Kitabı oku: «Histoire des artistes peintres, sculpteurs, architectes et musiciens-compositeurs»

Yazı tipi:

Michel Nicolas

Histoire des artistes peintres, sculpteurs, architectes et musiciens-compositeurs

Nés dans le département du Gard


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066334000

Table des matières

INTRODUCTION

CHAPITRE PREMIER.

RENAUD LEVIEUX .

PIERRE SUBLEYRAS.

CHARLES-JOSEPH NATOIRE.

ETIENNE THÉAULON.

M. JACQUES-LUC BARBIER-WALBONNE.

JACQUES-JUSTIN ROUJOUX.

ETIENNE D’ARNAL.

JEAN VIGNAUD.

M. JEAN-JOSEPH BASTIÈS DE BEZ.

M. PIERRE LACROIX.

M. ETIENNE LOCHE.

M. FRANÇOIS SOUCHON.

XAVIER SIGALON.

NUMA BOUCOIRAN.

M. PIERRE ALPHANDÉRY.

M. PIERRE-MAURICE DUSSAP.

M. FRANCIS BERNARD.

M. JULES SALLES.

M. JEAN ROUDIL.

M. A. PERROT.

M. CONSTANT PELLENC ET M. LÉON PELLENC.

M. CHARLES-FRANÇOIS JALABERT.

M. JACQUES BERT.

M lle MATHILDE BOUDON.

M. LOUIS-AUGUSTE SIMIL.

M. JULES JOURDAN PÈRE ET M. ADOLPHE JOURDAN FILS.

M. JEAN-MARIE-MELCHIOR DOZE.

M. NÉMORIN CABANE.

M. EUGÈNE SPION.

M. PIERRE-FRANÇOIS-JEAN-JACQUES COLONNA D’ISTRIA.

M. CHRISTOPHE JUSKY.

M. IM-THURN.

M. VICTOR-PIERRE HUGUET.

M. EUGÈNE GERVAIS.

CHAPITRE DEUXIÈME.

PANTALÉON MICHEL ET FRANÇOIS BERNARD.

BARTHÉLEMY GUIBAL.

M. PAUL COLIN.

M. AUGUSTE BOSC.

M. FÉLIX ROUX.

M. PERRIER.

CHAPITRE DEUXIÈME.

MICHEL IXNARD.

CHARLES DURAND.

M. SIMON DURANT.

M. ALPHONSE DE SEYNES.

M. JACQUES-FRANÇOIS CHAPOT.

M. JACQUES JOUVIN.

M. HENRI ESPÉRANDIEU

CHAPITRE QUATRIÈME.

ETIENNE OZI.

JEAN-PIERRE SOULIER.

LE COMTE JOSEPH-ISIDORE VILLARDY DE MONTLAUR.

ETIENNE-JEAN-BAPTISTE PASTOU.

M. ÉDOUARD BRUGUIÈRE.

M. HONORÉ BOURIÉ.

M. HIPPOLYTE RAYMOND COLET.

M. SCIPION ROUSSELOT.

M. FRANÇOIS ROUSSELOT.

M. ÉMILE ROUSSELOT.

M. ALI BLACHIER.

M. FERDINAND POISE.


INTRODUCTION

Table des matières

L’ESSAI que nous publions aujourd’hui doit être considéré comme la suite et le complément de notre Histoire littéraire de Nimes. Il nous a semblé que nous n’aurions tracé qu’un tableau inachevé de l’histoire intellectuelle et morale du département du Gard, si, à côté des portraits des écrivains nés dans cette contrée, nous ne placions ceux des artistes qui sont leurs émules et leurs égaux dans le champ de la pensée. Les produits des beaux-arts, aussi dignes que les œuvres littéraires d’illustrer leurs auteurs, sont aussi les enfants de l’intelligence et du génie; les arts contribuent, autant que les lettres et les sciences, à la gloire des nations, et ils n’exercent pas une influence moins réelle sur leur développement moral.

Il est probable que le département du Gard a été aussi riche en artistes qu’en écrivains. Malheureusement, les produits des beaux - arts, quoique empreints sur le bois et la pierre ou exprimés par le marbre et le bronze, n’ont pas la même durée que les œuvres de la pensée qui n’ont pour passer à la postérité que le faible secours d’un fragile tissu. C’est que tandis que celles-ci peuvent être reproduites sans fin, et qu’elles l’ont été, en effet, au moyen-âge, par des légions de copistes, et, depuis l’invention de l’imprimerie, par cet art merveilleux, ceux-là tirés, si nous pouvons ainsi dire, à un seul exemplaire, se perdent tout entiers, si cet unique exemplaire périt. Et que de causes concourent à leur destruction! Les intempéries des saisons, les révolutions de la nature, et, avec plus de puissance encore, l’ignorance, le mauvais goût et les déplorables ravages de la guerre détruisent peu à peu ou rainent en un moment les plus belles conceptions de la peinture, de la statuaire, de l’architecture. Et pour comble de malheur, quand les noms des orateurs, des poètes, des philosophes, cités dans les livres de leurs contemporains, dans ceux de leurs successeurs, arrivent ainsi par une sorte de tradition, même quand leurs écrits sont perdus, jusqu’à la postérité la plus reculée, les artistes les plus éminents ont seuls le privilége d’exciter la curiosité et l’intérêt des écrivains qui assurent à leurs noms une durée que n’ont pas leurs œuvres. Pour ceux qui n’ont pas fait époque dans leur art, il n’y a pas d’historien: Pline l’Ancien n’a trouvé dignes de sa plume que les peintres et les statuaires les plus célèbres de la Grèce.

Aussi ils ont disparu pour toujours les noms des habiles auteurs des magnifiques monuments antiques qui décorent encore la ville de Nimes, ou qui, détruits depuis longtemps, n’ont laissé que quelques rares débris, frises superbement sculptées, bas-reliefs d’un travail exquis, linteaux admirablement décorés, aigles de marbre «dont le corps, dit Maffei, est si admirablement travaillé que qui n’a pas vu ces ailes, cette queue, ces griffes et cet air de mouvement, ne connaît point ce que peut faire le ciseau dans ces sortes d’ouvrages». Nous admirons leurs œuvres sans rien savoir de leurs vies et de leurs personnes, tandis que l’orateur nimois, Domitius Afer, dont il ne s’est pas conservé une ligne, nous est aussi connu, grâce à Quintillien, à Pline le Jeune, à Tacite, que si nous avions vécu de son temps.

