Kitabı oku: «Topographie médicale de Paris»

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Claude Lachaise

Topographie médicale de Paris

Examen général des causes qui peuvent avoir une influence marquée sur la santé des habitans de cette ville


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066336523

Table des matières

AVANT-PROPOS.

INTRODUCTION.

CHAPITRE PREMIER.

§ I.

§ II.

$ III.

CHAPITRE DEUXIÈME.

§ I.

§ II.

§ III.

CHAPITRE TROISIÈME.

§ I.

§ II.

§ III.

CHAPITRE QUATRIÈME.

§ I.

§ II.

§ III.

§ IV.

CHAPITRE CINQUIÈME.

AVANT-PROPOS.

Table des matières

EN prouvant que les hommes n’ont point été originairement divisés en classes distinctes, mais ne forment qu’une seule et même famille; en démontrant, en un mot, l’unité du genre humain, les écrits de Buffon, de Zimmermann, de Cabanis, de Leclerc et de Blumenbach, n’ont pas rendu moins évidentes les variétés qu’il peut offrir. Peut-être même pourrait-on trouver que les naturalistes aient, en général, trop restreint le nombre de ces variétés, et reconnaître qu’indépendamment de ces caractères principaux qui, se transmettant par voie de génération, ne peuvent s’effacer qu’insensiblement et au bout d’un temps considérable, et qui forment ce qu’on nomme improprement les races, il soit possible de rencontrer, dans l’examen particulier de chaque peuple, des différences assez tranchées pour servir de fondement à une multitude de divisions secondaires, mais toutes d’une égale importance. Quel que soit le nombre de ces divisions, tous ceux qui ont apporté un esprit philosophique dans l’étude de l’homme, sont d’accord sur les causes qui les produisent; tous les trouvent dans l’action constante et perpétuelle du climat sur l’économie humaine; tous montrent l’homme comme une image fidèle de la portion du globe qu’il habite. Omnia quœ è terrâ proveniunt, terrœ ipsius naturam recipiunt ac sequuntur, a dit Hippocrate: chaque latitude a son empreinte, chaque climat sa couleur . Mais, bien que le climat proprement dit ait produit des changemens assez remarquables pour servir de base à la distinction principale des variétés de l’espèce, il ne faut certainement pas en conclure qu’il soit besoin de causes aussi puissantes pour produire des différences parmi les hommes; l’observation la plus légère prouvera que l’exposition du sol, sa fertilité, sa sécheresse ou son humidité , la nature des vents, celle de l’air ou des alimens, ne sont pas des causes moins actives, et suffisent pour rendre compté de la différence des caractères physiques et moraux qu’on rencontre parmi les individus qui habitent le même pays, souvent la même ville. La recherche des causes de ce changement n’intéresserait le médecin que d’une manière accessoire, si elles se bornaient seulement à modifier l’homme dans l’état de santé parfaite; mais comme elles exercent encore une impression plus profonde, une action plus marquée, lorsque l’harmonie qui, dans cet état, existait entre les diverses fonctions, est rompue, leur étude approfondie devient ici du plus haut intérêt, et non-seulement jette le plus grand jour sur l’étiologie, mais rend raison des nuances infinies, des caractères même assez souvent très-saillans qui séparent les maladies renfermées dans les mêmes cadres nosologiques. Un examen comparatif des maladies décrites dans des pays différens, y fera toujours reconnaître, indépendamment de la fréquence ou de la rareté de quelques-unes, ici une différence sensible dans leur marche ou leur invasion, là une prédominance de quelques symptômes qu’on remarquerait à peine ailleurs. L’importance qu’attachait Baglivi à noter en tête de ses observations le lieu où elles avaient été recueillies, prouve assez combien il était pénétré de cette vérité. Avant de porter, en effet, un jugement trop prompt sur la fidélité d’une observation, on devrait examiner scrupuleusement toutes les circonstances qui environnaient ceux qui en ont fourni le sujet; car si des auteurs, auxquels il serait difficile quelquefois d’assigner la prééminence en mérite, offrent quelque contraste dans leurs descriptions, c’est que l’un donnait le résultat d’une expérience acquise dans un grand hôpital, celui-ci écrivait dans une ville, et celui-là observait dans la retraite le paisible et simple villageois. Or, la nature de l’homme malade était trop susceptible pour que chacune de ces circonstances ne produisît pas des effets particuliers. Maintenant, quand il a fallu déduire de ces observations diverses des corollaires qui servissent de principes élémentaires à la science; c’est-à-dire quand on a voulu désigner les signes généraux qui caractérisaient telle ou telle maladie, fallait-il faire autant de descriptions particulières qu’il y avait de circonstances susceptibles de les faire varier; ou bien se borner à prendre pour toutes des termes moyens, en appuyant particulièrement sur les caractères liés à l’essence même de la maladie, et qui sont presque invariables? La dernière de ces méthodes ayant prévalu, les pathologistes ont isolé chaque maladie, et l’ont présentée avec ses symptômes propres ou du moins les plus fréquens, abstraction faite de tous les accidens étrangers, d’une multitude d’épiphénomènes accessoires qui peuvent en faire changer l’aspect; en observant toutefois que la plupart des symptômes peuvent varier suivant la constitution atmosphérique, le sexe, l’âge, le tempérament, la profession, le régime du malade, et renvoyant à l’étude de la physiologie et de l’hygiène, la recherche du mode d’action de chacune de ces causes et de leur influence abstraite ou simultanée. La connaissance exacte de tout ce qui environne les habitans du pays où il veut exercer sa profession d’une manière honorable et distinguée, est donc, pour le jeune médecin, le premier but qu’il doit se proposer; car l’habileté avec laquelle il saura saisir les diverses modifications à apporter dans les principes généraux de traitement, le distinguera bientôt de celui qui aura dédaigné ces recherches.

