Kitabı oku: «L'amour et la raison»
Pigault-Lebrun
L'amour et la raison

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066083649
Table des matières
La première de couverture
Page de titre
SENLIS,
FIN DE L'AMOUR ET LA RAISON.
SENLIS,
Table des matières
IMPRIMERIE DE TREMBLAY.
SUITE
DU REPERTOIRE
DU
THEATRE FRANÇAIS,
AVEC UN CHOIX DES PIECES DE PLUSIEURS AUTRES
THEATRES, ARRANGEES ET MISES EN ORDRE
PAR M. LEPEINTRE;
ET PRECEDEES DE NOTICES SUR LES AUTEURS; LE TOUT TERMINE PAR UNE TABLE GENERALE.
COMEDIES EN PROSE. - TOME XVI.
A PARIS,
CHEZ MME VEUVE DABO,
A LA LIBRAIRIE STEREOTYPE, RUE HAUTEFEUILLE, N° 16.
1823.
(…)
L'AMOUR
ET LA RAISON,
COMEDIE EN UN ACTE,
PAR M. PIGAULT-LEBRUN;
Représentée, pour la première fois, sur le théâtre du
Palais-Royal, le 30 octobre 1790.
NOTICE
SUR M. PIGAULT-LEBRUN.
Guillaume-Charles-Antoine PIGAULT-LEBRUN naquit à Calais le 8 avril 1753. Son père était président du tribunal appelé les Traites, qui jugeait de toutes les causes relatives à la fraude.
Il entra encore jeune au service, et était dans la gendarmerie de la maison du roi, lorsque la révolution arriva. En 1792, il fut inspecteur des remontes. Ce sont les seules fonctions qu'il ait remplies lors des troubles politiques. Long-tems après, le frère de Buonaparte, Jérôme, voulut l'emmener en Westphalie après l'avoir nommé son bibliothécaire; mais l'empereur s'y opposa, et après avoir porté le titre honorifique de cet emploi pendant trois jours, il resta à Paris, et n'alla point en Westphalie comme l'assurent certains recueils peu exacts et quelques libelles mensongers. C'est uniquement la démangeaison de faire de l'esprit aux dépens de la vérité qui a fait dire, dans je ne sais quelle biographie, qu'étant à la cour du roi Jérôme, il avait été l'Horace du Mécène Corsico-Westphalien. Depuis long-tems M. Pigault-Lebrun occupe une place dans une administration, et il n'a jamais intrigué pour faire sa fortune, ni ambitionné de parvenir aux honneurs.
M. Pigault-Lebrun jouit de deux réputations littéraires bien distinctes; et sous le rapport d'auteur dramatique, ce n'est plus le même homme considéré comme romancier; ses pièces de théâtre offrent un heureux mélange de sensibilité, de délicatesse et d'esprit, dont il est même trop prodigue et qui le fait remarquer entre tous les auteurs ses contemporains. C'est le successeur le plus distingué qu'ait eu Marivaux, et le meilleur disciple de son école. Toutefois on doit lui reconnaître plus de gaîté avec autant de brillant; mais il lui est inférieur en finesse, en comique de situations. Il est resté loin de son modèle dans l'analyse des sentimens du coeur des femmes, et surtout dans l'observation des convenances.
Avec le beau talent que M. Pigault-Lebrun a reçu de la nature, il eût été l'un des premiers écrivains de son siècle, si dans toutes ses productions il eût mis la circonspection qui est nécessaire à un auteur pour se faire lire de la bonne compagnie et toutes les classes du beau sexe.
Voici à peu de chose près la liste des pièces qu'il a composées depuis le commencement de sa longue carrière littéraire, outre celles qui sont insérées dans la présente collection.
Charles et Caroline, comédie, la première qui ait été jouée au Théâtre Français, après qu'il eût pris le titre de Théâtre de la République.
Les Dragons et les Bénédictines, et les Dragons en cantonnemen, comédies, jouées au théâtre de la Cité, en l'an II.