La même obscurité couvre les noms des architectes et des sculpteurs qui, pendant le moyen-âge, du IXe au XVe siècle, ont élevé ou orné ce grand nombre d’églises, de châteaux, de maisons particulières qui existent encore dans un état plus ou moins grand de conservation ou qui ne nous montrent que des ruines imposantes. Nous ne connaissons pas mieux les mélodies des troubadours qui, poètes et musiciens à la fois, chantaient eux-mêmes leurs sirventes et leurs chansons en s’accompagnant d’un instrument à cordes . Ils ne devaient cependant pas manquer de grâce et d’énergie, les chants qui excitaient si vivement la valeur des chevaliers, et la grâce ne pouvait pas être étrangère à ceux qui touchaient si doucement les tendres cœurs des châtelaines.

On ne commence à connaître quelques-uns des artistes de la ville de Nimes qu’à l’époque de la renaissance. Les guerres de religion, qui désolèrent si longtemps le Bas-Languedoc, furent plus favorables au développement des idées de liberté qu’à la culture des beaux-arts. C’est cependant au milieu de ces continuelles agitations que des érudits nimois étudient pour la première fois et décrivent les monuments antiques, en même temps qu’ils profitent de toutes les circonstances favorables pour faire fouiller le sol et recueillir les débris d’antiquités qu’ils en retirent. L’aridité de la controverse et les passions politiques n’avaient pas entièrement étouffé le sentiment du beau.

Avec le XVIIe siècle, on entre décidément dans une ère nouvelle. Le goût des arts n’a pas pris encore, il est vrai, un grand essor; mais du moins, à partir de ce moment, on n’a plus affaire à des artistes inconnus, dont les œuvres en ruines peuvent seulement indiquer l’existence; on se trouve en présence d’œuvres qui portent un nom; la vie de leurs auteurs n’est plus pour nous une énigme. Aussi c’est avec le XVIIe siècle que commence réellement l’histoire que nous avons entrepris d’écrire. Nous la conduirons jusqu’à nos jours, sans laisser de côté les artistes vivants. Dans notre Histoire littéraire de Nimes, nous nous sommes arrêté devant les écrivains pour lesquels la postérité n’a pas encore commencé, parce que nous avons craint de nous engager dans des difficultés insurmontables. Ici nous n’avons aucune crainte semblable. Dans le paisible champ des beaux-arts, les divisions de parti, les haines politiques, les dissentiments sociaux sont heureusement inconnus; si l’on y discute, ce n’est que sur les innocentes questions de la prédominance du dessin ou de la couleur, de la mélodie ou de l’harmonie. Avertissons toutefois nos lecteurs que nous ne nous croyons pas permis de nous poser en arbitre et en juge souverain du mérite des artistes; le role d’Aristarque nous convient peu: nous laissons à la postérité le soin de distribuer les rangs et les couronnes; c’est son droit et son devoir. Il y aurait inconvenance, sinon injustice, de vouloir porter un jugement définitif sur les artistes vivants, quand ils n’ont pas dit leur dernier mot, quand ils n’ont pas donné peut-être encore la mesure exacte de leur force, et produit l’œuvre avec laquelle ils doivent se présenter devant le tribunal de l’histoire. Il ne suit pas de là que nous renoncions à exprimer notre pensée ou à rapporter, quand il y aura lieu, l’opinion d’hommes compétents; mais notre dessein est plutôt de faire connaître les œuvres de nos artistes contemporains que de les apprécier. Notre travail ne sera pas pour cela, nous l’espérons du moins, ni sans intérêt, ni sans utilité. Il donnera une idée aussi complète que possible de nos richesses artistiques, et il fournira des documents exacts aux biographes futurs, auxquels il épargnera de longues et fatigantes recherches.

Il est surtout une considération qui a prévalu sur tous les scrupules qui auraient pu nous empêcher de parler de nos contemporains, et qui nous a décidément engagé à les faire entrer dans le cadre de cette histoire. C’est l’essor remarquable que les beaux-arts ont pris de nos jours dans le département du Gard. Le nombre des artistes vivants, dans tous les genres, peinture, sculpture, architecture, musique, est plus considérable que jamais. Plusieurs ont pris place parmi les maîtres, et les plus jeunes travaillent vaillamment à conquérir un des premiers rangs. Pourquoi ne pas dire les succès des uns et les heureux efforts des autres? En même temps, et ce trait est aussi digne d’être rapporté, la population toute entière du département, cette population à laquelle on a tant reproché ses anciennes violences et son héréditaire grossièreté, a appris à admirer et à respecter les œuvres des grands maîtres. Nous n’en voulons pas d’autre preuve que l’immense concours qu’attira sur la place du Musée, il y a quelques années à peine, l’arrivée de la Poésie légère de Pradier, et l’affluence bien autrement considérable qu’amena de tous les lieux voisins l’inauguration de la Fontaine monumentale de l’Esplanade. Il est permis de douter qu’il y ait en France beaucoup de villes où le désir de voir une statue eût fait déserter les ateliers, et un département dont les habitants se fussent déplacés en masse pour fêter une œuvre d’art. Ce n’est pas tout: les soins intelligents avec lesquels, depuis plusieurs années, on veille à la conservation des antiquités romaines; le besoin qu’éprouve la municipalité de faire disparaître des édifices religieux sans grandeur, pour élever à leur place des monuments mieux appropriés à leur haute destination; le grand nombre de maisons particulières, de date récente, remarquables par la distinction de leur style et par l’élégance de leur ornementation; les éclatants succès de l’école de dessin et de peinture, les résultats déjà bien sensibles de l’école de musique, tout se réunit pour prouver qu’au point de vue de l’art, la ville de Nimes est dans une bonne voie. Peu s’en est fallu qu’à la fin du XVIe siècle et au commencement du XVIIe, elle ne soit devenue un centre scientifique et littéraire. Si elle ne se décourage pas, si elle persévère, elle peut aspirer aujourd’hui à se distinguer par la culture des beaux-arts et à devenir peut-être un foyer artistique. La petite ville de Dusseldorf n’est-elle pas aussi célèbre dans l’histoire de la peinture que les premières capitales de l’Allemagne? Ajoutons enfin que le reste du département du Gard suit de près le bon exemple de son chef-lieu. Le Vigan a élevé une statue à d’Assas, Aiguesmortes à saint Louis; Sommières a voulu avoir une église digne de la majesté du culte divin; Uzès réclame une fontaine monumentale; plusieurs anciens châteaux réparent leurs murs démantelés. Partout se fait sentir le désir des belles choses et le besoin de réagir, par la culture des beaux-arts, contre la marche envahissante des intérêts matériels.

