Kitabı oku: «Histoire de la ville de Thouars, depuis l'an 759 jusqu'en 1815»

Yazı tipi:

Pierre-Victor-Jean Berthre de Bourniseaux

Histoire de la ville de Thouars, depuis l'an 759 jusqu'en 1815


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066335052

Table des matières

PRÉFACE.

AVANT-PROPOS.

LIVRE PREMIER.

CHAPITRE I. er

CHAPITRE II.

CHAPITRE III.

CHAPITRE IV.

CHAPITRE V.

CHAPITRE VI.

CHAPITRE VII.

CHAPITRE VIII.

CHAPITRE IX.

CHAPITRE X.

CHAPITRE XI.

CHAPITRE XII.

CHAPITRE XIII.

CHAPITRE XIII.

CHAPITRE XIV.

CHAPITRE XV.

CHAPITRE XVI.

CHAPITRE XVII.

CHAPITRE XVIII.

CHAPITRE XIX.

CHAPITRE XX.

LIVRE SECOND.

CHAPITRE XXI.

CHAPITRE XXII.

CHAPITRE XXIII.

CHAPITRE XXIV.

LIVRE TROISIÈME.

CHAPITRE XXV.

CHAPITRE XXVI.

CHAPITRE XXVII.

CHAPITRE XXVIII.

CHAPITRE XXIX.

CONSPIRATION DE BERTON.

CHANT GUERRIER,

LISTE DES SOUSCRIPTEURS

PRÉFACE.

Table des matières

ECRIRE l’histoire particulière des villes, c’est compléter celle d’un Etat, c’est conserver des monumens précieux, c’est donner le dernier coup de pinceau aux mœurs d’une nation, c’est fournir à la postérité des matériaux importans, et un fil pour se tirer du labyrinthe inextricable de tant d’anachronismes et de contradictions historiques que l’on trouve dans les auteurs.

L’histoire de Thouars tient si essentiellement à celle du Poitou et de l’Aquitaine, qu’elle doit intéresser, d’une manière spéciale, tous les habitans de ces provinces. Les hommes de lettres et tous ceux qui s’attachent particulièrement à l’étude de l’histoire, y trouveront des faits et des renseignemens qu’ils chercheraient vainement ailleurs. Les citoyens de Thouars y rencontreront des événemens qui les intéressent, des détails précieux, des titres de famille. Ainsi, sous plusieurs rapports, cet Ouvrage ne peut manquer de lecteurs.

Ménage a écrit l’Histoire de Sablé, le Père Théodore de Blois celle de Rochefort, le sieur Du Moustier celle de Loudun, divers savans celles de plus de trente villes, mais Thouars n’avait point encore eu d’Historien. Il est vrai que le sieur Drouyneau de Brie, mort en 1754, a laissé un manuscrit, intitulé : Mémoires historiques de Thouars, mais cet écrit, quoique précieux par les recherches qu’il contient, n’a ni plan, ni méthode, et ne peut être regardé que comme un amas de matériaux préparés à celui qui voudrait un jour écrire l’Histoire de cette ville.

Le plan que j’ai suivi est très-simple. L’ouvrage entier est divisé en trois livres: le premier, composé de vingt chapitres, est destiné à faire connaître Thouars, ses habitans, ses institutions, ses ressources. On y voit l’antiquité de cette ville, ses accroissemens successifs, son château, ses fortifications, sa rivière, ses tribunaux, ses juridictions, ses chapitres, ses églises paroissiales, ses: couvens d’hommes et de filles, son collége, ses hôpitaux, l’abbaye de Saint-Jean, ses prisons, sa population comparée, ses manufactures, ses foires et marchés, le prix comparé des denrées, l’ancien revenu de la vicomté, ses droits honorifiques, les revenus et dépenses de son hôtel-de-ville, etc. etc. etc.

Le deuxième livre, contenant quatre chapitres, renferme l’Histoire de Thouars sous ses vicomtes et ses ducs, depuis le vicomte Arnoul, en 915, jusqu’en 1790. Cette histoire est ensuite continuée jusqu’en 1815. On voit, dans ce livre, le détail des troubles excités dans Thouars, lors de la guerre civile du 16.e siècle, et les guerres et assauts que cette ville a eus à soutenir lors de la guerre de la Vendée, en 1793 et en 1815.

Le troisième et dernier livre, contenant cinq chapitres, est consacré à un tableau comparatif de Thouars, aux mœurs de ses habitans, aux améliorations dont l’organisation de cette ville est susceptible, aux hommes célèbres qu’elle a produits, à quelques extraits de leurs ouvrages, et à un aperçu sur l’état actuel des sciences et des arts dans cette partie du Poitou.

Un dernier chapitre, qui a été ajouté à cette histoire, contient le récit de la conspiration du général Berton, les détails de son entreprise sur Thouars, le 24 février 1822, et le jugement de la cour d’assises de Poitiers.

En écrivant cette Histoire, je n’ai eu d’autre but que d’être utile, en plus d’une manière, à mes concitoyens. Je n’en attends aucun bénéfice ni gain, puisque le produit en est consacré aux pauvres presqu’en totalité. Je n’en attends pas même cette gloire littéraire, cette vaine fumée qui console tant d’écrivains de tous leurs sacrifices. Si quelque Ministre du Roi adopte et fait exécuter une seule des mesures que je propose pour la restauration de cette ville infortunée, à laquelle la révolution a tout ôté jusqu’à sa population, je me croirai payé de tous mes travaux. De tous mes écrits, celui-ci me deviendra le plus cher, si le bonheur de ma patrie peut être son ouvrage .

AVANT-PROPOS.

Table des matières

L’HISTOIRE de Thouars est tellement liée à celle du Poitou, que je crois ne pouvoir me dispenser de donner ici une légère esquisse de cette dernière. Cette introduction me semble être indispensable à une certaine classe de lecteurs; elle ne sera pas sans agrément pour ceux mêmes qui sont les plus éclairés.

L’histoire du Poitou, avant la conquête de Jules-César, était enveloppée dans une nuit profonde: on ne connaît pas même l’ancien nom de cette province qui n’a été appelée Pictia qu’après l’arrivée des Pictones, nation Scytique qu’il ne faut pas confondre avec les Pictes, qui ne vinrent en Poitou que plus de douze cents ans après leurs devanciers .

Suivant une ancienne traduction, l’empire des Gaules, du temps de la fondation de Rome, et même avant cette époque, était divisé en douze royaumes. Celui des Pictones comprenait le Poitou, une partie de la Bretagne, du Limousin et du Berri. La tradition a conservé le nom de deux de ces rois, Galathès et Groffarios. On prétend que ce fut Galathès qui donna à son pays le nom d’Armoric, abondance d’eau. Cette province portait encore ce nom quand César vint dans les Gaules. En la nommant Aquitania, les Romains ne firent que traduire le mot celtique ou gaulois en latin.

Si l’on en juge par les anciens monumens que l’on trouve dans le haut Poitou et dans la Vendée, et dont la fondation paraît remonter à cette époque, ce royaume était alors florissant, sinon sous le rapport des sciences et des lettres, du moins sous celui de la puissance réelle, de la paix et peut-être du bonheur public. La mécanique, la sculpture n’y étaient pas dans leur enfance, et ceux qui ont pu tailler des pierres du poids de cent cinquante milliers, et les élever à des hauteurs considérables, ont dû connaître les ciseaux, les leviers, les poulies, et une partie des moyens qu’emploient aujourd’hui, avec plus d’étendue sans doute, nos mécaniciens et nos sculpteurs .

Quand Jules-César arriva dans la Gaule, une partie de cet empire avait déjà subi le joug des Romains, et tout porte à croire qu’il était dans un état de décadence. Il est certain du moins qu’on n’en voyait plus sortir périodiquement ces essaims de guerriers, aussi redoutables par leur nombre que par leur courage, qui allaient porter, dans toutes les parties de l’Europe et de l’Asie, le ravage et la mort. Le royaume des Pictones était alors déchu de son ancienne splendeur; depuis deux siècles, 1 les Pictes, unis aux Scots et aux Armoriques, y avaient porté leurs ravages, et s’étaient emparés des côtes maritimes et de la meilleure partie du bas Poitou.

L’arrivée de Jules-César, et le bruit de ses conquêtes leur firent ouvrir les yeux; tous se rallièrent contre l’ennemi commun. S’ils succombèrent dans la lutte, du moins leur chûte fut ennoblie par leur courage et par l’admiration même de leurs vainqueurs. Les Poitevins et les Gascons, réunis sous le commandement d’un brave général nommé Adcatuan, remportèrent deux glorieuses victoires; ils tuèrent dans le premier combat, Valerius, l’un des lieutenans de César, dans l’autre ils mirent en fuite le proconsul Manilius. Le jeune Crassus, plus heureux, parvint à forcer, un an après, leur camp dont ils avaient négligé de fermer l’une des portes; cinquante mille Poitevins ou Gascons restèrent étendus sur le champ de bataille. Un corps de braves, qui, comme le bataillon sacré des Thébains, était lié par des sermens et par une amitié réciproque, fut taillé en pièces sans vouloir accepter le pardon des Romains.

Cette victoire ôta à ces bons Gaulois toute idée d’une plus longue résistance. Ils baissèrent la tête sous le même joug qui accablait de son poids la meilleure partie de l’Univers.

Le Poitou resta sous la puissance des Romains, pendant cinq siècles, et ne fut plus qu’une partie de l’Aquitaine seconde. Il fut toujours fidèle à ses nouveaux maîtres et leur rendit souvent d’importans services. Une tradition ancienne porte, que ce fut pour récompenser les services que les Poitevins avaient rendus aux Romains, que l’empereur Claude, successeur de Caligula, leur permit de reconstruire leur capitale, qui avait été ruinée lors de la guerre de Jules-César, sur un nouveau terrain, et que l’on quitta alors le vieux Poitiers placé à une lieue de Châtellerault, pour s’établir au lieu où se trouve aujourd’hui la capitale du Poitou. Je crois que cette translation remonte à plus de dix siècles au-delà de cette époque, ou plutôt qu’elle se perd dans la nuit des temps.

Quelques empereurs se plûrent à embellir Poitiers. On cite entr’autres l’empereur Gallien, qui fit construire dans cette ville, un superbe palais et un amphithéâtre dont on voit encore les restes derrière l’auberge des Vreux.

Le Poitou fut éclairé de bonne heure du divin flambeau du Christianisme que lui porta, dans le 3.e siècle de l’ère vulgaire , Saint-Martial, et dans le 4.e, Saint-Martin: ce dernier est le fondateur du monastère de Ligugé, situé à une lieue de Poitiers, le premier couvent d’hommes qui ait été établi dans les Gaules.

Rome perdit en 418, sous Honorius, l’empire de toute l’Aquitaine, qui fut cédée, par cet indigne fils du Grand Théodore, au roi des Visigots. Clovis l’arracha à ces derniers en 507.

La victoire qu’il obtint à Vouillé , près de Poitiers, fut complette; il remporta des dépouilles opimes, en tuant, de sa main, le roi des Visigots. Il faut observer que nos rois de la première race n’étaient guère autre chose que des généraux d’armée,et qu’ils étaient couvaincus de cette maxime: Qu’un roi qui quitte l’épée doit en même temps quitter le sceptre. «Qui gladium dimittit, sceptrum dimittat ».

Soixante ans après cette victoire, la Gascogne fut possédée par un prince issu d’un roi Mérovingien ; le reste de l’Aquitaine fut soumis aux rois de France. Sous les monarques fainéans, les princes de Gascogne firent de telles conquêtes, que, depuis le règne de Clotaire III jusqu’à Pépin, presque toute l’Aquitaine reconnut leur pouvoir. Pépin, qui avait détrôné les faibles descendant de Clovis, avait le plus haut intérêt d’exterminer les ducs d’Aquitaine qui avaient des droits à la couronne: il leur fit une guerre à outrance, qui ne se termina que par la mort de tous les membres de cette famille .

Charlemagne, en 781, fit couronner Louis-le-Débonnaire son fils, et lui donna le duché d’Aquitaine qu’il érigea en royaume; mais au lieu de lui conserver une autorité directe sur toutes les provinces de ce nouvel état, il nomma des ducs et des comtes qui, à la vérité, obéissaient à Louis et lui payaient tribut, mais dont les descendans ne tardèrent à affecter l’indépendance, lors des invasions des Normands, et des troubles causés par l’ineptie ou les fureurs des rois Carlovingiens.

Ranulphe, parent de Charlemagne, fut choisi par ce prince pour gouverner l’Aquitaine, sous les ordres du nouveau roi. Ce gouverneur se signala par plusieurs exploits qui affermirent son pouvoir. Son fils repoussa, en 863, les Normands, qui, débarqués au port des Sables, avaient ravagé le Poitou, pris la ville de Poitiers et brûlé l’église de St.-Hilaire.

Le roi Charles-le-Chauve nomma Ebles, petit-fils de Ranulphe, duc d’Aquitaine. Ebles donna à Arnoul, l’un de ses fils, la châtellenie de Thouars. Cet Arnoul est la tige des vicomtes de Thouars dont j’ai écrit l’histoire.

Vers la fin du 9.e siècle, celle de l’Aquitaine se couvre de nuages épais. On voit des ducs d’Aquitaine maîtres du Poitou, des comtes de Poitou indépendans; on en voit d’autres qui réunissent les deux titres, et qui paraissent avoir été souverains des deux parties de ce duché. Je n’entreprendrai point d’entrer dans ce dédale obscur, puisque cette matière ne tient qu’indirectement au sujet que je traite. Je me bornerai à donner une courte notice des comtes du Poitou.

