Kitabı oku: «L'agriculture et les classes paysannes»
Paul Raveau
L'agriculture et les classes paysannes
La transformation de la propriété dans le Haut-Poitou au XVIe siècle

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066334864
Table des matières
PRÉFACE
LE POUVOIR D’ACHAT DE LA LIVRE TOURNOIS DANS LE HAUT-POITOU DU RÈGNE DE LOUIS XI A CELUI DE LOUIS XIII
POUVOIR D’ACHAT DE LA LIVRE
CHAPITRE PREMIER
CHAPITRE II
CHAPITRE III
AVANT-PROPOS
CHAPITRE PREMIER
CHAPITRE II
LE MONTMORILLONNAIS
LA RÉGION DE CHARROUX
LE LOUDUNAIS
LE CHATELLERAUDAIS
CHAPITRE III
CHAPITRE IV
CHAPITRE V
CHAPITRE VI

PRÉFACE
Table des matières
M. Paul Raveau m’a fait l’honneur de me demander une Préface à son bel ouvrage, fruit de vingt années de recherches dans les archives du département de la Vienne et principalement dans les minutes de notaires qui s’y trouvent déposées. Agriculteur, il a cru bon sans doute qu’un professionnel de la science économique le présente aux hommes d’étude: convaincu du mérite de l’œuvre, j’ai accepté cette mission sans hésiter.
La vie rurale française au XVIe siècle est à peu près ignorée. On ne pourra la connaître que par des études régionales faites d’après les sources originales; quelques travailleurs ont entrepris cette tâche lourde mais passionnante; M. Raveau prend place parmi eux et c’est sur son pays natal qu’il a fait porter ses efforts, mû, semble-t-il, par le désir de savoir ce qu’étaient et comment vivaient les lointains ancêtres qui l’ont précédé dans la culture de la terre poitevine.
Qu’il me soit permis d’insister un peu sur l’intérêt que présente une telle étude. Elle nous donne, en ce qui concerne le Poitou du XVIe siècle, des précisions certaines sur des faits que nous ne connaissions guère ou que nous ne connaissions que d’une manière très générale: diminution du pouvoir d’achat de l’argent, phénomène dont les conséquences furent si profondes , mouvement des prix des terres, du froment, du vin, des animaux de ferme, de la main-d’œuvre agricole, systèmes d’amodiation (faire valoir direct, fermage et métayage) et systèmes de culture pratiqués, rendements obtenus, autant de questions qui sont d’une importance fondamentale pour l’histoire économique.
Plus haute encore est la portée de l’ouvrage de M. Raveau au point de vue de l’histoire sociale. Nous y apprenons quelle fut au vrai, la situation des ruraux poitevins au XVIe siècle, de ces laboureurs à bras (journaliers agricoles), de ces laboureurs à bœufs (fermiers et métayers) de ces laboureurs non autrement qualifiés (paysans propriétaires) parmi lesquels l’afflux des métaux précieux venus du Nouveau Monde causa une véritable révolution; nous y apprenons comment et pourquoi la propriété foncière jusqu’alors si divisée, entrant désormais dans l’ère capitaliste, tendait en maintes régions à se concentrer aux mains de certains, comment et pourquoi s’accélérait le mouvement plus ancien que le précédent, qui faisait passer les petits et les moyens fiefs des mains de la noblesse dans celles des marchands et de la bourgeoisie; comment et pourquoi se constitua une sorte d’aristocratie rurale ou mi-rurale et mi-urbaine qui, grâce à l’abondance du numéraire suscitant l’esprit de spéculation, s’enrichissait au moyen d’opérations commerciales, financières ou immobilières, en route vers la bourgeoisie, puis la noblesse. Et dans cette élite nous voyons revivre des personnages fortement caractérisés; tels, parmi les marchands ou fils de marchands acquéreurs de terre, d’offices ou de seigneuries, à Plaisance Pierre Baubisson; à Chauvigny François Maurat; à Charroux François Robert qui s’intitule seigneur de Saint-Pierre (sa seigneurie de Saint-Pierre ne consiste encore que dans sa boutique); à Poitiers les Chessé ; parmi les laboureurs: les frères de Champagne à Champagne (paroisse de Lathus), les Mathé à Forges (paroisse de Saint-Georges-les-Baillargeaux), et bien d’autres. On le verra, ce n’est pas sans faire des victimes dont le malheureux sort nous émeut, que certains s’élèvent: la vie et le drame peuvent ainsi surgir, sans le moindre artifice, l’auteur nous en donne la preuve, de la poussière des archives.
Je laisse maintenant aux lecteurs le soin d’apprécier avec quel sens de la réalité pratique, quel souci de l’exactitude et quelle impartialité M. Raveau a conduit son travail. Ils seront unanimes, je pense, à souhaiter qu’il poursuive l’œuvre commencée et que d’autres, dans d’autres provinces, suivent son exemple.
Poitiers, octobre 1925.
A. DUBOIS,
Correspondant de l’Institut,
Professeur à la Faculté de Droit de Poitiers.
LE POUVOIR D’ACHAT DE LA LIVRE TOURNOIS DANS LE HAUT-POITOU DU RÈGNE DE LOUIS XI A CELUI DE LOUIS XIII
Table des matières
POUVOIR D’ACHAT DE LA LIVRE
Table des matières
CHAPITRE PREMIER
Table des matières
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LE SYSTÈME MONÉTAIRE USITÉ EN FRANCE AVANT LE XIXe SIÈCLE, SUR LA VALEUR INTRINSÈQUE DE LA LIVRE, SA VALEUR RELATIVE ET LE POUVOIR DE L’ARGENT.
Dans le mémoire qu’il présenta à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres au mois d’octobre 1856, sur les variations de «la Valeur Intrinsèque de la Livre», de l’époque de saint Louis jusqu’à la Révolution, Natalis de Wailly prétend que pour lire avec fruit l’histoire de chaque siècle, il est indispensable de savoir ce qu’étaient, sous l’ancien régime, «la Livre, le Sol et le Denier», en un mot de connaître le système monétaire autrefois en usage. C’est là, ajoute-t-il, ce qui l’a engagé à entreprendre son travail.
Natalis de Wailly est dans le vrai car, pour juger les événements, il faut pouvoir se rendre compte de leur exacte portée. Il serait facile d’en fournir de nombreuses preuves.
L’histoire nous apprend, par exemple, que saint Louis, tombé aux mains des Musulmans, dut leur verser huit cent mille «Bezants d’or» pour recouvrer sa liberté ; que le roi Jean, prisonnier des Anglais, leur paya une rançon de trois millions d’ «Ecus d’or»
Ainsi présentés, les faits n’offrent pas grand intérêt, parce que nous n’avons aucune idée de ce que pouvaient bien être huit cent mille «Bezants d’or» ou trois millions d’ «Ecus» du temps du roi Jean.
Si nous savons au contraire que ces huit cent mille bezants d’or, qui étaient une monnaie d’Orient, valaient quatre cent mille livres de France et que ces quatre cent mille livres du temps de saint Louis représentaient, au pair (valeur intrinsèque) neuf millions de notre monnaie; que les trois millions d’écus d’or du roi Jean équivalaient à plus de quarante millions, l’intérêt s’éveille et l’on commence à se rendre compte des sacrifices que ces monarques furent contraints de s’imposer, à eux et à leurs sujets, comme prix de leur libération.
Voilà une première satisfaction, mais ce qui serait beaucoup plus intéressant encore, ce serait de pouvoir transporter ces faits complètement à notre époque; ce qui serait possible si nous connaissions le Pouvoir d’Achat de la Livre au temps de Saint Louis et du roi Jean. Nous apprendrions probablement ainsi que la rançon du roi Jean équivalait à six ou sept cents millions de notre monnaie et ainsi s’expliquerait le fait que le débiteur, dans l’impossibilité d’acquitter à l’époque, une pareille dette, dût se résigner à mourir en captivité .
Ce sont des considérations de cette nature qui m’ont amené à faire ces recherches sur «Le Pouvoir d’Achat de la livre Tournois en Poitou», recherches qui vont servir d’introduction à une étude sur l’ensemble de la Vie Economique en Poitou au XVIe siècle dont ce volume contient la première partie.
En traitant du Pouvoir d’Achat de la Livre Tournois dans le cours du XVIIe siècle, je n’gnore pas que j’aborde une question complexe et très controversée, mais les matériaux que je possède pour faire ce travail me permettront, je l’espère, de le mener à bien. Depuis quinze ans, en effet, j’ai pu dépouiller aux Archives Départementales de la Vienne un nombre considérable de pièces appartenant, les unes aux fonds des Archives proprement dites, les autres aux collections de manuscrits formées par les deux sociétés, des Antiquaires de l’Ouest et des Archives historiques du Poitou, mais je me suis adressé surtout à la catégorie de documents qui m’apparaissent comme les plus précieux pour cette recherche, véritable mine de renseignements pris sur le vif, je veux parler des Minutes de Notaire. J’ai relevé par exemple plus de quatre cents baux ruraux entre 1515 et 1620, et c’est de plus de quatre mille pages de notes se rapportant à la vie économique sous tous ses aspects, que j’extrais les éléments de cette étude. J’ajouterai, néanmoins, que je n’ai nullement la prétention d’arriver à fixer ce Pouvoir d’Achat de la livre, d’une façon rigoureusement exacte (ce que je considère du reste comme impossible) mais simplement de le faire entrevoir suffisamment pour permettre de pénétrer dans la vie intime de nos pères et pour nous mettre à même de juger ainsi la situation économique à l’époque.
En commençant, et pour ceux de mes lecteurs qui ne seraient pas familiarisés avec cette question des monnaies, je crois utile de dire un mot de la livre, de sa valeur intrinsèque, de sa valeur relative ou pouvoir d’achat, et du pouvoir de l’argent.
On sait que la Livre était l’unité monétaire sous l’Ancien Régime, comme le Franc l’est dans le système actuellement en usage. Ainsi que le franc, elle se partageait en vingt sous: mais chacun de ces sous, au lieu de se diviser, comme maintenant, en cinq parties que nous nommons «centimes», se partageait en douze portions que l’on appelait deniers.
J’ajouterai que la Livre n’était pas une monnaie réelle et tangible, une monnaie métallique, comme l’est de nos jours le franc, car ce n’est qu’accidentellement qu’il circula, de loin en loin dans le cours de notre histoire, quelques rares pièces de monnaie valant exactement cette somme. La livre, unité monétaire, n’était qu’une monnaie imaginaire, une monnaie de «compte», comme l’est par exemple encore la Piastre en Chine et dans tous l’Extrême-Orient. Elle servait à fixer la valeur et le cours des monnaies métalliques; elle était utilisée dans les contrats pour déterminer le montant des transactions, la valeur des objets; et le paiement de cette valeur s’effectuait ensuite au moyen de diverses monnaies métalliques: écus, royaux, agnels, louis d’or, etc...
La valeur de cette Livre, au moyen de laquelle le prix des choses est toujours énoncé dans les longues annales qui composent l’Histoire de France, a beaucoup varié, et surtout beaucoup diminué, depuis Charlemagne jusqu’à la Révolution.
A l’époque de Charlemagne, les 240 pièces de monnaie qui représentaient la Livre, et que l’on nommait Deniers, ainsi que nous venons de le voir, contenaient ensemble 367 grammes 127 milligrammes d’argent fin.
Si nous évaluons ces 240 deniers en nous basant sur notre «franc», qui contient, lui, 5 grammes d’argent aux neuf millièmes de fin, c’est-à-dire additionné d’un dixième d’alliage, nous trouvons qu’ils valaient exactement 78 fr. 27 centimes.
Ces 78 fr. 27 cent. représentent ainsi la «valeur intrinsèque» de la «livre», unité monétaire à l’époque de Charlemagne, par rapport au «franc», unité monétaire de notre époque.
De sorte que l’on peut dire que la «Valeur intrinsèque» de la Livre», ce que les financiers appellent le Pair, n’est autre chose que «la valeur, appréciée en francs de nos jours, du poids du métal, or ou argent, que cette livre contient».
A la fin du XVIIIe siècle, la valeur intrinsèque de cette même «Livre», au moyen de laquelle on continuait toujours à énoncer en France le prix de toutes choses, n’était plus que de 0 fr. 99 cent., par cette raison que, de 367 grammes, 127 milligrammes d’argent, qu’elle contenait au temps de Charlemagne, elle était progressivement arrivée à en contenir moins de 5 grammes à l’époque de la Révolution.
On aperçoit là tout en même temps le chiffre et la cause de cet effondrement de la valeur intrinsèque de la livre, dans le cours des siècles.
Pour obtenir cette valeur intrinsèque de la livre nous venons de baser nos calculs uniquement sur la monnaie d’argent, et il nous eût été difficile de faire autrement à l’époque de Charlemagne, car, sous son règne, plusieurs capitulaires interdisaient officiellement le cours de la monnaie d’or, sous les peines les plus sévères; mais au XVIe siècle, époque que nous nous proposons d’étudier, les payements s’effectuaient indifféremment soit en monnaies d’or, soit en monnaies d’argent, de sorte qu’il nous faudra tabler dans nos calculs sur une valeur intrinsèque déduite des cours combinés de la monnaie d’or et de la monnaie d’argent, valeur que nous trouverons du reste dans les tables de de Wailly dont nous parlons plus haut.
Dans notre système monétaire actuel, basé, comme l’on sait, sur l’étalon d’or et l’étalon d’argent, le rapport entre l’or et l’argent dans les monnaies a été soigneusement fixé en 1803, de 1 à 15 1/2, c’est-à-dire qu’il fallait à l’époque 15 kilogr. 1/2 d’argent pour payer 1 kilogr. d’or. Cette proportion entre les deux métaux se maintint assez exacte pendant plus de 40 ans. Elle disparut alors, pour des causes qu’il serait trop long d’énumérer ici: mais pendant ces quarante années, on eût pu, pour obtenir la valeur intrinsèque du «Franc», tabler indifféremment sur les deux espèces de monnaies. Il n’en fut pas toujours de même dans le cours de, notre histoire, notamment au XVIe siècle, où les monnaies étaient fort mal réglées. C’est pourquoi nous utiliserons, pour notre travail, les tables de de Wailly fournissant la valeur intrinsèque de la Livre déduite des cours combinés des monnaies d’or et d’argent comme nous venons de le dire.
Nous connaissons maintenant «la valeur intrinsèque de la livre» que nous avons ainsi définie: «La valeur, appréciée en francs de nos jours, du poids du métal, or ou argent, que contient cette livre.»
Mais en appliquant cette «Valeur Intrinsèque» aux prix des denrées dans les siècles passés, on s’aperçoit bien vite qu’elle ne suffit pas pour les porter aux prix que ces mêmes denrées valent de nos jours, et que la livre avait une autre valeur, une. valeur plus grande, en un mot une Valeur relative, celle que nous cherchons, et que les financiers appellent Pouvoir d’Achat.
Ainsi, pour nous en tenir au temps de Charlemagne, époque à laquelle nous avons fixé la Valeur intrinsèque de la livre à 78 fr. 27 c., le cartulaire de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés à Paris, si savamment étudié par Guérard, nous apprend qu’à l’époque carolingienne une paire de bœufs de forte taille valait communément 1 livre, soit 20 sous. Si nous appliquons à ce prix la Valeur Intrinsèque que nous venons de fixer pour cette époque, cette paire de bœufs vaudra 78 fr. 27 c., et ce chiffre est loin de nous donner satisfaction, attendu que de nos jours, (et j’entends par là avant la guerre) une paire de bœufs semblable vaudrait toujours 1.000 francs. Il nous faut donc, pour arriver à un résultat, faire intervenir un nouveau facteur et ce nouveau facteur c’est «Le Pouvoir de l’Argent» qui nous fournira ensuite le Pouvoir d’Achat de la Livre, ou valeur relative, ce’st-à-dire sa valeur réelle et complète au temps de Charlemagne par rapport au franc de notre époque.
Ce pouvoir d’achat pour le trouver, il m’eût suffi à la rigueur de prendre le prix des denrées au XVIe siècle, puis le prix de ces mêmes denrées à notre époque et de chercher le multiplicateur à appliquer pour transformer les prix du XVIe siècle en prix actuels (je parle touours des prix davant-guerre), ce multiplicateur devant représenter le pouvoir d’achat cherchée; mais j’ai cru plus rationnel et surtout plus complet, de multiplier tout d’abord le prix des denrées par la valeur intrinsèque de la livre à la même époque, ainsi que nous venons de le faire pour la paire de bœufs du temps de Charlemagne, et de chercher ensuite le coefficient à employer pour porter le produit ainsi obtenu au prix que valent de nos jours ces mêmes denrées, ce coefficient n’étant autre chose que le Pouvoir de l’argent .
Mais un exemple fera mieux saisir en quelques mots, le mécanisme de l’opération qu’une longue dissertation.
De nos jours le Franc, unité monétaire du système, comme nous l’avons déjà vu, se compose de 5 grammes d’argent au 9/10 de fin. Au début du règne de François Ier, en l’année 1515, la livre contenait exactement cinq fois plus d’argent que le franc de notre époque. En 1515 une livre valait donc cinq francs: c’était là sa valeur intrinsèque.
Vers cette même année 1515, en Poitou, une paire de très bons bœufs de travail se vendait communément 20 livres . L’acquéreur de cette paire de bœufs, en la payant, versait donc à son vendeur la valeur de 100 francs de notre monnaie, puisque chacune des livres qu’il lui donnait valait 5 francs: et le vendeur se déclarait «content et bien payé », pour me servir de la formule de l’époque.
Le paysan qui, de nos jours, vendrait une paire de bons bœufs de travail, semblable à celle de 1515, qu’il estimerait 1000 fr., et auquel on ne verserait qu’une somme de 100 fr., ne s’estimerait pas, lui, content et bien payé, et cependant il aurait reçu exactement la même somme d’argent, la même quantité de métal précieux que le vendeur de 1515, et cela pour payer une marchandise, également identique. C’est donc que cet argent, ce métal précieux, a perdu depuis lors de son Pouvoir, de sa Puissance d’Achat, puisque, avec le même poids nous ne pouvons plus obtenir la même marchandise, et c’est ce Pouvoir, lorsque nous l’aurons évalué, qui nous permettra de transformer la Valeur Intrinsèque, dans l’occurrence les 100 fr., en 1.000 fr., prix auquel le paysan de nos jours évalue sa paire de bœufs.
Dans l’exemple que je viens de citer, le Pouvoir de l’Argent sera facile à trouver, il ne faudra pas de longs calculs pour découvrir qu’en multipliant les 100 fr., par le chiffre 10, nous obtiendrons les 1000 fr., que réclame notre paysan. L’argent avait donc, en 1515, un pouvoir dix fois supérieur à celui qu’il possède de nos jours et, de même que nous avons obtenu la valeur exacte de la paire de bœufs en multipliant la valeur intrinsèque des pièces de monnaie qui ont servi à la payer, en un mot les 100 frs., par le chiffre 10, de même nous obtiendrons pour cette même époque, Le Pouvoir d’Achat de la Livre en multipliant sa Valeur Intrinsèque, soit Cinq francs, par le même chiffre 10, et cette opération nous fournira 50 francs qui représenteront ce Pouvoir d’Achat pour l’année 1515, si nous tablons uniquement sur le prix des bestiaux.
Nous justifions ainsi ce que nous disions plus haut, que nous trouverons à chaque époque Le Pouvoir d’Achat de la Livre, en multipliant sa Valeur Intrinsèque, que nous prendrons dans les Tables de de Wailly, par Le Pouvoir de l’Argent, que nous dégagerons de la multitude des prix de denrées de toute sorte que nous avons pu recueillir.
En tablant sur le prix d’une paire de bœufs en l’année 1515, nous avons fixé à 50 francs le pouvoir d’achat de la livre dans les premières années du règne de François Ier et, en opérant sur le prix des bestiaux, ce chiffre est absolument exact, ce n’est pas douteux; mais en prenant pour base de nos calculs, pour cette même année 1515, le froment, qui est également une denrée de première nécessité, il se trouvera que nous arriverons à un résultat très différent.
Le froment valait au marché de Poitiers, en l’année 1515, 1 sol et 10 deniers le boisseau; ce qui porte assez exactement le prix du double décalitre à 2 sols et 7 deniers (0 fr. 13 de notre monnaie), parce que le boisseau de Poitiers avait une capacité moindre que notre double décalitre .
En multipliant ces 0 fr. 13 par la valeur intrinsèque de la livre à cette époque, c’est-à-dire par 5, on obtient 0 fr. 65, et, pour porter ces 0 fr. 65 à 4 fr., prix auquel on évaluait, année moyenne, le prix du double décalitre de froment à Poitiers avant la guerre, il nous suffit du multiplicateur 6,5. Le pouvoir de l’argent se trouvant ainsi réduit de 10 à 6.5, le Pouvoir d’Achat de la Livre ne sera plus que de 5 X 6.5 = 32 fr. 50, tandis que nous le trouvions à 50 fr. en le déduisant du prix des bestiaux. Cela prouve qu’en l’année 1515 le froment était, relativement, beaucoup plus cher que les bestiaux, car il est facile de comprendre que le pouvoir d’achat de la livre est d’autant plus faible que le prix des denrées est plus élevé et qu’il se rapproche davantage ainsi des prix de notre époque.
Supposons, par exemple, que la paire de bœufs de l’année 1515, dont nous parlons ci-dessus, eût été vendue 40 1. au lieu de 20 1., dans cette hypothèse, le poids de métal argent que l’acquéreur avait à verser au vendeur se trouvait doublé, sa valeur passait de 100 fr. à 200 fr. et le multiplicateur 5 nous suffit dès lors pour porter ces 200 fr. à 1.000 fr., somme que nous avons admise comme valeur actuelle de la paire de bœufs. Par cette même raison, pour obtenir le Pouvoir d’Achat de la Livre en cette année 1515, nous devons (toujours dans notre hypothèse), multiplier sa valeur intrinsèque, soit 5 fr. par ce même chiffre 5 et non plus par 10, et l’opération nous fournira 25 fr. au lieu des 50 fr. que nous trouvions tout à l’heure. Le prix des bœufs ayant doublé, le pouvoir d’achat de la livre a diminué de moitié.
C’est justement ce qui va se présenter dans tout le cours du XVIe siècle, où nous verrons le pouvoir d’achat de la livre diminuer progressivement, au fut et à mesure que le prix des denrées augmentera.
Je m’excuse d’être entré dans de si longs et si minutieux détails sur la Livre, sa Valeur Intrinsèque, son Pouvoir d’Achat et le Pouvoir de l’Argent, détails qui paraîtront, sans doute, enfantins à ceux qui possèdent ces notions, mais qu’apprécieront peut-être différemment ceux qui ne sont pas familiarisés avec ces questions, si je suis parvenu toutefois à m’expliquer clairement sur ces différents points.
Cette comparaison entre les bestiaux et le froment, en tant que facteurs pour aider à trouver le pouvoir d’achat de la livre, nous a démontré que pour le fixer exactement, il était indispensable de le déduire du plus grand nombre d’objets et de denrées possible, de tenir compte en un mot de toutes indications utiles aux différentes époques pour en tirer des moyennes.
C’est ce que nous avons fait.
Nous avons formé huit séries et composé huit tableaux, comprenant les différentes denrées et les choses les plus indipensables pour l’existence. Nous savons bien que notre travail est loin d’être complet, mais nous avons déjà dit que, tout en donnant les indications suffisantes pour permettre de lire utilement et sans fatigue, l’Etude sur la Vie Economique au XVIe siècle qui va suivre, nous n’avons nullement la prétention de fournir ici des précisions absolues et complètes sur le Pouvoir d’Achat de la livre tournois à cette époque.
CHAPITRE II
Table des matières
LA MARCHE DE LA VALEUR INTRINSÈQUE DE LA LIVRE ET LA CIRCULATION MONÉTAIRE DE LOUIS XI A LOUIS XIII.
Avant de chercher le Pouvoir d’Achat de la Livre, je crois utile de placer ici un tableau donnant exactement les variations de la Valeur intrinsèque à la même époque, puisque nous devons constamment tabler sur cette valeur intrinsèque pour obtenir aussi bien le pouvoir d’achat de la livre que le Pouvoir de l’argent .
Je fais également figurer sur ce tableau le cours des trois prinpales monnaies royales du XVIe siècle: «l’écu d’or au Soleil» ou Ecu d’or Sol, le «Teston» et le «Franc d’Argent». Ces deux dernières sont des monnaies d’argent.
Il est facile, au moyen de ce tableau, de suivre la diminution que subit la valeur intrinsèque de la livre du règne de Louis XI jusqu’en l’année 1640. Sous l’effet des cours de plus en plus élevés que les ordonnances royales ne cessaient d’attribuer aux monnaies d’or et d’argent du royaume, et cela, quelquefois, tout en en diminuant le titre et le poids, la Valeur intrinsèque était passée de 7 francs au début du règne de Louis XI à 2 francs en l’année 1640, époque à laquelle s’arrête mon étude.
Je crois inutile d’analyser ici ce tableau, en ce qui concerne la valeur intrinsèque que nous allons suivre année par année tout à l’heure, en cherchant le Pouvoir de l’Argent et le Pouvoir d’Achat de la Livre, mais je crois nécessaire d’examiner brièvement le cours des trois monnaies qui figurent sur le même tableau et la circulation monétaire au XVIe siècle dans son ensemble.