Avant d’aborder l’histoire des artistes auxquels le département du Gard a donné le jour, qu’on nous permette de dire un mot du plan que nous avons adopté. Ce plan est très-simple; il nous a semblé commandé par le sujet lui-même. Nous diviserons notre travail en quatre chapitres. Le premier sera consacré aux peintres, le second aux sculpteurs, le troisième aux architectes, et le quatrième aux musiciens-compositeurs. Dans chacun d’eux, nous suivrons l’ordre chronologique. Il est à peine nécessaire de faire remarquer que les quatre chapitres seront d’une étendue fort inégale. Celui qui traitera des sculpteurs et celui qui se rapportera aux architectes seront de beaucoup plus courts que les deux autres, non point que nous regardions l’architecture et la sculpture comme des arts inférieurs en dignité à la musique et à la peinture, mais uniquement parce que le département du Gard a produit beaucoup moins de sculpteurs et d’architectes que de peintres et de musiciens.

CHAPITRE PREMIER.

Table des matières

LES PEINTRES.

Le premier peintre, né dans le département du Gard, dont le nom et les œuvres sont arrivés jusqu’à nous, vivait au XVIIe siècle. Il n’est pas probable cependant que l’art de la peinture ait été complètement négligé à Nimes, dans les temps antérieurs, quand, dans une ville voisine, à Montpellier, une foule de peintres et de peintres-verriers se sont succédés sans interruption du commencement du XIIIe siècle à la fin du XVe. Quoi qu’il en ait été pendant le moyen-âge et à l’époque de la renaissance, il paraît certain que dans les temps qui suivirent, les arts du dessin furent peu cultivés. Ce triste état de choses durait encore au commencement de ce siècle. Ce fut à un heureux hasard, qui amena à Nimes un peintre étranger, que Sigalon dut de savoir manier un pinceau et charger une palette; il n’y avait pas alors dans cette ville un artiste capable d’enseigner les procédés matériels de la peinture.

Ce n’était cependant ni le goût, ni l’aptitude qui manquaient. Dès qu’un enseignement public de dessin a été organisé, il s’est produit un grand nombre de peintres dont les aînés ont déjà un nom dans les arts et dont les plus jeunes donnent les plus belles espérances. S’il faut en juger par ce que nous voyons, l’histoire de la peinture sera aussi riche dans l’avenir en noms nimois qu’elle en est pauvre dans le passé. Cet heureux changement est dû à la création de l’école de dessin qui fut fondée à Nimes par un arrêté municipal du 26 septembre 1820. Etablie principalement dans le but de former des dessinateurs de fabrique, elle a rempli sa mission spéciale avec une scrupuleuse exactitude et un rare succès; mais, tout en travaillant pour l’utile, elle a donné une forte impulsion à l’art. Des recherches faites depuis peu, sur la situation de ses anciens élèves, ont appris que quatre cents d’entre eux au moins occupent, soit dans les arts, soit dans l’industrie, des positions honorables et lucratives. Un grand nombre sont employés comme dessinateurs par la fabrique de Nimes; d’autres exercent la même profession à Lyon, à Reims, à Mulhouse; la capitale enlève chaque année dix à douze élèves qui, presque dès leur arrivée à Paris, trouvent des positions avantageuses dans les ateliers de dessinateurs. Plusieurs d’entre eux se sont acquis une réputation méritée dans cette carrière, qui touche à la fois à l’industrie et aux arts libéraux. Le seul journal de dessin de fabrique publié à Paris, le Cachemire, a, pour principal rédacteur, M. Planchon, dessinateur nimois établi dans la capitale. D’autres auxquels l’enseignement de l’école a révélé leur vocation, se sont consacrés exclusivement à la culture des beaux-arts. Nous aurons à faire connaître leurs noms et leurs œuvres.

L’école de dessin fut placée, dès sa fondation, sous la direction de M. Vignaud. Cet artiste de mérite, aussi recommandable par ses ouvrages que par son caractère, lui imprima cette bonne impulsion de laquelle dépendent d’ordinaire le succès et la durée des établissements naissants. Après sa mort, en 1825, on appela de Paris M. Hilaire-Henri Périé pour lui succéder. Né à Castres vers 1780, cet artiste était surtout connu par la part qu’il avait prise à la publication de la Description historique et pittoresque de Chambord. Paris, Didot aîné, 1821, in-folio. Deux ou trois ans avant d’être nommé directeur de l’école de dessin, il avait épousé Mme Am.-Julie Simons-Candeille, auteur de quelques pièces de théâtre, de quelques romans et de divers autres écrits. Sa nomination eut le double avantage d’amener dans la ville de Nimes un artiste d’un goût pur et une femme distinguée par son esprit et son amour des lettres. Le musée de Nimes possède un tableau de ce peintre; c’est l’Intérieur de l’Amphithéâtre au moment d’une lutte (n° 89 du catalogue). M. Périé mourut le 3 février 1834; il eut pour successeur M. Alexandre-Marie Colin, élève de Girodet-Trioson, et né à Paris en 1798. M. Colin s’est fait une belle réputation par son pinceau correct et facile. Le goût des beaux-arts semble inné et héréditaire dans sa famille. Il n’y a pas eu, à Paris, depuis 1822 jusqu’à ce jour, d’exposition qui n’ait offert quelques-unes de ses toiles ; la plupart ont eu de vrais succès: une d’elles, Christophe Colomb à la découverte du Nouveau-Monde, est au musée du Luxembourg. Le musée de Nimes contient plusieurs de ses œuvres, et deux autres qui y figuraient naguère, François Ier visitant les monuments de Nimes et une Halte de Bohémiens au Pont-du- Gard , ont été transportés à la mairie pour servir de décoration à l’une des salles. En 1838, M. Colin retourna à Paris et fut remplacé par M. Numa Boucoiran qui jouissait déjà d’une belle position parmi les peintres de notre époque. Grâce aux soins et à l’habileté du nouveau directeur, l’école de dessin a pris un nouvel accroissement. Elle tient aujourd’hui un des premiers rangs parmi les établissements de ce genre.

