Kitabı oku: «De l'esclavage chez les nations chrétiennes»

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Patrice Larroque

De l'esclavage chez les nations chrétiennes


Publié par Good Press, 2022

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EAN 4064066321482

Table des matières

AVANT-PROPOS

CHAPITRE PREMIER

CHAPITRE II

CHAPITRE III

CHAPITRE IV

Réponse à madame Mary Meynieu

Première Réponse à M. Leymarie

Deuxième Réponse à M. Leymarie

Réponse à M. Cochin

APPENDICE

AVANT-PROPOS

Table des matières

Si une religion eût condamné en principe l’esclavage et l’eût aboli en fait quand elle l’aurait pu, cela ne prouverait pas qu’elle fût vraie, car on peut mêler de sages prescriptions et de bonnes actions à des dogmes faux; mais cela constituerait un mérite qu’il faudrait s’empresser de lui reconnaître et de proclamer au besoin, quelque éloigné que l’on fût de croire à ses dogmes: il n’y aurait là qu’un acte de simple justice. D’un autre côté, il est évident qu’une religion vraie doit condamner l’esclavage comme dégradant à la fois le maître et l’esclave, et que les disciples de cette religion doivent travailler de tout leur pouvoir à l’abolition de ce legs odieux de la barbarie antique. C’est pour cela sans doute que les modernes apologistes du christianisme ont dit si souvent et fait redire par la foule de leurs adeptes qu’il avait aboli l’esclavage. C’est là un de ces nombreux mensonges auxquels certains auteurs finissent par croire à force de les répéter. Si l’on se fût contenté de dire que l’esprit de charité qui règne habituellement dans les Évangiles était opposé à l’institution de l’esclavage, cela serait vrai. Mais on a affirmé maintes fois que la religion chrétienne condamnait en principe l’esclavage; plus souvent encore on a donné comme un fait qu’elle l’avait aboli. Je me propose de faire voir que ces deux assertions, ainsi posées, ne sont pas soutenables.

CHAPITRE PREMIER

Table des matières

LA RELIGION CHRÉTIENNE NE CONDAMNE POINT EN PRINCIPE L’ESCLAVAGE

Dans les récits légendaires des évangélistes, Jésus n’a jamais formellement condamné l’esclavage. On trouve cet aveu dans les livres mêmes dont les auteurs prétendent que le christianisme a aboli l’esclavage: «Nous ne

«lisons nulle part, dit M. l’abbé Thérou, qu’il

«ait exhorté les maîtres à affranchir leurs esclaves .»

««Le christianisme, est-il dit

«également dans le journal protestant Le

«Semeur, a amené l’abolition de l’esclavage,

«et cependant il n’y a pas dans l’Évangile un

«seul mot à ce sujet .» Non-seulement Jésus, dans les Évangiles, n’a jamais condamné formellement l’esclavage, mais on pourrait. soutenir qu’il lui a plutôt été favorable, au moins indirectement, d’abord dans une de ses paraboles, où il dit, sans aucune expression de blâme, que l’esclave qui a connu la volonté de son maître et qui ne s’y est pas conformé recevra force coups, tandis que celui qui n’a pas connu cette volonté ne recevra qu’un petit nombre de coups , en second lieu dans un passage où, s’adressant à ses disciples qu’il suppose possesseurs d’esclaves, il demande si le maître est l’obligé de son esclave parce que celui-ci a fait ce qu’on lui avait commandé, et il ajoute: Je ne le pense pas . Si l’on ne trouve pas dans les Évangiles la condamnation directe et expresse de l’esclavage, peut-être la découvre-t-on dans les écrits des deux principaux interprètes de la doctrine de Jésus? Pas davantage. Non- seulement Paul et Pierre, dans leurs Épîtres, n’ont pas un mot pour condamner l’esclavage ni pour recommander aux maîtres d’affranchir leurs esclaves, mais au contraire le peu qu’ils disent sur cette matière est conforme au principe de l’esclavage. Dans la 1re Épître aux Corinthiens, Paul enseigne que l’esclave n’a point à s’inquiéter de son état, comme s’il était indifférent pour la responsabilité morale qui incombe à un homme adulte, d’être le maître de ses actes ou d’être la chose d’un autre homme. Dans l’Epître aux Ephésiens, il recommande aux esclaves d’obéir à leurs maîtres avec crainte et tremblement comme au Christ . Dans l’Epître aux Colossiens, après avoir dit qu’aux yeux de Dieu il n’y a aucune différence entre l’esclave et l’homme libre , au lieu de proclamer l’égalité naturelle des droits parmi les hommes, et par conséquent l’illégitimité de l’esclavage et le devoir des maîtres d’affranchir leurs esclaves, il recommande à ces derniers d’obéir en tout à leurs maîtres , et, au chapitre suivant, v. 1er, il recommande aux maîtres de traiter leurs esclaves avec équité, comme si l’équité était possible dans les rapports entre deux hommes dont l’un possède l’autre comme une chose, rapports qui constituent, par le fait même de leur persistance, une iniquité souveraine. Dans la 1re Epître à Timothée, il veut que les esclaves regardent leurs maîtres comme dignes de tout honneur , à ceux qui ont des maîtres chrétiens il recommande de servir encore mieux , il ajoute que telle est la saine doctrine de Jésus-Christ et que cette doctrine est selon la piété, et il appelle orgueilleux et ignorant quiconque en enseigne une autre . Enfin, dans l’Epître à Tite, il recommande encore aux esclaves de plaire en toutes choses à leurs maîtres, afin d’orner la doctrine du Sauveur . Ceux qui prétendent que le christianisme a aboli l’esclavage, invoquent surtout le verset de l’Epître aux Colossiens, que j’ai cité tout à l’heure et où il est dit que devant Dieu il n’y a ni esclave ni homme libre; mais ils ont grand soin de l’isoler des autres textes dont je donne le relevé et qui prouvent avec la dernière évidence que Paul, en disant qu’il n’y a pas, en religion, de distinction entre l’esclave et l’homme libre, n’entendait nullement dire pour cela qu’il dût en être de même parmi les hommes. Cette interprétation de sa pensée trouverait au besoin une confirmation dans le verset de l’Epître aux Galates, où en confondant l’homme et la femme comme l’esclave et l’homme libre dans l’unité mystique du Christ , il n’entend manifestement pas faire disparaître la différence de fonctions et de devoirs, que la nature et la société ont établie entre les deux sexes.

Pierre, dans sa 1re Epître, recommande également aux esclaves d’être soumis avec crainte à leurs maîtres . Après cela, on attend naturellement des recommandations pour les maîtres, à qui Paul défendait au moins la dureté. Point du tout. Pierre n’a absolument aucune recommandation à leur faire, tant il est apparemment convaincu de la légitimité de leurs droits.