Albon, I.er comte.

Albon, l’un des plus braves capitaines de Charlemagne, fut choisi, en 781, par ce prince pour gouverner le Poitou, sous les ordres de son fils et sous la direction de Ranulphe. Louis-le-Débonnaire fit, à son arrivée en Aquitaine, des dépenses folles qui firent crier son peuple. Charlemagne, son père, lui en fit des plaintes très-vives, et lui donna des espèces de tuteurs. La leçon produisit un effet salutaire; le jeune roi se corrigea, et devint un modèle de conduite. Il avait, dans son royaume, quatre maisons royales: celles de Doué, à 5 lieues de Thouars; de Casseneuil, en Agénois; d’Ebreuil, en Auvergne, et d’Andiac, en Saintonge.

Il passait une année dans chacune de ces maisons, afin que les mêmes provinces ne fussent pas toujours foulées par l’entretien d’une cour dispendieuse. Il trouva par son économie, le moyen, non-seulement de vivre de ses domaines, mais encore de payer la solde de ses troupes de l’excédant de ses revenus. Cette économie frappa tellement d’admiration l’empereur son père, qu’il le prit pour modèle, et ordonna qu’à l’avenir ses soldats seraient payés sur son propre trésor.

Girad.

Girad fut nommé comte de Poitou, en 852, par Charles-le-Chauve, Il s’était trouvé à la sanglante bataille de Fontenay en Bourgogne, où l’empereur Lothaire avait été battu par ses deux cadets. Il paraît que Charles, en lui donnant le Poitou, avait voulu récompenser à-la-fois son zèle et sa valeur.

Ebles.

Ce prince est le même que le roi Charles-le-Chauve nomma duc d’Aquitaine, et dont nous avons déjà parlé. Il paraît qu’il était en même temps comte de Poitou. Ce duc assista, en 911, au traité de paix que le roi Charles-le-Simple conclut avec Rollon, chef des Normands. Il fut témoin de l’humiliation du roi de France, lorsqu’ au lieu de prendre son pied et de le baiser respectueusement, le fier Normand l’éleva si haut que le monarque faillit tomber, ce qui excita le rire, l’indignation ou la pitié des spectateurs, selon les divers degrés d’estime ou d’intérêt qu’ils ressentaient pour les deux princes. Ce fut sous le règne d’Ebles, que la ville de Melle, en Poitou, fut brûlée par les Normands. Cette ville était alors considérable; elle avait un hôtel des monnaies. ( Voyez histoire de l’Eglise par Beraud-Bercastel, t. 5, p. 562).

Guillaume Hugues.

Il était fils du précédent comte. Il épousa la fille de Rollon, duc de Normandie, en 935 Il soutint, en 955, un siége contre Hugues-le-Grand, qui était venu, avec une armée de 40,000 hommes pour s’emparer de Poitiers. Une tempête horrible dispersa l’armée de Hugues qui fut battue par les Poitevins et obligée de lever le siége.

Guillaume-Fier-à-Bras, surnommé aussi

Tête-d’Etoupes.

Il succéda à son père, l’an 970. Il eut quelques démêlés avec Hugues Capet, qu’il ne voulait pas reconnaître pour roi de France, mais il fut à la fin forcé de céder. Il fit bâtir un château à Maillezais qu’il se plut à embellir, et dont il fit son lieu de délices. Il y fonda un couvent dans lequel il plaça des moines de St.-Cyprien de Poitiers. Une aventure galante empoisonna le reste de ses jours.

En se rendant d’Ancenis à Poitiers, il passa à Thouars, où régnait alors le vicomte Trulle, marié à l’une des plus belles princesses de l’Europe. Le duc, dont les mœurs n’étaient pas très-pures, avait le cœur ouvert à toutes les passions. Il devint éperdument amoureux de la vicomtesse. L’histoire ne dit pas si la dame fut insensible à tant d’amour; quoiqu’il en soit, elle lui fit présent d’une écharpe, que le duc porta sur lui, et plaça sur son cœur. Ce prince était marié à une femme hautaine et jalouse. Emme, tel était le nom de la duchesse, voit l’écharpe; elle devine ou croit deviner le reste. L’imprudent Guillaume nomme la vicomtesse; sa femme, devenue pire qu’une furie, se rend à Thouars, avec une escorte, attire sa rivale dans la campagne, et la renversant elle-même de cheval, lui adresse mille reproches suivis de mille coups et de mille outrages sanglans. Exposée à la brutalité des satellites de la mégère, la dame infortunée cherche en vain à fléchir une femme impitoyable qui ne veut entendre aucune explication.

On la laisse enfin à demi-morte; la duchesse se retire dans une forteresse, d’où elle semble braver l’indignation de son époux. Ce dernier est si frappé de l’humiliation de l’aimable vicomtesse, qu’il s’abandonne au plus violent désespoir. Revenu à des idées plus saines, il dit un éternel adieu au monde, et se fait moine dans le couvent qu’il avait fondé à Maillezais. Il y mourut en 1025, après avoir richement doté ce monastère qui fut depuis érigé en un siége épiscopal en 1317 et transféré à la Rochelle en 1666.

Guy.

Fils de Guillaume, n’est connu dans l’histoire, que par son mariage avec la fille de Raymond II, comte de Toulouse, et par la fondation du monastère de Sainte-Gemme.

Guillaume Geoffroi dit le Grand.

Il succéda à Guy son père, en 1086. Ce fut un prince plein de sagesse et de piété. Après avoir maintenu la paix dans ses états, et mérité l’estime et l’amour de son peuple, il voulut faire un pélerinage à Rome, c’était la dévotion de son temps. Il emmena avec lui un chanoine de Thouars; nommé Marc. Après avoir visité le tombeau des saints apôtres, il se rendit par Venise et traversa une partie de l’Allemagne. Il fut témoin de l’allégresse que son retour inspira à tous ses sujets. Ce bon prince, accablé de fatigues, mourut peu de temps après dans son château de Chizé. Il laissa deux fils, Guillaume, qui fut son successeur, et Raymond, qui fut à la première croisade et assiégea Jérusalem avec Godefroi-de-Bouillon. Il vendit le comté de Toulouse que sa mère lui avait laissé en héritage. C’est, a-t-on dit, le fameux Raymond, si célèbre dans l’histoire des croisades par sa prudence et par sa valeur. Nous avons des auteurs qui ont distingué deux Raymond, partis pour la croisade, l’un qui était comte de Saint-Gilles, et l’autre comte de Toulouse. Ce n’est pas ici le lieu de discuter de pareilles questions .

Guillaume-le-Saint.

Ce prince n’eut, dans le commencement de son règne, ni la piété ni la sagesse de son père. Il conçut une passion si forte pour la vicomtesse de Châtellerault , qu’il l’enleva à main armée, et la conduisit dans son palais. Pierre, évêque de Poitiers, après lui avoir fait des représentations inutiles, s’apprête à l’excommunier. Guillaume entre dans la cathédrale, suivi de quelques soldats, saisit l’évêque à la gorge d’une main, et de l’autre lui met un poignard sur le cœur, en lui disant: «Donne-moi l’absolution, ou je te tue.» — Laissez-moi respirer un moment.

Guillaume fait quelques pas en arrière: l’évêque prononce la formule de l’excommunication, et découvrant sa poitrine: «Frappez, seigneur, j’ai

» fait mon devoir: apprenez qu’un évêque

» qui craint Dieu, dédaigne les fureurs des

» hommes.» Le prince, frappé de tant de grandeur d’âme, se retire en disant: «Je ne

» vous aime pas assez pour vous envoyer en para-

» dis.» Il se borna à exiler l’évêque à Chauvigny.

Guillaume, en 1130, embrassa le schisme d’Anaclet, mais il se rendit, au bout d’un an, aux sollicitations pressantes de Saint-Bernard, et reconnut, avec le roi de France et la meilleure partie de l’Europe, Innocent II pour le vrai successeur de Saint-Pierre. Il conçut tant de scrupule des désordes de sa vie passée et des troubles que son obstination avait causés dans l’église d’Aquitaine, qu’il prit la plus étrange résolution.

Il fait d’abord son testament. Il avait deux filles, Aliénor et Alix; il donne à la première son duché d’Aquitaine, et à la seconde quelques comtés en Bourgogne. Il envoie au roi Louis-le-Gros, une copie de ce testament, en le priant de marier l’aînée de ses filles au prince Louis qui devait succéder à la couronne de France, et la cadette à quelque autre seigneur qu’il croirait digne d’une telle alliance. Il part aussitôt après, avec une suite peu nombreuse, pour faire le pélerinage de Saint-Jacques en Galice, l’an 1137. Après avoir accompli son vœu, Guillaume rassemble ses serviteurs et leur déclare qu’il veut renoncer au monde, se faire passer pour mort, et finir le reste de sa vie dans quelque désert de la Palestine. On cherche vainement à ébranler sa résulution. Guillaume feint de mourir, on met une bûche dans un cercueil que l’on enterre avec pompe; tandis que le duc, suivi d’un seul secrétaire nommé Albert, se rend en Palestine et court le monde, habillé en pélerin. On prétend qu’il ne mourut que dans l’année 1156. On le regarde comme fondateur de l’ordre des Blancs-Manteaux ou Guillemites. Tels sont les détails que nous ont fournis sur ce prince, les annales de Bouchet; nous laissons bien volontiers le lecteur juger du degré de confiance qu’on peut leur accorder.

Louis-le-Jeune, roi de France.

Après la mort, feinte ou réelle du due Guillaume, Louis-le-Gros fit partir, pour Poitiers, son fils aîné qui épousa Aliénor. Alix la cadette fut mariée à Raoul, comte de Vermandois. Le roi mourut peu de temps aprés ce mariage.

Aliénor était une des plus belles princesses de l’Europe, mais elle était inconstante et coquette. Le roi se plaignait déjà de la conduite indiscrète de sa femme, lorsqu’en 1148. il partit pour la croisade. La reine voulut, par dévotion, être de la partie, mais dans le désordre et la confusion qu’entraîne un long voyagea elle eut mille facilités de se livrer à sa coquetterie. On l’accusa d’avoir manqué à la foi conjugale. Au lieu d’approfondir cette accusation, de l’absoudre si elle était innocente, ou de la punir si on la jugeait coupable, le roi la répudia sous prétexte de parenté. Pour se délivrer d’une femme galante, il abandonna le quart de son royaume, et ne crut pas payer trop cher son honneur et son repos. On prétend que le surnom de Jeune qu’on lui donna dans le temps, était synonime de malavisé. Il est du moins certain qu’il consulta plus son intérêt que celui de son royaume. Cette gaucherie royale a fait à la patrie des plaies mortelles, et a causé cette funeste rivalité entre l’Angleterre et la France qui n’est peut-être pas aujourd’hui même entièrement éteinte. Ce dernier royaume, dans plus de vingt guerres, a dépensé plus de quarante milliards, a perdu plus d’un million d’hommes, parce qu’un de ses monarques voulait, disait-il, être sûr de la lignée qui sortirait de sa femme.

Henri II épousa Aliénor et posséda son riche héritage, qui passa à Richard-Cœur-de-Lion et à Jean-Sans- Terre ses successeurs. Louis VIII, roi de France, s’empara, en 1224, de la meilleure partie de ce duché, et fut couronné duc d’Aquitaine, mais Aimeri, vicomte de Thouars, et Savari de Mauléon, l’un des plus grands capitaines de son siècle, s’opposèrent avec tant d’énergie à ses entreprises, que ce ne fut qu’en 1227 qu’il devint paisible possesseur du Poitou; les Anglais conservèrent la Guienne, et l’ancien royaume d’Aquitaine fut divisé en deux parts inégales .

Les successeurs de Louis VIII furent possesseurs du Poitou jusqu’au traité de Bretigny, en 1360, par lequel le roi Jean céda, à Edouard roi d’Angleterre, le Poitou, la Saintonge, plusieurs autres provinces et seigneuries, et notamment le fief de Thouars.

Les Anglais perdirent le Poitou, en 1371; il leur fut enlevé par le connétable Duguesclin . Charles V, roi de France, donna le comté du Poitou à Jean, duc de Berri, son frère. Ce prince maria Jeanne de Sully, veuve du prince de Montpensier son fils, à Guy de la Tremouille, porte-oriflamme, et épousa lui-même la fille du duc de Lancastre. Il mourut, sans enfans, en 1415, et son appanage fut réuni à la couronne d’une manière irrévocable, en 1436.

En 1789, le Poitou a formé trois départemens: celui de la Vienne, des Deux-Sèvres et de la Vendée. Ce dernier a donné à l’Univers, en 1793, le spectacle d’un dévouement héroïque pour son Dieu et pour son Roi, Thouars a eu beaucoup à souffrir dans cette guerre. On peut dire que la révolution lui a ôté ses établissemens, son importance et jusqu’à sa population. Placée par ses fondateurs sur un rocher; entourée par une rivière qui pourrait devenir navigable; située au milieu d’une campagne fertile et romantique; propre à devenir à-la-fois, forteresse, place de commerce, et grenier d’abondance, cette ville ne possède aucun de ces avantages, et l’on peut dire que ce délaissement impolitique accuse tous les gouvernemens postiches qui ont précédé le retour de la légitimité. Espérons que, remise par la Providence sous la puissance paternelle des Bourbons, elle pourra sortir de sa léthargie funeste et renaître encore au bonheur.

