Kitabı oku: «Liberté et bonheur absolus – notre véritable essence»

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© Sychevskiy V.V., 2024

© Maison d’édition Aegitas, 2024

Avant-propos

Nous sommes tous des êtres spirituels. Il n’y a aucun doute à propos de cela. L’essence d’un être spirituel, le plus souvent appelée conscience. Les limites de la vision du monde quotidienne se manifestent dans le fait que nous considérons notre conscience comme une certaine limite, ou un point final. En d’autres termes, nous croyons que notre conscience, c’est nous. Cependant, le vrai Dharma, ou Enseignement, nous dirigeant vers la vraie réalité, dit que notre essence véritable est le Vrai Soi, qui transcende la conscience et qui est la source de son apparition. Dans le bouddhisme et le yoga, le Vrai Soi est décrit comme un état de complète destruction des passions nuisibles, de cessation complète de la souffrance et de réalisation d’une véritable conscience de soi, ce qui est une liberté et un bonheur absolus. En sanskrit «le vrai Soi» est désigné «Âtman» et l’état du Vrai Soi est «Nirvâna».

Si nous essayons de réaliser cet état, caché au plus profond de nous et étant notre vraie nature, par la pratique spirituelle, notre destin va beaucoup changer.

La connaissance du Vrai Soi, ou conscience de soi, se réalise au moment où notre esprit, que nous considérons habituellement comme nous-mêmes, revient à son état d’origine de Calme et Contemplation. L’état originel de notre conscience est aussi appelé Illumination.

Il existe un certain nombre de méthodes essentielles de pratique spirituelle qui ramènent notre esprit dans l’état d’éveil originel. Cependant, le plus important, c’est la concentration qui fait partie de la véritable pratique spirituelle. C’est la concentration qui nous permet de faire l’expérience de la cessation du travail de la conscience et, pour la première fois, de voir, d’avoir un aperçu de notre propre vraie nature, ou Âtman, un état de liberté absolue, inconditionnelle et de bonheur.

Cet état ne peut pas être exprimé par des mots, car l’Âtman, c’est nous dans le vrai sens du terme. L’état de l’Âtman n’est connu que de manière empirique:

«La vérité de la réalisation-de-soi [et de la Réalité elle-même] ne sont ni une ni deux. A cause du pouvoir de cette réalisation-de-soi, la Réalité a la capacité universelle de profiter aux autres aussi bien qu’à celui-là [qui la réalise]; elle est absolument impartiale, sans aucune idée de «ceci» et de «cela», c’est comme la terre d’où poussent toutes choses. La Réalité elle-même n’a ni forme ni non-forme; comme l’espace, elle est au-delà du savoir et de l’intellection; elle est tellement insaisissable et subtile pour être exprimée par la parole ou l’écriture. Pourquoi? Parce qu’elle est au-delà du royaume des lettres, des mots, des discours, de simples paroles, de l’intelligence discriminative, de l’investigation et de la réflexion spéculative; et elle est aussi au-delà du royaume de la compréhension qui appartient à l’ignorant, au-delà de toutes les mauvaises actions qui sont conformes aux mauvais désirs. Parce qu’elle n’est ni ceci ni cela; elle est au-delà de toute opération mentale; elle est amorphe, sans forme, dépassant le royaume de toute fausseté; parce qu’elle demeure dans la sérénité de la non-demeure qui est le royaume de tous les êtres saints.

Ô fils de bonne famille, le royaume de la réalisation-de-soi, où résident tous les sages, est libre de matérialité; il est libre de pureté comme de toute souillure, libre du «saisir» et de l’ «être saisi», libre de la ténébreuse confusion; elle est brillamment pure et, en sa nature, indestructible.»

(Avatamsaka Soûtra, le Soûtra des Quarante Chapitres, chapitre 31).

Ainsi, à mesure que notre concentration spirituelle se poursuit, un état d’une parfaite quiétude d’esprit apparaît. En observant des objets et des phénomènes dans l’extérieur et dans le monde intérieur, étant dans cet état, nous pouvons faire de nombreuses découvertes. À notre grande surprise et à notre pure joie intérieure indescriptible, nous découvrons soudain que toutes choses sont complètement différentes de ce qu’elles nous semblaient auparavant. Les découvertes de ce genre peuvent être appelées l’Illumination, et de nombreuses Illuminations sont de nombreuses découvertes, dont le processus consiste à passer d’une vue fausse à une Vue Juste. La Vue Erronée est basée sur les attachements, la haine, l’ignorance, tandis que la Vue Juste est basée sur la Tranquillisation et la Contemplation. C ’est donc après le rejet de cet attachement, de cette haine et de cette illusion que la Paix et la Vue Juste apparaissent, grâce auxquelles nous pouvons voir toute chose telle qu’elle est réellement. Cette pure vision s’appelle autrement la Sagesse.

Ensuite, nous continuons notre pratique afin de maîtriser pleinement cet état – l’expérimenter non seulement dans les couches superficielles, mais aussi dans les couches plus profondes de notre conscience à plusieurs niveaux. Lorsque tous les niveaux de conscience sont complètement arrêtés, nous faisons l’expérience de l’état de Nirvâna, ou Libération. La Libération est une fixation de l’état de l’Illumination.

Si la Libération est réalisée, alors – dans les pensées, les paroles et les actions, quel que soit le mouvement de notre pensée, quel que soit notre discours, quel que soit notre acte – tout sera lié à une croissance des vertus et des mérites et à l’expansion de la compréhension des Lois de l’Univers ainsi qu’à l’augmentation du Calme et de la Contemplation. Enfin nous pouvons acquérir de grands pouvoirs. Cela signifie que nous atteignons cet état qui transcende l’égoïsme et les souffrances qu’il génère, et finalement la vie et la mort, mais nous pourrons aussi aider les autres dans leur réalisation.

On croit généralement que l’Éveil est l’état absolu que le prince Siddhartha Gautama atteint en 589 avant J.-C., et devenu Bouddha (en sanskrit signifie «Éveillé» ou «Illuminé»). Cependant, l’état de Bouddha est l’ultime étape de la pratique spirituelle, l’Illumination et la Libération. Et ce chemin commence depuis l’éveil préliminaire (kensho) – depuis la cessation de l’activité mentale (citta), que nous utilisons au quotidien, que nous considérons avant tout comme nous-mêmes.

Dans les textes du bouddhisme primitif (bouddhisme Theravâda), l’éveil préliminaire correspond au premier stade que réalise le pratiquant: l’entrée dans le courant. Les Soûtras disent qu’une telle personne reçoit une vision fugace du but, c’est-à-dire le Nirvâna.

Le processus de l’éveil préliminaire est décrit de manière plus détaillée dans les textes du bouddhisme Zen. Dans le Zen, la première Illumination s’appelle «voir sa vraie Nature», en japonais «Kensho». Les Maîtres Zen soulignent également que le Kensho est la première véritable étape vers la Bouddhéité:

«Quiconque prétend être membre de la famille Zen doit avant tout atteindre le Kensho, la réalisation de la Voie du Bouddha. Si une personne qui n’a pas atteint le Kensho mais se fait appeler un adepte du Zen, c’est un cruel imposteur.

Partout où l’école Zen s’est répandue, quiconque atteint Kensho et a quitté la maison de la naissance et de la mort est un «quittant la maison», et non celui qui a abandonné sa maison juste pour se faire raser la tête» (Hakouin Ekaku2, "Wild Ivy").

Il y a de nombreuses années que j’ai fait l’expérience de l’état de Kensho pour la première fois de ma vie. Je ne vais pas me lancer dans les explications logiques de la nature de cet état: les subtilités logiques ou philosophiques et le Kensho, ce sont des choses contraires. Il est impossible de décrire cet état authentique de la conscience. Dans de tels cas, les Grands Maîtres des temps passés disaient: «C’est comme si un homme sourd-muet faisait un rêve». En d’autres termes, il faut avoir une expérience personnelle de cet état. L’»expérience personnelle» dans ce cas signifie un contact direct avec le fait, sans aucun intermédiaire.

À ce moment-là, en 1996, je pratiquais la marche à proximité de chez toi, et puis…

Je n’ai pas tout de suite compris ce qui s’était passé, mais j’avais l’impression que j’attendais cet état très naturel pour une raison quelconque toute ma vie… non, bien plus longtemps. D’où vient une telle légèreté dans le corps et en esprit? D’où vient ce bonheur inconditionnel et cette joie calme?!

Les sensations et le flux du mental se sont arrêtés, alors le corps et le mental semblent avoir disparu. Le visage est naturellement flouté, à peine un sourire visible. Les objets externes et internes sont restés, mais l’esprit ne s’y est pas du tout accroché, ils ont donc immédiatement cessé d’avoir toute influence. Le flux chaotique des pensées ne pesait plus sur l’esprit, puisque tous deux se dissolvaient dans le majestueux état de calme. Toute l’obscurité des choses et leur interaction les unes avec les autres pourraient se mettre au bout de l’ongle: pourquoi les gens recherchent de la valeur et du sens dans cette pile illusoire des liens de causalité?! Dans cet état primordial de conscience, la division du monde en deux pôles disparaît complètement; la pensée dualiste s’arrête. Si des pensées surgissent, elles sont considérées comme quelque chose d’extérieur, grossier et complètement dénué de sens.

Par la suite, j’ai réalisé que ce n’est qu’après l’expérience du Kensho que la véritable pratique spirituelle commence, car le Kensho donne une compréhension intuitive et très claire de tout ce avec quoi tu entres en contact. Puisque on ne se cherche plus soi-même dans les objets et les phénomènes, on peut les voir, eux, et non pas la dualité chaotique de sa conscience. Celui qui a vu (même furtivement) la réalité est capable de se consacrer entièrement à la pratique. Il est peu probable qu’il puisse échouer, car pour lui, il n’y a rien d’autre que la pratique spirituelle. Et par conséquent, il est en effet capable d’atteindre la Libération 3.

Je me souviens souvent des paroles que m’a adressées un Maître Zen à qui je décris mon expérience:

«Votre expérience est vraie, je la confirme. Félicitations, vous avez eu un aperçu du Bouddha! Qu’est-ce que tu vas faire après?

– Continuez, répondis-je.

– Continuer quoi?», le Maître très expérimenté ne m’a pas laissé tomber.

«– Continuez ma pratique, car il faut que l’expérience spirituelle soit la mienne, répondis-je spontanément.

– Très bien, sourit-il finalement, l’expérience doit être élargie. Combien de temps pourrais-tu rester dans cet état d’arrêt du flux mental?

– Dans cet état, il est impossible de détecter le temps, il s’arrête en même temps que la conscience, mais peut-être 10–15 minutes…

– Quand tu pourras rester indéfiniment dans cet état, alors ce sera «Illumination Suprême», a résumé le professeur.»

«Élargis ton expérience»: c’est cela que je fais depuis, étape par étape, élargissant l’état réalisé ce jour-là, l’état de la Tranquillisation et de la Contemplation.

Si vous me demandiez: «Quel évèvement était le plus important, le plus mémorable?», alors je parlerais de cette expérience du Kensho. Lorsqu’on m’avait demandé sur le but de la vie, je répondrais qu’au moins ce serait de vivre cette expérience.

Ainsi, en m’appuyant sur le Dharma authentique et sur ma propre expérience de pratique, je peux dire que le sens et le but de la vie est de retourner à son véritable état originel, qui peut être relativement désigné comme Âtman (Vrai «Soi»), Nirvâna ou Illumination et Libération.

En fait, ce sont des synonymes. C’est la même chose, mais sous des angles différents. Tous ces mots pointent (ils le soulignent, mais ne le sont pas: après tout, ce ne sont que des mots) vers quelque chose d’authentique, éternel, immuable, absolu, indépendant. Le problème est qu’il est impossible d’exprimer CECI. Parce que CECI n’est pas un objet externe par rapport à nous, ce n’est pas une chose ni un phénomène qui possède certaines propriétés, caractéristiques ou quelque chose comme ça. Ironiquement, je dirai que personne ne pourra dire: «Cette chose est mon Vrai «Soi». Regardez comme c’est beau et scintillant!» De ce point de vue, le «Soi» n’existe pas. Il est impossible de dire quoi que ce soit à propos de l’Âtman. C’est l’observateur qui ne naît ni ne meurt, qui est simplement invisible et naturellement présent. C’est NOUS au vrai sens du terme. C’est pour cette raison que je traduis le terme «Âtman» par «Vrai Soi», en prenant le pronom «Soi» entre guillemets. De plus, lorsque j’utilise des pronoms personnels pour tenter de faire référence à l’Âtman, je m’assure de les mettre en italique, par exemple: «Les Cinq Agrégats ne sont pas nous-mêmes.»

Mais est-ce que ça veut dire que cela ne sert à rien d’étudier le Dharma, puisque son essence est inexprimable? Ou mener une pratique spirituelle simplement «pour la pratique», puisque son objectif ne peut être formulé ou la formulation est-elle si abstraite? Mais la seule vraie valeur est précisément le Nirvâna, l’Illumination, l’Âtman. Ils sont le but d’une véritable pratique spirituelle!

«La distinction entre le simple savoir ou la spéculation philosophique et la réalisation-de-soi, entre ce qui est enseigné et enseignable par des mots et ce qui dépasse tout à fait l’expressions verbales parce que cela doit être éprouvé intérieurement- cette distinction est fondamentale; le Bouddha a vigoureusement insisté là-dessus, et ses partisans n’ont jamais oublié de souligner cette distinction, en sorte que l’état de réalisation-de-soi qu’ils désiraient ne fût pas perdu de vue» (D.T. Suzuki4, «Essais sur le bouddhisme Zen», partie 2).

L’Âtman, le Nirvâna, l’Illumination et la Libération ne peuvent pas être exprimés, mais nous pouvons essayer de comprendre ce qu’ils ne sont pas. Suite à cette méthode d’élimination, nous pouvons probablement parvenir à une compréhension au moins relative.

En écrivant cet essai, je me suis fixé précisément sur cet objectif: en m’appuyant sur les textes des Enseignants du passé et ma propre expérience de pratique spirituelle, montrer au lecteur le contenu de notre faux «Soi». Le même faux «Soi» qui nous lie au monde inconstant des désirs mondains et apporte la souffrance. Et ayant compris, au moins en théorie, ce qui n’est pas nous, nous pourrons voir le chemin qui mène à l’Illumination et à la Libération.

Chapitre I
Notre faux «Soi»

Les Cinq Agrégats /skandhas/

(Tableau № 1: «CINQ AGRÉGATS»)

Je pense que je n’aurai pas tort si je dis que chacun de nous s’est posé au moins une fois dans sa vie la question: «Qui suis-je?» Mais avons-nous trouvé la réponse? Suis-je ce corps physique? Suis-je mes sentiments, mes pensées ou mes émotions? Ou suis-je autre chose? L’Enseignement sur les Cinq Agrégats permet de se rapprocher de la compréhension de ces questions. Après tout, les Cinq Agrégats sont tout ce que nous possédons, tout ce que nous considérons à tort comme étant nous-mêmes, notre véritable ego.

Ces Cinq Agrégats de notre faux «Soi» sont:

1. Forme ou matière: en pâli et en sanskrit «rūpa» (littéralement: «forme»).

2. Sensations (Sentiments): en pâli et en sanskrit «vēdanā».

3. Perception: en pâli «saññā»; en sanscrit «saṃjñā».

4. Formations Mentales ou Volition: en pâli «sankhāra»; en sanskrit «saṃskāra».

5. Conscience discriminante: en pâli «viññāṇa»; en sanskrit «vijñāna».

Malheureusement, ni une simple liste ni un débat sur ce comment doit-on les traduire du pâli et du sanskrit ne nous permettront pas de mieux comprendre ces cinq facteurs.

1. La forme corporelle

«Rupa» est un mot sanskrit signifiant «forme». C’est-à-dire tout ce qui est matériel, autrement dit, ce sont toutes des formes ou des objets, des choses, des objets animés et inanimés que nous pouvons voir ou percevoir, par exemple des maisons et des arbres, d’autres personnes et voitures passant dans la rue. Bien sûr, tous ces objets externes nous influencent, nous et nos vies. Cependant, la plus grande influence sur nous est exercée par la «forme» la plus proche de nous: notre corps physique. C’est cela qui nous impose tant de restrictions et qui nous apporte non seulement des joies éphémères, mais aussi des souffrances inévitables, comme la maladie, la vieillesse et la mort. Par conséquent, lorsque nous parlons de la première des Cinq Agrégats, nous parlons avant tout de notre corps physique.

Ainsi, chacun de nous possède un corps physique, il sert de support à notre conscience.

Lorsque le corps physique est perçu par la conscience ordinaire, deux problèmes se posent.

D’abord, nous sommes capturés, attachés à notre corps: «Je suis beau (belle), svelte, grand, majestueux.» Ou au contraire: «Pourquoi suis-je si moche, petit (petite), pourquoi ai-je une mauvaise silhouette?!» et ainsi de suite. Nous faisons exactement la même considération erronée à l’égard des autres: «Comme elle est belle, comme il est mince, quels beaux muscles il a!» ou, à l’inverse: «Comme il (elle) est laid (laide), gros» et ainsi de suite.

Deuxièmement, une identification complète de soi avec le corps physique.

Afin de changer une telle vision erronée, qui conduit à la souffrance, on devrait considérer notre corps physique de manière impartiale. Il existe deux types de vision du corps physique: bouddhiste et yogique.

La première consiste à examiner notre corps physique d’un point de vue anatomique, exactement comme on nous l’a enseigné aux cours d’anatomie à l’école. Il y a la peau, plus profondément, il y a la couche graisseuse, puis il y a les muscles, les tendons et enfin les os et le squelette. De nombreux vaisseaux sanguins et nerfs la parcourent. Il existe des organes internes appartenant à différents systèmes. En observant notre corps de cette façon, nous voyons que le corps physique peut être très beau et attrayant à l’extérieur, mais qu’à l’intérieur, les choses sont complètement différentes. En effet, l’apparence et l’odeur de l’intérieur d’un corps sont désagréables. Cependant, nous reconnaissons plutôt simplement ce fait anatomique, on ne pratique pas de méditation d’aversion. Par exemple, si nous considérons notre propre corps ou celui de quelqu’un d’autre comme beau, qu’est-ce que nous aimons exactement: les muscles, les tendons, les os ou peut-être les organes internes? Ici, nous commençons vraiment à comprendre que la notion de «le corps est beau» et l’attachement au corps physique semblent très étranges, voire ridicules.

La vision yoguique consiste à considérer le corps physique comme la totalité des cinq éléments. L’élément Terre – les composants solides (tels que les os), l’élément Eau – les composants liquides (tels que le sang), l’élément Feu – la température de notre corps, l’élément Vent – la respiration et le mouvement de l’énergie, et l’élément Espace – les vides et cavités dans notre corps.

Le sens de l’observation des deux types est de comprendre que ce corps physique n’est pas notre véritable essence, mais simplement de la matière formée par une substance grossière qui, indépendamment de nous, contrôle divers processus physiologiques. Notre corps physique naît, tombe malade, vieillit et meurt. Cela limite notre liberté et nous relie fermement au monde matériel grossier. De plus, nous ne pouvons pas contrôler complètement notre corps: nous ne pouvons pas, par exemple, arrêter le processus de vieillissement, nous ne pouvons pas rendre notre corps immortel. Cela signifie que le corps physique n’est pas le Vrai «Soi». Le corps est l’illusion que nous percevons avec nos sens. Par conséquent, comme le dit le Shiva Samhita5: «Ce n’est que quand le corps, formé par les éléments du karman, devient le temple dans lequel on atteint le Nirvâna, que le fait de posséder un corps est vraiment fructueux.».

2. Les organes des sens et sensations

Nous avons cinq organes des sens situés dans notre corps physique: les yeux, les oreilles, le nez, la langue et la peau. À travers eux, comme par des portes ouvertes, les sensations nous parviennent, c’est-à-dire que nous voyons, entendons, sentons, goûtons et touchons respectivement. Les sensations sont le lien entre le monde extérieur et notre conscience.

Nous considérons généralement nos sensations comme agréables, désagréables ou neutres. Mais en réalité, la sensation elle-même ne peut être ni agréable ni désagréable; elle peut être forte, faible ou complètement absente. «Agréable» ou «désagréable» est la dualité de notre esprit, basée sur notre expérience passée. Ainsi, les causes de nos souffrances et de nos joies doivent être recherchées non dans le corps physique ni dans les sens, mais dans nos Agrégats plus profonds.

Que verrons-nous si nous commençons à observer calmement et consciemment nos sensations?

Premièrement, tant que notre conscience duale sera active, des sensations désagréables et douloureuses existeront. Je ne pense pas que quiconque apprécie la douleur physique, les odeurs dégoûtantes, les sons désagréables, etc.

Deuxièmement, bien sûr, il y aura des sensations agréables. Mais elles sont extrêmement inconstantes et ne durent en fait qu’un instant. De plus, si nous voulons ressentir une sorte de sensation agréable, mais que cela est impossible, alors nous souffrons grandement d’insatisfaction. Combien de fois dans votre vie avez-vous pensé ou dit: «Maintenant, je donnerais n’importe quoi juste pour obtenir ça»? Nous voyons ici que nous sommes fortement dépendants de nos sensations, que nous ne sommes pas libres à cause de notre attachement aux sensations agréables et que nous souffrons énormément lorsque la sensation agréable prend fin ou devient ennuyeuse pour nous, ou que nous ne pouvons pas obtenir ce que nous voulons.

Troisièmement, plus nous recherchons le plaisir des sensations, plus nous commençons à ressentir de la douleur et d’autres sensations désagréables. Par exemple, autant que la nourriture fraîche et gastronomique était pour nous savoureuse et agréable, autant que la nourriture médiocre d’avant-hier n’était pas aussi savoureuse ni agréable. En d’autres termes, s’il y a un plus (c’est-à-dire du plaisir), alors il y a certainement un moins (souffrance), et plus le plus (plaisir) est fort, plus le moins (souffrance) est fort: ils sont équivalents. Ce principe s’applique non seulement aux sens et aux sensations, mais aussi à toutes les expériences acquises grâce à eux. Ainsi, les personnes qui éprouvent de fortes émotions positives lorsqu’elles éprouvent du plaisir éprouvent également des émotions négatives tout aussi fortes lorsqu’elles sont confrontées à la douleur.

Quatrièmement, l’exemple précédent devrait suggérer que les sensations agréables et désagréables ne peuvent exister que simultanément. Par exemple, si une personne reçoit une anesthésie ou un soulagement de la douleur, la douleur ainsi que les sensations agréables disparaissent. Ou, par exemple, pour ne pas entendre de bruit fort et désagréable, une personne se bouche les oreilles avec des bouchons d’oreilles. Le bruit désagréable disparaîtra, mais la personne cessera également d’entendre les sons agréables ou nécessaires. En d’autres termes, si la joie apportée par les sentiments augmente, alors la souffrance augmente également. Les sens sont aiguisés simultanément dans deux directions.

Cinquièmement, nous éprouvons de la joie ou nous souffrons de sensations uniquement dues à l’action de l’expérience passée, qui est activée par notre esprit. Ainsi, les sensations, comme mentionné précédemment, peuvent être fortes, faibles ou absentes. «Agréable» ou «désagréable» est le fonctionnement de notre conscience duale.

Grâce à une telle réflexion, nous commençons à comprendre que les organes de sens et les sens sont une illusion. La nature illusoire des sens est réalisée à l’aide de techniques de respiration. Premièrement, lorsque la durée de l’inspiration, de l’expiration et de l’apnée augmente, la capacité de perception change. Les personnes qui inspirent, expirent et retiennent longtemps ne ressentent pas de douleur. Mais les personnes ayant une respiration courte sont sensibles à la douleur. Il ne s’agit pas seulement de douleur. Il en va de même pour les sens de la vue, de l’ouïe, de l’odorat et du goût. Pour comprendre l’existence de la conscience, qui «saute» simplement à travers ces illusions de sensations, des techniques de respiration sont pratiquées. Finalement, nous atteignons un état où les sens et les sensations s’arrêtent complètement. Dans la terminologie du yoga, cela s’appelle Pratyâhâra. Lorsque Pratyâhâra est réalisé, nous sommes immergés dans la méditation de ce monde matériel vers le monde Astral (le monde de la Forme 6).

Par conséquent, nos organes de sens et les sensations qui les traversent ne sont pas notre véritable essence. Par exemple, si, à cause d’une maladie, nous sommes privés de sensations, par exemple d’odorat et de goût, à cause d’un nez qui coule, alors nous continuons à exister. Si tel est le cas, alors le Vrai «Soi» ne peut pas être nos sensations: elles sont illusoires et nous existons même si nous perdons tous nos sens et sensations.

3. Les perceptions, images mentales

Le troisième des Cinq Agrégats est «les Perceptions»: les informations accumulées et stockées sous forme d’images. Toutes les informations et toute l’expérience que nous accumulons chaque seconde en accomplissant des actions, elles restent en nous. Les Perceptions, ou l’Agrégat n° 3, c’est notre premier réceptacle interne, ou réservoir, pour les données que nous recevons depuis le monde extérieur. Dans les Perceptions, ces données accumulées sont stockées sous forme d’images.

La fonction des Perceptions est de générer (créer) n’importe quelle image à partir des informations dont nous disposons déjà. Par exemple, si vous n’êtes jamais allé dans l’Himalaya, et je parlerai de cet endroit, vous pourrez alors reconstruire à partir de votre imagination quelques visuels (images), basés sur les informations glanées jusqu’à présent sur l’Himalaya, c’est-à-dire imaginer. Ainsi, l’Agrégat lui-même est une information sous la forme des images, et sa fonction est de créer des images, ou des images mentales.

Les fonctions des Perceptions incluent également la perception. En effet, lorsque nous percevons une information provenant du monde extérieur, l’image correspondante apparaît automatiquement, comme dans l’exemple avec l’Himalaya. D’un autre côté, dans notre vie quotidienne, nous pensons à beaucoup de choses, mais, même si nous ne les mettons pas toujours en pratique, chaque pensée, néanmoins, se reflète dans nos Perceptions, c’est-à-dire apparaît devant nous sous la forme de l’image.

Malgré le fait que les Perceptions, contrairement au corps et aux sensations, sont plus proches par rapport à notre véritable essence, elles ne sont pas non plus le Vrai «Soi».

Premièrement, les images nous apportent de la souffrance. Bien sûr, on peut s’évader un moment dans le monde des rêves: plonger dans des souvenirs agréables ou des rêves dans notre imagination. Cependant, combien d’images terrifiantes du passé, combien de souvenirs douloureux, combien de peurs incontrôlables stockées dans nos images? Il arrive même parfois qu’une personne hantée par d’horribles souvenirs du passé devienne tout simplement folle. Ainsi, si les Perceptions provoquent de la souffrance, alors elles ne constituent pas notre essence: le Vrai «Soi» ne peut pas se nuire ni causer de la souffrance.

Une question importante peut se poser ici. Comment se débarrasser de ces images obsessionnelles ou douloureuses du passé qui surgissent dans l’esprit et nous font souffrir?

Le seul moyen est de ramener l’esprit à son état de calme originel, dans lequel toute information est arrêtée et n’a aucun effet. C’est en fait à quoi le livre ainsi que ce court essai «Dharma; telles que sont les choses. Expériences réelles et réalisations d’un praticien spirituel.» sont dédiés.

Deuxièmement, les images sont ce que nous avons acquis et accumulé. Par exemple, j’ai visité le Sri Lanka pour la première fois en 2004. Avant cela, je connaissais peu ce pays. Par conséquent, je n’avais aucune image mentale du Sri Lanka. Cependant, après avoir visité l’île plusieurs fois, j’ai acquis une vaste expérience et des connaissances sur le Sri Lanka. Alors maintenant, je peux imaginer, par exemple, la première capitale de l’ancien État cingalais Anuradhapura et de nombreux autres endroits sur l’île.

Comme le montre cet exemple, les images ne sont pas quelque chose que nous possédons initialement, elles sont juste des données que nous recevons et qui ne sont pas notre essence.

4. Les formations mentales ou volition

Le quatrième composant du faux ego est l’expérience formée. Dans notre vie, nous acquérons de différentes expériences en effectuant des actions avec le corps, la parole et les pensées. Cette expérience est stockée sous forme d’information et devient une raison pour acquérir de nouvelles expériences. Autrement dit, nous effectuons des actions, revivons et accumulons de l’expérience; ensuite, l’expérience façonne nos goûts et nos aversions, ce qui nous pousse à agir à nouveau.

Ainsi, le quatrième Agrégat c’est une expérience formée (formations volitionnelles), et sa fonction – désirer ou ne pas désirer, en d’autres termes – volonté ou intention. Par exemple, vous avez essayé un certain plat, vous l’avez beaucoup aimé. Et par conséquent, vous voudrez à nouveau cette nourriture. Par contre, si, après avoir mangé cet aliment, vous avez eu mal au ventre, il est peu probable que vous souhaitiez le manger à nouveau. C’est ainsi que l’expérience formée s’accumule puis fonctionne, prédéterminant nos prochaines étapes.

Tout comme les Perceptions, l’Expérience formée n’est pas quelque chose qui nous est inhérent au départ, il s’agit simplement de données accumulées par nous à la suite d’actions. Le problème est que nous nous identifions à nos expériences passées. En conséquence, l’expérience devient la force motrice qui nous contrôle complètement. En d’autres termes, l’expérience formée se transforme en désirs et aversions qui nous motivent.

Bien entendu, nous pouvons tirer du plaisir de la réalisation de nos désirs, ceux qui sont une manifestation ou une fonction de notre quatrième Agrégat. Cependant, n’importe quels objets de nos désirs sont une illusion: soit ils changent et finissent par disparaître, ou bien ils nous ennuient simplement, puisque notre mental, qui crée toutes les illusions de joie ou de souffrance, change constamment, à la suite de quoi la satiété se produit nécessairement, et l’objet cesse de nous satisfaire. Si nous ne pouvons pas satisfaire nos désirs, pour obtenir ce que nous voulons, la souffrance de l’insatisfaction surgit. Dans ce cas, nous commençons à détester tout ce qui nous entoure. La haine et la douleur surgissent également lorsque nous vivons une expérience opposée à nos désirs, c’est-à-dire que nous vivons quelque chose que nous ne voulons pas expérimenter. Sur le processus de la perception et de la discrimination qui façonne toutes nos souffrances, je le raconterai plus en détail dans le prochain chapitre.

5. L’information à l’état pur et la conscience discriminante

L’Agrégat n° 5 représente toutes les données, c’est-à-dire toutes les expériences et toutes les informations que nous avons accumulées depuis des temps immémoriaux jusqu’à aujourd’hui. Si le composant précédent du faux ego est exclusivement l’expérience de cette vie qui forme les désirs, alors l’Agrégat n° 5 comprend non seulement l’expérience passée, mais aussi toutes les informations accumulées, et non seulement dans cette vie, mais aussi dans toutes les vies antérieures. Et ces données sont la seule chose dont nous disposons du passé. Tous les autres Agrégats sont détruits au moment de notre mort, et toute notre expérience accumulée est transformée en information sous sa forme pure – en contenu de l’Agrégat n° 5.

Non seulement dans l’existence intermédiaire après la mort, mais aussi tout au long de la vie, l’expérience que nous acquérons et toutes les informations que nous recevons se transforment finalement en notre cinquième Agrégat, qui est l’information, ou les données à l’état pur.

La différence entre l’expérience et l’information est la suivante. L’expérience est ce que nous avons vécu nous-mêmes. Comme déjà mentionné, les expériences passées façonnent nos désirs présents et nos répugnances. Les informations sont simplement des données sur n’importe quoi, tout ce que nous recevons de l’extérieur: d’Internet, d’amis, de livres, de programmes télévisés, etc. En règle générale, sur la base des informations reçues, nous évaluons ou distinguons des objets et des phénomènes. Bien sûr, souvent, l’expérience et l’information se mélangent. En conséquence, nos jugements et les désirs se forment à la fois par l’expérience passée et par l’information reçue. Cependant, on pense que l’expérience influence principalement nos actions (nous voulons ou ne voulons pas quelque chose, ce qui signifie que nous agissons) et les informations influencent notre esprit, notre vision du monde.

Et sur la base de ces données (c’est-à-dire l’expérience et les informations), nous distinguons, nous reconnaissons, portons des jugements, interprétons ou évaluons tout ce qui apparaît devant nous. D’où le nom classique de l’Agrégat n° 5 est «Conscience Discriminante», ou simplement «Discrimination». On peut dire qu’il est comme le gouverneur ou le chef des Cinq Agrégats. Il existe diverses expériences formées, et ce qu’il y a au milieu d’elles donne un ordre pour sélectionner des données spécifiques: «Cette voie est bonne, mais cette voie ne l’est pas», voici ce qu’est la Discrimination. Ainsi, nous devons comprendre que notre vision du monde, nos décisions sont principalement dues aux informations que nous avons reçues jusqu’au présent, c’est l’information qui est primordiale: elle est à la base de notre Discrimination.

Ainsi, notre Agrégat n°5 est une donnée à l’état pur, et sa fonction est le discernement de tous les objets externes et internes que nous percevons.

Comment fonctionne la Discrimination au quotidien? Par exemple, saviez-vous Gianluigi Buffon: le célèbre gardien de but de football italien? Pouvez-vous raconter quelque chose sur lui? Si vous êtes fan de football et de plus vous regardez régulièrement le football italien, alors vous et moi pourrons nous souvenir et parler de ses matchs brillants. Cependant, si vous n’êtes pas fan de football, ne regardez pas le football italien, alors c’est probablement la première fois que vous entendez le nom de Gianluigi Buffon. C’est juste que vous n’avez aucune information à ce sujet. Il n’y a aucune information grâce à laquelle vous pourriez caractériser en quelque sorte Buffon, exprimez votre opinion sur ce sujet. Votre Discrimination dans ce domaine pour le moment ne sait tout simplement quelles informations ou quelles expériences passées vous fournir pour que vous puissiez porter un jugement, parler ou non de Buffon et regarder les matchs avec sa participation.

La Discrimination est la cause directe de notre souffrance ou de notre joie. Nous avons accumulé une quantité gigantesque d’expériences et d’informations, et ce qui identifie ces données et donne des ordres de choix: c’est la Discrimination. Si l’on distingue quelque chose comme agréable et joyeux, alors ce même Agrégat génère automatiquement la discrimination inverse: il se produit nécessairement quelque chose que nous considérons comme désagréable et source de souffrance.

Qui fait le sujet de cette distinction? Bref, l’Âtman, c’est-à-dire nous. Ce qui fait fonctionner la conscience et l’expérience passée, c’est l’Âtman. Cependant, ce n’est plus le Vrai «Soi», demeurant dans son état indépendant originel du Nirvâna, mais c’est le Vrai «Soi» dépourvu de la conscience de soi7 et plongé dans une fausse identification avec l’expérience reçue ou avec les données accumulées.

Les données accumulées nous motivent, mais elles ne constituent pas notre véritable essence. En nous identifiant aux données accumulées, nous nous perdons de vue et nous nous immergeons dans le monde illusoire. Imaginez une bobine et un câble enroulé autour d’elle. Il est clair que ce sont des choses différentes. Cependant, l’ignorance est un état dans lequel vous croyez que la bobine et le câble enroulé autour d’elle sont un tout unique. Quand nous nous rendons compte que le câble enroulé sur la bobine, c’est-à-dire des données cachant notre vraie nature (Âtman), ne sont pas nous, ne sont pas notre Vrai «Soi», nous réalisons la conscience de soi.

Les Cinq Agrégats ne sont pas le vrai «Soi»

Permettez-moi de résumer brièvement pourquoi les Cinq Agrégats ne sont pas le Vrai «Soi».

1. Ce qui est éphémère, ce qui surgit, change et s’effondre, ne peut être Âtman.

2. Ce qui apporte la souffrance n’est pas non plus notre essence, puisque le Vrai «Soi» ne peut pas s’apporter de la souffrance. De plus, le Vrai «Soi», ou Âtman est la liberté, la joie et le bonheur parfaits et inconditionnels. Ainsi, si quelque chose est éphémère et entraîne donc de la souffrance, alors cela ne peut pas être Âtman.

3. Ce qui ne peut pas être contrôlé ne peut pas être nous. Par exemple, si le corps était le Vrai «Soi», nous pourrions faire en sorte qu’il ne tombe jamais malade, ne vieillisse pas ou ne meure pas. Si les données accumulées étaient nous, alors nous pourrions complètement les contrôler sans jamais permettre des pensées destructrices ou des émotions qui apportent de la souffrance.

