée d’ex-voto d’actions de grâces se mêlant aux plaques de marbre blanc sur lesquelles se lisent les plus belles invocations à Marie. — Cette même église s’honore également de son délicieux autel de Notre-Dame de Lourdes dans une grotte, avec lampadaire, charmant fac-simile de celle des Roches de Massabieille. La Vierge immaculée y reçoit de ferventes prières, jaillies du cœur de bien des fidèles qui, ne pouvant avoir le bonheur d’aller au grand pèlerinage pyrénéen, sedonnent la douce illusion d’y être transportés. — A côté de cette chapelle, l’église de Montierneuf a un calvaire monumental, également en rocaille, où la Vierge bénie, cali Regina et mundi Domina, stat juxta crucem Domini nostri Jesu Christi, dolorosa. Que de consolations viennent chercher et trouvent aux pieds de cette Mère des douleurs beaucoup d’âmes que la douleur oppresse!

A Saint-Porchaire, on remarque, près de la sacristie, un grand et magnifique tableau consacré à la gloire de Marie. Dans la chapelle de Saint-Joseph, se trouve une fort belle statue de la Sainte Vierge, en bois polychromé, de la fin du 17e siècle ou du commencement du 18e. Elle est remarquable par la pureté des lignes et la distinction des traits. Elle a fait l’admiration des artistes, et tout particulièrement d’Huysmans qui en faisait part, il y a quelques années, avec enthousiasme, à M. le curé de Saint-Porchaire. D’ailleurs cette statue par sa valeur vainement artistique, a mérité d’être classée. — A une époque beaucoup plus récente, c’est-à-dire il y a une cinquantaine d’années, une statue monumentale de Notre Dame de la Salette a été placée dans cette église, d’abord au dessus de l’autel confinant à la sacristie, puis, plus tard, sous la tribune, où elle voit encore de pieux visiteurs. La Vierge de la Salette ne pouvait être mieux remplacée à sa place primitive que par celle de Lourdes, dont la bien aimée statue trône majestueusement depuis l’époque des premiers pèlerinage: du Poitou aux sanctuaires de Massabieille, il y a plus de trente ans.

A la suite d’une grande Mission prêchée dans les six paroisses de Poitiers en 1899, par les RR. PP. Rédemptoristes, un magnifique tableau de Notre-Dame du Perpétuel Secours a été placée dans chacune de ces églises, et y reçoi de ferventes prières.

Si, sortant des six églises paroissiales de Poitiers, nous parcourons la ville dan son entier, nous rencontrons plus d’un autel placé sous divers vocables de la Reine du Ciel. Quand on sait la tendre et particulière dévotion de nos concitoyens pour tout ce qui se rattache au culte de la Vierge immaculée, il n’es pas besoin de dire que chacune des chapelles ou madones disséminées sur le sol de notre chère cité est l’objet des hommages des fidèles serviteurs de Marie

Et tout d’abord rappelons la pieuse statue de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle. que nous aurions dû mentionner comme occupant aujourd’hui l’un des angle de la nef gauche à la cathédrale, où elle est entourée d’innombrables ex-voto su plaques de marbre, tandis que des cierges se consument continuellement à ses pieds. Mais, avant 1792, elle était placée au dehors, dans l’une de nos rues, comme il y en avait beaucoup alors. A la Révolution, elle fut cachée dans un mur du lavoir du Pont-Neuf; et, retrouvée plus tard, ou la remit au curé de la cathédrale, comme on a pu le lire dans la Semaine Religieuse de 1908, p. 286.

NOTRE-DAME DU PONT-JOUBERT, A POTTIERS.

(Voir plus haut, page 15; et Sem. Ref. 1900, p. 333 )


Dans un de ses numéros de 1865 (p. 361) et celui du 8 sept. 1889, la Semaine Religieuse publiait uue fort intéressante notice historique sur la vénérée statue de Notre-Dame Reine des Cœurs placée dans la chapelle des Sœurs de la Sagesse, à Montbernage. Elle avait été installée dans une grange de ce faubourg par le fondateur de ces admirables Religieuses, le Bienheureux Louis-Marie Grignion de Montfort. A la Révolution, des impies avaient résolu d’enlever la statue et de la profaner; mais ils ne purent y réussir, grâce au zèle admirable d’une femme du faubourg, qui sut la soustraire à ce vandalisme éhonté. «A notre grand regret» dit M. le chanoine Rosière dans un article que nous avons publié récemment,

«nous n’avons pu connaître le nom de cette vaillante chrétienne.

«Peut-être était-ce celle-là même — la femme Colas — qui, tenant dans ses bras — quoique sur le point d’être mère, — la croix du cimetière, que des gendarmes voulaient jeter dans le Clain, criait avec force aux sacrilèges: «Non, non, vous ne l’emporterez pas; c’est la Croix de nos pères, elle ne bougera pas d’ici.» Et la Croix fut sauvée!

Près de ce faubourg, se trouvait, jusqu’en ces dernières années, une chapelle sur l’autel de laquelle était placée une statue communément appelée Notre-Dame du Pont-Joubert, parce qu’elle était construite au milieu de ce pont, en souvenir du double miracle de la Tranchée et de Notre-Dame des Clefs dont nous avons déjà parlé dans ce travail. La cité, reconnaissante, avait fait élever aux portes de la ville, sur tous les ponts et dans plusieurs édifices religieux, des chapelles en l’honneur de sa divine Protectrice. Celle du Pont-Joubert est la seule qui avait survécu. (Voir notice dans la Sem. Rel. de 1900, p 333.)

Le quatrain suivant, tout empreint d’une gracieuse naïveté, composé par le Bienheureux de Montfort, se lisait sur le frontispice:

Si l’amour de Marie

En ton cœur est gravé,

En passant ne t’oublie

De lui dire un Ave.

Or, aux jours de la Terreur, — rappelle M. le chanoine Rosière dans l’article cité tout à l’heure, — jours dont le souvenir seul donne le frisson, le petit oratoire fut dévasté ; on voulait même briser la statue de la Vierge, devant laquelle aimaient à s’arrêter les revendeuses du faubourg, les laitières de la campagne. Mais une pieuse femme, Mme Servant, réussit à la préserver de toute profanation, en la cachant dans sa cave sous des fagots de javelles.

Ce ne fut qu’après le Concordat, en 1807 ou 1808, que le digne M. Pruel, curé de Sainte-Radegonde, fit reconstruire la chapelle de Notre-Dame du Pont-Joubert. Au milieu d’un grand concours de fidèles, on alla chercher la statue dans la maison Servant, et on la porta sur un brancard orné de fleurs et de verdure à l’endroit où l’on était accoutumé de la voir depuis des siècles.

Il y a quelques années, la municipalité a fait disparaître ce précieux monument en reconstruisant le pont. Mais feu M. l’abbé Briand, curé de Sainte-Radegonde, l’avait réédifié dans les mêmes proportions, et avec le même décor, sur un terrain du boulevard attenant à la sacristie de l’église paroissiale, en regard de la statue de Notre-Dame des Dunes.

Sainte-Marie de la Cueille-Mirebalaise est le nom d’une ancienne Madone qui fut vénérée durant de longs siècles dans ce faubourg de Poitiers. C’est un énorme bloc de pierre auquel un artiste du moyen âge a donné des formes vraiment majestueuses et pleines de grâce. Les protestants, aussi peu respectueux des œuvres d’art que de la foi catholique, firent subir à la Vierge et à l’Enfant Jésus qui repose sur son bras maternel, une sacrilège mutilation. L’antique statue était connue autrefois des pèlerins, qui venaient la visiter en son sanctuaire dont il ne reste aujourd’hui aucun vestige. Ce précieux trésor, propriété des Sœurs de la Sagesse, était relégué depuis trop longtemps dans un endroit obscur du jardin de leur communauté. La digne Supérieure eut, en 1905, la pieuse pensée de mettre à une place d’honneur cette image si respectable de la Vierge Marie. S’associant à ses vues, le zèle curé de Montierneuf, M. l’abbé Chauvin, la fit habilement restaurer, et elle repose maintenant sur un élégant piédestal, dans le vestibule des Religieuses.

LA MADONE MIRACULEUSE DE LA COMMUNAUTÉ DES FILLES DE NOTRE-DAME, A POITIERS. — (Extrait de la Vie de la Bienheureuse Jeanne de Lestonnac, par le R. P. Mercier, de la Compagnie de Jésus, publiée en 1891.)

«Le principal ornement du sanctuaire (chapelle des Religieuses Filles de Notre-Dame, à Poitiers) était une statue de la Sainto Vierge tenant l’Enfant Jésus entre ses bras. C’était un don de Mgr de la Roche-Posay, évêque de Poitiers. Cette statue devint bientôt l’objet d’une grande vénération (en 1618). — Un procureur aux marchands, nommé Fradin (raconte le R. P. Bouzonnier, de la Compagnie de Jésus (XVIIe siècle), aveugle depuis plusieurs années, se faisait conduire tous les soirs aux Litanies que les Religieuses chantent en l’honneur de leur puissante Protectrice. Un jour, sa femme le vint prendre pour le ramener à la maison. Comme il faisait quelque résistance, elle lui demanda pourquoi il voulait rester là plus longtemps: «Ah! vous ne savez pas, dit-il, la grâce que je viens de recevoir: j’ai recouvré la vue, par l’intercession de la Sainte Vierge.»

«Il donna, en reconnaissance de cette faveur, un beau collier de perles, pour suspendre au cou de la statue vénérée; et il a toujours vu, depuis, fort clair, jusqu’à sa mort.

«Bien d’autres faveurs, qu’il serait trop long d’énumérer dans notre biographie de l’admirable fondatrice des Filles de Notre-Dame (la B. Jeanne de Lestonnac), furent obtenues au pied de la statue miraculeuse que le monastère actuel de ces mêmes Religieuses (rue de la Trinité) a le bonheur de posséder encore.

«Au moment douloureux de la dispersion des Religieuses, en 1792, racontent les annales inédites de la maison des Filles de Notre-Dame à Poitiers, ces saintes Religieuses se désolaient de ne pouvoir soustraire à la profanation des révolutionnaires la statue de Marie, précieux souvenir de leur chère Fondatrice. Une pieuse fille, agrégée à la communauté, et très infirme, alla se jeter aux pieds de la Sainte Vierge, et s’écria, tout inspirée: «Nous ne pouvons, ma bonne Mère, nous décider à vous laisser; mais vous êtes trop lourde (la statue était en pierre, et il fallait deux hommes pour la porter); — de grâce, allégez-vous, afin que je puisse, moi, nous emporter...»

Oubliant alors son impuissance, elle s’approche, pleine de foi et de confiance, et saisit la statue entre les bras. O miracle! Docile à la voix suppliante de sa fille, la bonne Mère s’est rendue légère comme une plume; et la pauvre infirme passe, avec son trésor, inaperçue, au milieu de ses persécuteurs.

«Dix ans plus lard, en 1802, la statue miraculeuse reprenait sr place dans le monastere, près de l’église de Sainte-Radegonde, où se trouvait alors la communauté des Filles de Notre-Dame.

«Elle trône aujourd’hui dans la chapelle intérieure de la maison actuelle, rue de la Trinité ; et de nombreux ex-votos attestent toujours l’efficacité du pouvoir de Marie et la confiance des fidèles.» — (Depuis 1904, la statue a été placée en lieu sûr par suite de l’inique expulsion des Filles Notre-Dame.)

Notre-Dame de Paix est le vocable de la gracieuse chapelle du collège de la Grand’Maison, construite en 1875 par les dévoués Religieux qui dirigeaient depuis longues années cet important établissement, et que le gouvernement de sectaires et de francs-maçons qui nous opprime a cyniquement chassés de chez eux et réduits à l’exil. Hélas! et la chapelle elle-même a été indignement spoliée et devenue une simple servitude du collège de filles qu’on a installé dans la maison. Ne viendra-t-il pas un temps où ce vénéré sanctuaire reprendra sa destination avec son beau nom de Notre-Dame de Paix? Ce nom lui fut donné en souvenir d’une magnifique statue miraculeuse de même nom, léguée, au commencement du siècle dernier, aux fondateurs de la double Congrégation des Religieuses de la Grand’Maison (dite de Picpus), le vénérable Père Coudrin et la R. Mère Henriette Aymer de la Chevalerie pour leur maison-mère à Paris. On peut lire à ce sujet une fort intéressante notice historique dans la Semaine Religieuse en 1903, p. 39.

Tandis que la statue de Notre-Dame de Paix placée au faite extérieur de la chapelle dont nous venons de parler étend sa main protectrice vers la partie nord de la ville, la statue monumentale de Notre-Dame des Dunes, érigée à peu près à la même époque, sur le point le plus culminant de Poitiers, lève maternellement son bras sur la ville entière, qui a toujours été son domaine dès les âges les plus lointains.

Dans le n° du 19 avril 1908 la Semaine Religieuse a publié une notice historique de M. le chanoine Rosière sur une belle statue en pierre de la Très Sainte Vierge, dont la sculpture et la peinture sont l’œuvre d’un artiste de talent, et qui (dit la notice) fut, sous la Terreur, enlevée, la nuit, de l’église Notre-Dame, pour empêcher une profanation, et cachée dans une maison de la rue de la Regratterie où elle fut découverte en 1854, par la famille Millet, qui la conserva précieusement. Se trouve-t-on en présence de la véritable statue contemporaine du célèbre miracle des Clefs, ou bien appartenait-elle à l’ancienne église de Notre-Dame-la-Petite qui se trouvait dans la rue de la Cathédrale, église qui n’existe plus, et dont le souvenir n’est guère rappelé que par un grand tableau de la Vierge placé dans l’angle extérieur d’une maison au haut de cette rue? Le vénérable auteur de la notice ne conclut pas. (Lire son article.)

Terminons, en ce qui regarde notre chère ville de Poitiers, par la liste des différentes Communautés religieuses, placées, par le vocable de leurs chapelles respectives, sous le patronage spécial de la Reine du Ciel. Ce sont celles:

Des Carmélites (qui conservent précieusement un fragment de voile de la Très Sainte-Vierge);

Les Religieuses Bénédictines de Notre-Dame du Calvaire (la patronne de la chapelle est Notre-Dame des Sept Douleurs);

De la Visitation-Sainte-Marie;

Notre glorieuse sainte Radegonde avait donné à ses Religieuses le nom de Filles de Marie.

La chapelle de l’hospice des Incurables a pour vocable Notre-Dame des Sept-Douleurs, ainsi que celle des Religieuses du Bon-Pasteur.

Celle de la rue des Gaillards: la Présentation de la Très Sainte Vierge au Temple.

La chapelle du Grand Séminaire (rue des Carmélites), sacrilègement spoliée en 1903, a pour vocable l’Annonciation de la Très Sainte Vierge.

La chapelle des Filles de Notre-Dame est sous le vocable de l’Immaculée Conception;

Des Religieuses de l’Assomption.

(Ces deux dernières Congrégations ont été hélas! expulsées iniquement, en ces dernières années par un gouvernement sectaire;

Puis la chapelle Sainte-Marie, à la Cueille mirebalaise.

Les chapelles de l’Institution des sourds-muets, au faubourg de la Tranchée, et du collège Saint-Stanislas (rue du Pont-Neuf), sont toutes deux sous le vocable de l’Immaculée Conception;

Enfin, celle du Patronage Saint-Joseph (rue des Feuillants), sous le vocable de Notre-Dame de la Salette.

Il y a quelque temps, nous sont tombées sous la main de fort gracieuses gravures d’avant la Révolution. Elles figurent une femme agenouillée et levant des yeux suppliants vers la divine Mère du Sauveur porté sur ses bras; la Vierge bénit avec amour celle qui l’implore. Le blason placé à côté de la femme à genoux indique, du premier coup, qu’elle représente notre vieille cité, toujours si chère à Marie, à travers les siècles écoulés. Les témoignages de confiance et de piété dont nos concitoyens donnent tant de preuves à la Vierge immaculée nous permettent d’assurer que les traditions de nos pères seront toujours conservées, sur ce point comme sur tant d’autres. La capitale du Poitou sera toujours fidele à Marie: ce sera sa gloire à jamais.

De Poitiers, passons à la seconde ville du diocèse: NIORT.

Outre la principale église de cette ville, — l’église archipresbytérale. — placée sous le béni vocable de Notre-Dame, — il y avait autrefois, à Niort, avant la Révolution, quelques chapelles également dédiées à l’auguste Vierge, entre autres la chapelle de Notre-Dame de Pitié, celle de la Cagouette ou des Coquets, puis celle de Notre-Dame de Ribray.

Au 17e siècle, fut fondée à Niort, dans l’église des Dames Ursulines (qui n’existe plus), une gracieuse chapelle de Notre-Dame des Anges.

La belle église paroissiale Notre-Dame contient, indépendamment de l’autel majeur, que domine une magnifique et fort gracieuse statue de la Mère de Dieu, les autels de Notre-Dame du Rosaire, de Notre-Dame de Pitié, de Notre-Dame de la Salette, et enfin le superbe et monumental autel de Notre-Dame de Lourdes, richement décoré et constamment entouré de fleurs et de lumières. L’un des premiers pèlerinages poitevins au grand sanctuaire des Roches Massabieille eut pour organisateur et directeur le vénérable archiprêtre d’alors, M. l’abbé Guillet, qui en publia, en 1873, une fort intéressante relation. Ce fut ce même dignitaire qui, trois ans après, conduisait à Lourdes, pour le couronnement solennel de la Vierge immaculée ce train parti de Niort le 2 juillet 1876, jour de la Visitation, et qui fut miraculeusement préservé d’une effroyable catastrophe, durant la nuit, à Igos, dans les Landes. Cette merveilleuse préservation est commémorée dans les vitraux de l’autel de la Vierge de Lourdes, à Notre-Dame de Niort. Combien ces souvenirs sont chers aux cœurs chrétiens de cette paroisse, où, chaque soir, le chapelet est publiquement récité !

Un beau tableau de Notre-Dame du Perpétuel Secours, placé dans l’une des nefs latérales, a reçu de nombreux ex-voto en marbre blanc; il est entouré de lampes rouges continuellement allumées; et bien des fidèles serviteurs de Marie viennent y implorer fréquemment son secours maternel. — Au-dessus de ce tableau, s’en trouve un autre, fort expressif, représentant la Mère des Douleurs.

A l’église Notre-Dame de Niort, se rattache un souvenir historique qui nous paraît digne d’être noté. Le 10 octobre 1627, le roi Louis XIII, — le monarque très chrétien qui, quelques années après, devait consacrer solennellement la France à Marie et instituer à cet effet une Procession dite du «Vœu dè Louis XIII» faite chaque année dans toutes les églises de ce royaume, le jour même de l’Asomption, — ce monarque, disons-nous, s’arrêta à Niort en revenant du siège de la Rochelle. Il coucha dans la maison des Pères de l’Oratoire, à quelques pas de l’église Notre-Dame. Le lendemain matin, il entendit pieusement la sainte Messe, dans ce sanctuaire, placé sous le nom de cette Reine du Ciel, qui peut, à bon droit, joindre à ce titre celui de Souveraine du beau royaume de France: Regnum Galliæ, regnum Mariæ.

NOTRE DAME DES LARMES

Tableau miraculeux exposé dans l’église Sainte-Radegonde à Poitiers. (Voir plus haut, page 13, et une belle notice dans la Sem. Rel. de 1889, p. 358.)


Voici un autre souvenir historique de ce même 17e siècle, qui, entre beaucoup d’autres de ce genre, témoigne de la piété traditionnelle des Niortais pour Marie: «M. Parthenay, procureur du roi à Niort, décédé le 4 mars 1680, a légué par son testament 40 livres 10 sous de rente pour une Messe à faire célébrer à chacune des cinq fêtes principales de la Sainte Vierge: l’Immaculée Conception, la Nativité, l’Annonciation, la Purification et l’Assomption.»

A Saint-André, où le chapelet se récite en commun, régulièrement chaque soir, comme à Notre-Dame, et où, régulièrement aussi, il y a, le matin de chaque premier samedi du mois, Messe et Instruction pour les associés du saint Rosaire, on trouve: 1° l’autel du Rosaire, surmonté d’une fort belle statue de la Sainte Vierge; 2° à l’entrée de cette chapelle, une autre belle statue de Marie, objet de la vénération des fidèles; 3° la chapelle et la statue de Notre-Dame des Sept Douleurs. L’archiconfrérie du Cœur agonisant de Jésus et du Cœur compatissant de Marie, qui a pour objet de prier pour les agonisants, est canoniquement érigée à Saint-André.

L’église Saint-Hilaire de Niort possède une très gracieuse chapelle de la Sainte Vierge qui contient, outre la belle statue de la Mère de Dieu surmontant l’autel, une statue de Notre-Dame de Lourdes, puis une autre de Notre-Dame des Victoires, enfin un ravissant tableau de Notre-Dame du Perpétuel-Secours, devant lequel brûlent constamment des lampes, entourées d’ex-voto en plaques de marbre blanc, témoignage de reconnaissance envers la Vierge immaculée pour diverses grâces obtenues par son intercession.

C’est sous un titre bien touchant, celui de Notre-Dame de la Persévérance, que tous les ans, le jour de leur seconde Communion, quelques semaines après la première, les enfants de la paroisse renouvellent leur consécration à la Très Sainte Vierge: «O Marie, — disent-ils, — nous nous sommes déjà entièrement

«consacrés à vous au beau soir de notre première Communion. Aujourd’hui, nous

«vous renouvelons cet acte de filiale consécration, mais en vous suppliant,

«tout particulièrement, de nous obtenir la grâce de persévérer dans votre amour

«et dans l’amour de Jésus, votre divin Fils.»

La Reine du Ciel n’est pas moins aimée et honorée dans la nouvelle et magnifique église paroissiale do Saint-Etienne, où son image bien-aimée brille aux regards sous diverses formes et touche tous les cœurs. Et de combien de manières, surtout, éclate la tendre dévotion des fidèles de cette paroisse pour Marie!

Plusieurs des chapelles particulières de Niort sont placées sous divers vocables de la Sainte Vierge:

Celle des Petites Sœurs des Pauvres, sous celui de l’Immaculée Conception.

Celle des Sœurs de l’Espérance, sous celui de l’Attente du divin Enfantement de la Mère du Sauveur.

La ravissante petite chapelle de l’école libre Saint-Hilaire porte le titre de l’Annonciation.

