Kitabı oku: «Guillaume de La Barre»

Yazı tipi:

Arnaut Vidal

Guillaume de La Barre

Roman d'aventures


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066328337

Table des matières

INTRODUCTION

I.–DESCRIPTION DU MANUSCRIT.

II.–L’AUTEUR DU ROMAN.

III.–ANALYSE DU ROMAN.

IV.–EXAMEN DU ROMAN.

V.–STYLE.–VERSIFICATION.–LANGUE.

VOCABULAIRE

ERRATA



INTRODUCTION

Table des matières

C’est en1866que l’unique manuscrit des «Aventures de monseigneur Guillaume de la Barre» s’est trouvé pour la première fois entre mes mains. Il appartenait en ce temps à un bibliophile de Lyon, M. le marquis H. de La Garde, qui, voulant s’en défaire, l’avait confié à un libraire bien connu des amateurs de beaux livres, M. Potier. Celui-ci, sachant que je m’intéressais à la littérature provençale, voulut bien me communiquer le manuscrit, à condition de lui en faire une courte description pour un de ses catalogues. Ayant reconnu sans peine que le roman de Guillaume de la Barre était non seulement inédit, mais même, jusqu’à ce moment, complètement inconnu, je demandai à M. de La Garde la permission, qui me fut gracieusement accordée, d’en publier un résumé, accompagné des recherches littéraires et philologiques que le sujet comportait. Cette notice parut, en1867et1868, dans la Revue de Gascogne, et fut tirée à part sous ce titre: Guillaume de la Barre, roman d’aventure composé en1318par Arnaud Vidal de Castelnaudary; notice accompagnée d’un glossaire, publiée d’après le manuscrit unique, appartenant à M. le marquis de La Garde, par Paul Meyer (Paris, librairie Franck, 1868. In-8o, 47pages).

Sachant que le manuscrit devait être prochainement vendu et craignant qu’il allât s’enfouir dans quelque bibliothèque privée où il eût été difficile de le consulter, j’avais eu soin d’en prendre une copie complète. C’est d’après cette copie que je publiai, en1874, dans mon Recueil d’anciens textes bas-latins, provençaux et français (pp.127-130), environ300vers du poème.

Le manuscrit du marquis de La Garde fut vendu aux enchères en1869. Il fut adjugé, pour le prix de 1120francs, au libraire Potier pour Mgr le duc d’Aumale, et fait maintenant partie des admirables collections qui forment le Musée Condé à Chantilly. Avec sa bienveillance accoutumée, l’illustre fondateur et propriétaire de ce Musée a bien voulu m’autoriser à publier le poème dont il possède le seul manuscrit connu, et à prendre les négatifs d’après lesquels ont été faits les fac-similé qui ornent la présente édition.

I.–DESCRIPTION DU MANUSCRIT.

Table des matières

Le manuscrit du Musée Condé n’est point un livre de luxe: il est de modeste apparence. Toutefois, envisagé au point de vue purement matériel, il se recommande par l’état d’intégrité dans lequel il nous est parvenu. Il a conservé, je ne dirai pas sa reliure, car, à proprement parler, il n’est pas relié, mais sa couverture originelle, et cette couverture nous révèle, comme on le verra plus loin, certains faits intéressants. C’est un petit in-folio, de quarante feuillets, en papier très grossier, ayant en moyenne315millimètres de hauteur sur230de largeur. Chaque page est à deux colonnes et renferme trente à trente-deux vers. L’écriture a tous les caractères de la cursive, ou lettre de cour, usitée dans les documents administratifs ou judiciaires du Midi pendant la première moitié du XIVe siècle. Cette écriture n’est sûrement pas celle de l’auteur: il y a quelques fautes et diverses omissions qui excluent cette hypothèse: c’est une copie, mais une copie qui peut avoir été faite directement sur l’original, et en tout cas ne saurait être postérieure de beaucoup à la composition du poème, qui est daté, en ses derniers vers, de l’année1318. Il semble même qu’on soit autorisé à préciser davantage, et qu’on puisse, sans trop de témérité, rapporter la copie aux environs de l’année1324. En effet, entre divers essais de plume tracés sur un feuillet collé à l’intérieur de la couverture, à la fin du volume, on lit ces mots: Anno Domini M. ccc. xxiiij. Sans doute ce n’est point la date du manuscrit, d’autant plus que l’écriture n’est pas du tout celle du copiste qui a transcrit le poème: c’est l’écriture d’un autre scribe qui s’essayait à tracer des formules d’actes. Mais le fait que ce scribe écrivait, pour ainsi dire inconsciemment, la date de1324, semble bien indiquer qu’il avait cette année-là le manuscrit entre les mains. La date de la copie serait donc très rapprochée de celle de la composition. L’écriture, comme on en pourra juger par le fac-similé photographique de la première page, ne contredit pas cette hypothèse.