FIN DE L’AVANT-PROPOS.

LIVRE PREMIER.

Table des matières

CHAPITRE I.er

Table des matières

Antiquité de la Ville de Thouars.

IL n’est pas aisé de déterminer, d’une manière précise, l’antiquité de la ville de Thouars. Les Anglais, dans le douzième siècle, ont transporté dans la tour de Londres, ses titres, chartres et monumens historiques, avec ceux de plusieurs autres villes du Poitou .

Ce que l’on peut avancer de plus vraisemblable, c’est qu’antérieurement à la conquête des Gaules par Jules-César, dans le temps que les Pictones étaient gouvernés par des rois de leur nation, Thouars était une place extrêmement forte, connue alors sous le nom de Childoac , qu’un auteur a traduit par les mots berceau d’enfant; je ne sais sur quel fondement une pareille traduction est appuyée.

Sous le règne de Tibère, cette ville prit un nom latin de la rivière qui l’arrose et que les Romains avaient nommée Tueda, d’où se forme le nom de Tuedae arx, et par corruption de Tuars, Toarcium, Tuarcium, Touars, et Thouars. Tuedae arx signifie citadelle du Thoué, et non pas du Thouet, comme l’écrivent mal-à-propos plusieurs auteurs.

Fournier, dans sa géographie, appelle cette ville Duratium Lemovicum, et prétend qu’elle a été bâtie en 424, par des Limousins retirés en Bretagne, Lemovices veneti. Cette conjecture est trop dénuée de preuves pour que l’on puisse s’y arrêter. Je me bornerai à dire que le mot Duratium que l’on trouve dans quelques dictionnaires modernes, ne se lit dans aucun des auteurs des huitième, neuvième et dixième siècles. Dans une chartre de l’an 954, dont Jean de la Haie nous a conservé le texte (page 24), Guy, vicomte de Thouars, nomme sa ville Thoarcium, ego guidio de Thoarcio, ce qui ne laisse aucun doute sur le véritable nom de cette ville. Dans les chartres du même siècle, Bressuire est nommé Bresurium; Argenton, Argentonium; Montreuil, Monasteriolum; Parthenay, Parthenacum.

Depuis la conquête des Gaules par les Francs, il n’est fait mention, dans nos chroniques, de la ville de Thouars qu’en 759 de l’ère chrétienne, sous le règne de Pépin. Ce prince vint à Thouars, avec une nombreuse armée, pour réduire Gaïfre, ou Waïfre, duc d’Aquitaine. Ce duc était issu, comme nous l’avons dit, de Charibert, frère du roi Dagobert; il était ainsi prince du sang des rois Mérovingiens, auxquels Pépin était, en quelque manière, étranger. Gaïfre ne voyait, dans le roi Pépin, qu’un heureux usurpateur, qu’un soldat couronné qui s’était emparé de l’héritage de Childéric son maître. Il résista long-temps avec courage et avec succès à tous les efforts de son compétiteur maître du reste de la France. Trahi par son oncle Remistan, il perdit enfin la plupart de ses places fortes. Le traître, méprisé par Pépin, se relira vers son neveu, et rentra en grâce avec lui; après avoir réuni toutes leurs troupes, ils osèrent livrer bataille au nouveau roi de France, près la foret de Ver, en Périgord. Battus et écrasés par des forces supérieures, ils perdirent bientôt après leurs états avec la vie. Remistan fut pendu par le vainqueur, Gaïfre fut assassiné par un traître qui fut comblé de présens. Pépin chercha à flétrir la mémoire de sa victime. Il éleva un monument, dans l’église de Saint-Martial de Limoges, où il représenta le duc sous la forme d’un lionceau qui se révolte contre sa mère, avec cette inscription:

«Alma leona duces sævos parit atque coronat,

» Opprimit hanc natus Waïfer male sanus alumnam,

» Sed pressus gravitate luit sub pondere pœnas.»

Les historiens, les hommes de lettres ont vanté Pépin et célébré sa victoire, comme si la véritable grandeur consistait à s’emparer du bien d’autrui; le vrai sage ne voit, dans ces brillans exploits, qu’un glorieux brigandage.

Cette disgression m’a entraîné un instant hors de mon sujet, j’y reviens.

Il paraît que Thouars, en 759, se rendit à Pépin par une capitulation qui fut suivie d’un traité de paix désavantageux au duc d’Aquitaine, qui le rompit quatre ans après, en 762. Le duc, à la tête d’une armée de Poitevins, rentra alors dans Thouars, dont les habitans lui ouvrirent les portes sans coup férir.

Ce que rapportent les historiens, sur l’expédition de Pépin, paraît dénué de vraisemblance. A les en croire, Pépin, indigné, rassembla une nombreuse armée, fit le siége de Bourges, et après la prise de cette place, il vint, en droite ligne, à Thouars qu’il emporta d’assaut, brûla, saccagea et rasa; de-là il se rendit à Nevers pour y tenir son parlement.

Ici les objections se présentent en foule. Comment Pépin vint-il directement d’Arvaricum ( Bourges ) à Thoarcium ( Thouars ); il y a entre ces deux villes une distance de plus de 45 lieues? Comment retourna-t-il de Thouars à Nevers, sans profiter de ses victoires pour réduire l’Aquitaine? On pourrait répondre que le siége de Thouars qui avait duré quatre mois, cette ville n’ayant été prise que le 5 août 762, avait ruiné l’armée de Pépin, et que ce fut pour la refaire qu’il rentra dans ses états. Il est inutile au reste de s’attacher plus long-temps à ces objections. Il doit suffire au lecteur que la ville attaquée et détruite par Pépin soit bien réellement celle dont j’écris l’histoire.

Thouars est situé au dix-septième degré dix-huit minutes de longitude, au quarante-sixième degré cinquante-neuf minutes de latitude septentrionale, ancien méridien. Sa distance de Paris est de quatre-vingt-quatre lieues communes, de Poitiers de douze lieues, de Saumur de sept lieues, d’Argenton de trois lieues, de Bressuire de cinq lieues, de Parthenay de sept lieues, de Niort de seize lieues.

CHAPITRE II.

Table des matières

Accroissemens successifs de la ville de Thouars; anciennes Fortifications; son 1.er Vicomte.

La ville de Thouars, dans le principe, n’avait de maisons que le long des bords du Thoué qui l’arrose. Ses édifices formaient alors deux arcs parfaits; c’est ce qui a fait croire à quelques hommes instruits que le vrai nom de cette ville est Tuedae arcus, arcs formés par le Thoué. Elle consistait alors en deux rues situées dans la basse ville qui se prolongeaient le long du rocher sur lequel a été depuis élevé le château, et s’unissaient à deux autres rues qui occupaient le quartier Saint-André et le Châtelet, situés sur les terrasses du même château: le reste de la colline, jusqu’au moulin du Vicomte, était garni de maisons. Les murs de ville étaient alors bâtis à mi-côte. Il est à croire qu’ils étaient fortifiés par des fossés profonds, et par tous les moyens que l’art et la nature du terrain pouvaient alors fournir.

Un château très-fort, placé à l’orient de Thouars, près de l’ancien couvent des Cordeliers, commandait à la rivière et à toute la ville, L’emplacement ou se trouve à présent l’ancien presbytère de Saint-Médard, faisait partie de celui qu’occupait ce château.

Ce presbytère est habité aujourd’hui par le sieur Robin, instituteur. En 1740, on voyait encore des vestiges de ce château. Dans le dernier siècle, le duc de Thouars fit présent au roi de France d’une coulevrine d’une grosseur prodigieuse, qui s’y trouvait au milieu des ruines.

Il y avait en outre un fort bâti près du moulin du Vicomte, qui défendait la partie occidentale de la ville et le trajet de la rivière en cette partie. On en voyait, il y a quatre-vingts ans, les fondemens placés au bord de l’eau.

Deux ponts joignaient alors la ville aux bourgs de Saint-Jeau-de-Bonneval et de Saint-Jacques-de-Montauban. On voit aujourd’hui des vestiges du premier; en 1740 on en voyait du second; il est à croire que ces bourgs faisaient, il y a quinze cents ans, partie de la cité.

Thouars n’avait, au septième siècle, que deux églises, la paroisse de Saint-André, et le Châtelet ou ancien chapitre de Saint-Pierre; elles étaient situées dans les quartiers de ce nom dont nous avons parlé.

Tel était l’état de la ville Thouars, lorsque Pépin la prit et la rasa en 762. Cette place n’était pas alors très-considérable, puisque Eginard, auteur contemporain, l’appelle, dans ses Annales, Castellum Thoarcis. Il est à croire qu’elle avait été précédemment ruinée, lors de la conquête des Francs, ou peut-être lors de l’invasion des Sarrasins. Elle était déjà déchue de la splendeur qu’elle avait eue sous le nom de Childoac. On peut dire qu’au huitième siècle, elle avait plus de réputation que de force réelle, et que Pépin, en venant directemeut de Bourges pour l’assiéger. lui fit beaucoup trop d’honneur. Quoiqu’il en soit, elle ne tarda pas à sortir de ses ruines et à se dédommager avantageusement de ses pertes.

Charles-le-Chauve avait conquis ou pacifié l’Aquitaine, par le secours d’un célèbre capitaine nommé Eble, issu d’un parent de Charlemagne, appelé Ranulphe, à qui ce prince avait confié le gouvernement de cette province. Il ne crut pouvoir mieux signaler sa reconnaissance qu’en lui donnant la qualité de duc de ce pays . Cette charge n’était encore qu’un bénéfice révocable à la volonté du prince. Les troubles qui suivirent la mort de Charles-le-Chauve, les ravages continuels des Normands, l’arnarchie qui fut la suite de ces invasions, tout contribua à rendre, bientôt après, ces grands bénéfices héréditaires. On chercherait peut-être vainement ailleurs la véritable origine du gouvernement féodal.

Eble eut, d’Adèle de Saxe, son épouse, trois enfans: Eble qui fut, après son père, duc d’Aquitaine, Arnoul qui n’eut en partage que la châtellenie de Thouars, et Thiètberge qui épousa, suivant certains auteurs, Lothaire roi de Lorraine ou d’Austrasie. D’autres écrivains ont cru que cette reine était fille du duc Boson.

Arnoul vint à Thouars; il sut augmenter son héritage par les moyens, que nous détaillerons ailleurs. Il reste encore, de ce même Arnoul, des descendans par les femmes. Il n’est pas, dans toute l’Europe, trois maisons qui puissent offrir une noblesse plus ancienne, et une généalogie moins suspecte de flatterie, d’erreurs ou de falsifications officieuses.

Ce fut en 885 qu’Arnoul s’établit à Thouars. Son premier soin fut d’agrandir et de fortifier sa ville. Il y trouva la meilleure partie des édifices que Pépin avait ruinés presque entièrement réparée. Néanmoins la plupart des coteaux qui font face aux deux bourgs dont nous avons parlée avaient été négligés; les habitans, dégoûtés d’une situation incommode, avaient bâti la plupart de leurs maisons à l’ouest, au-dessus du pré du Vicomte, dans le terrain qui est compris entre les écuries actuelles du château et le couvent des Ursulines. Le reste de l’emplacement qu’occupent aujourd’hui St.-Médard, la Grand’rue, les Jacobins, l’ancien Collége, continuait d’être cultivé en jardins et en terres labourables.

Cet état de choses dura jusqu’à la fin du dixième siècle, où l’on transféra le corps de Saint-Laon, de Cursay à Thouars, dans une chapelle construite par le vicomte qui régnait alors, sur la même place où a été depuis bâtie l’église paroissiale de ce nom.

Un grand nombre de malades venait de toutes parts pour invoquer le saint, et recourir à son intercession pour la guérison de la folie ou débilité du cerveau. On voit encore dans l’église de Saint-Laon la chapelle des Fous. La rue de Jérusalem et celles adjacentes furent alors bâties pour mettre à couvert l’affluence des pélerins.

Bientôt après, la puissance des vicomtes recevant chaque jour de nouveaux accroissemens, leur ville prit une nouvelle face et une plus grande étendue. La plupart des vassaux, et ces vassaux étaient eux-mêmes de grands seigneurs, bâtirent des hôtels où ils venaient passer un tiers de l’année: une foule d’artisans s’établit à côté de ces seigneurs, et la ville devint méconnaissable.

Au douzième siècle, les rois d’Angleterre, dont les vicomtes de Thouars étaient les vassaux, y bâtirent un palais et deux tours, l’une appelée tour au Prévôt, pour le logement de leurs gardes et la sûreté de leurs personnes; l’autre nommée tour du prince de Galles (aujourd’hui tour Grenetière), pour être occupée par leurs enfans et les principaux officiers de leur maison . Ces tours subsistent encore aujourd’hui dans un état de dégradation. La tour au Prévôt, plus dégradée que l’autre, est, dans sa partie supérieure, prête à tomber. La ville en reclame la propriété que les anciens seigneurs lui contestent. On prétend que ces derniers veulent la faire démolir et en faire vendre les matériaux. S’ils réussissent dans ce projet, Thouars perdra, dans cette tour, que l’on voit de sept lieues de distance, un de ses plus beaux ornemens et un de ses principaux moyens de défense. La plus grande partie du palais des rois d’Angleterre est démolie, il n’en reste que le tiers de la façade. On a nommé ce palais l’hôtel du Président, depuis que Louis XI l’a donné au sieur Tinteau, président au parlement de Bordeaux. En 1793, on força madame de Bourniseaux, qui l’occupe aujourd’ hui, de faire effacer les armoiries des rois d’Angleterre, dont il reste encore quelques vestiges.