Les Moeurs et le Divorce, comédie, jouée au même théâtre, la même année;
Les Empiriques, comédie, jouée en l'an III au même théâtre.
Le Blanc et le Noir, drame, joué à la Cité, en l'an IV, ainsi que l'Esprit follet, comédie.
La Lanterne magique, jouée aussi à la Cité, en l'an VI; Contre-tems sur contre-tems, comédie, donnée aux Variétés.
Le Memnon français, comédie, jouée à Saint-Quentin en 1807, et ensuite aux Français.
L'Orphelin, comédie, jouée à la Cité.
En outre il a donné les pièces suivantes, jouées à divers théâtres: Le Marchand provençal, comédie; La Mère rivale, comédie; Séraphine et Mendoce, comédie; la Joueuse, comédie en vers; L'Orpheline, comédie; Les Femmes rusées, comédie; et le Cousin et la Cousine, comédie.
Il a donné à Feydeau Les Sabotiers et le Major Palmer, opéras-comiques.
Enfin il a fait, en société avec M. Chazet, Les Comédiens d'une petite ville, vaudeville; et avec M. Dumaniant, Les Calvinistes.
Nous ne donnerons pas ici la nomenclature de ses romans, qui serait longue et inutile. Pendant trente ans il ne s'est guère écoulé de mois qu'on n'en ait vu éclore un de sa composition; nul n'en a fait en aussi grand nombre que lui depuis Retif de la Bretonne, qui d'ailleurs était prodigieusement au-dessous de lui pour le style.
M. Pigault-Lebrun paraît maintenant se livrer à un genre plus sérieux et s'occuper d'ouvrages importans. Il vient de publier une histoire de France, en 6 volumes in-8°. Quel que soit le succès qu'elle obtienne, elle sera toujours jugée au-dessus de celles de Velly, du père Daniel, et autres historiens obséquieux ou prévenus.
M. Barba a recueilli les oeuvres de M. Pigault-Lebrun, auxquelles il a fait les honneurs d'un certain luxe typographique. Elles figureront sans doute dans toutes les bibliothèques des amateurs du plaisir et de ceux qui affectionnent un auteur spirituel et amusant, quel que soit le genre où il se soit exercé.
PERSONNAGES.
HORTENSE, jeune veuve.
MONDOR, vieux garçon.
AUGUSTE, cousin d'Hortense, jeune homme de seize à dix-sept ans.
MARTON, suivante d'Hortense.
DUMONT, valet de Mondor.
UN NOTAIRE.
UN LAQUAIS.
La scène se passe dans l'appartement d'Hortense.
L'AMOUR
ET LA RAISON,
COMEDIE.
SCENE PREMIERE.
HORTENSE, MARTON.
(Elles sont assises à quelque distance l'une de l'autre.
Hortense brode au métier, et Marton à la main.)
MARTON.
Il arrive aujourd'hui.
HORTENSE, avec un soupir.
Hélas! oui, mon enfant.
MARTON.
Cet hélas part de l'ame.
HORTENSE.
Que dites-vous, Marton?
MARTON.
Madame, je vous plains.
HORTENSE.
Ma chère amie, c'est à Mondor que je dus mon époux, cet époux qui me fut si cher; c'est à Mondor que cet époux mourant confia ma jeunesse, c'est Mondor qu'il nomma, si je devais jamais…
MARTON.
Et voilà bien les hommes. Jaloux de leurs droits pendant leur vie, ils veulent les étendre au-delà du tombeau. Vous aimiez votre époux, c'est fort bien.
HORTENSE.
Il était si aimable!
MARTON.
Oui, Madame, il était charmant; mais son ami ne lui ressemble guère.
HORTENSE.
Marton!
MARTON.
Non, Madame, Mondor ne lui ressemble pas. C'est un ami solide, raisonnable et raisonnant; mais il n'a rien de ce qu'il faut pour remplacer un mari de vingt-cinq ans, et pour consoler une femme de votre âge.
HORTENSE, froidement et avec hauteur.
Il suffit, je crois, qu'il me plaise…
MARTON.
Vous plaire! Il en est loin.
