Kitabı oku: «Catéchisme des industriels»

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Claude-Henri de Saint-Simon

Catéchisme des industriels

Deuxième Cahier


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066330330

Table des matières

DEUXIÈME CAHIER.

SOUSCRIPTION.

AVIS A MESSIEURS LES CHEFS DE MAISONS INDUSTRIELLES.

UNION GÉNÉRALE DES CAPACITÉS INDUSTRIELLES ET SCIENTIFIQUES.

PREMIER APPENDICE SUR DUNOYER ET SUR LES AUTRES PUBLICISTES MODERNES.

DEUXIÈME APPENDICE SUR LE LIBÉRALISME ET SUR L’INDUSTRIALISME.

DEUXIÈME CAHIER.

D. Passons à la troisième objection: à celle qui a pour objet de vous prouver que le système politique établi en Angleterre doit être adopté par la nation française préférablement à celui que vous proposez.

Nous vous demanderons d’abord si vous reconnaissez, si vous avouez que l’expérience est le meilleur guide que puissent suivre les nations de même que les individus.

R. Oui, nous le reconnaissons sans aucun doute, sans aucune restriction.

D. Dès le moment que vous admettez ce principe, il ne nous sera pas difficile de vous faire convenir que votre système ne vaut rien, puisqu’il se trouve en opposition avec le principe que vous venez d’adopter. Nous allons établir notre raisonnement à cet égard; vous le refuterez ensuite si vous le pouvez.

DEUXIÈME CAHIER.

Table des matières

Le peuple anglais est le plus riche et le plus puissant; il est celui de tous qui exerce la plus grande influence sur l’espèce humaine, et cependant il est loin de se trouver en première ligne pour la dimension du territoire de la mère patrie et pour l’importance de sa population. C’est en Angleterre que la classe la plus nombreuse est le mieux logée, le mieux nourrie et le mieux vêtue; c’est en Angleterre que les gens riches trouvent à se procurer le plus grand nombre d’objets confortables sur tous les points du territoire national: enfin, le peuple anglais jouit de presque tous les avantages qui sont l’objet de l’ambition des autres nations.

A quoi les anglais doivent-ils principalement les avantages dont ils jouissent? Il est incontestable que c’est a la forme de leur gouvernement, c’est-à-dire, à la supériorité de leur organisation sociale sur tous les systèmes politiques qui ont été mis en pratique chez les autres peuples, jusqu’à ce jour.

Comparons maintenant la disposition politique qui sert de base à la constitution anglaise, avec le principe que vous avez donné pour fondement à votre système, et vous reconnaîtrez qu’il existe une différence radicale entre les deux combinaisons.

Vous dites: l’administration de la fortune publique doit être dirigée par les industriels les plus importants, parce que la classe industrielle est la plus capable de toutes en administration.

Les anglais disent: Ceux qui dirigent l’administration de la fortune publique, doivent se proposer pour but principal de favoriser le plus possible la classe industrielle, parce que les travaux industriels sont la véritable source de la prospérité publique; mais les industriels ne doivent point être chargés de l’administration de la fortune publique, parce qu’ils n’ont pas les connaissances suffisantes pour diriger cette administration, et que les soins que cette administration exige les détourneraient de leurs travaux.

Et, en effet, ce sont en Angleterre les pairs laïques, les évêques et les juges, dans la chambre haute, les avocats, les rentiers et les militaires, dans celle des Communes, qui ont voix prépondérante dans l’administration de la fortune publique, puisqu’ils composent exclusivement la première Chambre et qu’ils sont en très-grande majorité dans la Chambre des Communes et dans le Conseil privé.

Nous concluons de ce que nous venons de dire, que votre système est en opposition avec la Constitution anglaise; qu’il est, par conséquent, en opposition avec la Constitution que l’expérience a prouvé être la meilleure, et que, par conséquent, il ne vaut rien. Qu’avez-vous à répondre?

