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Kitabı oku: «Vies des dames galantes», sayfa 13

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ARTICLE III

De la veuë en amour

Parlons maintenant de la veuë. Certainement, puisque les yeux sont les premiers qui attaquent le combat de l'amour, il faut advouer qu'ils donnent un très-grand contentement quand ils nous font voir quelque chose de rare en beauté.

Hé, quelle est la chose au monde que l'on puisse voir plus belle qu'une belle femme, soit habillée ou bien parée, ou nue entre deux draps? Pour l'habillée, vous n'en voyez que le visage à nud; mais aussi, quand un beau corps, orné d'une riche et belle taille, d'un port et d'une grace, d'une apparence et superbe majesté, à nous se présente à plein, quelle plus belle monstre et agréable veuë peut-il estre au monde? Et puis, quand vous en venez à joüir tout ainsi couverte et superbement habillée, la convoitise et joüissance en redoublent, encore que l'on ne voye que le seul visage de tout le reste des autres parties du corps: car malaisément peut-on joüir d'une grande dame selon toutes les commoditez que l'on désireroit bien, si ce n'estoit dans une chambre bien à loisir et lieu secret, ou dans un lict bien à plaisir; car elle est tant éclairée.

Et c'est pourquoy une grande dame, dont j'ay ouy parler, quand elle rencontroit son serviteur à propos, et hors de veuë et descouverte, elle prenoit l'occasion tout aussi-tost, pour s'en contenter le plus promptement et briefvement qu'elle pouvoit, en lui disant un jour: «C'estoient les sottes, le temps passé, qui, par trop se voulant délicater en leurs amours et plaisirs, se renfermoient, ou en leurs cabinets, ou autres lieux couverts, et là faisoient tant durer leurs jeux et esbats, qu'aussi-tost elles estoient descouvertes et divulguées. Aujourd'huy, il faut prendre le temps, et le plus bref que l'on pourra, et, aussi-tost assailly, aussi-tost investy et achevé; et par ainsi nous ne pouvons estre scandalisées.» Je trouve que cette dame avoit raison; car ceux qui se sont meslez de cet estat d'amour, ils ont toujours tenu cette maxime, qu'il n'y a que le coup en robbe.

Aussi, quand l'on songe que l'on brave, l'on foule, presse et gourmande, abat et porte par terre les draps d'or, les toiles d'argent, les clinquants, les estoffes de soye, avec des perles et pierreries, l'ardeur, le contentement, s'en augmentent bien davantage, et certes, plus qu'en une bergere ou autre femme de pareille qualité, quelque belle qu'elle soit.

Et pourquoy jadis Vénus fut trouvée si belle et tant désirée, sinon qu'avec sa beauté elle estoit toujours gentiment habillée, et ordinairement parfumée, qu'elle sentoit toujours bon de cent pas loin? Aussi tenoit-on que les parfums animent fort à l'amour.

Voilà pourquoy les empérieres et grandes dames de Rome s'en accommodoient bien fort, comme font aussi nos grandes dames de France, et sur-tout aussi celles d'Espagne et d'Italie, qui, de tout temps, en sont esté plus curieuses et exquises que les nostres, tant en parfums qu'en parures de superbes habits, desquelles nos dames en ont pris depuis les patrons et belles inventions; aussi les autres les avoient apprises des médailles et statues antiques de ces dames romaines, que l'on voit encor parmy plusieurs antiquitez qui sont encore en Espagne et en Italie; lesquelles, qui les contemplera bien, trouvera leurs coiffures et leurs habits en perfection, et très-propres à se faire aimer. Mais aujourd'huy, nos dames françoises surpassent tout: à la reyne de Navarre elles en doivent ce grand-mercy.

Voilà pourquoy il fait bon et beau d'avoir à faire à ces belles dames si bien en poinct, si richement et pompeusement parées.

De sorte que j'ay ouy dire à aucuns courtisans, mes compagnons, ainsi que nous devisions ensemble, qu'ils les aimoient mieux ainsi que desacoustrées et couchées nues entre deux linceux, et dans un lict le plus enrichy de broderies que l'on sceut faire.

