Kitabı oku: «Le nouvel hôtel de ville de Paris, 1872-1900»

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Marius Vachon

Le nouvel hôtel de ville de Paris, 1872-1900


Publié par Good Press, 2022

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EAN 4064066331757

Table des matières

INTRODUCTION

I RECONSTRUCTION DE L’HOTEL DE VILLE

II INAUGURATION DE L’HOTEL DE VILLE

III LE NOUVEL HOTEL DE VILLE SES ORGANES INTÉRIEURS–SES SERVICES PUBLICS

IV LA FAÇADE CENTRALE

V LES FAÇADES MODERNES

VI LES COURS

VII LA SALLE SAINT-JEAN LA SALLE DES PRÉVOTS

PRÉVOTS DES MARCHANDS

MAIRES DE PARIS

PRÉFETS DE LA SEINE

MAIRES DE LA SEINE

PRÉFETS DE LA SEINE

MAIRES DE PARIS

PRÉFETS DE LA SEINE

VIII LA COMMISSION DE DÉCORATION PICTURALE

IX LES GRANDS ESCALIERS DES FÊTES LES GALERIES DE POURTOUR ET DES TOURELLES LA SALLE DES CARIATIDES

X LES SALONS D’INTRODUCTION LES SALONS D’ENTRÉE LES PORTIQUES DE LA GRANDE SALLE DES FÊTES

XI LA GRANDE SALLE DES FÊTES

XII LA GALERIE LOBAU

XIII LA GRANDE SALLE A MANGER LES SALONS DE PASSAGE

XIV LE SALON LOBAU

XV LES SALONS A ARCADES SALONS DES SCIENCES, DES ARTS, ET DES LETTRES

XVI LA GALERIE DES MÉTIERS

XVII L’ESCALIER D’HONNEUR GALERIES ET SALLE DU CONSEIL MUNICIPAL

LISTE DES ARTISTES QUI ONT COOPÉRÉ A LA RECONSTRUCTION ET A LA DÉCORATION DE L’HOTEL DE VILLE

ARCHITECTES

PEINTRES

SCULPTEURS

EXTRAIT DU BULLETIN MUNICIPAL OFFICIEL DE LA VILLE DE PARIS (28mars1899)


TYMPAN DE L’ARC DU MILIEU DE LA FAÇADE CENTRALE.

INTRODUCTION

Table des matières

Quand le Conseil municipal de Paris imposa aux architectes, qui prendraient part au concours pour la reconstruction de l’Hôtel de Ville, l’obligation de restituer sur le même emplacement, avec les mêmes dispositions, l’œuvre de la Renaissance française, incendiée en1871, ce n’était ni par défiance ni par réaction: il obéissait à la nécessité sociale de renouer immédiatement la tradition municipale, qui semblait interrompue par l’acte de désespoir de la Commune.

Il y a plus de cinq cents ans, Étienne Marcel installait l’administration de la ville de Paris dans la Maison aux Piliers, sur la place de Grève, concédée en toute propriété aux bourgeois parisiens par le roi Louis VII. Les siècles ont successivement agrandi l’Hôtel de Ville; ils ne l’ont jamais déplacé, ni désorienté. Pour les prévôts des marchands et pour les échevins, comme pour le peuple d’autrefois, ce berceau municipal de Paris était un sol sacré, inaliénable. En1359, Jehan Culdoë annexe à la Maison aux Piliers une habitation qui forme le coin de la Grève; en1499, Jacques Piédefer bâtit dans la cour une galerie; en1530, François Ier ordonne de «faire croistre, élargir et réédifier l’hostel», de façon qu’il devienne «un édifice somptueux et des plus beaux que l’on saiche»; à la fin du XVIIIe siècle, et au commencement du XIXe, le palais municipal absorbe tout ce qui l’entoure: église, chapelle, jardin, et hôpital; en1837, on élève sur toutes les façades des constructions nouvelles, considérables, mais les architectes y enchâssent le vieil hôtel. Après l’incendie de1871, qui avait tout détruit, le Conseil municipal décida de rebâtir l’Hôtel de Ville, de telle façon que le palais nouveau, ainsi que le premier, extension de l’antique Maison de la Marchandise de l’eau, continuât le symbole du vaisseau héraldique ancré sur la rive du fleuve, dans le sens de son cours éternel, de l’orient à l’occident, comme celui du soleil. Et, le 13juillet1882, sous les yeux du peuple enthousiasmé, réapparut fièrement l’édifice de François Ier, radieux d’une jeunesse nouvelle, en harmonie superbe avec les vastes bâtiments modernes qui l’enceignent.

Le nouvel Hôtel de Ville reliait le passé au présent et à l’avenir, magnifique synthèse du développement incessant de la vie, de la prospérité, de la puissance, et de la gloire de Paris.

Sur la façade centrale de l’ancien Hôtel de Ville, la reconnaissance et l’admiration publiques avaient fait revivre quelques-uns des grands ancêtres parisiens. Le Conseil municipal a pensé que pour la cité, pareille à la mère des Gracques, la plus belle parure artistique à mettre à son palais réédifié était les effigies de ses fils qui l’ont le mieux honorée par leurs œuvres et par leurs vertus. Cent trente-cinq statues et médaillons décorent toutes les façades extérieures et intérieures du nouvel Hôtel de Ville.

Les artistes du moyen âge sculptaient sur les cathédrales les bibles du peuple. Au fronton de l’horloge du campanile, sur les balustrades du parvis, au-dessus des entablements des hauts étages, dans les écoinçons des archivoltes des pavillons, le Conseil municipal fait placer les allégories des expressions diverses du génie parisien par les arts, les lettres, et les sciences, les emblèmes des luttes et des conquêtes pacifiques de la démocratie, et les personnifications des villes de France unies à la Ville de Paris par les liens du patriotisme et de la solidarité municipale. C’est là aussi un enseignement philosophique et social populaire.

Avant la Révolution, la décoration intérieure de l’Hôtel de Ville ne se composait que de portraits des prévôts des marchands, des échevins, et des gouverneurs en exercice, de tableaux commémoratifs des épisodes de l’histoire particulière de la royauté; puis, les peintres y représentèrent des apothéoses impériales, des fantaisies académiques, et des mythologies. Dans les galeries, dans les salles, et dans les escaliers du nouveau palais, la Glorification de Paris a été l’idée générale inspiratrice des compositions des maîtres de l’École française, groupés pour constituer là un musée grandiose de l’art de notre pays, à la fin du XIXe siècle.

Et, au centre, dans la Cour d’honneur, se dresse le «Gloria Victis», fière allégorie de la résurrection de la Patrie au lendemain de ses désastres.

Paris a voulu, ainsi, que son nouvel Hôtel de Ville soit un acte de foi patriotique et une œuvre d’art.

Ce livre, publié par le Conseil municipal, est consacré à l’histoire artistique de l’Hôtel de Ville. Puisse-t-il faire plus encore aimer et admirer Paris!


MOTIF DE L’HORLOGE.


L’HÔTEL DE VILLE ET NOTRE-DAME


GALERIE DES MÉTIERS, DÉCORATION PAR M. P. V. GALLAND.

I
RECONSTRUCTION DE L’HOTEL DE VILLE

Table des matières

Dès son entrée en fonctions, en1871, le Conseil municipal votait, à l’unanimité de ses membres, la mise en réserve d’une somme de3millions de francs pour les études préparatoires de la reconstruction de l’Hôtel de Ville. Ces études furent confiées au Conseil des Travaux d’architecture. M. Duc rédigea le rapport résumant les délibérations du conseil. Ce rapport concluait ainsi:

«Reconstruction de l’Hôtel de Ville dans les conditions primitives où MM. Godde et Lesueur l’avaient construit, sauf à y apporter les améliorations jugées nécessaires pour le compléter.

«Il y a lieu de repousser le mode de concours, soit restreint, soit public, et de confier la désignation de l’architecte qui sera chargé de la réédification de l’Hôtel de Ville à un jury nommé par le Conseil municipal, lequel choisira, entre tous les candidats qui se présenteront pour obtenir ce travail, celui d’entre eux dont les œuvres privées et les aptitudes connues offriront à l’Administration municipale les meilleures garanties d’exécution.»

La Commission des Beaux-Arts et des Travaux historiques fut adjointe au Conseil des Travaux d’architecture pour examiner ces conclusions; après de longs débats, la commission et le conseil aboutirent aux propositions suivantes:

«Reconstruire l’Hôtel de Ville en réunissant les appartements du Préfet, le Conseil municipal, et les services administratifs;

«Conserver l’œuvre de Godde et Lesueur en façade sur la place Lobau, respectée par l’incendie;

«Reproduire religieusement l’édifice primitif, dit du Boccador, dans tous ses détails, ainsi que la cour dite de Louis XIV, l’escalier de Marin de la Vallée, la Salle du Trône, les tourelles en saillie et le campanile.

«Établir en recul les bâtiments latéraux à droite et à gauche de l’édifice primitif, et accentuer par l’abaissement du comble des bâtiments latéraux la différence de style qui distinguait le vieil édifice de François Ier de ses adjonctions successives.»

Une sous-commission de dix membres rédigea sur ces bases le programme de la reconstruction de l’Hôtel de Ville:

«Io Le recul de la façade pouvant être limité entre les anciennes tourelles et les pavillons d’angle, accentuer résolument la différence de style entre l’ancien édifice et les adjonctions;

«2o Faire que l’antique façade du Boccador soit moins absorbée qu’elle ne l’était par les anciennes constructions;

«3o Apporter à l’art moderne un style sobre et vigoureux à la fois;

«4o Élargir les bâtiments d’angle sur les côtés (côtés de la rue de Rivoli et du quai) d’environ3mètres de chaque côté pour l’aménagement et l’agrandissement des bureaux, si cela est nécessaire.

«5o Il n’y a pas lieu, quant à présent, de déterminer le style qu’il conviendra d’adopter pour relier l’ancienne façade aux nouveaux bâtiments.»

En conséquence, le Préfet de la Seine, M. Léon Say, soumettait au Conseil municipal ce projet de délibération:

«Il sera institué une commission générale composée de huit membres du Conseil municipal et des membres de la Commission des Beaux-Arts pour l’examen des avant-projets qui pourraient être produits. Cette commission aura pour mission spéciale de désigner les trois architectes qui lui paraissent les plus capables de dresser le projet définitif après approbation du Conseil municipal et de diriger les travaux. M. le Préfet de la Seine choisira sur cette liste, dressée par ordre alphabétique, l’architecte auquel sera confiée, dans les conditions du programme adopté par le conseil, la reconstruction de l’Hôtel de Ville.»