R. Notre réponse, de même que votre demande, sera fondée sur des observations, c’est-à-dire, sur l’expérience.

Nous vous dirons donc, la série des observations faites sur la marche et sur les progrès de la civilisation, chez la société française actuelle, depuis son origine jusqu’à ce jour, que nous vous avons présentée dans le premier cahier, a constaté que la classe industrielle avait toujours acquis de l’importance et que les autres classes en avaient toujours perdu. De cette série de quatorze cents années d’expériences, nous déduisons la conséquence que la classe industrielle doit finir par parvenir au premier rang, que les industriels doivent obtenir, en résultat final des progrès de la civilisation, le premier degré de considération et de pouvoir: enfin, qu’il a toujours du arriver une époque à laquelle les industriels les plus importants se trouveraient chargés de diriger l’administration de la fortune publique, etc.

Nous raisonnons ensuite, d’après celte conséquence qui est rigoureusement déduite de l’expérience, et nous disons: la révolution française ayant commencé plus d’un siècle après la révolution anglaise, ses résultats doivent être beaucoup plus favorables à la classe industrielle, et, par conséquent, beaucoup plus défavorables aux nobles et aux bourgeois que ne l’a été la révolution anglaise; nous disons: la révolution anglaise a imposé aux nobles, aux légistes, aux militaires, aux rentiers et aux fonctionnaires publics, l’obligation de diriger les affaires de la nation dans l’intérêt de l’industrie; la révolution française finira par anéantir l’institution de la noblesse et par soumettre les légistes, les militaires, les rentiers, et les fonctionaires publics aux ordres des industriels.

Nous avons raisonné tous les deux d’après l’expérience; ainsi, nous avons agi conformément au principe que vous aviez posé et que nous avions admis; mais il y a, entre nos opinions, cette première différence, que la vôtre n’est fondée que sur une expérience partielle, sur l’expérience de ce qui s’est passé en Europe depuis la révolution d’Angleterre, tandis que nous avons donné pour base à la nôtre la plus grande série d’observations qui puisse être déduite de l’histoire des peuples modernes: il y a ensuite, entre nos opinions, celte seconde différence, c’est que vous avez considéré la révolution d’Angleterre, comme formant le dernier terme de la série des progrès de la civilisation sous le rapport politique; tandis que nous n’envisageons celte révolution et l’organisation sociale dont elle a déterminé la formation, que comme l’avant dernier terme de la série des améliorations dont le régime social des peuples européens était susceptible.

En résultat des considérations que nous venons de vous présenter, nous maintenons notre système pour bon, et nous regardons votre raisonnement comme vicieux.

Vous reste-t-il quelque chose à dire à ce sujet? concevez-vous quelqu’autre moyen de soutenir votre troisième objection?

D. Oui, certainement, nous avons les moyens de soutenir notre objection, oui, nous sommes assurés de sortir victorieux de cette discussion. Ne nous attachons point aux mots, ne donnons point la première importance aux formes, occupons-nous principalement de l’examen du fond des choses.

Vous prétendez que les membres de la société les plus capables de bien diriger l’administration de la fortune publique, sont les industriels les plus importants. Vous prétendez que si les industriels les plus importants étaient chargés de diriger les intérêts sociaux, la société jouirait de tous les avantages auxquels elle peut prétendre, qu’elle se trouverait gouvernée au meilleur marché possible, le moins possible, par les hommes les plus capables de bien administrer ses affaires, et de la manière la plus propre à maintenir la tranquillité publique. Nous admettons votre proposition, votre principe, votre système, peu importe le nom qu’il vous plaira de donner à votre production; et nous vous disons: votre système est admis en Angleterre, les anglais l’ont mis en pratique; ainsi vous devez penser que la nation française ne peut rien faire de mieux que d’adopter la Constitution anglaise, que les Français doivent travailler à naturaliser chez eux cette Constution; peu de mots suffiront pour prouver la justesse de cette assertion, c’est-à-dire, pour constater que le système industriel est établi en Angleterre.

L’administration de la fortune publique est dirigée en Angleterre par les lords; car les lords dominent le pouvoir royal, et ils maîtrisent la Chambre des Communes: or, tous les lords sont intéressés pour des sommes plus ou moins considérables dans des entreprises de fabrication ou de commerce: donc, les lords sont des industriels, donc le système industriel est établi en Angleterre.