Dans le même siècle, on commença à construire les remparts de la ville, qui ne furent achevés que sous le règne de Jean-le-Bon. Thouars, dès ce moment, n’a plus reçu d’accroissement on se borna à couvrir d’édifices les nombreux jardins, et les terres labourables que renfermait sa partie septentrionale. La figure de cette ville est celle d’une ellipse dont les deux extrémités sont, au nord, la porte de Paris, et, au midi, le château. Les deux autres points cardinaux sont à l’est, le couvent des Cordeliers, et, à l’ouest, celui des Ursulines, ( aujourd’hui l’Hôtel-de-Ville). Du nord au midi, la ville a cinq cent dix mètres d’étendue; de l’orient à l’occident, elle en a quatre cent cinquante. Sa circonférence, prise hors des murailles, est de douze cents pas géométriques. Je parlerai ailleurs des changemens qu’elle a éprouvés dans sa population, et des causes de la décadence où elle est tombée.

La plupart des rues de Thouars sont obliques, étroites et tortueuses. Ses maisons, presque toutes construites en bois, offrent un aspect désagréable; la propreté et les décorations des hôtels ne paraissent guères à l’extérieur; quelques-uns sont très-habitables; il y en a de meublés avec une sorte de somptuosité.

CHAPITRE III.

Table des matières

Château moderne. — Anecdote.

LE château de Thouars est bâti sur un banc de granit connu des savans sous le nom de Gneiss. Ce roc, dur, noirâtre et compact, a plus de trente mètres d’élévation; à partir du pavé de la Basse-Rue qui conduit au Pont-Neuf, jusqu’au rez-de-chaussée du bâtiment; il est sec et aride; on n’y voit guères d’autres plantes que l’ortie romaine, (ortica pilulifera), et le concombre sauvage, (momordica elaterium).

Ce château fut bâti en 1635, par Marie de la Tour-d’Auvergne, épouse de Henri de la Trémouille, duc de Thouars . M. Drouyneau de Brie, dans ses Mémoires historiques manuscrits, prétend qu’une jalousie conçue par Marie de la Tour, contre le cardinal de Richelieu, hâta la construction de ce superbe édifice. Voici comment l’auteur s’exprime à ce sujet:

«Le cardinal de Richelieu, qui n’était pas

» encore premier ministre, mais qui n’était

» guères moins puissant que s’il l’eût déjà été,

» eut envie d’avoir une terre titrée, et visait à

» celle de Thouars, se flattant de pouvoir l’ache-;

» ter mais il ne s’en était encore ouvert à per-

«sonne, parce qu’ayant de grandes idées d’em-

» bellissement, il était bien aise de savoir si le

» lieu y était propre. Ayant envoyé des gens pour

» l’examiner et lui en apporter le plan, ils furent

» pris sur le fait et menés à la duchesse. Marie

» de la Tour, femme d’esprit, mais de la dernière

» hauteur, ayant appris le sujet de leur voyage,

» fut vivement piquée contre le cardinal, dans

» le procédéduquel elle crut entrevoir du mépris.

» C’est pourquoi, dans la vue de se venger, elle

» fit jeter les fondemens du château dans l’en-

» droit même qui avait été marqué par les

» émissaires du cardinal. Elle n’en fit d’abord

» achever qu’un pavillon; depuis elle le fit

» reprendre et le fit perfectionner autant qu’elle

» le put de son vivant»

Je ne prétends point attester ici la vérité de cette anecdote, mais je ne puis m’empêcher d’observer que si le cardinal, qui disposait alors de tous les trésors de la monarchie, avait acheté la terre de Thouars, il est à croire que cette ville serait aujourd’hui la seconde cité du Poitou. Sa rivière, devenue navigable, l’eût rendue l’entrepôt de tout le commerce que fait aujourd’hui Saumur; de beaux établissemens, des grandes routes, de riches manufactures, et la moitié des sommes dépensées presqu’inutilement à Richelieu, auraient doublé sa population et augmenté son importance. Quoiqu’il en soit, Thouars n’a qu’à se louer de ses seigneurs qui, sans avoir jamais joui d’une grande faveur à la cour, n’ont pas laissé d’aider de leur crédit et même de leur argent, la ville et les habitans toutes les fois qu’ils l’ont pu faire.

Marie de la Tour, en construisant son château, paraît avoir suivi le plan que Philibert de Lorme avait donné à Cathérine de Médecis pour bàtir le palais des Tuileries.

Ce château est composé d’un gros corps de logis surmonté d’un dôme et de quatre pavillons, le tout sur une même ligne de cent vingt mètres de longueur et de vingt-sept mètres de largeur. Le Thoué décrit un arc autour des terrasses du château, et l’enveloppe à l’orient, au midi et à l’occident. Les terrasses forment quatre jardins en amphithéâtre, placés, en quelque manière, les uns sur les autres. La plus élevée forme le parterre composé de terres rapportées sur un roc qui avait dans l’origine la forme d’un cône tronqué . Ce seul travail ne pourrait s’effectuer aujourd’hui à moins d’une dépense de deux cent cinquante mille francs.

Chaque terrasse est revêtue de murs en talus, et garnie d’un escalier de plus de vingt-cinq mètres de hauteur, et de douze mètres de largeur. Les angles saillans sont flanqués de guérites en cul-de-lampe, qui étaient autrefois très-décorées dans l’intérieur. L’extrémité du parterre est pavée et voûtée en-dessous; sous cette voûte est une serre qui contenait, avant la révolution, plus de deux cents pieds de grands orangers. C’était, sans aucune exception, la plus belle orangerie de toute la Franee.

La façade du château est à l’occident. Elle est masquée par une cour carrée à portiques voûtés sur les deux aîles et à balustrades par-dessus. Sur le haut de ces portiques règne une galerie découverte, où l’on se promène; quelques architectes trouvent qu’elle est trop étroite. L’escalier qui conduit aux appartemens du premier étage, est couvert d’un donjon à balustrades qui forme une coupole en-dedans; lesappuiset les rampes sont de marbre jaspé. Cet escalier est très-bien éclairé ; il a beaucoup de rapport à celui du palais des Tuileries. Les appartemens, qui sont en grand nombre, sont très-vastes et très-bien distribués. Avant la révolution, on voyait dans les meubles quelques restes de magnificence; mais très-peu de dorures, de peintures, et point de statues. On peut dire qu’il tirait son ornement d’une majestueuse simplicité.

Les offices sont sous le rez-de-chaussée, taillées dans le roc où l’on a creusé deux puits qui ne manquent jamais d’eau. Elles sont très-vastes et trés-bien éclairées.

Au nord du château est une chapelle fort grande et fort belle, qui offre une assez rare singularité. Quatre églises se trouvent perpendiculairement les unes sur les autres. La plus basse est une chapelle taillée dans le granit qui servait à la sépulture des ducs de Thouars. On y voyait, en 1793, leurs cercueils en plomb rangés sur des tables. Ces illustres personnages s’étaient flattés sans doute d’avoir acquis, à force de soins et de dépenses, une sépulture magnifique, et d’avoir assuré à leurs os un repos honorable, mais rien n’est stable devant les passions humaines, et la cupidité peut être excitée à la vue même d’un cercueil. Le 4 mai 1793, des forcenés, la plupart étrangers à la ville, sous le prétexte de faire des balles pour se défendre de l’armée vendéenne, portèrent une main profane sur ces cendres respectables, les jetèrent au vent et s’emparèrent des cercueils. Ivres de fureur et d’orgueil, ces fanatiques zélateurs de l’égalité, à défaut de têtes illustres à abattre, allaient, jusques dans la poussière des tombeaux, chercher des grandeurs imaginaires à fouler aux pieds. Une partie du plomb fut vendu à des hommes avides qui le payèrent un sol la livre. Je ne dois pas oublier que de l’un de ces monumens funèbres, il sortit une vapeur si forte et si fétide, que deux de ces lâches profanateurs, tombèrent par terre comme asphyxiés, et qu’il fallut les emporter à l’hôpital privés de sentiment. Les cendres des duchesses Barbautine de Nassau et Marie de la Tour, qui, en qualité de protestantes, n’avaient point été mises dans cette chapelle, échappèrent aux profanations de ces sacriléges violateurs de tombeaux, ainsi que nous le rapporterons ailleurs.

La seconde chapelle formait l’église paroissiale de Notre-Dame-du-Château, dont le dernier curé a été l’infortuné et vertueux Nauleau, massacré en 1792 dans une sédition populaire à Thouars.

La troisième était appelée chapelle de la Vraie-Croix. On y conservait sur un autel, incrusté dans un crucifix de vermeil enrichi de pierres brillantes et de prix, un morceau de la vraie croix que le cardinal de la Trémouille avait apporté de Rome en 1506, et dont il avait fait présent à l’église du château. Ce morceau précieux a été dérobé en 1793, le même jour que les tombeaux des ducs furent violés; on n’a jamais pu savoir depuis ce qu’il est devenu. On s’était flatté, pendant long-temps, que quelque personne pieuse avait soustrait cette relique vénérable au vandalisme révolutionnaire; on craint aujourd’hui, que l’on n’en découvre aucune trace, qu’elle n’ait été la proie de quelque profanateur impie ou de quelque voleur sacrilége.

La quatrième église est la plus vaste et la plus belle. C’est la chapelle ducale érigée depuis en chapitre. Elle est bâtie dans un genre gothique moderne, très-régulière, et très-bien éclairée. La principale porte, qui est d’une sculpture hardie et délicate, était autrefois ornée de figures en relief d’un assez bon goût et d’une ciselure parfaite. Le vandalisme de 1793 a singulièrement défiguré ce monument.

Ce château, l’un des plus beaux qui existent dans toute l’Europe, a coûté à Marie de la Tour, d’après les comptes et mémoires qui sont restés aux archives, douze cent vingt mille livres, valeur du dix-septième siècle. Tous les remblais, les transports et une partie de la main-d’œuvre ont été faits par des corvées gratuites. Le parc Chalon, situé à sept kilomètres de Thouars, a fourni tout le bois de construction. Tous les matériaux, les pierres de taille, les tufs étaient à vil prix. Des fours construits par Marie de la Tour, lui fournirent la chaux, la tuile, la brique et les carreaux de toute espèce. Les principaux ouvriers ne recevaient, par jour, que six sous ou un boisseau de méteil du poids de dix-sept livres. On estime aujourd’hui qu’une somme de douze millions, valeur actuelle, ne suffirait pas pour faire un pareil ouvrage. Charles Belgique, petit-fils de Marie de la Tour, a souvent déploré les tristes suites de l’orgueil de son aïeule, et a regretté plus d’une fois les sommes énormes employées à la construction d’un palais, qui depuis l’abolition par degrés de la féodalité réelle, n’était plus pour la famille ducale qu’une maison de campagne et de plaisance.

Ce beau château n’a pas eu deux siècles d’existence. La faulx du temps l’eût épargné très-long-temps; le sceptre de plomb de l’anarchie, sans l’abattre entièrement, lui a fait de tous côtés des brèches presqu’irréparables. Ce n’est plus aujourd’hui qu’un cadavre qui conserve encore de nobles proportions, mais qui a perdu sa fraîcheur, son éclat, sa beauté et sa couleur de vie. Nous raconterons ailleurs comment ont eu lieu successivement ces dégradations moins dues encore à la cupidité et au vandalisme, qu’à l’esprit philosophique qui ne veut plus de châteaux, et qui cherche encore, même aujourd’ hui, à promener, sinon sur toutes les têtes, du moins sur tous les édifices, le niveau anarchique de l’égalité.

En 1815, l’un des agens du gouvernement des cent jours, sous le prétexte de défendre la ville contre les Vendéens, a, par des fortifications intempestives, achevé la dégradation de ce beau monument; on estime qu’une somme de trente mille écus ne pourrait réparer les ruines qu’il a faites. L’Hôtel-de-Ville a été obligé d’augmenter le produits des octrois pour payer ces dépenses inutiles.

On conservait au château les titres de la duché-pairie , et ceux de dix-sept cents gentilshommes vassaux des ducs de Thouars. Ses principaux fiefs étaient:

Airvault.

Apremont.

Argenton-Château.

Beauvoir-sur-Mer.

Belleville-en-Thouarçais.

Bressuire.

Bournezeaux.

Le Brandois de la Maurière

Chantonnay.

Château-Mur.

Château-neuf-en-Gâtine.

La Chaise-le-Vicomte.

Chavannes

Commequiers.

Chalans.

Les Essarts.

La Forêt-sur-Sèvre.

La Garnache.

Saint-Gervais.

Saint-Gilles-sur-Vie.

La Grise.

Saint-Hermine.

La Jarrie.

La Merlatière.

La Ralière.

Saint-Jouin.

La Fougereuse et Breuil-

Baret.

Mareuil.

Moncoutant.

Montaigu.

Mortagne.

Les Mothes-Boëmé.

La Chapelle-St.-Laurent.

Mouchant.

Oiron.

Palluau.

Le Parc.

Pouzauge.

Noirmoutier ( Isle de ).

Le Puy-Béliard.

Tiffauge.

Vigournay, etc. etc.