D'autres disoient, qu'il n'y avoit que le naturel, sans aucun fard ny artifice, comme un grand prince que je sçay, lequel pourtant faisoit coucher ses courtisannes ou dames dans des draps de taffetas noir60 bien tendus, toutes nues, afin que leur blancheur et délicatesse de chair parust bien mieux parmy ce noir, et donnast plus d'esbat.

Il ne faut douter vrayment que la veuë ne soit plus agréable que toutes celles du monde d'une belle femme toute parfaite en beauté; mais mal-aisément se trouve-t-elle.

Aussi on trouve par escrit que Zeuxis, cet excellent peintre, ayant este prié, par quelques honnestes dames et filles de sa connoissance, de leur donner le pourtrait de la belle Helaine et la leur représenter si belle comme l'on disoit qu'elle avoit esté, il ne leur en voulut point refuser; mais, avant qu'en faire le pourtrait, il les contempla toutes fixement, et en prenant de l'une et de l'autre ce qu'il y put trouver de plus beau, il en fit le tableau comme de belles pièces rapportées, et en représenta par icelles Helaine si belle, qu'il n'y avoit rien à dire, et qui fut tant admirable à toutes, mais, Dieu mercy, à elles, qui y avoient bien tant aidé par leurs beautez et parcelles, comme Zeuxis avoit fait par son pinceau. Cela vouloit dire, que de trouver sur Helaine toutes les perfections de beauté il n'estoit pas possible, encore qu'elle ait esté en extrémité très-belle.

En cas qu'il ne soit vrai, l'Espagnol dit que pour rendre une femme toute parfaite et absolue en beauté, il lui faut trente beaux sis61, qu'une dame espagnolle me dit une fois dans Tolede, là où il y en a de très-belles, bien gentilles et bien apprises. Les trente donc sont telles:

Tres cosas blancas: el cuero, los dientes, y las manos.

Tres negras: los ojos, las cejas, y las pestannas.

Tres coloradas: los labios, las mexillas, y las unnas.

Tres longas: el cuerpo, los cabellos, y las manos.

Tres cortas: los dientes, las orejas, y los pies.

Tres anchas: los pechos, la frente, y el entrejeco.

Tres estrechas: la boca, l'una y otra, la cinta, y l'entrada del pie.

Tres gruessas: el braço, el muslo, y la paniorilla.

Tres delgaldas: los dedos, los cabellos, y los labios.

Tres pequennas: las tetas, la naris, y la cabeça.

Qui sont en françois, afin qu on l'entende:

Trois choses blanches: la peau, les dents et les mains.

Trois noires: les yeux, les sourcils et les paupières.

Trois rouges: les lèvres, les joues et les ongles.

Trois longues: le corps, les cheveux et les mains.

Trois courtes: les dents, les oreilles et les pieds.

Trois larges: la poitrine ou le sein, le front et l'entre-sourcil.

Trois estroites: la bouche, l'une et l'autre, la ceinture ou la taille, et l'entrée du pied.

Trois grosses: le bras, la cuisse et le gros de la jambe.

Trois déliées: les doigts, les cheveux et les lèvres.

Trois petites: les tetins, le nez et la teste.

Sont trente en tout.

Il n'est pas inconvénient, et se peut que tous ces sis en une dame peuvent estre tous ensemble; mais il faut qu'elle soit faite au moule de la perfection; car de les voir tous assemblez sans qu'il y en ait quelqu'un à redire et qu'il ne soit en défaut, il n'est possible.

Je m'en rapporte à ceux qui ont veu de belles femmes, ou en verront, et qui voudront estre soigneux de les contempler et essayer ce qu'ils en sauront dire. Mais pourtant, encore qu'elles ne soient accomplies ny embellies de tous ces poincts, une belle femme sera tousjours belle, mais qu'elle en aye la moitié et en aye les points principaux que je viens de dire: car j'en ay veu force qui en avoient à dire plus de la moitié, qui estoient très-belles et fort aimables; ny plus ny moins qu'un bocage est trouvé tousjours beau en printemps, encore qu'il ne soit remply de tant de petits arbrisseaux qu'on voudroit bien; mais que les beaux et grands arbres touffus paroissent, c'est assez de ces grands qui peuvent estouffer la deffectuosité des autres petits.