4. Ce qui peut être divisé ou transféré n’est pas non plus Âtman. Par exemple, nous nous faisons couper régulièrement les cheveux et nous nous coupons les ongles, il s’avère que nous coupons régulièrement une partie de nous-même? De la même manière, si l’expérience était notre essence, il serait alors impossible de la transmettre à quelqu’un d’autre. Cependant, nous recevons et partageons des expériences, c’est donc un objet externe par rapport à nous qui peut être reçu ou donné.

5. Ce que nous pouvons observer n’est pas le Vrai «Soi», car entre l’observateur (c’est-à-dire nous) et l’objet, par exemple le corps ou l’expérience reçue, il y a de la distance et cela signifie que l’objet observé n’est pas le Vrai «Soi».

Le karma8

De nombreux livres différents ont été écrits sur le karma. Aujourd’hui, tout le monde utilise le mot «karma» sans comprendre sa signification. La phrase la plus «géniale» dont j’ai entendu parler sur le karma: «Il était hanté par un mauvais sort, car il violait constamment le karma.»

Tout d’abord, le mot «karma» peut être remplacé par l’expression «expérience formée». Nous effectuons trois types d’actions: avec notre corps, nous faisons une action physique; avec notre discours, nous parlons de quelque chose; ou avec une pensée, nous pensons à quelque chose. En réalisant ces trois types d’actions, d’une part, nous vivons une certaine expérience et, deuxièmement, nous recevons des informations. Les données sur toutes nos actions s’accumulent (enregistrent, restent) dans nos Cinq Agrégats. Plus précisément, dans les Perceptions, dans les Formations Volitionnelles et dans la Conscience Discriminante, dont le dernier est le principal accumulateur. Toutes les données collectées comme le résultat de nos actions, paroles et pensées sont notre karma.

Habituellement, le mot «karma» fait référence uniquement aux actions non vertueuses et aux conséquences négatives. Mais en réalité, ce n’est pas le cas: les données que nous accumulons n’ont pas de substance: le karma lui-même n’est ni mauvais ni bon. Juste les données accumulées apparaîtront nécessairement sous forme de phénomènes du monde extérieur et sous forme d’états d’esprit dans notre monde intérieur. En distinguant les phénomènes extérieurs et son état interne basé, encore une fois, sur les données accumulées (karma), nous éprouvons de la souffrance et de la joie. Par conséquent, nous pouvons dire que tout est le karma, ou plutôt tout ce que nous éprouvons de la joie et de la souffrance; c’est l’illusion du karma que nous avons accumulé.

Trois mondes9

(Tableau № 2: «STRUCTURE DES TROIS MONDES DU GRAND UNIVERS»)

L’Univers entier, qui résulte du fonctionnement de notre conscience, est constitué de trois mondes: le monde du Désir, le monde de la Forme et le monde Sans Forme. Surpasser les mondes de ces trois catégories, c’est la pratique spirituelle.

Monde du Désir (le monde des Phénomènes)

Le monde du Désir est le monde matériel dans lequel nous vivons actuellement. Cela consiste en substance rugueuse. Dans le monde du Désir, l’énergie de la chaleur domine. Bien sûr, il y a aussi l’énergie sonore et la lumière, mais la dominante est l’énergie thermique; c’est facile à comprendre: tous les processus dans le monde matériel se produisent soit par absorption, soit par libération d’énergie thermique. L’énergie de la chaleur exprime nos désirs terrestres: lorsque nous voulons vraiment ou non quelque chose, un type d’énergie thermique correspondant est généré. Un autre nom pour le monde du Désir est le monde des Phénomènes.

Le monde du Désir, ou le monde des Phénomènes, se compose de six mondes. De bas en haut, ce sont: les Enfers, le monde des Animaux, le monde des Esprits Affamés, le monde des Humains, le monde des Asuras (demi-dieux) et le monde des Dévas (dieux). Dans cette vie, nous sommes nés dans le monde des Humains – le quatrième du bas.

Monde de la Forme (le monde Astral)

Le monde de la Forme est formé de substances subtiles, c’est-à-dire d’images. Dans le monde de la Forme il n’y a pas d’énergie thermique; il ne contient que du son (vibration) et de la lumière. En même temps, l’énergie du son est prédominante. La lumière du monde de la Forme a une coloration que exprime notre Discrimination et les désirs ou tendances qui résultent de son fonctionnement. Les désirs dans le monde de la Forme sont constitués des pensées et des images (images mentales ou formes-pensées), c’est-à-dire qu’elles n’ont pas de forme grossière, comme dans le monde des Phénomènes, où, en fait, tout désir se transforme immédiatement en une action spécifique pour le satisfaire et s’accompagne d’une libération d’énergie thermique. L’énergie thermique est donc absente dans le monde de la Forme.

Un autre nom pour le monde de la Forme est le monde Astral.

Le monde de la Forme, ou le monde Astral, est divisé en deux grandes parties: le monde Astral Inférieur et le monde Astral Supérieur.

Monde de la Forme Inférieur (le monde Astral Inférieur)

Le monde Astral Inférieur est l’envers, ou le reflet, du monde du Désir. Nous voyons ce monde dans les rêves et dans les premières étapes de la méditation.

Malheureusement, de nos jours, on croit très souvent que «faire des voyages dans le plan astral» est une pratique spirituelle. C’est une idée fausse et très dangereuse. En un mot, le monde Astral Inférieur est l’image de nos désirs mondains. Par conséquent, le simple fait d’»entrer dans le plan astral» dépasse le contexte de la pratique spirituelle correcte: il n’y a que des visions terrifiantes des Enfers, du monde des Animaux et du monde des Esprits Affamés dans le monde Astral Inférieur et, par conséquent, cela porte un impact psychologique. Pourquoi cela arrive-t-il? Il y a deux raisons ici.

La raison principale est de s’engager dans une certaine pratique pour satisfaire ses propres désirs mondains issus de l’égoïsme. Par exemple, pratiquer la magie, «accomplir tous désirs», «sortilège d’amour», «mauvais sort», «enlever le mauvais œil», etc. Bouddha Shâkyamuni traita les choses similaires sur un pied d’égalité avec les passions viles, l’appelant «l’approbation des enseignements terrestres et du mauvais mode de vie»10. En d’autres termes, pratiquer des choses comme ceux-ci pour satisfaire les désirs mondains et une véritable pratique spirituelle, ce sont des choses opposées. Pourquoi cela est-il ainsi? Parce que, dans le premier cas, une personne crée de nombreuses images «basses» de désirs mondains dans son plan astral. Lorsque son but est de satisfaire son égoïsme, il est complètement captivé par les images qu’il crée, plonge dans le monde Astral Inférieur et s’y enlise fermement. Alors que la véritable pratique spirituelle est la destruction des désirs mondains, la libération des trois mondes et la réalisation de l’état originel du Nirvâna.

Il y a un autre aspect négatif de la pratique pour satisfaire l’égoïsme, en outre d’être capturé par des images de désirs mondains. C’est un gaspillage de mérite11. Lorsque nous satisfaisons un désir et obtenons ce que nous voulions, un bon karma ou des mérites, grâce auxquels se forment des phénomènes, ainsi que notre discrimination positive de ces phénomènes, sont épuisés ou sont dévastés. Si une personne n’accumule pas de mérites, mais qu’elle les dépense constamment pour la satisfaction des désirs mondains, et même avec l’aide de toutes sortes de «pratiques» qui forcent les mérites passés à se manifester par contrainte, cette personne reviendra certainement à un état dans lequel il n’y a que de la souffrance. Le fait est que si nous n’accumulons pas de nouveaux mérites, mais cherchons constamment à atteindre uniquement la joie, puis progressivement, tous nos mérites seront gaspillés et nous n’aurons que notre karma négatif. C’est très similaire à la façon dont nous gérons l’argent. Nous gagnons de l’argent. Cela peut être comparé à l’accumulation de bon karma et de mérite. Nous dépensons ce que nous gagnons, en nous achetant ce que nous voulons. C’est un gaspillage de mérite, au sens propre et figuré. Lorsque nous empruntons de l’argent, cela peut être comparé à l’accumulation du karma négatif: les dettes devront être remboursées tôt ou tard dans tous les cas. Que se passera-t-il si contracter constamment des dettes (et de plus avec un très fort taux d’intérêt), ne pas les rembourser, ne pas gagner d’argent, mais le dépenser constamment? Ce sera l’état d’esprit d’une personne qui ne comprend pas la Loi du Karma, mais qui est surprise et indignée par son «mauvais sort» à cause des échecs et des souffrances constantes. Cependant, les gens tentent de réaliser leurs projets dans le cadre des «pratiques secrètes» ou de vivre une vie heureuse sans tenir compte de la Loi du Karma, sans comprendre les principes d’accumulation et de gaspillage du mérite, les principes d’accumulation et de nettoyage du mauvais karma.

La deuxième raison d’une immersion incontrôlée dans le monde Astral Inférieur est l’engagement uniquement dans la pratique technique pour augmenter de l’énergie et obtenir une mystique expérience. Le fait est que dans la vie de tous les jours, dans le sommeil, dans la méditation, dans l’état intermédiaire après la mort (Bardo), nous ne pouvons voir que la manifestation des données (karmas) que nous avons accumulées jusqu’à présent. C’est-à-dire notre vie quotidienne, nos rêves; l’expérience méditative et la vie prochaine ne sont pas déterminées par les conditions extérieures, ni par un ensemble de circonstances aléatoires, mais uniquement par ces données (karma), que nous avons nous-mêmes accumulées exclusivement en effectuant des actions avec le corps, la parole et les pensées – rien d’autre ne fonctionne ou n’a d’effet ici.

Si nous sommes nés dans le monde du Désir, cela veut dire qu’au moment du début de la pratique, les données grossières dominent en nous, nous apportant de la souffrance. Et si juste renforcer sa propre énergie, alors il y aura une transition du monde des Phénomènes au monde Astral. Cependant, les mondes que nous verrons dans ce cas correspondront aux données de nos désirs mondains. Par exemple, si la haine est forte chez une personne, à savoir s’il y a une distinction entre soi et d’autres, basée sur l’égoïsme, alors il verra le monde des Enfers: les visions seront comme des films d’horreur.

Si l’ignorance est forte, alors il y a un désir aveugle de plaisirs momentanés, puis dans les visions, il y aura le monde des Animaux: sexe pervers, peur panique et les coyotes parlant, par exemple. Le monde des Esprits Affamés, formé par l’avarice, est l’agonie de l’incapacité à satisfaire ses désirs, semblable au syndrome de sevrage chez les patients alcooliques ou toxicomanes. Si les données du monde humain prédominent, alors dans des visions brumeuses apparaîtront des personnes pour lesquelles il y a de la sympathie ou de l’antipathie, il y aura des émotions, de l’affection et des errances incontrôlées dans le monde des humains au niveau Astral Inférieur.

Cependant, tout cela est très loin d’être une véritable méditation. Comme dans le premier cas, en raison de l’immaturité de l’âme, un tel «praticien» sera certainement capturé par son expérience Astrale inférieure. Il pensera qu’il «est entré en contact avec des entités astrales», «peut parler aux esprits», «connecté aux flux d’énergie cosmique», «atteint l’unité avec l’univers». Cela se produit parce que les informations provenant du monde Astral Inférieur commencent à se mélanger aux informations liées aux expériences passées de la personne. Mais il a l’illusion que toutes ces informations lui viennent du monde dans lequel il vit maintenant: du monde des Phénomènes. Cela signifie que le monde des Phénomènes et l’Astral Inférieur combinés se chevauchaient dans la conscience de cette personne, et qu’il a cessé de comprendre ce monde. De plus, la connexion qui en résulte avec l’Astral Inférieur s’exprimera dans le fait que cette personne commencera à préférer le monde des images au monde réel. C’est un état dangereux à la limite de la schizophrénie.

Par conséquent, une véritable pratique spirituelle basée sur les Écrits Authentiques (Dharma) commence toujours par une étude approfondie des enseignements donnés par les grands enseignants du passé, comme, par exemple, Bouddha Shâkyamuni, Guru Padmasambhava, Maharishi Patanjali12.

Grâce à l’étude du Dharma, la Vue Juste et la Pensée Juste se forment, cela s’exprime dans l’intention sincère d’atteindre l’Illumination et la Libération. Ensuite, il y a des pratiques de vertus, de mérite, d’observance des commandements, de patience et d’effort persistant. Grâce à ces pratiques, les données de nos Cinq Agrégats sont remplacées, en premier lieu, dans les Perceptions, les Formations Mentales et la Conscience Discriminante. Les données des mondes inférieurs – des Enfers, des Animaux, des Esprits Affamés, des Humains et des Asuras – se transforment aux données des dieux du monde du Désir et du monde supérieur de la Forme, dont je parlerai ci-dessous. En conséquence, lorsque nous commençons la pratique technique et méditative, nous n’avons pas d’expérience des mondes inférieurs dans le monde Astral. Au contraire, nous acquérons l’expérience du monde des Dévas, puis entrons dans le monde de la Forme Supérieur.

Monde de la Forme Supérieur (le monde Astral Supérieur)

Le monde de la Forme Supérieur est le monde où vivent les divinités nobles et exaltées, par exemple, Dieu Brahma, Dieu Vishnu. Le monde de la Forme Supérieur a été créé par les Quatre États Incommensurables: la bienveillance ou l’amour bienveillant (maitri), la compassion (karunâ), la joie sympathisante ou altruiste (muditha) et l’impartialité ou l’équanimité (upeksha). Sans maîtriser ces quatre esprits d’éveil (les quatre incommensurables) il est impossible d’entrer dans le monde de la Forme Supérieur en méditation.

Dans la classification habituelle, le monde de la Forme Supérieur est divisé en quatre niveaux, si elle est détaillée: dix-sept. La vraie méditation est le passage de huit niveaux de concentration – dhyâna, ou concentration méditative. Les quatre premiers dhyânas correspondent au monde de la Forme Supérieur, les quatre autres correspondent au monde Sans Forme Supérieur.

Monde Sans Forme (le monde Causal)

Le monde Sans Forme est constitué de lumière et de conscience – il n’y a absolument aucune énergie thérmique ni de son. La lumière est une information. Aujourd’hui, ce fait est prouvé par la physique et sa branche optique.

Un autre nom pour le monde Sans Forme est le monde Causal. Ce nom nous donne une idée de la fonction de ce monde. Imaginez un énorme bâtiment bancaire moderne. Il dispose de nombreux coffres-forts et casiers. Une partie de ces cellules vous appartient, c’est-à-dire vos informations personnelles y sont stockées. Certains départements appartiennent à de grandes entreprises, et certains appartiennent à l’État ou aux peuples. Toute l’expérience passée de tous les êtres vivants tombe dans ce monde Sans Forme et devient une information dans sa forme pure, existant sous forme de lumière transparente. Ces informations sont ensuite projetées au monde astral et deviennent des images, et, ensuite, ces images deviennent des phénomènes dans le monde matériel. Ce principe de mouvement des données est réel à la fois pour une âme individuelle et pour des pays et des peuples entiers. Pourquoi les données bougent-elles? Parce que notre conscience, ainsi que celle des autres êtres vivants, est active.

Le monde Sans Forme, ou le monde Causal, se compose de trois grandes parties: le monde Causal Inférieur, le monde Causal Moyen et le monde Causal Supérieur.

Monde Sans Forme Inférieur (le monde Causal Inférieur)

Le monde Causal Inférieur est l’obscurité absolue, ou le Néant. Comme indiqué ci-dessus, le monde Causal est un monde d’informations qui existe sous la forme de lumière. Cependant, l’absence de lumière, ou l’obscurité du monde Causal Inférieur, est aussi une information. Cette information est de niveau très bas, ou données de désirs mondains. Par conséquent, cela est considéré comme une obscurité totale. Les données du monde Causal Inférieur forment le monde Astral Inférieur et notre monde matériel du désir.

Si, avec une pratique incorrecte, on entre dans le monde Astral Inférieur, dont je parlais ci-dessus, lorsque l’expérience du monde Astral Inférieur est terminée, une personne se déplacera vers le monde Causal Inférieur. Dans le monde Causal, il n’y a pas de corps ni d’organes sensoriels, il n’y a que la conscience et l’expérience passée. Par conséquent, même le monde Causal Inférieure peut à tort être perçu comme un monde complètement calme, dépourvu de souffrance venant du corps, des sensations et des images. Selon son niveau spirituel, une personne peut entrer soit dans l’obscurité totale du Néant, ou dans des mondes légèrement plus clairs du monde Causal, qui sont situés aux niveaux du monde des Humains, du monde des Asuras et du monde des Dieux.

Dans ce dernier cas, il semblera à la personne qu’elle a réalisé la Libération et atteint le Nirvâna, car dans cet état existent seulement la conscience et l’information. Cependant, s’il s’agit du monde Causal Inférieur, les informations qui le constituent sont des informations des désirs mondains, qui créent des images dans l’Astral Inférieur, et celles-ci, à leur tour, sont projetées sur le monde matériel du Désir sous la forme de phénomènes. En outre, cette information est active. Ainsi, il n’y a pas de Nirvâna ou de Libération dans cet état. De plus, lorsque cet état impur et relativement calme devient ennuyeux, et qu’on peut s’ennuyer avec n’importe quoi, la conscience de ce «praticien» reviendra en mouvement chaotique, et il errera à nouveau à travers l’Astral Inférieur et le monde du Désir.

Si ce «praticien» plongeait dans le Néant, c’est-à-dire dans la partie la plus basse du monde Causal, alors il ne connaîtrait que de la souffrance. Imaginez être fermé dans une chambre anéchoïque sans lumière. Imaginez maintenant que vous n’avez ni corps, ni organes sensoriels ni images: il n’y a que la conscience remplie de désirs mondains et l’obscurité absolue à 360 degrés. C’est le Néant, ou le super long enfer.

Mais si vous lisez les sutras bouddhistes ou yogiques originaux, vous n’y trouverez pas des descriptions de «l’entrée dans le plan astral», du «contact avec des entités astrales» et d’une immersion dans l’obscurité totale. Parce qu’une véritable pratique spirituelle, basée sur le Dharma authentique, qui a été donné au monde par les Enseignants du passé, est complètement à l’opposé des absurdités et des mensonges que diffusent les fous de la ville en se considérant comme des maîtres de la méditation et qui acquièrent des expériences mystiques sous l’influence de drogues, ou qui menent uniquement des pratiques techniques, en ignorant les pratiques des Vertus, du Mérite, de la Loi et du Calme (samâdhi). Or, «il est très difficile d’expliquer le goût du melon à une personne qui a mâché des lacets de chaussures toute sa vie…» 13.

Monde Sans Forme Intermédiaire (le monde Causal Moyen)

Le monde Causal Moyen est situé derrière le monde Astral Supérieur. Ce n’est plus le Néant: c’est un état entre les ténèbres de la non-existence et la lumière transparente et brillante des parties supérieures du monde Causal. En effet, si vous entrez dans le monde Causal Moyen en méditation, cela est perçu comme un espace infini sans formes grossières ou subtiles, et rempli de lumière. Cependant, cette lumière n’est pas aussi brillante, intense ou transparente que la lumière du monde Causal Supérieur. L’espace du monde Causal Intermédiaire ressemble à la brume, un peu semblable au brouillard matinal dans les montagnes. Dans cet état, soit que vous existez, soit que non, c’est pourquoi les pratiquants immatures confondent cette brume sans forme avec le Nirvâna. La brume du monde Causal Moyen est l’information qui forme le monde Astral Supérieur.

Monde Sans Forme Supérieur (le monde Causal Supérieur)

Le monde Causal Supérieur, bien que, d’habitude, lorsqu’on parle de ce monde, on dise: «le monde Sans Forme» est l’océan de lumière cristalline dont j’ai parlé auparavant. L’information dans sa forme pure (originale) est le monde Sans Forme Supérieur. L’Univers entier et nos Cinq Agrégats sont formés à partir de cette information. Le monde Sans Forme Supérieur ne chevauche aucun autre monde, n’est une projection d’aucun autre monde. C’est le monde de l’essence de l’esprit.

Le monde Causal Supérieur, ou monde Sans Forme Supérieur, se compose de quatre mondes, ou niveaux que nous passons séquentiellement au cours des cinquième, sixième, septième et huitième concentrations méditatives (dhyâna). C'est l’état originel du Vide (shûnyatâ) de conscience et d’information, son expérience est l’expérience spirituelle la plus importante, à savoir qu’en perçant la lumière transparente du monde Sans Forme Supérieur, nous réalisons notre véritable état originel de l’existence indépendante du Vrai «Soi», le Nirvâna.

Trois mondes et Cinq Agrégats

Les Cinq Agrégats nous relient aux trois mondes. Nous ne pouvons pas réaliser notre état originel du Nirvâna en raison du fonctionnement des Cinq Agrégats et du contenu de l’expérience passée qu’ils contiennent. Nous considérons à tort comme le Vrai Soi la totalité du corps physique, des organes sensoriels, images, expériences et informations, ainsi que leurs fonctions: activité physique, sensations, formations mentales, volonté et discrimination. En conséquence, nous nous réincarnons sans cesse dans les trois mondes, et surtout dans le monde du Désir, en éprouvant de la souffrance et de la joie illusoire.

Dans le monde du Désir (dans le monde des Phénomènes), nous sommes retenus par le corps physique, les organes des sens et les sensations qui les traversent.

Nous sommes connectés au monde de la Forme (au monde Astral) par des images et des formations mentales, et aussi par la volonté et la discrimination. Ces dernières sont les fonctions des Agrégats n°4 et n°5.

Dans le monde Sans Forme, nous avons accumulé de l’expérience et des informations de forme pure, c’est-à-dire les données des Agrégats n° 4 et n° 5.

Trois mondes et trois consciences

La conscience est ce par quoi nous percevons et reconnaissons des objets et des phénomènes. Autrement dit, la conscience est un instrument de perception. Celui qui perçoit est la conscience, et ce qui motive la conscience à se mouvoir, c’est le Vrai Soi. Notre conscience a la structure multicouche, mais aucun des niveaux de notre conscience n’est nous. Notre conscience peut être en mouvement ou elle peut rester dans son état d’origine de Tranquillisation et de Contemplation, mais dans aucun de ces états, la conscience ne devient le Vrai Soi. Bien sûr, lorsque la conscience se meut, nous ne voyons pas, nous n’en sommes pas conscients de «soi-même». Dans ce cas, à cause du travail de la conscience, nous nous identifions aux Cinq Agrégats, en d’autres termes, nous considérons à tort à la fois la conscience qui se meut et ce qu’elle perçoit, c’est-à-dire notre faux ego, comme le Vrai «Soi»:

«L’ignorance de la réalité, c’est prendre l’impermanent, l’impur, le malheur, ce qui n’est pas le Soi, pour le permanent, le pur, le bonheur, le Soi. Le sentiment de l’ego vient du fait que l’on identifie le spectateur et le spectacle» (Yoga Sutras de Patanjali).

Et vice versa, lorsque nous, grâce à une pratique spirituelle authentique, arrêtons notre conscience, nous réalisons la conscience de soi, la réalisation de soi, atteignons notre vrai «Soi», nous réalisons l’Âtman:

«Pendant la concentration, le Voyant (âtman) se révèle dans sa propre forme» (Yoga Sutras de Patanjali).

Bien sûr (je m’adresse ici principalement aux adeptes de la philosophie du «non-soi» ou An-âtman), je ne dis pas qu’il existe quelque chose appelée «Je» qui peut être tenue dans vos mains et réalisée, mais je parle du fait que nous tous (nous sommes au sens originel) ne sommes pas nos Cinq Agrégats14, ni nos trois consciences, mais nous les surpassons complètement. Et précisément au moment béni de l’arrêt complet de travail de notre conscience multicouche, nous le voyons pour la première fois.

Nous avons trois consciences: la conscience superficielle, opérant dans le monde des Phénomènes, le subconscient, agissant dans le monde Astral, et la supraconscience, agissant dans le monde Causal.

Conscience superficielle du monde des Phénomènes et subconscient du monde Astral

Nous menons nos activités quotidiennes dans le monde des humains en fonction de deux facteurs: la conscience de surface, que nous appelons «moi», et le subconscient, qui en fait nous motive.

Par exemple, nous rencontrons des amis, discutons, nous nous amusons. C’est du travail de la conscience superficielle. Et quand nous répondons à la question sur «nous-mêmes»: «C’est ce que Moi», nous parlons de cette conscience. Mais parmi tant de connaissances, il y a quelqu’un qu’on aime en particulier et quelqu’un qui est particulièrement désagréable – cette distinction n’est plus enracinée dans la conscience superficielle, et dans une conscience plus profonde, c’est-à-dire dans le subconscient.

Ou, par exemple, une personne éprouve de graves souffrances. Les gens autour, essayant d’une manière ou d’une autre pour l’aider, ils lui disent: «Essaye de te calmer, ne t’inquiète pas.» Et cette personne répond généralement: «Je ne peux pas, c’est plus fort que moi.» Le «je» dont parle une personne, c’est la conscience superficielle. «Ceci» qui est «plus fort que moi» est le subconscient, car il est comme moi mentionné ci-dessus, contrôle la conscience superficielle.

Le subconscient est polaire, c’est-à-dire qu’il accepte soit le «oui», soit le «non». Par exemple, soit il aime, soit il n’aime pas. Il n’y a pas de moyen dans le subconscient, il n’y a aucun cas où il aime un peu, et ça n’existe pas qu’il a, par exemple, un peu de faim. C’est pourquoi tous les désirs ou répugnances dans le subconscient sont très forts, et le subconscient ne peut pas être analysé: son travail dans la méditation ne cesse que par la plus haute concentration – Contemplation15.

Le subconscient travaille cent voire mille fois plus intensément que la conscience de surface. De plus, la couche du subconscient est incomparablement plus grande que la couche de la conscience de surface. Vous avez peut-être entendu l’expression «Océan du Samsâra», c’est notre subconscient, ce qui est extrêmement difficile à dépasser. Et plus encore, il ne faut en aucun cas s’y précipiter en utilisant des «techniques secrètes» qui permettent «d’entrer rapidement dans le subconscient et satisfaire tous les désirs» – c’est très dangereux, je le répète: tous les désirs ou les répugnances dans le subconscient sont très forts. Dans le pire des cas, vous pourriez même devenir fou et entendre des voix de l’Astral Inférieur vous convainquant que vous avez «atteint l’Éveil.» De nos jours, malheureusement, il y a de plus en plus d’exemples de ce genre, dont j’ai parlé auparavant.

Dans des conditions normales, le rôle d’une sorte de filtre est joué par la conscience superficielle. Disons qu’un désir de manger surgit dans notre subconscient. Si nous n’avions pas une conscience superficielle, alors, quoi qu’il arrive, nous pourrions courir immédiatement pour manger. Le subconscient est polaire: soit il veut manger, soit il ne veut pas. Le rôle d’un filtre, ou d’une sorte de tampon, comme «Je n’ai pas trop faim, donc je peux attendre un peu», est effectué par la conscience superficielle. Cela veut dire que la conscience superficielle peut se cacher derrière des idées fixes généralement acceptées, le bon sens, l’éducation, etc., mais le subconscient ne le peut pas. Ainsi, on peut dire que la conscience superficielle cache le subconscient.

Et encore un point important. Quand on parle de la conscience, par exemple: «Il y a des pensées, et la conscience est devenue agitée» ou «Grâce à la pleine conscience et à la concentration dans la vie quotidienne, nous apprenons à contrôler notre conscience», il s’agit de la conscience superficielle. Bien sûr, lorsque nous entrons dans une méditation profonde, nous faisons l’expérience de couches de conscience plus profondes, pourtant tout commence par la conscience de surface que nous utilisons dans notre vie quotidienne.

Le subconscient fonctionne en recevant des données sur nos expériences passées de la part de la supraconscience.

Supraconscience du monde Causal et le travail de l’information

La supraconscience est la couche la plus profonde de notre conscience multicouche. Dans la vie de tous les jours, nous ne pouvons pas voir le travail de notre supraconscience, comme nous le voyons et nous comprenons le travail de notre conscience de surface. Contrairement au subconscient, nous ne pouvons pas acquérir l’expérience de la supraconscience dans un rêve ou dans une méditation ordinaire. La supraconscience, nous pouvons atteindre seulement dans le Samâdhi le plus profond – le Samâdhi du monde Sans Forme.

Cette conscience, existant dans sa forme la plus simple, est responsable du choix d’information. Lorsque nous acquérons l’expérience du monde Sans Forme, nous découvrons que dans l’état supraconscient, il n’y a pas d’idées fixes ni de désirs; elle lit simplement l’original de données causales existant sous forme de lumière transparente.

Les données causales sont avant tout des données de Discrimination (Agrégat n° 5). Cette composante la plus profonde de notre faux «Soi» est la pure lumière qui existe pour toujours. Dans le taoïsme, cette lumière est appelée Tao. Dans le bouddhisme ésotérique, la lumière du Dharma-kâya ou Alaya-vijnâna qui est la conscience fondamentale et l’expérience passée dans sa forme pure. Dans les enseignements du yoga: Brahmane. Cette lumière transparente est les données vides brutes de l’Univers entier et de nos Cinq Agrégats.

Si vous vous concentrez sur cette lumière, vous pouvez voir qu’elle est constituée de grains individuels multicolores en mouvement. Chaque grain de lumière est une unité de notre expérience passée, c’est-à-dire ce sont les données de l’Agrégat n° 4. Ces particules de lumière sont également appelées Samskaras.

Si nous sommes capables d’arrêter le travail de la supraconscience grâce à la concentration, alors, au même moment, ces données originales cessent également de fonctionner: nous atteignons la Libération et nous acquérons l’expérience du Nirvâna.

Si notre supraconscience est active, alors elle commence à lire ces données initiales, c’est-à-dire qu’elle perçoit et sélectionne les grains de notre expérience passée (grains de lumière, données de l’Agrégat n° 4) et des informations (lumière transparente, données de l’Agrégat n° 5).

Ensuite, la supraconscience envoie cette information au subconscient, où, en fonction de cette information «descendue d’en haut» nous permet de distinguer tous les objets du monde extérieur et intérieur que nous percevons. La Discrimination est la fonction de l’Agrégat n° 5, active notre subconscient en fonction des données reçues de la supraconscience. La Discrimination est une pensée dualiste, divisant tout ce qui est perçu en deux pôles: «bon/mauvais», «j’aime/n’aime pas», «agréable/désagréable».

Si un objet est agréable, il y a donc le désir de recevoir cet objet. Si l’objet est désagréable, il y a une répugnance vers cet objet ou un dégoût à l’égard de cet objet, insatisfaction. Désirs et répugnances, ou, en d’autres termes, volonté, intentions, les tendances sont fonctions de l’Agrégat n° 4 (formations volitionnelles).

Ensuite, de ces désirs et aversions, des images surgissent, c’est-à-dire que nous pensons: «C’est comme ça que ça va se passer, mais ce n’est pas comme ça que je voudrais que ça se passe.» Ce sont nos idées, l’Agrégat °3

Par conséquent, pour ainsi dire, nos données (expériences passées et informations accumulées) «vivent» dans le monde Causal et «vont travailler» dans le monde Astral. Leur travail dans le monde Astral est la discrimination, la volonté (intentions, ou désirs/répugnances) et les images mentales, c’est-à-dire les fonctions des Agrégats n° 5, 4 et 3, respectivement. Celui qui déplace les données – «le transporte au travail» – c’est notre conscience multicouche en mouvement.

Âme

Il faudrait également noter que la Discrimination, la Volonté et les Formations Mentales sont notre âme. Dans les enseignements du Yoga, l’âme est désignée par le terme «Jiva» (sanscrit: jīva – «âme individuelle»). Par conséquent, dans le Yogatattva Upanishad (La vraie nature du Yoga), il est dit: «Jiva ressent plaisir et peine dans la sphère de l’existence créée par sa propre Maya ou ignorance, donc sa véritable nature est l’Âtman.»

En d’autres termes, il y a le Vrai Soi (âtman) et il y a l’âme. Âtman est dans la source de l’âme, c’est-à-dire que l’âme est formée, créée par le Vrai Soi. Ce n’est que l’Âtman qui a la prérogative du contrôle, de la compréhension et de la création. Ainsi, l’âme est une illusion créée artificiellement par l’Âtman en raison de l’ignorance. Pour se libérer de cette illusion, nous (Âtman) devons retourner à notre état originel de Nirvâna. Pendant la méditation, l’activité de l’âme s’arrête complètement, nous entrons dans le Samâdhi et réalisons donc la Libération. J ’en parlerai dans le troisième chapitre.

Déplacement des données vers le monde du Désir

Les données astrales, ou données du subconscient, ou données de notre âme, sont appelées formes-pensées ou images mentales. L’activité de la conscience à tous les niveaux est la pensée. Cette pensée est différenciée en fonction des données passées et le désir ou le refus se produit pour réaliser cette pensée qui a surgi. Bien entendu, une image apparaît immédiatement correspondant au désir et à la pensée, donc ce sont des «formes-pensées» ou des «images mentales».

Finalement, le subconscient donne un ordre à la conscience de surface, et nous commençons à agir pour satisfaire un désir. Nous commençons à penser en utilisant la conscience de surface (l’activité de la conscience de surface est également appelée «courant d’esprit»), à parler, nos sens commencent à fonctionner: nous regardons, écoutons, sentons, et ainsi de suite.

Les actions du corps physique et le travail des organes des sens sont réalisés grâce à l’énergie, ou Prâna. Le prânâ apparaît dû au travail de l’âme, c’est-à-dire de la Discrimination, de la Volonté et de la Perception. En d’autres termes, les images mentales astrales sont constituées d’une substance subtile et se matérialisent dans le monde brut à cause de l’énergie. L’énergie, se condensant, c’est-à-dire se détournant de subtil en grossier, forme finalement des objets matériels du monde des Phénomènes, par exemple, notre corps physique.

Mouvement des données du monde des Phénomènes

Le processus de transfert de données ci-dessus fonctionne également dans le sens opposé. Dans le monde du Désir, notre corps physique et nos organes sensoriels fonctionnent, ils entrent en contact avec des objets extérieurs: nous voyons, entendons, sentons, goûtons, touchons. Le cerveau «rassemble une image» de ce qui est perçu, et avec la conscience de surface, nous comprenons exactement ce que nous avons perçu avec nos cinq sens. Ensuite, ces informations se transforment en Formations Mentales – des associations figuratives surgissent. Puis notre expérience passée s’active: «Oh, j’ai déjà eu ça» ou «Je vois ça pour la première fois». Enfin, le Discernement forme une attitude positive ou négative envers l’objet perçu et donne une commande correspondante. Après, le processus que j’ai décrit ci-dessus se produit.

Il faudrait noter ici que ces processus se produisent presque instantanément, nous les ignorons complètement; il nous semble donc que «c’est exactement comme ça que ça devrait être», que la perception quotidienne des objets et des phénomènes qui apparaissent devant nous est la «réalité» – que les objets et les phénomènes sont réels et ont des propriétés positives ou négatives qui nous apportent respectivement de la joie et de la souffrance. Et il nous semble que nous vivons selon notre propre volonté, que nous sommes libres de nos choix, que nous éprouvons vraiment le bonheur et la souffrance.

Pendant ce temps, ce processus de perception et de discrimination existe uniquement à cause de l’activité de notre faux ego, ou les Cinq Agrégats. Donc, en réalité, ce que nous considérons comme notre «je» et ce que nous expérimentons à travers ce faux «je» est une illusion.

Ce n’est que l’interaction de la conscience en mouvement et de l’expérience passée. De ce point de vue, le faux «Soi» n’existe pas réellement.

Ici, je me souviens du dialogue entre Maître Kalou Rinpoché16 et le psychologue Jack Kornfield, qui demanda au Maître:

«Pourriez-vous m’expliquer en quelques phrases l’essence même des enseignements bouddhistes?

– Je pourrais le faire, mais vous ne me croirez pas, et pour comprendre de quoi je parle, il vous faudra de nombreuses années, répondit Kalu Rinpoché.

– Quoi qu’il en soit, expliquez-moi!»

La réponse de Rinpoché fut très brève:

«Vous n’existez vraiment pas.»

