Kitabı oku: «Les enfants d'aujourd'hui»

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Anonyme

Les enfants d'aujourd'hui


Publié par Good Press, 2022

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EAN 4064066334536

Table des matières

LE PETIT POULET NOIR.

II

III

IV

V

VI

VII

VIII


LE PETIT POULET NOIR.

Table des matières

La petite Fanchette aimait beaucoup les animaux; elle ne pouvait s’empêcher de pleurer lorsqu’elle voyait un charretier fouetter brutalement ses chevaux ou un chasseur battre son chien et le faire crier.

Plus d’une fois elle avait dépensé tout son argent pour acheter des oiseaux que de méchants garçons avaient attrapés et mis en cage.

Cela lui faisait tant de peine de voir ces pauvres bêtes s’agiter d’un air effrayé en meurtrissant leurs jolies petites têtes contre les barreaux de leur prison que, dès qu’elle avait payé, elle se hâtait d’ouvrir la porte de la cage; elle regardait alors avec bonheur les petits oiseaux s’envoler sur la cime des arbres, où ils se mettaient aussitôt à lui chanter leurs plus joyeuses chansons, comme s’ils voulaient la remercier de leur avoir rendu la liberté.


Si ses parents y avaient consenti, elle aurait recueilli chez elle tous les chiens et les chats malades du voisinage, pour les soigner et les rendre bien heureux; mais sa mère n’avait jamais voulu lui permettre d’avoir à elle aucun de ces animaux. «Nous ne sommes pas riches, disait-elle, et une bouche de plus à nourrir pendant toute l’année, est une dépense inutile.»

Un jour Fanchette vint vers sa maman en tenant quelque chose de soigneusement caché entre ses deux mains, et elle lui dit: «Devine ce que j’ai là.

LA MÈRE.

Que sais-je, moi? Peut-être un gâteau.

FANCHETTE.

Non, ce n’est pas cela.

LA MÈRE.

Un fruit alors.

FANCHETTE.

Pas du tout.

LA MÈRE.

Cela bouge! Je crois que c’est une souris.

FANCHETTE.

Oh! maman, elle me mordrait.

LA MÈRE.

J’entends cui, cui, cela doit être un oiseau.

FANCHETTE.

Pas tout à fait un oiseau, ou au moins pas un petit oiseau qui vole; mais regarde le plus délicieux petit poulet noir qu’on ait jamais vu. C’est notre voisine, Mme Joseph, qui me l’a donné ; ma chère petite maman, tu me permettras de le garder, n’est-ce pas?

LA MÈRE.

Pauvre petite bête! Tu ne réfléchis pas qu’il serait bien mieux et bien plus heureux auprès de sa mère.

FANCHETTE.

Oh! il n’a pas de maman, il est éclos sous une grosse cane qui couve encore ses œufs de canard, de sorte qu’elle ne peut pas le soigner. Mme Joseph dit qu’elle n’a pas le temps de s’occuper de lui et qu’il mourra si je ne peux pas le prendre. Ce serait bien dommage: il est si doux, si joli! Oh! ma petite maman, je t’en prie, laisse-moi l’élever.

LA MÈRE.

S’il en est ainsi, j’y consens; mais figure-toi bien que ce petit être va te donner presque autant de peine que s’il était un enfant véritable. Il te faudra constamment t’occuper de lui, soit pour lui donner à manger, soit pour le réchauffer. Es-tu sûre d’avoir assez de patience pour cela? Je sais bien que tu aimes beaucoup les animaux, mais il est bien différent de s’amuser quelques instants avec eux ou de leur consacrer son temps et sa peine, et c’est ce qu’il faut que tu sois bien décidée à faire si tu veux garder ce poulet: car je t’avertis que, si je l’entends souvent piauler, je te l’ôterai. Je n’aime point de voir les bêtes malheureuses autour de moi.

FANCHETTE.

Ne crains rien, j’en aurai le plus grand soin, et il sera heureux comme un petit prince. Que je suis contente! mon charmant poulet, comme je l’aime déjà !

LA MÈRE.

Prends ton petit panier couvert, mets-y une poignée de ces plumes de canard pour lui faire son lit, et établis-le près du foyer. Il est si jeune qu’il a besoin de beaucoup de chaleur.... Bien! Maintenant voici un œuf; fais-le cuire dur, et tu lui en donneras une partie coupée en tout petits morceaux. On ne le gâtera pas toujours comme cela, mais c’est pour lui faire prendre des forces.»

