Kitabı oku: «Catéchisme des industriels»
Claude-Henri de Saint-Simon
Catéchisme des industriels
Première Cahier

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066330323
Table des matières
La première de couverture
Page de titre
Texte
IMPRIMERIE DE SÉTIER,
Cour des Fontaines, N.o7.
CATÉCHISME
DES INDUSTRIELS.
Table des matières
PREMIER CAHIER.
Table des matières
D. Qu’est-ce qu’un industriel?
R. Un industriel est un homme qui travaillé à produire ou à mettre à la portée des différents membres de la société, un ou plusieurs moyens matériels de satisfaire leurs besoins ou leurs goûts physiques; ainsi, un cultivateur qui sème du blé, qui élève des volailles, des bestiaux, est un industriel; un charron, un maréchal, un serrurier, un menuisier, sont des industriels; un fabricant de souliers, de chapeaux, de toiles, de draps, de cachemires, est également un industriel; un négociant, un roulier, un marin employé sur des vaisseaux marchands, sont des industriels. Tous les industriels réunis travaillent à produire et à mettre à la portée de tous les membres de la société, tous les moyens matériels de satisfaire leurs besoins ou leurs goûts physiques, et ils forment trois grandes classes qu’on appelle les cultivateurs, les fabricants et les négociants.
D. Quel rang les industriels doivent-ils occuper dans la société?
R. La classe industrielle doit occuper le premier rang, parce qu’elle est la plus importante de toutes; parce qu’elle peut se passer de toutes les autres, et qu’aucune autre ne peut se passer d’elle; parce qu’elle subsiste par ses propres forces, par ses travaux personnels. Les autres classes doivent travailler pour elle, parce qu’elles sont ses créatures, et qu’elle entretient leur existence; en un mot, tout se faisant par l’industrie, tout doit se faire pour elle.
D. Quel rang les industriels occupent-ils dans la société?
R. La classe industrielle est constituée, par l’organisation sociale actuelle, la dernière de toutes. L’ordre social accorde encore plus de considération et de pouvoir aux travaux secondaires et même au désœuvrement, qu’aux travaux les plus importants, qu’a ceux de l’utilité la plus directe.
D. Pourquoi la classe industrielle, qui doit occuper le premier rang, se trouve-t-elle placée au dernier? pourquoi ceux qui, par le fait, sont les premiers, sont-ils classés comme les derniers?
R. Nous expliquerons cela dans le courant de ce catéchisme.
D. Comment les industriels peuvent-ils faire pour passer du rang inférieur où ils sont placés, au rang supérieur qu’ils ont le droit d’occuper?
R. Nous dirons, dans ce catéchisme, la manière dont ils doivent s’y prendre pour opérer cette amélioration dans leur existence sociale.
D. Quelle est donc la nature du travail que vous entreprenez? en un mot, quel but vous proposez-vous, en faisant ce catéchisme?
R. Nous nous proposons d’indiquer aux industriels les moyens d’augmenter le plus possible leur bien-être; nous nous proposons de leur faire connaître les moyens généraux qu’ils doivent employer pour accroître leur importance sociale.
D. De quelle manière vous y prendrez vous pour atteindre à ce but?
R. D’une part, nous présenterons aux industriel le tableau de leur véritable situation sociale; nous leur ferons voir qu’elle est tout-à-fait subalterne, et par conséquent très-inférieure à ce qu’elle doit être, puisqu’ils sont la classe la plus capable et la plus utile de la société.
D’une autre part, nous leur tracerons la marche qu’ils doivent suivre pour se placer au premier rang, sous le rapport de la considération et du pouvoir.
D. Vous prêcherez donc, dans ce catéchisme, l’insurrection et la révolte? car les classes qui se trouvent spécialement investies du pouvoir et de la considération, ne sont certainement pas disposées à renoncer volontairement aux avantages dont elles jouissent.
R. Loin de prêcher l’insurrection et la révolte, nous présenterons le seul moyen d’empêcher les actes de violence dont la société pourrait être menacée, et auxquels elle échapperait difficilement, si la puissance industrielle continuait à rester passive au milieu des factions qui se disputent le pouvoir.
La tranquillité publique ne saurait être stable tant que les industriels les plus importants ne seront pas chargés de diriger l’administration de la fortune publique.
D. Expliquez-nous cela, et dites-nous pourquoi la tranquillité publique sera menacée si les industriels les plus importants ne sont point chargés de diriger l’administration de la fortune publique.