Certains traducteurs auraient-ils cherché à se faire illusion à eux-mêmes et à donner le change aux autres sur la portée de ces textes, en traduisant le mot latin servus de la Vulgate par le mot serviteur, qui, dans notre langue, a une acception générale et peut s’appliquer au simple domestique à gages, demeurant toujours libre, aussi bien qu’à l’esclave proprement dit? Pour être fidèle, il fallait absolument traduire par esclave, et l’emploi du mot vague de serviteur semble ici une véritable fraude. Car d’abord, si l’on excepte le verset 18 du chapitre 2 de la 1” Epître de Pierre, l’expression grecque δoυ̃λoς des textes originaux, dans tous les passages que j’ai cités, signifie esclave proprement dit et ne peut pas signifier autre chose. En second lieu, dans ces mêmes chapitres de l’Epître aux Ephésiens et de l’Epître aux Colossiens, où Paul recommande si expressément d’obéir en tout aux maîtres comme au Christ, il oppose à l’homme libre le serviteur auquel il s’adresse, et, dans ces deux derniers passages, nos traducteurs eux-mêmes rendent par esclave le mot servus de la Vulgate; il est donc évident que Paul veut parler de l’espèce de serviteur qui n’est pas libre, c’est-à-dire du véritable esclave. Si les preuves n’étaient pas déjà surabondantes, on pourrait ajouter que, dans l’Epître à Philémon, il lui demande de recevoir en grâce le serviteur Onésime, qu’il lui renvoie; ce qui signifie fort clairement que ce serviteur n’était pas libre de quitter son maître, et que par conséquent il était esclave et esclave d’un chrétien que Paul appelle son ami et son aide.

Non-seulement donc les livres du Nouveau Testament n’ont pas un seul texte formel contre l’esclavage, mais ce qu’ils en disent est favorable à son principe.

D’un autre côté, il ne faut pas oublier que le christianisme, prenant pour point de départ les livres de l’Ancien Testament, les déclare révélés et inspirés par l’Esprit-Saint, tout aussi bien que les livres du Nouveau Testament. Or l’esclavage trouve une justification dans des textes exprès de l’Ancien Testament. Dans la Genèse, ch. 9, v. 25, Noé, en punition du péché de Cham, maudit Chanaan et le condamne à la servitude, et non-seulement l’auteur sacré ne désavoue pas cette condamnation, mais c’est sur la malédiction et l’asservissement des peuples de Chanaan qu’il fait reposer en grande partie l’histoire religieuse du peuple d’Israël. Au Lévitique, ch. 25, v. 44-46, Dieu permet aux Juifs d’avoir des esclaves étrangers. Déjà dans l’Exode, ch. 21, v. 2-6, Moyse avait institué, à l’égard des Juifs achetés par leurs compatriotes, un esclavage en apparence mitigé, mais que les dispositions des versets 4-6 rendent aussi odieux que possible. Au chapitre 29, v. 19, du livre des Proverbes, il est dit que ce n’est pas avec des paroles que l’on corrige un esclave. En effet, la parole, expression de la pensée et du sentiment, s’adresse à des personnes. Or les esclaves, aux yeux de leurs maîtres, ne sont pas des personnes, mais des choses comme les hôtes de somme. Les marchands et les possesseurs d’esclaves sont encore aujourd’hui de cet avis, et par conséquent ceux d’entre eux qui sont chrétiens, peuvent appliquer en toute sûreté de conscience les autres modes de correction que chacun sait et dont le livre de l’Ecclésiastique nous donne le détail suivant. A l’esclave il faut comme à l’âne, ni plus ni moins, de la pâture, des coups et du travail. Toutefois, comme il ne pourrait être astreint à manger au râtelier de l’âne, il reçoit du pain; mais par combien de désavantages est compensé ce privilége qu’il a sur son compagnon d’infortune! L’âne ne connaît que le joug et la courroie; lorsque sa peau est devenue calleuse et qu’il a fourni sa tâche, il peut reposer en paix. L’esclave ayant une tendance perpétuelle à vouloir être libre; on ne doit point lui lâcher la main, mais il faut l’assouplir par un travail continu; il faut, s’il a un mauvais vouloir, s’il n’obéit pas, le dompter par la torture et par les fers aux pieds . Ne dirait on pas que ces règles ont été tracées de nos jours par un conducteur de nègres? Le juif, le chrétien, qui les croit dictées par Dieu même, a-t-il le droit de demander l’abolition de l’esclavage? Ceux qui aujourd’hui encore exploitent les hommes comme des bêtes ne peuvent-ils pas venir, la Bible à la main, répondre qu’ils ne font que mettre en pratique les préceptes que juifs et chrétiens proclament divins? Pour que la dérision s’ajoute à la cruauté, ces prescriptions sont immédiatement suivies de paroles doucereuses qui recommandent d’aimer comme soi-même et de traiter en frère un esclave fidèle, parce que, dit le texte au possesseur, tu l’as acquis dans le sang de l’âme, ce qui est un motif très-peu intelligible . Quelle moquerie ne serait-ce pas que d’oser dire que l’on aime comme soi-même et que l’on traite en frère un de ses semblables que l’on retient dans l’esclavage? La première chose à faire, si l’on éprouvait réellement de pareils sentiments, ne serait-elle pas de se hâter de briser ses chaînes? On pourrait croire que c’est là ce qu’a voulu dire l’auteur sacré, dans un autre endroit où il recommande de ne pas priver de la liberté et de ne pas laisser dans l’indigence un esclave semé . Mais, dans ce dernier passage, il ne peut évidemment être question que de l’esclave d’origine hébraïque et qui devait être libéré la septième année, tandis que l’esclave de race étrangère devait demeurer, ainsi que sa progéniture, un objet de possession perpétuelle. Il demeure donc établi que les livres soit de l’Ancien soit du Nouveau Testament, loin de condamner l’esclavage, lui fournissent au contraire un appui. Un chrétien conséquent ne doit donc pas se croire le droit de le condamner comme une chose radicalement mauvaise de sa nature; il ne peut pas le regarder comme contraire à la justice, sans se déclarer par là même plus éclairé et plus saint que son Dieu, et sans s’inscrire contre les révélations qu’il dit en avoir reçues. Aussi n’existe-t-il aucune décision de l’Église qui ait déclaré essentiellement mauvais le fait de posséder des esclaves, et qui ait ordonné de les affranchir. Entendons quelques-uns des plus accrédités de ses docteurs.

Un des premiers Pères, saint Ignace, évêque d’Antioche, qui passe pour avoir été le disciple de saint Pierre, recommande aux esclaves chrétiens, comme le faisait saint Paul, de servir encore mieux, et motive cette recommandation sur la gloire de Dieu et leur intérêt même .

Saint Cyprien s’étaie du même texte de saint Paul pour adresser aux esclaves la même recommandation .

Selon saint Hilaire de Poitiers, un homme religieux ne tient aucun compte de la condition corporelle; il ne connaît d’autre servitude que celle de l’âme .

Saint Basile prescrit d’admonester, d’amender et de renvoyer à leurs maîtres les esclaves qui se réfugieraient dans les couvents, et il s’autorise de l’exemple de saint Paul, renvoyant Onésime à Philémon .

Saint Ambroise, parlant de la servitude à laquelle Isaac réduit son fils Ésaü, prétend que celui-ci devait être l’esclave d’un frère plus prudent que lui . C’est ainsi que raisonnent ceux qui prétextent l’infériorité de la race nègre pour l’asservir, et ceux qui objectent les vices que l’esclavage même a donnés aux esclaves pour les déclarer indignes de la liberté et incapables d’en user sagement .

