Kitabı oku: «Correspondance de M. de Rémusat pendant les premières années de la Restauration. VI»

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Charles de Rémusat

Correspondance de M. de Rémusat pendant les premières années de la Restauration. VI


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066330675

Table des matières

CCCCLIX. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

CCCCLX. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

CCCCLXI. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

CCCCLXII. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE

CCCCLXIII. MADAM-E DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

CCCCLXIV. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

CCCCLXV. CHARLES DE RÉMUSAT A M. DE RÉMUSAT, A LILLE.

CCCCLXVI. MADAME DE RÉMUSAT A M. DE RÉMUSAT, A LILLE.

CCCCLXVII. MADAME DE RÉMUSAT, A M. DE RÉMUSAT, A LILLE.

CCCCLXVIII. MADAME DE RÉMUSAT A M. DE RÉMUSAT, A LILLE.

CCCCLXIX. MADAME DE RÉMUSAT A M. DE RÉMUSAT, A LILLE.

CCCCLXX. MADAME DE RÉMUSAT A M. DE RÉMUSAT, A LILLE.

CCCCLXX. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

CCCCLXXI. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

CCCCLXXII. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

CCCCLXXIII, CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

CCCCLXXIV. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

CCCCLXXV CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

CCCCLXXVI. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

CCCCLXXVII. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

CCCCLXXVIII. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

CCCCLXXIX. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

CCCCLXXX. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARTS.

CCCCLXXXI. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

CCCCLXXXII. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

CCCCLXXXIII. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

CCCCLXXXIV. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

CCCCLXXXV. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

CCCCLXXXVI. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

CCCCLXXXVII. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

CCCCLXXXVIII. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

ÇCCCLXXXIX. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

ccccxc. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS, CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

CCCCXCI. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

CCCCXCII. MADAME DE RÉMUSAT A M. DE RÉMUSAT, A PARIS.

CCCCXCIII. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

CCCCXCIV. MADAME DE RÉMUSAT A M. DE RÉMUSAT, A PARIS.

CCCCXCV. MADAME DE RÉMUSAT, A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, APARIS.

CCCCXCVI. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

CCCCXCVII. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

CCCCXCVIII. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

CCCCXCIX. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS

ANNÉE1820

D. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

DI. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

DII. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

DIII. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

DIV. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

DV. MADAME DE REMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

DVI. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

DVII. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

DVIII. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILL

DIX. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

DX. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

DXI. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

DXII. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

DXIII. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS

DXIV. CHARLES DE REMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE

DXV. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS, CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

DXVI. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

DXVII. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

DXVIII. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

DXIX. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

DXX. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

DXXI. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

DXXII. MADAME DE RÉMUSAT A M. DE RÉMUSAT, A LILLE.

DXV. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

DXVI. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

DXXV. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

DXXVI. HARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

DXXVII. MADAME DE RÉMUSAT A CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

DXXVIII. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

DXXIX. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

DXXX. MADAME DE RÉMUSAT A CHARLES-DE RÉMUSAT, AU CHATEAU DU MARAIS.

DXXXI. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

DXXXII. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

ANNÉE1821

DXXXIII. CHARLES DE RÉMUSAT A M. DE RÉMUSAT, A LILLE.

DXXXIV. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

DXXXV. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

DXXXVI. CHARLES DE RÉMUSAT A M. DE RÉMUSAT, A LILLE.

DXXXVII. MADAME DE RÉMUSAT A CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

DXXXVIII. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

DXXXVIX. MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS

DXL. CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

MORT DE MADAME DE RÉMUSAT

CORRESPONDANCE

DE

M. DE RÉMUSAT

PENDANT LES PREMIÈRES ANNÉES DE LA RESTAURATION

PUBLIÉE PAR SON FILS

PAUL DE RÉMUSAT

SÉNATEUR

VI


PARIS

CALMANN LÉVY, ÉDITEUR

ANCIENNE MAISON MICHEL LÉVY FRÈRES

3, RUE AUBER, 3

1886

Droits de reproduction et de traduction réservés

CORRESPONDANCE
DE
M. DE RÉMUSAT
PENDANT
LES PREMIÈRES ANNÉES DE LA RESTAURATION

Table des matières

CCCCLIX.
CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE.

Table des matières

Paris, vendredi11juin1819.

