Kitabı oku: «Histoire critique des origines et de la formation des ordres grecs»
Charles Chipiez
Histoire critique des origines et de la formation des ordres grecs

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066328252
Table des matières
AVANT-PROPOS
PREMIÈRE PARTIE
I
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
II
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
III
I
II
III
IV
V
VI
IV
I
II
III
IV
V
V
I
II
VI
I
II
VII
I
II
VIII
I
II
III
IX
I
II
III
IV
V
VI
VII
DEUXIÈME PARTIE
I
I
II
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
III
I
II
III
IV
V
VI
IV
I
II
III
IV
V
V
I
II
III
IV
VI
I
II
III
VII
I
II
III
VIII
ÉPILOGUE

AVANT-PROPOS
Table des matières
Les formes architecturales représentent, ou peuvent toujours représenter des abstractions. L’artiste, suivant les expressions de Gœthe, «place ses moyens matériels sous la dépendance d’une inspiration raisonnée, à laquelle il les fait servir d’instruments».
Ces deux principes, abstraction, inspiration, qui dès l’abord interviennent dans l’œuvre monumentale, semblent opposer d’insurmontables difficultés à l’étude des formes originaires. Comment, en effet, découvrir la source des idées ou des sentiments dont elles émanent dans le champ sans limites ouvert aux conceptions primitives?
L’intérêt qui s’attache à cette question a eu le privilége de provoquer de nombreuses recherches.
Au sujet des monuments helléniques, deux théories depuis longtemps formulées divisent, aujourd’hui encore, un grand nombre d’esprits.
L’une trouve, dans les antiques sanctuaires en bois de l’Hellade, le modèle qui aurait imposé non-seulement la forme générale de l’édifice en pierre, du temple dorien, mais les formes particulières des éléments qui le constituent. Dans ce système, «le tronc d’arbre devient le type de la colonne; mais bientôt le type sera transformé de telle sorte, qu’il ne gardera plus de commun que les conditions de solidité ».
Dans l’autre système, tout principe d’imitation est nié, et l’on affirme que les membres d’architecture, et spécialement la colonne, «dérivent des nécessités de la construction en pierre, et doivent à cette seule origine leur forme et leur beauté ».
Ces théories ne se sont pas produites sans soulever de sérieuses objections.
On a justement fait remarquer qu’il y aurait invraisemblance et même impossibilité à substituer la pierre au bois, en donnant à celle-là les formes qui conviennent à celui-ci. Le mode d’emploi est réglé par la constitution et les propriétés des matériaux, parfois diamétralement opposées. Il a donc été facile de prouver que la métamorphose du temple ligneux en édifice lapidaire n’aurait pu s’opérer que par l’interversion des lois de la statique.
On a dit encore que, si les nécessités constructives remplissaient un grand rôle dans les édifices, elles s’imposaient à l’artiste comme moyen de réalisation, et non comme source de création; que l’œuvre d’art se manifeste dans un ordre expressif supérieur à celui des exigences matérielles, c’est-à-dire par une beauté qui la caractérise en propre.
Ces systèmes, tendant à expliquer les formes architecturales par des principes admis à priori, sont insufsants à déterminer l’origine de l’art monumental hellénique. On le prend bien au point de départ, il est vrai; mais on le considère comme indépendant de toutes relations extérieures; on le suppose autochthone, sorti de ce sol duquel le peuple grec prétendait être né lui-même.
Sans repousser complètement l’action des influences étrangères, les partisans de ces théories ne l’affirment pas; et, comme l’ethnographie et l’histoire semblent n’apporter à ce sujet que de vagues présomptions, ils n’y attachent qu’une médiocre importance.
Dès la fin du siècle dernier, les travaux de l’expédition scientifique d’Égypte, en nous initiant à l’art des Pharaons, donnèrent naissance à une opinion nouvelle: on crut trouver dans les monuments des bords du Nil le prototype des formes helléniques. Ce sentiment paraissait rencontrer une confirmation évidente dans des légendes qui, tardivement produites en Grèce, attribuaient aux Égyptiens la fondation d’un certain nombre de villes du Péloponèse et de l’Attique.
Dans notre siècle, la découverte inespérée des monuments de l’Assyrie, les explorations archéologiques de la Perse, de la Phénicie et de l’Asie Mineure, ont eu ce résultat, de déplacer de l’Égypte le berceau de l’art grec et de le transporter dans l’Asie. Les deux contrées ont partagé pendant quelque temps cet honneur; puis, finalement dépossédée au profit de l’Asie, l’Égypte s’est vu dénier jusqu’à la plus minime part d’influence sur l’art hellénique.
Aujourd’hui, la théorie de la filiation des formes, sur laquelle reposent ces derniers systèmes, paraît généralement acceptée. Une connaissance superficielle des monuments antiques suffit, il est vrai, à faire supposer que certaines formes élémentaires, apparues dans des localités déterminées, ont pénétré par une sorte d’irradiation, à des siècles d’intervalle, sous d’autres climats, ont été modifiées par d’autres peuples, transformées peut-être, tout en restant reconnaissables.
Mais ceci complique le problème de l’origine des formes architecturales, au lieu de le résoudre.
Sont-elles, en effet, la conséquence d’une sorte d’atavisme, ou bien doivent-elles être considérées comme des analogies fortuites?
L’expérience que les siècles se transmettent aurait-elle fait rayonner au loin, en dépit des différences de races et de civilisations, les formes similaires, issues d’une origine unique? Ou bien, produites par des causes identiques, seraient-elles nées dans des lieux différents, à des époques indéterminées et précédées des mêmes périodes d’incubation et d’essais?
Enfin, hors les principes invoqués par les théories que nous venons d’analyser, n’existe-t-il pas des sources inspiratrices, intimement liées à la condition de l’œuvre d’art, et dont influence sur l’artiste soit susceptible de constatations?
C’est ce que nous allons demander aux faits, c’est-à-dire aux monuments que le temps a conservés, et nous choisirons pour base de nos recherches l’élément constitutif des ordres grecs, la colonne.
Remonter aux formes primordiales, en suivre le développement, éviter de les séparer de ce qui les précède, et de les dégager de ce qui les entoure; et, à mesure que cette étude se déroulera sous nos yeux, déduire les conséquences: tel est le plan que nous nous proposons.
Nous ne pouvons songer, cependant, à écrire l’histoire des Ordres dans le sens étendu que comporte ce mot; notre seul but est de présenter, dans une esquisse rapide il est vrai, mais longuement préparée, l’ensemble des causes qui ont déterminé les formes grecques.
On chercherait donc en vain, dans cette étude, sur les architectes anciens et sur leurs œuvres, des indications que nous ne fournissons point, parce qu’elles transformeraient chacun de nos chapitres en un volume. A temps voulu du reste, et suivant l’opportunité, nous traiterons plus amplement certaines parties de notre sujet.
Un autre motif a contribué, pourquoi ne le dirions-nous pas, à restreindre le côté purement archéologique de nos recherches. Nous avons trouvé naturel de recourir aux lumières que l’architecte puise dans le sentiment de son art, plus qu’aux ressources de l’érudition: il nous a semblé que, dans une question si intimement liée au principe même des formes, ces lumières devaient être. un guide plus éprouvé et plus sûr.

