Kitabı oku: «Histoire critique des origines et de la formation des ordres grecs»
Charles Chipiez
Histoire critique des origines et de la formation des ordres grecs

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066328252
Table des matières
AVANT-PROPOS
PREMIÈRE PARTIE
I
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
II
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
III
I
II
III
IV
V
VI
IV
I
II
III
IV
V
V
I
II
VI
I
II
VII
I
II
VIII
I
II
III
IX
I
II
III
IV
V
VI
VII
DEUXIÈME PARTIE
I
I
II
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
III
I
II
III
IV
V
VI
IV
I
II
III
IV
V
V
I
II
III
IV
VI
I
II
III
VII
I
II
III
VIII
ÉPILOGUE

AVANT-PROPOS
Table des matières
Les formes architecturales représentent, ou peuvent toujours représenter des abstractions. L’artiste, suivant les expressions de Gœthe, «place ses moyens matériels sous la dépendance d’une inspiration raisonnée, à laquelle il les fait servir d’instruments».
Ces deux principes, abstraction, inspiration, qui dès l’abord interviennent dans l’œuvre monumentale, semblent opposer d’insurmontables difficultés à l’étude des formes originaires. Comment, en effet, découvrir la source des idées ou des sentiments dont elles émanent dans le champ sans limites ouvert aux conceptions primitives?
L’intérêt qui s’attache à cette question a eu le privilége de provoquer de nombreuses recherches.
Au sujet des monuments helléniques, deux théories depuis longtemps formulées divisent, aujourd’hui encore, un grand nombre d’esprits.
L’une trouve, dans les antiques sanctuaires en bois de l’Hellade, le modèle qui aurait imposé non-seulement la forme générale de l’édifice en pierre, du temple dorien, mais les formes particulières des éléments qui le constituent. Dans ce système, «le tronc d’arbre devient le type de la colonne; mais bientôt le type sera transformé de telle sorte, qu’il ne gardera plus de commun que les conditions de solidité ».
Dans l’autre système, tout principe d’imitation est nié, et l’on affirme que les membres d’architecture, et spécialement la colonne, «dérivent des nécessités de la construction en pierre, et doivent à cette seule origine leur forme et leur beauté ».
Ces théories ne se sont pas produites sans soulever de sérieuses objections.
On a justement fait remarquer qu’il y aurait invraisemblance et même impossibilité à substituer la pierre au bois, en donnant à celle-là les formes qui conviennent à celui-ci. Le mode d’emploi est réglé par la constitution et les propriétés des matériaux, parfois diamétralement opposées. Il a donc été facile de prouver que la métamorphose du temple ligneux en édifice lapidaire n’aurait pu s’opérer que par l’interversion des lois de la statique.
On a dit encore que, si les nécessités constructives remplissaient un grand rôle dans les édifices, elles s’imposaient à l’artiste comme moyen de réalisation, et non comme source de création; que l’œuvre d’art se manifeste dans un ordre expressif supérieur à celui des exigences matérielles, c’est-à-dire par une beauté qui la caractérise en propre.
Ces systèmes, tendant à expliquer les formes architecturales par des principes admis à priori, sont insufsants à déterminer l’origine de l’art monumental hellénique. On le prend bien au point de départ, il est vrai; mais on le considère comme indépendant de toutes relations extérieures; on le suppose autochthone, sorti de ce sol duquel le peuple grec prétendait être né lui-même.
Sans repousser complètement l’action des influences étrangères, les partisans de ces théories ne l’affirment pas; et, comme l’ethnographie et l’histoire semblent n’apporter à ce sujet que de vagues présomptions, ils n’y attachent qu’une médiocre importance.
Dès la fin du siècle dernier, les travaux de l’expédition scientifique d’Égypte, en nous initiant à l’art des Pharaons, donnèrent naissance à une opinion nouvelle: on crut trouver dans les monuments des bords du Nil le prototype des formes helléniques. Ce sentiment paraissait rencontrer une confirmation évidente dans des légendes qui, tardivement produites en Grèce, attribuaient aux Égyptiens la fondation d’un certain nombre de villes du Péloponèse et de l’Attique.
Dans notre siècle, la découverte inespérée des monuments de l’Assyrie, les explorations archéologiques de la Perse, de la Phénicie et de l’Asie Mineure, ont eu ce résultat, de déplacer de l’Égypte le berceau de l’art grec et de le transporter dans l’Asie. Les deux contrées ont partagé pendant quelque temps cet honneur; puis, finalement dépossédée au profit de l’Asie, l’Égypte s’est vu dénier jusqu’à la plus minime part d’influence sur l’art hellénique.
Aujourd’hui, la théorie de la filiation des formes, sur laquelle reposent ces derniers systèmes, paraît généralement acceptée. Une connaissance superficielle des monuments antiques suffit, il est vrai, à faire supposer que certaines formes élémentaires, apparues dans des localités déterminées, ont pénétré par une sorte d’irradiation, à des siècles d’intervalle, sous d’autres climats, ont été modifiées par d’autres peuples, transformées peut-être, tout en restant reconnaissables.
Mais ceci complique le problème de l’origine des formes architecturales, au lieu de le résoudre.
Sont-elles, en effet, la conséquence d’une sorte d’atavisme, ou bien doivent-elles être considérées comme des analogies fortuites?
L’expérience que les siècles se transmettent aurait-elle fait rayonner au loin, en dépit des différences de races et de civilisations, les formes similaires, issues d’une origine unique? Ou bien, produites par des causes identiques, seraient-elles nées dans des lieux différents, à des époques indéterminées et précédées des mêmes périodes d’incubation et d’essais?
Enfin, hors les principes invoqués par les théories que nous venons d’analyser, n’existe-t-il pas des sources inspiratrices, intimement liées à la condition de l’œuvre d’art, et dont influence sur l’artiste soit susceptible de constatations?
C’est ce que nous allons demander aux faits, c’est-à-dire aux monuments que le temps a conservés, et nous choisirons pour base de nos recherches l’élément constitutif des ordres grecs, la colonne.
Remonter aux formes primordiales, en suivre le développement, éviter de les séparer de ce qui les précède, et de les dégager de ce qui les entoure; et, à mesure que cette étude se déroulera sous nos yeux, déduire les conséquences: tel est le plan que nous nous proposons.
Nous ne pouvons songer, cependant, à écrire l’histoire des Ordres dans le sens étendu que comporte ce mot; notre seul but est de présenter, dans une esquisse rapide il est vrai, mais longuement préparée, l’ensemble des causes qui ont déterminé les formes grecques.
On chercherait donc en vain, dans cette étude, sur les architectes anciens et sur leurs œuvres, des indications que nous ne fournissons point, parce qu’elles transformeraient chacun de nos chapitres en un volume. A temps voulu du reste, et suivant l’opportunité, nous traiterons plus amplement certaines parties de notre sujet.
Un autre motif a contribué, pourquoi ne le dirions-nous pas, à restreindre le côté purement archéologique de nos recherches. Nous avons trouvé naturel de recourir aux lumières que l’architecte puise dans le sentiment de son art, plus qu’aux ressources de l’érudition: il nous a semblé que, dans une question si intimement liée au principe même des formes, ces lumières devaient être. un guide plus éprouvé et plus sûr.

