Kitabı oku: «Les contes de ma mère, recueillis et illustrés par Bertall»
Bertall
Les contes de ma mère, recueillis et illustrés par Bertall

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066324711
Table des matières
PRÉFACE
CONTES FAMILIERS
LA PETITE FILLE PARESSEUSE
MADEMOISELLE CAPRICE
L’ENFANT COLÈRE
CONTES DE FÉES
LE ROI BONHOMME
L’HABIT DE L’ÉTUDIANT
LA POULE ENCHANTÉE
PICCIOLINA
LES TROIS SOEURS
RÉCITS DIVERS
UN PRIX DE VERTU
JACQUES EUSÉE
UNE NUIT DANS LA CHAPELLE
LA DIRECTRICE
SCÈNE PREMIÈRE
SCÈNE II
SCÈNE III
SCÈNE IV
SCÈNE V
SCÈNE VI
SCÈNE VII
SCÈNE VIII
SCÈNE IX
SCÈNE X
SCÈNE XI
SCÈNE XII
SCÈNE XIII
SCÈNE XIV
SCÈNE XV
SCÈNE XVI
SCÈNE XVII

PRÉFACE
Table des matières
Lorsque nous étions tout petits, mes sœurs et moi, chaque jour nous venions nous asseoir aux pieds de notre chère bonne mère, et nous écoutions, ravis, les récits, les contes et les belles histoires qu’elle nous disait si bien, de cette voix douce, tendre et convaincue qu’il me semble entendre encore.
Elle nous racontait, comme personne, l’histoire du PETIT POUCET, du CHAT BOTTÉ, etc., mais elle ne craignait pas de blâmer les mensonges du PETIT POUCET, les tromperies inconvenantes du CHAT BOTTÉ , comme la paresse et l’indolence coupable du maître de ce chat si hâbleur et si déluré.
Aussi elle joignait à ces récits d’autres jolies histoires qu’elle improvisait elle-même, qui avaient le don de nous plaire encore plus que toutes les autres, et dans lesquelles les dénoûments heureux étaient des récompenses justement acquises.
Plus tard, nous avons eu le bonheur de voir, à notre tour, nos enfants, à nous, assis en rond autour de leur grand’mère, écoutant aussi ravis que nous ces histoires qu’elle contait si bien.
Un jour elle se mit à les écrire pour ses petits-enfants. Nous avons retrouvé dans son vieux secrétaire quelques-uns de ces contes, et si les enfants des autres peuvent trouver à les lire la moitié du plaisir que nous et nos enfants nous avions à les entendre, nous aurons le bonheur de les voir accueillir par un véritable succès.
Quant à moi, je suis heureux, plus que je ne peux le dire, d’avoir recueilli ces souvenirs bien chers de mes jeunes années, et de pouvoir ajouter à ces récits aimés de notre mère quelques-unes de ces petites images qu’elle aimait à me voir faire pour d’autres livres, et pour lesquelles elle se plaisait jadis à guider ma main.
BERTALL

CONTES FAMILIERS
Table des matières

LA PETITE FILLE PARESSEUSE
Table des matières

M. de Belcourt, riche propriétaire, venait de perdre sa femme, jeune encore et douée des plus aimables qualités; une seule fille, gage de cet hymen, faisait la consolation de son père. Pour elle seule, il avait combattu sa douleur, et se flattait de lui inspirer les vertus dont avait brillé la plus chérie des épouses.
Pour effectuer ce projet et se livrer sans contrainte à l’éducation de son Eugénie, il se retira dans une de ses terres à quelques lieues de Paris, et comme sa fortune le mettait à même de faire tous les sacrifices que nécessitaient ses intentions, il se fit suivre par différentes personnes dont les talents distingués et les qualités solides devaient entièrement remplir son but.
Eugénie, alors âgée de dix ans, n’avait encore acquis aucune connaissance. Élevée sous les yeux d’une mère tendre, la faiblesse de sa constitution avait paru un obstacle puissant au désir qu’on avait d’en faire de bonne heure une petite fille instruite; et l’enfant, accoutumée à voir cesser sur la moindre plainte les leçons qui la fatiguaient, les renouvelait sans cesse et n’apprenait rien.
Quelque dévouées que fussent à M. de Belcourt les personnes qu’il avait mises près de sa fille, la gentillesse de ses manières, la vivacité de son esprit, le ton caressant qu’elle prenait lorsqu’elle voulait obtenir quelque chose, rendaient inutiles leurs projets de sévérité, et elles restaient convaincues que ce serait vouloir la mort de cette enfant que de la tourmenter inutilement en la faisant travailler.
Le ton caressant qu’elle prenait lorsqu’elle voulait obtenir quelque chose rendait inutile tout projet de sévérité.

