Kitabı oku: «Rejet de l'organologie phrénologique de Gall et de ses successeurs»
Louis-Francisque Lélut
Rejet de l'organologie phrénologique de Gall et de ses successeurs

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066327552
Table des matières
PRÉFACE.
LISTE ANALYTIQUE DE CEUX DE MES TRAVAUX ANTÉRIEURS QUI MOTIVENT PLUS PARTICULIÈREMENT LES OPINIONS EXPRIMÉES DANS CET OUVRAGE, ET LES CONCLUSIONS QUI LE TERMINENT.
OBSERVATION DE MANIE
OBSERVATIONS DE RAMOLLISSEMENT CÉRÉBRAL
EXAMEN ANATOMIQUE DE L’ENCÉPHALE DES SUPPLICIÉS.
EXAMEN COMPARATIF
PROCÈS-VERBAL D’AUTOPSIE DE LA TÈTE DE FIESCHI.
DE L’ORGANE PHRÉNOLOGIQUE DE LA DESTRUCTION CHEZ LES ANIMAUX,
DU POIDS DU CERVEAU,
DU DÉVELOPPEMENT DU CRANE,
RECHERCHES
DE LA SPÉCIALITÉ ORGANIQUE,
QU’EST-CE QUE LA PHRÉNOLOGIE?
UN MOT
DU SIÉGE DE L’AME SUIVANT LES ANCIENS,
FORMULE DES RAPPORTS DU CERVEAU A LA PENSÉE.
CHAPITRE PREMIER.
CHAPITRE DEUXIÈME.
CHAPITRE TROISIÈME.
I.
II.
III.
IV.
V.
VI.
VII.
VIII.
IX.
X.
XI.
XII.
XIII.
XIV.
XV.
XVI.
XVII.
XVIII.
XIX.
XX.
XXI.
XXII.
XXIII.
XXIV.
XXV.
XXVI.
XXVII.
CHAPITRE QUATRIÈME.
§ I.
§ II.
§ III.
§ IV.
§ V.
§ VI.
CHAPITRE CINQUIÈME.
I.
II.
III.
IV.
V.
VI.
VII.
CHAPITRE SIXIÈME ET DERNIER.
ERRATUM.
EXPLICATION DES PLANCHES.
PLANCHE PREMIÈRE.
PLANCHE DEUXIÈME.

PRÉFACE.
Table des matières
J’ai publié, il y a quelques années, sous le titre de Qu’est-ce que la Phrénologie? une appréciation de cette doctrine, envisagée dans ce qu’elle a de psychologique, c’est-à-dire dans ses déterminations et sa nomenclature des facultés de l’intelligence. Comme j’avais exprimé dans ce travail l’intention d’examiner consécutivement le système de localisation cérébrale que la phrénologie applique à ces déterminations, peut-être verra-t-on, dans le livre que je publie aujourd’hui, l’accomplissement de cette sorte de promesse, et la seconde partie de celui où je la faisais. Je n’ai pas assurément l’intention de lui ôter ces deux caractères, qu’il se trouve, en effet, réunir. Mais, je dois l’avouer néanmoins, ce qui m’a porté à l’écrire, ce n’est ni le souvenir d’un engagement qui ne m’eût été rappelé par personne, ni le désir de donner à un précédent ouvrage un complément qui ne lui sera pourtant pas inutile. J’ai été conduit à cette tâche, que je me fusse volontiers épargnée, par les nécessités d’un autre travail et les accidents de sa composition.
Dans ce qui est à mes yeux la base et le point de départ de toute philosophie, dans la philosophie de l’homme, toutes les questions se tiennent, se supposent, se nécessitent l’une l’autre. Science de la pensée, science de ses organes, histoire de cette même pensée dans la série ascendante des âges de l’homme, dans celle des âges de l’humanité, dans l’échelle enfin des races humaines, il n’y a pas une seule de ces questions, ou de leurs principales questions subsidiaires, dans laquelle on ne pût faire rentrer toutes celles qui marchent ainsi de front avec elle, ou qui pût être traitée d’une manière complète et vraie en dehors de leur intervention. Mais il est surtout une de ces questions qui doit à sa nature de pouvoir mieux résumer toutes les autres, et plus encore de constituer une base nécessaire à la solution de chacune d’elles Cette question, c’est celle de la pensée, envisagée dans l’intimité de ses connexions avec les diverses parties de l’organisme, ou, plus brièvement, dans sa physiologie.
Quelles sont en elles-mêmes, et dans leurs rapports réciproques, dans leur valeur propre et dans leur valeur relative, les conditions organiques, de plus en plus détaillées, de plus en plus spéciales, des manifestations sensitives et intellectuelles? Quelle part réclament dans ces conditions tous les organes du corps humain? Le système nerveux, et particulièrement le système nerveux cérébrale qui lie entre eux ces divers organes, les anime et les maîtrise, mais ne les absorbe pas, quel rôle plus important, plus exclusif, joue-t-il dans cette physiologie de l’intelligence? Quelles sont dans ce système les conditions diverses, les plus grossières comme les plus intimes, des actes de cette physiologie? L’appréciation de ces conditions serait-elle complète et même possible, en dehors de toute considération du principe qui les domine, principe qui se lie dans son essence à ce désir d’une vie à venir, base commune des affirmations de la religion et des conflits de la philosophie?... Telles sont, au moins, les questions principales d’une science, peut-être la plus difficile de toutes, mais dans laquelle aucun progrès ne me semble possible, s’il n’est tenté du double point de vue de notre nature, celui du corps et de ses organes, celui de l’esprit et de ses facultés.
C’est dans cette persuasion intime et de ce double point de vue, que, dans un ouvrage plus d’une fois repris, j’essaie de contribuer, pour ma part, et suivant la mesure de mes forces, à donner à la philosophie de l’homme des bases qu’elle demanderait en vain, suivant moi, à un autre ordre de recherches. Or, ce qui manque pour un tel établissement, ce ne sont ni les aperçus généraux, ni les conjectures hasardées, ni les assertions les plus tranchantes. Ce sont des déterminations détaillées, précises, fondées sur une étude spéciale et intelligente des rapports de toutes les pièces de notre organisme, et en particulier de ses pièces nerveuses, aux plus humbles comme aux plus élevés, aux plus obscurs comme aux plus saisissables, des actes de notre pensée. Je n’hésite pas à le déclarer, parce que c’est en moi une conviction profonde, fondée sur de laborieuses études et sur de longues réflexions, tout ce qui a été accompli dans ce but de scientifique et de valable est à reprendre en sous-œuvre, à contrôler par de nouvelles observations, à mettre en rapport avec ce qui reste à faire; et ce qui reste à faire est presque tout.
Il y a pourtant un homme, dont le nom est considérable, qui, sur le sujet dont je parle, a paru croire qu’après lui il n’y avait plus à s’occuper de chercher des bases à la science, et qu’il ne serait au pouvoir de personne d’ébranler celles qu’il lui a données. Cet homme, après avoir placé, pour ainsi dire, toute l’intelligence humaine dans son côté moral et impulsif, et avoir rallié tous les faits de ce dernier côté à un certain nombre de facultés d’une détermination absolue, a également ramené à un seul organe, le cerveau, toutes les conditions matérielles de ces facultés, et a ainsi fait de ce viscère le siège exclusif et simultané de l’instinct, des sentiments, des sensations et de la raison. Ce que cette physiologie de l’entendement a eu de retentissement et de sectateurs, ce qu’elle en conserve encore maintenant, il n’est personne qui ne le sache; et bien que l’ouvrage dont je m’occupe sur cette même physiologie ne dût pas être un livre de critique, je ne pouvais pas ne pas y parler, et même ne pas y parler longuement, de l’organologie de Gall.
Les travaux purement anatomiques de Gall sur le cerveau sont sérieux et d’une importance qui n’a été niée par personne. Mais, suivant la remarque de Cuvier, ils n’ont absolument aucun rapport à ses idées organologiques, et il faut en dire tout autant de son système de psychologie et de ses doctrines philosophiques. Gall pourtant s’est constamment appliqué à rapporter et son anatomie, et sa psychologie, et sa philosophie à son système organologique. C’est ainsi qu’en faisant converger tous ses efforts vers une seule question, celle de la physiologie du cerveau, il a appelé sur cette question en général, et sur sa manière de la résoudre en particulier, l’attention universelle, provoqué sur l’une et sur l’autre des études de plus en plus sérieuses, et a fait que ses adversaires les plus déclarés et les plus heureux lui doivent au moins de la reconnaissance pour les travaux auxquels il les a conduits. Dans un tel état de choses, ne pas accorder une certaine place à l’examen de l’organologie de Gall eût été, de ma part, une omission malséante, et presque un acte d’ingratitude, que je ne devais pas commettre. Mais examiner l’organologie, c’était, je le dis à l’avance, la combattre et la rejeter, et c’est surtout du point de vue de l’ouvrage où j’allais en faire la critique que le rejet de cette doctrine pouvait le mieux être prononcé.
Le système organologique et crânioscopique de Gall a eu, dès son apparition même, de nombreux et de puissants contradicteurs. Sa réfutation ne date pas d’hier, elle s’est continuée sans relâche, et pourtant il est encore debout. Que dans les hautes régions de la science physiologique ce système n’ait jamais compté un bien grand nombre de partisans, et qu’il y en compte maintenant moins que jamais, c’est là ce qui est incontestable. Mais dans ses régions moyennes ou inférieures il en a de fort nombreux encore, et l’on sait que dans le nord de l’Allemagne, en Amérique, et surtout dans la Grande-Bretagne, il a presque trouvé moyen d’avoir une position officielle, et qu’on appellerait chez nous universitaire. Indépendamment de cette clientèle plus ou moins savante, et jusqu’à un certain point compétente, le système en rallie à lui une autre beaucoup plus nombreuse, moins engagée mais plus croyante, clientèle de toute position, de toute profession, de toute lumière, gens de science, et de toute sorte de science, gens de robe, Je plume, de pinceau, qui tous lui tiennent compte de ses promesses, et ne reculent pas devant une philosophie qui peut s’écrire sur le crâne, et dont les applications morales sont une affaire de compas.
Or, qu’a-t-on fait pour montrer à tous ces néophytes la fausseté de l’organologie, l’inanité de ses preuves et le mensonge de ses promesses? On leur a dit que cette psychologie cérébrale de Gall, avec ses facultés à la fois toutes distinctes et toutes nerveuses, était essentiellement matérialiste et fataliste; que non seulement elle niait la vie à venir, mais qu’elle tuait la vie présente, en enchaînant le libre arbitre et en détruisant toute moralité, et qu’une doctrine qui a de telles conséquences devait avoir un faux principe. Le raisonnement n’était pas sans force. Mais les conclusions du système, que Gall, du reste, a repoussées, n’étaient pas pour beaucoup d’esprits clairement contenues dans ses prémisses, et quelques uns, il faut le dire, étaient loin de s’en effrayer.
Après avoir combattu l’organologie au point de vue philosophique, on l’a attaquée par son côté psychologique, et moi-même je l’ai prise par ce biais. Dans l’ouvrage dont j’ai parlé en commençant, j’ai démontré, entre autres choses, que dans tout système de psychologie les facultés ne sont et ne sauraient être qu’indéterminées, comme les faits qu’elles représentent, et qu’il en est à cet égard du système de Gall et de Spurzheim comme de celui de l’École écossaise, dont il n’est guère que la copie. J’ai conclu de là, par une anticipation irréfragable, que l’organologie phrénologique, avec ses organes déterminés pour des facultés qui ne peuvent l’être, ne saurait avoir aucune vérité. L’argument était plus prochain, tellement prochain qu’il eût pu dispenser de tout autre. Mais pour lui accorder une telle valeur, il eût fallu une habitude des matières psychologiques, qui n’est pas celle du plus grand nombre. Par cela même il ne dispensait pas de raisons directes et palpables, de faits en un mot de même nature que ceux qui servent de base à l’organologie, mais contraires à ses assertions.
Il s’agissait donc de prouver, en dernier ressort, que le système de Gall, soit vrai, soit faux sous le rapport philosophique et sous le rapport psychologique, est faux de toute fausseté sous le rapport purement organologique. Il s’agissait, en d’autres termes, de faire voir que les faits de proéminences du cerveau et du crâne, sur lesquels se trouvait fondée, dans ce système, l’existence de chacun des organes, sont tout au moins des erreurs, et qu’ainsi le seul mode d’observation sur lequel Gall, Spurzheim et leurs successeurs ont établi leur physiologie de l’intelligence, se retourne victorieux contre elle. C’était là un genre d’annihilation qui devait frapper et satisfaire tous les esprits, et particulièrement ceux qui, en fait de logique, sont disposés à reculer devant tout ce qui va plus loin que les sens.
Plus d’une démonstration a été tentée de ce point de vue. Des faits nombreux et irrécusables, de même nature que les siens, ont été opposés à l’organologie, et j’ai moi-même, à diverses reprises, signalé un grand nombre de faits de ce genre. Mais cette sorte de réfutation n’a jamais été exécutée d’une manière complète, générale, et l’événement a prouvé que la leçon n’était pas suffisante. L’organologie, battue d’un côté, s’est retournée de l’autre. Quand le volume des organes lui a manqué, elle s’est rejetée sur leur activité. Dans des mécomptes analogues, des organes isolés elle a passé aux groupes d’organes, ou de ceux-ci elle est revenue aux organes isolés. Lorsque les déterminations crânioscopiques des maîtres devenaient trop embarrassantes à défendre, les disciples les abandonnaient, et les remplaçaient par des déterminations nouvelles, sauf à différer sur ce point les uns des autres, et quelquefois, à un court intervalle, d’eux-mêmes. Cela s’appelait faire faire des progrès à la phrénologie. Mais c’était surtout insulter au bon sens, et se moquer du public, qui ne savait trop que penser de cela.