Si les ouvrages d’Hippocrate sont une source éternelle où la médecine-pratique ira sans cesse puiser et s’enrichir, son Traité de l’eau, de l’air et des lieux, servira éternellement de guide à tous ceux qui voudront étudier l’influence du climat sur l’homme; c’est dans cet ouvrage, qui offre partout l’empreinte d’une méditation profonde et les vues philosophiques les plus élevées, qu’on voit le savant et respectable vieillard observer, avec une exactitude dont lui seul est capable, les rapports intimes de l’homme avec tout ce qui l’entoure, décrire les nuances et les formes différentes qu’imprime au corps humain chaque région de la terre, et se servir avec habileté des liens qui unissent étroitement le physique et le moral, pour expliquer les mœurs, les goûts, les diverses conventions sociales, le degré d’énergie et de courage de chaque peuple. Montesquieu écrivit plus de deux mille ans après Hippocrate; il ajoute de grandes idées à celles du père de la médecine, développe ses principes avec une éloquence brillante et une dialectique profonde, en fait une heureuse et juste application aux institutions politiques; et l’Esprit des Lois, en plaçant son auteur au rang des publicistes les plus célèbres, devient l’un des ouvrages qui ont le plus contribué à la gloire littéraire et philosophique du dix-huitième siècle. Mais Hippocrate ne s’arrêta pas à l’étude de l’homme sain; il décrivit, avec la dernière exactitude, les maladies épidémiques, conseilla d’avoir égard non-seulement à la différence des âges, des sexes et des tempéramens, mais insista particulièrement sur les exercices, les coutumes et la manière de vivre des malades, et décida judicieusement que la constitution de l’air ne suffit pas pour expliquer pourquoi les maladies épidémiques sont plus cruelles pour les uns que pour les autres: La première chose, dit ce grand homme, que doit faire un médecin en arrivant dans une ville qu’il ne connaît pas, c’est d’examiner avec soin son exposition par rapport aux vents et aux differens levers et couchers du soleil; parce qu’il y a bien de la différence entre une ville exposée au nord et celle qui l’est au midi, entre une ville exposée au levant et une autre qui l’est au couchant; il doit de plus considérer si le sol est nu et sec, ou couvert d’arbres et humide; s’il est enfoncé et brûlé par des chaleurs étonnantes, ou si c’est un lieu élevé et froid; il doit enfin examiner le genre de vie et le régime auxquels les habitans se plaisent davantage. C’est de semblables observations qu’il doit partir pour juger du reste. Le médecin qui sera instruit de toutes ces circonstances, ou du moins de la plupart d’elles, sera en état de bien connaître la nature des maladies qui sont particulières à la ville où il arrive pour la première fois, ou qui sont communes à tous les pays, de manière qu’il ne sera ni embarrassé dans leur traitement, ni exposé aux erreurs que doivent naturellement commettre ceux qui négligent ces connaissances préliminaires. «Tel est l’homme sur la terre, au milieu de ses