En outre d’un professeur de peinture, qui est le directeur, elle a deux professeurs de dessin et un professeur adjoint, un professeur de dessin linéaire et un professeur de sculpture et de modelage. Les classes sont situées dans l’aile nord de la salle de spectacle. Les leçons se donnent de 6 à 8 heures du soir en hiver, et de 5 à 7 heures en été ; le cours de dessin linéaire a lieu de midi à deux heures. L’école est fréquentée par deux cents élèves, nombre que le local ne permet pas de dépasser.

Trois ans après la fondation de l’école de dessin, l’intérieur de la Maison-Carrée fut affecté à un musée. Il n’est pas douteux que l’établissement d’une collection de tableaux n’ait été d’une grande utilité pour le développement du goût et pour la culture des arts du dessin. L’étude des œuvres des grands maîtres est l’indispensable complément des leçons de l’école. Il est peut-être seulement à regretter qu’on n’ait pas placé cette collection dans un local plus vaste, susceptible d’agrandissement à mesure que le nombre des tableaux augmente . Si l’on n’a égard qu’à l’élégance du bâtiment, il faut avouer qu’on n’aurait pu trouver un édifice mieux approprié à sa destination; mais on s’est condamné par là à n’avoir qu’un nombre très-restreint de toiles. Et comme on a réuni aux tableaux une foule d’autres richesses artistiques, il a fallu procéder au partage de l’espace avec la plus stricte économie. Il y a certainement encombrement dans le musée, tel qu’il est aujourd’hui. Que sera-ce plus tard? A force de goût et d’habileté, on a réussi en partie à faire illusion au visiteur qui ne s’aperçoit pas d’abord du trop plein; mais on finit par trouver que le musée de Nimes ressemble plus à la collection coquette d’un particulier opulent qu’à une galerie de tableaux d’une ville considérable. Il ne faut pas cent personnes pour que la circulation devienne difficile, et il doit être fort mal aisé aux jeunes peintres de s’établir dans un lieu si étroit pour faire des copies des œuvres qui y sont contenues, à supposer toutefois qu’on ait jugé prudent de permettre qu’on dresse un chevalet dans une salle si bien garnie et offrant de tous les côtés des trésors si fragiles.

Pourquoi la ville de Nimes n’élève-t-elle pas un monument digne d’elle et capable de renfermer, au rez-de-chaussée, d’un côté, un musée d’histoire naturelle; de l’autre, sa riche collection de fragments antiques, et au premier étage, sa galerie de tableaux et sa bibliothèque publique? Il ne resterait ensuite qu’à joindre à ce monument un jardin botanique, pour avoir réuni les principales richesses d’une ville importante. Quant à la Maison-Carrée, si l’on tient à en orner les murs intérieurs de tableaux, qu’on la consacre à un musée local, uniquement destiné à recevoir quelques-unes des toiles des artistes les plus renommés du département du Gard.

Enfin, une exposition de peinture, de gravure, de dessin et de sculpture est ouverte tous les deux ans, au mois de novembre, et forme l’indispensable complément de toutes les ressources que la ville de Nimes a créées dans l’intérêt des arts du dessin. La première de ces expositions a eu lieu en 1844, la seconde en 1846, la troisième fut retardée jusqu’en avril 1849, les trois dernières ont eu lieu régulièrement en novembre 1850, 1852 et 1854. Il faut espérer que les rapports présentés à la commission des beaux-arts sur les expositions seront réunis en un volume tous les dix ou douze ans, et ne se perdront pas dans les colonnes d’un journal où il serait fort difficile plus tard d’aller les consulter. Ce recueil contiendrait l’histoire des arts du dessin dans la ville de Nimes. Il faut ajouter qu’une souscription ouverte, à l’occasion de chaque exposition, permet à la commission de faire de notables acquisitions parmi les œuvres exposées. Cette mesure a le double avantage d’encourager les artistes et de retenir, chaque fois dans la ville de Nimes quelques bons ouvrages.

RENAUD LEVIEUX .

Table des matières

Fils d’un orfèvre, selon les uns, d’un menuisier, selon les autres, Renaud Levieux, le plus ancien peintre du département du Gard dont le nom et les œuvres soient arrivés jusqu’à nous, naquit à Nimes vers 1625, et fleurit, comme peintre d’histoire, dans les beaux jours du règne de Louis XIV. On a peu de détails sur sa vie: on sait seulement qu’il fit un long séjour à Rome et qu’il y perfectionna son talent par l’étude des chefs-d’œuvre des plus grands maîtres de l’Italie. Il est probable qu’il se forma dans l’art de la peinture à Avignon qui offrait, à cette époque, de bien plus grandes ressources pour les arts que sa ville natale. Il mourut après 1690.

Renaud Levieux tient une place distinguée parmi les peintres du second ordre. On s’accorde à reconnaître que ses ouvrages rappellent les meilleures écoles de l’Italie, par la richesse de l’ordonnance, la correction du dessin et la vérité du coloris. On vante surtout l’art avec lequel il a su rendre les chairs.

Ses principaux ouvrages sont une suite de quatorze tableaux exécutés, vers 1685, pendant son séjour à Rome, pour l’église des Pénitents d’Avignon, et représentant l’histoire de saint Jean-Baptiste. Ils ne sont pas tous d’un égal mérite; mais plusieurs d’entre eux se recommandent par des beautés d’ensemble et de détail. Les deux meilleurs furent envoyés à Paris, en 1793, par les commissaires de la Convention chargés de recueillir dans les églises des départements les objets d’art dignes d’être conservés. Deux autres, donnés à l’école centrale du Gard, se trouvent aujourd’hui au musée de Nimes: ils représentent l’un Saint Jean-Baptiste devant Hérode (n° 59 du catalogue), et l’autre la Décollation de ce saint (n° 60). Les dix autres sont restés à Avignon. Cette ville possède quelques autres compositions de Levieux. Le plus remarquable est un Christ en croix; ce tableau, de 0,53 de hauteur sur 0,40 de largeur, est regardé comme son chef-d’œuvre. Il est indiqué dans le catalogue de ce musée sous le numéro 158.

La chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon possédait, avant la Révolution, un Christ très-estimé des connaisseurs et dû au pinceau de ce peintre. Nous ignorons ce qu’est devenu ce tableau. Un de ses meilleurs ouvrages se trouve à Nimes, au dessus de l’autel de la chapelle du Saint-Sacrement de la cathédrale. Il représente les Disciples d’Emmaüs à table avec Jésus-Christ. On vante la franchise et la correction du dessin de cet ouvrage, ainsi que la vérité de l’expression et la bonne entente de la lumière. La cathédrale renferme un autre de ses tableaux; il représente le Vœu de la ville de Nimes après la peste. Cette toile n’est pas sans mérite. Quelques autres de ses productions sont conservées, dit-on, par ses descendants, qui habitent la ville d’Uzès. D’après la Topographie de Nimes, il y avait de ce maître, à Nimes, avant la Révolution, quelques dessins entre les mains de M. Charles, et deux petits tableaux dans le cabinet de M. André. Il est probable que ces divers ouvrages sont aujourd’hui en la possession des héritiers de ces deux respectables citoyens.

PIERRE SUBLEYRAS.

Table des matières

Pierre Subleyras naquit à Uzès, en 1699. Son père, Mathieu Subleyras, peintre médiocre, fut son premier maître. Dès qu’il lui eut enseigné le peu qu’il savait, il eut la bonne idée de l’envoyer à Toulouse qui possédait alors une école renommée de peinture. Antoine Rivals (1667-1735) était à la tête de cet établissement qu’il avait fondé. Ce fut sous la direction de ce maître, plus élégant que sévère, que se forma le jeune Subleyras, et on peut dire qu’il conserva toujours au fond quelque chose de sa manière, même après un long séjour à Rome et au milieu des œuvres de Michel-Ange, de Raphael et de Jules Romain, pour lesquels il professait la plus vive admiration. En 1724, après avoir exécuté déjà quelques ouvrages estimés, il quitta Toulouse pour Paris. Il y arriva avec les plus grandes espérances et avec une confiance exagérée en son talent. Il n’obtint pas le succès qu’il avait rêvé, et c’est probablement aux déceptions qu’il éprouva alors qu’il faut rapporter la facilité avec laquelle il renonça à sa patrie. Il fut plus heureux deux ans après; il remporta le grand prix de peinture. Le tableau qu’il présenta au concours est le Serpent d’airain. Le dessin n’est pas d’une grande pureté et la composition est un peu froide; mais l’ensemble est d’un assez bon effet et le sujet est peint avec intelligence et habileté. Le musée du Louvre possède ce tableau, n° 503; mais il n’est pas en ce moment exposé dans les galeries.

En 1728, il partit pour Rome; la douceur du climat qui convenait à sa santé délicate et les agréments qu’il trouva dans cette ville l’engagèrent à s’y fixer. En 1739, il épousa Maria-Felice Tibaldi qui peignait avec succès la miniature et dont la sœur était la femme du peintre P.-Ch. Trémolière. Maria-Felice Tibaldi était une personne pleine de talent et de distinction, aimant et cultivant les lettres avec autant de bonheur que les beaux-arts, et partageant les goûts de Subleyras qui était passionné aussi bien pour la poésie, la musique et les sciences que pour la peinture. Cette union rendit encore plus douce et plus agréable l’existence qu’il avait à Rome. Dans ce centre des arts, à une époque où la haute société romaine attachait du prix à une certaine facilité décente dans les rapports, jointe à l’élégance des manières et à la culture de l’esprit, Subleyras devait être estimé et recherché, et il le fut en en effet. Son caractère, heureux mélange de douceur et de noble franchise, contribua autant que ses talents pour la peinture et son goût pour les lettres à lui concilier l’affection générale, à lui mériter la protection des principaux personnages de la cour de Rome et à faire oublier qu’il était étranger.

Peu de temps après son mariage, il fut reçu à l’Académie de Saint-Luc. Son morceau de réception fut une esquisse représentant Jésus-Christ à table chez le pharisien Simon. Il peignit plus tard, d’après cette esquisse, un grand tableau pour les chanoines d’Asti, ville des environs de Turin. Cette esquisse et ce tableau sont aujourd’hui au musée du Louvre, nos 504 et 505. L’Académie des Arcades l’admit, ainsi que sa femme, au nombre de ses membres, et, selon l’usage de cette société, ils adoptèrent, l’un et l’autre, au moment de leur réception, un nom arcadien, Subleyras celui de Protogène, et sa femme celui d’Astérie. Enfin, pour comble de faveur, il fut chargé, après avoir peint plusieurs tableaux pour le pape, d’en exécuter un pour l’église de Saint-Pierre de Rome. Les tableaux destinés à cette basilique ayant tout à craindre de l’humidité, sont reproduits en mosaïque, ce qui en rend, pour ainsi dire, la durée éternelle. Aussi l’avantage de les composer est très-recherché, et rarement il est accordé à des étrangers. Il est plus rare encore qu’on les exécute en mosaïque du vivant de leurs auteurs. Subleyras termina, en 1745, celui qu’on lui avait commandé. Ce tableau, exposé pendant trois semaines dans l’église de Saint-Pierre, fut aussitôt après reproduit en mosaïque. Il représente l’empereur Valens, partisan des hérétiques, s’évanouissant pendant que saint Basile célèbre les saints mystères. C’est un morceau d’une belle ordonnance et d’une couleur suave. Le musée du Louvre en possède une copie réduite due au pinceau de l’auteur; c’est le n° 508.

Subleyras, dont la santé avait toujours été délicate, mourut à Rome, le 28 mai 1749, à l’âge de cinquante ans. Il fut enterré dans l’église de Saint-André-dei-Fratri. Moins d’un siècle après, la dépouille mortelle d’un autre grand peintre, né comme lui à Uzès, et mort presque au même âge, devait être déposée dans une église de la ville éternelle. Subleyras laissa quatre enfants en bas-âge, avec une fortune médiocre.