Dans les jardins de l’hôpital-hospice, se trouve un délicieux oratoire qui a pour Patronne «Notre-Dame du Sacré-Cœur», dont la charmante statue est entourée de touchantes invocations à Marie. Ce grand hospice eut pour aumônier, il y a quelque trente ans, un prêtre fort zélé, qui s’était attaché à faire aimer et honorer tout particulièrement par ses chers malades Notre-Dame du Sacré-Cœur; celle-ci l’en récompensa en le faisant entrer, un peu plus tard, dans la congrégation des Religieux de ce même nom, et c’est sous ces heureux auspices que, missionnaire en Océanie, il y fonda la Mission des îles Gilbert dont il parcourait les plages sur son esquif, Maris Stella. Nous avons nommé le R. P. Bontemps, mort saintement, provicaire apostolique de cette lointaine Mission, le 21 novembre 1898, le jour même de la Présentation de la Très Sainte Vierge, en récitant pieusement son chapelet et en embrassant son scapulaire. Il était né à Niort même.

Cette ville a eu la gloire d’avoir vu naître également dans son sein deux Congrégations de Religieuses, vouées à l’enseignement: celle du Saint-et-Immaculé-Cœur de Marie, fondée peu après la Révolution de 1830, et celle de l’Immaculée-Conception, érigée peu après la définition de ce dogme en 1854, par Pie IX. Nous y reviendrons plus loin. L’odieuse persécution de la franc-maçonnerie gouvernementale a fait, hélas! fermer presque toutes les écoles dirigées par les Religieuses de ces deux Congrégations, dans le diocèse, où elles avaient élevé, avec un dévouement admirable, de nombreuses générations d’enfants. De chrétiennes institutrices laïques ont pris à cœur de continuer la noble et belle tâche des congréganistes. Et, puisque nous consacrons ce travail à tout ce qui est sous le patronage de Marie, nous devons rendre particulièrement hommage à une excellente maison d’éducation, connue depuis longtemps à Niort sous le nom d’Institution Notre-Dame, dont la digne et intelligente directrice jouit, à bon droit, de toute la confiance des familles chrétiennes.

Complétons par un détail intéressant ce que nous avons dit plus haut au sujet de Notre-Dame de Niort.

L’une des chapelles (la première, en entrant, à gauche) de L’église Notre-Dame de Niort porte au-dessus de l’autel une touchante Mater dolorosa au pied de la Croix de son divin Fils. A côté de l’autel, se trouve une grande plaque de marbre portant cette inscription:

«Cette chapelle est dite Notre-Dame de Joie et de Passion, dans un acte de 1547 et Notre-Dame de Pitié en 1667 dans un codicille de Madame de Parabère, Ce codicille est la fondation de Messes à dire tous les lundis, mercredis et samedis pour l’auteur, pour son mari et pour son fils, dans cette même chapelle destinée à réunir leurs restes.

«Sur ces restes, en 1684, Mme la maréchale de Noailles fit ériger trois beaux mausolées qui furent détruits en 1793. Ces cercueils de plomb furent fondus, et les ossements mis au cimetière voisin.»

En 1853, la Fabrique de cette église fit restaurer la chapelle, rétablir les mausolées, et ériger un nouvel autel sur lequel on a placé une Notre-Dame de Pitié formée du tronc d’une ancienne statue autrefois vénérée dans l’église Saint-Etienne du Port (dans cette même ville de Niort), mais décapitée en 1793 par une horde étrangère, et délaissée pendant trente ans, en borne de la rue, non loin de son ancien autel dont le service, dès l’an 1612, avait été transporté dans cette église Notre-Dame.

Terminons par un trait gracieux qui se rapporte à une antique statue de Marie placée avant la Révolution, à l’entrée des remparts de la ville, sur une éminence d’où la vue embrasse tout Niort, qu’elle couvrait de son égide. Pour la soustraire au vandalisme des agents de la Terreur, elle fut cachée dans une maison particulière, chez une dame fort pieuse, qui l’offrit aux Religieuses du Saint-et-Immaculé-Cœur, dont la Congrégation était récemment fondée Celles-ci l’acceptèrent avec reconnaissance. Comme la statue était une Vierge-mère, et qu’elles eussent voulu une Immaculée-Conception, elles firent détacher l’Enfant Jésus des bras de sa mère; mais par trois fois le divin Enfant, par un prodige manifeste, revint à sa place primitive; et la statue vénérée se trouve actuellement dans un charmant oratoire de la maison-mère, où de nombreux ex-voto d’actions de grâces pour de précieuses faveurs obtenues prouvent hautement le culte filial dont elle est l’objet.

NOTRE-DAME REINE DES CŒURS

Vénérée statue établie par le B. de Montfort lui-même dans la chapelle des Sœurs de la Sagesse au faubourg Montbernage, à Poitiers. Voir dans cette brochure, p 15 et Sem Rel du 8 septembre 1889.)


Après Poitiers et Niort, l’importante ville de CHATELLERAULT, la 3e du diocèse par sa population, ne nous semble point mériter, assurément, d’être passée sous silence en ce qui regarde le culte pour la divine Mère de Dieu.

Aucune de ses quatre églises paroissiales actuelles n’est placée sous l’un des vocables de Marie; mais elle avait, avant la Révolution, une paroisse de Notre-Dame, dont il ne reste que des ruines.

Il y avait aussi, autrefois, dans cette ville plusieurs chapelles ayant les titres suivants:

Notre-Dame de Charité :

Notre-Dame d’Harcourt;

Notre-Dame de la Fourneraye;

Notre-Dame de Billy;

Notre-Dame de Pouthumé.

Si ces chapelles n’existent plus aujourd’hui, la dévotion des Châtelleraudais pour la Très Sainte Vierge ne nous paraît pas être amoindrie. Mieux encore que dans les temples matériels, cette dévotion revit toujours, douce et fidèle, dans les sanctuaires des cœurs, et se traduit — sans grand bruit, il est vrai, mais sincèrement — de toutes manières, principalement dans l’empressement qu’un grand nombre de chrétiens dignes de ce nom mettent à s’enrôler dans les Associations d’Enfants de Marie, du saint Rosaire, du Scapulaire, etc. — Chaque année, Châtellerault envoie un sérieux contingent de pèlerins au bien-aimé sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes.

Ajoutons que la Reine du Clergé a suscité, dans cette ville, durant tout le siècle dernier, de nombreuses vocations ecclésiastiques, et que la plupart des prêtres dont elle a doté le diocèse ont occupé ou occupent encore une place marquée dans les rangs du sacerdoce, par leurs vertus et par leurs autres mérites, comme par leur culte de choix envers la Très Sainte Vierge.

Nous allons maintenant passer rapidement sur les particularités qui s’attachent à beaucoup d’autres paroisses du Poitou, relativement à tout ce qui concerne la Reine du Ciel.

Les paroisses dont les églises portent le vocable de Notre-Dame.

Table des matières

Sur les 654 paroisses que compte le diocèse de Poitiers, 103 sont placées sous le vocable de Notre-Dame. Ce sont les suivantes: l’Absie, les Alleuds, Amuré, Antigny, Ardin, Aslonnes, Beaumont, Belleville, Bouin, Bouresse, Bressuire, Breuil-Bernard, Breuil-Chaussée, Breuil-sous-Argenton, le Busseau, Ceaux, en-Loudun, Celles, Celle-l’Evêcault, Chalais, Chalandray, Chambroutet, Champdeniers, Champigny-le-Sec, Chapelle-Largeau, Chapelle-Morthemer, Chapelle-Seguin, Chàteau-Larcher, Châtillon-sur-Sèvre, Chauvigny (l’une des deux paroisses), la Chaussée, Chef Boutonne, Chenay, Chizé, Clavé, Clussais, Colombiers, Couhé, Coulombiers, Coulonges-Thouarsais, Coussay-les-Bois, Echiré, Fontaine-le-Comte, Fors, François, Gençay, Genouillé, Glenouze, Jouhet, Lencloître, Liniers, Lusignan. Maisonnais, Maisontiers, Massognes, Mazières-sur-Béronne, Melleran, Mignaioux, Mirebeau (l’une des deux paroisses), Montamisé, Moncontour, Montgauguier, Montmorillon (l’une des deux paroisses), Morthemer, les Trois-Moutiers, Neuville, Neuvy-Bouin, Niort (l’une des 4 paroisses), Nueil-sur-Dive, Notre-Dame-d’Or, Poitiers (Notre-Dame-la-Grande), Payroux, la Peyratte, le Pin, Plaisance, Priaire, la Puye, Ranton, la Rochepozay, Saint-Loup, Saint-Paixent, Saint-Savin, Séligny. Soudan, Souvigné, Taizé, Ternay, Terves, Tessonnières, Vallans, Vaux-en-Couhé, Vaux-en-Châtellerault, Véniers, Vernou-en-Gâtine, Vellèches, Villemain, Villiers-sous-Chizé, Vouillé-sous-Niort.

Outre leur principal vocable de Notre-Dame, les paroisses suivantes avaient autrefois des chapelles spéciales placées sous l’un des différents titres de la Très Sainte Vierge:

Antigny: deux chapelles de Notre-Dame-de-Tous-les-Saints.

Beaumont: chapelles de Notre-Dame de Recouvrance, de Notre Dame de Bon-Secours, de Notre-Dame de Bon-Ayde.

Bouresse: chapelle Notre-Dame d’Abéan.

Bressuire: chapelle de Notre-Dame de Consolation.

Ceaux-en Loudun: le prieuré-cure de Notre-Dame de Ceaux, et chapelle de Notre-Dame de Pitié.

Celle-l’Evêcault: chapelle de Notre-Dame de Boursegatte.

Chauvigny: chapelles de Notre-Dame de Grâce, de Notre-Dame de Liesse ou la Joyeuse, de Notre-Dame de Fleix ou des Fellins.

Chenay: chapelle de Notre-Dame de Ballezan ou des Balsans.

Echiré : chapelle de Notre-Dame de Charlieu.

Glenouze: trois chapelles de la Sainte-Vierge, dont une de Notre-Dame de Pitié.

Lencloître: chapelle de Notre-Dame de Bon-Gillet. Aujourd’hui uue chapelle de Notre-Dame des Anges (au château de Cursay).

Lusignan: chapelle de Notre-Dame les Lauvergnats; puis une église prieuré de Notre-Dame des Mureaux.

Mirebeau: chapelle de Notre-Dame l’Ancienne, et Notre-Dame de Grâce. (Nous parlerons bientôt de l’image miraculeuse de la Très-Sainte Vierge qui est encore l’objet d’une grande vénération dans l’église Saint-André.)

Moncontour: chapelle de l’Assomption de Marie.

Montgauguier: chapelle de Notre-Dame de Recouvrance.

Nueil-sur-Dive: chapelle de Notre-Dame de Lussays.

Le Pin: chapelle de Notre-Dame de Confort ou Réconfort.

Voici les paroisses qui, quoique n’étant pas placées sous le vocable de Notre-Dame, comptaient autrefois — et quelques-unes comptent encore — dans leurs églises ou dans leur voisinage une ou plusieurs chapelles ou autels placés sou l’un des titres la Très Sainte Vierge:

A Allonne (Deux-Sèvres). — Chapelle de Notre-Dame du Retail.

A Antran. — Chapelle de Notre-Dame de Pitié ou des Quenauts,

A Anxaumont. — Chapelle de Notre-Dame de Beaulieu.

A Andillé. — Chapelle de Notre-Dame de Pitié.

A Bilazais. — Chapelle de Notre-Dame des Agonisants ou de Fontenailles.

A Rlaslay. — Chapelle de Notre-Dame des Jaunais.

A Boismé. — Chapelle de Notre-Dame des Roches-Guitton, de Notre-Dame de la Conception; de Notre-Dame de Bon-Secours.

A Bouillé-Saint-Paul. — Chapelle de Notre-Dame des Pierrois ou Perrois.

A Brie. — Chapelle de Notre-Dame des Anges ou de la Conception.

A Cerzay. — Chapelle de Notre-Dame de Lorette; une autre chapelle sous le titre de Notre-de-Dame de Lorette de la Jeune Lande ou des Guillots, ou de la Mulotière.

A Chapelle-Montreuil. — Chapelle de Notre-Dame des Anges.

A Caunay. — Avait une église sous le titre de Notre-Dame de Pers.

A Chauray. — Chapelle de Notre-Dame de Pitié.

A Cherveux. — Chapelle de Notre-Dame de Jaunay et chapelle de Notre-Dame de Mallevaux.

A Chey. — Avait chapelle de Notre-Dame au château de Brégeon; chapelle de Notre-Dame de Pitié ou des Nivards; chapelle de Notre-Dame des Tastreaux ou de Lastreaux.

A Chiché. — Chapelle de Notre-Dame de Recouvrance.

A Chouppes. — Chapelle de l’Annonciation de la Sainte Vierge.

A Clazay. — Chapelle de Notre-Dame de Beaumont.

A Curçay. — Chapelle de Notre-Dame de Liesse ou des Offreaux.

A Doussay. — Chapelle de Notre-Dame de Pitié.

Aux Echaubrognes. — Chapelle de Notre-Dame de Cettifaux ou Celtifaux.

A Faye-l’Abbesse. — Chapelle de Notre-Dame de la Chauvelière.

A Saint-Maurice-la-Fougereuse. — Chapelle de Notre-Dame de Grâce.

A Fronlenay-Rohan-Rohan. — Chapelle de Notre-Dame de Pitié.

A Haims. — Avait église de Notre-Dame de Tenet.

A Lamairé. — Chapelle de Notre-Dame de Pitié.

A Leugny-sur-Creuse. — Chapelle de Notre-Dame de Lorette et prieuré de Notre-Dame de Prélong.

A Lezay. — Chapelle de Notre-Dame de l’Annonciation.

A Loudun. — Chapelle de Notre-Dame des Gennebauts; chapelle de Notre-Dame de l’Hermite; deux chapelles de Notre-Dame de Pitié ; chapelle de Notre-Dame des Rouilliers; chapelle de Notre-Dame de la Tussandrie; chapelle de Notre-Dame (sans autre désignation); chapelle de Notre-Dame de l’Epine ou de Velor; Prieuré de Notre-Dame (au château); chapelle de Notre-Dame à l’Hôtel-Dieu; chapelle de Notre-Dame des Genvres (à l’Hôtel-Dieu).

A Magné-en-Gençay. — Chapelle de Notre-Dame de Lorette ou des Bellaudeaux (existe encore); chapelle de Notre-Dame de la Roche-en-Gençay.

A Ligugé. — Avait une église-prieuré Notre-Dame de Mezeaux.

A Saint-Pierre-de-Maillé. — Deux chapelles de Notre-Dame.

A Martaizé. — Chapelle de Notre-Dame de Boisfollet.

A Massais. — Chapelle de Notre-Dame de Meslés.

A Mauzé-Thouarsais. — Chapelle de Notre-Dame de Civrais; chapelle de Notre-Dame de la Fontaine; chapelle de Notre-Dame (sans autre désignation); chapelle de Notre-Dame du Porteron; chapelle de Notre-Dame du Pressoir-Bachelier; chapelle de Notre-Dame des Rouilliers.

A Melle. — Chapelle de Notre-Dame-l’Ancienne ou des Négriers.

A Menigoute. — Outre l’église actuelle, sous le vocable de Saint-Jean-Baptiste, il y avait une autre église sous celui de Notre-Dame.

A Monts-sur-Guesnes. — Chapelle de Notre-Dame de la Chambaudière.

A la Mothe-Saint-Héray. — Chapelle de Notre-Dame de l’Arceau ou Larsant ou de Fressines; chapelle de Notre-Dame de Pitié ; chapelle de Notre-Dame du Rosaire.

A Mouterre-Silly. — Chapelle de Notre-Dame (sans autre désignation); chapelle de Notre-Dame des Richards; chapelle de Notre-Dame de Silly.

A Noirlieu. — Cuapelle de Notre-Dame de Champrond.

A Pamproux. — Chapelle de Notre-Dame de Mirettes; chapelle de Notre-Dame de l’Arceau.

A Parthenay. — Avait une église, restée célèbre, sous le nom de Notre-Dame de la Couldre ou Coudre. C’est là que saint Bernard, l’illustre serviteur de Marie, célébrant la Messe et avant de consommer l’adorable Sacrifice, s’avança jusqu’au seuil de l’église où se tenait Guillaume VIII comte de Poitiers et duc d’Aquitaine, révolté contre l’Eglise catholique, et, abordant résolument le prince, au nom du Maître offensé qu’il tient devant lui, l’adjura de renoncer au schisme et de revenir à ce Dieu qu’il outrageait. A ces mots, Guillaume, frappé comme d’un coup de foudre, et cédant à une inspiration miraculeuse, se prosterna, adora Jésus-Christ caché sous les espèces eucharistiques, et, changé tout à coup en un autre homme, ne se releva que pour solliciter son pardon. Subitement converti, il mérita, par de longues pénitences, de mourir comme un saint. On sait qu’il fut canonisé, et que le diocèse de Poitiers l’honore comme tel dans sa liturgie. — Les ruines de l’église de Notre-Dame de la Couldre existent encore.

A Périgné. — Chapelle de Notre-Dame (sans autre désignation); chapelle de Notre-Dame de Pitié.

A Prahecq. — Avait deux chapelles de Notre-Dame de Pitié.

A Prailles. — Chapelle de Notre-Dame de Maisoncelle.

A Priaire. — Chapelle de Notre-Dame de Prières.

A Pranzay. — Chapelle de Notre-Dame des Anges.

A Ranton — La chapelle de la «Bonne Dame de Ranton», vénéré sanctuaire et lieu de pèlerinage, dont nous avons parlé plus haut.

A Rom. — Chapelle de Notre-Dame de la Minette ou de l’Herminette.

A Rouillé. — Chapelle de Notre-Dame de Logerie.

A Saint-Amand-sur-Sèvre. — Chapelle de Notre-Dame des Miséricordes.

A Sainte-Gemme. — Deux chapelles de Notre-Dame.

A Saint-Jouin-de-Marnes. — Chapelle de Notre-Dame de Pitié.

A Saint-Jouin-sous-Châtillon. — Chapelle de Notre-Dame de l’Aumônerie.

A Saint-Maixent. — Chapelle de Notre-Dame de Fontmorte des Asses; chapelle de Notre-Dame de Ruzay; chapelle de Notre-Dame de Fontebœuf; chapelle de Notre-Dame d’Appelvoisin ou des Bouyers; chapelle de Notre-Dame de Boisebœuf; chapelle de Notre-Dame la Blanche ou des Blanches.

A Saint-Martin-de-Sanzay. — Chapelle de Notre-Dame des Granges; chapelle de Notre-Dame des Bâcles; chapelle de Notre-Dame de la Corte; chapelle de Notre-Dame de Pitié.

A Saint-Martin-de-Saint-Maixent. — Chapelle de Notre-Dame de Foncreuse.

A Sainte-Pezenne. — Chapelle de Notre-Dame de la Dressonnière; chapelle de Notre-Dame de Recouvrance.

A Saint-Remy-sur-Creuse. — Avait une église sous le titre de Notre-Dame de la Haye.

A Saint-Sauvant. — Chapelle de Notre-Dame des Pelletiers.

A Sainte-Verge. — Chapelle de Notre-Dame de la Perrière.

A Sayvres (près Saint-Maixent). — Chapelle de Notre-Dame des Andraults.

A Sammarçolles. — Chapelle de Notre-Dame de la Crépinière, ou des Croniers, ou des Fillatreau (du nom des familles qui l’avaient fondée).

A Sanxay. — Chapelle de Notre-Dame du Rosaire ou de la Coindardière.

A Sansais. — Chapelle de Notre-Dame de Doil.

A Scorbé-Clairvaux. — Chapelle de Notre-Dame des Vergers.

A Secondigné. — Chapelle de Notre-Dame des Mornays.

A Secondigny. — Chapelle de Notre-Dame des Bois.

A Sérigny. — Chapelle de Notre-Dame de Bellebaste; chapelle de Notre-Dame de la Maisonneuve; chapelle de Notre-Dame de la Mantalerie; chapelle de-Notre-Dame (sans autre désignation).

A Thénezay. — Chapelle de Notre-Dame de Puisant.

A Thorigny. — Prieuré-cure de Notre-Dame de Thorigné,

A Thuré. — Chapelle de Notre-Dame (sans autre désignation); chapelle de Notre-Dame au cimetière; chapelle de Notre-Dame au château de Thuré.

A Thouars. — Chapelle de Notre-Dame (sans autre désignation); chapelle de Notre-Dame-la-Douce; chapelle de Notre-Dame de Baron; chapelle de Notre-Dame de Pitié ; chapelle de Notre-Dame de la Ronde; chapelle de Notre-Dame de la Miséricorde; enfin il y avait une église placée sous le vocable de Notre-Dame proprement dit.

A la Trimouille. — Avait une église de Notre-Dame, dont il ne reste que des ruines.

A Vasles. — Chapelle de Notre-Dame de la Sayette (de la noble et chrétienne famille de ce nom).

A Vouillé (Vienne). — Chapelle de Notre-Dame de la Conception.

A Vouneuil-sous-Biard. — Chapelle de Notre-Dame de Boivre, et chapelle de Notre-Dame de l’Assomption.

Quelles touchantes, quelles gracieuses, quelles suaves appellations données à Marie dans la longue énumération des sanctuaires et des autels particuliers érigés en son honneur, que nous avons publiée dès le commencement de ce travail!

Notre-Dame-la-Grande.

Notre-Dame des Clefs.

Notre-Dame de Pitié (près de cent autels ou statues placés sous ce titre, dans le diocèse.

Notre-Dame de Compassion.

Notre-Dame de Grâce.

Notre-Dame des Grâces.

Notre-Dame des Aides.

Notre-Dame de Bon Aide.

Notre-Dame de Bon-Secours.

Notre-Dame du Perpétuel Secours.

Notre-Dame des Dons.

Notre-Dame la-Blanche.

Notre-Dame des Enfants.

Notre-Dame d’Albâtre.

Notre-Dame des Cloîtres.

Notre-Dame des Châsses.

Notro-Dame des Fleurs.

Notre-Dame de Bel-Air.

Notre-Dame des Bois.

Notre-Dame de Bon-Lait.

Notre-Dame des Fougères.

Notre-Dame de l’Epine.

Notre-Dame du Lys.

Notre-Dame du Chêne.

Notre-Dame de Beau Chêne.

Notre-Dame du Cèdre.

Notre-Dame des Vergers.

Notre-Dame de l’Etoile.

Notre-Dame la Douce.

Notre-Dame de Recouvrance.

Notre-Dame de Miséricorde.

Notre-Dame des Miséricordes.

Notre-Dame des Agonisants.

Notre-Dame du Cimetière.

Notre-Dame des Larmes.

Notre-Dame des Pauvres.

Notre-Dame l’Agenouillée.

Notre-Dame des Prières.

Notre-Dame de Bonne-Joie.

Notre-Dame de Consolation.

Consolatrice des affligés.

Notre-Dame de Liesse.

Notre-Dame Reine des Cœurs.

Notre-Dame des Anges

Notre-Dame de Tous les Saints.

Un diocèse où, de temps immémorial, le culte et l’amour pour la Vierge immaculée se traduisent de la sorte ne justifie-t-il pas, à bon droit, les prédilections de la Reine du Ciel?...