R. La raison en est bien simple: la tendance politique générale de l’immense majorité de la société est d’être gouvernée au meilleur marché possible; d’être gouvernée le moins possible, d’être gouvernée par les hommes les plus capables et d’une manière qui assure complètement la tranquillité publique. Or, le seul moyen de satisfaire, sous ces différents rapports, les désirs de la majorité, consiste à charger les industriels les plus importants de diriger la fortune publique; car les industriels les plus importants sont les plus intéressés au maintien de la tranquillité; ils sont les plus intéressés à l’économie dans les dépenses publiques; ils sont aussi les plus intéressés à la limitation de l’arbitraire: enfin ils sont, de tous les membres de la société, ceux qui ont fait preuve de la plus grande capacité en administration positive, les succès qu’ils ont obtenus dans leurs entreprises particulières ayant constaté leur capacité dans ce genre.
Dans l’état présent des choses, la tranquillité publique est menacée par la raison que l’allure du gouvernement se trouve en opposition directe avec les intentions les plus positives de la nation. Ce que la nation désire principalement, c’est d’être gouvernée au meilleur marché possible, et jamais son gouvernement ne lui a coûté aussi cher; il lui coûte beaucoup plus qu’avant la révolution. Avant la révolution, la nation était partagée en trois classes, savoir: les nobles, les bourgeois et les industriels. Les nobles gouvernaient, les bourgeois et les industriels les payaient.
Aujourdhui, la nation n’est plus partagée qu’en deux classes: les bourgeois, qui ont fait la révolution et qui l’ont dirigée dans leur intérêt, ont anéanti le privilége exclusif des nobles d’exploiter la fortune publique; ils se sont fait admettre dans la classe des gouvernants, de manière que les industriels doivent aujourd’hui payer les nobles et les bourgeois. Avant la révolution, la nation payait500millions de contributions; aujourd’hui elle paie un milliard, et le milliard ne suffit pas; le gouvernement fait fréquemment des emprunts considérables.
La tranquillité publique sera de plus en plus menacée, parce que les charges iront nécessairement toujours en augmentant. Le seul moyen d’empêcher les insurrections qui pourraient arriver, consiste à charger les industriels les plus importants du soin de diriger l’administration de la fortune publique, c’est-à-dire, du soin de faire le budjet.
D. Ce que vous venez de dire est très-bon, fort intéressant et de la plus grande importance; mais cela ne nous instruit pas directement de ce que nous désirons savoir. Le point que nous vous prions d’éclaircir est celui-ci: Est-il possible de faire sortir la haute direction des intérêts pécuniaires de la société des mains des nobles, des militaires, des légistes et des rentiers, en un mot, des classes qui ne sont pas industrielles pour la faire passer dans les mains des industriels, sans employer des moyens violents?
R. Les moyens violents sont bons pour renverser, pour détruire, mais ils ne sont bons que pour cela. Les moyens pacifiques sont les seuls qui puissent être employés pour édifier, pour construire, en un mot, pour établir des constitutions solides. Or, l’acte d’investir les industriels les plus importants de la direction suprême des intérêts pécuniaires de la nation, est un acte de construction; c’est la disposition politique la plus importante qui puisse être admise; cette disposition servira de base à tout le nouvel édifice social; cette disposition terminera la révolution, elle mettra la nation à l’abri de toute nouvelle secousse. Les industriels les plus importants rempliront gratuitement la fonction de faire le budjet, et il en résultera que cette fonction ne sera que faiblement désirée. Les industriels qui feront le budjet, se proposeront pour but l’économie dans l’administration des affaires publiques; ainsi, ils n’accorderont aux fonctionnaires que des traitemens modérés. Les places n’étant que médiocrement recherchées, le nombre en sera considérablement diminué, de manière que celui des prétendants diminuera également, et il s’établira nécessairement un ordre dans lequel un grand nombre de places seront exercées gratuitement, parce que les riches oisifs ne trouveront pas d’autre moyen de se procurer de la considération.
Quand on étudie le caractère des industriels et la conduite qu’ils ont tenue pendant la révolution, on reconnaît qu’ils sont essentiellement pacifiques. Ce ne sont point les industriels qui ont fait la révolution, ce sont les bourgeois, c’est-à-dire, ce sont les militaires qui n’étaient pas nobles, les légistes qui étaient roturiers, les rentiers qui n’étaient pas privilégiés. Encore aujourd’hui, les industriels ne jouent qu’un rôle secondaire dans les partis politiques existants, et ils n’ont point d’opinion ni de parti politique qui leur soit propre. Ils portent plus d’intérêt au côté gauche qu’au côté droit, parce que les prétentions des bourgeois choquent moins les idées d’égalité que celles des nobles; mais ils ne s’abandonnent point aux idées des libéraux: c’est la tranquillité qu’ils désirent pardessus tout. Les meneurs des libéraux, au-dedans et au-dehors de la Chambre, sont des généraux, des légistes et des rentiers. Les nobles et les bourgeois désirent être chargés de l’administration de la fortune publique, principalement pour l’exploiter à leur profit. Les principaux industriels désireraient en être chargés, au contraire, pour y mettre la plus grande économie possible.