HORTENSE.
Vous prétendez…
MARTON.
Voir mieux que vous dans le fond de votre ame. Non, vous ne l'aimez pas.
HORTENSE, avec humeur.
Mademoiselle!
MARTON, affectueusement.
Même, quand vous boudez vos gens, vous êtes toujours adorable.
HORTENSE.
Allons, finis, ma bonne amie: tu m'aimes, je le sais…
Mais…
MARTON.
En ce cas, laissez-moi donc dire. Est-ce mon intérêt qui me détermine? Est-ce moi qui dois épouser Mondor? Que vous êtes étranges, vous autres maîtres! Vous voulez qu'on vous serve, vous voulez qu'on vous aime, vous voulez qu'on vous devine: on vient à bout de tout cela à force de travail et de réflexion; crac, un bon caprice nous déjoue, nous éloigne, et, pour s'épargner un moment de mauvaise honte, on se condamne à des regrets éternels.
HORTENSE.
Des regrets! Ah! Marton, des regrets avec Mondor!
MARTON.
Oui, Madame, avec Mondor. N'a-t-il pas cinquante ans?
HORTENSE.
Eh! qu'importe? il a du mérite.
MARTON.
Un mérite… sur le retour.
HORTENSE.
Il vient d'assurer ma fortune et mon repos, en terminant avec les héritiers de mon mari le procès le plus incertain.
MARTON.
Le grand miracle! Il n'est pas de mince procureur qui n'en eût fait autant.
HORTENSE.
J'espère que vous ne le confondez pas…
MARTON.
Ma foi, Madame, la comparaison n'a rien de révoltant. Un procureur vous eût pris de l'argent, Mondor demande votre main : c'est mettre ses services au plus haut intérêt.
HORTENSE.
Il ne demande rien. Tendre, mais soumis, Mondor attend tout de ma délicatesse. Depuis deux ans qu'il s'est éloigné pour me servir, il ne m'a pas écrit une lettre qui ne fût dictée par le plus pur désintéressement. Mais, Mademoiselle, ne lui dussé-je rien, les derniers voeux de mon époux…
MARTON.
Sont sans force dans le cas dont il s'agit. Lui donner pour successeur M. Mondor! c'est trop fort, en vérité, et je ne le souffrirai certainement pas.
HORTENSE.
Vos folies m'amusent quelquefois.
MARTON.
Ce n'est pas folie, c'est raison.
HORTENSE.
A la bonne heure; mais votre raison m'excède, finissez.
MARTON.
Quoi! sérieusement vous voulez…
HORTENSE.
Que vous vous taisiez, Mademoiselle.
MARTON.
Cependant, Madame…
HORTENSE.
Silence! je l'ordonne.
(Elle se lève.)
MARTON.
Soit, je me tais. (En poussant de côté le métier d'Hortense.) Il ne sera peut-être pas si facile d'imposer silence à votre petit cousin.
HORTENSE.
Mon cousin? un enfant.
MARTON, finement.
Un enfant? Oh! sans doute.
HORTENSE.
A qui je tiens lieu de mère.
MARTON.
Aussi vous respecte-t-il infiniment?
HORTENSE.
Que d'un coup d'oeil je fais tomber à mes pieds.
MARTON.
Et à qui l'attitude plaît beaucoup.
HORTENSE.
Le pauvre enfant n'est pas dangereux.
MARTON.
Cela peut être; mais il est bien aimable.
HORTENSE.
Il a pour lui la candeur de l'enfance.
MARTON.
Et une figure céleste, convenez-en.
HORTENSE, avec franchise.
Oui, il est bien.
MARTON.
Une gaîté franche…
HORTENSE, se livrant davantage.
Et pleine d'esprit, Marton.
MARTON.
C'est ce que je voulais dire. Riant toujours, et montrant…
HORTENSE.
Les plus belles dents…
MARTON.
Les plus belles dents du monde… Et cette fossette à la joue gauche…
HORTENSE.
Et ses espiégleries…
MARTON.
Charmantes, Madame, charmantes.
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