Kitabı oku: «Les artistes français à l'étranger»

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Louis Dussieux

Les artistes français à l'étranger


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066306953

Table des matières

PROLÉGOMÈNES.

CHAPITRE I.

CHAPITRE SECOND.

CHAPITRE III.

CHAPITRE IV.

CHAPITRE V.

CHAPITRE VI.

CHAPITRE VII.

CHAPITRE VIII.

CHAPITRE IX.

CHAPITRE X.

CHAPITRE XI.

CHAPITRE XII.

CHAPITRE XIII.


PROLÉGOMÈNES.

Table des matières

LE titre seul de cet essai indique la pensée deson auteur. Il s’agit de signaler les noms et les œuvres des artistes français qui ont travaillé à l’étranger, et de préparer ainsi les matériaux qui serviront à l’histoire de l’influence que nos artistes ont exercée à plusieurs époques sur l’art des divers peuples de l’Europe.

Habitués comme nous le sommes depuis si long-temps à entendre parler de l’influence de l’art italien sur l’art français, on s’étonnera peut-être d’entendre parler ici de l’influence et des travaux des artistes français en Europe; et cependant cette influence et ces travaux ont été et sont encore considérables.

On a traité de l’influence de la France quant à la politique, à la philosophie, au droit, à la littérature, aux sciences; pourquoi donc, dans l’histoire de l’influence morale que la France a exercée sur le monde, négligerait-on l’une de ses parties, fût-ce la moindre?

ÉPOQUE DU MOYEN-AGE.

Dès le moyen-âge et peut-être sur-tout au moyen-âge, l’art fançais exerça sur l’Europe une influence considérable. Les causes de cette influence sont nombreuses. On doit d’abord signaler la puissance et la grandeur de la France de Philippe-Auguste et de saint Louis et de toutes ces dynasties françaises qui gouvernaient une partie de l’Europe, Angleterre, Portugal, Castille, Naples, Constantinople, les principautés de la Grèce, la Hongrie, la Pologne, qui régnaient en Chypre, en Syrie, c’est-à-dire, sur presque tout le bassin de la Méditerranée, qui fur vraiment alors un lac français, et qui ont répandu dans tous ces pays les usages de la France. Il faut ensuite signaler la célébrité des grandes abbayes et des écoles de Cluny, de Clairvaux, de Prémontré, etc., où les étrangers venaient s’instruire dans les sciences sacrées et puiser le goût de l’art gothique: la célébrité de l’Université de Paris, école suprême de toute l’Europe, où affluaient de tous les pays des milliers d’étudiants qui remportaient ensuite chez eux la connaissance de notre littérature, de nos poèmes de chevalerie, si universellement répandus, et de notre langue qu’on appelait au temps de saint Louis la parleure commune à tous.

Le français, la langue d’oil, était en effet parlé dans toute l’Europe; au XIII.e siècle, les seigneurs allemands avaient autour d’eux gent française pour apprendre français leurs filles et leurs fils. Le Dante pensa d’abord à écrire sa Divine Comédie en français afin qu’elle fût plus universellement connue; il avait long-temps résidé à Paris ainsi que le célèbre peintre Giotto . Brunetto Latini écrivit en français son Trésor, encyclopédie du XIII.e siècle, parce que le français était, disait-il, la langue la plus répandue.

Les étrangers venus à l’Université de Paris y puisaient le goût du gothique, et entre autres faits curieux qui se rapportent à notre sujet, il faut parler de ces étudiants suédois qui envoient Etienne Bonneuil en Suède pour y construire la cathédrale d’Upsal et lui fournissent l’argent nécessaire à son voyage.

Qu’y a-t-il d’étonnant, d’impossible, lorsque la langue française était si universellement acceptée, que l’architecture française l’ait été pareillement?

Sans vouloir écrire ici l’histoire de l’architecture gothique, il est cependant nécessaire de faire connaître les résultats des travaux les meilleurs et les plus récents qui aient été faits sur ce point d’archéologie. Il est parfaitement certain aujourd’hui que l’architecture gothique a pris naissance en France, dans l’ancienne Neustrie , qu’elle y a acquis son développement, et que de la France elle s’est répandue dans les pays voisins . En effet, l’art gothique procède de l’art roman; or, certains monuments de la France, de la Picardie, de la Champagne, présentent la transition entre les deux styles; on y remarque un mélange, une fusion des deux systèmes, tandis que partout ailleurs, au contraire, il y a une brusque substitution d’un style à l’autre. A coup sûr, il ne faudrait pas d’autres preuves de l’origine française, de la naissance en France de l’architecture gothique ou ogivale; eh bien! ces monuments de transition de la France du nord sont les plus anciens monuments à ogive, ce sont les plus incontestablement déterminés, et leurs dates indiquent qu’ils sont tous antérieurs à tous les autres monuments de style ogival construits dans les autres pays de l’Europe.

Le portail de Saint-Denis est de 1140; celui de Chartres est de 1145; le chœur de Saint-Germain-des-Prés est de 1163, et celui de Notre-Dame de Paris, de 1182. Hors de France, aux mêmes dates, on chercherait en vain des monuments aussi avancés. C’est seulement en France que règne sans partage l’art ogival primitif, et c’est là qu’ont été construits les plus anciens et les plus beaux monuments gothiques, tels que les cathédrales de Soissons, de Laon, de Noyon, de Sens, de Reims, d’Amiens, de Paris, de Chartres, etc., modèles du genre, qui ont été imités dans tout le reste de la France et de l’Europe. Les savants anglais et allemands les plus estimables reconnaissent eux-mêmes que l’architecture gothique est d’origine française.

Les plus anciens monuments gothiques de l’Angleterre, de l’Espagne, de l’Italie, de la Suède, ont été bâtis par des Français dont nous donnerons plus loin les noms. Il est démontré aujourd’hui que les monuments gothiques de l’Allemagne, d’ailleurs si peu nombreux, bien loin d’avoir servi de type à ceux de la France, sont d’une époque postérieure à ceux-ci, ont été copiés sur eux ou ont été bâtis par des architectes français. Nous donnons plus loin, à propos de la cathédrale de Cologne, les pièces du procès que M. de Verneilh a gagné contre M. Boisserée; nous ne voulons pas ici redonner ces détails; il nous suffit de dire que, parmi les preuves de l’origine allemande de l’architecture gothique, on a long-temps reproduit celle-ci; on trouvait, disait-on, à Notre-Dame-de-l’Epine (en Champagne) une inscription ainsi conçue:

Guichart Anthonis. Col. Sacer Nor. Actee.

et l’on en tirait la conséquence qu’un prêtre de Cologne, Coloniensis Sacerdos, avait construit cette église, et, en outre, que le dôme de Cologne était le type du gothique. Il a été démontré depuis que l’inscription latine est une inscription en patois champenois ainsi conçue:

Guichart Anthoine tos catre nos at fet

et s’applique aux quatre piliers du rond-point de l’église que ce maçon champenois réédifia tous les quatre au XV.e siècle.

En même temps que la France créait l’architecture gothique, elle donnait un développement prodigieux à la sculpture monumentale, à la sculpture en bois, à la peinture sur verre, à la peinture sur émail, à l’art de la tapisserie et à l’art musical.

Ce grand mouvement artistique, la splendeur de toutes ces créations, expliquent très bien l’influence que l’art français exerça en Europe au moyen-âge; voici quelques détails qui compléteront l’histoire de cette influence.

«En 1025, il existait à Poitiers une manufacture célèbre de tapisseries historiées à laquelle les prélats de l’Italie adressaient eux-mêmes des demandes. Le tissu de ces tentures offrait des figures d’animaux, des portraits de rois et d’empereurs, des sujets puisés dans les histoires saintes .» Nos tapisseries françaises d’Arras, de Reims, de Beauvais et de Paris devinrent si célèbres, si recherchées et si connues, que les Italiens employèrent dès le XIV.e siècle et emploient encore le mot Arrazi pour désigner de belles tapisseries.

