Kitabı oku: «Histoire de Kentucke, Nouvelle Colonie»

Yazı tipi:

John Filson, Daniel Boone

Histoire de Kentucke , nouvelle colonie à l'ouest de la Virginie, contenant... la relation historique du colonel Boon,... ouvrage pour servir de suite aux "Lettres d'un cultivateur américain", traduit de l'anglais de M. John Filson, par M. Parraud


Publié par Good Press, 2021

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066331559

Table des matières

PRÉFACE DU TRADUCTEUR.

PRÉFACE DE L’AUTEUR.

HISTOIRE DE KENTUCKE.

AVENTURES DU COLONEL DANIEL BOON, CONTENANT LA RELATION DES GUERRES DE KENTCUKE .

ASSEMBLÉE DES PIANKASHAWS.

DES INDIENS OU SAUVAGES.

ARTICLE II DU TRAITÉ DEFINITIF ,

ADDITIONS.

PASSAGES De Diodore de Sicile, d’Aristote, de Platon, d’Elien&de Plutarque, qui prouvent que l’Amérique étoit connue des Anciens.

DU GOUVERNEMENT DES SAUVAGES, DE leurs Conseils, de leur Eloquence: Discours choisis.

EXTRAIT DE LA RELATION Du Capitaine ISAAC STEWART .

CERTIFICAT DONNÉ A L’AUTEUR Par trois Habitans de Kentucke.

APPROBATION.


PRÉFACE DU TRADUCTEUR.

Table des matières

IL n’y a personne, je pense, qui ne sente l’importance de la révolution qui vient de s’opérer en Amérique. Notre siecle, célebre en découvertes, sera à jamais mémorable par un événement unique dans l’Histoire, rétablissement d’une grande République, dans un Pays, qui, par son heureuse position, la richesse&la variété de ses productions, l’industrie&la sagesse de ses habitans, &plus que tout cela encore, par le systême de tolérance qui y regne,& la liberté dont l’homme y jouit, ne peut manquer de tenir un rang distingué parmi les États politiques de l’Europe,& d’intéresser tous les amis de l’humanité.

Il n’en est pas de cette République naissante, comme de ces anciennes Républiques, de Carthage&de Rome, les plus célebres que l’Histoire nous fasse connoître, qui ne parvinrent à ce degré de puissance&de grandeur, où on les vit s’élever, que successivement&en envahissant les terres de leurs voisins,&dont les Citoyens, à cette époque même, n’étoient encore que des guerriers à demi barbares, presque sans connoissance des Beaux-Arts&des Lettres. Les Anglo-Américains n’ont pris les armes, que pour se soutenir dans leur Patrie adoptive,&en fondant leur République, ils ont mis à contribution leurs propres lumieres& cesses des autres Nations, l’expérience de tous les âges,&celle de leur siecle. Tout à coup on a vu s’élever parmi eux, ou, pour mieux dire, on y voyoit déjà régner les arts&les sciences, l’industrie &les talens, les Manufactures&le Commerce. Que ne doit-on pas espérer d’un Peuple qui dès son enfance, pour ainsi dire, montre déjà la vigueur& l’énergie de la virilité?

Tout ce qui a rapport à cette naissante République, mérite sans doute l’attention du Philosophe observateur: hommes, animaux, plantes, les êtres même inanimés, tout est curieux&intéressant dans ce nouvel hémisphere, où la nature est dans toute sa force&comme dans sa fleur, malgré les assertions de quelques Auteurs célebres, qui ont prétendu que le regne animal, sans en excepter l’homme, ainsi que le végétal, y étoient dans une espece de dégénération,&fort inférieurs à ceux de l’ancien Continent.

Sous ce point de vue, j’ai cru qu’on verroit avec plaisir la traduction d’un Ouvrage sur une des Contrées les plus favorisées de ce nouveau Continent sur un Pays qui n’a voit été habité jusqu’à présent que par les Sauvages, ou les bêtes féroces,&qui, au milieu des fureurs de la derniere guerre, dont l’issue a été si heureuse pour l’Amérique, se peuploit d’hommes sages&laborieux; sur Kentucke, en un mot, dont le nom est à peine connu en Europe, mais qui ne tardera pas à exciter la curiosité des Voyageurs,&qui sera bientôt compté parmi les États de l’Amérique.