Kalu Rinpoché a également une autre déclaration sur ce sujet: «Le monde des Phénomènes est entièrement créé par l’esprit. Dans ce qui nous arrive et nous entoure, il est impossible de trouver quoi que ce soit de réalité, ni de permanent: tout est éphémère et changeant.»

En ce qui concerne la description du processus de perception et de discrimination que je donnerai dans le prochain chapitre, il s’agit d’une réponse détaillée à la question «Pourquoi souffrons-nous et que faut-il faire avec ceci?» Par conséquent, ce processus devrait devenir le thème principal de notre méditation: lorsque le processus de perception et de discrimination sera suspendu, nous prendrons conscience de notre vrai Soi pour la première fois. Cependant, nous devons d’abord comprendre ce processus et ses composants.

Chapitre II
Processus de perception et de discrimination menant à la souffrance

Jamais ne fut le temps où nous n’existions,

Moi, toi et tous ces rois, et jamais

aucun de nous ne cessera d’être.

Le Bhagavad-gita17 2.12

Liberté, bonheur et absence de conscience de soi

Dans notre vie quotidienne, nous utilisons souvent les définitions de «liberté» et «bonheur». Cela se produit parce que c’est notre véritable état d’origine – un état de liberté et de bonheur au vrai sens du terme. Cependant, la liberté et le bonheur de notre quotidien sont des états conditionnés: ils sont toujours déterminés par quelque chose, par exemple la somme d’argent qu’une personne possède ou son statut social, et ainsi de suite.

Lorsque nous atteignons l’Illumination, notre état peut être caractérisé en deux points.

Premièrement, notre conscience ordinaire suspend complètement son activité; en résultat, toutes nos expériences et informations accumulées dans le passé (c’est-à-dire notre karma) cessent de nous influencer ou de nous contrôler. Si nous voulons les utiliser, nous pouvons le faire, mais ils n’ont aucune influence sur nous. Autrement dit, la chaîne est brisée: action – acquérir de l’expérience – former des désirs – nouvelle action – nouvelle expérience. Ceci est une liberté vraie ou parfaite – la liberté de toute expérience passée et information. C’est un état de Calme parfait: la conscience et, par conséquent, les expériences passées sont arrêtées.

Deuxièmement, acquérir de nouvelles expériences et percevoir de nouvelles informations n’a pas non plus aucun effet sur nous. Comme dans le premier cas, la conscience ne se meut pas non plus, et en conséquence de quoi, l’expérience ne s’enracine pas, ne se fixe pas, ne forme pas de nouveaux désirs ou répugnences, c’est-à-dire qu’elle ne constitue pas la cause des actions ultérieures. C’est un état de Contemplation parfaite et de bonheur absolu, puisqu’il ne surgit plus de souffrance et de joies illusoires, menant finalement à la souffrance.

Ainsi, où que nous soyons, quel que soit le monde dans lequel nous nous trouvons, nous aspirons toujours inconsciemment à ces deux états: la liberté et le bonheur, car ils sont notre véritable essence originelle, ils sont nous. En d’autres termes, aussi paradoxal que cela puisse paraître, mais tous les êtres vivants s’efforcent à l’Illumination et Libération, c’est-à-dire vers la liberté et le bonheur. Cependant, par ignorance18, ils essaient de trouver, dans des objets et des phénomènes extérieurs, sans voir que ces états absolus, leur sont inhérents initialement, sont leur véritable nature, ou le vrai «Soi». Ceci est très similaire à la situation où vous avez soif tandis que vous êtes dans l’eau potable jusqu’aux genoux. Faites attention à votre propre expérience et vous verrez que c’est exactement le cas.

Par exemple, lorsque nous avons obtenu ce que nous voulions – l’objet de notre désir, qui nous satisfait pleinement, avons-nous envie d’autre chose à ce moment précis? Non, car nous sommes complètement satisfaits et notre conscience est suspendue à ce moment-là. Ceci est la liberté et le bonheur, l’état du Nirvâna. Cependant, dans une situation habituelle, cela est réalisé aux dépens de la possession d’un objet. Puis, cet objet cesse d’exister ou cela devient simplement ennuyeux pour nous et nous commençons à chercher un nouvel objet. Par conséquent, la conscience guidée par les désirs passera sans cesse du désir A au désir B, du désir B au désir C, du désir C au désir D. Et cela n’aura pas de fin. Le «mouvement de la conscience» peut être remplacé par l’expression «désirs mondains». Donc l’état du Nirvâna est la destruction complète des désirs du monde. Cela se réalise grâce à la suspension de l’activité mentale de la conscience. Ainsi, la liberté et le bonheur sont l’absence de tout désir ou de mouvements de conscience. Mais dans la vie de tous les jours, on arrive à cet état uniquement au travers de la possession des objets (externes ou internes), alors notre état quotidien de liberté et de bonheur est conditionné: nous dépendons entièrement de ces objets.

Le processus de perception et de discrimination, dont nous parlerons plus tard, est ce qui façonne la vie de tous les êtres vivants non éveillés. Ce processus de la perception et de la discrimination existe uniquement à cause du travail de notre faux ego, ou des Cinq Agrégats. Nous considérons à tort ce processus comme notre propre vie et la seule réalité possible.

Processus de perception et de discrimination

1. Mouvement vers les objets

Tout d’abord, nous agissons tous. Si vous êtes assis sur une chaise confortable, si vous fermez les yeux et détendez-vous, alors vous pourrez arrêter uniquement les actions du corps et vous ne direz rien, mais vous ne pourrez pas arrêter le flux des pensées de cette façon. Nous sommes en constante mouvement, grâce auquel nous essayons de trouver et d’obtenir ce que nous considérons correct, nécessaire, bon, ce qui nous semble dû à l’action de l’expérience passée et l’information nous rendra libres et heureux.

En revanche, par des actions incessantes, nous essayons de nous éloigner, de détruire ou de retirer d’une manière ou d’une autre de nos vies ce qui, à notre avis, est mauvais, faux, inutile, négatif. Nos actions témoignent de notre insatisfaction: nous avons besoin de quelque chose, il nous manque constamment quelque chose et nous essayons de le trouver en effectuant des actions sans fin avec le corps, la parole et la pensée. Mais qu’est-ce qui nous manque tant, que cherchons-nous? Nous sommes à la recherche de nous-mêmes. Toutes nos actions sont une tentative de trouver notre Vrai «Soi», c’est-à-dire la liberté et le bonheur qui sont vraiment nous.

Cependant, à cause d’Avidyâ, ou, pour le dire simplement, de l’ignorance, nous nous cherchons dans des objets extérieurs par rapport à nous. Qu’est-ce qui est l’objet «extérieur par rapport à nous»? On pense généralement qu’il existe un monde externe et interne d’une personne.

Monde externe

Le monde extérieur comprend tous les objets et phénomènes que nous rencontrons dans notre vie quotidienne dans le monde matériel. On rencontre d’autres personnes, on écoute de la musique, on regarde des films, on mange et on boit, on participe à une variété d’événements et ainsi de suite. Notre corps physique et nos organes sensoriels agissent dans le monde extérieur, qui entrent en contact avec des objets et des phénomènes du monde extérieur. Reçue par les organes des sens, l’information est perçue par la conscience superficielle.

Les objets et phénomènes du monde extérieur sont créés par notre conscience et par la conscience des gens qui nous entourent.

L’affirmation selon laquelle tout est une manifestation de la conscience provoque souvent des questions ou des litiges. Par conséquent, permettez-moi de vous donner un exemple simple pour illustrer comment notre conscience se manifeste dans le monde extérieur.

Je fais des arts martiaux. Pour pratiquer les coups de poing et de pied, j’utilise un sac de frappe (punching ball) lourd qui est suspendu chez moi. Avez-vous un sac de frappe à la maison? Si oui, cela signifie que vous et moi avons une activité de conscience similaire. En d’autres termes, nous disposons de données (informations et expérience passée) qui forment en nous une aspiration, un mouvement de conscience, ou une envie de s’adonner aux arts martiaux, c’est pourquoi nous avons des sacs de frappe suspendus à la maison pour pratiquer les coups de poing. Par contre, si vous n’avez aucun intérêt pour les arts martiaux, aucune envie de vous entraîner, donc tout simplement, il n’y aura rien à apparaître sous forme d’un objet (un sac pour pratiquer les frappes) et les phénomènes (formations) dans le monde qui vous entoure. En conséquence, il n’y aura pas de sacs de frappe ni de makiwaras chez vous.

Bien sûr, le sac de frappe ne va pas apparaître chez moi par miracle: il a été fabriqué par des personnes dans une usine d’articles de sport. Alors un sac de frappe suspendu à la maison: c’est une manifestation non seulement de mon désir de pratiquer les arts martiaux, mais aussi une manifestation de la conscience des employés d’usine, des vendeurs du magasin des articles de sport et d’autres personnes, comme les services de livraison. Cependant, et c’est un moment très important, si je n’avais aucune envie de pratiquer les arts martiaux, alors peu importe combien de sacs de frappe seraient fabriqués en usine et vendus aux magasins, je n’aurais aucun sac chez moi.

Ainsi, le monde extérieur est une manifestation de notre conscience (esprit). La manifestation de la conscience est déterminée par des données précédemment accumulées: informations et expériences, c’est-à-dire par karma. C’est pourquoi, si on regarde plus en détail, les objets et phénomènes du monde extérieur sont notre karma.

Monde intérieur

Notre monde intérieur est aussi une manifestation du karma, ou des données contenues dans nos Cinq Agrégats. Habituellement, le mauvais karma est compris uniquement comme quelque chose de terrible, par exemple, un accident ou une maladie grave, et sous la manifestation du mérite: quelque chose comme gagner un million à la loterie. Bien sûr, un accident et un gain sont aussi une manifestation du karma du passé. Cependant, le karma ne se manifeste pas seulement sous la forme d’événements aussi exceptionnels. Une manifestation du karma est aussi, par exemple, des pensées désagréables ou, à l’inverse, des bons souvenirs.

La manifestation du karma dans le monde intérieur est l’œuvre de la Discrimination de l’Expérience Formée et des Perceptions.

Le fonctionnement de la Discrimination est, par exemple, une information émergeant dans notre conscience, nous faisant penser d’une certaine manière, des idées et des pensées basées sur cette information que nous avons reçue précédemment.

Le fonctionnement de l’expérience formée est constitué de nos désirs et de nos répugnances conditionnés par les expériences passées et nous obligeant à effectuer certaines actions pour leur satisfaction.

Le fonctionnement des Perceptions est, par exemple, des souvenirs des événements ou des moments agréables ou désagréables de notre passé, apparaissant sous forme d’images mentales.

En d’autres termes, de quelle façon et à quoi pense une personne, quels jugements elle porte, quel type de souvenirs émergent dans son esprit, quels désirs poussent une personne à agir d’une manière ou d’une autre: tout cela est le résultat du karma accumulé par cette personne dans le passé et dans des vies antérieures. Une personne vit conformément à son karma.

Ainsi, les images mentales, l’expérience et les informations contenues dans nos Agrégats 3–5 se rapportent à notre monde intérieur. Cependant, même ces objets subtils ou amorphes sont extérieurs par rapport à nous. C’est-à-dire qu’ils ne sont pas nous initialement: des images, de l’expérience et de l’information étaient simplement reçues par nous de l’extérieur et accumulées dans notre faux ego. Ce sont donc toujours des objets extérieurs par rapport à nous. N’importe quel objet que nous percevons n’est pas nous. Le fait même de sa perception en témoigne. Cependant, étant dans un état de conscience non éveillé, nous ne pouvons exister sans perception des objets extérieurs. C’est pourquoi nous agissons de trois façons sans fin: par le corps, la parole et la pensée, pour rechercher de plus en plus de nouveaux objets externes par rapport à nous.

La cause profonde de cette recherche et de cette perception sans fin est Avidyâ, l’ignorance ou le manque de conscience de soi. La manifestation d’Avidyâ est le mouvement de notre conscience. La conscience et les données reçues forment notre faux «Soi», ou Cinq Agrégats: les données de nos actions, ou karma sont accumulées dans ce faux ego. Ce qui mène au mouvement ces données des Cinq Agrégats est notre conscience. Ce qui pousse la conscience à se mouvoir, c’est nous, ou l’Âtman, qui est dans l’état d’Avidyâ.

2. Identification de soi à un objet

Nous effectuons des actions sans fin. C’est avant tout l’activité de notre conscience. Comme résultat, chaque seconde nous rencontrons toutes sortes d’objets, à la fois dans le monde extérieur et dans votre monde intérieur. Nos six sens sont responsables du contact avec les objets. Les cinq sens physiques entrent en contact avec des objets extérieurs. L’information reçue à travers eux est perçue par la conscience de surface. C’est la conscience superficielle qui perçoit des images, des désirs/répugnances et des pensées qui viennent du subconscient.

Ensuite, notre conscience «s’accroche» certainement à l’objet. On peut l’appeler identification, puisque nous essayons de nous retrouver dans n’importe quel objet. «Trouver son Soi «signifie que nous voulons immédiatement comprendre si cet objet nous est bénéfique ou non, s’il est agréable ou non, et ainsi de suite. Rappelons-nous encore une fois que le Vrai «Soi» est la liberté et le bonheur, c’est pourquoi nous recherchons dans tous les objets quelque chose d’agréable, de rentable, apportant du bonheur, et ainsi de suite. C’est pour cette raison qu’il y a l’»attachement», ou l’identification, à n’importe quel objet.

Illumination est à l’opposé de la pensée dualiste

Il faut apporter une précision importante.

L’Éveil n’est pas un renoncement délibéré à la perception, ni un état de conscience de «remise à zéro» totale, quand on oublie tout, on ne comprend pas où l’on est et ce qui se passe. L’état d’une telle «annulation» est le Néant, dont j’ai parlé dans le chapitre précédent. Il est donc dommage que cette obscurité totale soit assimilée à l’état du Nirvâna. De plus, l’Éveil et la Libération, c’est-à-dire l’état du Nirvâna, ne sont pas un rejet de la véritable joie, de la liberté et du bonheur qui nous sont inhérents au départ. Exactement au moment béni de l’Illumination, cet état absolu s’éveille en nous – c’est pour cela que se déroule la véritable pratique spirituelle authentique.

On peut dire que la suspension de la conscience au moment de l’Illumination est le début de la vraie perception. Après avoir réalisé l’Illumination, on arrête véritablement, on fait cesser l’apparition de joies ou de souffrances illusoires, causées uniquement par notre perception quotidienne et notre discrimination des objets.

Cependant, cette cessation n’est pas due à notre volonté ou à quoi que ce soit de ce genre, mais grâce à la vision selon laquelle «saisie» et discernement des objets n’ont aucun sens parce qu’ils sont vides et ne sont pas nous. «La vacuité ne peut nuire à la vacuité; ce qui n’a aucune caractéristique ne peut nuire à ce qui est dépourvu de toute caractéristique», dit le Bardo Thödol.» En d’autres termes, l’Illumination n’est pas une discrimination fondée sur certaines informations spécifiques connues uniquement par les éveillés; ce n’est pas une manière particulière de réfléchir ni une perception inconnue pour une personne ordinaire. L’état éveillé, c’est l’absence de mouvement de conscience et l’absence de discrimination.

Dans l’état non éveillé, nous discernons sans cesse des objets vides en nous basant sur des informations vides; à la suite de cela, nous éprouvons des souffrances d’impermanence sans fin. Mais au moment de la suspension de la conscience, on le voit vraiment. Notre état en ce moment est précisément une vision, un état d’éveil, et non un raisonnement logique et ni un acte conscient de notre volonté. Cet état ne peut être connu que de manière empirique. Ayant expérimenté cet état, on retrouve un état de bonheur, de liberté et de joie dans leur sens véritable et originel, parce que ce n’est que dans cet état que nous réalisons notre Vrai Soi. En d’autres termes, ceci est un état au-dessus de toutes joies ou souffrances illusoires, car leur apparition est arrêtée, mais cet état de conscience de soi est la plus haute joie, la liberté et le bonheur, puisqu’ils nous sont inhérents dès le début.

«Il n’y a qu’une seule réalité. Et vous l’êtes, même si vous n’en êtes pas conscient. Mais, lorsque vous vous éveillez à cette réalité, vous n’êtes plus quelque chose, mais vous êtes tout et toujours. Et c’est tout» (Kalou Rinpoché).

Ainsi, lorsque nous entrons en contact avec un objet, nous avons deux moyens: la vision et un manque de vision.

Dans le premier cas, on est uni avec l’objet parce que notre conscience est suspendue et cela signifie que nous sommes libres de l’influence de l’objet; c’est pourquoi Kalou Rinpoché dit «vous n’êtes plus quelque chose, mais vous êtes tout et toujours».

Dans le second cas, on s’identifie à l’objet, on se cherche dans l’objet, on «s’accroche» à un objet. Dans ce cas, en suivant le processus habituel de pensée dualiste, on commence à distinguer un objet.

3. Discernement des objets

Nous sommes donc entrés en contact avec un objet externe ou interne. Après, notre conscience a «saisi» cet objet. À l’étape suivante, notre expérience passée et les informations accumulées précédemment commencent à surgir. Elles sont activées par la conscience. Nous distinguons l’objet. De ce fait, nous avons des désirs et des répugnances par rapport à cet objet. Autrement dit, nos expériences passées et nos informations attribuent des nuances de la joie ou de la souffrance à tous les objets perçus, mais ces objets sont vides par leur nature propre.

Ce principe est merveilleusement illustré dans le conte de fées «Le Magicien de la Cité d’Oz». Les personnages principaux arrivent dans la Cité d’Émeraude pour rencontrer le sorcier Oz. aux Portes d’entrée de la Cité d’Émeraude, le gardien leur dit de mettre des lunettes spéciales: «Sans lunettes, vous serez éblouis par l’éclat et la splendeur de la Cité d’Émeraude. Même ceux qui vivent dans la Cité doivent porter des lunettes jour et nuit. C’est l’ordre du Grand Magicien. Elles ferment toutes à clé afin que personne ne puisse les enlever.» En conséquence, la Cité d’Émeraude s’est avérée être la plus ordinaire, construite à partir de simples pierres, mais les verres créaient l’illusion que la ville était construite en émeraudes.

Sans entrer dans les détails du roman, il faut noter l’essentiel. Les pierres ordinaires à partir desquelles la Cité d’Émeraude a été construite sont des pierres ordinaires, elles ne sont pas «le bien» ou «le mal», le «bonheur» ou la «souffrance». Les lunettes que portaient les héros – ce ne sont que des lunettes à verres teintés de verts, elles ne sont pas non plus «le bien» ou «le mal», ni «bonheur» ni «souffrance». En d’autres termes, les pierres et les verres sont vides et ne possèdent pas de propriétés positives ou négatives. Cependant, en observant une ville de pierre ordinaire à travers des lunettes vertes ordinaires, les héros voient la «Cité d’Émeraude». Et nous, c’est exactement pareil: en distinguant les objets vides et les phénomènes du monde externe et interne à travers le prisme des données accumulées (karma), nous obtenons notre réalité illusoire, que nous appelons la vie, nous obtenons notre «Ville d’Émeraude». Donc tout ce que nous vivons est l’illusion de notre karma.

Dans notre vie quotidienne, nous ne pouvons pas voir et comprendre le fonctionnement de notre supraconscience et du subconscient. Cependant, nous sommes impactés chaque seconde, nous sommes confrontés au résultat de leur fonctionnement, puisque le supraconscient et le subconscient sont tous deux nos «lunettes vertes». Pour être tout à fait précis, les montures de lunettes sont nos Cinq Agrégats, les verres dans les lunettes sont une conscience multicouche, et la teinture sur le verre initialement transparent est notre karma, ou données accumulées. Le problème est qu’en menant une vie ordinaire, nous ne pouvons pas enlever ces lunettes, c’est-à-dire cesser l’activité des Cinq Agrégats et notre conscience duale. Cela se produit parce que dans notre vie quotidienne, nous nous identifions à la fois aux Cinq Agrégats et à la pensée dualiste, et en conséquence, c’est pourquoi on est complètement dépendant d’eux.

Ainsi, en distinguant les objets, nous arrivons à deux pôles: «bien» ou «mal». Parfois, il semble que l’objet nous soit indifférent, mais cela ne veut pas dire que dans ce cas, notre discrimination est suspendue. Une attitude indifférente est une attitude négative. Par exemple, si nous n’aimons pas une certaine personne, on n’est pas intéressé par son sort.

Ainsi, si, suite à une discrimination, nous aimons un objet, alors le désir surgit qui vise à obtenir cet objet. Si un objet évoque en nous des émotions négatives, alors il y a une volonté de se débarrasser de cet objet.

4. Désirs dirigés vers un objet

Ignorance, illusion, engouement aveugle

Si nous distinguons l’objet comme positif, alors l’illusion ou l’ignorance surgit. Il est nécessaire de préciser ici qu’il existe deux types d’ignorance: l’ignorance, qui est la cause profonde de tout le processus de perception et de discrimination, ainsi qu’il y a l’ignorance, apparaissant à la suite du discernement des objets et des phénomènes.

La première est Avidyâ, ou Ignorance Fondamentale, avait déjà été mentionnée précédemment.

Avant de donner une définition précise du terme «Avidyâ», il est nécessaire de clarifier que la langue russe partage une base grammaticale commune avec le sanskrit.

Ainsi, le mot sanskrit «Avidyâ» se traduit littéralement par «manque de connaissance», «confusion», «ignorance». «L’ignorance» signifie «nescience», c’est-à-dire ne pas savoir quelque chose. La racine du mot «nevedenye» (ignorance en russe) est VED, comme dans le mot «comprendre», c’est-à-dire «savoir». Cependant, le mot «Avidyâ» a une autre racine: VID, comme dans le mot «videt» (voir en russe). Il s’avère que la signification exacte du mot «Avidyâ» ne signifie pas «nevedenye» (ignorance en russe), mais «nevidenye» (aveuglement en russe). Ainsi, l’essence de l’ignorance est toutes ses manifestations – c’est un état dans lequel on ne voit pas quelque chose, et en conséquence, nous pouvons «ne pas connaître» quelque chose – ne pas savoir ou ne pas comprendre. Mais qu’est-ce qui est caché de notre regard? Avidyâ est l’absence de conscience de soi: nous ne voyons pas, nous n’avons pas conscience de nous-mêmes, par conséquent nous essayons de nous retrouver dans des objets ainsi que des phénomènes vides externes par rapport à nous, qui ne sont pas notre vraie nature. Autrement dit, nous nous trompons en considérant que nos Cinq Agrégats sont nous, et que tous les objets externes et internes perçus peuvent nous apporter le vrai bonheur, la liberté et la joie.

En raison d’une pensée dualiste, ou discrimination, nous avons une perception fautive par rapport à l’objet que nous percevons et distinguons. Donc un deuxième type d’ignorance apparaît, désigné en sanskrit et en pâli par le terme «Moha»: «illusion, ignorance, stupidité, égarement, engouement aveugle». Si nous aimons l’objet perçu, alors nous avons un égarement: il nous semble que nous avons trouvé notre vrai plaisir, bonheur ou joie. Le désir de continuer à profiter de l’objet surgit et on ne comprend pas ou on ne veut pas comprendre que tout objet – grossier ou subtil, externe ou interne, primitif ou complexe – est éphémère, rien ne peut durer éternellement.

Il existe quatre options, ou situations, dans lesquelles nous souffrirons de l’impermanence de tous les objets et phénomènes. Quel que soit l’objet de notre plaisir, nous en rencontrerons certainement un ou plusieurs. Un bon exemple illustrant chacune de ces quatre options est l’amour et l’affection et la tendance de la conscience sous-jacente au monde des humains.

La première option est de changer l’objet qui nous fait plaisir.

Un jeune homme J tombe amoureux d’une fille N, fasciné par sa beauté. Au fil du temps, la beauté de N se fane, son apparence change grandement. J ne voit plus le charme qui l’attirait. Ses sentiments pour N s’estompent.

Ensuite, la conscience de toute personne est éphémère. Par exemple, le caractère de N change et, d’abord, leur relation avec J se détériore, puis prend fin. L’affection amoureuse avec un changement dans la conscience de l’un des partenaires se transforme facilement en haine, car l’affection, généralement appelée amour, et la haine sont les deux côtés de la médaille. En d’autres termes, s’il y a quelque chose que vous aimez ou qui suscite des émotions positives, en même temps, ce qui est opposé surgit – ce qui n’est pas agréable et qui provoque une aversion. Par exemple, plus nous aimons les vertus de nos proches, plus nous détestons leurs défauts (je parlerai davantage de ce principe ci-dessous).

La deuxième option est la disparition de l’objet du plaisir. N peut dire à J: «Je suis tombée amoureuse de quelqu’un d’autre. Au revoir!» et elle part. De plus, toutes, même les très bonnes relations, prendront définitivement fin au moment de la mort.

La troisième option est le changement d’un objet de plaisir. J en a assez de son amante, et leur relation se termine. Le burnout amoureux peut survenir même après un ou deux ans de vie commune. Bien sûr, il y a des gens qui s’aiment plus longtemps. Mais il y a aussi ceux qui doivent faire des efforts incroyables pour faire semblant qu’ils s’aiment toujours. Autrement dit, au début, J percevait l’objet d’affection, c’est-à-dire N, avec admiration, et il lui semblait qu’elle devenait de plus en plus belle, tout semblait beau autour de lui. Puis le feu de l’amour s’est progressivement refroidi et J a commencé à remarquer un défaut après l’autre chez sa chérie – c’est la propriété de l’âme. À maintes reprises, il a découvert cette faille et celle-là, et à un moment donné, il ne restait aucune trace d’amour. C’est-à-dire que la perception positive de l’objet lui-même, pour lequel J avait ressenti de la sympathie et de l’affection, a disparu.

Pourquoi tout est-il éphémère? Parce que la conscience fonctionne. Si la conscience est active, alors les données sont également actives qui nous obligent à voir les objets et les phénomènes comme de la souffrance et de la joie. À un moment donné, il nous semble que nous sommes heureux; cela est uniquement dû à l’action de certaines données, ou karma. Cependant, la conscience continue de fonctionner. Les données, créant des illusions se meuvent et changent également. Par conséquent, l’instant d’après, nous ne voyons pas la joie, mais la souffrance, nous voyons l’objet différemment, en fonction d’autres données. Quand les données sur un objet qui nous font le voir comme de la joie ou de la souffrance sont épuisées complètement (vide), nous cessons donc complètement d’éprouver de la joie ou de la souffrance de la possession ou du contact avec cet objet.

La quatrième option est la disparition d’un objet du plaisir. Similaire au deuxième cas, J quitte N, ou leur relation se termine avec la mort de J.

Dans tous ces cas, nous souffrons d’impermanence due à l’ignorance, c’est-à-dire l’incompréhension, l’incapacité à voir l’impermanence de tout: la conscience, les relations, tout objet et phénomène.

Haine, insatisfaction, hostilité

Puis, s’il y a quelque chose qui nous procure du plaisir, même temporaire, nécessairement en même temps apparaît quelque chose qui est contraire à nos plaisirs – ce qui nous apporte de la souffrance. Et plus le plaisir est fort, plus la souffrance est forte. C’est une formule très précise et stricte qui fonctionne de manière impartiale et indépendamment de notre volonté partout où il y a un processus de notre perception et de notre discrimination. S’il y a un plus, alors il y aura certainement un moins; autant le plus est fort, autant le moins est fort; ils sont équivalents.

 
«Lorsque les gens voient certaines choses comme belles,
d’autres deviennent laides.
Lorsque les gens voient certaines choses comme bonnes,
d’autres deviennent mauvaises.
Être et non-être se créent l’un l’autre.
Difficile et facile s’entretiennent l’un l’autre.
Long et court se définissent l’un l’autre.
Haut et bas dépendent l’un de l’autre.
Ainsi le Maître
agit sans rien faire
et enseigne sans rien dire.
Les choses apparaissent et il les laisse venir;
les choses disparaissent et il les laisse partir.
Il a, mais ne possède pas,
agit, mais n’attend rien.
Son œuvre accomplie, il l’oublie. Il ne s’y attache pas.
C’est pourquoi elle dure toujours.»
 

(Lao-Tseu, Le Tao Te King)

Si nous n’aimons pas l’objet perçu et que nous éprouvons des sentiments désagréables en contact avec lui, alors la haine surgit en nous. La haine a plein de dérivés: il peut s’agir d’hostilité, de colère, de méchancété, de rage, et ainsi de suite. Ayant une attitude négative envers cet objet, nous essayons d’une manière ou d’une autre de nous en débarrasser. Par exemple, si on n’aime pas une personne, on essaye d’éviter tout contact avec elle. Bien sûr, en ayant de la haine ou de l’hostilité envers un objet, nous souffrons de la douleur physique ou mentale. La douleur mentale est plus forte que la douleur physique: la douleur physique au moins peut être temporairement soulagée avec des analgésiques, mais la douleur mentale peut nous tourmenter même dans un rêve. Ainsi, la discrimination négative – haine, hostilité, mécontentement – c’est une douleur physique ou mentale.

Cupidité, attachement, dépendances

Si nous avons vécu quelque chose d’agréable, nous voulons le revivre. Voici comment apparaît la cupidité (attachement, dépendance). Si nous obtenons ce que nous voulons, alors soit cela se termine, soit devient ennuyeux, et nous commençons une nouvelle recherche. C’est le fonctionnement de notre Formation Mentale. Autrement dit, l’expérience du passé (karma) nous conduit à l’expérience et, par conséquent, à l’accumulation de nouvelles expériences (karma). Souvent, nous ne pouvons pas obtenir ce dont nous avons besoin ou nous obtenons le contraire. Dans chacun de ces cas, nous souffrons de l’insatisfaction.

De plus, nous avons certainement une peur inconsciente de perdre ce qui nous est cher et apporte du plaisir, la peur de ne pas obtenir ce que l’on veut, et aussi la peur de ce qui va arriver: quelque chose de mauvais; quelque chose qui est opposé à nos désirs et à nos attentes; quelque chose que nous ne voulons pas.

Aucun plaisir ne peut durer éternellement: tout objet qui nous apporte du plaisir change et/ou disparaît, ou notre conscience change, il y a un rassasiement de l’objet, et il cesse de nous satisfaire. En conséquence, nous en voulons certainement plus, c’est-à-dire que nous sommes obligés «d’augmenter la dose». C’est précisément à cause de l’impermanence de tous les objets externes et internes que nous percevons et distinguons, ainsi qu’en raison de l’impermanence de notre conscience, la satisfaction des désirs mondains se transforme toujours en toxicomanie – au sens allégorique, et parfois, malheureusement, au sens littéral. Nous ne sommes plus satisfaits de la somme d’argent, de la taille de notre maison, du confort et de la rapidité de notre voiture, nous devenons rassasiés de notre partenaire sexuel, femme, mari, nous exigeons sans cesse quelque chose de plus de la part des gens qui nous entourent, nous voulons manger de la nourriture plus délicieuse, etc. Les désirs mondains basés sur l’avidité et l’attachement, et la souffrance d’insatisfaction, c’est exactement la même chose. Les désirs mondains sont impossibles à satisfaire: essayer de satisfaire ses désirs ressemble à l’alcoolisme ou à la toxicomanie. Les désirs mondains sont infinis et si on essaye de les satisfaire, en conséquence, on n’éprouve rien d’autre que de la souffrance. Cependant, la quantité de l’expérience qui donne naissance aux désirs mondains est fixe et, si l’on mène une pratique spirituelle, on peut l’arrêter. En ce sens, les désirs mondains ont une limite.

Le monde entier qui nous entoure est une manifestation de notre insatisfaction. Quand nous ne parvenons pas à obtenir ce que nous voulons, ou nous perdons ce qui nous a apporté du plaisir, la haine surgit simultanément avec la déception de l’incapacité de satisfaire un désir. Et si nous «trouvions également quelqu’un à blâmer» pour ne pas avoir pu obtenir ce que nous voulions, alors notre colère et notre haine seront tout simplement sans limites. Et plus notre désir est fort, plus la haine sera forte. C’est-à-dire souffrant d’insatisfaction ou d’impermanence, en même temps, nous souffrons également de la douleur causée par notre attitude négative (haine ou colère) envers la situation actuelle.

Donc le mouvement – identification – discrimination – haine, ignorance et cupidité – douleur, impermanence et insatisfaction, respectivement. Tous les phénomènes de notre monde entrent nécessairement dans l’une de ces catégories de douleur, d’instabilité ou d’insatisfaction. Comme je l’ai dit auparavant, il n’y a pas un seul phénomène qui ne corresponde pas initialement ou ne soit finalement pas transformé en l’une de ces trois souffrances.

Là encore, il est nécessaire de noter que tous les processus ci-dessus se produisent dans notre conscience si rapidement, et nous y sommes si habitués, nous ne les remarquons tout simplement pas, nous ne les voyons pas, nous croyons que «c’est comme ça que ça devrait être», on met tout le temps les étiquettes «bonnes» et «mauvaises» sur des objets et des phénomènes initialement vides, nous accusons sans cesse les autres pour notre propre souffrance, causée uniquement par notre pensée dualiste.

Désignations des causes de la souffrance et de l’état originel

Dans ce chapitre, nous avons brièvement examiné les raisons qui nous amènent à considérer une illusion comme une réalité. Cet état ordinaire et non éveillé de notre conscience peut être expliqué de différentes manières, indiquant, à première vue, différentes causes de nos souffrances. Par exemple, la haine, l’ignorance et l’avidité sont les souffrances de la douleur, de l’impermanence et de l’insatisfaction. Ou bien la cause de la souffrance est nos désirs mondains. Ou la raison de nos souffrances – la pensée dualiste, la discrimination, à cause desquelles nos désirs et répugnances surgissent. Ou bien la cause de nos souffrances est l’expérience passée, elle est due à des objets perçus qui nous semblent agréables ou désagréables. Ou la raison de notre souffrance est le mouvement de la conscience et l’identification aux objets. Ou la raison de notre souffrance est le manque de conscience de soi et la tentative de se retrouver dans des objets et phénomènes extérieurs. Cependant, toutes ces raisons font partie d’un même processus. En d’autres termes, ces raisons semblent différentes, mais en réalité, c’est le même processus de la Perception et Discrimination, dans lequel différents éléments participent et existent différentes étapes.

Notre état originel se manifeste lorsque l’action de ces raisons mentionnées s’arrête. Et il y a aussi des définitions qui semblent différentes au premier coup d’œil. Par exemple, Illumination et Libération, c’est l’arrêt de la haine, de l’ignorance et de l’avidité, autrement les désirs du monde. Ou c’est la cessation de la pensée dualiste. Ou la suspension des expériences passées. Ou le retour de la conscience à un état de Calme et Contemplation. Ou la conscience de soi. Comme dans le premier cas, les définitions semblent différentes, mais en réalité, ils pointent tous vers la même chose, à l’état originel, qui, comme mentionné précédemment, peut être conditionnellement appelé l’Âtman ou le Nirvâna: «Lorsque tous les obscurcissements sont éliminés, la vraie nature se manifeste sans entrave, non limitée par quoi que ce soit» (Kalou Rinpoché).

Chapitre III
Illumination et Libération

«Lorsque nous essayons d’expliquer logiquement l’Illumination, nous nous trouvons toujours entraînés dans des contradictions. Nulle explication par des mots, si prolixe soit-elle, ne nous fera jamais pénétrer dans la nature de notre propre Moi. Plus on l’explique et plus loin il s’échappe.

C’est comme si nous parlions de nourriture toute la journée; si abondamment que nous puissions en parler, nous restons à jamais affamés. On peut expliquer la philosophie de la Shûnyatâ 19 pendant dix mille ans; tant qu’on n’a pas encore vu dans sa propre Nature, cela ne sert absolument à rien». (Daisetz Teitaro Suzuki)

Dans les chapitres précédents, nous avons discuté en termes généraux de ce que nous appelons habituellement notre «Soi» parlait de la structure de l’Univers bouddique et de notre conscience à plusieurs niveaux. La question peut se poser: «D’accord, en général, je comprends cette vision du monde, mais qu’est-ce que je dois faire pour surmonter la souffrance en retournant à mon état originel de la conscience?» Et aussi: «Qu’arrive-t-il à une personne si elle commence à pratiquer? Quel chemin doit-il emprunter? Que va-t-il vivre en cours de route?»

Les mots clés pour répondre à ces questions seront «Illumination» et «Libération». Malheureusement, de nos jours, l’Illumination et la Libération sont souvent confondues, ou considérées comme des synonymes, ou on leur donne des définitions très vagues, et, en conséquence, le but de la pratique devient également flou.