Arrivé donc à la partie de mon ouvrage où j’avais à traiter du rapport des formes du cerveau aux actes de l’intelligence, il me parut nécessaire d’édifier sur tout cela et le bon sens et le public. Dans cet endroit de mes recherches se plaçait tout naturellement l’examen d’un système de physiologie de la pensée fondé tout entier sur la considération de ces rapports mêmes. Ce système contenait en outre un point de détermination, celui de l’affectation du cervelet à la fonction reproductrice, qu’admettent peut-être encore plusieurs même de ses adversaires, et qui ne semble pas, au premier abord, répugner aux données ordinaires de la physiologie. Par toutes ces raisons, et appuyé sur toutes mes études antérieures, je me mis à l’œuvre et je le fis avec courage, dans l’intention de montrer, une fois pour toutes et à tout le monde, le néant de l’organologie phrénologique. J’établis qu’au seul point de vue organologique, la physiologie du cerveau suivant Gall n’est ni possible, ni fondée. Du maître je passai aux disciples; j’opposai les disciples au maître; je les opposai les uns aux autres, et les suivis, à cet égard, dans toutes leurs contradictions. A leurs faits j’en opposai d’autres, pris en bien plus grand nombre, soit dans ma propre observation, soit dans la leur même; et je voulus qu’on vît, avec moi, que leur pseudo-science n’a pas eu en définitive de plus grands ennemis que ceux qui se sont donné la mission de la démontrer ou de la défendre. La matière s’étendit ainsi sous ma plume; et quand je fus au bout de ma tâche, lorsque j’en vins à formuler un dernier jugement, non seulement sur l’organologie, mais sur son fondateur et sur le caractère de sa philosophie, je m’aperçus que la réfutation que je venais d’achever dépassait toutes limites, et que la laisser à l’endroit où je l’avais écrite, c’eût été rompre toute l’harmonie du travail qui l’avait amenée. Je ne pouvais encadrer ainsi un livre dans un autre livre; mais j’avais encore un motif d’effectuer cette séparation.
Lorsqu’on discute les travaux de Gall en anatomie, en psychologie et en philosophie de l’homme, on peut, à tort ou à raison, les trouver faux, faibles ou funestes; mais en les attaquant on restera sérieux. Qu’on en vienne, au contraire, à ce qu’il a appelé sa physiologie du cerveau, et sur-le-champ, pour en parler, on emploiera un autre langage. Il est presque impossible, en effet, de se livrer à un examen un peu attentif de l’organologie et de la crânioscopie., de la nature de leurs preuves et de celle de leurs applications, sans se demander bientôt si c’est de la science que Gall a voulu faire et si c’est de la science qu’on lit. Mais lorsqu’on vient à réfléchir que cette science, ou quelque nom qu’on veuille lui donner, a pourtant, durant près d’un demi-siècle, été regardée comme réelle, non seulement par de nombreux disciples, mais par une foule d’hommes graves de toutes les positions et de tous les pays, et que, sous l’empire de cette réflexion, on se trouve dans la nécessité de la combattre, on ne sait trop comment s’y prendre, ou, pour mieux dire, on le sait bientôt. Tout en opposant aux faits ou à ce qui en a l’apparence, des faits qui les annihilent, et c’est toujours la première chose à faire, tout en répondant à de mauvais raisonnements par une meilleure argumentation, et c’est encore là ce à quoi il ne faut jamais manquer, de guerre lasse, en face des pauvretés toujours croissantes, au lieu de se garder du rire, on prend le parti de s’y abandonner, et l’on se trouve presque sans l’avoir voulu, avoir, dans une réfutation scientifique, usé de formes qui n’y sont pas habituelles. Voilà ce qui est arrivé, sans exception, à tous les adversaires de la crânioscopie, depuis Hoffmann jusqu’à nos jours, et ce qui n’a jamais manqué de m’arriver à moi-même, toutes les fois que je l’ai combattue. Ici, j’ai peut-être atteint la mesure, et, il faut que je l’avoue, je n’ai pas trop cherché à me retenir. Je me dédommageais ainsi d’une tâche qui, sans cela, eût été bien fastidieuse à remplir, et je me disais que le lecteur ne me saurait pas trop mauvais gré de joindre à des raisons scientifiques quelques raisons plus en harmonie avec la nature, souvent si étrange, des allégations qu’il s’agissait de renverser. Mais ce mélange même d’arguments d’un aspect quelquefois peu grave dans un travail dont le fond est d’un sérieux incontestable, m’eût seul, et indépendamment de l’étendue de ma critique, engagé à faire de celle-ci un ouvrage à part. Tel est donc le parti que j’ai cru devoir prendre, en détachant cette réfutation de l’organologie des recherches qui en ont été l’occasion. Le livre qu’elle constitue sera, après tout, un livre utile. Il achèvera de débarrasser la science d’une mauvaise physiologie de la pensée, pour lui permettre d’en édifier une bonne, et accomplira ainsi de ma part une ancienne promesse, celle d’examiner et de rejeter la phrénologie au point de vue des organes, après l’avoir examinée et réduite à sa juste valeur au point de vue des facultés.
Paris, 1er septembre 1843.
LISTE ANALYTIQUE DE CEUX DE MES TRAVAUX ANTÉRIEURS QUI MOTIVENT PLUS PARTICULIÈREMENT LES OPINIONS EXPRIMÉES DANS CET OUVRAGE, ET LES CONCLUSIONS QUI LE TERMINENT.
Table des matières
L’œuvre la plus humble ne s’improvise pas, et le lecteur ne me saura pas mauvais gré, je l’espère, de le mettre à même de se convaincre que ce livre même n’est point une improvisation. Des différents écrits que j’ai publiés, depuis une quinzaine d’années, sur l’homme et son intelligence, ses organes et ses facultés, il n’y en a peut-être pas un qui n’ait à réclamer sa part des opinions contenues dans cet ouvrage. Mais j’ai dû me borner à analyser ici ceux qui le rapportent de la manière la plus directe au but que je m’y suis proposé, l’appréciation et le rejet de l’organologie phrénologique. Quant aux autres, je ne fais qu’en donner le titre.
OBSERVATION DE MANIE
Table des matières
Chez un auteur de mélodrames.
(Journal hebdomadaire de médecine, mars 1880.)
Ce travail, le premier, si je ne me trompe, auquel je me sois livré sur le sujet de cet ouvrage, pourrait témoigner de la bonne foi que j’apportais aux études qui y étaient nécessaires. J’y notais, d’une manière déjà à la vérité un peu sceptique, mais néanmoins sans rien dissimuler, ce qu’il y avait de favorable aux assertions de la phrénologie dans l’esprit et dans le cerveau d’un pauvre auteur mort à l’hôpital. C’est, je crois, à ce petit mémoire que je dus d’être inscrit d’office au nombre des membres fondateur de la Société phrénologique de Paris, et de recevoir plus tard, de la même façon, le diplôme de membre correspondant de cette savante compagnie. Je suis bien obligé de convenir ici que je n’étais guère digne de ce double honneur.
OBSERVATIONS DE RAMOLLISSEMENT CÉRÉBRAL
Table des matières
Avec perte de la parole.
(Lancette française, 29 mars 1831.)
Le vieillard sujet de cette observation avait perdu la parole à la suite d’une attaque brusque de paralysie; mais la lésion de son cerveau était fort éloignée du lieu où, d’après Gall et quelques physiologistes qui ont adopté ses idées à cet égard, se trouve placé l’organe de la faculté de la parole. Chez ce vieillard, en effet, les deux lobes antérieurs du cerveau étaient sains: c’est là ce que cette observation a de contraire à l’organologie, et j’en ai vu plus d’une autre de ce genre.
EXAMEN ANATOMIQUE DE L’ENCÉPHALE DES SUPPLICIÉS.
Table des matières
(Journal des progrès, des sciences et institutions médicales, juin 1830. — Journal universel et hebdomadaire de médecine, janvier 1831.)
J’avais surtout pour but, dans ce mémoire, de constater l’état du cerveau chez des malheureux morts de la manière la plus instantanée, et toujours, il faut le dire, dans un état parfait de santé. Mais déjà la phrénologie avait quelque part à ces études. Je ne me croyais pas encore le droit de me prononcer sur son compte, et loin de la rejeter sans examen, j’allais jusqu’à noter, parmi les formes générales ou particulières du cerveau des assassins soumis à mon scalpel, celles qui pouvaient se prêter à quelques unes des assertions organologiques de Gall.
EXAMEN COMPARATIF
Table des matières
De la longueur et de la largeur du crâne chez les voleurs homicides.
(Journal universel et hebdomadaire de médecine, janvier 1831.)
Pour la première fois, dans ce travail, et contrairement aux assertions de Gall et de la phrénologie, il était démontré, au mètre et au compas, que sur le crâne et le cerveau des voleurs et des assassins il n’y a pas de développement temporal plus considérable que sur le cerveau et le crâne des hommes qui n’ont ni volé, ni tué, et qui n’ont point à cela de propension. J’ai eu depuis de fréquentes occasions de continuer ce triste parallèle, et il m’a toujours donné le même résultat.
PROCÈS-VERBAL D’AUTOPSIE DE LA TÈTE DE FIESCHI.
Table des matières
(Gazette médicale de Paris, 12 mars 1836.)
Dans cette dissection de la tête d’un meurtrier si misérablement célèbre, je continuais les recherches précédentes, mais à quelques années d’intervalle, et j’avais acquis le droit de me prononcer. J’avais prouvé, dans un ouvrage exprès et étendu, la fausseté dé l’organologie phrénologique prise au point de vue des facultés. Les faits purement organologiques venaient chaque jour appuyer à posteriori cette preuve faite à priori, et le procès-verbal d’autopsie de la tête de Fieschi se trouva être un de ces faits-là. Il me fut demandé de le publier. Un mois auparavant j’avais dû publier de même le résultat de l’examen du cerveau d’une autre célébrité bien plus hideuse, Lacenaire, et de celui de son complice Avril. Ces trois faits n’allaient pas mieux l’un que l’autre aux assertions de la phrénologie. Ils furent le thème de discussions assez vives engagées dans les journaux du temps, et en particulier dans la Gazette des Tribunaux, le Droit, etc., discussions auxquelles je fus forcé de prendre part. (Pour Lacenaire, voir la Gazette des Tribunaux du 13 janvier 1836; pour Fieschi, voir les numéros du même journal, du 25 et du 29 février de la même année.)
DE L’ORGANE PHRÉNOLOGIQUE DE LA DESTRUCTION CHEZ LES ANIMAUX,
Table des matières
Ou Examen de cette question: Les animaux carnassiers ou féroces ont-ils, à l’endroit des tempes, le cerveau, et par suite le crâne, plus large, proportionnellement à sa longueur, que ne l’ont les animaux d’une nature opposée?
(In-8°, Paris, 1838.)
A sept ou huit ans de distance de l’époque à laquelle a été composé le mémoire sur le développement du crâne chez les voleurs homicides, j’ai fait celui-ci dont les conclusions étaient de même nature que celles de ce premier travail, et non moins rigoureusement établies. J’y démontrais que, de même que le cerveau des assassins n’offre pas l’organe de la destruction homicide, de même celui des animaux féroces manque de celui de la destruction carnassière, et qu’au contraire ce sont les animaux frugivores et doux qui, d’après le grand développement transversal de leur cerveau, sembleraient bien plutôt en être doués. Jamais la phrénologie n’avait apporté à établir un de ses prétendus organes tout lè soin que, pour donner un exemple de ce qui pourrait être fait en ce genre, j’ai voulu mettre à renverser celui-ci.
DU POIDS DU CERVEAU,
Table des matières
Considéré dans ses rapports avec le développement de l’intelligence.
(Gazette médicale de Paris, 11 mars 1837.)
La question des rapports à établir entre la masse générale de l’encéphale ou de ses deux principales parties, et le développement général de l’intelligence, sera une des questions abordées dans l’ouvrage dont la composition a donné lieu à celui-ci, et le présent mémoire est un des éléments de sa solution. Dans ce travail, basé, du reste, sur un petit nombre de faits, j’avais pour but de rechercher quel est le rapport du développement du cerveau chez les idiots au développement de leur intelligence, et je trouvais que chez eux le poids moyen de l’encéphale est un peu moindre que chez les hommes d’une intelligence ordinaire, d’un onzième environ; ce qui est, du reste, une bien petite différence, et ce qui est loin d’être en rapport avec quelques assertions de la phrénologie. Mais il s’était glissé dans mon travail une cause d’erreur que rien, du reste, dans la science ne pouvait alors me faire soupçonner, et que je n’ai découverte que plus tard. Les idiots, pris en masse, sont très sensiblement moins grands, moins forts que les hommes d’une intelligence commune; et en tenant compte de leur taille, j’aurais certainement trouvé que, proportionnellement à cette dernière, leur encéphale est aussi lourd, s’il ne l’est plus, que celui de la généralité des hommes. C’est, en effet, ce qui ressort avec évidence du mémoire suivant.
DU DÉVELOPPEMENT DU CRANE,
Table des matières
Considéré dans ses rapports avec le développement de l’intelligence.
(Gazette médicale de Paris, 29 juillet 1837.)