Kentucke est un vaste territoire, à l’ouest de la Virginie, borné en grande partie par l’Ohio, qu’on appelle autrement la belle Riviere,&qui lui apporte le tribut de ses eaux, dont le principal avantage est une communication facile avec toutes les parties de l’Amérique septentrionale. Son nom lui vient d’une des principales Rivieres qui l’arrosent, &qui est aussi connue sous le nom de Kuttawa. Peu de Voyageurs sont parvenus jusques-là; ceux qui ont remonté ou descendu l’Ohio, n’ont gueres vu que les parties arrosées par cette Riviere.

Notre Auteur a voulu connoître ce beau territoire, il s’est transporté sur les lieux; il les a parcourus en détail,& d’après ses propres observations,& celles de quelques Habitans, il a composé l’Ouvrage que j’annonce.

Il commence par la description topographique de Kentucke: il sait connoître les productions naturelles, le climat, le sol, le commerce,&autres objets relatifs: quoique cette partie laisse à desirer en plusieurs points; quoiqu’elle ne soit proprement qu’un essai sur la Topographie,&l’Histoire Naturelle de ce Pays, elle est néanmoins précieuse& intéressante. De-là, l’Auteur passe aux aventures du Colonel Boon, contenant une relation historique des guerres que les États-Unis ont eu à soutenir contre les Sauvages, dans ce même territoire que ces derniers avoient vendu,&dont ils avoient promis de se retirer. Car telle est la beauté, la fertilité, la douce température; tels sont les charmes de ce beau pays, que les Sauvages ne peuvent s’en éloigner,&qu’ils ne le quitteront qu’à regret, malgré tous les traités&les conventions. On ne doit pas en être surpris: attachés à la terre qui les a vu naître, qui leur fournit abondamment à leurs besoins, qui, enfin, est pour eux une véritable mere, ces peuples, que nous nommons Sauvages, aiment cette terre comme leur patrie, &ils regrettent de l’avoir cédée à des étrangers. Tout récemment encore ils viennent de faire de nouvelles incursions, principalement aux environs de l’Ohio. Si cette conduite des Sauvages n’est pas juste, au moins elle est bien pardonnable. En effet, il ne faut que jetter les yeux sur la Carte de Kentucke, pour se convaincre qu’il n’y a peut-être pas de contrée plus favorisée de la nature: qu’on se figure un vaste terrain, coupé par une infinité de rivieres&de ruisseaux de différentes grandeurs, qui arrosent une terre fertile de sa nature, où croissent sans culture diverses plantes utiles,&plusieurs sortes d’arbres chargés de fruits: qu’on se représente de jolis coteaux couverts de verdure, ou ombragés par le faîte orgueilleux d’arbres qui percent les nues: qu’on joigne à tout cela la douceur du climat, dont la température est telle, qu’à peine y connoit-on trois mois d’un hiver assez doux, l’on aura une foible idée de ce fortuné territoire, &l’on avouera que ces pauvres Sauvages n’ont pas tort de le regretter.

Cette relation du Colonel Boon, faite avec cette simplicité&cette candeur qui annoncent la vérité,&lui prêtent de nouveaux charmes, est intéressante,& peut donner matiere à réflexions. Le Lecteur ne peut s’empêcher de s’intéresser vivement à la situation d’un homme abandonné seul au milieu d’un vaste désert, à une distance très-grande de tout établissement, n’ayant pour compagnon de ses malheurs, pour témoin&pour confident de ses peines, que les hôtes féroces des bois, dont les hurlemens continuels troubloient seuls le silence&l’horreur de ces sauvages lieux, rendus plus terribles encore par la présence des Sauvages, entre les mains desquels il pouvoit tomber à tout moment. Telle fut la situation du Colonel Boon pendant trois mois qu’il demeura privé de toute société humaine.