Tableaux et statues de Marie particulièrement honorés

Table des matières

Faut-il parler maintenant, non plus des sanctuaires de Marie ou des autels érigés en son honneur dans notre cher diocèse, mais des statues ou des tableaux qui y sont l’objet d’un culte spécial envers Celle dont les uns et les autres portent l’image bénie et qui rappellent des bienfaits signalés de la divine Mère de Dieu? Bornons-nous à en mentionner quelques-uns.

L’église Saint-André de Mirebeau possède une statue depuis longtemps considérée comme miraculeuse. C’est une Vierge byzantine, d’une beauté et d’une suavité d’expression vraiment remarquables. Un membre de la Commission des Beaux-Arts n’a pas craint de déclarer qu’elle est l’une des plus anciennes de toutes celles connues en France. Elle est l’œuvre d’un saint Religieux Bénédictin du XIe siècle: ce qui fait remonter son origine à neuf cents ans. Elle échappa miraculeusement au vandalisme des huguenots, puis des hommes de la Terreur. Rien n’est touchant comme le culte dont elle est entourée de nos jours, en raison des faveurs marquées, obtenues à ses pieds. On lui consacre les petits enfants que l’on conduit à son autel, lorsqu’on les dépouille de leurs premiers langes. (Voir, sur cette vénéré Madone, une intéressante notice historique dans la Semaine Religieuse de l’année 1899, p. 459, et année 1900, p. 548.)

A la liste des diverses chapelles placées sous différents vocables de Marie qui existaient autrefois dans cette ville — (dont quelques-unes subsistent encore) — que nous avons énumérées précédemment, il faut ajouter celle de «Notre-Dame du Grand-Pas de Dieu», qui se trouvait à la chapelle Sainte-Croix.

Un peu plus loin, l’église Saint-Hilaire de Loudun s’honore de la possession d’un merveilleux tableau de la Très Sainte Vierge, qui porte le nom de Notre-Dame de Recouvrance. C’est l’œuvre d’un grand maître — qu’on croit flamand — de la fin du xve siècle. Depuis cinq cents ans, les habitants de cette ville ont voué un culte de confiance et d’amour à cette Madone, dont maintes fois ils ont ressenti la maternelle sauvegarde .

Nous commettrions un fâcheux oubli si nous ne signalions, en parlant de cette même ville, la belle et monumentale statue de Notre-Dame du Rosaire.

En arrivant à Loudun par l’avenue du chemin de fer, le voyageur ne tarde pas à rencontrer, aux portes mêmes de la ville, un charmant jardin, planté de grands arbres qui inclinent leurs rameaux en forme de voûte gothique sous laquelle se montre, douce et gracieuse, l’image bénie de la Reine du ciel, portant dans ses bras Jésus Enfant. La statue est de grandeur naturelle, en pierre blanche, et dressée sur un piédestal comme sur un trône glorieux,

L’érection en remonte à la fin de l’année 1866, époque où le R. P. Matthieu, — l’illustre Dominicain du couvent de Poitiers dont la parole si éloquente fut si justement appréciée dans presque toute la France, — prêcha à Loudun une Mission qui obtint le plus grand succès et qui remua profondément toute la ville. Le souvenir de cette grande Mission est de ceux qui resteront longtemps dans la mémoire des Loudunais.

Pour couronner son apostolat, le saint Religieux voulut placer la ville entière sous la protection de Notre-Dame du Rosaire. Les habitants souscrivirent aussitôt pour payer la statue. Le Conseil municipal concéda obligeammentle terrain, et le lendemain de Noël de cette même année 1866, eut lieu la cérémonie de l’érection au milieu de l’enthousiasme populaire. Les maisons furent toutes pavoisées d’oriflammes, les rues tapissées de guirlandes, les arcs de triomphe dressés dans les airs, et, le soir, au son joyeux des cloches, toute la ville s’illumina comme sur un ciel étoilé en l’honneur de l’auguste Mère de Dieu.

La piété des fidèles se plaît, depuis lors, à répandre fréquemment des fleurs et des prières aux pieds de la sainte image; et, tous les ans, à l’époque du Mois de Marie et de la première communion, la procession paroissiale vient stationner au jardin de Notre-Dame du Rosaire, la divine Protectrice de la cité.

Notre Dame de Recouvrance

Tableau du XVIe siècle placé dans l’église Saint Hilaire à Loudun (Voir p. 26.)


L’église paroissiale de Chabournay, au doyenné de Neuville, recueillait avec empressement, il y a plus de vingt-cinq années, une vieille statue de la Vierge qui se trouvait très anciennement dans la petite chapelle d’une noble et chrétienne famille des environs de Mirebeau. Puis elle fut donnée à une pieuse et respectable domestique, qui la conserva longtemps dans sa chambre, l’entourant de fleurs et la priant sans cesse. Avant sa mort, elle la légua à l’église, avec une certaine somme d’argent, avec la condition qu’on y célébrât trois Messes par an à son intention. Cette statue en granit a pour vocable: CONSOLATRICE DES AFFLIGÉS. Chaque dimanche, bien des fidèles font brûler des cierges à son autel. L’âme de l’humble servante, aujourd’hui si grande là-haut, ne se réjouit-elle pas de l’honneur rendu à la chère Madone qui avait été sa consolatrice ici-bas?

A Lusignan. — Les dévouées Religieuses de l’hospice montrent avec quelque fierté, dans leur chapelle, une statue de Marie, d’un poids fort respectable et qui se fit légère comme une plume, lorsque, à l’époque de la Révolution, des forcenés se présentant à leur porte pour tout saccager, une vieille Religieuse enleva prestement la vénérée statue et la mit en lieu sûr. Un fait de même nature, nous l’avons vu plus haut, se produisit, à la même époque et presque dans les mêmes conditions, à Poitiers, pour la statue de Notre-Dame des Cœurs à la communauté des Sœurs de la Sagesse à Montbernage, et au couvent des Filles de Notre-Dame.

Le fait que nous venons de rappeler pour Lusignan nous a été confirmé, il y a quelques années, par une lettre que nous communiqua M. l’abbé Ripault, alors curé-doyen de la paroisse, aujourd’hui chanoine titulaire. Voici cette note:

«Une pieuse tradition de notre Communauté rapporte que, pendant la Révolution de 1793, une Religieuse, voulant soustraire à la profanation la statue de la Sainte Vierge vénérée dans la chapelle de l’hospice, la prit dans ses bras et la transporta sans peine à l’autre extrémité de la maison.

«Ce fait est considéré dans la Communauté comme miraculeux, car cette statue est en pierre massive et par conséquent bien au delà des forces de la bonne Religieuse qui l’a transportée.»

Ne quittons pas cette ville de Lusignan, dont le nom rappelle de grands souvenirs religieux et historiques, sans dire que sa vaste et belle église paroissiale, placée sous le titre et le patronage de Notre-Dame, est un sanctuaire vraiment digne de la Reine du ciel. On est heureux de penser que, depuis des siècles, elle y a reçu, sans interruption, les plus fervents hommages de ses plus humbles serviteurs, comme des plus illustres personnages. Nous savons, par l’histoire, que le meilleur et le plus héroïque de nos rois, saint Louis, est venu lui-même, y prier Celle dont le royaume de prédilection sur terre est cette noble France sur laquelle il régna si glorieusement, sous les auspices mêmes de Marie.

De nos jours encore, tout y parle d’elle; et il n’est pas surprenant que, notamment au mois de mai (mois consacré à la Vierge immaculée) de l’année 1896, les trois ou quatre cents élèves du collège Saint-Joseph de Poitiers, dirigé par les RR. Pères de la Compagnie de Jésus, y soient venus en pèlerinage, par train spécial et y aient renouvelé leur consécration à l’auguste et divine Vierge.

La fête patronale de l’église est l’Assomption de Marie dont le glorieux mystère est, en effet, rappelé, au grand autel par une belle statue et un gracieux vitrail, et, à l’autel latéral de gauche, par un grand tableau.

Notre-Dame du Perpétuel Secours est, également, honorée dans cette église, au pied d’un autre tableau devant lequel brûle sans cesse une lampe, entourée fréquemment de fleurs.

Le nom de Lusignan évoque immédiatement le souvenir de cette antique et illustre famille de Lusignan qui, depuis le 10e siècle et au temps des croisades, fournit à Jérusalem et à Chypre plusieurs rois qui furent en même temps de valeureux guerriers. Les fondateurs de cette belle et grande église de Notre-Dame furent les sires de Lusignan, ancêtres de ces rois. Elle fut achevée par Hugues VII de Lusignan à son retour de la Terre-Sainte.

Monseigneur Cousseau, notre éminent compatriote, mort à Poitiers après avoir illustré le siège épiscopal d’Angoulême, a publié, dans les Mémoires des Antiquaires de l’Ouest, l’histoire de l’église Notre-Dame de Lusignan (Mémoires des Antiquaires de l’Ouest). Après avoir montré la grande part que la famille de Lusignan a prise dans ces guerres célèbres des croisades dont le principe et les effets longtemps méconnus sont aujourd’hui mieux appréciés, il ajoute:

«On devine quels beaux spectacles dut souvent offrir, au 11e et au 12e siècle, cette belle église de Notre-Dame de Lusignan, lorsque ces nobles seigneurs, entourés d’un grand nombre de leurs vassaux tous parés de la croix sur la poitrine, venaient en armes, au moment du départ, recommander à Dieu et à la Bienheureuse Vierge Marie le succès du saint voyage; ou bien lorsque, au milieu de la foule étonnée et attendrie, ils venaient rendre grâce à Dieu dans son temple pour la protection dont il les avait couverts dans les combats contre les infidèles Qu’on imagine surtout quelle joie dut y éclater en 1186, lorsque des messagers venus d’Orient apportèrent la nouvelle du couronnement de Guy de Lusignan comme roi de Jérusalem.»

Bertrand de Goth, archevêque de Bordeaux, visitant, en juillet 1305, sa province ecclésiastique, se trouvait à Lusignan lorsqu’il apprit que le Sacré-Collège, réuni à Rome, l’avait élu, le 5 juin précédent, Souverain Pontife . Après être retourné à Bordeaux et s’être fait couronner à Lyon, en présence du roi de France, il tomba malade pendant quelque temps, puis resta en France jusqu’en 1309 pour les intérêts généraux de l’Eglise et plus particulièrement ceux de l’Aquitaine. Il revint en 1308, à Poitiers, puis au château de Lusignan, où Guy de Lusignan le reçut avec une grande magnificence. L’église Notre-Dame le revit alors, mais dans toute sa dignité, entouré, dit Monseigneur Cousseau (auquel j’emprunte également ces lignes), de cardinaux et de prélats, avec l’éclat auguste qui suit partout le Vicaire de Jésus-Christ et le chef de l’Eglise universelle. Il y a même tout lieu de croire que la fête patronale de cette église, qui est celle de l’Assomption de Marie, reçut de la présence du Pape et deses bénédictions sur la multitude des fidèles entassés dans les nefs, une solennité qu’elle n’a jamais revue depuis lors. Une de ses bulles en faveur de l’abbaye de Fontaine-le-Comte est datée, en effet, de Lusignan, 19 août, pendant l’octave de l’Assomption, et il paraît certain qu’il résidait depuis quelques jours déjà dans cette paroisse. Il ne semble pas douteux, par conséquent, que le Vicaire de Jésus-Christ n’ait eu à cœur de glorifier la Mère de Dieu en ce beau jour de l’Assomption, en rehaussant de sa présence cette solennité dans une église placée sous le vocable de Marie et déjà enrichie de tant de nobles souvenirs. Quel honneur pour l’église Notre-Dame de Lusignan!

L’église de Moussac-sur-Vienne possédait, jusqu’en ces dernières années, une fort belle statue de la «Vierge portant l’Enfant divin», en cuivre doré et émaillé. dont l’origine remonte au 13e siècle. Cette statue, d’un travail remarquable, était classée au nombre des monuments historiques. Elle était en grande vénération dans le pays. Les jeunes mères, surtout au jour de la Chandeleur, venaient prier cette Vierge et l’invoquer sous le nom de Notre-Dame du Bon Lait. Elles descendaient, après leur prière, boire un peu d’eau à une source voisine de l’église et retournaient à leurs foyers, confiantes dans la bonté de Celle qui est la Mère du Dieu fait homme.

Un décret du président de la République, en date du 9 avril 1904, a autorisé le maire de Moussac à aliéner cette statue à l’Etat, au prix de 20.000 francs. La statue est aujourd’hui placée au musée de Cluny, à Paris. Il nous est permis, je crois, de regretter vivement le départ de cette antique Madone qui, depuis plus de six siècles, recevait les hommages de nos ancêtres poitevins.

A Bressuire, le 16 avril 1882, une belle statue de bronze, sous le nom de Notre-Dame de Bon-Secours, fut érigée à l’entrée de la ville, sur la route de Nantes. L’érection de cette statue fut l’occasion d’une procession splendide qui se déroula sur un espace de plus d’un kilomètre . C’était aussi le couronnement d’une Mission extraordinaire, prêchée avec le plus grand fruit, pendant le carême précédent par un saint et vaillant religieux capucin, le R. P. Ladislas, mort en exil, en Espagne, en 1908.

A Saint-Amand-sur-Sèvre, à 3 ou 4 kilomètres du bourg, il y a un petit monument placé sous le vocable de «Notre-Dame de la Salette». Dans l’église de cette même paroisse, on conserve précieusement une statue, en bois, de la Très Sainte Vierge. Cette statue est l’objet d’une grande vénération. On prétend qu’elle a été sculptée par le Bienheureux Louis-Marie Grignion de Montfort lui-même, il y a près de deux siècles. Il est très vraisemblable du moins, à en croire la tradition, qu’elle fut bénite par lui.

A Frontenay, dans le doyenné de Moncontour (Vienne), en 1863, le curé de cette paroisse, M. l’abbé Laglaine, qui l’administrait depuis plus de 30 ans, voulut donner à ses chers paroissiens un souvenir selon son cœur de prêtre; il fit placer dans une grotte une statue de Notre-Dame-de-Pitié. L’emplacement ne pouvait être mieux choisi. A l’extrémité du cimetière se trouve une croix de Mission; ce fut à ses pieds qu’il fit élever la grotte. La Mère des Douleurs est placée sur le chemin qui voit couler le plus de larmes. Que de fois des mères avaient passé sur cette voie, sans recevoir de consolation! Aujourd’hui, grâce à la piété et au zèle du digne prêtre dont nous venons de parler, Marie est là. «O vous qui passez par le chemin, semble-t-elle dire, arrêtez-vous un instant près de moi, et voyez s’il est une douleur semblable à la mienne. Mon Jésus est mort, et mon-âme est un abîme d’amertume. Mais Dieu m’a consolée, et mon âme est en paix. O vous qui pleurez, venez à moi: il vous consolera.»

A Montmorillon. — Outre l’antique et miraculeuse statue de la Reine du ciel vénérée dans l’église Notre-Dame, le culte filial pour Marie s’est encore traduit, en ces dix dernières années, en 1898, par l’érection d’une gracieuse Grotte de la Vierge de Lourdes, sur le coteau qui s’élève en face du moulin de Beau-séjour. Depuis lors, Notre-Dame de Beau-Séjour — ce nom poétique s’imposait en la circonstance — reçoit sans cesse les hommages des pieux fidèles de cette ville chrétienne.

Depuis l’année 1889, une statue monumentale de la Très Sainte Vierge, érigée sur le sommet d’une haute colonne construite sur la place du château, c’est-à-dire au point culminant de la ville, couvre cette religieuse cité de sa maternelle protection. Cette érection eut lieu à la suite d’une belle et fructueuse Mission, donnée par un éloquent et fort pieux fils du séraphique patriarche d’Assise, le P. Jean, mort saintement quelques années après. La Semaine religieuse publiait, à cette époque, au sujet de cette mémorable cérémonie, les lignes suivantes en l’honneur de Notre-Dame de la Mission (c’est le nom que porte depuis lors cette statue):

«... Pas un instant on n’a pu hésiter sur le choix du monument qui devait, pour la ville entière, s’élever en souvenir de la Mission. Montmorillon n’a-t-il pas pour Marie un culte spécial, une dévotion exceptionnelle que les générations se transmettent comme le pieux héritage de leur filiale gratitude? Se trouve-t-il dans le diocèse un seul prêtre, élevé au petit séminaire de Montmorillon, qui ne garde, comme une heureuse vision du passé, le souvenir de ces marches triomphales, de ces ovations enthousiastes, de ces processions interminables que le peuple Montmorillonnais sait faire chaque année, le mardi de la Pentecôte, à la statue miraculeuse de sa Reine et de sa Mère bien-aimée? A Marie donc, il fallait, en souvenir de cette année, sainte, un monument digne de sa toute-puissante protection et de l’amour de son peuple fidèle. A cette population foncièrement chrétienne et attachée de cœur aux vieilles croyances il semble qn’on ne puisse jamais assez faire pour honorer Marie; et ce ne serait point exagérer que de lui appliquer, en la détournant légèrement de son véritable sens, cette parole de saint Bernard: De Maria numquam satis.

«Au mois de décembre (1889), les exercices de la seconde Mission, donnés à la paroisse de Saint-Martial, n’étaient pas encore achevés, et déjà, dans un élan de foi admirable, le R. Père Jean annonçait à ses nombreux auditeurs, surpris et heureux, l’arrivée d’une magnifique statue de la Sainte Vierge. Mise assez lourdement à contribution, la générosité des habitants se montra, dans cette circonstance, digne de tout éloge. Non moins admirable fut le spectacle que donna la population tout entière, en cette belle et grande journée du 31 décembre qui vit Marie prendre possession du rocher élevé où devait bientôt se dresser son trône. Qui, parmi nous, ne se souvient encore avec émotion de cet enthousiasme et de cet élan tout français avec lesquels des centaines d’hommes se disputaient tour à tour l’honneur de traîner le lourd chariot où, au milieu des fleurs et des parfums, trônait en souriant Notre-Dame de la Mission! Jamais je n’oublierai cette marche triomphale, ces chants de victoire et ces acclamations sorties de toutes les poitrines, lorsque Marie s’arrêta enfin sur le tertre du vieux château dont une généreuse inspiration avait voulu faire le piédestal grandiose du nouveau monument.»

Comment parler de Montmorillon sans donner un souvenir ému au cher établissement du petit séminaire que le diocèse devait depuis cent ans à la muficence de l’admirable abbé de Moussac? Là aussi, Marie était souveraine Maîtresse, non seulement par la statue monumentale érigée en son honneur dans la cour principale, mais beaucoup plus encore par les marques les plus touchantes de la plus tendre piété dont elle était l’objet au milieu de cette pépinière sacerdotale. Combien de fêtes solennelles, combien de grandes et inoubliables manifestations s’y sont accomplies pendant un siècle pour glorifier magnifiquement la Reine du ciel dans les circonstances les plus mémorables! On le peut lire dans l’intéressant volume de M. l’abbé Ernest Ménard sur l’histoire de Montmorillon et de son petit séminaire. Nous ne nous étonnons donc point que les générations de prêtres qui ont passé par cette maison aient toujours conservé un culte de choix pour la Vierge immaculée.

Si nous avons eu, il y a trois ans, la douleur de voir d’iniques spoliateurs s’emparer, contre tout droit, de ce bel établissement, et forcer ses habitants, maîtres et élèves, à venir se réfugier à Poitiers, nous avons du moins la consolation de constater que sous le toit hospitalier que ces exilés ont trouvé dans la ville épiscopale, se continuent les traditions de leurs prédécesseurs, et que l’amour le plus filial pour la Reine du clergé caractérise toujours les jeunes lévites de cette école «Cardinal Pie «qu’on a eu la noble pensée de placer sous l’égide de l’illustre serviteur de Marie .

A Mauroc (paroisse de Smarves). — Dans les bois de cette paisible maison de campagne du grand séminaire, la Reine du Clergé a vu s’élever, en son honneur, deux ou trois grottes ou monticules où ont été placées des statues monumentales, — entre autres celle de la Vierge de Lourdes — au pied desquelles les futurs ministres du sanctuaire vont répandre de ferventes prières les jours de leur promenade hebdomadaire. Ces grottes, merveilles d’art, sont l’œuvre même des seminaristes, qui, depuis bien des annees déjà, ont rivalise de zèle, de courage et d’intelligence pour ces pieuses constructions.

Il est impossible de parler de Mauroc, sans rappeler en quelle affection Mgr Pie tenait cette villa, dans le calme de laquelle il écrivit la plus grande partie de ses œuvres doctrinales incomparables. C’est, lui qui, en 1854, la veille même de la proclamation solennelle du dogme de l’Immaculée Conception, posa la première pierre de la chapelle faisant face à la maison d’habitation, et qui, l’année suivante, la consacra solennellement, sous le béni vocable de la Vierge immaculée. On n’en pouvait moins attendre de ce grand dévot à Marie.

A la suite de cette consécration, l’illustre Prelat adressait aux séminaristes et aux prêtres qui l’entouraient, une ravissante allocution qu’il terminait ainsi:

«... Vous savez tous, Messieurs, combien je trouve douce l’hospitalité dont je jouis ici, dans cette campagne si pleine de souvenirs, historiques et religieux, dans cette maison de mes fils... Puisque votre délicatesse, mes chers enfants, et celle de vos maîtres a paru se récrier tout à l’heure quand je vous attribuais ici la qualité de propriétaires authentiques, et à moi celle d’hôte précaire, nous conclurons aujourd’hui, sous le regard de cette statue de Marie immaculée que nous venons d’inaugurer, un concordat amiable entre vous et moi, entre le seminaire et l’évêché. Il sera réglé que les uns et les autres, les enfants et le père, nous ne reconnaissons que la Vierge Marie pour dame souveraine de cette demeure. C’est pourquoi, tous tant que nous sommes, soit que nous venions en ce lieu pour le repos ou pour le travail, pour la promenade ou pour l’étude, notre premier hommage sera toujours pour notre commune Mère et Maîtresse, à qui soient amour, louanges et gloire dans le temps et dans les siècles des siècles.»

Si la Reine du Clergé est grandement honorée à Mauroc, elle ne l’était pas moins dans ce Grand Séminaire de Poitiers où, depuis le commencement du siècle dernier, les jeunes lévites du diocè e étaient venus remplacer les filles de sainte Thérèse, dont les souvenirs et les vertus avaient laisse de si vives empreintes dans ces murs et ces cloîtres, au milieu desquels trône encore une statue monumentale de la Très-Sainte-Vierge, et dans cette si gracieuse chapelle placee sous ses auspices et son vocable de l’Annonciation. Dans les escaliers, une image sculptee de la divine Mère du Sauveur et devant laquelle brûlait constamment une petite lampe, amenait spontanément une douce prière sur les lèvres des séminaristes comme sur celles de leurs maîtres.