» productions sans nombre devenues son inépuisable

» héritage. S’il est le dominateur de presque

» toutes, il est aussi plus ou moins modifié par

» l’usage de toutes; elles lui communiquent diversement

» de leur propre nature. L’air, le sol, le

» territoire, la chaleur, la froidure, le jour, la

» nuit, le régime végétal et animal, la chair du

» quadrupède ou du poisson, la fécule des céréales

» ou le fruit sucré des palmiers, le moût fermenté

» du raisin ou l’infusion de la feuille du thé , le

» vêtement de soie ou les tissus de coton et de

» laine, tout nous change, excite, ralentit, altère

» le concert de nos fonctions; et si nous considérons

» encore que telles plaines fertiles sont propres

» à l’agriculture, à la vie civilisée, tandis que telle

» chaîne aride de montagnes, ou tel désert de

» sables ou de rocailles, ne peuvent nourrir que

» des tribus errantes ou des peuplades sauvages;

» que des rivages poissonneux, des îles, des archipels

» portent à une vie commerçante et maritime,

» libre et agitée comme les flots et les tempêtes,

» nous comprendrons comment l’homme

» n’est sur la terre que ce que l’a fait la nature. Il

» établit d’après elle ses institutions; il modifie ses

» lois suivant les conditions où elle le place; il

» éprouve les affections endémiques circonscrites

» en chaque lieu; il a divers genres de santé

» comme de maladies. S’il traverse une zone pour

» en habiter une autre, il est forcé de s’acclimater

» ou de périr, et cette plante humaine a dû être

» formée la plus flexible, la plus molle, la plus

» variable de toutes les autres productions du

» globe, pour se naturaliser si universellement à

» la surface de notre planète.» (Virey, Dictionnaire des sciences médicales; Géographie médicale.)

Une multitude d’observations recueillies par quelques voyageurs infatigables, sur les maladies des peuples des climats éloignés, fit sentir combien serait importante pour la médecine l’étude exacte et rigoureusement déterminée des liaisons que présente la constitution physique et morale de l’homme avec le pays qu’il habite; étude dont les difficultés étaient naturellement aplanies par les progrès de la physique, qui fournissait les instrumens propres à calculer les diverses conditions et les influences de l’air atmosphérique. Plusieurs Mémoires, rédigés dans ces vues, parvinrent à la société royale de médecine, et réveillèrent l’attention de cette célèbre compagnie sur ce genre de recherches dont elle prévit les heureux résultats; et l’empressement qu’elle mit à demander à ses correspondans des détails topographiques sur les lieux qu’ils habitaient, donnait droit d’espérer qu’en rassemblant et en classant avec méthode les observations éparses, on obtiendrait une topographie générale de la France, et par suite une géographie médicale complète qui nous manque encore, et qui eût si évidemment hâté les progrès de la science. Une semblable marche, adoptée par les médecins, n’aurait point assurément pour résultat de résoudre une de ces questions frivoles capables de satisfaire une vaine curiosité , ou d’ajouter au luxe de littérature médicale; mais, en rendant raison des variétés sans nombre dont sont susceptibles toutes les maladies, et des causes qui les déterminent, elle éclairerait l’hygiène publique et fournirait des indications du plus haut intérêt pour la médecine-pratique.

