Kitabı oku: «Les châtaignes»
Amélie Mesureur
Les châtaignes
Suivi de Voyage autour d'une fenêtre ; et de Au bord de la Durolle

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066315764
Table des matières
I
II
III
IV
Voyage autour d’une Fenêtre
Au Bord de la Durolle
I
II
III
IV
V
VI

Les Châtaignes
Table des matières
I
Table des matières
Le petit village de*** est situé en Corse sur le large sommet d’une montagne qui domine la Méditerranée.
Il se compose d’une centaine de maisonnettes aux toits bas, pointus, touchant presque le sol et recouverts uniformément de chaume.
Du fond de la vallée on l’aperçoit comme un fronton couronnant un édifice, mais sans découvrir aucune route, aucun sentier capable d’y conduire.
Les flancs de la montagne sont garnis d’une végétation extraordinairement touffue; de loin en loin se dressent de gigantesques châtaigniers presque tous centenaires; et, parmi l’inextricable verdure, un joli chemin ombreux, se continuant sous une voûte de feuillage, tourne plusieurs fois autour de la montagne, l’enlace de ses anneaux et aboutit enfin à ce groupe d’habitations des plus primitives.
On ne met pas moins de quatre heures pour en faire l’ascension; aussi ces braves montagnards vivent-ils très isolés, ayant peu de rapports avec les habitants des villes avoisinantes.
Ils sont pauvres et d’une frugalité d’anachorètes; ils se nourrissent de légumes, de lait, de beurre et de fromage.
Leur pain est fait avec de la farine de châtaignes (qu’on désigne communément sous le nom de polenta, farine d’ailleurs des plus savoureuses), les châtaigniers étant l’unique récolte du pays.
Ils n’ont point de vaches, mais seulement des chèvres qu’ils mènent paître par troupeaux.
Dans l’intérieur de chaque chaumette, où la terre battue sert de plancher, s’abrite toute la famille, le père, la mère, les enfants et les grands-parents; ils se chauffent au même âtre, qu’un tronc d’arbre entier remplit aux jours de fête.
L’hiver, pendant les longues veillées, ils se contentent de la clarté fumeuse et vacillante d’une mèche trempée dans la graisse, et posée sur un plateau qu’on suspend au manteau de la cheminée.
Bien que le climat soit très clément, la vie est rude à ces excellents montagnards; aussi la petite Louison., qui n’avait encore que dix ans et qui était l’aînée de sept enfants, se désolait-elle de ne pouvoir venir en aide à ses parents.
Son petit cœur de fillette concevait déjà le besoin de se dévouer à eux, elle comprenait leurs soucis, elle voyait la charge qui pesait sur leurs épaules, et elle aurait voulu en prendre sa part afin de les soulager.
Elle ne négligeait jamais l’occasion de se rendre utile; elle aidait à élever ses jeunes frères, berçant l’un, portant l’autre; elle s’occupait des soins du ménage, et, bien qu’elle reçût plus de taloches que de baisers, cela ne l’empêchait pas d’aimer ses parents et d’être, par-dessus tout, affectueuse et douce.
Tous les jours, de grand matin, elle menait paître les chèvres. Elle emportait une grosse tranche de pain dans sa poche.
Ses bêtes la suivaient, faisant tinter mélancoliquement la clochette qu’elles portaient au cou.
Lorsqu’elles broutaient, Louison ne restait pas inactive, elle ramassait du bois mort qu’elle mettait en fagots, ou bien elle cueillait des herbes avec lesquelles sa maman faisait d’excellentes soupes.
Une après-midi de la fin du mois d’octobre, époque où la châtaigne est mûre, elle rencontra un voisin, le gros Claude, le plus riche montagnard du pays.
— Bonjour, petite, lui dit-il en patois corse.
— Bonjour, Claude, répondit-elle.
— Tes bêtes sont donc malades que tu ne chantes pas aujourd’hui?
— Dieu merci, non, Claude; mais, bien que mes bêtes ne soient pas malades, je n’ai pas de raisons de me réjouir.
Tous les matins elle menait paitre ses chèvres... (page 8).