PREMIÈRE PARTIE
Table des matières
PÉRIODE ORIENTALE
I
Table des matières
ÉGYPTE
COLONNES FIGURÉES
I
Table des matières
Description du premier type d’édifices figurés dans les bas-reliefs égyptiens. Le pan de bois.
Un grand nombre de siècles avant la naissance de l’architecture dorienne, à une époque si reculée qu’elle semble appartenir aux âges géologiques, l’Égypte possédait l’art de tailler, de polir et d’appareiller les pierres. Elle superposait les énormes blocs quadrangulaires de ses édifices avec une science et une habileté qui ont triomphé des efforts du temps. Et malgré la simplicité, la pauvreté même, des ressources plastiques, les dynasties memphites ont élevé des monuments dont l’incomparable expression de grandeur et de stabilité, plus que les proportions colossales, a mérité l’admiration des siècles.
L’étude de ces monuments révèle d’étranges particularités.
On voit des monolithes, et même des édifices appareillés, affecter les formes qui appartiennent en propre aux constructions en bois et offrir l’aspect d’une claire-voie charpentée, ou plutôt d’une vaste cage. Sur les parois se détachent, en bas-relief, des saillies plus ou moins nombreuses, disposées toujours d’après un même principe. Les traverses et les montants quadrangulaires, assemblés à angles droits, en forment la structure apparente, et une succession de surfaces planes, en retraite les unes sur les autres, simulent entre les montants un remplissage de panneaux creux. Dans cette construction imitative figurent la plupart des éléments qui entrent de nos jours dans la construction des pans de bois. On y trouve les poteaux et les sablières, les potelets et les linteaux; seules, les pièces obliques appelées guettes et décharges y font absolument défaut (F. 1) .

MUSÉE DU LOUVRE

Postérieurement à l’époque où ces monuments furent édifiés, des représentations de même genre forment, sur les bas-reliefs, un fond duquel se détachent des personnages. La continuité et les dimensions semblent indiquer une décoration murale étendue. Des ornements géométriques variés couvrent les surfaces des montants, des traverses et des remplissages, qui prennent ainsi un caractère d’extrême richesse (F. II) . Ce système d’imitation paraît avoir été abandonné sous le Nouvel-Empire.
II
Table des matières
Description du second type d’édifices figurés dans les bas-reliefs égyptiens. L’édicule ouvert.
Dès la IVe dynastie (4235-3950), les bas-reliefs et les peintures montrent des édicules, sortes de petits temples, d’un système de construction tout différent. Autant, dans le premier, les éléments sont rapprochés et l’édifice fermé, autant dans celui-ci les éléments sont séparés et l’édifice ouvert. Ces petits monuments se composent, en général, de deux supports minces et coniques, sortes d’aiguilles, toujours pourvues de chapiteaux, de socles, et reliées au sommet par des éléments horizontaux d’une faible hauteur (F. III et V) .


Suivant les époques, ces représentations accusent des différences que nous allons signaler, sans chercher toutefois à établir une classification rigoureuse.
Aux époques les plus anciennes, le fût des colonnes est limité par des lignes droites, et des rayures y indiquent parfois les pans ou les stries (F. IV) .

Le chapiteau représente des formes végétales, ordinairement un bouton de plante entouré de bractées. L’ensemble, loin d’être compacte, laisse passer la lumière à travers les interstices des feuilles et des fleurs (F. V) . A la partie inférieure, le chapiteau est attaché à la colonne par de nombreuses ligatures et un abaque mince et large termine cet assemblage invraisemblable. La colonne, ainsi constituée, supporte un entablement composé d’étroits filets horizontaux, que sépare une face ou peut-être un vide régulièrement interrompu par des lignes verticales, dans lesquelles on a cherché l’origine des triglyphes.

A des époques postérieures, quelques-unes de ces formes subissent des changements assez notables. Les colonnes sont accouplées (F. VI), puis réunies en faisceau (F. VII). Les proportions s’écourtent et le fût, arrondi à la partie inférieure, repose sur un dé hémisphérique (F. VIII) .

Plus tard encore, le chapiteau s’épanouit et se développe en éventail; alors les formes végétales se multiplient, s’allient à des ornements géométriques, et se superposent dans des dispositions mouvementées et fantaisistes (F. IX).
Dans ces colonnes, relativement trapues, l’abaque devient parfois cubique. Les proportions de l’entablement s’accroissent, et les lignes verticales qui rappellent les triglyphes, également espacées et de couleurs différentes; s’étendent sur toute la longueur de l’entablement (F.X).



III
Table des matières
Recherche de la valeur imitative des édifices figurés. — Explication du nombre restreint des éléments columnaires.
Quelques archéologues pensent que ce mode de figuration reproduit, d’une manière plus ou moins conventionnelle, les constructions en bois. Leur opinion a été contestée.
On ne peut ni l’admettre ni la repousser sans discussion.
De nombreux édifices sont représentés d’une manière conventionnelle sur les vases grecs; on y observe la même exagération des vides sur les pleins, le même amaigrissement des formes. Les peintures de Pompéi offrent des exemples de ce genre non moins remarquables; la fantaisie y est portée jusqu’à l’extravagance. Dans notre moyen âge même, l’architecture feinte a reçu un développement considérable, et les caractères en sont parfois non moins bizarres.
Il est pourtant impossible de rattacher les formes architecturales ainsi dénaturées, déformées plutôt, à des systèmes de construction définis, quoique d’étroits rapports les unissent souvent à certaines formes de l’architecture réelle.
Dans ces circonstances, est-il raisonnable d’attribuer une valeur imitative aux fantastiques anaglyphes des monuments de l’Egypte?
Telle est la question à laquelle on est forcé de répondre, si l’on veut aborder avec des données suffisamment précises le problème des origines de la colonne lapidaire.
Il semble, à première vue, que ces figurations soient pour ainsi dire idéographiques: on dirait que l’on a voulu représenter l’idée d’un édifice plutôt que l’édifice même.

Le naos sous lequel repose Osiris (F. XI) a en effet des formes semblables à celles de l’édicule sous lequel on foule la vendange à Thèbes ou à Beni-Hassan (F. XII).
Une étude plus suivie des monuments montre cependant que cette observation ne peut être généralisée.

Si, dans la plupart des cas, les colonnes sont peu nombreuses et arbitrairement espacées, ce fait s’explique par les exigences de la peinture et du bas-relief. Lorsqu’une scène devait être représentée derrière ces supports, pour ne pas couper les figures, pour ne pas interrompre l’ordonnance de la composition, l’artiste faisait abstraction des supports qui le gênaient, et conservait seulement les colonnes angulaires. On conçoit que les formes abrégées, qui satisfaisaient si bien aux convenances de la glyptique et de la peinture, aient été adoptées de préférence à toute autre dans les compositions figurées; les avantages en étaient précieux.

Hors le cas précédent l’artiste a multiplié les supports columnaires (F. XIII) .
IV
Table des matières
On reconnaît dans les édifices figurés un certain nombre de motifs appartenant aux constructions réelles.
Nous avons remarqué qu’à une certaine période les arrangements des chapiteaux deviennent de plus en plus arbitraires, et les fûts relativement massifs. On peut donc supposer que ces changements étaient le reflet de ceux qui s’étaient antérieurement produits dans un type réel, et l’existence de ce type est d’autant plus admissible, que quelquefois l’artiste s’est fort heureusement départi de sa réserve, et a visé, dans certains assemblages de formes, à une imitation rapprochée, qui permet de découvrir quelques données positives sous une bizarre apparence.

C’est ainsi que, dans les bas-reliefs polychromes, quelques édicules sont couronnés par un triangle rectangle dont la superficie est sillonnée de dessins vermiculés. Cet appendice est fort laid, et ne peut s’expliquer que par l’imitation d’un objet réel, d’une couverture en forme d’appentis (F. III, VIII et XIV) .