A ces détails géographiques&historiques, l’Auteur a ajouté d’autres morceaux non moins curieux; l’assemblée des Sauvages Piankashaws,&des réflexions sur les Indiens. Par le premier, il nous donne une idée de l’éloquence des Sauvages; dans le second, il nous fait connoître leurs mœurs, leurs coutumes, leur génie,&c. matiere intéressante pour le Philosophe qui veut méditer sur l’homme.

Tels sont les objets que notre Auteur a traités,&tel est l’Ouvrage dont je présente la traduction au Public, persuadé qu’il mérite quelqu’attention de sa part.

J’ai annoncé dans une note, page70, une Introduction, ou je comptois rassembler quelques morceaux, qui ont un rapport plus ou moins direct à l’histoire de Kentucke; mais j’ai préféré de les rejetter à la fin, comme à leur véritable place;&c’est ce que l’on trouve sous l’article d’Additions. Le premier&le plus important, est une Déclaration& une Ordonnance du Congrès, concernant l’érection de nouveaux Etats,& la maniéré dont il doit être disposé des terres à l’ouest des États-Unis. On fait que vers l’Ohio&le Mississipi il y a de grands territoires dépendans des États-Unis, lesquels sont encore déserts, ou fort peu habités. Le Congrès voulant hâter la population de ces vastes contrées, y a fait plusieurs concessions de terres aux Officiers&aux Soldats de l’Armée Continentale, qui ont servi dans la derniere guerre,&a déterminé la maniéré dont il doit être procédé à la vente des autres parties restantes: c’est ce qu’il a sait par cette Déclaration& cette Ordonnance, dont la date est assez récente,&que j’ai également traduites de l’Anglois. Ceux qui s’intéressent au sort de ces nouvelles Colonies de l’ouest, parmi lesquelles Kentucke tient le premier rang, verront sans doute avec plaisir ces actes du Congrès, d’autant plus qu’on vient d’apprendre par les Papiers publics, qu’une lettre de Danville, dans le Comté de Lincoln, annonce que les Habitans de Kentucke ont arrêté de demander à la législation de Virginie, dont ce territoire dépend, un acte de séparation, pour former un nouvel Etat, sous le nom de Communauté de Kentucke.

Je ne dirai rien des autres morceaux que j’ai ajoutés à l’Original: le lecteur décidera de leur mérite, d’après le plus ou le moins d’intérêt qu’il y prendra: mais je pense qu’il ne lira pas sans plaisir les harangues des Sauvages, chez qui on ne s’attendroit sûrement point à trouver des modèles d’éloquence. J’aurois desiré d’y opposer certains discours analogues, pris dans les Auteurs anciens &modernes: ce parallele auroit été piquant; mais il demandoit des recherches, que le temps ne m’a pas permis de faire.

Ceux qui voudront connoître plus particuliérement les mœurs&usages des Sauvages, pourront consulter, outre les Auteurs que j’ai cités dans les Notes& les Additions, les Voyages du Baron de la Hontan dans l’Amérique septentrionale; l’Histoire de l’Amérique septentrionale, de la Potherie; les mœurs des Sauvages Américains, comparées aux mœurs des premiers temps, de Lafitau; l’Histoire des Indiens Américains, par Adair; les Voyages dans l’intérieur de l’Amérique septentrionale, de Carver,&ceux de Smith: les trois derniers sont en Anglois,&le second seulement vient d’être traduit en notre Langue.

L’Auteur ayant ajouté à son Ouvrage une Carte de Kentucke, je n’ai pas cru devoir la retrancher dans ma Traduction, &je pense que le Lecteur sera charmé de trouver réunies dans un même volume, la Description&la Carte d’un Pays si peu connu. J’ai traduit les noms des Rivieres, Postes,&c. toutes les fois que cela m’a été possible. On y trouve souvent le mot crique, qui a été adopté par plusieurs Voyageurs&Traducteurs François; il signifie un grand ruisseau, ou une petite riviere,&vient du mot creek, qui a la même signification en Anglois.