Les émaux de Limoges, qu’on s’est obstiné si long-temps à regarder comme byzantins, étaient, dès le XII.e siècle, recherchés dans toute l’Europe. Vers le milieu du XIII.e siècle, un émailleur français fut chargé de faire, à Limoges, une tombe émaillée pour un évêque de Rochester; Jean de Limoges accompagna son œuvre en Angleterre pour en diriger la pose. Ce monument n’existe plus; mais l’église abbatiale de Westminster en conserve un du même genre, de fabrication française, et qui représente un comte de Pembroke .

Les miniatures de l’école de Paris étaient célèbres. L’art de l’enluminure y avait pris un tel développement, que les étrangers venaient s’y instruire. Le fait est certain pour le Portugal ; M. de Santarem a clairement établi que les miniaturistes portugais s’étaient formés à l’école parisienne. Rien de plus important que ces peintures qui forment de véritables musées, dont les décorations sont si variées, si élégantes, et d’un coloris si frais.

LA RENAISSANCE.

On sait que le mouvement intellectuel désigné sous le nom de Renaissance a modifié bien plus que l’architecture gothique, et que cette révolution a changé la société du moyen-âge tout entière. Un mouvement général dans les esprits les portait à sortir de l’état où ils se trouvaient: les formes politiques, la féodalité, les idées religieuses, l’art, les lettres, les sciences, tout se renouvela sous l’influence des idées nouvelles.

Vue en grand, la Renaissance est une protestation contre le Moyen-Age; l’art de la Renaissance, en particalier, est une protestation contre l’art gothique.

Le génie de Léonard de Vinci, de Michel-Ange, de Raphaël, donna à l’art italien un si brillant développement, qu’il se plaça dans l’opinion des contemporains au-dessus de tout ce qui l’avait précédé. L’Europe, avide de nouveauté, voulait un art nouveau. Elle adopta l’art italien; elle s’enthousiasma pour l’antiquité grecque et romaine, admira et adopta ses types, ses formes, et répudia ceux du moyen-âge. La France suivit le mouvement.

Ainsi ce n’est pas par un simple caprice, par mode, que la France du XVI.e siècle adopta l’art italien; ce n’est pas non plus parce qu’elle manquait d’artistes qu’elle fit venir des artistes italiens. L’adoption de l’art italien est due à des causes plus élevées.

La révolution artistique ne se fit pas brusquement; le gothique se modifia, mais persista pendant quelque temps encore (sous Charles VIII et Louis XII). Ces premières modifications du gothique par le goût italien constituent une renaissance française très remarquable, quoique négligée ou confondue avec la suivante. Puis, sous François I.er, le gothique disparaît, la renaissance française elle-même est remplaçée par un art absolument antique et italien dans ses formes, dans ses types, dans sa décoration.

Quel est le rôle, quelles sont les œuvres, quelle est l’influence des artistes italiens venus en France? Sur chacune de ces questions, il y a à réfuter un grand nombre d’erreurs, de préjugés, qui étaient il y a quelques années encore très accrédités.

En général, l’influence des Italiens venus en France ou des maîtres que nos artistes allaient étudier en Italie, en général cette influence a été immense, si grande, qu’elle a profondément modifié notre génie national à une certaine époque. Je constate le fait, je ne le juge pas.

En général on a, pendant un temps où l’on méprisait radicalement tout ce qui était antérieur au XVI.e siècle, temps qui n’est pas encore expiré pour quelques personnes, on a, dis-je, étrangement défiguré, faussé, altéré notre histoire sur le fait des artistes et des monuments. Cette altération de la vérité provient de l’ignorance des faits, d’un engouement irréfléchi pour les artistes italiens, et d’une croyance aveugle à des traditions sans valeur et démenties toutes, les unes après les autres, par l’étude des textes les plus authentiques.

On a attribué ainsi à des Italiens des œuvres dues à des Français; par exemple: on a donné à Giocondo le château de Gaillon, type de la renaissance française, œuvre de Pierre Valence et de Jean Juste; on a attribué à Vignole, le château de Chambord, œuvre de Pierre Nepveu dit Trinqueau; on a attribué à Paul Ponce Trebatti le tombeau de Louis XII, dû au ciseau de Jean Juste et de Pierre Bontemps; on a attribué à Paul Ponce Trebatti la statue de l’amiral Ph. de Chabot, œuvre de J. Cousin; on a attribué à ce même Paul Ponce les admirables bas-reliefs du tombeau de François I.er, sculptés par Pierre Bontemps; on a déclaré dans cette manie aveugle, que Jean de Vitry, qui a sculpté les ciéges ou stalles de Saint-Pierre à Saint-Claude (Jura), en 1465, était un artiste italien de 1565. Jean Juste a passé long-temps pour un artiste italien, bien qu’on sût qu’il s’appelait «Johannes, cognomine Justus et Florentinus.»

Partout l’étude attentive des actes, des comptes, des manuscrits, démontre que la plus grande partie des œuvres que des traditions sans autorité attribuaient à des Italiens étaient dues au contraire à des artistes français. L’étude attentive du château de Fontainebleau, centre principal des artistes italiens sous François Ier, l’étude sérieuse des actes et des documents a encore réduit sur ce point ce que l’on attribuait aux étrangers pour les constructions comme pour les peintures de ce palais.

Peu d’œuvres et grande influence: c’est ainsi que je résume ce qui est relatif au rôle des Italiens en France.

Je dois actuellement juger cette influence exercée par l’art italien sur l’école française. Je n’hésite pas à la regarder comme détestable. Notre originalité, tous les caractères de notre école, toutes ses qualités, tout a été détruit. L’exagération a, sur ce point comme sur tant d’autres, tout gâté en outrepassant le but. Il est à regretter que la France n’en soit pas restée à la renaissance française. J’oserais à peine me prononcer aussi nettement sur ce fait, si je ne pouvais appuyer mon opinion sur les autorités les plus compétentes. Je n’en citerai qu’une, Emeric David.

«Ce serait une question neuve et bien digne d’examen, dit-il, que celle de savoir si les artistes italiens employés par François 1.er à Fontainebleau, si les Rosso, les Primatrice, les Cellini, dont le dessin systématique se ressentait déjà des erreurs qui, de leur temps, commençaient à entraîner l’Italie vers sa décadence, si ces maîtres, dis-je, n’ont pas égaré notre école au lieu d’améliorer ses principes, en l’induisant à abandonner sa manière simple et franche pour y substituer le style de convention qu’ils avaient eux-mêmes mis à la place de la grâce naturelle de Raphaël. Quant à moi, je crois qu’il est résulté de cette révolution un mal réel pour la France .

Quoi qu’il en soit, pendant la Renaissance, nos artistes étaient accueillis par les étrangers, par les Italiens mêmes avec empressement; on leur confiait l’exécution d’œuvres importantes qui prouvent que notre école n’avait rien perdu de sa supériorité.

Ainsi, pendant le X VI.e siècle, nous trouvons Louis de Foix, employé par Philippe Il à la construction de l’Escurial; Coldoré gravant le portrait d’Elisabeth, reine d’Angleterre; nos verriers travaillant en Espagne, en Italie; Jacques d’Angoulême luttant contre Michel-Ange, et remportant le prix sur lui au jugement des Italiens; Richard Taurigny, Richier, Jean de Bologne, Pierre de Franqueville, Nicolas Cordier Lorrain, travaillant en Italie et y faisant de nombreux ouvrages. Nos musiciens créaient à cette époque l’école de musique italienne. Claude Goudimel est le plus illustre de ces artistes, il a eu pour élèves Palestrina, Nanini. A cette époque, tous les maîtres de chapelle de l’Italie étaient Français; lorsque le Pape envoie, en 1545, des chanteurs apostoliques au concile de Trente, pour donner leur avis sur ce qui concernait le chant et la musique d’église, tous ces chanteurs sont Français. Nos peintres mêmes, Fréminet, Jacques Blanchard, étaient, à la fin du XVI.e siècle, recherchés et employés par les princes italiens.