PREMIÈRE PARTIE
Table des matières
PÉRIODE ORIENTALE
I
Table des matières
ÉGYPTE
COLONNES FIGURÉES
I
Table des matières
Description du premier type d’édifices figurés dans les bas-reliefs égyptiens. Le pan de bois.
Un grand nombre de siècles avant la naissance de l’architecture dorienne, à une époque si reculée qu’elle semble appartenir aux âges géologiques, l’Égypte possédait l’art de tailler, de polir et d’appareiller les pierres. Elle superposait les énormes blocs quadrangulaires de ses édifices avec une science et une habileté qui ont triomphé des efforts du temps. Et malgré la simplicité, la pauvreté même, des ressources plastiques, les dynasties memphites ont élevé des monuments dont l’incomparable expression de grandeur et de stabilité, plus que les proportions colossales, a mérité l’admiration des siècles.
L’étude de ces monuments révèle d’étranges particularités.
On voit des monolithes, et même des édifices appareillés, affecter les formes qui appartiennent en propre aux constructions en bois et offrir l’aspect d’une claire-voie charpentée, ou plutôt d’une vaste cage. Sur les parois se détachent, en bas-relief, des saillies plus ou moins nombreuses, disposées toujours d’après un même principe. Les traverses et les montants quadrangulaires, assemblés à angles droits, en forment la structure apparente, et une succession de surfaces planes, en retraite les unes sur les autres, simulent entre les montants un remplissage de panneaux creux. Dans cette construction imitative figurent la plupart des éléments qui entrent de nos jours dans la construction des pans de bois. On y trouve les poteaux et les sablières, les potelets et les linteaux; seules, les pièces obliques appelées guettes et décharges y font absolument défaut (F. 1) .