Sur le feuillet de papier où se lit la date de1324, se remarquent encore quelques dessins à la plume exécutés par une main assez habile. Ces dessins ne sont pas dénués d’intérêt. Je les décrirai sommairement: le lecteur pourra contrôler ma description à l’aide du fac-similé placé au commencement du présent volume. Vers le haut du feuillet, trois personnages. Celui de gauche est un guerrier portant sur l’épaule une lance et au bras gauche un large bouclier rond. Il conduit un chien en laisse. Celui du milieu est un chevalier armé de toutes pièces, à la mode du XIVe siècle. Il a un casque surmonté d’un haut cimier et porte la lance sous le bras. La housse du cheval et le bouclier sont armoriés: une croix de couleur sur écu de métal. A droite, enfin, un personnage en costume civil et portant une couronne. Il gesticule comme s’il prononçait un discours. Le nom ELENDUS (l’n et le d conjoints) est écrit en capitales onciales sur son corps. Au dessous, un animal fantastique, qui semble être un lion chinois. Au-dessous encore, un personnage aux cheveux très ébouriffés, en costume civil, tenant de la main gauche un gant, de la droite une sorte de cerceau orné de fleurs de lys (?) dont je ne devine pas l’usage; à côté on lit en cursive du commencement du XIVe siècle: lo comte de Foys. Devant lui, deux chiens poursuivent un animal, je ne sais lequel, peut-être un lièvre de dimensions gigantesques: les pattes de devant sont plus courtes que celles de derrière. Vers le bas, un homme portant un large bouclier arrondi d’apparence tartare. Au-dessus, une femme habillée à la chinoise, robe à manches pagodes, larges pantalons d’où sortent des pieds très exigus. Elle tient en sa main droite une branche qui se termine par trois fleurs de lys; à côté on lit Cerena. Ce nom et celui d’Elendus sont bien connus dans la littérature romanesque du midi de la France et de la Catalogne. Eledus et Serena sont les héros d’un poème provençal encore inédit dont on possède un manuscrit incomplet, qui, longtemps conservé à la Bibliothèque de Stockholm, est entré, par voie d’échange, en1872, à la Bibliothèque nationale. Le texte que nous offre ce manuscrit est, à la vérité, plutôt français que provençal; c’est proprement une traduction, qui, toutefois, laisse souvent transparaître les formes provençales de l’original. Le roman d’Eledus et Serena est cité par Matfré Ermengau, dans le Breviari d’amor, composé en1289, comme un exemple d’amour légitime aboutissant au mariage. Un demi-siècle plus tard, deux vers, qui semblent avoir appartenu au même roman, sont cités dans les Leys d’amors (III, 226):

Le cer, can vay jazer, Serena

Rigota son cap e penchena.

Vers le même temps, un poète catalan, En Torrelha, décrivant le harnachement magnifique d’un palefroi, nous dit que sur les arçons d’ivoire étaient peintes des scènes tirées des romans de Floire et Blancheflor, d’Iseut, de Tristan,

E de Serena e d’Eldus(lire Eledus).