Le Conseil municipal nomma, pour examiner ce projet de délibération, une commission, qui fut composée de MM. Binder, président, Delzant, secrétaire, Gavrel, Perrin, Louvet, Leleux, Dubief, Jobbé-Duval, Piat, et Félix Dehaynin. La commission repoussa le projet, et émit l’avis que la reconstruction de l’Hôtel de Ville devait être mise au concours.

Le Conseil municipal délibéra pendant deux mois sur la question, et adopta l’avis de la commission.

Par suite du vote du Conseil municipal, le Préfet de la Seine prenait, le23juillet1872, un arrêté aux termes duquel était ouvert pour la reconstruction de l’Hôtel de Ville un concours public, qui devait être clos le31janvier1873.

Soixante-six architectes prirent part au concours: MM. Aragon, Bassaget, Ballu et Deperthes, Baltard, de Baudot, Bénard, Blondel, Bore, Boudier, Breton, Brouilhonny, Brouty, Calinaud et Rozier, Carion, Chardon et Lambert, Chevey, Chipiez, Crépinet, Daviaud et Peters, Davioud, Degeorge, Demangeat, Duseigneur, Escalier, Formigé et Leclerc, Ch. Fournier, J. Fournier, Gerhard, Grandjacquet, Guadet, Hardy, Herbault, Jean, Joigny, Joliet et Belle, Labulle, Lafolye, Leclerc, Lecomte, L’Enfant, Leroux, Lecesne, Lheureux, Magne père, Magne fils, Masson et Robin, Massé, Mayeux, Morin, Moyaux et Lafforgue, Navarre fils, Noguet, Parent et Reboul, Pascal, Pela-jay, Poissonnier, Portalle, Raulin, Roguet et Menjot de Dammartin, Rolland et Bruneau, Roulet, Rouyer, Storez, Thouvenin, Triboulet, Vaudremer.


Le Conseil municipal avait décidé que le jury du concours serait composé de trente membres, dont dix conseillers municipaux choisis par le conseil, dix par le Préfet de la Seine, et dix par les concurrents. Les délégués du Conseil municipal furent MM. Perrin, Piat, Jobbé-Duval, Ohnet, Binder, Thorel, Hérold, Vauthier, Delzant, et Callon. Le Préfet de la Seine désigna MM. Husson, secrétaire général de la Préfecture de la Seine, Alphand, directeur des Travaux de la Ville de Paris, Charles Blanc, chef de la division des Beaux-Arts au Ministère de l’Instruction publique, membre de l’Académie des Beaux-Arts, Bailly, architecte, Duc, architecte, membre de l’Académie des Beaux-Arts, Guillaume, statuaire, membre de l’Académie des Beaux-Arts, Labrouste, architecte, membre de l’Académie des Beaux-Arts, de Long-périer, membre de l’Institut, Vitet, membre de l’Académie des Beaux-Arts, et Croiseau, architecte vérificateur. Les jurés élus par les concurrents étaient MM. Millet, Ginain, Louvet, Lebouteux, André, Ch. Garnier, Lefuel, Abadie, Lesueur, et Viollet-le-Duc, architectes.


Le jury commença ses opérations le10février. Il nomma une sous-commission de huit membres pour procéder à une première élimination, qui porta sur trente-huit projets. Les projets réservés étaient ceux de MM. Ballu et Deperthes, Baltard, de Baudot, Boudier, Calinaud et Rozier, Crépinet, Davioud, Degeorge, Demangeat, Escalier, Gerhardt, Grandjacquet, Guadet, Joliet et Belle, Labulle, Lafolye, Leclerc, Lheureux, Magne père, Magne fils, Mayeux, Moyaux et Lafforgue, Noguet, Parent et Reboul, Pascal, Poissonnier, Portalle, Raulin, Roguet et Menjot de Dammartin, Rouyer, Vaudremer. Après revision, le jury maintint les projets de MM. Bénard, Breton, Brouty, Chardon et Lambert, Hardy, Joigny, L’Enfant, Rolland et Bruneau.

La première élimination effectuée, les membres du jury qui n’avaient pas fait partie de la sous-commission se partagèrent en sous-groupes, et séparément, ainsi que les membres de la sous-commission, procédèrent à l’examen des trente-huit projets pour en éliminer de nouveau un certain nombre.

Après délibération en commun de tous ses membres, le jury arrêta les noms des auteurs des projets qui méritaient d’être primés. Ce furent MM. Ballu et Deperthes, Baltard, Breton, Calinaud et Rozier, Chardon et Lambert, Crépinet, Davioud, Demangeat, Escalier, Gerhardt, Labulle, Leclerc, Lheureux, Magne père, Moyaux et Lafforgue, Pascal, Poissonnier, Roguet et Menjot de Dammartin, Rouyer, Vaudremer.

Le jury procéda ensuite, par le scrutin, à l’élimination des douze projets n’ayant droit qu’à la prime de2.500francs. Le vote se fit sur listes, chaque membre du jury inscrivant sur son bulletin les noms des concurrents à primer dans cette catégorie. Le vote donna les résultats suivants: MM. Calinaud et Rozier, Chardon et Lambert, 31voix; Leclerc, 30voix; Breton, Demangeat, Pascal, Poissonnier, 29voix; Escalier, Gerhardt, Labulle, 28voix; Crépinet, 21voix; Lheureux, 17voix. Le jury avait enfin à choisir le lauréat du premier prix et ceux des cinq primes de 15.000francs, 12.000francs, 10.000francs, 8.000francs, et 5.000francs. Au premier tour de scrutin, le premier prix fut attribué à MM. Ballu et Deperthes, par20voix, contre5à M. Davioud, 2à M. Magne père, 2à M. Rouyer, et I à MM. Roguet et Menjot de Dammartin. Le vote pour la prime de 15.000francs donna lieu à deux tours de scrutin. Au premier tour, M. Rouyer obtenait14voix; M. Davioud, 8; M. Magne père, 5; MM. Roguet et Menjot de Dammartin, 2; MM. Moyaux et Lafforgue, et M. Vaudremer, I; au second tour, la prime était accordée à M. Rouyer par23voix, contre6à M. Davioud, et2à M. Magne père. Les autres primes furent ainsi attribuées, également, à la suite de deux tours de scrutin: 2e prime, 12.000francs, à M. Davioud; 3e prime, 10000francs, à M. Vaudremer; 4e prime, 8.000francs, à M. Magne père; 5e prime, 5.000francs, à MM. Moyaux et Lafforgue. MM. Baltard, Roguet et Menjot de Dammartin reçurent des primes de2.500francs.


PORTRAIT DE M. THÉODORE BALLU.

M. Théodore Ballu, à qui le jury confiait la mission de reconstruire l’Hôtel de Ville, avec M. Deperthes, avait déjà conquis une haute situation artistique. Un an auparavant, l’Académie des Beaux-Arts l’appelait à succéder à Vaudoyer. Les églises de la Trinité, Saint-Ambroise, Saint-Joseph, le Temple de la Rédemption, la restauration de la Tour Saint-Jacques-de-la-Boucherie, la tour qui relie la mairie du Ier arrondissement à Saint-Germain-l’Auxerrois, l’église d’Argenteuil, la direction des travaux de Sainte-Clotilde, après la mort de Gau, vingt-cinq ans de services administratifs à la Ville de Paris, comme inspecteur et architecte divisionnaire, avaient prouvé la fécondité et la puissance de son esprit créateur, l’étendue et la diversité de ses connaissances dans toutes les branches de la profession d’architecte. Il était élève de Le Bas et de l’École des Beaux-Arts de Paris, où il remportait, en1840, le premier Grand Prix de Rome. Dans toute la force de l’âge–cinquante ans–, et d’une santé florissante, il allait se consacrer tout entier à cette œuvre colossale, qui devait être son testament artistique. M. Ballu n’eut pas la joie de voir l’achèvement de l’Hôtel de Ville. Il mourut le 22mai1885.

Son collaborateur, M. Pierre-Joseph-Édouard Deperthes, s’était fait connaître par des travaux nombreux, dans l’exécution desquels il avait montré de grandes qualités professionnelles. Il débuta, en1856, comme architecte, par la construction, à Berne, d’une église catholique qui avait fait l’objet d’un concours. En1863, M. Théodore Ballu le chargeait de diriger, comme inspecteur, les travaux de l’église d’Argenteuil et de l’église Saint-Ambroise, à Paris. Quatre ans après, il obtenait, au concours, la construction de la basilique de Sainte-Anne d’Auray. La Municipalité de Brest l’appela ensuite à la direction du service d’architecture de la ville; en cette qualité, il y bâtit l’église Saint-Martin et le Marché couvert.

Un arrêté préfectoral, en date du3avril1873, nommait M. Ballu architecte en chef des travaux de reconstruction de l’Hôtel de Ville, M. Deperthes architecte des mêmes travaux; et allouait au premier une indemnité mensuelle de1.500francs, au second une indemnité de1.250francs, à valoir sur leurs honoraires. En1882, M. Ballu reçut la mission personnelle de diriger les travaux de décoration artistique, et s’adjoignit, pour toutes les études se rattachant à ces travaux, M Formigé, inspecteur de l’agence. Quand M. Ballu mourut, le Préfet de la Seine, exécutant le dernier vœu de l’architecte en chef de l’Hôtel de Ville, et conformément à l’avis du Conseil d’architecture de la préfecture de la Seine, prenait un arrêté, en date du27juin1885, aux termes duquel M. Formigé était nommé architecte de l’Hôtel de Ville, adjoint à M. Deperthes pour l’achèvement des travaux de reconstruction, spécialement chargé des études et des travaux se rapportant à la décoration artistique de l’édifice, comme l’avait déterminé, en1882, la décision préfectorale concernant la part de collaboration de M. Ballu dans l’œuvre de reconstruction du Palais municipal.



PORTRAIT DE M. DEPERTHES.