Fanchette ne tarda pas à s’apercevoir que sa mère lui avait dit la vérité, et que monsieur le poulet était fort exigeant.

Il n’était satisfait que quand elle le tenait dans sa main, dont la chaleur lui plaisait, et des cuic cuic très-impérieux se faisaient entendre, dès qu’elle le laissait un moment dans son panier. Lorsqu’elle était bien occupée à jouer ou à travailler, ce n’était pas toujours très-agréable d’être dérangée par ce petit personnage, qui réclamait un de ses nombreux repas.

C’était surtout le matin, au point du jour, qu’il était dur d’être réveillée par ses cris impatients. Bien des petites filles l’auraient relégué dans une chambre écartée où, ne l’entendant pas, elles l’auraient oublié et peut-être laissé mourir de faim. Mais notre Fanchette n’agissait pas ainsi. Jamais elle n’était de mauvaise humeur contre son cher Cuicui, et elle l’aimait et le soignait comme s’il avait été son enfant; aussi la petite bête ne tarda pas à la connaître très-bien et à la suivre partout comme un petit chien. Quand elle s’asseyait, Cuicui sautait sur ses genoux, puis grimpait le long de son bras jusque sur son épaule; là il s’établissait, se couchait, lissait ses petites plumes, et quelquefois picotait avec son joli petit bec les cheveux ou l’oreille de sa jeune maîtresse.

Un jour la tante Adélaïde vint proposer à Fanchette et à ses parents d’aller faire une partie à la fête des Loges, dans la forêt de Saint-Germain.

«Nous partirons demain après le déjeu ner, disait-elle; nous dînerons la en plein air, et nous ne reviendrons que pour nous coucher.


FANCHETTE.

Oh! quel bonheur, ma bonne tante! Nous irons dans une charrette avec des chaises, n’est-ce pas? On est tant secoué, et c’est si amusant!

LA TANTE.

Oui, sans doute, et je t’achèterai un grand mirliton.»

Tout à coup la figure de Fanchette s’assombrit, et au bout d’un moment elle fondit en larmes: «Et mon poulet, s’écria-t-elle, je ne peux pas le laisser toute la journée seul à la maison.

LA TANTE.

Tu lui laisseras ce qu’il lui faut de nourriture.

FANCHETTE.

Il est trop petit, il faut qu’il reste au chaud dans son panier, et il n’y trouverait pas sa nourriture. Non, non, ma tante, allez à la fête avec papa et maman; cela me fait bien de la peine, mais il faut que je reste ici pour soigner mon poulet.

LE PÈRE.

Cette petite est tout à fait ridicule avec son amour pour les animaux. Dans tout le village on ne l’appelle que la mère aux bêtes. Tu ne devrais plus lui permettre d’en avoir, ma chère amie.

LA TANTE.

Pourquoi donc? Quel mal y a-t-il à ce qu’elle aime les animaux? Ce sont aussi des créatures du bon Dieu. Fanchette exerce sur eux sa patience, sa persévérance et la bonté de son cœur. Elle est encore trop jeune pour pouvoir faire du bien à ses semblables; elle en fait aux êtres qu’elle trouve près d’elle. Elle est fidèle dans de petites choses, Dieu lui en confiera de plus importantes.

LE PÈRE.

Vous prenez toujours la défense de votre filleule, tante Adélaïde, vous la gâtez joliment.

LA TANTE.

Voyons, mon frère, si vous aviez un petit enfant à donner à garder à quelqu’un, ne le confieriez-vous pas plus volontiers à Fanchette, qui sacrifie ses plaisirs au bien-être de son élève, quoiqu’il ne soit qu’un poussin, qu’à Gertrude, qui est toujours prête à donner un coup de pied au chien ou au chat, et qui laisserait mourir de faim toutes les volailles de sa mère, plutôt que de se déranger pour leur jeter une poignée de grain? Croyez-moi, de la même façon qu’on s’habitue, étant enfant, à soigner sa chambrette et ses animaux, on soignera plus tard son ménage et ses enfants.


LE PÈRE.

Vous parlez si bien qu’il n’ y a pas moyen de vous répondre. Mais voyons qui est-ce qui va rester à la maison, est-ce la fille ou le poulet?

LA TANTE.

Montre-le-moi ce cher poulet, ma petite Fanchette. Oh! il n’est pas encore bien lourd; ne pourrais-tu pas l’emporter avec toi, dans ton panier?