Quelques-uns de ces titres ont été perdus dans le cours de la révolution, mais la majeure partie a été conservée dans le trésor.

CHAPITRE IV.

Table des matières

Fortifications.

Thouars est situé sur le penchant d’une colline, dont le sommet est de niveau avec la plaine, et dont l’extrémité touche au rocher qui couvrait l’ancien Childoac et le dominait, ce qui lui donne la forme d’un amphithéâtre. Le Thoué, en se courbant en arc vers le midi et l’occident, en enferme plus de la moitié et lui sert ainsi de fortification naturelle.

Tout ce qui n’est pas enfermé par la rivière, est fortifié de murs bâtis dans le treizième siècle, flanqués de grosses tours à la distance de quinze mètres les unes des autres. Les murs ont presque par-tout neuf mètres de hauteur et deux de largeur. Ils sont bâtis de moëllons choisis et piqués; quelques tours même sont construites en entier de pierres de taille. Quatre cents ans de vétusté, les sièges, les tremblemens de terre, que ces murailles ont essuyés, ne les empêchent pas de rester encore debout, sans qu’elles aient presque jamais été réparées. On doit regretter la perte du secretdu ciment que les maçons employaient dans des siècles que nous regardons comme barbares. Quels murs bâtis de nos jours subsisteront quatre-cents ans!

Ces murailles autrefois étaient environnées d’un double fossé coupé en talus, au milieu duquel était une fausse braye. Il avait au moins quatorze mètres de profondeur et quarante-six de largeur. Ce large et profond fossé a été comblé, peu d’années avant la révolution de 1789, pour élargir le champ de foire. On a démoli un calvaire bâti sur une élévation, qui était situé entre les murs de ville et l’auberge du Dauphin. Ces travaux ont procuré à la ville de Thouars un des plus beaux champs de foire qu’il y ait dans tout le Poitou. Il est planté de noyers, de tilleuls et d’arbres de plusieurs autres espèces, qui en font une très-jolie promenade.

La ville avait autrefois six portes, savoir: celles de St.-André, de St.-Jacques, de Chavanes, du Prévôt, du prince de Galles et du Pont-Neuf. Les deux premières, étant situées dans l’intérieur de la ville, du côté de la rivière, n’avaient aucune fortification; la première, renfermée aujourd’hui dans l’enceinte du château, subsiste encore; la seconde a été démolie en 1812; elle était située au haut de la colline qui descend de Thouars au bateau de St.-Jacques. La porte Chavanes a été transportée, dans le seizième siècle, à l’endroit où est aujourd’hui la porte de Paris.

La porte au Prévôt ( autrement de Poitiers ) est la plus belle et la plus fréquentée de la ville. Sa construction semble être toute particulière. Elle est composée de deux tours adossées l’une à l’autre, dans le même genre que celles de la Bastille; chaque tour a quarante mètres de hauteur et huit de diamètre. Elles ont chacune un pavillon carré de même proportion, qui les arcboute et forme un avant-corps en-dedans de la ville; le tout est surmonté d’un couronnement ou lanterne de trois mètres de hauteur . Cette lanterne, couverte en ardoise, est dans un tel état de dégradation, qu’elle est sur le point de tomber. Autrefois il y avait dans ce donjon une grosse cloche que l’on sonnait pour annoncer l’approche de l’ennemi et pour donner l’alarme. La voûte de cet édifice a six mètres d’épaisseur; on voit dans les jambages plusieurs coulisses destinées à lever et à abaisser la herse. Un pont-levis défendait cette porte; c’est à présent un pont en pierres. Au-devant est une autre porte défendue autrefois par un fossé à fond de cuve et un pont-levis sur le fossé . Elle est couverte d’une plate-forme; ses jambages ont douze mètres d’épaisseur. Cette porte est assez moderne; on y lit cette inscription:

C. L. D. L. T. R.

1592. V̄ æd.

Ce qui signifie Claude de la Trémouille a bâti cette porte en 1592. Sur la droite; on voit les restes d’un boulevard qui paraît fort ancien.

La porte du prince de Galles était beaucoup plus étroite que celle du Prévôt; elle faisait corps avec les murs de ville, et n’était défendue que par le fossé et un pont-levis. Elle est murée depuis deux siècles.

La porte du Pont-Neuf défendait l’entrée d’un pont de pierres très-ancien, situé au midi de la ville. Elle n’avait d’autres fortifications qu’une espèce de tête de pont, et une redoute garnie de canons, dont il ne reste aujourd’hui que des ruines.

Ajoutez à ces fortifications, un château presque inabordable, revêtu de toutes les défenses que l’art pouvait alors ajouter à l’avantage du site, et l’on n’aura aucune peine à concevoir qu’avant l’usage du canon, Thouars devait être la plus forte place du Poitou.

CHAPITRE V.

Table des matières

Thoué.

Le Thoué ( en latin Tueda ) prend sa source à la Pointerie, commune de Beugnon, à un kilomètre de la source de la Sèvre Nantaise. Il reçoit, avant d’arriver à Secondigny, plusieurs filets d’eau; il passe à Parthenay et se rend à St.-Loup, grossi par les rivières du Palais, du pont Soudan, du Cèbron, et du cours des trois étangs de Lorgère, de Pont-Burret et de Tennesue. Il passe de là à Airvault, à Thouars, à Montreuil-Bellay et auprès de Saumur, où il se jette dans la Loire, au-dessous du couvent de St.-Florent. Outre les ruisseaux dont nous avons parlé, il en est d’autres qui servent à le grossir. Voici l’état, par ordre alphabétique, de ceux qu’il reçoit dans son cours, sur le territoire du département des Deux-Sèvres:

L’Argenton.

L’Arsenau.

Le Champeau.

La Dive .

La Garronnière.

Le Geais.

Le Gourgé.

La Jaubertière.

La Losse.

Le Mauzé.

La Peyratte.

Le Rivaut.

La Rocherie.

Le Thouaré.

La Verninière.

La Viette.

Sa largeur moyenne est de dix-huit mètres; elle s’étend quelquefois au-delà de quarante-cinq mètres. Sa profondeur moyenne est de deux mètres. Sa pente réduite est de vingt-quatre centimètres par cent mètres; son encaissement est de dix-huit mètres sur trois mètres. Depuis sa source jusqu’à Thouars, cette rivière coule sur des rochers; des rocs escarpés la contiennent dans son lit. Pendant l’hiver elle est sujette à des débordemens considérables; ses eaux alors s’élèvent à plus d’un mètre au-dessus des plus hautes chaussées. Ses bords sont pittoresques; rien n’est gracieux comme le tableau que présente l’aspect des prairies qui l’avoisinent et des vallons qu’elle arrose. Il y a sur le Thoué treize ponts assez considérables construits en pierres, dont les arches sont en ogive ou en plein ceintre; on y compte aussi quatre-vingt-quatre moulins à farine, à foulon ou à tan, dont toutes les roues sont à aubes, et une forge dont les roues sont à godets.

Il est très-dangereux de se baigner dans le Thoué ; le roc qui en garnit le fond, cause, chaque année, des accidens dont on perd trop tôt le souvenir, et dont de jeunes imprudens devraient mieux profiter.

Je parlerai ici des divers projets que l’on a présentés pour rendre cette rivière navigable .

CHAPITRE VI.

Table des matières

Tribunaux et Juridictions.

Thouars avait, avant la révolution de 1789, trois juridictions ou tribunaux: 1.° la sénéchaussée; 2°. l’élection; 3.° la cour du grenier à sel.

Sénéchaussée,

La sénéchaussée connaissait en première instance de toutes les causes et procès qui naissaient dans la châtellenie de Thouars, et, concurremment avec les tribunaux de Saumur et de Montreuil-Bellay, des causes des paroisses des marches communes de Poitou et d’Anjou. Elle connaissait aussi, par appel, des procès nés dans les baronies qui relevaient du château de Thouars. Sa juridiction pouvait ainsi être regardée comme très-belle et très-étendue, mais la majeure partie des appels étaient portés directement au présidial de Poitiers, omisso medio.

Quatre officiers composaient la sénéchaussée. Je donnerai ici les noms de ceux qui occupaient ces charges au moment de la révolution:

1.° Un sénéchal, M. Leroux de la Girardrie.

2.° Un lieutenant, M. Villenau.

3.° Un avocat ducal, M. Jacques Bodin.

4.° Un procureur ducal, M. Redon de Beaupreau.

Il y avait en outre un lieutenant de police, M. Angignard.

Auprès du tribunal de la sénéchaussée, on voyait sept avocats, dont les plus célèbres par leurs talens étaient:

MM. Noiraut de la Coindrie; Louis Jounaut; Trotouin; Martin de la Martinière; Chatellier.

On y comptait pareillement huit procureurs. Les plus occupés étaient:

MM. Audebert; Bardon; Doré.

Le greffier de la sénéchaussée était le sieur Thibault, qui était en même temps notaire.

Il y avait, près le tribunal, six huisiers audienciers. Les plus connus étaient:

MM. Delavau; Thibaut; Dumas; Dubosc.

Les procureurs étaient tenus de prendre des provisions du duc de Thouars; lès avocats n’y étaient pas obligés. Seuls, ils plaidaient dans les causes d’appel; du reste ils instruisaient et postulaient concurremment avec les procureurs. Avant l’édit du Roussillon, il y avait à Thouars deux juridictions: celle du Châtelain et celle du Sénéchal.

Election.

L’élection de Thouars avait une très-grande étendue. Sa juridiction embrassait cent six paroisses . Elle était bornée par celles de Niort, de Châtillon, de Montreuil-Bellay et de Loudun. Elle avait plus de quatre-vingt-quatre lieues de contour.

Ce tribunal était composé :

1.° D’un subdelégué de l’intendant.

2.° De deux receveurs des tailles, l’un pour l’exercice des années impaires, et l’autre des années paires.

3.° D’un président,

4.° D’un lieutenant.

5.° De deux élus.

6.° D’un procureur du roi.

7.° D’un greffier en chef.

Tels étaient les officiers qui faisaient, avec l’intendant de la province, la répartition des impôts, ce qu’on appelait alors faire le département. Je donnerai ici le tableau de ce tribunal tel qu’il existait en 1781:

1.° Subdelégué, M. Brossier-de-la-Charpagne,

2.° Receveurs des tailles, dont les charges étaient chacune de 76,000 liv., MM. Berthre-de-Bourniseaux, troisième receveur des tailles de ce nom; Brossier -de- la- Charpagne, deuxième receveur des tailles de ce nom.

3.° Président, dont l’office était de 15000 liv., M. Thomas-de-Rase.

4.° Lieutenant, dont l’office était de 6000 liv., M. Roquet-Desvannes (ancien garde-du-corps).

5.° Procureur du roi, office de 8000 liv., M. Annibal Orré (quatrième du même nom).

6.° Élus, office de 6000 liv., MM. Menoust; Redon de Cursais.

7.° Greffier, office de 8000 liv., M. Bertrand.

Il y avait en outre, près le tribunal, six procureurs en titre, qui prenaient leurs provisions du roi, et dont les offices étaient estimés chacun à la somme de 1000 fr., MM. Caillard; Boussi; Courbilly Chatellier; les Jagaut; Bardon.

L’objet de la juridiction des élections est trop connu pour que je veuille ici m’en occuper. Je me bornerai à dire que l’on doit regretter l’usage des chevauchées que les officiers de l’élection étaient obligés de faire quatre fois par an, dans les paroisses de leur ressort, pour vérifier les accidens causés par les inondations, les grêles, les ouragans, les animaux malfaisans, les épi–zooties, les maladies épidémiques, etc., ce qui mettait le gouvernement à même d’accorder les décharges nécessaires et de porter des secours aux malheureux.

Grenier à sel.

Le troisième tribunal était celui du grenier à sel.

Il était composé d’un président, dont l’office était du prix de 6000 liv.; d’un lieutenant (office 5000 liv.); d’un procureur du roi (office 6000 liv.; et d’un greffier (office 3000 liv.)

Ce tribunal était principalement chargé d’appliquer les ordonnances contre les contraventions au débit des sels, tabacs, etc. etc.

Il y avait à Thouars un entrepôt de sels et de tabacs, dirigé par deux contrôleurs.

Les derniers officiers qui ont joui de ces places ou charges ont été :

Président, M. Maigrot.

Lieutenant, N.....

Procureur du roi, M. Chaillou.

Greffier, M. Gaschignard.

Contrôleurs, MM. Guille-des-Buttes; Delagarde.

Autres Établissemens.

Thouars avait, outre ces trois tribunaux, une direction des aides, ce qui renfermait:

1.° Un directeur ( en 1789), M. Dutheil.

2.° Un receveur principal, M. Duclos.

3.° Un contrôleur ambulant, M. Godeau.

4.° Un receveur à cheval, M. Clément.

5.° Un contrôleur de ville, M. Rostaing.

Il y avait plusieurs commis à cheval et à pied.

Le bureau du contrôle des actes était tenu ( 1789 ) par M. de Saint-André.

Celui de la poste avait pour directeur M. Demége.

La recette annuelle de ce dernier bureau n’excédait pas 4500 liv.

Thouars avait anciennement un prévôt provincial, qui avait le titre de prévôt de Thouars et du Bas-Poitou. Cette place était, depuis un siècle, héréditaire dans la maison de M. Drouyneau-de-Brie. Outre le prévôt, il y avait encore un lieutenant, qui était en même temps commissaire et contrôleur aux montres, un exempt et onze archers. Une ordonnance de 1720 ayant supprimé toutes ces places, Thouars n’avait, en 1790, qu’un lieutenant, le sieur Prié, et quatre cavaliers.