— On a toujours raison d’être gaie à ton âge et bien sûr qu’il y a chez vous quelque chose qui ne va pas à ton idée.
— Peut-être bien.
— Les châtaignes sont grosses, cette année, elles vont tomber drues comme des grains de millet.
— C’est vrai pourtant que tous les arbres sont magnifiques, fit-elle tristement, excepté les nôtres; ils n’ont presque pas produit et nous ne récolterons point la moitié de ce qu’ils ont rapporté l’an dernier.
— Ah, bah! dit Claude tout étonné.
— C’est exact; aussi je vous jure que nous ne serons pas heureux cet hiver, et papa est si triste, si triste, que je pleure d’y penser.
Et, en disant ces mots, elle essuyait ses pleurs du revers de sa main.
— Voyons, Louison, fit le gros Claude attendri, ton père se trompe peut-être.
— Non, non; nos pauvres arbres dépérissent, cela se voit au premier coup d’œil; les rameaux en sont tout languissants. Et, comme elle était très superstitieuse, elle ajouta que quelque méchant esprit leur avait jeté un sort.
— Ça ne sert à rien de pleurer, tes parents trouveront quelque autre ressource; et toi-même, ne peux-tu pas commencer à travailler avec eux?
— Je le voudrais bien, mais que puis-je faire? Je suis encore trop jeune pour aller à la ville m’offrir comme servante, et nul n’a besoin d’aide dans le pays.
— Bien, bien; on voit que tu es une brave fille et que le courage ne te fait pas défaut. Et, comme le chagrin de cette enfant le gênait, il ajouta: Si je te proposais une besogne, l’accepterais-tu?
— De tout mon cœur, monsieur Claude; dites vite, est-ce quelque chose que je sais faire?
Et, de ses yeux noirs, redevenus soudainement gais et brillants, elle dévisageait le montagnard, impatiente de connaître sa réponse.
— Ah! dame, ce n’est pas bien aisé, dit-il, et d’abord sais-tu monter aux arbres, adroitement, sans risquer de te casser le cou?
— Sûrement, monsieur Claude; mats papa nous le défend, il assure qu’en tombant on risque de se tuer; cependant, si c’était pour me rendre utile, pour gagner de l’argent par exemple, j’aurais une excuse et je pourrais, sans le lui dire...
Claude l’interrompit aussitôt.
— C’est cela même; inutile de prévenir ton papa, la surprise que tu lui feras n’en aura que plus de mérite.
Puis, après avoir toussé bruyamment, il lui expliqua qu’il avait besoin de quelqu’un pour faire la cueillette de son grand châtaignier, qu’il était trop vieux pour faire ce métier-là lui-même.
— Là-haut, continuait-il, la tête me tourne, le cœur me manque, et je crois toujours que je vais perdre l’équilibre, tandis que toi, une fillette leste et adroite, tu serais plus habile que moi et tu ne courrais aucun danger. Qu’en dis-tu?
Un léger frémissement secoua Louison, par tout le corps. Elle n’ignorait pas que la récolte des châtaignes était très dangereuse, la hauteur des arbres rendant souvent les chutes mortelles.
Chaque année, il y avait toujours dans le pays une ou deux victimes qui, si elles ne mouraient pas sur le coup, restaient estropiées pour toute leur vie.
Elle hésitait à répondre, songeant au chagrin de ses parents, si on la rapportait morte à leur chaumière; mais son irrésolution ne dura pas, le souvenir de leur misère et l’appât d’un salaire si mince qu’il fût lui firent répondre bravement qu’elle acceptait.
Comme elle désirait connaître à l’avance quel serait son gain, le fin montagnard lui promit, non sans quelques réticences, d’abord quatre mesures de châtaignes:
— Tu sais ce que je veux dire? détaillait-il pour donner plus de valeur à ses promesses. Quatre grands paniers de châtaignes bien remplis, et deux francs en argent: cela te convient-il?
— Vraiment oui, monsieur Claude, répondit Louison, tout heureuse; quatre mesures de châtaignes, c’est très beau; mais deux francs en argent, c’est encore mieux; aussi papa ne songera pas à me gronder quand je les lui apporterai.
— Quel jour commençons-nous?
— Mais demain, petiote, dit le bonhomme en se frottant les mains; le temps est favorable, et, si nous attendions plus longtemps, un orage pourrait survenir et se charger à lui seul d’abattre toutes mes châtaignes, ce dont je ne serais point fier.
— Alors, à demain, monsieur Claude, je serai chez vous au petit jour et nous partirons ensemble. Comptez que je ferai de mon mieux. Puis, elle reprit aussitôt: Vous êtes bon, vous êtes bien bon, monsieur Claude.
— Oh! ne me remercie pas, petite; tu travailles, je te paye, c’est tout naturel.
— C’est égal, affirma-t-elle, vous me faites grandement plaisir. Et ce fut marché conclu.
Ils s’éloignèrent chacun de leur côté.
Le montagnard sifflait entre ses dents, car il était satisfait d’avoir engagé cette enfant à si bon compte, et Louison chantait encore, le cœur débordant de joie, quand elle rentra le soir à la maison.
Sa mère, qui ne montrait jamais ni grand contentement ni grande peine, mais bien plutôt une constante résignation, lui demanda quelle était la cause de sa gaieté.
— Je ne sais pas, répondit Louison, tout embarrassée d’être obligée de mentir pour ne point avouer son secret.
— Chante, chante, petiote, lui dit mélancoliquement sa mère; les chagrins te viendront toujours trop tôt.
Le même soir, son papa lui rapporta de la ville une branché d’oranger à laquelle pendaient quatre belles oranges qui alternaient avec des bouquets de verdure et deux jeunes merles au plumage noir et soyeux qui sifflaient déjà très agréablement.
Elle accueillit d’autant mieux ces gracieux présents qu’ils lui fournissaient un motif de se réjouir et lui évitaient ainsi de donner des explications sur sa belle humeur.
Elle suspendit sa branche d’oranger à la muraille, ce qui était d’un très joli effet, et elle courut enfermer dans une petite cage ses deux jeunes oiseaux dont elle promit de prendre soin.
Elle prépara sur la table les jattes de lait et le pain pour le souper; puis, ses petits frères étant au lit, elle souhaita le bonsoir à ses parents et alla se coucher, toute contente de se retrouver seule, en tête-à-tête avec ses projets.
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