FANCHETTE.

Oh! ma tante, quelle bonne idée, comme vous êtes aimable! Mais maman y consent-elle?

LA MÈRE.

Oui, pourvu que tu ne nous en embarrasses pas.

FANCHETTE.

Non, non, j’en aurai bien soin toute seule.»

Le lendemain matin, le premier soin de la petite fut d’envelopper dans du papier la provision de graine de Cuicui, puis elle lui attacha un ruban bleu autour du cou, afin de lui donner un air de fête, disait-elle, et elle nettoya son panier.

Nous n’affirmerions pas que le poulet trouvât aussi amusant que sa jeune maîtresse de se sentir secoué dans la charrette, et ensuite d’être presque toute la journée enfermé dans un panier et pendu au bras de Fanchette pendant qu’elle admirait à son aise les théâtres, les boutiques et les cuisines en plein vent, avec leurs poulets embrochés et qui tournaient tout seuls.

Il se comporta cependant fort bien, grâce à la complaisance de la bonne tante Adélaïde, qui plusieurs fois mena sa nièce à l’écart pour qu’elle pût le sortir de sa prison et lui donner à manger.

Pendant le dîner, qui se fit sous une grande tente, M. Cuicui eut la permission de se promener un peu sur la table. Il se glissait entre les assiettes et les plats en picotant les miettes de pain, et faisant entendre un petit gazouillement de satisfaction.

Tout à coup mon petit friand aperçoit une belle feuille de laitue qui dépasse le saladier. Il prend son élan et saute pour l’attraper, mais si maladroitement, qu’il tombe au beau milieu de la salade. Les feuilles, enduites d’huile et de vinaigre, se collent après lui et lui font un effet si désagréable qu’il se met à crier et à se débattre tant qu’il peut. Tous les assistants éclatent de rire, à l’exception de Fanchette, qui vient vite à son secours et est très-vexée de le retirer de là tout gras et les plumes collées ensemble.

«Tu es bien heureuse, lui dit sa tante, qu’il soit tombé là plutôt que dans la soupe, car il se serait joliment échaudé.

FANCHETTE.

Petit sot, petit gourmand, vous allez tout de suite rentrer dans votre panier! Voyez donc votre ruban bleu; le voilà joli à présent. Il faut que je vous l’ôte et que j’essuie vos petites plumes. Allons, dormez maintenant.»

Après le dîner, comme il faisait encore grand jour, la tante Adélaïde proposa de faire une petite promenade dans la forêt. On marcha quelque temps sous de magnifiques allées d’arbres, puis on s’assit pour se reposer sur un moelleux tapis de mousse, au pied d’un vieux chêne. Fanchette sortit vite Cuicui de son panier pour lui donner le plaisir de courir dans l’herbe et d’attraper de petits insectes. Au bout d’un moment, elle demanda à sa mère la permission de s’éloigner un peu pour cueillir un bouquet.

LA MAMAN.

Va, mais aie soin de ne pas te perdre. Tu feras bien, auparavant, de remettre ton poulet dans son panier, car je ne me charge pas de le garder.

FANCHETTE.

Il est si content de se promener! je peux bien le laisser un peu auprès de vous. Je ne resterai pas longtemps.

En disant cela, elle s’enfonce en courant dans le bois, et bientôt la voilà si occupée à faire son bouquet, qu’elle ne pense plus au pauvre Cuicui.

Tout à coup elle entend un grand bruit derrière elle; elle se retourne et qu’aperçoit-elle? Son poulet qui probablement l’avait suivie de loin sans qu’elle s’en aperçût, et qui criait et voletait poursuivi par un grand chien.

En deux sauts celui-ci l’attrape et se sauve en le tenant dans sa gueule. Fanchette le poursuit en poussant de grands cris, et arrive presque en même temps que le chien près d’un monsieur. Celui-ci se retourne au bruit qu’ils font, et dit au chien: «Fox, qu’est-ce que vous avez pris là, monsieur? Donnez-moi cela tout de suite.»

Fox pose le poulet par terre, et, ô bonheur! il n’est pas mort, il remue. Le monsieur le ramasse, l’examine, et, le donnant à Fanchette, lui dit:

«Tenez, mademoiselle, il n’a pas de mal, il est seulement un peu étourdi; Fox est un bon chien de chasse, il apporte le gibier en le tenant très-délicatement entre ses dents. Il faut que vous lui pardonniez la frayeur qu’il vous a faite; en trouvant un poulet dans un bois, il a bien pu le prendre pour une perdrix.... Voyons, Fox, demandez pardon à mademoiselle.»