Saint Chrysostome, qui pourtant, dans plusieurs de ses écrits, paraît compatir aux souffrances des esclaves et surtout être vivement blessé de l’orgueil et de la dureté des maîtres, n’en vient jamais à se prononcer sur l’illégitimité de l’esclavage. Paraphrasant les recommandations que l’apôtre Paul adresse aux esclaves dans l’Epître aux Ephésiens, il y ajoute ces motifs dérisoires de consolation, que de l’esclavage il n’existe que le nom, que le pouvoir des maîtres, comme tout ce qui tient à la chair, est momentané et caduc, et que la première noblesse consiste à savoir être au-dessous des autres, comme si l’espèce d’infériorité où se trouve l’esclave à l’égard de son maître et qui ne lui laisse plus cette direction morale de ses actes sans laquelle on n’est plus véritablement un homme, pouvait se camparer à aucune de ces inégalités et de ces diverses espèces de subordination de rangs et de fonctions que légitiment les nécessités de la vie humaine . Je ne sais si les esclaves étaient de son avis et s’ils s’en trouvaient bien soulagés; je crois qu’il les eût réconfortés plus efficacement s’il eût déclaré hautement que l’on commet un des plus grands crimes en possédant un homme comme une chose, et s’il eût usé de l’autorité de son ministère pour sommer les maîtres de rendre leurs esclaves à la liberté. Il le devait d’autant plus qu’il assigne à l’esclavage pour origine la cupidité et les brutales violences de la guerre .

Saint Augustin, après avoir reconnu qu’en droit naturel nul homme n’est le maître de son semblable, ce qui devait l’amener à conclure l’illégitimité radicale de la servitude, déclare que Dieu l’a justement introduite dans le monde comme peine du péché. Il résulte de son argumentation que ce serait aller contre la volonté même de Dieu que de prétendre abolir l’esclavage. Aussi se garde-t-il bien de réclamer cette abolition, et se contente-t-il, en attendant que la fin du monde vienne supprimer toute domination humaine, de rappeler aux esclaves l’invitation que leur adressait saint Paul .

Saint Isidore, évêque de Séville, défend aux abbés de donner la liberté aux esclaves, qu’il appelle la chose des monastères .

Saint Bernard, écrivant à l’abbé de Molêmes, lui dit qu’il lui appartient de corriger les esclaves de l’Église confiés à ses soins .

Saint Thomas d’Aquin soutient que la nature a destiné certains hommes à être esclaves. Il appuie son assertion sur les diverses relations qui subordonnent les choses les unes aux autres, soit au physique soit au moral, comme si cette subordination pouvait jamais aller jusqu’à supprimer justement les conditions essentielles de notre personnalité et de notre responsabilité ; il invoque, en faveur de cette détestable cause, le droit naturel, la loi humaine, la loi divine et jusqu’à l’autorité d’Aristote .

Bossuet, qu’on n’accusera pas d’ignorer la doctrine chrétienne, fait découler de la conquête un prétendu droit de tuer le vaincu, et trouve en conséquence un bienfait et un acte de clémence dans le fait de réduire ce vaincu en esclavage. Il invoque l’autorité de saint Paul et les exemples de l’Ancien Testament: «L’oriagine

«de la servitude, dit-il, vient des lois d’une

«juste guerre, où le vainqueur ayant tout droit

«sur le vaincu, jusqu’à lui pouvoir ôter la vie,

«il la lui conserve: ce qui même, comme

«on sait, a donné naissance au mot de servi,

«qui, devenu odieux dans la suite, a été dans

«son origine un terme de bienfait et de clémence...

«Toutes les autres servitudes, ou

«par vente ou par naissance ou autrement,

«sont formées et définies sur celle-là. En

«général et à prendre la servitude dans son

«origine, l’esclave ne peut rien contre personne,

«qu’autant qu’il plaît à son maître.

«Les lois disent qu’il n’a point d’état, point

«de tête, caput non habet, c’est-à-dire que ce

«n’est pas une personne dans l’État; aucun

«bien, aucun droit ne se peut attacher à lui...

«De condamner cet état, ce serait entrer

«dans les sentiments que M. Jurieu lui-même

«appelle outrés, c’est-à-dire dans les

«sentiments de ceux qui trouvent toute guerre

«injuste; ce serait non-seulement condamner

«le droit des gens où la servitude est admise.

«comme il paraît par toutes les lois, mais

«ce serait condamner le Saint-Esprit qui ordonne

«aux esclaves, par la bouche de saint

«Paul (1 Cor., ch. 7, v. 24; Eph., ch. 6,

«v. 7), de demeurer en leur état, et n’oblige

«point leurs maîtres à les affranchir... Si le

«droit de servitude est véritable, parce que

«c’est le droit du vainqueur sur le vaincu,

«comme tout un peuple peut être vaincu jusqu’à

«être obligé de se rendre à discrétion,

«tout un peuple peut être serf, en sorte que son

«seigneur en puisse disposer comme de son bien,

«jusqu’à le donner à un autre, sans demander

«son consentement, ainsi que Salomon

«donna à Hiram, roi de Tyr, vingt villes de

«la Galilée .»

Bailly soutient également la légitimité de l’esclavage, et s’étaie de l’autorité du chapitre 21 de l’Exode et du chapitre 25 du Lévitique, ainsi que des diverses définitions du droit canonique; il prétend qu’un homme a le droit de se vendre, et que la guerre donne le droit de réduire les ennemis à l’état d’esclaves . La Théologie de Bailly a été publiée pour la première fois en 1789, à la veille de notre grande révolution. Aussi s’aperçoit-on que, dans cette question de la légitimité de l’esclavage, l’auteur était mal à l’aise et faisait même quelques efforts pour paraître humain. Par exemple, il veut qu’on ne se vende que pour améliorer son sort, et que la guerre qui fait des esclaves soit juste; il invoque seulement l’autorité de l’Ancien Testament, mais non celle du Nouveau. Bien plus, il commence par avouer que la loi naturelle s’oppose à ce qu’un homme devienne la propriété d’un autre homme, et il ne s’aperçoit pas qu’un pareil aveu détruit d’avance tout ce qu’il va dire pour légitimer l’esclavage; car le droit naturel est le droit par excellence, le droit éternel et immuable, et tout autre droit, pour mériter ce nom, doit en être une application et ne pas le contredire. Mais, depuis 1789, nous avons fait du chemin, et les théologiens de nos jours sont bien autrement hardis.

M. Bouvier, évêque du Mans, prend ouvertement sous sa protection la cause de l’esclavage. Il ne le trouve opposé ni au droit naturel, qui permettrait, selon lui, de réduire en esclavage les prisonniers faits à la guerre et les condamnés à mort; ni au droit divin, puisque les livres sacrés ne le prohibent pas, et qu’au contraire l’Ancien Testament (Exode, ch. 21, et Lévitique, ch. 25) et le Nouveau Testament (I. Timot, ch. 6) le permettent; ni au droit civil, qui l’a permis chez nous à diverses époques dans nos colonies; ni enfin au droit ecclésiastique, qui en parle en divers lieux comme d’une chose licite. L’auteur conclut nettement que la religion chrétienne, qui a trouvé l’esclavage établi partout, ne l’a pas défendu . Parlant ensuite de la traite des nègres, il la déclare permise, à condition que les nègres seront justement privés de leur liberté, qu’on les traitera humainement et qu’il n’y aura point de fraude dans le marché. Ces conditions posées, il prétend que ce trafic n’est opposé ni à l’humanité ni à la religion ni à l’équité naturelle .

La même doctrine est professée dans la Théologie de M. l’abbé Lyonnet; on y rencontre les mêmes arguments et presque les mêmes expressions .