Le20janvier1872, le Conseil municipal, après avoir exprimé le désir que les parties de l’Hôtel de Ville épargnées par l’incendie fussent utilisées dans la plus large mesure possible, nommait une commission spéciale pour faire l’évaluation de ces parties. La veille, le Conseil des Travaux d’architecture avait fait une visite officielle des ruines, à la suite de laquelle furent consignées, dans un procès-verbal, les constatations suivantes:

Les fondations et les caves sont absolument intactes, sauf quelques dégradations superficielles très peu importantes à l’angle de la rue de Rivoli et de la place Lobau. Les constructions sont établies dans des conditions toutes particulières en raison du voisinage de la Seine et des difficultés des fondations; les murs ont, en moyenne, plus de2mètres d’épaisseur.

Sur la façade de la rue de Rivoli, le soubassement, jusqu’à l’appui des fenêtres du premier étage entresolé, une grande partie des pavillons d’angle, peuvent être intégralement conservés, ainsi que la façade de la place Lobau et la façade sur le quai, dans toute la largeur, y compris les pavillons d’angle jusqu’au dessous des assises du premier étage entresolé.

Sur la façade principale, les pavillons d’angle, jusqu’au deuxième étage inclusivement, et les parties en arrière-corps jusqu’aux assises des fenêtres de l’entresol, sont à employer, sauf les arcades centrales. Pour la façade du Boccador, il est possible de procéder à une restauration analogue à celle du château de Blois, qui coûtera peut-être aussi cher qu’une reconstruction, mais qui permettra de garder dans leur pureté les plus précieuses des sculptures.

On peut conserver, de la façade sur la Cour des bureaux, le pavillon du fond, jusqu’au-dessus du premier étage; la façade du côté de la place de l’Hôtel-de-Ville, sauf les rez-de-chaussée à reconstruire en sous-œuvre; dans la Cour du Préfet, la façade parallèle à la façade principale; sur la façade parallèle au quai, les trois travées attenant à la façade parallèle à la façade principale, et le soubassement sur toute la longueur, jusqu’à l’appui des fenêtres de l’entresol; le pavillon au fond, jusqu’au-dessus du premier étage. La façade située en face de la façade parallèle au quai, déplacée en partie par l’explosion, doit être démolie.

Quant à l’intérieur, toute la Salle Saint-Jean et les vestibules y attenant, les escaliers et la Grande Salle des Fêtes, jusqu’au haut du premier étage, sont à conserver.

Le25mai, M. Ohnet donnait lecture au Conseil municipal du rapport de la commission. La valeur des parties pouvant être utilisées était fixée à6.715.285fr. 08. L’administration l’avait évaluée à10.848.000francs, d’après les données du Conseil des Travaux d’architecture. A la suite d’une longue et vive discussion, le Conseil municipal adoptait une proposition portant que les constructions subsistantes devraient être utilisées dans la plus large mesure possible par les concurrents, qui auraient à présenter leurs projets accompagnés d’un devis, permettant de les apprécier en connaissance de cause.

Le vœu du Conseil municipal, renouvelé le22juillet de la même année, sur l’utilisation d’une partie des ruines, ne put être réalisé. D’ailleurs, les auteurs du projet adopté par le jury du concours, s’étant assurés, par des études approfondies, que rien de l’Hôtel de Ville incendié ne pouvait être conservé, par suite de la calcination des pierres, n’avaient pas hésité à faire sortir les nouveaux bâtiments du périmètre ancien sur trois-côtés: la place de l’Hôtel-de-Ville, le quai, et la place Lobau. Sur l’avis conforme des diverses commissions spéciales, le Conseil municipal décida donc que les ruines seraient rasées, et que les architectes n’auraient qu’à utiliser les anciennes fondations.

A la démolition, on reconnut que ces fondations, elles-mêmes, étaient des plus défectueuses, qu’elles présentaient le plus imprévu mélange de matériaux, et le plus étrange mode de construction. Les unes reposaient sur des restes de maisons; d’autres, qui portaient des angles et des points d’appui du palais, étaient maçonnées en moellons, ou se composaient de pierres de taille jetées dans la fouille sans mortier, laissant entre elles des joints béants de3et4centimètres. On s’expliqua alors pourquoi, dans l’ancien édifice, se produisaient constamment, et de tous côtés, des tassements et des craquements; comment les eaux de la Seine entraient dans les caves, dès que leur niveau atteignait le sol inférieur.


SALON DES LETTRES. LA PHILOSOPHIE AFFRANCHIT LA PENSÉE, par M. Bourgeois.

Les fouilles opérées dans les anciennes fondations amenèrent une découverte archéologique intéressante. Les bases et une partie des fûts des piliers de l’Hostel au Dauphin, dénommé plus fréquemment la Maison aux Piliers,–le Palais municipal du XIVe et du xve siècles,–furent découvertes à plus de6mètres au-dessous du niveau de la place actuelle, témoignage de l’exhaussement progressif, subi par la place de Grève, depuis ce temps-là.

Le procès-verbal de l’état des anciennes fondations, ayant été soumis au Conseil municipal, en1875, par un rapport des architectes du nouvel Hôtel de Ville, provoqua une seconde proposition tendant à la démolition complète de ces fondations sur lesquelles, de toute évidence, il était imprudent d’élever des constructions; et, par conséquent, à la démolition du bâtiment Lobau, dont le maintien et le raccordement avec ces constructions offraient le grave inconvénient de rétablir l’Hôtel de Ville sur le sol ancien, en contre-bas du niveau des abords du palais municipal. La proposition fut adoptée par le Conseil municipal. Les architectes firent raser toutes les anciennes fondations, et établirent les nouvelles sur un vaste plateau de béton.

Un premier devis, approuvé par le Conseil municipal, le 10juin1873, avait fixé les dépenses de la reconstruction de l’Hôtel de Ville à la somme de16.205.521fr. 36. Un nouveau devis était présenté en1877; il s’élevait à la somme de 25.000.388fr. 70, ainsi répartie: terrasse, maçonnerie et égouts, 12.851.242fr. 80; charpente, 678.366fr. 64; serrurerie, quincaillerie, 2.233.567fr. 46; couverture et plomberie d’art, 837.658fr. 63; plomberie des eaux et du gaz, 264.761fr. 49; menuiserie, 1.014.111fr. 88; menuiserie décorative, 158.246francs; fumisterie, 13.970francs; chauffage et ventilation, 1.090.299fr. 55; statuaire, 1.213.660francs; sculpture d’ornement, 1318.504fr. 24; pavage, asphalte, granit, 96.982fr. 62; peinture, vitrerie, tenture, 643.406fr. 22; peinture décorative, 228.028fr. 35; dorure, 177.149fr. 42; miroiterie, 13.689fr. 50; marbrerie et stucs, 518.656fr. 62; horloge, 27.500francs; régie, 587.075fr. 75; honoraires et frais d’agence, 1.013.511fr. 53. Successivement, ce devis fut porté, d’abord, à26.885.337fr. 09, et approuvé par le Conseil municipal dans sa séance du20février1883; puis, à28,852,058fr. 20, en1885. En fin de compte, le nouvel Hôtel de Ville, à la date du Ier juillet 1900, a coûté la somme de 32.628.349francs, dont voici la répartition administrative par grandes divisions de crédits: travaux de réédification proprement dits, 25.251.732fr. 60; peintures, 2.500.000francs; statuaire, 1.217.000francs; décoration ornementale, 279.003fr. 73; matériel permanent des fêtes, 114.964fr. 10; mobilier municipal fixe, 660.803fr. 90; ameublement décoratif, 792.003fr. 73; parvis et jardin du Préfet, y compris l’architecture du monument d’Étienne Marcel, 332.397fr. 97; viabilité, chaussées, trottoirs, égouts, conduites d’eau, éclairage public, 493.454fr. 99; modifications dans l’installation primitive des locaux administratifs, 118.060fr. 38; travaux nouveaux d’aménagement des locaux du Conseil municipal, 205.000francs; honoraires des architectes, 663.929francs.

Ainsi, les dépenses de la reconstruction de l’Hôtel de Ville se sont élevées juste au double du premier devis, dressé en1873.


MOTIF DE L’HORLOGE.


ORNEMENTATION DES SALONS A ARCADES.

II
INAUGURATION DE L’HOTEL DE VILLE

Table des matières

L’Hôtel de Ville a été inauguré le 14juillet1882, par le Président de la République. Les architectes, en y employant, pendant plusieurs semaines, huit cents ouvriers, étaient parvenus à aménager la Grande Salle des Fêtes, la Salle des séances du Conseil municipal, et la Salle Saint-Jean. M. Lavastre avait peint, en décor de théâtre, la voûte de la Grande Salle des Fêtes, où il représenta allégoriquement les Arts, les Sciences, le Commerce, l’Agriculture, et l’Industrie. Les parois et les plafonds des salles contiguës et des galeries furent tapissés de toiles à treillis d’or avec branchages de lierre et guirlandes de fleurs; et l’on tendit la Salle des séances du Conseil municipal d’étoffes imitant le cuir de Cordoue, ornées du chiffre en or de la République française. Sur le parvis, aux angles de la façade centrale, furent élevées deux fontaines monumentales en plâtre bronzé, dont M. Ballu avait donné les dessins.

La fête commença à cinq heures du soir par les exercices et le défilé, sur la place de l’Hôtel-de-Ville, devant la municipalité, du premier Bataillon scolaire, formé depuis trois mois, et comprenant six cents élèves de l’École Lavoisier et de dix écoles primaires communales du Ve arrondissement. Aux applaudissements d’une foule immense, le préfet de la Seine remit solennellement au bataillon son drapeau, offert par le Conseil municipal.


MÉDAILLE COMMÉMORATIVE DE LA RECONSTRUCTION DE L’HOTEL DE VILLE (FACE) Par M. Chaplain.

A six heures eut lieu, dans la Grande Salle des Fêtes, un banquet auquel avaient été conviés le Président de la République, les ministres, les représentants des grands corps de l’État, les ambassadeurs des puissances étrangères, les maires des villes de France, des délégués de toutes les grandes Écoles de l’État, de toutes les institutions publiques, de toutes les associations artistiques, industrielles, et commerciales, de toutes les Chambres syndicales, patronales et ouvrières, de Paris.


A la fin du banquet, le Président du Conseil municipal, M. Songeon, adressait au Président de la République, M. Grévy, ce discours:

«Au nom du Conseil municipal de la Ville de Paris, je salue respectueusement en vous, Monsieur le Président, l’homme éminent, que sa haute raison, son noble caractère, ont fait placer à la tête de la République.


«A vos côtés siègent les ambassadeurs des puissances, les représentants des premières villes d’Europe, les présidents, les membres des bureaux du Sénat et de la Chambre des Députés, les ministres de votre conseil.