Dans ce travail, je recherchais le développement du cerveau par l’intermédiaire de celui de la cavité qui le contient, et je constatais que chez les idiots ou les imbéciles pris en masse, le crâne, proportionnellement à la taille, qui est bien plus petite chez eux que chez les hommes d’une intelligence ordinaire, est, soit dans sa totalité, soit dans sa moitié antérieure, au moins aussi développé que chez ces derniers. C’est là un fait qui, pour le dire à l’avance, montre que le volume du cerveau n’est pas, dans cet organe, la seule condition du développement de l’intelligence, et que sa moitié antérieure ou frontale est loin aussi d’avoir avec les facultés intellectuelles supérieures la relation que lui attribue la phrénologie. Mais dans ce travail encore il s’était glissé une cause, je ne dirai pas d’erreur dans les résultats, c’est ce dont je me suis assuré par de nouveaux calculs, mais d’un manque de rigueur dans leur expression numérique. En effet, les idiots soumis à mon observation étaient des Français, et j’avais comparé à leur taille celle des hommes d’une intelligence ordinaire, déterminée par M. Quetelet d’après des faits recueillis en Belgique, pays où les hommes sont un peu plus grands qu’en France. Lorsqu’un savant statisticien, qui lui-même s’est beaucoup occupé de ces questions de stature, m’eut fait remarquer qu’il y avait là une cause au moins probable de quelque inexactitude, je voulus constater rigoureusement la taille moyenne de l’homme des classes inférieures en France, pour que cette détermination me permît, le cas échéant, d’opérer des rectifications à mon travail, ou me fournît une base plus sûre pour des travaux ultérieurs. Cette résolution donna lieu au mémoire suivant.
RECHERCHES
Table des matières
Pour servir à la détermination de la taille moyenne de l’homme en France.
(Lues à la Société ethnologique de Paris, dans sa séance du 28 mai 1841, et imprimées dans la Gazette médicale de Paris, le 7 août de cette même année.)
Je démontrais dans ces recherches, et d’une manière tout-à-fait rigoureuse, que la taille moyenne de l’homme adulte des classes inférieures en France est de 1657 millimètres, ou 5 pieds 1 pouce 3 lignes, que cette taille n’est, en moyenne, tout-à-fait acquise qu’à trente ans, et qu’à cinquante elle commence à décroître. Je pus y constater, en outre, que dans les départements du nord et de l’est de la France, au voisinage par conséquent de la Belgique et de l’Allemagne, la taille est très sensiblement plus élevée que dans le reste de la France. C’est à la connaissance de ce dernier fait que je dus l’idée d’un autre travail, lu encore quelques mois plus tard à la Société ethnologique, sous le titre de: Essai d’une détermination ethnologique de la taille moyenne de l’homme en France.
NOTE SUR LES FACULTÉS INSTINCTIVES
Table des matières
Communes aux animaux et à l’homme, et nécessaires à la conservation de l’espèce et de l’individu.
(Gazette médicale de Paris, 13 Juin 1834.)
Cette note, fondue plus tard dans mon ouvrage intitulé, Qu’est-ce que la phrénologie? ou Essai sur la signification et la valeur des systèmes de psychologie en général et de celui de Gall en particulier, était une première appréciation de la partie du système de Gall relative aux facultés instinctives des animaux et de l’homme. J’y démontrais que la détermination de ces instincts, vraie en ce sens que les facultés qui en sont l’objet représentent assez exactement, au point de vue dynamique, les faits affectifs qui ont trait à la conservation de l’espèce et à celle de l’individu, est, comme toutes les déterminations psychologiques, essentiellement approximative. C’était une première atteinte portée à la possibilité même de l’organologie phrénologique.
DE LA SPÉCIALITÉ ORGANIQUE,
Table des matières
Considérée dans les fonctions intellectuelles du corps humain.
(Gazette médicale de Paris, 15 et 22 novembre 1834.)
Ce travail, dont l’idée fondamentale a été reproduite dans le mémoire que j’ai lu à l’Académie des sciences morales et politiques, sous le titre de Formule des rapports du cerveau à la pensée, avait pour objet de prouver qu’on ne doit pas conclure de la spécialité organique des fonctions corporelles de notre économie à la même spécialité dans ses fonctions intellectuelles, la formule des unes et celle des autres étant essentiellement différentes. J’y démontrais, en d’autres termes, qu’on ne doit pas admettre dans le cerveau, pour les diverses facilités morales et intellectuelles, des organes distincts, comme le sont les uns des autres les organes des fonctions corporelles, le foie pour la sécrétion de la bile, le rein pour celle de l’urine, etc.; ce qui était encore conclure à priori à l’impossibilité de l’organologie.
QU’EST-CE QUE LA PHRÉNOLOGIE?
Table des matières
Ou Essai sur la signification et la valeur des systèmes de psychologie en général, et de celui de Gall en particulier.
(Un volume in-8°, Paris, 1836.)
J’avais pour objet dans cet ouvrage, ainsi que quelques lecteurs le savent peut-être, de montrer que c’est dans le côté moral et actif de la pensée qu’une classification psychologique, complète, vraie et applicable, doit aller chercher une partie au moins des facultés fondamentales qu’elle reconnaît. Je faisais voir que tel avait été, entre autres mérites, le mérite de la classification de l’école écossaise, et que Spurzheim, sous ce rapport, n’avait guère fait que la copier. Mais les Écossais, tout en prenant principalement leurs facultés fondamentales et surtout actives dans le côté moral de l’intelligence, les avaient déclarées essentiellement approximatives et indéterminées, ce qui était en harmonie avec leur spiritualisme bien décidé. Gall et Spurzheim, au contraire, en déclarant ces facultés absolument déterminées et en leur attribuant des organes aussi déterminés qu’elles, ont paru, à tort ou à raison, pouvoir être accusés de matérialisme. J’avais montré, contre et Gall et Spurzheim, et conformément à l’opinion des Écossais, l’indétermination naturelle et nécessaire des facultés, et par suite, conclu à priori, et d’une manière générale et absolue, au rejet de l’organologie phrénologique. Ce rejet, le présent ouvrage le prononce à posteriori.
UN MOT
Table des matières
Sur la valeur intellectuelle de la femme, et sur sa destination dans la famille et dans la société.
(Gazette médicale de Paris, 22 février 1840.)
Diderot, Thomas, Millar, Rousseau, Roussel, Cabanis, et vingt autres, ont dit presque tout ce qu’il y a à dire sur la différence incontestable qui existe d’un sexe à l’autre dans la nature de leurs facultés. La femme, si manifestement inférieure à l’homme dans tout ce qui touche aux grands travaux de l’entendement, de la volonté, et même de l’imagination, l’emporte tout aussi évidemment sur lui par les affections bienveillantes, et les vertus dont elles sont la source. Mon court travail avait pour but de montrer les raisons physiologiques de ce double fait, et d’en rappeler quelques preuves frappantes, afin de rechercher ensuite à quoi il pourrait se lier dans l’organisation de la femme, et en particulier dans celle de son système nerveux.
DU SIÉGE DE L’AME SUIVANT LES ANCIENS,
Table des matières
Ou Exposé historique des opinions de la philosophie ancienne sur les rapports à établir entre l’organisation de l’homme et les actes de sa pensée.
Tel est le titre d’un mémoire lu à l’Académie des sciences morales et politiques, dans ses séances du 27 août et du 3 septembre 1842, et qui formera, sauf quelques modifications, un des chapitres de l’ouvrage dont la composition a donné lieu à celui-ci. J’avais en partie pour but, dans ce mémoire, de montrer, contrairement à l’opinion de Gall, que le cerveau a toujours été considéré, en définitive, soit par les anciens, soit par les modernes, soit par les philosophes, soit par les physiologistes, comme l’organe de la pensée. Si Aristote, Zénon, Épicure, mais surtout le premier de ces philosophes, ont bien réellement placé dans le cœur, soit le sensorium commune, soit même le siège de l’âme raisonnable, ils n’ont pu tellement méconnaître le rôle du cerveau dans les manifestations intellectuelles, qu’ils ne l’aient rattaché à ces manifestations d’une manière au moins indirecte.
FORMULE DES RAPPORTS DU CERVEAU A LA PENSÉE.
Table des matières
(Mémoire lu à l’Académie des sciences morales et politiques, dans sa séance du 26 novembre 1842, et publié, comme le précédent, dans les Annales médico-psychologiques, numéros de janvier et de mars 1843.)
Ce travail formule à l’avance, sinon la pensée du livre dont celui-ci est un préliminaire, au moins un de ses résultats, la différence essentielle qui existe entre les rapports du cerveau aux actes de l’intelligence, et ceux des autres organes à leurs fonctions respectives. Il rappelle, par cela même, l’indétermination nécessaire des facultés morales et intellectuelles, et par conséquent l’impossibilité de rapporter chacune d’elles, comme l’a fait Gall, à un organe déterminé.
NOTE sur la disposition de la substance blanche à la surface du lobule de l’hippocampe dans le cerveau de l’homme et dans celui de quelques autres vertébrés.
(Journal des progrès, des sciences et institutions médicales, mai 1830.)
OBSERVATION de phlébite chez un aliéné paralytique et chez un épileptique.
(Journal des progrès, etc., t. I, 1830.)
COLORATION BRONZÉE des téguments chez un épileptique, produite par l’usage intérieur du nitrate d’argent.
(Journal hebdomadaire de médecine, 20 février 1830.)
OBSERVATIONS de maladies du nerf optique.
(Journal universel et hebdomadaire de médecine, t. XIII n° 168.)
ASPHYXIE par strangulation volontaire avec suspension incomplète.
(Gazette médicale de Paris, 1er décembre 1832.)
OBSERVATIONS d’apoplexie suivie de mort subite ou de paralysie prolongée jusqu’à la mort, sans altération appréciable de l’encéphale.
(Gazette médicale de Paris, 26 septembre 1835.)
MÉMOIRE sur les fausses membranes de l’arachnoïde cérébrale, d’après des observations recueillies dans la division des aliénés de l’hospice de Bicêtre.
(Gazette médicale de Paris, 2 janvier 1836.)
NOTE sur les hallucinations au début de la manie.
(Journal hebdomadaire de médecine, avril 1830.).
NOTE sur le choléra-morbus de Bicêtre, et en particulier sur celui des aliénés.
(Gazette médicale de Paris, 20 juin 1832.)
OBSERVATIONS sur la folie sensoriale.
(Gazette médicale de Paris, 14 décembre 1832.)
RECHERCHE des analogies de la folie et de la raison.
(Gazette médicale de Paris, 20 mai 1834.)
INDUCTIONS sur la valeur des altérations de l’encéphale dans le délire aigu et dans la folie.
(In-8°, Paris, 1836.)
DU DÉMON DE SOCRATE, spécimen d’une application de la science psychologique à celle de l’histoire.
(Un volume in-8°, Paris, 1836.)
Sur un des points de vue de la psychologie de l’histoire.
(Gazette médicale de Paris, 15 septembre 1838.)
CHAPITRE PREMIER.
Table des matières
Idée, origine, développement et établissement de l’Organologie Phrénologique.
«A chaque découverte, dit Gall au commencement
» de son ouvrage, et surtout à l’apparition
» de toute nouvelle doctrine, on a coutume
» de se demander: Comment l’auteur en
» a-t-il eu l’idée ?» Gall entend ici par idée l’occasion de son système, et je la rappellerai tout-à-l’heure. Quant à l’idée même qui le constitue, l’idée de regarder les facultés de l’esprit comme aussi déterminées que les fonctions du corps, et d’attribuer en conséquence à chacune d’elles un organe nerveux aussi distinct que le sont les uns des autres les différents organes de l’économie, et en particulier les organes des sens, cette idée, malgré sa fausseté, est à proprement parler aussi vieille que la physiologie et même que la philosophie. N’en rencontre-t-on pas, en effet, quelque chose dans les relations établies par Platon, d’après des vues pythagoriciennes, entre les âmes concupiscible, irascible et raisonnable qu’il admet, et les deux parties principales du système nerveux central, ses parties inférieure et supérieure, rachidienne et céphalique ? Mais je m’empresse de le dire, cette assignation, qui contenait en germe et l’organologie nervoso-viscérale de Cabanis, et l’organologie exclusivement cérébrale de Gall, ne pouvait s’étendre plus loin; et ce n’est assurément pas au grand poëte des idées divines qu’il faudrait demander une théorie qui enfermât fatalement ces idées dans quelques compartiments du cerveau. Ce serait tout aussi vainement qu’on irait chercher une manière de voir analogue dans les écrits de son illustre antagoniste, Aristote. Le père du sensualisme antique, le philosophe qui, plaçant le sensorium commune dans le cœur, faisait à peine à l’encéphale une part toute physique, j’allais dire tout hydraulique, dans les actes les plus grossiers de la sensation, ne pouvait songer assurément à le subdiviser en organes d’une pensée dont il ne le croyait pas le siége. Cela n’a pourtant pas empêché que, sur la foi des Arabes, et sans qu’aucun texte s’y prêtât, on n’ait fait remonter jusqu’au chef du Lycée l’idée de cette subdivision. Une autre grande autorité, celle de Galien, a été aussi invoquée à l’appui de cette opinion; et c’était, il faut le dire, sinon avec plus de vérité, au moins avec quelque fondement. Suivant le médecin de Pergame, en effet, l’âme raisonnable réside dans le cerveau, ou plutôt n’est que le cerveau lui-même, et c’est au voisinage des cavités de cet organe qu’a lieu, par l’intermédiaire de l’esprit animal, la mécanique de ses facultés. Or, comme parmi ces dernières la perception se confond avec les sensations particulières, dire, avec Galien, qu’un des sens, celui de l’olfaction, a son siège à la corne antérieure des ventricules latéraux, c’est presque placer en cet endroit celui de cette première puissance de l’âme et donner un point de départ à la localisation de toutes les autres. Il ne faut donc pas s’étonner si l’on trouve l’idée de cette localisation énoncée dans un passage d’un des écrits de Galien reconnus maintenant pour apocryphes ; passage qui porte en substance qu’il y a dans le cerveau trois ou quatre parties intérieures affectées, par le moyen des esprits animaux, la partie antérieure ou frontale à la perception et à l’imagination, la partie moyenne à l’intellect et à la raison, la partie postérieure à la mémoire.