M. de Ronsard me pardonne, s'il lui plaist; jamais sa maistresse, qu'il a faite si belle, ne parvint à cette beauté, ny quelqu'autre dame qu'il ait veue de son temps ou en ait escrit: et fust sa belle Cassandre qui je sçay bien qu'elle a esté belle, mais il l'a déguisée d'un faux nom: ou bien sa Marie, qui n'a jamais autre nom porté que celuy-là, quant à celle-là; mais il est permis aux poëtes et peintres dire et faire ce qu'il leur plaist, ainsi que vous avez dans Roland le furieux de très-belles beautez, descrites par l'Arioste, d'Alcine et autres.

Tout cela est bon; mais, comme je tiens d'un très-grand personnage, jamais nature ne sçauroit faire une femme si parfaite comme une ame vive et subtile de quelque bien-disant, ou le crayon et pinceau de quelque divin peintre la nous pourroient représenter. Baste, les yeux humains se contentent toujours de voir une belle femme de visage beau, blanc, bien fait: et encore qu'il soit brunet, c'est tout un; il vaut bien quelquefois le blanc, comme dit l'Espagnole: Aunque io sia mormica, no soy da menos preciar; «encor que je sois brunette, je ne suis à mépriser.» Aussi la belle Marfise era brunetta alquanto62. Mais que le brun n'efface le blanc par trop: un visage aussi beau, faut qu'il soit porté par un corps façonné et fait de mesme: je dis autant des grands que des petits; mais les grandes tailles passent tout.

Or, d'aller chercher des points si exquis de beauté, comme je viens de dire ou qu'on nous les dépeint, nous nous en passerons bien, et nous resjoüirons à voir nos beautez communes: non que je les veuille dire communes autrement, car nous en avons de si rares, que, ma foy, elles valent bien plus que toutes celles que nos poëtes fantasques, nos quinteux peintres et nos pindariseurs de beautez, sçauroient représenter.

Hélas! voicy le pis; telles beautez belles, tels beaux visages, en voyons-nous aucuns, admirons, desirons leur beau corps, pour l'amour de leurs belles faces, que néantmoins, quand elles viennent à estre descouvertes et mises à blanc, nous en font perdre le goust; car ils sont si laids, tarez, tachez, marquez et si hideux, qu'ils en démentent bien le visage; et voilà comme souvent nous y sommes trompez.

Nous en avons un bel exemple d'un gentilhomme de l'isle de Mojorque, qui s'appelloit Raymond Lulle, de fort bonne, riche et ancienne maison, qui, pour sa noblesse, valeur et vertu, fut appelé en ses plus belles années au gouvernement de cette isle. Estant en cette charge, comment souvent arrive aux gouverneurs des provinces et places, il devint amoureux d'une belle dame de l'isle des plus habilles, belles et mieux disantes de-là. Il la servit longuement et fort bien; et luy demandant toujours ce bon point de joüissance, elle, après l'en avoir refusé tant qu'elle put, luy donna un jour assignation, où il ne manqua ny elle aussi, et comparut plus belle que jamais et mieux en point. Ainsi qu'il pensoit entrer en paradis, elle luy vint à descouvrir son sein et sa poitrine toute couverte d'une douzaine d'emplastres, et, les arrachant l'un après l'autre, et de dépit les jetant par terre, luy monstra un effroyable cancer, et, les larmes aux yeux, luy remonstra ses misères et son mal, luy disant et demandant s'il y avoit tant de quoy en elle qu'il en dust estre tant espris; et sur ce, lui en fit un si pitoyable discours, que luy, tout vaincu de pitié du mal de cette belle dame, la laissa; et l'ayant recommandée à Dieu pour sa santé, se défit de sa charge et se rendit hermite. Et estant de retour de la guerre sainte, où il avoit fait vœux, s'en alla estudier à Paris sous Arnaldus de Villanova, sçavant philosophe, et ayant fait son cours, se retira en Angleterre, où le Roy pour lors le receut avec tous les bons recueils du monde pour son grand sçavoir, et qu'il transmua plusieurs lingots et barres de fer, de cuivre et d'estain, mesprisant cette commune et triviale façon de transmuer le plomb et le fer en or, parce qu'il sçavoit que plusieurs de son temps sçavoient faire cette besogne aussi bien que luy, qui sçavoit faire l'un et l'autre: mais il vouloit faire un pardessus les autres.