Différence entre l’Illumination et la Libération

Premièrement, Illumination et Libération ne sont pas la même chose, il ne faut pas les confondre.

Deuxièmement, l’Illumination et la Libération sont des processus. L’Illumination est le processus de retour de notre conscience à l’état originel de Calme et de Contemplation. La Libération est le processus de transformation de l’énergie thermique des désirs mondains et de délivrance du faux ego par ascension de cette énergie.

Le but ultime de toute pratique spirituelle authentique est la réalisation de son propre état original. C’est le seul état inconditionné dans lequel toutes les expériences et informations antérieures stockées dans nos Cinq Agrégats sont suspendues. Nous devons nous libérer des Cinq Agrégats – corps, sens, formations mentales, expérience formée et information, ainsi que de leurs fonctions: activité physique, sensations, idées, désirs/répugnances et discrimination. On devrait le faire en deux façons: utiliser le mental et utiliser l’énergie. La méthode dans laquelle le mental est utilisé mène à l’Illumination. La manière dont l’énergie est utilisée conduit à la Libération. Laissez-moi vous donner un exemple. Nous avons un corps physique. Il est clair qu’il n’apporte pas seulement des plaisirs illusoires, mais aussi des souffrances: la maladie, la vieillesse et la mort. Disons qu’une personne est gravement malade. S’il a atteint l’Éveil, alors même la plus forte douleur dans le corps n’aura aucun effet sur lui: il n’y aura aucune souffrance dans son esprit. Cela se produit parce que son activité mentale et, par conséquent, son expérience passée sont suspendues, donc les sensations ne sont pas divisées en bonnes et mauvaises: elles peuvent seulement être fortes, faibles ou absentes. Ainsi, la souffrance ne surgit pas parce que le mental est immobile grâce à l’Illumination et que les expériences passées ne provoquent pas d’illusions de souffrance ou de joie. Si cette personne a atteint la Libération, alors elle quitte simplement son corps physique due à l’énergie ascendante, en se libérant ainsi de toutes les souffrances. De la même manière, on doit se libérer du contrôle des Cinq Agrégats en suspendant l’activité mentale et en augmentant l’énergie.

Laissez-moi vous donner un autre exemple. La cupidité mène à la souffrance d’insatisfaction et nous oblige à renaître encore et encore dans les six mondes du monde du Désir. Suite au processus d’Illumination, le pratiquant cesse complètement l’activité mentale. Puis, dans cet état de paix parfaite, il observe les objets de sa préoccupation, ainsi que ses expériences passées qui l’obligent à rechercher la joie dans ces objets. À un moment donné, le praticien voit que tous les objets et toutes les expériences passées sont vides et qu’ils sont dénués de sa véritable nature. Ainsi, la cupidité se décompose en pièces et cesse d’exister. Seule l’expérience passée demeure, mais elle ne façonne plus des désirs mondains, car elle est complètement arrêtée. Ce processus s’applique à tout désir mondain ou mouvement de l’âme.

Comment un pratiquant spirituel peut-il se débarrasser de l’avidité dans le processus de Libération? Premièrement, la cupidité est due au blocage de l’énergie à Manipura chakra, un centre énergétique situé dans la zone du nombril. Ce qui bloque l’énergie: c’est l’expérience passée de la satisfaction des désirs issus de l’avidité. Deuxièmement, l’avidité elle-même, comme tout désir mondain, est l’énergie de la chaleur. Par la Libération, nous transformons cette énergie thermique en énergie spirituelle ascendante. L’énergie ascendante détruit le blocage du chakra Manipura et la conscience, qui se meut avec l’énergie, monte plus haut. En même temps, l’énergie de la cupidité elle-même est complètement sublimée. Ainsi, on atteint un état dans lequel l’avidité ne peut plus surgir même si l’objet du désir apparaît.

En conclusion, les processus de l’Illumination et de la Libération sont orientés dans une seule direction et poursuivent le même objectif, mais les moyens d’atteindre cet objectif sont différents.

Points clés concernant l’Illumination et la Libération:

1. Illumination et Libération ne sont pas la même chose, il ne faut pas confondre ces concepts. Le plus haut niveau de pratique spirituelle, réalisé par exemple par Bouddha Shâkyamuni, comprend à la fois l’Illumination Ultime et la Libération Ultime. Cependant, s’il s’agit de niveaux initiaux de l’Illumination, cela ne signifie pas du tout la réalisation de Libération.

2. L’Éveil est un processus mental. Nous devons entrer plus en détail. Il est généralement admis que la pratique spirituelle et son objectif ultime – l’Illumination – sont un processus d’amélioration, de développement ou d’évolution de notre conscience (âme). Au stade initial, c’est exactement le cas: nous modifions réellement les données de nos Cinq Agrégats, à la suite de quoi ils passent à une qualité supérieure. Cependant, l’Illumination n’est pas un développement, mais une transformation parfaite. Par exemple, si nous plantons un semis, après quelques années, il grandira ou se développera pour devenir un arbre. C’est ça le développement. Mais si nous chauffons la glace, alors elle se transforme en eau. C’est-à-dire que la base de la substance (H 2 O) restera la même, tandis que l’état d’agrégation deviendra complètement différent. C’est une transformation. Ainsi, l’Illumination est le processus de transformation de notre conscience d’un état ordinaire sombre (qui peut être comparé à la glace) à notre état original de Calme et de Contemplation (semblable à l’eau de transparence pure et complètement calme, qui reflète tout tel qu’il est, sans changement).

3. Si une seule chose est réalisée – l’Éveil ou la Libération – alors cette atteinte ne peut pas être considérée comme parfaite.

4. L’Éveil est atteint en premier, puis la Libération. Si l’inverse se produit, c’est dangereux (plus de détails dans le chapitre suivant).

5. Le processus de Libération inclut le processus d’Illumination, donc la Libération authentique inclut toujours l’Illumination.

6. L’Illumination et la Libération comportent de nombreux niveaux, dont la réalisation se produit séquentiellement au cours de la pratique spirituelle. Le stade le plus élevé d’Illumination et La libération est le niveau atteint par Siddhartha Gautama, qui fut devenu Bouddha.

Concepts faux sur l’Éveil et la Libération (début) 20

Le premier concept faux, malheureusement présent aujourd’hui, est que les étapes intermédiaires de la pratique spirituelle sont considérées comme l’Illumination et la Libération.

Par exemple, quelqu’un a vu de la lumière blanche en méditant. Cette lumière semble «envelopper» le praticien et un sentiment très agréable et joyeux apparaît. Après avoir soigneusement étudié l’Enseignement, cette personne comprendra que c’est l’expérience du ciel du monde du Désir. C’est vraiment une expérience très agréable, cela montre que cette personne a du mérite et que sa pratique de méditation évolue dans la bonne direction.

Cependant, premièrement, il ne s’agit pas de l’Illumination ou de la Libération (après tout, ce n’est que les cieux du monde matériel), deuxièmement, le praticien ne doit en aucun cas être capturé par cette expérience et il ne faut pas en être satisfait. Le fait est que toute expérience méditative, que ce soit les cieux ou un autre monde, ce n’est qu’une manifestation des données accumulées dans nos Cinq Agrégats. Comme je l’ai déjà expliqué, les données sont activées par notre conscience de multicouche. Bien sûr, c’est bien si un pratiquant voit toujours le paradis, et pas le monde, dit-on, des fantômes affamés. Cependant, se réjouir des souillures astrales est le moyen d’une dégradation; de telles expériences sont des jalons sur le chemin et non le but final. Si l’on commence à se réjouir et à être saisit par tout ce qui émerge dans la conscience pendant la méditation, il y a un danger de «se coincer» au niveau du monde qui correspond à cette information manifestant qui a été accumulée dans le passé. Ensuite, il commence à sembler à cette personne qu’elle ait déjà atteint l’Éveil spirituel, qu’elle a déjà terminé sa pratique. Il existe aujourd’hui de nombreux exemples de ce type.

Afin de ne pas vous retrouver dans une telle situation, il est indispensable d’étudier la doctrine en profondeur, d’effectuer des pratiques préliminaires, de ne pas se laisser entraîner par l’expérience acquise en méditation, en l’analysant du point de vue du Dharma (et non s’appuyant sur la base de ses propres idées vagues ou croyances).

Le deuxième concept faux à propos de l’Illumination et de la Libération est que l’on leur attribue un certain mysticisme ou un mystère par ignorance ou incompréhension de l’Enseignement et, par voie de conséquence, une inaccessibilité pour une personne ordinaire. Les premiers niveaux de l’Illumination peuvent être atteints par quiconque s’engage sérieusement dans une véritable pratique spirituelle. Cependant, il arrive qu’une personne qui a réalisé, par exemple, la première Illumination, parle de son expérience à d’autres personnes. Mais en réponse, ils disent: «Tu te prends pour le Bouddha? Le seul éveillé est le Bouddha». En d’autres termes, ils nient le fait qu’Il existe de nombreux niveaux d’Illumination et de Libération. C’est ainsi qu’une personne crée une fausse idée selon laquelle l’Illumination est quelque chose de «lointain et d’inaccessible», que «seul le Bouddha peut réaliser», et, par conséquent, complètement impossible pour de simples mortels. Ainsi, les gens, même s’ils mènent une sorte de pratique spirituelle, le font très probablement par complaisance, en se disant: «Pour moi, l’Éveil est inaccessible et la Libération est comme naviguer en eaux troubles. Les derniers Arhats vivaient il y a 700 ans». Comme dans le premier cas, c’est aussi la perspective triste. Cependant, l’Illumination et la Libération sont nos états originels et naturels. Pour illustrer cela, je citerai les paroles de Bodhidharma, 28ème Patriarche du Bouddhisme:

«Depuis des temps immémoriaux, chaque mouvement, chaque action à chaque instant et partout où se trouve votre esprit originel, se trouve votre nature originelle de Bouddha. Soi l’esprit lui-même est Bouddha. Comme ça. En dehors de cet esprit, il n’y a aucun autre Bouddha nulle part.

En dehors de cette conscience, il n’y a nulle part où chercher Bouddha, Nirvâna et Bodhi21. Notre propre nature est absolument vraie. Cela n’a ni cause ni effet. Notre conscience est Bouddha. Notre conscience est un rayonnement complet, clair et calme. Donc dire qu’à l’extérieur la conscience est Bouddha et Bodhi, ce qui peut être atteint, est une erreur «.

À mon avis, de tels égarements constituent un manque de respect envers les Grands Maîtres des temps passés, à commencer par Bouddha Shâkyamuni, qui, ayant réalisé l’Éveil et la Libération, nous a transmis cet Enseignement dans les moindres détails, mais nous n’en avons même pas une idée précise (ou nous ne voulons tout simplement pas l’avoir?).

Le processus d’Illumination et les méthodes de pratique

(Tableau № 3: «PRATIQUES SPIRITUELLES»)

Foi et dévouement22

La foi signifie la foi dans les Enseignants du passé et leurs Enseignements – le Vrai Dharma. Le dévouement est l’apprentissage approfondi, la réflexion et la pratique de l’Enseignement. Pour le dire brièvement, la foi est l’orientation de l’esprit. En d’autres termes, la foi et le dévouement guident notre esprit vers l’objet de foi et de dévouement.

Maître Kalou Rinpoché parle du dévouement (de prise de refuge):

«Prendre refuge ne présente aucun danger et n’entraîne aucune restriction, ni externe ni interne. Cela ne nous gêne pas dans nos activités quotidiennes. Il s’agit essentiellement de développer la confiance dans une source de compassion et de bénédiction. Il n’est pas vrai non plus que celui qui a pris refuge se voit refuser l’accès à d’autres traditions. Il existe de nombreux enseignements spirituels dans ce monde. Bouddha a dit que toutes les traditions doivent être considérées comme l’activité d’un état d’esprit éclairé qui s’exprime différemment selon les différents besoins des êtres» (un fragment du livre «La nature de l’esprit»).

Mais quel est en réalité cet objet de foi et de dévouement? Les Maîtres du temps passé, comme Bouddha Shâkyamuni, ont pleinement réalisé leur Vrai Soi, ils ont atteint l’état du Nirvâna parfait. Par conséquent, en pratiquant la foi et le dévouement envers les maîtres du passé et leurs Enseignements, nous nous dirigeons vers notre véritable état originel de liberté et de bonheur absolus. Ce n’est donc pas une croyance en une personnalité différente de nous, appelée «Dieu» ou «Bouddha», c’est la direction de l’esprit vers l’essence de ces âmes – le Vrai Soi. En d’autres termes, c’est faire confiance à son maître (Guru) intérieur, et en réalité au véritable soi, c’est-à-dire à l’Âtman.

S’engager seul dans la pratique du dévouement et y atteindre la perfection vous permet d’atteindre le but ultime: l’Illumination et la Libération. Cependant, une âme ordinaire peut-elle réaliser le sens profond du concept de «dévouement»? C’est pratiquement impossible. Et si tel est le cas, alors le dévouement se concrétise sous une forme plus détaillée – à travers la pratique spirituelle basée sur le Vrai Dharma.

Étude de la Doctrine

La Vérité Absolue est notre véritable essence, ou Âtman. Tout le reste sont des données qui ne sont ni nous ni Âtman. Cependant, parmi ces données, il y a des informations qui pointent vers l’Âtman, et il existe des informations qui bloquent complètement toutes visions et compréhensions.

Le premier type d’information peut être désigné comme «Dharma, Loi, Enseignement ou Vérité». Par exemple, il s’agit d’informations selon lesquelles tout est éphémère et que la mort est inévitable, que notre vie est entièrement déterminée uniquement par notre karma contenu dans les Cinq Agrégats. Enfin, c’est une information selon laquelle les Cinq Agrégats eux-mêmes ne sont pas nous, et si vous arrêtez le fonctionnement de l’activité du mental, alors il devient possible de les voir.

Le deuxième type d’informations est l’information qui façonne nos désirs mondains, avant tout, la haine, l’ignorance et la cupidité. Les désirs mondains nous retiennent dans ce monde matériel des passions et apportent de la souffrance.

La question qui détermine complètement le trajet de notre vie est: quel type d’information prévaut en nous? Si nous adoptons la mauvaise approche et absorbons des informations qui augmentent les passions et l’égoïsme, notre vie empirera, car nous emprunterons le chemin de la dégénérescence et de la dégradation de notre conscience. Le fait est que les objets et phénomènes que nous voyons autour de nous sont les mêmes pour tout le monde. Par exemple, notre corps physique, les événements mondiaux ou la planète Terre – tout cela nous voyons de la même manière, en d’autres termes, nous voyons tous les mêmes choses. Seules les méthodes d’analyse et de discernement de ce qui est perçu sont différentes, et si elles sont différentes, nos actions le seront également et, par conséquent, leurs résultats. Et l’analyse et la différenciation des objets et phénomènes sont effectuées uniquement sur la base des informations et de l’expérience que nous avons accumulées auparavant jusqu’à présent.

Informations provenant du monde extérieur

Et quel genre d’informations recevons-nous chaque jour des médias, d’Internet ou des conversations avec des amis? Quels états de conscience cela crée-t-il?

Premièrement, l’aversion pour tout le monde et la haine envers tout ce que nous n’aimons pas et tout ce qu’il nous semble, apporte de la souffrance. Nous blâmerons sans cesse quelqu’un pour nos problèmes et nos ennuis, sauf nous-mêmes: en raison de l’énorme quantité d’informations sur les désirs mondains, nous ne sommes pas capables de voir que la cause de toutes nos souffrances est l’action de l’expérience passée, ou du karma. Autrement dit, en réalité, «Les hommes sont tourmentés par les opinions qu’ils ont des choses, non par les choses mêmes»23. La haine nous fait nous réjouir quand ceux que nous détestons souffrent ou quand nous parvenons à détruire quelque chose qui nous est désagréable. Le fonctionnement similaire de conscience naît à cause de la distinction entre soi et les autres: «Le plus important, c’est moi, les autres ne m’inquiètent pas!» La distinction entre soi et les autres naît d’une identification complète de soi-même avec les Cinq Agrégats et surtout avec le corps physique. Ce fonctionnement de conscience forme un état d’enfer autour de nous, et dans la prochaine vie, à cause de la fixation sur notre propre haine, nous renaissons vraiment en enfer.

Deuxièmement, s’il y a identification et amour pour son faux ego, alors cet amour exige satisfaction: nous recherchons sans cesse ce que nous essayons d’appeler le «bonheur» ou la «joie». Cependant, en réalité, tout cela s’avère que cela n’est qu’une recherche ignorante des plaisirs illusoires momentanés et, en règle générale, primitifs, qui nous comparent aux animaux et nous mènent au monde des animaux dans la prochaine vie.

Troisièmement, nous sommes sans cesse capturés par les choses matérielles et nous nous réjouissons de notre propre cupidité, devenant des fantômes affamés et égoïstes qui ne savent pas comment satisfaire des envies. C’est un sentiment constant de besoin et de manque désespérés. Dans cet état, nous ne sommes intéressés par rien d’autre que le gain personnel.

Ensuite, les informations quotidiennes du monde créent en nous l’affection cécité appelée «amour», qui consiste dans le fait que, même en faisant un acte d’amour comme: «Je tiens à toi!», on considère un proche comme votre propre propriété. En même temps, l’anxiété et la peur apparaissent dans la conscience lorsque l’on pense qu’il y a toujours une possibilité de perdre l’objet de notre affection. C’est pourquoi il y a un désir de le contrôler constamment, ainsi que d’être sans cesse jaloux et d’exiger la réciprocité. L’attachement domine le monde des humains.

Puis, le désir de surpasser les autres en tout, sans vraiment choisir les moyens et l’envie de ceux qui ont accompli plus. Aspects positifs du fonctionnement de la conscience des asuras, qui correspond à ce cinquième point: on peut mettre en évidence le désir de l’amélioration personnelle. Cependant, à cela s’ajoute également un désir de supériorité, d’envie et de malveillance. Un exemple typique est la science qui, dans le monde moderne des hommes, est clairement de type asuriste. Par exemple, le développement des armes nucléaires a commencé immédiatement après la réception de données scientifiques sur la possibilité d’une réaction en chaîne de fission de l’uranium accompagnée de libération d’énormes quantités d’énergie. Cependant, la première centrale nucléaire où l’énergie nucléaire est utilisée à des fins pacifiques et au profit de la population n’est apparue qu’en 1954, après l’emploi des armes nucléaires; et, en raison de cette utilisation, de nombreuses personnes sont mortes.

Finalement, l’état de conscience le plus élevé que les informations mondaines quotidiennes puissent former en nous, est l’état des dévas. Généralement, il s’exprime avec complaisance et ignorance volontaire. Pourquoi est-ce que je dis que c’est un état élevé? Parce qu’il n’y a pas de passions basses en lui, mais il y a une envie de s’amuser des choses sublimes et raffinées, par exemple de l’art, de la musique, de la poésie. Dans cette liste, on peut également inclure la pratique spirituelle, même s’il vaudrait mieux dire «pseudo-spirituelle» ou «quasi spirituelle». Une personne avec une conscience de déva pratiquera afin de ressentir une satisfaction physique et mentale. Bien sûr, il ne fera pas de «rituels pour attirer la chance» ou «envoyer des dégâts» à ses ennemis, c’est le sort des esprits inférieurs, les dévas au-dessus de cela. Cependant, dans la pratique spirituelle au niveau des dévas ordinaires, il manque l’essence de la véritable pratique spirituelle: l’Illumination et la Libération. Bien sûr, c’est bien d’avoir un état satisfait et relativement calme des dévas dans cette vie et dans la suivante se réincarner au Ciel, mais il est important de comprendre que cet état ne transcende pas l’impermanence et la souffrance, puisque le monde des Dévas est dans le Samsâra. De plus, il y a peu d’informations célestes, même de bas niveau, dans notre monde moderne par rapport aux informations des mondes inférieurs.

L’information dominante est la haine, l’ignorance animale, préoccupation totale pour les choses matérielles, attachement aveugle, envie et complaisance. La société n’établit même pas de telles données, mais les martèle littéralement dans la conscience d’une personne depuis son enfance jusqu’à sa mort. Par exemple, disent-ils les massmédias, que la haine, l’ignorance et l’avidité sont en réalité trois souffrances? L’un des blogueurs écrit-il que le corps, les sentiments, les formations mentales, les expériences et les informations ne sont pas vraiment notre véritable nature? Peut-être dans des chansons populaires ou dans des films parlent-ils de la nécessité d’une pratique spirituelle?

Le Dharma a le sens opposé

Le Dharma (Enseignement) peut contrer les informations du monde. Le vrai Dharma toujours à l’opposé des désirs mondains. Le vrai Dharma est une information formant une façon de penser qui nous aide à comprendre notre vraie nature en arrêtant et en détruisant les désirs mondains. En d’autres termes, il s’agit d’informations de haut niveau, nous expliquant comment suspendre la dualité de la conscience pour voir la vraie réalité.

Disons que l’on tombe malade. Serez-vous capable de poser un diagnostic précis et de prescrire un traitement correct si vous n’avez absolument aucune connaissance en médecine? Bien sûr, non. Par conséquent, vous aurez besoin d’un médecin expérimenté ou au moins d’informations sur les médicaments et de préférence fiable.

De la même manière, dans le cas de la pratique spirituelle, vous pouvez rencontrer le Vrai Dharma, ou, au contraire, un fou de la ville prêchant sur «l’entrée dans l’astral, se connectant aux flux d’énergie universelle et contactant les entités astrales». Ceci est déterminé par le bon sens, la pensée critique et la capacité d’analyser des faits. Ces qualités, à leur tour, sont déterminées par la clarté de la conscience. L’état de conscience dépend de la relation entre le mauvais karma et les mérites. C’est pourquoi les Soûtras disent que le fait de recevoir le bon enseignement est déterminé par les mérites d’une personne.

Le vrai Dharma est le plus haut niveau d’information provenant des données causales. Notre réincarnation et notre vie ne sont pas déterminées par le fait que nous semblons choisir quelque chose parmi ces données causales, mais cela dépend de la partie des informations provenant des données causales dont nous vivons. En d’autres termes, notre vie et nos tendances sont déterminées par la part des informations provenant de données causales que nous utilisons. Et nous, à notre tour, nous ne pouvons utiliser que les données qui dominent dans notre monde Causal, ou dans Agrégat n°5. Le facteur le plus important est donc à quoi on méne notre conscience, sur quelles informations nous fixons notre mémoire: ce sont celles-ci qui domineront et détermineront nos actions. C’est là que l’étude correcte du Dharma, ou un enseignement, est le fondement de toute pratique spirituelle.

Relier l’étude du Dharma à la méditation

Grâce à l’apprentissage de l’Enseignement, nous changeons les données initiales des désirs mondains en données sur la pratique spirituelle.

Par exemple, on traîne sur Internet toute la journée: on regarde, on écoute et on lit tout et n’importe quoi. La conscience s’obscurcit, même si, peut-être, on n’accumule forcement pas un mauvais karma. Mais la question est: quelles données entrent dans vos Agrégats 3–5? Dans quel état sera notre esprit sous l’influence de ces données? En conséquence, nous ne pourrons pas bien méditer. Nous manquerons de concentration. C’est la même chose qu’essayer de dormir, en mettant de la musique forte et buvant quelque chose de stimulant.

Et vice versa, la Fixation Correcte de la Mémoire sur le Vrai Dharma crée la base de méditation, parce que nous commençons à voir correctement à la fois le monde extérieur et les souillures dans nos actions, nos paroles, ainsi que dans notre fonctionnement de l’esprit. De plus, nous nous souvenons constamment des actions justes du corps, de la parole et des pensées. Nous répétons et nous analysons l’enseignement étudié, grâce auquel nous fixons et conservons notre conscience errante et nous l’habituons, nous l’entraînons à être présent dans le moment instant. Cela nous amène à la pleine conscience et à la concentration, dont je parlerai ci-dessous.

En méditation, seules les données que nous avons accumulées apparaîtront. C’est pourquoi il est très important de savoir exactement ce que nous ressentons après être assis pour méditer et après avoir arrêté le fonctionnement de notre mental. Ensuite, lorsque les données apparaissent, nous arrêtons complètement leur action due à la concentration et la contemplation. Mais que se passe-t-il si nous ne modifions pas des données d’origine dès le début et ne maîtrisons pas le Calme et la Contemplation? Par exemple, pourquoi la méditation est-elle devenue très à la mode, et le monde va de pire en pire? Le fait est que si nous ne changeons pas des données originales en utilisant les pratiques ci-dessus, elles resteront au niveau inférieur des mondes pleins de désirs mondains et, par conséquent, de souffrance. Et si les données internes du niveau bas, et, de plus, il n’y a pas non plus de capacité d’arrêter la manifestation de ces données sortantes, alors peu importe combien nous méditons, cela n’arrange rien. Cependant, les gens ordinaires essayant d’»être à la mode», ils s’assoient et disent: «Je médite». Mais cette séance n’a aucun sens. Il y aura du sens lorsque nous changerons constamment des données de vos Cinq Agrégats, contrôlant les actions du corps, de la parole et de l’esprit conformément au Vrai Dharma enregistré dans la mémoire.

Vue Juste

L’aspect le plus important de l’étude du Dharma est la différence entre la simple mémoire et la fixation de la mémoire. Par exemple, souvenez-vous du contenu du programme scolaire? Si vous n’êtes pas professeur d’école, c’est peu probable. Cela signifie que vous ne pouvez pas maintenant utiliser les connaissances acquises à l’école, et donc cela vous est inutile, puisqu’elles ne sont pas enregistrées dans votre mémoire et que vous n’appliquez pas ces connaissances, vous ne les expérimentez pas empiriquement.

Supposons, ensuite, que vous lisez des sutras ou des enseignements en moyenne trente minutes par jour et en êtes satisfait. Cependant, tout sera déterminé par les informations que vous obtenez les vingt-trois heures et trente minutes restantes. Si pendant ce moment-là vous absorbez des informations de haine, d’ignorance animale, d’attachement total pour les choses matérielles, d’envie, d’autosatisfaction et de pseudo-spiritualité (et il n’y a tout simplement aucune autre information dans la vie quotidienne moderne) et vous commettez de mauvaises actions avec du corps, de la parole et de l’esprit, alors vous emprunterez naturellement le chemin qui mène aux mondes inférieurs.

Il est donc nécessaire de fixer à plusieurs reprises dans votre mémoire l’Enseignement: «Cinq Agrégats sont ceci; les six mondes du monde du Désir sont ceci et cela; la Loi du Karma est cela; une méditation correcte se fait de telle façon; les pratiques préliminaires conduisant à la méditation correcte sont ceci et cela», etc. La fixation de la mémoire sur l’Enseignement implique que nous relisions un texte nécessaire plusieurs fois, puis le relisons de manière réfléchie, ensuite nous l’analysons et le pratiquons systématiquement. Grâce à la pratique régulière, l’Enseignement nous devient inhérent comme la Vue Juste sur tous les objets et phénomènes. Une vision basée sur la Doctrine (Dharma, ou Vérité, dont tous les Grands Mâitres avaient parlé, y compris le Bouddha Shâkyamuni), et non sur ses propres égarements, ses désirs mondains et ses idées fixes. On remplace ainsi les données de nos Cinq Agrégats, que j’ai mentionnées plus tôt. Puis, la Vue Juste déterminera entièrement les principes de notre comportement.

Bien sûr, il y a un inconvénient: même une connaissance parfaite du Dharma ne signifie pas l’Illumination. Vision et conscience de tous les objets et phénomènes basés sur le Dharma – c’est la Vue Juste. Distinguer les objets et les phénomènes à partir d’informations du monde: c’est la haine, l’ignorance et l’avidité, c’est-à-dire la souffrance, l’impermanence et l’insatisfaction. La distinction des objets et phénomènes fondée sur de certaines «connaissances cosmiques, accessibles uniquement aux élus» est une pseudo-spiritualité, conduisant à l’autosatisfaction et à l’ignorance. En d’autres termes, l’Illumination n’est pas la discrimination des objets en fonction de l’information, mais une suspension complète du fonctionnement de la conscience duale et de toute information. Cependant, l’Illumination instantanée24 n’existe pas! Elle est précédée de la pratique spirituelle sérieuse, dont la base est la fixation de la mémoire sur l’Enseignement et la pratique de celui-ci.

Ainsi, l’étude du Dharma forme la Vue Juste. La Vue Juste est la base de toute pratique spirituelle.

S’exprimant plus spécifiquement dans le contexte de l’Illumination, on peut citer l’exemple suivant. Si, sans maîtrise de l’Enseignement et de la Vue Juste, vous essayez de plonger dans la méditation, alors ce ne sera pas une méditation, mais une prosternation. C’est-à-dire des gens s’assoient les jambes croisées sans la Vue Juste et disent: «Je pense» ou «J’observe mon monde intérieur.» Ici, la question se pose: à quoi pensera une telle personne? Comment observera-t-elle son monde sans posséder la Vue Juste? La «réflexion» ou cette «observation» doivent être pratiquées et implémentées uniquement en fonction de la Vue Juste. L’Illumination ne sera pas réalisée juste en restant assis en posture du lotus: peu importe combien vous restez dans cette position, il n’y aura aucun bénéfice. Nous en recevons après avoir compris l’essence de l’Enseignement, et lorsque nous sommes dotés de la Vue Juste, nous changeons nos actions, notre discours et notre esprit conformément aux enseignements appris. C’est dans ce cas que l’on commence à voir et à comprendre ce que c’est les souffrances, comment et pourquoi elles surviennent et, surtout, quels efforts doivent être déployés, pour transcender la souffrance: quel genre de pratique il nous faut. Si nous lisons des textes contenant le véritable Enseignement et le mémorisons pour acquérir la Vue Juste, quelle que soit la souffrance qui survient, nous serons capables de comprendre n’importe quel phénomène.

Il est important de noter que le Dharma enregistré dans notre mémoire n’est pas un objet de notre affection, mais notre équipement, ou un outil avec lequel nous avançons vers la conscience de soi. Cependant, lorsque nous arrivons par exemple en voiture au point final de notre voyage, nous sortons de la voiture plutôt que d’y rester. Comme il est dit dans le manuel Zen connu sous le nom de Hekiganshu: «Les mots ne sont qu’un véhicule qui porte la vérité. La Vérité est au-delà de toute description, mais ce sont les mots qui révèlent la Vérité. Oublions des mots, lorsque nous atteignons la Vérité elle-même. Cela n’arrivera que lorsque nous verrons par l’expérience ce que signifient les mots.»

Nous arrivons ici à un point important. La foi dont j’ai parlé plus haut peut être divisée en deux types: le premier est la foi, qui s’accompagne de la maturité de l’âme; le deuxième, on pourrait dire, une foi aveugle. La foi, qui s’accompagne de la maturité de l’âme, est un tel type de foi qui est généré par une âme capable de comprendre les phénomènes. Et la foi aveugle est la foi à laquelle adhère l’âme sans maturité, à laquelle on a dit: «Fais ceci» – et elle l’accepte. Par conséquent, si nous parlons de ce qui est nécessaire pour le fondement de la foi, alors ce sont deux choses: l’apprentissage correct du Dharma et la Vue Juste. Si nous pouvons établir cette Vue Juste, si nous pouvons la maîtriser, alors nous pourrons dire que nous avons acquis la bonne foi. Et la bonne foi deviendra la bonne réalisation, c’est-à-dire en dévouement correct.

Ainsi, contrairement à une personne ordinaire qui se laisse entraîner dans des discours peu clairs, pensée brumeuse et vague basée sur des désirs mondains, le praticien spirituel élucide met au clair les choses une à une. «C’est ce que j’ai compris. Cela, je ne l’ai pas encore appris, mais cela avait été appris par ceux qui ont emprunté le chemin de la pratique avant moi. C’est ce qui est exposé dans telles ou telles écritures, mais cela est en contradiction avec l’expérience spirituelle de ceux qui s’étaient engagés sur le chemin avant moi, et est donc déformé à la suite de nombreuses traductions et commentaires par ceux qui manquaient d’une véritable expérience spirituelle». Et, ayant fortifié sa foi, cet homme fait des efforts pour pratiquer, grâce à quoi sa réflexion sur les choses devient plus profonde, et il commence à voir clairement que ce monde du Désir est constitué de trois souffrances.

Alors, pour entrer dans le processus de l’Illumination, une pratique sérieuse préliminaire est nécessaire dont la partie centrale est l’apprentissage du Dharma et de la Vue Juste. Ayant fait de l’Enseignement son outillage, ayant créé une base solide, le pratiquant spirituel va plus loin – maintenant il voit et comprend quels efforts il doit faire pour atteindre I’llumination, quelle pratique doit être faite.

Pensée Juste – véritable intention selon le Dharma

Lorsque nous serons établis dans la Vue Juste, nous aurons la Pensée Juste. La pensée juste, sans entrer dans les détails, signifie deux choses.

La première est la compréhension basée sur l’Enseignement.

La seconde est l’intention, correspondant à l’Enseignement, qui consiste en aspiration ou détermination à réaliser l’Illumination et la Libération. Ici se pose la question: quelle est la différence entre le désir de Libération et les autres désirs?

Le Vrai «Soi» est comme un miroir, reflétant toute chose telle qu’elle est. Âtman, ou le Vrai «Soi» a initialement une conscience, une volonté et des idées. La libération, c’est quand tout cela est suspendu et ne se meut pas.

Ainsi, notre conscience peut être divisée en quatre couches: conscience superficielle, subconscient, supraconscience et conscience du Vrai «Soi». En termes de yoga, cela se définit par la conscience du plan physique, la conscience du plan astral, la conscience du plan causal et la conscience de l’Âtman. Lorsque tous les niveaux de conscience sont complètement suspendus, cela signifie que les Agrégats et leurs données ont cessé, que nous sommes conscients de nous-mêmes, ou que nous retournons à notre état originel de Nirvâna. En d’autres termes, l’expérience n’est pas une partie du véritable «Soi». Le vrai «Soi» n’a aucune expérience: il existe à l’écart de l’expérience. Mais si, grâce à Avidyâ, la conscience commence à bouger, l’expérience formée s’active aussi, et nous, c’est-à-dire l’Âtman, commençons à nous associer à cette expérience formée.

Par conséquent, étant dans l’état d’Avidyâ, nous ne sommes pas conscients de nous-mêmes; nous considérons nos Cinq Agrégats et les données qu’ils contiennent comme notre ego. Mais l’essence de l’Âtman est la liberté parfaite et le bonheur absolu, il est donc naturel que la volonté de l’Âtman, de revenir et de rester toujours dans cet état originel et indépendant de l’expérience.

Le problème est que notre véritable volonté, ou la volonté de l’Âtman, de revenir et de rester toujours dans l’état indépendant d’origine, est réfractée, déformée lorsqu’elle est projetée à travers les mondes Causal et Astral dans le monde des Phénomènes. C’est exactement similaire à la façon dont un faisceau lumineux transparent initialement pur est projeté sur un écran, mais devient réfracté, dispersé et coloré lorsqu’il traverse trois lentilles multicolores, sales et tordues. Ces trois lentilles sont notre Discrimination, l’Expérience formée et la Perception, ainsi que la saleté et la peinture multicolore sur ces lentilles sont les données que nous avons accumulées. En conséquence, nous (Âtman), souhaitant initialement revenir à notre véritable état de liberté et de bonheur, nous commençons à rechercher ces états à l’extérieur: dans les objets et les phénomènes externes par rapport à nous. Cette recherche, animée par l’Ignorance Fondamentale, ou Avidyâ, forme notre faux ego et l’illusion de la souffrance et de la joie, que nous considérons comme la seule réalité.

Ainsi, le désir de Libération est la véritable volonté du Vrai «Soi», ou notre Guru intérieur, et les autres désirs sont la haine, l’ignorance et l’avidité formées par notre expérience passée, qui n’a rien à voir avec nous, c’est-à-dire avec notre Vrai «Soi», qui ne fait que nous plonger dans le monde des illusions.

Cependant, comme indiqué ci-dessus, dans l’état d’obscurité habituel, nous ne sommes pas capables de comprendre la véritable intention ou volonté de l’Âtman, c’est-à-dire de notre Guru intérieur. Néanmoins, il y avait des Maîtres qui ont vu leur vraie nature, la volonté originelle de l’Âtman. Si nous étudions l’enseignement que ces éveillés ont laissé derrière eux, alors nous formons d’abord la Vue Juste, puis la Pensée Juste, ou l’intention juste, dans notre conscience pour réaliser l’Illumination et la Libération. Cette intention naît en nous à travers l’apprentissage du Vrai Dharma, complètement identique à la véritable intention de l’Âtman. Sans cette intention, une véritable pratique spirituelle est impossible.