Dans l’une des pièces de cette sainte maison, avait été érigé un autel spécial, sous le titre de «Sainte-Marie-aux-Martyrs», en souvenir de ceux des jeunes apôtres que notre diocèse a envoyés dans les pays barbares, et qui ont répandu leur sang pour Jésus-Christ, et principalement du Bienheureux Charles Cornay, dont la cellule de jeune séminariste occupait ce même emplacement. Quels glorieux souvenirs!

Hélas! le souffle de la persécution maçonnique qui, surtout depuis la loi satanique de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, s’est fait sentir dans notre infortunée patrie, a arraché violemment cette maison ecclésiastique, comme tant d’autres, à ses légitimes propriétaires, qu’elle a jetés dehors, en les dépouillant sacrilègement, même de leur mobilier et de leur riche bibliothèque. C’est depuis quatre ans que nos jeunes clercs ont trouvé, grâce à la générosité de grandes âmes, un abri dans l’ancienne Communauté des Filles de Notre-Dame, parties pour l’exil, laissant, elles aussi, nos futurs prêtres sous la garde spéciale de Marie.

Le 16 juillet 1885, en la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, une gracieuse statue de la Vierge immaculée fut placée à la maison de campagne du petit séminaire de Montmorillon. Quatre ans après, cette statue fut érigée dans une superbe grotte, couverte d’une végétation luxuriante. Ce fut un beau jour de fête pour les jeunes élèves. Du fond du cœur, Ils rendirent, en cette nouvelle circonstance, un filial hommage d’amour à la Reine du clergé.

M. l’abbé E. Ménard, dans son très intéressant livre sur le petit séminaire de Montmorillon, consacre un chapitre des plus touchants aux Congrégations de la Sainte Vierge au sein de cette maison lévitique. Combien les élèves étaient heureux et fiers de leur titre d’Enfants de Marie 1

On peut lire, dans la Semaine Religieuse de 1891 (page 743) le charmant récit de l’inauguration d’une belle grotte de Notre-Dame de Lourdes dans l’église Notre-Dame de Montmorillon.

A Rouillé. — La population tout entière de cette importante paroisse, catholiques et protestants — (ceux-ci, on le sait, y sont en majorité) — était très vivement impressionnée en 1891 par la guérison subite, à Lourdes, d’une jeune fille de la localité, Clémentine Trouvé, qui arrivait du pèlerinage national à ce grand sanctuaire. Elle avait vu se refermer en un instant une plaie dont la suppuration abondante laissa place à une cicatrice qui semblait remonter à plusieurs mois. C’était une faveur insigne accordée non seulement à la jeune fille heureusement guérie, mais à toute la population de Rouillé : aux uns pour les raffermir dans leur foi catholique; aux frères égarés, nombreux dans cette contrée protestante, pour leur apprendre que la confiance en Marie n’est jamais confondue. Cette merveilleuse guérison qui émut, nous le répétons, les protestants eux-mêmes, réclamait un témoignage de reconnaissance C’est dans ce but qu’une grotte artistique fut construite, fidèle imitation de celle des Roches de Massabieille, puis bénite et inaugurée solennellement trois mois après, en novembre 1891.

A Thénezay, le 28 octobre 1891, M. le curé doyen, entouré d’une fort pieuse et compacte assistance de fidèles, bénissait solennellement, dans la communauté des Religieuses qui désservent l’hôpital de cette paroisse une belle statue de Notre-Dame de Lourdes, ainsi qu’une grotte monumentale destinée à rappeler à la piété de tous la grotte bien-aimée de Massabieille. Une magnitique procession aux flambeaux, suivie par plus de 500 personnes, se deroula dans les jardins et les cours de la communauté, au chant enthousiaste de cantiques en l’honneur de la Vierge immaculée.

Dans l’un des murs de la chapelle du transept gauche, dans l’église Notre-Dame de Morthemer, se trouve un beau tableau de l’école française, de 2 mètres de haut. représentant l’Assomption de la Très Sainte Vierge. Le dessin en est pur, le coloris harmonieux, et les figures sont presque de grandeur naturelle. — Une belle statue de la Vierge couronnée, portant l’Enfant Jésus, surmonte l’autel placé à côté.

Dans la paroisse de Lencloître, une fervente chrétienne, Madame Lambert de Cursay, qui a rendu saintement son âme à Dieu, eu 1908, avait fait construire, près de son château, une gracieuse chapelle, sous le titre de Notre-Dame des Anges, en souvenir de la petite église de la Portioncule d’Assise, où saint François reçut de la bouche même de Notre-Seigneur, accompagné de sa sainte Mère et d’une légion d’Anges, la sublime mission qu’il devait remplir dans le monde entier.

Il est superflu de dire que la chapelle de Cursay reçoit de fréquentes et pieuses visites et d’ardentes prières, principalement au jour de la fête de la Portioncule ou de Notre-Dame des Anges, si chère particulièrement aux membres du Tiers-Ordre, dont Madame Lambert avait été une des dignitaires. Le divin Maître l’aura magnifiquement récompensée des faveurs qu’elle faisait obtenir, ce jour-là, chaque année, à de nombreux fidèles, par le gain de la precieuse Indulgence plénière, toties quoties, de la Portioncule.

A Dienné, à quelques centaines de mètres du bourg, près d’un rond-point, a été érigée; il y a quelques années, une superbe statue de la Très Sainte Vierge. L’auguste Mère de Dieu a été établie de la sorte la gardienne et la protectrice spéciale de cette paroisse et de ses habitants. Quelle heureuse pensée que celle qui a inspiré l’érection de ce monument en l’honneur de Marie!

En 1895, une charmante grotte de Notre-Dame de Lourdes a été érigée, dans la paroisse de Nueil-sous-les-Aubiers, à la suite d’une Mission préchée par les Pères de Notre-Dame de Beauchêne. Le jour de cette érection, une procession splendide se rendit, au chant enthousiaste de cantiques à Marie, vers la nouvelle Grotte. Du haut des rochers énormes où celle-ci est établie, notre pieux Evêque, Mgr Pelgé, qui présidait cette belle cérémonie, adressa à la foule une touchante allocution. Il raconta les grâces sans nombre qu’ont répandues partout les différentes dévotions à la Médaille miraculeuse, à Notre-Dame des Victoires et enfin à Notre-Dame de Lourdes. Et il engagea vivement les âmes pieuses de la paroisse a venir souvent prier dans ce nouveau sanctuaire dédié à la Vierge de Massabieille. Le lendemain matin, Sa Grandeur voulut dire sa Messe à la nouvelle grotte; et près de 250 personnes vinrent y communier de sa main. Heureux le pasteur qui possède un tel troupeau 1

La grotte de Nueil-sous-les-Aubiers, dont les proportions et la beauté font honneur à la générosité des habitants et au talent de son architecte, se trouve à une faible distance de l’église. Depuis le jour de son inauguration par notre premier Pasteur, elle est devenue un centre de dévotion et une source de bénédiction pour cette chrétienne population et pour toute la contrée. Elle reçoit fréquemment la visite soit de groupes particuliers, soit de pèlerinages paroissiaux.

Dans la paroisse de Bessines, près de Niort, a eu lieu, en septembre 1908, l’inauguration et la bénédiction solennelle d’une grotte de Lourdes, érigée, près de l’église, dans la propriété d’une insigne bienfaitrice de la paroisse, Mlle Bernard, dont le dévouement pour toutes les œuvres religieuses et charitables est unanimement apprécié. La magnifique statue de la Vierge immaculée, placée sous cette charmante grotte, reçoit sans cesse les pieux hommages des âmes fidèles de Bessines et de ses environs.

A Courlay. — On lit dans le tome Ier de la «Vie du cardinal Pie» par Mgr Baunard: «On sait que, dans les commencements de son épiscopat, Mgr Pie, visitant le bourg de Courlay, chef-lieu des dissidents de la Petite-Eglise, avait promis à la Sainte Vierge de lui ériger un autel en ce lieu, le jour où la plus grande partie des schismatiques aurait disparu de cette contrée. Or, le 23 septembre 1868, Mgr Pie écrivait sur le registre de ses Fonctions: «Il a été écrit dans le psaume: Faites des vœux et rendez vos vœux au Seigneur. En l’année de N.-S. 1853, jour de la fête de l’Immaculée Conception, célebrant une solennité expiatoire dans l’église paroissiale de Saint-Remy de Courlay, Nous avons fait publiquement le vœu d’ériger à Marie un autel en cette église, le jour où la majeure partie des habitants serait revenue du schisme des anti-concordataires à l’unité de l’Eglise. Or, ayant appris qne depuis quelque temps le nombre des catholiques l’emporte sur celui des dissidents, Nous, Evèque de Poitiers, aujourd’hui 23 septembre 1868, avons dédié et consacré un autel de pierre portant une statue de Marie, offert par Nous à cette paroisse, et Nous y avons fait au peuple une courte allocution.» L’allocution parla de l’autorité de Pierre, à laquelle il pressa tous ses enfants d’obéir; et comme on célébrait en cette même journée les premieres vêpres de la fête de Notre-Dame de la Merci, ce lui fut le sujet d’une ardente prière à Celle qui rachète et délivre les esprits captifs de l’erreur et de l’illusion.»

A Saint-Aubin-de-Baubigné, il y a deux chapelles consacrées à la Sainte Vierge, construites il y a trente ans environ: l’une aux Ouleries, à 4 kilomètres du bourg, sous le vocable de «Notre-Dame de la Garde» ; l’autre, à 7 kilomètres, à la Gobenière, sous le nom de Notre-Dame de Bon-Secours.

Dans ce même archiprêtré de Thouars, nous pourrions citer plusieurs autres paroisses sur le territoire desquelles se trouvent soit de petites chapelles en l’honneur de Marie, soit des statues qui lui sont consacrées, et qui sont pour leurs populations une précieuse égide tutélaire.

Nous avons, au commencement de ce travail, consacré une notice à l’antique et vénéré sanctuaire de «Notre-Dame de Pitié », dans la paroisse de la Chapelle-Saint-Laurent, et aux faveurs sans nombre obtenues, depuis de longs siècles, par les pèlerins qui s’y rendent.

Mais nous n’avons pas sigualé une particularité qui nous semble mériter d’être ici mentionnée.

Non loin de l’église Notre-Dame de Pitié, à deux kilomètres environ, les pèlerins visitent un rocher auquel se rattache, entre autres souvenirs, celui d’une grâce merveilleuse accordée à une dame de Foutenay-le-Comte. On l’appelle le Pas-de-la-Vierge. C’est un de ces blocs erratiques qui émergent du sol sur une surface de 500 mètres et qui ressemblent à un énorme poisson échoué sur les sables. Ce rocher a été le théâtre d’un autre fait que nous allons raconter.

Le 8 septembre 1893, une jeune fille de Saint Hilaire-des-Loges (Vendée) nommée Eugénie Coirier, âgée de 26 ans, était atteinte d’une tumeur blanche à un genou. Elle était si infirme que ce n’était qu’à grand’peine et sur deux béquilles, qu’elle pouvait se traîner. Le médecin de Saint-Hilaire avait déclaré qu’il n’v avait pas de guérison à espérer.

N’attendant plus rien des secours humains, Eugénie Coirier se tourna vers la Sainte Vierge. Elle eût bien voulu aller jusqu’à Lourdes; mais, pauvre, la famille hésitait devant un tel voyage. «Oh! dit-elle, Notre-Dame de Pitié n’est pas aussi loin, et sa puissance est la même!» Devant ce naïf désir, quelques personnes de Saint-Hilaire procurent une petite somme pour le voyage et une voiture qui portera l’infirme. Le voyage était de 12 lieues.

A la chapelle du pèlerinage, Eugénie Coirier édifiait tout le monde par sa piété ; mais elle n’était pas guérie. Vers 2 heures de l’après-midi, elle supplia ses amis de la conduire au Pas-de-la-Vierge. On la hissa dans la voiture qui dut s’arrêter à l’entrée du champ. Un parent de la malade la porta sur ses bras jusqu’au rocher. «O ma Mère, — dit la pauvre infirme, étendue plus qu’agenouillée sur la pierre, - ayez pitié de moi, et qu’il ne soit pas dit que je sois la seule à n’être pas exaucée!»

Cinquante ou soixante personnes priaient avec la malade, quand soudain elle sent ses jambes se raffermir; elle se lève seule, jette ses béquilles et se met à marcher sans appui, tout autour du rocher. En même temps tous les yeux se mouillent; des cris retentissent, le Magnificat éclate et se fait entendre sur tout le parcours jusqu’à la chapelle du pèlerinage. Cette merveilleuse guérison s’est maintenue.

Notre-Dame de l’Etoile.

Table des matières

M. de Longuemar, le savant archéologue de Poitiers, qui a laissé dans cette ville, où il est mort dans un âge avancé, les meilleurs souvenirs, publiait, dans la Semaine Religieuse du diocèse du 22 octobre 1876, un intéressant article sur l’ancienne église abbatiale de Notre-Dame de l’Etoile, située dans l’arrondissement de Châtellerault, entre Archigny et la Puye

Comme la plupart des églises du moyen âge, l’abbaye de l’Etoile offre, çà et là, sur ses murs, quelques traces des anciennes peintures qui la décoraient. Deux tableaux presque entiers remplissent encore les tympans des deux fausses arcades ogivales placées sur le côté droit de la nef. Une épaisse couche de badigeon qui tomba devant l’intelligente patience de M l’abbé Lalanne, auteur de l’Histoire du Châtelleraudais, nous a conservé, à travers plusieurs siècles, deux pages pleines d’intérêt pour l’archéologie sacrée. Elles ont pour sujets: l’Ensevelissement dn Christ, et la Dormition (c’est-à-dire la sainte mort; de la Sainte Vierge, et son Assomption glorieuse.

Je ne reproduis ici, de l’article de M. de Longuemar, que ce qui a trait à la Très Sainte Vierge:

«La dormition (ou mort) de la Vierge et son Assomption reproduisent les passages principaux d’une tradition apocryphe attribuée à saint Jean l’Évangéliste, qui demeura avec Marie après la mort de son divin Fils, et rapportée dans la Légende dorée de Jacques de Voragine.

«Douze ans après la mort du Christ — (y est-il dit), — la Vierge étant âgée de 60 ans, se prit d’un désir ardent de revoir son Fils bien-aimé... Et voici qu’un ange resplendissant de lumière vint la saluer et lui apporter une branche de palmier cueillie dans le paradis pour être portée devant son cercueil. Marie demanda que les Apôtres, ses frères, fussent réunis autour d’elle avant sa mort. pour accomplir ses funérailles... L’Ange répondit: «Que votre volonté soit faite!» Et il arriva que Jean et les autres Apôtres furent enlevés sur des nuées des endroits où ils prêchaient, et déposés devant la porte de Marie... A la 3e heure de la nuit, Jésus vint au milieu d’un chœur d’anges, et dit à sa mère: «Viens, toi qué j’ai élue, et je te placerai sur mon trône..» Et l’âme de la Vierge sortit de son corps, s’envola sur les bras de son Fils, et s’assit sur le trône de gloire. Et son corps fut conduit au tombeau; et, devant le cercueil, Jean portait la divine branche de palmier.

«Le 3e jour, le Christ revint au milieu des Apôtres et, rapprochant l’âme de Marie de son corps, l’un et l’autre, à la voix du Sauveur, s’élevèrent dans le Ciel, au milieu d’un chœur d’Anges.»

Le bas du tableau est occupé par le lit de repos sur lequel la Vierge, vêtue du costume des veuves du moyen âge, est étendue. Autour de ce lit sont groupés, assis ou debout, les douze Apôtres, dont on aperçoit encore dix assez complètement. Tous, sauf un seul, sont vêtus de longs manteaux en forme de chapes jetées sur leurs robes. Leur tête, ornée de longs cheveux, est entourée d’un nimbe circulaire, légèrement surhaussé. Ils tiennent des livres ouverts devant eux et semblent se livrer à des commentaires sur leurs textes. — Saint Jean est reconnaissable à la palme qu’il tient à la main. A côté de lui, la 10e figure, que je suppose être celle de saint Pierre, chef de l’Eglise, ou de Dieu le Père lui-même, revêtu d’habits pontificaux, la. tête nimbée et chargée d’une tiare à trois couronnes, tient un livre ouvert d’une main, et de l’autre une sorte de spatule en usage pour donner l’extrême onction. Ce fait, rapproché du cierge qu’on a placé dans la main de la Vierge, confirme la naïve méprise du peintre qui applique à la Vierge pure de toute tache, de toute souillure, un sacrement recommandé par saint Jacques aux pécheurs agonisants, pour purifier leur âme des restes du péché.

La partie supérieure du tableau est occupée par une large auréole circulaire, enveloppée d’une ceinture de nuages, dans le champ de laquelle on voit le Christ debout, couronnant la Vierge assise sur son trône céleste. A droite et à gauche de cette scène, deux Anges planent dans le Ciel, et chantent sur le luth et la harpe les louanges du groupe divin.

Les figures de cette grande composition se détachent également sur un fond noir. La pensée de l’artiste a été évidemment d’exprimer que les diverses scènes que nous avons décrites s’étaient passées pendant la nuit. — DE LONGUEMAR.

L’abbaye de Notre-Dame de l’Etoile ayant été fondée en 1124, le beau tableau dont on vient de lire la description date par conséquent de près de huit siècles.

A Ligugé, les nombreux pèlerins qui, chaque année, vont porter leurs pieux hommages à saint Martin, saluent avec joie une gracieuse Grotte de Notre-Dame de Lourdes, construite, depuis déjà bien des années, près du sentier qui conduità la chapelle de la Résurrection du Catéchumène. — Le culte pour la Vierge immaculée est d’ailleurs, en honneur dans cette paroisse, en l’église de laquelle se trouvent plusieurs belles statues de Marie, et qui était jusqu’à ces derniers temps, le siège d’une Confrérie de Notre-Dame de l’Assomption pour la délivrance des âmes du Purgatoire.

Cette même paroisse de Ligugé abritait, naguère encore, et depuis plus de cinquante ans, l’antique abbaye des fils de saint Benoît, qui n’avaient pas peu contribué à glorifier la Peine du Ciel et à la faire aimer de la population par tous les moyens en leur pouvoir . L’un d’eux, en outre, — artiste consommé, et saintement jaloux de Fra Angelico, l’admirable fils de saint Dominique au 14e siècle, qui nous a laissé de merveilleux tableaux de la Très sainte Vierge, — le Père Jean, mort, lui aussi, comme un saint, mettait ses délices à créer de gracieuses Madones, qu’il moulait dans son humble cellule. Il avait donné à l’une de ces ravissantes statues le titre de «Notre-Dame de la Gare» ou «des Chemins de fer». Elle représente la Vierge Marie et son divin Enfant, celui-ci tenant en ses mains une locomotive. Combien il serait désirable que ce vocable se popularisât! Ne serait-ce pas, plus d’une fois, une sauvegarde contre les accidents, trop fréquents encore, qui se produisent sur nos voies ferrées?...

En 1867, le 1er dimanche du mois d’octobre, jour de la belle fête du saint Rosaire de Marie, avait lieu, dans la paroisse de Gourgé, près Parthenay, la bénédiction solennelle d’une belle chapelle, construite près du cimetière, par la pieuse initiative et grâce aux soins et démarches multipliées du zélé vicaire de cette paroisse, qui était alors M. l’abbé Lucien Martin, fervent serviteur de la Reine du Ciel et qui, devenu, plus tard, curé de Maisontiers, donne un essor marqué aux pèlerinages à l’antique et vénéré sanctuaire de Notre-Dame de l’Arceau, qui se trouve dans cette dernière paroisse.

La chapelle de Gourgé dont nous venons de parler est placée sous le vocable de NOTRE-DAME DE PITIÉ. La fête de sa bénédiction fut très belle; elle eut lieu au milieu d’un nombreux clergé et d’une foule considérable d’habitants de la paroisse et des paroisses voisines. Depuis ce jour, les fidèles viennent y prier fréquemment et confier à Notre-Dame de Pitié leurs peines, leurs douleurs, surtout ceux qui ont conduit au cimetière, placé à quelques pas de là, des êtres qui leur furent bien chers. Et Marie, la Mère des Douleurs, les console et les fortifie par la pensée du Ciel où elle veut les recevoir un jour.

Deux charmants vocables de la Très Sainte Vierge nous semblent mériter d’être mentionnés: celui de Notre-Dame du Cèdre et celui de Notre-Dame du Lys. Le premier s’appliquait à la chapelle de l’Alumnat des Pères de l’Assomption établi, il y a 20 ans environ, au Breuil d’Aigonnay, près de la Crèche (Deux-Sèvres), et que la persécution maçonnique actuelle a iniquement dispersé ; — le second a été donné à la chapelle de l’humble maison de campagne (paroisse de Buxerolles) de l’Ecole apostolique de Poitiers, créée, il y a longtemps déjà, par les Pères de la Compagnie de Jésus. C’est assez dire combien les Religieux de ces deux Instituts ont à cœur de placer leurs belles œuvres sous le patronage spécial de l’auguste Mère de Dieu.

Dans les diverses notices qui précèdent, nous nous sommes plu à énumérer à peu près toutes les chapelles ou statues de Marie, auxquelles se rattachent quelques souvenirs particuliers. Qu’on nous permette de ne pas passer sous silence l’église de Massais, consacrée en 1889, et où tout parle de la Reine du Ciel: on y remarque la suave scène de la Présentation, puis la Mère admirable, le Mariage de la Sainte Vierge, enfin les belles statues de Notre-Dame de la Salette, de Notre-Dame de Lourdes et de Notre-Dame de Pontmain, commémoratives des trois célèbres Apparitions de la Vierge immaculée sur notre terre de France depuis un demi-siècle.

Nous avons dit, plus haut, qu’à des époques éloignées de nous et jusqu’à la Révolution, dans un bon nombre de villes et de localités du diocèse, des statues de Marie étaient placées publiquement sur des points culminants, à des coins de rues ou de routes rurales. Combien on aimait à saluer Celle qui est vraiment pour nous la meilleure des mères!

Quelques-unes de ces statues sont restées au milieu de nous, dans plusieurs de nos villes ou de nos campagnes. A Poitiers, notamment, on peut remarquer celle de Notre-Dame-la-Grande, en face du vénéré sanctuaire de ce nom; puis le tableau de l’auguste Vierge au haut de la rue de la Cathédrale, autrefois rue Notre-Dame-la-Petite, à l’endroit où se trouvait l’église qui portait ce nom. Deux ou trois autres statues ornent aussi la façade de maisons particulières de notre ville. Il en est de même à Montmorillon, notamment devant la demeure de l’éminent et si sympathique maire actuel, M. de Monplanet, dans la famille duquel un culte de choix pour la Reine du Ciel est héréditaire.