M. de Belcourt, voyant que les moyens qu’il avait crus infaillibles n’amenaient aucun des résultats qu’il attendait, se détermina à renvoyer pour quelque temps les personnes qui remplissaient si mal ses intentions, et ne s’en rapporta plus qu’à lui seul pour l’exécution de ses projets. Lorsque Eugénie voulait aller promener, son père prétextait toujours quelques occupations pressées qui l’empêchaient de souscrire à ses désirs; si, à son défaut, elle s’adressait à sa femme de chambre ou à quelque autre domestique, «jamais on n’avait le temps d’accompagner mademoiselle; monsieur avait ordonné telle ou telle chose, et comme il n’aimait pas à attendre, il fallait que cela fût prêt à l’heure dite». Eugénie, ne sachant que faire, jouait un moment avec sa poupée, regardait des estampes, faisait quelques tours dans le jardin, et revenait sans cesse à la charge pour voir si l’on ne s’occuperait pas d’elle; mais les ordres de M. de Belcourt étaient précis, et chacun s’en allait de son côté sans avoir l’air de prendre part à l’ennui de la pauvre Eugénie. Alors, elle retournait près de son père et le priait de lui lire quelques histoires amusantes, lui promettant d’être tout oreille tout attention, et de ne pas le quitter pour d’autres plaisirs; mais M. de Belcourt lui répondait froidement qu’il avait à régler d’importantes affaires, et que personne ne devait sacrifier un temps précieux à l’amusement d’une petite fille qui ne savait même pas en jouir. La triste Eugénie se retirait alors dans un coin, où elle faisait de pénibles réflexions sur la différence de vie qu’elle menait depuis son arrivée à la campagne.

Enfin l’ennui et le désœuvrement la rendirent réellement malade. Comme il n’y avait aucun danger pour les suites, on ne changea rien à la méthode que l’on employait. Tout le monde s’empressait de donner à la malade ce dont elle avait besoin, mais personne ne lui tenait compagnie, et chacun se retirait sans lui adresser le moindre mot de consolation.
Alors elle retournait près de son père, et le priait de lui lire quelques histoires amusantes.