On concevrait difficilement, en effet, que les édifices, sous un climat aussi ardent que celui de l’Égypte, n’eussent formé qu’une clôture légère et en quelque sorte fictive, renfermant un espace exposé à l’action des rayons solaires. Aussi voit-on sans surprise les plafonds des hypogées taillés dans le roc, et ceux d’autres monuments présenter la forme indiquée par la figure XV.
Il est présumable que ces couvertures dérivent du principe des constructions en bois. Les cylindres, couverts de dessins imités du stipe, ou tige rugueuse du palmier, représenteraient donc des troncs d’arbre non équarris.
En l’absence d’un nombre suffisant de documents, je dois avouer que la proportion, l’échelle et la section fortement elliptique de la plupart de ces solives (F XVI). font naître quelques doutes dans mon esprit. Il me semble qu’une telle disposition pourrait aussi, dans certains cas, représenter une couverture composée d’étoffes, de tentures placées sur de minces solives, sur des courroies ou des cordons, et décrivant une courbe légère. Quoi qu’il en soit, une valeur initiative peut être attribuée à certaines formes de l’architecture lapidaire et de l’architecture figurée.


Ce n’est point une supposition hasardée; c’est un fait que font pressentir des documents puisés dans un autre ordre de recherches.
V
Table des matières
Les monuments portatifs élevés par les Hébreux après leur sortie d’Égypte expliquent les modes de construction des édifices représentés dans les bas-reliefs égyptiens. — Emploi des pans de bois fermés et des édicules ouverts. — Composition de la couverture de ces monuments. — Nature ligneuse ou métallique des supports.
On sait qu’une tribu sémitique, devenue plus tard le peuple hébreu, occupait une partie de l’Egypte, et qu’assujettie à des travaux pénibles, elle réussit, à une époque qu’on fixe généralement sous la XIXe dynastie, à se soustraire par la fuite aux exigences de ses maîtres. Or cette tribu, à qui l’art monumental était inconnu avant son arrivée en Égypte, à peine échappée aux périls de sa tentative, éleva au milieu du désert un sanctuaire portatif, qui révèle un art en pleine possession de moyens complexes. Il est bien évident qu’elle ne put demander qu’à la seule architecture égyptienne des formes et une technique. On n’improvise pas un système architectural pendant une migration en pleine Arabie Déserte, et, sans même imiter servilement, on est fatalement astreint à l’emploi des formes connues.
Nous possédons dans l’Exode et dans le livre des Nombres une minutieuse description de ce temple. Elle jette un jour éclatant sur toute une face peu connue de l’art égyptien.
Nous en détachons les particularités suivantes:
1° La construction du tabernacle se composait de poteaux ou de madriers quadrangulaires assemblés. On les avait disposés en montants et en traverses; celles-ci étaient partielles en forme de linteaux, ou s’étendaient sur la longueur des parois en forme de sablières .
Tous ces éléments étaient couverts de lames d’or.
Il suffit de regarder les pans de bois représentés figures I et II pour reconnaître non-seulement la frappante analogie de ce système de construction avec celui du temple hébraïque, mais encore pour apprécier le secours que celui-ci apporte à l’étude des formes égyptiennes. Le revêtement métallique explique clairement les ornements géométriques qui recouvrent les lambris représentés F. II. Sans l’emploi de ce métal, une aussi riche ornementation, appliquée sur une matière aussi pauvre que le bois, ne se comprendrait pas. Les creux et les reliefs légers permettaient en outre de fixer solidement l’or sur les colonnes ligneuses.
On doit supposer que ce mode de construction était usité encore en Égypte au moment du départ des Hébreux, et qu’on l’employait pour des destinations diverses, simultanément avec le système de la construction en pierre. Il s’agit d’un mode réel, qui devait remonter à l’origine des temps, puisque c’est le principe ornemental des plus anciennes constructions en pierre.
2° Le toit du sanctuaire hébraïque consistait en une suite de tentures, qui intérieurement formaient un plafond, et, s’étendant sur les parois, les dérobaient aux regards. Sur ce plafond étaient superposées plusieurs rangées de tentures de cuir, qui recouvraient les faces extérieures, et formaient une enveloppe sur trois côtés de l’édicule. On en avait fixé les extrémités inférieures à des pieux d’airain enfoncés dans le sol.

L’imitation d’un objet réel que nous avons reconnu dans l’appentis de la figure XIV se trouve ainsi confirmée de nouveau. Il est vrai que les tentures placées sur le faîte du tabernacle se développaient probablement sur un plan horizontal: ce devait être la disposition généralement usitée en Égypte. La connaissance que nous venons d’acquérir de la composition de ce système de couverture nous permet d’en fournir la preuve.
Presque tous les édifices ouverts, représentés sur les bas-reliefs, avec ou sans toit, montrent sous l’architrave une rangée de grains terminés en pointe, que l’on considère comme le modèle des oves grecques (F. XIV). Dans quelques bas-reliefs où l’édifice est représenté à une plus grande échelle, et où par conséquent les formes ont été moins abrégées par l’artiste, on voit ces ornements, ces prétendues oves, devenir des grappes et représenter exactement des raisins suspendus, la partie pointue en bas. Ces figures, simplifiées, donnent l’ove (F. XVII). Dans d’autres monuments, ces grappes se métamorphosent en fleurs et en rosaces, suspendues à des lanières ou à des courroies (F. XVIII).
La signification de ces formes est facile à saisir: elles ne peuvent représenter que des poids métalliques attachés aux extrémités des tentures de peaux ou d’étoffes afin de les rendre suffisamment stables. Cette disposition était principalement appliquée dans le but d’éviter toute attache entre les tentures et les architraves, et de les rendre non solidaires de la construction.
Il est clair que, sans cette précaution, le moindre coup de vent aurait suffi à soulever, à renverser le frêle édifice, et l’aurait emporté, tandis que, indépendante de la construction et maintenue néanmoins par des poids suffisants, la couverture ne présentait pas cet inconvénient, auquel les Hébreux avaient paré, ainsi que nous l’avons vu, par un procédé plus énergique.
Or les franges métalliques se rencontrent dans les édicules pourvus du toit triangulaire semblable au melkaf qui surmonte encore aujourd’hui les habitations égyptiennes, et plus souvent encore dans ceux qui en sont privés. On peut donc conclure avec toute vraisemblance que, dans ces derniers monuments, on a indiqué les tentures dont l’Exode révèle l’existence. C’est l’horizontalité qui les rend invisibles dans les représentations des bas-reliefs et des peintures.
3° Dans le tabernacle, le naos était séparé de l’adyton par quatre colonnes de bois, dont les fûts et les chapiteaux étaient recouverts d’or, et les bases d’argent. La largeur du tabernacle atteignant à peine quatre mètres et demi, on peut conjecturer que les quatre colonnes, espacées sur une aussi faible largeur, ne devaient avoir qu’un diamètre extrêmement faible; sans cela, l’entrée du Saint des Saints eût été complètement inaccessible. Enfin les colonnes d’airain qui formaient la clôture du parvis avaient les chapiteaux et les ornements recouverts d’argent.