Mieux encore que des tableaux ou des statues, notre ville de Poitiers et l’église de Charroux ont la faveur de posséder de précieuses reliques de la Très Sainte Vierge. A Charroux, c’est une parcelle de la sainte tunique de Marie qu’on vénère grandement. La magnifique église de cette paroisse doit ce trésor à Mgr Pie qui l’obtint pour elle, du sanctuaire de Notre-Dame de Chartres.

A Poitiers. le monastère de Sainte-Croix, compte parmi les nombreuses reliques dont il se glorifie à juste titre, non seulement la très antique statue de Notre-Dame de Grâce dont nous avons parlé au commencement de ce travail, mais des parcelles de vêtements et de cheveux de la Mère du Sauveur.

Un autre couvent de notre ville, celui des Carmélites, a, lui aussi, le bonheur de conserver un fragment du Voile de la Sainte Vierge. Quel cher trésor pour cette sainte Communauté où la Reine du Mont-Carmel reçoit de si fervents hommages, principalement en ce jour de sa fête, le 16 juillet, où il fut donné à celui qui trace ces lignes de voir, à côté de lui, à la Table sainte, deux ans après la guerre de 1870, l’héroïque amputé de la bataille de Loigny, le général de Sonis, dont les soupirs enflammés, en recevant, debout sur sa jambe de bois, le Pain des forts manifestaient assez la piété profonde .

Au moment où nous allions terminer ce chapitre de notre travail, le pieux curé de Saint-Florent près Niort, M. l’abbé Deguille, le dévoué sous-directeur diocésain des Pèlerinages à Lourdes, nous signale une Madone particulièrement vénérée dans sa paroisse. C’est une statue très ancienne de l’auguste Mère de Dieu, tenant l’Enfant Jésus dans ses bras et le montrant au peuple. Cette statue, connue sous le titre de Notre-Dame des Enfants, est, chaque année, l’occasion d’une fête très touchante. On la place sur un trône gracieux; on tresse une belle couronne de fleurs naturelles, et les enfants viennent deux à deux, prendre cette couronne et la placer sur la tête de la Vierge. Les mères apportent leurs tout petits enfants et leur font faire cet acte avec beaucoup de piété. C’est le couronnement de Marie qui s’accomplit tous les ans, le dernier dimanche de mai.

Dans cette même paroisse, on bénissait, le 28 septembre 1902, une statue dé Notre-Dame de Lourdes, placée sur la façade d’une maison de campagne de la cure, transformée en chapelle. Il y eut un grand concours de fidèles, non seulement de la localité, mais aussi de Niort et des environs. Le site est magnifique et domine la paroisse et tous les alentours. Cette chapelle se nomme Notre-Dame de Bel-Air. Presque chàque jour, surtout le dimanche, elle reçoit la visite et les pieux hommages de quelques pèlerins. Hélas! elle est sous séquestre comme mense curiale. Il n’y a pas d’héritiers directs. M. l’abbé Deguille aspire ardemment à la conserver. Le cœur de ce dévot serviteur de la Vierge immaculée saigne à la pensée qu’un usurpateur sacrilège pourrait jeter bientôt les mains sur ce sanctuaire, déjà si cher à ses paroissiens; il promet à cette bonne Mère de la faire honorer encore davantage, si la chapelle lui est conservée grâce à la générosité de quelque âme chrétienne.

Les saints pesonnages du Poitou qui ont travaillé particulièrement à répandre le culte de Marie.

Table des matières

Après avoir établi, jusqu’ici, dans la première partie de cette étude. les monuments innombrables et de toute nature, — sanctuaires, autels, chapelles, statuer, tableaux, reliques, etc., — par lesquels s’est traduit, dans notre Poitou, depuis les premiers âges du christianisme, le culte pour la très sainte Vierge, il convient,nous semble-t-il, de rappeler le souvenir des saints personnages qui depuis la même époque jusqu’à nos jours, se sont particulièrement employés à glorifier Marie, à promouvoir son culte et à la faire aimer et honorer d’une manière toute spéciale.

En remontant le cours des siècles, nous voyons l’illustre confident de la piété de notre sainte Radégonde envers la Vierge Marie, saint Fortunat, composant pour la vénérée statue de Notre-Dame de Grâce dont nous avons parlé plus haut, et que le monastère de Sainte-Croix conserve avec bonheur, ce beau quatrain enchâssé depuis lors dans l’Office propre de la Sainte Vierge que répète toute la catholicité :

Maria, Mater gratiæ,

Mater misericordiæ,

Tu nos ab hoste protege,

Et horâ mortis suscipe.

C’est ce même saint poète du 6e siècle qui composa également la suave antienne en l’honneur de Marie: O gloriosa Domina, qui fait aussi partie du même Office.

Mais ce n’est pas tout. De savants liturgistes affirment que la délicieuse hymne l’Ave maris Stella que l’Eglise entière chante avec tant de douceur, est encore l’œuvre de saint Fortunat. Le docte cardinal Tomasi avait lu cette hymne sous ce nom, dans un manuscrit du 9e siècle qui provient de Saint-Martial de Limoges, et il l’a publiée dans son hymnaire comme étant de ce poète; et le non moins savant cardinal Suchi n’a pas hésité à insérer l’Ave maris Stella dans son édition si justement estimée des œuvres de saint Fortunat.

N’avons-nous pas, par suite, le droit de nous réjouir doublement de ce que cette hymne si touchante ait eu pour auteur l’un des premiers évêques de Poitiers? C’est là, pour notre diocèse, l’un de ses titres de gloire.

Saint Fulbert, que notre Eglise de Poitiers, au XIe siècle, donna au siège épiscopal de Chartres, dont il construisit l’incomparable cathédrale à l’honneur de la Vierge sans tache et qui fut la plus brillante lumière de son époque, ne contribua pas peu à susciter, dans la vieille capitale des Pictaves, un amour de choix pour Marie, dont le nom venait constamment sur ses lèvres. On sait les ouvrages qu’il composa à la louange de la Mère de Dieu, et avec quelle sublime éloquence, en chaire, il exaltait ses grandeurs.

Un peu plus de cent ans après, notre ville de Poitiers recevait en sa cathédrale la visite d’un autre illustre serviteur de la Reine du Ciel. Saint Bernard, l’immortel fondateur de Clairvaux, apportait à nos pères, avec le parfum de ses vertus célestes, la flamme du brûlant amour qui consumait son cœur pour Marie. Nous avons rappelé plus haut sa merveilleuse intervention dans l’église Notre-Dame de la Coudre, à Parthenay, auprès du duc Guillaume d’Aquitaine, qu’il convertit miraculeusement et dont il fit un saint. — Saint Bernard résida, également, un temps assez prolongé, à l’abbaye des Châtelliers, situé dans notre diocèse, près Saint-Maixent, et nul doute que là encore, là surtout, il n’ait répandu l’onction de sa parole embrasée pour faire mieux connaître et faire plus aimer Celle qu’il invoquait avec tant d’ardeur dans son ineffable Memorare, ô piissima Virgo Maria!...

Bien d’autres pieux personnages ont, d’âge en âge, continué parmi nous ce filial apostolat pour la glorification de la Vierge immaculée.

Au XVIIe siècle nous trouvons le nom d’un de nos pieux évêques de Poitiers, Mgr de la Poype de Vertrieu, qui écrivit une lettre remarquable au sujet du beau tableau de Notre-Dame des Larmes, aujourd’hui encore honoré dans l’église Sainte-Radegonde et dont il a été question plus haut. Ce digne prélat donna un autre témoignage de sa tendre dévotion pour Marie en plaçant en tête du Catéchisme diocésain dont il est l’auteur et qui a été en usage jusqu’en ces dernières années, cette gracieuse prière adressée à la Sainte Vierge et jaillie de son cœur:

«Très sainte Vierge MARIE, Mère de l’adorable Enfant JÉSUS, vous daignez

«bien aussi être la Mère des enfants chrétiens. Obtenez une bénédiction abon-

«dante sur ce petit ouvrage, afin qu’ils y puissent sucer le lait de la doctrine du

«salut et de la véritable piété. Prenez-les tous sous votre protection; prenez-les

«entre vos bras, approchez-les de votre Cœur sacré : c’est là qu’ils apprendront à

«connaître et à aimer votre divin et aimable JÉSUS. Ils recourent à vous avec

«confiance; et c’est sous votre heureuse conduite qu’ils espèrent, en qualité de

«frères et cohéritiers de ce divin Enfant, parvenir au royaume de leur Père

«céleste. Ainsi soit-il.»

C’est, on le voit, comme un acte officiel de la consécration toute particulière à la Mère de Dieu, de la jeunesse qui, de génération en génération, a étudié notre sainte Religion dans ce livre par excellence qui s’appelle le catéchisme. Il est deux de penser que, depuis plus de deux siècles, les enfants qui se sont succédé sur notre sol poitevin ont redit avec amour cette belle prière à Celle qui est bien la patronne et la protectrice bien-aimée de notre diocèse.

Le même Pasteur adressait au fidèle troupeau qui lui était confié une lettre admirable au sujet de la dévotion au saint Rosaire, dont il indiquait, en finissant, l’organisation en vue de la répandre encore davantage.

Un autre fervent apôtre du Rosaire imprima un essor non moins vif à cette œuvre divine. J’ai nommé le Bienheureux Louis-Marie de Montfort, fondateur des Religieux de la Société de Marie et de nos si dévouées Sœurs de la Sagesse. C’est à Poitiers même qu’il inaugura son apostolat. Nous avons pu prier, il y a quelques années, dans la pauvre chambre de l’hôpital général qu’il habita plusieurs années, et où il laissa, outre celles que j’ai déjà mentionnées dans ces souvenirs historiques, une statue de Marie devant laquelle il exhalait sa belle âme, et que l’on conserve encore. Nous avons déjà dit un mot de son évangélisation dans une foule de nos paroisses de campagne, où ses leçons demeurent vivantes. Mais son legs le plus précieux, c’est, sans contredit, son Traité de la vraie Dévotion à la Sainte Vierge; c’est ensuite son délicieux opuscule Le Secret de Marie; c’est enfin sa Méthode pour réciter avec fruit le saint Rosaire, méthode aujourd’hui encore suivie dans toute la région du Poitou et de la Vendée. Merveilleux sont les fruits qu’elle a produits.

Le B. Louis-Marie de Montfort.


L’un de nos évêques de Poitiers, vers la fin du siècle dernier, Mgr de Saint-Aulaire, intrépide confesseur de la Foi sous la Révolution, avait pour Marie me si tendre prédilection qu’en tête du Bréviaire du diocèse il fit placer une telle gravure où la Reine du Ciel est représentée dans les nues, tendant ses nains maternelles vers deux femmes prosternées sur le sol, au seuil des remparts e notre ville: l’une porte les trois fleurs de lys des armes de France, et l’autre blason de Poitiers, surmonté de ses trois fleurs de lys propres. La Vierge toute-puissante est le trait d’union qui a soudé fermement l’antique cité poitevine à mère patrie. Les plus grands faits de notre histoire nationale, qui se sont accomplis sur la terre du Poitou, ne justifient-ils pas la touchante allégorie de gr de Saint-Aulaire?

Le diocèse de Poitiers fit, à peu près à la même époque, au siège archiépisopal de Bordeaux, un présent magnifique dans la personne de l’un de ses plus nobles enfants: Mgr d’Aviau du Bois de Sanzay, mort en odeur de sainteté en 826. Son cœur est revenu, dans un précieux reliquaire, à l’église Saint-lilaire de notre ville dont il avait été chanoine, et où il avait laissé le souvenir ‘une rare piété pour la Très Sainte Vierge. Confesseur de la foi, lui aussi, et exilé en Suisse sous la Terreur, il eut la consolation de rencontrer à Fribourg ) vieil évêque de Poitiers, Mgr de Saint-Aulaire; ils firent ensemble un pieux pèlerinage à Notre-Dame des Ermites, où ils se trouvèrent avec trois cents rêtres français. C’était le 14 septembre 1793, fête du célèbre sanctuaire. On pria d’officier: ce qu’il fit avec une ferveur angélique. Le soir, après les cérémonies, eut lieu une scène des plus attendrissantes. Les trois cents prêtres français se rangèrent autour de Mgr d’Aviau pour chanter ensemble les Litanies e la Sainte Vierge, le Sub tuum et le Salve Regina. Qui pourrait retracer tout qu’eut de saisissant un pareil spectacle? Ces trois cents voix sacerdotales ui imploraient par l’entremise de Marie, le secours du Ciel en faveur de leur fortunée patrie qu’ils avaient été obligés de fuir, pénétraient jusqu’au fond du cœur. Quand ils arrivèrent à ces mots qui avaient tant d’actualité : Ad te claamus, exules filii Evæ, ad te suspiramus gementes et flentes in hac lacrymarum alle, des larmes abondantes coulèrent de tous les veux et vinrent interrompre les chants. Les gémissements et les sanglots soulevaient toutes les poitrines. - Ah! puisse une si déchirante scène n’être jamais, dans l’avenir, le sort de os évêques et de nos prêtres!

Nous commettrions une lacune injustifiable si, parlant des confesseurs de la Foi durant l’affreuse tourmente de la première République, j’omettais ici le nom d’un autre d’entre eux, — et non des moindres, — qui se faisait hautement gloire de son véhément amour pour Marie. Mgr de Beauregard, fils du Poitou lui aussi, et mort, dans la première moitié de ce siècle, évêque démissionnaire d’Orléans après avoir été d’abord chanoine de Notre-Dame-la-Grande à Poitiers, puis archiprêtre de la cathédrale, avait eu l’honneur d’être au nombre des prêtres insermentés, et, comme tel, déporté à la Guvane, pendant qu’un de ses frères, prêtre: aussi, montait à l’échafaud. Bien avant la Terreur, Mgr de Beauregard s’était pris d’une belle dévotion pour une antique et fort gracieuse statue de la Sainte-Vierge, érigée à l’angle d’une des places de notre ville, celle du Pilori, et à laquelle sa noble famille ainsi que lui-même étaient redevables de plusieurs faveurs marquées, et par le secours de laquelle-bien d’autres personnes avaient obtenu des guérisons inespérées. Revenu secrètement en France après quelques années d’un exil douloureux et de grandes souffrances, il ne passait jamais-devant la maison où il savait qu’avait été cachée la Madone, sans s’arrêter quelques minutes pour réciter pieusement le Salve Regina. Plus tard, lorsque se fut apaisé l’orage révolutionnaire, il faisait faire également halte à la procession de la cathédrale pou les Rogations, devant cette maison et entonnait la même antienne, que tout le cortège continuait en chœur. Aujourd’hui la statue vénérée se trouve à quelques centaines de pas de son précédent abri, dans cette belle église Saint-Jean de Montierneuf, qui fut consacrée à la fin du 11e siècle par le pape Urbain II lui-même, le prédicateur de la première croisade et l’initiateur de la récitatiou de l’Angelus; et Notre-Dame du Pilori est devenue Notre-Dame de Bon-Secours: elle trône sur un autel superbe, don d’une vénérable octogénaire-qui célébrait i y a quelques années, ses noces de diamant d’Enfant de Marie. Les nombreux ex-voto qui environnent cet autel disent assez les miséricordieuses bontés de l’auguste Marie.

A partir de cette même époque, c’est-à-dire après le Concordat de 1801, on voyait monter successivement sur le siège épiscopal de Poitiers-plusieurs digne prélats dont le premier, Mgr Luc Bailly, qui ne fit guère que passer, ne put donner toute la mesure de ses sentiments de piété pour la Vierge immaculée . Ces sentiments éclatèrent hautement dans maintes circonstances chez ses successeurs, Mgr de Bouillé, qui occupa le siège de 1818 à 1842, et Mgr Guitton de 1843 à 1848 L’historien de ce dernier écrivait: «Le caractère particulier de sa piété se mani

«festait surtout dans la confiance la plus filiale, qu’il professa toujours pour la

«Sainte Vierge. Il aimait à la prier et à la faire prier. On sait qu’il mourut subites

«ment en tournée de confirmation, à Niort, le 7 mai 1842. Huit jours auparavant

«au moment où s’ouvraient les exercices du Mois de Marie, il faisait recom-

«mander à sa divine Protectrice le succès de cette course apostolique dont hélas

«il ne devait plus revenir. Le matin même de sa mort, il avait prêché dans l’é-

«glise Notre-Dame de Niort avec une éloquence toute pleine de cœur, et donné la

«confirmation à plusieurs centaines d’enfants. Quelques heures après, il rendait

«doucement son âme à Dieu, en prononçant les saints noms de Jésus et de Marie...

Mais, quels que soient les mérites et les vertus des saints personnages quoi nous avons nommés, nous ne craignons pas de placer ici. bien au-dessus d’eux en ce qui se rapporte principalement au culte dû à la Reine du Ciel, l’ illustra Evêque qui fut, au siècle dernier, la gloire de l’Eglise entière.


Assurément, innombrables ont été, à travers les âges depuis le christianisme, les panégyristes de la Vierge Immaculée, les écrivains sacrés, les orateurs qui ont exalté en termes éloquents et magnifiques ses grandeurs et ses privilèges.

Qui ne sait pourtant que l’action de Mgr Pie, ce gardien vigilant de la foi, ce victorieux apologiste du christianisme, cet intrépide champion des plus pures doctrines, ne fut pas restreinte dans les limites de notre diocèse, mais qu’elle s’étendit sur un plus vaste théâtre, sur toute la France, dans toute la catholicité !

C’est dire la très grande autorité acquise par le nouvel Hilaire, sur tous les points, sans exception, de la doctrine et de la théologie ecclésiastique, et dont témoignent victorieusement les dix volumes de ses Œuvres absolument magistrales, à ce degré même que notre admirable Souverain Pontife Pie X les a constamment sous la main et en fait sa lecture courante. Il ne convient pas de s’en étonner quand on sait que Mgr Pie avait eu l’immense mérite de s’assimiler complètement les saintes Ecritures et les Pères de l’Eglise. Après les avoir étudiés à fond, il en avait tiré un travail qui était devenu sa propre substance, et qu’il nous présentait avec une clarté incomparable, avec un merveilleux à propos, avec une majesté souveraine.

Blason du cardinal Pie .


Ce travail d’ensemble, il l’avait fait, en particulier, pour tout ce qui se rattache à la divine Mère du Sauveur. Nous n’avons, ici, à l’envisager que sous ce point de vue. Jamais peut-être les titres infinis de Marie à nos hommages et à notre amour n’ont été exposés aussi nettement, aussi doctrinalement, avec plus de tendresse, que sous la plume et sur les lèvres de l’illustre Evêque de Poitiers. Et combien on a eu raison de dire que tout, chez lui, était de Marie, par Marie et pour Marie! Ses armes épiscopales le répètent éloquemment. Tuus sum ego.

Il faut bien qu’il en soit ainsi pour que deux écrivains de marque, à savoir un prêtre distingué du diocèse et un éminent Religieux de la Compagnie de Jésus aient pu prendre texte de la doctrine Mariale de Mgr Pie, et publier successivement deux livres justement estimés: le premier sous le titre:

«Mois de Marie, extrait de la Vie et des Œuvres du cardinal Pie» ; le second sous le titre: «La Vierge Marie d’après le cardinal Pie» .

On comprend aisément aussi que toutes les fois qu’un grand événement concernant la Très Sainte Vierge devait se produire en France au siècle dernier l’épiscopat tout entier jetait spontanément ses vues sur l’évêque de Poitiers, et qu’on l’ait amené à porter la parole, soit à Notre-Dame de Chartres, soit à Notre-Dame de Bon-Encontre, au diocèse d’Agen, soit en l’honneur de Notre-Dame d’Aquitaine, à Bordeaux, soit à Notre-Dame du Sacré-Cœur à Issoudun, soit enfin et surtout pour le couronnement solennel de Notre-Dame de Lourdes, où son discours fut un véritable monument à la gloire de la Vierge immaculée et qui eut un retentissement immense dans le monde entier.

Le diocèse de Poitiers ne peut-il pas être fier à bon droit des prérogatives accordées ainsi à son évêque? Celui-ci, d’ailleurs, ne travaillait pas seulemeut à exalter la Reine du Ciel en dehors du diocèse. Nous allons voir, par l’énumération qui suit, qu’il ne perdait pas une occasion de faire aimer et honorer Marie snr notre terre privilégiée du Poitou, comme personne ne l’avait fait encore jusqu’ à lui.

Voici l’énumération des titres qui font de Mgr Pie l’évêque de prédilection de Marie et son illustre et incomparable «louangeur», comme on l’a appelé :

1. — Consacré tout particulièrement, avant sa naissance, par sa mère, à Notre-Dame de Chartres.

2. — Baptisé le jour même de la fête du saint Rosaire (1815).

3. — Porté, peu après, par sa mère, au sanctuaire de Notre-Dame de Chartres.

4. — Elève au petit séminaire de Saint-Chéron, près Chartres (séminaire placé sous les auspices particuliers de la Très Sainte Vierge); il est chargé spécialement de l’ornementation et de l’entretien de l’autel de la Vierge immaculée.

5. — Nommé vicaire de Notre-Dame de Chartres (cathédrale) aussitôt après son ordination. Il y fait entendre les plus belles instructions sur le culte dû à la Mère de Dieu.

6’. — Il est nommé, six ans après, à l’âge de 29 ans, vicaire général de Chartres (26 janvier 1845), eu la fête du Saint Cœur de Marie).

7. — Trois ans apres, en mai 1819 (durant le Mois de Marin), il est nommé évêque de Poitiers, et sacré, le 25 novembre, à Notre-Dame de Chartres.

8. — Le nouvel évêque fait son entrée à Poitiers, le 8 décembre suivant, en la fête de l’Immaculée Conception, et avant de se rendre à la cathédrale, va prier à Notre-Dame-la-Grande, dont il avait imploré la protection dans sa lettre de prise de possession.

9. — Chaque année, depuis lors, et jusqu’à sa mort (en 1880), c’est-à-dire pendant plus de trente ans, Mgr Pie fera entendre dans la chaire de Notre-Dame-la-Grande, au jour de cette même fête de l’Immaculée Conception, les plus beaux, accents en 1 honneur de la Reine du Ciel.

10. — En 1851, participation très grande du jeune évêque de Poitiers dans la consultation à l’épiscopat universel faite par Pie IX au sujet de la prochaine définition du dogme de l’Immaculée Conception. — Mgr Pie adresse également, à ce sujet, au clergé du diocè e, un remarquable Mandement.

11. — Magnifique homélie de Mgr Pie, dans l’église Notre-Dame-la-Grande, le jour même de la proclamation de ce dogme (8 décembre 1854).

12. — Le 21 mai 1855, superbe discours de Mgr Pie prononcé à la cérémonie du couronnement de Notre-Dame de Chartres.

13. — Le 25 octobre 1835, consécration de la chapelle de Mauroc, placée tous le vocable de la Vierge immaculée et dont il avait posé la première pierre l’année précédente, la veille de la fête de l’Immaculée Conception.