Il y avait aussi un tribunal subordonné à MM. les maréchaux de France, connu sous le nom d’officiers du point d’honneur. Ce tribunal était composé :

1.° D’un lieutenant des maréchaux de France ( 1789), le baron de Brémont-d’Ars.

2.° D’un greffier du point d’honneur, le sieur Roi-Bretignoles.

CHAPITRE VII.

Table des matières

Chapitres et Canonicats,

Thouars avait autrefois trois chapitres: celui de St.-Pierre-du-Chàtelet, celui de St.-Laon, et celui de Notre-Dame-du-Château.

St.-Pierre-du- Châtelet.

Les chanoines de St.-Pierre étaient les plus anciens ecclésiastiques de Thouars. Il est certain que leur doyen était autrefois curé de la paroisse de St.-André. D’après une déclaration que ce chapitre rendit au roi en 1547, il paraît que sa fondation remontait jusqu’au septième siècle. Ses titres et chartres ayant été brûlés avec la ville, lors de la conquête de Pépin, il n’a jamais pu justifier de son origine. Les chanoines prétendaient être de fondation royale; cette prétention n’était guère appuyée que sur l’écusson royal qui se trouvait placé au frontispice de leur chœur; d’autres croyaient, avec plus de vraisemblance, que les chanoines s’étaient fondés eux-mêmes on citait à cette occasion une chartre de 1098, signée de Pierre II, évoque de Poitiers, par laquelle ce prélat reconnaissait que les vrais fondateurs de ce chapitre, inceptores et authores, étaient les sieurs Gosbert, doyen; Aimeri, Aymard, etc., chanoines.

D’un autre côté, les seigneurs de Thouars ont prétendu au titre de fondateurs de ce chapitre. Il est certain que Geoffroy, vicomte de Thouars, l’a comblé de biens; mais la chartre qui fait mention de ces bienfaits, paraît favorable aux prétentions de ceux qui croient que les chanoines se sont fondés eux-mêmes; car, loin de prétendre au titre de fondateur, le vicomte avoue que ses prédécesseurs n’ont fait du bien au chapitre qu’après sa fondation.

Ces diverses prétentions avaient occasionné un très-long procès entre les seigneurs et le chapitre. Ce dernier, après vingt-deux ans de contestations, lassé de lutter contre des forces inégales, finit, en 1740, par reconnaître, par une transaction, le duc de Thouars pour son fondateur.

Ce chapitre est composé d’un doyen qui avait autrefois de grands privilèges . Il était regardé comme le premier baron des vicomtes; son sceau donnait de l’authenticité aux actes, comme celui de tous les grands seigneurs de ce temps-là ; il tenait une cour de justice et nommait les notaireso Depuis quatre cents ans, les doyens avaient, on ne sait trop comment, perdu ces prérogatives; il ne leur restait que le titre de doyen de Thouars et d’archi-prêtre, et la nomination aux cures de St.-Macaire et de Genneton, sans compter celles qui vaquaient dans leur semaine canoniale. Leur revenu ne s’élevait point, dans les derniers temps, au-delà de 1100 liv.; mais presque tous les doyens jouissaient de quelques bénéfices simples qui servaient à augmenter leur traitement.

Outre le doyen, seul dignitaire du chapitre, on comptait dix chanoines dont les revenus ne s’élevaient pas au-delà de 800 liv.; quatre hebdomadiersdont les bénéfices valaient 250 liv., quatre chapelains dont le traitement n’excédait pas 180 liv., et un maître de psallette chargé d’instruire les enfans de choeur, qui recevait annuellement 700 liv.

Les chanoines seuls nommaient à plus de quarante cures ou bénéfices situés dans différens diocèses.

Ce chapitre a été souvent en butte aux traits de la fortune. Dans le huitième siècle, l’église et les maisons canoniales furent rasées par Pépin. Ils essuyèrent le même désastre en 1561. Ils furent en outre chassés de Thouars par les calvinistes, et obligés de se travestir pour se sauver. Leur chartrier fut brûlé avec leur église; les cendres des chanoines morts et enterrés dans le chœur furent profanées et jetées au vent, ainsi que les reliques des saints qu’ils conservaient, et entr’autres le corps entier de St.-Hermès. Les chanoines, dans ce temps de trouble, se retirèrent les uns à Mortagne, les autres à Mon treuil-Bellay.

Ils ne rentrèrent à Thouars qu’en 1602. Ils furent réduits à faire leur office dans une petite chapelle située-rue St.-Vincent, jusqu’en 1686, époque où le roi leur fit présent du temple des protestans. Cet édifice, qui subsiste encore et qui sert aujourd’hui à faire un magasin de bois, est un bâtiment octogone, très-bien éclairé, mais non voûté. Il a été vendu, en 1791, ainsi que les autres biens des chanoines.

Je donnerai ici l’état du chapitre, tel qu’il subsistait au moment de sa destruction.

Doyen, M. Jean- Kincent Demége.

Chanoines, MM. Raymond; André Nauleau; Pierre Nauleau; André Demége; Devaux; Orré ; Chassereau; de la Missardière; de Coumes; d’Houdan.

Il ne reste plus aujourd’hui de ce chapitre qu’un seul chanoine, M. Orré.

Les autres sont morts en exil, deux ont été massacrés dans une émeute populaire. Leur doyen, d’une ancienne famille noble du comtat Venaissin alliée à la maison Capranica, est mort en 1793, à la suite de l’armée Vendéenne, regretté de tous les gens de bien, pour toutes les vertus qui peuvent rendre un prêtre estimable.

Chapitre de St.-Laon.

Le fondateur de ce chapitre est Achard-de-la-Roscie. Au commencement du onzième siècle, il fit transférer d’une maison de campagne qu’il avait au bourg de Cursais le corps de St.-Laon, qu’il plaça à Thouars dans une chapelle qui était sous l’invocation de Notre-Dame. L’affluence des pélerins rendit bientôt cet édifice trop petit. On éleva, sur ses ruines, l’église qui porte aujourd’hui le nom de St.-Laon. Quelques savans, entr’autres Baillet, prétendent que ce saint est le même que St.-Lau, évêque de Coutances; ce qui a besoin d’être mieux prouvé et n’est pas vraisemblable. Comment le corps de St.-Lau aurait-il été déposé à Cursais?

Le clocher de cette église était autrefois bien plus élevé qu’il ne l’est aujourd’hui; l’église elle-même avait plus d’élévation, ce que l’on aperçoit d’abord par la seule inspection des pignons qui s’élèvent au-dessus des couvertures. L’ancien clocher était placé sur une des voûtes de l’église; sa hauteur était de quarante-quatre mètres, et faisait l’admiration des voyageurs. Un ouragan survenu, le 10 décembre 1711, au moment que les chanoines faisaient l’office, rasa entièrement la flèche et la partie supérieure du clocher; cette masse en tombant creva une des voûtes du chœur, ébranla celles qui résistèrent au choc, et transporta une croix de fer de six mètres de hauteur, et du poids de deux quintaux métriques, au milieu du cimetière alors adjacent à l’église, et situé au même endroit, où par les soins de l’ancien maire de Thouars, M. Richou, se trouve une charmante promenade plantée en tilleuls.

Le fondateur Achard établit et dota d’abord quatre chanoines, pour desservir la nouvelle église. Ce nombre fut bientôt augmenté et porté jusqu’à douze, par Chanvalon, fils d’Achard. Les donations se multiplièrent; la piété des fidèles enrichit les nouveaux chanoines, et cet établissement prit une forme régulière.

Au commencement du douzième siècle, les moines bénédictins de St.-Florent prirent ombrage du nouveau chapitre dont les chanoines portaient l’habit et pratiquaient la règle de St-Augustin. Ils prétendirent avoir eu un ancien droit sur la chapelle de Notre-Dame, et soutinrent que la desserte de l’église et du chapitre leur appartenait. Ils gagnèrent d’abord leur procès, mais les chanoines eurent recours à la protection du pape Calixte, du vicomte Aimeri, et du chapitre de la cathédrale de Poitiers, et ils vinrent à bout de se maintenir à leur poste.

Dans le principe, ces chanoines vivaient en commun; mais bientôt la cohabitation leur parut pénible, ils s’en affranchirent, et, divisant entre eux le revenu, ils vécurent en séculiers. Cet état de choses a duré plus de 520 ans.

En 1440, Nicolas Gadart était abbé de St.-Laon. Il fit connaissance de Marguerite d’Ecosse, femme de Louis XI, alors dauphin. Ce prince était venu du Bonrbonnois où il s’était retiré pour éviter la colère de son père, à Thouars, qu’il se flattait de réunir un jour à son domaine.

En visitant l’église de St.-Laon, la dauphine conçut le projet d’y faire ajouter une vaste chapelle, où elle voulait que son corps fût déposé après sa mort.

L’état de sa fortune et celle de son mari qui avait vécu quelque temps en exil, et qui ne venait que de rentrer en grace, ne lui permettaient guères une pareille dépense; néanmoins la princesse voulut que l’on mît de suite la main à l’œuvre. Elle chargea l’abbé Gadart de faire tous les frais de l’entreprise, en lui mettant en dépôt son livre de prières richement décoré, et en l’assurant qu’elle ne tarderait pas à retirer ce gage et à lui rembourser toutes ses avances.

Sur la parole de la dauphine, Gadart fit bâtir la chapelle que l’on voit aujourd’hui. Elle est située à l’orient de l’église, et est adjacente au chœur; sa voûte est assez belle, et sa construction paraît digne de la princesse qui l’avait ordonnée.

Cet édifice était à peine fini, que la dauphine mourut d’une pleurésie à Chalons-sur-Marne; elle fut enterrée dans la cathédrale de cette ville en 1445, quoique par son testament elle eût désigné l’église de St.-Laon de Thouars pour le le lieu de sa sépulture. La calomnie n’épargna pas cette princesse, qui réunissait, en sa personne, la délicatesse et la justesse de l’esprit, la noblesse du sentiment, la bonté du cœur et la douceur du caractère. Les graces de sa figure donnaient un nouvel éclat à ses vertus. Protectrice déclarée des arts, elle ne cessa de les encourager. On connaît le baiser qu’elle donna à Alain Chartier. Un nommé Jamets-du-Tillay l’accusa d’avoir écouté avec trop de complaisance un sire de Mainville. Cette noire calomnie empoisonna les derniers momens de cette princesse. Un médecin, voulant lui rendre l’espérance, assurait que sa maladie n’était pas mortelle. — Ah! fi de la vie, s’écria-t-elle, qu’on ne m’en parle plus!

Gadart demanda long-temps, sans succès, les six cents écus d’or qu’il avait déboursés sur la foi de la dauphine; enfin, en 1459, Charles VII lui fit payer cette somme et retira les heures de la princesse.

Cette première négociation terminée, l’abbé de St.-Laon demanda que le corps de la dauphine fût transféré de Châlons à Thouars. Il n’obtint sa juste requête qu’en 1479. Il partit de Thouars, le 19 octobre, accompagné de ses chanoines et de vingt gentilshommes. Arrivé à Châlons, on lui fit d’abord quelques difficultés que l’évêque fit lever par son autorité. Le corps fut mis sur un corbillard revêtu de drap d’or, tiré par six chevaux couverts de velours noir; le convoi arriva à St.-Laon, le 13 novembre de la même année. Après un service solennel, où l’abbé officia pontificalement, et qui fut répété trente jours de suite, le cercueil de plomb, qui contenait les cendres de la dauphine, fut déposé dans un caveau creusé pour cela dans la chapelle qu’elle avait fait construire. Ce même cercueil a été mis en pièces par les profanateurs de 1793, et les cendres de la princesse ont été jetées au vent, avec celles des vicomtes et des ducs de Thouars.

Gadart mourut trois mois après cette translation, qu’il avait sollicitée pendant trente-quatre ans. Il est enterré dans le sanctuaire, près du principal autel, sous une petite arcade placée sur la gauche. Il a été le dernier abbé régulier de St.-Laon.

Ce chapitre a eu beaucoup à souffrir des troubles et des guerres civiles qu’excitèrent les calvinistes dans le seizième siècle. Il a perdu une partie de ses titres et de ses biens.

En 1653, il s’y fit une grande réforme. Abraham Ribier, abbé, fit réunir en une manse tous les bénéfices claustraux; il eut assez d’adresse pour y faire joindre plusieurs prieurés et bénéfices simples, sous le prétexte des pertes qu’avait fait le chapitre . Par ses soins, l’église fut réparée, embellie et voûtée dans les endroits où elle ne l’était pas encore. Il eut assez d’autorité pour faire enlever, du chœur, le tombeau de Louis d’Amboise, vicomte de Thouars, où il était devenu un masque plutôt qu’un ornement. En 1655, les chanoines réguliers de la congrégation de France, appelés vulgairement Génovenfins, prirent à St.-Laon la place des anciens chanoines de l’ordre de St.-Augustin. Cette maison était composée, en 1790:

1.° D’un prieur-curé, M. Abel Goirand.

2.° Cinq chanoines, MM. Loret; Cordier; Lefèvre; Varnier; Senilles .

Deux de ces chanoines remplissaient les fonctions de vicaires.

Le prieur, après avoir été long-temps exilé en Espagne, est revenu à Thouars, il y est mort en 1812, revêtu du titre et des fonctions de curé, archi-prêtre de St. Médard. Un seul des chanoines a survécu à la révolution.

