Kitabı oku: «La fille aux serpents : souvenir des Antilles»

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D. Pérégrine

La fille aux serpents : souvenir des Antilles


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066327156

Table des matières

La première de couverture

Page de titre

A LUCIEN DIDA

LA FILLE AUX SERPENTS



A LUCIEN DIDA

Table des matières

En inscrivant ton nom en tête de ce petit livre, c’est au compagnon de mes premiers voyages que j’offre cette page intime, ce simple feuillet détaché de mon carnet de touriste.

Mais, à un autre titre, cette dédicace te revient de droit. Le héros, — si héros il y a, — ne figure-t-il pas, en effet, dans ta collection?

Suum cuique.

PÉRÉGRINE.

Draveil, mai 1875.

Tout est morne dans la savane,

Héva dort sous les bananiers;

Le vent gémit dans les palmiers

L’oiseau se tait, la fleur se fane...

Tout est morne dans la savane,

Héva dort sous les bananiers!

Dans son linceul de blanche gaze

Héva dort sous les bananiers;

Depuis, j’erre sous les palmiers,

Ou, seul, je pleure dans la case;

Car Héva, dans sa blanche gaze,

Dort sous les larges bananiers!

Mon pauvre cœur, dans la savane,

Dort aussi sous les bananiers;

Adieu hamacs, case, palmiers,

Sur tout un deuil immense plane...

Avec Héva, dans la savane,

Mon cœur dort sous les bananiers!

F.-J. ALBERT LOUIS.


LA FILLE AUX SERPENTS

Table des matières

UNE fille étrange, Corah! Elle mourut aussi d’étrange façon. Il faut vous dire qu’elle avait au cœur une passion, et c’est cette passion qui la perdit.

Dans toute la robustesse de ses seize ans, elle succomba brusquement; et la mort laissa ainsi inachevés, sur ses lèvres une mélopée et un sourire, en son âme un roman d’amour.

Quel est celui qui, sentant battre en ses artères un sang jeune et généreux, ne s’ingénie à prodiguer au dehors la somme d’affection que la nature lui a départie, et cela sans songer le moins du monde à la réciprocité ?

A tout prendre, on aime ce qu’on peut: les plantes, les bêtes ou ses semblables, encore heureux de pouvoir se dire qu’on a aimé !

Corah, elle, aimait les serpents. Vous avez bien lu: les serpents. Pourquoi? Je l’ignore; ce serait folie de chercher à expliquer les goûts d’une fille, et d’une fille aussi bizarre que Corah.

Un jour, le rossignol des Antilles venait par ses cris plaintifs de signaler la présence d’un serpent dans l’habitation. Tom, un vieux nègre que j’avais à mon service, me dit:

«Mouché, ce n’est pas la peine d’aller chercher le fusil; Corah, qui est là, tuera bien le serpent.»

Qui était Corah? Je ne m’en mis pas en peine et ne me dérangeai pas; aussi bien un serpent dans mon jardin, c’était là chose trop ordinaire pour m’étonner.

Quelques instants après, je vis entrer dans ma chambre une très-jeune Indienne qui traînait nonchalamment derrière elle un trigonocéphale de plus de six pieds.

Tom, avec sa prudence habituelle, ne suivait le reptile qu’à distance respectueuse. Pourtant l’animal était mort, et bien mort.

«Eh! mon enfant, dis-je à l’Indienne, vous maniez ces bêtes-là comme si vous n’en aviez pas peur.»

La jeune fille, qui, le corps du serpent sous son bras, examinait avec curiosité sa tête aplatie et ses crocs venimeux, le laissa tomber lourdement; puis, mettant son pied nu sur ce corps jaune tacheté de noir, elle me répondit en se dandinant mollement:

«Je suis Corah.

— Ah! très-bien; je suis heureux de vous connaître, Corah... Et c’est votre métier de prendre des serpents?

— Ce n’est pas un métier, me dit-elle en un mauvais français qu’elle entremêlait de mots anglais, ce n’est pas un métier, je tue les serpents qui viennent dans les cases, parce que cela rend service et que ces serpents sont mauvais.