Dans un livre publié par l’abbé Fourdinier, supérieur du séminaire du Saint-Esprit, et destiné à l’enseignement chrétien dans les colonies françaises, la distinction entre les maîtres et les esclaves est consacrée en plusieurs endroits où il est question de leurs obligations réciproques, et ce livre n’exprime pas seulement l’opinion personnelle des prêtres qui s’en servaient pour leur enseignement religieux, mais il exprime aussi l’opinion des théologiens de la sacrée Propagande romaine, qui l’ont revêtu de leur approbation .

Plus récemment encore, l’abbé Rigord, curé de Fort-Royal à la Martinique, dans un écrit publié avec l’approbation de son préfet apostolique, a soutenu la légitimité de l’esclavage et de la traite des nègres .

Dans les églises et les temples des pays américains à esclaves, des ministres de l’Évangile, catholiques et protestants, naguère encore soutenaient la légitimité de l’esclavage, en s’appuyant sur ces mêmes textes soit de l’Ancien et du Nouveau Testament, soit des doctrines théologiques, que je viens de citer. Et ces ministres, il faut bien en convenir, étaient plus conséquents que ceux de leurs candides coreligionnaires qui, la Bible à la main et ses divers préceptes sans cesse à là bouche, réclamaient l’émancipation de la race nègre , plus conséquents aussi que les chrétiens qui, de ce côté de l’Atlantique, attribuent au christianisme le mérite de la prétendue abolition de l’esclavage.

On le voit donc, définitivement perdue au tribunal de la raison, la cause de l’esclavage peut encore se réfugier auprès du tribunal des docteurs chrétiens les plus soucieux de tirer les conséquences de leurs propres principes.

Le droit canonique, invoqué par les théologiens que je citais tout à l’heure, déclare que l’autorité ecclésiastique n’a point voulu porter atteinte aux droits des maîtres sur leurs esclaves .

Dans aucun temps, pas même dans les trois premiers siècles, époque de lutte et d’humilité et par conséquent de foi vive et de zèle ardent, le christianisme n’a condamné directement l’esclavage comme une chose radicalement mauvaise et à laquelle il fallût mettre immédiatement un terme. C’est un fait que nos adversaires eux-mêmes sont obligés d’avouer.

«Pendant ces trois premiers siècles, dit

«M. Édouard Biot, époque de persécution et

«de tolérance alternative pour le christianisme,

«nul, parmi ses défenseurs ou ses ennemis, ne

«parle de la suppression de l’esclavage, comme

«conséquence de la doctrine nouvelle... Les

«Pères de l’Église comme les apôtres prescrivent

«la soumission même aux maîtres infidèles .»

M. Granier de Cassagnac range parmi les préjugés historiques et philosophiques de notre siècle l’opinion des personnes qui veulent que Jésus-Christ soit expressément venu abolir l’esclavage et proclamer l’égalité des hommes, et il ajoute que le christianisme a toujours justifié et maintenu l’esclavage . La conclusion qui découle naturellement de ces aveux est accablante: aussi les apologistes chrétiens se mettent-ils l’esprit à la torture pour y échapper. Les deux auteurs que je viens de citer s’efforcent de voir une preuve de haute sagesse dans cette absence même de décision contre l’esclavage. M. Biot revient souvent sur cette explication: «Le christianisme, dit-il,

«fait ce qu’il doit; il prend l’ordre politique de

«la société comme une condition donnée à laquelle

«il faut se soumettre; il admet comme

«un fait l’esclavage temporel... Bien que les

«lois sur l’esclavage subsistassent dans toute

«leur intégrité, l’esclavage personnel, déjà

«bien modifié, bien effacé par la dégradation

«des Romains, s’anéantissait insensiblement

«sous l’action morale du christianisme. Cette

«marche était la seule qui put réussir pour régénérer

«la société humaine. Car, avant de

«supprimer les esclaves, il fallait que la société

«fût intellectuellement et moralement digne

«de ce perfectionnement, et toute autre marche

«plus rapide n’eût fait que renouveler les excès

«des révoltés de Sicile et des compagnons de

«Spartacus... Dans l’occident de l’Europe,

«comme dans l’empire d’Orient, l’influence

«du christianisme pour la suppression de

«l’esclavage a été toute morale, et elle ne

«pouvait être différente. Le christianisme ne

«pouvait inscrire la nécessité de l’abolition de

«l’esclavage au nombre des lois et troubler ainsi

«tout l’ordre social .»

Sophismes que tout cela! Non, le christianisme ne fait pas ce qu’il doit, en prenant l’ordre politique comme une condition à laquelle il doive se soumettre, si cet ordre politique est fondé sur des institutions immorales. La doctrine chrétienne n’est-elle pas donnée par ceux qui l’enseignent pour une doctrine émanant directement de Dieu, et non pour une doctrine humaine? Or un législateur religieux peut-il tenir pour respectables des désordres sociaux qu’il a précisément pour but de faire cesser, et ne faut-il pas qu’il définisse nettement ce qui est bien et ce qui est mal, et qu’il prescrive de faire l’un et d’éviter l’autre? Peut-il admettre à cet égard des ménagements, des accommodements, comme le fait le législateur humain dont la science, la moralité et la puissance sont si bornées, et qui, n’étant chargé de légiférer que pour un temps et des circonstances données, se croit obligé de tenir compte de ces circonstances et de recourir à des demi-mesures et à des atermoiements? En raisonnant ainsi, on fait une œuvre purement mondaine d’une œuvre qu’on donnait pour divine; bien plus, on ravale Dieu au niveau de ces législateurs, qui, sous prétexte d’attendre que les sociétés soient dignes des perfectionnements qu’elles réclament, ne sont jamais pressés de les régénérer, qui ont toujours peur de marcher trop rapidement dans la voie du progrès, et qui, différant toujours d’inscrire au nombre des lois les mesures les plus justes et les plus urgentes, de crainte de troubler l’ordre social, ne s’aperçoivent pas que ce sont leurs frayeurs mêmes qui engendrent les Spartacus et font naître ces révoltes qu’ils avaient pour mission de prévenir en en supprimant les très-légitimes causes.

CHAPITRE II

Table des matières

LA RELIGION CHRÉTIENNE N’A POINT ABOLI DE FAIT L’ESCLAVAGE

Si la religion chrétienne ne condamne point en principe l’esclavage, l’a-t-elle au moins aboli de fait? C’est ce que nous allons voir maintenant.

L’histoire dit que l’esclavage a continué d’exister chez les nations modernes, non pas seulement lorsque le christianisme a commencé à y pénétrer, mais lorsqu’il y a été solidement établi et exclusivement dominant. Et cet état de choses n’était pas seulement toléré, mais continué et protégé par les princes chrétiens et les conciles, qui étaient alors tout puissants pour en décréter l’abolition. Je vais citer des faits, après avoir averti qu’à mes yeux ce qu’il y a de criminel dans l’esclavage proprement dit se retrouve, malgré les différences qui peuvent exister d’ailleurs, dans ce servage, soit barbare soit féodal, que le moyen âge, si attaché à la foi chrétienne, étendit sur l’Europe comme un crêpe funèbre dont les derniers lambeaux se voient encore aujourd’hui dans plusieurs contrées du Nord. Non-seulement l’autorité ecclésiastique ne condamnait pas, mais elle exploitait elle-même ce servage: les prélats avaient leurs serfs non moins que les princes séculiers, les abbés tout aussi bien que les barons, les moines comme les gentillâtres .