La maison qu’ils occupaient est encore la plus belle et la plus régulière de toutes celles de la ville. Elle a été construite en 1702; depuis six ans on y a placé le collége.

Le revenu de St.-Laon ne s’élevait pas au-delà de 5000 liv.; celui de l’abbé commendataire était de 3500 liv. La paroisse de St.-Laon est aujourd’hui une succursale de celle de Saint-Médard.

Chapitre de Notre-Dame-du-Château.

Le chapitre de Notre-Dame-du-Château fut fondé, en 1500, par Gabrielle de Bourbon, femme de Louis II, duc de la Trimouille. Elle eut quelques obstacles à vaincre de la part du prieur de St.-Nicolas. Ce dernier se rendit enfin, à condition qu’il conserverait le droit de prendre la seconde place au chœur, après le trésorier, avec celui de réciter à matines la dernière leçon, et de dire la messe de minuit le jour de Noël. C’était à ces misérables prérogatives que tenait alors la petite vanité de nos devanciers.

Gabrielle fit bâtir, en 1503, l’église du Château, telle qu’elle existe aujourd’hui; j’en ai déjà donné la description. Il est inutile de me répéter.

Quand l’édifice fut bâti, la duchesse obtint du pape Léon X, une bulle sous la date du 18 janvier 1515, par laquelle cette église fut érigée en collégiale et en corps de chapitre, à l’instar de celle de St.-Martin de Tours et de la sainte chapelle de Paris. Le pape, dans cette bulle, donne au trésorier et au chapitre le droit de préséance dans toutes les assemblées publiques; il n’ont jamais joui de ces priviléges, parce qu’ils n’ont pu justifier de l’enregistrement et de la vérification de ce titre.

Le chapitre n’était composé, dans le principe, que de quatre chanoines, outre le trésorier et trois hebdomadiers; mais, quelques années après, Gabrielle y ajouta trois autres chanoines et quelques chapelains.

Avant la révolution, on voyait dans cette église, trois mausolées en marbre noir avec des figures en relief en marbre blanc. Le premier était celui de Gabrielle et du duc de la Trimouille, son mari; le second du jeune prince de Talmont et de Louise de Coëtivi sa femme; le troisième du cardinal de la Trimouille.

Les revenus de ce chapitre étaient très-médiocres.

Le Trésorier ( revenu 1000 liv. ), (1791), M. de la Haye.

Chanoines ( revenu 380 liv. ), MM. de la Sorinière; de la Chassée; Marillet; Dallais; Brion; Pommier; Villeneau.

Il est vrai que tous les chanoines joignaient, à leurs canonicats, des bénéfices simples que les ducs de Thouars leur conféraient. L’un d’eux prenait la qualité de chantre, mais cette prétention ne paraît jamais avoir été fondée en titre.

Les trois chapitres de Thouars ont souvent eu des procès pour la préséance; enfin par un concordat passé en 1536, il fut convenu 1.° que l’abbé de St.-Laon et le doyen de Thouars fermeraient les rangs dans les processions publiques, l’abbé à droite, et le doyen à gauche; 2.° que chaque chapitre aurait la préséance à son tour; 3.° qu’ils s’asembleraient et feraient l’office dans l’église de St.-Médard.

Depuis 1791, l’église du château est abandonnée; chaque jour ajoute à la dégradation de ce beau monument. Les mausolées ont été brisés en 1793, au même moment que les tombeaux furent profanés. Elle a été bâtie dans la forme de la sainte chapelle de Paris, mais elle a plus de largeur. Le style de son architecture est gothique, ses proportions sont parfaites, et toute délabrée qu’elle est, elle fait encore l’admiration des connaisseurs. Le marteau du temps va, dans quelques années, consommer la ruine de ce bel édifice que la hache du vandalisme avait épargné : on ne fait plus de mal en France, mais on ne peut pas encore réparer celui qu’on a fait.

CHAPITRE VIII.

Table des matières

Eglises paroissiales.

Thouars, avant la révolution de 1789, avait trois paroisses: St.-Médard, St.-Laon et Notre-Dame-du-Château.

Saint-Médard.

Il est certain que St-Médard a été bâti par les vicomtes de Thouars; mais on ignore l’époque précise de sa construction. Il paraît néanmoins qu’elle a eu lieu peu de temps après celle de l’église de Saint-Laon; on trouve, dans une chartre, un Tibaud, curé de St.-Médard, en 1120. C’était, dans le principe, une paroisse destinée aux habitans des hameaux de Vrinc, Belleville, Fertevaut, Crevant, etc. etc.; aussi l’appelait-on alors St.-Médard-des-Champs. Elle était isolée au milieu des jardins, des prés, et des cimetières des deux autres paroisses. On a trouvé, en 1740, dans l’endroit où est maintenant la place Saint-Médard, des ossemens, des tombes et tout ce qui constitue un véritable cimetière. La partie de la ville, située entre la grand’rue, la porte de Paris, celle du Prévôt et le couvent des Cordeliers, paraît avoir été la dernière bâtie et la dernière habitée. St.-Médard est aujourd’hui placé au milieu de la ville; c’est pourquoi la chaire du prédicateur de l’avent et du carême y était autrefois établie. L’église est vaste et construite dans le même style que celle de St.-Etienne-du-Mont de Paris. Elle a quarante-quatre mètres de longueur, sa voûte, qui est très-hardie et en plein ceintre, a de hauteur vingt mètres. La largeur de l’église est de dix-sept mètres.

En 1510, Gabrielle de Bourbon l’augmenta de deux grandes voûtes qui forment, sur la gauche, la vaste chapelle de St.-Louis. Elle avait le dessein d’en faire construire une autre parallèle à celle dont on vient de parler. Si ce dessein eût été exécuté, St.-Médard serait aujourd’hui une très-belle église; la mort inopinée de cette princesse l’empêcha de mettre la dernière main à son entreprise, et l’édifice est demeuré imparfait.

Cette paroisse est desservie par un curé et un vicaire. Avant la révolution, le curé était aidé par trois chapelains qui, mal payés, remplissaient très-mal leur devoir, et laissaient au pasteur et au vicaire tout le fardeau d’une paroisse considérable; car, indépendamment des hameaux qui contiennent une population de 900 individus, St.-Médard comprenait, dans son ressort, les trois sixièmes de la ville, St-Laon en avait deux, et Notre-Dame-du-Château avait le dernier.

Le curé, quelque pénibles que fussent ses fonctions, n’en était pas mieux payé. Sa cure était une portion congrue, qu’il recevait du chapitre de St.-Hilaire de Poitiers, décimateur général de la paroisse. Le vicaire avait 450 liv. et le curé 1100 liv. y compris le casuel. La cure était à la présentation de l’abbesse de St.Jean de Bonneval. Pendant la révolution, l’église de St.-Médard, abondonnée, a beaucoup souffert; elle a longtemps servi de magasin et de fenil. Rendue au culte, elle a été parfaitement réparée et même embellie par M. René Jagault, curé actuel, qui a fait pour elle tous les sacrifices que sa modique fortune lui permettait de faire. On peut dire que jamais elle n’a été si bien décorée qu’aujourd’ hui, on regrette seulement l’orgue et deux belles cloches que le vandalisme a brisées, et qu’on ne s’occupe point de rétablir .

En 1709 St.-Médard avait pour curé M. Quetin.

Il y avait alors deux vicaires: MM. Boussi et d’Orléans.

Le curé est mort en 1790; le dernier vicaire a été guillotiné dans le cours de la révolution; le sieur Boussi, après avoir été exilé long-temps en Angleterre, est aujourd’hui ( 1815 ) desservant de la succursale de St.-Laon.

Notre-Dame-du- Château.

La paroisse de Notre-Dame-du-Château n’existe plus aujourd’hui; c’était la plus petite et la plus ancienne de celles de Thouars. Elle dépendait, dans son origine, du prieuré de St.-Nicolas-du-Roc, ordre de St.-Benoît, situé dans le faubourg St.-Jacques. Il paraît qu’elle comprenait, dans son arrondissement, la basse ville et tout ce qui reste de l’ancien Childoac. La cure était à portion congrue; l’église paroissiale, aujourd’hui déserte, est située sous celle du chapitre du château. Cette paroisse était, au quinzième siècle, assez considérable; c’était celle des ducs souverains de Thouars.

Le dernier curé M. Nauleau, ecclésiastique estimé et respectable, a été massacré dans une émeute populaire, dont je parlerai ailleurs; il était en même temps curé du château et chanoine de St.-Pierre.

Saint-Laon.

J’ai déjà décrit cette église paroissiale; je n’ai rien à ajouter à ce que j’en ai dit.

CHAPITRE IX.

Table des matières

Couvens d’hommes.

Thouars avait, en 1789, trois couvens d’hommes, des Jacobins, des Cordeliers, des Capucins.

Jacobins.

Les Jacobins ou Dominicains s’établirent à Thouars en 1359. Un gentilhomme, nommé Pierre Dufault, leur donna son hôtel appelé Soussais, avec d’assez vastes jardins, et une somme d’argent assez considérable. Ces religieux furent d’abord assez mal accueillis de Hugues, vicomte de Thouars, mais ils trouvèrent d’autres protecteurs, dont les aumônes les mirent à même de bâtir un couvent et une église. Le clocher était remarquable par ses proportions et sa hauteur; il n’avait pas moins de cinquante-quatre mètres d’élévation. Les révolutions du seizième siècle leur enlevèrent une partie de leurs revenus. En 1720, ils perdirent encore 600 liv. de rente. En 1789, il ne leur restait que 900 liv. de revenu. Ces frères prêcheurs étaient assez mal avec M.gr l’évêque de Poitiers, M. de Beaupoil, qui leur avait interdit la chaire et le confessionnal.

En 1790, le couvent avait un prieur et deux religieux. Ils vivaient d’aumônes et de quelques dessertes de chapelles.

Cette maison, vendue en 1791, a été démolie; l’église est aujourd’hui changée en une pièce de luzerne. Il ne reste plus que quelques vestiges de bâtimens, la cour d’entrée est un jardin. Le vandalisme a tout renversé, tout détruit, tout profané.

Cordeliers.

Les cordeliers furent invités, en 1330, par le vicomte de Thouars, à venir s’établir dans sa ville, où il promettait de leur faire bâtir un monastère et une église. Ces bons religieux déjà établis à Saumur et à Loudun, refusèrent cette offre, et se firent prier plus de vingt ans, Ils se rendirent enfin aux instances de Louis, vicomte, et vinrent à Thouars en 1352; on leur bâtit le couvent et l’église qu’on leur avait promis; l’église ne fut néanmoins entièrement finie qu’en 1380.

La vicomtesse prit les cordeliers en une telle affection, qu’elle voulut être enterrée dans leur église et en habit monastique; telle était la dévotion du siècle. Ce qu’il y eut de mieux, c’est qu’elle leur légua en mourant une rente de cent septiers de froment (1140 myriag.) à prendre sur son domaine, et mille écus d’or pour achever leur église et acheter de très-riches ornemens pour leur sacristie. Le vicomte imita l’exemple de son épouse. A sa mort, il légua à ces moines une douzaine de froment par semaine ( 84 kilogrames pesant ) et une rente de quatre barriques de vin ( 8 hectolitres 56 litres ). Il voulut aussi être enterré dans leur église en habit de cordelier.

En 1376, le pape Grégoire XI accorda des indulgences à ceux qui visiteraient l’église des frères mineurs de Thouars.

Ces religieux ont joui de ces donations ou rentes, jusqu’au moment des guerres civiles causées par le calvinisme; depuis cet instant, on a cessé de les leur payer. Au moment de la révolution de 1789, leur revenu direct n’excédait pas 600 liv., mais les aumônes ont toujours été fort abondantes; le couvent n’a pas éprouvé de disette et n’a jamais manqué du nécessaire.

En 1790, cette maison était habitée par un gardien et trois religieux. Un seul, le père Valère, a survécu à la révolution.

Ce couvent, en 1791, a été occupé par les administrateurs du district de Thouars, ce qui l’a préservé des dégradations si ordinaires aux maisons non habitées. En 1796 cette maison a été vendue, et les acquéreurs l’ont, à l’aide de quelques réparations, changée en une très-belle auberge qui porte l’enseigne de la boule d’or; l’église sert aujourd’hui de principale remise, les autels sont entièrement dégradés: le temple du Dieu vivant est devenu une espèce d’écurie.

Capucins.

Les capucins furent appelés à Thouars en 1616, par Uriel Falloux, conseiller du Roi en l’élection, et par Prudence Ogeron, sa femme. La croix du couvent ne fut plantée que le 3 octobre 1620. Falloux leur fit bâtir une petite chapelle qu’il décora de son mieux; on commença à y dire la messe en 1621.

Louis XIII, cette même année, vint à Thouars , et fit donner à ces religieux des lettres patentes pour confirmer leur établissement. Il est à croire qu’il y ajouta une somme assez considérable, puisque, l’année suivante, les capucins se trouvèrent en état de bâtir leur couvent et leur église sur le terrain que Falloux leur avait concédé. La chapelle que ce dernier avait bâtie fait partie de l’église dont le sieur de Chausseraye posa la première pierre. Il méritait cet honneur, puisqu’il fournissait gratis tout le bois de construction pour l’église et le monastère.

On sait que ces religieux ne vivaient que d’aumônes. Cette maison était habitée par un gardien, trois moines et un frère convers.