«Qu’ils acceptent ici, avec vous, les remerciements et l’hommage de Paris.

«Dans cette enceinte–, aujourd’hui trop étroite,–nous nous sommes efforcés de réunir les chefs des magistratures, de l’armée, des académies, de toutes les institutions de l’Etat et de la Cité.

«Nous avons convié les maires des villes de France, les délégués des écoles,–maîtres et élèves,–des Chambres syndicales, patronales et ouvrières, ces représentants de l’intelligence et de l’industrie parisienne, dont l’incessant labeur traduit, sous toutes les formes de la production, les inspirations du génie national. Que ceux-là, aussi, reçoivent le salut cordial et fraternel de Paris.

«Demain, 14juillet, toutes les communes de France célébreront la fête de la Nation.

«Aujourd’hui, c’est la fête de Paris.–Paris inaugure son nouvel Hôtel de Ville.–Il s’élève en face de l’île de la Cité, berceau primitif de la grande Métropole.–Il sculpte à son fronton ce vieux navire, son emblème, qui–battu de siècle en siècle par maintes tempêtes–est demeuré à flot à travers les écueils, toujours orienté vers la liberté et le progrès.–Il s’élance aujourd’hui, plus confiant que jamais, vers les voies nouvelles que la République ne peut manquer de lui ouvrir.

«Dans cette solennité municipale, sous les auspices des idées de paix, de travail et de liberté qui l’ont inspirée, je porte un toast au Président de la République et aux hôtes illustres de la Ville de Paris.»

Après le président du Conseil municipal, le préfet de la Seine, M. Floquet, prononçait les paroles suivantes:

«Monsieur le Président de la République,

Messieurs,

«Au nom de l’Administration de la Ville de Paris, je dois parler encore après le discours éloquent que vous venez d’entendre, non seulement au nom des privilégiés qui la représentent dans ce banquet et qui ont été choisis parmi les plus éminents et parmi les plus humbles, mais aussi au nom de tous ceux qui la servent au dehors, qui donnent, avec un désintéressement admirable, leur temps, leur science, leur dévouement, à leurs concitoyens, et qui sont trop nombreux à la peine pour qu’il fut possible de les appeler tous à l’honneur. Mais ils sont tous présents à notre mémoire et nous n’avons pas besoin de les signaler à la reconnaissance publique.

«Je suis fier d’être en ce moment l’organe de tous ces fidèles serviteurs de Paris. En leur nom, je salue les hôtes dont la présence donne à cette fête une consécration éclatante, nos législateurs, mandataires de la Nation souveraine, le chef loyal et vénéré et les membres du Gouvernement de la République, les représentants des puissances et des municipalités étrangères, les délégués de nos départements. C’est dire que je bois à la France une et indivisible, à la paix, à la concorde patriotique. Puisse cette splendide demeure où nous entrons aujourd’hui, cet édifice que d’illustres artistes ont fait renaître de ses ruines, qui sera longtemps encore pour le génie français un sujet fécond d’inspirations et une source de renommée, puisse cet Hôtel de Ville qui a été agité par tant de révolutions, qui a été le témoin de tant de gloires et de tant de désastres, rester désormais l’asile inviolé de Paris libre dans la France forte et respectée.»


POURTOUR DES GRANDS ESCALIERS DES FÊTES, LE JARDIN DU LUXEMBOURG, par M. Harpignies.

Le Président de la République porta ensuite ce toast à la Ville de Paris:

«Messieurs,

«Je remercie M. le Président du Conseil municipal et M. le Préfet de la Seine des paroles bienveillantes qu’ils m’ont adressées. Je les remercie aussi de l’honneur qu’ils m’ont fait en me conviant à cette fête toute parisienne où je suis heureux de voir, assis à la même table, les représentants les plus éminents de la France et nos illustres hôtes, MM. les Ambassadeurs des puissances étrangères, tous réunis ici dans un commun sentiment de sympathie pour la grande Cité qui est fière de les posséder.

«M’associant à ces sentiments, Messieurs, je porte un toast à la Ville de Paris. Je la félicite de voir sortir de ses ruines avec une nouvelle splendeur son vieil Hôtel de Ville, maison paternelle de la Cité, antique berceau de ses libertés municipales, théâtre souvent glorieux, orageux quelquefois, et toujours attachant, des dramatiques événements qui remplissent son émouvante histoire.

«A Paris, qui a pris une si brillante part à l’épanouissement de la civilisation française!

«A ce foyer de vive lumière, à cette patrie des lettres, des sciences, des beaux-arts, sublimes productions du génie, qui font le charme de la vie des hommes et la vraie grandeur des Nations!

«A la Ville de Paris!»

Dans la Salle Saint-Jean, un autre banquet réunissait le Bataillon scolaire et ses officiers, sous la présidence d’un membre du Conseil municipal.

Une grande réception, pour laquelle il avait été lancé huit mille invitations, suivit le banquet. Sur la place de l’Hôtel-de-Ville, et dans toutes les voies adjacentes, illuminées par des portiques et des guirlandes de feux multicolores, était massé le peuple de Paris. A onze heures, les chœurs de l’Opéra vinrent aux fenêtres chanter la «Marseillaise»; cinquante mille voix reprenaient le refrain de l’hymne républicain, terminé par le cri formidable de: «Vive la République! Vive Paris!»

Après l’inauguration, les travaux furent repris avec une activité nouvelle: il en restait encore pour plus de6millions de francs à exécuter. Le gros œuvre était à peu près achevé; mais, il y avait à terminer la décoration sculpturale extérieure, et à aménager la plus grande partie de l’intérieur.

En juillet1883, le Cabinet du Préfet, le Secrétariat général de la Préfecture, les Directions des Finances et des Travaux quittaient le Pavillon de Flore, et se réinstallaient définitivement dans l’Hôtel de Ville. Le II juillet, le Conseil municipal tint sa première séance dans le nouveau palais. Le Président, M. Mathé, après avoir rappelé le discours prononcé, un an auparavant, par le Président de la République, à l’inauguration de l’Hôtel de Ville, adressait à ses collègues cette allocution: «On ne peut exprimer, dans un langage plus élevé et plus patriotique, les sentiments qui nous animent et nous soutiennent dans la tâche, souvent bien lourde, mais toujours attachante, que nous avons acceptée, de gérer les affaires de notre grande et généreuse Cité. En prenant possession de notre nouvelle salle de délibérations où vont désormais, à travers les siècles, se débattre les intérêts de Paris, je ne puis rien ajouter aux éloquentes paroles que je viens de rappeler. Travaillons, Messieurs, travaillons sans relâche à la prospérité de Paris, à son rayonnement constant dans le monde du progrès et de la liberté. Notre dévouement, celui de nos successeurs, lui assureront un avenir digne de son passé.»


LUCARNE DE LA COUR DU CENTRE.


MOTIF DES VOUSSURES DE LA GRANDE SALLE DES FÊTES.

III
LE NOUVEL HOTEL DE VILLE
SES ORGANES INTÉRIEURS–SES SERVICES PUBLICS

Table des matières

Le nouvel Hôtel de Ville occupe une superficie de 14.476mètres carrés, ainsi décomposés: bâtiments, 10.570mètres; cours, fossés, et jardins, 3.996mètres. L’édifice, brûlé en 1871, mesurait9.600mètres carrés. Avant les travaux d’agrandissement exécutés sous Louis-Philippe, l’Hôtel de Ville du commencement du XIXe siècle couvrait environ4.000mètres carrés, le double du palais municipal du XVIIIe siècle.

En quatre siècles, l’Hôtel de Ville a successivement absorbé les rues de la Tixeranderie, des Deux-Portes, des Vieilles-Garnisons, du Tourniquet, de la Levrette, Pernelle, du Pet-au-Diable, du Martroi, une partie des rues de la Mortellerie et des Haudriettes; les bâtiments de l’hospice du Saint-Esprit, la chapelle du Saint-Esprit, la chapelle Saint-Jean, l’église paroissiale de Saint-Jean en Grève; l’Hôtel de Sainte-Mesme, bâti, au XIVe siècle, rue du Pet-au-Diable, le Grand Bureau des Pauvres, l’Hostellerie de la Macque, le Bureau des coches d’Amiens, et l’Arsenal où étaient renfermés les piques, les canons, et les hacquebuttes de la Ville. L’Hôtel de Ville, ainsi, a crû, en même temps que Paris, symbole de sa vie, de sa puissance, et de sa gloire.


PLAN DE L’HOTEL DE VILLE EN1770.


PLAN DE L’HOTEL DE VILLE EN1830.

Les quatre plans ci-joints, reproduits à la même échelle, permettent de se rendre exactement compte des développements successifs de l’Hôtel de Ville, au cours de ses quatre grandes périodes historiques: 1770, 1830, 1870, et1882; c’est-à-dire: Io après l’achèvement définitif de l’œuvre ancienne, sous Louis XV; 2o avec les adjonctions successives opérées, au IXe siècle, sur les terrains de l’église paroissiale de Saint-Jean en Grève, de la chapelle Saint-Jean, de l’hôpital du Saint-Esprit, et qui comprenaient, à cette époque, les appartements du Préfet, la cour et le jardin de la Préfecture, au nord (a. b. c. du2e plan); la Salle Saint-Jean et la Salle du Trocadéro, à l’est (g. h. du2e plan); 3o les bâtiments construits par Godde et Lesueur, englobant l’ancien Hôtel de Ville, terminés sous Louis-Philippe, et pour lesquels il fut dépensé une somme de 12millions et demi de francs; et, enfin 4o l’Hôtel de Ville inauguré le 13juillet1882.


PLAN DE L’HOTEL DE VILLE EN1870.


PLAN DE L’HOTEL DE VILLE EN1882.


CARIATIDE DE L’ESCALIER DE LA COUR DU SUD,

Le nouvel Hôtel de Ville contient près de 600pièces, galeries, salons, appartements, bureaux, magasins, dépôts, ateliers, ainsi répartis: soubassement, 77; rez-de-chaussée, 84; entresol du rez-de-chaussée, 80; premier étage, 100; entresol du premier étage, 64; deuxième étage, 115; et combles, 74.

Le soubassement du palais municipal, dans sa partie centrale, a été affecté à trois services: Io le Chauffage et la Ventilation; 2o l’Électricité, et3o l’Imprimerie municipale.