Le Teston était une pièce d’argent, valant exactement 2 francs de notre monnaie, que Louis XII mit en circulation pour la première fois en 1513 et dont il fixa la valeur à 10 sols. Ce fut, jusqu’à Henri III, la monnaie d’argent, la plus répandue. En 1513, le teston avait remplacé une monnaie d’Argent, le Gros Tournois, qui circulait en France depuis le temps de saint Louis.
On suit facilement la carrière du teston au moyen du tableau que je présente ci-contre: Emis à 10 sous en 1513, il avait cours pour 16 sous au mois de novembre 1577, lorsque l’ordonnance de Poitiers, véritable révolution dans le système monétaire alors en usage, ramena son prix à 14 sols 6 deniers et le remplaça, pour ainsi dire du reste, par trois monnaies nouvelles dont nous parlerons plus loin.
L’Ecu d’or au Soleil, ou Ecu d’or sol, fut la véritable monnaie nationale de France, du règne de Louis XI à celui de Louis XIII. Mis en circulation pour la première fois par Louis XI au prix de 33 sols, au mois de novembre 1475, il fut émis au titre de 23 karats et 1/8, était du poids de 3 grammes 496 milligrammes, et d’une valeur intrinsèque de 11 fr. 60. Rappelons, pour mémoire, que notre pièce d’or de 10 francs pèse 3 grammes 225 milligrammes.
Dès la fin du règne de François Ier, des ordonnances successives avaient porté le cours de l’écu sol de 33 à 45 sols. Au début de son règne, Charles IX fixa son prix à 50 sols. Au mois de juin 1577 l’écu d’or valait 3 livres 5 sols; mais, au mois de novembre de cette même année 1577, son cours fut ramené à 3 livres par l’ordonnance dont nous avons parlé plus haut et qu’Henri III signa à Poitiers le 20 novembre.
Cette ordonnance, monument unique dans l’histoire de nos monnaies, bouleversa de fond en comble le système monétaire en usage en France depuis l’origine de la monarchie.
Il faut dire tout d’abord que, depuis le début du règne de Charles IX, on avait vu se produire une hausse pour ainsi dire régulière et sou par sou, de l’écu, ainsi que l’on peut s’en convaincre en jetant les yeux sur notre tableau, et cela parce que ce n’étaient plus les ordonnances qui fixaient le cours de l’écu, c’était le public, c’étaient les particuliers, les marchands, chacun s’efforçant dans ses payements quotidiens, de faire accepter cette monnaie pour un prix supérieur à celui qu’on lui attribuait la veille. C’était un agiotage effréné ; les ordonnances qui édictaient une hausse nouvelle de l’écu, ne faisaient plus que sanctionner l’état de chose déjà existant; en un mot, c’était l’anarchie. «Le peuple, nous dit le Blant, dans son Traité historique des monnaies, donnait cours aux monnayes comme bon lui semblait et en augmentait le prix suivant son caprice», et le Blant, qui écrivait cent ans seulement après le règne d’Henri III, était bien placé pour savoir ce qui s’était passé. «Pour arrêter le désordre, continue-t-il, le roy fit faire plusieurs assemblées de gens les plus expérimentés en cette matière, pour trouver un remède au surhaussement des monnaies.»
Le roi convoquait bien des assemblées, mais il ne prenait aucune décision.
Alors intervint la cour des monnaies qui, par deux lettres pleines de sagesse et qui vaudraient d’être citées, indiqua le remède à employer et exigea, car c’est bien là le mot, qu’il fût appliqué.
Les remèdes indiqués étaient au nombre de trois: interdire dans le royaume toutes les monnaies étrangères qui étaient mises en circulation pour une valeur égale à celles de France, bien qu’étant généralement d’un titre tout à fait inférieur; maintenir rigoureusement à 3 livres le cours de l’Ecu d’or sol, le ramener même à 50 sous, si la chose était possible; et enfin abandonner la manière de compter par «Livres», jusqu’alors en usage, pour adopter le compte par «Ecus», en un mot ne plus stipuler le montant des payements au moyen d’une Monnaie de compte, mais bien au moyen d’une monnaie réelle et tangible l’Ecu d’or sol. Des trois remèdes indiqués, ce dernier était le plus difficilement applicable.
Henri III ayant fait la sourde oreille, la cour des monnaies fit, la même année, de nouvelles remontrances et alors parut la fameuse ordonnance datée de Poitiers du mois de novembre 1577, qui interdisait la circulation des monnaies étrangères, fixait à 3 livres le cours de l’écu d’or sol et décrétait que: «dorénavant et à partir du 1er janvier 1578, tous comptes, contrats, baux à ferme, ventes, conventions, constitutions de rente, lettres de change, etc., etc., seraient faits, dressés, et conclus en Ecus d’or sol des prix, poids et titres portés dans cette présente ordonnance. »
Alors apparurent également de nouvelles monnaies: le demi-Ecu, valant 30 sols, le quart d’Ecu, valant 15 sols, le demi-quart d’Ecu, d’une valeur de 7 sols 6 deniers; tout cela accompagné du Franc d’Argent qui, émis pour la première fois en 1575, valait, lui, exactement 1 livre. La chose ne s’était pas présentée depuis le règne du roi Jean, époque à laquelle on avait mis en circulation une pièce de monnaie, le Franc d’or, valant aussi exactement 1 Livre.
Cette ordonnance eut une portée considérable: elle stabilisa la valeur intrinsèque de la Livre à 3 fr. 14 pendant 25 ans, de 1577 à 1602, époque à laquelle Henri IV, nous ne savons pour quelle cause, mais à coup sûr mal conseillé, reprit la Livre de compte et revint aux fâcheux errements si heureusement abandonnés par Henri III au mois de novembre 1577. Le cours de l’écu d’or fut immédiatement porté à 3 livres 5 sols, le prix du quart d’écu à 16 sous, celui du franc d’argent à 21 sols 4 deniers. L’équilibre si péniblement obtenu par Henri III était rompu et il n’existait plus, encore une fois, de monnaie représentant exactement la Livre.
Le règne des agioteurs était revenu. Louis XIII leur vint en aide en faisant circuler l’écu d’or en 1615 pour 3 livres 15 sols, en 1630 pour 4 livres, en 1631 pour 4 livres 3 sols, en 1633, pour 4 livres 6 sols, en 1636 au mois de mars pour 4 livres 15 sols, enfinfi au mois de septembre de cette même année pour 5 livres 4 sols.
Rappelons que la pièce avait été émise en 1475 au prix de 33 sols et disons qu’entre temps, on en avait légèrement diminué le poids et abaissé le titre, ramenant ainsi sa valeur intrinsèque de 11 fr. 60 à 11 fr. 14.
A côté des monnaies que nous venons de citer, il en fut frappé plusieurs autres au XVIe siècle, moins répandues que les premières, mais dont on constate néanmoins la présence dans les payements: L’Ecu au porc-épic de Louis XII, l’Ecu à la Salamandre de François Ier, les Henrys d’Henri II, tout cela des monnaies d’or; ou encore les Grands Blancs, les Liards, les Douzains et autres monnaies d’argent ou de billon.
A ces monnaies venaient s’en ajouter, et par grandes quantités, beaucoup d’autres, d’origine française, mais datant des siècles précédents: les Ecus Couronne, dont la fabrication avait cessé sous Louis XI, les Angelots, les Royaux, les Saluts, les Francs d’or qui remontaient, aux règnes de Charles VII et de Charles VI; et enfin arrivait l’innombrable légion des monnaies étrangères qui eurent, jusqu’en 1577, cours dans le royaume: Les Ducats d’Espagne, de Portugal, de Venise, de Gênes, les Doubles Ducats d’Espagne, les Pistoles d’Aragon et de Castille, les Nobles à la Rose d’Angleterre, les Ecus de Lorraine et de Navarre, les Ecus de Portugal à courte et à longue croix, les Impériales, les Carolus, les Philippus des Flandres les Réalles d’Espagne, etc. etc. Ces dernières, les Réalles, monnaie d’argent assurément aussi répandue en Poitou que les monnaies de France elles-mêmes.
Une ordonnance de Charles IX, datée de Saint-Germain-en-Laye du 17e jour d’août de l’année 1561, donne le titre, le poids et le prix de toutes les monnaies d’or, d’argent et de billon, françaises et étrangères, ayant cours dans le royaume à cette date.
On y trouve: 9 monnaies d’or, 2 monnaies d’argent et 9 monnaies de billon françaises; 19 monnaies d’or et 14 monnaies d’argent étrangères, de sorte qu’il circulait à cette époque en France 53 sortes de monnaies différentes. — Et cependant il y avait déjà là une sérieuse amélioration sur le règne précédent, car une ordonnance d’Henri II, du 27 juillet 1555, énumère 134 sortes de monnaies, dont 20 françaises, comme ayant alors cours dans ses Etats! Et sur aucune de ces monnaies la valeur n’était inscrite .
Si l’on admet maintenant, ce qui est du reste la vérité, qu’un grand nombre de ces pièces de monnaie, trop usagées ou rognées, ne pouvaient être acceptées sans être, préalablement, passées au trébuchet, on voit quelle opération devait être à cette époque le payement d’une somme d’une certaine importance. D’autant qu’il n’existait pas alors de monnaies valant 10 ou 20 livres, comme nous avons de nos jours des pièces de 10 et de 20 francs. A l’époque de. Charles IX, si l’on excepte les Nobles à là Rose d’Angleterre et les doubles ducats d’Espagne, qui avaient chacun une valeur légèrement supérieure à 5 livres, le prix de toutes les autres monnaies d’or variait entre 2 et 3 livres, et descendait quelquefois au-dessous. Quant aux monnaies d’argent, leur valeur dépassait rarement 10 sous, et la plupart valaient de 4 à 8 sous, en faisant là encore une exception pour le Philippus d’argent qui pesait 34 grammes 418 milligrammes et avait cours pour 38 sols 6 deniers. Le poids de ce Philippus d’argent était donc supérieur de 9 grammes à celui de notre pièce de 5 francs.
C’est au milieu de ce dédale qu’évoluaient les conventions, les marchés, les contrats de toute nature, et que se débattaient tous ceux qui étaient appelés, pour une raison ou pour une autre, à manier de l’argent. On est autorisé à croire que les changeurs et les banquiers ne chômaient pas dans cet heureux temps et que leur métier ne pouvait manquer d’être lucratif.
CHAPITRE III
Table des matières
LE POUVOIR DE L’ARGENT ET LE POUVOIR D’ACHAT DE LA LIVRE DU RÈGNE DE LOUIS XI A CELUI DE LOUIS XIII.
Après avoir ainsi reconnu la marche de la Valeur Intrinsèque de la Livre du règne de Louis XI à celui de Louis XIII, et jeté un coup d’œil sur la circulation monétaire à cette même époque, nous arrivons au but principal de notre étude: la recherche du Pouvoir de l’Argent et du Pouvoir d’Achat de la Livre dans le cours du XVIe siècle.
Nous avons déjà vu que, pour arriver à un résultat satisfaisant, il nous fallait tabler sur le plus grand nombre d’objets et de denrées possible et prendre ensuite une moyenne, par cette raison que la proportion entre les prix des différentes denrées n’était pas la même au XVIe siècle que de nos jours. De ces denrées, les unes étant alors, comparativement, plus chères qu’elles ne le sont aujourd’hui, tandis que d’autres, au contraire, étaient à meilleur marché.
J’ai dit également que, pour parer à cet inconvénient, j’avais formé huit séries et composé huit tableaux comprenant les différentes denrées et les choses les plus indispensables à l’existence.
Ces séries sont ainsi composées: La série A comprend le froment, la série B comprend les Bestiaux; C, les Loyers; D, les Salaires; E, le Vin; F, les denrées alimentaires, Volailles, etc.; G, le bois de chauffage; H, les denrées et indications diverses.
J’ai divisé ensuite les 180 ans, qui se sont écoulés entre le début du règne de Louis XI et l’année 1640, époque à laquelle mon travail prend fin, en dix périodes.
J’aurais voulu faire concorder chacune de ces périodes avec les différents règnes qui se sont présentés dans le cours de ces 180 années, mais je me suis bien vite aperçu qu’ainsi elles ne coïncideraient pas avec les variations du pouvoir d’achat de la livre et que mon travail ne donnerait pas l’image exacte des mouvements économiques qui se sont produits à différentes époques, dans ce long espace de temps.
J’ai donc dû renoncer à mon projet primitif et fixer la durée de ces périodes d’après les variations mêmes de la valeur Intrinsèque de la livre et d’après les indications qui m’étaient fournies par mes observations personnelles sur les mouvements économiques. De là une très grande irrégularité dans leur durée: l’une d’elles, qui atteint quarante années, englobe, avec le règne de François Ier, une partie du règne d’Henri II, tandis qu’une autre, de 1599 à 1602, ne comporte que quatre années.
Il s’est produit, en effet, dans le cours de ces quatre années, des phénomènes, probablement tout à la fois économiques et politiques, qui ont subitement mis fin à l’avilissement ininterrompu du pouvoir d’achat de la livre qui se manifestait depuis plus de 80 ans et ont amené une réaction qui mérite d’être étudiée en un chapitre spécial. Ce sont des considérations analogues qui m’ont guidé pour la formation des autres périodes.
Ces périodes nous les trouverons dans le tableau ci-joint:

C’est en comparant, pendant chacune de ces dix périodes, les prix pratiqués pour toutes les denrées entrant dans les huit séries indiquées ci-dessus, avec les prix pratiqués de nos jours pour ces mêmes denrées, que nous trouverons le pouvoir d’achat de la livre.
Nous allons étudier, une à une, chacune de ces périodes, et pour mettre dans ce travail le plus de clarté possible, pour le rendre aussi moins long et moins fastidieux, nous ferons figurer tout de suite en tête de chaque période deux tableaux.
Le premier de ces tableaux contiendra le pouvoir d’achat fourni par chaque série de denrées et le pouvoir d’achat moyen en résultant. Le second comprendra, avec ce pouvoir d’achat moyen, la valeur intrinsèque moyenne de cette même période et enfin le pouvoir de l’argent.
PREMIERE PERIODE (1461-1472).
TABLEAU N° 1.
Pour cette période, qui comprend douze années, le pouvoir d’achat fourni par les différentes denrées se présente ainsi:

Je ne possède pas, pour cette période, d’indications suffisantes sur les loyers et le bois de chauffage pour en faire état.
Sachant, au moyen de ce premier tableau, que le pouvoir moyen d’achat de la livre s’élève à 61 fr. 81 pour cette première période, et, d’autre part, connaissant sa valeur intrinsèque par les Tables de de Wailly, dont j’ai donné ci-dessus un extrait, il sera facile de déduire maintenant de ces deux données la moyenne pour cette même période du pouvoir de largent. C’est ce que va nous donner notre second tableau:
TABLEAU N° 2.

Et, en effet, 6 fr. 953 X 8,890 = 61 fr. 81.
De 1461 à 1472 le pouvoir moyen de l’argent peut donc être fixé à ce chiffre 8,890. Il résulte de là qu’à cette époque, 1 kilogramme de métal, or ou argent, avait la puissance que possèdent de nos jours 8 kilogr. 890 grammes de ces mêmes métaux et que celui qui avait, dans cette première partie du règne de Louis XI, mille livres de revenu était aussi riche que celui qui possède maintenant de 61 à 62.000 francs de rente, puisque les mille livres contenaient pour 6,953 francs d’argent, d’après notre monnaie d’avant guerre, et que ces 6,953 francs X 8,890 = 61,812 fr. Mais j’ajouterai incidemment que mille livres de revenu était chose rare en Poitou au temps de Louis XI, et se rencontrait moins fréquemment encore que 61.000 francs de rente en 1914.
Je parle ci-dessus de celui qui possède de 61 à 62.000 francs de rente et non pas de celui qui a 61.812 francs de rente car, fidèle à mes principes, j’entends ne fournir que des indications et non des précisions.
Pour obtenir cette moyenne générale, chaque denrée nous a apporté son contingent particulier, et ces contingents, qui sont loin d’être tous de même valeur, nous fournissent de précieuses indications sur la valeur proportionnelle de chaque chose à cette époque.
Je rappellerai ici qu’un pouvoir d’achat élevé de la livre indique que la denrée qui le fournit était, à l’époque, à bas prix. Ainsi le vin, qui, dans le tableau ci-dessus, nous donne le pouvoir d’achat le plus élevé, se vendait 12 sols la barrique de vin rouge et 5 sols la barrique de vin blanc . Les bestiaux, qui viennent ensuite, en donnant 84 francs comme pouvoir d’achat, étaient également à très bon marché : un mouton valait de 5 à 6 sous .
Pour les denrées alimentaires, on trouve le prix des poulets à 5 deniers, soit 0 fr. 02 de notre monnaie. Douze douzaines d’œufs valaient 4 s. 7 d., ce qui porte la douzaine à 0 fr. 01 c. 8 .
Le froment donne 50 francs comme pouvoir d’achat, c’est-à-dire un chiffre sensiblement inférieur à la moyenne, ce qui le classe parmi les denrées chères. En effet, le boisseau de froment se vendait en moyenne 14 deniers sur le marché de Poitiers . Sur ce pied, notre mesure actuelle, le double décalitre, qui, à la fin du XXXe siècle et pendant les premières années du XXe siècle, s’est vendu en moyenne 4 fr., valait 19 deniers, et ces 19 deniers, traduits en notre monnaie, représentent 0 fr. 08. A première vue ce prix semble infime; et cependant, si c’était notre pouvoir d’achat moyen de 61 francs que nous appliquions à ces 0 fr. 08, au lieu du pouvoir d’achat de 50 fr. spécial au froment, ce n’est plus à 4 fr que se trouverait portée la valeur du double décalitre, mais à 4 fr. 88. Le froment ne se trouvait donc pas, au temps de Louis XI, dans la valeur moyenne des denrées, et nous devons, ainsi que nous l’avons fait plus haut, le classer parmi les denrées chères .
Après le froment nous voyons arriver les Salaires, qui nous apportent le pouvoir d’achat le moins élevé, si nous négligeons les denrées diverses. Nous trouvons, dans cette première partie du règne de Louis XI, le prix de la journée des ouvriers d’art, menuisiers, charpentiers, maçons cotée de 7 à 10 centimes — (pour éviter les longueurs, je transforme tout de suite les anciens sous et les anciens deniers en francs et en centimes) —, la journée d’un faucheur cotée à 0 fr. 08 c. , et tout cela doit s’entendre d’ouvriers nourris. Or nous avons vu que le double décalitre de froment valait, à cette même époque, 0 fr. 08 c., de sorte que le charpentier qui, tout en étant nourri, touchait 10 centimes en espèces, gagnait, quitte et net, dans sa journée 25 litres de froment, soit l’hectolitre en quatre jours. Je ne sais pas si le fait s’est présenté, en Poitou, aux époques du XIXe siècle où le prix des salaires a été le plus élevé ?
Ce qu’il y a là d’intéressant, c’est qu’avec des documents entièrement nouveaux, j’arrive, à propos de ces salaires du XVe siècle, aux mêmes constatations qu’un grand nombre d’économistes. Mais nous verrons par la suite les prix des salaires s’avilir rapidement, et tomber très bas à partir du règne de François Ier.
Tous les prix que nous venons d’examiner donnent bien, ce me semble, l’impression que le chiffre du pouvoir d’achat de la livre fixé pour cette période à 61 francs, n’a rien d’exagéré et qu’une livre du temps de Louis XI valait certainement autant que 61 fr. de nos jours. Et cependant, au temps de Louis XI, la livre avait déjà beaucoup perdu de sa valeur. Un document que je tire des «Archives du Château de la Barre» de Richard, va nous en donner une idée. Par son testament, en date de l’année 1401, Jehanne Pouvreau, dame de la Barre, lègue précieusement un sou qui devra être partagé entre six pauvres: chacun d’eux aura 2 deniers, et, en traduisant ces 2 deniers en notre monnaie, cela donne 0 fr. 00834. Quel était donc le pouvoir d’achat de la livre à ce début du XVe siècle? Si nous le fixons à 100 francs, chaque pauvre recevait 0 fr. 83 cent. Il était bien difficile d’établir une clause spéciale dans un testament pour une somme de si minime importance.
Avant de passer à l’examen de la seconde période, je voudrais revenir encore une fois sur la diversité des chiffres représentant le pouvoir d’achat fourni par chacune des denrées prise isolément. Les denrées diverses nous donnent 41 francs, pendant que le vin nous apporte 93 fr. et que les autres denrées s’échelonnent entre ces deux prix. J’en ai dit la raison: que la proportion entre les prix de ces différentes denrées n’était pas la même à cette époque que de nos jours. Je veux en fournir ici une nouvelle preuve: Nous avons vu que, dans le cours de ces douze années, la valeur moyenne du double décalitre de froment se chiffrait par 8 centimes et celle d’un mouton par 25 centimes. Trois doubles décalitres de froment suffisaient donc, approximativement, pour payer un mouton. Il y a quelques années, avant la guerre, le double décalitre de froment avait une valeur moyenne de 4 fr., et un mouton de 12 à 15 mois valait au bas mot 20 francs: il fallait cinq doubles décalitres de froment pour payer un mouton. La proportion, entre les prix de ces deux denrées, était donc loin d’être la même sous Louis XI que de nos jours. C’est la raison pour laquelle ces denrées nous fournissent des valeurs relatives si différentes.
IIe PERIODE (1473-1486)
TABLEAU N° 1.

TABLEAU N° 2.