Six Perfections (six Pâramitâs) – Le chemin vers l’Illumination et la Libération

Les Six Pâramitâs sont six types de pratique cohérente et persistante: la Générosité, la Discipline étique, la Patience, la Diligence, la Méditation et la Sagesse. Les Six Pâramitâs sont la base de notre pratique spirituelle dans le monde moderne.

Les Six Pâramitâs sont décrites en détail dans mon livre «Dharma; telles que sont les choses. Expériences réelles et réalisations d’un praticien spirituel». Dans cet essai, je ne parlerai que des points les plus importants de cette pratique.

Les Six Pâramitâs sont une sorte de «série de six exercices» qui devrait être effectuée quotidiennement.

Premièrement, nous devons essayer d’accumuler du mérite en faisant des actes vertueux, en pratiquant la générosité et le service désintéressé. C’est la Pâramitâ de la Générosité.

Deuxièmement, nous devrions essayer de respecter les Dix Préceptes afin de ne pas accumuler de mauvais karma et de ne pas gaspiller de mérite, mais les accumuler. C’est la Pâramitâ de la Discipline étique.

Troisièmement, lorsque nous nous engageons dans une pratique spirituelle, nous rencontrerons inévitablement des difficultés; dans ce cas, nous avons besoin de la pratique de la Patience. C ’est la Pâramitâ de la Patience.

Quatrièmement, nous devons déployer des efforts persistants pour étudier, analyser et pratiquer du Vrai Dharma. C’est la Pâramitâ de la Diligence.

Cinquièmement, nous devons pratiquer la méditation quotidiennement. C’est la Pâramitâ de la Méditation.

Sixièmement, on devrait analyser le monde qui nous entoure et des manifestations de notre propre esprit non en s’appuyant sur nos idées fixes et désirs mondains, mais en termes du Dharma authentique. Cela augmentera la maturité de notre âme et deviendra une pratique de la Sagesse pour nous à la première étape. C’est la Pâramitâ de la Sagesse.

Cependant, la cohérence de la pratique fait que nous ne pourrons pas réaliser correctement un exercice complexe à cent pour cent sans maîtriser le précédent; un exercice simple constitue la base pour un exercice plus complexe. Ici le sens profond du mot «Pâramitâ» apparaît. En pâli et sanskrit, «Pâramitâ» signifie «la perfection». De ce point de vue, la pratique antérieure, lorsque nous y parvenions à la perfection, devient la base pour la pratique suivante. En d’autres termes, il est nécessaire d’atteindre la perfection dans la Générosité, la Discipline étique, la Patience, la Diligence, la Méditation et la Sagesse. Ayant atteint la perfection dans chacune de ces six pratiques, nous réalisons notre propre l’Illumination et la Libération, même en restant des laïcs dans notre temps rempli de désirs mondains.

Les fondements des Six Pâramitâs sont le dévouement décrit précédemment, la fixation de la mémoire sur le Vrai Dharma, analyse, l’attention portée à l’Enseignement et au mûrissement de la Vue Juste.

I. La Pâramitâ de la Générosité
(en sanskrit et pâli: Dāna Pāramitā)

Tout ce que nous vivons à la fois dans la vie quotidienne et pendant la pratique spirituelle est une manifestation des données que nous avons accumulées, formées par nos actions passées. La question est de savoir de quel type de données il s’agit, à la suite de quelles actions elles ont été formées.

Imaginons que nous commencions à pratiquer quatre heures de méditation chaque jour. Une personne ressentira un inconfort, une souffrance ou une insatisfaction après trois jours de sa pratique. Quelqu’un ressentira de la souffrance dès le premier jour, après une heure de cours. Quelqu’un profitera de la pratique dès le début. Pourquoi cela arrive-t-il? Parce que chaque personne a son propre karma, et c’est le karma accumulé dans le passé qui détermine l’état de chaque personne. Les mérites sont des données provenant des mondes supérieurs. La méditation est ce qui devrait nous conduire à ces mondes élevés. Cependant, si nous n’avons aucun mérite, alors nous ne ferons pas l’expérience d’état correspondant à un niveau des mondes supérieurs dans notre méditation. De plus, si beaucoup d’informations et d’expériences de mondes inférieurs ont été accumulées, c’est-à-dire un karma négatif, alors notre état méditatif sera désagréable, «trouble»: nous allons simplement nous asseoir par terre, et nos pensées vont se précipiter dans notre esprit; en conséquence, nous abandonnerons très probablement simplement cette pratique.

Qu’est-ce que l’avancement en pratique? Par exemple, il y a un état de Joie de la montée de l’énergie Kundalini éveillée. Si nous sommes entrés dans cet état de Joie, alors on peut dire que notre pratique a progressé. À quel monde correspond cet état de Joie? La joie est l’état d’esprit des dévas (dieux). Cependant, si nous ne disposons pas de données du monde des Dévas, c’est-à-dire d’énormes mérites spirituels, alors nous ne pourrons pas expérimenter l’état du monde des Dévas, peu importe le nombre de prânâyâmas et de mudras yogiques effectués. Ceci est très similaire à la situation où un homme est venu dans un magasin cher sans argent.

Il faut donc que le mérite prévale en nous, pour que nous ayons incomparablement plus de données de ces mondes supérieurs que le karma négatif. Ceci est particulièrement important si nous sommes obligés de vivre et de pratiquer dans ce monde impur. Par conséquent, la Pâramitâ de la Générosité passe en premier.

Pour accumuler du mérite, il existe le service désintéressé et trois types de générosité: un don matériel, un don de tranquillité et un don du Dharma (enseignement). Ces pratiques sont décrites en détail dans le livre «Dharma; telles que sont les choses. Expériences réelles et réalisations d’un praticien spirituel», volume III, chapitre 1.

Grâce à la pratique du don et du service désintéressé, nous accumulons un bon karma et un mérite spirituel, «atténuant» la haine, l’ignorance et l’avidité, nous accumulons le karma de mondes supérieurs au monde des hommes et faisons les premiers pas vers le Calme et la Contemplation.

II. La Pâramitâ de la Discipline Etique
(en sanskrit: Śīla Pāramitā; en pâli: sīla Pāramī)

(Tableau № 4: «DIX PRECEPTES»)

Il existe trois types de préceptes: pour le corps, pour la parole et pour le mental (esprit ou pensées). Il y a trois préceptes pour le corps, quatre préceptes pour la parole et trois préceptes pour le mental, au total nous en avons dix.

La pratique de la discipline morale comporte un certain nombre d’aspects.

Premièrement, tous les préceptes sont conçus pour nous empêcher d’accumuler un mauvais karma. En conséquence, nous rompons le lien avec l’un ou l’autre monde du Désir. Par exemple, si on ne tue pas (même les insectes), on n’accumule pas le karma de l’enfer, ce qui signifie que l’on ne se réincarnera pas dans la prochaine vie en enfer, c’est-à-dire que nous avons coupé le lien avec ce monde.

Deuxièmement, chaque précepte aide à se délivrer de l’un ou l’autre désir mondain ou grossier, à purifier l’état d’esprit. Bien entendu, le mot «délivrance» n’est pas très convenable. Par exemple, il est impossible de se libérer complètement de la haine dans l’esprit, seulement en respectant le précepte «ne pas ôter la vie». Si cela était possible, on n’aurait pas besoin d’une longue pratique méditative, d’une entrée en état de Samâdhi et de Libération; on pourrait atteindre notre état d’esprit originel simplement en observant et en recevant les préceptes. Mais cela est malheureusement impossible. Cependant, les préceptes remplissent leur rôle très important pour la partie préparatoire de «nettoyage» dans notre esprit, ou plutôt dans les Cinq Agrégats. Reprenons l’exemple du précepte «ne pas tuer». Si nous le suivons vraiment, alors notre esprit se tournera de moins en moins souvent vers la haine et ses dérivés. En conséquence, notre haine sera «atténuée»: on deviendra moins agressif et irritable, et notre esprit deviendra plus calme. Ensuite, en entrant dans l’état de Samâdhi, on arrête complètement les informations et les expériences passées qui façonnent notre haine. Toutefois, la première étape nécessaire pour mettre fin à la haine sera le précepte «ne pas prendre la vie».

Troisièmement, chacun des préceptes a une partie passive (c’est-à-dire interdire de faire quelque chose) et active (c’est-à-dire au contraire recommander d’effectuer certaines actions). Par exemple, dans le commandement «ne pas voler», la partie interdite est qu’on ne doit pas prendre ou convoiter la propriété d’autrui, et la partie recommandative, ou active, est le don. Grâce à la partie interdisant, nous «atténuons» tel ou tel désir mondain, ce qui signifie que nous nous dirigeons vers la Paix. Grâce à la partie de recommandation, nous accumulons du mérite, ce qui augmente notre lumière intérieure et la capacité à Contempler.

Quatrièmement, les préceptes ont une signification énergétique sérieuse et sont associés au processus de Libération. Le fait est qu’en enfreignant un précepte, on ressent de la joie à court terme due à la perte d’énergie du chakra correspondant. Dans ce cas, le chemin énergétique de la Libération nous sera fermé. En revanche, si nous recevons et observons constamment les préceptes, nous économisons l’énergie, réparons ses fuites et nous le relevons en suivant le processus de Libération.

Cinquièmement, trois types de préceptes affectent directement trois mondes: le monde du Désir, le monde Astral et le monde Causal. Comme nous nous en souvenons, chacun de ces mondes en nous correspond à certains Agrégats et certains niveaux d’esprit.

Les préceptes pour le corps influencent le monde des Phénomènes (le monde du Désir): si nous les observons, alors les conditions autour de nous deviennent meilleures ainsi que notre vie dans ce monde matériel. Et vice versa, si nous enfreignons ces préceptes, alors la qualité de notre vie se détériore, toutes sortes de maladies peuvent survenir, etc.

Les préceptes de la parole affectent notre monde Astral (le monde de la Forme): si nous suivons les préceptes, alors notre mental et notre subconscient deviennent plus clairs; par exemple: Il nous devient plus facile d’imaginer et d’exécuter nos projets. Et vice versa, si on ignore les préceptes pour la parole, alors notre monde astral s’assombrit et alors, dans le pire des cas, nous nous arrêterons de rêver, car nous perdrons conscience lors du passage de la conscience superficielle au subconscient en raison d’une grande quantité d’informations inutiles et de qualité inférieure, que nous avons accumulées en ne respectant pas les préceptes de la parole.

De plus, il y a un aspect intéressant concernant les préceptes pour la parole. Puisque le monde matériel est une projection, ou une manifestation, du monde astral, alors l’observance des préceptes pour la parole affecte notre apparence. Autrement dit, si, par exemple, dans des vies antérieures, on avait respecté les préceptes pour la parole, notre parole était pure et belle, comme celle des dieux, alors dans cette vie, nous obtenons un beau corps et une apparence attrayante. Et à l’inverse, si on calomnie beaucoup, alors notre apparence se détériore progressivement, car les informations impures du monde astral sont projetées sur notre monde des phénomènes, ce qui affecte d’abord notre apparence, notre corps physique.

Les préceptes pour l’esprit, ou le mental, influencent notre monde Causal (le monde Sans Forme). Si nous respectons ces préceptes, alors notre mental devient clair, nous pourrons mieux voir et comprendre le monde extérieur et intérieur. Sinon, nous ne pourrons pas penser clairement et analyser correctement l’information perçue. De plus, notre pratique de méditation ne progressera pas parce que la méditation et l’esprit sont inextricablement liés. Autrement dit, si nous avons beaucoup de pensées formées sur la haine, l’ignorance et l’avidité; si notre état d’esprit erre chaotiquement d’un désir à l’autre, il est évident que nous échouons dans la pratique méditative.

Sixièmement, en observant strictement les préceptes, nous pouvons contrôler d’abord notre conscience de surface, puis en méditation le subconscient et la supraconscience. Les pratiquants qui observent attentivement les préceptes sont capables de supporter une pratique de méditation rigoureuse, car ils peuvent contrôler leur état de conscience. Ceux qui sont faibles dans l’observation des préceptes le sont également dans la pratique de la méditation. Ceux qui ne peuvent pas respecter les préceptes ne peuvent pas méditer.

L’observance à cent pour cent des Dix Préceptes permet de déconnecter notre esprit du monde du Désir et d’expérimenter le monde de la Forme, c’est-à-dire entrer dans le Samâdhi. Bien sûr, il est nécessaire de se rappeler que pour entrer dans le Samâdhi, en outre le respect strict des préceptes, il faut une pratique technique sérieuse pour augmenter l’énergie.

Ce sont les Dix Préceptes.

Les préceptes pour le corps:

1. Ne pas ôter la vie.

2. Ne pas voler.

3. Ne pas commettre d’adultère.

Les préceptes pour la parole:

4. Ne pas mentir.

5. Ne pas tenir de propos futiles.

6. Ne pas tenir de propos injurieux (ne pas utiliser de langage grossier).

7. Ne pas calomnier.

Les préceptes pour le mental (pensées):

8. Ne pas avoir de méchanceté.

9. Ne pas avoir de vues erronées.

10. Ne pas convoiter.

Il existe un certain nombre de préceptes supplémentaires. Par exemple, les préceptes concernant la nourriture ou l’heure du sommeil.

Tous les préceptes, y compris les supplémentaires, ainsi que l’interprétation et la corrélation des pratiques de l’observance des préceptes du bouddhisme, du yoga et du taoïsme sont décrits en détail dans le livre «Dharma; telles que sont les choses. Expériences réelles et réalisations d’un pratiquant spirituel», volume III, chapitre 1.

III. La Pâramitâ de la Patience
(en sanskrit: Kṣanti Pāramitā; en pâli: Khantī Pāramī)

1. Se libérer d’un karma négatif du passé

Tout ce que nous vivons à chaque instant dans le monde extérieur et dans notre monde intérieur est une manifestation du karma que nous avons accumulé dans le passé et dans des vies antérieures. Si nous percevons les sensations qui surviennent comme positives, alors c’est une manifestation de nos vertus ou mérites passés. Si nous reconnaissons les sensations comme négatives et en souffrons, alors c’est une manifestation du karma négatif que nous avons accumulé dans le passé.

Pour atteindre le bonheur au quotidien et ensuite réaliser l’Illumination et la Libération, il faut accumuler d’énormes mérites et se libérer du karma négatif. Cependant, quel que soit le mérite que nous accumulons, notre mauvais karma du passé ne disparaîtra pas pour cette raison: il doit être nettoyé ou vidé.

Puis, les résultats de la pratique spirituelle se manifesteront dans le futur, ce qui est la projection du présent. Eh bien, le présent est la projection de quoi? Ceci est une projection de nos mots, actions et pensées du passé, c’est-à-dire le travail de la conscience. Par exemple, si dans le passé nous n’avons pas accumulé de données sur les mauvaises ou les bonnes actions, alors dans le présent nous n’expérimentons pas ni joie ni tristesse. Et si dans le passé nous n’avions fait que de mauvaises choses, alors dans le présent, nous ne ressentons que souffrance et douleur. Certaines personnes souffrent en faisant la pratique spirituelle, puisqu’elles ne tiennent pas compte de cette différence de temps. Autrement dit, il est impossible de devenir heureux et d’avancer vers l’Illumination et la Libération sans nettoyer significativement le karma négatif du passé, qui se manifeste dans le présent sous forme de souffrance ou de difficultés.

Pâramitâ de la Patience signifie une attitude calme envers la souffrance qui surgit pendant la pratique ou dans la vie quotidienne, et surmonter constamment ces souffrances. C’est-à-dire que nous devons entraîner notre esprit de telle manière qu’il ne commence pas à mouvoir en aucune circonstance. Disons, qu’il se passe quelque chose qui nous fait souffrir. Lorsque nous éprouvons de la souffrance, le karma négatif qui en est à l’origine se nettoie. En d’autres termes, nos expériences passées qui nous font voir ce qui se passe comme la souffrance cessent leurs influences, cessent de nous affecter, sont nettoyées ou vidées. Mais que se passe-t-il si nous sommes confrontés à une souffrance: nous commencerons à haïr tout ce qui nous entoure, à médire ou à accomplir d’autres actions, motivés par notre propre mécontentement, qui vient de l’égoïsme? Il est naturel que par de telles actions, nous créerons un nouveau karma négatif, qui se manifestera dans l’avenir en tant que la souffrance. C’est un cercle vicieux. Que se passera-t-il si on pratique la patience, si on endure calmement la souffrance, ne permettant pas à notre esprit de se mouvoir chaotiquement, c’est-à-dire de paniquer et détester tout ce qui nous entoure? Notre mauvais karma du passé sera détruit et nous n’en accumulerons pas de nouveaux, car grâce à la Patience, on ne se laissera pas prendre au piège par des émotions égoïstes négatives et on ne commettra pas l’acte correspondant.

2. Contrôle mental et volonté

Nous devons travailler sur notre expérience passée, ou karma jusqu’au moment de notre Illumination Suprême et de la Libération, mais il y a une qualité très importante que nous commençons à développer immédiatement grâce à la pratique de la Patience régulière. Il s’agit de la volonté, qui se développe par la pratique de la Patience.

Nous avons deux types de volonté.

Le premier concerne nos désirs: «Je veux ceci et je ne veux pas cela», c’est-à-dire que c’est du fonctionnement, ou fonction, du quatrième des Cinq Agrégats.

La seconde est la détemination, c’est-à-dire le fonctionnement de l’esprit visant à continuer la concentration. En d’autres termes, la détermination est la base de la concentration. Sans cette connexion, la volonté et la concentration, la méditation et le processus ultérieur de réalisation de l’Illumination et de la Libération sont impossibles. La volonté d’un pratiquant spirituel vient de la bonne intention de réaliser l’Illumination et la Libération.

Il est important de noter que la volonté ordinaire (c’est-à-dire les désirs mondains qui surgissent depuis l’expérience passée, ou, plus simplement, de l’égoïsme) et la détermination sont complètement opposés. Si les désirs s’intensifient, alors la volonté s’affaiblit ainsi que la concentration, cela fait que notre esprit se précipite vers les mondes inférieurs. Et vice versa, si nous développons la détermination, cela conduit à un affaiblissement des désirs mondains et notre esprit se précipite vers l’Illumination.

Ainsi, grâce à la pratique de la Patience, nous entraînons notre esprit à se concentrer sur ce que nous devons faire en ce moment, c’est-à-dire entraîner la volonté, qui ensuite devient la base de notre concentration. De plus, nous déversons un volume important du karma négatif du passé. Grâce à ces deux aspects de la pratique de la Patience, notre mental devient très stable.

IV. La Perfection de la Diligence
(Sanskrit: Virya Pâramitâ; Pali: Viriya Pâramitâ)

Ayant une base solide sous la forme des Pâramitâs de la Générosité, de la Discipline Étique, de la Patience, nous commençons la pratique de la Diligence. En un mot, la Diligence est la transformation totale de notre vie d’une personne ordinaire en vie d’un praticien spirituel.

Les Six Pâramitâs ne nous appellent pas à renoncer à la vie mondaine et à devenir moine ou un ermite, mais malgré cela, notre mode de vie doit essentiellement changer à mesure que nous poursuivons notre pratique spirituelle. La différence entre un moine et un laïc (upâsaka) 25 réside dans le temps consacré à la pratique. Le laïc peut sûrement réaliser l’Illumination et la Libération s’il augmente progressivement le temps de pratique dans la vie quotidienne, et dans les dernières étapes s’il entre en pratique intensive 24h/24 et 7j/7.

1. Efforts diligents en pratique

La pratique spirituelle peut être divisée en deux types.

Le premier type est la pratique que nous devrions faire dans la vie quotidienne. Par exemple, étudier le Dharma et analyser des phénomènes en s’appuyant sur celui-ci, effectuer des actions vertueuses, accumuler du mérite, suivre les préceptes, pratiquer de la Patience. Autrement dit, il s’agit d’une pratique qui n’a pas de forme spécifique. C’est une pratique réalisée dans notre esprit. La meilleure pratique sans forme est la pratique de la pleine conscience dans la vie de tous les jours.

Le deuxième type est au contraire une pratique qui a une forme spécifique. Par exemple, des asanas yogiques, des prânâyâmas et des mudras. Qigong taoïste. La pratique bouddhiste de la marche (bien qu’elle soit utilisée dans presque tous les systèmes de pratique), des chants ou répétitions de mantras. Autrement dit, c’est une pratique technique visant principalement à développer le corps physique et à élever de l’énergie.

Le sommet, ou le résultat, des deux types de pratique est la méditation, dont l’essence est la parfaite concentration mentale. C’est-à-dire après avoir créé une base sérieuse sous la forme de pratiques préparatoires sans forme, tout en établissant une base tout aussi solide par des pratiques techniques externes et internes, on peut commencer à pleinement pratiquer de la méditation. Grâce à ces pratiques, nous pourrons nous immerger dans un état d’absence totale de pensées, alors que notre énergie monte et descend; cela mène vers une véritable méditation profonde.

D’après mon expérience, afin de simplement maintenir de l’énergie ainsi que le niveau mental dans ce monde impur d’aujourd’hui, nous avons besoin de pratique technique quotidienne pendant au moins 2–3 heures. Si nous voulons du vrai progrès, alors notre pratique quotidienne, y compris les techniques et la méditation, devrait durer six heures. En d’autres termes, si nous voulons réaliser l’Illumination et la Libération, il faut pratiquer essentiellement 24 heures sur 24: six heures, c’est la pratique technique et la méditation; le temps restant est une pratique sans forme: étude approfondie du Dharma, mérites, préceptes, la pleine conscience.

Puisque nous ne pouvons pas, comme les moines ou les ermites, méditer 24 heures sur 24, notre pratique de la méditation doit être aussi efficace que possible. Pour cela, nous avons besoin d’une pratique technique rigoureuse avant la méditation. Notre pratique doit être aussi concentrée que possible, en permettant en six heures d’obtenir les mêmes résultats qu’en vingt-quatre heures. En d’autres termes, nous devons doubler des efforts, voire tripler.

Comment est-ce possible? C’est là que les résultats de notre pratique des Pâramitâs précédentes entrent en jeu: notre conscience est calme, nous avons de nombreuses vertus et mérites, nous nous sommes libérés d’un grand nombre de mauvais karma et nous n’en accumulons pas de nouveaux, car nous observons strictement les préceptes. Cependant, le facteur déterminant pour savoir si nous pouvons réellement appliquer l’effort maximum pour pratiquer est la Patience. Ayant atteint la Perfection de la Patience, nous recevons «l’arme» la plus puissante appelée «volonté». Grâce à laquelle notre pratique se poursuit avec une force redoublée: c’est une «grande et furieuse aspiration», comme le dit le Maître Hakouin.

Ainsi, le premier aspect de la Pâramitâ de la Diligence est l’effort en tant que tel: appliquer 100 % d’effort en faveur de la pratique, s’appuyant sur la compréhension du Dharma et de la volonté.

2. Quatre Efforts Justes

La deuxième composante de la pratique de la Diligence est d’augmenter des mérites et réduire le mauvais karma, en d’autres termes, développer les bonnes pensées, la parole et les actions et arrêter les mauvaises:

1. Réaliser la pratique qu’il est possible de réaliser maintenant. Par exemple, le praticien est actuellement en mesure de faire des dons matériels et d’accumuler du mérite grâce au service désintéressé. Il doit donc continuer avec persévérance cette pratique.

2. S’efforcer à l’avenir d’effectuer les pratiques qui sont impossibles à réaliser maintenant. Par exemple, un pratiquant ne peut pas encore expliquer le Dharma aux autres, dû au fait qu’il ne maîtrise pas encore l’Enseignement dans une mesure suffisante. Il devrait donc faire des efforts dans l’étude approfondie du Dharma afin de pouvoir exposer librement l’Enseignement à l’avenir.

3. Arrêter l’accumulation de mauvais karma, qui peut être arrêtée maintenant. Par exemple, un pratiquant, au lieu de regarder des programmes de divertissement à la télévision ou sur Internet, pourrait consacrer ce temps à la méditation. Il devrait donc le faire.

4. S’efforcer à l’avenir d’arrêter l’accumulation de mauvais karma qu’il est impossible d’arrêter maintenant. Par exemple, quelqu’un ne peut pas se débarrasser de ses mauvaises habitudes, disons, fumer des cigarettes ou manger des friandises. Cela signifie que cette personne doit faire tous les efforts pour se débarrasser de ces habitudes à l’avenir. Par exemple, dans le cas de fumer du tabac, il devrait faire des prânâyâmas et des techniques de nettoyage spécifiques.

En outre, le quatrième point parle de la nécessité de faire des efforts pour ne pas avoir de mauvaises pensées, paroles ou actions dans le futur. Par exemple, un praticien a arrêté sa propre irritabilité et ses propos injurieux; ensuite, il doit faire un effort pour garder le calme et prévenir les irritations ou la méchanceté pour qu’elles ne s’emparent pas de nouveau de lui.

Ainsi, la pratique des Quatre Efforts Justes augmente le nombre de données (karma) des mondes supérieurs dans nos Cinq Agrégats et aide à réduire le volume de données opposées.

3. Pleine conscience et concentration

Grâce à toutes les pratiques décrites ci-dessus, nous commençons à contrôler notre esprit et parvenons d’abord à la pleine conscience dans la vie quotidienne, puis à la stabilité mentale, ou concentration méditative. Autrement dit, la troisième composante de la pratique de la Diligence est l’effort visant à vivre le moment présent à chaque instant et à contrôler toujours son esprit: «L’esprit gouverne le monde, déclara Bouddha. L’esprit bien contrôlé est le meilleur ami, mais, étant incontrôlable et errant, il se transformera sûrement en pire ennemi. L’esprit dompté assure la paix et le bonheur» (Vénérable Ananda Maitreya26).

La pleine conscience et la concentration sont une attention calme focalisée sur un objet. L’attention sur un objet est maintenue par la volonté: nous ne permettons pas à notre esprit de s’éloigner de l’objet de notre concentration, nous ne lui permettons pas de bouger grâce à la volonté.

La pleine conscience signifie porter toute son attention sur un processus ou une action. Par exemple, quand on marche dans la rue, conduit une voiture, cuisine de la nourriture ou fait le ménage. Cela peut être une sorte de processus de travail, par exemple le processus d’assemblage de quelque chose. Il peut y avoir un processus d’apprentissage où nous devons nous souvenir de la séquence de certains mouvements ou manœuvres, comme lors de l’apprentissage de la conduite ou des arts martiaux ou du travail sur un ordinateur. Cela peut être l’observation de ses sensations, par exemple, lors de la pratique des asanas yogiques ou du Qigong taoïste. En d’autres termes, la pleine conscience n’implique pas la présence d’un seul objet auquel notre attention est dirigée. La pleine conscience est une attention calme vers un processus dans lequel un certain nombre d’objets interagissent les uns avec les autres. Par exemple, si je fais le ménage, j’utilise un aspirateur, un chiffon à poussière, je déplace les chaises, je sors la poubelle, etc. Autrement dit, j’ai constamment besoin de porter mon attention d’un objet à un autre et d’effectuer consciemment une certaine série d’actions.

La concentration, au contraire, est une attention calme focalisée exclusivement sur un seul objet. En général, la concentration se rapporte à notre méditation et à notre paix intérieure. Par exemple, on répète un mantra ou on se concentre sur notre respiration pendant le prânâyâma, et à ce moment-là, rien n’existe à part le mantra récité ou la respiration. Notre mental fusionne avec l’objet de concentration et s’arrête.

Ainsi, la pleine conscience est avant tout le monde extérieur et le quotidien, tandis que la concentration est notre monde intérieur et notre méditation. On peut donc dire que la pleine conscience dans la vie quotidienne crée la base d’une concentration méditative.

À mesure que l’on continue à pratiquer, les mondes extérieur et intérieur deviennent un tout, et nous réalisons la capacité de vivre naturellement un moment présent à la fois dans la vie quotidienne et dans la méditation.

Deux composantes de pleine conscience et de concentration

Ainsi, la pleine conscience et la concentration ont une forme légèrement différente, mais leur essence est identique, car la pleine conscience et la concentration ont deux composantes. Et si l’un d’eux n’est pas réalisé, alors ce ne sera pas une véritable pleine conscience et/ou concentration.

Le premier composant est la base, sans quoi il n’y a ni pleine conscience ni concentration. C’est bien connu, c’est facile à expliquer et à comprendre, mais assez difficile à pratiquer. Ce premier composant est la présence absolue dans le moment présent. Qu’est-ce que ça veut dire «présence»? Être présent dans le moment présent, c’est se concentrer, être attentif, ne pas se laisser distraire, être pleinement dans le «ici et maintenant» grâce à la volonté. En fait, c’est la définition de la volonté elle-même, c’est-à-dire le fonctionnement de l’esprit visant à poursuivre la concentration, le fonctionnement de l’esprit visant à continuer à faire ce que l’on fait en ce moment-là. C’est la fixation de l’esprit sur un objet. L’esprit ne se meut pas, ne s’écarte pas de notre objet d’attention ou de concentration. Qu’est-ce qui nous empêche d’être présents dans le moment présent et de se concentrer sur un objet? Des pensées dénuées de sens qui sont généralement associées au passé ou à l’avenir. En d’autres termes, nous sommes distraits en se souvenant du passé ou en rêvant du futur. C’est pourquoi nous parlons de présence, de pleine conscience, ou de concentration sur le moment présent. À propos de la présence ou de l’absence des pensées sur le moment présent lui-même, on en parlera ci-dessous.

Ainsi, le premier composant est la pratique du Calme Mental: nous devons calmer, ou vider notre esprit et trouver un état où les pensées ne surgissent pas. Nous contrôlons notre mental par la volonté et le dirigeons pleinement vers l’objet de notre attention ou notre concentration.

Le deuxième composant de la pleine conscience et de la concentration découle du premier. On peut dire que cette deuxième composante est l’aspect essentiel pour lequel la pleine conscience et la concentration sont réalisées. Contrairement au premier, le deuxième composant est impossible à comprendre intellectuellement ou logiquement, car une fois que cette deuxième composante est complètement réalisée, notre esprit sera dans son état naturel d’origine. En d’autres termes, notre conscience, et avec elle le faux «Soi» disparaîtra.

Ainsi, nous avons réussi à nous concentrer sur l’objet, les pensées superflues ont disparu et l’esprit a éclairci. La question suivante se pose: Que faut-il faire de l’objet de concentration lui-même? Par exemple, nous récitons un mantra ou pratiquons le prânâyâma: comment devrions-nous traiter ce mantra ou notre respiration, que devrions-nous en penser et devrions-nous le faire? D’un autre côté, les pensées, bien sûr, sont devenues moins nombreuses, mais les désirs mondains n’ont pas disparu: que faire, par exemple, de l’attachement ou de la colère, qui apparaissent dans la méditation?

La façon de penser dualiste ordinaire dit que le mantra ou la respiration, sont de «bons» objets, il faut donc «se concentrer» dessus. Mais l’attachement ou la colère est un «mauvais» objet, on ne devrait pas «se concentrer» sur eux, il faut les nier. En fait, ce type de réflexion est lié au facteur de la Vue Juste, mais pas à la méditation. Dans une méditation correcte, nous nous concentrons également sur la respiration ainsi que sur les attachements. Bien sûr, il faut d’abord maîtriser la concentration sur les «bons» objets, et ensuite sur les «mauvais», afin d’arrêter leur action. Par conséquent, en fin de compte, l’objet de notre concentration ou le processus dont nous avons connaissance peut être n’importe quoi: «bon et correct», par exemple, cela pourrait être ce que nous étudions, cela pourrait être notre pratique, notre entraînement, notre exécution de tout travail, etc.; et «mauvais et incorrect» comme nos faiblesses, défauts, désirs mondains ou pensées désagréables, souvenirs douloureux, etc.

Cependant, si vous ne savez pas, du moins en théorie, quel est l’état initial de l’esprit, alors la confusion et la substitution de concepts surgissent certainement. Mais c’est la partie essentielle de la concentration, sa véritable partie la plus profonde, à laquelle le praticien devrait parvenir, et si cela ne se produit pas, alors les pratiques précédentes sont inutiles en termes d’Illumination.

Il n’y a que deux manières opposées et mutuellement exclusives, où le processus de perception de tout objet, de toute action, de tout phénomène est, pour la première, d’être agrippé par l’objet, tandis que, pour la seconde, d’être concentré sur l’objet. Cependant, dans la vie ordinaire, elles sont considérées comme étant exactement la même chose. Le problème, c’est qu’on confond l’accrochement et la concentration; autrement dit, nous sommes capturés, attachés à l’objet, au lieu d’être impartialement conscients de l’objet.

Il y a un processus: mouvement de l’esprit- perception d’un objet – identification à l’objet – distinguer un objet en s’appuyant sur l’expérience du passé et des informations – émergence des désirs ou refus d’un objet – souffrance27.

Cependant, il existe un autre processus, ou plutôt son absence. Le mental est suspendu et l’esprit est dans son état originel de Calme et de Contemplation. L’objet que nous percevons apparaît.

Cependant, c’est une perception sans perception. Notre esprit ne bouge pas, ce qui signifie que nous ne sommes pas agrippés. En conséquence, l’objet n’a aucune influence sur nous.

Si nous n’avons pas encore expérimenté cet état de cessation complète de la pensée, alors nous utilisons la concentration sur un «bon» objet pour expérimenter cet état. En raison de la volonté, nous ne permettons pas à notre esprit de se déplacer vers l’objet, d’être capturé par un objet pour se mettre sur la voie des discriminations et de l’émergence des désirs. «Objet» est un objet de notre concentration ou notre conscience. Nous essayons de remplacer le processus conventionnel de perception et de discrimination par une observation calme et sans implication. On peut dire que, à ce moment, nous imitons l’état originel de notre esprit.

Quand on connaîtra une suspension complète de la pensée au niveau de la conscience superficielle, alors, au lieu du processus de discrimination et d’attachement, surgira un état qui a toujours été là – un état de présence naturelle, de paix contemplative, ou de Tranquillité et de Contemplation. Lorsque cela sera réalisé, on pourra se confronter pleinement à nos faiblesses et à nos désirs mondains (c’est-à-dire les «mauvais» objets) et arrêter leur action par la concentration et la contemplation dans la méditation.

Ainsi, la deuxième composante de la pleine conscience et de la concentration est la non-implication. D’abord, nous dirigeons notre esprit vers l’objet de notre concentration et ne lui permettons pas d’être distrait, emporté par des pensées vers le passé ou l’avenir. Ensuite, nous ne permettons pas à l’esprit de se balader: commencer à se mouvoir vers un objet, distinguer ou interpréter l’objet de concentration lui-même, se laisser emporter, être captivé par l’objet ou le processus vers lequel notre calme attention est dirigée. Par conséquent, la concentration est appelée une attention calme sur l’objet. Le contrôle de la pensée est réalisé par la volonté. La volonté se développe grâce à la Patience et à la Persévérance.

Éveil préliminaire

La pleine conscience et la concentration nous conduisent au premier Éveil, car elles sont la pratique du Calme et de la Contemplation. À leur tour, la Tranquillisation et la Contemplation c’est l’état primordial naturel de notre conscience, dans lequel nous voyons notre véritable essence, Âtman. Et dans un moment de pleine conscience et/ou concentration parfaite, notre esprit se trouve précisément dans cet état originel.

Il faut dire que la concentration est effectuée exclusivement par nous, alors c’est-à-dire l’Âtman, puisque dans l’Univers tout entier, seul l’Âtman a la prérogative de conscience, de concentration, d’action ou de création.

«Maintenant, voici l’enseignement complet du yoga. Le Yoga est l’arrêt des activités (vritti) du mental (chitta). Alors, se révèle notre Voyant (Purusha28), établi dans sa nature originelle. Dans le cas contraire, il y a identification de notre Voyant avec l’agitation du mental» (Yoga Sutras de Patanjali).

Si nous sommes capables de maintenir notre concentration pendant une longue période, une percée se produit: notre mental s’arrête complètement, disparaît, revenant à son état originel de calme et de contemplation. L’arrêt de l’activité de la conscience superficielle est la première Illumination.

Dans le Zen, la première Illumination s’appelle «Kensho» ou «voir sa véritable nature».