PRÉFACE
DE L’AUTEUR.

Table des matières

LA plupart des Géographes qui ont donné des Cartes ou des descriptions de l’Amérique, semblent ou n’avoir pas eu connoissance de Kentucke, ou avoir dédaigné ce Pays, quoiqu’il mérite bien d’être connu. Ceux qui en ont parlé, ont induit le Public en erreur, au lieu de l’éclairer. Toutes les Cartes de Kentucke que j’ai vues jusqu’à présent sont remplies de fautes: mais je puis dire avec vérité que je n’en connois aucune dans celle que je publie ici, soit d’après mes propres observations,&ce que j’ai vu moi-même, soit d’après les instructions que j’ai reçues des personnes qui ont bien voulu me favoriser de leurs lumieres,&qui connoissent parfaitement ce qui concerne cette Colonie, depuis son premier établissement.

Quand je visitai Kentucke, je trouvai ce territoire si supérieur à l’idée que je m’en étois faite, quoique j’en eusse conçu une opinion très-avantageuse, que je ne pus m’empêcher de plaindre le Public de n’avoir pas une relation fidelle de ce Pays. J’ai donc pensé qu’une description exacte,&une Carte de Kentucke seroient des objets intéressans pour les Etats-Unis;&de peur qu’on ne m’accuse d’altérer la vérité, je dois déclarer ici que ce n’est point par des vues d’intérêt que je me suis décidé à publier cet Ouvrage, mais feulement dans l’intention de faire connoître au Public l’heureuse température,&la fertilité de cette région favorisée du Ciel. J’imagine que le Lecteur ajoutera plus de foi à mon témoignage, quand il saura que je ne suis point habitant de Kentucke; mais que j’ai parcouru avec soin ce beau territoire, &qu’y ayant pris tous les renseignemens nécessaires, je me suis mis en état d’en publier une Histoire conforme à la vérité,&qu’enfin j’ai fait tous mes efforts pour écarter jusqu’aux apparences de l’erreur,

Certain de ma bonne volonté, j’ose espérer que le Public verra mon travail avec indulgence,&qu’il pardonnera facilement les imperfections qui pourront s’y trouver. Les trois personnes estimables qui ont daigné l’honorer de leur suffrage, les Colonels Boon, Todd &Harrod ont été des premiers colons de Kentucke,&connoissent parfaitement le Pays. Je déclare qu’ils m’ont beaucoup aidé dans la composition de cet Ouvrage, auquel ils ont contribué de tout leur pouvoir, par la feule considération du bien public. Je dois sur-tout des remerciemens au Colonel Boon, qui, de tous ceux maintenant vivans, est le premier qui ait eu connoissance de Kentucke, comme on le verra par le récit de ses aventures, qui m’ont paru curieuses&intéressantes,&que, pour cette raison, je publie ici, d’après ses propres expressions. J’espere que le Lecteur retirera quelqu’utilité de ce Livre. Ceux qui voudront voyager à Kentucke, y trouveront du moins un guide fidelle,&j’ose les assurer qu’ils n’y liront rien qu’ils ne puissent vérifier sur les lieux. N’ayant pour but que l’utilité générale, je n’ai rien omis de ce que j’ai cru devoir intéresser,&je suis entré dans les plus petits détails. Je desire que le succès réponde à mon attente.

JOHN FILSON.


HISTOIRE
DE KENTUCKE.

Table des matières

Découverte&achat du territoire.