Il est donc évident qu’au moment même où l’école française subissait l’influence de l’Italie, nos artistes trouvaient encore le moyen, par leur génie et les grandes qualités non encore anéanties de notre école, de briller en Italie même. L’un d’eux, Jacques d’Angoulême, eut même l’honneur de se montrer supérieur au plus grand génie de l’Italie. Malheureusement, ni les œuvres ni la vie de ce grand artiste ne sont connues; l’indifférence de la France l’a laissé dans un profond oubli. Que n’était-il Italien?

LOUIS XIV ET LOUIS XV,

Je n’ai pas à faire ici l’histoire ni à examiner la valeur esthétique de l’école française aux temps de Louis XIV et de Louis XV; j’ai seulement à constater l’acceptation universelle de ses principes, de son goût et de ses artistes.

L’influence de la France de Louis XIV, influence continuée au XVIII.e siècle, est tellement considérable, qu’il est essentiel de l’établir d’abord par le témoignage des contemporains. Je citerai Leibnitz pour le XVII.e siècle, et Fréderic-le-Frand pour le XVIII.e.

«Après la paix de Munster et celle des Pyrénées, dit Leibnitz , la puissance et la langue française l’emportèrent. La France se vantait d’être le siége de toute l’élégance; nos jeunes gens, sur-tout notre jeune noblesse, qui n’avaient jamais connu leur patrie et admiraient tout chez les Français, non contents de la rendre méprisable auprès des étrangers, les aidaient à la décrier, et prenaient du dégoût pour leur langue et pour leurs propres mœurs qu’ils ignoraient; ils eurent bien de la peine à déposer cette aversion après être parvenus à l’âge de maturité et de jugement. Plusieurs de ces jeunes gens..... étant parvenus ensuite aux dignités et aux emplois, gouvernèrent l’Allemagne pendant un assez long espace d’années, et s’ils ne la rendirent pas tributaire de la puissance française, il ne s’en fallut pas de beaucoup, et ils la soumirent du moins presque entièrement à la langue et aux modes de cette nation.»

«L’Europe, dit Frédéric-le-Grand , enthousiasmée du caractère de grandeur que Louis XIV imprimait à toutes ses actions, de la politesse qui régnait à sa cour et des grands hommes qui illustraient son règne, voulait imiter la France qu’elle admirait; toute l’Allemagne y voyageait; un jeune homme passait pour un imbécile s’il n’avait séjourné quelque temps à la cour de Versailles; le goût des Français régla nos cuisines , nos meubles, nos habillements et toutes ces bagatelles sur lesquelles la tyrannie de la mode exerce son empire; cette passion, portée à l’excès, dégénéra en fureur. Les femmes, qui outrent souvent les choses, la poussèrent jusqu’à l’extravagance.»

Que si l’on recherche les causes de cette influence exercée aux XVII.e et XVIII.e siècles par la France, on les trouvera toutes dans la puissance et la gloire de Louis XIV, dans l’élégance et la délicatesse des mœurs de la cour de Versailles, dans l’éclat de notre littérature, dans le charme et la séduction de l’esprit et du goût français.

Nos ambassadeurs pendant la paix, nos officiers pendant la guerre, plusieurs princesses françaises mariées à des princes étrangers , répandirent en Europe les mœurs de la France. La révocation de l’édit de Nantes y contribua également. Pierre-le-Grand vint à Paris, ses sujets l’imitèrent, et la société russe se modela sur la société française. De partout on venait se maniérer à Paris et à Versailles, c’est-à-dire étudier notre esprit de société, les usages de la bonne compagnie, notre politesse et sur-tout notre art de la conversation.

La philosophie, les lettres, nos journaux littéraires, nos chansons, nos modes mêmes complétaient cette influence qui francisa l’Europe pour long-temps, jusqu’aux jours où la France, renonçant d’elle-même à cet empire, crut devoir adopter les mœurs anglaises.

Il était impossible que l’école française ne prît pas une large part dans cette influence générale de la France sur l’Europe. De grands artistes, auxquels Louis XIV fit faire de magnifiques travaux, illustrèrent le règne du grand roi et donnèrent à l’art français une illustration d’autant plus vive que les écoles voisines étaient tombées plus bas. Tout en ayant perdu sous, Louis XV, quelques-unes des qualités du siècle de Louis XIV, la grandeur majestueuse, la sévérité, l’école française brilla par la grâce et l’esprit.

Les étrangers trouvaient ravissante cette peinture française, vive, spirituelle, élégante, d’un coloris naturel, d’un dessin correct et gracieux, reproduisant les caractères de la beauté française; et, bien qu’il ait été un instant de mode de proscrire en masse et sans distinction tous les maîtres de l’école de Louis XV, la France et l’Europe entière du XVIII.e siècle, et beaucoup de personnes aujourd’hui, ont porté un tout autre jugement sur cette école.

Nos peintres, nos sculpteurs étaient partout, aux XVII.e et XVIII.e siècles, admirés, appelés et employés. Plusieurs ont exercé une influence considérable; tout le monde sait que le Poussin a relevé l’école italienne qui était en pleine décadence.

Tous les souverains de l’Europe, au XVIII. e siècle, eurent pour premiers peintres, pour premiers sculpteurs, pour premiers architectes des artistes français. Toutes les académies de peinture, de sculpture et d’architecture fondées au XVIII. e siècle ont été créées et dirigées par des Français; nous pouvons citer celles de Vienne, de Berlin, de Dresde, de Copenhague, de Madrid, de Saint-Pétersbourg. Les souverains étrangers envoyaient des pensionnaires étudier à Paris. Comme on le verra dans la suite de ces recherches, le nombre des œuvres d’art faites par nos artistes à l’étranger est extrêmement considérable et la plupart sont des ouvrages de premier ordre.

Etre reçu membre de l’Académie de Peinture et de Sculpture de Paris, était l’honneur le plus ambitionné par les artistes étrangers.

L’établissement des expositions publiques qui ne devinrent régulières que sous Louis XV, exerça une action considérable; en effet «c’est aux expositions publiques, dit un contemporain, que les ambassadeurs apprécient nos artistes et de là portent leur réputation à l’étranger. »

Si nous passons à l’architecture, nous trouverons d’abord que les grands bâtiments de Louis XIV furent des modèles que l’on s’empressa de copier ou d’imiter partout, ainsi que les jardins de Le Nôtre. A Stuttgard, à Rastadt, à Manheim, à Nymphenbourg, à la Granja, à Peterhof, on fit des imitations de Versailles, de son château et de ses jardins. Le Nôtre alla lui-même, en 1678, dessiner les plus beaux jardins de Rome pour le pape Innocent XI .

Après avoir imité, au XVII.e siècle, l’architecture française dans ses palais et dans ses jardins royaux, l’Europe, au XVIII.e siècle, l’imita dans son architecture civile. Contant, Cartaud, de Cotte, Boffrand et quelques autres, avaient modifié complètement les distributions et la décoration des intérieurs des hôtels et des maisons; ils s’étaient efforcés de rendre les habitations commodes, comfortables comme l’on dirait aujourd’hui; ils n’employaient que les décorations les plus légères, les boiseries sculptées et dorées, et les glaces . Les étrangers accueillirent avec empressement notre nouveau système d’architecture. Voici ce que disait sur ce sujet, en 1765, un architecte qui est en même temps un écrivain distingué :

«Les étrangers sont dans la plus grande admiration en voyant nos hôtels modernes, distribués avec tant d’intelligence, décorés avec tant d’agréments, et meublés avec tant de goût et d’élégance. Toutes ces inventions heureuses valurent la réputation la plus brillante à l’architecture française. La plupart des souverains, pour en profiter, se sont empressés d’attirer dans leurs Etats des architectes de notre nation. Parcourez la Russie, la Prusse, le Danemark, le Wurtemberg, le Palatinat, la Bavière, l’Espagne, le Portugal et l’Italie, vous trouverez partout des architectes français qui occupent les premières places, indépendamment de nos peintres et de nos sculpteurs. Paris est à l’Europe ce qu’était la Grèce lorsque les arts y triomphaient: il fournit des artistes à tout le reste du monde .»