Les soutiens étaient dans les deux cas couronnés par des chapiteaux métalliques.
Ces remarquables particularités expliquent la sveltesse des colonnes égyptiennes dont nous avons analysé les dispositions, et en font comprendre les formes et les ornements.
VI
Table des matières
Motifs qui ont provoqué la formation du couronnement des colonnes ligneuses. — Les chapiteaux métalliques de l’architecture légère de l’Égypte donnent la raison des formes étranges accusées parce genre de couronnements dans les bas-reliefs.
Dans les plus anciennes représentations, une tablette, avons-nous dit, recouvre le chapiteau des colonnes. Il est difficile de la concilier avec la construction en bois, dont tous les éléments s’assemblent et se pénètrent directement; et cela est d’autant plus extraordinaire, que de tout temps les Égyptiens ont connu et pratiqué le mode d’ajustage qui convient aux éléments ligneux. Le faible diamètre de la section supérieure des colonnes, rendant impossible ou insuffisant un assemblage avec l’architrave, avait probablement motivé l’emploi de ce couronnement.
Dans tous les cas, et quelles que soient les raisons qui l’ont nécessité, l’existence de l’abaque est un fait que les monuments rendent incontestable. L’intercalation d’un plateau entre l’architrave et le support simplifiait médiocrement, du reste, les difficultés matérielles et la pauvreté d’aspect que présentait la jonction du fût conique avec une surface rectangulaire. Ces difficultés donnèrent naissance au chapiteau, membre intermédiaire destiné à rendre cette jonction satisfaisante aux regards, et à relier parfois l’abaque ou l’architrave au fût d’une manière effective.
Ce fait est pleinement confirmé par l’étude des monuments figurés.
Les chapiteaux s’y montrent traités de deux manières différentes. On reconnaît ceux qui sont «jetés en fonte», suivant l’expression biblique, à la finesse, à la simplicité, à la contraction des formes, et surtout à l’absence de ligatures à la partie inférieure. Cette dernière particularité en indique l’homogénéité avec le fût (F. XIX, XX, XXI).

Le chapiteau, composé de feuilles de métal réunies par des procédés divers, s’accuse, au contraire, par des formes épanouies et par les nombreuses ligatures qui rattachent au fût (fig. V, XVII, XVIII).
De ces deux systèmes simultanément employés, le dernier paraît appartenir principalement aux colonnes ligneuses.
Les chapiteaux exécutés d’après ce principe se composaient d’une enveloppe métallique, figurant des formes végétales plus ou moins nombreuses, empruntées de la flore fluviale, et dissimulant presque toujours le mode réel de jonction du fût avec l’abaque. Il suffit de jeter les yeux sur les figures V, XVII et XVIII pour se rendre compte de ce fait. Les évidements qui existent entre les feuilles pouvaient-ils s’obtenir autrement que par l’emploi de lames de métal embouties, repoussées au marteau, creuses par conséquent, et réunies soit par des rivets, soit par des soudures? Entre cette sorte de bouquet et les ligatures nombreuses qui le liaient à la colonne, se plaçaient des tiges gracieusement inclinées et des fleurs comparables à celles que présentent les épis du moyen âge.
Cet épanouissement du sommet de la colonne ne pouvait être ni en bois ni en pierre. Le métal seul en explique l’exubérance.
VII
Table des matières
Diverses confirmations des faits précédents.
On portait dans certaines cérémonies de singuliers assemblages de formes végétales, probablement symboliques, superposés et fixés à une hampe.
Ces fleurs et ces plantes, présentant des dispositions semblables à celles des chapiteaux, ne pouvaient être formées qu’à l’aide des mêmes procédés. Les bas-reliefs et les peintures en indiquent le mode d’attache avec une grande précision. On les avait composées au moyen de minces lames de métal qui formaient deux côtés symétriques, réunis par des rivets ou par des clous on ne peut plus apparents dans la figure XXII.
La grande échelle de ces assemblages explique pourquoi les rivets sont visibles, tandis que dans les édifices figurés ceux des chapiteaux ne le sont pas. La petite dimension des couronnements rendait les abréviations nécessaires. Ces bouquets artificiels font comprendre en outre l’étrange superposition des chapiteaux représentés dans les figures V et IX, et en laissent soupçonner le caractère symbolique.
Enfin, dans quelques peintures, les feuillages qui couronnent les colonnes ligneuses s’appliquent contre la face antérieure de l’abaque et la recouvrent partiellement (F. XXIII). Comment cette disposition s’expliquerait-elle, sinon par l’emploi des feuilles de métal?
Il serait facile de multiplier ces exemples; ceux que nous avons cités nous paraissent prouver surabondamment la nature, et expliquer la disposition et les formes des chapiteaux représentés figures V, IX, XVII, XVIII, XXIII.

Nous verrons, du reste, que dans la haute antiquité l’application du métal dans les monuments était loin d’appartenir exclusivement à l’Egypte. Pline est très-explicite à ce sujet: «... Déjà, dit-il, avait régné dans la Colchide le descendant d’Æétès, Salaucès, qui, ayant trouvé une terre vierge, en retira, dit-on, une grande quantité d’or et d’argent... On parle encore des chambres d’or, des poutres d’argent, des colonnes, des pilastres du même métal, qu’il posséda après la défaite de Sésostris, roi d’Egypte.»

VIII
Table des matières
Les bas-reliefs montrent que le bois formait souvent la matière du fût des colonnes — Au lieu d’un appentis, les edicules étaient recouverts quelquefois d’une legere charpente horizontale. — Valeur significative de l’abaque dans l’architecture légère.
Les bas-reliefs montrent encore que le bois fournissait souvent la matière des supports. Un grand nombre de colonnes ont le fût sillonné par des bandes transversales aux vives couleurs, qui indiquent des peintures ou un revêtement (F. XL) ; mais, fréquemment aussi, les fûts paraissent couverts de dessins géométriques de petite dimension, nombreux et serrés. Quelquefois les ornements semblent contenus dans des alvéoles séparées par de minces cloisons (F. XXIV, XXV, XXVI).


Il est impossible d’y voir autre chose que des incrustations, où l’ébène, l’ivoire et peut-être le métal jouaient un rôle considérable.
On acquiert la certitude de ce fait en comparant l’ornementation des fûts à celle qui recouvre., dans les peintures, les montants de quelques harpes. Celles-ci présentent les mêmes dispositions, les mêmes couleurs, en un mot, les mêmes caractères; or, comme la matière qui formait le squelette de ces instruments était le bois, on doit conclure que cette matière entrait réellement dans la composition des colonnes (F. XXVII)..

Il est à remarquer que ces décorations s’étendaient et se développaient sur l’architrave dès une époque très-ancienne. Le musée égyptien du Louvre possède des fragments de meubles incrustés d’émaux de diverses couleurs sur un fond de bois doré.
Indépendamment de ces particularités, les édifices figurés donnent lieu à plusieurs observations.
L’artiste n’a pas toujours départi des formes semblables aux chapiteaux des colonnes; des différences et même des contrastes accusés les distinguent souvent .

Ensuite, les tentures qui recouvraient les édicules n’étaient pas toujours soutenues par des cordes ou par des courroies; on devait les étendre parfois sur de légères charpentes; cette supposition est confirmée par les observations suivantes:
L’abaque oblong ou carré, qui ne paraît pas représenter en général l’extrémité longitudinale d’une pièce de bois, offre toutefois dans certains cas cette signification. Il est évident que dans la figure XXVIII, par exemple, ce ne peut être autre chose que l’extrémité d’une architrave, à moins qu’on admette l’emploi des ressauts, dont aucun monument égyptien n’offre d’exemple.

La disposition indiquée dans la figure XXIX peut également autoriser cette conjecture; on peut reconnaître dans les abaques qui couronnent les colonnes de moindre dimension, l’existence de solives parallèles, remplaçant les cordons sur lesquels la couverture étoffée se développait. Sur les faces latérales de l’édifice elles formaient une seconde architrave: certains exemples paraissent accuser des poutrelles transversales . Ces charpentes avaient l’avantage de donner à l’édifice une plus grande rigidité .