En examinant les topographies médicales insérées parmi les Mémoires de plusieurs sociétés savantes, ou faisant partie de la collection des thèses inaugurales des diverses facultés, on est étonné de ne rencontrer presque partout que des propositions d’hygiène, applicables à une contrée entière, ou à un département, et de voir les grandes villes, pour ainsi dire, oubliées, ou n’être indiquées que comme servant de point de départ dans la description générale. On reconnaît bientôt combien sont peu spécieux les motifs qui doivent servir d’excuse à une pareille manière de voir: en effet le premier de ces motifs, c’est que l’heureux habitant des villes sait, par son industrie et tous les moyens dont il peut disposer, maîtriser, pour parler ainsi, la nature, et rendre nulles pour lui les influences plus meurtrières. Si l’homme des champs éprouve plus vivement les dures impressions du climat proprement dit, il respire un air qui n’est pas souillé par les émanations qui s’élèvent de rues étroites, bourbeuses et encombrées, qui n’est pas infecté par l’accumulation de familles nombreuses dans la même maison, souvent dans la même pièce. Liberté , sérénité de l’air, paysages agréables, promenades faciles, tout concourt dans sa paisible retraite à entretenir chez ce dernier la paix de l’ame et la santé du corps; et si des travaux excessifs et trop continus abrègent souvent, il est vrai, la longueur de sa vie, il reste, du moins pendant sa durée, le plus ordinairement étranger à une foule d’affections nerveuses qui naissent du commerce même de la société, et qui sont si fréquentes dans les grandes cités, au milieu du tumulte des villes populeuses, dont les habitans sont énervés, les uns par les excès de la mollesse, de l’oisiveté, du luxe et des plaisirs, les autres accablés sous le poids du travail, des vices crapuleux et du désespoir qu’engendre le tableau de leurs misères opposé à la fortune de leurs voisins. «Les hommes, dit l’éloquent Rousseau, ne sont pas faits pour être entassés en fourmilière; plus ils se rassemblent, plus ils se corrompent. Les infirmités du corps, ainsi que les vices de l’ame, sont l’infaillible effet de ce concours trop nombreux. L’homme est de tous les animaux celui qui peut le moins vivre en troupeau. Des hommes entassés comme des moutons, périraient tous en très-peu de temps.» Otons à cette idée ce qu’a pu lui donner d’exagéré le voile de la mélancolie à travers lequel voyait souvent le citoyen de Genève, et nous aurons une vérité incontestable. L’expérience de tous les siècles n’atteste-t-elle pas, en effet, que c’est dans les grandes villes que les agens de destruction s’accumulent, se multiplient et déploient toute leur funeste activité ? Mais les causes qui produisent d’aussi grands maux sont indestructibles, puisqu’elles sont une suite inévitable de la réunion d’un grand nombre d’individus dans une étroite circonscription. En s’élevant à leur considération, la médecine parvient à connaître leur nature et leur mode d’action; et, si elle n’est jamais assez heureuse pour les annuler toutes, elle propose du moins les moyens de modérer ou d’enchaîner leur activité et de suspendre leurs effets destructeurs. La police de salubrité n’est donc, à proprement parler, que l’hygiène publique mise en action; elle recherche et surveille toutes les causes qui peuvent altérer la santé publique, pour les détruire ou les éloigner, les suspendre ou les affaiblir; elle s’exerce en conséquence sur l’habitation du citoyen, sur l’air qu’il respire, les alimens dont il se nourrit, et même sur ses habitudes sociales; l’homme opulent dans ses plaisirs, le laborieux artisan dans ses ateliers, l’indigent dans son réduit obscur, reçoivent ses bienfaits, éprouvent indistinctement l’heureux effet de son exercice.

Maintenant est-ce avec plus de fondement qu’on a objecté que les changemens à faire dans les villes, sous le rapport de la salubrité , que l’hygiène publique, ne regardaient que faiblement le médecin et étaient du ressort immédiat du gouvernement et de ses préposés? Mais dans quelle vue présume-t-on que le gouvernement se charge de l’instruction première des médecins, accorde des distinctions et des marques particulières de faveur à toutes les sociétés médicales, si ce n’est de leur imposer l’obligation de dévoiler à sa sollicitude tout ce qui pourrait conspirer contre la santé de leurs concitoyens, et de diminuer, de concert avec lui, les causes si nombreuses d’insalubrité que recèlent les grandes réunions? Quelle part n’ont pas eue à la gloire de nos armées ces hommes philanthropes, ces médecins dont le zèle et l’activité égalèrent le savoir, et qui préservèrent si souvent nos soldats des périls auxquels les exposaient un air vicié par tant de corps en putréfaction, et leur apparition brusque sur une terre étrangère? Il ne pouvait être indifférent pour ces phalanges victorieuses de camper au voisinage d’un marais ou dans un lieu sec et élevé, de choisir une plaine exposée au vent du nord plutôt qu’au sud, d’adopter indifféremment tel genre de vie et de nourriture, de se permettre l’usage des eaux de ce fleuve, et de proscrire celles de celui-là. Qu’on examine les écrits où ces hommes nous ont communiqué le fruit de leur expérience, et on ne trouvera la description d’aucune maladie régnant d’une manière générale, sans qu’elle ne soit précédée d’un examen détaillé, d’une topographie exacte des lieux qui en ont été le théâtre.