Le bon chien se coucha sur le dos aux pieds de la petite, qui le caressa en disant:

«C’est vrai, monsieur, c’est ma faute; j’aurais dû écouter maman, et ne pas laisser Cuicui courir tout seul. Adieu, monsieur, je vous remercie d’être venu à son secours.»

En disant cela, elle court retrouver ses parents, et, encore tout émue, leur raconte le danger qu’a couru son cher petit poulet.

Elle le remit dans son panier, et ne l’en sortit plus avant qu’on fût de retour à la maison.

Ce poulet si bien soigné devint en grandissant une magnifique poule noire, avec une grosse huppe sur la tête. On changea son nom de Cuicui en celui de Cloquette, et partout où l’on voyait la gentille Fanchette, on était sûr de voir paraître la belle Cloquette à sa suite.

Un jour que la petite était restée fort longtemps assise sur un tas de foin, occupée à étudier une leçon, elle remarqua avec surprise que sa poule, ordinairement si active, s’était couchée à côté d’elle et ne bougeait pas.


Tout à coup elle la vit se lever et se mettre à chanter d’un air de triomphe: Cot, cot cot codeke; cot cot codette! et, quel bonheur! elle avait pondu sur le foin un gros œuf blanc comme du lait. Fan chette, bien joyeuse, le porte à sa mère en lui disant:

«Tiens, maman, le premier œuf de Cloquette; c’est toi qui dois le manger pour ton dîner; le second sera pour papa, et le troisième pour la tante Adélaïde.»

Cloquette pondit tous les deux jours pendant quelque temps. Un matin, Fanchette vint trouver sa mère d’un air fort soucieux, et lui dit qu’elle croyait sa poule. malade, qu’elle ne voulait plus quitter son nid, et qu’elle faisait de petits cris très-singuliers.

LA MÈRE.

Rassure-toi, mon enfant, elle n’est pas malade, elle demande seulement à couver. Va prier Mme Joseph de te donner douze œufs de ses plus belles poules; tu les mettras sous Cloquette, et tu verras qu’elle te récompensera de tes soins en te donnant de beaux petits poulets.

En effet, la bonne poule eut une couvée de dix poussins qui vinrent à merveille.

La maman de Fanchette fit arranger la cour en poulailler, puis elle dit à sa fille: «Tu sais que je ne suis pas assez riche pour avoir une bonne qui soigne la basse-cour; ainsi, il faut que tu t’en charges complétement. Voici une provision de grain qui durera jusqu’à ce que ta couvée soit élevée. Ensuite je ne t’en donnerai plus; il faudra que tu vendes des œufs et des poulets, et avec l’argent qu’ils te produiront tu achèteras tout ce qui te sera nécessaire pour en élever d’autres.»


Vous pouvez penser que Fanchette, qui avait si bien soigné son poulet, soigna également bien sa basse-cour.

Dans tout le voisinage, quand on voulait avoir des œufs bien frais ou de belles volailles, on venait les acheter chez la gentille Fanchette, et de cette façon elle finit par gagner une jolie petite dot. Quant à Cloquette, tant qu’elle vécut, elle fut toujours la reine de la basse-cour et l’enfant gâté de sa maîtresse.

La tante Adélaïde l’avait bien prédit: notre petite fermière se montra aussi bonne femme et aussi bonne mère de famille qu’elle s’était montrée maîtresse soigneuse pour son poulet et ses autres animaux.

Elle avait fait avec eux un apprentissage de vigilance et d’abnégation qui lui fut utile pendant toute sa vie.

II

Table des matières

LA MAUVAISE COMPAGNIE.

«Maman, ma tante vient de m’inviter à aller demain avec elle faire les vendanges dans sa vigne. Veux-tu me le permettre?» demandait un soir le petit Jean, au moment où il rentrait chez lui.

Sa mère lui répondit: «Je te le permettrai volontiers, si tu veux me promettre de rester auprès de ta tante et de ta petite cousine Aglaé, et de ne pas aller polissonner avec Jules et Hubert. Je te vois sans cesse avec ces deux garçons, et j’en suis bien fâchée, car ils sont grossiers et mal élevés, et ne peuvent te donner que de mauvais exemples.