14. — En août 1856, Mandement relatif aux faveurs accordées au sanctuaire de Notre-Dame de Pitié.

15. — Le 23 septembre 1857, discours prononcé à la fête du rétablissement de la statue de la Sainte Vierge dans la crypte de la cathédrale Notre-Dame de Chartres.

16. — En 1859, discours prononcé à la solennité de la consécration de l’église de Notre Dame de Bon-Encontre, antique et célèbre lieu de pèlerinage, au diocèse d’Agen.

17. — En 1861, discours prononcé dans la solennité du 6e centenaire de la consécration de Notre Dame de Chartres.

18. — Même année (1861) allocution prononcée à la consécration de l’église de Notre-Dame de Port-de-Plies (Vienne). où, en posant pour la première fois le pied sur le territoire du diocèse, il avait célébré la sainte Messe le 8 décembre 1849, le matin même de son entrée à Poitiers.

19. — En 1862, allocution prononcée à la chapelle de Notre-Dame du Chêne-Rond, au Puy-Saint-Bonnet.

20. — En 1863, homélie prononcée dans l’église primatiale et cathédrale de Bordeaux pour la fête d’inauguration de la statue monumentale de Notre-Dame d’Aquitaine, en haut de la Tour Pey-Berland.

21. — Même année (29 novembre 1863), Mgr Pie, entouré de plusieurs évêques, couronne solennellement, au nom de Pie IX, l’antique et vénérable statue de Notre-Dame des Clefs, à Poitiers, et prononce à cette occasion une admirable homélie, suivie, le lendemain, d’une lettre des plus touchantes aux curés de Ja ville de Poitiers sur cette incomparable solennité.

22. — En 1869, homélie prononcée dans la solennité du couronnement de Notre-Dame du Sacré-Cœur à Issoudun.

23. — En 1872, homélie prononcée à la cérémonie d’installation des Chanoines Réguliers de Latran, dans l’église de Notre-Dame de Beauchêne, vénéré sanctuaire de Marie, dans les Deux Sèvres.

24. — En 1873, discours prononcé dans la solennité de clôture du pèlerinage national au grand sanctuaire de Notre-Dame de Chartres.

25. — Même année (le 21 septembre 1873), Mgr Pie, entouré de plusieurs archevêques et évêques, et de cinquante mille pèlerins réunis auprès de l’antique et pieux sanctuaire de Notre-Dame de Pitié, dans la paroisse de la Chapelle-Saint-Laurent, couronne solennellement, au nom du Pape Pie IX, la vénérable statue, et prononce une fort éloquente allocution.

26.. — Le 6 juin 1875, allocution prononcée dans la cérémonie de consécration de l’église des Pères des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie (collège de la Grand’ Maison) a Poitiers; cette église nouvelle est dédiée à Notre-Dame de Paix.

27. — En 1876 (3 juillet), splendide homélie prononcée par Mgr Pie dans la solennité du couronnement de Notre-Dame de Lourdes, en présence du Nonce apostolique, d’une quarantaine de cardinaux, archevêques et évêques, et de cent mille pèlerins.

28. — En 1879 (23 septembre), Mgr Pie, créé cardinal au commencement de cette année, prononce une ravissante homélie à la suite de la prise de possession de son église cardinalice à Rome (celle de Notre-Dame de la Victoire).

29. — Le nouveau Prince de l’Eglise, pèlerin pour la première fois comme cardinal, au sanctuaire de Lourdes, fait hommage de sa pourpre à la Vierge Immaculée, comme il l’avait fait peu auparavant à Notre-Dame-la-Grande et à Notre-Dame de Chartres.

30. — Même année, belle lettre pastorale à l’occasion du 25e anniversaire de la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception.

31. — En 1880 (10 avril), allocution prononcée dans l’église Notre-Dame du Sacré-Cœur à Rome. C’était le dernier chant de l’illustre Prince de l’Eglise à la gloire de la Vierge Immaculée. Moins d’un mois après, il rendait pieusement sa grande âme à Dieu.

32. — Le 25 mai (1880), le cardinal Pie est inhumé dans le chœur de l’église Notre-Dame-la-Grande, en regard de la vénérée Madone.

Nous empruntons au livre du saint et regretté Religieux, le R. P. Mercier, dont nous parlions tout à l’heure, les extraits suivants de ses notices biographiques sur le cardinal Pie:

Dans le cœur de Monseigneur Pie, l’amour de Marie fut inséparable de l’amour de l’Eglise. Un mot nous semble donc résumer parfaitement le caractère et la vie de l’humble clerc de Notre-Dame de Chartres et de l’éminent cardinal de Sainte-Marie-de-la-Victoire: il était avant tout et en tout enfant de Marie, en même qu’homme d’Eglise. Comme l’amour de l’Eglise, l’amour de Marie a formé en lui le chrétien, illuminé le docteur, inspiré et sanctifié l’évêque.

Le cardinal-évêque de Poitiers était bien de cette race tendre à la fois et magnanime, faite pour comprendre, aimer, sentir tout ce qui est grand, tout ce qui est pur, tout ce qui est beau.

Aussi n’hésitons-nous pas à voir dans le culte si tendre, si dévoué, si constant qu’il avait voué à la Mère de Dieu, l’unité de cette grande vie, le mobile secret de tant d’utiles travaux, le principe fécond de si nobles actions. Oui, Monseigneur Pie fut vraiment le serviteur fidèle, le fils chéri, l’intrépide chevalier de la Vierge; et c’est par son puissant secours qu’il se trouva toujours à la hauteur des plus difficiles missions que la divine Providence daigna lui confier.

Dans une lettre adressée à Mgr Gay, évêque d’Anthédon, pour le féliciter de sa belle oraison funèbre du cardinal Pie, Monseigneur Donnet, cardinal-archevêque de Bordeaux, se plaît à constater ce que nous venons d’avancer.

«Le jeune Pie, dit-il, fut consacré à Dieu par sa mère, avant sa naissance, et, quand il eut l’âge de se donner lui-même, il s’empressa de ratifier l’offrande maternelle, en se vouant à Notre-Dame, pour que celle-ci le donnât à son Fils: Tuus sum ego; salvum me fac.

«De cet acte, qui ne fut jamais contredit, est sorti, comme d’une source merveilleuse, la vie que vous avez célébrée. Marie préserva son fils adoptif de la contagion du siècle, pour le cacher à l’ombre du tabernacle. Elle lui fit gravir d’une mauière admirable tous les degrés de la sainte hiérarchie. Elle lui mit au cœur uu amour passionné de l’Eglise et un dévouement sans bornes au Pontificat suprême, le rendant capable de combattre l’ennemi le plus terrible de notre temps, le naturalisme, forme principale de l’erreur contemporaine.

«Si, de sa chaire épiscopale, notre illustre et bien-aimé suffraganta fait retentir une parole toujours écoutée; si dans nos cinq conciles provinciaux, comme vous l’avez rappelé, le métropolitain et ses dignes collègues furent toujours heureux de reconnaître l’ascendant de son caractère; s’il combattit, avec tant d’éclat, pour la conservation et l’intégrité du principal temporel du Saint-Siège; si,au concile du Vatican, il sut acquérir une position éminente: si, dans son diocèse, il devint le restaurateur des sciences sacrées, le créateur d’œuvres innombrables qui placent l’Eglise de Poitiers parmi les mieux organisées du monde; si, enfin, l’honneur depuis longtemps réservé à d’immenses services l’enfant de Notre-Dame de Chartres fut un jour décoré de la pourpre romaine par le grand Pape qui voulut ainsi réaliser un des vœux les plus chers de Pie IX, c’est à Marie qu’il le dut.

«Tuus sum ego! Ces mots furent une pieuse et touchante devise; mais aujourd’hui qu’ils sont gravés sur une tombe prématurément ouverte, il est facile de voir qu’ils sont l’explication et le couronnement de la grande vie dont j’ai vu l’aurore et dont j’aurais voulu ne jamais voir le couchant.»

Résumons ici, très rapidement, la vie du cardinal Pie:

La mère du futur évêque de Poitiers était à l’église et assistait à la messe le jour où un tressaillement lui révéla qu’elle allait être mère. Aussitôt (ce sont ses expressions) elle jeta dans le sein de Dieu l’enfant qu’elle portait dans le sien; puis, se tournant vers l’autel de Marie, elle la conjura de se montrer toujours la mère de celui qu’elle mettrait bientôt au monde. Son vœu fut exaucé. Elle était entrée elle-même dans la vie sous les auspices de la Reine du Carmel; son nouveau-né obtint la grâce de la régénération baptismale en la fête de Notre-Dame du saint Rosaire.

Selon l’usage de la paroisse, l’enfant fut porté le jour même de son baptême devant l’autel de la bienheureuse Vierge Marie. Au mois d’octobre 1869, Monseigneur Pie eut l’occasion de parler dans l’église de Pontgouin, sa paroisse natale, et il se plut à rappeler ce précieux souvenir. «Je retrouve avec joie, dit-il, cet autel de la bienheureuse Vierge Marie, cet autel de Notre-Dame du Rosaire... C’est ici que la très sainte Mère de Dieu a daigné abaisser sur moi ce premier regard depuis lequel je n’ai point cessé de lui appartenir et d’éprouver les effets de ses bontés maternelles. De ce jour-là date le contrat dont elle m’a permis de faire plus tard la devise de toute ma vie: Tuus sum ego.»

Singulière et touchante harmonie que ce vaillant défenseur soit né à la vie de la grâce le jour où l’Eglise fêtait solennellement Notre-Dame du Rosaire, la Vierge puissante, armée pour abattre l’infidélité et pour tuer l’hérésie la Vierge de Muret et de Lépante, de saint Dominique et de saint Pie V, la Vierge dont il devait porter le nom glorieux sous le titre de cardinal de Sainte-Marie-de-la-Victoire!

«Quel présage, s’écrie Monseigneur Gay, et déjà, sans nul doute, quelle adoption! Cet enfant désormais allait avoir deux mères: l’une dans le ciel et souveraine, l’autre sur la terre et pieusement fidèle; et toutes deux allaient s’employer à procurer dans le fils de leur cœur le prompt développement de la grâce baptismale et l’accomplissement successif des desseins de Dieu sur sa vie.»

Lorsque la nouvelle Anne eut cessé d’allaiter son enfant, «à l’exemple de la mère de Samuel, elle le conduisit toute jeune encore dans la maison du Seigneur, dans la basilique célèbre de la Vierge de Chartres, dont elle lui avait fait porter la livrée depuis sa naissance, et, le présentant déjà aux bénédictions du grand-prêtre, elle dit: J’ai prié pour obtenir cet enfant, et Dieu a écouté ma demande: c’est pourquoi je le lui remets entre les mains, pour qu’il soit à lui aussi longtemps qu’il lui conservera la vie».

Le voilà plus tard élève du petit séminaire de Saint-Chéron, près de Chartres.

La dévotion du jeune clerc envers la très sainte Vierge, raconte son pieux panégyriste, allait croissant chaque jour. Aucune fête ne se passait sans qu’il fit à sa Mère céleste l’hommage d’une poésie nouvelle. «Vierge sainte, s’écriait-il plus tard, j’ai toujours aimé à vous rendre hommage, et vous avez été le sujet incessant de mes cantiques: in te cantatio mea semper.»

Au séminaire d’Issy, puis à celui de Saint-Sulpice, pendant le cours de ses études philosophiques et théologiques, l’enfant de Notre-Dame de Chartres resta toujours fidèle à la douce mémoire de sa puissante Patronne, Dame de toutes ses pensées, Reine de toutes ses affections. Après le nom incomparable de Jésus, aucun nom n’était plus souvent sur ses lèvres que le nom de Marie. «Marie, disait-il un jour, rien ne nous est plus intime, plus familier; nous l’initions à nos joies, à nos douleurs, à nos espérances, à nos alarmes. Pas un jour ne commence, pas un jour ne s’achève que nous n’implorions sa bénédiction; cent fois dans la journée nous cherchons son regard, nous implorons sa bonté ; et si notre cœur n’est pas assez pur pour que nous osions baiser même ses pieds, nous baisons la pierre sur laquelle ses pieds reposent.»

Ordonné prêtre en 1839, il est nommé vicaire de Notre-Dame de Chartres, puis vicaire général du même diocèse.

En 1849, il devient évêque de Poitiers; il n’avait pas encore 34 ans.

A la vue des grands devoirs qui l’attendent, le jeune prélat comprend que les forces humaines sont impuissantes à supporter un si lourd fardeau. Il lève donc les yeux vers Notre-Dame de Chartres d’où lui est toujours venu le secours, et il lui consacre les prémices de son épiscopat. Le vénérable abbé Lecomte, curé de la cathédrale de Chartres, le père et l’ami de sa jeunesse, le guide de ses premiers pas dans le ministère, le conseiller de ses travaux et de ses études, ne pouvait l’abandonner à ce moment suprême.

N’écoutant que son affection paternelle pour le nouvel élu, il lui traçait, avec une liberté tout apostolique, ses obligations futures; mais c’est surtout la dévotion à la Sainte Vierge qu’il lui recommandait comme le moyen le plus propre à sanctifier les âmes

a Je ne vous dirai rien, mon cher Seigneur, de ce que vous ferez pour répandre partout partout, dans votre diocèse, la tendre piété envers la sainte Vierge, dont vous êtes l’enfant chéri et à qui vous devez tant. Faites-la beaucoup aimer de vos prêtres: ce sera la faire beaucoup aimer de vos ouailles. Allez, enseignez l’amour de Marie à tous les fidèles de votre contrée...

«Marie sera la Reine de tous vos séminaires, ou plutôt elle en sera la Mère tendrement aimée. Il faudra aller prendre dans le diocèse de Poitiers des leçons d’amour pour Marie.»

Avant de quitter son diocèse natal et son bien-aimé sanctuaire de Notre-Dame de Chartres pour venir à nous, le jeune évêque s’écriait dans ses adieux émus:

«Vierge Marie, votre nom est le premier que j’ai prononce dans ce temple, au jour de mon début; votre nom est celui qui va fermer mes lèvres. Ce nom, il m’est familier comme ma respiration; ce nom, je n’ai pas été un seul jour sans le redire; ce nom, il a fait jusqu’ici ma joie, ma force, mon succès; ce nom, il sera mon soutien, ma consolation pendant mon épiscopat. Ce nom, puissé-je, selon le vœu d’un saint évêque de l’antiquité, puissé-je en mourant l’emporter sur mes lèvres comme l’olivier avec lequel la colombe revenait vers l’arche! Ce nom, qui a été pour moi le commencement et qui est aujourd’hui la fin; ce nom, l’alpha et l’oméga de mon sacerdoce; ce nom, que je voudrais redire mille fois à vos oreilles avant de vous quitter, ô mes Frères bien-aimés, c’est le nom de la Vierge sans tache, de la Mère de Dieu et des hommes, de la Reine du ciel et de la terre, de la Dame de cette église, de la Souveraine de cette ville; c’est le nom de la Vierge Marie.»

Préconisé évêque de Poitiers par Pie IX, dans le consistoire du 26 septembre 1849, Mgr Pie fut sacré le 25 novembre dans la basilique de Notre-Dame de Chartres, le plus splendide et le plus royal des sanctuaires de Marie.

«Vierge Marie, s’écriait-il au 23e anniversaire de sa consécration épiscopale, c’était sous vos regards maternels, dans le plus religieux et le plus magnifique des sanctuaires élevés à votre gloire par la main des hommes, que je recevais, il y a vingt-cinq ans à cette heure, l’onction du chrème qui fait les pontifes. Vous m’avez permis ce jour-là de vous adjuger le reste de ma vie, comme vous en aviez eu les prémices, et je n’ai voulu d’autre devise que celle qui me proclamait vôtre: Tuus sum ego.»

«Vierge immaculée, — disait-il dans une lettre pastorale adressée au clergé et aux fidèles de son diocèse, le jour même de sa consécration, — nous entrerons en possession de notre Eglise sous vos auspices Selon l’antique usage de nos prédécesseurs, c’est du temple de Notre-Dame de Poitiers que nous nous rendrons à celui du prince des apôtres, où est fixée notre chaire épiscopale. Convoquez sous les voûtes de votre sanctuaire tous les anges protecteurs de la contrée; qu’aux Esprits célestes viennent se joindre tant d’elus que l’Eglise de Poitiers a députés vers la gloire, tant de solitaires héritiers de Martin, tant de vierges filles de Radegonde! Entouré de ce cortège du ciel, vous nous prendrez par la main, ô Marie, et vous nous conduirez, vous nous présenterez a Pierre, à celui auquel il a été dit de paître les agneaux et les brebis, et les troupeaux et les pasteurs».

Afin de témoigner de plus en plus ses sentiments de tendre et inaltérable dévotion envers Marie, Mgr Pie choisit le 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge, pour faire son entrée solennelle en sa ville épiscopale.

La dévotion à Marie, que Mgr Pie avait en quelque sorte gravée sur ses armes avec l’image séculaire de Notre-Dame de Chartres et l’expressive devise Tuus sum ego, devint la lumière et la force de son fécond et glorieux épiscopat.

Partait-il pour un voyage, ou entreprenait-il quelque œuvre plus considérable ou plus difficile: il écrirait, tantôt en français, plus souvent en latin, une prière spéciale et filiale qu’il glissait sous le pied de la statue de Marie devant laquelle il travaillait toujours.

Il n’eut rien plus à cœur que d’entretenir, de ranimer et d’augmenter parmi les fidèles de son diocèse la devotion et la confiance envers cette Vierge trois fois sainte, dépositaire de la grâce et trésorière du ciel, la dispensatrice de tous les dons, l’ange du bon conseil, la reine des vertus, le soutien des faibles, la consolatrice des affligés, la guérison des malades, en un mot, le canal de tous les biens pour le temps et pour l’éternité.

Aussi, tout ce qui concerne l’auguste Mère de Dieu l’intéresse, le captive et provoque son intervention. Dogme, apparitions, pèlerinages, miracles, couronnements de statues miraculeuses, vieux souvenirs à raviver, sanctuaires à restaurer, églises neuves à consacrer: rien n’échappe à sa vigilance, et sa piété suffit à tout. Il eût voulu qu’aucune autre contrée ne pût se flatter de surpasser son diocèse et son peuple «en démonstrations d’amour, en sentiments de piété envers cette tendre Mère de Dieu et des hommes».

Personne n’ignore la part considérable que prit l’évêque de Poitiers à la définition du dogme de l’Immaculée Conception. L’on peut suivre, pour ainsi dire, pas à pas dans ses œuvres, la marche historique et doctrinale de cette grande question, depuis l’encyclique datée de Gaëte, en 1849, jusqu’à la solennelle proclamation du dogme, le 8 décembre 1854.

Avant cette proclamation, l’évêque de Poitiers s’était efforcé de faire participer son diocèse au privilège concédé déjà à un grand nombre d’églises particulières, de professer par un culte public la croyance qui était au fond de tous les cœurs. Et le Saint-Père, accédant à sa demande, lui permit, par un rescrit du 18 juillet 1851, de confesser expressément, dans les prières mêmes du saint Sacrifice et dans les Litanies de la sainte Mère de Dieu, la croyance à la Conception immaculée de Marie.

La constitution apostolique qui publiait dans tout l’univers le dogme de l’Immaculée Conception ne tarda pas à paraître. Mgr Pie l’accompagna d’une magnifique lettre pastorale dans laquelle il célébrait avec un nouvel accent de conviction et d’amour le glorieux privilège de la Vierge Marie.

«Marie a été conçue sans péché » : c’est le cri qui fait en ce moment le tour du monde... Le culte de Marie n’est pas limité à une province, à une nation. Partout où le culte de Jésus a pénétré, la Vierge Mère a un autel. Pas un chrétien qui ne la salue, qui ne l’invoque, qui ne la révère, qui ne l’aime comme sa propre mère en même temps que comme Mère de Jésus. L’accroissement de la gloire de Marie est donc un sujet de joie pour tous les enfants de Dieu: voilà pourquoi ces transports, ces élans, ces acclamations, ces ovations, dont le récit nous arrive chaque jour. Toute la famille humaine est en mouvement, parce qu’un jour de fête s’est levé pour la Mère de Dieu et des hommes.»

En Poitou, l’on avait attendu l’arrivée des lettres apostoliques pour suivre l’entraînement général; mais les transports de joie y furent d’autant plus libres que leur expansion avait été plus longtemps contenue.

Mgr Pie avait tenu compte du tempérament de cette province, qui n’est pas toujours la première à s’ébranler, mais dont l’ébranlement finit toujours par être d’autant plus imposant, plus significatif, qu’il est plus voulu, plus réfléchi. Les manifestations religieuses y ont un caractère à part qui ne les rend inférieures à aucune autre; elles procèdent d’un sentiment qui n’a rien d’improvisé ni de fugitif. «Nous avons moins de chaleur à la tête, observait-il; nous en avons davantage au cœur; et, franchement, c’est dans ce foyer surtout que le feu est à sa place, parce que c’est de là qu’il répand utilement et sans danger sa douce et salutaire influence.»

L’antique cité poitevine rajeunit son aspect séculaire sous des ornements de fêtes, et la population tout entière sortit de son silence pour glorifier la Vierge immaculée. C’était la vieille et franche piété reçue des aïeux qui se montrait au grand jour.

La dévotion de l’évêque de Poitiers envers Marie revêtait toutes les formes réclamées par les diverses circonstances de temps et de lieu. Il veillait surtout avec une attention particulière, à rendre de plus en plus célèbres les sanctuaires de la Mère de Dieu.

L’antique église de Notre-Dame des Clefs, patronne de la cité poitevine, attira d’abord l’attention du nouvel évêque. La basilique de Notre-Dame-la-Grande est, en effet, le plus auguste sanctuaire de la Mère de Dieu dans le diocèse de Poitiers. Les plus anciens monuments écrits Ini donnent le nom de «Sainte-Marie Majeure» : Ecclesia Sanctœ Mariæ Majoris in urbe, et cette merveille d architecture mérite vraiment le nom de temple majeur de Notre-Dame. La Vierge qu’on y vénère depuis plus de six siècles tient entre ses mains les clefs de la ville, qui la proclame sa bienfaitrice, et qui célèbre chaque année le souvenir de sa miraculeuse délivrance. Avec ces clefs elle tient pareillement dans ses mains tous les cœurs chrétiens de la cité, qui la chérit et l’implore comme sa mère.