Je vous ai déjà dit que ma tante n’était nullement au fait. Elle croit ce qui la flatte; elle vit dans un monde fort arriéré; elle donne quelquefois pour réel le contraire de ce qui est arrivé; elle prédit ce qui est fait depuis six mois. Ainsi, elle déplore le chagrin que doit éprouver M. Decazes de

voir revenir les bannis, dont il a lui-même demandé et obtenu le retour. Elle vient me raconter avec de grands préparatifs que M. Guizot est plutôt lié avec le Garde des sceaux qu’avec tout autre ministre; que M. Roy est approuvé et soutenu par le duc de Gaëte, et qu’il paraît que M. Lainé se rapproche de M. de Villèle. Belles nouvelles, en vérité! Elle m’a aussi révélé le grand événement de la rupture de Villemain et de qui vous savez, comme s’il y avait une raison au monde pour qu’ils se heurtassent, comme si Villemain se brouillait jamais! Il serait presque aussi raisonnable de dire que Potiers’est brouillé avec l’abbé de Lamennais.

Quant au changement de ministère, je n’en vois pas d’imminent. On n’a point la majorité dans la Chambre, cela est vrai; mais il est également vrai que personne ne l’a. Personne n’a une influence fixe et continue; tout le monde a son crédit de la semaine, du jour, de la minute; tout se démanche toujours à la fin d’une session. L’affaire du budget a été très maladroitement conduite. M. Louis a fait nombre de gaucheries dans les préliminaires de la discussion et dans la discussion même. C’est, dans le fait, un administrateur habile. Il a du crédit financier, et une sorte de crédit politique. Qui le remplacerait? Roy est sans considération dans le public. Il a voté pour la proposition Barthélémy, et de plus il est médiocre. Mon ami de la rue Saint-Avoien’a ni crédit, ni confiance; il est étourdi; les Chambres ne l’aiment point; le public le méconnaît. Qui prendre? personne. Et je crois qu’en effet, on ne prendra personne. Le ministre de l’Intérieur est, quoi qu’on en dise, très décidé; celui de la Guerre a de l’humeur; il dit qu’il veut s’en aller, mais c’est sa chanson depuis deux ans; en attendant, il va aux Eaux. Je ne crois pas qu’il se passe rien avant la session prochaine, et, d’ici-là, s’il se fait quelque changement, ce sera dans un autre sens. Il est question de doubler la Chambre et de doubler le Conseil. Quant à la première mesure, elle n’est pas aussi indiquée à présent qu’il y a quatre mois; alors, elle était dictée par l’intérêt politique; elle aurait maintenant l’air de l’être par l’intérêt ministériel. D’ailleurs, le doublement sans la réduction de l’âge est peu utile, et cependant il me répugnerait de voir la Charte violée par une ordonnance. Ils disent tous: «Mais c’est une affaire de responsabilité, les ministres signent l’ordonnance, assemblent la Chambre, et présentent leur tête.» Je sais que ce serait une mesure de salut; mais j’avoue que je suis un peu comme le médecin de Molière, et j’aime mieux mourir dans les règles.

Il y a quatre ans que l’influence des doctrinaires de près ou de loin gouverne le pays; et cependant, ils n’ont point de parti, et ils sont peu aimés. Les majorités compactes, confiantes, crédules ne sont pas possibles ici. Personne ne veut s’engager, personne ne veut accepter une solidarité. Ce ministère-ci est plus doctrinaire que les autres, et il n’a pas de parti du tout. S’il tombe, ce ne sera point là la cause de sa chute. Avoir raison et savoir prévoir, voilà tout le secret. Je ne suis point ennemi du système de la dissolution de la Chambre. Je ne crois pas cependant que les élections amenassent une assemblée qui comprît beaucoup mieux. La nation n’est pas fort éclairée; il faut l’attendre encore quelque temps, en établissant d’avance quelques garanties précieuses. Mais cependant, cette nation, à quelques départements près, n’est à personne. Les élections. ne sont point inféodées aux indépendants comme ils le voudraient; les hommes de sens du parti savent même très bien que ce ministère-ci est encore ce qu’ils peuvent obtenir de mieux. Constant disait hier, avec ce sourire de pitié, avec ce dédain de lui-même, avec ce désintéressement d’opinion, qui attestent à la fois et sa force et sa faiblesse: «Quelle peine nous nous donnons pour avoir un ministère ultrà, et pour aller, quand nous l’aurons, nous cacher dans des trous de souris!»

