Kitabı oku: «Famille Bra : notice historique sur une famille d'artistes douaisiens»

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Auguste Cahier

Famille Bra : notice historique sur une famille d'artistes douaisiens


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066306229

Table des matières

BIOGRAPHIE.

I

II

III

IV

V

VI

VII

BIOGRAPHIE.

Table des matières

I

Table des matières

C’est véritablement faire acte de bon citoyen que de recueillir dans les annales d’une ville les noms de ceux de ses fils dont les talents, les nobles actions, les vertus peuvent répandre du lustre sur le pays qui fut leur berceau et de poser ainsi comme une radieuse auréole sur le front de la cité.

Cette pensée a présidé à une œuvre, dans laquelle un enfant de Douai s’est attaché à réunir dans un cadre biographique de nombreux éléments qui montrent tout ce qu’aurait d’intéressant une histoire de cette ville, mais il était impossible que quelques lacunes ne se rencontrassent point dans un ouvrage de cette importance.

Nous avons remarqué une de ces lacunes. Un nom, qui tient dans les beaux-arts une place éminente, a été oublié ; ce nom, c’est celui de quatre générations de sculpteurs que Douai a vus naître, a vus se former, s’instruire, briller dans ses murs et dont elle-même, dans un jour de bonheur et de triomphe, a noblement couronné le digne et malheureusement dernier héritier.

Cette lacune, nous avons tenté de la combler.

A une époque déjà reculée venait de Tournai à Douai un sculpteur, d’origine espagnole, qui s’était distingué dans les Pays-Bas, où l’on rencontre encore sous les voûtes de beaucoup d’églises des sculptures en bois qui témoignent à un degré remarquable de l’étendue de son talent.

Cet artiste, du nom de Bra, créa à Douai un atelier, y travailla pendant d’assez longues années, et ne le quitta que pour finir sa vie à Tournai.

Il avait laissé un fils, Philippe, qui, d’abord formé par lui, était ensuite allé à Paris chercher de nouveaux enseignements, s’y était attaché à se perfectionner dans son art, puis était revenu se fixer à Douai, où il exécuta un grand nombre d’ouvrages, baptistères, chaires de vérité, confessionnaux, autels, calvaires, particulièrement pour les riches abbayes; presque tous les ornements de l’église de St-Pierre à Douai sont sortis de ses mains; il est même plus que probable qu’il est l’auteur de partie des sculptures qu’on voit décorer si magnifiquement le bel orgue qui a été transporté de l’abbaye d’Anchin dans cette église.

Grâce à ses travaux, il avait recueilli une fortune propre à assurer de l’aisance à lui et sa famille, lorsque, dans sa vieillesse, les Carmes déchaussés, dont le couvent était situé rue des Wetz, l’attirèrent dans leur maison; après avoir flatté ses sentiments religieux en lui conférant le titre de sacristain et en lui confiant la surveillance et le soin de leur chapelle, ils assiégèrent bientôt son esprit de captations, d’obsessions dont le but était de faire entrer ses biens dans leur communauté. Il possédait une rente de 2.400 livres, ce qui constituait alors un beau revenu, une maison, un mobilier assez considérable. Les bons pères lui firent vendre sa maison, bien entendu sans que son fils, dont il va être question, en fût prévenu, et, chose qui semble incroyable aujourd’hui, mais qui n’a été que trop prouvée dans sa famille, ils parvinrent, à l’aide de fanatiques et minutieuses pratiques, à éteindre son intelligence au point de le faire consentir à échanger le titre de sa rente contre un écrit qu’on lui présenta comme un passeport assuré pour le paradis. Cette pièce, qui, après sa mort, était tombée entre les mains de son fils, a été conservée pendant quelque temps dans les archives de la famille, mais maintenant elle est malheureusement égarée; ce serait un curieux monument d’une bien triste crédulité.

Philippe Bra avait alors 80 ans. Quant il n’eut plus rien à donner aux honnêtes religieux qui l’avaient si bien exploité, ceux-ci le laissèrent mourir en paix . Vingt-quatre heures après son décès, ils firent prévenir son fils que leur pensionnaire était malade; le fils accourt et trouve le pauvre vieillard étendu sans vie dans sa cellule, dont on avait eu soin d’enlever tous ses effets, jusqu’à sa montre et même jusqu’à des fruits qu’il aimait et qu’il gardait toujours en provision. Quant à la montre, le fils, si astucieusement dépouillé, fit tant de bruit, qu’on fut bien obligé de la lui rendre; mais la rente, l’argent et le reste demeurèrent au couvent, et la spoliation de l’héritier légitime fut complète.