MUSÉE DU LOUVRE

Postérieurement à l’époque où ces monuments furent édifiés, des représentations de même genre forment, sur les bas-reliefs, un fond duquel se détachent des personnages. La continuité et les dimensions semblent indiquer une décoration murale étendue. Des ornements géométriques variés couvrent les surfaces des montants, des traverses et des remplissages, qui prennent ainsi un caractère d’extrême richesse (F. II) . Ce système d’imitation paraît avoir été abandonné sous le Nouvel-Empire.
II
Table des matières
Description du second type d’édifices figurés dans les bas-reliefs égyptiens. L’édicule ouvert.
Dès la IVe dynastie (4235-3950), les bas-reliefs et les peintures montrent des édicules, sortes de petits temples, d’un système de construction tout différent. Autant, dans le premier, les éléments sont rapprochés et l’édifice fermé, autant dans celui-ci les éléments sont séparés et l’édifice ouvert. Ces petits monuments se composent, en général, de deux supports minces et coniques, sortes d’aiguilles, toujours pourvues de chapiteaux, de socles, et reliées au sommet par des éléments horizontaux d’une faible hauteur (F. III et V) .


Suivant les époques, ces représentations accusent des différences que nous allons signaler, sans chercher toutefois à établir une classification rigoureuse.
Aux époques les plus anciennes, le fût des colonnes est limité par des lignes droites, et des rayures y indiquent parfois les pans ou les stries (F. IV) .

Le chapiteau représente des formes végétales, ordinairement un bouton de plante entouré de bractées. L’ensemble, loin d’être compacte, laisse passer la lumière à travers les interstices des feuilles et des fleurs (F. V) . A la partie inférieure, le chapiteau est attaché à la colonne par de nombreuses ligatures et un abaque mince et large termine cet assemblage invraisemblable. La colonne, ainsi constituée, supporte un entablement composé d’étroits filets horizontaux, que sépare une face ou peut-être un vide régulièrement interrompu par des lignes verticales, dans lesquelles on a cherché l’origine des triglyphes.

A des époques postérieures, quelques-unes de ces formes subissent des changements assez notables. Les colonnes sont accouplées (F. VI), puis réunies en faisceau (F. VII). Les proportions s’écourtent et le fût, arrondi à la partie inférieure, repose sur un dé hémisphérique (F. VIII) .

Plus tard encore, le chapiteau s’épanouit et se développe en éventail; alors les formes végétales se multiplient, s’allient à des ornements géométriques, et se superposent dans des dispositions mouvementées et fantaisistes (F. IX).
Dans ces colonnes, relativement trapues, l’abaque devient parfois cubique. Les proportions de l’entablement s’accroissent, et les lignes verticales qui rappellent les triglyphes, également espacées et de couleurs différentes; s’étendent sur toute la longueur de l’entablement (F.X).



III
Table des matières
Recherche de la valeur imitative des édifices figurés. — Explication du nombre restreint des éléments columnaires.
Quelques archéologues pensent que ce mode de figuration reproduit, d’une manière plus ou moins conventionnelle, les constructions en bois. Leur opinion a été contestée.
On ne peut ni l’admettre ni la repousser sans discussion.
De nombreux édifices sont représentés d’une manière conventionnelle sur les vases grecs; on y observe la même exagération des vides sur les pleins, le même amaigrissement des formes. Les peintures de Pompéi offrent des exemples de ce genre non moins remarquables; la fantaisie y est portée jusqu’à l’extravagance. Dans notre moyen âge même, l’architecture feinte a reçu un développement considérable, et les caractères en sont parfois non moins bizarres.
Il est pourtant impossible de rattacher les formes architecturales ainsi dénaturées, déformées plutôt, à des systèmes de construction définis, quoique d’étroits rapports les unissent souvent à certaines formes de l’architecture réelle.
Dans ces circonstances, est-il raisonnable d’attribuer une valeur imitative aux fantastiques anaglyphes des monuments de l’Egypte?
Telle est la question à laquelle on est forcé de répondre, si l’on veut aborder avec des données suffisamment précises le problème des origines de la colonne lapidaire.
Il semble, à première vue, que ces figurations soient pour ainsi dire idéographiques: on dirait que l’on a voulu représenter l’idée d’un édifice plutôt que l’édifice même.

Le naos sous lequel repose Osiris (F. XI) a en effet des formes semblables à celles de l’édicule sous lequel on foule la vendange à Thèbes ou à Beni-Hassan (F. XII).
Une étude plus suivie des monuments montre cependant que cette observation ne peut être généralisée.