Quel est le physiologiste ou le philosophe à qui revient la priorité de la doctrine anatomico-psychologique résumée dans ce passage? c’est ce qu’il me semble difficile de décider. Peut-être en est-il de cette opinion comme de beaucoup d’autres, qui apparaissent à une certaine époque dans la science, en dehors de tout patronage exclusif, et comme une conséquence spontanée des erreurs ou des vérités du moment. Peut-être aussi pourrait-on remonter plus haut que je n’ai cherché à le faire. Mais le premier auteur dans lequel je trouve exprimée d’une manière inconteslable, bien qu’elle ne semble pas lui être personnelle, l’affectation de certaines parties du cerveau aux principales facultés intellectuelles, c’est Némésius, cet évêque d’Émèse, qui vivait au IVe siècle, et dans l’ouvrage duquel on croit reconnaître quelque prévision de la découverte de Harvey. Némésius admet en somme, comme l’auteur, quel qu’il soit, du passage que je viens de citer, que les cavités antérieures du cerveau sont le siège du sensorium commune et de l’imagination, que sa cavité moyenne est celui de la raison ou de la pensée, enfin que sa cavité postérieure, située dans le cervelet, est le siège de la mémoire; et il donne en preuve de ces déterminations des raisons tirées de ce que nous appellerions maintenant l’anatomie pathologique, mais qui malheureusement ne sont pas fondées .
Depuis Némésius, ou, si l’on veut, depuis le temps où il vivait, ce devint une doctrine vulgaire, dans la philosophie et dans la physiologie, que cette affectation des trois ou quatre cavités ou parties principales du cerveau aux trois ou quatre facultés principales de l’intelligence. Elle put varier un peu dans ses détails et dans son expression, mais elle se retrouve en définitive, et de la manière la plus explicite, dans presque tous les philosophes et les physiologistes qui ont eu à se prononcer sur ces matières: dans les Arabes, Avicenne et Averrhoës ; dans les philosophes scholastiques, Hugues de Saint-Victor , Albert-le-Grand , saint Thomas , Duns-Scott ; dans les physiologistes, Mundini , Bérenger de Carpi , Dryander , Bernard Gordon , Vieussens , Colombo , Willis , et cent autres, de plus en plus modernes.
Que cette affectation psychologique des parties principales du cerveau se liât, dès les temps les plus anciens, à la théorie des esprits animaux, c’est ce que nous avons vu dans le passage apocryphe de Galien, dans celui de Némésius, et ce sur quoi je n’ai pas à insister ici. Mais ce que je veux faire remarquer, c’est qu’il n’y était question que de rallier au cerveau, dans des parties plus ou moins séparées les unes des autres, les facultés de l’entendement proprement dit, depuis la perception jusqu’à la raison. C’est dans Willis que je rencontre pour la première fois une vue nouvelle sur le principe même de cette affectation. Cet anatomiste, qui admettait dans le cerveau, à peu près comme tout le monde le faisait alors, des parties ou des cavités distinctes pour les facultés du sens commun, de la raison et de la mémoire, établit en outre que ce viscère est, en même temps et presque au même lieu, l’organe de l’appétit; faculté qu’il appelle active et motrice . Puis, lorsqu’il traite du cervelet et de ses usages, il place dans ce dernier organe le siége de divers instincts secondaires, dont cet appétit serait ainsi, dans le cerveau, le représentant et le régulateur, les instincts de la respiration, de l’alimentation, de la succion du mamelon, de la construction des nids, celui enfin de la musique . Ces idées de Willis, dont je n’ai point à discuter ici la valeur, n’en constituent pas moins un point de vue nouveau dans l’affectation de l’encéphale aux facultés de notre intelligence, un point de vue qui tend, sinon à substituer, du moins a réunir dans cette affectation ses facultés affectives et morales à ses facultés purement intellectuelles. Or, c’est précisément à ce point de vue que s’est placé Gall; et ce physiologiste, il faut le dire, n’eût pas été fâché d’en retrouver l’indication dans l’ouvrage de Willis, ou dans tout autre ouvrage antérieur à celui de l’anatomiste anglais.
Gall, en effet, une fois son système établi, a pris soin lui-même de montrer que la philosophie, comme la physiologie ancienne, en avait à l’avance admis le principe, en assignant aux facultés intellectuelles propres des sièges à peu près séparés dans le cerveau, et il a cité en preuve dé cette assertion une partie des opinions que je viens moi-même de rappeler. Mais, j’ai hâte de le dire, parce que je crois la chose de toute vérité, ce ne sont pas même ces anciennes opinions qui mirent Gall sur la voie de sa prétendue découverte, et il ne les a connues qu’après coup. Il n’y arriva pas davantage, soit par la voie psychologique, soit par la voie anatomique. Il ne le dirait pas, qu’on s’en apercevrait bien à la lecture de son ouvrage. L’idée, comme l’occasion de son système, fut pour lui le résultat de l’empirisme le plus vulgaire; et lorsqu’elle se présenta à son esprit, il était trop jeune pour avoir pu s’occuper beaucoup d’anatomie et surtout de philosophie. La circonstance qui, d’après Gall, appela son attention sur la possibilité de rattacher au cerveau les facultés de notre nature morale est si connue, que j’ai à peine besoin de la rappeler. Dans ses études, et dans des études encore peu avancées, il se vit souvent surpasser par des condisciples qui, sous le rapport de la portée de leur esprit, lui étaient de beaucoup inférieurs, mais chez lesquels une heureuse mémoire verbale se liait à une forte saillie des globes oculaires . Plus tard, dit-il, et après bien des hésitations , il conclut de cette saillie à une saillie du cerveau qui la déterminât; et de là à rattacher à d’autres saillies cérébrales analogues les autres facultés de l’intelligence, la route était toute tracée. Mais on voit que dans l’établissement de ce rapport, Gall ne demanda rien à la philosophie alors régnante, quelle qu’elle fût. Les facultés qu’il cherchait à rallier successivement à des organes de l’extérieur du cerveau n’étaient pas autre chose que des penchants, des aptitudes, des sentiments, conclus de l’observation la plus commune, et n’ayant dans leur dénomination à peu près aucun caractère scientifique. Ce que Gall voulait faire d’abord, c’était de la physiologie du cerveau ou de l’organologie, et en aucune façon un système de psychologie. Plus tard il fallut bien penser au système, ou plutôt le système se fit de lui-même, au fur et à mesure de la découverte de nouveaux organes, sans que, durant plusieurs années, Gall parût trop s’inquiéter de l’espèce de désordre où il le laissait. Ce ne fut qu’un an environ avant l’arrivée du docteur allemand en France qu’un de ses sectateurs, le professeur Bischoff, de Berlin , mit quelque harmonie dans cette liste, la commença par les facultés les plus animales, la continua par celles qui présentent de moins en moins ce caractère, enfin la termina par celles qui sont, jusqu’à un certain point, à raison de leur intellectualité, l’apanage exclusif de notre espèce. Il faut le reconnaître pourtant, Bischoff fut aidé dans cette tàche par le soin qu’avait eu Gall ou, si l’on aime mieux, la nature, de rapprocher les uns desautres des organes d’un caractère analogue, et de placer dans les parties de plus en plus antérieures ou de plus en plus supérieures du cerveau les organes des facultés aussi de plus en plus intellectuelles. Les choses en restèrent là pendant longtemps, et ce fut Spurzheim qui, soit par le fait d’une nature d’esprit plus systématique, soit par celui de son séjour en Angleterre, par sa connaissance des travaux des Écossais, et ses discussions mêmes avec quelques uns des derniers philosophes de cette école, donna à la psychologie phrénologique la forme scientifique que nous lui voyons. Mais revenons à Gall et à l’organologie.
Cette dernière, dans son ensemble et ses détails, était ou à peu de chose près complète. Il avait bien fallu de temps en temps y faire des changements assez notables, soit dans la place des organes, soit dans la dénomination et les attributions des facultés. Quelquefois on avait dû revenir sur des déterminations qu’on avait d’abord crues fondées, plus souvent on en avait établi de nouvelles ; mais en somme l’œuvre touchait à sa fin. On s’était occupé de lui donner quelque couleur anatomique. Pour cela Gall s’était adjoint un jeune anatomiste, nommé Niklas , fort habile et fort ardent à ce qu’il parait, mais qui mourut avant d’avoir pu attacher son nom à la gloire de la doctrine. Pendant que Niklas travaillait au système des fibres divergentes et convergentes et à celui des commissures, Gall vulgarisait l’organologie dans ses conversations et dans ses cours. Il songea à publier un prodrome de ses idées sur les fonctions du cerveau chez l’homme et chez les animaux. Ce prodrome, qui ne vit jamais le jour, donna lieu, en 1798, à une lettre de Gall adressée à son ami, J.-F. de Retzer, homme de lettres de Vienne et chef de la censure impériale. Dans cette lettre, insérée au Nouveau Mercure allemand de Wieland, Gall fait connaître son but, qui est, dit-il, de déterminer les fonctions du cerveau en général, et celles de ses parties diverses en particulier; de prouver que l’on peut reconnaître différentes dispositions et inclinations parles protubérances ou les dépressions qui se trouvent sur la tête ou sur le crâne, et de présenter dune, manière plus claire les plus importantes vérités et conséquences qui en découlent pour l’art médical, pour la morale, pour l’éducation, pour la législation, etc., et généralement pour la connaissance plus approfondie de l’homme . Il s’attache ensuite à démontrer que les penchants comme les facultés sont innés dans l’homme et dans les animaux, qu’ainsi qu’elles ils ont dans le cerveau des organes distincts et déterminés; et il prend, dit-il, occasion de prouver qu’un organe est d’autant plus actif qu’il est plus développé , ce qui est en effet la condition sine quâ non de la possibilité des observations sur lesquelles il a fondé son système.
Il y avait dans cette espèce de manifeste organologique de Gall, des traits assez plaisants, bien que d’un goût un peu équivoque, où il me naçait de sa convoitise les crânes les plus célèbres ou les plus aristocratiques de la monarchie autrichienne . On prétend que cela occasionna dans Vienne une sorte de panique, et que le vieux M. Denys, bibliothécaire de l’empereur, ajouta à son testament un codicille, où il recommandait que sa tête ne fût pas abandonnée, après sa mort, aux profanations du moderne Démocrite .
La renommée de Gall ainsi établie, et établie par la crânioscopie, dont le nom fut désormais, et un peu malgré lui imposé à sa doctrine, ne tarda pas, en grandissant, à se répandre à l’étranger. En 1802, un écrivain qui, un an avant, avait, par son exposition de la philosophie de Kant, fait connaître à la France un fruit bien différent du sol germanique, se chargea dans une lettre à Cuvier d’annoncer encore à notre pays cette crânioscopie, qui devait, quelques années plus tard, venir en personne y faire tant de bruit. En 1805, Gall, qui avait tout récemment donné à Spurzheim, pour la partie anatomique de ses travaux, la survivance de Niklas, commença, de concert avec lui, ces voyages dans toute l’Allemagne, dont les feuilles du temps racontèrent les glorieuses phases et enregistrèrent les merveilles. Après avoir ainsi couru le monde en compagnie de ses deux fondateurs, après avoir eu, comme la nouvelle philosophie de Socrate, l’honneur d’être traduite sur la scène , après s’être victorieusement signalée, par ses divinations et ses horoscopes, dans les salons, les prisons, les hospices, et avoir occupé d’elle, on peut le dire, toutes les bouches de la renommée, l’organologie ou la crânioscopie, qui n’était pas encore la phrénologie, vint faire élection de domicile en France, dans ce Paris qui ne refuse ses trompettes ni aux grands hommes? ni aux charlatans. Après un premier enfantement , elle ne tarda pas à y donner le jour aux in-folio de Gall, aux in-octavo de Spurzheim, à se populariser par leurs leçons, par leurs séances à domicile. Après les maîtres vinrent les disciples; après la gravure la lithographie. Les organes furent étudiés, commentés, représentés dans les cinq parties du globe, depuis les hôtels de Londres et de Paris, jusqu’aux tentes des convicts de la Nouvelle Galles du Sud: Des musées phrénologiques, des journaux, des instituts, des écoles, des consultations phrénologiques, témoignèrent de la vérité, de la moralité et de l’utilité de la nouvelle doctrine. Elle compta dans la science, dans l’administration, dans toutes les carrières, d’ardents et de puissants protecteurs. A l’heure qu’il est, elle vient de faire le tour du monde, et sans une catastrophe récente peut-être n’eût-elle pas tardé à recouvrer, dans quelqu’une des académies de l’Institut de France, le fauteuil que la mort lui a naguère enlevé.
Ces voyages, cette propagation, cet enseignement, ont dû, comme on l’imagine bien, faire faire de grands progrès à la science crânioscopique, et la porter à un haut degré de perfection. Je parlerai beaucoup de cette perfection et de ces progrès; mais avant d’en arriver là , il me faut faire connaître l’organologie telle qu’elle était au temps et par le fait de Gall, à l’époque de sa grande renommée, et telle qu’il la maintint jusqu’à sa mort contre la réforme de Spurzheim.
Je rappelle, une dernière fois, que l’organologie, c’est la science des organes cérébraux du sentiment et de la pensée, organes tout-à-fait déterminés dans leur nombre et leur circonscription, et affectés à des facultés primordiales, prises essentiellement dans le côté moral et agissant de notre intelligence. Je renvoie pour les détails de cette classification psychologique aux ouvrages de Gall et de Spurzheim, ou à celui que j’ai publié moi-même sur ces matières. C’est du reste à peine si cela est nécessaire, l’exposition des facultés devant suivre celle des organes, avec lesquels elles ne font qu’un.