Je tiens ce conte d'un gallant homme qui m'a dit le tenir du jurisconsulte Oldrade, qui parle de Raymond Lulle au commentaire qu'il a fait sur le code de falsa Moneta. Aussi le tenoit-il, ce disoit-il, de Carolus Bovillus63, Picard de nation, qui a composé un livre en latin de la vie de Raymond de Lulle64.

Voilà comment il passa sa fantaisie de l'amour de cette belle dame; si que possible d'autres n'eussent pas fait, et n'eussent laissé à l'aimer et fermer les yeux, mesme en tirer ce qu'il vouloit, puisqu'il estoit à mesme; car la partie où il tendoit n'estoit touchée d'un tel mal.

J'ay cogneu un gentilhomme et une dame veufve de par le monde, qui ne firent pas ses scrupules; car la dame estant touchée d'un gros vilain cancer au tetin, il ne laissa de l'espouser, et elle aussi le prendre, contre l'advis de sa mère, et toute malade et maléficiée qu'elle estoit, et elle et luy s'esmeurent et se remuèrent tellement toute la nuict, qu'ils en rompirent et enfoncèrent le fond du chalit.

J'ai cogneu aussi un fort honneste gentilhomme, mon grand amy, qui me dit qu'un jour estant à Rome, il luy advint d'aimer une dame espagnolle, et des belles qui fust en la ville jamais. Quand il l'accostoit, elle ne vouloit permettre qu'il la vist, ny qu'il la touchast par ses cuisses nues, si-non avec ses callesons; si bien que quand il la vouloit toucher, elle lui disoit en espagnol: Ah! no me tocays, hareis me cosquillas65, qui est à dire: «Vous me chatouillez.» Un matin, passant devant sa maison, trouvant sa porte ouverte, il monte tout bellement, où estant entré sans rencontrer ny fantesque ny page, ny personne, et entrant dans sa chambre, la trouva qui dormoit si profondément, qu'il eut loisir de la voir toute nue sur le lict, et la contempler à son aise, car il faisoit très-grand chaud; et il dit qu'il ne vid jamais rien de si beau que ce corps, fors qu'il vit une cuisse belle, blanche, pollie et refaite, mais l'autre elle l'avoit toute seiche, atténuée et estiomenée, qui ne paroissoit pas plus grosse que le bras d'un petit enfant. Qui fust estonné? ce fut le gentilhomme, qui la plaignit fort, et oncques plus ne la tourna visiter ny avoir à faire avec elle.

Il se voit force dames qui ne sont pas ainsi estiomenées de catherres; mais elles sont si maigres, dénuées, asséchées et descharnées, qu'elles n'en peuvent rien monstrer que le bastiment: comme j'ay cogneu une très-grande que M. l'evesque de Cisteron, qui disoit le mot mieux qu'homme de la Conr, en brocardant affermoit qu'il valoit mieux de coucher avec une ratoire de fil d'archal qu'avec elle; et, comme dit aussi un honneste gentilhomme de la Cour, auquel nous faisions la guerre qu'il avoit à faire avec une dame assez grande: «Vous vous trompez, dit-il, car j'aime trop la chair, et elle n'a que les os;» et pourtant, à voir ces deux dames, si belles par leurs beaux visages, on les eust jugées pour des morceaux très-charnus et bien friands.

Un très-grand prince de par le monde vint une fois à estre amoureux de deux belles dames tout à coup, ainsi que cela arrive souvent aux grands, qui ayment les variétez. L'une estoit fort blanche, et l'autre brunette, mais toutes deux très-belles et fort aimables. Ainsi qu'il venoit un jour de voir la brunette, la blanche jalouse luy dit: «Vous venez de voller pour corneille.» A quoy lui respondit le prince un peu irrité, et fasché de ce mot: «Et quand je suis avec vous, pour qui volle-je?» La dame respondit: «Pour un phénix.» Le prince, qui disoit des mieux, répliqua: «Mais dites plustost pour l'oiseau de paradis, là où il y a plus de plume que de chair;» la taxant par là qu'elle estoit maigre aucunement: aussi estoit-elle fort jovanote pour estre grasse, ne se logeant coustumièrement que sur celles qui entrent dans l'aage, qu'elles commencent à se fortifier et renforcer de membres et autres choses.