Au premier anniversaire du miracle des Clefs, depuis son arrivée dans le diocèse de Poitiers, Mgr Pie s’empressa de venir rendre le tribut de ses hommages et de son amour à l’auguste Reine et Mère de la cité. «Quel que soit l’événement miraculeux dont nos pères ont conservé la mémoire depuis tant de siècles, dit-il dans le discours prononcé en cette circonstance, quels que soient les ennemis contre lesquels vous avez été défendus par la protection de la Vierge Marie, quelle que soit enfin, quant aux accessoires du fait principal, la valeur historique du récit consigné depuis bientôt quatre cents ans dans vos archives municipales, je suis heureux de venir aujourd’hui dans ce beau temple acquitter, pour ma part, la dette traditionnelle de gratitude, de piété, d’amour que le patriotisme poitevin a contractée envers sa libératrice. J’accepte sans hésiter l’aimable légende qui me montre entre les mains de Marie les Clefs que les défenseurs de la cité croyaient perdues, et qu’un citoyen coupable avait vainement tenté de livrer à l’ennemi. Je m’agenouille avec vous devant l’image de votre sainte protectrice, et je vénère entre ses mains les clefs d’argent que votre reconnaissance y a déposées.»

Ce fut le premier dimanche de l’Avent, 29 novembre 1863, que l’évêque de Poitiers, délégué du siège apostolique, eut la consolation de couronner, au nom de Pie IX alors glorieusement régnant, la statue de la bienheureuse Vierge Marie, honorée de temps immémorial dans l’église Notre-Dame-la-Grande.

L’éloquente péroraison de l’homélie prononcée par l’évêque de Marie, à l’occasion du couronnement, peut nous donner une idée des sentiments de consolation qui inondèrent son âme en cette touchante solennité.

«Vierge Marie, s’écria-t-il, je vous offre, je vous dédie aujourd’hui toute cette grande famille que vous m’avez confiée; je vous consacre de nouveau et l’indigne pasteur et le troupeau entier. Tendre Mère, j’ai été jeté entre vos bras dès mon entrée dans la vie; de bonne heure j’ai été caché à l’ombre de votre sanctuaire; vous m’avez conduit par la main du plus bas de la vallée jusqu’aux plus hauts sommets de la montagne sacerdotale; durant le trajet vous avez dirigé mes pieds à travers les innombrables dangers du chemin; tous Les biens me sont venus avec vous et par vous; vous avez été le conseil de ma vie, l’inspiratrice de més actions, l’assaisonnement de toutes mes épreuves; je ne revendique qu’un titre d’honneur en ce monde, celui de vous appartenir; vous êtes mon blason, vous êtes ma devise; je ne voudrais pas connaître en moi-même un atome qui ne fût de vous et à vous: Tuus sum ego. Or, vous m’avez fait l’évêque, le pasteur d’un grand peuple; et ce que je vous demande à genoux, dans cette grande et solennelle circonstance, c’est que ce peuple garde toujours sa couronne, la couronne de la foi, la couronne du courage et de l’honneur chrétien, et qu’il ne descende jamais de la hauteur où sa religion l’a placé !»

C’est là, devant l’image de Notre-Dame-la-Grande, que l’évêque de Marie aimait à célébrer lee fêtes de la Vierge immaculée, Mère de Dieu et des hommes. C’est là qu’il prononça bon nombre de ces délicieuses homélies si pleines de doctrine et d’à-propos, où il était inimitable. C’est là qu’en 1874 il voulut solenniser le 25e anniversaire de son intronisation épiscopale. On entendit épancher son âme dans le discours le plus pathétique, rapportant à la Vierge sainte tout le bien qu’il avait accompli durant ce laps de temps dans toute l’étendue de son diocèse, et la conjurant avec larmes de ne point l’abandonner et de lui continuer sa maternelle protection.

Après l’antique église de Notre-Dame-la-Grande et sa miraculeuse statue d’autres sanctuaires en renom, d’autres pèlerinages de ce religieux diocèse, attirèrent l’attention du dévot serviteur de Marie.

L’un des plus chers à la piété des fidèles est sans contredit le sanctuaire de Notre-Dame de Pitié, près de la Chapelle-Saint-Laurent, l’une de ces paroisses où deux des plus religieuses contrées de France, le Bocage et la Gâtine, viennent en quelque sorte se donner la main. Nulle part ailleurs dans le Poitou, à cette époque, le mouvement vers les autels de Marie ne s’accentuait avec plus de force et ne s’annonçait comme devant progresser avec plus d’énergie.

L’évêque de Poitiers, dans une de ses tournées pastorales, visita pour la seconde fois, en 1855, cette sainte demeure de Marie. Il était alors sur le point d’entreprendre un voyage ad limina apostolorum. Il le plaça sous le patronage tout spécial de Notre-Dame de Pitié, s’engageant à ses pieds, en retour de la protection qu’il implorait, à rapporter de la cité sainte des faveurs particulières pour ce vénéré sanctuaire. Heureusement parvenu au terme de son voyage, il remit une supplique en main propre au Vicaire de Jésus-Christ, et celui-ci daigna y répondre par des lettres apostoliques. Elles accordaient une indulgence plénière avec plusieurs des faveurs concédées en temps de Jubilé pour tous les fidèles qui visiteraient dans le cours d’un mois la chapelle de Notre-Dame de Pitié, située dans le Bocage.

Témoin oculaire du concours extraordinaire qui se produisait dans le sanctuaire vendéen, Mgr Pie jugea que le temps était venu de réaliser ses projets, mûris de longue date. Il profita donc d’un autre voyage à la Ville Eternelle dans le cours de l’année 1873. En même temps qu’il déposait dans le cœur du Vicaire de Jésus-Christ abreuvé d’amertume par de sacrilèges attentats les sentiments de la plus tendre affection et du plus entier dévouement, il lui communiqua ses désirs et ses vœux, lui demandant la faveur insigne de couronner en son nom l’image vénérée de la Mère des Douleurs dans le sanctuaire de Notre-Dame de Pitié. Pie IX accueillit avec bienveillance et sans délai l’humble supplique de l’évêque de Poitiers, et par lettres apostoliques le délégna à l’effet de procéder en son propre nom à cette auguste fonction.

De nombreux dignitaires de l’Eglise, que des rapports particuliers avaient appelés dans la contrée daignèrent assister à la cérémonie solennelle du couronnement de Notre-Dame de Pitié. En acquittant envers Marie ce tribut de leur piété personnelle, ils apportaient le double bienfait de leurs bénédictions et de leurs exhortations. Cette terre déjà sainte à tant de titres fut de nouveau sanctifiée en même temps qu’illustrée par leur présence et par leur parole. Mgr de la Bouillerie, coadjuteur de Bordeaux, officiait. C’était pour l’évêque de Marie un devoir bien doux en cette circonstance de célébrer les louanges de la Mère des douleurs et de se faire le vivant écho des soupirs et des vœux qui s’échappaient du cœur et des lèvres de milliers de spectateurs.

Lors de son premier voyage à Rome, l’évêque de Poitiers avait rapporté de la ville sainte des privilèges pour le sanctuaire de Notre-Dame de Pitié dans la Gâtine. Quand il y retourna en 1866, le dévot serviteur de Marie sollicita la libéralité du Saint-Père en faveur de plusieurs sanctuaires de la très sainte Mère de Dieu qu’il allait sortir de leurs ruines; mais c’est à celui de Beauchêne qu’il se sentit pressé d’attacher spécialement le souvenir de sa seconde visite au seuil des saints apôtres.

Le dimanche 9 septembre 1866, Mgr Pie eut la joie de consacrer l’autel de Notre-Dame de Beauchêne, d’y proclamer les lettres pontificales qui octroyaient à ce sanctuaire des grâces et des faveurs spirituelles, enfin d’y implorer la toute-puissante Mère de Dieu, la priant de maintenir dans la religieuse Vendée les sentiments de foi et de piété qui en sont la gloire.

Grâce au généreux concours d’une charité inépuisable, il put bâtir autour de l’église de Notre-Dame de Beauchêne une demeure convenable pour y installer, sous la protection de la bienheureuse Vierge Marie, une nouvelle famille religieuse. Là vint se réfugier toute une colonie de jeunes Chanoines réguliers de Latran, que les exigences antichrétiennes du recrutement militaire avaient forcés de s’exiler de Rome.

Nous ne citerons que pour mémoire les fêtes de Notre-Dame du Chêne-Rond, où il prononça une si touchante allocution; celles de Notre-Dame de Ranton, au territoire de Loudun, la consécration de la chapelle N.-D. de Mauroc et de l’église Port-de-Piles, et l’inauguration de Notre-Dame des Dunes, dans la ville de Poilers. Il n’est point de Madone tant soit peu connue dans les campagnes du Poitou sur laquelle l’éloquent panégyriste de la Mère de Dieu ne fût heureux de fair jaillir quelque rayon de célébrité.

«Il nous sera toujours très doux, disait-il à ses diocésains dans une lettre pas torale du 22 juillet 1873, de rencontrer une occasion nouvelle d’exalter parm vous le nom et le culte de la très sainte et immaculée Vierge Marie, Mère d Dieu et des hommes. En honorant Marie, en procurant qu’elle soit partout honorée, nous n’obéissons pas seulement au besoin de notre cœur; nous remplisson encore l’engagement que nous faisons profession d’avoir pris envers elle de lu appartenir tout entier et d’attendre d’elle tout notre secours. Elle nous a été tro fidèle pour que nous ayons le malheur de lui manquer de fidélité. Aussi considérons-nous comme une partie essentielle de notre mission pastorale d’augmente sa gloire au sein de notre troupeau. Combien nous nous sommes applaudi de voi se produire autour de ses autels les touchantes démonstrations de la confiance e de la piété, se multiplier les œuvres établies sous son patronage, se construire o se restaurer les sanctuaires érigés en son honneur, et, parmi ceux-ci, plusieur qui comptent au nombre des lieux où il plaît à Dieu de manifester pardes signe plus éclatants sa propre puissance avec celle de sa mère!»

Plus tard, c’est près d’Agen, Notre-Dame-de-Bon-Encontre, pèlerinage si célèbre il y a deux siècles et demi, qu’on le comparait alors à ceux de Notre-Dame de Lorette et de Mont-Serrat. Devant tous les Pères du concile présents à la solennité de la consécration de l’église, Mgr Pie expliqua, en même temps que le origines et l’histoire du pèlerinage, la signification mystérieuse de ce nom qui exprime une des vérités les plus consolantes de l’ordre surnaturel, la distribution des grâces par l’intermédiaire de Marie. Cette simple appellation populaire, Notre Dame-de-Bon-Encontre, nous dit en substance «que la divine Vierge, avec son front radieux et serein, se tient comme en embuscade le long de tous les sentiers de notre vie, épiant le moment de toucher nos cœurs, de les détacher du mal, de les conquérir à la vertu, et s’offrant à notre rencontre, les mains toutes pleine de grâces, dans les circonstances les mieux trouvées et les occasions les plus providentielles» : inviis ostendit se illis hilariter et in omni providentia occurrit illis

L’opulente cité bordelaise veut-elle inaugurer solennellement la statue d Notre-Dame d’Aquitaine: elle choisit pour son organe la puissante voix du nouvel Hilaire. Comparant la solennité du jour avec les mémorables fêtes célébrée à Verdelais, à Talence, à Arcachon et dans plusieurs autres sanctuaires consacré à Marie, l’orateur rappelle, pour louer dignement le cardinal de Bordeaux ses travaux et son zèle en l’honneur de la très sainte Vierge. «Ce sera, dit-il l’une des gloires et l’un des bienfaits de votre épiscopat si fécond en œuvres e en institutions de tout genre d’avoir beaucoup travaillé et puissamment concour à l’accroissement du culte de la bienheureuse Vierge Marie dans ce beau diocèse.

L’Immaculée Vierge de Lourdes reçoit-elle à son tour la symbolique couronne décernée par l’immortel Pie IX: il convient encore que l’évêque de Poitiers soi là, près du nonce apostolique, délégué du Saint-Siège, pour rehausser de sa ma jestueuse parole l’éclat de cette solennité, pour en révéler le sens mystérieux et profond aux croyants comme aux incrédules .

A partir de ce jour, Lourdes devint de plus en plus cher à l’évêque de Marie «En vérité, disait-il, il fait bon d’être ici, et l’on voudrait y pouvoir fixer sa tente avec celle de tous les siens. On y respire un air, on y éprouve un bien être, un calme, une suavité qui est un avant-goût du ciel. Quand on commence a gravir la sainte montagne, on se croirait non seulement à moitié chemin, mai aux trois quarts de route du Paradis. Il en est de Lourdes comme de Rome on ne s’en éloigne qu’avec la résolution, qu’avec l’esprit d’y revenir.»

LE CARDINAL PIE

L’illustre «louangeur» de la Vierge immaculée

(Statue en marbre blanc, sculptée par Bonnassieux, et placée dans la cathédrale de Poitiers, en regard de l’autel de Notre-Dame du Sacré-Cœur.)


NOTRE-DAME DU SACRÉ-CŒUR

Dans le sanctuaire de ce nom à Issoudun, siège de l’Archiconfrérie et des Annales de Notre-Dame du Sacré Cœur, ainsi que de la maison-mère des Missionnaires et des Filles de Notre-Dame du Sacré-Cœur.

(L’Archiconfrérie est établie dans le diocèse de Poitiers, et la vénérée statue de Notre Dame du

Sacré-Cœur se trouve à la cathédrale, en regard de la statue du cardinal Pie,

qui prononça le discours pour le couronnement solennel

de Notre-Dame du Sacré-Cœur Issoudun


Au mois d’août 1879, Mgr Pie, revêtu de la pourpre cardinalice, reparaissait à Lourdes. Il y venait déposer aux pieds de la Vierge Immaculée le filial hommage de sa profonde reconnaissance. Il rappela, dans un délicieux entretien, riche de doctrine et plein d’abandon, qu’il avait eu la joie et la consolation de prononcer le discours du couronnement, et n’hésita pas a attribuer à cette circonstance tout l’honneur de sa nouvelle dignité. «Ce n’est pas à mon mérite, mais bien à Notre-Dame de Lourdes que je dois d’avoir été revêtu de la pourpre romaine.»

S’agit-il de couronner la Vierge renommée d’Issoudun, honorée sous le nom Notre-Dame du Sacré Cœur: le brillant panégyriste de Marie accourt avec sa parole si riche de doctrine et si féconde en ingénieux rapprochements.

La dévotion que Pie IX avait encouragée pour la France, Léon XIII l’introduisit authentiquement à Rome. L’ancienne église de Saint-Jacques, sur la place Navone, restaurée en partie, fut ouverte au culte sous le vocable de Notre-Dame du Sacré-Cœur. Pendant son séjour à Rome, en 1880, le cardinal Pie eut une seconde fois occasion de parler de cette dévotion si chère à la piété du Souverain Pontife. Il en rappela les origines en montrant que si la forme était nouvelle, la doctrine remontait à la fondation même du christianisme.

Pendant son séjour à Rome, le nouveau cardinal ne pouvait oublier sa gracieuse église cardinalice, Sainte-Marie-de-la-Victoire contemporaine des triomphes du catholicisme durant les siècles si tourmentés qui ont immédiatement précédé le nôtre. Avec quelle admiration, quel enthousiasme n’en redit-il pas les mérites et les gloires! Par les richesses et les œuvres de prix dont il est orné, on a pu dire de ce sanctuaire qu’il était la perle et le bijou de la cité reine des arts. Par des trophées de Prague et de Vienne suspendues à ces murs, il atteste la puissance de la Vierge à la fois miséricordieuse et terrible, qui, aux divers âges de l’Église, a porté des coups décisifs à toutes les hérésies. De là ces paroles du livre des Rois tracées en caractères d’or aux voûtes du temple avec l’approbation de l’autorité ecclésiastique, et destinées à identifier le nom de Marie avec le nom de la victoire.

Nous venons de raconter les actions plus éclatantes qui témoignent du zèle ardent de l’évêque pour l’honneur et la gloire de Marie. Il nous reste à montrer le côté plus intime de la dévotion de Mgr Pie pendant son épiscopat; nous y retrouverons la délicatesse de sentiments de ses premières années, c’est-à-dire l’amour le plus dévoué envers la plus tendre des mères.

Notre-Dame-la-Grande et Notre-Dame de Chartres partageaient son esprit et son cœur; elles étaient inséparables dans ses pensées et ses affections. Il ne s’absentait jamais, ne fût-ce que pour quelques jours, de sa ville épiscopale, sans aller s’agenouiller dans la vieille basilique romane aux pieds de Notre-Dame des Clefs, et, au retour du voyage, sa première visite était encore pour elle. C’est aux pieds de Notre-Dame-la-Grande que, nouveau cardinal, il voulut déposer les insignes de sa dignité de prince de l’Église romaine.

Chartrain par le cœur, l’évêque de Poitiers revoyait toujours avec délices la cité de Marie. Il ne voulait jamais commencer une affaire importante, ni entreprendre un long voyage, sans venir voir la Vierge sa mère, et sans prendre, en quelque sorte, congé d’elle.

«Cette halte sur la montagne sacrée de Saint-Chéron, disait-il en 1869, dans un discours prononcé à la consécration de l’église du petit séminaire, se mêlera, dans mon esprit et dans mon cœur, à l’ineffaçable mémoire de la recommandation que je suis venu faire à Notre-Dame de Chartres de ma personne, de mon voyage et de mes travaux, au moment où je m’achemine vers le concile du Vatican.»

Quand il fit restaurer la chapelle actuelle de l’évêché de Poitiers, l’enfant de Marie n’oublia pas sa Mère; un autel latéral fut dédié à Notre-Dame de Chartres.

Marie, de son côté, n’oubliait pas le serviteur qui lui restait fidèle; elle continuait de l’environner d’une protection spécialé. Mgr Pie se plaisait à le constater en toutes circonstances; voici comment il exprimait, au 25e anniversaire de son épiscopat, ses sentiments de reconnaissance et d’amour:

«Vierge Marie, ma jeunesse s’est passée à votre école, et, jusqu’à mon dernier souffle, je publierai les merveilles de votre puissance et de votre amour. Vos mains m’ont conduit, m’ont soutenu jusqu’à présent tout le long de la route; vous m’avez donné plus d’un gage de votre protection et de votre miséricorde; maintenant, ô Mère, ne m’abandonnez pas jusque dans les temps de la vieillesse et de l’âge avancé.

«Vierge sainte, en arrivant dans cette cité, c’est par vos mains de Mère que j’ai voulu être présenté à l’Eglise qui m’était donnée pour épouse. Ce qui s’est fait de bien dans l’étendue de ce vaste territoire pendant tout ce laps de temps, c’est à vous qu’il le faut rapporter, c’est de vous qu’il procède. J ai espéré en vous, ô sainte Mère de Dieu, et cette espérance ne sera pas confondue, parce que vous êtes ma forteresse et mon refuge. Vous m’avez soutenu aux jours de mes souffrances, et mon espoir a été en vous depuis les jours de ma. jeunesse... Mon élévation, ma vie ont été un prodige aux yeux de plusieurs; mais c’est de vous que me venait l’aide et la force. O Marie, que ma bouche soit toujours remplie de votre louange et que, durant toutes les journées de mon existence mortelle, je chante votre gloire et publie vos grandeurs...»

C’est au mois de mai, consacré à Marie, que Mgr Pie fut créé cardinal de la sainte Eglise romaine, aux applaudissements du monde catholique: Hodie plaudente orbe catholico, Eminentissimus Pictaviensis episcopus sanctæ Rornanæ Ecclesiæ cardinalis creatus est. L’enfant de Marie, l’évêque de Marie allait devenir le cardinal de Marie. Tel est le vœu que formait pour lui Mgr Gay au nom de tout le clergé diocésain. «Marie, lui disait-il, votre mère dès votre enfance, Marie, la mère et la patronne de votre épiscopat, Marie, la surveillante et la gardienne de tous vos pas, inspiratrice de toutes vos œuvres, la bénédiction de toute votre vie, l’objet constant de votre piété filiale, Marie est, après Dieu, votre espérance pour votre cardinalat.»

La réciprocité d’amour filial et d’amour maternel entre Mgr Pie et Marie n’échappait à personne. Au retour de son voyage de Rome, en octobre 1879, le nouveau cardinal avait voulu s’arrêter à Chartres pour y faire son pèlerinage, et déposer aux pieds de sa Patronne les insignes de prince de l’Église romaine. On célébrait ce jour-là la Maternité de la sainte Vierge: cette coïncidence lit dire à un pieux laïque, dans une audience donnée par Mgr Pie à la Société de Saint-Vincent-de-Paul: «Pour nous, c’est vraiment rite double aujourd’hui; nous fêtons la Mère et le Fils».

Quand on parcourt attentivement les œuvres du cardinal Pie, on ne tarde pas à se convaincre que ses discours en l’honneur de Marie renferment un magnifique exposé doctrinal de l’enseignement catholique sur la très sainte Vierge: en sorte que celui qui aimait à se nommer l’enfant de Marie peut être appelé par nous avec vérité, non seulement l’évêque mais encore le docteur de Marie.

Oui, il a été une lumière brillante de l’Eglise celui dont Pie IX a célébré les doctes ouvrages, celui dont les évêques de France se plaisaient à reconnaître l’ascendant du caractère et auquel les Pères du concile du Vatican conférèrent par leurs suffrages une place éminente dans la congrégation de Fide.

Après ce rapide résumé on comprendra facilement que nous ayons pu donner au cardinal de Sainte-Marie-de-la-Victoire le titre de docteur de Marie. Ses discours en l’honneur de la très sainte Vierge sont en effet comme une Summa Mariana qui renferme une théologie complete aussi claire et et pieuse que solide et profonde, à laquelle recourront désormais les maîtres de la science sacrée et les simples fidèles comme on recourt aux écrits de saint Bernard et de saint Alphonse de Liguori.

C’est surtout en parlant de Marie que Mgr Pie semble déployer les brillantes qualités de style qui l’élèvent au-dessus de la plupart de ses contemporains. «Il sait dire aussi bien que penser, et il dit avec un charme imcomparable.» Tour à tour gracieux, imagé, flexible, varié, il prend tous les tons; et la langue française emprunte de sa plume des tournures toujours nouvelles. Dans ses admirables discours sur la très sainte Vierge, il se montre capable de toutes les nuances, depuis la profondeur du philosophe jusqu’à cette finesse d’esprit qui sert à tout si elle ne suffit à rien. Pour tout résumer en un mot, ce style où la majesté et la simplicité, la grâce et la force sont liées par la mesure nous fait souvenir à propos de la définition de Buffon: Le style c’est l’homme.

C’est le cœur qui rend éloquent, a dit un auteur ancien: pectus est quod disertos facit. Mgr Pie a bien parlé de Marie parce qu’il l’a beaucoup aimée; il en a mieux parlé que tous autres parce qu’il l’a aimée mieux que personne. Il nous semble entendre Marie adresser la parole à son disciple bien-aimé comme autrefois Notre-Seigneur au prince des apôtres: «Mon fils, m’aimez-vous? m’aimez-vous plus que les autres? — O Mere, vous le savez si je vous aime! — Eh bien, paissez mes agneaux, puissez mes brebis; nourrissez-les du suc le plus pur de la doctrine de mon divin Fils, et que par vous ils apprennent à connaître, à aimer à servir la Mère avec le Fils.»