ON croit que M. James Bride est le premier homme blanc qui ait eu connoissance de Kentucke. En1754, accompagne de quelques amis, il descendit l’Ohio dans des canots, aborda l’embouchure de la rivière Kentucke,&y marqua trois arbres, avec les premières lettres de son nom,&la date du jour&de l’année: ces inscriptions subsistent encore. Nos voyageurs reconnurent le pays,&retournèrent dans leurs habitations avec l’agréable nouvelle de la découverte d’une des plus belles contrées de l’Amérique septentrionale,& peut-être du monde entier. Depuis cette époque, ce pays fut négligé, jusques vers l’année1767, que M. John Frinley,& quelques autres personnes, commerçant avec les Naturels, pénétrèrent heureusement dans cette fertile région, maintenant appellée Kentucke,&connue alors des Naturels sous les noms de Terre d’Obscurité, Terre de Sang, Terre Moyenne. Ce pays frappa beaucoup M. Finley; mais il fut bientôt obligé d’en sortir, par les fuites d’une querelle qui s’éleva entre les commerçans&les Naturels;&il retourna chez lui dans la Caroline septentrionale, ou il communiqua fa découverte au colonel Daniel Boon,&a quelques personnes, qui, la regardant comme un objet très-important, résolurent en1769d’entreprendre un voyage, dans le dessein d’examiner ce pays. Après une longue&fatiguante marche, à l’ouest, dans des lieux sauvages&montueux, ils arrivèrent enfin sur les frontières de Kentucke;&du sommet d’une éminence, ils découvrirent, avec une surprise mêlée de joie, son superbe paysage. Ils y établirent un logement,&tandis que quelques-uns de la troupe allèrent chercher des provisions, qu’ils se procurèrent facilement, vu l’abondance du gibier, le colonel Boon &John Finley coururent le pays, qu’ils trouvèrent fort supérieur à leurs espérances, &ayant rejoint leurs compagnons, il les informèrent de leurs découvertes. Cependant malgré ces heureux commencemens, qui promettoient du succès, cette petite troupe n’éprouvant que des fatigues&des contre-temps, se découragea, fut pillée, dispersée&détruite par les Naturels, excepté le colonel Boon, qui continua d’habiter ces déserts jusqu’en1771, qu’il retourna chez lui.

Vers ce temps-là Kentucke attira l’attention de plusieurs personnes. Le docteur Walker de la Virginie, avec quelques compagnons, fit un voyage vers les parties occidentales pour tenter des découvertes? &tâcher de trouver l’Ohio: ensuite, lui &le Général Lewis, achetèrent au fort Stanwix, des Six Nations, les terres situées sur la rive septentrionale de Kentucke. Le colonel Dolnalson de Virginie, étant employé par l’État à tirer une ligne depuis six milles au-dessus de l’Isle-Longue, dans le Holstein, jusqu’aux montagnes de la grande Kenhawa, & y ayant trouvé une grande étendue d’excellent terrein, qu’on pourroit obtenir des Naturels, fut sollicité par les habitans de Clench&de Holstein, d’acheter des Six Nations, les terres situées sur la rive nord de Kentucke. Le colonel fit cette acquisition pour cinq cens livres sterlings en espèces. Il fut alors convenu de fixer une ligne pour servir de limites, a commencer de l’Isle-Longue, dans le Holstein, jusqu’à la source de Kentucke; de-là jusqu’à l’embouchure de cette même rivière,&de-là sur l’Ohio, jusqu’à l’embouchure de la grande Kenhawa. Mais l’État refusa de confirmer cette avantageuse acquisition.

Le colonel Henderson, de la Caroline septentrionale, informé par le colonel Boon des particularités du pays, conclut un traité avec les Cherokes à Wataga, en Mars1775,&acheta deux les terres situées sur la rive méridionale de Kentucke, pour six mille livres sterlings en espèces.

Aussi-tôt après cet achat, l’Etat de Virginie prit l’alarme, consentit a payer la somme pour laquelle le colonel Dolnalson s’étoit engagé,&contesta le droit d’achat du colonel Henderson, comme simple particulier d’un autre État,&comme ayant passé l’acte en son propre nom; néanmoins, à cause des grands services rendus à ce pays, &de l’acquisition importante que faisoit la Virginie à son occasion, cet État jugea à propos de lui céder une étendue de terrein d’environ deux cent mille acres, à l’embouchure de la rivière Verte,& de son côté l’Etat de la Caroline septentrionale lui en accorda la même quantité dans les vallées de Powel.