Dans les premières années du XVe siècle, un autre poète catalan, Andreu Febrer, le traducteur de la Divine Comédie, fait l’éloge d’une dame

Qui de valor e de granda proesa

Val mays qu’Isolt ne Serena la blanca.

A ces divers témoignages vient maintenant s’ajouter celui que nous fournit le manuscrit de Guillaume de la Barre. On a remarqué qu’aucun n’est plus ancien que la fin du XIIIe siècle. Le poème lui-même, autant que j’en ai pu juger par une rapide lecture, ne doit pas être antérieur au milieu du même siècle.

Sur la face intérieure de la feuille de parchemin qui recouvre le volume ont été écrits, vers le milieu du XIVe siècle, semble-t-il, ces vers qui paraissent empruntés à quelque poème moral:

Mans homs ay vitz que dizo be folia

Per trop parlar; e cre may lor valria

Que tenguesso la leng’ entre las dens

Que qu’en dizo desplazer a las gens.

Qui trop parla, vos dic per veritat,

No pot esser j. mot no li escap

De fol parlar, e pus penedra se,

Mays, quan dit es, penedre nol val re.

Les vers de dix syllabes accouplés deux à deux sont assez rares dans la poésie provençale, et les exemples qu’on en a sont tous du XIVe siècle ou de la seconde moitié du XIIIe. Il n’y a rien dans ceux-ci, qui indique une époque plus ancienne.

Enfin, sur la face extérieure de la même feuille de parchemin sont dessinées, au simple trait, trois vaches. Je ne saurais dire si ces dessins nous représentent un souvenir quelconque des armes de Béarn. On sait, du reste, qu’au commencement du XIVe siècle, les deux vaches de gueules, clarinées d’azur, de Béarn, faisaient partie des armes du comte de Foix, et la représentation d’un personnage censé représenter ce seigneur donnerait à supposer que le manuscrit aurait appartenu sinon au comte lui-même (qui serait Gaston II, le père de Gaston Phœbus), du moins à un membre de sa famille ou à un de ses familiers. Mais c’est là une supposition très incertaine.

II.–L’AUTEUR DU ROMAN.

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Le roman de Guillaume de la Barre est médiocre, en tant qu’œuvre littéraire, mais il mérite l’attention de l’historien de la littérature comme du philologue par des mérites assez rares. D’abord, il est exactement daté, ce qui augmente singulièrement sa valeur comme texte de langue, et de plus ce texte est assez correct, nous ayant été conservé par une copie de très peu postérieure à la date de composition. Puis, nous en connaissons l’auteur: nous le connaissions même avant la découverte du poème. C’est, comme l’indique la rubrique initiale, Arnaut Vidal de Castelnaudary, qui fut le premier lauréat des Jeux floraux de Toulouse. La poésie qui lui valut la violette d’or est un serventois en l’honneur de la vierge Marie, qui, dans les manuscrits que possède encore l’Académie des Jeux floraux de Toulouse, est précédé de cette rubrique: Cirventes loqual fe N’Arnautz Vidal dal Castel nou d’Arri, e gazanhet ne la violeta d’aur a Toloza, so es assaber la primiera que s’i donet; e fo en l’an M. CCC XXIV. Le docteur Noulet, qui l’a publié en tête de son recueil intitulé Les Joyas del gay Saber, rapporte à ce propos l’extrait ci-après d’un des registres de l’ancienne académie toulousaine. «E l’autre jorns après, so fo le très de may, festa de Senta Crotz, jutjero en public e donero la joya de la Violeta a mestre Ar. Vidal de Castel nou d’Arri, loqual, aquel meteys an, de fag, creero doctor en la gaya sciensa per una novela canso que hac fayta de Nostra Dama.» Cette novela canso ne nous a pas été conservée. A en juger par la précédente, la perte n’est pas grande.