L’éminent prélat, qui avait été toute sa vie si dévoué à Marie, ne pouvait ne pas désirer mourir sous les auspices de son auguste Patronne. «O Marie, S’était il écrié au 25e anniversaire de son intronisation épiscopale, ne me rejetez pas dans le temps de ma vieillesse; et quand mes forces viendront à défaillir, ne m abandonnez pas: Ne projicias me in tempore senectutis, cum defeceit virtus mea, ne derelinquas me.»

Eut-il un pressentiment de sa fin prochaine? On serait tenté de le croire, en entendant les dernières paroles qu’il prononça, à la Puye, au premier anniversaire des obsèques de Madame Pie. «Voici qu’il se fait tard, disait-il, et que le jour est à son déclin. Tout fils se croit jeune aussi longtemps qn’il voit sa mère à ses côtés; du moment où il l a perdue, la vieillesse commence et se précipite. Faites, ô mère, que chacun des instants et chacun des actes de cette carrière finissante soit un pas vers Dieu et vers vous; vers vous, ô ma mère bien-aimée, et vers notre Mère du ciel qui, après nous avoir couverts l’un et l’autre d’une protection éclatante dans le temps, daignera nous admettre encore sous les plis glorieux de son manteau pendant les siècles des siècles.»

Marie exauca les vœux de son fidèle serviteur. Il récitait son chapelet, lorsque, dans la nuit du 17 au 18 mai 1880, il fut saisi par la crise qui l’emporta en quelques minutes. L’enfant, l’évêque, le docteur de Marie mourut comme il avait vécu; il s’endormit doucement dans le Seigneur, en prédestiné de Marie.

C’était encore un jour du Mois de Marie, observerons-nous avec Mgr Gay.

«Notre-Dame vint avec Jésus, rappelant à l’agonisant sa devise, et lui repétant:

«Tu es à moi» Le Christ et sa mère sourirent, et, se bornant à faire un signe, ils commandèrent a la mort d’être douce à leur fils.» Le cardinal Pie était revêtu du petit habit de la très sainte Vierge, de ce scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel qu’il avait porté toute sa vie avec une grande dévotion. Peu de temps après, on trouva sous son chevet une petite statuette de Notre-Dame de Lourdes qu’il ne quittait jamais, et qu’il avait coutume de baiser avec un saint respect.

Depuis longtemps Mgr Pie avait choisi le lieu de sa sépulture. C’est sous les regards de sa céleste protectrice qu’il voulait que ses restes mortels fussent placés, en attendant le jour de la résurrection bienheureuse. Au pied même de l’autel que surmonte l’antique et vénérée statue de Notre-Dame-la-Grande, il avait fait construire un caveau en pierre. Le corps de l’illustre serviteur de Marie y a été déposé, le visage regardant la statue miraculeuse, et les pieds exactement au-dessous de la première marche du saint autel.

«Je désire, avait-il écrit, qu’il n’y ait aucun monument sur ma tombe, mais une simple pierre sépulcrale de niveau avec le pavé, où sera gravée l’inscription ci-dessous:

«Tuus sum ego: Ludovicus Franciscus Desideratus Eduardus Tituli Sanctæ

«Mariæ de Victoria S. R. E. Presbyter Cardinalis Pie. Natus Carnotensis XXVI

«septembre MDCCCXV Episcopus Pictaviensis XXVI septembr. MDCCCXIX.

«e vivis sublatus die... anno...

«Et sicut per manus nostras coronaris in terris, ita per te a Filio tuo coronari

«merear in cœlis.

«Je suis vôtre. — Louis-François-Désiré-Edouard Pie, cardinal prêtre de la

«sainte Eglise Romaine, du titre de Sainte-Marie- de-la -Victoire, né à Chartres

«le 26 septembris 1815, élu évêque de Poitiers le 26 septembre 1849,mortle....

«Et comme vous avez été couronnée par mes mains sur la terre, que je

«mérite de même d’être couronné par votre Fils dans les cieux.»

Defuntus adhuc loquitur: Dans la mort, il parle encore, et il parle de Marie. Son testament, dans lequel les sentiments de la reconnaissance la plus délicate sont exprimés à côté des pensées de l’humilité la plus profonde, rend aussi témoignage de sa tendre piété envers la Mère de Dieu. «Je remets mon âme à Dieu, dit-il, par les mains de la bienheureuse Vierge Marie, à laquelle ma tendre mère m’a souvent répété qu’elle m’a offert et donné sans réserve, le jour ou, étant à la messe de l’église de Pontgouin, elle m’a senti remuer pour la première fois dans son sein: consécration qu’elle a renouvelée devant Notre-Dame de Chartres dont elle m’a fait porter, dès ma naissance, le cordon bénit.»

Les sanctuaires de Marie à Poitiers, à Chartres, à Rome, ne sont pas oubliés dans ses legs pieux. Il rappelle que de son vivant il a déjà donné sa plus riche chapelle à l’église Notre-Dame de Poitiers, «en souvenir du couronnement da la statue de la Vierge dès Clefs, et pour acquitter, ajoute-t-il, avec sa dette de reconnaissance envers la bienheureuse Vierge Marie, protectrice de la cité, la dette de justice envers le sanctuaire dans lequel je demande avec instance que ma dépouille repose après ma mort».

«Dieu a voulu que tout nous vînt par Marie», disait saint Bernard de la grâce en général: Totum nos habere voluit per Mariam. C’est ma plus douce joie, — disait à son tour Mgr Pie, au souvenir des grâces particulières dont il avait été comblé, — que Dieu ait voulu faire passer par les mains de Marie tous les biens qu’il me destinait. Placé par la Providence dans une condition qui ne m’offrait pas les ressources d’une éducation savante, ce fut la Vierge Marie, ce fut l’Eglise de Chartres qui me prit entre ses bras et qui m’admit à sucer le lait de sa doctrine. Et, sans nul mérite de ma part, elle dirigea mes pas et elle accrut ses bienfaits de telle sorte que bientôt le monde put être étonné des faveurs qui vinrent me chercher. Car, enfant, elle me fit trouver des maîtres soit à l’ombre de son sanctuaire, soit dans les écoles justement célèbres où elle m’envoya; puis, jeune homme, elle me rappela dans son sein, et me fit si promptement monter tous les degrés du sanctuaire, que je deviens évêque, et le plus jeune des membres de l’épiscopat. Pendant tout ce trajet du vestibule au Saint des saints, j’ai cette consolation de n’avoir fait aucun pas, si ce n’est guidé par Marie. Vierge sainte, vous avez pris ma main droite, et vous m’avez conduit selon votre bon plaisir; et en me laissant ainsi diriger, je me suis trouvé soudainement sur le chemin de l’élévation et de la gloire. Pardonnez, ajoutait-il, si j’expose ainsi avec confiance tout ce que j’ai reçu de Marie; ce ne sont pas mes titres ni mes mérites, ce sont ses grâces et ses bienfaits que j’énumère. Dieu a voulu que tout me vînt par Marie: Totum nos habere voluit per Mariam.»

Ah! comme l’enfant de Notre-Dame de Chartres, comme l’évêque de Notre-Dame-la-Grande, comme le cardinal de Sainte-Marie-de-la-Victoire, soyons les fils, soyons les chevaliers de la Mère de Dieu, notre Mère, et par son secours nous serons à la hauteur de toutes les missions que la Providence daignera nous confier.

L’un de nos chers lecteurs que les détails qui précèdent ont vivement intéressé, nous communique, de plus, ceux qui suivent, et qui ne sont pas moins émouvants:

«En quittant le petit séminaire de Saint-Chéron aux portes de Chartres, l’abbé Pie entra au séminaire d’Issy, près Paris, annexe du séminaire de Saint-Sulpice, et destiné aux philosophes. Très délicat de santé à cette époque, et d’un tempérament frêle, il écrivait, dans le cahier où il enregistra jusqu’à sa mort ses résolutions et ses actes: «J’irai visiter Notre-Dame-de-Toutes-Grâces chaque fois que ma poitrine sera fatiguée par l’étude. Je réciterai chaque jour quelques dizaines de chapelet pour les âmes du Purgatoire et pour unir mes souffrances aux souffrances de Marie.» Cette touchante dévotion de Mgr Pie aux douleurs de la Mère de Dieu lui était très particulièrement chère. Il s’y montra si fidèle qu’à partir de ce moment il n’y a pas un écrit de lui qui ne porte en tête les initiales de cette invocation: Amour et compatissance au Cœur douloureux de Marie. Une des résolutions de sa retraite au séminaire d’Issy fut d’aller réciter chaque jour le Stabat dans le petit sanctuaire dont il avait le soin. Il avait fondé, à Notre-Dame de Chartres, à l’intention de son âme et de celle de sa vénérable mère, une Messe célébrée chaque année le jour de la Compassion de Marie.

Combien il lui était doux de penser que ce grand sanctuaire de Chartres avait le bonheur de posséder la sainte tunique de Marie apportée d’Orient et qui devint le palladium de la France! Il aimait à y venir prier souvent.

Entré ensuite au grand séminaire de Saint-Sulpice, le jeune clerc fut chargé de faire le catéchisme à quelques groupes d’enfants de la paroisse de ce nom. Il plaça sa fonction sous le patronage de Notre-Dame de la Persévérance. Il institua, dans ce jeune milieu, une fête annuelle; et une statue de Marie fut inaugurée par lui sous ce vocable, au milieu des chants, des fleurs et de gracieuses poésies.

Un peu plus tard, devenu vicaire de la cathédrale Notre-Dame de Chartres aussitôt après son ordination. l’abbé Pie releva les ruines d’une antique chapelle qui portait le nom de «Notre-Dame-de-la-Brèche» en mémoire d’un acte de préservation accompli par la Sainte-Vierge, au 16e siècle, sur cette ville de Chartres assiégée. La statue de Marie y fut replacée triomphalement. Le jeune vicaire consacra une notice historique à ce sanctuaire.

Une des communautés religieuses qui étaient le plus chères à Mgr Pie est celle de la Visitation Sainte-Marie, non pas seulement la communauté de sa ville épiscopale, mais l’Ordre tout entier. C’est lui qui s’était très particulièrement employé auprès du Saint-Siège pour que le titre de Docteur de l’Eglise fût donné à saint François de Sales, le glorieux fondateur de cet Institut; et il avait entretenu un saint commerce de lettres avec la Supérieure de la Maison principale de l’Ordre, à Annecy. — Nous nous rappelons également le magnifique éclat que Mgr Pie fit donner à la communauté de Poitiers pour la béatification de la Vénérable Marguerite-Marie Alacoque.

Le culte pour la Très-Sainte Vierge est intimement lié au souvenir de Jeanne d’Arc, l’incomparable héroïne qui, après s’être consacrée totalement à Marie dans son sanctuatre de Notre-Dame de Bermont, avait fait placer sur sa bannière ce nom béni à côté de celui de Jésus. Il semble donc difficile d’omettre ic la part notable qu’avant son élévation à l’épiscopat Mgr Pieavait prise à la glorification de la vierge de Domremy. Quoique simple vicaire de la cathédrale d Chartres, mais doué de talents remarquables, l’abbé Pie avait prononcé, ei 1844, dans la cathédrale d Orléans, l’un des plus beaux panégyriques qui s’ soient fait entendre en l’honneur de l’intrépide Lorraine, et dans lequel il fi les plus heureux rapprochements entre la libératrice de la France et Celle qui est la divine Reine de ce royaume. Quelle sainte allégresse serait aujourd’hui sienne au moment où la Pucelle d’Orléans va être placée sur nos autels! Quel nobles accents il retrouverait pour exalter encore davantage, s’il se peut, cette Jeanne d’Arc qui vint prier maintes fois, durant son séjour à Poitiers, dans c( même sanctuaire de Notre-Dame-la-Grande où le grand cardinal voulut repose jusqu à la bienheureuse résurrection!

Blason de Mgr Gay .


Mgr Louis-Charles Gay, chanoine d’honneur de la cathédrale de Poitiers et auxiliaire du cardinal Pie dont il prononça l’éloquent panégyrique pour le Service funèbre de quarantaine de l’illustre Prince de l’Eglise, parut pouvoir donner quelque consolation à nos âmes, a notre cher diocèse en deuil, au moment où le nouvel Hilaire nous fut enlevé.

Il nous paraît inutile de rappeler les vertus éminentes du saint évêque d’Anthédon.

Malgré les dix-sept années qui se sont écoulées depuis sa mort (1892), son souvenir est encore vivant dans l’esprit et le cœur d’un grand nombre de membres du clergé et de fidèles chrétiens. Les livres admirables que Mgr Gay nous a laissés ont fait de lui l’un des écrivains ascétiques les plus remarquables et les plus autorisés de l’Eglise catholique. Son plus bel éloge est d’avoir été choisi par Mgr Pie pour en faire un autre lui-même: ces deux grands Pontifes avaient été providentiellement prédestinés pour se compléter en quelque sorte, et promouvoir ainsi, dans toute la mesure de leur influence, le règne du Christ, non seulement sur notre territoire diocésain, mais, on le peut dire sans témérité, dans notre chère patrie et dans l’Eglise entière.

On sait comment Mgr Gay travailla à cet acte par ces œuvres doctrinales qui s’appellent: «De la vie et des vertus chrétiennes» : — «Conférences aux mères chrétiennes» ; — «Elévations sur la vie et sur la doctrine de- Notre-Seigneur Jésus-Christ» ; — «Instructions pour les personnes du monde.» Et combien d’autres ouvrages, — y compris trois volumes d’une suave «Correspondance», publiés après la mort de leur auteur, — ont nourri, élevé, consolé, raffermi des milliers d’âmes dans toute la catholicité, en leur procurant, suivant le haut témoignage qu’en rendait Mgr Pie, «l’aliment exquis d’une doctrine si substantielle, si lumineuse et si vivifiante» !

Ici encore nous n’avons à considérer cette grande et noble figure qu’en ce qui touche au culte spécial pour la Vierge immaculée; et, à ce point de vue comme sous bien d’autres rapports, Mgr Gay, — qui survécut pendant douze ans au cardinal Pie, — a continué parmi nous, même lorsqu’il eut la douleur de s’éloigner de notre ville, l’action de celui dont il avait été plus encore le confident intimé que le digne auxiliaire.

Oui, quel merveilleux et providentiel rapprochement entre ces deux âmes, qui ne se connurent que dans les premières années de l’épiscopat de Mgr Pie!

Cinq jours à peine séparaient leur date de naissance. Edouard Pie avait été baptisé le jour même de la fête du saint Rosaire; et c’est ce même jour et en cette même année (1815) que naissait Charles Gay. Sous les auspices de la Reine du Rosaire, pouvaient-ils, plus tard, ne pas travailler en commun à la glorification de la Mère de Dieu?

Mgr Gay

évêque d’Anthédon, auxiliaire du cardinal Pie, évêque de Poitiers. et auteur d’un des plus beaux ouvrages sur le Rosaire de Marie.


Lorsque Mgr Pie demanda à l’abbé Gay de venir à lui dans ce but: «C’est après avoir été mettre mon cœur entre les mains de la Très Sainte Vierge, que j’ai connu la volonté de Dieu pour que j’aille à Poitiers», répondit le futur évêque d’Anthédon.

Entr’autres missions dont ce dernier fut chargé dans notre diocèse, signalons celle de directeur de la Confrérie des mères chrétiennes, placée sous le beau vocable de Notre-Dame de Sion. Et ses deux incomparables volumes: «Conférences aux mères chrétiennes», qui sont un chef-d’œuvre de doctrine pratique, disent assez l’impression profonde que M. l’abbé Gay dut produire sur l’âme de ses auditrices dans ses entretiens mensuels, aux jours de leurs réunions.

«Quelles saintes délices, — écrivait à ce sujet Mgr Pie, — d’entendre la vérité ainsi annoncée! C’est le commencement de la vision bienheureuse»... Oui. Et en quels termes brûlants l’admirable et si pieux orateur parlait de l’auguste Mère de Dieu, de ce parfait modèle des mères!

Un peu plus tard, M. l’abbé Gay fut appelé à prêcher chaque mois, dans notre bien-aimé sanctuaire de Notre-Dame-la-Grande, pour les réunions des associés du saint Rosaire; et là encore il trouvait des accents qu’on pourrait appeler célestes, angéliques, pour expliquer les grands mystères rappelés par cette dévotion de choix, dictée à saint Dominique par la Reine du ciel elle-même. Nous en pouvons juger aisément puisque le saint prédicateur a publié ces mêmes instructions dans deux délicieux volumes: «Entretiens sur les mystères du saint Rosaire», que le Souverain Pontife reconnut être une exposition vraiment lumineuse sur ce grand sujet; et l’illustre et savant cardinal Parocchi ajoutait que c’était là un monument magnifique en l’honneur de la Mère de Dieu.

Voici en quel doux langage le pieux auteur termine son œuvre:

«O Reine, ô Mère, qu’est donc votre Rosaire, sinon une chaîne d’or infran-

«gible qui rattache la terre au ciel? Vraie échelle de Jacob que cette exquise

«succession d’Ave Maria! Que faisons-nous lorsque, les méditant, les contem-

«plant, leur rendant l’honneur qu’ils méritent, et lorsque nous en tirons les

«fruits qu’ils contiennent, nous récitons pieusement cette salutation angéli-

«que répétée? Nous faisons un vrai pèlerinage, et, d’un pas ferme et sûr,

«nous cheminons vers la patrie céleste, où vous nous attendez, ô Marie.»

Peu après son arrivée à Poitiers, M. l’abbé Gay fut l’instigateur dévoué de l’établissement, à Montmorillon, des Sœurs franciscaines de Notre-Dame du Temple, qui ont, comme on le sait, une précieuse maison de retraite pour les prêtres âgés et infirmes.

Est-il nécessaire de dire que Mgr Gay ne cessait de s’employer par bien d’autres manières à répandre le culte de la Vierge sans tache, plus encore, s’il est possible, après son élévation à l’épiscopat, dont il se reconnaissait principalement redevable à Marie? — Sur ce point aussi, nous en avons le témoignage vivant dans les quatre volumes de Correspondance, publiés après sa mort par sa famille. Ces lettres admirables et toutes pleines d’une mansuétude puisée au Cœur même du divin Maître, révèlent le filial amour du saint prélat pour la Vierge Mère. Combien elles ont contribué à la gloire de cette auguste Vierge et à l’accroissement de notre dévotion pour Elle!

A la mort du cardinal Pie, ce fut, nous l’avons dit, Mgr Gay qui prononça à la cathédrale l’éloge funèbre du grand serviteur de Marie, et il y mit toute son âme. Nous sentions le vide immense que faisait cette mort soudaine; mais nous pouvions espérer que l’œuvre de l’illustre défunt serait continuée, du moins en partie, par son auxiliaire. Dieu, dont les desseins sont impénétrables, ne le permit pas autant que nous y portaient nos désirs.

Durant la vacance du siège, Mgr Gay eut à cœur de remplir les mêmes offices pontificaux que Mgr Pie, et particulièrement aux jours des fêtes de la Très-Sainte-Vierge: celle de l’Assomption à la cathédrale; celle de la Présentation de Marie au grand séminaire pour le renouvellement des promesses cléricales; celle de l’Immaculée Conception à Notre-Dame-la-Grande. etc.

Dieu seul a pu mesurer les brisements de son cœur quand des événements tout à fait indépendants de sa volonté l’obligèrent à nous quitter pour se retirer à Paris où il avait commencé sa mission sacerdotale. Il n’y resta point inactif, et, entre autres œuvres apostoliques, il s’occupa de celle de l’Union des Associations de Notre-Dame de Salut, dont il fut président d’honneur, puis de la confrérie des Dames de Notre-Dame du Cénacle. Il allait toujours d’instinct à tout ce qui est, à un titre quelconque, placé sous le patronage de Marie et qui porte sa divine image.

Sa plus grande douleur en partant de Poitiers fut d’abandonner les communautés religieuses dont il était le supérieur et le conseiller si dévoué et si justement apprécié, notamment ses bien chers monastères des Carmélites de Poitiers et de Niort. Oh! combien profondément il était attaché à ces saintes maisons, ainsi qu’au Carmel du Dorat, qu’il avait fondé lui-même! Combien il faisait aimer de plus en plus la Reine du Mont-Carmel par les filles de sainte Thérèse!... Un éminent orateur, M l’abbé Laprie, l’a éloquemment démontré, dans l’éloge funèbre de Mgr Gay chez les Carmélites de Niort . Il montra de la façon la plus saisissante que Mgr Gay était essentiellement l’homme du Carmel, et qu’il eut la gloire de réaliser l’ascétique idéal du Carmel et d’en être le parfait miroir. Son blason épiscopal ne le dit-il pas bien haut? Les roses et les lys du Carmel trahissent son amour pour Celle qui est par excellence la Rose mystique et le Lys des vallées.

L’éloignement n’empêcha point cependant, nous le répétons, le saint évêque d’exercer son action spirituelle sur les âmes qui se confiaient à lui, qu’elles vécussent dans un cloître ou qu’elles fussent dans le monde Nous verrons bientôt que, les unes et les autres, placées sous l’égide maternelle de Marie, elles ré ondaient et répondent encore aujourd’hui, chacune dans sa sphère, à l’apostolat du si pieux évêque d’Anthédon, soit dans les communautés chrétiennes, soit sous la bannière des Enfants de Marie.

Mgr Gay rendit saintement son âme à Dieu, le 20 janvier 1892, à l’âge de 77 ans . Ses dernières paroles furent: «Rien ne meurt! rien ne meurt!» — Pendant les jours de longues souffrances qui précédèrent, le vénérable prélat improvisait de gracieuses poésies , toutes pleines de ferveur, en l’honneur de l’Eucharistie et de la Vierge immaculée. Marie était vraiment sa Reine, comme elle était celle de Mgr Pie, qui, jeune séminariste, la chantait, lui aussi, dans de suaves compositions poétiques, jaillies de son cœur filial.

Voulant donner un dernier témoignage de sa tendre dévotion pour la divine Mère du Sauveur qu’il avait toujours glorifiée durant sa vie, Mgr Gay légua sa crosse épiscopale au trésor du sanctuaire de Lourdes, où, quelques années auparavant, il avait fait entendre un discours des plus touchants et des plus admirables, en présence des pèlerins du Poitou.

De tout ce que nous venons de dire, ne pouvons-nous pas conclure que Mgr Gay semble avoir été choisi par la Providence pour être comme un trait d’union entre l’Evêque du Tuus sum ego adressé à Marie, et l’Evêque dont le blason porte pour devise: Omnia per Mariam?

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Yaş sınırı:
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Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
605 s. 59 illüstrasyon
ISBN:
4064066334802
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
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