Les monuments de pierre n’offrent pas de dispositions analogues; l’abaque n’y représente jamais l’extrémité d’une pièce de bois, et les épistyles, ou poutres de pierre, sont placées sur des lignes parallèles, et par conséquent ne se croisent pas (F. XXX).
IX
Table des matières
Valeur imitative et composition des architraves.
Quelques bas-reliefs révèlent les particularités que nous venons ds reconnaître, quoique l’artiste ne les ait pas indiquées. Dans la figure XXII, par exemple, qui représente un pressoir, aucune frange, aucun feston ne fait soupçonner une couverture d’étoffes. L’emploi d’un plafond dans la composition duquel entrent des éléments rigides, y est au contraire évident. A une charpente seulement pouvaient s’attacher les lanières auxquelles les vignerons semblent s’accrocher afin de fouler avec plus de force la vendange. On pourrait supposer, il est vrai, que les deux minces filets horizontaux qui se montrent sur les faces supérieure et inférieure de l’architrave sont conventionnellement contractés, et représentent des sablières entre lesquelles auraient été placées des solives pleines ou refendues, formant un plafond. Cette interprétation, donnée aux trois divisions espacées à des distances égales sur l’architrave ou l’entablement, et qui représentent assez exactement le motif des triglyphes et des métopes, s’explique difficilement.
Ajoutons que ces doubles architraves semblent simuler, dans certains exemples, une sorte de perspective, et indiquer une face oposée (F. IV B).
Dans les époques anciennes, le motif des divisions verticales paraît avoir été particulièrement affecté à l’architrave. Devenu plus tard simplement décoratif, il fut uniformément répété sur toutes les surfaces longues et étroites, telles que les bordures et les cadres.

L’exemple représenté figure XXXI montre une composition extraordinaire. On dirait des poutres étroites formées de pièces de rapport assemblées. Quelque singulier que paraisse ce mode, nous sommes obligé de reconnaître que le principe en est probablement imitatif. Il serait difficile d’expliquer autrement cette disposition, trop peu fantaisiste pour être une simple décoration, et trop compliquée pour ne pas reposer sur un motif réel.
X
Table des matières
Différentes valeurs imitatives des édifices figurés sur les bas-reliefs. — Réalité de l’architecture légère, ligneuse et métallique. Elle s’était développée en Egypte parallèlement à l’architecture lapidaire.
En résumé, on peut apprécier de la manière suivante la valeur imitative des édifices dans les peintures et les bas-reliefs égyptiens:
1° Les formes générales des édifices dans la composition desquels entraient le bois et le métal étaient figurées d’une manière plutôt abréviative que conventionnelle. Les formes secondaires étaient reproduites avec plus de précision.
2° Par les avantages qu’il offrait au point de vue de la convenance des représentations picturales et plastiques, ce mode de figuration a pu être choisi dans certains cas pour exprimer les formes de l’architecture lapidaire, auxquelles on substituait ainsi celles de l’architecture légère.
3° Les monuments granitiques, sacrés ou domestiques, sont fréquemment représentés avec exactitude. On les rencontre, en même temps que les représentations abréviatives de l’architecture légère, dans les tracés graphiques d’un même ensemble d’édifices domestiques, tels que ceux des bas-reliefs de la XVIIIe dynastie (1703-1461), dans lesquels le manque de toute scène figurée n’a pu motiver l’emploi des formes de l’architecture ligneuse.
Cet emploi simultané prouve d’une manière décisive l’existence des types auxquels se rapportaient ces différents systèmes de représentation.
Il n’entre pas dans notre plan de rechercher si les matériaux de ces fragiles édifices étaient indigènes ou. exotiques.
Nous ne chercherons pas davantage à découvrir les raisons qui ont motivé l’adoption du pan de bois fermé et uniquement composé d’éléments quadrangulaires, concurremment avec celui des édifices ouverts composés de colonnes ligneuses, reliées par un entablement.
Nous rappellerons seulement que ce dernier système, modifié par la clôture des entre-colonnements, semble avoir prévalu dans les constructions civiles et domestiques dès la plus haute antiquité.
Et nous dirons que, si l’on peut désapprouver la singularité de cette architecture, qui forme une opposition si tranchée avec les puissantes masses des monuments de pierre, si la légèreté des formes qui y est poussée jusqu’à l’invraisemblance, peut paraître déraisonnable, la réalité n’en demeure pas moins évidente.
Il nous suffit en ce moment de l’avoir constatée.
II
Table des matières
ÉGYPTE
COLONNES LAPIDAIRES
I
Table des matières
Développement du support lapidaire. — Période monolithique. — Les supports primitifs sont quadrangulaires. — Sous le moyen-empire on les transforme en prismes octogonaux. — Le fût devient circulaire, et des cannelures en creusent la surface. — Formation de l’abaque. — Dès la IVe dynastie, le support est caractérise par l’inclinaison des côtés et par l’abaque.
Dès l’époque, prodigieusement éloignée, pendant laquelle la colonne apparaît déjà dans les constructions en bois, on rencontre, dans les édifices en pierre, l’expression la plus rudimentaire du support.
Le petit temple de Gyzeh, découvert par M.Mariette, et les hypogées de Memphis, contemporains des pyramides, le montrent à l’état de pilier monolithe et quadrangulaire. Dépourvu de base proprement dite, le fût repose sur un large socle, et opère une jonction directe avec la pierre supportée (fig. XXXII).

Plus tard, et, suivant l’opinion admise, sous les premières dynasties thébaines (3064-2850), on le transforme en prisme octogonal. Les faces nouvelles ainsi créées s’arrêtent au-dessous de la ligne de jonction avec l’architrave, de telle sorte qu’au sommet le pilier monolithe ne subit aucun changement et conserve la forme anguleuse (fig. XXXIII).
Puis les côtés du solide se multiplient, une faible concavité en rend les arêtes plus vives. Légèrement inclinées dans le sens de la hauteur, les faces produisent un ensemble conique, et montrent, en s’arrêtant au-dessous du sommet à angles droits, le fût circulaire né du pilier, et portant la preuve irrécusable de sa filiation (fig. XXXIV) .
Les derniers genres de supports, qui ne sont déjà plus le pilier et ne sont pas encore la colonne, ont été simultanément employés; on les rencontre encore dans les édifices du Nouvel-Empire.

Les formes de ces piliers révèlent l’origine de l’abaque. Cette partie supérieure du monolithe satisfait à la double condition d’offrir une profondeur toujours égale à celle de l’architrave, et de conserver une forme invariable. L’emploi de l’abaque ne résulte donc pas de la nécessité d’intercaler, entre le support et la poutre de pierre qui le comprime, un épais plateau destiné à protéger l’un et à donner une assiette plus large à l’autre, puisque ce couronnement n’est que le sommet du pilier monolithe .

Sans contester la marche générale des développements du support quadrangulaire, affirmée il y a plus de quarante ans par M. Lepsius, nous devons faire une réserve importante.