Ses contemporains le regardèrent comme un peintre du premier mérite. La postérité n’a pas ratifié ce jugement; mais si elle l’a fait descendre du premier rang, elle lui a assigné cependant une place honorable parmi les grands artistes. Il fut incontestablement un des plus habiles peintres de son temps. Malheureusement, il vécut à une époque de décadence, pendant laquelle l’école romaine en particulier n’avait presque plus rien de son ancienne vigueur. Il faut reconnaître dans ses tableaux d’éminentes qualités: un dessin facile, une mise en scène éclatante et harmonieuse, une exécution fine, qui préfère toujours les demi-tons aux contrastes; mais on y cherche vainement ce qu’on appelle le style, c’est-à-dire l’alliance du sentiment et du goût . Placé entre la décadence qui suivit Lebrun et la rénovation qui précéda L. David, Subleyras rappelle, sans infériorité, dans plusieurs tableaux de chevalet, non pas l’illustre chef de l’art français, bien qu’il ait quelques-unes de ses qualités, mais les derniers représentants de l’art italien, Pierre de Cortone et Carle Maratte .

Le reproche le plus grave qu’on puisse lui adresser est peut-être de s’être mépris sur la nature de son talent et d’avoir trop négligé les sujets gracieux, à la représentation desquels ses facultés l’appelaient, pour la grande peinture religieuse pour laquelle il n’avait pas une aptitude propre, et qui d’ailleurs n’était déjà plus, au XVIIIe siècle, qu’une affaire de tradition et de convenance. Il n’avait ni l’austérité de caractère, ni la profondeur de conception, ni le génie tragique que demande ce genre sévère. La nature ne lui avait pas donné ces qualités; elles ne pouvaient lui être communiquées ni par les hommes, ni par les événements de son temps, et l’enthousiasme religieux, qui peut les remplacer jusqu’à un certain point, était encore plus étranger à la société polie, élégante et quelque peu frivole au milieu de laquelle il vécut. Aussi ses tableaux d’église, exécutés avec habileté, mais sans inspiration, ne parlent pas à l’âme. Ses figures de saints sont belles sans doute; elles n’ont rien d’idéal, rien de céleste. Ce défaut est surtout sensible dans le Christ du grand tableau de la Madeleine chez Simon le Pharisien, n° 504 du musée du Louvre. Ce n’est pas certainement sous ces traits passablement vulgaires et avec cette pose singulière que l’imagination aime à se représenter le Sauveur des hommes.

Porté à la mélancolie par son caractère et peut-être aussi par la faiblesse de sa constitution, Subleyras était accessible aux émotions douces; il était incapable de passions fortes. Sa sensibilité rappelait par plus d’un trait la frêle mais exquise nature de la femme. Tout en lui l’invitait à rendre sur la toile les sentiments tendres et délicats. Son pinceau n’aurait dû peindre que l’amour et ses délicieuses chimères. C’est dans ces douces scènes que son talent se déploie sans gêne et sans fatigue, dans toute la plénitude de sa richesse et de sa verve. Aucune de ses œuvres ne vaut la petite toile intitulée le Faucon, dans le catalogue du musée du Louvre, n° 512. La figure de la jeune veuve est ravissante de candeur et de tendre compassion; sa pose est charmante de simplicité, de distinction, d’élégance. Le timide jeune homme qui est en face d’elle, va presser de ses lèvres la main de sa maîtresse. On lit sur son visage les sentiments si variés qui l’agitent. Il est au comble de ses vœux; il est aimé de celle qu’il aime; mais, étonné de tant de bonheur, il a peine à y croire; il hésite et semble demander à la belle veuve s’il n’est pas le jouet d’un songe trompeur. Tout est plein de vie, de vérité, de poésie. Ce tableau a été peint avec le cœur, et l’on éprouve à le contempler un charme inexprimable.

Nous ne croyons pas que ce petit chef-d’œuvre ait été gravé. Il est cependant peu de compositions qui méritent autant d’être propagées par la gravure. On ne serait pas moins étonné qu’il n’existe aucune copie, bonne ou mauvaise, de ce tableau, si l’on ne savait qu’il n’y a pas longtemps encore qu’on l’a fait passer des greniers du Louvre dans les galeries.

L’Ermite, n° 513 du Louvre, et les Oies du frère Philippe, n° 511, tirés, comme le précédent, des contes de Lafontaine, sans avoir le même mérite, sont cependant fort remarquables; mais il y a là trop d’esprit et pas assez de sentiment. Le peintre s’est évidemment laissé entraîner par le poète, et n’a pas assez écouté ses propres inspirations.

Le peintre d’Uzès eut peu d’élèves; le plus connu d’entre eux est Joseph-Sifred Duplessis , qui se fit une grande réputation par ses portraits et qui eut l’art de cacher la difficulté du travail sous une certaine grâce d’exécution.

Le nombre des tableaux de Subleyras est fort considérable. La plupart sont restés en Italie. Il y a quelques années qu’on ne connaissait en France que quelques spécimens de son œuvre. Il y avait cependant à Paris plusieurs de ses tableaux; mais, relégués dans les greniers du Louvre, ils étaient perdus pour le public. Ils ont été depuis peu de temps exposés dans les galeries de ce musée d’une manière convenable et ils ont donné de leur auteur une idée plus favorable que celle qu’on en avait en général. On n’a pas encore dressé de catalogue des toiles qui lui sont dues; il est fort difficile de le faire, et la liste que nous donnons ici doit être considérée comme très-incomplète. En outre des tableaux dont nous avons déjà parlé, on a de Subleyras, au musée Bréra, de Milan, plusieurs pièces dont nous n’avons pu trouver l’indication précise; à Berlin, un Saint Janvier; à Saint-Pétersbourg, Saint Basile et l’empereur Valens, probablement une reproduction de la mosaïque de Saint-Pierre de Rome, ou peut-être le tableau original d’après lequel elle fut exécutée; à Londres, dans la galerie de Stafford-House, hôtel du duc de Sutherland, un Portrait de Benoît XIV, sans doute celui qui, avant la Révolution, ornait la grande salle des actes publics de la Sorbonne et qui avait été donné par le Pape lui-même à cette célèbre maison; à Gand, un Portrait de l’architecte François Romain; au Louvre, les nos 503, 504, 505, 508, 511, 512 et 513 déjà mentionnés; le Martyre de saint Pierre, n° 507, le Martyre de saint Hippolyte, n° 506, l’empereur Théodose recevant la bénédiction de saint Ambroise, n° 509, Saint Benoît ressuscitant un enfant, n° 510 ; au musée de Montpellier, des Pénitents invoquant saint Etienne et saint François, n° 418; au musée de Toulouse, un Portrait de Pierre Lucas, le sculpteur, le Sacre de Louis XV, l’Annonciation, la Circoncision, Saint Joseph tenant l’Enfant Jésus, Saint Pierre guérissant les malades, le Songe de Joseph, Joseph expliquant les songes de Pharaon, enfin un tableau dans lequel Subleyras a représenté différents objets, violon, musique, livres, etc., entassés sans ordre sur la table de son atelier et consacrés à charmer ses loisirs; cette composition pittoresque est pleine de vérité, sans sécheresse, et nous a paru très-intéressante. Les tableaux de ce peintre que possède le musée de Toulouse, sauf Saint Joseph tenant l’Enfant Jésus qui fut peint à Rome, furent composés dans cette ville et avant son départ pour Paris; ils sont par conséquent les œuvres de sa jeunesse. On lui attribue aussi le tableau qui est au musée de Nimes et qui est désigné sous ce titre: un Texte, n° 40 .