Je voulais aussi vous dire que MM. Royer-Collard, Beugnot, Germain, Kératry, Barante, Guizot, Villemain, Loyson et moi, nous allons fonder un journal qui paraîtra vers la fin du mois. J’espère que vous nous ferez l’honneur de vous y abonner; car, enfin, il est bien nécessaire que nous ne perdions point notre argent.

CCCCLX.
MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

Table des matières

Lille, samedi12juin1819.

Savez-vous que vous me faites un portrait très remarquable de madame de Catellan, et que j’en conclus que voilà une femme tout à fait à plaindre? J’accepte aussi ce que vous me dites de moi-même, et l’appui que vous me donnez dans ce que vous appelez mes légitimités. J’aime assez ce mot. Mon fils, vous êtes un drôle de corps! Cependant, il n’est pas si vrai que quiconque juge les lois sociales doive toujours arriver à les violer. Il y a des gens qui sont nés avec un certain accord d’humeurs, qui leur inspire le goût de l’ordre. Leur imagination n’a qu’un degré de mouvement. Ces personnes-là ont de l’activité et point d’agitation. Elles ont une sorte de besoin inné de l’arrangement, et de même qu’elles aiment que les meubles de leur chambre soient à leur place, que les comptes de leur ménage soient réglés, et qu’elles préfèrent la rectitude dans les arts, le classique dans les lettres, elles se plient aux devoirs imposés par la morale et la société, parce qu’elles y reconnaissent un principe de repos et d’harmonie qui leur convient. Cette nature d’individus est plus commune qu’on ne pense. C’est le ventre de la société, mais un ventre qui ne manque ni de lumières ni de jugement, et qui se soumet après avoir vu et réfléchi. J’ai en tête que c’est encore moins les circonstances particulières aux positions de chacun qui déterminent le parti qu’on prend, que cet accord intérieur, cette proportion intime établie par la nature dans ce qui fait chez nous les sentiments et l’esprit. Quant à moi, il se pourrait fort que, sans tout le bonheur que j’ai dû à ma mère, à votre père et à vous, ma vie et ma personne n’eussent pas éprouvé tout le repos qu’elles présentent; et, d’ailleurs, j’aime la pensée que je dois tout à des personnes qui me sont si chères, et je vous accepte, vous particulièrement, comme une de mes plus douces légitimités.

Je crois très parfaitement ce que vous me dites sur les dispositions religieuses de ces personnes dont certaines sociétés font légèrement une réunion d’athées. Il y a, dans les âmes élevées et actives, un besoin des préoccupations divines, dont souvent ne se doutent nullement les gens qui pratiquent pourtant très régulièrement leur religion. On croit être dévot parce qu’on assiste à la messe, qu’on sait, à point nommé, la prière du jour, qu’on fait maigre fort exactement, et qu’on a son livre d’heures sur sa table et son bénitier dans son lit! Et, bien souvent, on passe sa vie dans ces habitudes, et on meurt au milieu de tout cela, sans s’être douté de ce que c’est que la vraie piété. La perfection serait de la joindre à toutes ces pratiques. Je ne sais si telle personne qui sent toutes les infériorités de sa nature, qui médite fréquemment à part elle sur les mystères dont nous sommes environnés, qui démêle la destinée qui lui est imposée comme citoyen de ce bas monde, qui aime enfin les émotions nobles et les graves pensées, n’est pas plus près de parvenir à cette vraie piété, que tel ou tel qui remplit sèchement ses devoirs de marguillier de sa paroisse, ou qui ne manque à rien de ce qui compose ce que j’appellerais le métier de la religion. Si j’écrivais à qui m’entendrait moins que vous, il faudrait que je développasse beaucoup plus mon idée. Je suis loin, bon Dieu, de blâmer les rectitudes matérielles, je les crois bonnes même à préserver de beaucoup d’écarts; elles nous exercent à certaines soumissions d’un grand avantage; mais enfin elles ne sont pas tout.

Enfin, je me résume à dire que, si aujourd’hui le Garde des sceaux conserve dans son âme le besoin d’être utile à ses semblables, s’il aime l’humanité, s’il ne s’irrite point des injustices, de la mauvaise foi, des sottes paroles, des amertumes, des méchantes railleries; s’il n’a que plus d’ardeur à marcher vers son but et à continuer de nous éclairer, il est assurément plus dévot que tous les abbés du Journal des Débats, et que la plupart des quêteuses du faubourg Saint-Germain.