Dans le bouddhisme primitif, l’Éveil préliminaire ou la première Illumination correspond à l’étape «l’Entrée dans le courant». Les sutras disent qu’une telle personne reçoit une vision fugace du but, le Nirvâna. Dans le yoga, la première Illumination s’appelle «Chitta Vritti Nirodha»29. Bien sûr, puisque notre conscience est à plusieurs niveaux, nous devons faire l’expérience d’un arrêt de chacune des couches. Par conséquent, la suspension de l’activité de la conscience superficielle est un début considérable de la pratique spirituelle, et non son achèvement et le seul objectif.

Pourquoi tout commence-t-il par Éveil préliminaire? Parce que la conscience superficielle nous maintient dans le Monde des Phénomènes et ne nous permet pas d’entrer dans la méditation profonde30. Par conséquent, le processus de Libération commence par la première Illumination, avec la cessation de l’activité de la conscience superficielle du Monde des Phénomènes, le monde où nous sommes maintenant. Par la conscience superficielle, nous percevons des objets externes et internes. Les objets externes sont des sensations reçues par les organes des sens: nous voyons avec nos yeux, entendons avec nos oreilles, sentons avec notre nez, goûtons avec notre langue et touchons avec nos récepteurs sur la peau. Les objets internes sont ceux qui apparaissent dans notre conscience de surface en tant qu’images mentales, désirs/répugnances, idées et pensées. Il nous faut en quelque sorte «décrocher» notre conscience superficielle de ces objets, ce qui nous permettra de nous libérer du monde du Désir et nous déplacer vers le monde astral.

La question se pose: comment le faire?

Habituellement, une personne souhaitant se débarrasser, par exemple, de souvenirs désagréables ou pensées essaie de les refouler ou de penser à autre chose plus agréable, c’est-à-dire elle essaie de «passer» à autre chose. Une personne peut aussi essayer d’analyser son état. Cependant, c’est comme de se rincer le nez avec de l’eau en essayant d’éliminer les calculs rénaux. De toute façon, une telle réflexion est basée uniquement sur la dualité: une personne s’efforce de se débarrasser de ce qui provoque l’aversion et donc la souffrance. Mais tant que la conscience duale fonctionne, arrêter l’influence de quoi que ce soit est impossible, c’est la même chose que d’essayer de fuir son ombre. En d’autres termes, peu importe si nous aimons ou détestons quelque chose, l’objet de notre affection ou de notre haine va toujours nous influencer, apportant, en cas d’attachement, une joie illusoire, et en cas d’aversion ou de haine, la souffrance.

Afin d’arrêter l’activité mentale, due à quoi les objets externes et internes nous influencent et nous font souffrir, il faut maîtriser la pleine conscience et la concentration. Tout ce que peut faire une personne qui ne sait pas comment gérer une pensée désagréable sans savoir maîtriser la pleine conscience et la concentration consiste à bloquer, déguiser, «dissimuler» son influence par une autre pensée, plus agréable pour elle, tout comme on couvre une fissure sur le mur avec un tableau.

Ainsi, sans arrêter l’activité du mental, arrêter l’action de toute information et/ou expérience passée qui donne naissance à des sensations, des pensées, des désirs, des émotions, des souvenirs ou des images, c’est impossible. Que nous aimions ou détestions nos sensations, pensées, désirs, émotions ou souvenirs, ils restent actifs et nous influencent, nous apportant des souffrances ou des plaisirs qui se transforment ensuite en souffrance. Pour suspendre le mental, il existe la pratique de pleine conscience et de concentration:

«Ô moines, la recherche d’un ami vertueux ou d’un donateur fiable ne peut être comparée au perfectionnement de la pleine conscience. Si vous restez conscient, aucun des «voleurs d’assombrissements» viendra dans votre esprit. C’est pourquoi vous devez garder votre esprit dans une conscience constante. Si vous perdez pleine conscience, vous perdrez tout votre mérite. Si la force de votre pleine conscience est grande, alors même si vous avez affaire à des voleurs – les cinq désirs sensuels, ils ne peuvent pas vous faire de mal. Ainsi, un guerrier qui entre au combat habillé en armure fiable n’aura peur de rien. C’est telle l’explication de la pleine conscience.» (Sutra des dernières instructions de Bouddha).

Ainsi, la pleine conscience et la concentration sont un «véhicule» de réalisation de la première Illumination. La concentration n’est pas une tension, ni une sorte de super-effort ou quoi que ce soit de ce genre, mais un état très naturel de notre esprit. Quand on maîtrise cette attention calme dirigée vers un objet ou un processus, il nous semble «familier», un état proche et agréable que l’on reconnaît immédiatement. C’est un état très clair, complètement différent de l’état habituel «trouble», tendu et d’esprit «errant», puisqu’au moment de la véritable concentration, il n’y a pas de dualité par rapport à un objet ou à un processus, dont on a parlé ci-dessus. Grâce à la pleine conscience et à la concentration, l’esprit se dirige naturellement et automatiquement, lui-même, vers son véritable état naturel, le Calme et la Contemplation. Lorsque la concentration atteint un certain niveau, la conscience superficielle s’arrêtera complètement.

Expérience d’arrêt de l’activité de la conscience de surface

Cette première expérience de suspension du mental est très importante. C’est l’un des moments clés de pratique spirituelle.

Premièrement, elle indique que nous menons une pratique spirituelle correcte parce que si aucun changement ne se produit et si l’expérience de l’arrêt de l’agitation mentale n’est pas réalisée à l’issue de notre pratique, donc cela soulève des questions concernant son authenticité.

Deuxièmement, nous transférons cette première expérience de Tranquillisation et de Contemplation de la vie quotidienne (le monde de la conscience superficielle) dans le monde de la méditation (le monde du subconscient et de la supraconscience). En d’autres termes, nous répétons cette expérience en méditation, c’est ce dont je vais vous parler ci-dessous.

Mais d’abord, je voudrais que le lecteur ait une compréhension claire de cette expérience spirituelle et du processus menant à cette expérience. Ici, j’aimerais vous dire comment tout cela m’est arrivé, ou plutôt, parler du ressenti que cette expérience a laissé. Je pense que ce sera une description plus précise et plus complète des états les plus brillants et les plus importants qu’un «patchwork» de textes différents décrivant des expériences similaires.

Je tiens particulièrement à souligner que je ne suis pas et ne me considère pas comme un Arhat ou un Réalisé de l’Illumination Suprême et de la Libération. Je ne suis pas sûr qu’il y ait même de telles âmes sur la Terre au moment actuel. Je suis un pratiquant spirituel qui essaie par ma propre expérience de comprendre chaque étape de la pratique et d’adapter ce sujet à une perception rationnelle et à une application pratique. Je compare toujours ce que j’ai vécu avec les sutras du canon bouddhique, avec les textes du yoga et du taoïsme, ainsi qu’avec les textes laissés par les Grands Maîtres des temps passés qui avaient véritablement réalisé l’Illumination et la Libération. Évidemment, je consulte toujours des professeurs de différentes écoles de bouddhisme et de yoga, qui confirment souvent mon expérience.

Dès le début de la pratique, le Dharma est devenu naturellement la chose principale pour moi (et parfois le seul) objet de méditation de pleine conscience et de concentration. Partout où j’allais, peu importe ce que je faisais, mon esprit se concentrait automatiquement sur l’Enseignement. C’était une analyse et une tentative de compréhension de mettre en place les diverses lois.

À ce moment-là, je faisais de la marche méditative. Plus précisément, c’était moi (l’observateur, ou «Voyant» comme indiqué dans les Yoga Sutras), j’avais un corps physique, des organes sensoriels et une conscience. Et puis il y a eu le Dharma, qui est devenu un kôan31 immense et impénétrable. Le corps a fait de la marche. J’ai vu avec mes yeux, mais avec mon esprit, j’ai compris dans une certaine mesure où (dans quelle rue) je suis allé. Cependant, mon esprit était complètement absorbé par le Dharma-kôan. Cet état d’absorption est illustré dans les textes zen par l’allégorie ancienne d’une boule de fer chauffée au rouge qui reste coincée dans la gorge et qu’on ne peut ni recracher ni avaler. Cet état peut être appelé la pleine conscience sans implication, attention, concentration, focalisation ou fixation de la mémoire; pour être honnête, je ne sais pas exactement comment le définir.

À un moment donné, il ne restait plus rien sauf le Dharma-kôan. J’ai arrêté de comprendre où j’étais. Les pensées (ou le flux mental) se sont figées. Dans le yoga, cet état est appelé «Unmani» ou «état au-delà de l’esprit». L’instant d’après, la conscience de surface a disparu. Disparu avec elle les sensations du corps et le Dharma-kôan lui-même. Que reste-t-il? Le bonheur inexprimable et inconditionné, la liberté et la paix parfaite.

Je voudrais souligner que cet état n’est pas venu d’un coup: inattendu, oui, mais pas d’un coup. On dit parfois que l’Éveil est comme être frappé par la foudre. Peut-être que c’est juste une belle allégorie, mais à mon avis, un coup de foudre est quelque chose de tranchant, de brutal et de dérangeant. Le Kensho peut être mieux comparé à la façon dont le soleil sort de derrière un nuage – rapidement, mais naturellement, d’une façon calme et pas brusque.

Probablement, l’expression «suspension de l’activité du mental» ou «cessation du flux de pensée» effraie ou, au moins, déroute l’homme d’aujourd’hui. Il arrive que les gens associent cela à des troubles mentaux plutôt qu’à l’état d’esprit originel. Je considère qu’il est de mon devoir de dissiper ces idées fausses.

Tout d’abord, cet état est complètement différent de l’état d’alcoolémie, par exemple, ou d’un état dans lequel on s’évanouit à cause d’un coup porté à la tête ou d’autres raisons. L’état d’esprit provoqué par des influences extérieures – drogues, alcool ou toute autre chose – est brutal, «trouble», mais, surtout, il est incontrôlable, comparé à cet état de calme et de contemplation naturel, inconditionné. C’est un état vivant très clair, mais en même temps, il y a vraiment une absence totale de toute pensée. Ce n’est ni une transe, ni une prostration, ni, en termes simples, «être assommé» dû aux influences externes ou internes, quand on ne comprend pas ce qui se passe. Arrêter la conscience périphérique ne signifie pas arrêter la perception elle-même, mais la cessation de la pensée dualiste, qui donne naissance à toutes nos illusions et égarements.

En d’autres termes, le processus: mouvement du mental- identification – discrimination – désir, s’arrête au moment où notre esprit revient à son état original.

L’état d’éveil originel ne remplace pas un fonctionnement «négatif» de l’esprit par une sorte de fonctionnement «positif», mais c’est une suspension complète de l’activité mentale, état inconditionné de calme et de contemplation.

Il ne s’agit pas d’un désir des objets «corrects», mais d’une vision de vacuité de tous objets et l’absence de mouvement de l’esprit dans leur direction, donc – l’unité avec eux et la liberté d’eux.

Il ne s’agit pas d’une distinction entre les objets sur la base de «l’information accessible uniquement aux Éveillés», et un arrêt complet de la vision dualiste ou du discernement.

Par conséquent, le Kensho ne peut pas être «provoqué» par un effort de volonté; c’est impossible de «forcer» la conscience à s’arrêter, sauf dans les cas où de malheureux pratiquants ont recours aux «substances», j’en ai déjà dit: cet état n’a rien à voir avec le Kensho.

Le Kensho n’est pas la suppression des émotions, des désirs ou des pensées par la force de la volonté, ce qui est très similaire à l’exemple suivant. Disons qu’il y a une casserole d’eau bouillante. L’eau bouillonnante «essaye de s’échapper». Et alors quelqu’un, ne connaissant apparemment pas les lois de la physique, essaie de «retenir» l’eau bouillante dans une casserole. Pour faire cela, il met un couvercle sur la casserole. Il est clair qu’il n’obtiendra rien: la vapeur poussera simplement le couvercle et l’eau bouillante continuera encore à déborder. C’est pareil avec la conscience: elle ne peut pas être «ralentie» ou retenue artificiellement. Même si pendant un instant il semblait que grâce à quelque chose c’était possible d’arrêter le flux de vos pensées, ce ne sera pas Kensho. Si on retire la casserole du feu, l’eau va refroidir et se calmera, revenant à son état d’origine, dans lequel la surface deviendra complètement lisse et l’eau pourra refléter n’importe quel objet sans distorsion.

Par conséquent, il ne faut pas que nous ayons de fausses idées, que le Kensho signifie «ne penser à rien». «Penser» et «ne pas penser», ainsi que «vouloir» et «ne pas vouloir», c’est une seule et même chose, à savoir le fonctionnement de notre conscience duale. Si vous essayez d’expliquer l’expérience du Kensho du point de vue de cette dualité (ce qui, bien entendu, est voué d’avance à l’échec), alors le Kensho, ou, plus largement, l’Illumination, à n’importe quel niveau, ce n’est pas «penser» et ce n’est pas «ne pas penser». Pourquoi cela est-il ainsi?

Dans la pensée dualiste «penser/ne pas penser», il existe une séquence de deux points.

Premièrement, il s’agit du flux de pensées et d’images qui surgit à chaque instant de notre esprit. Par exemple, nous nous souvenons de quelque chose ou nous sommes impatients de voir arriver quelque chose. En raison de l’influence de l’expérience passée, il nous semble que ces pensées, images, souvenirs, rêves sont réels et nous plaisent ou nous déplaisent.

Deuxièmement, lorsque les pensées, les souvenirs ou les attentes concernant l’avenir nous ont fatigués et tourmentés définitivement, nous essayons d’arrêter de penser à ce qui est désagréable ou ennuyeux. Cependant, dans ce cas, nous essayons de fuir notre propre ombre: plus vous courez vite, plus vite elle vous poursuit. En d’autres termes, plus nous essayons de ne pas penser, plus le fonctionnement de l’activité du mental devient pour nous plus fort et plus douloureux.

Cependant, lorsque nous expérimentons une cessation complète de l’activité mentale, par exemple, l’objet auquel nous avons pensé ou des informations sur un événement passé ou sur un événement qui doit arriver dans le futur demeurent, mais puisque le fonctionnement de l’activité du mental est arrêté, on ne pense effectivement pas à cet objet et ce n’est pas que l’on n’y pense pas. En conséquence, l’objet n’est pas considéré comme «bon» ou «mauvais» et n’a aucun effet sur nous. Ainsi, nous (c’est-à-dire l’Âtman) ne faisons plus qu’un avec tout objet, ce qui signifie que nous sommes libérés de l’influence de n’importe quel objet. L’état d’unité avec l’objet apparaît parce que notre mental, qui est une couche, ou un milieu actif, entre nous et un objet, est arrêté et ne se dirige plus vers l’objet perçu. En d’autres mots, nous n’avons aucune agitation du mental par rapport à l’objet perçu; alors, nous commençons à voir l’objet lui-même, et non notre jugement préconçu porté sur cet objet.

Nous entendons souvent dire que l’Illumination est une sorte d’»état particulier» et, par conséquent, la «perception des objets». Non, ce n’est pas vrai. L’Illumination est la perception sans perception. Qu’est-ce que cela signifie? Quand nous sommes dans l’état originel d’esprit, tous les objets existent et n’existent pas pour nous en même temps. Pourquoi les objets existent-ils sans exister? Parce que notre ego, ou faux «Soi»32, dans ce moment est suspendu. Puisqu’il n’y a pas de dualité sujet-objet, ni la dualité du bien et du mal, c’est un état hors de portée des mots.

Une fois de plus, je souhaite attirer l’attention du lecteur sur le fait que le Kensho, le Calme et la Contemplation sont notre véritable état primordial d’esprit, que nous révélons, nous éveillons par une pratique spirituelle correcte. C’est l’état absolument naturel. Cet état n’est pas quelque chose d’extérieur. Cette condition ne peut pas être «acquise», «achetée» ou «reçue», comme dans le cas de tout objet de nos désirs. Il ne s’agit pas de connaissances acquises, par exemple, grâce aux livres ou à une formation. Comme le dit Bodhidharma: «Si tous les êtres vivants sont dans la confusion sans s’éveiller, alors ils ne savent pas que notre esprit est le Bouddha. Si vous savez que votre esprit est Bouddha, alors il n’est pas nécessaire de chercher Bouddha en dehors de l’esprit. Bouddha ne peut pas être mesuré par Bouddha. Si vous cherchez Bouddha intellectuellement, vous ne le saurez pas. Cependant, ceux qui croient que le Bouddha est dehors, eux, ils ne savent pas que notre esprit est le Bouddha».

Dans cet état, des pensées telles que «J’ai atteint une cessation de conscience» ne surgissent pas, puisqu’il n’y a aucun objet qui serait la source de sensations, dont l’expression nécessite des paroles et des pensées. Probablement, le meilleur mot pour exprimer cet état d’arrêt de l’activité du mental sera «vacuité» (en sanskrit: shûnyatâ). Cependant, ce n’est pas un état où «il n’y a rien», c’est un état où «tout est», c’est-à-dire tout restait à sa place, mais semblait s’être arrêté et donc cesser d’avoir une influence.

Il est impossible d’exprimer avec des mots cet état primordial d’esprit. Premièrement, parce que c’est impossible: «L’épée ne se coupera pas». Deuxièmement, dans cet état, tous les mots, les pensées, les définitions ou les idées sont considérés comme quelque chose d’extérieur, brut, contre nature, c’est-à-dire non inhérent à nous, et surtout – comme complètement dénué de sens. Avec des mots, on peut seulement décrire le sentiment laissé par l’expérience; même dans ce cas, les mots peuvent sembler incompréhensibles pour ceux qui n’ont pas vécu des expériences similaires. Tous les mots ne font qu’ «accrocher l’étiquette», y compris le mot «état», que je suis obligé d’utiliser. Comme autrefois disaient les Maîtres Zen33: «Une vérité prononcée à haute voix cesse d’être telle, car elle a déjà perdu son lien essentiel avec le moment de vérité».

«Le Tao qui peut être exprimé, n’est pas le Tao éternel; le nom qui peut être nommé, n’est pas le Nom éternel. Ceux qui savent ne parlent pas; ceux qui parlent ne savent pas», ce sont les mots de Lao-Tseu du livre Tao-Te-King.

Cependant, pour indiquer CECI d’une manière ou d’une autre, j’utilise l’expression «véritable état original». On peut aussi dire: «le véritable état originel de conscience, dans lequel on atteint la réalisation de soi-même», «Illumination» (sambodhi), «Vacuité» ou «Grand Vide» (shûnyatâ), «Tao essentiel» ou simplement «Tao». Mais tous ces mots, phrases et expressions ne peuvent rien exprimer. Dans cet état, il n’y a pas de division entre «moi» et «non-moi», entre authentique et faux, entre original et acquis, entre vide et plein. L’activité d’esprit est arrêtée et on est dans l’état le plus clair, donc l’expérience passée et le processus de perception et de discrimination sont suspendus. Quand essayons-nous de définir ou simplement de penser à la suspension du mental, notre esprit entre dans un mouvement encore plus grand.

Manifestation de mental arrêté

1. Le Calme et La Contemplation

La cessation du fonctionnement d’agitation du mental à n’importe quel niveau se manifeste sous la forme de Calme et de Contemplation.

Le Calme est la paix parfaite de l’esprit, son arrêt, sa disparition. Dans cet état, les expériences passées et les informations accumulées jusqu’à ce jour-là cessent de nous influencer, puisque l’esprit ne «s’accroche» plus à ces données, ne fait pas de distinction entre elles. En conséquence, les expériences et informations passées ne façonnent plus des passions mondaines qui, en général, nous contrôlent complètement et nous obligent à commettre des actes sans fin. C’est un état de véritable Calme: les données demeurent, mais l’esprit est immobile. C’est l’état de liberté parfaite dans lequel nous étions initialement: la vraie liberté est l’absence de données ou de karma. Cette liberté ne se réalise pas par suppression des données (qui ne peuvent pas être effacées), mais par unité avec elles en raison de l’arrêt de l’agitation du mental.

La Contemplation issue de la Tranquillité signifie que la réception de nouvelles expériences et la perception de nouvelles informations ne nous affectent pas non plus. Tout comme dans le premier cas, l’esprit n’entre pas non plus en mouvement, de sorte que l’expérience ne se produit pas, ne se racine pas, n’est pas figée, ne forme pas de nouveaux désirs ou aversions, c’est-à-dire qu’il ne constitue pas les causes des actions ultérieures. Dans le taoïsme, cet état est appelé non-action. C’est le véritable état de Contemplation, dont dit le Tao Te King: «Celui qui connaît la vérité se déplace sans laisser de traces.» C’est un état de bonheur absolu, car il n’y a plus de souffrance ni de joies illusoires, menant finalement à la souffrance.

Synonyme de Contemplation est la Sagesse, qui apparaît en réponse à la perception. En d’autres termes, l’Éveil, ou la suspension du mental, ne signifie pas un effacement de données ou une cessation de la perception. Au contraire, nous pouvons utiliser notre expérience passée pour développer notre pratique spirituelle, ainsi que pour voir clairement les causes et les conséquences de tous phénomènes, mais notre conscience reste inchangée; par conséquent, il n’ y a aucune illusion de pensée dualiste dans laquelle nous nous trouvons habituellement.

2. Deux types de concentration

Il existe deux types de concentration: la concentration sur un objet et la concentration sans objet.

Nous avons discuté du premier type de concentration ci-dessus. La concentration sur un unique objet ou une attention calme dirigée vers un objet est le type initial de concentration, qui est utilisé dans la méditation de Tranquillité (en sanskrit: Shamatha; en pâli: Samatha). Dans cette méditation, nous ne permettons pas à notre mental de s’éloigner d’un point fixe (objet de concentration) dû à la volonté. Grâce à cela, notre esprit se pacifie d’abord, puis ça s’arrête.

Habituellement, dans les textes du bouddhisme et du yoga, la cessation de la conscience est décrite comme une «fusion d’un sujet et d’un objet», «non-dualité» ou «union». «Objet», c’est vers quoi notre attention calme est dirigée, c’est l’objet de notre concentration, par exemple la respiration, un thème de méditation, un mantra ou un kôan. Le «sujet», c’est nous, réalisant cette concentration sur l’objet. Entre nous et l’objet, il y a une couche ou un milieu en mouvement sous la forme de conscience. Nous faisons la distinction entre nous et l’objet dû aux activités du mental de notre conscience. Au stade initial, on distingue, on identifie l’objet: par exemple, il peut évoquer des émotions, associations, désirs, pensées positifs ou négatifs. Ensuite, quand nous faisons un peu de progrès dans la pratique et calmons l’esprit, les pensées et émotions reculent, mais la distinction elle-même demeure. Nous distinguons encore nous-mêmes et l’objet: «Je me concentre sur l’objet». Cependant, la concentration, comme mentionné précédemment, remène notre conscience à son état originel. Et en grand moment béni, notre conscience dualiste et discriminante s’arrête, disparaît, on fait l’expérience de la fusion du sujet et de l’objet, d’un état d’unité ou de non-dualité, qui ne peut pas être exprimé, puisque tout ce qui s’exprime appartient au monde de la discrimination et de la dualité.

De cette façon, nous pouvons expérimenter la cessation de la conscience périphérique à la fois dans la vie quotidienne (par la pleine conscience) et dans la méditation (par concentration sur un point fixe). Cependant, ceux qui ont expérimenté le Kensho dans la vie quotidienne ont un avantage significatif: ils répètent simplement l’expérience de suspension de la conscience superficielle en méditation, grâce à cela ils avancent dans la pratique plus vite.

Quoi qu’il en soit, ayant expérimenté la cessation du fonctionnement de la conscience périphérique, nous réalisons le deuxième type de concentration, plus élevé que la concentration ordinaire sur un objet grossier. C’est un état de concentration parfaite où nous n’avons plus besoin de l’objet, puisque notre état même à ce moment-là est la concentration, seulement basée non plus sur la volonté, grâce à laquelle on n’a pas permis à notre esprit d’être distraite, mais sur la paix parfaite, ou sur l’arrêt de la conscience périphérique. C’est un état d’unité d’esprit, non duel et donc en pleine conscience absolue, ou Contemplation, qui a déjà été mentionnée ci-dessus.

C’est ce deuxième type de concentration, réalisé au moment de l’arrêt du fonctionnement de la conscience superficielle, qui nous permet de nous immerger dans une méditation à part entière34 de Contemplation (en sanskrit: «Vipaśyana»; en pâli: «Vipassanā»), qui nous conduit au dhyâna – véritable méditation profonde correspondant au monde de la Forme (monde Astral) et subconscient. Pourquoi cela est-il ainsi? Parce que la perception et la discrimination des informations externes et internes au niveau de la conscience périphérique du monde des Phénomènes sont complètement arrêtées. En conséquence, en méditation, après avoir été dans un état de contemplation pendant un certain temps, nous pouvons nous déconnecter du monde des Phénomènes et entrer dans le monde Astral.

V. Perfection de la Méditation
(Sanskrit: Dhyāna (prononcé: dyana) Paramitā; Pâli: Jhāna (prononcé: jana) Paramitā)
Conditions d’entrée en dhyâna

En outre la concentration basée sur une paix parfaite d’esprit (Contemplation), on a besoin de deux composants supplémentaires pour entrer en dhyâna.

Le premier est la montée de notre énergie interne, ou du Vent. Le vent intérieur est le moteur qui nous transporte du monde des Phénomènes au monde Astral. Faute d’énergie montante, notre méditation ne sera pas profonde, mais superficielle. La transformation de notre énergie vitale, d’abord dans la Kundalini de la chaleur, puis dans la Kundalini du Vent, fait partie du processus de la Libération. Il est décrit en détail dans le livre «Dharma; telles que sont les choses. Expériences réelles et réalisations d’un praticien spirituel».

La deuxième composante de notre méditation est le remplacement des données en Agrégats profonds: en formations mentales, expérience formée et discrimination. J’ai parlé de ce facteur fondamental plus tôt dans cet essai. En méditation, nous voyons uniquement les données accumulées jusqu’à présent. Si elles correspondent aux mondes inférieurs, alors ce sont ces mondes que nous verrons dans notre méditation, qui peuvent devenir l’effondrement de notre pratique spirituelle. Lorsque les données des désirs mondains du monde du Désir prévalent, entrer en dhyâna correspondant au monde Supérieur de la Forme, est impossible. Dans un état de domination des données de passions mondaines, nous plongeons dans le monde Inférieur de la Forme (monde Astral Inférieur). Tandis que le monde Supérieur de la Forme est formé par les Quatre États Incommensurables: l’Amour bienveillant (sanskrit: maitri), la Compassion (sanskrit: karunâ), la Louange (sanskrit: muditha) et l’Équanimité (sanskrit: upeksha). Ils correspondent aux quatre niveaux du ciel du monde Supérieur de la Forme et des quatre dhyânas35.

Dhyâna et Samâdhi

Ainsi, les quatre premiers dhyânas correspondent aux quatre niveaux des cieux du monde de la Forme Supérieur (du monde Astral Supérieur). Ainsi, dhyâna n’est pas un état de relaxation psychologique, comme on l’interprète souvent de nos jours, mais chaque dhyâna, c’est un certain niveau d’Illumination et de Libération. En d’autres termes, dhyâna est la méditation profonde dans laquelle on s’éloigne complètement, on quitte le monde des Phénomènes (conscience péripérique) et on se déplace vers le monde Astral (subconscient).

Pour aller un peu plus en détails, d’abord nos organes sensoriels physiques (externes) arrêtent leur fonctionnement, et notre corps physique devient engourdi et semble geler, on ne le sent plus. C’est un état très agréable provoqué par la montée du Vent intérieur; dans le bouddhisme, cela s’appelle «Sérénité» (passaddhi), dans le yoga, cela s’appelle «Pratyâhâra».

Ensuite, notre conscience superficielle cesse d’exister, et un état où il n’y a que la concentration basée sur un calme parfait de l’esprit, dont j’ai parlé plus haut. Cet état dans le yoga est appelé «Dharana» (concentration), dans le bouddhisme le terme «Ekaggata» est couramment utilisé.

La respiration devient superficielle et rare. Le cerveau génère des ondes correspondant à l’état de somnolence ordinaire (ondes thêta), puis les ondes qui correspondent au sommeil profond (ondes delta). Autrement dit, d’un point de vue médical, l’état de dhyâna est un état de sommeil profond. Il existe cependant une différence fondamentale: dans l’état de dhyâna, notre conscience est incessante, notre concentration continue – on ne s’endort pas et on contrôle complètement notre état méditatif.

Au stade du quatrième dhyâna, la respiration, le rayonnement cérébral et le rythme cardiaque s’arrêtent complètement et on entre dans le Samâdhi. Ainsi, les dhyânas du premier au troisième sont un état de méditation profonde et à partir du quatrième, c’est l'état de Samâdhi, dans lequel nous (Âtman) sommes libérés de notre faux Soi, ou des Cinq Agrégats.

Premier dhyâna

Dans l’état de premier dhyâna, notre conscience superficielle est complètement arrêtée et le subconscient et le supraconscient sont toujours actifs. La supraconscience lit nos données causales et les transmet au subconscient dans notre monde Astral. Ces données «descendues d’en haut» apparaissent devant nous dans le monde Astral sous forme d’images. Pour entrer dans les détails, les données que nous observons dans le monde Astral apparaissent devant nous sous forme de lumière multicolore, d’images et de sons. Premièrement, une pensée surgit dans notre subconscient, qui sont les données «descendues d’en haut» (du monde Causal). Cette pensée perçue et différenciée, résultant en une lumière multicolore, des images et des sons. Cependant, l’essentiel des données du monde Astral sont des images. C’est pour cela que le monde Astral est également appelé le monde de la Forme, où la» forme» (ou «rupa» en sanskrit et pâli) est une image. Nos corps astraux sont aussi constitués d’images ou de substances subtiles. Puisque la source première des images sont les pensées (ou données causales), les images que nous voyons dans le monde Astral, passant par les dhyânas du premier au quatrième, sont également appelées «formes-pensées» ou «images-mentales».

Si nous sommes capturés par les formes-pensées émergentes (données du monde Astral, ou de notre subconscient), puis elles descendent plus loin – dans notre monde de phénomènes, ensuite la conscience superficielle s’active et nous expérimentons des illusions de souffrance ou de joie à partir de ces données.

Cependant, le dhyâna et, puis le Samâdhi sont la cessation du fonctionnement d’activité du mental à tous niveaux et, par conséquent, toutes les informations les expériences passées sont la manifestation et l’apparition de la souffrance.

Afin d’arrêter le fonctionnement du mental subconscient et des formes-pensées, en premier dhyâna, nous utilisons systématiquement deux techniques.

1. Vitakka: réflexion, pensée conceptuelle, prise-ferme
(Sanskrit: vitarka, pâli: vitakka)

La première technique – réflexion ou application initiale de l’attention – signifie observer intensément et profondément les objets (formes-pensées) apparaissant dans le subconscient. C’est-à-dire, il existe un objet (image) et nos propres données de réflexion, sur la base desquelles nous devons réfléchir, examiner et évaluer l’objet qui apparaît. Les «données des réflexions» sont les informations du Dharma authentique enregistrées au plus profond de notre mémoire au stade préliminaire de la pratique. Sans une maîtrise profonde de l’Enseignement la réflexion est impossible.

Grâce à la contemplation, on n’est pas agrippé ni éloigné des formes-pensées, mais nous commençons à contrôler à la fois les formes-pensées elles-mêmes et le fonctionnement de notre subconscient dans son ensemble.

2. Vichara: investigation, attention soutenue (délibération), introspection
(en pâli et sanskrit: vicāra)

La deuxième technique – délibération ou rétention de la pensée – est une réflexion approfondie des images mentales en état de contemplation.

À ce stade, la pensée superficielle cesse. Il y a une immersion à un certain degré dans un état de conscience plus profond. Et dans cet état, on fait l’introspection des données provenant de notre subconscient. L’introspection, c’est quand il n’y a que deux options: accepter ou refuser.

«Accepter» désigne le mouvement de l’esprit par rapport à l’objet, c’est-à-dire la présence de désirs/aversions concernant un objet. En conséquence, l’objet (les données) nous affecte, puisque nous considérons cet objet comme faisant partie de nous-mêmes: «Ce sont mes désirs, mes expériences, je le veux ou non».

«Ne pas accepter» signifie l’état d’esprit opposé: absence de mouvement du mental par rapport à l’objet et sa contemplation comme «non-moi». Or, dans cet état, aucune pensée ne surgit telle que: «Cet objet n’est pas mon essence, je dois donc m’éloigner de celui-ci.» En d’autres termes, ici, on n’utilise pas la méthode d’analyse des données sur l’objet. L’introspection peut aussi être appelée la méditation d’élimination.

Par conséquent, si le mental est contrôlé par des informations extérieures, c’est-à-dire si l’étape précédente n’a pas permis d’arrêter la conscience superficielle, la réflexion et l’introspection deviennent impossibles. La base de la réflexion et de l’introspection est Tranquillité et Contemplation, ou concentration sans objet, réalisée au moment du premier Éveil.

Ainsi, le véritable sens de la méditation profonde ou premier dhyâna est la contemplation, la réflexion profonde dans un état de contemplation. En créant une base solide et en entrant dans le premier dhyâna, il faut considérer les informations qui apparaissent, puis fusionner avec elles et atteindre un état de tranquillité, ou cessation du subconscient, qui deviendra une entrée dans le second dhyâna.

Second dhyâna

Lorsque la concentration sur n’importe quel niveau de la conscience atteint son apogée, ce type de conscience cesse son activité, s’arrête, disparaît. Si on se concentre dans le monde du Désir, la conscience périphérique s’arrête, nous expérimentons la première l’Illumination, le Kensho. Si on se concentre (pratiquons la réflexion et l’introspection) dans le monde Astral, le subconscient s’arrête et on se tourne vers le second dhyâna.

Le deuxième dhyâna est une cessation de la réflexion et l’introspection. À ce stade, il n’y a aucune pensée. Tout ce que l’on ressent, ce sont la Joie (piti) et la Félicité (sukha) dans le corps et dans l’âme. Et notre état est l’état de contemplation, ou l’état de concentration parfaite basée sur la cessation de l’agitation du mental.

Cependant, étant entrés dans le deuxième dhyâna, pendant une courte période, disons cinq ou dix minutes, nous sommes dans un état d’arrêt complet du mental au niveau du subconscient. Ensuite, le mental arrêté peut réapparaître. Si c’est le cas, nous revenons au premier dhyâna, l’introspection réapparaît. Quand il apparaît un état de conscience plus grossier, nous retournons à la réflexion. Autrement dit, la capacité à cesser l’activité du subconscient doit être parfaitement acquise, c’est-à-dire il faut apprendre à accéder librement à cet état et acquérir cette expérience à plusieurs reprises.

Ayant acquis la maîtrise du deuxième dhyâna, nous expérimentons pour la première fois l’état de vacuité (shûnyatâ) à part entière: les données existent, mais l’esprit est immobile. Il y a une immersion dans la lumière très pure blanche argentée brillante. Au début, elle peut clignoter, puis elle se stabilise. Au fond de cette lumière, il y a un espace transparent; en s’y immergeant, nous entrons dans le Samâdhi. Cependant, pour cela, cet état de Calme et de Contemplation du subconscient devrait être étendu, l’état que nous avons atteint en entrant dans le deuxième dhyâna.

Troisième dhyâna

L’expansion de l’état de cessation du mental au niveau subconscient, ou état du Calme et de la Contemplation se produit au stade du troisième dhyâna.

Le calme est la paix totale du subconscient, ou un état dans lequel l’activité du mental s’arrête complètement, comme c’était mentionné précédemment.

La contemplation est une conscience claire et précise de toutes les formes-pensées, de la lumière multicolore, des sons et des visions qui apparaissent devant nous dans le monde Astral, tandis que notre conscience (subconscient) reste immobile.

L’esprit à ce moment est très clair, il devient de plus en plus clair graduellement avec l’approfondissement du dhyâna. La lumière qui nous entoure devient également plus intense.

À ce stade, l’expérience du corps d’émanation (du corps astral Nirmana-kâya) ainsi que l’expérience de forces surnaturelles sont acquises; par exemple, nous pouvons nous souvenir de nos vies antérieures et voir nos vies de futur. Nous pouvons également observer différents mondes.