JEAN.

Mais, maman, je n’imite pas ce qu’ils font de mal. Je n’ai pas besoin de jurer comme eux, alors même que je me mêle à leurs jeux. Si tu savais comme ils sont amusants! Quelles drôles de farces ils inventent!

LA MÈRE.

Ils feraient bien mieux d’employer leur esprit à apprendre quelque chose d’utile qu’à être toujours à flâner et à jouer aux passants de mauvais tours, qui finiront par leur attirer quelque fâcheuse aventure. C’est un grand malheur pour eux d’avoir un père si peu sévère.

JEAN.

Hé bien! maman, je te promets de ne pas aller avec eux. Alors tu me permets d’aller vendanger?»

La mère ayant répondu affirmativement, il courut chercher dans un coin une jolie petite hotte d’osier qu’on lui avait donnée et dans laquelle il comptait porter le raisin; et toute la soirée il fut occupé à en ajuster les bretelles, afin qu’elle pût se tenir bien droite et bien solide sur son dos.

C’est à peine s’il put dormir de la nuit, tant il se réjouissait de sa journée du lendemain.

De grand matin, il fut réveillé par les chants joyeux des vendangeurs qui se réunissaient pour partir.

En dix minutes il fut habillé et eut rejoint la petite troupe, qui était déjà devant la porte de la maison de sa tante.

Chaque travailleur ou travailleuse avait une hotte ou un panier, et des ciseaux pour couper les grappes.

Jean s’approcha poliment de sa petite cousine Aglaé, l’embrassa et lui proposa de lui porter son panier et de la protéger pendant la route. La petite accepta volontiers. La vigne était assez éloignée de la ville, le chemin difficile, et Aglaé fort poltronne. Bien des fois son jeune cavalier dut l’aider et l’encourager, lorsqu’on avait un ruisseau à traverser, ou un sentier bien roide à gravir. Enfin on arriva, et tout le monde se mit gaiement à l’ouvrage.

Les belles grappes noires et dorées remplissaient les paniers, et, quand les paniers étaient pleins, on allait les vider dans de grandes cuves que des charrettes avaient amenées.

Il est bien entendu que les ouvriers avaient le droit de manger autant de raisin qu’ils voulaient. Seulement, on avait recommandé aux enfants de n’en pas abuser, afin de ne pas se rendre malades.

Pendant toute la première partie du jour, Jean ne quitta pas sa cousine, quoique Hubert et Jules, qui s’étaient joints à leur troupe au sortir de la ville, fissent tout ce qu’ils pouvaient pour l’attirer avec eux.

Voyant qu’ils ne pouvaient y réussir, après s’être bien gorgés de raisin, ils s’éloignèrent un peu de la vigne, et Jean, en allant vider sa hotte, les aperçut fort affairés autour d’un tas de pierres, et ensuite près de l’endroit où la tante Jeanne avait établi une petite cuisine en plein vent pour faire la soupe des vendangeurs, car on ne devait retourner au logis qu’à la fin du jour.

Il crut même voir Jules soulever le couvercle de la marmite.

Vers deux heures de l’après-midi, la tante Jeanne appela tout son monde pour le dîner, qui se composait de pain bis, de fromage, de cidre et d’une excellente soupe aux choux et aux légumes, dont le parfum se répandait tout autour et augmentait l’appétit des travailleurs. Elle avait déjà servi plus de la moitié de son monde, qui s’était assis en cercle sur le gazon, lorsque plongeant sa cuiller tout au fond de la marmite elle la retira pleine d’un gros paquet noir.

«Qu’est-ce que c’est que ça? s’écria-t-on de tous côtés.

Elle élève une grosse taupe à moitié cuite et échaudée. (P. 35.)


— Je crois que c’est la perruque du père Benoît, dit un farceur.

— Mais non, il l’a sur sa tête.

— Tenez, voilà une queue qui pend par là.»

La tante Jeanne, qui jusque-là était restée muette et immobile de surprise et d’in dignation, saisissant cette queue, élève aux yeux de la societé une grosse taupe à moitié cuite et échaudée.

Quelques-uns des convives partent d’un éclat de rire, mais les autres regardent leur assiette d’un air de regret et de dégoût, car personne ne veut manger cette bonne soupe, maintenant qu’on sait qu’une taupe a bouilli dedans et qu’on y trouve des paquets de poil noir.