INTRODUCTION.

Table des matières

PARIS cette ville immense qu’on nomme à juste titre la métropole de l’univers, la capitale de l’esprit et des arts, le séjour favori du luxe et des plaisirs, a offert de tout temps un champ fertile aux réflexions du philosophe, du politique et de l’historien. Les premiers, appuyant sans cesse sur l’inconstance et la légèreté de ses habitans, ne leur rendent même pas la justice de remonter à la source de ces prétendus défauts, ou se plaisent à en donner des explications assez peu plausibles. Les historiens cherchent dans les débris de l’antiquité à reconnaître l’origine de son nom ou à découvrir l’époque de sa fondation, donnent des renseignemens plus ou moins exacts sur les accroissemens qu’il a successivement éprouvés, décrivent ses monumens; mais tous négligent ce qui a rapport à la santé de ses habitans, ou Wseules lignes qu’ils consacrent à ce sujet ne sont placées çà et là que comme des supplémens à des matières faussement jugées plus importantes. Cependant, quoique Paris ait été rarement le théâtre d’épidémies, ces fléaux destructeurs qui ont tour à tour ravagé les grandes villes, il serait contraire au raisonnement et à l’expérience de présumer qu’il ne renferme aucune cause d’insalubrité ; ces causes sont constamment en raison directe du nombre des habitans d’une ville, et du peu d’espace qu’elle occupe eu égard à ce nombre; on est seulement en droit de conclure que nulle part la police n’exerce une surveillance aussi active. Avouons cependant que cette surveillance est souvent en défaut, et qu’il existe mille abus qui échappent à l’œil de l’autorité, ou sur lesquels elle ne saurait étendre son action, et dont le médecin peut souvent reconnaître seul les funestes effets.

On a plein droit, sans doute, d’être étonné, surtout depuis le renouvellement des sciences physiques en France, que l’histoire médicale de la capitale ait fourni la matière d’un si petit nombre d’ouvrages, Observons néanmoins que le plan généralement adopté pour toutes les topographies médicales, et dont quelques thèses inaugurales offrent de beaux modèles, est plutôt applicable à un département entier qu’à une ville considérée d’une manière abstraite; et que l’importance que plusieurs médecins ou naturalistes attachèrent (pour Paris ) à l’étude de certains objets qui entraient à la vérité dans le plan général, mais qui, pour une grande ville, ne devaient être envisagés que comme tout-à-fait accessoires, ou simplement indiqués pour compléter le cadre, durent constamment détourner de l’idée d’une topographie complète, ou du moins exagérer les difficultés qu’on aurait à vaincre pour son exécution. Des moyens plus qu’ordinaires durent paraître indispensables pour l’étude de l’air atmosphérique et de l’influence sur le corps humain des substances diverses qui le constituent, quand la description des carrières de cette ville, l’analyse de ses eaux minérales, l’étude des plantes qui croissent naturellement ou artificiellement sur son sol, l’histoire des milliers d’insectes et autres animaux qui peuplent ses environs, avaient déjà exercé la plume de quelques hommes d’un mérite supérieur, et donné séparément naissance à plusieurs ouvrages aussi remarquables par leur volume que par l’exactitude des descriptions et l’érudition qui les enrichit.