Sur la période précédente, la valeur intrinsèque a perdu 0 fr. 62, le pouvoir de l’argent 0.140, le pouvoir d’achat de la livre est en diminution de 6 fr. 40.
Les loyers nous fournissent une première mais timide indication dont nous avons cru néanmoins devoir tenir compte.
Le prix des denrées alimentaires a diminué puisque le pouvoir d’achat qu’elles fournissent, en s’élevant au-dessus de la moyenne de la période, les classe maintenant parmi les denrées à prix peu élevé.
Les salaires nous fournissent encore un pouvoir d’achat au-dessous de la moyenne. On trouve la journée de charpentier et de maçon à 0 fr. 08 et 0 fr. 09 centimes , comme dans la période précédente; mais, en réalité, ils ont sensiblement diminué. La diminution de 6 fr. 40 que nous venons de constater d’une période à l’autre dans le pouvoir d’achat de la livre, provient en effet presque uniquement de la hausse considérable du prix du double décalitre de froment qui est passé de 0 fr. 08 à 0 fr. 14, présentant ainsi une. augmentation de 75 p. 100 sur la période précédente, pendant que le prix des salaires restait stationnaire.
Le prix des bestiaux a également augmenté : à titre d’indication, je trouve dans mes notes le prix de la paire de bœufs à 11 livres à la foire de Bressuire du mois de juin de l’année 1480 .
En résumé dans cette seconde période commence à se dessiner la diminution du pouvoir d’achat de la livre, diminution qui ne fera que s’accentuer par la suite avec, toutefois, un temps d’arrêt et une légère réaction pendant les règnes de Charles VIII et Louis XII, auxquels nous arrivons maintenant.
IIIe PERIODE (1487-1514)
TABLEAU N° 1.

TABLEAU N° 2.

Cette troisième période se compose de la majeure partie du règne de Charles VIII et de l’ensemble de celui de Louis XII; elle comprend 29 années. Dans le cours de ces 29 années, la valeur intrinsèque a perdu 0 fr. 85 cent., mais le pouvoir de l’argent a gagné 1.820, et le pouvoir d’achat de la livre est supérieur de 2 fr. 55 à celui que nous avons constaté dans la période précédente.
Cette augmentation du pouvoir d’achat de la livre est due, en grande partie, à la diminution du prix des denrées alimentaires. Une ordonnance du sénéchal du Poitou de l’année 1491 fixait le prix des poulets à 5 deniers, soit 0 fr. 02, le prix des chapons à 12 deniers, soit 0 fr. 05, celui des oies à 15 deniers, un peu plus de 6 centimes, et le reste à l’avenant . Ce sont exactement là les prix que nous avons constatés au temps de Louis XI; seulement, depuis lors, la valeur intrinsèque de la livre a diminué de près dun quart, de telle sorte que la quantité d’argent versée par l’acquéreur au vendeur est notablement inférieure à ce qu’elle était au temps de Louis XI, d’où une augmentation du pouvoir d’achat de la livre. En regard de cette baisse des denrées alimentaires, nous n’enregistrons qu’une légère élévation du prix des bestiaux. Quant au froment, il ne subit qu’une hausse insignifiante: le prix du double décalitre passa de 0 fr. 14 à 0 fr. 15 dans le cours de ces 29 années .
Cet arrêt prolongé de la hausse du prix du blé dans notre troisième période, est d’autant plus remarquable que nous assisterons désormais à une augmentation considérable et ininterrompue de la valeur de cette denrée pendant tout le cours du XVIe siècle.
Ce qui frappe le plus dans les moyennes générales qui composent notre second tableau, c’est assurément l’augmentation du pouvoir de l’argent qui semble inexplicable à une époque où la découverte de l’Amérique devait commencer à se faire sentir par une circulation plus abondante de l’or et de l’argent. Quant à la baisse du prix des denrées et à la légère augmentation que nous constatons dans le pouvoir d’achat de la livre, il n’est pas douteux qu’elles ne soient dues à la bonne administration du roi Louis XII, si justement nommé le «Père du Peuple» et à la sage réglementation des monnaies pendant tout le cours de son règne. Cette amélioration d’ailleurs ne lui survivra pas.
IVe PERIODE (1515-1554)
TABLEAU N° 1.

TABLEAU N° 2.

J’ai englobé dans cette quatrième période le long règne de François Ier et une partie de celui d’Henri II. Pendant les 40 années qui la composent, la valeur intrinsèque a diminué de 0 fr. 92, le pouvoir de l’argent a perdu 2.178 et le pouvoir d’achat de la livre 19 fr. 70.
Nous constatons pendant ces 40 années une augmentation générale du prix de toutes les denrées, mais un coup d’œil jeté sur les tableaux ci-dessus montre tout de suite que cette diminution de plus de 19 francs dans le pouvoir d’achat de la livre, provient pour la plus grande partie de l’augmentation du prix du froment et des denrées alimentaires. Le prix du double décalitre de froment s’est élevé de 15 à 24 centimes subissant ainsi une hausse de plus de 60 p. 100 . Quant aux denrées alimentaires leur prix a doublé.
Pour les bestiaux, la paire de boeufs se vend maintenant couramment 18 et 20 livres, les moutons 10 sous, les porcs d’un an 20 sous, ceux de deux ans 40 sous .
Le prix de la barrique de vin qui n’était que de 45 sous au début de la période, vers 1516, atteint 4 livres en 1550. La barrique de vin de Tóuraine se vend cent sous .
Chose à noter: les salaires des ouvriers nourris ne progressent pas et demeurent au même prix que du temps de Louis XII et même de Charles VIII, pendant que ceux des ouvriers non nourris augmentent dans une certaine proportion, mais non pas cependant proportionnellement à l’augmentation du prix du froment . Si je n’avais tenu compte que de la journée des ouvriers nourris, là valeur relative fournie par les salaires se serait élevée à 45 francs, tandis qu’elle est tombée à 38 francs en combinant la journée des ouvriers non nourris avec celle des ouvriers nourris. On voit combien cher était prisée la nourriture d’un ouvrier au XVIe siècle. Du reste, c’est bien simple: l’ouvrier non nourri était payé exactement le double de l’ouvrier nourri.
Le bois de chauffage était à bas prix au temps de François Ier. La réhortée, qui contenait alors un peu moins d’un stère, se vendait de 5 à 6 sous. Nous la verrons enchérir fortement par la suite .
Les loyers vont nous fournir désormais de nombreuses et précieuses indications. Le loyer annuel d’une maison bourgeoise dans un bon quartier de la ville, maison de notaire ou de procureur ayant une clientèle sérieuse, s’élevait en moyenne à 25 livres. L’avocat du roy, James de Lauzon, avait en 1548 un loyer de 27 livres dans la rue Notre-Dame-la-Petite. Les riches marchands, pour avoir une maison convenable et une boutique un peu vaste sur ou à proximité de la place Notre-Dame, qui était alors le centre du commence, payaient jusqu’à 35 livres .
Mais en dehors de ces indications qui permettent de fixer le pouvoir d’achat de la livre, on trouve dans le cours de ces différentes périodes des renseignements intéressants qui ne peuvent pas toujours se traduire par des chiffres, mais qui n’en sont pas moins des preuves, morales si l’on veut, de l’exactitude de mes calculs. Ainsi, en ce qui concerne cette quatrième période, dans un curieux livre de raison encore inédit, déposé aux archives du département de la Vienne, on voit, à la date du 13 août 1539, Jehan de Brillac, écuyer, conseiller au présidial et maire de Poitiers en cette même année 1539, préparer un budget annuel pour la dépense de sa maison et fixer cette dépense à 5 sols 6 deniers par jour, soit 0 fr. 275. Si nous appliquons à ces 27 centimes notre valeur relative de 38 francs, nous obtenons 10 fr. 45 pour la dépense quotidienne de la maison de Jehan de Brillac. Cette somme paraîtra peut-être un peu faible pour une maison comme devait être celle du maire de Poitiers; mais il faut considérer les produits que les nombreuses métairies de Jehan de Brillac lui fournissaient (qui ne sont pas compris dans ces 10 francs): les grains pour le pain des domestiques, le vin pour toute la maison, les volailles par centaines, la graisse et la viande de porc, des légumes, des fruits en abondance, etc., etc., et tenir compte que tout cela soulageait sérieusement son budget. Dans ces conditions, cette somme quotidienne de 10 fr. 45 paraîtra probablement suffisante et le pouvoir d’achat porté à 38 francs, exact. Il me serait facile de multiplier ces exemples.
Ve PERIODE (1555-1575)
TABLEAU N° 1.

TABLEAU N° 2.

Cette cinquième période ne comprend que 21 ans, près de moitié moins que la période précédente, et, dans ces 21 ans, la valeur intrinsèque a diminué de 0 fr. 981, le pouvoir de l’argent a perdu 1,876 et le pouvoir d’achat de la livre 15 francs, en chiffres ronds.
Le prix du double décalitre de froment est passé de 0 fr. 24 c. à 0 fr. 68 c. , Les bœufs, que nous avons vus à 18 et 20 livres la paire sous François Ier, valent communément 40 livres vers 1559, et 50 livres pendant tout le cours du règne de Charles IX; le prix des moutons atteint 15 et 20 sous . La réhortée de gros bois de chauffage se vend 8 et 10 sous au lieu de 5 sous.
Les loyers ont augmenté dans de moins grandes proportions; néanmoins il n’est plus question de loyers de 25 ou 30 livres, il faut, pour avoir une maison convenable, aborder les prix de 40 et 45 livres, et jusqu’à 50 livres même, pour une maison bien située et un peu vaste. Ce dernier prix est cependant encore l’exception .
Le prix du vin a suivi la progression générale. Les vins un peu réputés, comme ceux de la seigneurie de Bonnillet, dans la paroisse de Chasseneuil, se vendent facilement 8 et 9 livres la barrique: mais il faut ajouter que c’était là un prix au-dessus de la moyenne .
La caractéristique de cette cinquième période est donc une augmentation générale de tous les prix sans exception, générale et considérable, la plus forte que nous ayons jamais constatée en un aussi court espace de temps: le prix du froment a presque triplé, celui des bestiaux a augmenté de 120 %, celui du vin et du bois de chauffage a doublé. La raison en est qu’aux causes économiques qui déterminaient la hausse de tous les prix depuis le début du règne de François Ier, sont venues s’ajouter, à partir des dernières années du règne d’Henri II, des causes politiques, les guerres de religion, qui vont maintenant ensanglanter le Poitou pendant 40 ans.
Pour cette cinquième période encore, je trouve dans mes notes quelques faits qui confirment, dans un ordre d’idées général, les évaluations que nous venons de faire ci-dessus et fournissent des indications sur la valeur de l’argent à l’époque.
Le 14 juin 1559, un gentilhomme du Montmorillonnais, Pierre de Moussy, écuyer, seigneur de la Contour, venant habiter temporairement Poitires, se mettait en pension pour une année, lui, sa famille et ses domestiques, chez un autre gentilhomme Georges Baronnat, qui est qualifié de «secrétaire de la chambre du roy». La famille et le train de maison de Pierre de Moussy se composaient de «sa femme, sa fille, deux domestiques et deux chevaux». La pension comprenait le logement et la nourriture, pour les hommes et chevaux, «le boys et la chandelle», mais P. de Moussy devait se fournir «de linge de table et de maison», et, pour tout cela, il payait 300 livres pour l’année, soit 16 sous et 5 deniers ou 0 fr. 82 par jour. Il est stipulé, en outre, dans le contrat, que si P. de Moussy veut avoir quelques invités à dîner ou à souper, faire le pourra, en payant 2 sols et 6 deniers, soit 0 fr. 12 c. 5 par invité et par repas . En multipliant les 0 fr. 82 par le chiffre 24, qui représente le pouvoir d’achat de la livre en 1559, on obtient 19 fr. 68 pour une journée de pension, en monnaie de nos jours, et cette somme, pour Poitiers, en parlant bien entendu de l’avant-guerre, paraîtra assez exacte. Le prix du repas, fixé à 2 sous et 6 deniers, revenait par un calcul analogue à 3 francs: là on a, ce me semble, complète satisfaction.
Un autre fait se présente, assez curieux, tiré des minutes de Me Jehan Chauveau, l’un des principaux notaires de Poitiers au milieu du XVIe siècle. Le 3 septembre 1562, haut et puissant seigneur Claude de la Trémoïlle, baron de Noirmoutiers, sommait le receveur des finances, François Pineau, d’avoir à lui payer son traitement d’ambassadeur pour les onze mois qu’il avait représenté le roy de France, tant en Espagne qu’en Angleterre, et cela à raison de 300 livres par mois ; comme nous avons fixé le pouvoir d’achat à 24 francs pour l’année 1562, ces 300 1. de traitement mensuel représentaient 7.200 francs.
86.400 francs par an, tel était donc le traitement de l’ambassadeur du roy de France tant en Espagne qu’en Angleterre, sous le règne de Charles IX. Nos ambassadeurs, près de leurs majestés Alphonse XIII ou Georges V, touchent certainement, de nos jours, une somme supérieure.
VIe PERIODE (1575-1589)
TABLEAU N° 1.

TABLEAU N° 2.

Dans ces 14 années, la valeur intrinsèque n’a perdu que 0 fr.428, le pouvoir de l’argent 1,226, le pouvoir d’achat de la livre 6 fr. 65. Ces chiffres sont de beaucoup inférieurs à ceux des deux dernières périodes.
Il faut en chercher une première raison dans le maintien du prix du froment, qui ne varia pour ainsi dire pas de 1576 à 1589, mais la principale cause de ce temps d’arrêt dans la hausse du prix de la plupart des denrées, provient certainement de l’ordonnance du mois de septembre 1577, qui, en interdisant en France la circulation des monnaies étrangères et en abandonnant la livre de compte, pour adopter le mode de compter par écus, stabilisa la valeur intrinsèque de la livre à 3 fr. 14 c. pendant 25 ans, c’est-à-dire aussi longtemps que cette ordonnance eut force de loi dans le royaume. Son influence n’agit pas seulement sur la valeur intrinsèque, elle se fit également sentir, comme nous l’avons vu plus haut, sur le pouvoir d’achat de la livre, et ses bons effets eussent été bien plus grands et bien plus durables encore, si de malheureux événements politiques, les Guerres de Religion d’abord, la Guerre de la Ligue ensuite, n’étaient venus les paralyser.
Dans cette 6e période, toutes les denrées ne demeurèrent cependant pas, comme le froment, au même prix que dans la précédente: les bestiaux, par exemple, subirent une nouvelle hausse de 1/5 environ; le vin et le bois augmentèrent dans de plus fortes proportions encore.
On trouve, en date de 1587, dans l’inventaire de la succession d’un riche marchand de bois de Poitiers, Nicolas Audebert, l’évaluation en bloc de 14 paires de bœufs et de plusieurs troupeaux de brebis garnissant les étables de six métairies qui dépendaient de cette succession: les bœufs sont uniformément estimés 60 livres la paire, et les brebis 20 sols la pièce . Une estimation faite dans ces conditions fournit pour cette époque, ce n’est pas douteux, des prix moyens d’une exactitude indiscutable, aussi bien pour les bœufs que pour les brebis.
Dans ce même inventaire de la succession de Nicolas Audebert, le vin est estimé de 18 à 22 livres la barrique, fût compris, et ce fût ne valait pas plus de 15 à 20 sous au maximum. Quant au bois de chauffage, il se vendait 20 sols la réhortée sur le marché de Poitiers. Mais pour le bois, comme pour le vin, la principale cause de hausse provenait de la difficulté des tranports, résultant de l’insécurité des campagnes, où toutes les routes étaient sillonnées par des bandes de huguenots qui rançonnaient impitoyablement les voyageurs et s’appropriaient les marchandises.
Malgré la hausse que nous venons de constater dans les prix du vin, des bestiaux et du bois de chauffage, cette 6e période n’en marque pas moins, en raison surtout du prix du froment, un ralentissement dans le mouvement d’enchérissement général qui n’avait cessé de se manifester depuis plus de 50 ans.
VIIe PERIODE (1590-1598)
TABLEAU N° 1.

TABLEAU N° 2.

Cette période, l’une des moins étendues, ne comporte que 9 années, pendant lesquelles, grâce à l’Ordonnance de 1577, la valeur intrinsèque de la livre se maintint invariablement à 3 fr. 146 tandis que, dans le même espace de temps, le pouvoir de l’argent perdait 1,270 et que le pouvoir d’achat de la livre s’écroulant à 9 fr. 85, subissait de son côté une perte de 6 fr. 60, soit 40 % sur la précédente période.
C’est que, durant ces neuf années, il s’est produit une véritable explosion de hausse du prix de toutes les denrées sans exception, et telle que nous n’en n’avions encore jamais connu de semblable. Le prix du double décalitre de froment pase de 0 fr. 71 c. à 1 fr. 13 c., soit une augmentation de 60 %. La paire de bœufs se vend 90 et 100 livres (31); les moutons 2 1. pièce , les porcs 6 1. . Et, en remontant de 50 à 60 ans en arrière, l’on se souvient que sous François 1er nous cotions la paire de bœufs 18 et 20 1., un mouton 10 sols, un porc 30 ou 40 sols.
Mais il faut dire que nous sommes arrivés, dans cette période de 1590 à 1598, à l’apogée de la hausse et que tous ces prix décroîtront rapidement dans les quatre années qui vont suivre. Nous sommes également, dans ces neuf premières années du règne d’Henri IV, au point extrême de l’avilissement du pouvoir d’achat de la livre et nous allons le voir se relever d’un mouvement rapide de 1599 à 1602.
On se tromperait d’ailleurs, croyons-nous, en attribuant à des causes économiques, qui n’ont pu jouer ici qu’un rôle secondaire, cette recrudescence de «cherté de vie» et la dépréciation de l’argent qui en est résultée. N’oublions pas qu’avec la Guerre de la Ligue l’insécurité a atteint son maximum. C’est jusque dans les faubourgs de Poitiers que se produisent alors les coups de main et les escarmouches, et il faut considérer qu’à ce moment la situation économique est complètement dominée par les événements politiques.
VIIIe PERIODE (1599-1602)
TABLEAU N° 1.

TABLEAU N° 2.

Cette huitième période ne comprend que quatre années. Tandis que la valeur intrinsèque, pour les mêmes raisons que dans la précédente, reste inchangée à 3 fr. 146, le pouvoir de l’argent remonte à 4,020, gagnant ainsi près d’un point, et le pouvoir d’achat de la livre s’établit à 12 fr. 65, en hausse de 2 fr. 80.
En 1599 les derniers ligueurs ont disparu du Poitou et le calme est revenu; le prix du double décalitre de froment tombe, au marché de Poitiers, à 0 fr. 69 c.: l’année suivante, il descend à 0 fr. 45: il se maintient à ce chiffre de 0 fr. 45 en 1601; en 1602 il remonte légèrement et atteint 0 fr. 65. La moyenne de ces quatre années nous donne 0 fr. 55, en diminution de plus de moitié sur la moyenne des neuf années de troubles qui ont précédé.
Au mois de mai de l’année 1600, dans l’inventaire de six importantes métairies du Montmorillonnais, nous trouvons le prix de la paire de bœufs à 40, 45 et 50 livres. Une seule paire, qui eût été certainement évaluée 100 1. deux ans auparavant, atteint 60 1. . Le prix du vin a diminué de plus de moitié au marché de Poitiers, où la barrique se vend 7 l, et 8 1. au lieu de 22 1. , et la baisse se manifeste dans les mêmes proportions sur toutes les denrées.
L’augmentation continuelle du prix de toutes choses, que nous avions constatée depuis plus de quatre-vingts ans, est définitivement enrayée, le pouvoir d’achat de la livre, sans revenir aux chiffres où nous l’avons vu au début du siècle, va tout au moins se stabiliser.
Un si brusque redressement a de quoi surprendre tout d’abord; mais, de même que nous avons vu dans la hausse exceptionnelle qui a sévi entre 1590 et 1598 l’effet direct de la guerre civile, nous n’hésiterons pas à expliquer le retour immédiat à une situation économique normale pendant les quatre années qui leur ont succédé, à l’établissement de la paix religieuse et à la restauration de l’autorité royale qui suivirent l’Edit de Nantes. Et nous pouvons avancer, sans nous hasarder beaucoup, que la détente et la prospérité dont on ressentit à cette époque le bienfait, et dont nos chiffres apportent un témoignage indiscutable, ne contribuèrent pas médiocrement à gagner à Henri IV la soumission et l’attachement de ses sujets.
IXe PERIODE (1603-1629)
TABLEAU N° 1.

TABLEAU N° 2.

Au mois de septembre 1602, Henri IV, rompant avec les sages principes qui avaient inspiré l’ordonnance de 1577, revint à l’ancienne manière de compter par livres et d’un seul coup détruisit le système monétaire qui, en maintenant pendant vingt-cinq ans la valeur intrinsèque au même niveau, avait probablement sauvé le royaume d’un désastre financier complet à l’époque de la Ligue.
Dans cette période de 1603 à 1629, on recommença à abaisser la valeur intrinsèque, cette baisse atteignit 0 fr. 34 c. Le pouvoir d’achat de la livre perdit, de son côté 1 fr. 05, et cette perte eût été plus considérable encore, s’il ne s’était produit, probablement sous l’influence d’une situation économique nouvelle, une légère augmentation du pouvoir de l’argent: celui-ci passe en effet de 4,020 à 4,127.
Au cours de cette période, le prix du double décalitre de froment s’élève de 0 fr. 29 c., élévation due vraisemblablement pour la plus grande part à la diminution de la valeur intrinsèque. Le prix des bœufs, qui avait fortement fléchi pendant la période précédente se relève également: le prix des bœufs de travail peut être évalué en moyenne à 80 1. la paire, et celui des animaux propres à la boucherie à 90 1. .
Xe PERIODE (1630-1640)
TABLEAU N° 1.

TABLEAU N° 2.