L’extérieur du cerveau de l’homme, et de celui de la plupart des grands animaux, offre; comme personne à peu près ne l’ignore, des replis plus ou moins saillants que les Grecs nommaient ε̉λιϰες, leurs traducteurs latins gyri, convolutiones, et que nous appelons des circonvolutions. C’est dans ces circonvolutions, qui sont partout continues les unes aux autres, et sur lesquelles je ne tarderai pas à revenir, que Gall a placé, par excellence, les organes des facultés de son système; ou, si l’on veut, c’est parce que ces organes se trouvaient ainsi exclusivement constitués par les circonvolutions, qu’il lui fut possible de les découvrir à travers les parois du crâne et par l’effet des saillies qu’à son dire elles y déterminent. D’où il résulte que, de prime abord, la crânioscopie et l’organologie durent se confondre aux yeux du monde, ou être prises l’une pour l’autre; et c’est en effet ce qui arriva.
J’ai déjà eu occasion de le dire, ce n’est pas indifféremment et dans une sorte de pêle-mêle que, suivant Gall, les organes des facultés morales et intellectuelles ont été répartis par la nature à la surface du cerveau. Elles y sont au contraire rapprochées par groupes, affectés à des facultés d’un même genre, ou offrant les unes avec les autres des analogies incontestables. Ces groupes sont en outre placés d’autant plus près de la partie inférieure ou de la partie postérieure de l’encéphale, d’autant plus rapprochés du tronc ou de la partie du système nerveux central qui lui est spécialement départie, la moelle épinière, que les facultés dont ils sont les instruments sont plus inférieures, plus brutales, en un mot, moins intellectuelles. Des numéros d’ordre, se succédant de la base du cerveau à son sommet, témoignent de la vérité de ces rapports et de la réalité de cette ascension, et c’est la première fois assurément que l’arithmétique s’était ainsi vue appliquée aux déterminations de la psychologie.
C’est ainsi que, plus voisin du tronc, des viscères, de la moelle épinière, le cervelet, sous le numéro 1, se présente comme constituant dans sa totalité, et sous un volume digne de son importante destination, l’organe indispensable à la vie de l’humanité, celui de l’instinct de propagation. Non loin de lui, et placés d’abord dans les circonvolutions postérieures du cerveau, ensuite dans ses circonvolutions latérales-inférieures, et bornés par conséquent aux deux lobes postérieurs de ce viscère, se trouvent les organes des autres instincts, ceux de l’amour des enfants, de l’attachement, de la défense de soi-même, de l’instinct carnassier, de la ruse, du sentiment de la propriété, de la prudence; en tout dix instincts, tous communs, ainsi que le dit Gall, à l’homme et aux autres animaux, et constituant les facultés appétitives ou la partie en quelque sorte inférieure de la pensée.
Dans un second groupe, sont compris, au nombre de neuf, les organes de facultés qu’on peut déjà appeler intellectuelles, bien qu’elles soient presque toutes communes à l’espèce humaine et aux autres espèces animales. Ces organes sont ceux de la mémoire des choses, de la mémoire des lieux, de la mémoire des personnes, de la mémoire des mots, du sens du langage et de la parole, du sens des couleurs, du sens de la musique, du sens des nombres, du sens des mécaniques, enfin, ou sens des arts. Les organes de ces sens ou de ces mémoires, ce sont les circonvolutions qui forment toute la partie antérieure-inférieure et latérale des lobes antérieurs, ou leur extrémité sus-orbitaire. Ainsi les organes de la mémoire des mots, de la mémoire des personnes, du sens du langage et de la parole, sont constitués par les circonvolutions qui s’appuient sur le plancher même de l’orbite, forment la face inférieure de tout le lobe antérieur, et vont de la scissure de Sylvius à la pointe de ce lobe. Le sens de la musique, celui des nombres, celui enfin des mécaniques, occupent les circonvolutions de sa partie latérale inférieure ou de la partie antérieure de la tempe. Les organes de la mémoire des faits, de celle des lieux, du sens des nombres, siègent dans les circonvolutions de l’extrémité antérieure ou frontale du cerveau, et ils sont placés directement derrière l’arcade surcilière.
Les facultés qui composent la troisième série, plus intellectuelles encore que les précédentes, sont au nombre de huit. Ce sont la sagacité comparative, l’esprit métaphysique, l’esprit caustique, le talent poétique, la bienveillance, la mimique ou l’instinct d’imitation, la théosophie, la fermeté ou opiniâtreté. Elles constituent, à ce que prétend Gall, le caractère essentiel et distinc tif de l’humanité, quoique, de son aveu, la bienveillance se rencontre chez les animaux, et qu’on puisse assurément en dire autant de l’opiniâtreté, et surtout de l’instinct d’imitation.
Les organes de ces hautes facultés, placés dans les circonvolutions de toute la portion supérieure du cerveau, depuis la partie moyenne du front jusqu’à la partie supérieure de l’occiput, composent un vaste groupe, de forme ovalaire, environné de toutes parts par les organes des groupes précédents. Dans ce groupe, en avant et immédiatement au-dessus et en arrière des organes de la mémoire des faits, de celle des lieux, du sens des couleurs, et de celui des tons, sont les organes de la sagacité comparative, de l’esprit métaphysique, de l’esprit caustique. En arrière de ceux-ci viennent, sur une ligne à peu près aussi transversale, ceux de la bonté, de l’esprit d’imitation et de l’esprit poétique. Enfin, postérieurement à l’organe de la bonté, et près de la ligne médiane du cerveau, se présentent, d’avant en arrière et tout-à-fait au sommet de la tête, l’organe de la théosophie ou de la croyance en Dieu, et celui de la fermeté ou de l’opiniâtreté.
Ainsi donc, vingt-sept organes pour autant de facultés primordiales, organes divisés d’abord en deux ordres: ceux des qualités appétitives ou des instincts, placés sur les parties postérieures-inférieures et latérales-inférieures de l’encéphale; ceux des facultés de plus en plus intellectuelles, répartis eux-mêmes en deux séries, les uns propres aux facultés intellectuelles inférieures, et constitués par les circonvolutions de la partie antérieure et inférieure du cerveau, les autres affectés aux facultés intellectuelles supérieures, et constitués par les circonvolutions de la partie supérieure et moyenne de ce centre nerveux: voilà l’organologie crânioscopique telle que Gall l’avait primitivement établie, telle qu’il ne cessa de l’entendre, telle par conséquent qu’il me faut la discuter, avant de m’occuper des perfectionnements que lui ont fait subir ses plus illustres professeurs.
Or, ce serait non seulement discuter, mais abattre ce système, que de démontrer deux choses: la première, c’est qu’à l’envisager du point de vue purement organologique, il n’est pas possible; la seconde, qu’en lui accordant, par hypothèse, cette sorte de possibilité, il ne repose sur aucune des espèces de preuves dont Gall prétendait l’appuyer. C’est là une double démonstration à laquelle je vais procéder.
CHAPITRE DEUXIÈME.
Table des matières
En elle-même, ou du seul point de vue de la division de la surface du cerveau en organes distincts et démontrables, l’Organologie Phrénologique n’est pas possible.
La partie de l’encéphale que Gall a affectée aux organes des facultés primordiales de son système, ce sont, comme je l’ai déjà dit, ses circonvolutions, ou, pour parler maintenant d’une manière plus exacte, c’est la surface de ce centre nerveux. En effet, ces circonvolutions cérébrales, qu’on est habitué à regarder plus particulièrement comme le siége des organes phrénologiques, ne se rencontrent pas, à beaucoup près, dans tous les animaux. Elles manquent d’abord dans un grand nombre d’espèces mammifères; elles manquent chez presque tous les oiseaux, animaux qui cependant ont, presque autant que les mammifères, servi à Gall, à Spurzheim et à quelques uns de leurs successeurs, pour leurs déterminations organologiques. Elles manquent enfin, et bien davantage, dans le cerveau souvent douteux des reptiles et des poissons, dans celui des serpents, par exemple, cerveau que Gall a pourtant rapproché, par son développement à l’endroit de l’organe de la prudence, du cerveau des bons médecins et de celui des grands généraux . M. Leuret a déjà fait remarquer tout ce qu’a d’original et d’inattendu ce parallèle de la tête et des facultés des serpents et de celles des chefs d’armée . Je crois, en effet, que Gall aurait dû borner son rapprochement aux médecins. Esculape et le serpent d’Épidaure, l’assimilation était de plein droit.
Mais, à parler sérieusement, il eût été plus prudent encore, pour la détermination des organes, de laisser là les serpents, les oiseaux et tous les compagnons de Noé dans l’arche, y compris même le troglodyte et le pygmée, et de s’en tenir, à cet égard, au cerveau et au crâne de l’homme. «Sans doute, aurait-on pu dire pour motiver une pareille exclusion, sans doute il doit y avoir, dans le cerveau des animaux comme dans celui de leur maître à tous, des organes affectés à des facultés instinctives, plus tranchées chez eux que ne le sont ces mêmes facultés dans l’homme. Mais la différence de forme du cerveau des animaux et de celui de notre espèce; l’ignorance où l’on est jusqu’à présent de l’identité absolue, dans la série animale, des parties même extérieures de ce viscère; les différences de conformation qui existent également entre le crâne des brutes et celui de l’homme, considérés en eux-mêmes et dans leurs rapports avec la face; les crêtes qui, dans les animaux, changent ou dissimulent la forme du crâne, la masse énorme des parties molles qui, chez eux, ensevelissent cette boîte osseuse; toutes ces circonstances ne permettent pas, pour le moment au moins, de chercher, dans l’étude phrénologique du cerveau et du crâne des animaux, des preuves confirmatives de la vérité de l’organologie chez l’homme.» Voilà, à peu près, ce qu’on eût pu alléguer pour motiver la restriction de la crânioscopie à l’espèce humaine. Mais une telle retenue n’est guère dans les habitudes des novateurs. La fortune ne sourit qu’à l’audace, Gall se rappela cet adage. Il sentit tout ce que donnerait de force à son système son extension instantanée à toute la création animale. Loin donc de s’en tenir à l’homme et à son cerveau, il étendit son investigation à tout ce qui a vie et sentiment, depuis la musaraigne jusqu’à l’éléphant , depuis le serpent jusqu’au docteur en médecine; et il se mit à interroger des crânes, toujours des crânes, le plus souvent même seulement des têtes , sans se douter ou sans s’inquiéter des réponses que devait lui faire plus tard la masse nerveuse qu’ils contiennent.
Pour peu qu’on jette, pendant quelques instants, les yeux sur ces cerveaux triangulaires d’oiseaux, de rongeurs, de chauves-souris et de quelques autres petits mammifères, cerveaux petits, unis, sans saillie aucune, et dont quelques uns, dans leur plus grand diamètre, n’ont pas plus de quelques lignes d’étendue, on ne sait ce qu’on doit admirer le plus, de l’assurance avec laquelle Gall retrouve à leur surface tous les organes qu’offre, suivant lui, le cerveau de l’homme, j’entends tous ceux qui se lient aux facultés de ces diverses espèces d’animaux, ou de la crédulité inqualifiable qui, admettant de pareilles déterminations, s’est imposé la double tâche de leur donner plus de certitude et de les multiplier.
Prenez le cerveau d’une corneille ou d’une oie, cerveau long et large de deux à trois centimètres. Voulez-vous savoir combien d’organes M. Vimont, par exemple, a trouvé moyen de placer sur la moitié de cette surface? Vingt neuf ! cinquante-huit, par conséquent, pour la surface entière; et de ces cinquante huit organes, il y en a trente réunis sur deux lignes parallèles y formant, à la pointe même du cerveau; une sorte de ruban transversal qui n’a pas plus de trois millimètres de largeur . Pour Expliquer cette prodigalité, M: Vimont prétend qu’on a calomnié la corneille et l’oie, que ces animaux ont plus d’esprit qu’on ne leur en accorde, que l’oie enfin a sauvé le Capitole ! Je concevrais qu’un Romain eût fait valoir cette raison; mais un Français eût dû certainement s’en abstenir, et laisser à tout événement à l’oie la mauvaise réputation qu’on lui a faite. Au reste, on pourrait se demander pourquoi M. Vimont, dans sa foi à la vertu de la phrénologie comparée, s’est arrêté à mi-chemin; pourquoi, par exemple, il n’a pas tracé ses vingt-neuf ou trente organes du cerveau des volatiles sur celui de l’oiseau-mouche, qui a à peu près une ligne de long? L’oiseau-mouche a bien autant d’esprit que l’oie, et le gracieux petit nid de coton qu’il dispose pour sa jeune couvée prouve qu’il n’est pas moins bon géomètre que la corneille .