Un fait décisif, qui semble n’avoir jamais été observé, diminue singulièrement la durée vingt fois séculaire qu’on suppose avoir existé entre l’apparition du pilier et les premières modifications qu’il reçut. Cette période dut être fort courte:
L’abaque, la diminution du fût et l’encadrement en retraite des tombes de Beni-Hassan se montrent, en effet, nettement accusés dans une inscription de la IVe dynastie (4235-3950), à peu près à l’époque où l’on employait le grossier pilier quadrangulaire de Memphis (F. XXXV) .
II
Table des matières
Apparition de la colonne lapidaire. — Les formes ne résultent pas des modifications du pilier. — L’entre-colonnement aræostyle. — Fin de la période monolithique. — La colonne est construite au moyen d’assises superposées.
Sous la XIIe dynastie (3054-2850), et tout à côté des piliers striés, le soutien monolithe se montre enfin à l’état de colonne complète, c’est-à-dire pourvue de chapiteau; mais, circonstance singulière, la forme ne résulte pas des modifications que le pilier avait subies déjà. Loin d’être le dernier terme de celles-ci, elle ne les rappelle même pas.
De robustes rudentures, disposées suivant un plan cruciforme, découpent le fût, et quatre minces baguettes occupent les angles rentrants auxquels cet arrangement donne naissance (fig. XXXVI). Les mêmes courbes se montrent dans le chapiteau, qui déborde sur le fût aminci, puis bientôt se contracte et se replie sur soi. L’abaque qui le surmonte conserve toujours la forme quadrangulaire au sommet du monolithe.
On rencontre dans l’architecture légère et figurée de l’Ancien-Empire plusieurs exemples de ce type.
Cette période monolithique s’accuse encore par un caractère important: les entre-colonnements sont souvent espacés suivant la disposition que Vitruve nomme arœostyle.

Ensuite, pendant plusieurs siècles, un travail analogue à celui qui a été opéré sur le pilier est effectué sur la colonne. La surface devient moins accidentée; en se multipliant, les rudentures s’adoucissent, et le plan se rapproche de plus en plus de la forme d’une circonférence (F. XXXVII) .

Cependant la colonne suit le développement que reçoivent les proportions des édifices, et les dimensions, qui deviennent colossales, ne peuvent être comprises dans un bloc monolithe; elles nécessitent la superposition d’un certain nombre d’assises, auxquelles on donne le nom de tambours en terme de construction.
III
Table des matières
Les deux principaux types columnaires de l’Égypte. — Le premier, couronné d’un chapiteau rentrant. — Le second, d’un chapiteau saillant. — L’entre-colonnement pycnostyle.
La grande salle hypostyle de Karnak, élevée sous la XIXe dynastie (1462-1287), montre ces changements dans le plus riche épanouissement de colonnes qu’il soit possible de concevoir. Les cent trente-quatre supports de la couverture de cette salle appartiennent à deux types essentiellement distincts.
Dans le premier, nous retrouvons l’antique colonne de Beni-Hassan simplifiée et reposant sur un socle d’un profil droit ou convexe. Aucune rudenture n’en creuse la surface circulaire. La chapiteau lisse semble n’être qu’un accident, un renflement de la partie supérieure du cône, et ne joue aucun rôle dans la construction, la largeur de l’abaque n’excédant pas le diamètre supérieur du fût. La silhouette de cette colonne, maintenue entre deux verticales, est d’une étonnante fermeté et rappelle le robuste caractère du pilier primitif (F. XXXVIII) .
Si, à part le développement des dimensions, le fût du second type ne présente aucune particularité qui le distingue du premier, il n’en est pas de même du chapiteau qui le couronne; celui-ci, au lieu de se replier sur soi, projette une courbe pleine de puissance et d’ampleur hors du fût. Un abaque cubique en recouvre partiellement la surface circulaire. Ainsi isolé de l’architrave, et beaucoup plus large que l’abaque, le chapiteau proprement dit ne remplit aucune fonction constructive (F. XXXIX) .

La colonne à chapiteau campaniforme résume peut-être l’expression la plus haute de l’architecture égyptienne. Comme celui de de la colonne précédente, le fût est quelquefois rudenté ; mais, à Karnak, ces deux types montrent, par la simplicité même des formes, qu’ils ont atteint un suprême développement.
Il importe de remarquer que, dans cette période, la proportion de l’entre-colonnement devient de plus en plus restreinte; elle est diastyle, pycnostyle même quelquefois .
Souvent la distance qui sépare les colonnes paraît déterminée par la longueur de l’architrave; un examen attentif montre cependant qu’il n’en est pas toujours ainsi. Dans un certain nombre d’édifices, une architrave monolithe est supportée par deux, trois et même quatre colonnes . Ajoutons encore qu’un des caractères généraux de l’ordonnance columnaire des dernières dynasties est fidèlement reproduit dans l’architecture du Nouvel-Empire: les formes secondaires des chapiteaux sont alternantes, ou bien se rapportent à différents types.
IV
Table des matières
Les formes primitives de la colonne lapidaire n’ont été déterminées par aucun motif d’imitation naturelle, ni par une nécessité de construction.
Nous formulerons ainsi quelques particularités sur lesquelles il convient d’insister.
1° Le pilier et la colonne accusent originairement des formes d’une simplicité toute géométrique;
2° Des modifications successives du pilier, aucune n’a eu pour but d’augmenter la dimension du sommet afin de diminuer la portée de l’architrave;
3° Le mode de superposition de l’épistyle sur la colonne ne réalise aucun progrès, dans le sens de la construction, sur celui qui réglait antérieurement la jonction du pilier et de l’architrave.
Il résulte de là que les différentes formes du support et que la forme originaire de la colonne ne s’expliquent par aucune raison d’imitation naturelle directe et par aucune nécessité de construction.
On pourrait croire que la condition monolithique du pilier et de la colonne suffit à expliquer la rigidité et le peu d’extension des formes premières; mais cette explication, qui est juste lorsqu’elle s’entend de l’édifice appareillé, du petit temple de Gyzeh, ne saurait s’appliquer aux monuments taillés dans les rochers de Beni-Hassan. Il est évident qu’ici les dimensions des matériaux n’imposaient aucune gêne à l’architecte et aucune restriction au développement des formes.

Les influences extérieures n’expliquent pas davantage celles-ci.
De ce côté, tout terme de comparaison fait défaut. Les plus anciens monuments asiatiques auxquels on puisse assigner une date certaine ne remontent qu’au XIIIe siècle avant Jésus-Christ.
C’est donc à la colonne égyptienne qu’il faut demander le secret de son origine et de ses transformations.
V
Table des matières
Les formes des supports de Beni-Hassan résultent du mode de travail de la pierre et de l’imitation des poteaux ligneux. — Preuves de ce fait. — Les colonnes lapidaires reproduisent aussi des formes antérieurement données aux colonnes ligneuses et métalliques. — Ce principe d’imitation se perpétue.
La forme de l’antique support de Gyzeh résultant naturellement de l’emploi du marteau, de la règle et de l’équerre, il semble qu’on en doive demander le principe au mode de travail de la pierre, aucune autre origine ne pouvant primer celle-là.
Le mode de travail assigne à l’architecte des limites qu’il ne saurait impunément franchir et empreint déjà l’œuvre d’art d’un caractère particulier.
On ne peut s’empêcher de remarquer pourtant l’analogie qui existe entre le support quadrangulaire et les poteaux simulés sur les parois des sarcophages (F. I et II). Jusqu’ici cette similitude n’a rien d’extraordinaire; car, malgré les différences de nature, le bois et la pierre reçoivent des formes élémentaires déterminées par la mise en œuvre de moyens à peu près identiques: ce sont principalement les modes de réunion de chacun de ces matériaux qui diffèrent.
Mais on est bientôt amené à faire la même remarque sur les formes secondaires qui ont modifié le pilier, et on en reconnaît l’analogie avec les formes secondaires des colonnes ligneuses de la IVe dynastie; c’est-à-dire, les surfaces longues et étroites, pans ou cannelures, qui divisent le fût, se rencontrent sur celles-ci comme sur celui-là. Et le caractère intentionnel de ces rapports acquiert une certaine vraisemblance par ce fait, que l’architrave des tombes de Beni-Hassan est surmontée d’une rangée de formes saillantes, dans lesquelles l’imitation de la construction, en bois, des solives ne peut être méconnue.