Dans cette dixième et dernière période, dont la durée n’est que de 11 années, nous constatons une nouvelle diminution de la valeur intrinsèque se chiffrant par 0 fr. 45, une nouvelle et sérieuse augmentation du pouvoir de l’argent, et cela pendant que le pouvoir d’achat de la livre reste, pour ainsi dire, stationnaire, puisque la variation n’est que de 0 fr. 10, ce qui n’a aucun rapport avec les mouvements de baisse auxquels nous avait habitués le XVIesiècle.
Le prix moyen du double décalitre de froment passe alors de 0 fr. 85 à 0 fr. 80, se trouvant ainsi en diminution de 0 fr. 05 sur la période précédente. — Je dois dire que je n’ai pas tenu compte dans mes calculs de l’année 1630, véritable année de disette en Poitou, pendant laquelle le prix du double décalitre dépassa 3 1. sur le marché de Poitiers. Et il ne faut pas perdre de vue que ces 3 1. représentaient près de 35 fr. de notre monnaie d’avant-guerre, indice de la misère qui dut régner en Poitou en cette année 1630.
Ces deux dernières périodes, qui sortent un peu du cadre de mon travail, et qui ne sont données, pour ainsi dire, qu’à titre d’indication, nous fournissent néanmoins une donnée fort intéressante sur le XVIIe siècle. On remarquera que, dans l’une comme dans l’autre, nous avons constaté une diminution de la valeur intrinsèque de la livre et une augmentation du pouvoir de l’argent: eh bien! c’est là un double phénomène que nous verrions se répéter d’une façon constante, si nous continuions, pour le XVIIe siècle, le travail que nous venons de faire sur le XVIe.
La valeur intrinsèque, que nous trouvions encore à 3 fr. 146 en 1602, n’était plus que de 1 fr. 523 au mois d’octobre 1692, en diminution de plus de moitié sur le début du siècle. Or le prix des denrées, en général, était loin d’avoir augmenté dans des proportions aussi considérables dans le même laps de temps.
Pour le froment, par exemple, les quinze dernières années du XVIIe siècle nous donnent 1 fr. 18 c. comme prix moyen du double décalitre sur le marché de Poitiers, d’où une augmentation de 0 fr. 33 seulement sur la période 1603-1629. En l’année 1651, on trouve la journée de charpentier nourri cotée 10 s. . A cette même époque, la valeur intrinsèque de la livre se chiffrait par 1 fr. 978: il n’était donc versé que 0 fr. 99 c. d’argent à cet ouvrier charpentier, et pour porter ces 0 fr. 99 c. à 7 fr., prix auquel nous pouvons fixer la journée d’un ouvrier charpentier de l’année 1900 à l’année 1914, le pouvoir de l’argent sera représenté par 7,100, puisque 0 fr. 99 c. + 7.100 = 7.02 c. Or il nous faut remonter au règne de François 1er pour trouver le pouvoir de l’argent à un chiffre aussi élevé, et nous savons qu’il était tombé à 3,130 entre 1590 et 1598.
Il semble donc nettement indiqué par là que le pouvoir de l’argent a constamment remonté, pendant le XVIIe siècle, la pente qu’il avait descendue au cours du siècle précédent. C’est là une constatation qui nous semble intéressante et dont nous essaierons de trouver l’explication dans l’étude qui va suivre sur la vie économique en Poitou.
CONCLUSIONS
Notre chevauchée à travers le XVIesiècle est terminée, avec une rapide incursion dans les deux siècles voisins. Comme conclusion, nous reproduisons ci-dessous en les rapprochant, les tableaux qui figurent en tête de nos périodes, pour y jeter un coup d’œil d’ensemble.
TABLEAU N° 1.
Valeur intrinsèque, Pouvoir de l’Argent,
Pouvoir d’achat de la livre, par Période.

L’examen de ce premier tableau montre que, pour déterminer le pouvoir de l’argent et le pouvoir d’achat de la livre, je me suis servi de tous les prix de denrées et de toutes les indications que j’ai pu recueillir; mais il en ressort également, que le prix du froment et celui des bestiaux ont été la base, de mes calculs et que les données qui proviennent des autres séries ne sont intervenues que comme un complément.
Ce tableau peut aussi nous donner, si nous nous attachons à chacune de ces séries prise en particulier, des renseignements qui ne manquent pas d’intérêt sur le rapport qui a existé à différents moments du XVIe siècle entre les prix des différentes denrées.
Considérons, par exemple, la marche du pouvoir d’achat de la livre que nous tirons du prix du froment: Très voisine du pouvoir d’achat moyen pendant notre première période, ce qui indique que le froment ne s’écartait guère alors du niveau moyen des prix, nous la voyons s’en séparer nettement dès la seconde (1473-1486). Le pouvoir d’achat tiré du prix du blé est alors beaucoup au-dessous du pouvoir d’achat moyen (28 fr. 15 contre 55 fr. 40). Cette situation s’accentue à partir de la 4e période (1515-1554): le prix d’achat qu’il nous fournit à ce moment est en effet de 16 fr. 71, tandis que le prix d’achat obtenu en faisant la moyenne de tous ceux que nous donnent les diverses denrées est de 38 fr. 25. L’écart est encore plus grand dans la période qui suit (1555-1575): 5 fr. 85 contre 23 fr. 30. Il s’atténue, il est vrai, à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe, mais il n’en persiste pas moins. — Le froment est, en résumé, tout le long du XVIe siècle, la plus chère, et de beaucoup, de toutes les denrées.
Toute différente est la note que nous donne cette même marche du pouvoir d’achat de la livre si c’est au prix des bestiaux que nous la demandons. Ceux-ci se classent parmi les marchandises à très bas prix pendant nos deux premières périodes (de 1461 à 1472 et de 1473 à 1486): ils donnent encore un pouvoir de 71 fr. 12 c. entre 1487 et 1514 (troisième période) tandis que, l’ensemble des denrées, ne fournit au même moment que 57 fr. 95 c. Leur prix tend ensuite vers la moyenne entre 1515 et 1554 quatrième période), il s’en rapproche encore plus entre 1555 et 1575 (cinquième période), et finit par coïncider complètement avec cette moyenne dans la sixième période de 1576 à 1589. On peut ensuite les classer de nouveau, parmi les marchandises d’un prix un peu inférieur à la moyenne pendant les soixante dernières années de notre étude.
En somme, de 1555 à 1640, c’est-à-dire pendant 85 années sur les 180 que nous avons étudiées, le prix des bestiaux donne très approximativement, la moyenne du Pouvoir d’achat de la Livre si, de ces 85 années, nous distrayons une période de 8 années tout à fait exceptionnelle, de 1590 à 1598, pendant laquelle ce pouvoir d’achat subit un véritable effondrement. De sorte que, pendant la dernière moitié du XVIe siècle et la première moitié du XVIIe, il suffirait presque, sans avoir à faire de nombreuses recherches et de longs calculs, de tabler uniquement sur le prix des bestiaux pour obtenir presque exactement, le Pouvoir d’Achat de la livre. Cet état de chose se poursuivit-il pendant la fin du XVIIe siècle et pendant le cours du XVIIe? C’est là une question qu’il serait intéressant de vérifier.
En continuant l’examen du tableau qui précède, nous trouvions les loyers à assez bon compte jusqu’en 1575. Leur prix s’élève brusquement entre 1576 et 1589 et il se tient alors au niveau de la moyenne. Il va décroître et les loyers vont redevenir à bon marché pendant les périodes suivantes.
Les autres marchandises et les salaires ne nous ont pas fourni des données assez suivies pour que nous essayions de caractériser leurs prix dans l’ensemble du XVIe siècle.
Nous passerons maintenant au tableau qui figure sous le n° 2 dans chacune de nos dix périodes.
TABLEAU N° 2.
Pouvoir d’achat de la Livre par Denrée et par Période.

Ce tableau n° 2, qui nous fait embrasser d’un regard les variations de la Valeur Intrinsèque, du Pouvoir de l’Argent et du Pouvoir d’Achat de la Livre pendant les 180 ans sur lelsquels se sont étendues nos recherches, peut s’interpréter en quelques mots.
La Valeur Intrinsèque, qui est allée constamment en diminuant, sauf pendant les 25 ans ou est restée en vigueur l’ordonnance de 1577, accuse en fin de compte une perte totale de 66 p. 100. Mais le Pouvoir d’Achat de la livre, que nous prenons à 61 fr. 80 c. à l’avènement de Louis XI, pour le laisser à 11 fr. 50 c. à la veille de la mort de Louis XIII a perdu 81 p. 100 de sa valeur pendant le même laps de temps. La courbe de cette dernière baisse assez continue dans son ensemble, accuse deux irrégularités intéressantes: entre 1487 et 1514, sous les règnes de Charles VIII et de Louis XII, le pouvoir d’achat de la livre se relève légèrement, passant de 55 fr. 40 c. à 57 fr. 95 c.; de 1590 à 1598 au contraire, la crise, de la Ligue l’abaisse violemment de 16 fr. 65 à 9 fr. 85, et la perte atteint, un instant, 84 p. 100 par rapport au chiffre de 1461. Revenu à 12 fr. 50 c. dans la période suivante, le pouvoir d’Achat de la Livre se chiffrera en terminant par 11 fr. 50 c.
Quant au Pouvoir de l’Argent, si nous partons de la période 1487-1514, où il atteint le chiffre de 10.570, le plus élevé que nous ayons rencontré, et si nous nous arrêtons à la période 1590-1598 où il est tombé à 3,130, c’est-à-dire si nous le considérons pendant tout le XVIe siècle et sans sortir du XVIe siècle, nous voyons qu’il s’est affaibli de 70 p. 100. Mais il commencera dès la période suivante, (1599-1602), le mouvement ascensionnel qu’il poursuivra ensuite, croyons-nous, pendant tout le cours du XVIIe siècle.
A ces deux tabeaux, qui résument tous les résultats de mon travail, j’en joindrai un troisième dans lequel j’ai réparti par règne le Pouvoir d’Achat de la Livre tel qu’il nous a été fourni par chacune des dix périodes, mais en faisant cette répartition par divisions d’une courte durée et ces divisions n’ont pas été faites au hasard, mais bien en tenant compte d’abord des variations de la valeur intrinsèque de la livre et ensuite des indications qui m’étaient fournies par les documents que je possède sur chaque époque. De là l’irrégularité que l’on constatera dans la durée de ces divisions.
TABLEAU N° 3.
Pouvoir d’Achat de la Livre Tournois par règne.

Ce troisième tableau m’a paru un complément utile pour faciliter les recherches de ceux qui voudront, dans le cours de leurs travaux, transformer aussi exactement que possible, la Livre du XVIe siècle en Francs de notre époque (Franc or de 1914).
Pour compléter enfin le coup d’œil d’ensemble que nous venons de jeter sur la valeur de l’argent dans le Poitou au XVIe siècle, je dirai un mot du taux de l’intérêt pendant cette même période, en utilisant toujours des observations tirées des minutes de notaire et, tout particulièrement, des actes de prêts. de constitution et d’amortissement de rentes. Il y aurait tout un chapitre, et des plus intéressants, à écrire sur ce sujet.
Le loyer de l’argent en Poitou peut être fixé en moyenne, à 10 p. 100 à la fin du XVe siècle. Il était tombé à 5,65 p. 100 sous François Ier. On le voit remonter à 7,60 p. 100 sous Henri II: ce mouvement qui commença à se manifester pendant les dernières années du règne précédent, fut très probablement déterminé par la création de la Banque de Lyon par François Ier, où l’intérêt de l’argent fut fixé à 8 p. 100. On le trouve à 7,12 sous Charles IX, à 7,05 sous Henri III, à 6,11 sous Henri IV, et nous le revoyons, pendant les dix premières années du règne de Louis XIII, à 5,68 p. 100, c’est-à-dire au niveau où il était vers le milieu du règne de François Ier. Un prêt consenti à 5 p. 100 en 1617 est même dit être fait au taux de la rente courante. Sous Henri II, Charles IX, Henri III et pendant la première moitié du règne d’Henri IV, tous les banquiers et tous les gens de finance ne prêtent, qu’au denier 12, c’est-à-dire à 8,33 p. 100 .
En cherchant à fixer le pouvoir de l’argent et le pouvoir d’achat de la livre je me suis efforcé de n’employer que des documents fournissant des données certaines et j’en ai laissé de côté un assez grand nombre qui me semblaient intéressants mais dont l’interprétation pouvait donner lieu à quelque hésitation. On trouve par exemple dans le recueil de Don Fonteneau une requête datée de 1762, dans laquelle le Présidial de Poitiers demande que la limite de sa compétence soit étendue, prétextant que le chiffre de 250 livres, auquel cette limite avait été fixée en 1551, correspondait à 3,000 livres de l’année 1762. Je n’ai pas étudié le XVIIIe siècle au point de vue du pouvoir d’achat de la livre, mais je ne serai pas taxé d’exagération, en avançant que les 3,000 1. de 1762 valaient bien 10.000 francs de notre monnaie (toujours franc or d’avant-guerre), d’où il résulterait que le pouvoir d’achat de la livre devrait être fixé à 40 fr. en 1551, puisque 250 francs X 40 = 10.000 francs. Le chiffre de 28 francs sous lequel ce pouvoir d’achat figure dans mes tableaux pour l’année 1551, serait donc ainsi bien au-dessous de la vérité si nous en croyons le présidial; mais jai soupçonné nos magistrats, dans le but d’obtenir plus facilement satisfaction, de s’être laissé entraîner à exagérer quelque peu, et je n’ai pas fait état de ce document. J’en ai laissé de côté beaucoup d’autres de même nature lorsque je l’ai cru nécessaire pour l’exactitude de mon travail.
Je dirai en terminant que mes calculs qui donnent, j’en ai la conviction, satisfaction pour le Poitou, ne seraient probablement plus aussi exacts si on les appliquait à d’autres provinces plu ou moins éloignée de la nôtre. De nos jours où la multiplicité des transports et leur rapidité, devraient avoir unifié les prix dans la France entière, on constate quotidiennement que le coût de la vie est bien plus élevé dans tel département que dans tel autre, dans telle ville que dans telle autre; se représente-t-on alors, ce qu’il devait en être au XVIe siècle? en ùn temps où les grandes voies de communication faisaient à peu près complètement défaut, ou une notable partie des transports se faisaient encore à dos de cheval et de mulet, et cela sans parler des arrêtés des Intendants qui, dans certaines années de disettes, interdisaient le transport des blés et autres denrées d’une province à une autre! De tout cela il est facile de conclure que mes calculs, alors même qu’ils sont exacts pour le Poitou, pourraient bien être erronés si on les appliquait à la Normandie ou à là Bretagne, ou même à la Touraine qui est cependant bien plus rapprochée de nous.
Là se bornera ce travail sur le Pouvoir d’Achat de la Livre à l’une des époques les plus mouvementées de notre histoire. Pour être complet il eût exigé de longs développements mais, tel que, j’espère qu’il atteindra le but que je me suis proposé qui est, ainsi que je l’annonçai au début, de faciliter et de rendre plus profitable la lecture de l’étude économique et agricole sur le Poitou au XVIe siècle qui va suivre et dans laquelle seront largement cités et longuement analysés, tous les documents qui viennent de servir de base à mes calculs.
AVANT-PROPOS
Table des matières
L’étude que nous entreprenons sur l’ensemble de la Vie Economique en Poitou au XVIe siècle est entièrement tirée des manuscrits de l’époque déposés tant dans nos archives départementales que dans les archives de la ville de Poitiers. Cette étude comprendra quatre parties: 1° L’Agriculture et les Classes Paysannes dans le Haut-Poitou; 2° L’Industrie, le Commerce, les Gens de Finances; 3° Les Abbayes, les Chapitres, le Clergé, en ce qui concerne le temporel; 4° La Noblesse et la Bourgeoisie, leurs rapports entre elles et avec les autres classes de la société. La première partie que nous commençons ici ne traitera donc que de l’agriculture et des classes paysannes.
La vie de nos paysans n’a jamais beaucoup attiré l’attention des chroniqueurs; la façon dont ils préparaient et ensemençaient leurs guérets, levaient leurs récoltes, soignaient leurs animaux, exploitaient en un mot soit leur modeste héritage, soit la métairie de leur maître, n’a jamais été consignée à l’époque, que dans des manuels d’agriculture et autres «Maisons Rustiques», qui sont plutôt un assemblage de conseils empiriques que la véritable expression des modes de culture alors employés.
Pour ce côté de l’histoire économique, bien plus encore que pour les autres, il est donc difficile d’être renseigné, de connaître exactement la manière dont la terre était cultivée autrefois, le revenu que l’on en pouvait tirer, sa valeur et la situation sociale de ceux qui la travaillaient.
Pour le XVIe siècle, seuls les livres de comptes de quelques seigneuries ou de quelques abbayes, échappés à la destruction par le plus grand des hasards, nous fournissent de rares indications à ce sujet.
En ce qui concerne les conditions du travail, les conventions entre le propriétaire et son fermier ou son métayer, les minutes de notaires de l’époque, dont un assez grand nombre ont été fort heureusement conservées, nous apportent par les baux ruraux, des renseignements sinon complets, tout au moins suffisants pour nous édifier sur ce point. Ces minutes vont donc devenir la principale source de notre documentation, mais elles ne contiennent qu’un nombre relativement restreint de ces baux ruraux et d’actes intéressant l’exploitation du sol et l’on comprendra sans peine qu’il nous ait fallu dépouiller un nombre considérable de liasses de ces minutes pour réunir les éléments de ce travail; c’était une affaire de temps et de patience. Nous sommes arrivés, malgré tout, à relever plus de quatre cents de ces baux du règne de François Ier à celui de Louis XIII, et, chose singulière, nous avons bien vite constaté que, de tous ces baux, il n’y en avait pas deux qui fussent identiques, tellement il est vrai que l’imagination de l’homme devient fertile et ingénieuse lorsqu’il s’agit pour lui de défendre ses intérêts et d’accroître sa fortune, de sorte que, de l’un à l’autre de ces baux, l’on décrouvre toujours quelque différence dans les conditions stipulées par le bailleur: soit dans le mode de culture des terres, soit dans la composition et la possession des cheptels, dans le nombre et la nature des redevances, etc., etc.; à chaque renouvellement on enregistre quelque exigence nouvelle du propriétaire. Ce sont précisément ces différences, ces mille et un détails, qui ne sont souvent que des nuances, qui nous ont révélé peu à peu toute la vie de nos campagnes Poitevines au XVIe siècle.
Mais la rareté des documents sur la vie agricole n’est pas le seul obstacle que rencontre celui qui veut connaître les produits que l’on tirait du sol dans les siècles passés et les modes de culture par lesquels on les obtenait. Il vient se heurter encore à bien d’autres difficultés, tout d’abord aux poids et aux mesures alors en usage et qui variaient à l’infini: chaque seigneurie d’une certaine importance avait sa mesure de capacité, son boisseau, sur lequel étaient réglées les mesures de surface. Il nous a donc fallu en faire, pour la région, une étude aussi complète que possible; c’est pourquoi, en débutant, nous avons cru devoir consacrer un chapitre spécial à renseigner le lecteur sur ce point de première importance.
Autre difficulté, peut-être plus grave encore: la multiplicité des monnaies qui avaient cours au XVIe siècle et les différences que l’on constate dans le pouvoir d’achat de la Livre d’une époque à une autre de ce même XVIe siècle.
Du règne de Charles VIII à l’année 1600, la diminution de ce pouvoir d’achat peut, croyons-nous, se chiffrer de 5 à 1.
Pour parer à cette dernière difficulté et mettre le lecteur à même de transformer facilement en francs de nos jours (c’st-à-dire en francs-or d’avant-guerre) les sommes énoncées en Livres, sols et Deniers dans le cours de cette étude, nous avons reproduit en tête de ce volume un travail sur Le Pouvoir d’Achat de la Livre Tournois en Poitou du règne de Louis XI à celui de Louis XIII, que nous avions publié dans le Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest du 4e trimestre de 1922. Nous sommes ainsi, croyons-nous, dispensés d’entrer ici dans de nouveaux détails sur cette question, et il nous suffira, pour la commodité du lecteur, d’insérer le tableau ci-dessous, qui établit succintement, le Pouvoir d’Achat de la Livre sous les différents règnes aussi bien que sa Valeur Intrinsèque.
Valeur intrinsèque et Pouvoir d’Achat de la Livre Tournois en Poitou du règne de Louis XI à celui de Louis XIII .