Arnaud Vidal n’était plus un débutant lorsqu’il obtint la violette d’or, puisque, six ans plus tôt, il avait achevé le poème qui voit le jour actuellement pour la première fois. Les derniers vers de ce poème nous permettent d’ajouter une notion importante au peu que nous savions de sa carrière poétique. Il adresse, en effet, son œuvre à un noble baron, dont il fait un pompeux éloge, qui se nommait Sicart de Montaut et résidait à Auterive. Montaut et Auterive sont deux communes de l’arrondissement de Muret, situées à une quinzaine de kilomètres l’une de l’autre. Plusieurs membres de la famille de Montaut, qui possédait Auterive et autres lieux situés dans le sud du comté de Toulouse, ont porté le nom de Sicart. Le premier figure plusieurs fois dans le poème de la croisade albigeoise. Il était partisan de Simon de Montfort. Celui-là et son fils paraissent de1230à1272, dans un assez grand nombre d’actes publiés par D. Vaissète. Il n’est pas facile de les distinguer l’un de l’autre, puisque la date de la mort du père nous est inconnue.

Enfin, un troisième Sicart de Montaut est mentionné par La Chenaye-Desbois et Badier d’après deux actes, l’un de1333, l’autre de1346. Il y en eut même un quatrième, qui vivait au temps de Charles V, mais dont nous n’avons point affaire. Évidemment celui que notre Arnaut Vidal considérait comme son protecteur, a dû être le second ou le troisième du nom.

Arnaut Vidal exerçait-il une profession, comme c’était le cas de beaucoup de ses confrères en poésie au XIVe siècle? Nous l’ignorons. Toutefois le titre de «mestre» qui lui est attribué dans l’un des textes cités plus haut donnerait à croire qu’il avait fait ses études en quelque Faculté. Et, d’autre part, la lecture de son roman révèle chez lui des habitudes qui sont celles d’un homme de loi. Il en a le style, on le verra plus loin; il en a aussi le formalisme. Ainsi, lorsque le roi de la Serre confie à Guillaume de la Barre le gouvernement de son royaume, un notaire vient rédiger la procuration donnée à ce dernier (v. 2724). Et quand Guillaume est accusé de trahison, on a soin de le faire citer par quatre fois, selon l’usage des tribunaux ecclésiastiques, avant de procéder contre lui par voie coercitive (v. 2921). Ce sont là des indices auxquels on ne saurait refuser une certaine valeur. A une époque où la poésie ne suffisait plus à faire vivre ceux qui la cultivaient, il n’est nullement surprenant que le même homme ait composé des romans et rédigé des actes publics ou privés.

Il est temps maintenant d’aborder l’examen du poème. Ce n’est pas l’œuvre d’une imagination puissante, et le style en est faible. Toutefois, on y rencontre des scènes qu’on a vues ailleurs et qui suggèrent d’intéressants rapprochements. J’en donnerai d’abord une analyse assez détaillée.

III.–ANALYSE DU ROMAN.