On a encore de lui plusieurs dessins fort distingués. Le catalogue du cabinet de M. Mariette indique cinq sujets divers à la plume et à la sanguine (n° 1365). Il est probable qu’on en trouverait beaucoup d’autres dans les catalogues des cabinets des amateurs.

Subleyras était aussi un graveur de premier mérite; on assure qu’il était encore plus distingué sous ce rapport que comme peintre. Ses eaux-fortes ont l’élégance et quelquefois la vigueur de celles de Salvator Rosa . Il a reproduit lui-même par la gravure la plupart de ses tableaux.

On trouve une vie avec un portrait de Subleyras dans l’Abrégé de la vie des plus fameux peintres de l’école française, par d’Argenville. Paris, 1762, in-8°. Le Magasin pittoresque, 1853, a donné aussi un portrait de ce peintre avec une notice intéressante.

CHARLES-JOSEPH NATOIRE.

Table des matières

Charles-Joseph Natoire naquit à Nimes, le 3 mars 1700. Son père, Florent Natoire, était un architecte qui avait aussi quelque talent pour la sculpture et qui avait de bonne heure quitté Nancy, où il était né en 1667, pour s’établir à Nimes et y exercer sa double profession. Destiné à la peinture, Charles-Joseph Natoire alla, jeune encore, à Paris se former dans l’atelier de F. Lemoine . On a prétendu qu’il n’avait pris de son maître que les défauts. Il eut cependant de bonne heure une haute réputation et il occupa un des premiers rangs dans l’école française, avant qu’un de ses élèves, Jos.-Marie Vien , l’eût ramené à l’étude de l’antique et à celle de la nature. Ce ne fut pas dans les leçons de Natoire que son illustre disciple puisa ces nouveaux principes. Le maître et l’élève ne s’entendaient pas toujours. Ils eurent plus d’une fois des discussions, et Vien ne put jamais lui faire comprendre la nécessité d’être plus simple et plus vrai. Quoi qu’il en soit, le principal mérite de Natoire consiste dans la correction du dessin. On assure qu’il le possédait à un degré plus éminent encore sur le papier que sur la toile. On a reproché à son coloris d’être en général terne et gris; cependant ses partisans ont comparé, même sous le rapport de la couleur, son tableau d’un Ange arrachant la flèche de la plaie de saint Sébastien aux meilleurs ouvrages du Guide.

En 1721, Natoire remporta le premier prix de peinture. Le tableau qui lui valut cette distinction représente le Sacrifice de Manné, père de Samson. Il fait partie de la collection des grands prix conservés à l’école des beaux-arts; il est le plus ancien de ceux que possède cet établissement. Le jeune peintre nimois eut des succès à Rome. L’Académie de Saint-Luc décerna un premier prix à une de ses toiles représentant Moïse qui apporte les tables de la loi. A son retour à Paris, il commença, pour se faire connaître, et à l’exemple de la plupart des artistes qui n’étaient pas de l’Académie, par exposer ses compositions à la place Dauphine, le jour de l’octave de la Fête-Dieu. Enfin il fut admis à l’Académie de peinture, le 31 décembre 1734. Son tableau de réception est Vénus demandant à Vulcain des armes pour Enée; il est au musée du Louvre, n° 379, mais il n’est pas exposé en ce moment dans les galeries . Le 2 juillet 1735, il fut nommé adjoint à professeur, et le 2 juillet 1737, professeur. Il remplit ces fonctions jusqu’en 1751. Il fut alors nommé directeur de l’école de Rome. Il occupa cet emploi pendant plus de vingt ans, de 1751 à 1774. Il avait succédé à François de Troy , et il fut remplacé par J.-M. Vien. Il est probable que ce fut principalement en considération de son grand âge, qui ne lui laissait plus l’activité nécessaire à ces fonctions, qu’on lui donna un successeur. On peut croire que l’attachement excessif qu’il montra pour les membres de la Compagnie de Jésus qui, poursuivis en France par les parlements, s’étaient retirés à Rome, ainsi que l’abus qu’il fit de son autorité dans le sein de l’Académie française de Rome, indisposèrent contre lui le gouvernement, et contribuèrent en grande partie à son remplacement . L’abbé de Caveirac, son compatriote, avait surtout gagné sa confiance et avait pris sur son esprit l’ascendant le plus marqué. Ce fut, dit-on, sous son influence et par ses conseils qu’il expulsa de l’école, en 1767, un des pensionnaires, nommé Mouton, pour n’avoir pas communié à Pâques. Le jeune artiste qui n’était pas doué, à ce qu’il semble, de la débonnaireté qu’aurait pu faire supposer son nom, se pourvut au Châtelet contre cette décision aussi arbitraire que violente . Après de longs délais, employés à recueillir les pièces du procès, Natoire fut condamné, le 20 mars 1770, à payer à Mouton une indemnité de vingt mille livres, ainsi qu’à tous les frais et dépens, avec licence à la partie lésée de faire afficher un certain nombre d’exemplaires de la sentence à Paris et à Rome, aux frais du directeur de l’école . Ce long procès, dans lequel le célèbre avocat Target s’était chargé de la cause de Mouton , couvrit Natoire de ridicule. Les ennuis qu’il en éprouva ne firent que l’enfoncer plus avant dans une dévotion peu éclairée. Exclusivement occupé, depuis cet événement, de pratiques de piété, il termina sa carrière à Castel-Gandolfo, le 29 août 1777.