R. Le gouvernement anglais n’est point un gouvernement industriel; c’est le gouvernement féodal modifié, autant qu’il pouvait l’être, dans la direction industrielle. Il s’est établi, en Angleterre, un régime transitoire qui a préparé les voies, qui a procuré les moyens à la nation française et au surplus de la société européenne, de passer du système féodal au système industriel, du système de gouvernement au sytème administratif.

Voilà la manière dont les choses doivent être considérées; quand elles sont envisagées autrement, l’esprit n’est point satisfait, et le sens le plus commun se révolte. Depuis plusieurs années, la Constitution anglaise est regardée en France comme un chef-dœuvre, on en parle comme du plus haut degré de perfection auquel l’esprit humain puisse atteindre en politique; cela prouve que la science politique est encore dans l’enfance; cela prouve que les publicistes sont encore soumis à la routine; cela prouve que leur esprit ne s’est point encore élevé à des considérations générales sur la marche de la civilisation; et cela ne prouve pas autre chose. Dans la réalité, l’Angleterre ne possède point encore de constitution; l’ordre de chose qui y est établi n’a point de solidité, de fixité, et n’est pas susceptible d’en acquérir. L’organisation sociale des anglais a mis, en même temps en activité, le principe féodal et le principe industriel; or, ces deux principes étant de nature différente et même opposée, ces deux principes dirigeant, en même temps, la nation vers deux buts qui sont très-éloignés l’un de l’autre, il en résulte nécessairement que le peuple anglais est constitué dans un état de tiraillement. L’état politique de l’Angleterre est un état de maladie, un état de crise, ou plutôt, le régime sous lequel elle vit, est un régime transitoire; sa Constitution, si vous voulez absolument que le peuple anglais en ait une, est une Constitution bâtarde.

D. La maladie dont vous dites que le peuple anglais est attaqué, présente un cas pathologique entièrement neuf et dont il est nécessaire que vous nous donniez l’explication. Cette maladie est fort extraordinaire; d’abord sous le rapport de sa durée, car il y a déjà plus d un siècle et demi qu’elle est commencée, et elle n’est pas encore terminée. Cette maladie est encore plus extraordinaire sous cet autre rapport, c’est que la prospérité sociale du peuple anglais a commencé en même temps que sa maladie politique, et que les avantages qu’il a obtenus sur les autres peuples ont toujours été en augmentant, à mesure que sa prétendue maladie a fait des progrès.

Franchement parlant, messieurs les catéchiseurs, vous auriez grand besoin vous-mêmes d’être catéchisés. Vous voulez nous donner des leçons en politique, tandis que vous devriez vous occuper d’en prendre; vous entreprenez de faire notre éducation, avant d’avoir pris la peine de faire la vôtre. Vous prétendez que l’Angleterre n’a point de constitution, que l’organisation sociale dans ce pays est bâtarde, que c’est un ordre de chose auquel les Anglais se sont trouvés conduits par la routine, et qui ne peut se maintenir que par l’effet des habitudes qu’ils ont successivement contractées; un ordre de chose dont on ne peut pas se rendre un compte clair et satisfaisant; un ordre de chose qui ne peut point s’établir chez une autre nation: un ordre de chose, enfin, qui ne peut pas devenir le type de réorganisation de la société européenne.

Nous vous répondrons à cela, vous n’avez donc là ni Montesquieu, ni Blackstone; vous ne connaissez donc pas l’ouvrage de Delholme; vous n’avez donc point étudié les beaux débats qui ont eu lieu, à plusieurs reprises différentes, dans le parlement d’Angleterre, sur la balance des pouvoirs.

Lisez l’Esprit des Lois, et vous verrez que les hommes n’ont jamais inventé que trois formes de gouvernement, savoir: les gouvernemens despotique, aristocratique et démocratique; vous reconnaîtrez, en y réfléchissant, que ces trois formes de gouvernement étaient les seules qui fussent inventable; enfin vous trouverez, dans une grande quantité d’ouvrages des publicistes anglais et français, la preuve que ces trois formes de gouvernement ont été admirablement combinées dans la Constitution anglaise, et qu’il résulte de cette combinaison le meilleur gouvernement qui puisse exister.