M. Ménuret, le même qui fit insérer dans le Journal de médecine militaire plusieurs observations intéressantes sur l’influence de la position des pays, publia cependant en 1786, sous forme de lettres, un Essai sur la topographie physique et médicale de Paris. Cet ouvrage contient des vues générales de quelque intérêt, mais manque essentiellement de descriptions positives, de faits propres à la ville; l’auteur multiplie à chaque instant les digressions étrangères à son sujet, et, quand il s’agit de faire quelque application médicale, il semble se complaire à n’employer que le vieux langage de, la médecine, et à se tenir constamment beaucoup au-dessous de l’état de la science; on peut en juger par ces phrases extraites de la seconde édition qui a paru en 1804: «J’envisage d’abord la position de la ville relativement au feu, à l’air, à l’eau et à la terre, les quatre élémens.... (en développant les causes qui expliquent la fréquence ou le caractère de quelques maladies ): la bile, ayant peu d’activité, s’épaissit facilement, s’arrête dans les couloirs, les engorge, donne lieu par là aux resserremens du ventre, aux jaunisses, aux coliques hépatiques, aux embarras et obstructions du foie.... L’humidité de l’air concourt principalement à amener cette dégénération fréquente qui forme les différens épanchemens de sérosité dans les capacités, et surtout dans le tissu de la peau.... Le travail et la contention d’esprit affaiblissent le ressort de la tête.... De toutes les humeurs qui peuvent former un, aiguillon propre à agacer les nerfs, il n’y en a point de plus puissant que celui que fournissent les humeurs utérines, altérées par leur séjour ou leur reflux.» Au reste l’étendue de l’ouvrage justifie pleinement le titre d’Essai que l’auteur lui a donné lui-même, car il forme un volume de 500 pages environ, format in-12, et dont 150 à peu près sont consacrées à des réflexions sur l’électricité, le magnétisme, l’inoculation et la vaccine.

Un médecin, nommé Audin-Rouvière, a aussi publié une légère dissertation sur les substances qui peuvent influer sur la santé des habitans de Paris; ce travail semble avoir été copié sur le même modèle que le précédent; seulement il a été réduit à des proportions plus faibles, et écrit avec aussi peu de précision; mais l’auteur y a ajouté une description succincte des différens hôpitaux et hospices de cette ville.

Cependant le besoin d’un travail plus complet se faisant sentir, en même temps que le nombre des matériaux disponibles pour sa confection donnait lieu de l’espérer, plusieurs sociétés engagèrent de nouveau les médecins à s’en occuper; et à différentes époques, quelques philanthropes, médecins ou magistrats, proposèrent, par l’intermède de ces mêmes sociétés, des sommes d’argent ou des médailles pour celui qui approcherait le plus près du but. Sans obtenir entièrement le résultat désiré, ces propositions excitèrent néanmoins le zèle de quelques jeunes médecins, et il parut successivement plusieurs Mémoires sur la description médicale de divers quartiers. Le plus remarquable est, sans contredit, celui de la division des Areis, que M. Nacquart lut à la séance de rentrée de la Société de médecine, le 30 octobre 1809.