– Un gentilhomme la donna bonne à un grand seigneur que je sçay. Tous deux avoient belles femmes. Ce grand seigneur trouva celle du gentilhomme fort belle et bien advenante. Il luy dit un jour: «Un tel, il faut que je couche avec vostre femme.» Le gentilhomme, sans songer, car il disoit très-bien le mot, luy respondit: «Je le veux, mais je couche avec la vostre.» Le seigneur lui répliqua: «Qu'en ferois-tu? car la mienne est si maigre, que tu n'y prendrois nul goust.» Le gentilhomme respondit: «Je la larderay si menu, que je la rendray de bon goust.»

– Il s'en voit tant d'autres que leurs visages poupins et gentils font desirer leurs corps; mais quand on y vient, on les trouve si décharnées, que le plaisir et la tentation en sont bien-tost passez. Entr'autres, l'on y trouve l'os barré qu'on appelle, si sec et si décharné, qu'il foule et masche plus tout nud que le bast d'un mulet qu'il auroit sur luy. A quoy pour suppléer, telles dames sont coustumières de s'aider de petits coussins bien mollets et délicats à soutenir le coup et engarder de la mascheure; ainsi que j'ay ouy parler d'aucunes, qui s'en sont aidées souvent, voire de callesons gentiment rembourez et faits de satin, de sorte que les ignorants, les venants à toucher, n'y trouvent rien que tout bon, et croyent fermement que c'est leur embonpoint naturel; car par-dessus ce satin il y avoit des petits callesons de toile volante et blanche; si bien que l'amant, donnant le coup en robbe, s'en alloit de sa dame si content et satisfait, qu'il l'a tenoit pour très-bonne robbe.

D'autres y a-t-il encore qui sont de la peau fort maléficiées et marquetées comme marbre, ou en œuvre à la mosaïque, tavellées comme faons de bische, gratteleuses, et subjectes à dartes farineuses et fascineuses; bref, gastées tellement, que la veuë n'en est pas guieres plaisante.

– J'ay ouy parler d'une dame grande, et l'ay cogneue et cognois encore, qui est pelue, velue sur la poitrine, sur l'estomac, sur les espaules et le long de l'eschine, et à son bas, comme un sauvage.

Je vous laisse à penser ce que veut dire cela: si le proverbe est vray, que personne ainsi velue est ou riche, ou lubrique, celle-là a l'un et l'autre, je vous en asseure, et s'en fait fort bien donner, se voir et desirer.

D'autres ont la chair d'oison ou d'estourneau plumé, harée, brodequinée, et plus noire qu'un beau diable.

D'autres sont opulentes en tetasses avalées, pendantes plus que d'une vache allaitant son veau.

Je m'asseure que ce ne sont pas les beaux tetins d'Hélaine, laquelle, voulant un jour présenter au temple de Diane une coupe gentille par certain vœu, employant l'orfevre pour la luy faire, luy en fit prendre le modelle sur un de ses beaux tetins, et en fit la coupe d'or blanc, qu'on ne sçauroit qu'admirer de plus, ou la coupe ou la ressemblance du tetin sur quoy il avoit pris le patron, qui se monstroit si gentil et si poupin, que l'art en pouvoit faire desirer le naturel. Pline dit cecy par grande spéciauté, où il traite qu'il y a de l'or blanc. Ce qui est fort estrange est que cette coupe fut faite d'or blanc.

Qui voudroit faire des coupes d'or sur ces grandes tetasses que je dis et que je cognois, il faudroit bien fournir de l'or à monsieur l'orfevre, et ne seroit après sans coust et grand risée, quand on diroit: «Voilà des coupes faites sur le modelle des testins de telles et telles dames.»

Ces coupes ressembleroient, non pas coupes, mais de vrayes auges, qu'on voit de bois toutes rondes, dont on donne à manger aux pourceaux; et d'autres y a-t-il, que le bout de leur tetin ressemble à une vraye guine pourrie.