La gravure française, qui atteignit sous Louis XIV un si haut degré de perfection, servit de modèle à toutes les autres nations. L’école anglaise dérive en entier de l’école française; elle a été fondée par des graveurs français appelés en Angleterre; les grands graveurs anglais du XVIII.e siècle sont tous élèves de la France; c’est à Paris qu’ils sont venus apprendre les principes de l’art. La galerie de Dresde a été presque tout entière gravée à Paris. C’est par des graveurs de Paris que l’empereur de la Chine fit graver les seize estampes connues sous le nom de Batailles de la Chine.

Rameau a fait faire à l’art musical de très grands progrès et a exercé une influence qu’on est trop disposé à oublier aujourd’hui. C’est en 1722 que ce grand compositeur publia son Traité d’Harmonie, ouvrage qui créa la science de l’harmonie . «Grimm dont la mauvaise foi égale l’ignorance des faits, assure que les écoles d’Italie et d’Allemagne n’ont jamais entendu parler des livres de Rameau concernant l’harmonie . Or, il est précisément démontré, dit M. Fétis , que ces ouvrages ont fait naître les premières idées de théorie d’harmonie en Allemagne et en Italie, comme ils donnèrent naissance à des multitudes de Systèmes chez les Français. La seule pensée de la possibilité d’une théorie scientifique de l’harmonie fut un trait de génie qui remua le monde musical, et qui même encore aujourd’hui exerce son influence: Le Traité de l’Harmonie a été l’origine du Tentamen d’Euler et du système de Tartini. Ce fut le système de la basse fondamentale que Marpurg introduisit en Allemagne dans son Manuel de la Basse continue, et dans la traduction des Eléments de Musique de d’Alembert.

«Sorge, bien qu’il eût fait choix d’un autre principe, se rallia à l’idée suivie par Rameau de la nécessité d’une base scientifique pour la théorie des accords. Martini, dès 1757, discutait, dans le premier volume de son Histoire générale de la Musique, les opinions de Rameau... Enfin, la formation des accords dissonnants par des additions de tierces, et l’extension du principe du renversement des accords, ont été les sources du système de Valotti et de Sabbatini.»

Kirnberger, élève de Sébastien Bach, compositeur théoricien allemand, a, dit la Biographie universelle, simplifié et réduit le système des accords de Rameau. La simplicité de sa méthode l’a fait adopter généralement en Allemagne. Le livre de Kirnberger a exercé depuis 1754 une grande influence en Allemagne, et je tiens à bien établir que Rameau est pour beaucoup dans ce grand mouvement harmonique que Haydn, Mozart et Beethoven devaient mener si loin.

Non seulement Rameau exerça une grande influence sur la composition musicale par ses Traités d’Harmonie, mais encore par ses œuvres, dont le style fut un modèle pour plus d’un grand maître étranger. Les symphonies, les airs de danse, les opéras de Rameau se jouaient sur tous les théâtres étrangers.

Plusieurs compositeurs allemands imitèrent Rameau; Jean-Bernard Bach, mort en 1749, a composé, dit M. Fétis, de bonnes ouvertures dans le style français de son temps. On pourrait multiplier de pareilles indications.

Nos opéras-comiques du XVIII.e siècle étaient partout représentés; partout on entendait avec plaisir cette musique spirituelle et mélodique, où l’esprit français se révèle tout entier, et nulle part on ne parvenait à l’imiter. Il en était de même de nos opéras-ballets, de nos décors d’opéras.

Les industries qui emploient les arts du dessin avaient autant de célébrité et d’influence que les arts eux-mêmes.

Charles-André Boule donna à notre ébénisterie des formes gracieuses; il l’orna de bronzes élégants et de riches mosaïques. Boule a travaillé pour presque tous les souverains de l’Europe.

Les orfèvres, qui ne sont en réalité que des sculpteurs en métaux précieux, étaient aussi célèbres que nos autres artistes, soit par le bon goût de leurs œuvres, soit par les importants perfectionnements apportés à la partie matérielle de leur art. Claude Ballin 2, orfèvre de Louis XV, a sur-tout travaillé pour l’étranger; les cours de Portugal, d’Espagne, d’Italie, de Saxe, de Bavière, de Russie, le prince Eugène à Vienne, le Grand Turc lui-même possédaient des œuvres importantes de Ballin. Toutes les tables des souverains de l’Europe étaient ornées des chefs-d’œuvre de Pierre Germain et de Thomas Germain.

La serrurerie, véritable sculpture en fer, avait autant de réputation que l’orfèvrerie. Destriches de Paris, sous Louis XV, exécutait pour le Portugal des grilles dont les contemporains vantent l’élégance.

Les porcelaines de Sèvres, modelées sur les dessins de Falconnet, peintes par Boucher ou par Bachelier, ont eu une réputation méritée qu’elles ont conservée jusqu’à nous. Tout le monde recherche encore le vieux Sèvres.

Les tapisseries des Gobelins, de Beauvais, de la Savonnerie, d’Aubusson, exécutées sur les cartons des peintres les plus renommés, étaient des modèles pour toute l’Europe. Les riches étoffes de Lyon, exécutées d’après les dessins de Revel et de Philippe de Lasalle (né en 1723, mort en 1804), ont fait l’ornement des palais de tous les souverains de l’Europe.

L’art du fondeur avait reçu de tels perfectionnements par les procédés de Gor, commissaire des fontes de l’Arsenal, qu’on imita partout ses procédés, et qu’on l’appela à Copenhague pour couler la statue de Frédéric V, modelée par Saly.

2

ÉCOLE DE DAVID.

L’art français exerçait dans toutes ses parties une influence incontestée en Europe, lorsqu’une révolution artistique s’accomplit dans notre école et en modifia tous les caractères. On sait quelles sont les causes et le caractère de la révolution que commença Vien et que David accomplit. Loin de diminuer, l’influence de l’école française sur l’Europe s’augmenta. Partout David devint le maître dont on suivait les leçons et les exemples; peinture, sculpture, gravure, arts industriels, modes, tout subit l’influence du réformateur, et l’Europe, s’accommodant au goût de notre école, en suivit l’impulsion.

En architecture, Percier exerça le même empire que David sur les arts du dessin; tout ce qu’il y a maintenant d’habiles architectes en Europe, dit son biographe, est sorti de l’école de Percier.

Ainsi rien ne fut changé dans l’influence que l’école française exerçait sur l’Europe depuis le milieu du XVII.e siècle.

CHAPITRE I.

Table des matières

ALLEMAGNE.

EMPIRE D’AUTRICHE.

ROYAUME DE BOHÊME.

Les relations d’amitié qui existèrent entre la France et la Bohême, au XIV. e siècle, furent assez longues et expliquent l’arrivée dans ce pays de plusieurs artistes français.

En 1348, MATHIEU D’ARRAS, commença l’église de Saint-Gilles, à Prague, en style gothique; son successeur, qui termina cette église, fut PIERRE DE BOULOGNE . — GUILLAUME DE MACHAU, poète et musicien célèbre, né en 1284 en Champagne et mort en 1369, fut, en 1316, pris pour secrétaire par Jean de Luxembourg, roi de Bohême; il resta 30 ans en Bohême et revint en France avec Jean de Luxembourg, qui se fit tuer si chevaleresquement à Crécy. Guillaume a composé un grand nombre d’œuvres musicales à plusieurs voix.

AUTRICHE.

Je ne crois pas qu’aucun artiste français ait travaillé en Autriche avant l’époque du prince Eugène; c’est ce prince français qui commença à protéger les arts à Vienne et à faire venir des artistes de France et d’Italie. En 1711, le prince appela LOUIS DORIGNY à Vienne pour décorer son palais ; Dorigny, élève de Le Brun, était établi en Italie où ses travaux lui avaient acquis une célébrité méritée, lorsqu’il fut appelé par Eugène; il employa treize mois à décorer son palais; il représenta l’histoire d’Icare au plafond du grand escalier; il peignit le plafond des deux chambres suivantes, ainsi que le plafond de la grande galerie, représentant l’enlèvement d’Orythie par Borée. On lui doit encore le Conseil des Dieux, magnifique peinture exécutée à la salle de la Chancellerie de Bohême. Dorigny a peint aussi à Prague un plafond dont le sujet est Junon dans son char suivie de ses nymphes.