Je suis loin, sans doute, d’avoir la prétention de donner à l’ouvrage que j’offre, sur la topographie médicale de Paris, tous les développemens dont il est susceptible; une semblable tâche serait aisément jugée au-dessus de mes forces, si déjà un arrêté des membres du Conseil de salubrité, qui décidèrent de l’exécuter eux-mêmes, ne prouvait suffisamment qu’elle exigeait les connaissances les plus étendues; et si d’autre part, l’ajournement indéfini de cette entreprise ne faisait pressentir les difficultés qu’on aurait à vaincre et le temps qu’elle nécessiterait. Je crois seulement avoir donné à cette histoire médicale plus d’étendue qu’on ne l’avait fait jusqu’à présent, et être entré dans des détails dont l’omission me semble être la première cause du caractère incomplet que présente tout ce qui a été écrit à ce sujet, et dont la connaissance est assurément de quelque intérêt pour la médecine pratique. Mon intention n’était pas primitivement de donner de la publicité aux observations de genres divers que j’avais recueillies à différentes époques; quelqu’abus qu’on ait fait dans les préfaces de cet aveu d’insuffisance, je dois à la vérité de dire que mon premier but en cela était de m’instruire, et de chercher ainsi à parvenir, d’une manière insensible, à la juste appréciation des causes qui pouvaient imprimer une nature particulière aux maladies que j’aurais à traiter dans une ville où je m’étais constamment proposé d’exercer la médecine. Ayant, par la suite, rapproché ces diverses observations pour en déduire des conséquences générales, j’ai tracé un tableau synoptique qui m’indiquât la place relative que chacun des faits devait occuper pour que leur ensemble prît la forme d’un corps complet. Me trouvant alors plus à même de juger des peines qu’un semblable travail occasionerait à celui qui voudrait l’entreprendre d’un seul trait, j’ai cru devoir rendre le mien public, et j’ai été guidé en cela autant par la certitude d’éviter aux jeunes médecins des recherches souvent difficiles et toujours peu attrayantes, que par l’espoir de contribuer réellement, pour ma part, en quelque chose au bien-être de mes concitoyens. Je pressens à combien d’objections donnera naissance une telle prétention. La première sera, sans doute, que l’histoire médicale d’une ville ne peut sortir que de la plume d’un homme qui s’y livre à l’exercice de la médecine depuis un grand nombre d’années; j’en reconnais toute la justesse, mais j’observerai que, pour Paris, une telle occupation paraîtra toujours incompatible avec les agrémens d’une clientelle nombreuse et brillante. Quant aux médecins qui se livrent particulièrement à la partie scientifique ou littéraire de l’art, ils préféreront traiter une matière neuve qui contribuera plus directement à leur gloire. Le peu d’empressement qu’on a, jusqu’ici, apporté à répondre aux demandes réitérées d’une topographie médicale complète de Paris, et que l’Académie royale de médecine a cru devoir renouveler dans une de ses premières séances, par l’organe de l’un de ses membres les plus distingués, M. le docteur Double, montre que dans ce que j’avance je m’éloigne peu de la vérité. Or, je crois qu’il vaut mieux que le travail laisse quelque chose à désirer, que de voir des vœux tant de fois émis rester constamment sans résultat. D’ailleurs, quel encouragement flatteur et quel heureux présage de succès ne trouvais-je pas dans l’approbation dont l’Académie a daigné honorer cet ouvrage, sur le rapport que lui en a fait, dans sa séance générale du 26 décembre, l’illustre professeur Chaussier, au nom de la commission qu’elle chargea de l’examiner et de lui en rendre compte?

Il restait maintenant à savoir quelle méthode, ou mieux, quel plan je suivrais dans l’examen des divers agens qui pouvaient avoir une influence quelconque sur la santé des Parisiens, ou sur le caractère de leurs maladies; j’avoue que j’ai pensé ne devoir m’astreindre en cela à aucune marche adoptée ailleurs; persuadé qu’il n’y avait rien d’irrévocablement déterminé à cet égard, j’ai classé les matières dans l’ordre qui m’a semblé le plus convenable, pour qu’elles fussent rapprochées selon les points de contact ou les rapports d’affinité qu’elles offraient mutuellement.

Cet ouvrage se compose de cinq chapitres, eux-mêmes divisés en plusieurs paragraphes.

Le premier chapitre comprend la position relative et directe de la ville, sa figure, son étendue, une légère esquisse des accroissemens qu’elle a successivement reçus, et tout ce qui a rapport à sa température, prise dans un terme moyen pour chacune des différentes époques de l’année.

Le second, l’histoire naturelle du lieu même et de ses environs; c’est-à-dire: 10 l’étude du sol proprement dit, des diverses sortes de terrain qui le constituent, et des sources mi nérales qu’il renferme; 2° des réflexions générales sur le caractère que le climat imprime aux plantes, l’indication de celles qu’on rencontre le plus fréquemment parmi les vénéneuses, et l’époque de la floraison d’un grand nombre de végétaux; 3° une notice sur plusieurs espèces animales venimeuses,

Le troisième, un examen des causes principales qui peuvent avoir une influence marquée sur la salubrité de Paris, tant celles qui dépendent des localités, que celles qui sont propres à la ville elle-même; ainsi dans le premier cas, les rivières, les différentes inégalités du sol, les eaux stagnantes, les forêts; dans le second, la construction des habitations, la disposition des rues, l’influence des arts et métiers, des voiries et des cimetières sur l’air atmosphérique; enfin seront consignées dans ce chapitre des observations détaillées d’hygiène publique et privée, propres à chacun des douze arrondissemens, et aux différens quartiers qui les composent.

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Yaş sınırı:
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Litres'teki yayın tarihi:
17 ocak 2025
Hacim:
245 s. 10 illüstrasyon
ISBN:
4064066336523
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
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