Je ne suis pas bien émerveillée du livre de M. de Forbin. Il rappelle l’Itinéraire de M. de Chateaubriand, et avec un bien grand avantage pour celui-ci. Les impressions produites par les lieux sont, peut-être, de toutes, les plus difficiles à décrire. On les reçoit d’une manière variée, et également forte, on les rend presque toujours avec faiblesse et monotonie. Il faut avoir cette nature de talent que possèdent, M. de Chateaubriand, ou Rousseau, ou Bernardin de Saint-Pierre, ou bien il faut savoir dessiner, et je crois que les gravures de M. de Forbin valent infiniment mieux que ses paroles.

CCCCLXI.
MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMUSAT, A PARIS.

Table des matières

Lille, mardi15juin1819.

Je vous conseille d’aller voir Armand, de la Comédie-Française, de le consulter sur un joli costume du bon temps. Je l’ai vu fort bien mis dans un rôle du marquis de Sévigné. Quant à Shakspeare, envoyez chercher Dublin, de la Comédie-Française, ou allez aussi chez lui. Il est intelligent et pourrait diriger le costume que ferait Babin. Talma a joué ce rôle avec un habit violet coupé par des crevés blancs sur les manches, une grosse fraise, une écharpe sans nœud, un pantalon blanc, des bottines à revers, un petit manteau que vous supprimerez si vous voulez, un chapeau avec une plume couchée, une chemisette plissée, l’habit coupé en poitrine carrée, comme les portraits de François Premier.

Quant à moi, recueillez les voix, et donnez-moi votre avis. Les femmes d’esprit, et qui regardaient le corps comme une guenille, du temps de Louis XIV, étaient habituellement vêtues de noir. J’en serais assez tentée. En aidant la fraîcheur de mon teint du rouge et du blanc, je pourrais me tirer de ce costume, qu’en pensez-vous? Je sais fort bien Philaminte, et je crois que je ne la jouerai pas mal. Ce diantre de Molière anime, quoi qu’on en ait; il n’y a qu’à s’appuyer fort sur lui, et se laisser aller. Il y a des nuances très remarquables dans les admirations de Philaminte, de Bélise et d’Armande. L’important, c’est de les conserver. Bélise est dans un enthousiasme bête; Armande veut marcher derrière sa mère; celle-ci décide en approuvant, et veut que ses éloges soient comme des arrêts. Si chacune de nous veut se tenir dans ce rang, nous ne nous nuirons point, et nous ferons de l’effet. Mais, je vous en prie, soignez le rôle de Clitandre; il est admirable.

Que voulez-vous que je vous dise de votre journal? Je le crois nécessaire, mais le métier de journaliste me déplaît. Ces injures distribuées si grossièrement, cette obligation de parler raison avec esprit, à jour et à incident nommés, cette dépense en monnaie de tout ce qu’on vaut, tout cela me répugne. Vous serez assommé d’injures; vous les prendrez comme il vous plaira, et, moi, j’en souffrirai, parce que je ne suis pas de fer, mon fils. M. Constant parle de trous de souris? Ils ont du bon; je crois que j’en voudrais habiter un. Tout ce que je vois, entends, ou lis, me déplaît et me repousse. Je serai lancée au milieu de notre monde dans une belle disposition. J’ai peur de ne m’entendre avec personne, cette année; je prendrai le parti de me taire.

Il m’est arrivé, l’autre jour, impatientée de mille pauvretés que j’entends débiter chez notre belle madame, de vouloir expliquer ce fatal jamais! Ils m’ont écoutée comme ils ont pu, et conclu de mes paroles que je défendais les régicides. Moi qui ne peux encore aujourd’hui penser à Louis XVI sans pleurer, et qui me suis fait vingt querelles avec M. de Talleyrand parce que je ne voulais pas croire à la vertu de son ami Garat! Enfin, votre Paris me déplaît. Je regretterai mes roses, mes serins, mes tourterelles, mon chat et mon repos. Voyez à être aimable pour me tenir lieu de tout ce que je vais quitter pour vous.

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Yaş sınırı:
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Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
421 s. 2 illüstrasyon
ISBN:
4064066330675
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
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