PARROCEL , neveu et élève de Joseph Parrocel, fut aussi employé par le prince Eugène. Il a peint dans la grande salle du palais la plupart des tableaux qui représentent les actions militaires de ce prince. Mariette l’a vu à Vienne en 1719. Parrocel est mort en Allemagne après avoir peint divers tableaux de batailles à Rome et aux Pays-Bas Autrichiens, en 1722.

Académie de Peinture et de Sculpture de Vienne. — En 1704, l’empereur Léopold fonda l’Académie de Vienne, dont le premier directeur fut le baron Pierre de Strudel, peintre habile . Son successeur, réorganisateur de l’Académie et que l’on doit regarder comme le vrai fondateur de cette institution, fut JACQUES VAN SCHUPPEN peintre d’histoire, né à Paris en 1669, élève de Largillière et membre de l’Académie de Paris. En 1716, Van Schuppen alla à Vienne, appelé par l’empereur Charles VI , et en 1726, le 20 avril, il fut nommé par décret de l’empereur d’Allemagne, premier peintre de S. M. I. et directeur de l’Académie aulique de Peinture et Sculpture . Janneck cite parmi les œuvres de Van Schuppen, le tableau d’autel de l’église de Saint-Charles-Borromée, représentant saint Luc faisant le portrait de la Vierge. Van Schuppen mourut à Vienne en 1751.

Parmi les artistes français qui ont travaillé à Vienne, nous avons encore à mentionner TARDIEU (J.-B. PIERRE), qui grava pour l’impératrice Marie-Thérèse la Carte des Pays-Bas en 53 feuilles grand-aigle.

MONOT, qui exposa, en 1785, le modèle d’un jeune Amour lançant des traits, qu’il devait sculpter pour le comte de Metternich, plénipotentiaire de l’empereur.

Madame LEBRUN resta à Vienne de 1793 à 1795. Elle y fit trente-un portraits et vingt-quatre pastels. Les personnes qu’elle peignit étaient en général des émigrés et des étrangers; nous citerons la princesse Esterhazy et la princesse Lichtenstein parmi les personnages autrichiens dont elle fit les portraits .

ISABEY fit, en 1811 un voyage à Vienne. L’empereur François l’accueillit avec une bienveillance toute particulière, le logea au palais impérial, dans l’appartement même du prince Charles; il le conduisait lui-même en voiture. Isabey fit le portrait de tous les membres de la nombreuse famille impériale, du grand-duc de Wurtzbourg, de l’archiduc Palatin, frère de l’empereur, du roi de Rome, de l’empereur François II, de l’impératrice Béatrix, du prince Charles, de l’archiduc Jean, de l’évêque Rodolphe, des sœurs de Marie-Louise. Isabey fit aussi les portraits des principaux personnages de la cour, du prince Metternich, du prince et de la princesse Esterhazy, du prince Schwartzemberg, du prince de Ligne, du prince Rasoumofski. En 1815, Isabey alla une seconde fois à Vienne; ce fut alors qu’il y fit le célèbre tableau à portraits du Congrès de Vienne. (Voy. Angleterre.)

GÉRARD a fait, en 1805, le portrait de la princesse de Gyarac, née Esterhazy, et en 1814, celui de Charles-Philippe, prince de Schwartzemberg .

PRUSSE.

L’origine de la puissance de la Prusse remonte à l’époque de la révocation de l’édit de Nantes (1685). Une des causes les plus considérables du développement de cette puissance fut en effet l’établissement à Berlin et dans le Brandebourg de plusieurs milliers de protestants français.

Dès cette époque, un certain nombre d’artistes français travaillèrent à Berlin; mais c’est sur-tout pendant le règne de Frédéric-le-Grand, admirateur passionné de nos arts et de notre goût, que les artistes français, appelés par Voltaire et le marquis d’Argens , exécutèrent à Berlin cette grande quantité d’œuvres que nous allons énumérer.

Le premier ouvrage français fait en Prusse est le jardin du château d’Orianenbourg , qui fut tracé d’après les dessins de Le Nôtre .

J.-B. BRÆBES, Français, disciple de Jean Marot pour la gravure et l’architecture, entra en 1690 au service de l’électeur comme capitaine-ingénieur. Il a publié un grand ouvrage intitulé : «Vues des Palais et Maisons de plaisance de S. M. le Roi de Prusse, dessinées et gravées par Bræbes, ing. et arch. de S. M. Cet ouvrage a été publié à Augsbourg en 1733, 47 f. — Bræbes fut appelé en 1720 à Barby pour la construction du château de cette ville; il y est mort quelques années après . — SIMON BOULARD, peintre, avait été moine bénédictin en France, et s’était appliqué en même temps à la peinture. Il embrassa le protestantisme en Suisse, et vint à Berlin en 1699. Il n’avait guère d’invention, et ses tableaux d’histoire sont presque tous faits d’après des estampes . — JEAN DE BOTT, né en France de parents protestants en 1670, émigra après la révocation de l’édit de Nantes, alla d’abord en Hollande, puis en Angleterre, et se fixa en Prusse vers 1700. Il continua l’Arsenal de Berlin, commencé en 1695 par Grünberg et Nehring, mais en changeant les plans de ces architectes; de sorte que l’Arsenal a été réellement élevé d’après ses idées. Jean de Bott a aussi construit la façade des nouvelles Arcades. A Potsdam, il a travaillé au château; il y a fait le beau portail avec coupole qui est du côté du marché. A Wesel, il a construit la porte de Berlin . Jean de Bott quitta la Prusse en 1728, et mourut à Dresde en 1745.

HULOT, sculpteur, vint à Berlin avec Jean de Bott; il a fait les quatre grandes statues des deux côtés de l’entrée de l’Arsenal, représentant: l’Arithmétique, la Géométrie, la Mécanique et la Pyrotechnie. Hulot travailla aussi à la porte de Berlin à Wesel. Il retourna ensuite en France, et fut employé aux travaux de Versailles . — RENÉ CHARPENTIER (né en 1675, mort en 1723 à Paris), sculpteur, vint aussi avec Bott à Berlin. Il a décoré plusieurs édifices élevés par cet architecte; entre autres œuvres, il a fait les trophées et ornements qui sont au portail du château de Potsdam, bâti par Bott. Charpentier retourna ensuite à Paris, où il fut reçu académicien en 1713 .

CAYART, colonel-ingénieur, avait servi sous Vauban et était ensuite entré au service de l’électeur. Il construisit, de 1701 à 1705, l’église française de Berlin sur le modèle du célèbre temple de Charenton, élevé en 1624 par Desbrosses, et démoli en 1685 . — VOLUMIER (J.-B.), compositeur, était, au commencement du XVIII.e siècle, maître de concerts et de ballets à Berlin. Il y a composé la musique de plusieurs ballets. En 1706, il fut engagé à la cour de Saxe comme maître de ballets et de concerts, et mourut à Dresde en 1738 .

ANTOINE PESNE, né à Paris en 1683, mort le 5 août 1757 à Berlin . Pesne fut élève de son père, Thomas Pesne , peintre de portraits, et de son oncle La-fosse, peintre d’histoire. En 1707. il fit le voyage d’Italie, alla d’abord à Rome, puis à Naples. Le désir d’étudier les grands coloristes de Venise le conduisit dans cette ville. Il s’y lia avec Celesti, très excellent peintre, des préceptes duquel il profita beaucoup. C’est à Venise que Pesne développa toutes ses grandes qualités de coloriste . En 1707, il peignit, à Venise, le baron de Kniphausen, qui. de retour à Berlin, montra au roi de Prusse son portrait; le roi appela aussitôt Pesne auprès de lui en qualité de peintre de la cour (1710) . Vers 1720, Pesne fut nommé premier peintre du roi de Prusse , et en 1720 même, il fut reçu membre de l’Académie de Paris.