D'autres y a-t-il, pour descendre plus bas, qui ont le ventre si mal poly et ridé, qu'on les prendroit pour de vieilles gibessières ridées de sergents ou d'hosteliers; ce qui advient aux femmes qui on eu des enfants, et qui ne sont esté bien secourues et graissées de graisse de baleine de leurs sages-femmes. Mais d'autres y a-t-il, qui les ont aussi beaux et polis, et le sein aussi follet, comme si elles estoient encore filles.

D'autres il y en a, pour venir encore plus bas, qui ont leurs natures hideuses et peu agréables. Les unes y ont le poil nullement frisé, mais si long et pendant, que vous diriez que ce sont les moustaches d'un Sarrasin; et pourtant n'en ostent jamais la toison, et se plaisent à la porter telle, d'autant qu'on dit: Chemin jonchu et c.. velu sont fort propres pour chevaucher. J'ay ouy parler de quelqu'une très-grande qui les porte ainsi.

J'ay ouy parler d'une autre belle et honneste dame qui les avoit ainsi longues, qu'elle les entortilloit avec des cordons ou rubans de soye cramoisie ou autre couleur, et se les frisonnoit ainsi comme des frisons de perruques, et puis se les attachoit à ses cuisses, et en tel estat quelquefois se les présentoit à son mary et à son amant, ou bien se les destortoit de son ruban et cordon, si qu'elles paroissoient frisonnées par après, et plus gentilles qu'elles n'eussent fait autrement.

Il y avoit bien là de la curiosité, et de la paillardise et tout; car, ne pouvant d'elle-mesme faire et suivre ses frisons, il falloit qu'une de ses femmes, de ses plus favorites, la servît en cela; en quoy ne peut estre autrement qu'il n'y ayt de la lubricité en toutes façons qu'on la pourra imaginer.

Aucunes, au contraire, se plaisent le tenir et porter raz, comme la barbe d'un prestre.

D'autres femmes y a-t-il, qui n'ont de poil point du tout, ou peu, comme j'ay ouy parler d'une fort grande et belle dame que j'aye cogneue; ce qui n'est guières beau, et donne un mauvais soupçon: ainsi qu'il y a des hommes qui n'ont que de petits boucquets de barbe au menton, et n'en sont pas plus estimez de bon sang, ainsi que sont les blanquets et blanquettes66.

D'autres en ont l'entrée si grande, vague et large, qu'on la prendroit pour l'antre de la Sibylle.

J'en ay ouy parler d'aucunes, et bien grandes, qui les ont telles qu'une jument ne les a si amples, encore qu'elles s'aident d'artifice le plus qu'elles peuvent pour estrecir la porte; mais, dans deux ou trois fréquentations, la mesme ouverture tourne: et, qui plus est, j'ay ouy dire que, quand bien on les arregarde le cas d'aucunes, il leur cloise comme celuy d'une jument quand elle est en chaleur. L'on m'en a conté trois qui monstrent telles cloyses quand on y prend garde de les voir.

– J'ay ouy parler d'une dame grande, belle et de qualité, à qui un de nos roys avoit imposé le nom de Pan de c.., tant il estoit large et grand; et non sans raison, car elle se l'est fait en son vivant souvent mesurer à plusieurs merciers et arpenteurs, et que tant plus elle s'estudioit le jour de l'estrecir, la nuict en deux heures on le lui eslargissoit si bien, que ce qu'elle faisoit en une heure, on le défaisoit en l'autre, comme la toille de Penelope. Enfin, elle en quitta tous artifices, et en fut quitte pour faire élection des plus gros moules qu'elle pouvoit trouver.

Tel remède fut très bon, ainsi que j'ay ouy dire d'une fort belle et honneste fille de la Cour, laquelle l'eut au contraire si petit et si estroit, qu'on en désespéroit à jamais le forcement du pucelage; mais par advis de quelques médecins ou de sages-femmes, ou de ses amys ou amyes, elle en fit tenter le gué ou le forcement par des plus menus et petits moules, puis vint aux moyens, puis aux grands, à mode des talus que l'on fait, ainsi que Rabelais ordonna les murailles de Paris imprenables; et puis, par tels essays les uns après les autres, s'accoustuma si bien à tous, que les plus grands ne luy faisoient la peur que les petits paravant faisoient si grande.