Maintenant que nous avons écrasé, anéanti votre système, nous nous empressons de vous dire que vous n’avez eu qu’un tort, celui de vous être exagéré l’importance de vos idées. Tous les matériaux que vous avez employés à la construction de votre système sont bons; il n’y a que l’emploi de ces matériaux, que la conception générale qui lie vos idées, que nous ayons eu l’intention de critiquer. Certainement toutes les capacités doivent travailler au développement de l’industrie; certainement les gouvernemens doivent protéger l’industrie, parce qu’elle est la source de toutes les richesses; certainement les théologiens doivent encourager l’industrie, parce que les travaux utiles sont la source de toutes les vertus, de même que l’oisiveté est la mère de tous les vices; certainement les législateurs doivent faire les lois les plus favorables à la production, parce que les nations les plus laborieuses sont celles chez lesquelles la tranquillité publique est la plus facile à maintenir; mais vous n’auriez pas dû conclure de là que la capacité industrielle devait diriger toutes les autres capacités. En un mot, les Anglais ont trouvé, ils ont fixé le véritable point auquel il faut s’arrêter; vous avez perdu de vue dans vos travaux un proverbe bien ancien, et qui s’applique parfaitement à la circonstance présente: LE MIEUX EST SOUVENT L’ENNEMI DU BIEN.

R. Ne chantez pas la victoire avant de l’avoir remportée, nous ne sommes pas encore arrivés à la fin de la discussion, c’est de ce moment seulement qu’elle se trouve sérieusement engagée. Nous vous remercions infiniment de l’indulgence que vous avez eu la bonté de nous témoigner, à la fin de la vive sortie que vous venez de faire contre notre système; mais nous n’éprouvons aucunement le besoin d’en profiter, nous nous sentons en état de repousser tous les traits que vous avez lancés contre nous.

Nous répondrons d’abord aux plaisanteries que vous nous avez faites sur la maladie politique dont nous avions dit que la nation anglaise est attaquée; car nous ne pouvons considérer que comme des plaisanteries les considérations que vous nous avez présentées à ce sujet. Quant à nous qui n’avons point l’intention de traiter sur un ton badin la question la plus neuve et la plus importante qui puisse occuper dans ce moment l’esprit humain, nous vous dirons:

L’idée de maladie n’a joué qu’un rôle fort accessoire et très-secondaire dans le tableau que nous vous avons présenté de la situation politique du peuple anglais; l’idée principale, celle qui aurait dû fixer essentiellement votre attention, est celle de l’état de crise dans lequel la civilisation se trouve en Angleterre, depuis la révolution que ce pays a éprouvée à la fin du dix-septième sciècle; nous allons vous développer cette idée, puisque la simple énonciation n’a pas suffi pour vous la faire comprendre:

L’espèce humaine a été destinée, par son organisation, à vivre en société;

Elle a été appelée à vivre d’abord sous le régime gouvernemental;

Elle a été destinée à passer du régime gouvernemental ou militaire, au régime administratif ou industriel, après avoir fait suffisamment de progrès dans les sciences positives et dans l’industrie:

Enfin elle a été soumise, par son organisation, à essuyer une crise longue et violente lors de son passage du système militaire au système pacifique.

Voilà les considérations les plus générales auxquelles l’esprit humain puisse s’élever relativement à la marche de la civilisation.

Nous allons maintenant faire application de cette observation générale sur la marche de la civilisation aux circonstances dans lesquelles se trouvent les anglais. Mais, pour que cette application soit précise et facile à saisir, il est nécessaire que nous commencions par constater l’état social actuel de la nation anglaise, sous le rapport de sa politique intérieure et sous celui de sa politique extérieure.