Pendant le règne de Frédéric-Guillaume, Pesne n’a peint que des portraits qui, d’un avis unanime, sont d’une très grande beauté. Manyoki ne trouvait pas d’artiste supérieur à Pesne pour le portrait et l’entente du coloris .

D’Argens, en parlant du portrait du baron de Knobelsdorf, placé à côté d’un beau Rembrandt, dit que le tableau de Pesne efface le Rembrandt. «Il est vrai, ajoute-t-il, que les portraits de Pesne sont supérieurs à ses tableaux d’histoire: il y a dans ses portraits, j’ose le dire, une couleur plus vraie que dans ceux de Rigaud, une vigueur qui a manqué très souvent à ceux de Largillière, une noblesse qu’on ne trouve pas dans ceux de Rembrandt. On peut se convaincre de ce que je dis ici, en examinant attentivement la famille du baron d’Erlach: ce tableau, haut de dix pieds, large de douze, contient cinq personnes de grandeur naturelle. Le baron d’Erlach est peint droit en habit antique, tel que le portait autrefois le colonel des Suisses; sa femme est assise entourée de deux jeunes filles et d’un garçon. Le fond du tableau représente une chambre ornée de meubles précieux. Ce tableau rassemble tout à la fois les qualités d’un très beau tableau d’histoire et celles des plus excellents portraits. Un seigneur anglais voulait en donner 20,000 livres.» .

Parmi les portraits de Pesne, nous avons pu retrouver l’indication de ceux de Schmidt, premier graveur du roi et de sa femme, — du conseiller de guerre Michel, — du roi Frédéric-Guillaume armé de pied en cap, — de la reine son épouse, — de l’orfèvre Dinglinger et de sa femme, — de la danseuse Reggiana en Léda, — un autre portrait de cette danseuse, — de Pesne et de sa famille, — de madame d’Œrzen, — de mademoiselle Barbarina, — de mademoiselle de Platen, — de mademoiselle Cochois, — d’un peintre (sans autre indication), — d’une dame qui joue du clavecin et d’un jeune cavalier qui joue de la flûte, — une jeune bergère.

Pesne peignit plus tard un grand nombre de plafonds et de tableaux d’histoire. Les plafonds qu’il a exécutés sont d’un coloris frais et qui se ressent du bon goût de l’école vénitienne. A Charlottenbourg, il a représenté au plafond du grand salon le Festin des Dieux . Il a peint encore dans ce palais, au plafond de la salle à manger, Junon, Minerve et Vénus conduites à Paris par Mercure, — au plafond du grand escalier, Prométhée dérobant le feu du ciel, — au plafond d’une chambre, Apollon et les Muses, — aux plafonds de deux cabinets, l’Aurore; Vénus ordonnant à Cupidon de décocher une flèche, — au plafond de la bibliothèque, Minerve et la Poésie .

Pesne a fait encore le plafond du grand escalier de marbre à Potsdam, — un plafond au château de Reinsberg, — un autre à Sans-Souci, à la salle des Concerts.

Parmi les tableaux d’histoire de cet artiste on cite: une Suzanne au bain (à la galerie du palais de Berlin), — cinq grands tableaux sur des sujets de métamorphoses, dans le salon des concerts à Sans-Souci, — trois tableaux à l’église catholique de Potsdam, — une Femme masquée et à côté d’elle une vieille, à Charlottenbourg — le Christ à table avec les disciples d’Emmaüs, une Vestale, au palais du prince Henri, — l’histoire de Samson et Davila chez M. Falbe.

Pesne mourut, en 1757, avant d’avoir terminé l’Enlèvement d’Hélène qu’il faisait pour le roi de Prusse. RODE, son élève, fit les deux figures qu’il n’avait pu achever .

NICOLAS-BLAISE LESUEUR, né à Paris, mort en 1754, élève de J. B. Vanloo, peintre d’histoire et de paysage fort distingué, fut appelé à Berlin et nommé directeur de l’Académie de peinture .

JEAN LE GEAY, LEJAI ou LÉGER. Cet architecte a résidé à Berlin de 1754 à 1763; il fut architecte du roi de Prusse. Lejai a peu bâti, mais il a fait un grand nombre de dessins et de plans dont quelques-uns ont été suivis dans les édifices royaux construits à Potsdam par Frédéric; entre autres il a fait les plans, d’après les idées mêmes de Frédéric, et dirigé l’exécution des bâtiments du nouveau château près de Sans-Souci .

FRANÇOIS-GASPARD-BALTHAZAR ADAM (le cadet), né en 1710, mort à Paris en 1761, élève de ses frères, envoyé à Rome en 1742 comme pensionnaire du roi. Le roi de Prusse ayant eu besoin d’un sculpteur pour les ouvrages dont il voulait décorer ses palais de Potsdam et de Sans-Souci, le fit venir à Berlin vers 1748; il y resta jusqu’en 1761 qu’il revint à Paris . Adam a été premier sculpteur du roi de Prusse; il a fait une statue en marbre représentant un jeune homme couronné de lauriers qui tient un livre où on lit ces deux vers de Lucrèce:

Te sociam studeo, scribundis versibus esse

Quos ego de rerum natura pangere conor.

Une autre représentant une jeune femme nue, les yeux tournés vers le ciel (probablement Vénus Uranie); il y a à ses pieds une lyre, un globe céleste. — Vénus et Cupidon — Cléopâtre qui se fait mordre par un aspic — Jupiter et Junon, groupe — Cérès et Triptolème — Mars assis avec un loup (achevé par Sigisbert Michel), — Minerve irritée — Apollon qui tue le serpent Pithon — Diane sortant du bain — Vulcain et Vénus.

Tous ces ouvrages sont à Sans-Souci.

Adam a fait le buste du chancelier de Cocceji; il a commencé la statue du maréchal de Schwerin tué en 1757; cette statue a été terminée par Sigisbert Michel .

SIGISBERT MICHEL résida de 1764 à 1770 à Berlin où Frédéric l’avait appelé. Il a terminé le groupe de Mars et la statue du maréchal de Schwerin commencés par Adam; il a exécuté aussi la statue du chancelier de Cocceji .

AMÉDÉE VANLOO, né en 1718, fut peintre du roi de Prusse et résida à Berlin de 1751 à 1769 . Nous connaissons parmi les œuvres de cet artiste le portrait en pied du roi (exposé en 1769), et une fresque représentant la Religion, à l’église Saint-Nicolas de Potsdam. Il a fait aussi des cartons pour les tapisseries exécutées à Berlin dans la manufacture de Vigne .

J.-B. GAYOT DUBUISSON. Cet excellent peintre de fleurs et de fruits était originaire de France; il séjourna long-temps en Italie où Pesne épousa sa fille; ils vinrent ensemble à Berlin. Dubuisson alla ensuite à Dresde et mourut à Varsovie, fort âgé. Il eut deux fils, EMMANUEL DUBUISSON, peintre de portraits, élève de Pesne, qui naquit à Naples en 1699, et AUGUSTE DUBUISSON, né en 1700, qui fut peintre de fleurs. La galerie royale de Berlin possédait de J.-B. Dubuisson deux ports de mer et deux paysages dont les figures avaient été peintes par Pesne .

En outre des Français qui allèrent à Berlin, plusieurs artistes prussiens vinrent étudier à Paris ; on cite entre autres: l’architecte EOSANDER, baron de Gœthe; — RAIMOND FALTZ, célèbre médailleur, né à Stockholm en 1658, appelé à Berlin en 1688; — ANDRÉ SCHLUTER, sculpteur, né à Hambourg en 1662, mort à Saint-Peters-bourg en 1720; — AUG. TERWESTEN, né à LaHaye en 1649, mort à Berlin en 1711; — FRÉDÉRIC RECLAM, peintre de portraits, né à Magdebourg en 1734, élève de Pesne et de Pierre, pendant son séjour à Paris .