Une grande princesse estrangere que j'ay cogneue, laquelle l'avoit si petit et estroit, qu'elle aima mieux de n'en taster jamais que de se faire inciser, comme les médecins le conseilloient. Grande vertu certes de continence, et rare!..

D'autres en ont les labies longues et pendantes plus qu'une creste de coq d'Inde quand il est en colere; comme j'ay ouy dire que plusieurs dames ont, non-seulement elles, mais aussi des filles.

– J'ay ouy faire ce conte à feu M. de Randan, qu'une fois estants de bons compagnons à la Cour ensemble, comme M. de Nemours, M. le vidame de Chartres, M. le comte de la Rochefoucault, MM. de Montpezaz, Givry, Genlis et autres, ne sachants que faire, allèrent voir pisser les filles un jour, cela s'entend cachés en bas et elles en haut. Il y en eut une qui pissa contre terre: je ne la nomme point; et d'autant que le plancher estoit de tables, elle avoit ses lendilles si grandes, qu'elles passèrent par la fente des tables si avant, qu'elle en monstra la longueur d'un doigt, si que M. de Randan, par cas fortuit, ayant un baston qu'il avoit pris à un laquais, où il y avoit un fiçon, en perça si dextrement ses lendilles, et les cousit si bien contre la table, que la fille, sentant la piqûre, tout à coup s'esleva si fort, qu'elle les escarta toutes, et de deux parts qu'il en avoit en fit quatre, et les dites lendilles en demeurerent decoupées en forme de barbe d'escrevisses, dont pourtant la fille s'en trouva très-mal, et la maistresse en fut fort en colere.

M. de Randan et la compagnie en firent conte au roy Henry, qui estoit bon compagnon, qui en rit pour sa part son saoul, et en apaisa le tout envers la Reyne sans rien en déguiser.

Ces grandes lendilles sont cause qu'une fois j'en demanday la raison à un médecin excellent, qui me dit que, quand les filles et femmes estoient en ruth, elles les touchoient, manioient, viroyent, contournoient, allongeoient et tiroient si souvent, qu'estants ensemble s'entredonnoient mieux du plaisir.

Telles filles et femmes seroient bonnes en Perse, non en Turquie, d'autant qu'en Perse les femmes sont circoncises, parce que leur nature ressemble de je ne sçay quoy le membre viril (disent-ils): au contraire, en Turquie, les femmes ne le sont jamais, et pour ce les Perses les appellent hérétiques, pour n'estre circoncises, d'autant que leur cas, disent-ils, n'a nulle forme, et ne prennent plaisir de les regarder comme les Chrestiens. Voilà ce qu'en disent ceux qui ont voyagé en Levant.

Telles femmes et filles, disoit ce médecin, sont fort sujettes à faire la fricarelle, donna con donna.

J'ay ouy parler d'une très-belle dame, et des plus qui ait esté en la Cour, qui ne les a si longues; car elles luy sont accourcies pour un mal que son mary luy donna, voire qu'elle n'a de levre d'un costé pour avoir esté tout mangé de chancres; si bien qu'elle peut dire son cas estropié et à demy demembré; et néanmoins cette dame a esté fort recherchée de plusieurs, mesme elle a esté la moitié d'un grand quelques fois dans son lict.

Un grand disoit à la Cour un jour qu'il voudroit que sa femme ressemblast à celle-là, et qu'elle n'en eust qu'à demy, tant elle en avoit trop.

J'ay aussi ouy parler d'une autre bien plus grande qu'elle cent fois, qui avoit un boyau qui luy pendilloit long d'un grand doigt au dehors de sa nature, et, disoit-on, pour n'avoir pas esté bien servie en l'une de ses couches par sa sage-femme; ce qui arrive souvent aux filles et femmes qui ont fait des couches à la dérobade, ou qui par accident se sont gastées et grevées; comme une des belles femmes de par le monde que j'ay cogneue, qui, estant veufve, ne voulut jamais se remarier, pour estre descouverte d'un second mary de cecy, qui l'en eust peu prisée, et possible mal-traitée.