Philippe avait fait pour son fils François-Joseph, né à Douai, le 15 novembre 1749, ce que son père avait fait pour lui; il l’avait initié de bonne heure à la pratique de son art. Comme son père, François-Joseph alla se perfectionner à Paris et revint ensuite à Douai fonder un atelier. Il prit une part active à beaucoup des travaux de Philippe, dont il continua la spécialité ; comme lui il exécuta pour beaucoup d’édifices religieux des ouvrages importants. Il existe encore de lui la chaire de l’église de La Bassée, quelques ouvrages à Saint-Pierre de Douai; mais le marteau dévastateur de 1793, en ruinant les couvents, les abbayes et beaucoup des églises de ces contrées, a détruit une trop grande partie des œuvres de Philippe et de François-Joseph. Toutefois, comme ce dernier était souvent employé par des particuliers chez lesquels le goût des arts s’unissait aux dons de la fortune, on retrouve encore, ainsi que nous l’indiquerons tout-à-l’heure, dans la ville de Douai, des preuves de son talent .

Lorsqu’éclata la révolution de 1789, François-Joseph Bra s’en montra un des partisans les plus déclarés. La chaleur qu’il mit à en propager, à en soutenir les principes le fit nommer officier municipal. Connu pour sa probité scrupuleuse, il fut préposé à la garde des dons patriotiques, puis à la surveillance des personnes détenues pour délits politiques. La différence d’opinion n’excluait pas chez lui les sentiments du cœur. Il allait de maison en maison recueillir pour ses prisonniers les offrandes de la charité ; ces malheureux le voyaient ensuite arriver auprès d’eux, venant par ses secours adoucir la rigueur de leur détention et leur rendre l’espérance par ses consolations.

Cette ardeur, dont l’expansion avait conduit Bra à des fonctions publiques, ne fut pas de longue durée, et la modération à laquelle il revint en présence d’excès à jamais déplorables l’éloigna de ces mêmes fonctions.

Au milieu de la perturbation générale, il avait vu diminuer, presque disparaître de jour en jour les ressources que lui avait procurées la pratique d’un art auquel personne ne s’adressait plus. Sa digne compagne, maîtresse habile et estimée d’un important atelier de couture, avait eu une belle clientèle parmi les familles opulentes de la ville et des environs; mais le temps des riches toilettes, des robes élégantes avait fui, et l’industrieuse aiguille de madame Bra, ou ne se reposait que trop, ou l’ouvrage plus que simple qui lui revenait encore n’était pas toujours exactement payé ; dans cette gêne, son courageux mari, ne pouvant plus demander à son ciseau les créations d’un art devenu alors inutile, le soumet à un travail dont les produits savent s’écouler en tout temps, même dans les temps de misère. Il lui fait encore fouiller, creuser le bois, mais ce n’est plus pour en tirer de vivantes sculptures, d’originales arabesques, de souples guirlandes; il le force tout simplement à faire des sabots, et l’artiste ferme et résigné, qui comprenait si bien qu’il n’y a pas de sot métier, fut consolé de l’abandon momentané de son art, en donnant à sa famille un pain honorablement gagné.

Mais dès que furent revenus le calme dans les esprits, l’ordre dans la société, la prospérité dans les affaires, il fut appelé à reproduire et à multiplier ces gracieuses corniches, ces élégants trophées, ces fins et légers ornements, ces moulures délicates qui charment encore aujourd’hui les yeux, qu’on aime à revoir, notamment rue Saint-Jean, n° 38; rue de la Comédie, n° 9; rue de Bellain, n° 7; place d’Armes, n° 14; dans plusieurs hôtels de la rue d’Equerchin; terrasse Saint-Pierre, ancienne maison de la maîtrise de cette paroisse, etc., et avec des proportions plus simples dans des maisons plus modestes, et entre autres au rez-de-chaussée de celle située au n° 42 actuel de la rue Saint-Jacques, où il habita, ainsi que son fils, et où est né son petit-fils, dont il sera parlé tout-à-l’heure.

Marié en octobre 1769 à demoiselle Marie-Catherine Delerue, il en avait eu quinze enfants, dont plusieurs moururent en bas-âge, et parmi lesquels se distingua Eustache-Marie-Joseph, né à Douai, le 22 mai 1772.