Sous les premiers rois de la troisième race, les deux tiers des habitants de la France étaient serfs. Le servage était souvent aussi dur que l’esclavage ancien. Cependant, comme le serf n’était ordinairement vendu ou donné qu’avec la glèbe à laquelle il était attaché, sa condition était, à certains égards, moins mauvaise que celle de l’ancien esclave. Je dis qu’il n’était ordinairement vendu ou donné qu’avec la glèbe. Les cas où il en était détaché et où il était aliéné séparément sont nombreux. Mais quand il n’en existerait aucun exemple, il n’en demeurerait pas moins évident que le possesseur en disposait comme d’une chose. Or c’est celte possession de l’homme par l’homme, possession persistant dans le servage comme dans l’esclavage proprement dit, qui est un fait aussi essentiellement criminel dans l’un que dans l’autre. Si l’on veut au reste considérer comme un progrès la substitution du servage à l’esclavage primitif, ce n’est point au christianisme qu’il faut en attribuer le mérite, mais à l’invasion des peuplades germaines, chez lesquelles le système des redevances imposées par le maître au cultivateur attaché à une terre était en usage, ainsi que nous le voyons dans un passage de Tacite . Il y avait déjà assez longtemps que le système du servage était établi dans plusieurs contrées de l’Europe occidentale par les diverses tribus d’origine germanique, lorsque les empereurs chrétiens Anastase et Justinien l’appliquèrent aussi aux peuples soumis à leur domination , en décrétant que les colons, autres que les esclaves proprement dits, qui auraient cultivé une terre, sous le nom d’ascriptices, pendant trente ans consécutifs, y seraient par ce fait seul attachés à perpétuité, eux et leur postérité, et en ajoutant à cette mesure tyrannique cette cruelle dérision, que les colons ainsi immobilisés par prescription et désormais enchaînés au sol qu’ils avaient précédemment cultivé comme fermiers ou métayers et en vertu de conventions librement consenties, continueraient de s’appeler libres . La transformation de l’esclavage en servage ne s’est pas opérée soudainement et partout à la même époque; elle s’est au contraire opérée lentement et à des époques différentes dans les diverses contrées du monde chrétien. Ce travail s’est fait sourdement pendant plusieurs siècles, généralement du sixième au dixième. Mais il est très-difficile et souvent impossible de rien préciser à cet égard, soit parce que les documents nous manquent, soit parce que ceux qui nous sont parvenus et qui sont presque tous écrits en latin, se servant ordinairement, pour désigner les serfs, des mêmes mots servus mancipium, ancilla, qui précédemment désignaient les esclaves, contribuent à entretenir l’incertitude qu’ils devaient dissiper. Après le dixième siècle même, on trouve encore de nombreux et manifestes exemples de l’esclavage antique, sans parler de celui que des chrétiens devaient plus tard aller établir avec redoublement d’atrocité sur le nouveau continent. Mais ce qu’il importe ici de bien constater et ce que j’espère mettre en évidence, c’est que, depuis l’apparition du christianisme, la criminelle possession de l’homme par l’homme, sous quelque forme qu’elle ait existé, esclavage ou servage, non-seulement n’a pas été répudiée par les chrétiens, mais a été constamment acceptée et exploitée par eux et plus particulièrement par leurs chefs, soit temporels soit spirituels. Mais j’arrive aux faits. En suivant l’ordre chronologique, j’en choisirai quelques-uns entre des milliers d’autres semblables que l’on peut voir dans les divers monuments que j’indiquerai.

Et d’abord, pendant les premiers siècles, où les chrétiens nouvellement convertis n’étaient que tolérés quand ils n’étaient pas persécutés, époque où leur foi était dans sa plus grande ferveur et où ils avaient intérêt à se montrer supérieurs aux payens en fait d’humanité et de moralité, les voit-on refuser de posséder des esclaves? Nullement. Ils continuent d’en avoir comme avant leur conversion. En voici une preuve irrécusable. Dans la seconde moitié du deuxième siècle, Athénagoras adressait à l’empereur Marc-Aurèle et à son fils Commode une apologie des chrétiens. Or, au milieu des éloges qu’il décerne à ses coreligionnaires, il repousse les calomnies payennes dont ils étaient l’objet, en invoquant le silence de leurs esclaves, et nous apprend ainsi qu’ils en possédaient . Il ne pense pas à les en blâmer, et cela n’a rien qui doive nous étonner, puisque, selon l’aveu de M. Biot, que je relatais tout à l’heure, personne parmi eux ne parlait alors de la suppression de l’esclavage comme conséquence de la doctrine nouvelle. Mais, puisque, selon l’explication du même auteur, ils ne consentaient à garder leurs esclaves que pour ne pas troubler l’ordre social, établi et maintenu par l’autorité payenne encore subsistante, ils vont être à leur aise pour donner carrière à leur générosité lorsque le christianisme sera monté sur le trône. Venons donc à ces heureux temps.

Le concile de Gangres, tenu vers 324, anathématise (canon 3) ceux qui détournent les esclaves de servir leurs maîtres avec cette bienveillance et ce respect que recommandait saint Paul .

Constantin, ce premier empereur chrétien, qui se baignait dans le sang de sa propre famille, permet aux maîtres, par un rescrit de l’année 319, de frapper leurs esclaves avec des verges ou des courroies, et de les charger de chaînes, dût la mort s’ensuivre; il leur défend seulement de les tuer violemment et d’un seul coup . L’empereur payen Antonin s’était montré plus généreux envers les esclaves. Il n’attendait pas, pour faire intervenir le magistrat, que les maîtres les eussent tués dans un accès de brutale colère ou avec ce luxe d’atrocités dont le rescrit de Constantin donne les détails; il empêchait, ce qui n’était pas moins criminel peut-être, qu’on les fît mourir lentement et à petit feu sous les mauvais traitements de chaque jour. Ulpien nous a conservé le texte d’un rescrit par lequel il enjoint au proconsul Élius Marcianus de protéger les esclaves qui auraient à se plaindre des sévices de leurs maîtres . Il n’est pas jusqu’à l’empereur Claude qui ne se soit aussi montré plus généreux que Constantin envers les esclaves. Un historien, qui lui reproche avec raison sa cruauté, nous apprend qu’il rendait à la liberté les esclaves malades que leurs maîtres, pour se dispenser de leur donner des soins, exposaient dans l’île d’Esculape, et qu’il déclarait coupables de meurtre les maîtres qui, recourant à un moyen encore plus expéditif de se débarrasser du devoir de guérir leurs esclaves infirmes, préféraient les tuer .