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En une terre située par delà la Hongrie vivait un roi nommé le roi de la Serre, qui, après un règne long et paisible, laissa son royaume à son fils, jeune homme de vingt ans et à tous égards accompli. Le nouveau roi mena pendant quatre ans une vie oisive. Au bout de ce temps, les nobles de la cité résolurent de tenir conseil avec lui. Au nombre de plus de mille, ils se réunirent dans le palais, et là, deux d’entre eux, prenant la parole au nom de tous, conseillèrent au jeune souverain de demander en mariage la fille du roi d’Angleterre. Le conseil fut agréé, et deux barons, Chabert le Roux et Guillaume de la Barre, furent chargés de l’ambassade. Ils partirent en grand équipage, accompagnés de cinquante hommes de bonne naissance, outre les valets, et menant avec eux vingt sommiers chargés d’or et d’argent. Ils se rendirent à un port de mer où ils s’embarquèrent. Après une traversée de trente jours ils arrivèrent à un port appartenant à un seigneur de Malléon, qui exigeait des chrétiens un droit de péage, à savoir100besants d’or pour chaque homme de parage et3o pour chaque écuyer. C’était son unique revenu; et il avait établi que quiconque refuserait le tribut serait décapité ou devrait renier la foi chrétienne. Cependant nos deux barons et leur suite étaient montés à cheval et avaient repris leur voyage, quand les Sarrasins viennent leur réclamer le tribut et, tout d’abord, mettent la main sur les sommiers (v. 150). Une lutte s’engage où les chrétiens ont l’avantage. Mais le seigneur de Malléon sort du château à la tête de plus de cinq cents cavaliers et de plusieurs centaines de fantassins. Deux écuyers sont envoyés pour parlementer. Il s’abouchent avec un latinieret reçoivent pour réponse l’injonction d’avoir à renier Jésus-Christ. «Tu es fou, répondent-ils au latinier, toi qui nous demandes de renier celui qui a créé la terre et la mer! Va-t-en porter à ton maître notre refus, car nous vous méprisons, aussi bien toi que lui et sa gent (v. 243).» Grande colère du seigneur, qui devient rouge comme un sendatet jure qu’il n’aura ni trêve ni paix avant d’avoir fait décapiter ou brûler tous ces chrétiens. «Qu’ils renient leur dieu ou que demain ils soient prêts au combat! Ils ont la nuit pour se décider et pour dormir.» Le latinier transmet cette réponse aux écuyers, les assurant que jusqu’au lendemain ils ne seront aucunement inquiétés, et les invitant à délibérer afin de répondre comme bonne gent doit faire. «Pour cela, répondent les écuyers, nous n’avons pas besoin de tes conseils, car tu es plein de fausseté; aussi ne te croyons-nous ni en cela ni en autre chose: ton conseil est faux, et faux qui te l’a donné, et ta loi est une loi morte et celle d’un dieu mort, tandis que la nôtre est celle d’un dieu vivant qui a tout créé. Dieu et la Vierge nous protègent!» (v. 312).

Les écuyers reviennent auprès de leurs seigneurs, à qui ils rendent compte de leur message. Guillaume de la Barre sourit, et, le matin, s’adressant aux siens, il leur dit: «Seigneurs, que la sainte passion de Jésus-Christ nous soit en aide, et nous conduise là sus en paradis! Nous sommes à notre dernier jour. C’est tout à l’heure qu’il nous faudra rendre nos âmes à Dieu; mais d’abord, nous allons, en bons chrétiens, communier avec des feuilles de ce laurier et en manger au lieu du corps de Jésus-Christ.» Alors tous pleurèrent tristement. Chabert cueillit les feuilles et les disposa sur de belles serviettes ouvrées; et lorsque les chrétiens se furent confessés entre eux, il donna à chacun sa part (v. 365). Puis on adora un crucifix qu’on avait fixé à un laurier, et on se mit à manger. Chacun eut une fouace, du vin et la moitié d’une perdrix. Il n’y avait ni deuil ni pleurs, mais tous étaient hardis comme des lions. Ils montèrent à cheval tous les cinquante et se formèrent sur une seule ligne. A ce moment le latinier reparaît, accompagné de deux autres Sarrasins, et engage de nouveau les chrétiens à renier leur foi. Guillaume de la Barre leur propose d’apporter leurs dieux auprès du crucifix. «S’ils sont trouvés plus «beaux, dit-il, nous nous renierons.» Le latinier accepte la proposition et va la faire connaitre à son maître (v. 458).