Si Gall s’était mis en tète d’effectuer cette détermination, elle ne l’eût pas embarrassé. La manière dont il s’y est pris pour montrer, sur le cerveau ou sur le crâne des oiseaux et des petits mammifères, les organes dont l’existence chez ces animaux lui était nécessaire pour la confirmation de sa doctrine crânioscopique chez l’homme, est véritablement ingénieuse; et M. Vimont a rencontré juste quand il a dit que, dans son interprétation des formes du crâne chez les animaux, son maître a mis beaucoup d’adresse . Un cerveau, un cerveau d’animal, quels qu’en soient la forme et le peu de volume, est plus ou moins développé en longueur ou en largeur, dans sa moitié antérieure ou dans sa moitié postérieure (qu’on me passe ces trivialités), plus ou moins proéminent à son extrémité frontale ou à son extrémité occipitale, ou entin sur ses côtés; et c’est aussi dans ces mêmes parties, la partie antérieure, la partie postérieure, la partie latérale, qu’on peut répartir en trois groupes tous ses prétendus organes. Or, d’après ce que je viens de dire de l’oie de M. Vimont, on pense bien que sur des cerveaux aussi petits que ceux des oiseaux et des rongeurs, il n’est pas possible d’assigner, dans chacune de ces parties ou de ces divisions, une place particulière à chacun des organes qui doivent pourtant s’y rencontrer. Dans cette impossibilité qu’a donc fait Gall? Chacune des deux ou des trois parties principales du cerveau, le devant, le derrière, les côtés, lui a servi successivement pour chacun des organes qu’il avait résolu d’y trouver. Si cette partie n’est pas développée, il la suppose telle, et renvoie à la nature qui lui donnerait un démenti; mais il sait bien que la plupart des lecteurs n’iront pas la comparer à ses assertions. Cette partie, au contraire, est-elle large ou proéminente, l’embarras diminue d’autant, et elle devient alternativement l’organe de chacune des facultés qui, d’après Gall, y ont leur siège. C’est ainsi, pour procéder de l’avant à l’arrière, que toute l’extrémité antérieure du cerveau devient successivement, suivant que cela est nécessaire, l’organe de la mémoire des lieux, celui de la mémoire des choses, celui de la musique, celui du talent de construction. C’est ainsi que la partie latérale est indistinctement, suivant l’espèce animale à laquelle on a affaire et la faculté qu’il s’agit de pourvoir, l’organe de l’instinct carnassier, celui de la ruse, celui de la propriété, celui de la circonspection. C’est en vertu du même procédé que la partie postérieure du cerveau est attribuée tour à tour aux organes de l’amour des enfants, de l’attachement, de la rixe et de l’instinct des hauteurs. Dans une de ces trois parties du viscère, partie antérieure, partie moyenne ou latérale, partie postérieure, y a-t-il un point qui soit plus particulièrement développé, c’est ce point qui reçoit l’organe dont il s’agit pour le moment de démontrer l’existence. C’est ainsi que dans la bécasse et dans quelques faucons voyageurs, l’organe des localités, au lieu de se trouver, comme chez l’homme et chez les autres animaux, près de la ligne médiane du crâne, avoisine, au contraire, la partie postérieure de l’orbite . C’est ainsi que, chez la cigogne, le cormoran, le héron, la mouette, l’hirondelle de mer, le martin-pêcheur, l’organe de l’instinct carnassier, au lieu d’être situé immédiatement au-dessus du méat auditif, lui est, au contraire, très antérieur, et est placé immédiatement derrière l’orbite . Il est vrai qu’une pareille manière d’agir a attiré à Gall les réprimandes les plus vives de la part d’un de ses principaux disciples. M. Vimont, je suis forcé d’anticiper encore, reproche, à cette occasion, à son maître, d’avoir mis dans ses déterminations en organologie comparée un tel vague , qu’il n’y a pas le moindre fond à faire sur ses travaux à cet égard . Il regarde même comme une pure invention de Gall la différence qu’il lui a plu d’établir entre le coq ordinaire et le coq de combats relativement au développement plus considérable, chez ce dernier animal, de l’organe de la rixe ou du courage . Il le traite à peu près de la même manière, à propos de cette autre assertion, que les chevaux qui, à raison de l’étroitesse de leur crâne, ont les oreilles rapprochées, sont toujours ombrageux et craintifs . Il prétend que, pour ce qui est de l’organe de l’instinct carnassier, Gall a eu tort d’avancer que le cerveau des animaux carnivores dépasse beaucoup plus, en arrière, le niveau du conduit auditif externe que ne l’y dépasse celui des animaux frugivores . Enfin, dans une suite de reproches de plus en plus graves, que j’aurai soin de citer textuellement plus tard, il l’accuse des plus grossières erreurs, et peut être des tours d’adresse les plus condamnables, relativement à un grand nombre d’autres déterminations en phrénologie comparée, déterminations relatives, par exemple, à l’organe de l’alimentation chez le cormoran ; à ceux de la ruse , du talent musical , des localités , de l’amour des petits , chez les oiseaux; à celui du courage chez le cheval ; à ceux enfin de la construction chez les rongeurs , et de la circonspection chez les mammifères en général .
Je n’en avais pas encore autant dit sur Gall et sur l’inanité, l’impossibilité, l’habileté de ses déterminations en organologie comparée, mais je pourrais en dire beaucoup plus. J’ai là, sur la table où j’écris, les planches de son grand ouvrage; j’y ai une très grande partie des crânes et des cerveaux d’animaux dont il est question dans son texte, et d’après lesquels il prétend avoir établi ses déterminations. Eh bien! je puis en donner l’assurance, et je prie les lecteurs, qui en auraient le temps et la patience, de faire la même vérification que moi, la moitié, au moins, des allégations que Gall articule, et en ceci je suis d’accord avec M. Vimont, est le contraire de la vérité. Dit-il que l’organe de la musique donne à l’arcade orbitaire du crâne du rossignol une rondeur que n’a point celle des crânes du pinson et du chardonneret ? Je fais à l’instant cette comparaison, et je trouve que le chardonneret surtout devrait être meilleur chanteur que Philomèle. Assure-t-il que chez l’oie, qui ne vit que de végétaux, l’organe de l’instinct carnassier est moins développé, et par conséquent le crâne moins large, que chez le canard, qui mange à la fois des légumes et des grenouilles ? Je rapproche les têtes de ces deux volatiles, et je trouve que c’est précisément le contraire qui a lieu. Avance-t-il enfin que chez le lapin sauvage, qui poursuit le lièvre et le vainc, l’organe de la rixe ou du courage est plus proéminent que chez ce dernier ? Je compare et je vois encore que les rôles auraient dû être intervertis.
Mais ce n’est pas tout. Les dessins de Gall eux-mêmes, ces dessins auxquels il renvoie avec tant de complaisance et avec un air si sûr d’eux et de lui, ces dessins représentent quelquefois tout le contraire, je ne dirai pas de ce qui est dans la nature, cela n’aurait plus rien d’extraordinaire, mais de ce qu’il leur demande pour sa preuve, et c’est peut être pour cela que M. Vimont les regarde comme aussi défectueux qu’il trouve ceux des planches de Spurzheim imaginaires . Mais malgré ce précieux témoignage, peut-être encore aurait-on peine à me croire, si je ne donnais quelques exemples de ce mépris de toute vérité. Prenez les planches LXX et LXXI de l’atlas de Gall, relatives à l’organe de l’instinct carnassier chez les oiseaux. Mesurez comparativement, suivant son diamètre transversal, et vis-à-vis le siège de cet organe, le cerveau des oiseaux frugivores et celui des oiseaux mangeurs de chair, et vous trouverez que presque toujours, contrairement aux assertions du texte, c’est le premier qui a le plus de largeur. Prenez encore, relativement au même instinct, la planche XXXIII, qui représente, figure 3, le cerveau du kanguroo, figure 4, celui du lion, figure 5, celui du tigre. Les circonvolutions de l’instinct carnassier, marquées 6 dans le cerveau du tigre et dans celui du lion, manquent, dit Gall, dans celui du kanguroo . Or, sur le cerveau des deux premiers de ces animaux, il n’y a pas plus de circonvolutions marquées 6 que sur celui du kanguroo, lequel, du reste, est dans la nature tout aussi développé en cet endroit que le cerveau du tigre ou du lion. Voici un dernier échantillon de l’accord des dessins de Gall avec ses affirmations. L’organe de l’amour des petits, plus développé chez les animaux femelles, allonge et fait saillir à l’occiput l’extrémité postérieure des lobes cérébraux. C’est ce qui a lieu, par exemple, chez les femelles d’oiseaux, et cela surtout dans les espèces où le mâle s’occupe peu des petits. Gall, dont ce sont là les idées, engage à comparer à cet égard, d’après les dessins de la planche LVII de son atlas, le crâne de la poule, figure 2, avec celui du coq, figure 1, et celui de la dinde, figure 4, avec celui du coq d’Inde, figure 5. Or, je fais cette comparaison, et je trouve qu’à l’opposé de ce qu’il avance, ce sont les crânes du coq et du coq d’Inde qui sont le plus allongés en arrière, et le plus saillants à l’endroit de l’organe de l’amour de la progéniture. Le fait est de toute évidence, et il semble que les dessins aient été exécutés de profil, pour donner un démenti plus formel au texte.
Tout en me proposant de ne parler d’abord que de l’organologie des petites espèces animales, dont le cerveau manque de circonvolutions, j’ai été conduit à dire quelque chose de la phrénologie comparée considérée en général, et de la valeur des allégations de Gall dans cette partie de ses découvertes. Mais il ne résulte pas moins de tout ce que je viens d’avancer, ou plutôt il en résulte bien davantage, que sa tentative de détermination d’organes distincts sur le cerveau tout-à-fait lisse des oiseaux et des petits mammifères est, pour ne rien dire de plus, chose absolument illusoire, et que, de l’aveu même d’un de ses plus illustres disciples, tous ses travaux à cet égard doivent être regardés comme non avenus. Il me reste à montrer maintenant, et ici M. Vimont ne sera peut-être pas tout à-fait de mon avis, qu’on doit porter le même jugement des travaux et des déterminations de son maître, relativement aux grandes espèces animales, jusques et y compris l’homme lui-même, espèces animales chez lesquelles le cerveau, de plus en plus volumineux, offre aussi de plus en plus à sa surface ces replis désignés sous le nom de circonvolutions, qui, dans leur séparation incomplète, eussent semblé pourtant devoir se prêter à des localisations moins douteuses.
On a cherché, de tout temps, à établir une certaine corrélation entre les circonvolutions cérébrales et les actes de l’intelligence. Cela remonte au moins à Erasistrate, et la remarque ironique de Galien , l’attaque plus sérieuse de Vésale , n’ont pas empêché cette opinion de venir, après vingt siècles, servir de base à la phrénologie. Qu’est-ce qu’il y a donc d’intellectuel dans ce plissement d’une masse nerveuse? Rien de plus, on doit bien le penser, que ce rapport tout empirique d’un plus grand développement de ses anfractuosités, ou, si l’on veut, de sa surface, à une plus grande somme d’intelligence. Si l’âne, comme le remarque Galien, a de belles circonvolutions cérébrales, l’homme en a de bien plus belles encore; voilà, sans pénétrer plus avant, ce que plus tard répondait la science à Galien et à Vésale, et les recherches des modernes sur la structure et la forme de ces replis n’en ont pas appris davantage. Que les circonvolutions cérébrales soient constituées par des lamelles irrégulièrement assemblées, comme le prétendait Gennari ; qu’elles résultent de l’accolement de deux plans fibreux se confondant à leur sommet, comme le voulaient Gall et Spurzheim ; qu’elles soient composées, au dire de M. Serres, de deux nappes nerveuses, dont l’une, la plus extérieure, recouvre de ses flexuosités les plans transversaux de la plus profonde ; que les lames qui forment ces replis soient au contraire parallèles au grand axe du cerveau, et se rendent, sans aucun intermédiaire, jusqu’à la couche corticale, comme l’établit M. Leuret , ou bien enfin qu’elles soient tout autre chose que tout cela, comme ne tarderont sûrement pas à le montrer des travaux de plus en plus modernes et prétendant à une plus grande exactitude, on ne voit pas assurément ce que pourrait gagner à la vérité d’aucune de ces opinions la physiologie cérébrale considérée dans ses rapports avec la psychologie.
L’anatomie moderne, en même temps qu’elle interrogeait la structure des circonvolutions, suivait, avec non moins de soin, leur développement dans la succession des espèces animales. Elle constatait, d’une manière générale, le rapport de ce développement au volume du cerveau et à la grandeur de l’animal Chez lequel on l’examine, en même temps qu’au degré de son instinct ou de son intelligence. Elle reconnaissait, en d’autres termes, que les circonvolutions manquent ou sont peu développées chez les petits animaux et dans les petits cerveaux, et qu’elles acquièrent une proportion d’autant plus grande, se présentent en nombre d’autant plus considérable, que l’animal offre une plus grande masse, son cerveau un plus grand volume, enfin qu’il est plus intelligent. Mais elle reconnaissait bien davantage encore toutes les infractions qu’offre la série animale à cette triple loi d’un grand développement des circonvolutions pour un grand corps, un vaste cerveau et de plus riches facultés. Les faits particuliers qui constituent ces infractions sont devenus tellement vulgaires que les citer tous serait peine perdue. C’est, par exemple, le chat, le furet, la roussette, qui ont des circonvolutions cérébrales, et l’écureuil, le lièvre et le castor qui n’en ont pas. C’est le cochon, le mouton, l’âne, qui en ont de bien plus belles et de bien plus nombreuses que celles du chien, du loup, du lion. C’est enfin l’éléphant, dont le cerveau est sillonné par des anfractuosités bien plus multipliées et bien plus profondes que celles du cerveau même de notre espèce. On voit que, grâce aux travaux des modernes, la réplique de Galien à Érasistrate peut s’appuyer de nouveaux faits.
Toutefois, malgré ces faits et cette réplique, les circonvolutions, considérées en masse, pouvaient, jusqu’à plus ample informé, garder quelque chose de leur vieux et empirique renom d’intellectualité. Mais la phrénologie a entendu la question autrement. Prenant ces circonvolutions au détail, elle a prétendu faire de chacune d’elles l’organe distinct d’une faculté. Elle a cru se retrancher ainsi dans une position inexpugnable, et si elle en est quelquefois sortie, pour aller inscrire des organes sur le cerveau sans circonvolutions des petites espèces animales, c’est, comme je l’ai dit, par une nécessité de son principe, dont elle se serait fort bien passée, et qui lui a causé bien des embarras. Mais il n’y avait pas plus lieu à une telle localisation psychologique dans le premier cas que dans l’autre, et les cerveaux qui ont des circonvolutions ne sont pas moins impropres que ceux qui en sont dépourvus, à se subdiviser en organes.