Dans un rescrit de 329, Constantin permet ce qu’avaient défendu les empereurs payens Dioclétien et Maximien, de vendre un enfant au moment de sa naissance, avec faculté de le racheter ou de fournir en échange un autre esclave . Dans un autre rescrit de 331, il attribue à celui qui a ramassé un enfant exposé un droit de propriété, condamnant par là cet être innocent à l’esclavage et punissant sur lui le crime de son père ou de son maître . Ici encore l’empereur chrétien s’était laissé dépasser, en fait de justice, par un empereur payen, par Trajan, qui, consulté sur cette question, s’était opposé à ce que ces malheureux enfants fussent réduits en esclavage . A ce propos, je citerai un triste exemple de l’influence des préventions religieuses. M. Troplong, comparant à cette décision de Trajan celles de Constantin de 329 et 331, donne la préférence à ces dernières. «On serait

«tenté, dit-il, de croire au premier coup

«d’œil que Constantin aurait été moins équitable

«que Trajan, qui voulait qu’aucune fin

«de non-recevoir ne fit obstacle à la liberté

«de l’enfant exposé. Mais, en y réfléchissant,

«on ne tarde pas à reconnaître que c’est en-

«core par humanité que Constantin fut plus

«sévère que ses prédécesseurs. Après avoir

«offert aux parents l’appât des secours pu-

«blics; il voulut agir sur le cœur des pères

«et les effrayer par la perte de la puissance

«paternelle; il crut en outre que l’acheteur

«et le nourricier devaient être encouragés par

«l’intérêt privé, afin d’être plus enclins à don-

«ner des secours à la pauvre créature que son

«père avait rejetée et offerte à la mort. Il jugea

«prudemment qu’entre le sacrifice de la vie

«et le sacrifice de la liberté, il fallait choisir le

«moindre mal, et qu’il valait mieux assurer

«l’existence de l’enfant que de risquer de la

«compromettre en se montrant trop jaloux de

«sa liberté .» Que d’erreurs dans ce peu de mots, et quel abus du langage! C’est par humanité que Constantin condamne à l’esclavage de pauvres enfants abandonnés! Il voulut agir sur le cœur des pères et les effrayer par la perte de la puissance paternelle! Est-ce que les pères dont il s’agit ici tiennent à conserver leur puissance paternelle sur des êtres qu’ils jettent à la voirie comme des animaux immondes? Est-ce qu’il vous est permis, à vous, membre d’une cour suprême, d’ignorer que des hommes arrivés à ce degré de perversité s’estiment heureux qu’on les débarrasse de l’exercice d’un pareil droit, et ne voyez-vous pas que ce serait par des peines directes et bien autrement efficaces qu’il faudrait les effrayer, en supposant que le but du législateur fût d’effrayer le coupable plutôt que de l’amender, de punir le mal plutôt que de supprimer ou d’atténuer les causes qui l’ont fait naître? Il crut que l’acheteur et le nourricier devaient être encouragés par l’intérêt privé, afin d’être plus enclins à donner des secours à la pauvre créature! Noble bienfaisance que celle qui excite à nourrir des enfants comme on élève des chevaux pour les conduire à la foire, et qui, pour porter les hommes à secourir les faibles et les malheureux, fait appel non plus aux motifs désintéressés, mais à ceux que suggère la cupidité ! On sait en effet combien l’intérêt privé est fécond en vertus, comme il dispose l’âme aux sentiments tendres, sympathiques et généreux, et que d’actes de dévouement il inspire! Il jugea prudemment qu’entre le sacrifice de la vie et le sacrifice de la liberté, il fallait choisir le moindre mal, et qu’il valait mieux assurer l’existence de l’enfant que de la compromettre en se montrant trop jaloux de sa liberté ! Tout cela était au contraire aussi imprudent qu’inhumain. L’alternative qu’on suppose ici est une pure fiction; car il y a, pour protéger la vie d’enfants abandonnés, d’autres moyens que le sacrifice de leur liberté. Cette législation devait même encourager les expositions et par conséquent multiplier les dangers de mort des enfants, soit en donnant à des pères dénaturés la certitude que leur crime n’encourrait aucune peine positive et présente, soit en leur faisant espérer qu’il se rencontrerait des éleveurs de bétail humain, ayant intérêt à recueillir leur progéniture. En paraissant interdire l’exposition des enfants, Constantin la permettait donc en réalité, et c’était ce que la loi de Rome n’avait jamais fait sous ses prédécesseurs payens. Lorsque Montesquieu disait:

«On ne trouve aucune loi romaine qui per-

«mette d’exposer les enfants », il aurait donc dû ajouter: Avant les premiers empereurs chrétiens. Enfin il n’est pas vrai que la vie d’un homme qui se voit dépouillé de la direction et de la responsabilité morale de ses actes, que la vie de l’esclave soit préférable à la liberté. Une existence dont la partie la plus élevée et la plus réelle a été ainsi retranchée, n’est plus une vie; c’est une mort cent fois pire que ce que l’on appelle de ce nom.

Dans un rescrit de 332, relatif au cas de contestation entre deux personnes qui revendiquent la propriété d’un esclave accusé d’avoir pris la fuite, Constantin ordonne, comme moyen de découvrir la vérité, de soumettre ce malheureux à la torture . Loin de penser à relever les esclaves de leur dure condition, il y ajoute le poids d’une insultante flétrissure. Dans un rescrit de 336, qui a pour objet de défendre, sous peine d’infamie, aux sénateurs et aux autres dignitaires de légitimer les enfants qu’ils auraient eus de femmes de conditions basses ou méprisées, ce qui n’était pas déjà très-moral, puisqu’il est évident que des enfants ne doivent pas porter la peine des torts qu’auraient pu avoir leurs parents, il énumère en première ligne les femmes esclaves ou affranchies et leurs filles avec les actrices, les cabaretières, les filles de gladiateurs ou de ceux qui tiennent des maisons de débauche . Enfin il distribue des terres à ses soldats avec un certain nombre d’esclaves et de bêtes de somme, après qu’il a fait profession publique de christianisme. Qu’on vienne maintenant le louer de l’affranchissement purement politique des esclaves faits par son ennemi Maxence! Qu’on ose vanter la mansuétude de la défense qu’il fait aux Juifs d’avoir des esclaves chrétiens, quand il laisse les chrétiens posséder paisiblement des esclaves juifs ou payens (ou même chrétiens! Qu’on lui fasse un mérite de ce qu’il ordonne qu’un maître qui voudra affranchir son esclave, au lieu d’aller comme auparavant trouver le préteur, se présente devant l’évêque! Comme si la conservation même de la cérémonie d’affranchissement, dans laquelle l’évêque remplacera désormais le préteur, ne prouvait pas précisément que Constantin laissait subsister l’esclavage.

Lorsque Théodose, cet [égorgeur de Thessalonique, ordonne à tous ses sujets de se faire chrétiens, leur ordonne-t-il aussi de rendre la liberté à leurs frères esclaves? La pensée vient-elle à l’Église de le lui demander, elle qui maintenant marche le front haut, qui obtient de lui ce qu’elle veut, et qui peut tout jusqu’à le faire attendre à sa porte dans l’attitude d’un suppliant ? C’est bien assez pour elle qu’il fasse décréter la divinité du Saint-Esprit au concile de Constantinople, qu’il mette à l’amende et pourchasse les hérétiques, qu’il défende aux chrétiens de s’allier aux Juifs sous peine d’être punis comme adultères, qu’il se soumette enfin sans murmurer à la pénitence canonique. Mais pour les esclaves, elle n’a rien à lui demander, et lui rien à faire. Non-seulement il ne pense point à abolir l’esclavage, mais il le consacre et le maintient, au profit même de l’Etat, dans un rescrit de 389 .