Depuis long-temps plusieurs tribus de Sauvages se disputoient ce pays; mais leurs titres, s’ils en avoient quelqu’un, n’étoient propres qu’à rendre douteux qui d’entr’eux devoient en être les vrais possesseurs. De-là cette fertile contrée étoit devenue un objet de dissention,&le théâtre de la guerre; d’où elle fut, avec raison, nommée Terre de Sang. Cependant leurs débats ne pouvant fixer le droit d’aucune tribu, aussi-tôt que M. Henderson&ses amis proposèrent l’achat, les Naturels consentirent à le vendre;&nonobstant les avantages considérables qu’ils en ont retirés, ils ont continué depuis à inquiéter les nouveaux Colons,

Situation&limites.

Le territoire de Kentucke est situé, dans sa partie centrale, environ vers le38e degré 30minutes de latitude septentrionale,& le85e de longitude;&sa position étant dans le cinquième climat, ses plus grands jours sont de14heures40minutes. Il est borné au nord par le grand Sandy-Creek; au nord-ouest par l’Ohio; au sud par la Caroline septentrionale; a l’est par les montagnes du Cumberland: il a environ250 milles en longueur,&200milles en largeur. Il est à présent divisé en trois comtés, Lincoln, la Fayette&Jefferson, dont les deux premiers sont bornés par l’Ohio,& la Fayette est séparé des deux autres dans sa partie septentrionale par la rivière Kentucke. On y a déja bâti huit villes, ou, pour mieux dire, bourgs,&plusieurs édifices: un plus grand nombre sont projettés.

Louisville aux chûtes de l’Ohio,&Beardstown sont dans le comté de Jefferson; Harrodsburg, Danville,&Boons-Burrow dans le comté de Lincoln; Lexington, Leestown&Greenville dans le comte de la Fayette; les deux dernières sont sur la rivière Kentucke. Dans ces villes,&dans plusieurs autres lieux, tant sur l’Ohio, que sur d’autres rivières, on a établi des magasins pour le tabac, qui peut y être cultivé avec beaucoup de succès; mais ce n’est pas le seul article de commerce que peut fournir le pays.

Rivières.

L’Ohio ou la Belle-Rivière borne Kentucke au nord-ouest dans toute son étendue. Sa largeur est d’environ un mille,& quelquefois moins. Elle peut porter de grands bateaux chargés. Son cours est au sud, 60degrés ouest,&elle reçoit nombre de grandes&petites rivières qui l’enrichissent de leurs eaux. Le seul désavantage qu’elle a, est un saut d’un mille&demi de long, d’un mille&un quart de large, appelle les Chûtes de l’Ohio. Là cette rivière coule sur un fond de rochers, dont la pente est tellement graduée, qu’elle ne paroît pas excéder en tout vingt pieds: en plusieurs endroits on peut remarquer qu’elle n’a que quelques pieds. Quand les eaux sont basses, il n’y a que de petits bateaux vuides qui puissent passer ce faut; leur cargaison doit être transportée par terre; mais quand elles sont hautes, les bateaux d’une certaine charge peuvent passer en sûreté. Excepté cet endroit, il n’y a point dans le monde de rivière plus propre à la navigation par bateaux. Outre l’Ohio, Kentucke est arrosé par huit petites rivières,&par plusieurs grands&petits ruisseaux, comme on peut le voir sur la Carte.

La rivière Licking, qui a sa source dans les montagnes avec la rivière Cumberland &la branche septentrionale de Kentucke, coule au nord-ouest l’espace de plus de cent milles,&reçoit dans son cours plusieurs ruisseaux; elle a environ mille verges de large à son embouchure.

La rivière Rouge prend sa source peu loin de la branche principale de la Licking, court au sud-ouest&va se jetter dans la rivière Kentucke; son étendue est d’environ six milles,&sa largeur de six verges, à son embouchure.