Elève de son père et de l’Académie de Douai, Eustache-Marie-Joseph se faisait remarquer dès l’âge de 12 ans par ses succès dans cette Académie, et, à l’expiration de chaque année de ses cours, 1784, 1786, 1787, 1788, les récompenses municipales témoignaient et de son assiduité au travail et de ses progrès successifs .

Après avoir été, pendant un peu de temps, chercher à Paris de nouveaux éléments d’étude et de perfectionnement, il revint à l’atelier de son père, dont il partageait les travaux, lorsqu’arriva le jour où la France, attaquée de toutes parts, dut appeler tous ses enfants à sa défense. Un décret des 23-24 août 1793 organise pour le service des armées une réquisition permanente. Le 26 septembre suivant se forme la compagnie de volontaires de Douai; Eustache Bra en est élu sous-lieutenant à la majorité des suffrages; trois mois après, il est incorporé dans le 6e régiment d’artillerie avec le grade de sergent. Atteint bientôt d’une blessure qui l’éloigne de son corps en prairial an II (6 juin 1794), il est définitivement réformé du service militaire le 26 thermidor an III (15 août 1795). Il revient encore dans sa famille et reprend les études qui avaient absorbé sa jeunesse. Lorsqu’il est de nouveau fait appel au talent de son père, il lui prête le concours de ses efforts et le seconde notamment dans les travaux exécutés aux hôtels de la rue de Bellain, n° 7; de la place d’Armes, n° 14; de la rue Saint-Jean, n° 38.

Cependant, avec le retour de l’ordre, de la tranquillité, de la prospérité publiques s’était réveillé dans quelques villes le culte des beaux-arts. La ville de Douai, une des premières en France, se signala par des expositions publiques ouvertes aux produits des arts et de l’industrie. Au salon de 1807, Eustache Bra, qui, à deux précédentes expositions, avait obtenu des mentions honorables, fit admettre un bas-relief modelure pour lequel le jury lui décerna une médaille d’argent.

Dans le cours de cette même année 1807, Georgery, sculpteur du gouvernement, spécialement chargé des travaux du Louvre et de l’Arc-de-Triomphe du Carrousel, appela à Paris Eustache Bra et l’employa dans l’entreprise qui lui était confiée.

Bra exécuta donc au Louvre plusieurs bas-reliefs qui sont vraiment dignes d’attention; nous signalerons particulièrement au-dessus de la porte par laquelle on accède de la première salle de sculpture au grand et magnifique escalier qui conduit aux salles de peinture, et du côté de cet escalier, un cartouche en bas-relief réunissant les attributs de la peinture, de la sculpture, de l’architecture et de la musique. Au milieu se trouve une L double, entourée par une guirlande de feuillage d’une étonnante vérité. Il semble qu’au moindre souffle vas’agiter chacune des feuilles qui composent cette guirlande. Dans le feuillage, touffu sans confusion, l’air et la lumière circulent comme dans la nature. Il en est de même dans tout le cartouche; tout y est parfaitement net, clair et détaché. Il y a là une certaine feuille de vélin sur laquelle on lit VITRUVIO POLLIO, et qui, mince et légère, reçoit et rend la lumière avec un bonheur inoui.

Gravissez l’escalier, portez-vous sur le palier de droite, placez-vous de manière à examiner à distance convenable les ornements du palier de gauche. Il est décoré de deux bas-reliefs représentant, l’un la Sculpture, par Guersant, l’autre la Peinture, par Laitié. Au-dessus de ces bas-reliefs vous verrez deux trophées, ouvrage d’Eustache Bra. Après avoir admiré le fini de l’exécution, la connaissance parfaite des objets représentés, la netteté, la franchise, la fermeté du modelé, vous serez frappés de cette habileté qui a su donner une égale valeur aux masses et aux détails, sans que rien parmi eux fasse confusion. La relation des détails avec les masses, bien que ceux-là soient merveilleusement détachés de celles-ci, est si justement observée, qu’ils forment et complètent les uns par les autres un ensemble parfait .

Cette science du modelé, cette observation sagace des rapports qui doivent le plus avantageusement unir entre eux les objets inanimés, ont été en quelque sorte le propre du talent d’Eustache Bra. Nous avons vu de lui une guirlande de fruits et de fleurs, modelée en cire, espèce de petit bas-relief en miniature; rien n’est plus frais, plus léger, plus charmant; on s’imagine que chaque fleur, que chaque fruit vient d’être détaché de sa tige. Au temps où a été composé ce petit chef-d’œuvre, on n’aurait pas manqué de dire que les nymphes elles-mêmes avaient tressé cette guirlande .