Si le cerveau, dans les deux côtés de sa surface, était découpé en saillies, qui, par la constance de leurs formes et l’invariabilité de leur nombre, rappelassent d’assez près sous ce double rapport les organes de la vie de relation, les yeux, les oreilles, les doigts, certains esprits que n’effraie aucune sorte d’empirisme pourraient se croire autorisés à regarder ces saillies de la partie de l’encéphale plus spécialement liée aux manifestations morales et intellectuelles, comme affectées, dans leur distinction, à des facultés également distinctes. Mais un pareil état de constance est loin d’être celui des circonvolutions cérébrales. De toute antiquité, au contraire, l’irrégularité de ces replis passe pour une sorte d’axiome anatomique, et l’on n’avait rien trouvé de plus propre à la consacrer que d’assimiler, sous ce rapport, les circonvolutions cérébrales aux circonvolutions intestinales, dont la forme et le nombre peuvent varier à l’infini, au moindre mouvement de leur tunique musculaire, ou de leur enveloppe abdominale . C’était une chose presque honteuse pour l’anatomie que cet état d’incertitude sur les formes extérieures du prince des organes. L’anatomie se piqua d’honneur; de sérieux travaux furent entrepris pour déterminer, dans les animaux et dans l’homme , la forme et le nombre des circonvolutions cérébrales; et mon avis est que, malgré toute la valeur de ces travaux et le mérite de leurs auteurs, la vieille comparaison des écoles, appliquée au cerveau de l’espèce humaine et de quelques espèces animales voisines d’elle par le nombre et la hauteur de leurs circonvolutions, n’a pas perdu toute sa vérité.
Il est assurément hors de doute, et c’est là ce que font déjà bien voir les planches de l’ouvrage de Tiedemann, mais ce qu’ont surtout démontré les recherches de M. Leuret; il est hors de doute qu’on peut, à la disposition et au nombre des circonvolutions d’un cerveau, autant qu’à sa forme générale, reconnaître de quelle famille, de quel genre, souvent même de quelle espèce fait partie l’animal auquel il appartient. Il est également incontestable que dans certains animaux qui ne sont pourtant pas très bas placés dans l’échelle et qui ne sont pas non plus d’une petite taille, les chiens, par exemple, et les renards, les circonvolutions cérébrales sont en si petit nombre et offrent un tel degré de simplicité, que la détermination en est très facile, et qu’on peut les faire servir de type ou de point de repère pour l’étude des circonvolutions de plus en plus nombreuses du cerveau des espèces animales supérieures. Rien ne s’oppose, en conséquence, à ce qu’on ne cherche, dans ce but, à retrouver, dans les circonvolutions plus nombreuses et plus composées des grandes espèces, l’analogue à la fois et l’ampliation, des circonvolutions élémentaires des petites; rien ne s’oppose à ce qu’on ne réunisse les premières en groupes, qui, sous le rapport du nombre et de la direction générale, puissent être considérés, jusqu’à un certain point, comme représentant les circonvolutions réellement distinctes et en si petit nombre, des loups, des chiens et des renards. On aura ainsi établi un rapprochement utile, mais non point exprimé une similitude, et l’on n’obtiendrait pas un meilleur résultat en réunissant systématiquement quinze ou vingt circonvolutions en une seule, à laquelle seule aussi on conserverait ce nom. Les choses reparaîtraient sous les mots, et avec elles une indétermination d’autant plus grande que l’analogie aurait été plus forcée. Voilà le cerveau du renard, ce cerveau que M. Leuret a pris pour type, le voilà avec ses six circonvolutions radicales et qu’on peut accepter comme telles. Voici, à côté de lui, le cerveau du phoque et celui du dauphin, avec leurs anfractuosités si nombreuses, si profondes, si distinctes. Combien croyez-vous que, suivant M. Leuret, il y ait de circonvolutions dans l’un et dans l’autre? Dans celui du phoque trois, dans celui du dauphin cinq, dans l’un et l’autre moins que dans celui du renard. Voici maintenant le cerveau de l’éléphant, le cerveau à la fois le plus gros et le plus profondément comme le plus abondamment plissé. Combien, d’après M. Leuret encore, offre-t-il de circonvolutions? Autant et pas plus que le cerveau du renard, si ce n’est pourtant que ces circonvolutions, dont la direction est également longitudinale, sont surmontées par deux circonvolutions supérieures et transversales, qui ont l’air de les partager en trois circonvolutions antérieures et en trois circonvolutions postérieures, mais qui, en réalité, ne font que s’y ajouter, et ne changent rien au nombre et à la direction de ces circonvolutions fondamentales. Il est vrai que dans les trois animaux que j’ai pris pour exemple, le phoque, le dauphin et l’éléphant, chacune de leurs trois, ou de leurs cinq, ou de leurs six circonvolutions, est bien loin d’être nettement séparée de sa voisine, comme le sont l’une de l’autre les circonvolutions du cerveau du renard. Elles communiquent, au contraire, les unes avec les autres, pour me servir des expressions de M. Leuret, par des embranchements, des diverticulum, des échanges, qui ne permettent en aucune façon de suivre, dans l’étendue de plus d’un ou deux pouces, l’anfractuosité qui devrait les séparer. Il est vrai encore que chacune de ces circonvolutions se divise et se subdivise en circonvolutions secondaires et tertiaires, aussi larges et aussi hautes que la circonvolution qui leur donne naissance. Or, du mélange de ces divisions secondaires et tertiaires, de ces communications, de ces embranchements, de ces diverticulum, il résulte précisément sur le cerveau surtout de l’éléphant, dans les reliefs et les sillons de sa surface, cette irrégularité qui est dans la nature des choses, et qu’aucun changement dans les mots ne pourra faire disparaître. Dire, avec M. Leuret, qu’elle n’est pas plus grande que celle qui existe d’un individu à un autre, ou d’un membre d’un même individu à son autre membre, dans la distribution du système artériel, c’est avouer qu’elle est très grande; et puisque j’en suis sur cette comparaison, j’ajouterai qu’on aurait tort, pour réduire le nombre des circonvolutions cérébrales dans les grands animaux et en faciliter la description, de les faire naître les unes des autres, les secondaires et les tertiaires des principales ou prétendues telles, comme les artères et les veines naissent les unes des autres, les moyennes des grosses, les petites des moyennes, et ainsi de suite. Dans ce dernier cas il y a une succession, une dépendance, qui autorisent ce langage, succession et dépendance qui ont leur raison dans le cours du sang, dans sa transmission des gros vaisseaux aux petits dans la circulation artérielle, et des petits aux gros dans la circulation veineuse. Mais dans les circonvolutions cérébrales, indépendamment de ce qu’il n’existe aucune raison actuelle d’une pareille dépendance, il y a, la plupart du temps, entre celles qu’on voudrait appeler principales et celles qu’on regarderait comme secondaires, une égalité de volume à peu près parfaite, de même qu’elles sont le plus souvent aussi séparées les unes des autres par des anfractuosités d’une égale profondeur.
Si malgré les efforts les plus recommandables pour ramener à un même type et pour classer dans des groupes analogues les circonvolutions du cerveau des animaux, il n’est pas même possible de pallier l’irrégularité radicale de leurs détails, on doit bien s’attendre que cette impossibilité deviendra bien plus grande encore quand il s’agira du cerveau de notre espèce.
Rolando est le premier anatomiste qui ait cherché à ramener à des déterminations exactes les circonvolutions du cerveau de l’homme, et qui, dans de certaines limites, l’ait fait avec quelque succès. Dans un ouvrage considérable, qui n’a pas encore paru tout entier, M. Foville a repris celte tâche en sous-œuvre, et personne plus que lui n’était à même de l’accomplir. Cet anatomiste divise toute la surface des hémisphères en plusieurs zones, comprises entre trois circonvolutions d’enceinte, dont l’une contourne tout le corps calleux, dont la seconde forme la lèvre supérieure de la scissure de Sylvius, dont la troisième enfin, et la plus étendue, suit toute la convexité des hémisphères au niveau de leur grande scissure. Circonvolutions fondamentales, ou lignes fictives, ce sont là, dans tous les cas, trois limites bien déterminées des trois faces de l’extérieur du cerveau, et qu’on peut accepter comme telles. Or, c’est entre ces trois circonvolutions que sont comprises toutes les circonvolutions que M. Foville appelle de troisième et de quatrième ordre, circonvolutions véritables, de plus en plus individuelles, et qui, sans parler des circonvolutions à demi cachées de l’insula, serpentent et se replient à la face interne des hémisphères, à leur face orbitaire, enfin et plus particulièrement sur leur convexité. Dans ces trois parties du champ des circonvolutions de troisième et de quatrième ordre, de longues circonvolutions, de grandes traverses fondamentales, offrent un certain caractère de permanence, quoiqu’elles puissent encore varier beaucoup, et cela jusque dans leur nombre, qui est de cinq à neuf, par exemple, à la face interne de l’hémisphère, et de trois à quatre à sa face externe. Mais dans le détail de ces circonvolutions, dans leurs replis, leurs sinuosités, leurs embranchements, leurs circonvolutions secondaires, il n’y a plus ou presque plus aucune fixité, aucune régularité, même d’un hémisphère à l’autre. C’est là un fait que M. Foville reconnaît, établit nettement, et pour lequel il renvoie à l’examen comparatif des différentes figures des planches de son ouvrage. Or, ce sont précisément ces replis, ces sinuosités, ces embranchements, ces subdivisions des circonvolutions principales de troisième et de quatrième ordre, qui forment ce qu’on est habitué à regarder comme les circonvolutions cérébrales par excellence. Ce sont, dans tous les cas, ces replis qui forment exclusivement les circonvolutions phrénologiques, celles sur lesquelles Gall et ses successeurs ont inscrit les organes de leur système, et qui ne sont pas encore assez nombreuses, surtout aux parties antérieures du cerveau, pour cette grave destination.
Pour se convaincre du défaut de similitude des circonvolutions cérébrales, ou, si l’on veut, de leurs sinuosités, chez l’homme, dans le même hémisphère de deux cerveaux différents, ou dans les deux hémisphères du même cerveau, il suffirait d’examiner avec quelque attention les planches très exactes, dans lesquelles MM. Cruveilhier , Leuret , Longet , Foville , ont fait représenter des cerveaux humains. Mais qu’on fasse mieux, qu’on se reporte à la nature, qu’on mette les deux hémisphères l’un près de l’autre, et qu’on les examine par comparaison. Assurément on remarquera bien, tout d’abord, une certaine disposition générale des circonvolutions et des anfractuosités, commune à l’un et à l’autre. On verra sur chaoun d’eux, par exemple, qu’à la partie antérieure et à la partie postérieure de sa convexité, les sillons, et par conséquent les reliefs, affectent une forme plus particulièrement horizontale, quoique encore fort interrompue et fort tremblée, tandis qu’à la partie moyenne, ces sillons et ces reliefs offrent, mais d’une manière encore plus irrégulière, une direction plus oblique de haut en bas et de dedans en dehors. Çà et là encore, une circonvolution d’une partie déterminée de cette surface dans l’un des hémisphères rappellera quelque circonvolution de la même partie dans l’autre. Mais qu’on entre plus avant et plus exactement dans le détail des circonvolutions, qu’on les examine dans chacun d’eux à partir de la ligne médiane; on n’aura pas besoin de les parcourir tout entiers pour se convaincre du défaut de similitude de ces replis de leur surface. Là où, dans l’un, une circonvolution se recourbe en avant, dans l’autre un repli analogue continue sa marche en dehors, ou se perd dans une anfractuosité ; là où, dans le premier hémisphère, se creuse nettement un vaste sillon, dans le second, se rencontre à peine une dépression légère, ou s’élève une circonvolution magnifique; à l’endroit où dans l’un des. hémisphères s’élargit une circonvolution, celle qui dans l’autre semble la représenter s’étrangle, ou s’allonge en une sorte de cap. Dans le premier hémisphère vous serez parvenu, je le suppose, à trouver une circonvolution bien séparée de ses voisines par plusieurs anfractuosités profondes, dans l’autre vous croirez avoir rencontré une forme et une délimitation à la rigueur équivalentes; mais cherchez dans le fond d’une des anfractuosités, vous verrez la circonvolution, qui dans le premier cas se termine là fort nettement, ne subir ici qu’une dépression légère, qui ne la distingue réellement pas de la circonvolution voisine. Je n’ai pas l’intention, comme on le sent bien, de parcourir sous ces divers rapports toute la série de différences que j’ai pourtant actuellement sous les yeux. Les nier n’est pas chose possible; mais je devais au moins les rappeler .
Il existe sur cette indétermination naturelle des circonvolutions cérébrales dans les animaux supérieurs et surtout dans l’homme, et sur sa corrélation avec l’indétermination des facultés de notre espèce, un passage intéressant de Willis, dont les assertions ne sont pas toutes exactes, ni les inductions toutes rigoureuses, mais qui mérite pourtant d’être cité. «Les circonvolutions du
» cerveau, dit ce vieil et excellent anatomiste, sont
» beaucoup plus nombreuses et beaucoup plus
» considérables dans l’homme que dans tout autre
» animal, à raison de la diversité et de la multiplicité
» des actes de facultés supérieures. Ces
» circonvolutions offrent, dans leurs variétés, des
» dispositions changeantes et comme fortuites,
» afin que les manifestations des facultés soient
» libres, variables, et non point nécessairement
» déterminées. Les circonvolutions, dans les quadrupèdes,
» sont en beaucoup plus petit nombre,
» et dans quelques uns, tels que le chat, elles offrent
» une configuration et des rapports toujours
» les mêmes. C’est pourquoi ces animaux n’ont
» guère d’attention et de mémoire que ce qu’en
» nécessitent les instincts et les besoins naturels.
» Dans les tout petits quadrupèdes, de même que
» dans les oiseaux et les poissons, la surface du
» cerveau est lisse, égale et absolument dépourvue
» de circonvolutions et d’anfractuosités; ce
» qui fait que ces espèces animales ne comprennent
» ou n’apprennent par imitation que très
» peu de choses, et des choses pour ainsi dire
» d’un seul genre .»