La rivière Kentucke naît de trois sources dans la partie montueuse du pays. Elle coule d’abord à l’ouest,&parvenue a la moitié de sa course elle se détourne au nord-ouest. Son cours est fort tortueux. Sa longueur est d’environ deux cent milles, &sa largeur de cent six verges.

L’Elkhorn est une petite rivière qui se jette dans la Kentucke; elle coule au nord-ouest-quart-ouest. Sa longueur est de six milles&sa largeur de six verges à son embouchure.

La rivière Dick se jette dans la Kentucke; elle coule au nord-ouest. Sa longueur est de six milles, de sa largeur de quarante-cinq verges à son embouchure.

La rivière Salée a quatre sources différentes, peu éloignées l’une de l’autre. Les sinuosités de cette rivière sont vraiment curieuses; ses diverses branches arrosent une grande étendue d’excellente terre,& se réunissent six milles avant de se décharger dans l’Ohio,&vingt milles au-dessous des Chûtes. Sa longueur est d’environ quatre-vingt-dix milles,&sa largeur à son embouchure, est de huit verges.

La rivière Verte coule à l’ouest,&son cours est d’environ cent six milles,&fort tortueux. Sa largeur est de huit milles à son embouchure, oui est deux cent trente nulles au-dessous des Chûtes.

La rivière Cumberland prend sa source peu loin de la branche nord de la rivière Kentucke, roule ses eaux autour des autres branches de la même rivière, à travers les montagnes, l’espace d’environ cent milles au sud; delà elle se détourne au sud-ouest où elle court environ cent milles, puis au sud&au sud-ouest deux cent six milles,&se jette dans l’Ohio, quatre cent treize milles environ au-dessous des Chûtes. Elle a deux cent verges de large dans toute son étendue,&trois cent à son embouchure. Elle traverse la Caroline septentrionale environ dans la moitié de son cours.

La grande Kenhawa, ou Nouvelle Rivière, naît dans la Caroline septentrionale, coule au nord&au nord-ouest environ cent milles,&se jette dana l’Ohio cent milles au-dessus des Chûtes. Sa largeur est de cent verges à son embouchure. Ces deux rivières sont, avec raison, regardées comme servant de limites aux Etats-Unis. Elles coulent dans un sens contraire, sont extrêmement larges;&il est a remarquer que la Clench, l’Holstein, la Nolachuckey &la French-Broad ont leur source entre ces deux rivières, ou plutôt à l’ouest de la grande Kenhawa,&que leur réunion forme la rivière Tenèse ou la Cherokee, qui coule à l’ouest&se jette dans l’Ohio, douze milles au-dessous de la Cumberland. Elle est très-large&arrose une grande étendue d’excellent terrein.

Ces rivières n’ont point de sauts,&elles sont navigables pour des bateaux presque à leur source, la plus grande partie de l’année. Le pays en général est uni,&l’on y trouve abondamment de la terre a chaux qui est ordinairement à six pieds de profondeur, excepté dans les endroits bas où coulent les rivières,&où l’on trouve un fond de roches.

Les sources&les rivières diminuent en Juin,&restent basses&non navigables, jusqu’en Novembre, où les pluies d’Automne ouvrent bientôt la navigation,& couvrent d’eau tout le pays; mais quoique les rivières diminuent, elles suffisent toujours pour les besoins ordinaires. Il y a plusieurs belles sources qui ne tarissent jamais; chaque Cultivateur en a une bonne au moins,&l’on peut aisément creuser d’excellents puits.

Nature du sol.

Le Pays est presqu’uni en quelques parties,&moins dans d’autres; ici l’on trouve des hauteurs, la des eaux en quantité. Les plaines ne sont point uniformes, mais coupées de plusieurs petites sources&de douces pentes, ce qui forme le plus beau coup-d’œil. Une grande partie du sol est extrêmement fertile, une autre l’est moins; il en est peu qui ne le soit point du tout. Les habitans distinguent ces divers terreins par les noms de terres de la première, seconde&troisième qualité;&à peine y rencontre-t-on un marais. Vers la source de la rivière Kentucke, il y a une hauteur ou un coteau à peu près de la grandeur d’une montagne, comme nous l’avons représenté sur la Carte.