— Il y a donc de bons serpents? demandai-je en riant.

— Oui, il y en a de bons; mais ceux-là restent dans les bois et ne font de mal à personne, à moins qu’on ne les inquiète. Alors, s’ils se vengent, ils ont raison.

— Comment? fis-je étonné.

— Nous les tuons chez nous, ils nous tuent chez eux. Corah trouve cela juste.

— Et Corah s’entend bien à les tuer, ajoutai-je en montrant du doigt le trigonocéphale dont le corps ne portait la trace d’aucune meurtrissure. Comment donc as-tu fait?

— C’est mon secret,» me répondit gravement l’Indienne en se croisant les bras.

Elle était vraiment belle ainsi, et je me mis à la regarder.

J’admirais sa tête intelligente bien que petite, coiffée d’un madras jaune avec cet art et cette coquetterie dont les filles des tropiques ont le secret; ses yeux profonds, dont la prunelle irradiait, étoile noire dans un ciel de nacre; toute son attitude enfin, faite de contrastes harmonieux: de sveltesse et de rusticité, de grâce et de sauvagerie.

Une robe de cotonnade bleue aux blanches rayures, assez courte, découvrait la finesse de ses attaches et laissait deviner les contours élégants de ses membres grêles, mais nerveux, le galbe pur d’un corps plein d’élasticité.

Voyait-elle que je l’admirais? Sans doute, puisqu’elle était femme; mais elle avait trop la fierté de l’Indienne pour paraître s’en apercevoir, et, les yeux baissés, elle demeurait immobile.

Dieu sait combien de temps nous serions restés ainsi l’un et l’autre, si Tom, qui s’était enhardi peu à peu au point de s’approcher du trigonocéphale, ne se fût écrié :

«Bien sûr, c’est le serpent qui est venu l’autre jour à la cuisine nous voler le dîner.»

Et, fort de cette conviction, Tom se mit à injurier compère le serpent et à le traiter de gourmand, de gredin et de voleur, avec je ne sais combien d’autres aménités.

Corah me parut s’impatienter de cette scène. Aussi je crus devoir intervenir en disant à Tom:

«Voyons, es-tu bien sûr que ce soit là le même serpent?

— Oh! Mouché ! on n’est jamais sûr; un serpent ressemble toujours à un serpent. »

Corah poussa un petit sifflement de mépris, et je l’entendis murmurer en anglais:

«Un nègre ressemble bien à un nègre.»

Puis elle fit mine de s’en aller. Je la retins et lui demandai ce qu’elle voulait en échange de son bon office. Du regard elle passa rapidement en revue les quelques objets qui ornaient ma chambre, et ses yeux s’arrêtèrent avec envie sur une cravache à manche d’ivoire qui était accrochée au mur; elle l’examina un instant, puis elle prit un air indifférent. Je réitérai ma question et, comme elle n’y répondait pas, je détachai la cravache et la lui donnai.

Elle leva sur moi ses deux grands yeux étonnés, qui paraissaient me dire:

«Comment avez-vous pu deviner que c’était cela que je désirais?»

Puis elle ajouta:

«Vous êtes bon. Si vous voulez, je vous apporterai beaucoup de serpents.»

Et, joyeuse, elle sortit en fouettant l’air de sa cravache.

Tom venait de pousser le corps du trigonocéphale dans mon laboratoire. Je l’appelai et lui demandai ce qu’il savait sur Corah.

Il se mit à rouler ses yeux en boule de loto, comme s’il avait quelque chose de très-mystérieux à m’apprendre, et me raconta une longue histoire où intervenaient les Zombis (revenants et les Quienbois (maléfices).

Voici, en somme, de tout ce verbiage, ce que je pus comprendre:

Corah, qui parlait l’anglais couramment, avait été amenée toute jeune dans le pays par une Anglaise de Bombay, qui était morte trois ou quatre ans après.

Depuis, personne ne s’était occupé de la jeune Indienne, qui avait poussé comme elle avait pu, tant bien que mal, en vraie plante vivace qu’elle était.