A cette époque, une de ses tantes vint passer avec sa fille quelque temps au château de M. de Belcourt. La jeune Virginie était le contraste frappant de sa cousine. Malgré la vie dissipée que l’on menait chez elle, le goût de l’étude, du travail, des soins domestiques, s’était tellement fortifié en elle, que tout le monde était surpris à la fois de ses connaissances étendues et de la simplicité de ses manières. Lorsqu’elle entra dans la chambre d’Eugénie et qu’elle la vit nonchalamment couchée sur une bergère, elle courut l’embrasser en lui disant: «Tu es donc bien malade, mon Eugénie? — Sans doute, je le suis, répondit-elle; mais je le deviendrai bien davantage, si l’on continue à me laisser ainsi entièrement à moi-même. Je ne vois mon père qu’à l’heure des repas, les gens de la maison sont toujours occupés quand il faudrait me tenir compagnie et je me meurs d’ennui. — Mais que ne t’amuses-tu à lire ou à étudier? — Ce n’est pas un amusement, cela. — Tu crois? Oh bien! je t’assure, moi, que je ne m’ennuie jamais quand je suis seule, et que je préfère mes livres, ma musique, mes dessins, à la fatigante conversation de gens dénués de connaissances. — C’est possible, mais je ne me suis pas encore livrée à l’étude, et jusqu’à présent l’écriture, la lecture même m’ont tellement rendue malade, qu’on a résolu de ne pas me tourmenter à ce sujet. — En ce cas, ma chère, il faut que tu t’accoutumes à t’ennuyer, car il est impossible, comme tu ne le vois que trop, d’exiger que les gens qui t’environnent soient continuellement l’instrument de tes plaisirs, et celle qui ne sait pas se créer des occupations et des délassements devient dans la société un fardeau pour les autres et pour elle-même. — Mais songe donc aux peines qu’on doit éprouver avant d’être en état de jouir des avantages de l’étude! — Tu te les exagères beaucoup, je t’assure; je ne suis que de deux ans plus âgée que toi, et le peu de connaissances que j’ai acquises me suffit déjà pour me défendre de l’ennui et n’être plus à charge aux autres. C’est quand on a su vaincre les difficultés du travail qu’on en sent tout le prix, et qu’on redouble de courage. — Eh bien! s’il en est ainsi, ma Virginie, je veux essayer de ce remède pour ma maladie, mais à condition que tu seras ma première maîtresse. — Tu ne pouvais me faire une proposition qui me fût plus agréable, et nous commencerons quand tu voudras.»



En effet, de ce moment Eugénie abjura sa paresse. Les commencements furent un peu plus pénibles à cause des habitudes qu’elle avait prises; mais l’exemple et les conseils de sa cousine la soutinrent dans ses bonnes résolutions. M. de Belcourt, enchanté de ce changement, rappela près de lui les maîtresses qu’il avait éloignées, et vit en peu de temps sa fille bien-aimée marcher sur les traces de l’aimable Virginie. Si quelquefois ses anciens défauts se sont remontrés, ils n’ont eu qu’une influence passagère, et ont enfin disparu pour toujours.


MADEMOISELLE CAPRICE
Table des matières

Rosalie de Versanges, malgré les tendres avis de ses parents, s’était tellement laissé vaincre par un défaut auquel l’enfance est sujette, qu’il ternissait en partie les bonnes qualités qu’on remarquait en elle. Elle était capricieuse mais à un tel point, que les domestiques, ses petites amies, ses parents mêmes, n’étaient pas à l’abri de l’inconstance de son humeur. Un jour, elle les aimait à l’excès; le lendemain, elle ne pouvait souffrir qu’ils lui rendissent les moindres soins ou qu’ils partageassent ses jeux. Un moment, elle était douce, gracieuse, prévenante; l’instant d’après, grognon, querelleuse et méchante. Elle apportait les mêmes caprices dans ce qui concernait ou sa toilette, ou ses joujoux. Du moment où ses désirs étaient satisfaits, l’objet en était dédaigné, et tout ce qu’on avait entrepris jusqu’alors pour la corriger n’avait servi qu’à augmenter ses dispositions à la contrariété. Cependant Rosalie grandissait, devenait jeune fille, et ses caprices grandissaient en même temps qu’elle.

Un moment elle était douce, gracieuse, prévenante.