Le premier service,–le Chauffage et la Ventilation,–occupe les substructions du bâtiment de la façade de la place Lobau, au-dessous de la Salle Saint-Jean. Dans une galerie voûtée de55mètres de longueur sur8mètres de largeur, sont installés huit générateurs pour la production de la vapeur destinée au chauffage et à la ventilation, deux machines à vapeur et deux machines électriques, dynamos génératrices, actionnant à distance, par des câbles conducteurs de courant, trente-cinq dynamos réceptrices qui font mouvoir chacune un ventilateur soufflant; soit trente-cinq ventilateurs placés aux endroits convenables, qui prennent l’air pur à l’extérieur, l’envoient dans les salles à ventiler, directement l’été, l’hiver, en le faisant passer au travers de surfaces chauffantes pour l’élever à la température désirée. De ces huit générateurs partent les conduites de vapeur, qui se dirigent verticalement vers les combles par des gaines spéciales, d’où elles se branchent aux divers étages, soit en s’épanouissant dans des appareils à chauffage direct, avec ventilation par becs de gaz et cheminées d’appel, soit en chauffant les surfaces sur lesquelles les ventilateurs font passer l’air extérieur. Actuellement, le nombre des salles chauffées dans l’Hôtel de Ville est de trois cent quatre-vingt-treize, cubant185.200mètres. Pour leur chauffage pendant l’hiver, les appareils produisent par heure2.682.213calories (calorie: quantité de chaleur nécessaire pour élever de I degré centigrade la température de1kilogramme d’eau). Les dépenses annuelles pour le service de chauffage et de ventilation sont de 108.000francs, ainsi divisés: combustible, 53.000 francs; entretien, 22.000francs; personnel, 33.000 francs. On est loin du temps où Jacques Deschamps, sergent du Parloir aux bourgeois, et concierge de l’Hôtel de Ville, en 1424, recevait cent sous parisis–100francs –qu’il devait employer en approvisionnements de bûches et bourrées pour chauffer l’hôtel.

Le deuxième service, l’Électricité, est installé au-dessous des Grands Escaliers des Fêtes et de la Cour du Centre. L’usine qui l’alimente fut organisée en1883, c’est-à-dire à une époque où l’on ne pouvait prévoir l’extension de ce système d’éclairage; elle ne comprenait que deux chaudières, deux moteurs, deux dynamos, et cinq cents lampes réparties dans les locaux réservés au Conseil municipal. Lorsque, en1886, le conseil décida de mettre l’éclairage électrique dans les salons et dans la Grande Salle des Fêtes, il devint nécessaire d’acquérir de nouvelles machines. Mais la place manquait pour agrandir l’usine. Comme il s’agissait d’un éclairage ne devant fonctionner que les nuits de réceptions et de fêtes, c’est-à-dire deux ou trois fois par an, on prit le parti de constituer les machines nouvelles en deux groupes complètement distincts et indépendants du groupe de l’usine de1883. Le premier de ces groupes comprenant deux moteurs de65chevaux, deux dynamos de40kilowats chacun, et empruntant aux générateurs pour le chauffage la vapeur nécessaire à son fonctionnement, a été placé dans une salle au-dessous du guichet est de la Cour du Nord. Au second de ces groupes, qui comprend trois machines mi-fixes, pouvant développer ensemble150chevaux, et trois dynamos de24kilowats chacune, a été réservée la galerie au-dessous de la Cour du Centre. La puissance totale des trois groupes, par suite des améliorations apportées à l’usine primitive et de l’adjonction d’une batterie d’accumulateurs, atteint aujourd’hui le chiffre de280kilowats. Le pouvoir éclairant correspond à5.915lampes, ainsi réparties: Grande Salle des Fêtes et salons, 4.000; salles du Conseil municipal, appartements du préfet, et bureaux, 1.915. La distribution de l’énergie est assurée par un réseau de canalisation à deux fils, sous la différence de potentiel moyenne de110volts. Les circuits principaux, au nombre de seize, partent d’un tableau général de distribution, installé dans l’usine primitive; ils desservent des tableaux secondaires, au nombre de vingt-sept, placés aux différents étages du palais municipal. Les dépenses d’exploitation, en régie depuis1883, se sont élevées, en1899, à la somme de51.800francs. Le nombre de kilowats–heure, produits pendant l’année dernière, atteint134.000. Le personnel de l’usine comprend un chef de service, un piqueur, un contre-maître, et neuf ouvriers. Une partie de l’Hôtel de Ville est encore éclairée au gaz, l’usine étant impuissante à assurer l’éclairage électrique de l’édifice tout entier.


CARIATIDE DE L’ESCALIER. DE LA COUR DU NORD.


PLAN DU SOUBASSEMENT.

Dans le soubassement des bâtiments en façade sur la place de l’Hôtel-de-Ville, sous la Salle des Prévôts, et en façade nord sur la Cour du Sud, est le troisième service, l’Imprimerie municipale, créée en1880. Les ateliers contiennent le matériel des caractères, deux moteurs à gaz de4chevaux chacun; une presse Indispensable format raisin; une presse Universelle format double raisin; deux presses à retiration format double raisin; une presse à rogner; un folioteur à piston; une presse lithographique; une presse autographique; et une presse à satiner. Cinquante-huit ouvriers, organisés en commandite, exécutent, dans ces ateliers, le «Bulletin municipal officiel», qui paraît tous les jours, les rapports et les procès-verbaux divers du Conseil municipal et du Conseil général, des commissions spéciales de l’Hôtel de Ville; l’Annuaire de statistique municipale, les États du personnel, les listes d’électeurs, le «Recueil des Actes administratifs», etc.

Le soubassement, sur la façade du quai, sert de dépendances aux appartements de la Préfecture de la Seine: caves, offices, cuisines, laveries, lingeries, etc.

Le soubassement, sur la façade de la rue de Rivoli, contient les dépendances du bureau des Postes, Télégraphes et Téléphones, le Dépôt des pierres du Plan de Paris, les Archives de la Caisse municipale, le Dépôt des Titres au porteur, et, entre autres bureaux, ceux de la Recette et des Titres. Les Archives de la Caisse municipale occupent un local de 14mètres de longueur. sur9mètres50de largeur, et 4mètres50de hauteur. Classées sur264mètres carrés de casiers, elles se composent de tous les documents de comptabilité transmis par les divers bureaux de la Caisse depuis la reprise des services en1871, et qui doivent être conservés pendant trente ans. Ce sont: Grand Livre et Journal de la Caisse, 120vol.; Sommier de la Recette, 367vol.; États de distribution de fonds, 370vol.; Registres à souches des quittances délivrées aux débiteurs (environ 120.000par an), 314vol.; Copies de lettres de500pages chacun, 1.200vol,; Registres de souscription aux Emprunts de1871, 1875, 1876, 1886, 100vol.; Minutes des bordereaux à l’appui de la Recette, transmis à la Cour des Comptes, 70vol.; Bordereaux des titres de recettes et de dégrèvement de la Direction des Finances, 45vol.; Comptes manuscrits de gestion des Receveurs municipaux (de1871à1897), 30vol.; divers autres documents classés, 200liasses. En ce qui concerne le dépôt des Titres au porteur, dans les resserres, à la date du 18avril 1900, leur nombre s’élevait à459.418, provenant des emprunts de1860, 12865, 1869, 1871, 1875, 1876, 1886, 1892, 1894, 1898, et1899(emprunt spécial pour le Métropolitain), et correspondant à une valeur nominale totale de195.685.295francs.


PLAN DU REZ-DE-CHAUSSÉE.


SALON DES LETTRES. L’HISTOIRE, par M. Thirion.




Le rez-de-chaussée comprend: dans les bâtiments de la façade de la place de l’Hôtel-de-Ville, au centre, la Salle des Prévôts; à gauche, le bureau des Postes, Télégraphes et Téléphones; les services des Titres de la Dette municipale; à droite, le poste de la Garde républicaine; le Cabinet du Préfet de la Seine, et les services du Ier bureau de la Préfecture; dans les bâtiments de la façade du quai, les bureaux du Service du matériel; les écuries et remises de la Préfecture; dans les bâtiments de la façade Lobau, au centre, la Salle Saint-Jean; à droite, le poste des pompiers, et quelques dépendances des appartements du Préfet; à gauche, le cabinet du Caissier principal de la Ville de Paris et les services de la Ire section de la Caisse municipale. Tous les bâtiments de la façade de la rue de Rivoli sont affectés aux services des Emprunts publics de la Ville de Paris, de la Dette municipale, aux bureaux de la Caisse et des Titres. Le rez-de-chaussée des bâtiments contigus à la Cour du Centre renferme les bureaux et les ateliers du Service d’entretien des bâtiments, de l’Eclairage électrique, les dépôts du Service du matériel, et les écuries pour le service du président du Conseil municipal, du président du Conseil général, et du syndic du Conseil municipal. A l’entresol du rez-de-chaussée, les appartements du Préfet de la Seine occupent tous les bâtiments du sud, depuis la Salle des Prévôts et la Salle Saint-Jean; et les bureaux des services financiers, tous les bâtiments du nord, moins quatre pièces contiguës à la tourelle de la façade centrale de la place de l’Hôtel-de-Ville, affectées au secrétariat du Conseil municipal; quant à ceux qui entourent la Cour du Centre, ils ont été attribués aux bureaux et à la Direction du personnel intérieur et extérieur de la Ville de Paris.


SALON DES LETTRES. L’ ÉLOQUENCE, par M.H. Leroux.


PLAN DE L’ENTRESOL DU REZ-DE-CHAUSSÉE.


PLAN DU PREMIER ÉTAGE.


GUICHET DE LA COUR DU SUD. HÉRAUT D’ARMES DU XVIe SIÈCLE. par M. Cordonnier.