Aglaé devient toute pâle et toute malade, rien qu’à l’idée qu’elle aurait pu en manger.

«Qui nous a joué ce mauvais tour?» s’écrie tout le monde à la fois; et Jules et Hubert ne sont pas les derniers à dire: «Ce n’est pas nous,» quoique Jean fût bien convaincu que c’étaient eux qui l’avaient fait.

Ils furent obligés de se contenter, comme les autres, de pain bis et de fromage, tandis que deux gros chiens se régalaient de la soupe, et ne méprisaient même pas la taupe qui leur servit de bouilli.

«Ah çà, es-tu donc devenu une petite fille? cria Jules à Jean, lorsqu’ils eurent fini de manger; vas-tu toujours rester comme cela suspendu aux cotillons des femmes?

— Ne vois-tu pas, dit Hubert, que le pauvre petit a peur de se perdre en s’éloignant de sa tante?

— Il craint peut-être qu’il n’y ait des taupes dans la vigne.

— Tu vas voir si j’ai peur,» dit Jean en s’élançant sur Hubert, qui se sauva en riant. Tout en faisant semblant, de temps en temps, de vouloir se laisser prendre, Hubert et Jules l’entraînaient vers un endroit écarté de la vigne. Puis s’arrêtant tout à coup, Hubert dit: «Écoute, Jean, j’ai une idée; vois-tu ce petit raisin noir? il a le jus tout rouge; il faut nous en barbouiller la figure, puis nous courrons après les vendangeuses pour les embrasser; elles ne nous reconnaîtront pas et auront une peur affreuse de nous.

JEAN.

Oh! oui, avec tes farces, tu es cause qne nous avons eu un fort mauvais dîner.

HUBERT.

C’était si drôle, de voir la figure de tout le monde quand on a retiré la taupe! cela valait bien une soupe aux choux. D’ailleurs, ce que je te propose maintenant ne gâtera pas ton souper et ne fera de tort à personne. Tiens, je commence à me barbouiller. Vois quel beau jus rouge!»


Avant que Jean eût le temps de se décider, Jules saisit une poignée de raisins écrasés et lui en frotta vivement la figure; puis, s’étant fait la même opération, ils se mirent à rire tous les trois, en voyant leurs horribles visages d’un rouge violacé. Ils parcoururent alors la vigne et ne tardèrent pas à rencontrer une grosse paysanne qui revenait, son panier plein de raisins sur la tête. Hubert la saisit vivement par derrière, tandis que Jules et Jean sautaient après elle pour l’embrasser avec leurs sales visages.


Mais la paysanne, se débarrassant vivement de son panier, allonge à chacun de mes polissons les plus fameux soufflets qu’ils eussent jamais reçus de leur vie, et s’éloigne en riant, les laissant tout étourdis d’une aventure qui leur semblait peu drôle.

«Ah! j’aperçois là-bas la petite Aglaé, dit Jules au bout d’un instant; courons à elle, je suis sûr qu’elle aura bien peur et. ne nous donnera pas de soufflets.»

Jean aurait voulu les en empêcher, mais ils étaient déjà loin, et il ne put que les suivre.

Quand la pauvre Aglaé se vit poursuivie par ces vrais monstres à figure rouge, elle fut prise d’une frayeur terrible, et s’enfuit en poussant de grands cris.

Tout à coup son pied s’accroche dans une racine, elle tombe le visage contre terre, et sa frayeur redouble en se sentant relevée par les hommes rouges.

Jean avait beau l’appeler par son nom, elle ne voyait et n’entendait rien, criant toujours et pâle comme une morte. Son père arrive attiré par ses cris, et, voyant la cause de sa frayeur, saisit un échalas et chasse mes garnements à grands coups sur les épaules. Ils se sauvèrent de toutes leurs jambes, et, pendant le reste de la journée, n’osèrent plus s’approcher de la compagnie.

Ils allèrent à la recherche d’un ruisseau pour se débarbouiller, puis, à la tombée de la nuit, ils reprirent le chemin de la ville.

En entrant dans une des rues, Hubert dit: «Tu vas voir, Jean, comme nous allons nous amuser. Dans cette grande maison, demeure un portier qui est mon ennemi. Tous les jours je lui fais quelque farce. Restez là, derrière l’angle de la rue.»