Ses ouvrages sont fort nombreux; ils consistent en des tableaux d’histoire et en des sujets de décoration murale. Nous dirons quelques mots de celles de ses œuvres qui sont le plus connues, soit dans l’un, soit dans l’autre de ces deux genres. La plus considérable des décorations murales de Natoire se trouvait à la chapelle des Enfants-Trouvés, à Paris, rue d’Enfer. Peinte à l’huile sur les murs et le plafond qui n’offraient aucune saillie, elle représentait les diverses scènes de l’Adoration de l’Enfant Jésus. Ces peintures formaient un ensemble qui avait pour point central un tableau placé sur le maître-autel. Ce tableau, dû également au pinceau de Natoire, a été transporté, depuis quelques années, dans la chapelle du château de Fontainebleau.

Quelques hôtels de Paris avaient été ornés par ce peintre. Il avait représenté l’histoire de Psyché en huit pendentifs entre les croisées de l’hôtel de Soubise, construit par Lemaire en 1706, et affecté aujourd’hui aux archives impériales. Les dessus des portes du grand hôtel du Luxembourg, élevé par Lassurance, et situé à l’angle de la rue Saint-Marc et de la rue de Richelieu, avaient été. peints par Natoire et Hallé.

Plusieurs de ses tableaux étaient, avant la Révolution, entre les mains de particuliers: une Bacchanale, un de ses plus beaux ouvrages, ornait la galerie de l’entresol de la maison du duc de Broglie, sur la place de Louis-le-Grand, et une Adoration des Mages, peinte en ovale, se trouvait dans le cabinet d’un M. Lempereur, ancien échevin, rue Vivienne. Nous ignorons ce que sont devenus ces tableaux.

D’autres appartenaient à des églises de Paris: les Saintes Femmes au tombeau de Jésus-Christ, dans la chapelle de Noailles de Notre-Dame; un Saint Etienne devant les docteurs, dans la chapelle de Saint-Symphorien, à Saint-Germain-des-Prés; une Guérison de l’Aveugle-né, commencé par Lemoine et terminé par Natoire, dans le chœur de Saint-Martin-des-Champs. Ces tableaux ne se voient plus dans les lieux où ils avaient été placés primitivement; nous ne savons où ils se trouvent en ce moment. Nous devons en dire autant de deux toiles de ce peintre qui étaient dans deux églises de Nimes, avant la Révolution; un Saint Roch, dans l’église des Ursulines (aujourd’hui le Petit-Temple), et un Saint François de Salles, sur le maître-autel de celle des sœurs de la Visitation de Sainte-Marie. Ce dernier était regardé comme une de ses meilleures productions.

Parmi les tableaux de Natoire exposés aujourd’hui aux regards du public, il faut citer les suivants:

Deux toiles dans la deuxième chapelle de l’église de Saint-Nicolas-de-Chardonnet, rue Saint-Victor, à Paris;

Trois tableaux au cabinet des Médailles et Antiques de la bibliothèque impériale: ce sont les trois premiers que l’on rencontre à droite en entrant. Le premier représente Thalie, le second Terpsicore et le troisième Calliope. Les défauts les plus saillants de Natoire se voient dans ces compositions: de la recherche et de l’affectation dans la conception et dans la couleur; peu d’esprit, point de sensibilité. Ces belles femmes à demi-nues sont si froides qu’elles ne disent rien ni à l’âme, ni aux sens: il y a là de belles lignes et de belles couleurs; il n’y manque qu’une seule chose, mais cette chose est tout, la vie et la vérité.

Il en est de même de deux toiles exposées dans les galeries du Louvre: les Trois Grâces, n° 380, et Junon, n° 381.

Le musée de Nimes ne possède qu’une seule toile de ce peintre: Saint Jean-Baptiste (n° 84); c’est une copie d’après le Guide. La Topographie de Nimes, page 103, rapporte, sans autre indication, qu’il y avait quelques-uns de ses tableaux dans cette ville et que sa famille qui, à cette époque, habitait Arles, avait recueilli un grand nombre de ses ouvrages. Le musée de Montpellier a de lui, en outre de la copie dont nous avons parlé, un tableau représentant une Jeune femme coiffée d’un turban.

Il est possible que les peintres admirent la délicatesse du pinceau de Natoire. Il pouvait être un maître habile dans l’art de dessiner des contours gracieux et de couvrir une toile de brillantes couleurs. Il possédait peut-être à un haut degré les secrets du mécanisme de l’art; mais soit qu’il manquât de force et de profondeur de génie, soit qu’il subît la désastreuse influence de la mollesse de son temps, il n’a laissé aucune œuvre capable de produire quelque impression sur l’âme. On peut, en voyant ses tableaux, admirer le savoir-faire de l’artiste, mais on les quitte avec indifférence, sans avoir éprouvé aucune émotion.

Le burin des plus habiles graveurs a reproduit la plupart de ses œuvres. Nous citerons entre autres: Les Éléments, peints par Ch. Natoire, gravés par Aveline, Paris, et Tableaux de la chapelle des Enfants-Trouvés de Paris, peints par Ch. Natoire, gravés par Fessard, Paris, 1756-1757, in-folio maxime, 15 planches.

Il a laissé un grand nombre de dessins estimés. Le catalogue du cabinet de M. Mariette en indique plusieurs (nos 1298, 1304 et 1406), parmi lesquels on vante surtout une grande et belle composition à la plume et au bistre, rehaussé de blanc, représentant Auguste et Antoine se réconciliant à la sollicitation d’Octavie.

Natoire a laissé la réputation d’un habile graveur. Nous ne sommes pas en mesure de le juger sous ce rapport. Jusqu’à présent, nous n’avons eu aucune occasion de voir des productions de son burin.

La Notice des tableaux exposés dans les galeries du musée impérial du Louvre, par Fr. Villot, nous apprend que sa sœur, Mlle Natoire, vécut constamment avec lui et le suivit à Rome. Il paraît qu’elle cultivait aussi les arts. On voit, par le catalogue de la vente de M. de Julienne, en 1767, que ce célèbre amateur possédait huit pastels de sa main.

Ücretsiz ön izlemeyi tamamladınız.

Türler ve etiketler

Yaş sınırı:
0+
Litres'teki yayın tarihi:
15 ocak 2025
Hacim:
171 s. 2 illüstrasyon
ISBN:
4064066334000
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
İndirme biçimi:

Benzer kitaplar