Un grand nombre d’œuvres d’art furent exécutées à Paris pour le roi de Prusse et envoyées à Berlin; nous pouvons citer:

La Chasse et la Pêche, deux statues faites en 1749 par LAMBERT-SIGISRERT ADAM (l’aîné) . — Vénus et Mercure, deux statues sculptées par PIGALLE en 1748 . — Un joueur de flûte, un berger qui porte une chèvre, deux copies de l’Antique, par BOUCHARDON ; — une Vénus en marbre et une statue de Mars, par GUILLAUME Il COUSTOU ; — Apollon, statue en marbre, par J.-B. LEMOYNE — le buste en marbre du prince Henri de Prusse , et un autre en bronze par HOUDON. — WATTEAU et LANCRET firent plusieurs tableaux pour le roi de Prusse; la petite galerie de l’ancien palais de Sans-Souci n’était décorée que de ces charmantes compositions . — JEAN-FRANÇOIS DETROY fit cinq tableaux pour Sans-Souci: deux Conversations, le Sacrifice d’Iphigénie, la Naissance de Vénus (le plus beau), Apollon et Daphné . — GAZES fit, pour Sans-Souci, la Naissance de Vénus, la Toilette de Vénus, l’Enlèvement d’Europe, Bacchus et Ariane; pour Charlottenbourg: J.-C. appelant les Enfants auprès de lui, la Cène, le Jugement de Pâris . D’Argens regarde la Naissance de Vénus et la Cène comme les deux plus beaux tableaux de cet artiste. — PIERRE exposa, en 1761, un Jugement de Pâris (21 pieds sur 14) peint pour le roi de Prusse. — CARLE VANLOO fit pour la Prusse le Sacrifice d’Iphigénie , mademoiselle Clairon en Médée , l’Adoration des Mages et Sainte Madeleine priant dans sa Caverne.

Période moderne.

Madame LEBRUN, en 1801, fit à Berlin le portrait de la reine de Prusse; on lui doit aussi les portraits des princes Henri et Ferdinand de Prusse. — Louis AMBROISE DUBUT a construit, sous l’Empire, l’hôtel de la préfecture à Aix-la-Chapelle. — ISABEY a fait, en 1815, les portraits du roi de Prusse et du prince de Hardenberg. — GÉRARD a peint, en 1814, le portrait en pied du roi de Prusse, gravé par FORSTER, et en 1815, celui de Frédéric-Guillaume, prince royal de Prusse. — FOUQUET ( LOUIS-SOCRATE), peintre sur émail et sur porcelaine, a été attaché, en 1815, à la manufacture royale de porcelaine de Berlin. — L’Institut lithographique de Cologne, magnifique établissement fondé en 1833, a fait venir de France plusieurs dessinateurs sur pierre . — BE-GASSE, de Cologne, Louis KREVEL, peintres prussiens, sont tous les deux élèves de l’école française . — ANDRÉ FRIEDERICH. né à Ribeauvilliers en 1798, sculpteur, a fait, de 1819 à 1820, un groupe en pierre de 6 mètres de hauteur, représentant une Victoire assise sur un canon et d’autres armes, figure qui a été posée sur l’Arsenal de Berlin . — DAVID D’ANGERS a sculpté le buste colossal en marbre de A. de Humboldt (chez lui, à Berlin) et le buste colossal en marbre du statuaire Rauch, également chez cet artiste, à Berlin.

PETITS ÉTATS DE L’ALLEMAGNE.

1. GRAND DUCHÉ DE BADE.

RICHOMME et FORSTER ont gravé pour la maison Artaria de Manheim; Richomme: la Vierge aux Anges, de Raphaël, et Forster le portrait d’Albert Durer, d’après son portrait peint par lui-même et conservé à la galerie de Munich.

ISABEY a peint, en France et sous l’Empire, le grand duc de Bade, qui emporta cette remarquable miniature en retournant dans ses États.

ANDRÉ FRIEDERICH a exécuté, en 1828, pour le Gouvernement français, le nouveau monument de Turenne, à Sassbach. C’est un obélisque en granit sur lequel est sculpté le médaillon colossal du Grand-Maréchal. — De 1836 à 1838, Friederich a fait pour la ville de Fribourg la statue de l’archevêque de cette ville, Boll, mort en 1836; cette statue, de grandeur colossale et en pierre, est à la cathédrale .

JACOBBER, peintre de la Manufacture de Sèvres, est l’auteur des peintures qui décorent deux grands vases donnés en 1833 par Louis-Philippe au Grand-Duc.

2. BAVIÈRE.

Architecture gothique. — Les deux tours occidentales de la cathédrale de Bamberg, qui sont du deuxième tiers du XIII.e siècle, sont évidemment copiées sur celles de N.-D. de Laon, dont la date est à la fin du XII.e siècle. La ressemblance est frappante; c’est le même style, ce sont les mêmes détails, les mêmes étages et les mêmes contre-forts .

FRANÇOIS DETROY. L’alliance qui se contracta, sous Louis XIV, entre la France et la Bavière, établit entre les deux pays de nombreux rapports qui profitèrent à la gloire de nos artistes. Detroy fut envoyé par Louis XIV en Bavière pour faire le portrait de madame la Dauphine; le succès avec lequel il s’en acquitta, lui valut la considération et l’estime des grands seigneurs de la cour, qui occupèrent long-temps son pinceau .

ROBERT DE COTTE (mort en 1735) construisit plusieurs châteaux pour l’électeur de Bavière. — NICOLAS BERTIN (mort en 1736) envoya plusieurs tableaux qui ornaient la galerie électorale; mais il refusa d’entrer au service de l’électeur qui lui offrait cependant de gros appointements . — JOSEPH VIVIEN (mort en 1735), le célèbre peintre de pastel, fut long-temps au service de l’Electeur, qui le considérait beaucoup; il a peint en pastel le portrait de l’électeur Maximilien, figure entière, grand comme nature. En 1715, il commença un grand tableau à l’huile représentant toute la famille électorale; il le portait lui-même à l’électeur lorsqu’il mourut en route à Bonn . — GERMAIN BOFFRAND (mort en 1754), et, après lui CUVILLIERS, furent architectes des électeurs de Bavière .

DAVID fit, après 1814, pour le comte de Schœnborn, pair de Bavière, le tableau d’Eucharis et Télémaque. — FORSTER a gravé d’après Stieler le portrait du roi de Bavière. — Louis SOCRATE FOUQUET, peintre sur émail et sur porcelaine, a été employé (de 1818 à 1820?) à la manufacture royale de porcelaine de Niphenbourg, où il a fait plusieurs copies d’après des tableaux de la galerie de Munich . — CHELARD (HIPPOLYTE-ANDRÉ-JEAN-BAPTISTE); né en 1789, fut nommé, en 1828, maître de chapelle du roi de Bavière. Ce compositeur fort distingué a fait exécuter, à Munich: Macbeth, Minuit (opéras), l’Étudiant (opérette); une Messe solennelle; le combat d’Hermann en 1835 . — JEAN MÉTIVIER, né à Rennes, architecte à Munich, a construit, dans cette ville, la maison de madame Bayersdorf, la plus jolie parmi les nouvelles maisons . — LÉON DE KLENZE, le célèbre architecte du Walhalla, est élève de Percier .

3. BRUNSWICK.

NOEL JOUVENET, peintre du duc de Brunswick, se trouvait à Padoue en 1684, selon Mariette , qui, malheureusement, ne donne pas d’autres détails sur cet artiste, qui fut le premier maître du Poussin. — FORSTER a gravé, en 1818, d’après Steuben, le portrait d’Alexandre de Humboldt pour une maison de Brunswick.

4. ÉLECTORAT DE COLOGNE.