Le premier étage est divisé en trois parties: les appartements de réception; le Conseil municipal,–salle des séances, salles de Commissions, salle d’attente,–et les Bureaux. Les appartements de réception consistent en dix-neuf galeries et salles, qui peuvent contenir huit mille invités: la Grande Salle des Fêtes, les Salons d’introduction et d’entrée, la Galerie Lobau, les Galeries de pourtour, la Salle des Cariatides, la Grande Salle à manger, le Salon Lobau, la Galerie des métiers, les Galeries des tourelles, les Salons des Lettres, des Sciences, et des Arts, les Salons de passage. Le Conseil municipal occupe toute la partie centrale de la façade de la place de l’Hôtel-de-Ville, et les bâtiments de la Cour du Centre, avec cette distribution: Salle des séances du Conseil municipal, salle de la Commission du budget, cabinet du rapporteur général du budget, Bibliothèque du Conseil municipal, cabinet du président du Conseil municipal, cabinet du syndic, avec bureaux; et cinq salles de commissions. La Bibliothèque du Conseil municipal, créée en 1859, et reconstituée en1872, contient18.000volumes de jurisprudence, d’histoire de Paris, et d’histoire de la Révolution; elle est exclusivement réservée aux conseillers municipaux, et se trouve placée administrativement dans les attributions du syndic, sous la direction du chef de service du Conseil municipal. Dans l’aile gauche, sur la rue de Rivoli, en retour sur la place de l’Hôtel-de-Ville, et sur la place Lobau, sont installés les services de la Direction des Travaux de Paris: cabinet du directeur, chef de bureau, secrétariat et archives; les services du Secrétariat du Conseil municipal; le bureau du président du Conseil général, et les bureaux du Secrétariat général de la Préfecture de la Seine, formant pendant au cabinet du Préfet et à son secrétariat particulier, situés à l’angle du palais sur le quai et sur la place de l’Hôtel-de-Ville, en communication directe par les galeries du conseil.


GUICHET DE LA COUR DU SUD. UN SERGENT DU PARLOIR AUX BOURGEOIS, par M. Morice.

L’entresol du premier étage, qui n’existe que dans la partie du palais réservée aux Bureaux, contient: sur la façade de la place de l’Hôtel-de-Ville, le Contrôle central, le bureau de l’Ordonnance, les Archives, le Bureau central, le cabinet du chef de la Ire Division; sur la façade de la rue de Rivoli, les bureaux de la 2e Division, de la Comptabilité départementale et de la Comptabilité municipale, du Recouvrement des contributions; et, dans les bâtiments du centre, les bureaux du secrétariat du Conseil municipal, et la salle de la Presse municipale.


PLAN DE L’ENTRESOL DU PREMIER ÉTAGE.


PLAN DU DEUXIÈME ÉTAGE,

Le deuxième étage est tout entier consacré aux Bureaux: façade de la rue de Rivoli et partie droite de la façade de la place de l’Hôtel-de-Ville, divers services des Directions des Travaux et d’Architecture; façade centrale de la place de l’Hôtel-de-Ville, Service du Contentieux; pavillon d’angle nord-ouest, Inspection générale des Beaux-Arts; façade du quai, Direction d’Architecture; partie de gauche de la façade de la place de l’Hôtel-de-Ville, et façade nord de la Cour du Nord, Direction des Finances; façade nord de la Cour du Sud, Service des Élections.

L’étage des combles contient, dans la façade du quai, les Archives et le dépôt des projets du Ier bureau d’Architecture, les bureaux de l’Agence d’Architecture de l’Hôtel de Ville; dans la façade de la place Lobau, le magasin des tentures et tapisseries, les Archives du bureau des Promenades et Plantations; les Archives du Plan de Paris, la Comptabilité des travaux du Service municipal, la Bibliothèque administrative et les bureaux de son personnel; dans la façade de la rue de Rivoli, les bureaux des géomètres; et dans la façade de la place de l’Hôtel-de-Ville, les Archives de la2e Division, les magasins du Matériel, les bureaux du Service des Beaux-Arts, une partie du Service des Eaux et Egouts, et les Archives du Conseil municipal.

Les Archives du Conseil municipal se divisent en trois parties distinctes: Io Les archives manuscrites; 2o Les imprimés émanant du Conseil municipal; 3o Les documents de provenance administrative. Les archives manuscrites se composent de tous les dossiers votés par le conseil depuis1871. Chacune des affaires délibérées depuis cette date a donné lieu à un dossier renfermant un certain nombre de pièces, telles que les rapports des conseillers, les minutes des délibérations prises, les mémoires des préfets de la Seine, et les rapports des ingénieurs et chefs de service sur les affaires soumises à l’approbation du Conseil municipal. Ces dossiers contenus dans un nombre considérable de cartons étiquetés et numérotés représentent un fonds d’archives des plus précieux, en ce sens que beaucoup de ces pièces sont des manuscrits absolument uniques. A ces dossiers, il faut ajouter la collection complète des registres manuscrits des délibérations du conseil, signés, cotés et paraphés, en vertu de la loi, par tous les membres de l’assemblée communale et par les représentants de l’administration. Ces registres, soigneusement reliés, dont le premier porte la date du4août1871, sont actuellement au nombre d’environ trois cents. Les imprimés émanant du Conseil municipal comprennent toutes les impressions nécessitées par le service de cette assemblée, et exécutées dans les ateliers de l’imprimerie municipale: procès-verbaux, rapports, délibérations, Bulletin municipal officiel, procès-verbaux de commissions, ordres du jour, feuilletons, etc. Les documents de provenance administrative sont les projets de budgets, les multiples documents financiers et administratifs imprimés par les soins de l’administration préfectorale. Ces archives, dont le volume est considérable, quoiqu’il ne remonte pas au delà de1871,–ne doivent pas être confondues avec les Archives du département de la Seine, et les Archives des autres services de la Ville, installées, quai Henri IV, dans un bâtiment spécial, et qui comprennent: dans la première division, les Archives administratives de la Préfecture de la Seine et des administrations départementales, les Archives historiques, antérieures à l’an VIII (Ancien régime et Période révolutionnaire), les Tables décennales de l’État civil des communes (à partir de1790), et l’Inspection des Archives communales et hospitalières; dans la seconde division, les Archives administratives de la Ville de Paris, les Archives historiques, les Actes de l’État civil reconstitués (XVIe siècle à1859), les Tables décennales de Paris (à partir de1860), et le Répertoire des Actes enregistrés et des Minutes des Arrêtés préfectoraux.


SCENES DE FÊTES F. Barrias


HENRI II ET ANNE DUBOURG Jean Paul Laurens)


GRILLE DE LA BALUSTRADE DU PARVIS CENTRAL.


PLAN DES COMBLES.

La Bibliothèque administrative de la Préfecture de la Seine, qui ne comprend pas moins de52.848volumes, est une bibliothèque de droit général et spécialement de droit administratif, d’économie politique et de sociologie, divisée en deux sections d’égale importance: une section française, formée à l’aide de dons, d’achats, et des collections de tous les documents publiés soit par la Ville de Paris, soit par le Département de la Seine, soit par les diverses administrations de l’État, et tenue soigneusement au courant des ouvrages les plus nouveaux; une section étrangère, constituée presque exclusivement au moyen d’échanges internationaux. Le crédit annuel inscrit au budget départemental pour la bibliothèque s’élève à la somme de12.600francs.

L’Hôtel de Ville contient1.377employés et agents sur les 2.405qui constituent l’administration centrale de la Ville de Paris; faute de place, on a dû disséminer les autres, 1.028, dans les diverses annexes de l’avenue Victoria et de la caserne Lobau. On estime que le chiffre moyen des personnes venant chaque jour dans les bureaux de l’Hôtel de Ville pour affaires peut être évalué à un millier. Les statistiques dressées par la Caisse municipale fournissent le chiffre moyen de1.248personnes qui se présentent quotidiennement aux guichets des divers services de la Recette, de la Dépense, de la Dette, et des Titres, pendant les périodes normales, soit annuellement452.445. Mais, au cours d’opérations d’emprunt, en fins de trimestre de clôture d’exercice, ce chiffre s’élève jusqu’à2.500, à certains guichets. Ainsi, du15au31mai1899, pour le versement du7e terme exigible de l’Emprunt de1892, on a compté aux guichets de la Recette 25.105personnes. Dans la ville de Paris, le Palais municipal constitue, ainsi, un des plus grands centres permanents de vie sociale, active et féconde; de même que le budget annuel qui y est administré,–331millions de francs,–représente la vie financière d’un petit État.


CULOT DE NICHE.


ORNEMENTS DE LA FAÇADE CENTRALE.

IV
LA FAÇADE CENTRALE

Table des matières

Dès la première délibération du Conseil municipal relative à la reconstruction de l’Hôtel de Ville, il fut question de conserver la façade de l’ancien palais, dite faussement la façade Boccador, œuvre délicate, gracieuse, et pittoresque, d’un artiste français, Pierre Chambiges, «maistre des œuvres du Roy au bailliage de Senlis», à qui les historiens du Louvre attribuent le rez-de-chaussée de la galerie reliant la façade sur la Seine aux constructions de Lescot; qui a collaboré à la construction des châteaux de Fontainebleau, de Saint-Germain-en-Laye, de la Muette (près de Saint-Germain-en-Laye), de Challuau (près de Moret), et qui était le fils de Martin Chambiges, l’auteur, avec Jean Vast, de la façade de la cathédrale de Troyes, et du transept de la cathédrale de Beauvais.

Dans sa visite des ruines de l’Hôtel de Ville incendié, faite le19janvier1872, le Conseil des Travaux d’architecture émettait à l’unanimité l’avis de procéder, sans la démolir, à la restauration de l’ancienne façade. «Des travaux du même genre, est-il dit dans le procès-verbal, présentant des difficultés plus grandes encore, ont produit au Château de Blois les résultats les plus satisfaisants; à prix égal, et même supérieur, le conseil insisterait pour la conservation de la décoration originale que les sculpteurs d’ornements ne sauraient rendre avec la finesse des artistes de la Renaissance.» Après avoir cru, avant le déblaiement, que rien de cette façade ne pourrait être conservé, le Directeur des Travaux, M. Alphand, déclarait ceci, au Conseil municipal, le17mai1872: «La restauration coûterait peut-être plus cher qu’une reconstruction totale, mais là n’est pas la question; ce n’est pas une affaire d’économie, il s’agit de restaurer une façade qui a une valeur artistique considérable. Entre une restauration et une reconstruction, il y a la même différence qu’entre la copie d’un tableau et l’original.» Quand l’examen approfondi des parties de l’édifice que l’incendie avait relativement épargnées eut démontré l’impossibilité matérielle de les conserver, en raison de la calcination des pierres, la Commission des Beaux-Arts et des Travaux historiques, ainsi que le Conseil des Travaux d’architecture, décidèrent d’insérer dans le programme du concours de reconstruction ce deuxième paragraphe: «Restituer dans son intégralité première l’antique maison de François Ier, rechercher les moyens de la mettre plus en honneur et d’en faire valoir le caractère et les exquises proportions.»