En 1811, Eustache Bra fut envoyé à Fontainebleau, et pendant le cours de cette année, exécuta de nombreux travaux dans les appartements du château.

Au commencement de l’année 1813, cette année où toutes les ressources de l’Etat étaient exclusivement tournées vers la guerre, furent suspendus les travaux du Louvre. Eustache dût chercher d’autres occupations profitables à sa famille, à lui-même. Délaissant, non sans de bien profonds regrets, la carrière de la grande sculpture monumentale, il se chargea, dans la manufacture de porcelaine de Choisy-le-Roi, de la composition des modèles. Il fut de là appelé dans la manufacture de Creil à en diriger le travail artistique, puis, de nouveau attaché à celle de Choisy-le-Roi, qu’il ne quitta plus jusqu’au moment de sa mort. Creil et Choisy-le-Roi, lui doivent une innombrable quantité de modèles décorés de sculptures, de figures, d’ornements, de bas-reliefs, qui tous se distinguent par l’agrément des sujets, la pureté du goût, non moins que par la finesse, la délicatesse de l’exécution, qualités que Bra tenait de l’étude de cette école flamande qui pousse l’amour et la reproduction de la nature plastique souvent jusqu’à la minutie.

Eustache Bra était un homme simple, énergique; chez lui dominait l’amour du prochain, de la famille, de la patrie. Son âme, accessible à toutes les inspirations généreuses, était exempte d’ambition, de tout désir soit de fortune, soit de distinctions futiles. Il vivait content de peu et entouré, dans sa modeste résidence de Choisy, de l’estime de tous. Longtemps il conserva avec la fermeté du cœur la vigueur du corps. A 59 ans, il remplissait encore avec exactitude ses devoirs de citoyen dans la garde nationale, où, en 1831 (23 mai), il recevait à l’élection le grade de lieutenant; alliant à un égal degré l’attachement aux libertés publiques avec l’amour de l’ordre, on le vit, en 1832 marcher dans Paris contre les émeutes à la tête de sa compagnie, dont il vit tomber autour de lui plusieurs hommes tués ou blessés. L’âge ne lui avait pas encore fait résigner un grade dans lequel il se sentait utile, lorsqu’en 1840 la mort vint l’enlever à la tendresse de sa digne compagne et du fils dont nous allons nous occuper.

THÉOPHILE-FRANÇOIS-MARCEL BRA est né à Douai le 23 juin 1797. Ses premières années furent celles d’un enfant fougueux, turbulent, difficile à maintenir. Son père, doué d’une imagination pittoresque, disait de lui que si l’on pouvait l’enfermer dans une bouteille bien bouchée, il ne s’enfuierait pas moins comme du vin de Champagne en faisant sauter le bouchon. Une pareille nature n’était pas facile à clouer sur les bancs d’une école, ou devant un modèle de dessin, et ce n’était pas sans peine que son grand-père, parvenait de temps en temps à le contraindre à tracer des yeux, des nez, des Louches avec du crayon blanc sur de l’ardoise, pour économiser le papier. L’enfant mutin, après avoir au plus vite barbouillé toutes ses grandes ardoises, s’échappait à la dérobée pour aller retrouver et ses camarades et ses amusements ordinaires; aussi chez lui brillaient la force, la santé, un caractère que rien n’intimidait, mais fort peu le savoir, lorsque son père le plaça dans l’institution de l’estimable M. Fouquay, dont la mémoire est si justement vénérée à Douai. Il n’y resta qu’un temps trop court; Eustache Bra, son père, ayant été, comme nous l’avons vu, attaché en 1807 aux travaux du Louvre, fit venir sa famille auprès de lui. Bientôt Théophile commença ses études artistiques. Jusque là il avait dessiné, découpé toutes sortes de figures d’imagination ou d’imitation, mais sans règles, sans principes. Ces règles, ces principes, il les recueillit dans l’atelier de Bridan fils, statuaire d’un beau talent, qui regardait ses élèves avec bonté, leur enseignait son art avec douceur, affabilité et désintéressement .

Cette effervescence naturelle, cette ardeur impétueuse dont les premiers élans s’étaient produits dans l’enfance de Théophile, troublèrent amèrement plus d’un jour de sa jeunesse; toutefois, dès avant l’âge de 13 ans, il en sentait lui-même tous les dangers, et déjà il les combattait résolument en lisant avec fruit des ouvrages philosophiques.