Quand on examine la politique intérieure de l’Angleterre, d’un point de vue assez élevé pour embrasser d’un seul coup-d’œil l’ensemble des choses, on est frappé, dès le premier abord, de l’existence du phénomène le plus extraordinaire qu’on puisse concevoir dans ce genre: on reconnaît que les Anglais ont admis en concurrence deux principes fondamentaux pour servir de base à leur organisation sociale; ou reconnaît que ces deux principes étant de nature différente et même opposée, il a dû en résulter, et qu’il en est résulté effectivement, que les Anglais se sont en même, temps soumis à deux organisations sociales bien distinctes, qu’ils ont, dans toutes les directions, doubles institutions, ou plutôt qu’ils ont établi dans toutes les directions les contre-institutions de toutes les institutions qui étaient en vigueur chez eux avant leur révolution, et qu’ils ont conservé en très-grande partie.

Ainsi on remarque chez eux la presse des matelots co-exister avec la loi d’habeas corpus; on voit un berger amener en même temps sur le marché, la corde au col, sa femme et une brebis. Il vend sa femme un schelling, sans être aucunement puni pour l’avoir avilie, en la traitant comme une brute, et il se voit condamné à cinq livres sterling d’amende s’il s’est conduit brutalement à l’égard de sa brebis. La ville riche, populeuse et essentiellement industrielle de Manchester n’a point de représentant dans le parlement, tandis que tel lord, propriétaire du terrein sur lequel se trouvaient situés des bourgs qui ont été entièrement abandonnés, nomme à lui seul jusqu’à neuf députés qu’il emploie à soutenir ses intérêts féodaux à accroître le plus possible son importance politique, et à se faire payer chèrement par le ministère aux dépens de la nation.

Cent volumes in-folio, du caractère le plus fin, ne suffiraient pas pour rendre compte de toutes les inconséquences organiques qui existent en Angleterre.

Si, de l’examen de la politique intérieure de l’Angleterre, on passe à celui de sa politique extérieure, on trouve les conséquences des vices d’organisation que nous venons de signaler; on voit d’une part le gouvernement anglais déclarer que la souveraineté des mers lui appartient, et, en conséquence, soumettre tous les pavillons à sa visite, tandis que, par une autre mesure, il travaille, en même temps, à établir l’égalité entre les noirs et les blancs, en faisant cesser la traite des nègres.

On voit le gouvernement anglais soutenir en Europe le régime gouvernemental, tandis qu’il protège en Amérique le système d’organisation industrielle contre le système gouvernemental.

En un mot, la nation anglaise se trouve, depuis long-temps, dans un état de crise sous le rapport de sa politique intérieure, ainsi que sous celui de sa politique extérieure; et cette crise, à laquelle participent aujourd’hui tous les peuples qui habitent le continent européen, ainsi que le continent américain, est évidemment la crise que l’espèce humaine a été destinée, par son organisation, à essuyer lors de son passage du régime gouvernemental au système social industriel.

Voilà les considérations les plus générales que nous puissions vous présenter à l’appui de l’opinion que vous combattez depuis le commencement de ce second entretien; maintenant nous vous sommons de convenir que nous avons raison, ou de reconnaître que vous êtes aveugles. Nous vous sommons, au nom du sens commun, de reconnaître l’exactitude des faits que nous vous avons présentés plus haut; nous allons les reproduire pour rendre notre réfutation plus claire.

1o. L’Angleterre n a point de constitution, puisqu une constitution est une combinaison d’organisation sociale, au moyen de laquelle toutes les institutions politiques d’une nation dérivent d’un même principe, et dirigent les forces nationales vers un même but, tandis que les institutions sociales anglaises sont de deux natures différentes, et qu elles dirigent les forces nationales de ce peuple vers deux buts opposés.

2o. L organisation sociale anglaise, étant radicalement vicieuse, ne doit point être présentée à la nation française, comme un modèle qu’elle doit s’efforcer d’imiter le plus complètement possible; et un état de choses révolutionaire continuera nécessairement à durer en France, tant que les gouvernants et les gouvernés n’auront pas acquis des idées plus nettes sur les moyens qui doivent-être employés pour établir un ordre social fixe et stable.