Honorius, empereur d’Occident, qui excluait de tous les emplois publics ceux qui ne professaient point la foi catholique, et qui défendait d’appeler des sentences prononcées par les évêques, même en matière civile, et son frère Arcadius, empereur d’Orient, qui était gouverné par son eunuque Eutrope, ne se bornent pas à défendre d’écouter les esclaves qui viennent accuser leurs maîtres, mais ils ordonnent, dans un rescrit de 397, qu’en pareil cas les esclaves soient immédiatement mis à mort, même avant l’audition des témoins et l’examen de la cause. Ils ont soin d’excepter le cas où l’esclave accuse son maître du crime de lèse-majesté . Honorius laisse vendre comme de vils troupeaux, sur la place publique, les prisonniers que Stilicon, son général, a faits à Radagaise, 405, et qui sont en si grand nombre qu’on les livre au prix d’une pièce d’or par tête.

Dans une lettre que l’on croit avoir été écrite vers l’an 409, et qui est adressée à un chrétien opulent de la Dalmatie, saint Jérôme, énumérant les divers sujets de chagrin dont il entreprend de le consoler, mentionne une perte de troupeaux et d’esclaves, essuyée dans une invasion de barbares , et dans cette lettre, qui est un long et beau sermon, il n’y a pas un mot de blâme pour cette odieuse possession. Les saints mêmes laissaient donc alors les chrétiens posséder en paix leurs semblables.

Le 7e concile de Carthage, tenu en 419, assimilant les esclaves aux histrions, aux hérétiques, aux payens et aux juifs, leur interdit la faculté d’accuser les clercs à moins qu’ils ne soient personnellement intéressés dans l’affaire. Cette défense constate qu’au commencement du Ve siècle, l’Eglise, loin de penser à abolir l’esclavage, contribuait au contraire à son maintien, en refusant aux esclaves, à cause de leur seule qualité d’esclaves, un droit inhérent à la condition humaine, et en les confondant avec d’autres classes d’hommes qu’elle notait d’infamie .

Sous le règne de Théodose II, ce prince gouverné par sa sœur Pulchérie que l’Église grecque honore comme une sainte, on vend les captifs faits dans la guerre de Perse (422). Cette vente fournit à un digne évêque d’Amida l’occasion d’un trait particulier d’humanité, que je mentionnerai plus loin et qui contraste heureusement avec le crime public d’un empire chrétien. Un rescrit de ce même Théodose II et de Valentinien III (428) condamne les esclaves coupables d’hérésie à être fouettés et envoyés aux mines, tandis qu’il ne décerne contre les hérétiques de condition libre qu’une amende de 10 livres d’or ou l’exil .

Le 1er concile d’Orange, 441, excommunie (canon 6) ceux qui prennent les esclaves des clercs à la place des leurs qui se sont réfugiés dans l’église .

Le 2e concile d’Arles, 452, renouvelle (canon 32) cette excommunication, absolument dans les mêmes termes . Ce concile semble d’abord (canon 33) prendre sous sa protection les affranchis; mais il permet aussitôt (canon 34) de remettre sous le joug ceux qui sont convaincus d’ingratitude .

Salvien nous apprend qu’au Ve siècle les chrétiens, non-seulement possédaient des esclaves, mais leur faisaient endurer les plus indignes traitements, et allaient même jusqu’à se croire le droit de les mettre à mort et d’en user pour assouvir leur brutale impudicité .

Le concile d’Agde, 506 (canon 62), se contente de séparer de la communion des fidèles pendant deux ans celui qui aura tué son esclave sans avoir fait intervenir le juge . L’institution de cette pénalité prouve que les chrétiens d’alors, non contents de posséder des esclaves, les tuaient sans aucune forme de procès, ce que les législations payennes elles-mêmes avaient défendu depuis longtemps sous des peines plus sévères.

Le concile d’Epaone, 517, défend (canon 8) aux abbés d’affranchir les esclaves donnés aux moines et fonde sa décision sur cette raison que, quand les moines sont occupés à cultiver leurs terres, il serait injuste que leurs esclaves devinssent libres et oisifs ; comme s’il n’y avait pas de différence entre travailler pour soi ou pour les autres, à titre de propriétaire du sol ou esclave; comme s’il fallait nécessairement opter entre l’esclavage et l’inaction; comme s’il était possible enfin à un nouvel affranchi, qui ne possède que sa personne, de demeurer oisif.

Le concile de Lérida, 524, défend (canon 8) aux clercs dont les esclaves se sont réfugiés dans les églises de les en retirer ou de les fouetter . Non-seulement donc les gens d’église possédaient des esclaves, mais ils les fouettaient comme des bêtes de charge.

Justinien Ier, qui, dans ses actes publics, disait: Notre bouche divine ; qui se souilla du meurtre de Vitalien; qui montra tant de zèle pour la conversion des hérétiques, et qui, hérétique lui-même, ordonna à ses sujets de croire que Jésus-Christ n’avait jamais enduré la faim ni la soif ni aucun autre besoin naturel; Justinien, loin d’abolir l’esclavage, lui donne au contraire une consécration légale dans les Institutes, les Pandectes et le Code qu’il publie en 533 et 534, et où il maintient la distinction établie entre les personnes libres et les personnes esclaves, et définit l’esclavage et les causes qui lui donnent naissance juridiquement, ainsi que les conditions de l’affranchissement. L’Église a-t-elle eu quelque objection contre ces dispositions qui servaient de règle à tous les tribunaux d’un vaste empire? Bien loin de là, elle en faisait elle-même son profit; car elle possédait des esclaves, comme on l’a vu déjà et comme on le voit encore par une constitution de 535, où le même Justinien, défendant d’aliéner les biens du clergé, énumère le détail de ces biens et y comprend les esclaves .

Le 3e concile d’Orléans, 538, permet (canon 13) de rendre aux juifs les esclaves chrétiens, qui ont cherché dans une église un refuge contre l’oppression de leurs maîtres, à la condition que ceux-ci payeront le prix auquel on estimera ces esclaves . Ainsi non-seulement l’Église permettait l’esclavage mais elle en tirait profit.

Le 4e concile d’Orléans, 541, ordonne (canon 32) que les descendants de parents esclaves, mais qui pouvaient se croire libres depuis longtemps, soient repris partout où on les trouvera et replacés dans la condition servile de leurs ancêtres .

Sous le règne de Justin II, qui, à peine monté sur le trône, appelle auprès de lui sous des semblants d’amitié et fait massacrer un petit-neveu de Justinien, et qui, tout occupé de ses plaisirs à Constantinople, laisse les Lombards en Italie et les Perses en Orient ravager l’Empire, on vend publiquement des esclaves bretons sur le forum de Rome chrétienne.

Saint Grégoire de Tours nous fournit un exemple des horribles traitements que faisaient subir à leurs esclaves les compagnons de ces rois francs qui avaient envahi la Gaule et qui étaient chrétiens depuis Clovis. En 576, un duc, que le même historien nous apprend avoir été plus tard mis à mort par le roi Childebert II, contre lequel il avait conspiré, prenait plaisir à voir verser de la cire brûlante sur les jambes nues d’un jeune esclave, et si celui-ci laissait échapper une plainte ou faisait quelque mouvement, son maître le menaçait de le percer d’une épée. Ce même duc faisait enfermer dans un tronc d’arbre creusé et enterrer tout vivants deux de ses esclaves, un jeune homme et une jeune fille qui s’aimaient et qui venaient de se marier sans son consentement. Il avait promis de ne pas les séparer, et il disait: «Je n’ai

«point violé mon serment.» Le prêtre qui les avait unis, averti de cet acte de barbarie, accourut et, à force d’instances, obtint qu’on les déterrât. Le jeune homme vivait encore, mais la jeune fille était étouffée .