Madame de Versanges avait placé près de ses filles une gouvernante sage et prudente, dont la sévérité bien entendue avait déjà amélioré le caractère de Rosalie. Elle s’entendit avec elle afin de trouver un moyen efficace de la guérir de ce défaut, et quand elles crurent l’avoir trouvé , Rosalie fut appelée dans la chambre de sa mère, qui lui dit: «Nous partons demain, ton père et moi, pour quelques semaines. Comme tu es maintenant assez grande pour disposer toi-même de l’argent que je remets à ta gouvernante pour ta toilette et tes menus plaisirs, je l’ai autorisée à t’en confier l’emploi; tu peux donc en faire ce que tu voudras; mais je t’avertis que je ne te donnerai rien au delà de la pension que j’ai fixée pour cet objet. Réfléchis à cela, tâche de ne t’en servir que pour des choses utiles et de modérer tes caprices. Ta sœur Adèle, bien que de deux ans plus âgée que toi, n’a pas davantage à sa disposition. Songe que mes promesses sont irrévocables!»
Madame de Versanges prononça ces derniers mots d’un ton ferme, et laissa Rosalie faire de légères réflexions qui ne lui furent d’aucune utilité, car tout disparaissait devant l’idée d’avoir de l’argent en propriété, et d’être maîtresse de le dépenser à son gré. Pendant quelques jours cependant, elle parut n’avoir aucune fantaisie, et lorsque M. et madame de Versanges partirent pour la Belgique, ils espéraient trouver à leur retour cette enfant à peu près corrigée; mais il fallait plus que des avis pour détruire un défaut qui avait jeté de si profondes racines: aussi Rosalie reprit-elle bientôt et ses caprices, et les travers qu’ils occasionnent.
Les personnes attachées à la maison de madame de Versanges étaient tellement fatiguées de l’humeur changeante de Rosalie, des allées et venues qu’elle leur faisait faire à tous les instants, du dégoût qu’elle témoignait pour la chose qu’elle venait de demander avec opiniâtreté, de l’aigreur que la moindre lui donnait, et du peu d’attachement qu’elle témoignait à d’anciens serviteurs qui l’avaient vue naître, que tous, d’un commun accord, résolurent de ne plus obéir à ses ordres bizarres, et de ne plus s’occuper de ses impatiences ni de ses importunités.
Le bon Antoine.

La bonne Marguerite.

Enfin madame de Versanges revint, et pour célébrer son retour, elle promit à ses filles de donner une fête brillante où tout ce qu’il y aurait de mieux dans la ville serait invité. Quelle que fût la légèreté de Rosalie, l’arrivée de sa mère lui causa une joie très-vive, et les plaisirs qu’elle se promettait augmentèrent encore sa satisfaction.
Madame de Versanges ayant désigné le jour du bal, les apprêts de la toilette devinrent pour les femmes une véritable occupation, et chacune se hâta de faire ses préparatifs.
Plus l’instant approchait, et plus Rosalie, naturellement si vive, si folle, paraissait mal à l’aise et préoccupée. On avait beau étaler devant ses yeux des parures fraîches, élégantes, rien ne semblait la flatter, et elle ne faisait aucune disposition pour cette fête si vivement désirée. Sa mère, qui avait deviné les motifs de son apparente apathie, la fit appeler un matin, et lui demanda si ses arrangements pour le bal étaient terminés. Rosalie rougit à ces mots: elle avoua qu’ayant disposé de la plus grande partie de son argent, il ne lui restait qu’une somme très-insuffisante pour cette occasion. «Tu sais, ma fille, que je ne suis pas d’une sévérité ridicule. Si j’acquiers la certitude que c’est à des objets utiles ou à de bonnes œuvres que tu as employé ce qu’on avait mis à ta disposition, je m’empresserai de t’avancer sur ta pension ce dont tu vas avoir besoin. La première des vertus est la bienfaisance, et lors même que tu ne saurais pas encore la pratiquer, je serais trop heureuse de t’en voir le penchant pour te punir d’avoir enfreint mes ordres. Je vais trouver ta gouvernante pour m’éclairer sur ce point. Attends mon retour.»
Avait-elle employé son argent à des objets utiles ou à de bonnes œuvres?