Si, dans la plupart des cas, les colonnes sont peu nombreuses et arbitrairement espacées, ce fait s’explique par les exigences de la peinture et du bas-relief. Lorsqu’une scène devait être représentée derrière ces supports, pour ne pas couper les figures, pour ne pas interrompre l’ordonnance de la composition, l’artiste faisait abstraction des supports qui le gênaient, et conservait seulement les colonnes angulaires. On conçoit que les formes abrégées, qui satisfaisaient si bien aux convenances de la glyptique et de la peinture, aient été adoptées de préférence à toute autre dans les compositions figurées; les avantages en étaient précieux.

Hors le cas précédent l’artiste a multiplié les supports columnaires (F. XIII) .
IV
Table des matières
On reconnaît dans les édifices figurés un certain nombre de motifs appartenant aux constructions réelles.
Nous avons remarqué qu’à une certaine période les arrangements des chapiteaux deviennent de plus en plus arbitraires, et les fûts relativement massifs. On peut donc supposer que ces changements étaient le reflet de ceux qui s’étaient antérieurement produits dans un type réel, et l’existence de ce type est d’autant plus admissible, que quelquefois l’artiste s’est fort heureusement départi de sa réserve, et a visé, dans certains assemblages de formes, à une imitation rapprochée, qui permet de découvrir quelques données positives sous une bizarre apparence.

C’est ainsi que, dans les bas-reliefs polychromes, quelques édicules sont couronnés par un triangle rectangle dont la superficie est sillonnée de dessins vermiculés. Cet appendice est fort laid, et ne peut s’expliquer que par l’imitation d’un objet réel, d’une couverture en forme d’appentis (F. III, VIII et XIV) .

On concevrait difficilement, en effet, que les édifices, sous un climat aussi ardent que celui de l’Égypte, n’eussent formé qu’une clôture légère et en quelque sorte fictive, renfermant un espace exposé à l’action des rayons solaires. Aussi voit-on sans surprise les plafonds des hypogées taillés dans le roc, et ceux d’autres monuments présenter la forme indiquée par la figure XV.
Il est présumable que ces couvertures dérivent du principe des constructions en bois. Les cylindres, couverts de dessins imités du stipe, ou tige rugueuse du palmier, représenteraient donc des troncs d’arbre non équarris.
En l’absence d’un nombre suffisant de documents, je dois avouer que la proportion, l’échelle et la section fortement elliptique de la plupart de ces solives (F XVI). font naître quelques doutes dans mon esprit. Il me semble qu’une telle disposition pourrait aussi, dans certains cas, représenter une couverture composée d’étoffes, de tentures placées sur de minces solives, sur des courroies ou des cordons, et décrivant une courbe légère. Quoi qu’il en soit, une valeur initiative peut être attribuée à certaines formes de l’architecture lapidaire et de l’architecture figurée.


Ce n’est point une supposition hasardée; c’est un fait que font pressentir des documents puisés dans un autre ordre de recherches.
V
Table des matières
Les monuments portatifs élevés par les Hébreux après leur sortie d’Égypte expliquent les modes de construction des édifices représentés dans les bas-reliefs égyptiens. — Emploi des pans de bois fermés et des édicules ouverts. — Composition de la couverture de ces monuments. — Nature ligneuse ou métallique des supports.
On sait qu’une tribu sémitique, devenue plus tard le peuple hébreu, occupait une partie de l’Egypte, et qu’assujettie à des travaux pénibles, elle réussit, à une époque qu’on fixe généralement sous la XIXe dynastie, à se soustraire par la fuite aux exigences de ses maîtres. Or cette tribu, à qui l’art monumental était inconnu avant son arrivée en Égypte, à peine échappée aux périls de sa tentative, éleva au milieu du désert un sanctuaire portatif, qui révèle un art en pleine possession de moyens complexes. Il est bien évident qu’elle ne put demander qu’à la seule architecture égyptienne des formes et une technique. On n’improvise pas un système architectural pendant une migration en pleine Arabie Déserte, et, sans même imiter servilement, on est fatalement astreint à l’emploi des formes connues.
Nous possédons dans l’Exode et dans le livre des Nombres une minutieuse description de ce temple. Elle jette un jour éclatant sur toute une face peu connue de l’art égyptien.
Nous en détachons les particularités suivantes:
1° La construction du tabernacle se composait de poteaux ou de madriers quadrangulaires assemblés. On les avait disposés en montants et en traverses; celles-ci étaient partielles en forme de linteaux, ou s’étendaient sur la longueur des parois en forme de sablières .
Tous ces éléments étaient couverts de lames d’or.
Il suffit de regarder les pans de bois représentés figures I et II pour reconnaître non-seulement la frappante analogie de ce système de construction avec celui du temple hébraïque, mais encore pour apprécier le secours que celui-ci apporte à l’étude des formes égyptiennes. Le revêtement métallique explique clairement les ornements géométriques qui recouvrent les lambris représentés F. II. Sans l’emploi de ce métal, une aussi riche ornementation, appliquée sur une matière aussi pauvre que le bois, ne se comprendrait pas. Les creux et les reliefs légers permettaient en outre de fixer solidement l’or sur les colonnes ligneuses.
On doit supposer que ce mode de construction était usité encore en Égypte au moment du départ des Hébreux, et qu’on l’employait pour des destinations diverses, simultanément avec le système de la construction en pierre. Il s’agit d’un mode réel, qui devait remonter à l’origine des temps, puisque c’est le principe ornemental des plus anciennes constructions en pierre.
2° Le toit du sanctuaire hébraïque consistait en une suite de tentures, qui intérieurement formaient un plafond, et, s’étendant sur les parois, les dérobaient aux regards. Sur ce plafond étaient superposées plusieurs rangées de tentures de cuir, qui recouvraient les faces extérieures, et formaient une enveloppe sur trois côtés de l’édicule. On en avait fixé les extrémités inférieures à des pieux d’airain enfoncés dans le sol.

