Kitabı oku: «Тайны Арсена Люпена. Уровень 1 / Les Confi dences d’Arsène Lupin», sayfa 3
«Je vous en supplie91, s’écria-t-il, ne me cachez rien…
– Je n’ai rien à cacher92, fit-elle en relevant la tête. Alors, je me suis souvenue… Avant mon mariage, un homme m’avait aimée. Il est mort maintenant. J’ai fait graver le nom de cet homme, et j’ai porté cet anneau comme on porte un talisman. Il n’y avait pas d’amour en moi puisque j’étais la femme d’un autre.93 Mais dans le secret de mon cœur, il y eut un souvenir, quelque chose de doux qui me protégeait…»
Velmont lui prit la main, et prononça, tout en examinant l’anneau d’or:
«L’énigme est là. Votre mari, je ne sais comment, connaît la substitution. À midi, sa mère viendra. Devant témoins, il vous obligera d’ôter votre bague, et de la sorte94, il pourra obtenir le divorce, puisqu’il aura la preuve qu’il cherchait. Donnez-moi cette bague…»
Il s’interrompit brusquement. Tandis qu’il parlait, la main d’Yvonne s’était glacée dans la sienne, et, ayant levé les yeux, il vit que la jeune femme était pâle, affreusement pâle.
«Qu’y a-t-il?… Je vous en prie…»
«Il y a… il y a que je suis perdue!.. Il y a que je ne peux l’ôter, cet anneau! Il est devenu trop petit!.. Comprenez-vous?… Il fait partie de mon doigt95… et je ne peux pas… je ne peux pas. Ah! Je me souviens, l’autre nuit… un cauchemar que j’ai eu… Il me semblait que quelqu’un entrait dans ma chambre et s’emparait de ma main. Et je ne pouvais pas me réveiller… C’était lui! c’était lui! Il m’avait endormie, j’en suis sûre… et il regardait la bague… Ah! je comprends tout… je suis perdue…»
Elle courut vers la porte… Il lui barra le passage:
«Vous ne partirez pas.
– Mon fils… Je veux le voir, le reprendre…
– Savez-vous seulement où il est?
– Je veux partir!
– Vous ne partirez pas!.. Ce serait de la folie.»
Il la saisit aux poignets et réussit à la ramener vers le divan, puis à l’étendre, et il reprit les bandes de toile et lui attacha les bras et les chevilles.
«Oui, disait-il, ce serait de la folie. Qui vous aurait délivrée? Vous enfuir, c’est accepter le divorce… Il faut rester ici.»
Elle sanglotait.
«J’ai peur… J’ai peur… Cet anneau me brûle… Emportez-le…
– Et si l’on ne le retrouve pas à votre doigt? Non, il faut affronter la lutte… Croyez en moi… je réponds de tout…»
Quand il se releva, elle était liée comme auparavant. Puis il murmura:
«Pensez à votre fils, et, quoi qu’il arrive, ne craignez rien… je veille sur vous.96«
Et il partit.
À trois heures et demie, Yvonne aperçut son mari qui entrait rapidement, l’air furieux97. Il courut vers elle, s’assura qu’elle était toujours attachée, et, s’emparant de sa main, examina la bague. Yvonne s’évanouit…
Elle ne sut pas au juste, en se réveillant, combien de temps elle avait dormi. Elle constata, au premier mouvement qu’elle fit, que les bandes étaient coupées. Elle tourna la tête et vit auprès d’elle son mari qui la regardait.
«Mon fils… mon fils… gémit-elle, je veux mon fils…»
Il répliqua:
«Notre fils est en lieu sûr. Et, pour l’instant, il ne s’agit pas de lui, mais de vous. Nous sommes l’un en face de l’autre sans doute pour la dernière fois, et l’explication que nous allons avoir est très grave. Je dois vous avertir qu’elle aura lieu devant ma mère. Vous n’y voyez pas d’inconvénient?98«
Yvonne s’efforça de cacher son trouble et répondit:
«Aucun.
– Je puis l’appeler?
– Oui. Laissez-moi, en attendant. Je serai prête quand elle viendra.
– Ma mère est ici.
– Votre mère est ici? s’écria Yvonne, éperdue et se rappelant la promesse d’Horace Velmont.
– Vous ne désirez pas prendre quelque nourriture auparavant?
– Non… non…
– Je vais donc chercher ma mère.»
Il se dirigea vers la chambre d’Yvonne. Celle-ci jeta un coup d’œil sur la pendule. La pendule marquait dix heures trente-cinq!
Dix heures trente-cinq! Horace Velmont ne la sauverait pas, et personne au monde, et rien au monde ne la sauverait.
Le comte revint avec la comtesse d’Origny et la pria de s’asseoir. Elle ne salua même pas sa belle-fille.