Nous répéterons ici ce que nous disons dans le Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest, que nous n’avons pas la prétention d’avoir fixé le Pouvoir d’Achat de la Livre d’une façon mathématique pour chaque période, chose du reste impossible, mais de l’avoir seulement indiqué d’une façon suffisamment approximative pour permettre au lecteur d’établir une comparaison aussi complète que possible entre le XVIe siècle que nous allons étudier et notre époque.
On voit, par ce tableau, que le pouvoir d’achat de la livre, que nous avons fixé à 61 francs au début du règne de Louis XI était tombé à 12 francs vers l’année 1600, perdant ainsi; en moins de 150 ans, les 4 / 5 de sa valeur. Il faut, croyons-nous, en chercher tout d’abord la cause dans la diminution de la valeur intrinsèque pendant ce même temps et ensuite dans l’affaiblissement du pouvoir d’achat de l’argent lui-même, résultant de l’abondance de métaux précieux jetés sur le marché par la découverte de l’Amérique .
Quelles qu’en fussent les causes, cette diminution ininterrompue du pouvoir d’achat de la livre entraîna tout naturellement, pendant tout le cours du XVIe siècle, une augmentation parallèle et considérable du prix de toutes les marchandises qui ne pouvait que favoriser, par sa continuité, les commerçants et les agriculteurs.
Rien n’est curieux comme de suivre les minutes de notaires, des premières années du règne de François Ier aux dernières années du règne d’Henri III. On parle certainement plus souvent de milliers de Livres dans les actes et dans les contrats de la fin du règne d’Henri III, qu’il n’était question de centaines de livres dans les actes et les contrats du début du règne de François Ier, et cela, non seulement parce que le prix des immeubles et des denrées a augmenté, mais aussi parce que les transactions portent sur des quantités plus considérables, que les affaires, en Poitou, se traitent sur une plus grande échelle, que l’argent circule enfin dans des proportions jusqu’alors inconnues. Ces prix plus élevés nécessitaient en effet une circulation monétaire plus abondante, et il ne s’agit pas là, comme de nos jours, d’une inflation fiduciaire, d’une circulation de papier d’une valeur discutable, mais bien d’une circulation métallique; monnaie il est vrai plus ou moins dépréciée, si nous considérons les cours antérieurs, mais qui n’en avait pas moins une valeur certaine et positive. Aussi voit-on tous les marchands, tous les gens de finance s’enrichir et constituer des fortunes que l’on ne rencontrait pas auparavant dans notre Poitou. Les contrats de mariage, par l’augmentation ininterrompue du montant des dots, fournissent une preuve saisissante de l’accroissement des fortunes dans toutes les classes de la Société.
Les agriculteurs du Haut-Poitou ne bénéficièrent pas, dans les mêmes proportions que ceux de nos jours, de cette abondante circulation monétaire et cela parce que l’un des éléments de profit leur faisait défaut.
Au XVIe siècle en effet, dans une métairie du Haut-Poitou, si nous en exceptons le troupeau de porcs et la laine des brebis, le revenu résultant des bestiaux n’existait pour ainsi dire pas et était traité comme une quantité négligeable. Les bœufs n’étaient considérés qu’au point de vue de leur travail et les vaches qu’en raison du laitage qu’elles fournissaient pour la nourriture du métayer et de sa famille. De loin en loin, on élevait quelques veaux pour remplacer les bœufs de travail devenus trop vieux, on en faisait autant pour les vaches qui devenaient stériles, et, au point de vue de l’élevage de la race bovine, tout se bornait là. Nous nous empressons de faire remarquer que notre étude porte uniquement sur l’agriculture du Haut-Poitou et que, pour l’élevage. il en était tout autrement, nous en sommes convaincus, dans les marais du Bas-Poitou; mais, dans le Haut-Poitou, ce que nous avançons ci-dessus ne comportait que de très rares exceptions que nous ne manquerons pas de signaler du reste.
Si nos paysans du XVIe siècle ne purent s’enrichir au moyen de bénéfices réalisés sur les bestiaux, ils eurent l’occasion de se rattraper d’un autre côté et largement, par suite de l’augmentation folle qui se produisit dans le prix des céréales de Louis XI aux premières années du règne d’Henri IV. Le froment, qui ne valait que 0 fr. 10 le double décalitre au marché de Poitiers vers l’année 1480 (pour plus de commodité et pour éviter des pertes de temps, nous transformons de suite le boisseau de l’époque en double décalitre), le boisseau de froment qui ne valait, dis-je, que 2 sous en 1480, se vendait couramment 20 sous et 24 sous, vers l’année 1595, ayant ainsi décuplé.
Nous avons cru devoir nous étendre assez longuement dans cet avant-propos sur la question de la valeur intrinsèque et du pouvoir d’achat de la livre, ne comptant y revenir désormais qu’incidemment dans le cours de notre travail.
A l’aide des données fournies par les nombreux documents que nous avons pu recueillir, nous espérons pouvoir faire revivre le laboureur du XVIe siècle tel qu’il était réellement. Nous le prendrons chez lui, au milieu de ses travaux quotidiens, mais aussi dans ses rapports avec son maître, et là, au moment où il discute ses intérêts, il nous révélera peu à peu tous ses besoins, tous les détails de culture de sa métairie, en un mot l’ensemble de la vie agricole à l’époque.
L’auteur de l’une de ces «Maisons Rustiques du XVIe siècle» dont nous parlions plus haut, en nous donnant son avis sur le choix d’un fermier, va nous faire connaître comment il entrevoyait, à l’époque, «un bon laboureur».
La première page de ce manuel manque, mais l’une des pages suivantes nous apprend qu’il a été imprimé à Lyon, sous Charles IX. «Elisez un fermier entre deux âges, dit l’auteur, non
«maladif, de même pays que votre ferme; que sa femme soit
«mesnagère et ses enfants bien morigénés, qu’il n’ait ni métairie
«ni héritage proche de votre ferme, qu’il soit diligent pour ap-
«prendre le métier de rustication, point villotier ni souffreteux,
«plaideur ni tavernier, qu’il ne reçoive homme pour hôte s’il
«n’est ami de son Seigneur, que toute sa famille soit vêtue à
«profit non à plaisir. Et n’est ja besoin qu’il sache lire ni écrire
«et fasse faire par autrui registre de sa dépense, car le papier
«endure tout, aussi ne lui faites rendre compte de plus longtemps
«et de plus de choses que sa mémoire ne puisse porter. En
«temps présent les bons serviteurs sont rares, ce n’est plus
«comme autrefois.»
Et ceci était écrit et imprimé exactement en 1572! Mais, quelle que soit l’opinion de l’auteur sur les serviteurs à son époque, nous trouverons encore quelques bons et braves laboureurs en Poitou au XVIe siècle.
Nous diviserons notre travail en six chapitres:
1° Nous examinerons les différentes mesures utilisées en Poitou au XVIe siècle. A la base, figuraient la Livre, unité de poids, et le Boisseau, unité de mesures. Pour la livre, dans la partie du Poitou qui nous intéresse, il faut toujours entendre la livre dite «Livre Poids de Marc» de 16 onces correspondant à 0 kg. 489,505 de notre système métrique. Quant au boisseau, chaque abbaye, chaque chapitre, chaque seigneurie d’une certaine importance et, par suite chaque paroisse, avait le sien.
Mais déjà, au XVIe siècle, si ces différents boisseaux continuaient à servir pour lever les cens et les rentes constitués à l’époque féodale au profit des abbayes, chapitres et seigneuries auxquels ces boisseaux appartenaient, il n’en était plus de même lorsqu’il s’agissait des transactions commerciales entre habitants: là c’était généralement le boisseau de la ville la plus importante du voisinage qui était employé. Ainsi, en ce qui concerne le boisseau de Poitiers, son usage s’étendait: au nord, jusqu’au point où il rencontrait le boisseau de Châtellerault, à l’est, les boisseaux de Chauvigny et de la baronnie de Morthemer, au sud, ceux de Vivonne et de Gençay, à l’ouest enfin, les boisseaux de Mirebeau, d’Ayron et de Thénezais. Le domaine du boisseau de Poitiers formait ainsi un cercle de 20 à 30 kilomètres de diamètre. Il en était ainsi, dans des proportions variables, pour les boisseaux de Châtellerault, Chauvigny, Gençay, etc., etc. C’est là ce qu’une longue observation nous a appris et ce que, pour le Poitou, nous pouvons donner comme une règle générale. Nous verrons également que de la contenance de ces différents boisseaux découlaient toutes les mesures agraires.
2° En second lieu nous chercherons le prix des terres: terres arables, prés, vignes, etc... Nous constaterons de très sérieuses différences selon que nous nous adresserons au Châtelleraudais ou au Montmorillonnais, au Loudunais ou au pays Civraisien, etc., et il sera curieux d’en rechercher les causes. Par outre, pour l’évaluation de ces prix, nous nous heurterons à une difficulté nouvelle résultant de la diversité des charges qui grevaient alors la propriété foncière: les tailles, la dîme et les devoirs féodaux. Ceux-ci comprenaient les cens, rentes et terrages, ces derniers, les terrages, d’origine moins ancienne, croyons-nous, que les cens et les rentes et, nous ajouterons, beaucoup plus lourds pour les terres qui y étaient assujetties. Nous constaterons, en effet, et ce sera peut-être pour quelques-uns un sujet d’étonnement, combien les cens et rentes stipulés payables en argent, étaient devenus charge légère dès le début du XVIe siècle.
Mais la partie la plus intéressante de ce second chapitre consistera dans l’étude de la transformation que nous verrons se produire dans la possession du sol, transformation résultant d’un groupement des parcelles de faible étendue pour aider à constituer la plupart des grands domaines qui existent de nos jours en Poitou. Ce sont ces grandes exploitations agricoles, ces grands domaines dont le propriétaire possède la pleine et entière jouissance, que nous opposerons volontiers à l’ancien domaine ecclésiastique ou seigneurial émietté pour la presque totalité en tenures, sur lesquelles le Seigneur ne conservait qu’une sorte de souveraineté purement théorique attestée par les cens et les rentes, ce sont, dis-je, ces grandes exploitations agricoles, dont on constate la première et puissante éclosion aux XVe et au XVIe siècles en Poitou. Cette transformation, bien peu d’auteurs l’ont signalée jusqu’ici pour notre région.
3° Notre troisième chapitre abordera l’agriculture proprement dite, en traitant de la culture des céréales, froment, seigle, méteil, orge, avoine, et aussi de la culture de nombreux mélanges de grains, que nous ne soupçonnons plus aujourd’hui et qui étaient alors utilisés pour former les moutures de toute sorte dont était fait le pain des paysans, et même celui d’une bonne partie des habitants des villes, car le pain de pur froment était un objet de luxe en Poitou au XVIe siècle, et nous ajouterons qu’il le demeura jusqu’au milieu du siècle dernier. Nous ferons suivre un aperçu du prix des grains de Louis XI à Louis XIII et nous constaterons que le froment était alors, et de beaucoup, la plus chère de toutes les denrées. La culture de la vigne et celle des prairies complètera ce. troisième chapitre. Avec la culture de la vigne, nous examinerons celle des arbres fruitiers, très nombreux alors dans le Haut-Poitou et dont la récolte fournissait un appoint appréciable pour l’alimentation.
Les prairies formaient une catégorie spéciale dans la propriété foncière. Dans les baux elles faisaient toujours l’objet d’une réserve; le propriétaire en conservait la jouissance exclusive et les rares parcelles qu’il abandonnait à son métayer ou à son fermier, il les lui octroyait comme une grâce et une faveur toute particulière.
4° L’exploitation du sol au moyen du fermage et du métayage formera notre quatrième chapitre. Nous chercherons l’origine du métayage en Poitou, et point ne sera besoin, selon nous, de remonter très haut dans les siècles passés.
Nous avions essayé de faire de ces deux modes d’exploitation, le métayage et le fermage, deux chapitres différents, ce qui serait indispensable à l’époque actuelle, mais nous les avons trouvés, au XVIe siècle, tellement confondus l’un dans l’autre qu’il nous a fallu y renoncer. Les deux points les plus importants de ce chapitre seront l’étude de la situation à l’époque, du métayer et du fermier, situation qui différait complètement de ce qu’elle est aujourd’hui, et, en second lieu, la question des cheptels. Un autre point, secondaire si l’on veut, mais qui n’en a pas moins son importance parce que aujourd’hui très controversé dans notre région du Poitou, attirera notre attention: c’est la question des redevances ou menus suffrages. Ces redevances formaient autrefois une partie assez importante du revenu d’une métairie et nous aurons, par là même, à les étudier (assez longuement.
5° Nous arrivons dans le cinquième chapitre au paysan propriétaire, à la petite propriété, si répandue au XVIe siècle, dans tout le Haut-Poitou, à l’encontre de l’idée que l’on s’en fait généralement aujourd’hui. Nous étudierons, dans ce même chapitre, le paysan en tant qu’ouvrier agricole ou journalier, qui est toujours désigné, dans les actes de l’époque, sous le nom de «laboureur à bras», par opposition avec le «laboureur à bœufs», qui était le métayer ou le fermier et le «laboureur», sans aucune épithète, qui indiquait le paysan propriétaire, généralement qualifié de nos jours dans les actes poitevins de Propriétaire Cultivateur. Ces remarques sont le fruit de longues observations dans la lecture des manuscrits de nos archives poitevines, et nous ajouterons que cette règle ne comportait que de très rares exceptions.
6° Le sixième chapitre ne sera que la conclusion de notre travail. Il contiendra un coup d’œil d’ensemble sur l’agriculture et les classes paysannes dans le Haut-Poitou au XVIe siècle. Nous essaierons d’établir, avec impartialité, une comparaison entre ces paysans du temps de François Ier, d’Henri II, de Charles IX, d’Henri III, et ceux de nos jours.
Tel est notre programme. Son exécution, facilitée par les nombreux documents dont nous disposons , nous permettra, nous l’espérons du moins, de faire revivre un Poitou agricole jusqu’ici peu connu.
En terminant cet avant-propos, nous insisterons de nouveau sur ce point que cette étude ne vise que le Haut-Poitou. Les indications qu’elle contient, les renseignements qu’elle fournit, les prix des terres, des bestiaux, des grains, des denrées de toute nature qu’elle enregistre ne seraient probablement plus exacts si on les appliquait aux autres provinces, voire même quelquefois, à cette autre partie du Poitou connue sous le nom de Bas-Poitou.
Chacune des provinces de l’ancienne France avait ses coutumes, ses moeurs, ses besoins, avec en plus son climat et par suite ses productions. Les difficultés de transport étaient un obstacle presque insurmontable aux communications de province à province, sans parler des ordonnances royales et, plus tard, des décisions des intendants qui venaient, de temps en temps, les interdire complètement; de telle sorte que l’abondance de récolte qui se produisait dans l’une d’elle ne pouvait parer que très imparfaitement, et quelquefois pas du tout, à la disette qui régnait dans telle autre. Dans ces conditions, l’on s’expliquera facilement que ce qui est vrai pour le Poitou, puisse bien ne pas l’être pour la Touraine et le Berry et moins encore pour l’Orléanais et l’Ile-de-France.
Nous n’avons donc écrit que pour le Poitou, voire même, au point de vue agricole, pour le Haut-Poitou seulement. Là se borne toute notre ambition.
CHAPITRE PREMIER
Table des matières
Les différentes mesures utilisées en Poitou au XVIe siècle.
Notre intention n’est point de faire ici un historique complet de toutes les mesures usitées dans la province de Poitou, la liste en serait trop longue, mais simplement d’examiner celles que nous trouverons le plus communément employées dans l’étude dont nous écrivons ici le premier chapitre, après en avoir rapidement tracé le programme.
Nous les passerons successivement en revue. Tout d’abord, les mesures de capacité utilisées pour les grains, desquelles découlaient, comme nous le verrons, toutes les mesures agraires; cette première partie comprendra également les poids: la Livre, fort peu usitée alors pour la vente des grains mais employée pour beaucoup d’autres denrées, notamment pour la laine. Nous continuerons par les mesures des liquides, le vin était, alors comme aujourd’hui, d’un usage général en Poitou; nous terminerons par les mesures linéaires et des solides utilisées pour le cubage du bois de feu et du bois d’ouvrage, des travaux de construction et de terrassement.
L’unité de mesure des grains était le Boisseau. La réunion de plusieurs boisseaux formait ensuite une série d’autres mesures, variant selon les régions et souvent même, selon les paroisses. Le Setier, la Mine, le Minot, la Quarte, le Prevendier, la Charge, le Muid, la Fourniture, etc., etc., étaient autant de mesures que l’on trouvait employées suivant les paroisses.
Le nombre des boisseaux du Poitou, sous l’ancien régime ne saurait être précisé. En principe, d’après les codes seigneuriaux, seul le seigneur haut justicier avait droit «de poids, de mesures, d’étalonage» dans l’étendue de sa justice, mais l’art. XVI de la coutume du Poitou étendait ce même droit au Seigneur Moyen justicier, ce qui permettait au journal «les Affiches du Poitou», année 1773, de dire à la page 20, qu’il n’existait peut-être pas de province en France possédant autant de mesures différentes . On peut juger par là de la confusion qui ne pouvait manquer d’exister dans toutes ces mesures et des difficultés sans nombre qui ne pouvaient manquer non plus de s’élever chaque jour dans l’interprétation des contrats lorsque, et le cas devait se présenter fréquemment, la désignation du boisseau n’était pas suffisamment précise. Cette confusion devait être d’autant plus grande que la contenance elle-même de ces boisseaux n’était jamais, pour la plupart d’entre eux, nettement définie; chaque seigneur n’avait pour objectif que d’augmenter la capacité du sien. Le journal «Les affiches du Poitou» que nous avons déjà cité, va nous édifier à ce sujet . En l’année 1775, à la page 20, il reproduit une lettre de l’un de ses correspondants qui se termine ainsi:
«J’oubliais de vous marquer que le boisseau de Civray ne devrait peser qu’environ 40 livres, qu’il n’avait que ce poids en 1709, et qu’il s’est successivement accru de trois à quatre livres; on observe du reste des augmentations analogues à Aulnav, Chiré, Beauvoir, etc.».
Beauchet-Filleau, dans son «Etude sur les Différents Boisseaux du Poitou», l’ouvrage le plus complet qui ait été publié sur ce sujet et auquel je vais faire de nombreux emprunts, nous dit que les moines de l’abbaye de Montierneuf, abbaye située dans l’enceinte même de la ville de Poitiers, se servaient d’un boisseau contenant 28 livres de froment et prétendaient que l’étalon de ce boisseau n’était autre que le bénitier de leur église, que l’on allait quérir en cas de contestation, après l’avoir vidé.
La contenance même du boisseau le plus connu et le plus usité de toute la province, le boisseau de la ville de Poitiers, était l’objet de discussions interminables et qui n’avaient pas encore pris fin à l’époque de la Révolution.
Dès le XVIe siècle, pour obvier aux graves inconvénients résultant de l’incertitude qui régnait sur la contenance exacte de tous ces boisseaux «le Présidial de Poitiers, (et là, je cite textuelle «ment Beauchet-Filleau), résolut de fixer exactement cette conte- «nance et, dans ce but, fit recueillir tous les procès verbaux «d’étalonnement qui avaient pu être dressés pour chacun d’eux «afin de les rapporter tous à un boisseau unique, dont la conte- «nance fût très exactement connue, et ce fut tout naturelle- «ment sur le Boisseau de Poitiers que le présidial jeta les yeux» .
A Poitiers il existait deux boisseaux: le Boisseau de l’abbaye du Pin, qui contenait 18 livres 3/4 de froment, et le Boisseau des Marchands, qui en contenait 22. Le boisseau de l’abbaye du Pin remontait au XIIe siècle. En 1194, Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre et comte de Poitou, avait fait don à cette abbaye des droits qui se prélevaient sur la vente des blés dans la ville de Poitiers, à la charge de lui servir chaque année une rente de 14 livres tournois qu’il estimait devoir représenter alors la moitié du revenu que les moines devaient retirer de cette donation. Le boisseau de l’abbaye du Pin était demeuré depuis cette époque le boisseau officiel de la Ville de Poitiers. L’origine du boisseau de 22 livres, dit boisseau des Marchands, était inconnue. Il n’en est question, pour la première fois dans les ordonnances, que vers le milieu du XVIe siècle, et cependant depuis longtemps déjà, il était le seul utilisé dans les transactions, ainsi qu’on peut s’en rendre compte par la lecture des contrats de l’époque qui subsistent encore. Le boisseau de l’abbaye du Pin, le boisseau officiel, servait exclusivement au contraire, pour lever les droits de minage sur les marchés de la ville. Mais, anomalie extraordinaire, nous dit encore Beauchet-Filleau «ce «boisseau des Marchands, condamné par maint arrêt, proscrit «par les officiers de police, était le seul dont on fit usage, non «seulement dans les transactions mais encore, ce que l’on ne «peut guère s’expliquer, dans les actes judiciaires eux-mêmes» et l’auteur en fournit plusieurs preuves dans les pièces justificatives jointes à son travail. Moi-même, j’en ajouterai une nouvelle, tirée des archives du département de la Vienne, carton 26. Dans un arrêt de l’année 1719, le présidial fixant le cours officiel de certaines denrées pour la ville de Poitiers, dit textuellement: «Ces prix sont établis d’après le Boisseau des «Marchands, sauf à diminuer un demi-quart de boisseau pour «les denrées vendues à la mesure et cep de l’abbaye du Pin.»
On voit qu’en 1719 la rivalité entre les deux boisseaux existait toujours. Elle persistait encore quelques années seulement avant la Révolution. Eh 1786, un procureur, du roi au présidial de Poitiers, Jean Filleau, espérant pouvoir résoudre cette interminable question et doter enfin la ville de Poitiers d’un boisseau unique et incontesté, adressait, à la date du 23 décembre, à la municipalité de Tours, une lettre dans laquelle il disait, en substance, au maire de cette ville, que d’anciens manuscrits lui avaient appris que le boisseau de Tours et celui de Poitiers devaient être de même capacité et que des incertitudes et des discussions sérieuses s’étant élevées depuis de très longues années à Poitiers, au sujet de la contenance exacte du boisseau de la ville, il le priait de vouloir bien lui dire quels étaient exactement: «la grandeur du
«boisseau de Tours, sa hauteur, sa largeur, sa solidité réduite en
«pouces cubes et enfin son poids en froment». Le 27 de ce même mois de décembre, le maire de Tours répondait: que loin de pouvoir fournir des renseignements à M. Filleau, la ville ne pouvait lui offrir au sujet des mesures qu’un gâchis dont il n’y avait pas d’exemple: «Il n’y a, à Tours, aucun cep étalon ou mesure ma
«trice dont on puisse partir pour servir de règle, fixer les di-
«mensions ou échantilles des boisseaux; on ne croirait pas, et
«cela est cependant la vérité, qu’il n’y a que d’anciens boisseaux
«de bois, dont rien ne détermine la grandeur, rien n’accuse l’au-
«thenticité, qui puisse servir de règle à la police. Il ne reste à
«l’Hôtel de Ville aucune trace de la mesure de l’ancien boisseau.
«D’où part-on pour fixer une mesure quelconque? d’une an-
«cienne routine que rien ne justifie.» Et la lettre qui continue
longtemps sur ce même ton, se termine ainsi: «L’opinion géné-
«rale est, qu’à Tours le boisseau de froment pèse 18 livres et le
«setier 216, mais cette règle est fautive, le blé variant de poids
«d’après sa qualité et d’après l’état de l’atmosphère.» Voilà qui n’était pas fait pour aider beaucoup le procureur du roi, Jean Filleau, dans son travail de reconstitution du boisseau officiel de la ville de Poitiers. Tours était encore plus mal loti que Poitiers. Du reste, ajoute Beauchet Filleau, dans son étude sur les Boisseaux du Poitou, à laquelle j’emprunte tous ces détails, «sur ces
«entrefaites, 1789 arriva et la Révolution survint qui emporta
«tout à la fois les boisseaux ennemis et le magistrat qui avait
«tenté une dernière fois leur unification» .
Plusieurs documents conservés au greffe du présidial prouvent que, bien que cette question des deux boisseaux ne fut pas tranchée, les magistrats de cette cour n’en avaient pas moins, depuis de longues années, établi le rapport entre la contenance de chacun des boisseaux de la province et la contenance du boisseau de la ville de Poitiers , mais là encore pour établir ce rapport, ils avaient pris pour base, non pas le boisseau officiel, le boisseau de l’abbaye du Pin, mais bien le boisseau des Marchands ainsi qu’en fait foi une pièce dont l’authenticité ne saurait être contestée . Cette pièce porte la date du 23 mai 1628. Il s’agit d’un procès-verbal au moyen duquel le juge seigneurial de la châtellenie de Chéneché (Vienne), établit qu’il a procédé à la vérification du boisseau de cette châtellenie en le comparant à celui de Poitiers. D’après un arrêt du parlement de Paris, le boisseau de Chéneché devait revenir à un boisseau et demi, mesure de Poitiers. Le procès-verbal est ainsi conçu: «A l’instant
«le procureur fiscal de la châtellenie de Chenneché, nous a pré-
«senté le boisseau marqué des armes de la ville de Poitiers en dix
«endroits, scavoyr: sur le fond en dedans, sur le fond en dehors,
«et sur les deux cerceaux, lesdites armes sont pleines et entières;
«et les six autres marques qui sont, trois sur les bords de dessus
«et trois sur les bords de dessous, ne sont pas entières, n’ayant pu
«être imprimées dans toute leur étendue pour n’y avoir pas assez
«d’espaces sur les dits bords». Le juge après avoir fait prendre le diamètre et la hauteur de ce boisseau, constate qu’il pèse, rempli de froment, 22 livres, le fût du boisseau étant déduit, et fait régler le boisseau de Chéneché sur ce même patron mais augmenté de moitié pour se conformer à l’arrêt du parlement de Paris.
Voici donc qui établit très nettement qu’il existait à Poitiers en l’année 1628, un boisseau contenant 22 livres de froment que la municipalité considérait d’une façon incontestable comme le boisseau officiel de la ville. Beauchet-Filleau n’a pas eu connaissance de cette pièce, enfouie dans nos archives départementales au milieu d’un volumineux dossier, sans quoi il en eût très certainement fait état dans son étude. Le conseiller au présidial chargé par sa compagnie de rapporter tous les boisseaux de la province au boisseau de Poitiers, avait donc été bien inspiré en prenant pour type le boisseau de 22 livres ou boisseau des marchands, qui était pour ainsi dire le seul employé dans les transactions, aussi bien que dans les expertises.
Pour établir ce rapport, ce magistrat s’est uniquement basé sur le poids que pesait chacun de ces boisseaux rempli de froment, et alors il nous dit, par exemple, qu’un seul boisseau de Couhé pèse autant que quatre boisseaux de Poitiers, que quatre boisseaux de Confolens représentent huit boisseaux de Poitiers, que deux boisseaux de Chéneché en font trois de Poitiers, etc., etc. Le maire dé Tours nous faisait observer tout à l’heure, à juste titre, combien cette manière de procéder au moyen du poids des grains était défectueuse. Le poids de l’hectolitre de froment varie, selon la qualité du grain, de 75 à 80 kilog. Il s’élève rarement au-dessus de ce dernier chiffre, de même qu’il ne tombe que très exceptionnellement au-dessous du premier, en Poitou tout au moins, mais cela suffit pour avoir pu entraîner des différences assez notables dans le poids des différents boisseaux qui servirent à faire l’expérience ordonnée par le présidial et qui, pesés chacun dans leur localité respective et à des époques différentes, ne furent vraisemblablement pas tous remplis avec du froment de même qualité. Il ne faudrait donc pas considérer comme mathématiquement exactes toutes les contenances qui nous sont fournies, mais les prendre seulement comme approximatives. Il en sera du reste de même pour les mesures de surfaces, ainsi que nous le verrons plus loin lorsqu’il s’agira de déterminer dans les différentes paroisses l’étendue de la boisselée, de la septrée, de la prévendée, etc., etc. Telles quelles cependant, les contenances des différents boisseaux que nous donne le travail, conservé dans les papiers du greffe du présidial, suffisent pour servir de base à une étude comme celle que nous entreprenons au point de vue agricole.
Dans son travail, Beauchet-Filleau, tablant tant sur les chiffres fournis par les papiers du greffe dont nous parlons ci-dessus que sur des documents tirés de ses archives personnelles, donne la contenance de ces boisseaux en traduisant les Livres en Litres de notre système décimal. Pour ce faire, il a fixé tout d’abord à 14 litres 13 centilitres, la contenance du boisseau marchand de la ville de Poitiers auquel il a dû rapporter ensuite, comme l’on sait, tous les autres boisseaux de la province. Nous ne croyons pouvoir mieux faire que de reproduire, dans le tableau qui va suivre, les contenances fournies par Beauchet-Filleau, bien que quelques-unes d’entre elles nous semblent critiquables, mais nous voyons pour tous ces calculs, des bases si peu certaines, que nous nous abstenons d’y toucher dans la crainte de faire moins bien encore. Nous avons cependant ajouté dans ce tableau, les boisseaux de quelques localités qui ne figurent pas sur la liste de Beauchet-Filleau et pour lesquelles nous possédons nous-mêmes, des renseignements qui nous ont paru sérieux. Nous avons également fait figurer les contenances, en Litres, de quelques boisseaux dont l’auteur se contentait de donner le poids, par contre, nous en avons supprimé certains autres, généralement du Bas-Poitou, qui n’étaient pas intéressants pour notre étude. Pour les autres, la seule modification un peu sérieuse que nous ayons apportée concerne le boisseau de la ville de Loudun, que Beauchet-Filleau considère comme contenant 12 litres 84centilitres. Depuis la publication de son travail, le Boisseau Etalon de la ville de Loudun a été retrouvé. C’est une cuve en bronze du poids de 35 kg., qui semble dater de la fin du règne de Louis XI. Cette pièce, très intéressante pour l’histoire du Poitou, a été donnée à la Société des Antiquaires de l’Ouest par l’un de ses membres aujourd’hui décédé, M. Labbé de la Mauvinière, et figure, depuis lors, en bonne place, dans l’un des musées de la Société. Il ne saurait donc y avoir de doute sur la capacité de ce boisseau qui contient exactement 10 litres 34 centilitres. Contenance qui concorde bien, du reste, avec certains documents de l’époque que nous pourrions citer . Nous aurions bien également une autre observation à faire, relativement au boisseau de l’abbaye du Pin, dont il a été si souvent question, et qui, selon nous, devait contenir un peu plus de 12 litres et non pas 11 litres 40 centilitres, mais nous croyons très difficile, pour ne pas dire impossible, ainsi que nous l’avons déjà dit plusieurs fois, de fixer la contenance de tous ces boisseaux à quelques centilitres près.
Les Boisseaux du Poitou.
Leur contenance en Litres, par ordre de décroissance.