Cependant, le dhyâna et le Samâdhi ultérieurs ne signifient pas «couper» la conscience et le lien avec le corps physique et «s’envoler» ou «chuter» quelque part. Le dhyâna et le Samâdhi signifient le contrôle, le renoncement naturel et la libération des Cinq Agrégats. Par conséquent, étant dans le monde Astral, on peut voir ce qui se passe dans le monde des Phénomènes. En d’autres termes, tout en étant dans le troisième dhyâna, on peut simultanément acquérir l’expérience de deux mondes: le monde Astral et le monde des Phénomènes. C’est pourquoi je revis souvent l’expérience suivante. En pleine méditation, je réalise que je suis dans ma chambre, dans laquelle j’avais commencé à méditer, et celle-ci fut littéralement inondée d’une éblouissante lumière blanc argenté. La lumière inonde même les coins les plus éloignés de cette pièce. En ce moment, une vision non physique, mais subtile me permet de voir le monde des Phénomènes. Je comprends clairement où et ce qu’il y a dans la chambre. Le subconscient et la conscience de surface/péripérique sont complètement arrêtés: je contemple simplement ma chambre, inondée d’une lumière vive. Cependant, une pensée me vient soudain à l’esprit: «Comme c’est étrange! Cette pièce était complètement sombre lorsque j’ai commencé à méditer». À l’instant même, le subconscient commence à bouger: d’abord la réflexion revient, puis l’introspection, ensuite je retourne au corps. En même temps, l’environnement devient sombre, comme si quelqu’un avait éteint la lumière dans la pièce.

Cette expérience montre clairement que c’est l’agitation du mental qui façonne toutes nos illusions et nous empêche de voir la réalité. Qu’est-ce que la réalité? C’est la lumière qui devient plus forte et plus transparente à mesure que la méditation continue et que les dhyânas progressent. En fin de compte, on réalise que tout est créé à partir de cette lumière (cela se produit lorsqu’on entre dans le monde Sans Forme). Et ce qui se trouve entre nous et la réalité, ou la Vacuité (shûnyatâ), ou la lumière, c’est le fonctionnement de l’esprit. Lorsqu’il surgit, nous sommes plongés dans l’obscurité. Ainsi, l’activité du mental nous ferme la Vacuité, nous ferme la lumière.

Ici, la deuxième ligne des Yoga Sutras de Patanjali me vient immédiatement à l’esprit: «Le yoga est la cessation de l’activité du mental». Ou les paroles de Lao Tseu du Tao Te King: «Devenez complètement vide. Laissez votre cœur36 être en paix. Au milieu des vas et viens incessants du monde, observez comme les fins deviennent des débuts. Les choses fleurissent une à une, mais finissent toutes par retourner à la source, à ce qui est et ce qui sera. Retourner à l’origine, c’est trouver la paix, trouver la paix, c’est accomplir sa destinée».

Au stade du troisième dhyâna, on s’éloigne de Joie (pīti) dans l’âme et le corps. Il reste seulement la Felicité (sukha) et la Contemplation.

Quatrième dhyâna

Du troisième dhyâna, nous passons finalement au quatrième stade, à l’état d’une cessation complète des sentiments, de la souffrance et du plaisir. Notre âme s’apaise et nous entrons dans le quatrième dhyâna, ou Samâdhi. La Félicité (sukha) disparaît, seule la paix contemplative reste.

Ce qui forme le monde Astral, ce sont les données du monde Causal: notre expérience passée et les informations accumulées jusqu’à présent. Les données causales apparaissent dans le monde Astral sous la forme de manifestation de l’âme: Discrimination, Volonté et Images (ou formation d’images). Si l’activité de l’âme s’arrête, le monde Astral disparaît également. Nous nous plongeons dans un espace transparent et lumineux dans lequel le monde Astral, ou le monde où l’esprit se manifeste sous forme de couleurs et d’images et s’arrête complètement.

En d’autres termes, nous atteignons un état où notre esprit ne se meut complètement pas par rapport aux données de l’expérience passée, qui descendent encore du monde Causal, à la suite de quoi la formation d’images cesse. Un état d’unité et de liberté apparaît.

À ce moment, la notion du temps est complètement perdue. Il semble que le temps s’arrête, qu’il est quelque part en dehors de nous, que l’écoulement du temps s’écoule indépendamment de nous. Cela se produit parce que notre faux ego, c’est-à-dire le fonctionnement de Discrimination, de Volonté et d’Images a complètement disparu. La dualité «sujet-objet» disparaît. En d’autres mots, ce faux «Soi», qui souffre ou se réjouit en fonction d’objets perçus ainsi que de l’expérience passée, disparaît. Cette disparition du faux «Soi» est Samâdhi, qui en sanskrit (samādhi) signifie littéralement «fusionner avec l’objet de contemplation/concentration» (samā – «se réunir, fusionner» + dhi – «tenir»).

«Quand le souffle a disparu et que le mental est absorbé immobile à l’intérieur, une unité de vibration – s’apparentant à une saveur unique et immobile – se produit: elle est appelée Samâdhi. Cette immobilité, cette union entre le Soi Universel et le Soi Individuel qui éclôt quand l’Âtman et le Manas fusionnent, quand se produit la cessation de toutes les activités mentales est nommée Samâdhi». («Hatha Yoga Pradipika»).

Ainsi, l’état dans lequel le fonctionnement du corps physique, des sensations, des formations mentales, de l’expérience formée est arrêté, et qu’il n’y a pas de passé, ni futur, lorsque la discrimination cesse – cet état est appelé le Samâdhi.

Physiquement, Samâdhi se manifeste sous la forme d’un arrêt respiratoire. Au cours des dhyânas précédentes, la respiration devient progressivement plus rare et superficielle. Bien sûr, cela ne signifie pas la respiration de Cheyne-Stokes37; notre respiration ralentit naturellement, devenant à peine perceptible. Finalement, vous expirez et constatez que le nouveau souffle pour une raison quelconque n’est plus nécessaire. Pourquoi ne devrait-on pas reprendre le souffle? Parce que les désirs mondains ne se forment plus, ils sont absents. Pourquoi ont-ils disparu? Parce que la fonction de l’expérience formée est arrêtée, la Volonté, ou les forces motrices, formant nos désirs. À son tour, la fonction de l’expérience formée est arrêtée, car le faux «Soi» a disparu.

Ainsi, dans le Samâdhi, notre faux ego s’arrête complètement. Cela conduit également à l’arrêt du flux d’énergie thermique, qui assure le flux des processus physiologiques dans notre corps. Par conséquent, tous les processus physiologiques de notre corps, y compris la respiration.

Le rythme cardiaque et l’activité cérébrale s’arrêtent également. Pourquoi le corps physique d’un yogi qui est entré en Samâdhi ne meurt-il pas? Pourquoi peut-il librement retourner dans son corps physique à la fin du Samâdhi? Parce que le corps est maintenu par le Kundalini du Vent, qui peut également être appelé Prânâ (énergie) dans sa forme pure. Ce flux de Vent maintient notre corps en Samâdhi. En d’autres termes, c’est le Prânâ qui contient la clé pour percer le mystère de Samâdhi38.

Après la mort, on ne peut pas retourner dans le corps physique. Mais puisqu’en Samâdhi il est possible de contrôler à la fois le corps et l’âme, la capacité d’entrer dans le Samâdhi peut être appelée acquérir une vraie liberté, la liberté de surmonter la vie et la mort.

VI. Perfection de la Sagesse
(en sanskrit: Prajñā Paramitā; en pâli: Pañña Paramitā)

En bref, la Sagesse consiste à voir les choses telles qu’elles sont. La Sagesse est le résultat ou manifestation de l’Illumination, par conséquent, tout comme l’Illumination, la Sagesse a aussi les niveaux. Chacun de nous possède initialement de Prajnâ, ou Sagesse, mais en raison du mouvement du mental, on ne peut pas en être conscient ou la réaliser en nous-mêmes.

Considérons le tout premier niveau de sagesse acquis après la réalisation du premier Éveil. Il y a toutes sortes d’objets autour de nous que nous percevons avec nos six sens. Par exemple, nous voyons les autres avec les yeux, nous entendons des sons avec les oreilles, nous sentons avec le nez, nous goûtons des aliments ou des boissons avec la langue, nous touchons ou nous ressentons la température de l’environnement ou la force du toucher avec la peau, nous percevons diverses informations, idées, etc. avec la conscience superficielle. Dès que nous «saisissons» l’objet, notre expérience passée et nos informations sont immédiatement activées. Cela se produit parce que notre mental est actif. On distingue tout de suite: «c’est bien», «c’est mal», «c’est une mauvaise personne», «c’est de la nourriture délicieuse», «c’est un sentiment désagréable», «c’est une opinion erronée» et ainsi de suite à l’infini. 72 000 désirs mondains nés du discernement et souffrance de douleur, d’impermanence et d’insatisfaction. Tant que l’esprit bouge, tous les phénomènes correspondent certainement à quelque chose de ces trois-là.

Que se passe-t-il si nous ramenons notre esprit à son état d’origine? Il s’arrête. Arrêter le mental signifie arrêter la pensée dualiste, alors ces «bon-mauvais», «savoureux-insipide», «bien-mauvais», «douloureux-agréable» disparaissent. Cependant, comme je l’ai souligné à maintes reprises auparavant, l’Illumination, ce n’est pas «être assommé» où vous ne voyez, n’entendez ou ne comprenez rien. Au contraire, vous commencez à voir beaucoup plus clairement. Autrement dit, l’Éveil ne signifie pas s’éteindre ou un manque de perception. D’ailleurs, précisément lorsque le mental s’immobilise, la vraie perception émerge. Mais peu importe ce que l’on voit, ce que l’on entend, quelle odeur, quel goût, quelle sensation tactile, quelles que soient les informations rencontrées: rien n’exerce un effet, l’esprit ne bouge pas et donc la souffrance ne surgit pas.

Qu’utilise alors l’illuminé pour percevoir des objets ou des phénomènes? La Sagesse (Prajnâ), qui commence à apparaître en réponse à la perception de quoi que ce soit. La conscience éclairée ne peut pas être exprimée, mais il y a deux choses la caractérisant. C’est le Calme et la Contemplation. Cette dernière – Contemplation – c’est quand on perçoit, mais le mental est apaisé, c’est donc la Sagesse. Autrement dit, dans cet état, nous voyons n’importe quel objet sans «intermédiaire» sous forme du mental, qui colore tout ce qui apparaît devant lui, aux couleurs de l’expérience passée et de l’information. Vous voyez exactement l’objet. Cela signifie que vous pouvez comprendre pleinement et facilement l’essence de cet objet. Et cet état est notre véritable état originel, que nous possédons tous depuis les temps immémoriaux. En d’autres termes, il y a la connaissance (information et expérience passée) et la sagesse. Les expériences et les informations, en particulier celles qui nous rendent malheureux, peuvent être enlevées (arrêter leur action) comme des vêtements si on s’engage dans une pratique spirituelle. Néanmoins, ce qui est essentiel ne peut être enlevé.

Ensuite, en poursuivant notre pratique, on réalise l’Illumination au niveau du subconscient et du supraconscient. Lorsque les trois niveaux de conscience sont complètement suspendus, nous commençons à voir la source principale de TOUTES les informations qui façonnent à la fois l’Univers et ce que nous appelons «Moi», les données du monde Causal (le monde Sans Forme). Ayant atteint ce niveau, nous pouvons voir toutes les vies passées et futures de tous les êtres vivants, voir leur karma, voir les causes, les conditions et les résultats de toute action. Ceci est la Perfection de la Sagesse. Cependant, la Sagesse, ou Prajnâ, n’est pas le but final, car c’est seulement le monde Causal, pas le Nirvâna. On peut dire que la Sagesse est le seuil du Nirvâna, ou l’État Absolu.

C’est pourquoi le mot «Pâramitâ» est également traduit par «atteindre l’autre rive». Cette «rive» est le monde des Phénomènes dans lequel nous commençons notre pratique. L’»océan» (l’océan du Samsâra), qu’il faut «traverser à la nage» – c’est le monde Astral, le monde de notre subconscient, que nous transcendons dans Samâdhi. «L’autre» ou «la rive-là» est le monde Causal (le monde Sans Forme), après l’avoir dépassé, nous réalisons la Libération.

Dhyânas 5-8

Du subconscient, nous passons au supraconscient. La supraconscience correspond au monde Sans Forme ou au monde Causal. Le monde Causal Supérieur se compose de quatre niveaux, ou quatre États de Vide:

1. l’état de l’Espace Infini dans lequel nous expérimentons l’expansion sans limite de la conscience. Cinquième dhyâna.

2. L’état de la Conscience Sans Limite ou Discrimination Infinie, dans lequel la Sagesse de l’omniscience surgit par rapport à de nombreuses expansions de conscience – tout état de conscience est instantanément reconnu tel qu’il est, sans les illusions d’une pensée dualiste. Sixième dhyâna.

3. l’état de la Non-Propriété 39 – lorsque l’expérience de la conscience nous parvient, que tout ce que nous possédons, y compris le corps physique et les sensations, ne nous appartient pas, ce n’est pas nous (le Vrai Soi). Septième dhyâna.

4. l’état Sans Perception et Sans Non-Perception, dans lequel il est impossible de dire que l’information existe ou n’existe pas. Dans cet état, il n’y a pas de cognition des objets perçus (données sous forme de lumière) qui existent eux-mêmes, quelles que soient nos connaissances. Huitième dhyâna.

Ayant atteint ces stades de Samâdhi, il voit la source primaire de son expérience formée. Il est assez difficile pour une personne qui n’a pas eu une telle expérience de comprendre cela. J’essaierai de décrire aussi simplement que possible mon expérience du monde Causal Supérieur, que j’ai reçue en méditation.

Expérience formée (Agrégat des Formations n°4) et Discrimination (Agrégat de la Conscience n° 5)

Notre expérience formée (Agrégat des Formations Mentales ou Volition n° 4) nous connecte à l’Astral et au monde Causal. Bien sûr, considérant l’expérience formée (samskâra skandha) d’une manière générale, nous pouvons dire qu’elle nous relie aux trois mondes, puisque notre expérience passée accumulée se manifeste nécessairement dans le monde des Phénomènes. Cette manifestation de l’expérience passée, on l’appelle la vie dans le monde matériel.

Cependant, l’expérience formée se manifeste indirectement dans le monde du Désir. Dans le monde Causal, l’expérience formée est constituée des particules de lumière. Quand elles sont projetées sur le monde Astral du fait du fonctionnement de la supraconscience, nous avons des désirs/averses ou des intentions. En fait, c’est la fonction de l’expérience formée: la volonté ou les intentions qui sont associées au fonctionnement de notre subconscient. Nos envies ou répugnances, nous les voyons en méditation sous forme de lumière et d’images multicolores dans notre monde Astral, dont j’ai parlé au-dessus. Après cela, des images du monde Astral sont projetées sur le monde du Désir et se présentent sous la forme d’événements spécifiques. C’est pourquoi on peut donc dire que l’expérience formée n’est directement présente que dans le monde Astral (intentions, volonté) et le monde Causal (particules de lumière comme source primaire). Par conséquent, on ne peut voir directement l’expérience formée, comprendre le principe de son fonctionnement et arrêter de la faire fonctionner que dans la méditation profonde et dans le Samâdhi, en passant du monde des Phénomènes dans le monde Astral, puis dans le monde Causal.

Ensuite, il est important de souligner que notre Agrégat n° 4 (samskâra skandha), tout d’abord, conserve l’expérience que nous avons acquise exclusivement dans cette vie. L’Agrégat n° 4 lui-même se forme dans l’existence intermédiaire (Bardo) entre la vie passée et la vie présente. En agissant avec le corps, la parole et l’esprit, nous formons de nouvelles expériences qui s’accumulent dans l’Agrégat n° 4, elle passe ensuite à l’Agrégat n° 5 (vijnâna skandha), puis dans l’ordre inverse, en se manifestant en fin de compte dans notre vie quotidienne dans le monde des Phénomènes (plus de détails à ce sujet dans le chapitre 1).

L’Agrégat n° 5 est la «réserve» de toutes nos données (expériences et informations), que nous avons accumulées depuis les temps immémoriaux jusqu’à nos jours. C’est pourquoi, quand les données de l’Agrégat n° 5 sont transférées vers l’Agrégat n° 4, celles-ci ne contiennent pas seulement les données que nous avons accumulées dans cette vie, mais aussi les informations et l’expérience accumulées dans nos vies antérieures.

Ainsi, nos désirs ou nos intentions dans la vie quotidienne peuvent être provoqués à la fois par nos expériences acquises dans cette vie et par les données que nous avons accumulées, disons qu’il y a une ou mille vies. Par exemple, une personne va décider comment passer la soirée en s’appuyant sur son expérience quotidienne normale, reçue, dit-on, hier ou il y a une semaine. Mais une décision importante, par exemple concernant un projet d’études universitaires ou la décision de commencer une pratique spirituelle, va être prise non pas selon l’expérience d’hier, mais selon les données approfondies contenues dans sa Discrimination, ou Agrégat n°5 (vijnâna skandha), selon les données générées dans les vies passées.

Samâdhi du monde Causal Supérieur

Après être entré en Samâdhi dans le monde Causal, ou plutôt dans sa partie supérieure «pure» (c’est-à-dire le monde Causal Supérieur, qui ne chevauche pas d’autres mondes), nous voyons toute l’expérience passée que nous avons accumulée, avant tout, dans cette vie (bien qu’il puisse aussi y avoir des particules liées à l’expérience des vies antérieures) sous la forme d’un océan de particules de lumière. Elles ont des formes, des couleurs différentes ainsi qu’une intensité de la lumière variée. La magnitude de la lumière, sa couleur et la forme des particules sont, en fait, des informations.

Imaginez un écran d’ordinateur. Vous cliquez sur le dossier «Mes Documents» et vous voyez de nombreux dossiers avec des noms différents. Ces dossiers stockent de diverses informations. C’est la même chose avec des bribes d’expériences passées. Vous pouvez «cliquer» sur n’importe quelle particule. Puisque j’ai pratiqué beaucoup d’arts martiaux dans cette vie et dans ma vie passée, j’ai vu plusieurs particules de lumière de la couleur rouge-violette (cette couleur signifie une lutte et indique le monde des Asuras). J’ai «cliqué», c’est-à-dire que je me suis concentré sur l’une d’elles. J’ai pu voir du coup mon expérience où j’avais dû me battre. J’avais le sentiment que j’étais dans cette situation. Je m’en souvenais complètement. Après avoir revécu l’expérience de ce combat, son image a réapparu: j’ai vu une fois de plus comment tout s’était passé. C’est-à-dire que le moment où j’ai vu simultanément deux mondes: dans mon monde Causal, j’ai «cliqué» sur une particule de l’expérience passée, et dans mon monde Astral, cela s’est manifesté comme l’expérience de cet événement sous forme d’image. C’est exactement ainsi que les trois mondes de l’Univers interagissent: le Causal (le monde Sans Forme) est la source principale de toutes les informations et expériences; dans l’Astral (le monde de la Forme), celle-ci apparaît comme une image, puis dans le monde des Phénomènes (le monde du Désir) se produit un événement correspondant.

Après avoir expérimenté le monde Causal en méditation, nous commençons à comprendre ces éléments qui façonnent toute notre vie. En d’autres termes, nous commençons à comprendre le Karma que nous avons accumulé. Par exemple, nous comprenons pourquoi nous aspirons à telles ou telles choses, mais rejetons les autres. Pourquoi nous menons tel ou tel mode de vie, et ainsi de suite.

J’entends souvent parler de «pénétrer dans le subconscient pour comprendre les raisons de ses problèmes.» Cependant, ayant acquis une expérience du monde Causal, je peux dire qu’un tel raisonnement n’a aucun sens. Tout d’abord, pour s’immerger véritablement dans le subconscient, il est nécessaire d’entrer dans une profonde concentration méditative ou dhyâna, et après, plus loin, dans le Samâdhi, ce qui est complètement impossible sans pratique spirituelle correcte et sérieuse. Deuxièmement, le subconscient est le reflet du supraconscient, et de ce fait, afin de vraiment comprendre son karma, on devrait plonger dans le Samâdhi dans l’océan de lumière, constitué de particules séparées. Chaque particule de lumière dans le monde Causal est un grain de notre expérience passée, ou karma, à partir duquel des désirs ou des aversions sont formés dans le subconscient, c’est-à-dire une tendance, ensuite une image apparaît, et après ces données apparaissent dans notre conscience superficielle ou du mental (chitta) et nous commençons à agir. Ainsi, si on veut réaliser l’Illumination et la Libération parfaites, il faut non seulement voir et comprendre ces grains d’expérience, mais aussi arrêter leur action.

Si on continue à se concentrer, ces particules de lumière s’arrêteront et resteront derrière. À ce moment-là, j’étais immergé dans une lumière transparente et pure. Tout s’est complètement arrêté. Je suis simplement resté dans cette lumière, plongé dans un état de bonheur qui est au-delà des mots.

Cette lumière est la cinquième des Cinq Agrégats (vijnâna skandha): l’information dans sa forme la plus pure. C’est la «banque de données»: tout ce que nous avons fait, dit et pensé depuis des temps immémoriaux et jusqu’à aujourd’hui, toute notre expérience passée, toute la connaissance que nous avons reçue arrivent finalement ici depuis notre monde des Phénomènes traversant notre monde Astral dans notre monde Causal, le monde de notre supraconscience. Ces informations déterminent toutes nos actions ultérieures dans ce monde, toute notre vie présente, ainsi que la vie à venir. Cette information est la seule chose que nous ayons du passé: le corps, les sensations, les images mentales et les formations volitionnelles sont détruits au moment de la mort, leurs données accumulées passent dans notre monde Causal, se transformant en cette information sous sa forme pure, et on entre dans cette lumière transparente. Ensuite, à partir de ces informations, notre nouveau monde Astral se forme (intentions, images, subconscient) ainsi que notre nouveau monde de Phénomènes (corps, organes des sens et mental). Ainsi, si cette information dans le monde Causal ne nous affecte pas, alors pour nous il n’y a pas de renaissance ni de souffrance.

La lumière pure et transparente du monde Causal Supérieur dans le bouddhisme ésotérique (Tantra-Vajrayâna) est appelée Lumière Claire, cela est indiqué dans le Soûtra Bardo Thödol. L’état transparent du Vide du monde Causal Supérieur lui-même est appelé Dharma-kâya. C’est l’état originel de notre conscience, les Cinq Agrégats, l’information (karma), qu’ils contiennent, et l’Univers tout entier est le Dharma-kâya transparent, la Vacuité (shunyâta) ou le Tao. Le monde des Phénomènes n’est qu’une projection du monde Astral, et le monde Astral en tant que tel est la projection du monde Causal. Si tel est le cas, alors le monde des Phénomènes dans lequel nous vivons actuellement est un monde faux et illusoire. Mais pour voir et comprendre cela, on devrait réaliser le monde Causal, qui est la source primaire, on devrait acquérir l’expérience de ce dernier. C’est ce qu’est la Sagesse. Acquérir complètement, épuiser l’expérience du monde Causal, voilà ce qu’est la Sagesse. Pour comprendre notre véritable essence, nous devons comprendre non seulement ce monde de Phénomènes, mais aussi les mondes Astral et Causal. Sans cela, l’essence ne peut être comprise. Par exemple, obtenir juste l’expérience du monde Astral ne suffit pas. Je suis fermement convaincu que ce n’est que lorsque l’on comprend le monde Causal, et pour être plus précis, seulement quand, après avoir traversé sa lumière transparente, on comprend l’état d’existence indépendant de l’Âtman (c’est-à-dire notre véritable état originel), et on peut comprendre la structure de l’Univers, la conscience, les Cinq Agrégats et leurs interactions.

Le monde Sans Forme Supérieur n’est que le seuil du Nirvâna

L’état du monde Sans Forme Supérieur est parfois considéré comme le Nirvâna, et parfois confondu avec cela. Dans le monde Sans Forme Supérieur, il n’y a que de l’information, que de la lumière, donc là-dedans il n’y a aucune souffrance. Il n’y a ni images ni actions dans ce monde. Étant donné qu’il n’y a pas d’actions ou d’actions provenant de l’expérience passée, la Loi du Karma y est interrompue. Cependant, rester dans le monde Sans Forme Supérieur se termine lorsque l’esprit se remet en mouvement. En ce moment, l’expérience passée commence à fonctionner, ainsi qu’une nouvelle à se former. Ensuite, la fonction de Discrimination reprend. Ainsi, l’état du monde Sans Forme Supérieur n’est pas la liberté absolue ou la Libération.

À un moment donné, j’ai réalisé que je ne respirais pas. «Samâdhi!», pensais-je. C’était une erreur, puisque la conscience complètement arrêtée s’est mise en mouvement. La perception de l’information s’est relancée; une division en «moi» et «non-moi» est apparue. Dans la seconde suivante, la lumière transparente s’est transformée en grains d’expérience multicolores, puis des images en ont émergé, alors les sens ont commencé à fonctionner. Puis il y a eu une petite poussée et j’ai ouvert les yeux. J’étais toujours assis en position du Lotus, mon corps était un peu engourdi. Si seulement j’avais continué cette fois-là la concentration et n’avais pas permis à mon esprit de commencer à travailler, en dépassant alors cette pure lumière, j’aurais fait l’expérience de l’état du Nirvâna, «situé» au-dessus de la lumière.

Nirvâna et Libération personnelle

Lorsque l’expérience complète et répétée du Nirvâna est vécue, on atteint l’Illumination et la Libération personnelle40. Bien sûr, cette expérience, comme toute expérience de pratique spirituelle, devrait être reconsolidée, développée et on devrait la maîtriser complètement. Autrement dit, atteindre la perfection. Par exemple, pouvoir passer à tout moment en méditation les dhyânas du premier au huitième, comme décrit. Puis, au moment de la mort du corps physique, ce praticien, ayant parcouru toutes les étapes depuis le monde du Désir jusqu’au monde Sans Forme, peut entrer dans le Nirvâna. Dans la terminologie bouddhiste, ces âmes sont appelées Arhats.

Si, parvenu à ce stade, le praticien décide de ne pas entrer dans le Nirvâna, mais de renaître encore et encore pour aider les autres à atteindre l’Illumination et la Libération, ainsi qu’un jour réaliser lui-même la bouddhéité, donc il emprunte le chemin du Bodhisattva – l’âme destinée à atteindre l’état du Bouddha (Suprême Éveil). Une telle âme, en renaissant plusieurs fois, poursuivra sa propre pratique spirituelle et dirigera d’autres âmes des mondes pleins de souffrance à l’état absolu du Nirvâna.

Chapitre IV
Après la Réalisation

Vivre pour lui, c’est comme s’abandonner au courant,

Mourir pour lui, c’est comme partir se reposer…

Jia Yi41

Illumination sans Libération

Peut-être ici le lecteur aura-t-il une question: l’Illumination et la Libération sont acquises, quelle est la prochaine étape? Comment ces états absolus se manifestent-ils dans notre monde?

Imaginons qu’une certaine personne ne se livre pas à une pratique technique: elle ne fait pas, par exemple, le prânâyâma ou le mudra pour éveiller la Kundalini et activer les chakras. Le pratiquant a étudié le Dharma de manière approfondie, accumulé des mérites, gardait les préceptes et faisait sérieusement de la méditation. Il atteignit les premiers niveaux de l’Illumination, pourtant il ne connaît pas une pratique énergétique. À quoi ressemblera la vie future de ce pratiquant?

Tout d’abord, celui qui a atteint ce niveau utilisera dans la vie de tous les jours seulement le subconscient. Sa conscience superficielle sera dans un état du Calme et de la Contemplation, c’est-à-dire dans son état originel apaisé. Grâce à cela, il verra tout ce qui se passe autour de lui avec beaucoup plus de précision: c’est le mental agité qui empêche de voir la réalité correctement. Selon le niveau d’Illumination, cette personne éprouvera ou pas du tout de la souffrance, soit la souffrance surviendra encore, mais elle pourra arrêter leurs causes dans son subconscient, ce qui signifie se débarrasser de la souffrance elle-même. Permettez-moi de donner comme exemple l’histoire de Maître Hakouin.

«Le maître Zen Hakouin a été félicité par ses voisins pour la pureté de sa vie. À côté de lui vivait une belle fille japonaise, dont les parents avaient une épicerie.

Un jour, comme un coup de tonnerre, les parents ont découvert qu’elle était enceinte. La chose a provoqué la colère de ses parents. La fille ne voulait pas avouer qui était cet homme, mais quand elle ne pouvait plus le supporter, elle se retrouva à dire que c’était Hakouin. Les parents furieux sont allés chez le Professeur. «Ah, oui?», dit-il, comme toute réponse. Quand le bébé est né, ils l’ont emmené à Hakouin.

À présent, il avait perdu sa réputation, ce qui le laissait indifférent, mais il prenait soin de l’enfant avec une grande sollicitude. Il a obtenu du lait des voisins et tout ce qui était nécessaire pour l’enfant. Après un an, la mère célibataire ne pouvait plus résister. Il a dit la vérité aux parents: le vrai père de l’enfant était un jeune homme qui travaillait au marché aux poissons. Le père et la mère de la fille sont immédiatement allés à Hakouin lui demander pardon, lui donner toutes leurs excuses et reprendre l’enfant.

Hakouin ne fit aucune objection. En donnant l’enfant, tout ce qu’il a dit était: «Ah oui?» (extrait du livre «101 histoires zen»).

Qu’arrivera-t-il à celui qui aura atteint ce niveau après la mort? Au moment du décès, chaque personne expérimente le processus énergétique de Libération. Autrement dit, il y a une cessation du travail des organes des sens, destruction des Quatre Éléments grossiers, puis, sous l’influence de l’énergie, la personne quitte son corps physique. Ensuite, après avoir parcouru son mental subconscient, l’âme laisse derrière elle des images et des expériences passées, se plongeant dans la lumière pure du monde Supérieur Sans Forme, le monde de sa supraconscience. Le problème de l’homme ordinaire est qu’il subit un choc post-mortem et qu’il n’est pas conscient de ce qui lui arrive. Après tout, en entrant dans la lumière transparente, on peut réaliser la Libération et plonger dans le Nirvâna. C’est pourquoi la mort est le moment le plus important dans la vie de chaque personne. Cependant, les gens ordinaires sont privés de cette chance à cause du choc post-mortem ou d’une interruption de la conscience. Bien entendu, l’Illuminé ne subira que peu ou pas de choc. Ainsi, celui qui a atteint l’Éveil juste après la mort de son corps physique sera capable de réaliser tout le processus énergétique de Libération et aller au Nirvâna. S’il échoue, alors, puisque cette personne n’a pas accumulé de mauvais karma, elle peut renaître dans un bon endroit et continuer sa pratique. Donc, la mort est pour les illuminés ou yogis qui mènent uniquement des pratiques mentales, c’est le moment le plus important de leur vie, et c’est aussi un événement joyeux: ils pourront désormais voir les résultats de leur pratique.

Libération sans Illumination

Que se passe-t-il si on pratique uniquement des techniques énergétiques? Est-il possible de parvenir à la Libération sans connaître au moins le premier Éveil?

Théoriquement, on peut atteindre la Libération sans l’expérience de l’Illumination. Mais c’est seulement en théorie. Il est très peu probable qu’une personne qui n’a pas vécu une véritable expérience du mental immobile soit capable de traverser toutes les étapes du processus énergétique et de ne pas s’effondrer physiquement et/ou mentalement. Cette personne sera soit contrainte de mettre fin à sa pratique, soit elle souffrira des troubles mentaux ou, par voie de conséquence, et à la poursuite des troubles mentaux, s’engagera sur le chemin du mal. Permettez-moi d’expliquer brièvement ces trois scénarios possibles.

L’énergie Kundalini est très puissante. Son ascension et l’expérience mystique qui l’accompagne provoquent une grande peur si la conscience du pratiquant n’est pas prête pour une telle expérience. À ce stade, nombreux, ceux qui sont effrayés, abandonnent tout simplement cette pratique. On devrait toujours se rappeler des pratiques préliminaires, ce que je n’arrête pas de répéter.

La montée de l’énergie s’accompagne d’une entrée dans le subconscient et toutes les données accumulées jusqu’à ce moment sortent aussitôt et tombent sur le pratiquant. Ayant dépression et peur constantes, visions effrayantes dans son propre subconscient, une personne peut vraiment devenir folle. C’est pourquoi, d’abord, c’est la pratique d’accumulation de mérite, observation des préceptes et étude approfondie du Dharma, et après ceci, le yogi commence à exécuter des éléments techniques qui augmentent l’énergie.

La Kundalini active les chakras, des capacités surnaturelles du niveau initial apparaissent. Si la conscience du yogi est instable, s’il n’a pas fait l’expérience de Calme et de Contemplation, alors ce yogi n’est pas capable de voir correctement ce qui lui arrive. En fait, il s’agit d’une personne ordinaire, avec toutes les passions grossières et les problèmes mondains provenant de la haine, de l’ignorance et de l’avidité inhérentes aux gens. S’il n’avait pas d’expérience de l’Illumination, alors tous ces désirs mondains sont actifs; une personne les considère comme elle-même: il lui semble que tout cela fait partie de sa véritable personnalité. De plus, dans cet état, des pouvoirs surnaturels (siddhis) apparaissent. Ils sont cependant accompagnés par des visions effrayantes, mais ce processus est très excitant pour la conscience immature de celui qui effectuait uniquement une pratique technique. En règle générale, dans un tel cas, une personne devient quelque chose comme un «sorcier», un «magicien héréditaire», etc. Il pensera qu’il a atteint la Libération, qu’il peut contrôler le cours des événements, influencer la vie des autres et ainsi de suite. En d’autres termes, utiliser ses pouvoirs pour satisfaire son égoïsme. Dans la prochaine vie, une telle personne renaîtra dans l’un des trois mondes inférieurs (le monde de l’Enfer, le monde des Animaux, le monde des Fantômes Affamés) ou «restera coincée» dans l’Astral Inférieur, devenant un esprit inférieur.

Bien entendu, si un pratiquant ayant activé plusieurs chakras et acquis un certain nombre de pouvoirs surnaturels de niveau initial les utilise au profit des autres, alors c’est très bien et cela ne contredit en aucun cas le Dharma authentique. Le karma négatif s’accumule lorsque, le pratiquant se délectant de ses pouvoirs surnaturels initiaux, il commence à satisfaire ses propres désirs mondains et ceux des autres. Il est important de se rappeler que les six véritables pouvoirs surnaturels42 et les désirs mondains sont les choses opposées.

Illumination et Libération

Voici devant nous une âme véritablement grande qui a atteint à la fois l’Illumination et la Libération. Dans la terminologie du Bouddhisme Primitif (Theravâda), de telles âmes sont appelées Arhats. Dans le bouddhisme ultérieur, c’est le niveau de Mahâmudra. En yoga, c’est le niveau d’atteinte de trois yogas: Illumination et Libération en Râja Yoga; Libération énergétique de Kundalinî Yoga et l’Illumination Suprême réalisée à travers le Jnana Yoga. Dans le taoïsme, c’est le niveau de «Immortel Céleste» (tianxian).

Lorsque ce niveau est réalisé, le Vénérable peut avoir deux options: «Nirvâna sans restes» et «Nirvâna avec restes».

«Nirvâna sans restes»

«Nirvâna sans restes» signifie entrer dans le Nirvâna. Pour Celui qui est entré dans le Nirvâna, trois mondes n’existent plus: le monde du Désir (le monde des Phénomènes, ou le monde matériel), le monde de la Forme (le monde Astral ou monde subtil) et le monde Sans Forme (le monde Causal, ou le monde de l’essence de l’âme).

En d’autres termes, Celui qui a atteint le «Nirvâna sans laisser de trace» a quitté le monde matériel, dans lequel il avait un corps physique et des organes sensoriels; il est passé dans le monde subtil, dans lequel il était retenu par des images mentales et des désirs issus d’expériences passées ainsi que de discrimination; et il entre dans le monde de l’essence de l’âme, ou le monde Causal, contenant toutes expériences et informations passées sous forme de lumière transparente. À la dernière étape, ce Digne a cessé l’action de ces données dans le monde Causal et a atteint un état dans lequel il n’y a aucune influence du monde Causal. Ainsi, le faux ego en tant que Cinq Agrégats a été complètement détruit. Ceci est exprimé par la définition «sans restes».