L’épreuve a lieu. Les Sarrasins amènent en grande pompe leurs dieux, Bafom et Tervagan, sur un char d’or à roues d’argent. Le latinier vient prier les chrétiens de faire avancer le leur, mais Guillaume s’indigne qu’on ordonne au maître d’aller à l’esclave, et le seigneur de Malléon consent à ce que ses dieux soient amenés jusqu’auprès du laurier où le crucifix était attaché. Guillaume de la Barre se met alors en oraison et prie Dieu de manifester sa puissance aux infidèles en anéantissant leurs idoles. Une colombe, visible pour lui seul, vient l’avertir que sa prière a été exaucée (v. 621). Cependant les païens découvrent leurs dieux dont l’or et les pierreries resplendissent au soleil, et Guillaume à son tour expose le crucifix. «Voilà un «dieu qui ne semble pas bien sain,» s’écrient les Sarrasins; «on dirait qu’il a le cou tranché.» Les insensés! à peine avaient-ils parlé que les uns ont le cou rompu, les autres la bouche tordue, d’autres la tête ou les bras cassés; jamais on ne vit pareil massacre. Bafom et Tervagan deviennent noirs comme charbon. Le latinier commence à croire en Jésus-Christ, et il fait part de ses sentiments au seigneur de Malléon qui, saisi de fureur, lui lance son épieu sans l’atteindre. Puis il s’approche de Bafom pour voir s’il reprendrait ses couleurs, mais il s’en exhale une telle puanteur que, sans une boule de musc qu’il portait, il était suffoqué. Au même instant, le corps de Bafom s’ouvre, et il en sort quatre chats puants, qui s’envolent, emportant le dieu Tervagan qu’ils jettent dans la mer (v. 743). A la vue de ces merveilles, le latinier engage son maître à délaisser les dieux de métal pour celui en qui est tout pouvoir et toute vertu. Le seigneur n’entend pas ce conseil sans impatience et se tourne vers deux des principaux barons de sa cour, qu’il invite, par son regard, à répondre pour lui. Ceux-ci se lèvent et déclarent qu’il faut aller détruire le crucifix. Le sire de Malléon adopte cet avis et ordonne au latinier d’annoncer aux chrétiens qu’ils seront attaqués le lendemain matin. Guillaume de la Barre et Chabert accueillent cette nouvelle avec joie, car leur seul désir est de recevoir la mort pour Jésus-Christ (v. 8o5). De retour, le latinier remontre à son maître la honte qu’il y aurait à écraser sous le nombre les chrétiens qui ne sont que cinquante, et lui conseille de leur opposer seulement cent des siens. Ce conseil est encore suivi, et le sire de Mauléon fait choisir cent de ses meilleurs chevaliers pour le combat du lendemain. Un champ clos est préparé, les barrières sont placées; deux estrades recevront la dame de Malléon et ses damoiselles ainsi que toutes les dames ayant rang dans la ville, telles que les femmes de bourgeois ou de riches marchands. Pendant ce temps, la reine, saisie de compassion pour les chrétiens, fait remettre secrètement par le latinier à Chabert le cheval et à Guillaume de la Barre les armes de son mari. Ceux-ci acceptent le don et font soigneusement enlever tous les signes qui auraient pu faire reconnaître le cheval ou les armes (v. 971).

Bientôt la dame elle-même, accompagnée d’une suite nombreuse, monte sur l’estrade; et tout d’abord elle fait jeter à la mer le Mahomet qui avait été laissé à terre et qui répandait une odeur infecte. Chrétiens et Sarrasins entrent dans l’enceinte; les premiers présentent un front si serré qu’un oiseau n’eût pu se frayer un passage au travers. Les cent Sarrasins se forment par peloton de dix afin de trouer la ligne des chrétiens. Aussitôt que, du haut de l’estrade, le seigneur de Malléon a jeté son gant dans l’arène, un premier peloton s’ébranle et s’efforce en vain d’enfoncer la bataille des chrétiens; un second est plus heureux, et la reine pousse un cri, inquiète pour la vie de Guillaume de la Barre. Elle craignait moins pour Chabert, confiante dans la bonté du cheval qu’elle lui avait envoyé. Guillaume se précipite sur les Sarrasins; il coupe l’un en deux, il en pourfend un second; à un troisième il enlève une joue et un bras, et, lui voyant les dents à découvert: «On dirait que le feu de saint Martial vous «a pris,» lui crie-t-il. Entouré par les Sarrasins, il est délivré par les chrétiens, conduits par Chabert, dont le cheval fait merveilles: à l’un il arrache le bras, un autre il l’enlève de la selle. Étonné, et soupçonnant la vérité, le seigneur de Malléon envoie un écuyer voir si son cheval n’a pas disparu de l’écurie; mais en chemin l’écuyer est saisi par un serpent qui l’arrête sur place jusqu’à la fin du combat. Les Sarrasins sont mis en déroute, et le cheval que monte Chabert met fin à la lutte en foulant aux pieds les ennemis renversés. Du côté des chrétiens deux hommes seulement avaient été blessés (v. 1279).