Pendant cette conférence, Rosalie fut à la torture, et quand sa mère rentra, elle vit sa condamnation écrite sur sa figure: «Rosalie, lui dit-elle sévèrement, ta conscience a dû prévoir ce qui arrive. Je t’avais assez prévenue; tu paraîtras au bal avec tes vêtements ordinaires. Je ne veux pas que tu t’en dispenses; mais comme j’ai des devoirs à remplir envers les malheureux, ce serait y manquer que de te donner l’argent que je leur destine pour satisfaire à tes innombrables caprices!»
La jeune personne se retira confuse, affligée, mais sans se plaindre. Elle n’était pas méchante, et lorsqu’elle voulait réfléchir, la folie de sa conduite s’offrait à ses yeux dans tout son jour. Sa sœur vint la trouver, et la voyant baignée de larmes, elle s’informa tendrement du motif qui les faisait couler. «Qu’as-tu donc, ma chère Rosalie? Depuis quelques jours, je ne te reconnais plus. Tu as du chagrin, et tu m’en caches le sujet: c’est très-mal. Ne suis-je plus ta sœur, ton amie? — Oh! sans doute, tu l’es toujours; mais en te confiant mes peines, je t’affligerais inutilement, puisque tu ne peux y remédier. — N’importe, je veux les connaître, ou je vais trouver maman; peut-être sait-elle ce qui t’afflige si fort. — Certainement, elle le sait: seule, elle pourrait me consoler; mais je n’ai pas mérité tant d’indulgence de sa part, puisque j’ai négligé les avertissements qu’elle m’avait donnés.» Alors elle raconta à sa sœur tout ce qui s’était passé entre elle et madame de Versanges. «Je pourrais, ajouta-t-elle après ce récit, feindre une forte indisposition pour ne pas assister au bal, où se trouveront réunies les plus jeunes, les plus élégantes personnes, et où la punition qui m’est imposée paraîtra à tous les yeux; mais j’ai résolu de me corriger d’un défaut dont je vois tout le désagrément, et je sens que mon amour-propre blessé, la honte de paraître d’une manière aussi simple dans cette fête où je devais être une des mieux parées, l’effet que cela produira sur la plus grande partie de la société, tout cela est essentiel à la leçon qui se prépare, et je ne chercherai pas à l’éviter.»
Madame de Versanges, qui d’un cabinet voisin avait entendu la conversation de ses filles, fut délicieusement émue de la généreuse résolution de Rosalie: elle balança même si elle lui laisserait consommer un tel sacrifice au moment où elle semblait n’en avoir plus besoin; mais réfléchissant qu’il faut à la jeunesse de fortes leçons, elle ne changea rien à ses projets et feignit la plus grande insouciance sur le déplaisir qui attendait la jeune coupable au jour indiqué.
Il arriva enfin. Adèle avait tout mis en usage pour soutenir le courage de sa soeur; mais il faillit échouer quand il fallut entrer au salon. En effet, rien ne contrastait autant que la toilette des deux sœurs. Adèle avait instamment prié sa mère de la laisser s’habiller aussi simplement que Rosalie, afin qu’elle fût moins affligée. «Non, ma fille, avait répondu cette sage mère. Plus tu aimes ta sœur et plus tu dois travailler à lui enlever cet affreux défaut qui détruit tout le charme de ses bonnes qualités. Si tu partageais sa punition, personne ne s’en apercevrait,, et mon but serait manqué. Retourne près d’elle, et ne m’en parle plus.»
Rien ne contrastait autant que la toilette des deux sœurs.

Madame de Versanges avait confié à quelques amis le secret du jour, et, le mot donné, la leçon fut complète. Un feint étonnement, des questions multipliées, des chuchoteries, des regards malins, tout fut mis en jeu, et la pauvre Rosalie fut si peu ménagée que, malgré sa vertueuse résolution, elle ne put rester au bal jusqu’à la fin. Elle se retira dans sa chambre, où, après avoir donné un libre cours à ses larmes, elle fit de sérieuses réflexions sur le danger des caprices que l’on ne peut contenter dans le monde qu’en s’imposant par la suite des privations pénibles. Déterminée à tout mettre en usage pour se corriger, elle s’abandonna entièrement aux conseils de sa mère, qui, heureuse d’un tel changement, ne négligea rien pour le maintenir. Elle y réussit, et au bout de six mois Rosalie était la jeune personne la moins capricieuse et la plus raisonnable.

Madame de Versanges, pour la récompenser de son courage, donna une fort belle fête où l’on vit paraître Rosalie dans un éclat qui effaça le souvenir du dernier bal; mais ce qui la fit plus remarquer que l’élégance de sa parure, ce furent la grâce et la modestie avec lesquelles elle reçut les félicitations sans nombre qui lui furent adressées.