A la suite de la discussion ouverte au Conseil municipal, pendant la session de juin-juillet1872, au sujet du rapport présenté par la commission chargée de l’étude de la question de la reconstruction de l’Hôtel de ville, il était voté la décision suivante: «La façade principale devra reproduire exactement l’ancienne façade du Boccador, et sera maintenue dans l’axe de l’avenue Victoria.»

MM. Ballu et Deperthes ont résolu le problème posé par le Conseil municipal. La façade centrale de l’Hôtel de Ville est la reproduction, légèrement agrandie, de l’œuvre de la Renaissance française, dans toute son élégance et dans toute son originalité. La façade présente une saillie de six mètres sur les constructions de caractère moderne; cette saillie a permis de dégager entièrement les pavillons d’angle, si charmants avec leurs échauguettes et leurs gargouilles, qui étaient encastrés dans les bâtiments de Godde et Lesueur, et de les surmonter d’un comble aigu, d’un bel effet architectural.

La façade centrale se compose de six parties: deux grands pavillons, deux tourelles, un corps de milieu, et un campanile.

Les grands pavillons sont percés à leur base d’une grande porte plein cintre, qu’entoure un chambranle mouluré et décoré de losanges, et que ferme une grille en fer forgé, à l’imposte écussonnée des armes de la Ville. Deux colonnes accouplées, d’ordre composite, à fûts cannelés et à bases losangées, montent de chaque côté de la porte, et supportent un entablement complet se prolongeant au-dessus de leurs archivoltes, dont les écoinçons sont ornés de moulures circulaires. Entre les colonnes est placée une niche abritant une statue et surmontée d’un petit dais saillant, fort délicatement ornementé, à dôme et lanternon soutenus par de fines colonnettes corinthiennes. Cette niche est la reproduction de la niche qu’on admirait sur la façade ancienne.

Les quatre statues représentent: au pavillon de gauche, Molière, (par M Moreau-Vauthier); Turgot, (par M. Oliva); au pavillon de droite, Lavoisier, (par M. Idrac); Voltaire, (par M. Coutant); qui personnifient la Comédie, la Philosophie, la Science, et la Politique: expressions diverses et caractéristiques du génie parisien. Le Conseil municipal avait adopté et maintenu énergiquement le système de n’admettre, sur les façades de l’Hôtel de Ville, que les statues d’enfants de Paris, même quand il s’agirait de personnages ayant joué un grand rôle dans l’histoire municipale, mais nés ailleurs, tels que Marrast, François Arago, Pétion, Danton, Audry de Puyraveau, Moreau de Saint-Méry, etc.


LA FAÇADE CENTRALE DE L’ANCIEN HOTEL DE VILLE.


FAÇADE CENTRALE SUR LA PLACE DE L’HÔTEL DE VILLE

Des consoles renversées, ornées de feuillages, prolongent au premier étage les colonnes du rez-de-chaussée, et supportent des culots composés alternativement de cornes d’abondance, de guirlandes de fleurs et de fruits, avec têtes d’enfants, qui servent de piédestaux à des statues abritées dans des niches, que surmonte un fronton à consoles en forme de triglyphes. Une troisième niche est ménagée dans l’axe des portes du rez-de-chaussée, différenciée des deux autres par une moins grande saillie de la console et du culot. Un double entrelacs circulaire encadre l’archivolte des baies et relie les frontons des niches. Les statues, dans le pavillon de gauche, sont celles de: Jean Goujon, le grand sculpteur de la Renaissance, (par M.A.-J. Allar); Guillaume Budé, prévôt des marchands au XVie siècle, (par M. Tony Noël); Pierre de Montreuil, l’architecte de la Sainte-Chapelle, (par M. Marqueste); Achille de Harlay, premier président du Parlement de Paris au XVIe siècle, (par M. Thabard); Jean Bullant, l’architecte des Tuileries, d’Écouen, et de l’Hôtel de Soissons, (par M. A-J. Allar); dans le pavillon de droite, Pierre de l’Estoile, le chroniqueur parisien du XVIe siècle, (par M. Thabard); Étienne Boyleau, l’auteur du «Livre des Mêstiers», prévôt de Paris sous Saint Louis, (par M. Allouard); Boccador, (par M. Blanchard, qui fort embarrassé pour représenter le pseudo-architecte de l’Hôtel de Ville, dont aucune iconographie ne contient le portrait, parce que de son temps c’était un fort mince personnage, a eu l’idée de lui donner les traits de M. Ballu); Pierre Lescot, l’architecte du Louvre et de la Fontaine des Innocents, (par M. Injalbert); Germain Pilon, l’auteur du groupe des Trois Grâces, et des mausolées de François Ier et de Henri II à Saint-Denis, (par M. Injalbert).


Au premier étage, le pavillon est percé de deux baies plein ceintre, dont le tympan renferme un œil-de-bœuf, et qui sont limitées par une petite corniche supportée par deux pilastres, entre lesquels s’ouvre une fenêtre rectangulaire avec meneaux. Un entablement complet, qui pourtourne l’édifice entier sur ses quatre faces, sépare le premier étage du second. Ce second étage est décoré de pilastres cannelés, d’ordre composite, que flanque, de chaque côté, une pendeloque avec mascarons et cartouches symbolisant une manifestation de l’activité intellectuelle de la vie de Paris: l’Art, la Science, l’Industrie, etc. Entre ces pendeloques s’ouvrent des fenêtres plein cintre, séparées par une niche cintrée, qui abrite une statue. On a placé là les figures de: Jules Hardouin-Mansard, l’architecte du Dôme des Invalides, de la place des Victoires, du Grand Trianon, etc., (par M. Allouard); Jacques de Thou, historien, (par M. Amy); Étienne Pasquier, jurisconsulte et historien, (par M. Guitton); Le Nostre, le jardinier de Louis XIV), par M. Marcellin).


SAUT DE LOUP DE LA FAÇADE PRINCIPALE.

Au-dessus d’une frise décorée de cartouches de fruits, se développe un entablement complet, recevant, au droit des pilastres, des gargouilles avec têtes de chimères. La façade est terminée par un comble rectangulaire, au fronton surmonté d’acrotères et de consoles renversées, orné d’une haute lucarne dont la baie plein cintre a une archivolte portée sur de petits pilastres composites, et des écoinçons décorés de figures de Renommées ailées, sculptées par MM. Vilain, Le Cointe, de Vercy, et Calot. A droite et à gauche des combles, s’élèvent de grandes souches de cheminées, qui présentent une ornementation de pilastres composites, encadrant des cartouches au chiffre de la République française, et soutenant un entablement à consoles, que surmonte un acrotère de rosaces, et que termine une corniche très ouvragée.


SOUCHE DE CHEMINÉE DES PAVILLONS DE LA FAÇADE CENTRALE.

Dans la partie de chaque pavillon la plus éloignée de l’axe principal de l’édifice, se trouve, au rez-de-chaussée, une légère saillie, sur laquelle viennent ressauter toutes les moulures de la façade, et qui est percée d’un œil-de-bœuf dans la hauteur du soubassement, et d’une baie plein cintre dans la partie correspondant à l’archivolte des deux portes cochères. Une moulure en forme de losange horizontal en orne la partie comprise entre cette fenêtre et la corniche du sou bassement; la baie est surmontée d’un ensemble de moulures composées d’abord d’un entablement uni, puis, d’une suite de consoles supportant une frise ornée de canaux; en avant de cette frise se détachent huit arcatures séparées les unes des autres par de petits pilastres composites reposant sur des culots. Cet ensemble ornemental forme une saillie générale qui sert de base aux tourelles quadrangulaires. Les tourelles présentent au premier étage une baie rectangulaire à meneaux, encadrée de pilastres à rosaces, supportant un entablement, au-dessus duquel s’ouvre une mezzanine qu’accostent des consoles renversées; au second étage, elles rappellent les dispositions du même étage des pavillons dans les fenêtres, les pilastres, les gargouilles, et les crêtes de couronnement.


ENCORBELLEMENT DES ÉCHAUGUETTES,

La partie centrale de la façade François Ier est divisée, au rez-de-chaussée, en sept travées par des colonnes semblables à celles des pavillons. La travée dans l’axe est remplie par une porte plein cintre, en chêne, aux vantaux décorés de médaillons avec têtes, cartouches, et rinceaux, aux heurtoirs de mufles de lions; on y accède par un perron demi-octogonal précédant un emmarchement de cinq degrés encadrés dans une baie, dont l’arc-doubleau est orné de motifs représentant des salamandres couronnées, qui alternent avec le chiffre de François Ier, que surmonte la couronne royale.

Les architectes du nouvel Hôtel de Ville ont tenu à rappeler ainsi l’époque de la construction de l’ancien Palais municipal, déterminée par une ornementation analogue à celle de l’arc-doubleau de la porte centrale, découvert, en1872, lors de la démolition des ruines. Et, par là, ils ont maintenu à sa place ce précieux document, qui contient la preuve de l’attribution exacte de l’Hôtel de Ville de1533à un architecte français, Pierre Chambiges, au lieu de l’italien Dominique de Cortone, dit le Boccador.

«Le15juin1533, rapporte le vieux chroniqueur parisien, Jacques Du Breuil, fut posée la première pierre du «nouveau bastiment de l’Hostel de Ville»; et «au-dessus de la grand’porte dudit hostel fut escrit en marbre ce qui s’ensuit: «Senatui, populo, equitibusque parisien. Pie de se meritis, Franciscus primus Francorum rex potentissimus has ædes a fundamentis extruendas mendavit, accuravit, cogendisque publice consiliis et administrandæ reipublicæ dicavit. Anno a salute condita M. D. XXXIII. Idibus Julii incisum M. D. XXXIII. Idibus septembr. Petro Viola Prœfecto decurionum. Claudio Daniele, Joanne Bartholomeo, Martino Bragelonio, Joanne Curtino decurionibus. Domenico Cortonensi architectante.»