Les premières colonnes canoniques justifient complètement ces présomptions: ici le doute n’est plus possible.
C’est uniquement au système des supports en bois et en métal que l’architecte demande des moyens expressifs: il emprunte la forme générale et les formes particulières de la colonne, à laquelle de nouvelles proportions sont imposées par les conditions de l’emploi de la matière. De léger, le fût devient massif; mais, en dépit du caractère géométrique, les éléments principaux de la modénature sont identiques à ceux d’après lesquels ont été exécutées les colonnes de la Ve dynastie (4235-3950) (F. XL). C’est en assemblant et en représentant en bas-relief quatre de ces supports, que l’artiste a composé la colonne lapidaire. L’imitation est flagrante.
Disons, pour lever tous les doutes, que, lorsque la colonne eut atteint un entier développement, elle ne reçut pas d’autres formes que celles des divers types primitifs reproduits dans les peintures et les bas-reliefs.
Des caractères analogues à ceux du chapiteau campaniforme de Karnak se rencontrent dans les plus anciennes représentations d’édicules, sous les IVe et Ve dynasties (F. XLI), et postérieurement à la XVIIIe dynastie (1703-1461).
Mieux encore, dans la période grecque, sous les Lagides, les chapiteaux qui couronnent certaines colonnes imitent autant que les matériaux granitiques le permettent, les chapiteaux invraisemblables des premières dynasties .

Les colonnes métalliques même, dont nous avons reconnu l’existence, imposent une forme à la colonne de pierre. Les soutiens de la partie la plus reculée du palais de Karnak, qui date de Thouthmès III, en sont une preuve (F. XLII). On y lit nettement les caractères d’un support métallique: la finesse et le peu d’extension du chapiteau, si intimement lié au fût qu’il en paraît le prolongement. Ces particularités montrent l’imitation d’un type grêle et l’emploi de formes qui appartiennent au métal dès la plus haute antiquité (fig. XLIII).

Quelque extraordinaire que puisse paraître la préoccupation de l’artiste, de reproduire des types archaïques empruntés de l’architecture légère, et quelles qu’aient été ses raisons, il est incontestable que les formes principales et secondaires, ou ornementales, de la colonne, dérivent, en principe, d’un système de construction en bois et en métal.
VI
Table des matières
L’architecte égyptien imite les formes de l’architecture ligneuse ou métallique, sans les utiliser toutes.
Ainsi, de la comparaison des monuments égyptiens ressort ce fait capital:
Dès l’Ancien-Empire, des modes opposés de construction étaient usités, et, parallèlement au système des piliers lapidaires simplement pourvus d’abaque, se développait le système des légères colonnes métalliques ou ligneuses, couronnées d’un élégant chapiteau aux formes végétales, motif dont les dispositions se retrouvent à des milliers d’années d’intervalle dans tous les couronnements des colonnes monumentales.
Sans doute, le pilier, malgré un certain caractère imitatif qu’on ne peut méconnaître, présente des formes qui conviennent au plus haut point à la pierre, et l’architecte n’avait qu’un pas à franchir pour rencontrer la colonne dorienne; et ce pas même a été franchi, on peut l’affirmer.
Des colonnes d’Eléphantine, signalées particulièrement par M. Beulé, montrent, en effet, un chapiteau composé d’une échine dactyliforme et d’un abaque, supérieur par la fermeté du profil aux chapiteaux de Pæstum et de Sélinonte. Mais ces chapiteaux montrent clairement aussi qu’ils ne constituent pas la solution cherchée par l’architecte égyptien. On les trouve, dans les monuments de la vallée du Nil, à l’état purement accidentel, et non à celui de types canoniques.
Ces essais donnent une force nouvelle à notre conclusion: ils prouvent qu’à une certaine époque, une impulsion imitative fut donnée à l’architecture égyptienne. Il en est résulté que la colonne lapidaire a reçu des formes anciennes, dont l’emploi originaire se perd dans la nuit des temps.
Est-ce à dire que cette imitation a été complète, que tous les motifs antérieurs ont été utilisés, ou qu’on les a tour à tour appliqués sans choix et sans discernement? Assurément non.
Un grand nombre de chapiteaux, tels que celui qui est représenté figure IX, paraissent n’avoir jamais été employés dans les édifices en pierre.
Mais alors quelles raisons ont dirigé l’architecte dans le choix des formes?
C’est ce que nous allons rechercher maintenant.
Si nous ne pouvons pénétrer toujours les motifs qui l’ont guidé, nous arriverons du moins à reconnaître la marche générale qu’il a dû suivre.
VII
Table des matières
Motifs qui ont guidé l’architecte dans le choix des formes. — Pourquoi la colonne est conique et non cylindrique. — Le sentiment de l’artiste.
Originairement, lorsque l’édifice fut élevé avec les seuls éléments quadrangulaires, l’architecte ne dut pas tarder à s’apercevoir que les ressources expressives des formes étaient fort restreintes. La monotonie des surfaces planes parallèles le dut vivement frapper, et il éprouva probablement le désir de rechercher des effets plus riches et plus variés. Un sérieux indice que telles étaient ses préoccupations, c’est que, pour obtenir une certaine diversité d’effets, il combina systématiquement les couleurs des matériaux .
Mais, cette ressource lui paraissant insuffisante, il abattit les arêtes du support, qui prit une expression nouvelle; puis, par la multiplicité des effets obtenus, le fût circulaire se dégagea du pilier.
Ces modifications procédèrent du besoin d’augmenter le nombre et la valeur des effets plastiques, et de les varier par le moyen qui se présentait le plus naturellement la gradation optique des plans sécants.
L’observation et la recherche des expressions de la lumière conduisirent à créer une gamme de tonalités plastiques. Celle-ci permit d’amplifier, de modérer, de mesurer les effets dans les combinaisons les plus variées.
Par des considérations d’une nature semblable, nous expliquerons pourquoi les fûts circulaires du pilier et de la colonne sont coniques. Les fûts amincis des colonnes figurées pourraient suffire à justifier cette forme; nous croyons cependant que d’autres motifs ont dû amener l’artiste à l’adopter et à repousser le cylindre, dont l’emploi paraît pourtant plus naturel.
Les supports cylindriques et quadrangulaires ont la propriété de pouvoir s’allonger indéfiniment, en offrant dans toute la hauteur des sections égales. On peut user de cette propriété tant que la nature des matériaux et la statique le permettent, aucun autre motif ne provoquant à limiter la hauteur.
Il n’en est pas de même du support conique, sous peine de l’affaiblir matériellement, d’en rendre l’expression impropre et contradictoire à la fonction de porter, on ne peut le couper au-dessous d’un certain point qui, résultant de la forme même, crée une caractéristique particulière.
Le cône, en laissant au tact de l’artiste le choix du point précis où la section doit s’opérer, lui permet d’exercer son action entre les limites larges, mais définies, dans lesquelles il aime à se mouvoir, et qui sont indispensables à la conception de toute œuvre d’art.
A la vérité, cette diminution du fût est conforme aux lois de la stabilité ; mais la faible inclinaison donnée originairement aux faces des supports ne permet pas de supposer que ce soit le résultat des calculs du constructeur: le motif en est bien plutôt dans le sentiment qui porte l’artiste à créer ou à choisir de préférence certaines formes, parmi celles que rend possible le mode de travail des matériaux.
En général, ce sentiment est juste, et l’on peut en découvrir les causes: il sait prévenir les exigences de la stabilité et de la construction, sans que celles-ci le déterminent.
VIII
Table des matières
Du contraste qui existe entre le chapiteau et le fût résulte la plus haute expression plastique de la colonne.
Cependant les résultats obtenus par l’architecte lui paraissent encore insuffisants, et l’observation l’amène à constater que cela tient à l’unique mode de proportion qui préside au rapport des formes. Il voit bien qu’il obtient une expression de grandeur d’autant plus caractérisée qu’il augmente les dimensions des éléments matériels; mais il constate aussi que cette expression se développe dans une certaine uniformité, à laquelle les transitions douces sont impuissantes à donner de l’accent, et la nécessité d’établir de nouveaux rapports lui paraît évidente.
L’emploi des éléments superposés de la colonne procure à l’artiste le moyen de combler cette lacune. Complétant l’idée qui lui a fait adopter la forme conique pour le fût, il place une saillie au-dessus de la section qui a déterminé la hauteur. Cette saillie, en s’accentuant, restitue à la colonne l’ampleur de la matière perdue, la termine et en fait un tout complet, achevé en soi, dont la proportion, une fois conçue, n’est plus, dans un certain sens, susceptible d’augmentation ni de diminution.
En plaçant sur le fût conique une forme régressive, l’architecte a conféré à la colonne toutes les richesses de l’expression.
Il en a découvert le principe, et, si nous ne craignions d’employer ce mot, nous dirions la formule.
Ce résultat a été obtenu par l’usage d’un procédé de contraste, qui a fourni à l’artiste le moyen de pousser les effets plastiques à la plus haute puissance.
IX
Table des matières
Du rôle des exigences plastiques. — Exemples. — Dans les colonnes égyptiennes les formes végétales sont accidentelles et non constitutives.
C’est dans cet ordre d’idées qu’il est possible de rechercher les motifs qui ont guidé l’architecte. Mais, qu’on ne s’y méprenne pas, les exigences plastiques qui ont provoqué, dans une certaine mesure, la création des membres du support et les conditions générales des formes, n’ont pas déterminé les formes mêmes. Et voici qui le prouve bien:
Un fragment de chapiteau antique, transporté sur les bords de la Tamise, dépaysé et privé, dans cette atmosphère brumeuse, de l’éclatante lumière qui en faisait valoir les effets, conserve tous les caractères essentiels de la beauté : la noblesse des lignes, la magnificence du style, toutes choses qui le caractérisent en propre, sont indépendantes de toute fonction antérieure, et n’ont besoin d’être expliquées par aucune destination particulière.
Il y a plus: ces exigences peuvent être satisfaites par des procédés divers. Ainsi, dans les ordres grecs, les chapiteaux obéissent à la double condition de former à la fois un contraste avec le fût de la colonne et une transition entre celle-ci et l’entablement. Les trois ordres fournissent donc chacun une solution à ce problème, et ces solutions sont différentes les unes des autres et même contradictoires.
Dans le cas présent, l’architecte égyptien, au lieu de créer les formes, préféra les emprunter aux monuments antérieurs.
Ce principe d’imitation explique les formes générales et les formes accessoires ou ornementales de la colonne. Les assemblages symétriques empruntés au règne végétal, les tiges, les feuilles qui s’épanouissent sur la surface du chapiteau, les prismes, les lobes qui la sinuent, tous les motifs, appartenant originairement aux colonnettes ligneuses et métalliques, se montrent dans les colonnes en pierre comme élément non principal, mais secondaire ou subordonné. Ces reliefs légers ajoutent seulement à la forme première, dont la modénature reproduit celles des colonnes figurées, une ornementation sculpturale, à laquelle l’architecte impose de ne jamais interrompre les lignes, de ne jamais dénaturer les formes générales. Dans les grandes époques, sous les XVIIIe et XIXe dynasties (1703-1287), cette luxuriante ornementation est des plus restreintes. Même lorsque les inscriptions hiéroglyphiques couvrent le fût et que les feuillages entrent encore dans la composition du chapiteau, le caractère général de la colonne est abstrait.