Cette grande que je viens de dire, nonobstant son accident, enfantoit aussi aisément comme si elle eust pissé; car on disoit sa nature très-ample; et si pourtant elle a esté bien aimée et bien servie à couvert; mais mal-aisément se laissoit-elle voir là.

Aussi volontiers, quand une belle et honneste femme se met à l'amour et à la privauté, si elle ne vous permet de voir ou taster cela, dites hardiment qu'elle y a quelque tare, ou si que la veue ni le toucher n'approuvera guières, ainsi que je tiens d'une honneste femme; car s'il n'y en a point, et qu'il soit beau (comme certes il y en a et de plaisants à voir et manier), elle est aussi curieuse et contente d'en faire la monstre et en prester l'attouchement, que de quelqu'autre de ses beautez qu'elle ait, autant pour son honneur à n'estre soupçonnée de quelque défaut ou laideur en cet endroit, que pour le plaisir qu'elle y prend elle-mesme à le contempler et mirer, et surtout aussi pour accroistre la passion et tentation davantage à son amant.

De plus, les mains et les yeux ne sont pas membres virils pour rendre les femmes putains et leurs marys cocus, encore qu'après la bouche aident à faire de grands approches pour gaigner la place.

D'autres femmes y a-t-il qui ont la bouche de là si pasle, qu'on diroit qu'elles y ont la fievre: et telles ressemblent aucuns yvrognes, lesquels, encor qu'ils boivent plus de vin qu'une truie de laict, ils sont pasles comme trespassez: aussi les appelle-t-on traistres au vin, non pas ceux qui sont rubiconds: aussi telles par ce costé-là on les peut dire traistraisses à Vénus, si ce n'est que l'on dit pasle putain et rouge paillard. Tant y a que cette partie ainsi pasle et transie n'est point plaisante à voir, et n'a garde de ressembler à celle d'une des plus belles dames que l'on voye, et qui tient grand rang, laquelle j'ay veu qu'on disoit qu'elle portoit là trois belles couleurs ordinairement ensemble, qui estoient incarnat, blanc et noir: car cette bouche de là estoit colorée et vermeille comme corail, le poil d'alentour gentiment frisonné et noir comme ébene; ainsi le faut-il, et c'est l'une des beautez: la peau estoit blanche comme albastre, qui estoit ombragée de ce poil noir. Cette veuë est belle de celle-là, et non des autres que je viens de dire.

D'autres il y en a aussi qui sont si bas ennaturées et fendues jusques au cul, mesme les petites femmes, que l'on devroit faire scrupule de les toucher pour beaucoup d'ordes et salles raisons que je n'oserois dire; car on diroit que, les deux rivières s'assemblant et se touchant quasi ensemble, il est en danger de laisser l'une et naviguer à l'autre: ce qui est par trop vilain.

J'ay ouy conter à madame de Fontaine-Chalandray, dite la belle Torcy, que la reyne Eléonor sa maistresse, estant habillée et vestue, paroissoit une très-belle princesse, comme il y en a encor plusieurs qui l'ont veue telle en nostre Cour, et de belle et riche taille; mais, estant déshabillée, elle paroissoit du corps une géante, tant elle l'avoit long et grand: mais tirant en bas, elle paroissoit une naine, tant elle avoit les cuisses et les jambes courtes avec le reste.

60.Le Divorce satyrique attribue cette invention à la reine Marguerite, pour rendre le roi de Navarre, son mari, plus amoureux d'elle et plus lascif.
61.Ils sont pris d'un vieux livre français intitulé: De la louange et beauté des Dames. François Corniger les a mis en dix-huit vers latins. Vincentio Calmeta les a aussi mis en vers italiens, qui commencent par Dolce Flaminia.
62.C'est-à-dire, était un peu brunette.
63.En françois, Charles de Bouvelles. On a de lui plusieurs ouvrages.
64.C'est un in-4^o imprimé à Paris, chez Ascensius, le 3 des nones de décembre 1511.
65.Ah! ne me touchez pas.
66.Les ladres, les ladresses.
Yaş sınırı:
12+
Litres'teki yayın tarihi:
25 haziran 2017
Hacim:
600 s. 1 illüstrasyon
Telif hakkı:
Public Domain