On avait donc déjà commencé à bâtir à cette date de1533; et les travaux étaient arrivés au niveau de la corniche du rez-de-chaussée, puisqu’on plaçait la susdite inscription au-dessus de la grande porte d’entrée, décorée de la salamandre et du chiffre du roi. Un document historique en fait foi: c’est le devis des ouvrages de maçonnerie du pavillon du Saint-Esprit, et le marché avec Marin de la Vallée, où il est écrit: «Devis des ouvrages de maçonnerie et pierres de taille, qu’il convient de faire en la construction du pavillon neuf destiné estre faict vers l’hospital du Saint-Esprit, le mur de devant duquel sur la Grève est de longtemps planté, est continué en grande haulteur; ensemble la fondation d’ung mur de labbr dudict pavillon, au travers de la chapelle dudict hospital, selon le devis compillé et rédigé par escript par Pierre Chambiges, François Petit, Claude Guérin, et Claude Villefaux, jurez du roy en l’office de maçonnerie, nommez tant par Mrs de la Ville que par les Srs, Mrs et Gouverneur dudict hospital». Il avait été décidé de modifier les premiers plans, pour agrandir et améliorer l’édifice, conformément aux prescriptions formelles de la lettre de François Ier, en date du23avril1533, dont voici le texte: «Comme pour la décoration de nostre bonne ville de Paris, ville capitalle de nostre Royaulme, nous eussions pieça ordonné à noz très chers et bien amez les prévost des marchans et eschevins de nostre dicte ville, faire croistre, eslargir, batir et reediffier de nouveau l’hostel commun d’icelle, en suivant laquelle ordonnance lesdicts prévost des marchans et eschevins auroient faict faire ung porctraict de la forme et devys du bastiment dudict hostel, lequel ils nous auroient monstré, et l’ayant trouvé agréable, nous leur aurions de rechef commandé y faire besogner en toute diligence.»

Les mots «Domenico Cortonensi architectante» de l’inscription citée par Jacques Du Breuil ont formé le point de départ de la légende qui a fait attribuer à Dominique de Cortone l’Hôtel de Ville de Paris. «Architectante» ou «architecteur» n’avait point en ce temps-là–, non plus qu’il n’eut pendant plus d’un siècle–, la signification professionnelle adoptée aujourd’hui. Il était le synonyme de conducteur des ouvrages ou entrepreneur. En1628, on apposait, dans l’Hôtel de Ville, une deuxième plaque commémorative, celle de l’achèvement du corps de logis vers le pavillon du Saint-Esprit, dont il est question plus haut; or, on y lisait le même terme d’«architectante» accolé au nom de Marin de la Vallée, qui était le simple entrepreneur, déclaré adjudicataire des travaux, à la suite d’un rabais de quarante sous, en concurrence avec Pierre Robelin et Georges Pathelin, également entrepreneurs.


CHEVALIER DE LA CRÊTE DE LA FAÇADE CENTRALE.

L’architecte de l’Hôtel de Ville de1533est Pierre Chambiges, qui, d’ailleurs, dans un document officiel, en date du19juin1534, figure en tête de cinq noms de personnages occupés à l’Hôtel de Ville, et dont le dernier est précisément Dominique de Cortone. En outre, dans l’aile du palais municipal sur la rue du Martroy, élevée de1539à1542, Pierre Chambiges construisait un escalier à double révolution droite, semblable de tous points à celui qu’il avait construit, peu d’années auparavant, dans le château de Saint-Germain-en-Laye.

Vainement, on a tenté de contester l’attribution de l’Hôtel de Ville de Paris à un architecte français; toutes les argumentations des ultramontains ne tiennent pas contre les documents étudiés avec soin, contre la démonstration du caractère si essentiellement français du monument; et ne sauraient prévaloir, en outre, contre une autre considération d’ordre social: Est-il possible d’admettre que les Parisiens, représentés par le prévôt des marchands et par les échevins, patriotes ardents, soient allés chercher ou même se soient laissé imposer, pour construire l’Hôtel de Ville, symbole de la vie municipale, un étranger, que ne recommandait aucune construction monumentale antérieure, à l’heure même où tout ce qui allait se bâtir, qui se bâtissait, ou qui venait de se bâtir–palais, châteaux, églises, etc., le Louvre, les Tuileries, Saint-Germain-en-Laye, Fontainebleau, Anet, Villers-Cotterets, Écouen, Saint-Maur-les-Fossés, Carnavalet, Saint-Eustache, etc.–, proclamait hautement la puissance et la fécondité de l’École française, et avait fait à tous connaître les noms de Philibert de l’Orme, Pierre Lescot, Jean Bullant, Lemercier, Le Breton, etc.?


L’ ART Marqueste


CHEVALIER DE LA CRÊTE DE LA FAÇADE CENTRALE

Les six autres travées de la façade centrale, dont le soubassement contient un soupirail à meneau vertical, offrent, dans la partie correspondante au dé de chaque colonne, une table moulurée, et, dans la hauteur des colonnes, une baie plein cintre, dont l’archivolte repose sur les pilastres, et dont les écoinçons sont occupés par des socles de moulures. Chaque baie renferme une fenêtre rectangulaire avec meneaux en croix, surmontée d’un fronton triangulaire au tympan orné d’un médaillon.

Au premier étage, la façade est percée de sept grandes baies à meneaux, entre lesquelles se dressent six statues, celles de: Charles Dumoulin, le jurisconsulte, auteur de la «Revision de la Coutume de Paris», (par M. Daniel Dupuis); Henri Estienne, le célèbre imprimeur de la Renaissance, (par M. Alasseur); Pierre de Viole, le prévôt des marchands, qui présida à la cérémonie de la pose de la première pierre de l’Hôtel de Ville de Pierre Chambiges, (par M. Schraeder); François Miron, prévôt des marchands, en1604, (par M. Iselin); Michel de Lallier, qui, en 1436, se mit à la tête de la milice de Paris, chassa de la capitale les Anglais, et ouvrit les portes au connétable de Richemont, et que les Parisiens, en reconnaissance de son patriotisme, élurent spontanément prévôt des marchands, (par M. Aubé); et Mathieu Molé, le premier président du Parlement de Paris, pendant la Fronde, où il fit preuve du plus grand courage en arrachant les conseillers Blancmesnil et Broussel à Mazarin, (par M. Daniel Dupuis).

Cette partie de la façade centrale est surmontée d’un comble à base rectangulaire, sur lequel se dégage l’horloge, qui occupe, en largeur, trois travées de la façade, se compose de deux parties, dont les dispositions architecturales rappellent celles de l’horloge de l’ancien palais: Io le cadran accosté de deux figures debout, (par M. Hiolle), l’Instruction et le Travail, ayant à leurs pieds des génies portant leurs attributs,–allégories des seules armes de la Démocratie parisienne pour les conquêtes pacifiques, qui remplacent celles de la Justice et de la Force terrassant des esclaves–, et de deux figures couchées sur un demi-fronton, la Marne et la Seine, (par M. Aimé Millet), qui ont les mêmes dispositions que les figures de l’ancienne horloge, représentant les mêmes allégories, sans leur ressembler le moins du monde toutefois; et2o un grand panneau rectangulaire, renfermant la figure de la Ville de Paris, au visage fier et souriant, assise sur le vaisseau héraldique, qui tient d’une main, en forme de sceptre, le gouvernail du vaisseau, et, de l’autre, tend au peuple une branche d’olivier. Cette figure, sculptée par M. Jean Gautherin, est différente de celles que l’horloge a portées à deux époques de l’histoire du monument. Au XVIIe siècle, les gravures d’Israël et de Jean Marot montrent une Ville de Paris–Lutecia –tenant dans sa main gauche tendue le vaisseau héraldique aux voiles éployées; cette figure fut remplacée par une autre avec couronne de laurier dans la main, qui subsista jusqu’en1871. Le panneau est encadré par des pilastres que surmontent des consoles soutenant un fronton triangulaire, dont le sommet porte les armes de la Ville, copiées d’après celles de l’édifice incendié, accostées de figures couchées sur l’extrados, la Vigilance et la Vérité, (par M. Ch. Gauthier), analogues aux figures anciennes. Le cadran provient de l’ancien Hôtel de Ville; il fut acheté, lors de la vente des décombres, par M. Lepaute, qui en fit don à la Ville, ainsi que l’horloge qu’il avait fabriquée spontanément pour remplacer l’horloge détruite en1871, œuvre de son père.

Le comble est terminé par une crête, dont les ornements en plomb ont été exécutés par MM. Mesureur et Monduit; et, au-dessus de la crête se dressent, sur des piédestaux reliés par une balustrade ajourée, six statues de chevaliers du xve siècle, en cuivre doré, qui portent des lances à oriflammes. Cette décoration sculpturale, dont les modèles ont été fournis par MM. Perrey et Tournier, pour le prix de4.000francs, reproduit celle qui se voit dans une miniature de1638, et dans une estampe du même temps, représentant la place de Grève, le soir du Feu de la Saint-Jean; décoration que Leroux de Lincy déclare avoir existé exclusivement dans l’imagination des auteurs de ces deux documents.

La façade centrale est couronnée par un campanile avec piédestal quadrangulaire orné de quatre chimères accroupies, en zinc martelé, dont M. Cain a donné les modèles, payés 13.000francs, et qui s’élève fièrement au-dessus de l’édifice, dominant les crêtes des combles, les chevaliers aux oriflammes, les souches des cheminées, par son dôme octogonal, ajouré de baies plein cintre, qu’encadrent de sveltes colonnettes, et que couronne un lanternon. entouré d’un balcon en fer forgé, et terminé par le piédouche du paratonnerre.

La façade centrale–ainsi, d’ailleurs, que les parties adjacentes sur toute la place de l’Hôtel-de-Ville–a été construite avec les matériaux suivants: le socle en Hauteville, le soubassement en Larrys, le rez-de-chaussée et le premier étage en Charentenay et Courson, sauf les bandeaux, corniches, couronnements de niche, statues, motifs de l’horloge, lucarnes, et balustrades, qui sont en Tercé. Les morceaux composant le motif de l’horloge présentent des dimensions peu communes; plusieurs, avant l’épannelage, mesuraient de7à10mètres cubes. Les statues ont été taillées dans le banc de3mètres, dit statuaire, permettant de les prendre sur lit.

Au-devant de la façade centrale, M. Ballu a établi un parvis de dalles de marbre blanc veiné, que borde une balustrade en pierre blanche, aux grilles de fer forgé, et décorée de deux statues en bronze, l’Art, et la Science, (par MM. Marqueste, et Blanchard), et de lampadaires également en bronze, dont les modèles, dessinés par M. Formigé, ont été exécutés par M. Eugène Dubois, ornemaniste, et sont ornés de figures d’enfants par MM. Hector Lemaire et A.-J. Allar.


CHIMÈRE DU CAMPANILE.

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Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
339 s. 216 illüstrasyon
ISBN:
4064066331757
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
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