Tout le terrein au-dessous de la grande Kenhawa jusqu’à la Licking, est mauvais, montueux,&en général peu fertile, excepté dans quelques vallées& sur les bords du petit&du grand Sandy-Creek, où il y a quelque terrein de la première qualité, mais plus encore de la seconde&de la troisième. On dit que près de cette rivière on voit un roc de sel pur. Sur la branche nord de la Licking on trouve une grande quantité de terrein de la première qualité. Cette branche coule presque parallèlement avec l’Ohio, dans une étendue considérable,&elle est éloignée d’environ sept milles de l’embouchure de Limestone-Creek, où il y a un excellent port pour les bateaux qui descendent l’Ohio. Il est à soixante-cinq milles de Lexington, où conduit une grande route assez belle. La principale branche de la Licking est à vingt-deux milles de Limestone; dans la partie du terrein qu’elle arrose, on y trouve des terres de la première qualité, mais beaucoup plus de la seconde&de la troisième, &vers sa source quelques hauteurs; c’est-là qu’on voit les Salines Bleues, deux belles sources salées, où l’on peut faire une grande quantité de sel,&aux environs desquelles le sol est pauvre jusqu’à une certaine distance, étant trop imprégné de ce minéral.

La branche méridionale de la Licking, ainsi que toutes les autres, arrose une grande quantité de terre de la première qualité, peu de la seconde, où il y a beaucoup de canes,&quelques salines& sources salées. Sur ces diverses branches de la Licking, il y a de fort bons emplacemens pour des moulins,&la navigation est facile depuis le point de leur réunion jusqu’à l’Ohio. La terre y est montueuse, en général pauvre, quoiqu’on trouve d’excellent terrein le long des eaux, &dans les vallées.

Les terres qu’arrose l’Elkhorn sont plus estimées, étant situées dans un vaste coude de la rivière Kentucke, où naît cette petite rivière, ou plutôt ce grand ruisseau. Il y a beaucoup de terrein de la première qualité aux environs de l’Elkhorn,&beaucoup de la seconde&troisième près de la rivière Kentucke. Toute cette étendue de pays est parfaitement bien située, couverte de canes, de seigle&de treffle. Une grande quantité de ruisseaux fournit de bons emplacemens pour des moulins.

Les terres au-dessous de l’embouchure de l’Elkhorn, sur Eagle Creek,&vers l’Ohio, sont montueuses&pauvres, excepté celles contenues dans le grand coude de l’Ohio, vis-à-vis la grande Miami, qui sont coupés par Big-bone Creek,&Bank-lick Creek, qui courent dans une direction opposée. Il y a dans cette partie beaucoup d’excellentes terres,&quelques hauteurs.

On trouve le long de la rivière Kentucke,&sur-tout vers fa source, plusieurs vallées fertiles. La terre est également bonne sur la rivière Rouge; mais à sa source, ainsi qu’à celle de la rivière Kentucke, le sol est inégal; cependant on y voit dans les vallées,&le long des eaux, une grande quantité de riche terrein. En général, le sol, dans l’espace d’un ou deux milles, de la rivière Kentucke, est de la troisième&quatrième qualité: à mesure qu’on s’en éloigne d’un côté ou de l’autre, on rencontre de meilleures terres. Le terrein à travers lequel passe cette rivière, doit être considéré, pour la plus grande partie, comme de niveau avec ses bords, ou plutôt ses précipices, dont la hauteur est de trois, &, & en quelques lieux, de quatre cent pieds: le spectateur placé sur leur sommet, croit voir un vaste canal. Nous renvoyons a l’article des curiosités de Kentucke, pour un plus grand détail à ce sujet.

Yaş sınırı:
0+
Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
150 s. 1 illüstrasyon
ISBN:
4064066331559
Yayıncı:
Tercüman:
Telif hakkı:
Bookwire
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