Peu d’années avant la révolution de 1789, ces bons pères, trouvant la charité des fidèles très-refroidie et manquant de sujets pour placer dans leurs couvens, prirent le parti d’abandonner Thouars. Ils vendirent leur maison à M. Dallais, principal du collége, ainsi que leur enclôture qui est très-vaste et très-belle. Cette maison est aujourd’hui tombée entre les mains du sieur Millau; les bàtimens sont dans une dégradation totale; une partie a été démolie: l’église est devenue une grange.

A l’occident du monastère, il y avait autrefois une superbe promenade plantée en ormeaux, dont l’horison était très-étendu. On y découvrait, à l’œil nu, le château de Saumur distant de plus de trois myriamètres, les clochers de Montreuil, de Notre-Daule-du-Puy, et de plus de douze paroisses rurales. On a fait arracher les ormeaux et labourer le terrain, ce qui a fait entièrement abandonner la promenade. La cupidité des agriculteurs a aussi son espèce de vandalisme. «L’argent, l’argent, sans lui tout est stérile.»

CHAPITRE X.

Table des matières

Couvens de filles.

Thouars avait, en 1746, trois couvens de filles: des Ursulines, des Filles de St.-Thomas-de-Villeneuve, et des Clairettes.

Ursulines.

Henri de la Trimouille, duc de Thouars, appela, de la ville de Laval, trois religieuses Ursulines qu’il établit à Thouars, pour apprendre à lire et à écrire aux jeunes filles indigentes. Il leur donna l’emplacement qu’occupent encore le couvent, le jardin et la chapelle. Tous ces bâtimens se firent en 1630 du produit d’une quête faite dans le duché et des libéralités du seigneur de Thouars. La chapelle fut bénie en 1632. L’économie des religieuses, les charités qu’elles reçurent y les dots des récipiendaires, firent à la longue un fonds assez considérable, qu’elles placèrent d’une manière avantageuse en terres dont elles firent l’acquisition. Malgré les pertes qu’elles éprouvèrent en 1720, à cause des remboursemens de leurs rentes en billets de banque de nulle valeur, elles jouissaient encore, en 1790, d’un revenu de plus de 2700 liv. Avant 1720, celle maison comptait vingt religieuses de chœur et trois sœurs converses. En 1791 le couvent n’avait pas plus de six religieuses. Les services qu’elles rendaient à la jeunesse du sexe, étaient inappréciables, et la perte que la ville a faite au moment ou ces dames ont été contraintes de la quitter, a été jusqu’à ce jour irréparable. Leur maison, en partie démolie, sert aujourd’hui d’hôtel-de-ville; elle est dans un état de dégradation presque complette. Toutes les terres et métairies qui dépendaient de cette communauté ont été vendues en 1791.

Filles de Saint-Thomas.

La maison de charité, autrement l’hôpital des malades, a été fondée en 1645 par Anne de Rais, veuve d’un gentilhomme nommé Jean Goulard de la Vernière. Le duc Henri de la Trimouille lui fit un legs d’une assez grosse somme d’argent. En 1652, Louis XIV, par des lettres patentes, donna à cet hôpital le titre d’Hôtel-Dieu. Son revenu, avant 1720, était de 2800 liv.; l’annullation des billets de banque lui ôta la moitié de ses rentes. En 1775, M. de Grammont lui fit don d’une somme de 6000 livres. La révolution de 1789 lui a été d’abord funeste. Une partie de ses rentes lui a été remboursée en assignats de nulle valeur, mais depuis elle en a recouvré d’autres qui lui ont été concédées; son revenu actuel peut se monter à 4300 fr.

Cet hôpital a deux salles, une pour les hommes, et l’autre pour les femmes. Entre les deux salles, est une chapelle assez bien décorée, desservie par un aumônier. A l’ouest des appartemens destinés aux malades, on voit des bâtimens réservés au logement des sœurs, à l’apothicairerie et à des servitudes de toute espèce. Un jardin assez vaste fournit à la maison les légumes nécessaires.

Cet établissement est gouverné par cinq administrateurs, et dirigé par un receveur appointé. Les malades sont soignés par deux ou trois religieuses de St.-Thomas, dont une est supérieure. Ces dames sont nourries aux dépens de la maison. Elles reçoivent chacune un traitement de 100 fr.

Cet hôpital n’a dans ce moment ( 1815 ) que deux religieuses, Mesd. de Saint-Maurice, supérieure; Valeray.

Il y a en outre une sœur converse et trois domestiques .

En 1789, cent cinquante-neuf malades y sont entrés vingt-sept seulement y sont morts. En 1801, ce même hôpital a reçu cent quarante-neuf malades, dont vingt-quatre sont morts.

En 1814, le nombre des malades était de soixante-trois, dont dix sont morts. Le prix moyen de l’entretien d’un malade par jour est de 80 cent.

Les Dames de St.-Thomas-de-Villeneuve ont été établies en 1660 par le père Ange Proust, Augustin de la réforme de Bourges. Elles sont hospitalières, et suivent la règle de St.-Augustin. Leurs vœux sont simples, et quand elles les prononcent, on leur met un anneau d’argent au doigt; elles portent un crucifix sur leur poitrine.

Clairettes.

Des religieuses de l’ordre de St.-François, sous la seconde règle de Sle.-Claire, connues sous le nom de Clairettes, habitaient, en 1620, le bourg de Cursais, quand elles furent appelées an chateau de Lucinge, situé sur la Dive, par Angélique de Lucinge, veuve du sieur Jean de Sacconnay. Cette dame leur donna son château, et s’engagea de les nourrir tant qu’elle vivrait . Ces religieuses acceptèrent cette offre, et se rendirent à leur nouveau domicile. Trois ans après, leur protectrice mourut, les vivres leurmanquèrent, et elles formèrent le dessein de changer de logement. Elles y trouvèrent des obstacles qui retardèrent l’exécution de leur projet; ce ne fut qu’en 1652, que, munies de lettres patentes de Louis XIV, elles vinrent s’établir à Thouars. Les Ursulines s’opposèrent à leur établissement, et leur firent un procès ridicule qu’elles perdirent. Les Clairettes victorieuses achetèrent un emplacement en face des Jacobins, et firent construire un très-beau couvent qui, malgré les aumônes dont elles furent aidées, absorba le peu de fonds qu’elles pouvaient avoir. Cette indiscrétion les réduisit à une extrême misère; très-souvent, à l’heure du midi, elles sonnaient leurs cloches pour avertir les ames pieuses qu’elles n’avaient pas de quoi dîner. On y courait alors, et des provisions de toute espèce étaient portées au couvent; mais bientôt après la charité se refroidit, et quoiqu’elles tussent réduites au nombre de quatre, elles ne pouvaient subsister. Elles ne firent que languir, jusqu’à l’année 1746, que leur couvent fut supprimé par un arrêt du Couseil. Elles furent obligées de se retirer à Nantes, au monastère de Ste.-Élizabeth, et leur maison fut convertie en un collége. Depuis la révolution elle a été démolie. Elle formait un équerre de deux gros pavillons qui se coupaient en angle droit, et qui avaient chacun trois étages; sous ces pavillons régnait un vaste cloître qui conduisait aux offices, à l’église, et dans une cour étroite, au bout de laquelle était un vaste jardin. La chapelle était remarquable par le chœur, dont l’extrémité supérieure formait un dôme, dans le même style que celui de l’Hôtel des Invalides, et décoré des portraits en grand des douze apôtres; mais la coupole était trop surbaissée et n’avait pas assez de majesté. Cette chapelle a été démolie jusqu’aux fondemens il y a dix-sept ans; on en a vendu les matériaux au profit de la ville .

CHAPITRE XI.

Table des matières

Abbaye de Saint-Jean de Bonneval.

Au midi de Thouars, dans le bourg de St.-Jean, était une abbaye ou monastère de filles de l’ordre de St.-Benoist, nommé le couvent de St.-Jean de Bonneval. Ce dernier nom lui venait d’une vallée très-fertile arrosée par un ruisseau et par des fontaines, au haut de laquelle le monastère était situé.

Onattribue sa fondation à Louis-le-Débonnaire, lorsqu’il n’était encore que roi d’Aquitaine; quelques auteurs la reculent à une époque plus ancienne. Cette maison a perdu ses anciens titres; ce qui force de recourir aux conjectures. Ce qu’on a de plus certain, c’est une chartre du roi Lothaire, datée de Poitiers, le 17 juin 973, par laquelle ce prince donne à Albert, vicomte de Thouars, plusieurs domaines en Poitou, à condition qu’après la mort du donataire, ils appartiendront à l’abbesse et aux religieuses qui servaient Dieu sous l’invocation de St.-André et de St.-Jean-Baptiste. Les domaines dont il est question dans la chartre appartenaient encore à ce couvent en 1789. Ils sont situés dans les communes de Missé et de Faye-l’Abbesse. Cette chartre était en original aux archives de l’abbaye.

Ce couvent était très-vaste et très-bien bâti; l’enclôture contient plus de neuf hectares. Il a essuyé plusieurs révolutions, et a été réformé plus d’une fois.

En 1531, François 1er nomma, pour abbesse de St. Jean, Louise de Chateigner. Les religieuses qui ne voulaient pas admettre le concordat, prétendirent avoir le droit d’en nommer une autre, en vertu de la pragmatique. L’abbesse l’emporta, mais elle fut en guerre ouverte avec ses religieuses qui lui causèrent mille désagrémens. De son côté elle voulut les assujettir à une réforme rigoureuse qu’elle ne put jamais faire adopter. Louise de Chateigner avait fait faire à son couvent de grandes réparations, et même des augmentations très-importantes. C’est elle qui avait fait bâtir le palais abbatial, le réfectoire et le dortoir des religieuses; l’église et le chapitre avaient été par elle reparés et mis à neuf.

Elle combla de bienfaits ses religieuses qui ne la payèrent jamais que de la plus noire ingratitude. Elles n’avaient cependant qu’un reproche à lui faire, celui d’avoir été nommée en vertu du concordat. Cette seule tache effaçait à leurs yeux tout l’éclat de ses vertus.

«Tant de fiel entre-t-il dans l’ame des dévotes.»

L’abbesse mourut en 1543; Philippine de Chateigner, sa sœur, fut choisie pour la remplacer. Elle s’attacha d’abord à alléger le joug pesant que sa sœur avait voulu imposer; mais sa trop grande facilité donna bientôt lieu aux plus funestes abus. A la tiédeur succéda le relâchement, au relâchement le libertinage de cœur et d’esprit. Les prédicans calvinistes acquirent chaque jour, par leurs insinuations, plus de crédit auprès de ces vierges folles, qui bientôt après, foulant aux pieds leurs vœux et leurs sermens, pillèrent leur couvent, se firent des robes mondaines de leurs ornemens d’autel, fondirent les vases sacrés, et se rendirent à Genève pour y abjurer la religion de leurs pères et peut-être pour y chercher des maris.

Une sœur converse fut la seule qui échappa à la contagion; seule elle resta dans son monastère. D’autres religieuses de divers couvens se joignirent à elle, et composèrent un corps de communauté ; mais le roi ne jugea pas à propos de leur nommer une abbesse; il leur donna pour directeur l’abbé de Clermont-Tonnerre, qui les gouverna pendant cinquante ans, avec autant de douceur que de sagesse.

Voici le tableau des abbesses qui ont succédé à M. de Clermont-Tonnerre:



Les revenus de l’abbaye de St.-Jean montaient à la somme de 14000 liv.; 5000 liv. étaient attribuées exclusivement à l’abbesse, le reste était pour l’entretien et les réparations du couvent.

On comptait, en 1700, quarante religieuses de chœur; en 1790, il n’y en avait plus qu’une vingtaine, avec cinq sœurs converses. Ces dames étaient en très-mauvaise intelligence avec leur abbesse, et avaient soutenu contre elle des procès scandaleux. L’abbesse avait d’excellentes qualités, mais on lui reprochait de n’avoir ni dignité ni manières, et de ne savoir pas garder la gravité et les dehors qui convenaient à son rang.

Au moment où ces religieuses furent contraintes de sortir de leur communauté, elles se choisirent divers asiles. Presque toutes ont vécu misérablement; l’abbesse retirée chez un paysan, avait à peine assez de pain pour soutenir sa déplorable existence. Elle est morte, deux ans après, de misère, j’ai pensé dire de faim . L’on ne compte aujourd’hui que trois religieuses qui aient survécu à la révolution.

Leur couvent aurait pu servir à une manufacture quelconque, de vastes bâtimens, des eaux vives, des nappes d’eau, une immense étendue de terrain, tels étaient les avantages que cet édifice présentait. Il a été vendu à vil prix, en 1791. Le propriétaire n’a cru pouvoir mieux faire que de démolir ce monastère, il en a vendu en détail tous les matériaux, les pierres ont été converties en chaux, et les promenades en vignobles, l’église entièrement découverte est devenue un cloaque. On n’a conservé que l’avant-corps de logis que la dernière abbesse avait fait bâtir, ainsi que quelques servitudes.

«..... Que la philosophie

» A répandu de fleurs, d’agrémens sur la vie!»

( PALISSOT ).

Ücretsiz ön izlemeyi tamamladınız.

Türler ve etiketler

Yaş sınırı:
0+
Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
269 s. 16 illüstrasyon
ISBN:
4064066335052
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
İndirme biçimi:

Benzer kitaplar