Après le combat, la dame, dissimulant sa joie, s’approcha de son mari et lui représenta que la victoire des chrétiens était due, sans doute, à la supériorité de leur croyance. «Si donc, seigneur, dit-elle, vous voulez vous faire baptiser, ne vous en privez pas pour moi, car je ferai tout ce que vous me commanderez (v. 1306).» Puis elle lui montre comme un fait miraculeux que son cheval est aux mains de Chabert; et bientôt on voit arriver l’écuyer traînant après lui le serpent qui l’avait saisi, et tout à coup le monstre s’envole, vomissant des flammes, et laisse l’écuyer sain et sauf. La reine explique au roi comment l’intervention du serpent a eu pour but de maintenir Chabert en possession du cheval. Chabert arrive à son tour, mandé par le roi. Le latinier l’avait prévenu de dire hardiment que le cheval lui avait été amené tout armé, sans qu’il sût d’où. Mais il n’eut besoin de fournir aucune explication, car en reconnaissant son cheval, le seigneur de Malléon se déclara prêt à recevoir le baptême. On emporta le crucifix à Malléon, on soupa, légèrement toutefois, car on avait bien des choses à se dire et bonne envie de dormir; on se contenta d’un chapon et d’une perdrix pour deux, puis on s’alla coucher (v. 1465). Au matin, la reine fit préparer la cuve qui devait servir au baptême. Elle était de marbre si dur que marteau ni masse n’auraient pu l’entamer, et brillait comme si elle eût été d’argent. Lorsqu’elle fut remplie, qu’on eut disposé tout autour de riches tapis et placé des sentinelles chargées de la garder, la dame s’y rendit suivie de ses damoiselles. C’était le second dimanche d’avril; l’année venait de changer. Le seigneur fit crier à son de trompe que chacun eût à se faire baptiser sous peine de son corps et de ses biens. Puis le crucifix fut apporté en grande pompe et placé sur une table d’or massif recouverte d’un riche coussin (v. 1537).