L’examen de ce tableau fait bien ressortir, et l’on ne saurait ne pas en être frappé, l’énorme différence de contenance qui existe entre certains de ces boisseaux; le boisseau de Loudun ne contient guère plus de 10 litres tandis que celui de Noirmoutiers a une contenance six fois supérieure... Il serait trop long de rechercher ici la raison de ces différences que nous nous contentons de signaler. On remarquera également que ces boisseaux figurent par séries d’une contenance absolument identique. Dix-huit d’entre eux contiennent 28 litres 26 centilitres, c’est-à-dire exactement le double du boisseau de Poitiers; seize avaient une contenance de 21 litres 19 centilitres; seize autres de 18 litres 84 centilitres; dix, de 17 litres 66 centilitres, etc., etc. Il semble bien extraordinaire que ces boisseaux, dont la contenance avait du être primitivement fixée par les chatelains et autres propriétaires de fiefs agissant chacun dans leur pleine indépendance et sans entente préalable, puissent fournir un aussi grand nombre d’exemplaires absolument identiques, d’autant plus que ces séries ne groupent pas des boisseaux d’une même région, loin de là. Dans la série de 28 litres, par exemple, on trouve le boisseau de Charroux à côté de celui de Fontenay-le-Comte, le boisseau de Pleumartin et celui de Coulonges-les-Royaux et de beaucoup d’autres localités fort éloignées les unes des autres, ce n’est donc pas leur proximité qui peut expliquer leur similitude. Il n’y a, du fait que nous constatons là, qu’une explication possible croyons-nous: c’est que le Présidial, dans son désir d’unifier dans la mesure du possible les boisseaux du Poitou, n’a pas craint de réduire légèrement la contenance de certains d’entre eux, tandis qu’il augmentait insensiblement au contraire la contenance de certains autres, tout cela pour pouvoir les rapporter tous facilement au boisseau de Poitiers et arriver ainsi au résultat que nous constatons ci-dessus. Le but était louable, mais est-on bien sûr que les populations aient très franchement admis toutes ces modifications, quelque légères qu’elles fussent? Rien n’est moins certain. Nous en revenons donc à ce que nous avons déjà dit plusieurs fois, qu’à part quelques boisseaux très connus et pour lesquels il ne peut y avoir de doute, pour tous les autres, il faut se garder de prendre comme infaillibles et mathématiquement exactes toutes les contenances indiquées. D’autant qu’à côté des boisseaux composant la liste du greffe, il en existait d’autres et dans des conditions quelquefois assez singulières. Un très curieux document de nos archives départementales (carton 26), nous apprend qu’à Saint-Maixent, en 1790, il existait encore deux sortes de boisseaux, l’un connu sous le nom de boisseau du Minage, l’autre, de 1/16 moins grand que le premier, dénommé le boisseau du Mardi, parce qu’il n’était utilisé que ce seul jour de la semaine! C’est à peine croyable et cependant cela est certain et s’explique ainsi, que la seigneurie à laquelle appartenaient les droits de minage le mardi n’était pas la même que celle à laquelle appartenaient ces mêmes droits les autres jours de la semaine et que chacune d’elles avait son boisseau. Mais n’était-ce pas là le comble de la confusion! Et cependant le présidial n’était pas arrivé à faire disparaître cette effrayante anomalie. Il n’y avait pas qu’à Saint-Maixent du reste qu’il existât deux boisseaux: selon les renseignements publiés par la préfecture de la Vienne en 1807, sur les ordres du préfet Chéron, sous le titre de «Tables de Comparaisons entre les Mesures Anciennes et les Mesures Nouvelles», il y avait à Loudun le boisseau «Extra Muros», qui contenait 10 litres 90 centilitres, et le boisseau «Intra Muros» qui n’en contenait que 10; à Charroux, le boisseau seigneurial avait une contenance de 24 litres, tandis que le boisseau des Marchands en contenait 27. Angles sur l’Anglin avait également deux boisseaux, l’un de 32, l’autre de 34 litres. Beauchet-Filleau, de son côté, nous apprend qu’à l’Abbaye de la Celle, en plus du boisseau ordinaire de 15 litres 90 centilitres, il y avait «le boisseau du Cellier» qui en contenait près de 24. A Chef-Boutonne, il existait même trois boisseaux: «Le Cep Royal», «le boisseau du Minage» et le «boisseau des Marchands», tous de contenance différente. Enfin, le même auteur nous rapporte encore, d’après le «Journal les Affiches du Poitou» de l’année 1774, page 6, qu’à Saint-Gilles-sur-Vie, chaque seigneur, chaque marchand, chaque fermier avait son boisseau particulier duquel il ne voulait pas démordre. Je bornerai là mes citations, laissant au lecteur le soin d’en déduire les conclusions, mais, en terminant, je répéterai ce que je disais dans le précédent chapitre que, de tous ces boisseaux, le plus grand nombre n’étaient déjà plus utilisés au XVIe siècle, même dans leur paroisse où, pour les transactions commerciales, on employait le boisseau de la ville voisine, boisseau qui rayonnait dans toute la région.
Nous avons cru devoir nous étendre très longuement sur la contenance de tous ces boisseaux du Poitou, parce que; de cette contenance, découlaient une infinité d’autres mesures sur lesquelles nous allons passer maintenant plus rapidement.
Nous citerons d’abord les sous-multiples du boisseau: le «boisselot» qui représentait exactement la 1/2 du boisseau; la «mesure», que l’on trouvait généralement dans les paroisses où le boisseau était de trop grande dimension pour pouvoir être utilisé comme outil pour la manipulation des grains. La contenance de ces mesures variait à l’infini et se trouvait par là même difficile à préciser. D’après Beauchet-Filleau, à Gençay, Champagné-Saint-Hilaire, Sommières, la mesure représentait le quart du boisseau, tandis qu’elle n’en était plus que la huitième partie à Civray. On trouvait ensuite «l’écuellée» : à Civray, où elle représentait la onzième partie du boisseau , dans le Thouarsais, où elle n’en n’était plus que la douzième partie . Dans cette dernière région l’Ecuellée se divisait en douze «Poignées». Cette dernière mesure, qui n’était en somme que la 144e partie du boisseau, et cela à Thouars où le boisseau ne contenait que 15 litres 30 centilitres, démontre bien le prix que l’on attachait au froment à cette époque. Beauchet-Filleau cite encore «le quarteron » représentant à Bressuire la 1/2 du boisseau. Je ne parlerai pas du «Litron», mesure bien connue qui contenait environ 81 centilitres, mais dont il n’était jamais fait mention dans les marchés et les transactions dans le Haut-Poitou. Nous passons en outre très certainement sous silence beaucoup d’autres divisions du boisseau qui nous sont inconnues.
Les multiples du boisseau étaient plus nombreux: le setier, le prévendier, la charge, la fourniture, le muid, et beaucoup d’autres que nous allons examiner.
En première ligne nous mettrons le setier, de beaucoup le plus usité. Dans la région de Paris, les mesures, en ce qui concerne les grains, étaient, et de longue date, très exactement réglées: Le boisseau contenait 20 livres de froment, le minot contenait 3 boisseaux, la mine deux minots ou 6 boisseaux, le setier deux mines ou 12 boisseaux, et enfin le muid contenait douze setiers, c’est-à-dire 144 boisseaux. Il n’en allait pas de même dans le Poitou ou le setier de froment variait de contenance presque autant que le boisseau, et où le setier d’avoine, dans la majeure partie des paroisses, n’était pas le même que le setier de froment. Pour abréger, nous établirons de suite un tableau donnant le nombre de boisseaux formant le setier de froment, dans les paroisses où la contenance de ce setier nous est connue.
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On voit que le nombre de setiers connus est assez restreint mais il faut bien dire que dans les tableaux ci-dessus figurent une partie des villes et des paroisses importantes du Haut-Poitou et que, dans certaines autres villes ou paroisses importantes, le setier n’existait pas et était remplacé par le prévendier que nous verrons plus loin.
Il est à remarquer que dans la contenance en boisseaux de ces setiers, la progression s’établit régulièrement par quatre. Il y avait évidemment une raison. Nous ferons également remarquer que l’orthographe du mot setier a plusieurs fois varié en Poitou: dans tous les manuscrits du XVe siècle il est écrit sextier; au XVIe siècle on trouve généralement septier, tandis qu’au XVIIe et au XVIIIe siècle, on écrit communément setier. La contenance du setier aurait-elle variée avec l’orthographe du XVe au XVIe siècle? Quoiqu’il en soit le setier était de beaucoup la mesure la plus usitée dans le Haut-Poitou pour les ventes de grains, mais, ainsi que nous le disions ci-dessus, le setier d’avoine différait du setier de froment, et il est souvent assez difficile de fixer exactement la contenance du premier. A Poitiers, il s’établit assez nettement à 12 boisseaux, contenant ainsi 1/3 en plus que celui de froment . Il en était de même à Mirebeau où le setier de froment contenait 12 boisseaux et celui d’avoine 18 . Par contre, à Civray, le setier d’avoine était le double du setier de froment, 32 boisseaux au lieu de 16 . Un document de l’année 1563 (Arch. Vienne Cs 8) qui n’est autre que l’évaluation du duché de Châtellerault faite à cette époque à l’occasion du don de la terre de Châtellerault à Diane de France, fille légitimée de Henri II, nous fournit pour cette région le setier d’avoine à 40 boisseaux. On voit par là que sa contenance était encore plus variable que celle du setier de froment.
Le prévendier était également une mesure courante en Poitou. Dans certaines paroisses, comme Chateau-Larcher, Vivonne, Champagné-Saint-Hilaire, Charroux, Usson, Gençay, Lhommaizé, Lusignan, il remplaçait le setier; dans quelques autres, comme Bressuire et Civray, on le rencontrait conjointement avec le setier. A Chateau-Larcher, Vivonne, Gençay, Champagné Saint-Hilaire, il se composait de 8 boisseaux , tandis qu’il n’en contenait que 4 à Charroux, Usson, Lhommaizé et Lusignan . A Bressuire et à Civray, si nous en croyons Beauchet-Filleau, le prévendier représentait le 1/4 du setier de chacune de ces paroisses.
Après le setier et le prévendier, on trouvait la charge. La coutume du Poitou fixait le poids de la charge de cheval à 300 livres. C’était, avec la livre et le quintal, la mesure la plus employée pour toutes les denrées qui se vendaient au poids, et aussi la plus usitée, pour fixer les prix de transport des marchandises . Le quintal se composait de cent livres, et la livre usitée en Poitou était, nous l’avons dit dans le chapitre précédent, la livre poids de marc, dite livre de Charlemagne, de 0 kg. 489,505.
La charge, en tant que mesure des grains, était à Poitiers très régulièrement fixée à 300 livres. Elle comprenait 16 boisseaux, mesure de l’abbaye du Pin pesant chacun 18 livres 3/4, qui font bien effectivement 300 livres; mais dans les autres paroisses du Poitou, les prescriptions de la Coutume étaient loin d’être aussi strictement observées, et la charge, représentée par un nombre de boisseaux déterminé, s’écartait généralement, et souvent dans de très fortes proportions, des 300 livres légales. Le tableau ci-dessous donne le poids de la charge pour les quelques paroisses dans lesquelles nous avons pu nous assurer de sa contenance. Il fournit également le nombre de boisseaux et de litres de grains dont elle était composée.
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Ce tableau contient le nom d’une ville qui appartenait au Berry, le Blanc, mais les transactions étant très nombreuses entre Le Blanc et le Montmorillonnais, nous avons cru devoir faire figurer son nom dans le tableau ci-dessus, ainsi que celui de plusieurs autres paroisses, du reste, qui, elles, faisaient partie du Bas-Poitou.
Les 300 livres fixées par la coutume du Poitou comme poids de la charge, représentaient 146 kg. 850 de notre système décimal. On remarquera que les poids fournis par les paroisses de Bressuire et de Mareuil s’en éloignent sensiblement, le premier étant de beaucoup trop faible et le second de beaucoup trop élevé. Ces deux indications sont fournies par un document se trouvant aux archives de la Vienne (carton 26) et ce document, qui provient de l’ancien greffe du présidial, semble pourtant offrir toute sécurité.
Nous arrivons maintenant aux deux mesures employées dans les marchés et les transactions portant sur de grandes quantités de grains: Le muid et la fourniture.
Nous avons vu qu’à Paris le muid représentait 12 setiers. En Poitou, au XVe siècle, le muid était également d’un usage courant et semblait bien être de même contenance, environ, que celui de Paris, mais au XVIe siècle, dans le Haut-Poitou tout au moins, il avait en grande partie disparu. Il était remplacé par la fourniture. Nous ne voulons pas dire par là que le muid ne figurait plus dans aucun document: ainsi il en est fait mention pendant tout le cours du XVIe siècle dans les registres de délibération du conseil de ville de Poitiers, lorsque le roi ordonnait la levée sur les habitants, d’une certaine quantité de grains pour l’entretien de ses troupes (et alors, tout naturellement, il s’agissait du muid mesure de Paris), mais dans la pratique commerciale, dans le Haut-Poitou, il n’est généralement plus question, à partir du règne de François Ier, que de la fourniture et non plus du muid.
La fourniture était usitée non seulement pour le commerce des grains mais encore pour quelques autres denrées. Elle se composait toujours de 20 unités, de 20 mesures inférieures. Elle contenait pour les grains 20 setiers , pour le bois d’ouvrage 20 brasses , pour le bois de feu 20 réhortées .. On ne saurait s’y tromper. On rencontrera, de loin en loin, la fourniture contenant 21 setiers, cela n’infirmera en rien la règle et prouvera seulement que l’acquéreur a arraché un setier de garniture à son vendeur; il en sera de même, quelquefois, pour le bois d’ouvrage et le bois de feu. Au XVIe siècle, la garniture était d’un usage courant dans la vente de certaines denrées; pour le commerce des laines, par exemple, ou les cent livres étaient toujours «garnies de quatre livres», c’était là la forme usuelle. Le setier d’avoine qui, comme nous l’avons vu, contenait, à Poitiers, exactement 12 boisseaux, était assez fréquemment livré à 13 boisseaux, quelquefois même, jusqu’à 14 boisseaux pour cette même raison de garniture.
A côté de ces quatre mesures principales, en tant que mesures des grains, le setier, le prévendier, la charge et la fourniture, qui étaient, de beaucoup les plus usitées, il s’en rencontrait plusieurs autres d’un usage moins général.
La quarte , comme multiple du boisseau, était spéciale à la région de Vivonne et de Gençay. A Vivonne et dans les environs, tous les marchés se traitaient au moyen de la quarte. Elle comprenait 2 boisseaux et 4 quartes, formaient un prévendier de 8 boisseaux qui, ainsi que nous l’avons vu, remplaçait dans cette région le setier.
A Chauvigny le setier, qui comprenait 8 boisseaux, s’appelait communément «Le Béthuze» . D’où lui venait ce nom? C’est là un terme tout à fait spécial à la baronnie de Chauvigny et que l’on ne rencontre nulle part ailleurs.
La mine , moitié du setier, et le minot, quart de ce même setier, qui étaient d’un usage si répandu dans nombre de provinces, n’étaient que peu usités dans le Haut-Poitou, pour les opérations commerciales tout au moins.
Nous avons rapidement passé en revue les principales mesures employées pour l’achat et la vente des grains, nous n’avons pas la prétention de ne pas en avoir passé sous silence, car il en existait assurément d’autres, mais d’une importance secondaire et dont l’usage, pour chacune d’elles, se bornait généralement, comme pour le béthuze, à une région strictement limitée. Nous citerons encore néanmoins, parmi ces mesures secondaires, le dixain et le douzain, dont le nom indique suffisamment la contenance, et enfin le raz d’avoine; mais la contenance de ce raz d’avoine variait dans de telles proportions que nous n’avons pu parvenir à la fixer et toutes celles que nous avons trouvées citées dans quelques ouvrages ne coïncidaient en rien avec nos renseignements personnels .
Nous examinerons maintenant les mesurés de capacité spéciales aux liquides et qui se borneront dans cette étude uniquement consacrée aux questions agricoles et poitevines, aux mesures employées pour le commerce des vins. Nous distinguerons de suite deux sortes de mesures: la pipe, le bussard (ce dernier n’était autre que la barrique), le poinçon, utilisés par le commerce en gros et, en conséquence, par le cultivateur pour la vente de son vin d’une part, et, de l’autre, la velte, le pot et la pinte, qui servaient au commerce de détail.
La pinte, qui remplissait le rôle de notre litre actuel avait. en Poitou, une contenance aussi variable que le boisseau. Les tableaux publiés en 1807 par la préfecture de la Vienne dont j’ai déjà parlé, donnent par litres et centilitres la contenance des différentes pintes dans quarante et quelques villes ou paroisses du département avant la Révolution. Nous faisons figurer dans le tableau ci-dessous la contenance de ces pintes dans les villes qui peuvent spécialement nous intéresser.