Le 3e concile de Tolède, 589, ordonne (canon 5) aux évêques de vendre et par conséquent de traiter en esclaves les femmes qui auraient vécu en concubinage avec des ecclésiastiques .

Saint Grégoire Ier, qui occupa le siège pontifical de 590 à 604, et félicita de son avénement au trône l’empereur Phocas qui y arrivait par l’usurpation et l’assassinat, saint Grégoire, écrivant à Januarius, évêque de Sardaigne, l’engage à sévir contre les payens qui refusent d’embrasser le christianisme. Voici les règles de conversion que trace ce pape, dont les écrivains ecclésiastiques célèbrent la douceur: Les payens de condition libre seront simplement emprisonnés; quant aux esclaves, il faudra les fustiger et les mettre à la torture . Cette diversité de pénalité pour un même fait est une reconnaissance et une consécration de l’esclavage; car elle n’aurait pas de sens si, aux yeux du saint pontife, un homme était naturellement l’égal d’un autre homme, et s’il n’y avait pas une différence essentielle entre un esclave et un homme libre. Du reste nous verrons plus loin ce même pape affranchir ses propres esclaves.

Le 2e concile de Séville, 619, condamne (canon 8) à redevenir esclave un affranchi qui était accusé d’avoir voulu user de maléfices envers l’évêque, son ancien maître .

Le 1er concile de Reims, 630, défend (canon 11) de vendre des esclaves chrétiens à d’autres qu’à des chrétiens, et par conséquent ne permet pas seulement à des chrétiens d’en acheter, mais leur assure le monopole de cet achat .

Le 4e concile de Tolède, 633, renouvelle (canon 43) l’ordre déjà donné par le 3e concile, de faire saisir et vendre les femmes avec lesquelles des clercs vivaient en concubinage .

Par une charte de 645 ou 648, Adroad donne à saint Bertin la terre de Sithiu, y comprenant bêtes et gens .

Le 9e concile de Tolède, 655, ordonne (canon 10) que les enfants que des ecclésiastiques, depuis le sous-diacre jusqu’à l’évêque, auraient eus de femmes, soit esclaves soit même libres, deviennent à perpétuité esclaves de l’église de leur père; en sorte que ces enfants n’étaient pas seulement punis pour une faute dont ils étaient innocents, mais se voyaient réduits en servitude au profit des auteurs mêmes de cette faute . Le même concile ordonne (canon 11) que les esclaves qui auront été affranchis parles évêques pour être agrégés au clergé redeviennent esclaves à perpétuité s’ils se rendent coupables de crimes . Le même concile défend (canon 14) aux affranchis d’une église et à leur race de s’unir à des personnes libres, sous peine de redevenir, eux et leurs enfants, esclaves de cette même église, ou de se voir dépouillés à son profit de tout ce qu’ils avaient pu acquérir soit par eux-mêmes soit par leurs parents .

L’empereur Constantin Pogonat, qui fit couper le nez à ses deux frères et qui présida le 3e concile général de Constantinople, assemblé contre les monothélites, stipule, dans un traité de paix accordé au calife de Damas (678), que celui-ci lui enverra, chaque année, trois mille pièces d’or et cinquante esclaves avec cinquante chevaux de race .

Le 13e concile de Tolède, 683, défend (canon 6) non-seulement aux esclaves et aux affranchis mais encore à leurs descendant, d’aspirer désormais aux charges du palais, sous peine d’être remis en esclavage .

De 558 à 747, les rois de France ou maires du palais de la première race, Childebert Ier, Dagobert Ier, Clovis II, Clotaire III, Childérie II, Thierri III, Pepin d’Héristal, Clovis III, Childebert III, Chilpéric II, Charles Martel, Thierri IV, Carloman et Pepin le Bref, en donnant aux monastères et aux églises d’immenses domaines et en faisant l’énumération des choses dont se composent ces domaines, y comprennent expressément les esclaves des deux sexes. Je citerai ici trois seulement des diplômes de ces dons royaux, un de 558, de ce Childebert 1er qui prit part à l’assassinat de ses neveux et se partagea avec son frère leur royaume d’Orléans; un second de 630, de ce Dagobert Ier qui fit égorger son neveu pour s’emparer de son héritage, et qui avait trois reines et un grand nombre de concubines; un troisième de 680, de ce Pepin d’Héristal qui prépara l’usurpation que son petit-fils, Pepin le Bref, devait bientôt consommer avec l’aide du pape saint Zacharie et du pape Etienne II, qui y gagna une souveraineté temporelle .

Dans une charte datée de la 10e année du règne de Dagobert 1er, et par laquelle saint Èloi, trésorier de ce Roi, donne à l’abbaye de Solignac une terre qu’il tenait de la munificence de son très-glorieux et très-pieux maître, on voit figurer les esclaves avec les quadrupèdes . Nous verrons cependant ce même évêque affranchir des esclaves saxons.

Une charte de 729, contenant l’énumération détaillée des vastes domaines de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés de Paris, met les esclaves des deux sexes sur la même ligne que les choses .

Un diplôme de Pepin, roi des Francs, daté de 754 et confirmant l’abbaye de St-Denis dans la possession du domaine de Taverny, y confond également les hommes avec les choses .

Un concile de Bavière, 772, décide (canon 9) que, si une femme libre épouse un esclave de l’Église, elle a trois ans pour se retirer; mais, si elle laisse passer ce terme sans user de cette faculté, elle est esclave à perpétuité ainsi que ses enfants .

L’archevêque d’York, Egbert (VIIIe siècle;, défend aux abbés d’affranchir les esclaves des monastères et appelle impies ces affranchissements.

Vers la fin du VIIIe. siècle, le clergé de l’heptarchie saxonne d’Angleterre possédait de nombreux esclaves. L’historien John Lingard prétend que les évêques du concile de Calchut (787) consentirent à ce qu’à leur mort les leurs fussent rendus à la liberté, et il ajoute que de pareilles dispositions étaient insérées dans les testaments de plusieurs autres grands personnages parmi lesquels il nomme un fils du roi Ethelred et un archevêque de Cantorbéry . Les actes du concile de Calchut ne disent rien de cela, quoiqu’ils relatent beaucoup d’autres dispositions d’une bien moindre importance, par exemple la défense de couper la queue aux chevaux et de manger de leur chair . Quand j’admettrais le fait, je serais fort éloigné d’en faire un mérite à ses auteurs. En effet, si les évêques en question pensèrent à affranchir leurs esclaves, on doit supposer que c’était parce qu’ils comprenaient ce qu’il y a de mal à retenir ses semblables dans l’esclavage. Ils devaient dès lors renoncer, pour eux surtout, au bénéfice de cette action mauvaise et ne pas en ajourner la cessation à l’époque de leur mort. Quelle idée aurions-nous d’un homme qui, reconnaissant l’origine inique d’un bien dont il tirerait profit, voudrait continuer d’en jouir sa vie durant, et se contenterait d’imposer par testament à ses héritiers l’obligation de s’en dépouiller? La pensée nous viendrait-elle jamais de célébrer sa piété et sa générosité ?

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Yaş sınırı:
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Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
172 s. 5 illüstrasyon
ISBN:
4064066321482
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
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