«Je crois, dit-elle, qu’il est inutile de parler très longuement. En deux mots, mon fils prétend…
– Je ne prétends pas, ma mère, dit le comte, j’affirme. J’affirme sous serment99 que, il y a trois mois, durant les vacances, j’ai trouvé l’anneau de mariage que j’avais donné à ma femme. Cet anneau, le voici. La date du vingt-trois octobre est gravée à l’intérieur.
– Alors, dit la comtesse, l’anneau que votre femme porte…
– Cet anneau a été commandé par elle en échange du véritable100.»
Il se tourna vers sa femme.
«Voulez-vous, de votre plein gré101, me donner cet anneau?»
Elle articula:
«Vous savez bien, depuis la nuit où vous avez essayé de le prendre à mon insu102, qu’il est impossible de l’ôter de mon doigt.
– En ce cas, puis-je donner l’ordre qu’un homme monte? Il a les instruments nécessaires.
– Oui,» dit-elle d’une voix faible comme un souffle.
Tout de suite, d’ailleurs, le comte rentrait, suivi de son domestique et d’un homme qui portait une trousse sous le bras.
Et le comte dit à cet homme:
«Vous savez de quoi il s’agit?
– Oui, fit l’ouvrier. Une bague qui est devenue trop petite et qu’il faut trancher… C’est facile…»
Yvonne observa la pendule. Il était onze heures moins dix. C’était fini. Horace Velmont n’avait pas pu la secourir. Et elle comprit que, pour retrouver son enfant, il lui faudrait agir par ses propres forces103. Alors elle tendit sa main fragile et tremblante que l’ouvrier saisit, qu’il retourna, et appuya sur la table.
L’opération fut rapide. Le comte s’exclama, triomphant:
«Enfin nous allons savoir… la preuve est là! Et nous sommes tous témoins…»
Il agrippa l’anneau. Un cri de stupeur lui échappa. L’anneau portait la date de son mariage avec Yvonne: «Vingt-trois octobre».
Nous étions assis sur la terrasse de Monte-Carlo. Son histoire terminée, Lupin alluma une cigarette.
Je lui dis:
«Eh bien?
– Eh bien, quoi?
– Comment, quoi? mais la fin de l’aventure…
– La fin de l’aventure? Mais il n’y en a pas d’autre. La comtesse est sauvée. Voilà tout.
– Oui… oui… mais la façon dont la comtesse a été sauvée?»
Lupin éclata de rire. Il prit une pièce de cinq francs et referma la main sur elle.
«Qu’y a-t-il dans cette main?
– Une pièce de cinq francs.»
Il ouvrit la main. La pièce de cinq francs n’y était pas.
«Vous voyez comme c’est facile! Un ouvrier coupe une bague sur laquelle est gravé un nom, mais il en présente une autre sur laquelle est gravée la date du vingt-trois octobre. Bigre!104 J’ai travaillé six mois avec Pickmann.
– L’ouvrier bijoutier?
– C’était Horace Velmont! C’était ce brave Lupin
– Parfait,» m’écriai-je.
Et j’ajoutai, un peu ironique à mon tour:
«Mais ne croyez-vous pas que vous-mêmes fûtes quelque peu dupé en l’occurrence105?
– Ah! Et par qui?
– Par la comtesse.
– En quoi donc?
– Dame! ce nom inscrit comme un talisman… ce beau ténébreux qui l’aima et souffrit pour elle… Tout cela me paraît fort invraisemblable, et je me demande si vous n’êtes pas tombé au milieu d’un joli roman d’amour bien réel… et pas trop innocent.»
Lupin me regarda de travers106.
«Non, dit-il.
– Comment le savez-vous?
– La bague est voici. Vous pouvez lire le nom qu’elle avait fait graver.»
Il me donna la bague. Je lus «Horace Velmont».
Il y eut entre Lupin et moi un instant de silence.
Je repris: «Pourquoi vous êtes-vous résolu à me raconter cette histoire?
– Pourquoi?»
Il me montra, d’un signe, une femme très belle encore qui passait devant nous, au bras d’un jeune homme.
Elle aperçut Lupin et le salua.
«C’est elle, fit-il, c’est elle avec son fils.
– Elle vous a donc reconnu?
– Elle me reconnaît toujours, quel que soit mon déguisement.
– Elle sait qui vous êtes?
– Oui.
– Et elle vous salue?» m’écriai-je.
Il m’empoigna le bras, et, violemment:
«Croyez-vous que je sois à ses yeux un cambrioleur, un escroc, un gredin?… Mais je serais le dernier des misérables, j’aurais tué, même, qu’elle me saluerait encore.
– Pourquoi? Parce qu’elle vous a aimé?
– Allons donc! ce serait une raison de plus, au contraire, pour qu’elle me méprisât.
– Alors?
– Je suis l’homme qui lui a rendu son fils!»