Le puissant seigneur de Malléon se dépouilla le premier et entra dans la cuve, où le suivirent les deux chevaliers. Chabert, se tenant debout sur un banc d’or à pieds d’argent, puisa de l’eau dans la cuve et la versa sur la tête du seigneur en prononçant les paroles sacramentelles. Il lui donna le nom de Léon et le surnom de Malléon. La reine l’enveloppa, au sortir de la cuve, dans un drap de soie blanche, puis, ayant fait venir trois paires de robes toutes pareilles, donna l’une à son époux et les deux autres à Guillaume et à Chabert. Puis elle alla se dévêtir dans une tente et, lorsqu’elle en sortit, en simple bliaut de soie verte, sans robe de dessus, ce fut une joie pour les yeux. «Dame, lui dit Chabert, il ne vous manque aucun genre de beauté.» Elle entra dans la cuve; Guillaume de la Barre la baptisa et lui donna le nom de Constance. Au sortir de la cuve, elle rentra dans la tente et y revêtit une robe à’ couleurs changeantes. Lorsque le soleil la frappait, il semblait qu’elle vînt du paradis. Ce fut ensuite le tour du latinier, qui pria son maître d’être son parrain. Celui-ci y consentit et lui donna le nom de Guillaume. Puis, par manière de plaisanterie, il le fit trébucher dans la cuve, au grand amusement de tous les assistants. On procéda enfin au baptême des deux enfants du seigneur de Malléon. Mais alors Dieu voulut faire un miracle afin de convaincre ceux qui persistaient encore dans leur erreur: les deux enfants se noient dans la cuve! Grande émotion dans l’assemblée. Guillaume de la Barre les retire, se tenant étroitement embrassés; mais ils étaient sans vie et déjà puaient comme des chats morts. Les Sarrasins s’effraient et déclarent qu’ils ne veulent plus se faire baptiser; mais voici que l’un d’eux tombe en lambeaux; en chacun des tronçons de son corps apparaissent des vers, et deux mâtins, se saisissant de cette charogne, la portent à la mer. «Prions Dieu!» s’écrie le seigneur à qui l’espérance revient. Il se met à genoux, la dame se joint à lui, disant Ave Maria, car elle n’en savait pas dire plus long. Chabert et Guillaume de la Barre prient aussi. Cependant les enfants ne ressuscitaient pas, et les Turcs hochaient la tête. Mais le latinier, inspiré de Dieu, fait sur les enfants le signe de la croix, et aussitôt ils se relèvent, et, se tenant toujours embrassés, se dirigent vers la cuve. Chabert les y suit et les baptise. Aussitôt les Sarrasins, saisis d’un vif désir de devenir chrétiens, se précipitent à leur tour vers la cuve; Chabert baptise les uns, enseigne aux autres les paroles sacramentelles, et chacun baptise de son mieux (v. 1853).

On expédia ensuite des lettres scellées pour demander au roi de la Serre d’envoyer ses clercs les plus instruits, et les deux chevaliers continuèrent leur route vers l’Angleterre. Quand ils furent arrivés au-delà de Niviers, dans un château qui a nom Tric, ils rencontrèrent le roi, et, s’étant agenouillés, lui demandèrent sa fille pour le roi de le Serre. La reine conseilla au roi de donner une réponse favorable. Le roi assembla ses chevaliers en conseil et leur demanda leur avis, qui fut conforme à celui de la reine. La demande fut donc agréée. Les messagers témoignèrent alors le désir de s’assurer si la jeune fille était aussi belle de corps que de figure, ce qui leur fut accordé. La reine déshabilla son enfant, que la honte rendait muette. Guillaume de la Barre, seul, entra dans la chambre, vit son corps aussi clair et net qu’un cristal, et rendit témoignage de sa beauté. On soupa, puis on s’alla promener par les prés. Le roi demanda à Guillaume de la Barre par où lui et les siens étaient venus, et s’ils avaient passé par Malléon. Guillaume raconta ses aventures, au grand étonnement du roi qui voulut aller vérifier le fait. Il se mit en route en grand équipage, emmenant avec lui sa femme et sa fille. Le seigneur de Malléon le reçut honorablement et lui offrit un grand festin dans le lieu même où s’était opéré le miracle qui avait amené la conversion des Sarrasins et où maints d’entre eux avaient été décapités. A une table à part prirent place le roi d’Angleterre, sa femme, sa fille, qui s’appelait Eglantine, le sire de Malléon et sa femme, dame Constance. Pendant le repas, la dame de Malléon se mit à chanter cette chanson:

Ben aia Jhesus, rey del tro,

Qu’a justadas estas amors!

Puis Eglantine, la fille du roi, dit à son tour:

Aras fos ieu el dous repayre

Lay hon mas amoretas ay!

Et son père lui dit: «Fille, vous y serez bientôt et vous les tiendrez dans vos bras, vos amourettes; j’entends le bon roi de la Serre» (v. 2145).

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Yaş sınırı:
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Litres'teki yayın tarihi:
11 ekim 2024
Hacim:
222 s. 4 illüstrasyon
ISBN:
4064066328337
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