Cependant, nous devons comprendre que Nirvâna ne signifie pas Néant – un état d’obscurité totale dans lequel rien n’existe. L’état du Nirvâna est l’état originel indépendant du Vrai «Soi». Comme cela a été mentionné dans le chapitre précédent, le véritable «Soi» est comme un miroir, reflétant toute chose telle qu’elle est. Âtman, ou le Vrai «Soi», à l’origine possède la conscience, la volonté et les images. La libération, c’est quand tout cela est arrêté et ne se met plus en mouvement.

«Ici, Ānanda, un bhikkhu pense ainsi: ’C’est paisible, c’est sublime – l’arrêt de toutes les fabrications, l’abandon de toutes les acquisitions, la destruction de l’avidité, l’impartialité, la cessation, le Nibbāna43» (Ananda Sutta, AN 3.32).

Les Cinq Agrégats dans cet état sont détruits («arrêt de toutes formations»), et toute expérience passée est complètement suspendue, n’a aucune influence, ne se manifeste pas. Du fait que l’expérience est complètement arrêtée, aucune action n’est effectuée («destruction de l’avidité, impartialité, cessation»), ce qui signifie qu’aucun nouveau karma ne se forme. Ceci est exprimé dans le sûtra comme «abandon de toutes les acquisitions», c’est-à-dire les causes sous forme de karma pour une nouvelle naissance ne se forment pas. Ainsi, l’état quand l’expérience passée est arrêtée et qu’une nouvelle ne se forme pas, est le Nirvâna.

«Nirvâna avec restes»

La deuxième option est «Nirvâna avec restes». Dans ce cas, l’Éveillé reste quelque temps dans le monde des Humains. Il peut y avoir deux raisons à cela.

La première est l’intention de compléter entièrement sa pratique spirituelle personnelle. Lorsque l’Éveil personnel et la Libération sont réalisés, le karma accumulé jusqu’à la vie présente cesse son effet et il ne lui reste que le karma qu’il avait formé dans cette vie jusqu’au moment de l’accomplissement. Après la réalisation, le karma accumulé dans cette vie commence à se manifester et à s’effondrer. Lorsque ce processus est terminé, il atteint le «Nirvâna sans restes». Selon le niveau, ce processus peut être accompli au cours de la vie de l’Éveillé, ou au moment de sa mort, ou dans l’existence intermédiaire après la mort du corps physique. Cette approche est typique pour les praticiens du Hînayâna44, menant uniquement leur propre pratique spirituelle, dont le but est l’Illumination et la Libération individuelle, et après ils réalisent le Nirvâna.

La deuxième raison pour laquelle un Éveillé peut décider de rester dans ce monde est le désir de montrer aux personnes avec lesquelles il existe un lien karmique le chemin vers l’Illumination et la Libération à travers l’explication du Dharma authentique. Cette décision est prise par les pratiquants du Mahâyâna et du Vajrayâna suivant la voie du Bodhisattva, dont j’ai parlé à la fin du chapitre précédent. L’intention derrière cette décision est Amour et Compassion (bodhichitta). En d’autres termes, la conscience de Celui qui a atteint ce niveau est complètement immobile par rapport à sa propre souffrance, mais par rapport à la souffrance d’autrui, elle est active.

Dans cet état, l’Illuminé garde délibérément certains désirs de l’existence afin de vivre en tant qu’être humain, mais la majorité de ses désirs est détruite. En d’autres termes, l’expérience formée dans cet état n’est pas complètement arrêtée. Dans cet état, les Cinq Agrégats existent également. Cependant, ils n’ont aucun effet sur l’Éveillé, puisque son agitation mentale est arrêtée. Cet état est appelé «Nirvâna avec restes». Les «restes» sont constitués des Cinq Agrégats et de l’expérience formée, dont une partie n’a pas été arrêtée de façon délibérée. Il peut utiliser son expérience passée, par exemple, pour prêcher le Dharma (et cela est le point essentiel); les expériences passées ne façonnent plus les passions mondaines. Ceci est vrai pour les deux types: à la fois pour ceux qui terminent simplement leur pratique et pour ceux qui empruntent le sentier du Bodhisattva.

Après, puisque l’expérience passée n’est pas complètement arrêtée, des événements se produisent dans la vie de ce Vénérable; en d’autres termes, son karma passé relatif à cette vie se manifestera. Cependant, son mental reste immobile, c’est-à-dire il ne se meut pas en aucune circonstance:

«De la même façon, même si de puissantes formes connaissables par l’œil entraient dans le champ de vision d’un bhikkhu45 dont l’esprit est ainsi correctement délivré, son esprit ne serait pas dominé ni même engagé. Restant immobile, ayant atteint l’imperturbabilité, il se concentrerait sur leur disparition. Et même si de puissants sons… arômes… saveurs… sensations tactiles… Même si de puissantes idées connaissables par l’intellect entraient dans le champ mental d’un bhikkhu dont l’esprit serait ainsi correctement délivré, son esprit n’en serait pas dominé ni même engagé. Restant immobile, ayant atteint l’imperturbabilité, il se concentrerait sur leur disparition» (Sona Sutta, AN 6.55).

Ainsi, lorsque l’Illumination et la Libération seront réalisées, le karma du passé se manifeste toujours, mais l’Éveillé n’en accumule plus de nouveau. D’ailleurs, cela est également vrai dans le cas si seulement la première Illumination (kensho) était réalisée. Par exemple, Maître Hakouin a écrit:

«Puis une nuit, tout s’est écroulé d’un coup, et je franchi le seuil de l’Illumination. Tous les doutes et incertitudes qui m’avaient accablé toutes ces années ont soudainement disparu – leurs racines et tout – comme de la glace fondue. Un karma profondément enraciné qui m’avait lié pendant d’innombrables kalpas au cycle des naissances et des morts disparus comme de l’écume sur l’eau» (Hakouin Ekaku «Wild Ivy»).

Pourquoi le karma ne s’accumule-t-il pas? Il y a cinq conditions pour un accomplissement d’un acte et, par conséquent, l’accumulation de karma.

Premièrement, l’intention ou le désir d’accomplir telle ou telle action. L’intention d’une personne ordinaire découle de son expérience passée et s’exprime par «je veux» ou «je ne veux pas». En un mot, l’effort personnel est l’œuvre de l’égoïsme, mais en réalisant de la Libération l’égoïsme disparaît. La libération est un état d’absence totale de désirs qui se produit à partir de l’égoïsme. L’activité du mental et l’expérience passée sont arrêtées, ce qui signifie qu’il n’y a pas d’égoïsme.

Deuxièmement, rechercher et identifier l’objet de l’action. Par exemple, une personne ordinaire interagit avec diverses personnes. Si elle s’établit une relation amicale avec quelqu’un, il existe donc des connexions karmiques positives avec celui-ci; et au contraire, si la relation est hostile, basée sur l’aversion, alors les connexions karmiques négatives apparaissent.

Cependant, l’Éveillé ne crée plus de connexions karmiques. Cela signifie qu’il ne construira plus délibérément des relations. Par exemple, il y a des disciples ou d’autres personnes qui sont en contact avec Lui, mais Il voit que cela se produit à cause de connexions karmiques des vies antérieures. Le Sage lui-même ne cherchera pas de rencontre, n’essaiera pas de trouver une approche vers une autre personne pour satisfaire ses désirs, comme le font les gens ordinaires.

Troisièmement, l’accomplissement de l’action elle-même; et, quatrièmement, le fonctionnement de son mental pendant une action. Il est nécessaire ici de se rappeler l’état de Non-agir46. Le fait est que même si une action est accomplie (qui, bien sûr, ne provient pas de l’égoïsme ni des passions mondaines), son esprit reste inchangé – ne bouge pas, il est immobile:

«Ainsi, le Maître agit sans rien faire et enseigne sans rien dire. Les choses apparaissent et il les laisse venir; les choses disparaissent et il les laisse partir. Il a, mais ne possède pas; agit, mais n’attend rien. Son œuvre accomplie, il l’oublie. Il ne s’y attache pas.

Pratique le non-agir, et chaque chose prendra sa place» («Tao Te King»).

Enfin, cinquièmement, la satisfaction ou l’insatisfaction de ce qui a été accompli. Puisque le mental de ce Vénérable ne bouge pas, l’expérience découlant de l’exécution d’actions ne reste qu’un fait de mémoire, pourtant elle ne prend pas racine ni devient la cause d’actions ultérieures, comme cela arrive chez les gens ordinaires.

Compte tenu de cela, nous pouvons comprendre pourquoi, par exemple, selon les Sûtras bouddhistes, un Arhat ne peut pas:

1. Prendre intentionnellement la vie d’une créature vivante.

2. Prendre ce qui ne lui a pas été donné, c’est-à-dire voler quelque chose.

3. Avoir un désir sexuel et être sexuellement actif.

4. Raconter un mensonge délibéré.

5. Accumuler des biens.

6. Effectuer des actions basées sur la haine (aversion, dégoût), l’ignorance et la cupidité (convoitise, attachement).

7. Ressentir la peur.

Ainsi, la réalisation de l’Illumination et de la Libération est un état de liberté parfaite et de bonheur absolu. Celui qui a atteint le «Nirvâna avec restes» reste en même temps dans les trois mondes de l’Univers: dans le monde du Désir, il a un corps physique; dans le monde de la Forme, de nombreux corps subtils; dans le monde Sans Forme, des corps de conscience. Lui-même est plongé dans un état de Nirvâna. Et cet état de Nirvâna est projeté sur les trois mondes.

À tout moment, il peut quitter ce monde en détruisant son corps physique et aller, par exemple, dans le monde de la Forme. Il peut aussi entrer en Nirvâna quand il le juge nécessaire, c’est-à-dire réaliser «le Nirvâna sans restes». Dans cet état, le Sage transcende complètement la mort.

Concepts faux sur l’Éveil et la Libération (fin) 47

Maintenant, après avoir examiné l’état de réalisation, il est nécessaire de parler des idées fausses courantes concernant l’Illumination et la Libération.

1. «Tout est vide, tout est permis»

La première idée fausse, la plus dangereuse, peut être exprimée ainsi: «si on est conscient, alors on peut faire ce qu’on veut, parce que tout est vide». Bref, c’est un oxymore48. Pourquoi cela est-il ainsi? Parce que l’état de pleine conscience parfaite, ou concentration, en d’autres termes, l’état d’Éveil est la cessation du fonctionnement du mental et, par conséquent, de l’expérience passée. C’est pourquoi un yogi illuminé ne peut avoir aucun désir issu de l’expérience passée, puisqu’elle est suspendue. C’est-à-dire qu’un Illuminé en état de pleine conscience parfaite ne va pas, par exemple, boire de l’alcool, prendre des drogues, avoir des relations sexuelles, causer des souffrances aux autres, il ne va pas avoir une préoccupation pour le goût ou la quantité de nourriture, un attachement aux choses matérielles et ainsi de suite. De plus, même si des objets qui sont perçus par la personne ordinaire comme des objets de désirs mondains apparaissent dans le monde extérieur, par exemple, un charmant représentant du sexe opposé, une nourriture délicieuse, etc., une personne ayant expérimenté même la première Illumination n’aura aucun désir.

Alors d’où vient un égarement si absurde et bizarre, comme «fais ce que tu veux, l’essentiel, c’est d’être conscient»? Le fait est que tant que l’illuminé reste dans ce monde matériel pour l’une des deux raisons décrites ci-dessus, il va effectuer des actions. Premièrement, il s’agit de sa propre pratique spirituelle. Deuxièmement, ce qui est important, c’est la transmission du Dharma authentique aux personnes égarées.

Pour remplir ces deux points, l’Illuminé maintiendra sa vie dans le monde des humains, c’est-à-dire accomplira des actions: par exemple, préparer de la nourriture, nettoyer un endroit pour la méditation ou voyager dans différentes villes pour donner des sermons. Cependant, toutes ses actions ne viennent pas des désirs mondains, mais de la véritable intention de l’Âtman, qui consiste en la réalisation de l’état parfait du Nirvâna et de transmettre cet Enseignement aux autres. Ce dernier s’exprime par l’Amour (maitri) et la Compassion (karunâ).

Cependant, même en accomplissant certaines actions, l’Illuminé ne forme pas de nouvelle expérience ou karma, puisque son esprit reste dans l’état originel de Calme et de Contemplation (on peut ici parler de pleine conscience parfaite) et ne bouge pas, c’est-à-dire reste immobile, même s’il y a une action. L’expérience demeure uniquement comme un fait de mémoire, et non comme une force motrice qui façonne de nouveaux désirs qui conduisent à de nouvelles actions et à de nouvelles expériences. Autrement dit, l’expérience ne prend pas racine, ne commence pas à contrôler l’Illuminé. Comme l’a dit D.T. Suzuki: «La tranquillité d’esprit ne signifie pas qu’il faut arrêter toutes les activités. La vraie paix réside dans l’activité elle-même».

Cependant, si une personne ordinaire qui s’est construit un monde d’idées fixes, comme «tout est vide, rien n’existe» agira sur le principe «fais ce que tu veux, si tu en es conscient», alors il ne créera rien d’autre que du karma négatif et les causes de nouvelles souffrances. Parce que même lorsque notre mental est actif, le monde perçu est une réalité. Pendant que notre mental est actif, nous, en effectuant des actions, formerons de nouvelles expériences qui mèneront à de nouveaux désirs et actions.

On dit qu’une personne pensant que «tout est vide» et donc rien de mal ne peut se passer voudra faire quelque chose d’imprudent, comme sauter d’un toit d’un gratte-ciel ou commencer à consommer de la drogue. Quand il s’envolera ou mourra de sa surdose, pensera-t-il encore que «tout est vide»? Est-ce que ça l’aidera dans ce moment d’une idée fixe «tout est vide» qu’il avait créée? Comment se sent une personne une seconde avant sa mort par chute de grande hauteur ou par overdose? Joie intérieure et la paix parfaite? À peine. Plutôt une douleur et une horreur terribles. Et qu’est-ce qui indique une future réincarnation? État avant le décès. La douleur et l’horreur sont le monde des Enfers. Ainsi, même en dissimulant des actions malsaines ou imprudentes avec la Doctrine sur la Vacuité, il est impossible d’éviter l’accumulation de mauvais karma, il est impossible de ne pas ressentir de douleur, il est impossible d’éviter la souffrance.

«Quand il était jeune étudiant Zen, Yamaoka Tesshu était toujours allé trouver tous les maîtres. Il est allé rendre visite à Dokuon de Shokoku.

Voulant montrer sa préparation, il dit: «L’esprit, Bouddha et les êtres, après tout, n’existent pas. La vraie nature des phénomènes est la vacuité. Il n’y a aucune réalisation, aucune illusion, aucun essai, aucune médiocrité. Il n’y a personne à donner et rien à recevoir».

Dokuon, qui fumait en silence, ne fit aucun commentaire. Tout d’un coup, il a frappé Yamaoka avec sa pipe en bambou. Cela a rendu le jeune très fâché. «Si rien n’existe, demanda Dokuon, d’où ça vient cette rage?» (extrait du livre «101 histoires zen»).

Ainsi, «fais ce que tu veux si tu en es conscient, car tout est vide» équivaut à «une personne sobre avec deux g d’alcool dans le sang».

2. «L’Illumination sans effort»

La deuxième fausse idée, devenue particulièrement courante de nos jours, est de croire que pour réaliser l’Illumination, nous n’avons besoin de faire aucun effort, mais simplement «d’être dans le flux naturel ou moment présent». Cela s’apparente au Zen de «l’illumination silencieuse» avec lequel le Maître Hakouin49 s’est battu toute sa vie.

D’une part, en effet, dans le processus de pratique, nous arrivons à un état de présence naturelle, ou un état proche du Calme et de la Contemplation, dont j’ai parlé dans le chapitre précédent. En observant des objets et des phénomènes dans cet état, on finit par voir le vide de tout ce que nous percevons et nous réalisons le premier Éveil (kensho). Le problème, cependant, est que cette condition de présence naturelle est simplement arrachée du contexte du processus de pratique par des gens ignorants et paresseux et n’est pas présentée comme une petite section intermédiaire du chemin, mais comme le seul moyen et le seul objectif de toute pratique du Dharma authentique.

Mais une telle approche est impossible, peu importe à quel point une personne est immergée dans ses propres idées vagues et paresse banale, à quel point il rêve de réaliser l’Illumination «sans effort». Le fait que dans cet Univers il existe un principe d’inertie. Il indique que si on n’applique aucune énergie sur un corps au repos, il conservera son état de repos et ne commencera pas à se déplacer. En revanche, si on n’applique pas de force à un objet qui se déplace avec une certaine vitesse, un corps va conserver sa vitesse.

Le principe d’inertie s’opère également dans notre esprit. L’état de notre conscience ordinaire, non éclairé est la conscience des six mondes du monde du Désir, obsédée par des désirs mondains issus de l’égoïsme. Si on laisse cet esprit intacte et si on ne fait aucun effort, alors il restera dans l’état originel des six mondes du Désir, dans un état où il n’y a que souffrance, peu importe combien on pratique l’auto-illusion, étant dans un «flux naturel, sans effort». Cela s’applique non seulement sur la vie actuelle, mais aussi sur la vie suivante. Comme l’a chanté Vladimir Vissotsky dans sa chanson «La réincarnation»:

 
«Ton âme s’élevait vers des sommets,
Tu revivras tes illusions.
Mais c’est en porc que tu vivais,
Tu resteras le même cochon.»
 

De plus, si nous continuons à satisfaire nos passions mondaines, si nous continuons à contribuer aux informations correspondantes et à recevoir des expériences de même nature, alors nous accélérerons vers les trois mauvaises destinées. Mais si nous appliquons une force opposée à notre conscience, conférant une accélération dirigée du côté opposé aux trois mauvais mondes, alors nous nous dirigerons vers les mondes supérieurs des mondes du Désir, et nous réalisons donc le véritable état originel de notre esprit, dans lequel nous verrons notre véritable essence.

Nous avons donc besoin d’une intention sérieuse et sincère pour réaliser l’Illumination et la Libération, une intention basée sur une étude approfondie du Dharma authentique et Vue Juste, et non sur les désirs mondains. Cette intention, ou détermination, nous mènera aux pratiques de vertus, de mérite, de la Loi et de la Sérénité. Si le praticien manque ces fondements, alors sa vie se transforme en oisiveté détendue: il commence à ignorer tout dans ce monde et croit que l’on peut juste rester assis et «contempler», sans se déranger par l’étude de l’Enseignement, ni par l’observation des commandements, ni par l’accumulation des mérites, ni par les Efforts persistants, ni par la Patience, ni par la pratique technique ou méditative.

En fin de compte, cela conduit au fait que dans la méditation, ce qui pour un tel «pratiquant» ressemble plus à somnoler en position assise, il commence à entendre des voix de L’Astral Inférieur, qui lui dit: «Tu as atteint la Libération. Tu es Illuminé». Des pratiquants expérimentés lui disent qu’il est tombé dans un état diabolique, et il les traite de menteurs. Malheureusement, je connais de nombreux exemples similaires.

3. «Illumination instantanée»

La troisième idée fausse est la croyance erronée que la doctrine de la Vacuité, le Dzogchen, le Mahâmudrâ ou la pratique du Zen conduit une personne à l’illumination instantanée. En effet, lorsque l’expérience du premier Éveil (Kensho) est vécue, la cessation du mental arrive soudainement. Mais avant de vivre cette expérience, le praticien doit diriger une pratique spirituelle sérieuse à long terme; il est impossible d’expérimenter le Kensho juste après avoir écouté un enseignement, même si celui-ci est très élevé: la conscience d’une personne ordinaire n’est pas prête pour cela. Lorsque nous entendons des histoires selon lesquelles des personnes ordinaires expérimentaient le Kensho, simplement en entendant une certaine parole d’un maître, nous ne devons pas nous laisser tromper. Ces personnes avaient certainement pratiqué pendant longtemps avant ce moment. Cette pratique pourrait avoir une forme concrète ou être sans forme et être le résultat d’une recherche intérieure douloureuse à la question vitale «Qui suis-je?», ce qui était la concentration en un point très puissant. Lorsque cette concentration d’esprit intérieur atteignit son apogée, le Maître, voyant cet état de l’homme, prononça des paroles qui étaient une réponse à une question qui tourmentait cette personne. En ce moment, une sorte d’explosion surgit: les murs des idées fixes et des aspirations égoïstes se brisent. L’homme «éprouve une grande mort, le corps et la conscience le quittent complètement, et du plus profond de la souillure, il ressuscite complètement purifié»50. Les paroles du Maître à ce moment deviennent seulement un déclencheur qui serait absolument inutile sans une pratique préalable de la personne elle-même.

4. «Si vous êtes Illuminé, alors vous êtes Illuminé, et si vous ne l’êtes pas, alors vous ne l’êtes pas»51

La quatrième idée fausse est que l’expérience de la première Illumination pour une raison assimilée à l’Illumination Suprême que Gautama Siddhârtha a vécu, ayant réalisé la Bouddhéité. En d’autres termes, il nie le fait qu’il existe de nombreux niveaux d’illumination et de libération.

Cependant, si nous essayons d’exprimer mathématiquement le premier Éveil, ou Kensho, alors ce sera moins d’un milliardième (1/1 000 000 000) d’Illumination Absolue, ce que Bouddha Sakyamuni a réalisé. Le fait est que l’âme, appelée Tathâgata ou Bhagavân possède, comme le dit la philosophie de l’Abhidharma, la seule valeur étant parmi mille à la puissance trois, soit un milliard d’Univers.

Imaginez un immeuble à plusieurs étages avec une centaine d’appartements. Vous y vivez, après avoir signé un bail, par exemple, à long terme. On peut dire donc que vous possédez 1/100 de cet immeuble. Cependant, il y a un propriétaire qui possède ce bien immobilier. De la même façon, il existe un milliard d’univers, et notre monde des humains est l’un des mondes de ce milliard d’univers. La conscience avec laquelle nous percevons le monde des humains est notre conscience superficielle. Lorsque nous avons vécu l’expérience du Kensho, notre conscience superficielle est arrêtée. En ce moment, l’expérience que nous avons reçue auparavant dans le monde des humains et la nouvelle expérience ne nous affectent plus. C’est-à-dire que nous avons eu l’expérience de l’un des mondes de ce milliard d’univers et nous l’avons suspendue. Quand nous aurons eu l’expérience de tous les mondes dans un milliard d’univers et de même elle sera arrêtée, nous réalisons la Bouddhéité, un état du Tathâgata ou Bhagavân.

C’est pourquoi le plus grand maître Zen, Hakouin Ekaku, parlait de «pratique après Illumination».

Au lieu d’une conclusion

L’expérience méditative nous donne confiance. C’est la confiance que le monde spirituel existe réellement, et se consacrer à ce monde est la seule chose qui a un sens dans cette vie. Les textes bouddhistes, yogiques et taoïstes représentent suffisamment de preuves de ce fait. Ces textes qualifient la vie humaine comme très courte et, afin de tirer le meilleur parti de cette vie, nous devons mener une pratique spirituelle. C’est la conclusion à laquelle je suis arrivé après avoir vécu une expérience méditative décrite dans les Soûtras, même si la mienne est encore incomplète. Bien sûr, chacun peut avoir sa propre façon de penser et sa façon de vivre cette vie. Nous sommes libres de les avoir. Je serai heureux si cet essai pourra répondre à au moins certaines de vos questions sur la vie et la mort, sur les causes des joies et des souffrances, sur l’Illumination et la Libération. J ’espère que mon histoire concernant le Vrai Dharma a amené le lecteur au moins à la frontière de la clarté concernant l’Enseignement transmis par les Grands Maîtres du passé. Et après avoir eu les réponses, vous commencerez à pratiquer la spiritualité et vous finirez par connaître votre Vrai «Soi».

Les Annexes

Tableau № 1: «CINQ AGRÉGATS»


Tableau № 2: «STRUCTURE DES TROIS MONDES DU GRAND UNIVERS»


Tableau № 3: «PRATIQUES SPIRITUELLES»


Tableau № 4: «DIX PRECEPTES»


Informations sur l’auteur de l’essai «Liberté et bonheur absolus – notre véritable essence»

L’auteur, Vadim Sychevskiy, est né en URSS (Russie, Moscou) en 1979.

À l’âge de 12 ans, après avoir vu des films avec Bruce Lee, il commence à étudier et pratiquer les arts martiaux (Karaté-do, Goju-Ryu et Jeet Kune Do), puis le Taoïsme chinois et Bouddhisme Zen japonais.

Plus tard, il a étudié le yoga au centre culturel de Jawaharlal Nehru auprès de l’Ambassade d’Inde. Il a reçu un certificat de professeur de yoga.



En 1996, il commence à enseigner le Qigong taoïste, les techniques de yoga et les techniques de méditation bouddhistes.

Aujourd’hui, outre le yoga et le taoïsme, il étudie et pratique le bouddhisme du Sud (Theravâda) et du Nord (Vajrayâna).

Il a effectué son stage dans des monastères bouddhistes au Sri Lanka.

Au cours de sa pratique spirituelle, il a expérimenté le processus énergétique du Kundalini Yoga – de l’éveil de l’énergie Kundalini à l’entrée en Samâdhi.

Son expérience spirituelle et ses réalisations ont été confirmées par de Grands Maîtres de diverses traditions.

En 2010, il a reçu un nom spirituel: Dhamma Gaveshi (en pâli: ධම්ම ගවේෂී, Dhamma Gavēṣī – Chercheur du Dharma).

En 2021, il a achevé le travail sur un livre en trois volumes, qui a duré plus de 6 ans. «Le Dharma; telles que sont les choses. Expériences réelles et réalisations d’un praticien spirituel».

L’auteur mène actuellement des consultations sur des questions de pratique spirituelle, donne des cours individuels et en groupe, dans lesquels, en utilisant ses connaissances et son expérience spirituelle, il fait des formations:

– Qigong taoïste

– Yoga indien original

– Méditation bouddhiste


L’auteur est heureux de partager ses connaissances sur le Dharma et donne des conférences qui combinent les enseignements du bouddhisme, du yoga et du taoïsme.

Contact avec l’auteur pour les consultations, rencontres, cours et conférences (pour russophones):

gaveshi@yandex.ru

Contact avec l’auteur via son traducteur (pour francophones):

darya.dharma.fr@gmail.com

Les communautés francophones de praticiens spirituels et les traductions seront accessibles prochainement. Pour l’instant, les communautés russophones sont disponibles:

Communauté de praticiens spirituels en VK «Дхарма – То, каким всё является» («Dharma; telles que sont les choses»)

Chaîne sur YouTube «Дхарма – То, каким всё является» («Dharma; telles que sont les choses»)

Version électronique du livre «Dharma; telles que sont les choses. Expérience réelle et réalisation d’un pratiquant spirituel», maison d’édition Aegitas, 2022 en russe.

1.Cet essai est un résumé des points clés de la pratique spirituelle authentique, qui sont présentés en détail dans le livre «Dharma; telles que sont les choses. Expériences réelles et réalisations d’un praticien spirituel».
2.Hakouin Ekaku (1686–1769) fut l’une des figures les plus influentes du bouddisme zen japonais.
3.Pour la différence entre l’Illumination et la Libération, ainsi que les niveaux spirituels, voir les chapitres 3 et 4.
4.Daisetsu Teitaro Suzuki (1870–1966) érudit bouddhiste japonais, professeur de philosophie. À mon avis, peut-être c’est un point de vue subjectif, D.T. Suzuki a connu une ou plusieurs Illuminations, ce qui ressort clairement de la manière implicite de ses textes.
5.Un texte ancien en sanskrit expliquant sur le yoga. Écrit par un auteur inconnu du point de vue du dieu hindou Shiva. Il est généralement admis que Dieu Shiva a transmis tous les enseignements et méthodes de pratique du yoga à son épouse, la déesse Parvati, et qu’elle a, à son tour, transmis ses connaissances à Dieu Ganesha. Par conséquent, on pense que le texte de «Shiva Samhita» a été écrit par un certain yogi à partir des paroles du dieu Ganesha.
6.À propos des trois mondes de l’Univers – voir plus loin dans ce chapitre. Une description détaillée se trouve dans le livre «Dharma; telles que sont les choses. Expériences réelles et réalisations d’un praticien spirituel», volume I.
7.L’Enseignement qui explique la perte de l’état du Nirvâna est la Châine des douze causes interdépendantes, voir le livre «Dharma; telles que sont les choses. Expériences réelles et réalisations d’un praticien spirituel», volume I.
8.Pour une description détaillée du karma et de la loi du karma, voir le livre «Dharma; telles que sont les choses. Expériences réelles et réalisations d’un praticien spirituel», volume I, chapitre 1.
9.Pour une description détaillée des trois mondes, voir le livre «Dharma; telles que sont les choses. Expériences réelles et réalisations d’un praticien spirituel», volume I.
10.Soûtra sur les fruits de la vie contemplative (Sāmaññaphalasutta, DN 2).
11.Le Maya Soûtra (Sanyutta Nikaya 11.23. Maya Sutta: Magie) dit que la pratique de la magie mène au monde des enfers pour avoir gaspillé du mérite. Pour plus d’informations sur le mérite et le mauvais karma, voir le livre «Dharma; telles que sont les choses. Expériences réelles et réalisations d’un praticien spirituel»
12.À propos des Grands Enseignants du passé: voir le livre «Dharma; telles que sont les choses. Expériences réelles et réalisations d’un praticien spirituel», volume I, introduction.
13.V. Shklovsky – (1893–1984) écrivain soviétique russe.
14.Cet enseignement a été expliqué par Bouddha Shâkyamuni dans l’Anattanya Sutta (SN III.69) ou le Sutra sur le «Non-Soi» – voir le livre «Dharma; telles que sont les choses. La véritable expérience et la réalisation d’un praticien spirituel», volume II, chapitre 3.
15.Je parlerai du processus de la méditation et de l’arrêt de tous les niveaux de conscience au chapitre 3. Pour une description détaillée, voir le livre «Dharma; telles que sont les choses. Expériences réelles et réalisations d’un praticien spirituel», volume III.
16.Sa Sainteté Kalou Rinpoché (1903–1989): Lama de l’école Kagyu, maître de méditation de haut niveau. Le nom Kalou Rinpoché signifie «Lama apportant la lumière».
17.Traduction en russe par B. Grebenshchikov.
18.Avidyâ (sanskrit): littéralement «non-voyant», c’est-à-dire manque de conscience de soi, un état dans lequel nous essayons de nous retrouver à l’extérieur, sans voir que tout ce que nous percevons n’est pas notre essence.
19.shûnyatâ: vacuité, voir plus loin dans ce chapitre.
20.La fin est dans le chapitre suivant.
21.«Illumination, Éveil» – sanskrit.
22.Pour le sens profond de la foi et de l’adhésion, voir le livre «Dharma; telles que sont les choses. Expériences réelles et réalisations d’un praticien spirituel», volume III, chapitre 1.
23.Phrase de Michel de Montaigne (1533–1592) – écrivain et philosophe français de la Renaissance.
24.Pour les égarements concernant l’Illumination, y compris «l’Illumination instantanée», voir le chapitre suivant.
25.Laïc qui s’engage à suivre des règles morales bouddhiques et pratique le bouddhisme à la maison sans être moine ou moniale (N.D.T.).
26.Ananda Maitreya Maha Nayaka Thero (1896–1998) – le plus grand enseignant sri-lankais du XXe siècle, qui était renommé non seulement en tant que mentor et scientifique, érudit en écritures canoniques, mais aussi en tant que grand pratiquant qui avait parfaitement réalisé toutes les étapes de la méditation bouddhiste.
27.Voir chapitre 2.
28.Synonyme d’Âtman.
29.Deuxième verset des Yoga Sutras de Patanjali en sanskrit: «Yoga Chitta Vritti Nirodha» – «Le Yoga est l’anéantissement des fluctuations de la conscience.» «Conscience» dans ce cas signifie tous les niveaux de conscience, y compris la conscience de l’Âtman.
30.En plus de la conscience superficielle, le corps physique et les organes des sens nous maintiennent dans le Monde des Phénomènes, dont l’activité cesse dans le processus de Libération énergétique, voir le livre «Dharma; telles que sont les choses. Expériences réelles et réalisations d’un praticien spirituel», volume II, chapitre 2.
31.Kôan est une brève anecdote ou un court échange entre un maître et son disciple, absurde, énigmatique ou paradoxal, ne sollicitant pas la logique ordinaire, utilisé dans certaines écoles du bouddhisme Zen comme objet de concentration qui serait susceptible de produire le Kensho et niveaux ultérieurs d’Illumination.
32.La cessation complète du faux Soi se produit dès l’entrée dans le Samâdhi, voir plus loin dans ce chapitre.
33.Ces mots sont généralement attribués à Lao Tseu, mais dans la version classique du Tao Te King et à sa version plus ancienne Lao Tseu Il n’y a pas de cette phrase. Je suppose que cette déclaration appartient à quelqu’un de Maîtres Zen.
34.La méditation Vipassana peut être effectuée avant même la réalisation du premier Éveil, après l’esprit du praticien s’est rapproché du Calme et de la Contemplation grâce à la méditation Samatha – voir le livre «Dharma; telles que sont les choses. Expériences réelles et réalisations d’un praticien spirituel», volume III.
35.Pour plus d’informations sur les quatre états Incommensurables et leur relation avec les dhyânas, voir le livre «Dharma; telles que sont les choses. Expériences réelles et réalisations d’un praticien spirituel», volume I, chapitre 3.
36.En chinois: «xin» – littéralement «cœur», également «âme», c’est-à-dire Discrimination, Volonté, Images, voir le chapitre 1.
37.Respiration de Cheyne-Stokes (J. Cheyne, médecin écossais, 1777–1836; W. Stokes, médecin irlandais, 1804–1878) – l’un des types de respiration périodique, caractérisé par l’alternance progressive des périodes de l’amplitude de respiration: une augmentation en crescendo de l’amplitude suivie d’un decrescendo respiratoire et une pause respiratoires (apnée) entre ces cycles.
38.À propos du Kundalini de vent, du Prâna, de tous les types d’énergie et des étapes du processus énergétique de Libération, voir le livre «Dharma; telles que sont les choses. Expérience réelle et réalisation d’un pratiquant spirituel», volume II, chapitre 2. Description détaillée des huit dhyânas et de l’état de Samâdhi: voir volume III, chapitre 3.
39.Habituellement traduit par «l’état du néant», mais c’est une traduction inexacte, voir le livre «Dharma; telles que sont les choses. Expérience réelle et réalisation d’un pratiquant spirituel», volume I, chapitre 3.
40.Pour l’illumination et la libération personnelles et finales, voir le livre «Dharma; telles que sont les choses. Expérience réelle et réalisation d’un pratiquant spirituel», volume II, chapitre 3.
41.Jia Yi (~ 201 avant JC – 168 avant JC) – philosophe, écrivain et poète chinois de la Dynastie Han.
42.Les six véritables pouvoirs surnaturels (en pâli: abhiññā; en sanskrit: abhijña – «vrai, complète connaissances, pouvoirs extraordinaires») sont réalisés après une multiple entrée dans le Samâdhi – voir le livre «Dharma; telles que sont les choses. Expérience réelle et réalisation d’un pratiquant spiritue», volume II, chapitre 2.
43.Nirvâna en langue pâli.
44.Les trois principaux systèmes de pratique, ou Véhicules, du Bouddhisme: Hînayâna, Mahâyâna et Tantra-Vajrayâna, pour une description détaillée, voir le livre «Dharma; telles que sont les choses. Expérience réelle et réalisation d’un pratiquant spiritue», volume II, chapitre 3.
45.Personne ayant décidé de vouer sa vie à la pratique du Dharma et adopte la vie de mendiant (N.D.T.)
46.Non-agir (chinois: wúwéi, Wu-wei) – à l’origine un terme taoïste, équivalent à Contemplation.
47.Le début est dans le chapitre précédent.
48.Oxymore, oxymoron – est une figure de style qui réunit deux mots contradictoires, ou en apparence contradictoires (c’est-à-dire une combinaison de choses incompatibles).
49.Voir «Wild Ivy»: L’autobiographie spirituelle du maître Zen Hakouin.
50.Description de l’expérience du Kensho par Maître Hakouin.
51.La phrase «défenseurs du chemin aveugle et sec du Zen «illumination silencieuse»«citation du livre «Wild Ivy».
Yaş sınırı:
16+
Litres'teki yayın tarihi:
12 ağustos 2024
Yazıldığı tarih:
2024
Hacim:
193 s. 6 illüstrasyon
ISBN:
978-0-3694-1127-3
Telif hakkı:
Aegitas
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