La méditation de ce passage, et plus encore l’observation des faits dont Willis l’a cru l’expression, aurait du empêcher Gall de placer dans des parties aussi peu distinctes les unes des autres, aussi peu déterminées, en un mot, que les circonvolutions cérébrales, le siège d’organes distincts et déterminés. Rappelez-vous tout ce que je viens de dire sur leur manque naturel de délimitation, sur leur défaut de symétrie d’un cerveau humain à un autre, ou d’un hémisphère d’un même cerveau à l’hémisphère opposé ; de plus ne perdez pas de vue qu’elles ne sont que la terminaison, la surface, d’une masse nerveuse partout continue, et dans laquelle, à l’endroit d’où elles naissent, il n’est pas possible de constater la moindre séparation en faisceaux distincts, et affectés à tels ou tels de leurs replis, et vous resterez persuadé, je m’assure, qu’il est en principe impossible d’opérer de telles localisations, aussi bien que de les reconnaître à travers les parois de la boîte osseuse qui est censée les recouvrir .
Pour achever de vous convaincre de cette impossibilité , prenez un de ces cerveaux en plâtre que la phrénologie a moulés d’après nature, ou modelés au gré de son imagination et pour les besoins de son négoce. Suivez sur ce plâtre la topographie organologique qu’elle a tracée de ses circonvolutions. Voyez les prétendus organes n’ayant, la plupart du temps, d’autres limites que les traits d’encre rouge ou noire où les a enfermés la main du manœuvre. Voyez-les, sur les deux hémisphères du même cerveau, varier dans leur forme, leur étendue, et même dans le nombre des replis attribués à chacun d’eux. Mais prenez surtout un cerveau dont un des hémisphères ait reçu la carte de Gall, et l’autre celle de Spurzheim. Voyez, sur l’hémisphère où est inscrite cette dernière, quelques uns des organes anciennement établis par le maître, au voisinage l’un de l’autre, s’écarter pour recevoir un nouveau venu, de la façon du disciple, ou se cotiser pour le pourvoir; voyez alors les lignes coloriées qui les limitent se resserrer, en modifiant leurs bizarres figures; et si vous n’êtes pas convaincu à l’instant même de toute l’impossibilité matérielle d’un cadastre aussi extravagant, si vous n’êtes pas pris d’une pitié profonde, je ne dis pas pour les deux ingénieurs qui en ont eu la première idée, mais pour les malheureux arpenteurs qui se sont imposé la tâche de le continuer et de le parfaire, c’est que vous étiez digne vous-même d’y tenir la chaînette et d’y chiffrer des triangulations.
CHAPITRE TROISIÈME.
Table des matières
L’Organologie Phrénologique n’est pas vraie, c’est-à-dire que les faits sur lesquels Gall prétendait l’avoir établie sont ou faux ou controuvés.
C’est pourtant cette science impossible de l’organologie crânioscopique qui a valu à Gall sa grande renommée, et qui, aux yeux de beaucoup de gens, n’a pas encore cessé de passer pour réelle. Quelles preuves Gall a-t-il donc données de l’existence d’une impossibilité ? C’est une question dont l’examen n’est pas moins curieux que celui de cette impossibilité elle-même. On s’y convaincra de tout ce que peuvent sur des esprits même de quelque valeur, des affirmations tranchantes, des histoires non moins hardies, répétées dans de nombreux volumes, un atlas destiné à les rappeler aux yeux, des considérations générales, s’interposant à dessein au milieu des faits particuliers, pour les faire perdre de vue ou en voiler la faiblesse, et n’ayant, la plupart du temps, avec eux aucun rapport. Mais qu’on laisse de côté tout cet attirail d’inutilité et d’une habileté maladroite, qu’on aille aux faits eux-mêmes, rien qu’à eux, qu’on les compte et qu’on les pèse, et l’on sera surpris de voir combien est considérable encore le nombre des hommes qui regardent sans voir, et se prononcent sans examiner.
Quand donc on s’adresse aux faits sur lesquels Gall a appuyé son système organologique, et dont il a fait tant de bruit, on éprouve d’abord une sorte d’incertitude, de malaise, dont on ne se rend pas bien compte. Leur nombre, leur diversité de nature, leur mélange plongent l’esprit dans une sorte de confusion qui n’est pas en faveur du système, mais qui pourtant fait hésiter sur le jugement à en porter. Mais bientôt cette confusion se dissipe, la lumière se fait, on ne tarde pas à pénétrer l’artifice de la démonstration, et l’on voit les faits qui y concourent se diviser d’eux-mêmes en deux catégories, dont l’une est de beaucoup la plus nombreuse. Celle-ci se compose de faits n’ayant aucun caractère scientifique, ou pour lesquels tout contrôle est impossible; de faits qui, nulle part et par personne, ne seraient acceptés comme preuves, et qui surtout n’auraient pas du se présenter avec ce caractère, quand il s’agissait d’établir un système aussi merveilleux que l’était la crânioscopie . Ces faits sont d’abord ceux que Gall a pris de la statuaire et de la peinture antiques et modernes, appliquées à la représentation, je ne dirai pas de la tête, mais du crâne des hommes célèbres dans le bien ou dans le mal, dans les arts, les sciences, les lettres, la politique, la charité, la guerre; ce sont ensuite ceux qu’il a demandés à ce qu’il a appelé la mimique et la pathognomonique des facultés, ceux qu’il dit avoir recueillis, durant le cours de ses voyages, dans les prisons, les hospices, les écoles, les salons de l’Allemagne et de la Hollande; ce sont enfin les histoires qu’il a datées de Vienne, de Berlin, de Francfort, de Munich, de Leipsick, d’Amsterdam, puis celles que Paris lui a fournies plus tard, et dont il ne s’est pas non plus fait faute. Il me faut éliminer d’abord toute cette catégorie de faits inadmissibles, et je commencerai par ceux qu’ont fournis à Gall la statuaire et la peinture, appliquées à la reproduction des traits des hommes célèbres de tous les temps et de tous les pays.
«Nous ne possédons jusqu’ici que très peu de
» bustes fidèles. Lorsque l’artiste compose, il lui
» est permis d’obéir exclusivement aux règles de
» l’art; mais, lorsqu’il est chargé de transmettre
» à la postérité le portrait d’hommes qui ont vécu,
» il a l’obligation de copier servilement la nature;.
» dans ce cas, vouloir idéaliser son modèle, c’est
» défigurer la nature. Mais, malheureusement, les
» artistes, au lieu de rendre hommage à la vérité,
» se laissent subjuguer encore par les règles imaginaires
» de l’art et par les prétendues lois du
» beau. Ils sont trop fiers pour mouler les têtes et
» pour exécuter simplement ce masque; et cependant
» il est certain que tant qu’ils ne voudront
» pas se résoudre à ce parti, nous n’aurons que
» des imitations imparfaites ou fausses; et deux
» bustes du même homme, sortis des mains de
» deux artistes différents, différeront toujours.
» Je vois même que les plus grands artistes, peintres,
» dessinateurs et sculpteurs, lorsqu’ils rencontrent
» des formes peu ordinaires, et qui leur
» paraissent choquantes, les regardent comme
» des défauts, comme des erreurs de la nature,
» et croient devoir alors modifier les proportions.
» Et cependant, d’ordinaire, ces formes insolites,
» et qui offensent l’œil, sont précisément l’expression
» du caractère moral et intellectuel .»
Le passage qu’on vient de lire est extrait du livre de Gall, et le même écrivain qui avoue que deux bustes du même homme, sortis des mains de deux artistes différents, différeront toujours; qui accuse les plus grands artistes, peintres, dessinateurs et sculpteurs, lorsqu’ils sont chargés de transmettre à la postérité le portrait d’hommes qui ont vécu, d’idéaliser leur modèle, de défigurer la nature; qui leur reproche, lorsqu’ils rencontrent des formes peu ordinaires, qui leur paraissent choquantes, de les regarder comme des défauts, comme des erreurs de la nature, et d’en modifier les proportions; c’est ce même écrivain qui a employé cent pages peut-être de son livre à transcrire les noms de tous les personnages célèbres, dans l’antiquité et dans les temps modernes, chez les païens et chez les chrétiens, depuis Homère jusqu’à Delille, depuis Confucius jusqu’à M. Lamennais, dont les bustes ou les portraits sont, suivant lui, une preuve démonstrative de la vérité de l’organologie! Y eut-il jamais contradiction plus manifeste, et à quelle espèce de lecteurs Gall adressait-il son ouvrage? Comment a-t-il pu, se donnant à lui-même un démenti aussi formel, chercher une confirmation de ses idées dans des faits qu’il avait condamnés à l’avance, et dont l’inanité saute aux yeux?
Eh quoi! deux bustes, ce ne sont pas seulement deux portraits peints, deux bustes du même homme, exécutés par deux artistes différents, différeront toujours, c’est-à-dire qu’un des deux au moins s’éloignera de la ressemblance; et vous allez conclure des formes de cette image infidèle à celles mêmes du modèle, et les prendre pour base de vos inductions organologiques sur le caractère de ce dernier! Vous dites que les artistes, peintres, dessinateurs et sculpteurs, lorsqu’ils sont chargés de transmettre à la postérité le portrait d’hommes qui ont vécu, idéalisent leur modèle et défigurent la nature; et c’est sur ce modèle idéalisé, c’est sur cette nature défigurée que vous ne craignez pas d’appuyer vos déterminations phrénologiques! Vous ajoutez que lorsque, dans cette représentation des traits des grands hommes qui ont vécu, ces mêmes artistes rencontrent des formes peu ordinaires, qui leur paraissent choquantes, ils les regardent comme des défauts, comme des erreurs de la nature, et en modifient les proportions; et c’est dans ces portraits et ces bustes, d’où l’artiste, vous le confessez, a fait disparaître les formes peu ordinaires, occasionnées, d’après vos idées, par le développement considérable de certains organes dans des hommes également peu ordinaires, c’est, dis-je, dans ces portraits et ces bustes que vous cherchez et que vous trouvez invariablement et ces formes et ces organes, qui pourtant, de votre propre aveu, ne sauraient plus y exister! Et à quels bustes, à quels portraits allez-vous demander ces formes et ces organes dont vous même vous les avez dépouillés? Est-ce à des bustes et à des portraits authentiques, exécutés récemment, ou datant au plus de deux ou trois siècles, et signés de mains dont la célébrité soit au moins une garantie de quelque exactitude? Non, un champ aussi restreint ne suffit point au charlatanisme de vos démonstrations. Votre crânioscopie rétrospective s’étend à tous les temps, à tous les lieux, comme à toutes les gloires, et cet exemple a porté ses fruits.Votre plus célèbre disciple, Broussais, a trouvé l’organe du merveilleux sur des portraits de Moïse et de saint Antoine ! Le portrait de Moïse! On croit rêver! Mais revenons à Gall, qui a presque remonté aussi haut.
«C’est surtout, dit-il, la forme de la tête d’Homère
» qui doit frapper tout le monde; la partie
» supérieure latérale forme deux bourrelets extrêmement
» saillants. Je n’ignore pas que quelques
» savants élèvent des doutes sur l’authenticité
» de ce buste, et le regardent comme idéal.
» Mais que ce soit une composition idéale, ou un
» portrait, l’existence de ces bourrelets n’en est
» pas moins un phénomène très remarquable.
» Pourquoi aurait-on donné précisément cette
» forme à la tête du père de la poésie, si cette
» tête n’était pas réellement le portrait de l’auteur
» de l’Iliade? Si le buste d’Homère est idéal,
» comment l’artiste a-t-il pu deviner la forme qui
» de tant d’innombrables conformations qu’offre
» la nature est la seule vraie? A-t-il choisi le
» poëte le plus distingué de son temps pour modèle
» de son buste de l’auteur de l’Iliade? Dans
» ce cas, les observations de l’artiste serviraient
» de confirmation à mes découvertes .»
Le lecteur ne pressent-il pas tout ce qu’il y aurait à dire sur ce passage? Je ne veux pas objecter à Gall que le buste que nous avons d’Homère pourrait bien n’être que celui d’un mythe. Je ne crois pas que la théorie qui tendrait à le faire croire soit dans ce cas particulier plus vraie que d’une manière générale ne l’est la crânioscopie. Puisqu’il y a une Iliade et une Odyssée, il y a eu un Homère, et à mon avis il n’y en a eu qu’un. Mais il ne suit assurément pas de là qu’on ait le buste du grand poëte, j’entends son buste exécuté d’après nature, et je ne ferai à personne l’injure de le croire assez étranger à l’histoire de l’art pour lui rappeler que cela n’est pas possible . Gall lui-même n’eût pas dû mettre la chose en question. Le buste qui porte le nom d’Homère est donc un de ces bustes de fantaisie, une de ces imitations imparfaites ou fausses, où l’artiste a pu tout à son aise idéaliser son modèle, en faire disparaître les formes peu ordinaires, choquantes, comme des défauts, des erreurs de la nature. Quant à ces bourrelets dont parle Gall, je n’ai pas besoin de dire au lecteur qu’il les chercherait en vain sur le buste du divin aveugle ; et si quelque poète contemporain de l’artiste, et son modèle pour ce buste, eût offert, même de loin, une conformation aussi hétéroclite, le sculpteur assurément l’eût fait disparaître, d’après les principes mêmes posés par Gall. Ce dernier, en se demandant comment, si le buste d’Homère est idéal, l’artiste à qui on le doit a pu, en modelant le front du prince des poètes, y deviner l’organe de la poésie, ne fait donc qu’ajouter à une contradiction une de ces naïvetés, incroyables, si l’on n’aime mieux les regarder comme calculées, dont est remplie la partie organologique de son ouvrage.
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