L’imitation d’un objet réel que nous avons reconnu dans l’appentis de la figure XIV se trouve ainsi confirmée de nouveau. Il est vrai que les tentures placées sur le faîte du tabernacle se développaient probablement sur un plan horizontal: ce devait être la disposition généralement usitée en Égypte. La connaissance que nous venons d’acquérir de la composition de ce système de couverture nous permet d’en fournir la preuve.
Presque tous les édifices ouverts, représentés sur les bas-reliefs, avec ou sans toit, montrent sous l’architrave une rangée de grains terminés en pointe, que l’on considère comme le modèle des oves grecques (F. XIV). Dans quelques bas-reliefs où l’édifice est représenté à une plus grande échelle, et où par conséquent les formes ont été moins abrégées par l’artiste, on voit ces ornements, ces prétendues oves, devenir des grappes et représenter exactement des raisins suspendus, la partie pointue en bas. Ces figures, simplifiées, donnent l’ove (F. XVII). Dans d’autres monuments, ces grappes se métamorphosent en fleurs et en rosaces, suspendues à des lanières ou à des courroies (F. XVIII).
La signification de ces formes est facile à saisir: elles ne peuvent représenter que des poids métalliques attachés aux extrémités des tentures de peaux ou d’étoffes afin de les rendre suffisamment stables. Cette disposition était principalement appliquée dans le but d’éviter toute attache entre les tentures et les architraves, et de les rendre non solidaires de la construction.
Il est clair que, sans cette précaution, le moindre coup de vent aurait suffi à soulever, à renverser le frêle édifice, et l’aurait emporté, tandis que, indépendante de la construction et maintenue néanmoins par des poids suffisants, la couverture ne présentait pas cet inconvénient, auquel les Hébreux avaient paré, ainsi que nous l’avons vu, par un procédé plus énergique.
Or les franges métalliques se rencontrent dans les édicules pourvus du toit triangulaire semblable au melkaf qui surmonte encore aujourd’hui les habitations égyptiennes, et plus souvent encore dans ceux qui en sont privés. On peut donc conclure avec toute vraisemblance que, dans ces derniers monuments, on a indiqué les tentures dont l’Exode révèle l’existence. C’est l’horizontalité qui les rend invisibles dans les représentations des bas-reliefs et des peintures.
3° Dans le tabernacle, le naos était séparé de l’adyton par quatre colonnes de bois, dont les fûts et les chapiteaux étaient recouverts d’or, et les bases d’argent. La largeur du tabernacle atteignant à peine quatre mètres et demi, on peut conjecturer que les quatre colonnes, espacées sur une aussi faible largeur, ne devaient avoir qu’un diamètre extrêmement faible; sans cela, l’entrée du Saint des Saints eût été complètement inaccessible. Enfin les colonnes d’airain qui formaient la clôture du parvis avaient les chapiteaux et les ornements recouverts d’argent.

Les soutiens étaient dans les deux cas couronnés par des chapiteaux métalliques.
Ces remarquables particularités expliquent la sveltesse des colonnes égyptiennes dont nous avons analysé les dispositions, et en font comprendre les formes et les ornements.