L’un de nos plus savants archéologues, M. Félix de Verneilh, a mis hors de doute ce point d’histoire fort important, que la cathédrale de Cologne, bien loin d’être le premier monument construit en style gothique, le monument modèle de tous les autres, est, au contraire, un édifice copié sur N.-D. d’Amiens et sur la Sainte-Chapelle de Paris. Le dôme de Cologne, en effet, n’a été commencé qu’en 1248, tandis que N.-D. d’Amiens a été construite de 1220 à 1288, et la Sainte-Chapelle de 1245 à 1248; voilà pour les dates. Les deux plans d’Amiens et de Cologne sont si ressemblants qu’on peut les confondre; ils se couvrent l’un l’autre, et lorsque le plan de Cologne s’éloigne par hasard du plan d’Amiens, c’est pour suivre celui de Beauvais. Le style, les détails, les fenêtres, les contre-forts de Cologne sont empruntés aux cathédrales d’Amiens, de Beauvais et à la Sainte-Chapelle. Les faits sont tellement évidents, que presque tous les archéologues allemands les admettent, et si nous n’entrons pas dans plus de détails à ce sujet, c’est que la question est si bien résolue, que ce serait inutile; qu’il nous suffise de renvoyer le lecteur au mémoire de M. de Verneilh .

JACQUES BRUAND, architecte, mort avant 1675, a fait le modèle d’une maison que M. Jabach (Evrard) voulait faire bâtir à Cologne . Cette maison du célèbre amateur est évidemment le Jabachischehaus, dont il est question dans l’article suivant.

CHARLES LEBRUN. — «Je me rendis dans la maison appelée Jabachischehaus, pour y voir le grand portrait de famille de cette maison, peint par Lebrun; ce tableau occupe tout le fond d’une chambre assez grande; c’est un vrai chef-d’œuvre. Le vieux Jabach, qui fut, à ce qu’il paraît, un amateur des arts, y est représenté assis dans un fauteuil et montrant de la main le buste de Minerve, ainsi que plusieurs autres attributs des arts épars çà et là. Sa femme, vêtue de ses plus beaux habillements, est assise à sa gauche; elle tient dans ses bras un enfant à la mamelle qui repose sur un coussin de velours rouge; la vie respire dans tous les traits de cet enfant. La mère a près d’elle sa fille, âgée de dix ans, dont la contenance et la pâleur annoncent qu’elle n’est pas en bonne santé ; à sa droite est une autre fille un peu plus jeune, sur le visage de laquelle brillent la joie et le contentement. Un petit garçon de quatre ans, placé sur le plan inférieur, s’agite sur un cheval de bois et semble regarder d’un air curieux ce qui se passe dans la chambre. Le peintre Lebrun est assis dans l’enfoncement devant son chevalet; il a la tête tournée de côté et est occupé à peindre. L’ensemble de ce tableau est du meilleur effet; la beauté du coloris, l’expression des figures, leur distribution, la vérité des draperies, tout y est frappant, tout y intéresse .»

Ce beau tableau est aujourd’hui au Musée de Berlin.

ROBERT DE COTTE (mort en 1735) construisit plusieurs châteaux pour l’électeur de Cologne. — TARDIEU, en 1754, était nommé graveur de S. A. S. l’électeur de Cologne; il resta cependant à Paris.

DUCHÉ DE DEUX-PONTS,

PIERRE PATTE (1723-1814), architecte du duc de Deux-Ponts, en 1765, a construit pour ce prince deux corps du palais de sa résidence et dessiné le château de Jaresbourg sur le modèle de Trianon .

Vers cette époque on exécuta d’après Coypel, aux Gobelins, de magnifiques tentures d’opéra pour le duc de Deux-Ponts. — MONNOT exposa en 1781 Psyché venant voir l’Amour. «Ces figures, en marbre, de grandeur naturelle, sont destinées à orner le lit de S. A. S. le Pr. de Deux-Ponts .» — DEZÈDE (1740-1792). En 1785, le duc Maximilien, qui aimait beaucoup la musique de ce compositeur, l’attacha à sa cour; Dezède y résidait un mois par an . — JEAN DUBUISSON (né en 1764), fut, avant 1789, peintre du prince de Deux-Ponts.

HAMBOURG.

VAUCHELET a peint, en 1847, pour un sénateur de Hambourg, dix grands sujets et six compositions pour orner son hôtel.

LANDGRAVIAT DE HESSE-CASSEL.

En 1698, RIGAUD fit les portraits du prince de Hesse-Cassel, du prince son frère, et du baron Deffel, leur gouverneur . — DE WAILLY fit les plans d’un palais pour le landgrave de Hesse. Ces plans, en 2 vol. in-fol., sont conservés à Cassel et n’ont pas été exécutés. — ROCHEFORT (J.-B.), né en 1746, mort en 1819, fut chef d’orchestre de l’opéra français établi à Cassel de 1780 à 1785. Il y fit représenter les opéras-comiques de: la Pompe funèbre de Crispin, Pyrame et Thisbé, les Noces de Zerbine .

ÉLECTORAT DE MAYENCE.

NICOLAS BERTIN (1667-1736) a beaucoup travaillé pour l’électeur de Mayence, «et ses plus beaux ouvrages sont dans le cabinet de l’électeur» . — MARC CHABRY (1660-1727), peintre et sculpteur, élève du Puget, alla à Mayence, vers 1700, faire le portrait de l’électeur. — GERMAIN BOFFRAND (1667-1754), a construit le château de la Favorite, près de Mayence.

MECKLEMBOURG,

Le prince de Mecklembourg poussa l’admiration des œuvres d’OUDRY, peintre d’animaux, jusqu’à faire bâtir exprès, dans son palais de Schwerin, une galerie pour y mettre ses tableaux .

NASSAU.

En 1694, Nicolas de Platte-Montagne, mort en 1706, fit le portrait du comte de Nassau .

PALATINAT.

SALOMON DE CAUS, mort en 1630, était, vers 1615, directeur des bâtiments et jardins de l’électeur palatin. Il publia en 1620, à Francfort, un volume intitulé Hortus Palatinus, in-folio, orné de gravures par Debry, dans lequel on trouve la description des travaux d’art exécutés aux jardins de Heidelberg par Salomon de Caus. — RIGAUD, en 1695, fit le portrait de l’électeur palatin . — GOTREAU, peintre, mort assez jeune à Manheim, où il a laissé des preuves de ses talents pour l’histoire dans un tableau qui décore l’autel de la chapelle du château; il était à Manheim dans le temps de l’électeur Charles-Philippe, 1716-1742 . — PIGAGE était architecte de l’électeur, à Manheim, en 1765 ; on ne sait rien sur la biographie de cet artiste. — En 1771, JOSEPH VERNET exposa deux marines faites pour l’électeur: une tempête avec le naufrage d’un vaisseau; un paysage et marine au coucher du soleil. — JOSEPH FRATREL, peintre d’histoire et de portraits, né à Épinal, fut appelé à Manheim par l’électeur Charles Théodore; il y est mort en 1783 .

SALM-KIBOURG.

Deux Français, vers la fin du XVIII.e siècle, travaillèrent pour un prince de Salm-Kibourg: ANTOINE construisit un palais, et le sculpteur ROLAND fit une partie de bas-relief de 21 pieds de long sur 5 de hauteur, représentant un sacrifice des anciens.

PRINCIPAUTÉS DE SAXE.

LOUIS GUIARD, élève de Bouchardon, à son retour de Rome à Paris en 1748, fit le modèle du tombeau de la princesse de Saxe-Gotha qui lui avait été demandé d’Allemagne . — J.-B.-PIERRE TARDIEU a gravé vingt-cinq cartes topographiques de la Saxe-Gotha. — DUVIVIER exposa en 1773 une médaille frappée à la mémoire du prince de Saxe-Gotha. — HOUDON exposa, la même année, le portrait de feu Frédéric III, duc de Saxe-Gotha et Altenbourg; le portrait d’Ernest-Louis, duc régnant; celui de Marie-Charlotte de Saxe-Meinungen. épouse du duc régnant, et celui de Frédérique-Louise, sœur de ce duc.

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Yaş sınırı:
0+
Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
161 s. 2 illüstrasyon
ISBN:
4064066306953
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
İndirme biçimi:

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