Dans les beaux exemplaires de Karnak, le souvenir des bases de l’ancienne architecture est à peine rappelé par les semblants d’écailles qui entourent la partie inférieure des fûts. Encore cette décoration, dénuée de toute valeur imitative, se développe-t-elle également en longues lignes sur les assises inférieures des murailles (F. XLIV).

Nous ne pouvons omettre de faire remarquer aussi que la coloration vive et tranchée des colonnes et des entablements de l’ancienne architecture légère se continue dans l’architecture granitique, et que la polychromie en devient une des caractéristiques persistantes.
X
Table des matières
Type de colonne dont les formes ont été motivées par les exigences religieuses.
Les types que nous venons d’analyser ne sont pas les seuls d’après lesquels furent formées les colonnes égyptiennes. Un certain nombre de temples élevés sous les Lagides montrent des supports coniques qui n’empruntent rien aux exemples cités jusqu’ici.
Le chapiteau qui les couronne est cubique et surmonté d’une gorge. Sur chacune des faces se montre, avec la coiffure caractéristique, la tête de la divine Hathor, aux oreilles de vache. Le cou de la déesse se lie intimement au fût de la colonne, et semble le continuer; seul le bourrelet qui enveloppe la chevelure de l’idole forme une pénétration avec le fût, et donne au plan inférieur du couronnement une forme quadrangulaire. Un édicule d’une certaine hauteur, affectant la forme d’un naos pyramidal, surmonte ce singulier chapiteau, et occupe la place de l’abaque. Remarquons, en passant, que le nom d’Hathor est écrit de manière à signifier Habitation d’Horus (F. LXV).
Malgré les soins d’exécution apportés à la réunion du fût et du couronnement, la jonction de ces formes s’opère mal; il en résulte une opposition presque brutale et bien moins élevée que celle que nous avons admirée dans les colonnes du second type de Karnak.
Les supports formés d’après ce type appartiennent principalement aux édifices élevés dans la période de décadence, pendant laquelle on reproduisit avec prédilection les formes les plus archaïques. Le culte de la déesse Hathor remonte, en effet, aux premières dynasties, et des bas-reliefs d’une époque reculée montrent cette forme du chapiteau, particulièrement sous les XVIIIe et XIXe dynasties (1703-1287) .
Les motifs que nous avons assignés aux développements de la colonne égyptienne n’occupent plus ici qu’une place extrêmement restreinte; une cause puissante les domine et les éclipse tous. On peut conjecturer que l’emploi de ce chapiteau a été lié d’abord à celui du monolithe; on le rencontre souvent merveilleusement adapté à des piliers quadrangulaires. Mais cette origine, qui peut expliquer des dispositions générales, ne saurait suffire à justifier la configuration de cette colonne. Dans ce cas, il ne faut évidemment pas en demander la raison à un accord entre les formes architecturales et les fonctions constructives et plastiques.
La volonté de donner à une partie de ce support un caractère hiératique, et la nécessité de recourir pour cela à un type immuablement fixé, ont eu nécessairement pour effet de subordonner et même de sacrifier complètement à la représentation de ce type tous les motifs de convenance et toutes les ressources d’expression qui relevaient d’un autre ordre d’idées.
A part la représentation d’Hathor, l’emploi des formes de cette nature, dans les colonnes, n’a reçu aucun développement en Égypte. Les monuments pharaoniques ont été préservés du trouble et de la confusion que l’abus d’un mode semblable a jeté, à d’autres époques, dans l’architecture de quelques peuples de l’Asie.
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