La pinte de Lusignan était quatre fois plus grande que celle de Verrières; celles de Montmorillon et de Loudun ne différaient guère de notre litre; on trouve enfin cinq localités, Chatellerault, Neuville, Pleumartin, Saint-Léger de Montbrillais et Saint-Savin qui avaient la même pinte que Paris, soit 0 1. 93. Nous ajouterons que le pot contenait deux pintes et que la pinte se divisait en deux chopines. Toujours d’après le recueil que je cite plus haut, la velte de Poitiers contenait 7 litres 45. Mais l’auteur. ne va pas jusqu’à nous fournir la contenance de la barrique du Poitou: nous allons essayer d’y suppléer.
Une note de l’année 1728, que nous tirons des archives de la Vienne (carton 26), nous dit que la barrique marchande du Poitou contenait 36 veltes: à 7 litres 45 par velte cela donne 2’68 litres. L’ «Almanach Provincial et Historique du Poitou, de l’année 1787, nous apprend de son côté, que la barrique de vin de Poitiers contenait 320 pintes, ce qui reviendrait à 284 litres. Enfin, un troisième document, également tiré des archives de la Vienne (carton 29), fixe la contenance des barriques du Poitou de 27 à 35 veltes, écart considérable comme l’on voit car il représente plus de 50 litres. Cette dernière indication nous paraîtrait bien la plus exacte néanmoins, car la barrique du Loudunais et celle du Mirebalais étaient beaucoup plus petites que la barrique de Poitiers et que celles des autres régions du Haut-Poitou,. et c’est là ce qui explique l’écart que nous venons de constater dans cette dernière note. Il ne faut pas perdre de vue que, sous l’ancien régime, tout en dépendant du diocèse de Poitiers, le Loudunais et le Mirebalais n’en faisaient pas moins partie de la généralité de Tours et c’est pour cette raison sans doute qu’ils se servaient de la barrique de Touraine; mais en somme, de nos jours encore, la barrique de la région de Poitiers est toujours prise pour 270 litres et il en est de même des barriques de Vendeuvre, Neuville, Jaulnay, Chasseneuil, Saint-Georges, Chauvigny, etc., etc. Il est fort probable qu’il en était ainsi dans les siècles précédents, ainsi que viennent de nous le confirmer les deux premiers documents que nous signalons plus haut. Quant à délimiter exactement le domaine de cette barrique de 270 litres entre la barrique Charentaise au sud, la barrique Saintongeaise au sud-ouest, celle de Touraine au nord et d’Anjou au nord-ouest, la chose nous semble bien impossible, et il en était de même autrefois. Il nous reste à dire maintenant, qu’au XVIe siècle, tous les marchés d’une certaine importance se traitaient au moyen de la pipe qui contenait exactement deux bussards (barriques) et variait par suite entre 500 et 550 litres.
Quant au poinçon, qui complétait la pipe et le bussard, il contenait cent pintes, ainsi que le démontre nettement une transaction intervenue le 28 janvier 1518 , entre les moines de l’Abbaye de Saint-Savin (Vienne) et l’abbé commendataire de cette même abbaye, Aymery de Rochechouart.
Nous ne jetterons qu’un rapide coup d’œil sur les mesures employées pour le commerce des bois, bois de chauffage et bois, d’ouvrage. Pour le bois de chauffage, nous trouvons à Poitiers au XVIe siècle deux mesures: La réhortée et la charge. Au XVIIIe siècle, on trouve en plus la cordée, encore en usage du reste et qui semblait dater du siècle précédent. Au XVIe comme au XVIIIe siècle, on vendait également les buches à la pièce, au cent, mais on conviendra que c’est là une mesure bien vague, car il y a des bûches de toute grosseur, en admettant même que leur longueur soit toujours uniforme.
Il nous a été difficile de préciser la contenance de la réhortée qu’aucun auteur n’indique, à notre connaissance tout au moins; cependant, dans un bail à ferme de la cure de Saint-Secondin, (arrondissement de Civray), à la date du 2 février 1578 , on trouve parmi les charges imposées au fermier, la livraison chaque année, de trois charretées de bois, bonnes, marchandes et recevables, de la valeur de 12 réhortées; quatre réhortées formaient donc une charretée. A cette époque, où les chemins n’étaient que peu ou point entretenus, la charretée ne pouvait se composer de plus de quatre à cinq stères, au maximum; il s’ensuit que la réhortée devait représenter, à très peu de chose près en plus ou en moins, le mètre cube. Un autre acte du 23 avril 1589 , et le prix lui-même de la réhortée dans le cours du XVIe siècle , viennent pleinement du reste confirmer cette appréciation. Nous ne parlerons pas de la seconde mesure la charge, qui variait fatalement, selon la force de l’animal qui la portait, cela malgré tous les règlements possibles, et donnait, par suite, lieu chaque fois à un marchandage.
Le bois d’ouvrage se divisait en bois de charpente (solives, soliveaux, membrures, chevrons), et en bois de menuiserie (planches, planchons). Le bois de charpente se vendait généralement à la toise et au pied linéaires. On sait que le pied représentait 0 m. 325 de notre système métrique et la toise 1 m. 949. Le commerce employait également une autre mesure qui remplissait le rôle de notre mètre cube, que nous avons trouvée quelquefois dès le XVIe siècle, et que l’on appelait «Solive».. La solive était un cube imaginaire ayant 12 pieds de longueur et 6 pouces (1/2 pied) sur 6 pouces d’équarissage, équivalant exactement par suite à trois pieds cubes, soit environ à 1/9 de notre mètre cube. La planche et le planchon se vendaient au moyen de la brasse, et la brasse n’était autre chose que la toise; la toise carrée équivalait à 3 m. 798 carrés. L’inventaire d’un riche marchand de bois, sire Nicolas Audebert, inventaire dressé le 6 novembre 1587 et qui occupe plus de cinquante feuillets (recto et verso) dans les minutes de Me Jehan Chesneau, notaire à Poitiers, fournit, en même temps que le prix des bois, des renseignements très complets sur toutes ces mesures. La planche et le planchon se vendaient également, ainsi que nous l’avons vu ci-dessus, par fourniture de 20 brasses. La toise servait aussi pour le métrage de la maçonnerie et pour l’évaluation des travaux de terrassements. Par contre le métrage des draps, de la soie, de la toile, se faisait au moyen d’une mesure spéciale, l’aune, qui avait une longueur de 1 m. 188.
Nous arrivons maintenant aux mesurés agraires, de beaucoup les plus intéressantes pour notre sujet
L’arpent était la mesure la plus répandue dans tout le royaume, il se composait toujours de cent perches, mais comme la «perche des Eaux et Forêts», la perche officielle, avait une longueur de 22 pieds, la «perche de Paris» une longueur de 18 pieds, la «. perche du Poitou» de 20 pieds, il s’ensuivait que l’arpent des Eaux et Forêts équivalait à 51 ares 07 centiares, l’arpent de Poitou à 42 ares 20 centiares, celui de Paris à 34 ares 18 centiares seulement. En Poitou, au XVIe siècle, l’arpent était d’un usage fort restreint, il n’en est guère question que dans les documents officiels et dans quelques rares paroisses; dans la pratique on ne s’en servait que pour l’arpentage des bois. Les mesures les plus fréquemment employées étaient: pour les terres labourables, la boisselée et le quartier, pour les vignes et les prés le journal. Puis venaient les multiples de la boisselée, c’est-à-dire la septrée et la prévendée, selon qu’on employait comme mesure des grains dans la paroisse le setier ou le prévendier. On trouvait également une foule de mesures secondaires d’un usage très limité, que nous mentionnerons par la suite.
La boisselée était, comme son nom l’indique, toujours proportionnée à la contenance du boisseau de la paroisse où elle était en usage, elle représentait exactement la surface de terre susceptible d’être ensemencée au moyen de la quantité de froment contenue dans ce boisseau. On trouve bien peu de documents anciens rapportant à l’arpent les anciennes boisselées du Poitou et ceux que l’on rencontre se contredisent généralement, ce n’est donc pas de ce côté que l’on trouvera la contenance de la boisselée. La perche du Poitou était loin d’avoir la régularité que certains auteurs lui assignent, il suffit, pour s’en convaincre, de jeter les yeux sur ces tableaux, publiés par ordre du préfet de la Vienne, en 1807, dont nous avons déjà plusieurs fois parlé et qui attribuent: à la chainée de Chatellerault une longueur de 25 pieds (en Poitou «chainée» était synonime de «perche»), à celle de Poitiers 24 pieds, de Montmorillon 11 pieds, et enfin à. celle d’Availles-Limousine 5 pieds 6 pouces seulement. Ce ne sont pas ces différences qu’on notait d’une paroisse à une autre, qui peuvent simplifier pour nous la question, mais nous avons, pour trouver la contenance de la boisselée, la tradition, qui n’est pas encore devenue une légende, et la contenance du boisseau de chaque paroisse que nous connaissons généralement.
On parle, de nos jours encore, de boisselées dans toutes les communes du Haut-Poitou, et certaines de ces boisselées, comme celle de Poitiers par exemple, ont très exactement conservé leur ancienne contenance; d’autres, par contre, ont été légèrement modifiées. Il s’est produit pour ces dernières, dans certaines communes, à propos de l’établissement des nouvelles mesures agraires (hectares, ares et centiares), ce qui s’est présenté lorsque le présidial a voulu rapporter exactement au boisseau de Poitiers, tous les boisseaux de la province; pour faire de tous ces boisseaux des multiples ou sous-multiples exacts, on les avait légèrement diminués ou augmentés, il en a été de même des boisselées, au début du siècle dernier dans les communes dont nous parlons; pour en faire des divisions exactes de l’hectare, et cela dans le but de faire adopter plus facilement les nouvelles mesures, on les a, elles aussi, légèrement modifiées, mais telles qu’elles existent, elles nous fournissent encore de très précieuses indications, surtout lorsqu’elles concordent avec la contenance de l’ancien boisseau, ce qui se présente presque toujours.
Dans une lecture que nous faisions il y a quelques années à une séance de la Société des Antiquaires de l’Ouest, nous suggérions l’idée de faire prendre note exacte, dans toutes les communes, de la contenance de ces boisselées, dont l’usage se perd de plus en plus et dont on ne gardera aucun souvenir lorsqu’auront disparu les vieux laboureurs qui en parlent encore. La chose serait facile et l’on conserverait ainsi un précieux élément pour l’étude des siècles passés, élément qui disparaîtra bientôt sans cela.
En somme il existait au XVIe siècle, dans le Haut-Poitou, quatre types de boisselées auxquels nous pouvons rattacher toutes les autres si nous éliminons, en ne parlant que du Haut-Poitou s’entend, d’un côté, la paroisse de Couhé qui possédait un boisseau d’une contenance supérieure à 50 litres, et de l’autre, la ville de Loudun dont le boisseau ne contenait que 10 litres. Nous ne parlons pas du boisseau de l’abbaye du Pin dont nous n’avons que faire parce qu’il n’a jamais servi de base pour fixer la contenance d’une boisselée.
Ces quatres types de boisselée sont: 1° la boisselée de Lusignan, Saint-Sauvant, Sanxay, La Mothe Saint-Héraye, qui contenait environ 25 ares. Et là nous sommes bien d’accord avec les tableaux, publiés en 1807. A cette boisselée nous rattacherons la seule autre paroisse du Haut-Poitou qui eût un boisseau d’une contenance de 42 litres, celle de l’Isle-Jourdain.
2° La boisselée des paroisses de Civray , Charroux, Confolens, Vernon, Vivonne, Usson, Queaux, Angles, etc., qui contenait 15 ares et à laquelle nous rattacherons les paroisses possédant un boisseau d’une contenance variant de 25 à 35 litres .
3° La boisselée de Chatellerault, Chéneché, Vendeuvre, Saint-Savin, Montmorillon, Chauvigny, Verrières, Gençay, etc., etc., contenant 10 ares et qui était l’une des plus répandues. Là encore nous considèrerons les paroisses possédant un boisseau analogue et pour lesquelles nous n’aurons pas de renseignements particuliers, comme ayant une boisselée de 10 ares.
4° Enfin la boisselée de Poitiers d’une contenance exacte de 7 ares 60 centiares, dont le domaine s’étendait, comme pour son boisseau, dans un diamètre d’environ 30 kilomètres autour de la ville. Dans ce domaine on trouve, d’abord les possessions, et elles étaient nombreuses, de toutes les abbayes et de tous les chapitres de la ville de Poitiers et ensuite plusieurs paroisses, dans la direction de Champigny le Sec, Vouzailles, Mirebeau, Saint-Jean de Saulve. A cette boisselée, se rattachent les boisseaux d’une contenance de 14 à 16 litres.
Nous ne parlons pas de la ville de Loudun qui se trouvait isolée avec son boisseau de 10 litres 34 centilitres et dont la boisselée comprenait de cinq à six ares. La publication préfectorale de 1807 lui attribue 5 ares 28 centiares.
Ces divisions donnent satisfaction tant au point de vue de la tradition, dont nous parlons plus haut, que de la contenance des boisseaux. Nous pouvons les admettre d’autant plus facilement que nous connaissons pertinemment le rayonnement, dans toutes leurs régions, du boisseau et de la boisselée des principales villes qui figurent dans la liste ci-dessus, pour lesquelles des documents certains viennent nous confirmer la contenance aussi bien de leur boisseau que de leur boisselée.
Nous avons donc là des éléments suffisants et assez précis pour nous permettre de découvrir le prix de la terre, lorsque nous allons chercher, par la suite, la valeur de la propriété et son revenu, lorsque nous traiterons la question agricole.
Après la boisselée, comme mesures agraires, arrivaient ses multiples, la septrée et la prévendée, qui représentaient, je crois à peine utile de le dire, un nombre de boisselées exactement en rapport avec le nombre de boisseaux que contenait le setier ou le prévendier de la paroisse. Lorsque, comme à Poitiers le setier contenait 8 boisseaux, la septrée était de 8 boisselées, elle en contenait 16 à Châtellerault où le setier était de 16 boisseaux, etc., etc. Il en était de même pour la prévendée.
Le quartier, à Poitiers, contenait deux boisselées de terre labourable . A Montmorillon, où il n’était employé que pour la terre cultivée en vigne, sa contenance est plus difficile à déterminer, il est à peu près certain cependant qu’il représentait deux journaux de vignes, c’est-à-dire 10 ares.
Le journal était une mesure très répandue, il en est encore fréquemment question dans nombre de nos communes. On l’utilisait pour le mesurage des vignes, des prés, quelquefois également, mais plus rarement, comme mesure pour les terres labourables.
Le journal de vigne représentait l’étendue qu’un bon vigneron peut travailler à bras dans sa journée et, pour cette raison, sa contenance variait légèrement selon que la terre était plus ou moins facile à travailler. A Chasseneuil, petite commune située à quelques kilomètres au nord de Poitiers, les vieux vignerons nous diront encore qu’ils sont contents d’eux lorsqu’ils ont levé leur journal de vigne dans leur journée et, à Chasseneuil, 3 journeaux sont considérés comme représentant deux boisselées. Or, la boisselée, à Chasseneuil, est la même qu’à Poitiers; elle contient 7 ares 60 centiares: il s’en suit que le journal qui vaut le tiers de 2 boisselées représente assez exactement 5 ares. C’est bien à ce chiffre que l’on peut en effet fixer la contenance du Journal de vigne dans un terrain de consistance moyenne .
La contenance du journal de pré variait peu. Un document. sans date précise, mais qui paraît bien être du commencement du XVIIIe siècle, et qui figure dans les archives de la Vienne (carton 26), nous édifiera de suite sur la contenance de cette mesure. «Le journal de faucheur, dit-il, se compose de deux cents gaules «faisant quatre boisselées à la mesure de Poitiers» . Or nous savons que la boisselée de Poitiers contient 7 ares 60 centiares, dès lors le journal de faucheur se trouvera contenir par là même 30 ares 40 centiares, en chiffre rond 30 ares; et c’est bien à ce chiffre que notre expérience des choses agricoles nous aurait permis de le fixer, même abstraction faite du document que nous mentionnons ci-dessus.
Nous ne parlerons que pour mémoire de quelques mesures secondaires, pour le Haut-Poitou, et de certaines autres, plus ou moins baroques et dont il serait bien impossible de déterminer la contenance: L’éminée, que nous rencontrons une seule fois, en Loudunais en 1577 et qui représentait, croyons-nous, la 1/2 d’une septrée; à Niort, en 1593, le carreaux qui a, nous dit l’acte, 2 toises de côté ; le seillon qui est la 25e partie du journal .
En 1568, les fabriqueurs de la paroisse de La Villedieu-du-Clain aliénaient une pièce de pré sise dans l’île d’Andillé, d’une contenance de deux journeaux de faucheur et de «deux Pointes». Le faucheur appelle pointe la largeur de pré qu’il peut embrasser d’un coup de faux, mais ces coups de faux se succèdent sans interruption et c’est toujours la même pointe qui continue, de sorte que s’il est facile d’en déterminer la largeur il est bien impossible, par contre, d’en fixer la longueur . Plus loin il s’agit de la vente de deux «virées de vigne» ; il faut évidemment entendre par là, deux rangs de vigne, mais là encore, ces deux rangs peuvent se poursuivre indéfiniment. Le 19 juin 1568, dans l’étude de Me Jehan Chauveau, notaire à Poitiers, ce sont les chanoines de Saint-Hilaire le Grand, qui vendent à un habitant de la paroisse de Vouillé «deux à trois esjambées de terre», sises au lieu appelé les Isles . N’est-ce pas là le comble de l’imprécision! Du reste, au XVIe siècle, dans une vente de terre, la désignation des contenances, qu’elle se présentât sous la forme de boisselées, de septrées ou esjambées avait toujours quelque chose d’imprécis, car elle résultait, non d’une opération d’arpentage, mais uniquement de l’appréciation d’un laboureur, tablant pour cela sur la quantité de semence qu’il utilisait habituellement pour emblaver la pièce de terre faisant l’objet de la vente, ou encore d’un vigneron ou d’un faucheur faisant l’évaluation de l’étendue d’après la durée de son travail. Mais d’arpentage, il en était si rarement question dans les ventes de terre en Poitou, au XVIe siècle, que l’on peut dire que c’était la très grande exception. Il conviendrait maintenant d’ajouter que les procédés d’évaluation que nous signalons ci-dessus sont plus exacts qu’ils ne pourraient paraître de prime abord aux personnes étrangères aux choses de l’agriculture. Il est bien certain, nous avons été à même de le constater maintes fois, que, sur une étendue d’un hectare, qu’il a l’habitude de cultiver de longue date, un bon semeur ne se trompera généralement que d’un petit nombre de centiares. Il en est de même du vigneron ou du faucheur qui apprécie d’après un travail nombre de fois répété.
Nous rencontrerons probablement, dans le cours de cette étude, d’autres mesures dont nous n’avons pas entretenu le lecteur, nous les examinerons au fur et à mesure que nous les trouverons.
Nous avons essayé de présenter dans ce premier chapitre, dans une longue et peut-être fastidieuse énumération, la plupart des mesures autrefois utilisées par les agriculteurs dans le Haut-Poitou, de signaler leur infinie variété et les difficultés sans nombre que l’on rencontre pour arriver à les connaître. Nous avons même émis et répété plusieurs fois l’avis que pour le plus grand nombre, ce serait pure utopie de vouloir les évaluer à quelques centièmes près, en ajoutant toutefois que, telles que nous les connaissions, elles nous permettaient d’entendre avec une approximation suffisante les chiffres que l’on peut rencontrer dans une étude comme celle-ci et d’en traduire les données en termes de notre temps. Que l’on veuille bien maintenant, s’imaginer cette multitude de mesures, toutes de capacité différente, en usage de nos jours avec la formidable augmentation qui s’est produite dans les échanges grâce au développement des voies de communications et à la rapidité des transports, et l’on conviendra que leur unification dans toute la France, inutilement tentée par Charlemagne d’abord, par Philippe le Long et Henri II ensuite, a été, pour notre pays, l’un des plus grands bienfaits des temps modernes. Cette même unification, y compris celle des monnaies, réalisée entre toutes les grandes nations du globe, serait un bienfait non moins grand et certainement moins irréalisable que la Paix Perpétuelle à quoi rêvent certains de nos contemporains.
Connaissant maintenant, au moyen du tableau qui figure à la page 4 de notre avant-propos, le pouvoir d’achat de la livre tournois en Poitou dans le cours du XVIe siècle, ayant ensuite dans ce chapitre, jeté un coup d’œil sur les mesures usitées à cette même époque, nous pourrons désormais interpréter facilement tous les contrats et les différents documents que nous allons tirer de nos archives, pour nous permettre d’apprécier la vie et la situation sociale de nos paysans poitevins.
CHAPITRE II
Table des matières
Le prix des Terres dans les différentes régions du Haut-Poitou L’état de la Propriété, sa transformation dans le cours du XVIe siècle.
Nous chercherons tout d’abord le prix des terres et nous parcourrons pour cela successivement les différentes régions du Haut-Poitou car ces régions, bien que voisines, n’en différaient pas moins essentiellement les unes des autres au point de vue agricole, comme sous beaucoup d’autres rapports du reste, et la valeur de la propriété s’en ressentait.
Les renseignements que nous possédons ne sont pas complets pour toutes ces contrées mais ils pourront cependant, nous l’espérons du moins, nous donner une idée de l’ensemble du Haut-Poitou en tant que valeur des terres. Il est assez difficile de fixer cette valeur à une époque aussi éloignée, d’autant que nous ne serons presque exclusivement aidés dans nos recherches que par des actes de vente portant sur des parcelles de terre isolées. Au XVIe siècle en effet, en Poitou, dans les actes de vente de seigneuries ou de métairies, la contenance de l’immeuble vendu n’était jamais indiquée; comme référence, on donnait l’origine de la propriété, que l’on complétait en ajoutant «que l’immeuble était cédé et transporté tel qu’en avait joui le vendeur et ses ascendants» et à l’occasion,«tel qu’en jouissait tel métayer ou fermier» ; mais de la contenance par boisselées, septrées ou prévendéés, il n’en était jamais question lorsqu’il s’agissait d’une seigneurie ou d’une métairie. Nous n’avons vu le contraire se présenter que bien rarement dans les nombreux actes qui nous sont passés sous les yeux; aussi nous sommes-nous empressés alors de prendre in extenso copie de ces contrats que nous examinerons par la suite avec d’autant plus de soin qu’ils se présenteront plus rarement.
On sera peut-être surpris de l’état de division du sol que nous allons constater dans la majeure partie du Haut-Poitou et cela d’autant plus que cette division ne résultait pas d’un morcellement récent mais bien d’une situation dont l’origine remontait jusqu’à l’époque féodale, ce qui va à l’encontre de bien des idées préconçues à ce sujet.
Nous écrivons ici une modeste histoire locale et ne voulons pas nous lancer dans une dissertation sur l’origine de la propriété en France, mais pour donner au lecteur un aperçu du morcellement de la terre au Moyen-Age, nous mettrons sous ses yeux un registre terrier tiré des archives de l’Abbaye de Sainte-Croix de Poitiers, registre qui constitue une véritable matrice cadastrale, au Moyen-Age, pour une notable portion de deux communes du département de la Vienne, celles de Saint-Romain et de Vellêches, situées l’une et l’autre au nord de Chatellerault sur la rive gauche de la Vienne .
Les seigneuries de Saint-Romain et de Vellêches, qui demeurèrent jusqu’à la Révolution la propriété de la célèbre abbaye de Sainte-Croix fondée à Poitiers au VIe siècle par sainte Radegonde, femme de Clotaire 1er, contenaient, en domaine amodié à des tenanciers, un peu plus de 800 hectares . Ces 800 hectares étaient, au début du XVIe siècle, divisés en 1298 parcelles appartenant à 80 tenanciers. Ils comprenaient: 488 hectares de terre labourable, 276 hectares de bois, 22 hectares de pré, 10 hectares de vigne et 6 hectares de vergers, chennevières et terres diverses. Les 276 hectares désignés sous le nom de bois n’étaient en réalité que des brandes et des paturages sur lesquels croissaient quelques rares arbres rabougris.
Ce registre donne avec les plus minutieux détails, la nature de terre de chacune des 1.298 parcelles, sa contenance ainsi que le nom du tenancier auquel elle appartient. La contenance varie généralement de deux ares à deux hectares. Les parcelles contenant 3 à 4 hectares sont rares, celles supérieures à 4 hectares sont l’exception: on en compte une douzaine environ, qui se composent, pour une bonne partie, dé brande. En résumé, la grande majorité des parcelles contient de 10 à 50 ares, et chaque tenure comprend en moyenne de 16 à 20 parcelles. Du reste, la répartition des 800 hectares entre les 80 tenures s’établit ainsi:

La tenure de 32 hectares ne contient que 14 hectares de terre labourable, celle de 31 hectares n’en a que 13, le surplus de ces deux tenures se compose, pour la plus grande partie, de brandes et de paturages. Tel tenancier, riche de plus de 10 hectares, ne possède pas une seule parcelle de la contenance d’un hectare; toutes sont d’une contenance inférieure. Parmi ces tenanciers, je citerai Martin Massé, qui figure sur le registre pour 104 boisselées (10 hectares 40 ares), et qui, sur ces 10 hectares 40 ares divisés en 41 parcelles, n’a qu’une seule pièce de terre d’un hectare, toutes les autres ont une contenance moindre; on le conçoit facilement du reste puisqu’il s’agit de partager 10 hectares 40 ares entre 41 parcelles. Et ce n’est pas un fait isolé : généralement nous trouvons chacune de ces tenures, aussitôt qu’elle dépasse 8 ou 10 hectares, divisée en 30, 40, 50 et jusqu’en 60 et quelques parcelles. Nous nous trouvons là, on l’avouera, en présence d’un sérieux morcellement du sol, aussi bien sous le rapport de l’étendue des parcelles que sous le rapport de la quantité de terre appartenant à chaque propriétaire.
Il ne faudrait pas voir cependant, croyons-nous, dans cette division des seigneuries de Saint-Romain et de Vellêches, au commencement du XVIe siècle, la véritable division primitive telle qu’elle fut établie au début de la féodalité. Non pas que je veuille dire que les parcelles étaient à ce début, de moins grande étendue encore que nous ne les trouvons dans le registre terrier de Saint-Romain; mais ce que je prétend, c’est que les quelques grandes tenures de 25, 30 et 40 hectares que nous venons de rencontrer ne devaient pas exister lors de la division première. Il est probable en effet qu’à cette époque lointaine, le propriétaire des fiefs de Saint-Romain et de Vellêches n’avait dû attribuer à chaque tenancier que la quantité de terre qu’il était susceptible de cultiver avec le concours de sa famille soit, le plus souvent, de 5 à 15 hectares, quelquefois 20 hectares, mais bien rarement au-delà ; de telle sorte que les tenures de plus grande étendue que nous rencontrons en l’an 1500, étaient très certainement le résultat de mutations qui s’étaient opérées depuis lors dans la propriété de ces tenures. Ces mutations avaient pu provenir de partages de successions qui étaient venus successivement grossir certaines tenures au détriment de certaines autres, mais encore et surtout, ce n’est pas douteux, d’aliénations consenties par certains tenanciers, au profit de quelques autres, et cela tout particulièrement dans les dernières années du XVe siècle, époque à laquelle une augmentation considérable de la circulation monétaire vint faciliter les transactions. Ces tenures en effet, dépendaient des seigneuries de Saint-Romain et de Vellêches, mais elles appartenaient en réalité aux tenanciers auxquels elles étaient attribuées par le registre terrier que nous venons de parcourir, et ces tenanciers, pourvu qu’ils acquittassent les cens, rentes ou terrages dus à l’abbaye de Sainte-Croix, pouvaient disposer à leur guise de leurs terres, aussi bien pour les cultiver que pour les léguer à leurs enfants ou les aliéner selon leur bon plaisir. II est vrai que, en cas d’aliénation, le propriétaire du fief pouvait, usant du droit de retrait féodal qui lui appartenait, intervenir et s’emparer de la parcelle vendue, mais après avoir toutefois, préalablement et intégralement, versé au tenancier vendeur le montant du prix consigné dans l’acte de vente, augmenté du montant des frais qu’avait pu occasionner cette vente; ce n’était là en somme qu’un droit de préemption. Le tenancier qui pouvait ainsi disposer de sa tenure était donc bien un véritable propriétaire et nous pouvons dès lors affirmer sans crainte, qu’au début du XVIe siècle, dans les paroisses de Saint-Romain et de Vellêches, la propriété était tout aussi divisée qu’elle peut l’être de nos jours.
Ce morcellement, nous allons, en cherchant le prix des terres, le retrouver dans tout le Haut-Poitou aux différentes époques et pour nous permettre de le suivre plus facilement nous parcourrons les différentes régions, règne par règne, en commençant par les premières années du règne de François Ier. Nous ne possédons pas sur le règne de Louis XII, de documents suffisants pour en faire état.
Nous trouverons dans notre exploration bien des mesures différentes, mais pour ne pas fatiguer le lecteur de détails devenus inutiles après l’étude que nous avons faite de ces différentes mesures dans le chapitre précédent, nous traduirons de suite, comme nous l’avons déjà fait plus haut du reste, en hectares, ares et centiares, les boisselées, septrées, prévendées, journaux, etc., etc.
Nous examinerons successivement pour chaque région, les terres labourables, les prés, les vignes; nous jetterons également un coup d’œil sur le prix des chénevières, car la culture du chanvre se rencontrait dans tout le Poitou à une époque où, dans chaque ménage, on faisait généralement tisser la toile nécessaire pour toute la famille. Quant au prix des bois, haute futaie et taillis, nous avons cru devoir les négliger, pour cette raison qu’il arrive fréquemment, dans cette nature de propriété, que la superficie possède une valeur égale, quelquefois même supérieure à celle du fonds, que l’on ne trouve généralement dans les actes aucune indication à ce sujet et que l’on est par là même, exposé à commettre les plus grossières erreurs.
Nous parcourrons tout d’abord la région de Poitiers, en y joignant les contrées dans lesquelles la terre possédait, au XVIe siècle, une valeur analogue, tels que Morthemer, Verrières, Chauvigny, Saint-Julien-l’Ars, Saint-Georges, Vendeuvre, une partie du Mirebalais, Ayron, Maillé, etc., etc. Nous ferons une étude à part, au contraire: 1° du Montmorillonnais et de la région de Charroux; 2° du Loudunais; 3° enfin du Chatelleraudais. Ces trois régions avaient alors chacune une physionomie bien caractérisée et les prix des terres différaient également des prix des autres contrées du Haut-Poitou.
Dans la région de Poitiers pour les terres labourables, pendant la plus grande partie du règne de. François Ier, la moyenne du prix de l’hectare s’établit de 11 à 15 livres. Des prix très divers viennent concourir pour former cette moyenne et il est remarquable que les plateaux situés entre la Vienne et le Clain, apportent les prix les moins élevés. Le prix le plus bas est fourni par une vente au village du Vieil-Availle en la paroisse de Sèvres. A la date du 20 mai 1519 , une famille de laboureurs vendait à un riche bourgeois de la ville de Poitiers, Maître André Milcendeau, une pièce de terre contenant 22 boisselées (1 hectare 67 ares), joignant d’un côté aux terres de la seigneurie du bois Doucet, dont l’acquéreur était propriétaire, moyennant la somme de 10 livres tournois, ce qui portait le prix de l’hectare à 7 1. 3 sols. Le seigneur du Bois Doucet arrondissait sa terre à bon compte.
En cette même année 1519, sur ce même plateau, dans la paroisse de Saint-Julien-l’Ars , nous trouvons une autre vente de quatre boisselées dé terre moyennant 55 sols (8 1. 16 sols l’hectare). Toujours en 1519, le 14 mai , dans la paroisse de Sèvres, nouvelle vente de 4 boisselées de terre, cette fois-ci à un prix moins élevé, 45 sols (7 1. 5 sols l’hectare).
Le 1er octobre 1519 , dans la paroisse de Bignoux, voisine de celle de Sèvres, un prêtre, messire Denis Filleau, achète d’un laboureur quatre boisselés de terre pour «le prix et somme de 70 sols» (11 1. 7 sols l’hectare). Quelques années plus tard, en 1531 , le village d’Availle nous fournit une nouvelle vente de 10 boisselées de terre (76 ares) relevant de l’Abbaye de la Trinité de Poitiers. La vente de ces 10 boisselées est consentie pour 100 sols, ce qui ne porte l’hectare qu’à 6 1. 10 sols. C’est le plus bas prix que nous ayons trouvé, mais l’acte de vente nous indique que la parcelle vendue est terragée au huitième des fruits, ce qui explique le prix de l’hectare. Nous reviendrons longuement plus loin sur ces terrages, qui devenaient de siècle en siècle plus nombreux et arrivèrent aux XVII et XVIIIes. siècles, à grever lourdement une notable partie de la propriété en Poitou.
Nous quitterons maintenant les plateaux de Saint-Julien et de Sèvres pour descendre dans la vallée du Clain en traversant les paroisses de Montamisé et de Saint-Georges.
Dans la paroisse de Montamisé, le 14 mai 1519 , nous trouvons la vente, par un laboureur, à un avocat de Poitiers, de neuf boisselées de terre labourable, à la mesure de Poitiers, franches et quittes, lès dites terres, de toute charge, fors de la Dîme, moyennant 8 1. tournois, soit 11 1. et 14 sols l’hectare ;
Dans la paroisse de Saint-Georges, à cette même date du 14 mai 1519 , c’est un autre laboureur qui vend au seigneur du fief de la Cour, son voisin, 7 boisselées de terre pour le prix et somme de 6 livres payées comptant (11 1. l’hectare). Nous pourrions citer, dans ces deux mêmes paroisses, un assez grand nombre de ventes de la même époque qui ne feraient que confirmer ces prix.
Dans la vallée, sur la rive gauche du Clain, la paroisse de Chasseneuil va nous fournir, à la date du 29 avril 1531 , un document intéressant . Il s’agit de la vente, dans cette paroisse, d’une métairie, la métairie du Petit Guignefol, pour laquelle le notaire a eu, par hasard, la bonne inspiration de mentionner dans son acte, parcelle par parcelle, la contenance. Ces parcelles étaient au nombre de 41 et la métairie comprenait 437 boisselées, mesure de Poitiers, soit 33 hectares 21 ares 20 centiares, la vente était consentie moyennant 680 livrés; par damoiselle Claude des Ages, dame de la seigneurie de Guignefol, de laquelle dépendait la métairie vendue, à honorable et sage Maître messire René Garnier, docteur en droit et régent de l’Université de Poitiers. Dans les 33 hectares se trouvaient compris 2 hectares 81 ares de prairies situées sur les bords du Clain et le surplus se composait exclusivement de terre labourable. Les terres de cette métairie, en raison de leur situation dans la vallée du Clain, à proximité de Poitiers (7 kilomètres), sur le grand chemin de cette ville à Chatellerault, avaient une valeur vénale toute particulière et bien supérieure à celle des terres que nous avons parcourues jusqu’à présent. Cette valeur, si nous divisions les 680 livres du prix de vente entre les 33 hectares serait dé 20 1. l’hectare, mais il se trouvait sur le Petit Guignefol près de trois hectares de prairies et les prairies, à cette époque, possédaient une valeur de cinq à six fois supérieure à celle de terres labourables de sorte que, et nous en aurons la confirmation par la suite lorsque nous chercherons la valeur, des prés, on pourrait, en 1531, fixer le prix des prairies du Petit Guignefol à 80 1. l’hectare; les 2 hectares 80 ares représentaient donc environ 225 1. et les 455 1. qui restent sur les 680 1. du prix de vente portent le prix de l’hectare, pour les terres labourables, à 15 1., prix supérieur à ceux que nous avons rencontrés jusqu’ici, mais dont nous avons trouvé ci-dessus l’explication et qui viendra concourrir pour former le prix moyen de 13 1. que nous indiquions au début. Cet acte de vente de la métairie du Petit Guignefol contient un autre enseignement. De nos jours, dans la plupart des régions du Haut-Poitou, une métairie de 30 hectares se compose le plus souvent de dix à 12 parcelles au maximum, sur lesquelles trois ou quatre d’entre elles contiennent chacune, généralement, trois, quatre ou cinq hectares, quelquefois davantage. C’est là ce qui constitue le fond de la métairie, dont les petites parcelles de peu d’étendue ne sont que l’accessoire. A Guignefol rien de semblable, nous nous trouvons en présence de 41 parcelles, dont pas une seule n’atteint la contenance de 3 hectares.
Voici du reste la composition exacte de la métairie.

On voit qu’on se trouve là en présence d’un domaine composé, je dirais si j’osais, de pièces et de morceaux accolés ensemble, car le contrat qui nous donne la désignation et la contenance des parcelles nous en fournit en même temps les tenants et les aboutissants avec le nom des propriétaires voisins, et le nom de ces propriétaires change pour ainsi dire à chaque parcelle ce qui indique bien encore le morcellement de la propriété à l’époque, dans cette paroisse. Les noms qui reviennent le plus souvent sont ceux des Darde, des Boylesve, des Moine, des Robin, des Caillard: ces trois dernières familles habitent encore la paroisse de Chasseneuil.
En lisant l’acte de vente de Guignefol on sent qu’on se trouve en présence de parcelles successivement achetées et réunies pour former cette métairie, car il n’est pas douteux, que si le seigneur de Guignefol l’eût composée au début de la féodalité, avant d’avoir divisé sa terre entre les paysans qui allaient devenir ainsi ses tenanciers, il ne l’eût formée de parcelles plus étendues, par suite moins nombreuses. Il y à donc là un regroupement de la propriété qui s’était produit depuis un certain nombre d’années, nombre que nous ne saurions préciser mais qui ne devait pas être considérable, car cette concentration des parcelles de peu d’étendue pour former la grande propriété, nous allons la constater pendant tout le cours du XVIe siècle, dans la majeure partie du Poitou. Dans toutes les ventes que nous avons relevées jusqu’ici dans cette région de Poitiers, aussi bien dans les ventes que nous avons reproduites que dans celles que nous n’avons fait que mentionner, si nous en exceptons celle de la métairie de Guignefol, dans toutes les autres, les vendeurs ont toujours été des laboureurs et les acquéreurs des marchands ou des membres de la bourgeoisie, la plupart du temps propriétaires du fief voisin ou de la métairie joignant la parcelle qui faisait l’objet de la vente; mais ce que nous cherchons à démontrer ici tout d’abord, c’est le morcellement intense du sol en Poitou à cette époque, nous réservant de revenir plus tard sur ce regroupement de la propriété.
Au point de vue du morcellement, deux contrats concernant la paroisse de Jaulnay, voisine immédiate de celle de Chasseneuil, vont nous fournir de nouveaux renseignements. L’un d’eux est du 16 décembre 1531 ; à cette date, un procureur près la cour royale de Poitiers, Me Guillaume Cothereau, donnait à ferme à un laboureur une petite métairie, ou plutôt, comme nous l’appelons encore en Poitou, une borderie de 84 boisselées (6 hectares 40 ares) qu’il possédait dans cette paroisse de Jaulnay. La ferme est consentie pour 6 années moyennant 64 boisseaux de froment, 2 boisseaux de fèves et 6 boisseaux de noix. Le bail nous fournit, parcelle par parcelle, un curieux détail des terres affermées et nous apprend qu’elles venaient d’être acquises récemment d’un assez grand nombre de paysans dont il donne tous les noms. Les parcelles étaient au nombre de 31 et l’une d’elles contenait, à elle seule, 1 hectare 14 ares. Les 5 hectares restant se partageaient entre les 30 autres parcelles. Les plus grandes avaient une contenance de 45 ares, six n’avaient chacune que 7 ares 60 centiares (1 boisselée), six autres 3 ares 80 centiares (1/2 boisselée) et une dernière enfin 1 are 80 centiares, seulement. Il est bien à croire que Me Guillaume Cothereau, dans son désir d’acheter une métairie, l’eût acquise toute formée et d’un seul tenant s’il l’eût facilement trouvée, plutôt que de s’asteindre à cette fastidieuse et coûteuse complication d’acquisitions par parcelles isolées.
Le second contrat, du 12 décembre 1559 , comporte l’échange d’une maison, située dans l’un des faubourgs de la ville de Poitiers, contre une autre borderie dans cette même paroisse de Jaulnay. Cette borderie comprend 28 journaux de vigne, 86 boisselées de terre labourable et 2 journaux 1/4 de pré : soit 1 hectare 40 ares de vigne, 6 hectares 53 ares 60 centiares de terre labourable et 67 ares 50 centiares de pré. Les vignes étaient divisées en huit parcelles; la plus grande avait une contenance de 50 ares, la plupart des autres n’avaient que 10 ares, deux n’avaient chacune que 5 ares (un journal). Les 6 hectares 53 ares de terre labourable comprenaient 24 parcelles avec une contenance moyenne de 27 ares. Les prés formaient deux parcelles. Tel était l’état de morcellement de la propriété dans cette paroisse de Jaulnay à cette époque du XVIe siècle, et ces deux documents nous font d’autant mieux saisir la situation que là encore, comme pour la vente du Petit Guignefol, dans la paroisse voisine de Chasseneuil, l’énonciation dans la désignation des parcelles du nom des propriétaires voisins indique, par la variété de ces noms, le grand nombre de paysans qui possédaient alors le sol.
Nous croyons inutile d’insister davantage pour démontrer l’état de morcellement de la propriété dans la région de Poitiers pendant la première moitié du XVIe siècle; les différents contrats que nous venons d’analyser, et surtout ces ventes incessantes par des paysans, de parcelles de petite étendue dans les paroisses de Saint-Julien, Sèvres, Bignoux, Montamisé, Saint-Georges, etc., nous ont désormais, suffisamment édifié sur ce point.
Nous avons pu fixer à 13 1. environ le prix moyen de l’hectare de la terre labourable, sur les plateaux situés entre la Vienne et le Clain, dans la vallée de cette dernière rivière et sur les coteaux voisins. Si nous prenions, à la même époque, ces mêmes terres labourables dans la banlieue immédiate de la ville de Poitiers, nous verrions ce prix s’élever jusqu’à 50 1. et atteindre une moyenne de 30 1. Mais les prix de ces terres de banlieue, que se disputent tous les marchands et tous les bourgeois de la ville, sans compter les artisans et les laboureurs des faubourgs, nous renseignent bien plus sur la fortune des habitants que sur la valeur réelle de la terre et ne peuvent être évoqués pour établir une moyenne sérieuse des prix.
Nous ne possédons pas de documents pouvant nous renseigner sur le prix des terres dans les autres contrées du Haut-Poitou pour cette époque du règne de François Ier.
Pour les trois règnes suivants, Henri II, François II et Charles IX, dans les mêmes contrées que nous venons de parcourir, le prix moyen de l’hectare de terre labourable, s’établit entre 20 et 25 livres. Il a doublé en 25 ans.
Le 25 janvier 1551, dans la paroisse de Saint-Georges , nous voyons un laboureur du village de Fontaines, vendre à un procureur de Poitiers 2 boisselées 1/2 de terre moyennant 58 sols, soit 15 1. l’hectare; mais dans cette même paroisse de Saint-Georges, en 1562, le 17 octobre, on trouve une autre vente, toujours par un laboureur, de 8 boisselées de terre, pour la somme de 20 1. et 3 sols, ce qui porte l’hectare à 32 livres . A Buxerolles, en 1572 , nous relevons une vente importante de 38 boisselées de terre labourable sur le prix de 27 1. l’hectare. Dans la paroisse de Saint-Benoît, en 1561, nous constatons ce même prix de 27 1. l’hectare . Sur les bords de la Vienne, à Chauvigny, en 1548, le 7 avril , une pièce de terre soumise au terrage du sixième des fruits, se vend sur le pied de 20 livres l’hectare et ce droit de terrage enlevait certainement à cette terre le cinquième de sa valeur. En cette même année 1548, toujours à Chauvigny , le 21 août, nous trouvons une autre vente ou le prix de l’hectare atteint 40 livres. Toutes ces terres, à Chauvigny, sont vendues à des marchands, par des laboureurs ou par la noblesse. Il y avait alors, dans cette petite ville de Chauvigny, une pléiade de marchands qui, pour la plupart, avaient réalisé de grosses fortunes comme fermiers des riches baronies d’Angles et de Chauvigny, propriétés des évêques de Poitiers, et ces marchands, à cette époque, achetaient toutes les terres de la région, terres paysannes et terres de la noblesse.
Dans la banlieue de Poitiers, où nous avions trouvé l’hectare de terre labourable à 30 1. sous François Ier, il se vend couramment 55 et 60 1. sous le règne de Charles IX. Là aussi il a doublé de prix, et c’est la constatation que l’on peut faire généralement dans ces régions, de la fin du règne de François Ier aux premières années du règne d’Henri III.
Nous constaterons une augmentation bien plus considérable encore pour les dernières années du siècle. Nous allons assister à une véritable explosion de hausse et le prix de l’hectare va tripler en moins de 25 ans. Il atteindra 70 et 80 livres dans la campagne et 130 et 135 livres dans la banlieue de Poitiers.
Nous citerons quelques exemples: à Mirebeau, le 28 juin 1578, on constate le prix de 84 livres ; (nous parlons toujours du prix de l’hectare); à Blaslay, 79 livres le 27 février 1587 . A Buxerolles, 102 livres en 1580 ; au village de Lhumeau (Busseroles), 94 livres en 1595 ; à Dissais, 107 livres en 1598, le 6 décembre .
Dans cette dernière paroisse, l’inventaire d’une succession dans une vieille famille de la noblesse poitevine, les Rogier , va nous fournir, à la date du 15 mai 1599, des prix intéressants. Cette succession, parmi de nombreux immeubles, comprenait une petite métairie de 13 hectares dans cette paroisse de Dissais. Sur les 13 hectares on comptait 111 boisselées, soit 8 hectares 53 ares 20 centiares de terre labourable divisés en 10 parcelles. Constatons, en passant, que la moyenne des parcelles était de moins d’un hectare. L’évaluation nous apporte des prix très variés:

L’ensemble nous fournit un prix moyen de 96 livres. Nous voilà loin des prix de l’époque de François Ier! Et à noter, que cette paroisse de Dissais est contiguë à celles de Saint-Georges et de Jaulnay dans lesquelles nous avons relevé le prix de l’hectare à 13 livres, à cette époque de François Ier.
Nous trouverons un exemple frappant de l’augmentation qui s’est produite dans le prix des terres et des immeubles pendant le cours du XVIe siècle, dans l’acte de vente de la métairie du Petit Guignefol dont nous nous occupions tout à l’heure. Dans cette vente, qui avait été consentie, on s’en souvient, le 29 avril 1531, moyennant la somme de 680 livres, figuraient quelques bâtiments et un petit clos de vignes, détachés de la métairie et situés à l’entrée du bourg de Chasseneuil; ces bâtiments, mentionnés à la fin de l’acte, apparaissaient alors comme un accessoire, pour ainsi dire sans valeur, dans les 437 boisselées qui composaient la métairie. Or, cinquante ans après, à la date du 11 février 1580 , nous trouvons la vente, moyennant 330 livres, de ces quelques bâtiments et du petit clos de vigne, sis à l’entrée du bourg et considérés en 1531, comme ne représentant qu’une part insignifiante dans les 680 livres qui formaient la totalité du prix de vente de la métairie du Petit Guignefol! En présence d’un semblable résultat, on comprend l’empressement des marchands et de la bourgeoisie, dans l’acquisition des terres et des immeubles pendant le XVIe siècle; on peut même ajouter qu’il était impossible qu’il en fût autrement.
A cette même fin du XVIe siècle, de 1587 à 1597, nous relevons dans deux paroisses situées sur les confins du Haut et du Bas-Poitou, les paroisses d’Ayron et de Maillé, une succession de Ventes de terre intéressantes pour notre étude . Ces deux paroisses contiennent actuellement ensemble, 4155 hectares dont une notable partie, au XVIe siècle, dépendait de l’abbaye de Sainte-Croix. Comme pour les paroisses de Saint-Romain et de Vellêches, dont il a été longuement question plus haut, lès terres-qui dépendaient de Sainte-Croix à Ayron et à Maillé étaient divisées entre une infinité de tenanciers, et ce sont ces derniers que nous allons trouver pendant ces dix années, vendant leurs tenures, presque toujours à des marchands ou à la bourgeoisie de la région, et, là encore, nous constaterons un morcellement sérieux de la propriété, le morcellement féodal.
Sur les soixante contrats de vente, où nous puisons nos renseignements pour ces paroisses d’Ayron et de Maillé, trois portent chacun sur 2 hectares, un sur 1 hectare 80 ares, un cinquième sur 1 hectare 30 ares, les cinquante-cinq autres comprennent de 10 à 30 ares; bien rares sont ceux qui atteignent 50 ares. On peut juger par là de l’état de morcellement du sol dans ces deux paroisses au XVIe siècle.
Les terres de l’abbaye de Sainte-Croix, à Ayron et à Maillé étaient, pour une, assez notable partie, soumises au régime du terrage au sixte; l’abbaye prélevait la sixième partie des fruits, mais il n’était plus question de dîme. Ces terres, du fait de ce terrage, se trouvaient en état de grande infériorité sur celles de Saint-Romain et de Vellêche qui n’étaient que censives et ne payaient pour chaque tenure qu’un petit nombre de boisseaux de blé et quelques volailles. Nous ne parlerons que pour mémoire des cens en deniers qui étaient devenus à cette époque, nous le savons, des charges bien minimes.
Les contrats de vente de ces terres d’Ayron et de Maillé, mentionnent naturellement les terrages toutes les fois que les terres qui font l’objet de la vente en sont grevées, ce qui nous a permis de former deux catégories des terres aliénées et d’arriver à ce résultat que, dans ces deux paroisses de 1587 à 1597, les terres labourables soumises au terrage au sixte, se vendaient sur le pied de 68 livres tandis que les autres atteignaient le prix de 79 livres. Ce dernier prix cadre bien, à peu de chose près, avec ceux que nous avons trouvés dans la campagne des environs de Poitiers à la même époque. Ces deux prix nous permettent en plus de constater que le terrage au sixte n’enlevait pas complétement à la terre 1/6 de sa valeur vénale, ce qui a tout lieu de nous surprendre car nous aurions cru que le contraire devait se produire.
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