Hubert va résolûment jusqu’à la porte de la maison qu’il avait indiquée, tire fortement la sonnette, et court à toutes jambes rejoindre ses deux compagnons. Tous trois regardent, tout en ayant soin de se tenir cachés. Ils voient le portier, qui était un vieillard à cheveux gris, sortir dans la rue, regarder de tous côtés d’un air étonné, puis rentrer. A peine la porte est-elle fermée que Hubert court de nouveau sonner, puis se sauve, et les trois mauvais sujets rient comme des fous, en voyant le pauvre portier sortir encore une fois, et chercher partout celui qui a sonné.

Hubert retourne une troisième fois; mais, au moment où il allait tirer le cordon de la sonnette, plof! voilà un grand seau d’eau qui lui tombe sur la tête, et la voix du malin portier lui crie par la fenêtre: «Attrapé, monsieur le gamin qui venez ainsi déranger les honnêtes gens.»


Hubert furieux frappe du pied, jure, appelle ses amis, et tous trois se mettent à lancer des pierres contre la fenêtre où était le portier, jusqu’à ce qu’ils aient réussi à briser plusieurs vitres.

Alors, effrayés de ce qu’ils ont fait, ils se sauvent.

Il était fort heureux pour Hubert qu’il ne fît pas froid, car il était tout mouillé ; mais il était tellement en colère contre le portier, qu’il n’y pensait pas.

«Si seulement ce vilain homme pouvait nous poursuivre, tomber et se casser le nez, disait-il, comme je serais content! Mais j’ai une idée. Viens, Jean; vite, attache le bout de cette corde à cette borne, et moi l’autre bout à ce décrottoir, de manière à ce qu’elle traverse la rue. Il fait sombre, on ne la voit pas, et tous ceux qui viendront par ici s’accrocheront les pieds et se jetteront par terre. Je suis sûr que le méchant portier va venir; je l’ai vu qui regardait de quel côté nous allions. Tiens, c’est fait!

— Oui, dit Jean, mais allons vite à la maison; je n’ai pas envie d’être attrapé par lui.

— Non, non, reprit Hubert, je veux avoir le plaisir de le voir tomber Cachons-nous dans cette allée sombre, personne ne nous verra.»

A peine y étaient-ils, qu’une femme, chargée d’un paquet, arrive. Jean voulait lui crier de faire attention; mais Jules le retint, et la pauvre femme, s’accrochant les deux pieds dans la ficelle, tombe lourdement. Elle pousse un cri: «Oh! mon pied, mon pied! dit-elle en cherchant à se relever; j’ai le pied foulé ou même cassé.»

Jean court vite à son secours et l’aide à se soulever; au même instant, il entend du bruit derrière lui, et, se retournant, il voit Jules et Hubert saisis par le portier et par un agent de police, qui étaient arrivés du côté où ils ne les attendaient pas; un autre agent, venant vers lui, le prend par le bras et lui dit: «Allons vite, mauvais garnement, vous allez venir passer la nuit au violon, ainsi que vos camarades, et ensuite vous serez jugés pour avoir commis des dégâts, et aussi pour avoir fait tomber méchamment cette pauvre femme.


— Oh! monsieur, je vous en prie, disait le pauvre Jean pâle comme la mort, ne m’emmenez pas en prison; ma pauvre maman en serait malade de chagrin. Je vous promets que je ne ferai plus jamais de sottises; ce sont les autres qui m’ont entraîné. Oh! maman avait bien raison de me défendre d’aller avec eux. Le bon Dieu me punit de lui avoir désobéi!

— Vous direz tout cela demain aux juges, dit le commissaire en le secouant rudement, allons vite.

— Monsieur, je vous en prie, dit la pauvre femme, qui était toujours assise par terre, parce que son pied lui faisait trop mal pour qu’elle pût marcher, laissez aller pour cette fois ce pauvre garçon; je le connais, c’est le petit Jean Dufort, le fils d’une de mes voisines; ce n’est pas un méchant garçon: il est venu à mon secours dès qu’il m’a vue tomber, tandis que les deux autres se sont mis à rire. Oh! ceux-là méritent bien d’aller en prison. Ce sont de méchants garçons que personne n’aime dans la ville.

LE COMMISSAIRE.

Puisqu’il en est ainsi, je veux bien faire grâce pour cette fois à ce petit-là. Venez, madame, appuyez-vous sur mon épaule; je vais vous ramener chez vous.»

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Yaş sınırı:
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Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
136 s. 45 illüstrasyon
ISBN:
4064066334536
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
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