A cette époque, les splendeurs de la gloire militaire, l’éclat des rubans, des grosses épaulettes enflammaient bien des jeunes imaginations; Théophile Bra fut un instant entraîné vers ces brillantes séductions, mais la raison et la tendresse paternelles le ramenèrent aux écoles des beaux-arts où le succès couronnait ses efforts. En 1813, à l’âge de 16 ans, il remportait une première médaille ou premier prix d’Académie. Ce lui fut un puissant encouragement, et dès lors il ne cessa de travailler avec résolution et constance, se partageant entre une application assidue à l’étude de son art et de sérieuses, de profitables lectures. Homère, Virgile, nos grands poètes, certains auteurs étrangers, notamment Young, prenaient tous les moments qu’il ne consacrait pas à la sculpture.

A son premier maître avait succédé le statuaire Stouf, membre de l’Institut, sous lequel il fit de de rapides progrès.

Admis en 1816, à concourir pour le grand prix de sculpture, il fit un ouvrage trouvé faible; lui-même le reconnut plus tard.

En 1817, le sujet du concours, figure ronde bosse, était la mort d’Agis, roi de Lacédémone, expirant sur ses armes .

Bra se rappelle le mot de cette mère spartiate qui, armant son fils de son bouclier, lui dit: Reviens dessus ou dessous. Sous l’inspiration de ce classique souvenir, il détache le bouclier du bras gauche, le reporte au côté droit entre le corps et le bras, de sorte qu’Agis, penché de ce côté, se trouvait, en tombant, avoir réalisé l’héroïque recommandation de la noble lacédémonienne. La manière dont était massée sa composition l’avait engagé à adopter cette disposition, qui lui devint fatale. Cependant, lors de l’exposition, elle ne fut l’objet ni de remarques, ni de critiques, et les amis de Bra, ses concurrents eux-mêmes, quelques professeurs, l’appréciation de son œuvre par plusieurs journaux, lui avaient fait espérer la palme, lorsque le jugement de l’opinion publique fut cassé par celui de la majorité du jury, fort choquée de la liberté grande que s’était permise le jeune artiste en changeant de bras le bouclier du héros mourant, et qui se fonda sur cette grosse faute, pour lui refuser premier prix, second prix, médaille d’encouragement.

Théophile, en compagnie de son père, attendait la sentence qui devait confirmer toutes ses espérances. Atterré en apprenant sa complète, et cette fois injuste défaite, il entre précipitamment dans la salle d’exposition; un groupe de nombreux curieux entourait son ouvrage; il s’approche, les sépare brusquement, saisit son modèle, le renverse avec fracas sur le plancher, et se retire l’âme navrée de douleur et de rage. La ruine de ces espérances, qui, un instant auparavant, lui étaient présentées comme si légitimes, avait chassé toute la philosophie que depuis tant d’années déjà il s’efforçait d’acquérir; il voulut en finir avec la vie; l’amour et les consolations de son père le sauvèrent de son désespoir.

Il fut moins malheureux au concours de 1818. Admis, comme l’année précédente, le premier en rang, il remporta le second grand prix. Cette même année, il obtint à l’Académie le prix d’expression .

Ce fut à cette époque que, découragé par le résultat des examens qu’il avait subis, décidé à ne plus courir les chances capricieuses du concours pour Rome, il résolut de lutter avec ceux qui en étaient revenus. Seul, soutenu par l’énergie de sa volonté, sans moyens pécuniaires, n’ayant pour modèle que son propre corps, mais imbu des connaissances qu’il devait à de longues et profondes études anatomiques, dans un atelier humide, avec quarante francs pour ressources, il exécuta son premier grand ouvrage, Aristodème au tombeau de sa fille. L’action de ce roi messénien, qui, par fanatisme religieux et patriotique, immola sa fille pour satisfaire à de faux oracles; la douleur, le remords qui suivirent ce sacrifice, stérile dans ses conséquences, douleur qui l’obligea à s’ôter bientôt lui-même une existence devenue insupportable, lui parurent un sujet propre à intéresser le public. Son attente ne fut pas trompée; sa statue, généralement admirée, obtint sans restrictions les suffrages des connaisseurs et mérita que le gouvernement, sur le témoignage écrit que donnèrent les hommes les plus marquants de l’Institut et de l’école des Beaux-Arts, en ordonnât l’exécution en marbre .

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Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
81 s. 2 illüstrasyon
ISBN:
4064066306229
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
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