Les industriels sentent bien qu’ils sont les plus capables de bien diriger les intérêts pécuniaires de la nation, mais ils ne mettent point cette idée en avant par la crainte de troubler momentanément la tranquillité; ils attendent patiemment que l’opinion se forme à ce sujet, et qu’une doctrine vraiment sociale les appelle au timon des affaires.
De ce que nous venons de dire, nous concluons que les moyens pacifiques, c’est-à-dire, que les moyens de discussion, de démonstration et de persuasion seront les seuls que les industriels emploieront ou appuieront pour faire sortir la haute direction de la fortune publique des mains des nobles, des militaires, des légistes, des rentiers et des fonctionnaires publics, pour les faire passer dans celles des plus importants d’entre eux.
D. Nous admettons provisoirement que les industriels ne chercheront point à employer la violence pour faire sortir des mains des nobles et des bourgeois la haute direction des intérêts pécuniaires de la société, et pour la faire passer dans celles des plus importants d’entre eux; mais des intentions pacifiques des industriels, il ne résulte pas la preuve que cette classe de la société soit en mesure de se placer au premier rang; nous vous prions donc de nous dire quels sont les moyens des industriels pour opérer, dans la société, le changement radical dont il est question.
R. Les industriels composent plus des vingt-quatre vingt-cinquièmes de la nation; ainsi, ils possèdent la supériorité sous le rapport de la force physique.
Ce sont eux qui produisent toutes les richesses, ainsi ils possèdent la force pécuniaire.
Ils possèdent la supériorité sous le rapport d’intelligence; car ce sont leurs combinaisons qui contribuent le plus directement à la prospérité publique.
Enfin, puisqu’ils sont les plus capables de bien administrer les intérêts pécuniaires de la nation, la morale humaine, ainsi que la morale divine, appelle les plus importants d’entre eux à la direction des finances.
Les industriels sont donc investis de tous les moyens nécessaires; ils sont investis de moyens irrésistibles pour opérer la transition dans l’organisation sociale qui doit les faire passer de la classe des gouvernés dans celle des gouvernants.
D. C’est l’union qui fait la force; c’est par la raison que les industriels ne sont point unis qu’ils sont dominés par les nobles, par les militaires, par les légistes, par les rentiers et par les fonctionnaires publics. Il n’y a pas de doute que leur supériorité, sous tous les rapports importants, ne soit telle que, s’ils étaient unis, ils se trouveraient d’emblée investis de la direction suprême des affaires communes; il n’y a pas de doute qu’ils ne seraient point obligés d’user de violence pour faire reconnaître leur supériorité par les autres classes, parce que chacune d’elles, et même toutes réunies, sont trop inférieures en force à leur égard, pour qu’elles puissent entreprendre de leur disputer le pouvoir. Mais n’existe-t-il pas, par la nature même des choses, un obstacle radical à l’union des industriels? Nous serions portés à le croire, et nous fondons cette croyance sur ce seul fait que, malgré l’intérêt que les industriels ont eu à s’unir depuis l’origine de la société, ils se sont constamment laissé dominer par les classes non industrielles.
R. Lorsque les Francs eurent conquis les Gaules et qu’ils s’en furent partagé le territoire, ils se trouvèrent, en même temps, les chefs industriels et les chefs militaires du pays. Ce n’est que successivement que la classe industrielle s’est séparée de la classe militaire, qu’elle a acquis de l’importance, qu’elle s’est donné des chefs distincts des chefs militaires, et c’est seulement aujourd’hui qu’elle possède la force et les moyens suffisans pour se constituer première classe de la société; ainsi vous auriez tort de conclure du fait que les industriels forment depuis1400ans la classe inférieure de la nation française, qu’ils aient été destinés à rester toujours au dernier rang, et qu’ils ne puissent pas s’élever aujourd’hui au premier degré de pouvoir et de considération. La récapitulation rapide des progrès politiques del’industrie et des industriels, depuis l’origine de notre société française jusqu’à ce jour rendra cela parfaitement clair.
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