Il est si simple de vivre en ces luxuriantes contrées que le soleil caresse ardemment, et où la nature se fait si prodigue de faciles jouissances, que l’homme satisfait s’endort sans nul souci du lendemain, loin de la misère frissonnante des pays froids!

Corah s’était vite familiarisée avec les splendeurs qui l’entouraient; elle s’était choisi une demeure dans la forêt, et elle avait fait connaissance avec tout ce qui vivait à côté d’elle. Elle s’était intéressée à tout, même à ce qui rampait; aux plantes elle avait demandé leurs secrets.

On disait qu’elle savait composer des breuvages qui guérissaient de la morsure des serpents; de plus, elle avait la réputation de charmer les reptiles et de faire, même des plus dangereux de ces animaux, tout ce qu’elle voulait.

Je fis la part de la superstition, et pour le reste je résolus de mettre à profit les talents de Corah afin de me procurer des reptiles.

Lorsque je la revis, le surlendemain, je lui demandai à quoi lui servait la cravache.

«C’est, me dit-elle en riant, pour châtier mes amis les serpents.»

Le fait est qu’elle les recherchait sans crainte aucune; aussi ne se passait-il guère de jour qu’elle ne m’apportât quelque reptile.

En échange d’une vipère ou d’un crotale, je lui donnais des bouts de ruban ou de menus objets dont elle se parait avec une grâce mutine.

Nous étions vite devenus bons amis.

Je voyais avec la satisfaction bien légitime d’un naturaliste ma collection d’erpétologie s’augmenter rapidement, et cela, je l’avoue la rougeur au front, sans me donner la moindre peine.

Corah allait au-devant de tous mes désirs de collectionneur; une fois même elle poussa ses prévenances un peu trop loin.

Ce matin-là, je venais de m’éveiller; et je soulevais les rideaux de la moustiquaire pour appeler Tom et lui demander ma tasse de café habituelle, lorsque j’aperçus, assise sur une berceuse au pied de mon lit, la jeune Indienne qui attendait patiemment mon réveil.

Elle tenait avec gravité les deux coins de sa robe dans laquelle je parvins à distinguer, non sans peine, quelques brins de mousse. Elle parut ravie de mon air intrigué, et, poussant un petit cri joyeux, se mit à prendre à pleine main les herbes qui avaient attiré mon attention, puis des fleurs qu’elle éparpilla gaiement dans la chambre. Mais quel ne fut pas mon étonnement de voir s’agiter çà et là, dans ce fouillis de verdure, des petits serpents de toute espèce et de toute couleur!

Si petits et même si jolis qu’ils fussent, j’ordonnai à Corah de les ramasser au plus vite et de les mettre dans un vase d’où ils ne pussent s’échapper, car j’avais reconnu parmi eux le serpent-corail et quelques autres dont la morsure est presque toujours mortelle.

Je m’habillai d’assez mauvaise humeur, non sans avoir secoué mes vêtements et examiné mes bottes avec soin.

Corah me promit de ne plus me faire de pareilles surprises et de ne m’apporter à l’avenir que des serpents morts.

Cet incident ne troubla pas le moins du monde notre amitié. Chaque jour, au contraire, nos relations prenaient un caractère plus intime; Corah entrait dans ma chambre, à toute heure, sans que j’y visse aucun inconvénient. Cela m’avait bien paru dès l’abord quelque peu gênant; mais, comme elle n’était ni curieuse ni remuante, je m’étais promptement habitué à sa présence.

Dès mon réveil, lorsque j’allais savourer, le cigare aux lèvres, l’air du matin frais et parfumé comme un sorbet, je savais qu’elle n’était pas loin, et je ne tardais pas à entendre sa chanson, plus douce que celle du bengali, ou son rire aux sonorités cristallines.

Alors elle paraissait, avec des vivacités d’oiseau-mouche, mordait à pleines dents la chair ferme et fibreuse d’un mangot, ou la bouche toute barbouillée de la blanche crème d’une pomme-cannelle.

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Yaş sınırı:
0+
Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
53 s. 6 illüstrasyon
ISBN:
4064066327156
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
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