3o. Enfin, la crise dans laquelle l’Angleterre et la France à sa suite se trouvent engagées, finira inévitablement par l’entier abandon du système féodal et par l’établissement exclusif du système industriel. Les nations qui passent aujourd’hui pour les plus civilisées, ne seront réellement sorties complètement de la barbarie, qu’à l’époque où la classe la plus laborieuse et la plus pacifique, sera chargée de la direction de la force publique, et où la classe militaire sera complètement subalternisée.

D. Ne vous donnez pas tant de peine pour réfuter nos objections; ce n’est pas là le point important de votre affaire; il vous faut combattre le père de la science. Vous avez à prouver que l’opinion de Montesquieu est erronée: c’est le seul moyen que vous puissiez employer pour faire adopter votre système.

. R. Les sciences font de continuels progrès. Aujourd’hui il n’y a pas un élève de l’école polytechnique qui ne résolve, avec la plus grande facilité, les problèmes de géométrie dont la solution a coûté les plus grands efforts de génie à Archimède; il n’y a pas un de ces élèves, qui ne sache plus de choses en géométrie, que ce génie prodigieux n’en a jamais su.

Il y a plus d’un demi siècle, que l’Esprit des Lois a été publié. Depuis cette époque, il est arrivé l’événement politique le plus mémorable qui ait jamais eu lieu: celui de la révolution française; ainsi nous pouvons raisonner sur des faits qui ont été entièrement inconnus à Montesquieu.

Montesquieu a été grand admirateur du régime social établi en Angleterre, et il a eu très-grande raison; car cet état de choses est incontestablement très-supérieur à tout ce qui avait existé auparavant; mais il ne faut pas en conclure que, si Montesquieu vivait aujourd’hui, il ne concevrait pas le moyen d’améliorer considérablement cet état de choses.

Les Anglais ont admis, ils ont inventé, comme nous l’avons déjà répété plusieurs fois, des institutions politiques ayant le caractère industriel, et il les ont mises en regard, en opposition avec les anciennes institutions féodales qui existaient chez eux; il en est résulté que le gouvernement féodal s’est trouvé chez eux beaucoup plus limité que chez les autres nations européennes.

La révolution française ne s’est effectuée que près d’un siècle après la révolution anglaise; elle doit nécessairement donner, pour résultat, un perfectionnement de la Constitution anglaise; or, quand on réfléchit sur le perfectionnement dont la Constitution anglaise est susceptible, on reconnaît, du premier coup-d’œil, que la force industrielle qui s’est introduite dans l’organisation sociale anglaise, comme force limitant la force féodale, doit devenir en France la force dirigeante.

D. Vous nous avez dit que la nation anglaise se trouvait dans un état de crise et de maladie depuis la révolution qu’elle avait éprouvée à la fin du dix-septième siècle; nous vous avons fait observé que la maladie dont vous prétendiez que le peuple anglais était attaqué, avait un caractère fort extraordinaire, d’abord par sa durée, puisqu’elle avait déjà plus d’un siècle et demi d’existence; nous vous avons dit qu’elle était encore bien plus extraordinaire sous cet autre rapport, que la prospérité du peuple anglais avait commencé en même temps que sa maladie, et que sa prospérité n’avait pas cessé de faire des progrès depuis qu’il était tombé malade.

Là-dessus vous vous êtes échauffés, vous avez prétendu que l’idée de maladie n’était qu’accessoire, que l’idée principale était celle de crise; vous vous êtes attaché à nous prouver que la nation anglaise était dans un état de crise, et que cette crise était celle qui devait faire passer cette nation, ainsi que l’espèce humaine, de l’état d’enfance à celui de nation et d’espèce jouissant de toutes ses facultés; mais vous ne nous avez pas dit un seul mot de la maladie que vous prétendez qu’elle éprouve.

Nous vous prions de répondre catégoriquement à cette demande: Dans votre opinion, l’état de crise entraîne-t-il celui de maladie, ou l’état de maladie est-il distinct de celui de crise? En un mot, qu’elle est la maladie dont le peuple anglais est attaqué?

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Yaş sınırı:
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Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
90 s. 1 illüstrasyon
ISBN:
4064066330330
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
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